Après « La Rage au cœur », Pierre Verquin et l’équipe de la Colombe Production reviennent avec un nouveau projet de film, « Bye-bye Tango ». Le réalisateur nous parle de son scénario, où il est question d’amitié et de travail.
Dans votre premier film, La Rage au cœur, vous aviez opté pour un scénario qui nous plongeait à l’époque du Front populaire, en 1936. Pourquoi avoir voulu cette fois-ci inscrire votre œuvre dans le présent ?
Pour La Rage au cœur, je trouvais profondément romanesque d’ancrer mes personnages dans la période 1936-1937, dans un monde en ébullition, avec un mouvement ouvrier qui connaît de grandes heures… La montée des fascismes, la guerre d’Espagne, les Fronts populaires en Europe étaient un terrain de jeu formidable pour un récit sur l’engagement.
Pour Bye-bye Tango, je ne voulais pas tant parler d’engagement que d’amitié. Comment devient-on amis et pourquoi le reste-t-on ? La question que je me suis posée, c’est comment le monde réel va influer là-dessus. C’est le mouvement qui m’intéresse, la trajectoire des décisions et des obligations de ces deux personnages.
J’aurais pu tout à fait en faire un film d’époque, mais je n’y ai pas trouvé de nécessité. Il m’a semblé honnête de placer mes personnages dans un environnement que je connais, le présent, dans ma région. Je ne voulais pas idéaliser l’amitié en la plaçant au-dessus des impératifs quotidiens mais, au contraire, en l’y ancrant. Et quoi de mieux que de connaître soi-même les impératifs quotidiens de ses personnages pour les mettre en scène ?
Quelles sont les grandes lignes du scénario de Bye-bye Tango ?
C’est l’histoire de deux collègues qui deviennent amies en travaillant côte à côte dans une boîte de conditionnement de poisson et qui intègrent un groupe d’ouvrières se réunissant après le boulot au Tango, un café tenu par Rosa, une vieille femme qui joue de l’accordéon.
Ce groupe, et cette amitié entre Claire et Lucie en particulier, va être mis en danger par une restructuration et une délocalisation progressive de leur activité. C’est donc un film sur le monde du travail mais aussi sur la vie sociale qui se construit autour de l’emploi et sur les dégâts concrets que peuvent produire les fermetures dans nos territoires.
Vous parlez de « cinéma de classe ». Qu’entendez-vous par là ?
À vrai dire, j’ai dit « cinéma de classe » dans ma vidéo de présentation du projet, mais c’est du cinéma communiste que je fais. Le cinéma est un enjeu de la lutte des classes. C’est un outil idéologique dont je me saisis en tant que communiste. C’est du cinéma de classe dans le sens où il est au service de la classe travailleuse.
Ce que je veux absolument rejeter, c’est le terme de « cinéma social », parce que ça place dans une catégorie à part toutes les histoires qui montrent les impératifs réels de la classe travailleuse (galérer avec les fins de mois, faire des choix pour des raisons économiques…).
Souvent ça crée des films déprimants, très pessimistes, souvent réalisés par des petits-bourgeois pleins de bons sentiments paternalistes, sans volonté de faire changer les choses. Moi, je veux faire du cinéma pour la classe travailleuse, qui offre des armes, de l’espoir, des raisons de se battre.
Ce type de projet est difficile à financer. Comment y arrivez-vous ?
C’est très dur de financer du cinéma, même des courts-métrages. On fait appel à la solidarité, avec une cagnotte que nous avons lancée sur Proarti, qui permet 66 % de défiscalisation sur les dons. Ces campagnes nous permettent une indépendance totale de création. Et puis nous allons chercher des fonds publics et quelques partenaires privés à qui l’engagement ne fait pas peur.
Nous avons eu, par exemple, pour La Rage au cœur, le soutien de Mutuale, une mutuelle solidaire qui a coproduit le projet. Dans tous les cas, nous ne voulons pas changer une seule ligne du scénario pour plaire à tel ou tel mécène. Ça ne nous facilite pas la tâche, mais ça garantit notre liberté.
N’étant pas dans le circuit Gaumont ou UGC, sur quels réseaux de diffusion vous appuyez-vous ?
Généralement, les courts-métrages sont des formes assez peu diffusées. Ils terminent sur YouTube ou Vimeo. Pour La Rage au cœur, nous avons de la chance : la diffusion se fait au bouche-à-oreille. Le film continue à tourner à l’occasion des 90 ans du Front populaire via les réseaux du PCF, du Mouvement des jeunes communistes de France, des Amis de l’Huma et de la CGT. Nous espérons recueillir le même soutien lors de la sortie de Bye-bye Tango.
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