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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 05:00
Les grands textes de Karl Marx - 13 -  la journée révolutionnaire du 23 juin 1848 racontée dans la Neue Rheinische Zeitung

Karl Marx (1818-1883)

Marx "journaliste"

Article de la Neue Rheinische Zeitung daté du 28 juin 1848

(éditions sociales)

Le 23 juin (1848)

"La révolution de Juin offre le spectacle d'une lutte acharnée comme Paris, comme le monde n'en ont pas encore vu de pareille. De toutes les révolutions précédentes, ce sont les journées de mars à Milan qui témoignent de la lutte la plus chaude. Une population presque désarmée de 170.000 âmes battit une armée de 20 à 30.000 hommes. Mais les journées de Mars à Milan sont un jeu d'enfants à côté des journées de Juin à Paris. Ce qui distingue la révolution de Juin de toutes les révolutions précédentes, c'est l'absence de toute illusion, de tout enthousiasme.

Le peuple n'est point comme en Février sur les barricades chantant Mourir pour la patrie - les ouvriers du 23 juin luttent pour leur existence, la patrie a perdu pour eux toute signification. La Marseillaise et tous les souvenirs de la grande Révolution ont disparu. Peuple et bourgeois pressentent que la révolution dans laquelle ils entrent est plus grande que 1789 et 1793.

La révolution de Juin est la révolution du désespoir et c'est avec la colère muette, avec le sang-froid sinistre du désespoir qu'on combat pour elle; les ouvriers savent qu'ils mènent une lutte à vie et à mort, et devant la gravité terrible de cette lutte le vif esprit français lui-même se tait.

L'histoire ne nous offre que deux moments ayant quelque ressemblance avec la lutte qui est menée probablement encore en ce moment à Paris: la guerre des esclaves de Rome et l'insurrection lyonnaise de 1834. L'ancienne devise lyonnaise aussi: "Vivre en travaillant ou mourir en combattant", a de nouveau surgi, soudain, au bout de 14 ans, inscrite sur les drapeaux.

La révolution de Juin est la première qui divise vraiment la société tout entière en deux camps ennemis qui sont représentés par le Paris de l'Est et le Paris de l'Ouest. L'unanimité de la révolution de Février a disparu, cette unanimité poétique, pleine d'illusions aveuglantes, pleine de beaux mensonges et qui fut représentée si dignement par le beau phraseur traître Lamartine. Aujourd'hui, la gravité implacable de la réalité met en pièces toutes les promesses séduisantes du 25 février. Les combattants de Février luttent aujourd'hui eux-mêmes les uns contre les autres, et, ce qui n'arriva encore jamais, il n'y a plus d'indifférence, chaque homme capable de porter les armes participe vraiment à la lutte dans la barricade ou devant la barricade.   

(...)

Mais passons à la description de la lutte elle-même.

D'après nos nouvelles d'hier, force nous était de croire que les barricades avaient été disposées d'une façon assez incohérente. Les informations détaillées d'aujourd'hui font ressortir le contraire. Jamais encore les ouvrages de défense des ouvriers n'ont été exécutés avec un tel sang-froid, avec une telle méthode.

La ville était divisée en deux camps. La ligne de partage partait de l'extrémité nord-est de la ville, de Montmartre, pour descendre jusqu'à la porte Saint-Denis, de là, descendait de la rue Saint-Denis, traversait l'île de la Cité et longeait la rue Saint-Jacques, jusqu'à la barrière. Ce qui était à l'Est était occupé et retranché par les ouvriers; c'est de la partie ouest qu'attaquait la bourgeoisie et qu'elle recevait ses renforts.

De bonne heure le matin, le peuple commença en silence à élever ses barricades. Elles étaient plus hautes et plus solides que jamais. Sur la barricade à l'entrée du faubourg Saint-Antoine, flottait un énorme drapeau rouge.

Le boulevard Saint-Denis était très fortement retranché. Les barricades du boulevard, de la rue de Cléry et les maisons avoisinantes, tout à fait transformées en forteresses, constituaient un système de défense complet. C'est là, comme nous le relations hier déjà, que commença le premier combat important. Le peuple se battit avec un mépris indicible de la mort. Sur la barricade de la rue de Cléry, un fort détachement de gardes nationaux fit une attaque de flanc. La plupart des défenseurs de la barricade se retirèrent. Seuls sept hommes et deux femmes, deux jeunes et belles grisettes, restèrent à leur poste. Un des sept monte sur la barricade, le drapeau à la main. Les autres commencent le feu. La garde nationale riposte, le porte-drapeau tombe. Alors une des grisettes, une grande et belle jeune fille, vêtue avec goût, les bras nus, saisit le drapeau, franchit la barricade et marche sur la garde nationale. Le feu continue et les bourgeois de la garde nationale abattent la jeune fille comme elle arrivait près de leurs baïonnettes. Aussitôt, l'autre grisette bondit en avant, saisit le drapeau, soulève la tête de sa compagne, et, la trouvant morte, jette, furieuse, des pierres sur la garde nationale. Elle aussi tombe sous les belles des bourgeois. Le feu devient de plus en plus vif. On tire des fenêtres, de la barricade; les rangs de la garde nationale s'éclaircissent; finalement des secours arrivent et la barricade est prise d'assaut. Des sept défenseurs de la barricade, un seul encore était vivant; il fut désarmé et fait prisonnier. Ce furent les lions et loups-cerviers de la Bourse de la 2e légion qui exécutèrent ce haut fait contre sept ouvriers et deux grisettes. 

La jonction des deux corps et la prise de la barricade sont suivies d'un moment de silence anxieux. Mais il est bientôt interrompu. La courageuse garde nationale ouvre un feu de peloton bien nourri sur des masses de gens désarmés et paisibles qui occupent une partie du boulevard. Ils se dispersent épouvantés. Mais les barricades ne furent pas prises. C'est seulement lorsque Cavaignac arriva lui-même avec la ligne et la cavalerie, après un long combat et vers 3 heures seulement, que le boulevard fut pris jusqu'à la porte Saint-Martin.

Dans le faubourg Poissonnière, plusieurs barricades furent érigées et, notamment, au coin de la rue Lafayette où plusieurs maisons servaient également de forteresse aux insurgés. Un officier de la garde nationale les commandait. Le 7e régiment d'infanterie légère, la garde mobile et la garde nationale avancèrent contre eux. Le combat dura une demi-heure; finalement, les troupes eurent la victoire, mais seulement après avoir perdu près de 100 morts et blessés. Ce combat eut lieu après 3 heures de l'après-midi.

Devant le palais de justice, des barricades furent édifiées également, dans la rue de Constantine et les rues avoisinantes, ainsi que sur le pont Saint6michel où flottait le drapeau rouge. Après un combat plus long, ces barricades furent aussi prises.

Le dictateur Cavaignac posta son artillerie près du pont Notre-Dame. De là, il canonna les rues Planche-Mibray et de la Cité, et il put facilement la faire ranger en batterie contre les barricades de la rue Saint-Jacques.

Cette dernière rue était coupée par de nombreuses barricades et les maisons transformées en vraies forteresses. L'artillerie seule pouvait agir là, et Cavaignac n'hésita pas un instant à l'employer. Tout l'après-midi, retentit le grondement des canons. La mitraille balayait la rue. Le soir, à 7 heures, il ne restait plus qu'une barricade à prendre. Le nombre des morts était très grand.  

Aux abords du pont Saint-Michel et dans la rue Saint-André-des-Arts, on tira également à coups de canon. Tout à l'extrêmité nord-est de la ville, rue Château-Landon où un détachement de troupes se risqua, une barricade fut également démolie à coups de canon.

L'après-midi, le combat devint de plus en plus vif dans le faubourg nord-est. Les habitants des faubourgs de La Villette, de Pantin, etc, vinrent en aide aux insurgés. Toujours, on élève à nouveau les barricades et en très grand nombre. 

Dans la Cité, une compagnie de la garde républicaine s'était glissée entre deux barricades sous prétexte de vouloir fraterniser avec les insurgés et avait ensuite tiré. Le peuple furieux se précipita sur les traîtres et les abattit homme par homme. C'est à peine si 20 d'entre eux eurent le loisir de s'échapper.

La violence de la lutte grandissait sur tous les points. Tant qu'il fit clair, on tira à coups de canon; plus tard on se borna à la fusillade qui se poursuivit bien avant dans la nuit. Encore à 11 heures, la générale retentissait dans tout Paris, et à minuit, on échangeait encore des coups de fusil dans la direction de la Bastille. La place de la Bastille était entièrement au pouvoir des insurgés ainsi que tous ses accès. Le faubourg Saint-Antoine, le centre de leur puissance, était fortement retranché. Sur le boulevard de la rue Montmartre, jusqu'à la rue du Temple, il y avait en masse serrée de la cavalerie, de l'infanterie, de la garde nationale et de la garde mobile.

A 11 heures du soir, on comptait déjà plus de 1.000 morts et blessés.

Telle fut la première journée de la révolution de Juin, une journée sans précédant dans les annales révolutionnaires de Paris. Les ouvriers de Paris combattirent tout à fait seuls la bourgeoisie armée, contre la garde mobile, la garde républicaine réorganisée et contre les troupes de ligne de toutes les armes. Ils ont soutenu la lutte avec une bravoure sans exemple, qui n'a de pareille que la brutalité, également sans exemple, de leurs adversaires. On se prend d'indulgence pour un Hüser, un Radetzky, un Windischgraetz, lorsqu'on voit comment la bourgeoisie de Paris s'adonne, avec un véritable enthousiasme, aux tueries arrangées par Cavaignac.

Dans la nuit du 23 au 24, la Société des droits de l'homme, qui avait été reconstituée le 11 juin, décida d'utiliser l'insurrection au profit du Drapeau rouge et, par conséquent, d'y participer".

Karl Marx, Neue Rheinische Zeitung - 28 juin 1848

Lire aussi:

Les grands textes de Karl Marx - 1 : la critique des libertés formelles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont le pivot est le droit de propriété - une critique des déterminants bourgeois de la Révolution Française

Les grands textes de Karl Marx - 2 - La religion comme opium du peuple

Les grands textes de Karl Marx - 3: l'aliénation produite par la propriété privée et le capitalisme dans les Manuscrits de 1844

Les grands textes de Marx - 4: Les pouvoirs de l'argent (Ebauche d'une critique de l'économie politique, 1844)

Les grands textes de Karl Marx - 5: le matérialisme historique théorisé dans l'Idéologie allemande (1845)

Les grands textes de Karl Marx - 6 - L'idéologie, antagonismes de classes sociales et idées dominantes

Les grands textes de Karl Marx - 7 - Le Manifeste du Parti communiste - Les conditions du communisme se développent dans le développement du capitalisme et de la domination de la bourgeoisie

Les grands textes de Karl Marx - 8 - Qu'est-ce qu'être communiste? - Manifeste du Parti communiste (1848)

Les grands textes de Karl Marx - 9 - Sur le socialisme et le communisme utopique, Manifeste du Parti communiste

Les grands textes de Karl Marx - 10 - La lutte des classes en France - Les raisons de l'échec de la révolution de Février 1848

Les grands textes de Karl Marx - 11 - Les luttes de classe en France - les leçons de la répression du soulèvement ouvrier de juin 1848

Les grands textes de Karl Marx - 12 - l'élection de Louis Napoléon Bonaparte - Les luttes de classe en France

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

Les grands textes de Karl Marx - 13 -  la journée révolutionnaire du 23 juin 1848 racontée dans la Neue Rheinische Zeitung
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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 16:47
Decès de Steve: une affaire de trop (communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme)

Communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme

Décès de Steve : une affaire de trop .

Le 21 juin dernier à Nantes, lors de la soirée de la fête de la musique plusieurs personnes ont été contraintes de se jeter dans l’eau suite à une intervention très violente de la part des forces de l’ordre.

Ces dernières n’ont pas hésité à utiliser sans discernement des gaz lacrymogènes, grenades de désencerclement alors que le lieu où se déroulaient les faits étaient dangereux.

Depuis plus d’un mois la disparition de Steve tombé dans la Loire était passée sous silence de la part des autorités.

La découverte de son corps 29 juillet a malheureusement conforté ce que tout le monde craignait.

Il est l’heure aujourd’hui de faire le bilan de cette triste soirée.

La Ligue des droits de l’Homme dénonce une fois de plus les conditions d’intervention des forces de l’ordre qui ont à l’évidence manqué totalement de discernement démontrant que le pouvoir choisit la répression comme méthode face aux contestations de toutes sortes qu’elles soient revendicatives ou simplement… festives.

Elle demande que toute la lumière soit faite par le biais d’une enquête judiciaire impartiale, claire et complète.

Le rapport de l’IGPN sorti le jour même de la découverte du corps de Steve et ses conclusions selon lesquelles « Il ne peut être établi de lien entre l’intervention de police et la disparition ». laissent pour le moins interrogatif devant ce simulacre d’enquête Même le premier Ministre semble ne pas vouloir se contenter de ce rapport ,

La Ligue des droits de l’Homme constate que l’IGPN est saisie de centaines de plaintes depuis de nombreux mois sans qu’il y ait de suite, ce qui démontre que cette institution rattachée au Ministère de l’Intérieur n’est plus crédible . Etant à la fois juge et partie l’IGPN ne peut par sa fonction même que mettre à mal la confiance que la société devrait avoir avec la police.

La nécessité d’une autorité indépendante comme cela existe dans la plus part des pays européens devient une évidence car cela pose la question du lien de confiance entre les forces de l’ordre et les citoyens, socle fondamentale de notre démocratie.

La Ligue des droits de l’Homme mènera ce combat nécessaire.

La Ligue des droits de l’Homme présente ses condoléances à la famille de Steve et les assure de sa solidarité.


 


 

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 16:39
Etats-Unis : El Paso est la conséquence du racisme et de la xénophobie attisés constamment par Donald Trump (PCF, 5 août 2019)
 
Donald Trump préfère voir dans les tueries d'ElPaso (Texas), Dayton (Ohio) et Gilroy (Californie) des manifestations de « maladie mentale » alors que les motivations racistes et xénophobes de l'assassin de 29
personnes dans un supermarché d'El Paso sont, comme à Pittsburg l'an dernier, parfaitement connues et sans équivoque.
Ces massacres sont le résultat des mots de haine viscérale distillés quotidiennement par Donald Trump qui s'est fait le porte-voix des suprémacistes du KKK au plus haut niveau de l’Administration et des institutions américaines. Les « incidents de haine et violence raciales », dénombrés à 567 dans l'année qui a suivi l'élection de Donald Trump, sont en constantes augmentation aux Etats-Unis depuis 2016. Depuis janvier dernier, ce sont 249 tueries de masse qui ont eu lieu, plus de 8 600 personnes tuées par armes à feu et plus de 17 000 autres blessées.
Si le président Trump évoque aujourd'hui un possible, et très relatif, « encadrement » du 2e Amendement de la Constitution c'est d'abord sous le coup de l'émotion générale suscitée dans le pays par ces trois tragédies survenues en 5 jours. Mais c'est aussi grâce à la mobilisation incessante et massive de centaines de milliers d'Américain-e-s, le plus souvent jeunes et étudiants, depuis 2 ans contre la libre circulation des armes à feu.
Voici même D. Trump contraint de condamner publiquement « le racisme, la haine et la bigoterie » et le « suprémacisme » mais en rejetant la responsabilité de la diffusion de ces fléaux sur les médias, internet,
les jeux vidéos et les réseaux sociaux. En fait, D. Trump entend couper l'herbe sous le pied à tous ses détracteurs avec ses déclarations car dans le même temps, les seules restrictions du port d'arme qu'il
envisage sont d'ordre médical (ce qui existe déjà dans plusieurs Etats), et qu'en outre il ne se prive pas d'insister sur Twitter sur la prétendue « urgence » d'une réforme des lois d'immigration continuant de
jeter sur les immigrés le blâme des maux économiques et sociaux de son pays.
Le PCF se range du côté des victimes et de leurs familles et amis, et de toutes celles et ceux qui mènent un long combat contre le port d'arme, les discriminations, le racisme institutionnalisé aux Etats-Unis et les
réseaux d'extrême droite qui bénéficient comme jamais d'appuis et de relais à Washington.
 
Parti communiste français,
 
Paris, le 5 août 2019.
Etats-Unis : El Paso est la conséquence du racisme et de la xénophobie attisés constamment par Donald Trump (PCF, 5 août 2019)
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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 12:22

Turquie/Syrie : Stopper la criminelle offensive de la Turquie contre les Kurdes de Syrie (PCF, 5 août 2019)

Le dictateur Recep Tayyip Erdogan a annoncé l'imminence d'une troisième offensive dans le nord de la Syrie et à l'est de l'Euphrate. L'élimination des Kurdes qui ont été la force principale dans la lutte contre l'organisation de l’État Islamique est au cœur de la politique syrienne de la Turquie. Après une première incursion en 2016 et l'annexion du canton d'Afrin en 2018 avec ses supplétifs djihadistes, Ankara fait pression sur Washington et Moscou pour obtenir leur assentiment dans une nouvelle phase d'annexion et de criminel nettoyage ethnique.

Cela fait des mois que R.T. Erdogan trépigne d'impatience pour anéantir le Rojava syrien pacifique et progressiste. Ce sera aussi pour lui l'occasion de libérer les milliers de prisonniers islamistes que détiennent les autorités kurdes.

Le PCF condamne cette nouvelle menace d'agression turque contre les Kurdes qui incarnent l'une des rares forces démocratiques de la région. Elle constituerait un foyer de guerre supplémentaire permettant à l'organisation de l’État Islamique de reconstituer ses forces et déstabiliserait encore davantage un Moyen-Orient meurtri.

La France, engagée sur le terrain, va-t-elle encore plier devant la tyrannie de R.T. Erdogan ?

Paris et l'Union européenne qui ont un devoir moral à l'égard des Kurdes doivent d'urgence sanctionner la politique de R.T. Erdogan, multiplier les initiatives diplomatiques et saisir le Conseil de Sécurité de l'ONU afin d'empêcher l'irréparable barbarie de se reproduire.

Le PCF appelle à une protection internationale des Kurdes de Syrie et leur exprime sa solidarité totale.

Turquie/Syrie : Stopper la criminelle offensive de la Turquie contre les Kurdes de Syrie (PCF)
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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 05:58

Rappelant les écrits et les combats de Jaurès, qui ont traversé les âges, Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité, a commémoré le 105e anniversaire de la disparition de Jean Jaurès au café du Croissant à Paris, ce 31 juillet 2019

Hommage à Jean Jaurès

Café du croissant

31 juillet 2019.

Patrick le Hyaric

Mesdames, Messieurs les élus,

Chers amis,

Chers camarades,

Merci à chacune et chacun d’entre vous d’honorer par votre présence, comme chaque année, ce rendez-vous d’hommage à Jean Jaurès, à l’endroit même où son assassin fanatisé par la propagande chauvine l’exécuta d’une balle en pleine tête il y a tout juste 105 ans, précipitant ainsi le carnage de la Grande Guerre.

Rassemblés ici, nous tissons les liens d’une histoire longue, celle des révoltes et des révolutions en France, celle de la classe ouvrière et des noces qu’elle célébra avec la République pour fortifier chacune de ses conquêtes et celle du combat pour la paix et le désarmement.

Nous cultivons la mémoire des combats menés par le mouvement ouvrier dans le sillon de la Grande révolution française et pour élargir la démocratie jusqu’aux chasses gardées de la propriété privée et lucrative.

Nous le faisons en entretenant le souvenir de la vie et de la pensée de Jean Jaurès, cette admirable figure dont les écrits et les combats ont traversé les âges et les modes, léguant à la France entière et bien au-delà l’héritage flamboyant et fertile des luttes pour la grande paix humaine, pour la liberté de conscience, l’égalité sociale et politique.

Ce rassemblement permet également à chacune et chacun d’entre nous de consolider la digue posée par le mouvement ouvrier et Jaurès lui-même entre le nationalisme purulent, qui aura finalement eu raison de sa vie, et la solidarité internationaliste ; entre la réaction et le progrès social et humain ; entre l’obscurantisme et la pensée rationnelle et émancipatrice.

Si Jaurès a pu faire l’objet de toutes les récupérations, jusqu’aux plus absurdes et cyniques, c’est qu’il aura laissé une trace indélébile dans les consciences et la mémoire populaires. Une trace aussi forte que problématique pour le parti de l’ordre et ses affidés des puissances d’argent, mais une trace aussi profonde que féconde pour tous les militants de l’émancipation humaine.

Aujourd’hui, plus d’un siècle après son assassinat, les analyses de Jaurès résonnent au cœur d’une actualité brulante et troublante, de fer et de feux.

La guerre aujourd’hui menace sur chacun des continents. Les forces nationalistes attisent les rancœurs, enveniment les querelles historiques, géographiques, culturelles. « Misérables patriotes, lançait Jaurès aux nationalistes de son temps, qui, pour aimer et servir la France, ont besoin de la préférer ».

Ces forces apparaissent désormais comme des forces de cogestion du capital, garantissant son déploiement tout en flattant les instincts les plus archaïques.

Les coalitions des droites extrêmes et des extrême-droites gagnent partout des positions décisives accentuant les guerres commerciales, affaiblissant partout les protections collectives conquises par le mouvement social et ouvrier, intensifiant comme le font Etats-Unis, Brésil, Autriche ou encore Hongrie l’exploitation des deux sources de toute richesse : le travail humain et la nature au point aujourd’hui de menacer notre humanité commune.

Les guerres de proie comme les nommait Jaurès menacent aujourd’hui au Moyen Orient, où le détroit d’Ormuz, chemin stratégique de l’approvisionnement mondial en hydrocarbures, fait l’objet de toutes les convoitises.

Le conflit historique et civilisationel entre l’Iran et ses voisins sunnites des monarchies théocratiques du Golfe a bon dos quand se joue, dans les faits, la recomposition politique sous l’égide des Etats-Unis et de ses alliés régionaux d’un Moyen Orient laissé en ruine après trente longues années de guerres et de déstabilisations.

Les incidents s’accumulent et se répètent dans le Golfe persique. Avant-hier des troupes iraniennes étaient accusées de monter à l’abordage d’un tanker pétrolier japonais, hier le Président nord-américain envoyait ses avions de chasse dans l’espace aérien iranien pour y jeter des bombes avant de se raviser. Aujourd’hui un navire anglais et son équipage sont saisis par les autorités iraniennes.

« Aucune des parties n’a intérêt à la guerre » nous dit-on. Mais qui sait pourquoi et comment l’étincelle viendra allumer le braiser et nourrir le feu régional ? Qui peut prédire quand et comment s’arrêtera la volonté des faucons nord-américains de s’adonner au fameux « changements de régime » dont tant de peuples ont eu à subir les conséquences ? Comment garantir que les franges les plus fanatisées du régime iranien ne profiteront pas de l’occasion pour affirmer leurs positions politiques dans la société iranienne et alentours ?

Nul doute que ce conflit autour de la rente pétrolière s’insère dans un dispositif global de guerre économique au moment où la Chine s’affirme comme l’une des principales puissances d’un monde multipolaire et réclame pour son développement des ressources énergétiques absentes de son sol.

« Dans ce siècle de concurrence sans limite et de surproduction, avertissait Jaurès, prémonitoire, dès 1895, il y a aussi concurrence entre les armées et surproduction militaire : l’industrie elle-même étant un combat, la guerre devient la première, la plus excitée, la plus fiévreuse des industries ».

Cette phrase percute de plein fouet notre époque.

Une époque de tensions où le capital, dans l’incapacité de régler ses propres contradictions, sape d’une main la demande intérieure par des mesures drastiques d’austérité imposées à des Etats dociles et complices, nourrissant pauvreté et précarité, et multiplie de l’autre les traités de libre-échange pour dégager de nouveaux terrains de profitabilité et offrir de nouveaux débouchés à l’océan de marchandises produites dans des conditions qui heurtent les besoins sociaux et écologiques.

Cette dynamique morbide du capital financiarisé a pour exact corolaire une croissance phénoménale des budgets militaires sur l’ensemble de la planète.

4,9 % de hausse générale des budgets consacrés à l’armement militaire ont été constatés en 2018, essentiellement porté par l’OTAN et en son sein la puissance états-unienne.

La dépense globale de défense suit cette courbe folle depuis 20 ans, dépassant largement la proportion de dépenses militaires lors de la guerre froide.

L’intensification de la guerre économique produit bel et bien, comme le pressentait Jaurès, l’excitation de la plus « fiévreuse » des industries : l’industrie militaire.

Le monde a aujourd’hui sur ses bras fragiles le poids lourd d’un arsenal militaire d’une incroyable puissance, et au cœur de celui-ci, un arsenal nucléaire aux capacités dévastatrices à peine concevables.

Les deux principales puissances nucléaires se désengagent petit à petit des traités encadrant la production d’armes. Les traités bilatéraux signés entre les Etats-Unis et la Russie dit START, censés freiner la prolifération nucléaire vont arriver à échéance en 2021 et rien ne permet aujourd’hui de prédire leur reconduction. D’autant que la Russie vient de suspendre sa participation au traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire après que M. Trump l’ait brutalement déchiré il y a plusieurs mois.

Comment comprendre que les armes chimiques et bactériologiques aient été interdites et que perdure cette tolérance à l’armement nucléaire, lui aussi, et plus encore, de destruction massive.

Il y a deux ans, 122 Etats ont courageusement adopté aux Nations-Unies le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Le chemin est encore long mais la volonté progresse pour que l’humanité renonce à ces engins d’apocalypse.

Les sommes colossales englouties par l’armement nucléaire pourraient être dégagées vers les besoins humains et répondre à cet enjeu fondamental de notre temps : la lutte contre le réchauffement climatique dont, nous aurons encore plus que les jours derniers à subir les terribles conséquences.

Les centaines de milliards alloués à l’entretien et la modernisation du parc nucléaire pourraient abonder des fonds pour une urgente transition écologique des modèles productifs industriels ou agricoles.

L’humanité se hisserait ainsi à hauteur des terribles enjeux auxquels elle doit faire face en conjurant les deux principaux périls qui la guettent, nourris l’un et l’autre par la guerre économique et l’exploitation capitaliste : l’affrontement nucléaire et la destruction de notre environnement.

« Nous disons qu’aujourd’hui l’affirmation de la paix est le plus grand des combats : combat pour refouler dans les autres et en soi-même les aspirations brutales et les conseils grossiers de l’orgueil convoité ; combat pour braver l’ignominie des forces inférieures de barbarie qui prétendent, par une insolence inouïe, être les gardiennes de la civilisation française » disait Jaurès dans une adresse à la jeunesse, quelques mois avant que le fracas des armes ne vienne engloutir la civilisation européenne.

Oui, la paix est le plus grand des combats : un combat politique qui ne se satisfait pas des formules creuses ou abstraites mais appelle à l’action, à l’unité populaire, au dépassement du système de prédation qui porte en lui, telle la nuée, l’orage meurtrier des guerres. Elle est la condition première du développement social et démocratique des sociétés sans laquelle ne peut advenir « l’évolution révolutionnaire » chère à Marx repris par J Jaurès.

Jaurès prévenait en effet lucide que : « La guerre rendrait impossible la régulière évolution sociale. Les hommes qui poussent la volonté de paix sont les serviteurs du progrès social. »

Propos prémonitoires quand aujourd’hui est proposé aux populations du continent, comme seul projet d’avenir, celui d’une militarisation de l’Europe, elles qui attendent plutôt de l’Union européenne, progrès démocratique, progrès social, progrès environnemental.

Chers amis,

Jaurès avait à cœur de montrer par ses actes et ses écrits la cohérence des combats pour l’émancipation humaine.

Il aura mené de front le combat pour fortifier la République et faire advenir le socialisme ; pour l’unité du prolétariat et la défense du capitaine Dreyfus ; pour la séparation des Eglises et de l’Etat et la paix civile ; pour sa patrie et pour la solidarité internationaliste.

De cette intransigeance à lier les engagements, Jaurès eut à pâtir sa vie durant, nourrissant inimitiés, rancunes, jusqu’à la haine de ses adversaires les plus résolus : « Il y a, dans le voyage de l’esprit à travers la réalité, une part d’aventure dont il faut d’emblée accepter le risque » se plaisait-il à dire.

Jaurès tient cette cohérence de l’enseignement du grand événement qui fit bifurquer l’histoire universelle : cette Révolution française, fille des Lumières et mère du socialisme dont la France célèbre cette année le 230ème anniversaire malgré le silence assourdissant  de son chef de l’Etat.

Alors que les gouvernements successifs cherchent à effacer les enseignements de cette grande rupture politique et philosophique dont le souvenir s’évanouit dans un défilé militaire rituel où l’on exhibe son armement comme dans une vente aux enchères, souvenons-nous de l’intérêt que portait Jaurès à, je le cite, la « flamme tourmentée, mais immortelle, que despotisme et contre-révolution s’acharneront à éteindre, et qui, toujours ranimée, s’élargira en une ardente espérance socialiste. »

Lorsqu’il s’attèle à la rédaction de ce qui restera l’une de ses plus grandes œuvres, son « Histoire socialiste de la Révolution française », Jaurès se trouve à un moment charnière de son parcours politique et intellectuel. La France vit également des moments critiques.

L’Affaire Dreyfus affleure dans un climat d’antisémitisme fétide et alors que les conquêtes républicaines vacillent sous les coups de boutoir d’une réaction qui refuse de dire son dernier mot.

Tout un courant politique et idéologique s’échine à dénier aux classes populaires toute légitimité à faire l’Histoire. Fleurissent alors les pamphlets hostiles aux mouvements populaires, définis par les Barrès, Maurras, et autres Gustave le Bon, autant d’intellectuels réactionnaires alors lus et commentés, comme des névroses sociales par essence chaotiques, vecteurs de désordre et de chaos.

Jaurès ne singe pas l’historien perché sur son Aventin, contemplant l’histoire en refusant d’en tirer parti. Il effectue au contraire ce geste éditorial comme un geste politique qu’il place, selon ses mots, sous le triple patronage de « Plutarque, de Michelet, et de Marx », autrement dit d’une histoire des hommes appelés aux commandes des événements, du peuple en mouvement, qui ne peut faire l’économie d’une analyse des conditions économiques et sociales qui fondent le réel.

Cette Histoire est l’occasion pour Jaurès d’user des outils conceptuels puisés dans la lecture des œuvres de Marx qu’il dévore dans la décennie précédente, notamment d’une théorie matérialiste de l’histoire encore balbutiante mais qui trouvera au cours du 20ème siècle un puissant retentissement.

Bourgeoise, la Révolution française l’est assurément constate-t-il. Mais elle a fait naître des contradictions exprimées dès l’instauration de la République en 1792 que seul le socialisme pourra surmonter en redéfinissant le rôle de la propriété. « Je n’ai jamais négligé l’œuvre de réforme, et toujours je m’efforçais de donner à nos projets de réforme une orientation socialiste. Je n’y voyais pas seulement des palliatifs aux misères présentes, mais un commencement d’organisation socialiste, des germes de communisme semés en terre capitaliste. » disait Jaurès en 1901, au moment même de la rédaction de son histoire socialiste.

Pour Jaurès, si la Révolution aura signé ce qu’il appelle l’avènement de la pleine démocratie politique », elle aura tout autant révélé dans son développement, précise-t-il, « l’incapacité de la bourgeoisie française à gouverner seule, parce qu’elle ne peut se défendre contre les forces subsistantes du passé sans faire appel aux forces de l’avenir ». La Révolution est ainsi mère du socialisme et du mouvement ouvrier, d’une part parce que « la grande lumière de l’Encyclopédie », a nourri « la pensée socialiste héritière des audaces extrêmes du 18ème siècle qui commence à pénétrer les instituteurs de la Nation », et, d’autre part, parce qu’elle aura concouru à « subordonner théoriquement le droit de propriété au droit supérieur de la nation » par l’effort des classes populaires représentées par les fractions jacobines.

Le mouvement ouvrier est ainsi appelé à défendre la République en prolongeant la démocratie, à fortifier les libertés conquises en y puisant les ressources pour gagner de nouveaux combats.

Créer la démocratie en la dépassant a été, durant un grand siècle tourmenté et fécond, l’œuvre de la classe ouvrière. Diriger la démocratie en la dépassant et l’obliger enfin à se hausser au socialisme ; ce sera sa grande œuvre de demain» concluait magistralement Jaurès dans son Histoire socialiste de la Révolution française

Chers amis,

Comment ne pas penser à ce retour d’une mémoire révolutionnaire enfouie, quand le mouvement des gilets jaunes s’est élargi au pays entier lors de cette irruption des colères qui a irrigué la France, quand se sont déployés des dizaines de mouvements sociaux dans les hôpitaux, les écoles, les EHPAD, dans ces sites industriels sacrifiés à l’autel du grand Monopoly mondial et dont les noms, Alsthom, Ascoval, Ford, Argowiggins, Conforama sonnent à l’oreille comme autant de trahisons.

« Ceux qui regardent au fond des esprits, au fond des âmes, s’aperçoivent que dans la conscience ouvrière l’idéal révolutionnaire survit secrètement, et à la moindre ouverture des évènements, la lumière jaillit de nouveau. Grande leçon pour tous les gouvernements de répression, quels qu’ils soient, et de quelque nom qu’ils s’appellent » écrivait Jaurès.

Oui les privilèges de la noblesse furent abattus en 1789 et 1793 par la mise en mouvement de la société française.

Ce sont désormais ceux du capital, de la finance, maintenus grâce au sacro-saint droit de propriété sur les moyens de production et d’échange, qu’il convient de faire choir afin que la République renoue enfin avec sa promesse de liberté, d’égalité, de fraternité, et prolonge ainsi le combat révolutionnaire pour, comme le disait Jaurès, que les citoyens cessent d’être « serfs dans l’entreprise ».

Notre gouvernement s’affirme aujourd’hui comme un « gouvernement de répression », liguant autour de lui l’ensemble des classes possédantes pour conjurer le sceptre de l’égalité sociale et politique. Les moyens déployés pour brider les mouvements sociaux, le dévoiement des doctrines de maintien de l’ordre républicaines à des fins coercitives dans les banlieues populaires allant jusqu’à mettre un groupe d’enfants à genoux dans la cour de leur école, comme sur les ronds-points tenus par des citoyens en gilet jaune, ou tuant une dame qui vient à sa fenêtre ou encore l’innommable tragédie du  jeune Steve qui vient danser le soir de la fête de la musique et qu’on retrouve 38jours plus tard dans les eaux saumâtres de La Loire ;  devraient inquiéter beaucoup plus. Il ne faut jamais s’habituer à l’intolérable !

M. Macron ajoute à sa politique de défense exclusive des plus riches et à la répression policière une attitude résolument monarchique, sacrifiant le Parlement et contournant la souveraineté populaire par la grâce d’une élection présidentielle au mode de scrutin désuet conférant des pouvoirs exorbitants.

Les lois de restriction des libertés qui se multiplient avec le développent du capital financier  ne sont pas sans rappeler celles qui accablèrent la France à la fin du 19ème siècle sous le nom de « lois scélérates ».

« Votre loi, s’insurgeait Jaurès, voudra, d’un regard aigu, continu, profond, surveiller constamment toutes les consciences, et alors, sous prétexte d’hygiène morale, vous aurez installé dans ce pays la plus étrange tyrannie qu’on ait jamais pu rêver ! ».

Face à ce retour sans équivoque du parti de l’ordre sous de nouveaux oripeaux, l’on comprend aisément le soin pris à taire le 230ème anniversaire du soulèvement révolutionnaire qui fonda la Nation française et auquel Jaurès travailla à en faire vivre l’écho dans la classe ouvrière.

Chers amis,

Des combats que mena Jaurès celui pour que vive et se développe  l’Humanité lui aura coûté heures et années de travail acharné et épuisant. « Faire vivre un grand journal sans qu’il soit à la merci d’autre groupe d’affaires est un problème difficile» prévenait-il dans son premier éditorial.

115 ans plus tard, le journal qu’il fonda est toujours là, vivant, à l’affut de l’actualité, des luttes pour la justice sociale et le progrès humain, offrant son regard sur les événements du monde à toutes les intelligences libres. Il le fait dans des conditions rendues extrêmement difficiles qui dépendent de multiples facteurs.

Informer en toute indépendance, en assumant le regard communiste sur l’évolution du monde est devenu chose ardue.

Mais, c’est, nous en sommes persuadés, chose au combien essentielle, pour nous, mais pour la société toute-entière qui a besoin du point de vue communiste pour contrer la double offensive du capital et des extrême-droites.

A l’heure où les impasses du système capitaliste apparaissent comme autant de menaces pour la survie de l’humanité, comment concevoir que puisse disparaitre les journaux qui, avec rigueur, sans tronquer les faits ni abaisser le débat public, cherche dans le mouvement même du monde les voies de l’alternative ?

L’Humanité traverse à l’heure actuelle une zone de turbulence qui n’est pas sans rappeler celle qu’il traversa dans les années qui suivirent sa naissance, avant qu’il ne soit adossé à la grande et belle espérance communiste.

C’est avec douleur que nous avons été contraints de concéder au tribunal de commerce à une réduction du nombre de salariés, tout en procédant à des économies drastiques sur notre fonctionnement.

Pour autant, nous perpétuons chaque jour et chaque semaine l’œuvre d’informer que Jaurès considérait avec sagacité comme essentielle au mouvement transformateur.

« C’est parfois de l’extrémité du péril que vient le salut » écrivait Jaurès en 1906, alors que le journal était au bord du gouffre. Cette phrase d’un optimisme lucide est la nôtre. Faire advenir le salut est l’affaire de chacune et chacun d’entre nous, en s’abonnant à nos titres, en relayant nos contenus, en participant aux campagnes de souscriptions populaires qui supplées à l’argent des grands capitalistes dont profitent l’ensemble de nos confrères. Nous avons un besoin vital de votre engament pour que vive l’Humanité.

C’est une des conditions pour que « se réalise enfin l’Humanité »

Je vous remercie de votre attention.

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 05:33

À propos de « Cause commune »

La revue « Cause Commune » est la revue d'action politique du PCF.

Aller au-delà des apparences pour mieux comprendre et agir plus efficacement ; suivre les élaborations et les décisions du Parti communiste ; préparer des initiatives militantes efficaces : Cause commune, c'est tout cela et plus encore.

La revue donne la parole aux communistes mais aussi aux chercheurs et artistes de tous horizons. Ils font le point des débats et nous emmènent au-delà des sentiers battus de l'idéologie dominante.

Cette revue paraît tous les deux mois.

Au cours de ce mois d’août notre Blog vous propose quelques articles de « Cause Commune » parus entre novembre 2018 et août 2019.

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Par Alain Obadia 


Malgré l’offensive du capital et des forces qui le soutiennent contre les conquêtes sociales et démocratiques, nous aurions tort de penser que le capitalisme serait en voie de stabilisation et que les contradictions qu’il doit affronter iraient en s’atténuant. Revenir sur la contradiction essentielle, par bien des aspects, entre les forces productives et les rapports de production du capitalisme contemporain peut en fournir une excellente illustration.

Rappelons, tout d’abord, des concepts structurants permettant d’aborder cette question. Avec Florian Gulli et Jean Quétier, précisons que « l’expression “forces productives” désigne les moyens de production (outils, machines, système de machines), l’ensemble des hommes qui les utilisent, ainsi que les savoirs indispensables au travail (savoir-faire des métiers traditionnels, connaissances techniques et scientifiques). Rapport de l’homme à la nature, la production est toujours et en même temps sociale, rapport des hommes entre eux » (Découvrir Marx, Les éditions sociales, 2016).

Concernant les rapports de production, on peut reprendre la définition synthétique proposée par Engels qui soulignait que « la production des moyens matériels élémentaires d’existence et, partant, chaque degré de développement économique d’un peuple ou d’une époque forment la base d’où se sont développés les institutions d’État, les conceptions juridiques, l’art et même les idées religieuses des hommes en question et que, par conséquent, c’est en partant de cette base qu’il faut les expliquer et non inversement comme on le faisait jusqu’à présent ».

« À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants [...]. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. » Karl Marx, 1859

L’une des thèses essentielles de Marx est que ces deux réalités interagissent en permanence et de façon contradictoire. Cette contradiction est un moteur puissant de la transformation des sociétés. Dans un texte particulièrement important de 1859, Contribution à la critique de l’économie politique, il relevait qu’« à un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale ». Il ajoutait qu’« il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel – qu’on peut constater d’une manière scientifiquement rigoureuse – des conditions de production économiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu’au bout. Pas plus qu’on ne juge un individu sur l’idée qu’il se fait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi ».

 

Comprendre la période actuelle

Ces remarques sont, me semble-t-il, extrêmement utiles pour comprendre la période actuelle. Les bouleversements profonds générés par la révolution informationnelle et numérique, le développement exponentiel des connaissances scientifiques, leur intégration de plus en plus forte avec le processus productif, les exigences massives de qualification, et de maîtrise collective des technologies qui transforment le salariat et plus globalement le monde du travail, la puissance des capacités productives et l’ampleur de leur influence sur les écosystèmes, tout cela appelle d’autres formes d’organisation de la société. Enserrées dans le carcan de la rentabilité financière à tout prix, de la domination des marchés, de la mondialisation financiarisée, de la surexploitation, du dumping social ou encore du saccage des écosystèmes et de la biodiversité, les forces productives contemporaines voient leur potentiel de progrès humain stérilisé et deviennent, pour une part, des menaces pour l’avenir de l’humanité.

« La révolution informationnelle est riche de potentialités de partage et de coopération mais elle peut également aggraver le consumérisme et l’intrusion des multinationales dans nos vies. »

Comme toutes les révolutions technologiques qui ont marqué l’histoire, la révolution informationnelle et numérique est transversale. Elle affecte le travail et l’activité productive. Plus largement, elle métamorphose la société et les modes de vie. Elle est riche de potentialités de partage et de coopération mais elle peut également aggraver le consumérisme et l’intrusion des multinationales dans nos vies. Elle peut rendre le travail plus facile, plus efficace et moins pénible. Mais elle peut aussi être le vecteur de suppressions massives d’emplois, de parcellisation renouvelée du travail, d’appauvrissement de son contenu ou encore de précarisation à la sauce Uber. Si l’on aborde comme aujourd’hui ces processus « à la sauvage » par la mise au chômage et l’insécurité sociale, la technologie est retournée contre l’humain pour le profit. La société est interrogée en profondeur par cette question. Le développement multiforme des réflexions et des propositions visant à assurer une sécurité de revenu ou de salaire pour chacun tout au long de la vie en témoigne. Fondée sur la remise en cause de la notion même de marché du travail, la proposition communiste de sécurité d’emploi ou de formation participe activement de cette recherche de solutions. La faire largement connaître et débattre vise à créer une dynamique en termes de mobilisation et de luttes.

« Il apparaît clairement que le travail doit de plus en plus devenir coopératif si l’on veut en tirer 
toutes les potentialités créatives. »

La révolution technologique en cours conduit à ce que la composante intellectuelle du travail devienne dominante. Dans l’organisation du travail, cela pousse au développement de l’intelligence partagée entre des collectifs qui échangent en permanence. Au-delà du salariat, ces pratiques collaboratives connaissent un développement foisonnant dans les « tiers lieux » de la révolution numérique. Il apparaît clairement que le travail doit de plus en plus devenir coopératif si l’on veut en tirer toutes les potentialités créatives. C’est une aspiration massive dans les entreprises. Elle se heurte pourtant aux stratégies patronales de segmentation du travail, d’individualisation et de mise en concurrence des salariés. Là encore, les potentialités de progrès humain des forces productives sont corsetées par des rapports de production tournés vers la rentabilisation du capital. 

Ce constat montre la nécessité d’une maîtrise de la révolution numérique et plus globalement des processus de développement technologiques par la société tout entière. La conquête de pouvoirs démocratiques nouveaux dans la société comme dans les entreprises fait partie des objectifs pertinents pour progresser dans cette voie. Il est significatif que sur ce dernier point l’intransigeance du patronat soit absolue.
L’actualité quotidienne illustre à quel point la question de la transition écologique relève d’une urgence vitale. Réchauffement climatique accéléré, destruction des sols fertiles, épuisement des ressources fossiles ou encore disparition de nombreuses espèces vivantes tout démontre qu’il ne faut plus tergiverser ! Là encore cette situation n’est pas le fruit d’une fatalité. Elle est le résultat d’un mode de production qui dévore les richesses naturelles et dévaste les écosystèmes en même temps qu’il exploite la force de travail. Cela fait écho à une réflexion de Marx et Engels qui notaient dans L’Idéologie allemande : « Il arrive un stade où naissent des forces productives et des moyens de circulation qui ne peuvent plus être que néfastes dans le cadre des rapports existants et ne sont plus des forces productives, mais des forces destructrices. » Avec les développements, dans le courant du XXe siècle, du modèle consumériste/productiviste, cette réflexion est aujourd’hui très concrète et d’une redoutable portée. La logique du marché est à l’évidence incapable d’apporter la moindre solution à ces immenses défis. Pire encore, du fait de ses mécanismes fondamentaux – loi du profit et concurrence prédatrice –, le capitalisme apporte tous les jours la démonstration que même « verdi », il n’est pas « éco-compatible ». L’indispensable révolution écologique implique de conjuguer les dimensions humaines, sociales, économiques, technologiques ou encore démographiques, avec les impératifs de protection et de sauvegarde des écosystèmes. Elle doit installer progressivement de nouveaux modèles industriels, agricoles et de consommation. Elle suppose donc de caler les objectifs sur l’intérêt général de l’humanité dans une vision de long terme et de coopération. Elle se situe à l’opposé du mouvement de suraccumulation du capital.
En cette période de bouleversements structurels, les défis que l’humanité doit surmonter sont à proprement parler vitaux. Les rapports de production actuels empêchent de trouver les solutions nécessaires alors qu’elles sont à notre portée, ils nous conduisent vers l’abîme. Ainsi, le combat pour le dépassement du capitalisme qui structure l’action des communistes est d’une actualité plus grande que jamais.

Alain Obadia est président de la Fondation Gabriel-Péri.

Cause commune n°8 • novembre/décembre 2018

 

 

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 05:31

 

Les lanceurs d'alerte en 1939

À Majorque, l’écrivain monarchiste et catholique est le témoin révolté des massacres franquistes et annonce le dessein fasciste et nazi.

«Ne réveillez pas les gosses, à quoi bon ? Vous me menez en prison n’est-ce pas, señor ? – Perfectamente, répond le tueur, qui parfois n’a pas 20 ans. Puis c’est l’escalade du camion, où l’on retrouve deux ou trois camarades. (…) “Descendez !” Ils descendent, s’alignent, baisent une médaille ou seulement l’ongle du pouce. Pan ! Pan ! Pan – les cadavres sont rangés au bord du talus, où le fossoyeur les trouvera le lendemain, la tête éclatée, la nuque reposant sur un hideux coussin de sang coagulé »… Georges Bernanos habite à Majorque. Les Grands Cimetières sous la lune vont paraître en 1937. Il a déjà écrit Sous le soleil de Satan, en 1926, le Journal d’un curé de campagne, publié en 1936 et qui sera couronné par le grand prix du roman de l’Académie française, mais aussi, en 1931, la Grande Peur des bien-pensants. Commençant par un réquisitoire contre la répression de la Commune, c’est un brûlot dirigé contre la bourgeoisie et l’argent.

Ce pourrait être un premier paradoxe de l’écrivain. Bernanos est monarchiste, catholique et de droite. Il a été proche de Drumont, l’auteur de la France juive, de Charles Maurras, avec qui il rompt en 1932, de l’Action française. Il a été membre des activistes camelots du roi. À Majorque, alors que la guerre civile a éclaté en 1936, son propre fils s’est même engagé dans la Phalange, fondée par Primo de Rivera et qui fera du sinistre « Viva la muerte » son cri de ralliement, avant de déserter après quelques semaines. Est-ce de lui qu’il parle ?

Sa tête est mise à prix par Franco

« Je connais, je connais très intimement un jeune Français qui, au début de la croisade épiscopale espagnole, ayant dû prendre part à une expédition punitive, revint hors de lui, déchira sa chemise bleue de phalangiste, répétant d’une voix entrecoupée de sanglots contenus, de son ancienne voix, de sa voix retrouvée de petit garçon : “Les salauds ! Ils ont tué deux pauvres types, deux vieux paysans”… »

Bernanos est témoin. Et révolté. Contre les assassinats de masse perpétrés jour après jour par les franquistes, contre la complicité de l’Église espagnole, qui bénit les tueurs, contre le curé, « géniteur spirituel d’une paroisse d’assassins et de sacrilèges ». Il stigmatise « le fanatisme religieux qui survit à la foi, la furie religieuse consubstantielle à la part la plus obscure, la plus vénéneuse de l’âme humaine ». Une furie portée par les plus hautes autorités ecclésiastiques de l’Espagne, qu’il dénonce avec force. Il devra quitter Majorque, sa tête est mise à prix par Franco. La rupture devient totale avec l’Action française. Son catholicisme est moral, exigeant. « Excellences, vos seigneuries ont parfaitement défini les conditions de l’ordre chrétien. Et même, à vous lire, on comprend très bien que les pauvres gens deviennent communistes. »

Mais, dès cette période, il voit plus loin encore que ce qui se passe avec ce qu’il appelle le charnier de la tragédie espagnole. Il voit à la fois ceux qui « mettraient le feu aux hommes pour un coup de bourse ». Il comprend que, au nom d’un certain « réalisme », on va décimer, après avoir exterminé les misérables, « les incurables, les infirmes, les tarés, ou présumés tels – dans l’intérêt de la race ».

Et ce qui vient avec les croisés fascistes, avec Mussolini, avec une bourgeoisie pour qui la religion est le masque de l’égoïsme et de l’injustice, c’est Hitler. « Tandis que nous voyons surgir du sol ces monstres encore vacillants sur leurs jambes, au frémissement de l’immense forêt de baïonnettes qui est en train de recouvrir la terre, les imbéciles furieux délibèrent d’apprivoiser l’éléphant fasciste pour qu’à l’issue du dressage, ayant mis à la raison le monstre hitlérien, ils aillent ensemble soumettre le troisième éléphant, le solitaire enragé qui galope et barrit de Moscou à Vladivostok. »

Dans cette période, la gauche, les communistes parlent de ceux qui pensent que « mieux vaut Hitler que le Front populaire ». Georges Bernanos, venu d’un autre monde d’idées, écrit : « Ils sentent le sol qui tremble et rassemblent leurs dernières forces pour protester contre la semaine de quarante heures, cause de tout le mal. » « Si M. Hitler et M. Mussolini ne sont pas bien-pensants comme nous, ne le dites pas ! Le Front populaire serait trop content. » Et, dit-il : « Il n’y aura plus vraiment en Europe qu’un seul peuple et un seul maître. »

Maurice Ulrich

 

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 05:29

 

Pour un service public ferroviaire de qualité. Texte collectif

En cette période de départs en vacances, les encombrements routiers sont éclipsés dans les médias par d’autres files d’attente démesurées, observées aux guichets des gares, pour ceux qui ont échappé au programme de fermeture à grande vitesse ordonné par la direction de la SNCF. Les effets de la contre-réforme ferroviaire imposée contre les cheminots sont là : selon les diktats ultralibéraux du gouvernement et de l’Union européenne, il faut préparer le rail à la concurrence, l’« assainir » financièrement, dégraisser ses effectifs, afin de rendre ses activités, du moins celles qui n’auront pas été abandonnées, rentables pour des actionnaires, comme cela fut fait – l’actualité nous rappelle douloureusement à quel prix – pour France Télécom devenue Orange. Contrairement à ceux qui dénonçaient les prétendus privilèges des cheminots en grève l’an passé, la Convergence nationale rail (CNR) n’est guère étonnée par ce triste constat. Les usagers payent plein tarif la libéralisation du rail. Les nouvelles cartes de réduction de la SNCF n’ont d’ailleurs pas fait illusion : la baisse de leur coût masque mal le durcissement des conditions d’échange ou de remboursement des billets et la grande disparité des réductions auxquelles elles donnent droit, selon les régions, qui préfigure la balkanisation tarifaire totale que l’ouverture à la concurrence engendrera si l’on ne parvient pas à l’arrêter.

Les fermetures de lignes, dégradations d’infrastructures ferrées et les entraves aux régénérations de « petites lignes » demandées par des régions se multiplient également. Mais comment pourrait-il en être autrement dans le cadre de la poursuite de la saignée des effectifs cheminots et du désengagement financier de l’État du rail ? Les files d’attente aux guichets ne doivent pas non plus nous faire oublier que les traditionnels embouteillages routiers estivaux (alors que le réseau routier a bénéficié d’une extension massive ces dernières décennies, à l’inverse du réseau ferroviaire) ont aussi à voir avec la politique antiferroviaire : le sacrifice du fret, qu’illustre actuellement l’arrêt de fait, en dépit des manipulations verbales de la ministre des Transports, du train des primeurs Perpignan-Rungis, engorge nos routes et asphyxie notre air par le report modal massif vers les camions. Rappelons aussi que la SNCF prévoit l’arrêt du service auto-train en décembre prochain… mais le gouvernement ose se prétendre attaché à la lutte contre le changement climatique ! En réalité, détruire les services publics pour les livrer aux actionnaires constitue son principal credo, qu’importent pour lui les conséquences pour les salariés, usagers et citoyens.

La CNR et ses collectifs ont récolté près de 20 000 signatures sur la pétition contre la déshumanisation des gares et des trains, multiplié les rencontres de terrain avec les usagers, les interpellations aux directions SNCF, organisé un rassemblement devant le siège de la SNCF le 4 juin dernier. Nous appelons à amplifier la mobilisation. Nous ne renoncerons pas et continuerons à réclamer la réouverture des gares et guichets, des contrôleurs dans tous les trains, une tarification de service public transparente et accessible à tous, la sauvegarde ou la réouverture puis le développement de toutes les lignes menacées, le développement du fret ferroviaire, le maintien et le développement de l’auto-train ou le retour d’un vaste réseau de trains de nuit. Nous refusons les mesurettes et l’enfumage des « nouvelles mobilités » qui font diversion du report modal du rail vers la route voulu par le gouvernement, ou des « innovations » comme la vente de billets de train chez les buralistes ou les guichets ambulants pendant que ferment les gares ! L’avenir des transports est au rail public avec des embauches de cheminots pour conduire, accompagner, entretenir les trains et les voies ou vendre les billets.

La Convergence nationale rail : Didier Le Reste, Aurélien Djament, Laurent Russeil, Francis Portes, Vincent Jouille.

 

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 05:27

L’aboutissement de la commission mixte paritaire sur ce texte de loi entérine le bouleversement du modèle sportif français. C’est avec amertume que je constate que le Parlement a été mis, une nouvelle fois, complètement de côté pour la création de l’Agence nationale du sport. En l’introduisant au dernier moment dans un projet de loi portant sur un autre sujet, le Gouvernement a empêché toute réflexion de fond sur la nature du service public du sport que nous voulons pour notre pays.

Depuis deux ans, la réforme de la gouvernance du sport est menée dans un flou total, déstabilisant l’ensemble du mouvement sportif. Nous avons tout d’abord appris le projet de création d’une agence par la presse, puis, en décembre dernier, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2019, la majorité a décidé de supprimer le Centre national pour le développement du sport – CNDS – en fléchant ses taxes affectées vers la future structure, alors que nous ne connaissions ni ses missions, ni sa composition.

Cet amateurisme s’est de nouveau manifesté avec la création de l’Agence sous forme de groupement d’intérêt public. Le Conseil d’État a clairement démontré que la structure de l’Agence ne correspondait pas au GIP tel qu’il est défini par la loi, l’État étant pour l’instant le seul financeur parmi les codécisionnaires. Enfin, pour donner une base légale à l’Agence, le Gouvernement a décidé de manière cavalière de l’introduire dans un projet de loi qui n’a rien à voir. Le Parlement n’est pas une simple chambre d’enregistrement devant subir les tâtonnements du Gouvernement.

Sur le fond, les députés communistes ne soutiennent pas non plus sa création. Les collectivités territoriales et le mouvement sportif doivent évidemment être étroitement associés aux politiques sportives de notre pays. Cependant, ce n’est pas en affaiblissant le rôle de l’État que nous augmenterons les capacités des autres acteurs à agir. Au contraire, l’État doit retrouver sa place centrale, renouer avec des politiques sportives ambitieuses et trouver les outils législatifs pour casser les barrières à la pratique, par exemple.

En creux, c’est l’avenir du ministère des sports qui se joue. L’Agence le remplace dans l’exercice de ses missions principales que sont le développement du sport pour tous et le soutien au haut niveau. Son administration est très affaiblie et ses services déconcentrés, notamment, ne possèdent plus l’autonomie nécessaire pour assurer leurs missions. Quant à ses moyens, ils sont faméliques, après deux ans de baisse drastique de son budget.

La transformation progressive du ministère des sports en simple direction des sports est une erreur stratégique grave. Le sport est un service public à part entière, qui a besoin d’un ministère fixant les grands axes et se posant en garant de l’intérêt général. Sans ministère des sports, les petites fédérations seraient encore plus en difficulté, et la France n’aurait pas pu mener la bataille qu’elle a conduite pour l’éthique et contre le dopage. Sans ses fonctionnaires, nos résultats dans les grands événements sportifs seraient médiocres.

La volonté du Gouvernement de transférer les conseillers techniques sportifs aux fédérations n’est que la simple traduction de ce désengagement. En se privant des fonctionnaires déployant les politiques publiques du sport partout dans le pays, l’exécutif entérine définitivement la disparition de celles-ci. Imagine-t-on une seule seconde les politiques publiques culturelles ainsi abandonnées ? Pourquoi réserver un tel traitement au sport, quand on connaît ses bienfaits et ses valeurs, portées par les millions de bénévoles et de salariés dont l’ambition quotidienne est de donner accès à la pratique sportive au plus grand nombre ?

Les députés communistes soutiendront la ratification des ordonnances, afin de préparer au mieux les Jeux olympiques et paralympiques de 2024. S’agissant des voies réservées, nous nous félicitons que la rédaction du Sénat ait été conservée, car elle précise que la mise en service de ces voies doit être strictement proportionnée aux objectifs de sécurité et de fluidité. En effet, l’impact sur les populations locales doit être le plus faible possible, les voies réservées se situant le plus souvent dans des zones au trafic déjà extrêmement dense.

Enfin, nous invitons le Gouvernement à ratifier dès la rentrée les deux ordonnances de décembre 2018 et de mars 2019 relatives à la lutte contre le dopage et la mise en conformité avec le code mondial antidopage. C’est une condition sine qua non pour accueillir les Jeux olympiques et paralympiques, et je regrette que l’amendement de Marie-George Buffet permettant cette ratification n’ait pu être examiné lors de la première lecture. Il y va de la crédibilité de la France, qui a toujours été pionnière dans la lutte antidopage. (M. Ugo Bernalicis applaudit.)

Si nous soutenons la ratification des ordonnances relatives à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques, nous ne pourrons voter en faveur de ce texte consolidant l’Agence nationale du sport. Les députés communistes appellent le Gouvernement à entamer avec le Parlement un travail de fond sur l’avenir du service public du sport, débouchant, enfin, sur une loi ambitieuse qui le consolide. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et FI.)

 

 

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 05:26

 

Avec son roman d’anticipation, l’écrivaine anglaise de science-fiction prophétisait la Shoah dès 1937. Écrit sous un pseudo, oublié puis redécouvert dans les années 1990, Swastika night mettait le monde en garde contre le « Reich de mille ans ».

Jusqu’en 2016, Katharin Burdekin était totalement inconnue du public français. L’écrivaine a pourtant livré Swastika night, un des pamphlets les plus radicaux sur ce qu’allait devenir le régime nazi, et prédit la Shoah… en 1937 ! Un roman essentiellement féministe qui décrit le quotidien dans le Reich, sept cents ans après la victoire d’un Hitler déifié, dans lequel les femmes sont considérées quasiment comme du bétail, et le système de classification entre Übermensch et Untermensch imaginé par le régime nazi impose une séparation en castes, inviolable sous peine de mort. Il aura fallu attendre que l’œuvre, publiée sous le pseudonyme de Murray Constantine, soit redécouverte dans les années 1990 dans le monde anglo-saxon, et traduite en France, pour en mesurer l’impact et la portée prémonitoire.

Katharin Burdekin n’était pourtant pas destinée à écrire le premier roman d’anticipation sur l’Allemagne nazie. De la famille de la classe moyenne supérieure du Derbyshire, où elle naît en 1896, elle hérite un bon capital social et culturel. Mais la société victorienne finissante la bride : Katharin rêve d’intégrer l’université d’Oxford, comme ses deux grands frères. Ses parents s’y opposent. Son passage au Cheltenham Ladies’College, dirigé par la suffragette Dorothea Beale, la vengera un peu : après un mariage arrangé et la naissance de deux filles, un déménagement en Australie et son engagement comme infirmière durant la Première Guerre mondiale, elle quitte son avocat de mari et revient en Angleterre. Fortement influencée par les socialistes, Katharin commence à publier des nouvelles de science-fiction interrogeant la place des femmes dans la société des années 1920. C’est à cette période qu’elle rencontre sa compagne de vie et élèvera ses filles avec elle, mettant en pratique un féminisme radical qui restera intimement lié à son œuvre, y compris dans Swastika night.

« Elle montre la violence banalisée qu’induit le régime totalitaire et l’insensibilité qu’il génère »

Dans les années 1930, elle s’oriente vers une critique du fascisme et du nazisme. C’est là qu’elle prend, en 1934, un pseudonyme masculin pour protéger sa famille. Ce qui explique sans doute que son œuvre ait été si longtemps oubliée. Swastika night est pourtant une des premières dystopies (fiction qui décrit une utopie de cauchemar, une contre-utopie) de l’histoire, rédigée des années avant le 1984 de George Orwell. On y déambule dans le Saint Empire romain germanique, qui a soumis la moitié du monde à l’idéologie nazie. Un jeune Anglais y entame un pèlerinage à la chapelle de saint Hitler – un géant blond de deux mètres « explosé » de la tête de son père (sic) – où le lecteur est tout de suite mis dans le bain par la prière rituelle. Extrait : « De même que la femme surpasse le ver, l’homme surpasse la femme. De même que la femme surpasse le ver, le ver surpasse le chrétien. Ainsi, camarades, la chose la plus abjecte, la plus ignoble, la plus sale qui puisse ramper à la surface de la terre, c’est la femme chrétienne. La toucher est pour l’Allemand la pire souillure. Lui parler est une honte. Ils sont tous exclus : l’homme, la femme et l’enfant. Mes fils, ne l’oubliez point ! Sous peine de mort ou de torture, ou de bannissement hors du sang. Heil Hitler ! » Une traduction de la loi sur la protection du sang et de l’honneur allemands de novembre 1935. Si ce n’est que, dans la fiction, les juifs sont absents, exterminés depuis des siècles.

On le voit, l’auteure ne prend pas de gants. Certes, le texte n’est pas d’une grande portée littéraire, mais Burdekin y a « des fulgurances », notait en juillet 2017 la revue de science-fiction Bifrost : « Elle dit la nature totalitaire du régime, la stase mortelle qui suit la dictature réalisée, le culte de la personnalité, la reconstruction de l’Histoire. Elle montre la violence banalisée qu’induit le régime et l’insensibilité qu’il génère », comme « le caractère profondément homo-érotique de la praxis nazie et le virilisme qui est en l’essence ». Sans doute a-t-elle eu connaissance du programme Lebensborn, qui à l’initiative de Heinrich Himmler, dès 1935, portait la politique d’eugénisme et de natalité allemande jusqu’à faire engendrer par des SS inconnus des femmes estampillées « aryennes », logées dans des foyers, pour les faire accoucher anonymement et confier leurs enfants à la SS pour créer l’élite du « Reich de mille ans ». Parfois la réalité dépasse la fiction.

Grégory Marin

 

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