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8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 05:18

 

Chaque jour, l’occupant de la Maison-Blanche cible une personnalité « non blanche ». Un signe explicite envoyé à sa base, clé de sa réélection en 2020, cimentée par le ressentiment racial et xénophobe.

Dès octobre 2017, Ta-Nehisi Coates avait mis dans le mille. L’auteur du tonitruant essai Une colère noire choisissait un titre apparemment provocateur pour son long papier publié dans The Atlantic : « Donald Trump, le premier président blanc ». Sous-titre : « La fondation de la présidence de Trump est la négation de l’héritage d’Obama ». Explication de texte, si nécessaire : « Trump est un phénomène vraiment nouveau : c’est le premier président dont toute l’existence politique dépend du fait qu’il y a eu un président noir. » La thèse prenait de front l’explication communément admise d’une élection improbable permise par les classes populaires blanches et déclassées.

Les études publiées depuis lui donnent raison tout comme… la stratégie de Trump elle-même. Les premières – au nombre de deux dizaines – montrent qu’il n’y a aucun unificateur socio-économique (chômeurs, peur du déclassement) parmi l’électorat de Trump, mais un ciment idéologique formé par le ressentiment racial, quelle que soit sa classe. D’ailleurs, les indicateurs économiques semblent tous au vert et il ne s’en sert que très peu dans ses discours. Il préfère jouer en permanence la « carte raciale », qu’il pense être son atout, voire sa martingale.

Dans la lignée de Richard Nixon et de sa stratégie sudiste

Depuis dix jours, il a franchi un pas supplémentaire. Cela a commencé avec la « brigade » des élues démocrates progressistes (quatre femmes nouvelles élues) qu’il veut renvoyer dans leur pays. Cela s’est poursuivi par une attaque contre un député (africain-américain) de Baltimore, ville « infestée de vermines (…) où aucun être humain ne voudrait vivre ». Le lendemain, c’est le pasteur et commentateur politique noir Al Sharpton qui était accusé de « haïr les Blancs et les flics ». Puis, Don Lemon, de CNN, s’est vu discerner le trophée de l’homme de télévision le plus stupide. Vous aurez deviné sa couleur de peau.

On ne découvre pas que Trump exploite les peurs raciales et qu’il développe une rhétorique nationaliste et xénophobe, un marqueur dès son entrée en campagne au cours de laquelle il dépeignait les immigrés mexicains en « violeurs » et « dealers ». À Charlottesville, en 2017, il voyait des « gens biens » des deux côtés, y compris, donc, du côté des néonazis. Il a manifestement décidé de jeter un peu plus d’huile sur ce feu, potentiel brasier dans ce pays dont la contradiction fondatrice réside dans l’établissement de la première République de l’ère contemporaine et du maintien, concomitant, de l’esclavage. Il fallut attendre trois quarts de siècle et une sanglante guerre civile avant d’en finir avec cette « institution ». Dès 1856, les abolitionnistes contribuèrent à la fondation d’un nouveau parti baptisé « républicain » face au Parti démocrate, hégémonique dans le Sud esclavagiste. Le premier président élu sous ses couleurs se nommait Abraham Lincoln et il publia la « déclaration d’émancipation » au terme de la guerre de Sécession. Cent cinquante ans plus tard, un certain Donald Trump porte les couleurs de ce même parti au terme d’une longue dérive droitière lancée par Richard Nixon et sa « stratégie sudiste ». Celle-ci visait à récupérer les électeurs « négrophobes » sur la base d’un discours raciste, mais décliné en « ultrason », c’est-à-dire sans jamais convoquer de mots « choquants » mais en laissant en permanence entendre à ceux qui le veulent bien de quoi il s’agit : de la suprématie blanche. Trump est passé maître dans cet art, le seul qui lui permettra de survivre politiquement dans un pays où ses idées sont minoritaires. C. D.

 

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans INTERNATIONAL
8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 05:16

À propos de « Progressistes »

 

La revue Progressistes est un trimestriel articulant les enjeux du monde du travail, de l’environnement, et les avancées scientifiques et techniques.

Chaque numéro est organisé autour d’un dossier spécifique et des rubriques régulières en lien, plus ou moins distendu, avec l’actualité immédiate.

Nombre de ses articles font appel à des spécialistes dont les préoccupations vont bien au delà des seuls aspects purs de la science, de la technologie ou de la technique qu’on peut habituellement retrouver ailleurs.

Au cours de ce mois d’août notre Blog vous propose quelques articles de « Progressistes » parus entre novembre 2018 et août 2019.

 

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PLANÈTE BLEUE - Revue "Progressistes"
PLANÈTE BLEUE - Revue "Progressistes"
PLANÈTE BLEUE - Revue "Progressistes"
PLANÈTE BLEUE - Revue "Progressistes"
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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans Ecologie
8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 05:12

Par Francis Vergne 
 

Face au modèle d’école néolibéral qui met en concurrence les élèves et les établissements scolaires, transforme l’éducation en marchandise et les institutions scolaires en entreprises prestataires de services individualisés et de valorisation du « capital humain », Francis Vergne nous invite à réinventer, en réactivant un principe d’espérance et un imaginaire émancipateur, la nouvelle école démocratique. Celle-ci aurait pour axe principal la réduction des inégalités et la production culturelle de l'égalité et comme nouvel esprit la logique du commun.


De quoi l’affichage satisfait du technocratisme scientiste et autoritaire de l’actuel ministre de l’Éducation nationale est-il le nom ? Peut-être avant tout de la volonté de signer la fin de tout échange démocratique dans l’école, autour de l’école et pour l’école. Se trouve d’abord confisquée toute la réflexion didactique et pédagogique des enseignants. Lesquels deviendraient de simples exécutants enjoints d’appliquer un recueil de bonnes méthodes concoctées par des experts parés de l’autorité de la science. Laquelle serait réduite à celle que le ministre connaît et impose comme seule légitime. Mais, pas davantage que les enseignants, les citoyens n’ont voix au chapitre. Ignorance de l’histoire sociale et haine des révolutions aidant, disparaît la réalité sociale et politique de la question scolaire, fruit pourtant de plusieurs siècles de débats passionnés et d’héritages progressistes essentiels.

Ce néolibéralisme décomplexé constitue un triste marqueur de l’avancée de l’école et de la société néolibérales. Car Jean-Michel Blanquer fait plus que vouloir diriger l’entreprise éducation nationale les yeux rivés sur les comparaisons internationales pour les premiers de cordée et la calculette à la main pour diminuer les postes et les moyens. De parcours sup à la frénésie évaluatrice annoncée en cette rentrée, en passant par le démantèlement de la filière professionnelle au profit de l’apprentissage patronal, il installe davantage encore la compétition à outrance et la concurrence au cœur d’un monde scolaire qui devient chaque jour plus inégalitaire, plus ségrégatif et plus stressant pour les élèves comme pour les enseignants, avec pour seule fin la fabrique de l’employabilité (Louis-Marie Barnier, Jean-Marie Canu, Francis Vergne, La Fabrique de l’employabilité, Éditions Syllepse, 2014).

 

L’humain devient capital

En publiant, il y a quelques années déjà, La Nouvelle École capitaliste (Pierre Clément, Guy Dreux, Christian Laval, Francis Vergne, La Découverte, 2011), nous avions pleinement conscience que l’école n’est pas à l’écart des grandes mutations imposées par un capitalisme qui prétend régir tous les aspects de la vie sociale et de la culture. La subordination de l’enseignement et de la recherche à la logique de marchandisation et de financiarisation est directement liée à son évolution depuis trois décennies. Ce qui s’ouvre, c’est une ère nouvelle de l’école. Les savoirs et la culture ne sont ni recherchés comme vecteurs d’émancipation ni valorisés pour eux-mêmes, mais dans la seule mesure où ils peuvent être source de profits. Ce nouveau modèle tend à relativiser en outre deux dimensions historiquement constitutives de l’école : sa fonction d’intégration culturelle et sa fonction de formation du citoyen. Le constat empirique rejoignait pour nous l’essai de caractérisation. La nouvelle école capitaliste, disions-nous, est l’école dans laquelle les objectifs et les modes de fonctionnement sont ordonnés aux exigences de la compétition économique. De la maternelle à l’université, l’école est formatée par la rationalité néolibérale au point d’épouser de façon intime le mouvement du capital ainsi que sa conception de l’homme et de la société. L’humain devient capital.

« Ignorance de l'histoire sociale et haine des révolutions aidant, disparaît la réalité sociale et politique de la question scolaire, fruit pourtant de plusieurs siècles de débats passionnés et d'héritages progressistes essentiels. »

Ce processus est au cœur de la mise en marché de l’école. L’éducation s’achète et se vend de plus en plus ouvertement. L’argent des familles et des étudiants (cf. l’explosion de l’endettement étudiant et ses effets délétères) devient un facteur de plus en plus direct de différenciation scolaire et les marchandises les plus diverses pénètrent progressivement l’espace scolaire. Et, dans le même temps, l’on assiste à une transformation profonde du fonctionnement, du contenu, des pédagogies et de la finalité des études.
L’autonomie relative de l’institution scolaire se réduit ainsi par l’imposition de tout un dispositif managérial qui entend standardiser pratiques et comportements. Les institutions scolaires et universitaires deviennent ces entreprises prestataires de services individualisés et de valorisation du « capital humain ». Il y a donc quelque logique à vouloir garantir la mesure permanente de la plus-value apportée à chaque unité du système éducatif engagée dans « l’économie de la connaissance ». D’où l’importance des classements d’établissements, d’où la compétition entre tous et d’où l’idée que les moyens doivent dépendre des résultats et non l’inverse. Chaque établissement doit se positionner sur un grand marché de la formation et y adapter ses contenus et ses pratiques. Chaque enseignant ou chercheur doit apprendre à évoluer dans un environnement où la valeur économique devient le critère ultime de légitimation. Et chaque élève/étudiant, enfin, doit penser sa formation et son orientation en se sentant responsable de son employabilité.

« Les institutions scolaires et universitaires deviennentces entreprises prestataires de services individualisés et de valorisation du “capital humain”. »

 

Tristes topiques

Mais en même temps que nous dressions ce constat et proposions cette grille de lecture, nous insistions sur le caractère stratégique des luttes sociales dans le champ scolaire et universitaire. Nous avions particulièrement en vue le pouvoir d’entraînement des mouvements étudiants touchés de plein fouet par les inégalités sociales accrues, l’assujettissement pesant au mécanisme de l’endettement, la marchandisation de la culture et des savoirs, susceptibles de déboucher sur une contestation plus globale. Nous pensions la jonction possible avec les résistances d’enseignants heurtés dans leur conscience professionnelle par l’incroyable bric-à-brac managérial qu’une hiérarchie inféodée aux nouvelles normes mettait en œuvre avec zèle. Nous les savions désireux d’empêcher que le métier d’enseignant ne soit détruit par la taylorisation de leur travail. Nous les savions soucieux de préserver une certaine collégialité dans l’exercice de leur métier pour n’avoir pas à se renier. L’urgence de restaurer la signification morale et politique de l’école, celle de l’émancipation et de l’égalité, nous semblait devoir être au rendez-vous.
Constatons que l’insurrection des consciences et la convergence ne se sont pas produites. Il ne s’agit pas de mettre quiconque en accusation, mais plutôt de comprendre quels mécanismes de fabrication de l’impuissance ont opéré. Ils doivent pour une large part leur efficience à la systématisation et à la radicalisation de l’entreprise néolibérale sur tous les terrains. Ne sous-estimons pas ses effets désagrégateurs dans les établissements qui concentrent un maximum de jeunes en difficulté sociale et culturelle. Lorsque s’installe un mixte de violence et d’anomie qui semble devoir tout submerger se trouve abolie la possibilité même d’une démarche partagée d’acquisition des savoirs. La cécité et le déni affichés par les gouvernements successifs en matière éducative depuis plusieurs décennies quant aux déterminants sociaux et politiques de la difficulté scolaire et de son traitement sont proprement insupportables. Comme le sont les reniements d’une certaine « gauche » qui ont pesé lourd dans la désorientation voire la démoralisation de beaucoup au point parfois d’engendrer des formes paradoxales de consentement à la servitude. D’une façon plus générale, l’horizon semble aujourd’hui borné par l’effondrement ou l’émiettement des alternatives. La sphère éducative n’y échappe pas.

 

 

 

Vers une « nouvelle école démocratique »

Répétons-le : on ne saurait séparer un certain modèle d’école et une conception de la société. La question de l’école, comme celle de la santé, de la justice, de la culture et des arts, a partie liée avec notre capacité collective à imaginer et réaliser un destin commun. Redéfinir l’éducation du XXIe siècle dans l’optique d’un monde débarrassé du capitalisme destructeur de l’humain, tel est l’enjeu qui devrait mobiliser aujourd’hui les chercheurs, les professionnels de l’enseignement, les étudiants, les citoyens. Adossée à un principe d’espérance et à un imaginaire émancipateur réactivés, l’école alternative, la nouvelle école démocratique qu’il nous faut réinventer, serait ordonnée à une démocratie réelle. Elle aurait pour axe principal tout à la fois la réduction des inégalités et la production culturelle de l’égalité.

« Contre la concurrence généralisée pour les meilleures filières, les meilleurs établissements, les meilleures classes, etc., posons le commun comme le nouvel esprit de l’institution. »

L’hypothèse dont nous partons, sur ce que l’on peut attendre d’une politique éducative alternative, pourrait tenir en une formule : dans tous les domaines, cette politique doit remettre du commun au cœur de la société. Contre la concurrence généralisée pour les meilleures filières, les meilleurs établissements, les meilleures classes, etc., posons le commun comme le nouvel esprit de l’institution. Comment promouvoir un nouveau système de normes sociales, de formes d’existence et de modèles d’institution dans le champ éducatif permettant de passer de la logique de la compétition à la logique de la mise en commun ? Dans cette optique, quatre chantiers nous semblent devoir être rouverts :

  • Le premier concerne la relance de la démocratisation de l’école. Pas de transformation progressiste de l’école sans reprise d’un réel mouvement de démocratisation de l’accès au savoir ;
  • Le second touche à la réinvention d’une culture commune, à une reformulation de ses contenus et à leur articulation avec des savoirs émancipateurs ;
  • Le troisième tient dans l’émergence d’une nouvelle pédagogie favorisant le passage d’une pédagogie individuelle de la compétition à une pédagogie sociale de la coopération ;
  • Se pose enfin la perspective d’une démocratisation autogestionnaire de l’organisation scolaire autorisant une refondation laïque et institutionnelle de l’école.
     

Il n’est certainement pas trop tôt pour y travailler.

 

Francis Vergne participe à l’équipe d’animation de l’Institut de recherches de la FSU.

Cause commune n°9 • janvier/février 2019

 

 

 

 

 

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans POLITIQUE NATIONALE
8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 05:00
Turquie. Erdogan veut envoyer ses troupes contre les Kurdes syriens
Mercredi, 7 Août, 2019

Ankara, qui contrôle déjà l’enclave kurde d’Afrin, entend forcer la main de Washington pour créer une « zone de sécurité » en territoire syrien. Des menaces d’embrasement bien réelles.

 

Affaibli politiquement dans son pays, comme l’ont montré les récentes élections municipales et la perte par son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement) des villes d’Istanbul et d’Ankara, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, tente de reprendre la main. Pour cela, il joue une fois de plus sur la fibre nationaliste et la lutte contre les « terroristes » kurdes, en Turquie mais aussi en Syrie. « Nous sommes entrés dans Afrin, Jarabulus et Al-Bab. Nous irons ensuite à l’est de l’Euphrate », a-t-il déclaré dimanche, faisant allusion à des localités prises par des rebelles islamistes syriens soutenus par la Turquie. « Nous avons dit cela à la Russie et à l’Amérique. Parce que tant que nous serons sujets au harcèlement, il ne nous sera pas possible de garder le silence », a-t-il ajouté.

les Turcs aggravent une proposition de Trump

Ce n’est pas la première fois qu’Erdogan lance ce type de menaces contre les combattants kurdes des YPG (Unités de protection du peuple) et les Forces démocratiques syriennes (FDS, composées des YPG et de milices arabes). Des menaces qu’il ne faut toutefois pas prendre à la légère. Ces dernières semaines, les médias turcs ont fait état de l’envoi de véhicules militaires et d’unités de commandos vers des localités turques à proximité de la frontière syrienne. La Turquie a mené deux offensives en Syrie en 2016 et début 2018 pour repousser les YPG. En 2018, la Turquie a pris le contrôle de l’enclave kurde d’Afrin, dans le nord-ouest de la Syrie, après une offensive terrestre et aérienne de deux mois qui a poussé à la fuite des dizaines de milliers de civils, dont beaucoup ont subi les exactions des groupes islamistes dont la barbarie et la cruauté ne doivent rien à l’organisation dite de l’« État islamique ». Le nom change, les pratiques persistent.

Ces déclarations d’Ankara visent également à faire pression sur Washington dans le cadre de discussions en cours pour obtenir la création d’une « zone de sécurité » en territoire syrien sur 30 km de large et placée sous son contrôle. En cela, les Turcs ne font que reprendre et aggraver une proposition initiale de Donald Trump, qui parlait d’une zone de 30 km de long pour répondre aux premières menaces d’invasion turque ! Selon le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Hami Aksoy, si aucun « terrain d’entente n’est trouvé avec les États-Unis », la Turquie sera obligée de « créer elle-même la zone de sécurité ». Parallèlement, il appelle les États-Unis à couper les ponts avec les YPG. Haut responsable kurde syrien, Aldar Khalil s’étonne dans un entretien à l’AFP. Les États-Unis pourraient « stopper l’attaque d’un seul mot mais on dirait qu’ils ne veulent pas mettre plus de pression que nécessaire sur la Turquie », juge-t-il. Mazlum Abdi, commandant en chef des FDS, avertit de son côté : « Nous avons également déployé une force importante avec des armes d’une portée de 20 km sur la frontière. Il y a une tension sérieuse, il suffit d’une petite étincelle pour allumer le feu. Si la Turquie attaque une de nos régions, la frontière de 600 km se transformera en zone de guerre totale. La Turquie, les États-Unis et la France le savent très bien. »

Les États-Unis sont face à leurs propres contradictions et la Turquie sait les exploiter. Le 19 décembre dernier, Trump avait annoncé le retrait des forces américaines censées lutter dans le nord-est de la Syrie contre les djihadistes aux côtés des FDS. Une mesure qui avait ouvert les appétits d’Erdogan. Celui-ci pousse maintenant son avantage après avoir acheté des missiles SS20 à la Russie tout en se positionnant toujours comme un allié indispensable de l’Otan dans la région. Ce qui lui permet de négocier d’égal à égal avec Washington, tout en poursuivant son « nettoyage » de tous les combattants kurdes dans la région, en Turquie comme en Syrie et en Irak, où son aviation bombarde sans cesse les positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Le nouveau chef du Pentagone, Mark Esper, peut bien dire qu’une offensive turque contre les Kurdes syriens serait « inacceptable », il ajoute néanmoins que le but maintenant est de « trouver avec eux (les Turcs – NDLR) un arrangement qui réponde à leurs inquiétudes ».

Pierre Barbancey
Turquie. Erdogan veut envoyer ses troupes contre les Kurdes syriens (L'Humanité, 7 août 2019, Pierre Barbancey)
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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 07:15
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Georges Politzer Philosophe de combat
Mardi, 6 Août, 2019

Lanceurs d'alerte en 1939 12/29. Engagé contre le fascisme au lendemain de la Première Guerre mondiale, le théoricien marxiste d’origine hongroise « mort pour la France » fut fusillé comme otage, le 23 mai 1942 au Mont-Valérien.

 

«Ce n’est pas par amour de la poésie que le nazisme fabrique des mythes. Ces mythes sont des instruments politiques », explique Georges Politzer dans la brochure Révolution et contre-révolution au XXe siècle publiée clandestinement en février 1941 (1). Une formule qui caractérise, dans ce texte, la méthode de la propagande d’Hitler selon laquelle « il ne faut pas élever la masse par une propagande qui l’éclaire », mais « l’influencer en se servant des faiblesses engendrées et savamment entretenues en elle par le capitalisme », souligne le philosophe. Autrement dit, comme pour vanter n’importe quelle marque de « nouveau savon » lancé sur le marché, par l’affirmation « sans scrupule » de « n’importe quoi » pourvu que soit acquise l’adhésion subjective et passionnelle de l’auditeur à l’énonciateur et à ses prises de position unilatérales. Une « leçon » mise en œuvre avec un aplomb sans faille par l’ensemble de l’arc de l’extrême droite contemporaine, de Donald Trump à Jair Bolsonaro, en passant par Matteo Salvini, Viktor Orban, Geert Wilders et Marine Le Pen. Une « leçon sur la leçon » de Politzer dont la valeur reste plus actuelle que jamais.

Né en 1903 sujet de l’Empire austro-hongrois, Georges Politzer s’engage précocement. Issu d’une famille de la bourgeoisie juive de Hongrie, il a 15 ans en 1918 quand il adhère au Parti communiste. L’Empire disloqué, il participe à la défense de la République des Conseils, dirigée par Béla Kun, contre les troupes du dictateur Miklos Horthy, admirateur de Mussolini et initiateur des premières lois antisémites de l’entre-deux-guerres. À 17 ans, il part s’installer à Paris, non sans avoir fait un passage à Vienne afin d’assister aux séminaires de Freud et de Ferenczi.

Inscrit à la Sorbonne, où il rencontre Pierre Morhange, Henri Lefebvre et Norbert Guterman, il enseigne au lycée de Moulins, dans l’Allier, avant d’obtenir l’agrégation de philosophie, en 1926, et d’être nommé professeur de l’enseignement secondaire, emploi qu’il occupera jusqu’en 1939 (2). Militant en tant que syndicaliste enseignant, il adhère au Parti communiste français en 1929 et participe à la Revue marxiste avec Pierre Morhange, Georges Friedmann et Paul Nizan.

Ardemment impliqué dans les actions culturelles du PCF dans les années 1930 – enseignement militant, journalisme, documentation… –, il sera mobilisé en 1939 dans l’intendance à l’École militaire. Entré dans la clandestinité, il est, avec Jacques Solomon et Jacques Decour, à l’origine de la Résistance universitaire et intellectuelle communiste, en lançant dès l’automne 1940 le périodique clandestin l’Université libre, puis en février 1941 la Pensée libre, explique le Maitron (3).

« La propagande marxiste n’a jamais reculé devant l’immensité de la tâche qui consiste à porter, non seulement l’économie politique marxiste, mais encore le matérialisme dialectique devant les ouvriers des villes, comme devant les paysans, devant le métallurgiste parisien, comme devant le coolie chinois. Car le but de la propagande marxiste est d’éclairer et d’élever les masses en vue de leur libération », explique Georges Politzer : « Tout (son) effort a tendu à apprendre aux masses les plus larges à déceler, derrière les phrases de toute sorte, les intérêts de classe de la bourgeoisie, afin de les mettre à l’abri, en politique, de la tromperie et de l’illusion » (1).

Arrêté avec sa seconde femme, Marie – dite Maïe –, le 15 février 1942, par la brigade spéciale de la préfecture de police de Paris, Georges Politzer fut remis aux autorités allemandes le 20 mars 1942. Le philosophe cité par le général de Gaulle en octobre 1943 parmi « les plus grands » qui sauvèrent « la dignité de l’esprit » sera fusillé comme otage, le 23 mai 1942 dans la forteresse du Mont-Valérien. Marie Politzer, partie de Romainville le 23 janvier 1943 pour la Pologne, mourut du typhus à Auschwitz, le 6 mars 1943.

Dans la sixième partie du poème Brocéliande de la Diane française, Louis Aragon rendra un hommage appuyé au résistant communiste « aux cheveux roux », assassiné à l’âge de 39 ans, « mort pour la France ». « Dans le Crime contre l’esprit, paru en 1943 puis repris dans l’Homme communiste », précise le Maitron, « il consacra plusieurs pages à Georges Politzer », qui passa trois mois enchaîné et torturé, « du début de mars au 23 mai précisément ». « Pierre Villon (4) se fit aussi l’écho des tortures subies par Politzer », souligne la notice du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier : « Arrêtés, tous deux », Georges et Maïe « ont eu une attitude héroïque devant leurs bourreaux, ils n’ont cédé ni aux tortures physiques, ni aux menaces, ni aux offres déshonorantes de récompense ».

(1) Révolution et contre-révolution au XXe siècle in Politzer contre le nazisme, textes clandestins, présentés par Roger Bourderon avec un avant-propos de Claude Mazauric, Éditions sociales, Messidor, 1984. (2) Voir Roger Bruyeron, les Trois Vies de Georges Politzer, Flammarion, 2013. (3) http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr, notice Politzer Georges par Nicole Racine. (4) Pseudonyme de Roger Ginsburger, membre fondateur du Conseil national de la Résistance.
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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 07:03
Disparition. Toni Morrison, écrire pour briser le silence
Mercredi, 7 Août, 2019

Première Afro-Américaine lauréate du prix Nobel de littérature en 1993, la romancière est morte, lundi, à l’âge de 88 ans.

 

Elle était l’un des monstres sacrés de la littérature américaine, l’un des rares écrivains à concilier succès critique et commercial. Autrice de 11 romans, de livres pour enfants, de pièces de théâtre et d’un opéra, éditrice et enseignante, Toni Morrison s’est éteinte lundi soir, à New York. Chroniqueuse infatigable de la vie des Noirs américains, en particulier des femmes, elle militait pour une littérature affranchie de toute considération raciale, luttait contre les communautarismes et « l’obsession de la couleur ». En 1993, l’Académie Nobel saluait ses « romans caractérisés par leur force visionnaire » et sa manière de « donner vie à un aspect essentiel de la réalité américaine ». Couverte d’honneurs, elle avait remporté le prix Pulitzer en 1988 pour Beloved, l’histoire d’une ancienne esclave échappée d’une plantation en 1870, visitée par le fantôme de sa fille, qu’elle avait tuée de ses propres mains. « J’ai passé ma vie entière à m’assurer que le point de vue blanc ne dominait pas mes livres » confiait-elle dans une interview en 2019.

Elle publie Angela Davis et Mohamed Ali

Née Chloe Ardelia Wofford, le 8 février 1931 à Lorain, dans l’Ohio, une ville industrielle de la « Rust Belt », elle est la deuxième d’une famille modeste de quatre enfants. Elle fait très tôt l’expérience de la ségrégation. Son père, dans son enfance, a assisté à un lynchage et en a nourrit un très vif ressentiment à l’égard des Blancs. Quand Toni a 2 ans, le propriétaire met le feu à l’appartement familial en représailles d’un retard de paiement du loyer. Convertie au catholicisme à l’âge de 12 ans, elle prend comme deuxième prénom Anthony, puis Toni, qui, accolé au nom de son mari, épousé en 1958, deviendra son nom de plume. Le goût pour les mots arrive très tôt, grâce à ses parents et à sa grand-mère, Ardelia, qui lui racontent des histoires. Lectrice fervente, Toni dévore Jane Austen, Richard Wright ou Mark Twain. Adolescente, elle fait le ménage dans des familles de Blancs, est secrétaire à la bibliothèque publique de sa ville. Quand elle est en âge d’aller à l’université, elle entre à Howard, réservée aux Noirs, puis part à Cornell, avant de revenir à Howard. Étudiante brillante, elle consacre sa thèse à William Faulkner et Virginia Woolf et rencontre Alain Locke, célèbre pour ses écrits sur la « Harlem Renaissance », un mouvement de renouveau de la culture afro-américaine. Mère de deux garçons qu’elle élève rapidement seule à New York, elle consacre son temps libre à l’écriture, tôt le matin ou tard le soir. Pour gagner sa vie, elle devient enseignante, puis éditrice, dans la prestigieuse maison Random House où elle publie Angela Davis, militante des droits civiques proche des Black Panthers, et le boxeur Mohamed Ali.

Son premier livre, l’Œil le plus bleu, paraît en 1970, l’histoire d’une jeune fille noire qui veut se conformer aux canons de la beauté blanche et avoir les yeux bleus. Quarante-cinq ans plus tard, elle aborde le même thème dans Délivrances (2015), l’émancipation d’une jeune femme qui fait de sa couleur de peau, d’abord vécue comme un fardeau, une fierté. Parmi ses livres les plus marquants, on retiendra le Chant de Salomon (1977), une fresque foisonnante qui suit l’itinéraire d’un adolescent noir parti dans le Sud profond à la recherche de ses origines. Ou encore Paradis, l’histoire de cinq femmes retrouvées mortes dans une petite ville d’Oklahoma.

Le rythme de ses phrases empruntait au jazz

Dotée d’un caractère bien trempé, Toni Morrison luttait contre toutes les conventions, jusque dans son usage de la langue. Sa littérature était âpre, parfois violente et crue, le rythme de ses phrases empruntait au jazz, le titre de l’un de ses romans (Jazz, 1993). Elle n’aimait pas qu’on qualifie son style de poétique, « parce que cela donnait une connotation luxuriante. Je voulais restituer le pouvoir originel de la langue des Noirs. Un langage riche mais sans fioritures ». Jusqu’au bout, malgré ses problèmes de santé, même si sa parole était devenue rare, Toni Morrison est intervenue dans le débat public, s’opposant farouchement à la politique « rétrograde » de Donald Trump. « C’est le silence qui m’a poussée à écrire toutes ces histoires jamais racontées, auxquelles on n’a jamais prêté attention », disait-elle au New Yorker en 2003. C’est une voix forte, respectée et inspirante qui vient de s’éteindre.

Sophie Joubert
Disparition. Toni Morrison, écrire pour briser le silence (Sophie Joubert, L'Humanité, 7 août 2019)
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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 06:16
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
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Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Prise de parole de Christian Collimard, animateur du Mouvement de la paix dans le Sud Finistère et du CIAN 29

Prise de parole de Christian Collimard, animateur du Mouvement de la paix dans le Sud Finistère et du CIAN 29

Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
COLLECTIF  29 (cian29*) Pour l'Interdiction des Armes Nucléaires
Le cian29 initié par le mouvement de la paix et l'université européenne de la paix regroupe une quinzaine d'associations et organisations syndicales et politiques du département dont la fédération 29 du PCF.
 
En 1945, les bombardements d'HIROSHIMA et NAGASAKI ont fait la preuve de la barbarie de l'usage des bombes atomiques. Crimes contre l'Humanité qui ont fait plus de 300 000 victimes.
 
Ce MARDI 6 AOÛT, ils s'en sont souvenus et ont dit : STOP AU PÉRIL CRIMINEL
 
Il y a mieux à faire que de financer le gâchis des militarisations de nos territoires et d'en faire des cibles oh combien dangereuses
 
Ni en Presqu'île de Crozon
Ni en rade de Brest
Ni ailleurs...
PLUS UNE SEULE BOMBE NUCLÉAIRE
 
La France doit signer le traité d'interdiction des armes nucléaires voté le 7 juillet 2017 à l'ONU
 
Ils se sont retrouvés à 10h face à la stèle de la résistance au Menez Hom près de la chapelle Sainte-Marie du Menez Hom puis ont entrepris l'ascension du Menez Hom. Christian Collimard a pris la parole au sommet pour le CIAN 29 et un pique-nique avec des chansons de Claude Couamme a eu lieu au retour près de la chapelle.
Bravo à ces résistants contre le péril extrême des armes nucléaires et de la politique de prolifération nucléaire cautionnée et mise en œuvre par la France. Au côté de militants du Mouvement de la Paix, de l'Université européenne de la paix, régionalistes, écologistes, plusieurs militants finistériens du PCF étaient présents, comme d'habitude, dont Daniel Laporte, militant bien connu de Carhaix, qui nous a livré ce beau reportage photo.
 
Merci à lui!
 
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 06:00
Barricade, rue de la Folie-Méricourt, 25 juin 1848, par Ferdinand Rosineau - source Blog Ma Commune de Paris, par Michèle Audin

Barricade, rue de la Folie-Méricourt, 25 juin 1848, par Ferdinand Rosineau - source Blog Ma Commune de Paris, par Michèle Audin

Karl Marx (1818-1883)

Marx "journaliste" chroniqueur de la guerre des classes en France

Article de la Neue Rheinische Zeitung daté du 29 juin 1848

(éditions sociales)

Le 25 juin (1848)

"Chaque jour, la violence, l'acharnement, la fureur de la lutte ont grandi. La bourgeoisie est devenue de plus en plus fanatique contre les insurgés au fur et à mesure que ses brutalités la conduisaient moins vite au but, qu'elle se lassait davantage dans la lutte, la garde de nuit et le bivouac et qu'elle se rapprochait enfin de sa victoire.

La bourgeoisie a proclamé les ouvriers non des ennemis ordinaires, que l'on vainc, mais des ennemis de la société, que l'on extermine. Les bourgeois ont répandu l'assertion absurde que, pour les ouvriers qu'ils avaient eux-mêmes acculé de force à l'insurrection, il ne s'agissait que de pillage, d'incendie et d'assasinnat, que c'était une bande de brigands qu'il fallait abattre comme des bêtes sauvages. Et, cependant, les insurgés avaient occupé pendant trois jours une grande partie de la ville et s'y étaient comportés d'une façon tout à fait convenable. S'ils avaient employé les mêmes moyens violents que les bourgeois et les valets des bourgeois commandés par Cavaignac, Paris serait en ruines, mais ils auraient triomphé.

La façon barbare dont les bourgeois procédèrent dans cette lutte ressort de tous les faits isolés. Sans parler de la mitraille, des obus, des fusées incendiaires, il est établi qu'on ne fit aucun quartier dans la plupart des barricades prises d'assaut. Les bourgeois abattirent sans exception tout ce qu'ils trouvèrent devant eux. Le 24 au soir, plus de 50 insurgés prisonniers furent fusillés sans autre forme de procès dans l'avenue de l'Observatoire. "C'est une guerre d'extermination", écrit un correspondant de l'Indépendance belge, elle-même une feuille bourgeoise. Sur toutes les barricades on croyait que tous les insurgés sans exception seraient massacrés. Lorsque Larochejacquelein déclara à l'Assemblée nationale qu'il fallait faire quelque chose pour contrecarrer cette croyance, les bourgeois ne le laissèrent pas achever et firent un tel vacarme que le Président dut se couvrir et interrompre la séance. Lorsque M. Sénard lui-même voulut prononcer plus tard quelques paroles hypocrites de douleur et de conciliation, le vacarme recommença. Les bourgeois ne voulaient pas entendre parler de modération. Même au risque de perdre une partie de leur fortune par le bombardement, ils étaient résolus à en finir une fois pour toutes avec les ennemis de l'ordre, les pillards, les brigands, incendiaires et communistes.

Avec cela, ils n'avaient pas même l'héroïsme que les journaux s'efforcent de leur attribuer. De la séance d'aujourd'hui de l'Assemblée nationale, il ressort que lorsque l'insurrection éclata, la garde nationale fut consternée d'effroi; des informations de tous les journaux des couleurs les plus diverses, il ressort clairement, malgré toutes les phrases pompeuses, que le premier jour, la garde nationale parut en faible nombre, que le second et le troisième jour, Cavaignac dut les faire arracher de leur lit et mener au feu par un caporal et quatre hommes. La haine fanatique des bourgeois contre les ouvriers insurgés n'était pas à même de surmonter leur lâcheté naturelle.   

Les ouvriers, par contre, se sont battus avec une bravoure sans pareille. De moins en moins en mesure de remplacer leurs pertes, de plus en plus refoulés par des forces supérieures, pas un instant ils ne montrèrent de lassitude. Dès le 25 au matin, ils ont dû reconnaître que les chances de la victoire tournaient nettement contre eux. De nouvelles troupes arrivaient par masses successives de toutes les régions; la garde nationale de la banlieue, celle des villes plus éloignées, venaient en gros détachements à Paris. Les troupes de ligne qui se battaient s'élevaient, le 25, à plus de 40.000 hommes, plus que la garnison ordinaire; à cela s'ajoutait la garde mobile avec de 20 à 25.000 hommes; puis la garde nationale de Paris et des autres villes. De plus, encore plusieurs milliers d'hommes de la garde républicaine. Toutes les forces armées qui entrèrent en action contre l'insurrection s'élevaient, le 25, certainement de 150 à 200.000 hommes; les ouvriers en avaient tout au plus le quart, ils avaient moins de munitions, absolument aucune direction militaire et point de canons utilisables. Mais ils se battirent en silence et désespérément contre les forces énormément supérieures. (...)

Le 25 au matin, les insurgés occupaient les positions suivantes: le Clos Saint-Lazare, les faubourgs Saint-Antoine et du Temple, le Marais et le quartier Saint-Antoine.

Le Clos Saint-Lazare (d'un ancien monastère) est une grande étendue de terrain en partie bâtie, en partie couverte seulement de maisons inachevées, de rues tracées, etc. La gare du Nord se trouve exactement en son milieu. Dans ce quartier riche en bâtisses inégalement disposées et qui renferme en outre quantité de matériaux de construction, les insurgés avaient construit une forteresse formidable.

L'hôpital Louis-Philippe, en construction, était leur centre; ils avaient élevé des barricades redoutables que des témoins oculaires décrivent comme tout à fait imprenables. Derrière se trouvait le mur de ceinture de la ville, cerné et occupé par eux. De là, leurs retranchements allaient jusqu'à la rue Rochechouart ou dans les alentours des barrières. Les barrières de Montmartre étaient fortement défendues; Montmartre était complètement occupé par eux. Quarante canons, tonnant contre eux depuis deux jours, ne les avaient pas encore réduits. 

On tira de nouveau toute la journée avec 40 canons sur ces retranchements; finalement, à 6 heures du soir, les deux barricades de la rue Rochechouart furent prises et bientôt après le Clos Saint-Lazare succombait aussi.    

Sur le boulevard du Temple, la garde mobile prit à 10 heures du matin plusieurs maisons d'où les insurgés envoyaient leurs balles dans les rangs des assaillants. Les "défenseurs de l'ordre" avaient avancé à peu près jusqu'au boulevard des Filles du Calvaire. Sur ces entrefaites, les insurgés furent refoulés de plus en plus loin dans le faubourg du Temple, le canal Saint-Martin occupé par endroits et de là, ainsi que du boulevard, l'artillerie canonnait fortement les rues plus larges et droites. Le combat fut d'une violence extraordinaire. Les ouvriers savaient très bien qu'on les attaquait là au cœur de leurs positions. Ils se défendaient comme des forcenés. Ils reprirent même des barricades dont on les avait vu déjà délogés. Mais après une longue lutte, ils furent écrasés par la supériorité du nombre et des armes. Les barricades succombèrent l'une après l'autre; à la tombée de la nuit, non seulement le faubourg du Temple était pris, mais aussi, au moyen du boulevard et du canal, les abords du faubourg Saint-Antoine et plusieurs barricades de ce faubourg.

A l'hôtel de ville, le général Duvivier faisait des progrès lents, mais réguliers. Des quais, il prit de flanc les barricades de la rue Saint-Antoine, en même temps qu'il canonnait l'île Saint-Louis et l'ancienne île Louvier avec des pièces lourdes. On se battit également là avec un grand acharnement mais on manque de détails sur cette lutte dont on sait seulement qu'à 4 heures la mairie du IXe arrondissement ainsi que les rues avoisinantes furent prises, que les barricades de la rue Saint-Antoine furent emportées d'assaut l'une après l'autre et que le pont de Damiette qui donnait accès dans l'île Saint-Louis fut pris. A la tombée de la nuit, les insurgés y étaient partout refoulés et tous les accès de la place de la Bastille dégagés.

Ainsi, les insurgés étaient rejetés de toutes les parties de la ville, à l'exception du faubourg Saint-Antoine. C'était leur position la plus forte. Les nombreux accès de ce faubourg, le vrai foyer de toutes les insurrections parisiennes, étaient couverts avec une habileté particulière. Des barricades obliques, se couvrant mutuellement les unes les autres, encore renforcées par le feu croisé des maisons, constituaient un double front d'attaque. Leur assaut aurait coûté une énorme quantité d'existences. 

Devant ces retranchements campaient les bourgeois, ou plutôt leurs valets. La garde nationale avait fait peu de choses ce jour-ci. C'est la ligne et la garde mobile qui avaient accompli la plus grande partie de la besogne; la garde nationale occupait les quartiers calmes et les quartiers conquis.

C'est la garde républicaine et la garde mobile qui se sont comportées le plus mal. La garde républicaine, réorganisée et épurée comme elle l'était, se battit avec un grand acharnement contre les ouvriers, gagnant contre eux ses éperons de garde municipale républicaine.

La garde mobile, qui est recrutée, dans sa plus grande partie, dans le lumpen-prolétariat parisien, s'est déjà beaucoup transformée, dans le peu de temps de son existence, grâce à une bonne solde, en une garde prétorienne de tous les gens au pouvoir.  Le lumpen-prolétariat organisé a livré sa bataille au prolétariat travailleur non organisé. Comme il fallait s'y attendre, il s'est mis au service de la bourgeoisie, exactement comme les lazaroni à Naples se sont mis à la disposition de Ferdinand. Seuls, les détachements de la garde mobile qui étaient composés de vrais ouvriers passèrent de l'autre côté.  

(...)

La bravoure avec laquelle les ouvriers se sont battus est vraiment admirable. Trente à quarante mille ouvriers qui tiennent trois jours entiers contre plus de quatre-vingt mille hommes de troupe et cent mille hommes de garde nationale, contre la mitraille, les obus et les fusées incendiaires, contre la noble expérience guerrière de généraux qui n'ont pas honte d'employer les moyens algériens! Ils ont été écrasés, et, en grande partie, massacrés. On ne rendra pas à leurs morts les honneurs comme aux morts de Juillet* et de Février**; mais l'histoire assignera une toute autre place aux victimes de la première bataille rangée décisive du prolétariat". 

Karl Marx- Neue Rheinische Zeitung - 29 juin 1848

* 1830

**1848

 

 

A lire aussi:

Les grands textes de Karl Marx - 1 : la critique des libertés formelles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont le pivot est le droit de propriété - une critique des déterminants bourgeois de la Révolution Française

Les grands textes de Karl Marx - 2 - La religion comme opium du peuple

Les grands textes de Karl Marx - 3: l'aliénation produite par la propriété privée et le capitalisme dans les Manuscrits de 1844

Les grands textes de Marx - 4: Les pouvoirs de l'argent (Ebauche d'une critique de l'économie politique, 1844)

Les grands textes de Karl Marx - 5: le matérialisme historique théorisé dans l'Idéologie allemande (1845)

Les grands textes de Karl Marx - 6 - L'idéologie, antagonismes de classes sociales et idées dominantes

Les grands textes de Karl Marx - 7 - Le Manifeste du Parti communiste - Les conditions du communisme se développent dans le développement du capitalisme et de la domination de la bourgeoisie

Les grands textes de Karl Marx - 8 - Qu'est-ce qu'être communiste? - Manifeste du Parti communiste (1848)

Les grands textes de Karl Marx - 9 - Sur le socialisme et le communisme utopique, Manifeste du Parti communiste

Les grands textes de Karl Marx - 10 - La lutte des classes en France - Les raisons de l'échec de la révolution de Février 1848

Les grands textes de Karl Marx - 11 - Les luttes de classe en France - les leçons de la répression du soulèvement ouvrier de juin 1848

Les grands textes de Karl Marx - 12 - l'élection de Louis Napoléon Bonaparte - Les luttes de classe en France

Les grands textes de Karl Marx - 13 - la journée révolutionnaire du 23 juin 1848 racontée dans la Neue Rheinische Zeitung

Les grands textes de Karl Marx - 14 - la journée révolutionnaire du 24 juin 1848 racontée dans la Neue Rheinische Zeitung

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

Les grands textes de Karl Marx - 15 -  la journée révolutionnaire du 25 juin 1848 racontée dans la Neue Rheinische Zeitung
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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 05:43
ARAGON L’UNITÉ À L’ÉCOLE DE L’ESPAGNE (L’HUMANITE - Mercredi 31 Juillet 2019 - Alain Nicolas)

 

Les lanceurs d'alerte en 1939 8/29.

L’écrivain a été un des artisans de l’union pour le soutien à la République, vaincue en janvier 1939. Une étape passionnée et douloureuse dans son combat pour avertir des dangers du fascisme, et rassembler contre lui les écrivains, les artistes, le peuple.

«Machado dort à Collioure », chantera Aragon dans les Poètes, vingt ans après la mort du poète espagnol. Le 22 février 1939, « trois pas suffirent hors d’Espagne » pour que l’épuisement et le désespoir précipitent sa fin. Pour Louis Aragon, l’année 1939 commence dans l’amertume. Le 26 janvier, Barcelone, capitale et dernier bastion de la République espagnole, tombe aux mains des franquistes. Une semaine plus tard, Aragon et Elsa Triolet sont au Perthus. Au poste-frontière, seuls passent les civils, les femmes, les enfants. La France refuse l’entrée aux combattants républicains, qui risquent à tout moment la mort ou les travaux forcés. Aucune exagération dans ce chiffre : 200 000 exécutés selon les statistiques. Il faudra encore trois jours pour que le gouvernement Daladier cède à la pression de toutes les forces politiques, syndicales, venues de tous les milieux, de toutes les religions, et enfin ouvre les frontières.

Cette unité, Aragon en a été, et dès la première heure, un des plus actifs ouvriers. En septembre 1936, à son retour de Moscou, où il était resté quelques semaines après les obsèques de Gorki, il apprend que, contrairement à ce qui s’imprimait en URSS, la tentative de putsch militaire n’a pas échoué. On se bat en Espagne depuis juillet. Aragon, Elsa et deux écrivains émigrés d’Allemagne, Regler et Stern, partent pour Madrid à bord d’un camion gris transportant une petite imprimerie et un projecteur de cinéma. Tout cela donné par l’Association internationale des écrivains pour la défense de la culture, créée au congrès de Paris en 1935. Aragon et Elsa sont accueillis par Rafael Alberti, rencontrent Neruda. Malraux est là, lui aussi. La délégation rencontre l’Alliance des intellectuels antifascistes pour la défense de la culture, parcourt la ligne de front, participe à un meeting le 25 octobre. Il déclare que « la France s’est déshonorée (…) en ne retenant pas la main du fascisme ». À son retour, avec Jean-Richard Bloch, il demande en vain une entrevue à Léon Blum pour lui demander de renoncer à la non-intervention. Bloch avait déjà rencontré le premier ministre du Front populaire en août. Blum avait hésité.

Il n’hésite plus. Il a abandonné à son sort la République espagnole et laissé à Hitler et Mussolini un magnifique banc d’essai. La guerre d’Espagne est pour Aragon à la fois un exemple, une école et une passion. « L’Espagne au cœur » : c’est pour lui, croirait-on, que Neruda a inventé (en 1937) la formule. Lui, il dira plus tard : « J’ai dans mon nom le raisin d’Espagne. » Mais, au-delà des hasards biographiques, des sentiments de fraternité avec les poètes et le peuple espagnols, le conflit est le moyen de prendre à la lettre l’inscription de Schiller sur la cloche de Bâle : « J’appelle les vivants, je pleure les morts, et je brise les foudres. » Le chemin de l’unité a été long, escarpé, sinueux. Depuis son adhésion au PCF en 1927, il a connu une ligne ultrasectaire, puis unitaire à partir de la prise du pouvoir par les nazis. Ce schéma ne rend pas compte, certes, de la complexité des itinéraires et des divisions du Parti, de l’Internationale, des groupes d’écrivains et d’artistes qu’ils influencent, des surréalistes français en particulier et, évidemment, d’Aragon lui-même. Mais il est clair que, dans cette ligne unitaire, il est tout à fait lui-même.

Artisan du congrès international des écrivains pour la défense de la culture en 1935, il avait agi pour que Malraux et Gide, avec qui il est brouillé, figurent à sa présidence collective. Le sacrifice de son orgueil est utile : impressionnés par l’élan unitaire, Brecht, Babel, Pasternak, Musil, Huxley, Heinrich Mann sont dans le comité. Dans l’assistance, Breton et Éluard, qui ont exclu Aragon. Au premier rang, Léon Blum, pas encore premier ministre. Dirigeant Ce soir, quotidien créé en 1937 par Paul Vaillant-Couturier, il travaille avec Jean-Richard Bloch, qui n’est pas communiste à l’époque, et n’hésite pas à publier un grand texte de Malraux, l’Espoir. C’est bien l’espoir qui anime Aragon. Alertant sur les dangers qui menacent, sa chronique « Un jour du monde » de Ce soir est un exercice de lucidité, d’intransigeance parfois, mais aussi de confiance dans la capacité des peuples. Une leçon que, malgré les épreuves, il ne cessera de proclamer.

Alain Nicolas

 

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 05:37

Christophe RAMAUX Membre du Collectif les Économistes atterrés

Le mois prochain, le gouvernement présentera les grandes lignes de son projet de « réforme » des retraites. Engageons dès aujourd’hui la contre-offensive avec Christophe Ramaux, pour comprendre la nouvelle régression qui s’annonce. La bataille pour les retraites est lancée, et c’est aussi une guerre des idées.Et maintenant, les retraites ! Après la casse du code du travail et de la SNCF, la suppression des cotisations salariales et de l’impôt de solidarité sur la fortune, la prochaine grande régression sociale que nous propose Emmanuel Macron consiste à « réformer », une nouvelle fois, notre système de retraites. Ou plutôt, à l’affaiblir, afin de préparer l’entrée des compagnies d’assurance privées. Vous savez comment privatiser un service public ? « First, defund it. » (« d’abord, arrêtez de le financer », Noam Chomsky) [1].

Les caisses d’assurance vieillesse constituent un pactole monumental qui échappe encore à l’État et au capital grâce au principe de la cotisation : 320 milliards d’euros, le poste le plus important de la Sécurité sociale. Un budget excédentaire depuis 2016 [2]. Et une véritable réussite sociale, enviée partout dans le monde : en France, le taux de pauvreté chez les retraités est plus de deux fois inférieur à celui de la population globale [3]. Même s’il y a trop de trop petites retraites à cause d’une redistribution inégalitaire, le système fonctionne globalement.

Pourquoi alors modifier quelque chose qui fonctionne ? Évidemment, pour saper les bases de la répartition et tenter de faire entrer la capitalisation. « Le patronat ne désarme jamais », nous avait avertis le ministre communiste Ambroise Croizat, l’un des fondateurs de notre système de retraites après guerre. Voici comment le patronat compte procéder cette fois-ci.

La retraite par points

Emmanuel Macron n’en a pas fait mystère lors de sa campagne : il souhaite modifier le mode de calcul des pensions de retraites. Aujourd’hui, les salariés du privé calculent leurs pensions en faisant la moyenne de leurs 25 meilleures années, tandis que ceux du public le font sur les six derniers mois.

Demain, Macron veut remplacer ces modes de calcul par un système unique par points. Toute votre vie, vous cotisez des points, et à la fin de votre carrière, vous soldez votre compte de points : tel nombre de points ouvre le droit à tel niveau de pension de retraite. Une mesure d’apparence technique et indolore, mais qui cache en fait un changement énorme : le « point » n’aura pas de valeur définie, mais celle-ci fluctuera en fonction de la démographie, de la croissance, ou d’autres critères.

En somme, vous ne serez jamais assuré de votre niveau de retraite, même si vous cotisez généreusement toute votre vie. Quelles conséquences ? « Le système par points, ça permet en réalité une chose qu’aucun homme politique n’avoue : ça permet de baisser chaque année la valeur des points et donc de diminuer le niveau des pensions. [4] ». C’est le candidat François Fillon qui le disait (et on lui sait gré d’avoir été si franc – il faut dire qu’il s’adressait alors au patronat).

Et que remarque-t-on dans les pays qui ont déjà un système par points, comme la Suède ? Et bien qu’à force de baisser chaque année, les points cotisés ne suffisent plus à assurer une vie digne aux retraités [5]. Dans ces pays, on introduit donc un volet capitalisation obligatoire. Une aubaine pour les assureurs !

Voilà, en deux mots, ce que nous prépare Emmanuel Macron. Et ce n’est pas un dangereux révolutionnaire qui le dit, c’est l’Économiste Atterré Christophe Ramaux, maître de conférences en sciences économiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Christophe Ramaux formule des contre-propositions, avec un mot d’ordre : pour mettre fin à cette casse de la Sécu, cotisons dans la bonne humeur !

 

 

 

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