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Le 17 avril 1961, des mercenaires anticastristes à la solde de la CIA débarquent à Cuba pour renverser la révolution. Cette barbouzerie, qui fait 170 morts dont la mère de Nemesia, fille de charbonniers, est un fiasco. La résistance populaire inflige une première défaite à l’impérialisme en Amérique latine.
Tout à coup, le ciel s’est assombri. Le bruit des moteurs d’avion est devenu assourdissant. La famille de Nemesia Rodriguez Montalvo tente de fuir ces monstres d’acier prêts à cracher leur feu sur la Ciénaga de Zapata. Malgré la précipitation, l’adolescente de 13 ans ne lâche pas les souliers blancs dont elle est si fière. Elle a tellement insisté auprès de ses parents charbonniers pour les avoir.
Avant la révolution de 1959, Nemesia et les siens étaient des va-nu-pieds miséreux qui survivaient dans l’indifférence de la dictature de Fulgencio Batista. Ce 17 avril 1961, alors que la famille est évacuée en camion, la fillette, son frère et sa grand-mère sont grièvement blessés. Sa mère meurt sous ses yeux, touchée à l’abdomen.
Une déroute après soixante-cinq heures de combat
Les habitants isolés de ces terres marécageuses sont les premières victimes des mercenaires de la brigade 2 506. Exilés aux États-Unis, ces agents anticastristes ont pour mission de débarquer le long des plages Larga et Giron, dans la baie des Cochons située sur la côte sud du centre de Cuba. Leur objectif est d’en finir avec la révolution initiée le 1er janvier 1959 par Fidel Castro et les commandants de la Sierra Maestra.
Mais, en soixante-cinq heures, l’armée révolutionnaire, les milices populaires et le peuple mettent en déroute ces bandits et signent la première défaite de l’impérialisme en Amérique latine. Ce haut lieu de la résistance est désormais une destination prisée des touristes, des passionnés de faune, de flore et de fonds marins. À quelques pas du sable fin des plages, le village de Gironcito accueille un mémorial dédié à ces trois jours d’héroïsme.
Il retrace les temps forts de cette tragique invasion, et conserve sous verre les souliers de Nemesia. La chaussure gauche est éventrée, celle de droite lacérée ; on peut y voir quelques gouttelettes de sang. Elles disent toute la violence des bombardements.
« La patrie ou la mort, Cubains ! »
Les États-Unis n’en sont pas à leur première barbouzerie. Le 4 mars 1960, une double déflagration souffle le port de la capitale, après l’explosion du bateau La Coubre, qui transportait des armes pour défendre le processus politique. L’ombre de Washington plane sur cet attentat terroriste qui fait des dizaines de morts. « La patrie ou la mort, Cubains ! Nous vaincrons ! », lance Fidel Castro, lors de l’hommage aux victimes.
Le 7 juillet, la loi de défense de l’économie est promulguée « au nom de l’intérêt national » ; elle ouvre la voie aux nationalisations et à l’expropriation de toutes les entreprises états-uniennes. Pour le gouvernement révolutionnaire, il s’agit de leviers économiques fondamentaux pour financer les politiques publiques : réforme agraire, démocratisation de l’enseignement avec la campagne d’alphabétisation, etc.
CIA, Maison-Blanche et mercenaires
Les États-Unis enragent que Cuba, hier encore sous leur emprise, s’émancipe. En pleine guerre froide, Washington craint que le pays ne tombe dans l’escarcelle du camp soviétique ; pire, que la grande île fasse des émules dans un continent sous tutelle états-unienne. L’opération s’orchestre dans les bureaux de la CIA. Les présidents Dwight D. Eisenhower puis John F. Kennedy, élu un an plus tôt, sont au parfum. Pas de hasard, les relations diplomatiques sont rompues avec Cuba en janvier 1961.
Les sales manœuvres débutent le 15 avril : des vieux avions siglés des forces armées cubaines pilonnent la petite flotte de l’île, et tuent plusieurs civils. Un engin se pose à Miami, fief des anticastristes. Le pilote se présente en déserteur de la « tyrannie » des révolutionnaires.
L’idée est de faire croire qu’une rébellion est en cours et qu’il convient de la soutenir en vue de proclamer l’existence d’un gouvernement transitoire qui serait aussitôt reconnu par les États-Unis. Mais le plan est très vite douché. L’esprit patriotique est à son comble après les attaques du 15 avril.
La population fait sienne les consignes de défense du pays tandis que les mercenaires s’embourbent en raison même du lieu de leur débarquement. Cette tentative de coup d’État, qui fera plus de 170 morts, est un fiasco.
Une élégie pour les souliers blancs de Nemesia
En échange de tonnes de vivres et de médicaments, La Havane renvoie à Washington les plus de 1 100 mercenaires arrêtés. « Les familles de 800 d’entre eux possédaient 370 628 hectares, 966 maisons et édifices, 70 industries, 10 centrales sucrières, 5 mines et deux banques », peut-on lire au musée Giron.
Au-dessus des chaussures de Nemesia, il y a aussi cette élégie que lui a consacrée le poète cubain Jesus Orta Ruiz (el Indio Nabori) : « Elle sait que rien dans ce monde/ni Yankees ni mercenaires/n’éteindra dans la patrie ce soleil qui brille pour que toutes les fillettes aient des petits souliers blancs ! »
À Cuba, on sait combien le prix de l’indépendance est cher. Après leur défaite cuisante, les États-Unis humiliés ont imposé à Cuba un blocus ravageur, le plus long de l’histoire, qui a toujours cours.
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