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C'est le troisième volet du récit de vie de Jean-Marie Le Scraigne que m'a fait découvrir notre amie et camarade Patricia Paulus.
Le conteur breton, militant communiste, ancien résistant, et élu communiste à Huelgoat pendant plus de 40 ans, Jean-Marie Le Scraigne y raconte sa vie professionnelle et son dur labeur de petit paysan, "héritier" de générations de paysans sans terre, sans capital et aux terres pauvres du hameau du Fao, percuté par la révolution technique agricole et de tailleur de pierre, sa vie municipale et politique, le pittoresque de la vie sociale au Huelgoat quand il était plus jeune, les rivalités avec Scrignac et Berrien (première communiste communiste du centre-Finistère, depuis l'avant-guerre).
Le récit, émaillé d'expressions en breton, est passionnant, truculent. Il fait revivre un Finistère intérieur et rural haut en couleur, les spécificités d'une agriculture centrée sur l'élevage de chevaux de labour dans les Monts d'Arrée, florissant pendant la guerre et dans l'après-guerre, mais déclinant avec la mécanisation des années 1950-1960.
L'implantation du PC à Huelgoat est ancienne, avec notamment l'élection aux élections municipales du secrétaire de section, le médecin des pauvres Fernand Jacq, élu au Conseil Municipal en 1935, puis battu à 20 voix d'écart seulement par le candidat socialiste aux élections cantonales de 1937, exécuté en 1941 près de Chateaubriant où il avait été enfermé avec les autres internés communistes, dont les 27 fusillés le 22 octobre 1941.
Jean-Marie Le Scraigne adhère au PCF en 1947 après avoir été candidat une première fois sur la liste municipale du PCF en 1945, au sortir de la résistance. C'est son beau-père, petit paysan pauvre lui aussi mais plus conservateur qui sera élu à sa place au 1er tour du scrutin, et à l'époque, deux membres d'une même famille ne pouvaient être élus sur la même liste. A l'époque, le Parti communiste compte quatre cellules au Huelgoat: celle du centre-ville, celle du Vieux tronc, celle de Kervao, celle du Coat-Guinec. On se réunit chez le maire communiste depuis 1945, Alphonse Penven, où chez d'autres camarades. Le PC pousse Jean-Marie Le Scraigne à prendre des responsabilités dans la mutuelle chevaline indemnisant les paysans ayant eu des pertes de bêtes lors de la reproduction des chevaux. Dans l'après-guerre il y avait 50 exploitations agricoles avec des paysans de Huelgoat, aujourd'hui deux.
Jean-Marie Le Scraigne raconte avec verve et force anecdotes les batailles homériques entre l'équipe de Pierre Blanchard, le candidat socialiste, appuyé sur le centre et la droite, très anti-communiste, et celle de Alphonse Penven, né en 1913 au village de Pierre Mocun, premier maire communiste du Huelgoat en 1945, puis sans discontinuer jusqu'en 1985, et député communiste aux élections à la proportionnelle de 1956, pendant la guerre d'Algérie, avec deux autres députés communistes finistériens: Marie Lambert, et G. Paul (de 1956 à 1958, avant la fin de la IVe République, et l'avènement de de Gaulle).
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)
Il nous conte les virées électorales d'Alphonse Penven, très charismatique et bon orateur, proche du monde paysan dont il était issu, sachant s'exprimer en breton, dans le Léon, où il l'accompagnait comme "garde du corps" avec Pierre Lozach. Mais aussi les opérations coups de poing de solidarité pour empêcher les saisies contre les petits paysans endettés, comme à l'époque des années 30 le faisait Tanguy Prigent et ses compagnons.
Jean-Marie Le Scraigne nous raconte aussi les campagnes saisonnières de la ramasse des betteraves à sucre dans l'Aisne, au service de propriétaires terriens richissimes, souvent issus de l'aristocratie, où les travailleurs, paysans bretons pauvres bien souvent, étaient obligés d'accepter des cadences dures et des salaires chichement comptés pour pouvoir améliorer l'ordinaire. Même betteravier saisonnier dans l'Aisne, Jean-Marie Le Scraigne continue à faire de la politique pour le PC et à défendre les idées du PCF contre de Gaulle et la droite, les référendums plébiscitaires.
L'auteur nous raconte aussi comment il faut responsable des associations de parents d'élèves au collège Jean Jaurès, inauguré en 1953, les relations parfois difficiles avec des directions de collège hostiles aux communistes, et plutôt proches des socialistes, les clivages de classe et politique entre lui, devenu ouvrier carrier, tailleur de pierre, cégétiste et communiste, et ses camarades issus des milieux populaires, et des enseignants ou ingénieurs de la centrale nucléaire de Brennilis, issus de milieux plus bourgeois mais tentés par le gauchisme, PSU et d'extrême-gauche, dans les années autour de 68.
Il nous raconte aussi les fêtes de plein air du Parti, au mois d'août, à Huelgoat (Kervao), Scrignac et Berrien, avec kermesse l'après-midi et fest-noz le soir, très populaires dans les années 60-70, avant de connaître une fréquentation plus réduite dans les années 80, ses tournées des bars pour vendre les tickets d'entrée et vignettes pour les fêtes du Parti, parfois plus de 100 dans une tournée, au prix de cuites carabinées.
Un jour, il vend 130 vignettes bon de soutien pour la Fête de l'Humanité de Vincennes et devient le premier vendeur de billets sur le département du Finistère: le Parti lui offre donc le voyage en bus depuis Morlaix et l'entrée. Il retrouve à la fête de l'Huma à Paris des vieux copains exilés de Huelgoat, discute avec des communistes afghans, toute la magie de la fête! Le lendemain il est invité par un parlementaire communiste à suivre une séance du parlement européen à Strasbourg où il voit une délégation afghane demander de l'aide pour ses combattants contre le gouvernement communiste.
Dans le dernier chapitre conclusif de ces mémoires "Et Maintenant?", Jean-Marie Le Scraigne montre qu'il n'a rien perdu de ses convictions communistes alors que Sarkozy gouverne, récupère le nom et le sacrifice de Guy Môquet (ce troisième livre de mémoire est publié chez Emglao Breizh en 2013, trois ans avant la mort de Jean-Marie Le Scraigne):
" Dès que l'on veut parler politique avec la majorité des gens, tous vous disent que cela va mal. Nombreux sont même ceux qui vous disent que le capitalisme tire à sa fin, qu'il va dans le mur. Si c'est vrai, et je pense que ça l'est, par quoi va t-on le remplacer? A ceux qui me le demandent, je réponds que, bon gré mal gré, il faudra un jour en revenir aux théories de Marx et qu'il faut pour cela un changement de comportement et de mentalité. Il faut faire en sorte que l'humanité cesse d'être la jungle qu'elle est devenue, où ce ne sont pas des bêtes féroces qui dominent, mais des gens aux dents longues qui accaparent toutes les richesses de la planète.
Pour le camoufler, pour endormir les opinions publiques, ils se sont emparés en quelque sorte de tous les moyens d'information. Journaux, radios, télévisions, etc, diffusent chaque jour un refrain à la mode: la crise. La crise, d'accord, mais la faute à qui? Et ce n'est pas la crise pour tout le monde! Alors que les États se disent tous endettés, les grandes entreprises, elles, affichent des bénéfices toujours en hausse. (...). Le capitalisme, c'est comme le chiendent, il faut le déraciner. "
On ne peut que vous conseiller la lecture de ces mémoires de Jean-Marie Le Scraigne, un ressourcement militant et une plongée aussi dans l'histoire du Huelgoat et du centre-Finistère.
Ismaël Dupont
15 novembre 2025
Voir aussi: 1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 63/ Jean-Marie Le Scraigne (1920-2016)t
L'oncle du journaliste, historien et écrivain quimpérois Georges Cadiou (L'hermine et la croix gammée), Jean-Marie Le Scraigne (en breton Jan-Mari Skragn, dit-il) est né au Huelgoat en juin 1920 (décédé en décembre 2016). Il a été retiré de l'école à 13 ans pour aider à la ferme malgré ses excellents résultats scolaires. Il est d’abord resté travailler à la ferme familiale, sur le plateau granitique de cette commune (en breton ar c’hludou), au cœur de l’Arrée.
Après son mariage, devenu père de famille, il préféra changer de métier et travailla comme carrier et marbrier, jusqu’à sa retraite.
Fervant militant communiste, il fut longtemps (une vingtaine d'années) conseiller municipal d’Huelgoat, élu sur la liste d"Alphonse Penven (maire et conseiller général PCF de la Libération à 1983, paysan de ce même quartier qui fut également député dans les années d'après-guerre).
Jean-Marie Le Scraigne s’est parfois exprimé à la télévision en breton (FR 3) sur la période du Front Populaire et nous a expliqué son engagement, contre la volonté paternelle...Il était connu comme chanteur de fest-noz (dans les années soixante-dix, avec B. Le Guern, L. Lozac’h). C’est à l’heure de la retraite qu’il s’est mis à composer des chansons, notamment à danser, en breton et en français. En 1986, il s'inscrit à un concours de contes en breton et obtient le premier prix. C'est en français il commencera à mettre ses contes par écrit, avant que les responsables de "Brud Nevez" lui conseillent de le faire en breton.
Francis Favereau, linguiste, spécialiste de la culture et de la langue bretonne, raconte:
" Parallèlement, Jean-Marie Le Scraigne a commencé à raconter divers contes (rismodilli, dit-il), qu’il avait entendus dans sa jeunesse à Kervinaouet, de la bouche de valets ou de mendiants, essentiellement. Il est ainsi devenu conteur, à la radio ou à la télévision, comme dans les veillées organisées ces dernières années, notamment par Dastum... Il compte actuellement parmi les meilleurs, avec Marcel Guilloux (Haute-Cornouaille) ou Jude Le Paboul (de Baud, Vannetais, disparu en 2001). L’originalité de J.M.Le Scraigne, c’est qu’il a transcrit la plupart de ses contes, d’abord en français, ne sachant guère écrire le breton, nous disait-il. Chez lui, Bilz(ic), l’adversaire déclaré du seigneur ainsi que du recteur, devient un «voleur honnête», comme il en faudrait davantage, conclut-il. Voilà qui, pour ce qui est de l’idéologie, nous situe aux antipodes de la morale traditionnelle héritée de FEIZ HA BREIZ etc. Il y a chez lui un peu de cet «esprit sauvage de la Montagne», comme le dit si bien Y. Gwernig. On comprend mieux ce positionnement original grâce à l’étude qu’en a faite Ronan Le Coadic dans Campagne Rouges de Bretagne (SKOL VREIZH n° 22, 1991), où il a donné laparole aux communistes de cette région, en breton (F. Landré, maire de Scrignac, décédé en 1999, Daniel Trellu - cf. tome 3 - et Alphonse Penven, maire du Huelgoat et conseiller général du cantonde 1945 à 1983, qui fut député communiste de 1956 à 1958, disparu peu après son interview, ancien paysan dans la ferme de Coat Mocun sur les hauteurs du Huelgoat, dont J.M. Le Scraigne fut longtemps le colistier :
«Cela vient de loin, cela est ancien, parce que cette région était pauvre et que la terre était mauvaise. Les habitants pauvres avaient envie d’améliorer leur situation. Oui. Certains dans cette région ont fait la Révolution des Bonnets Rouges. Il y en avait beaucoup dans la région de Carhaix. A Plouyé, on en a découvert beaucoup en faisant le nouveau cimetière, beaucoup d’ossements. Ces gens avaient été tués par les soldats. Il y avait eu des heurts au Ty meur en Poullaouen, un combat entre Poullaouen et Carhaix. Et les Rouges, malheureusement, avaient perdu. Beaucoup avaient étét ués. Puis ce pays a été longtemps radical. Oui, c’était une région rouge par ici autrefois» (p. 55)...«Moi, je crois que les communistes ont confiance en l’homme, en son travail, et qu’ils soutiennent les pauvres surtout. Oui, des humanistes. Il s’agit d’aider ceux qui sont en bas de l’échelle à remonter et d’essayer d’avoir plus de justice dans ce pays» disait Jean-Marie Le Scraigne...
Francis Favereau (https://ffavereau.monsite-orange.fr)
Pour le président du Parti communiste chilien, Lautaro Carmona, la présidentielle n’implique pas une simple alternance de gouvernement, mais « un choix entre deux voies diamétralement opposées ».
Trois fois interdit au Chili, persécuté durant la dictature de Pinochet et longtemps exclu de toute coalition, le Parti communiste du Chili (PCCh) voit le choix d’une de ses militantes à la tête de la coalition de centre-gauche comme une situation historique. Mais aussi comme un défi.
La plupart des observateurs s’accordent à dire que cette campagne a quelque chose d’historique. Pourquoi ?
Lautaro Carmona Président du Parti communiste chilien
Plusieurs éléments la rendent particulièrement importante et transcendante. Tout d’abord, il s’agit d’empêcher la victoire de programmes de droite qui prônent ouvertement des politiques très réactionnaires, ce qui signifierait un recul important dans de nombreux domaines, après de longues luttes.
Le danger, c’est de subir une refondation du système néolibéral. Les droites cherchent à l’approfondir en matière économique, mais aussi de droits sociaux, de valeurs et sur le plan international avec un réalignement avec les États-Unis.
Dans cette élection, il ne s’agit donc pas d’une sorte d’alternance entre un chef de gouvernement et un autre, mais d’un choix entre deux voies diamétralement opposées. Ce que les droites proposent, c’est une régression néolibérale brutale.
Que propose la gauche face aux mesures prônées par la droite et de l’extrême droite ?
Le programme pourrait être qualifié de « progressiste » : c’est un terme large à l’image de la coalition qui s’est construite pour mener cette bataille électorale. Nous avons constitué une alliance, une coalition d’une ampleur sans précédent. Jamais auparavant une coalition n’avait réuni aussi bien les démocrates-chrétiens que les communistes, en passant par tous les degrés intermédiaires, comptant neuf partis politiques au total.
En tant que communistes, nous comprenons que les luttes pour le pouvoir sont une question de rapports de force, et que les politiques d’alliances sont donc essentielles. Cette large coalition nous donne plus de force pour produire des changements, permettre au Chili de se redresser et de se remettre sur la voie des transformations, vers un pays plus juste.
Quelle est l’importance d’une coalition progressiste menée par une candidate communiste ?
C’est inédit. Jeannette Jara est militante du PCCh et n’est pas issue d’un accord entre les différents groupes politiques : elle est issue d’une élection primaire, c’est-à-dire d’une consultation citoyenne, qu’elle a remportée avec une large avance. Cela donne beaucoup de poids et de force à son leadership pour mener la coalition.
Cela a également représenté un défi pour les communistes : cohabiter dans une coalition dirigée par une figure du PCCh tout en acceptant que son action politique soit désormais beaucoup plus large que celle du parti. Mais nous comprenons parfaitement la situation et elle dispose de l’autonomie et de l’indépendance nécessaire pour agir politiquement en accord avec la mission qui lui a été confiée. C’est la contribution de notre parti à une cause plus grande, sans renoncer à notre identité et, bien sûr, en respectant les diversités afin de ne pas nuire à l’ampleur de l’unité.
Les élections législatives auront également lieu dimanche. A-t-il été difficile de préserver l’unité dans ce contexte ?
Tout a été mis en œuvre pour parvenir à un accord sur une liste parlementaire qui préserve l’unité. Il n’a pas été possible d’intégrer toutes les forces politiques, mais cela n’a pas affecté la bataille présidentielle.
Nous savons parfaitement qu’un gouvernement dirigé par Jeannette Jara aura besoin d’un soutien fort au Parlement pour obtenir les changements que nous souhaitons. L’expérience du mandat de Gabriel Boric montre qu’avec un Parlement hostile, tout est bloqué, et il est très difficile d’avancer.
« Nous sommes confrontés à un phénomène qui se produit au Brésil, en Argentine, au Pérou, un peu partout… »
Comment expliquer le soutien populaire dont bénéficient aujourd’hui les discours d’extrême droite et révisionnistes au Chili ?
Nous sommes confrontés à un phénomène qui se produit au Brésil, en Argentine, au Pérou, un peu partout… Il est frappant de voir comment les majorités populaires peuvent soutenir des politiciens élitistes qui, en fin de compte, servent les intérêts du grand capital…
De nombreux facteurs alimentent le populisme et la démagogie. Le rôle joué par la gauche, l’abstentionnisme, le désintérêt des électeurs en réponse au désintérêt des politiques publiques à leur égard, les ressources financières dont disposent droite et extrême droite, le rôle des médias et celui des réseaux sociaux, la corruption qui ronge l’État, l’insécurité qui affecte la vie quotidienne de millions de personnes… Autant d’éléments que les forces de droite ont su exploiter ou manipuler.
À la veille du premier tour d’une présidentielle décisive pour le pays, ce dimanche 16 novembre, Jeannette Jara, candidate communiste à la tête d’une large coalition progressiste, incarne une gauche populaire face au risque d’un retour de l’extrême droite.
Publié le 13 novembre 2025
Conchali, banlieue nord de Santiago du Chili (Chili), correspondance particulière.
Des baraquements à perte de vue, une autoroute, quelques chiens errants et un chemin rocailleux. Depuis l’entrée de la maison où a grandi celle qui aspire à devenir la prochaine présidente du Chili, Jeannette Jara, il n’est pas difficile de mesurer l’ampleur du défi. Construit à la hâte dans les années 1960 pour loger des ouvriers, le quartier d’El Cortijo, pauvre et poussiéreux, n’a a priori pas beaucoup changé.
À peine quelques kilomètres séparent la commune de Conchali, au nord de Santiago, du palais de la Moneda. Mais, dans un pays marqué par de profondes inégalités, ces deux mondes semblent à des années-lumière l’un de l’autre.
« Ici, tout le monde l’appelle encore Jenny », lance Miriam Peña. Voix rauque de grande fumeuse, casquette à l’effigie du chanteur cubain Silvio Rodriguez, tenue décontractée et banane en bandoulière : la cinquantaine, elle a le même âge que Jeannette Jara.
Elles ont grandi ensemble, ici, et Miriam a dirigé sa campagne quand la communiste s’est portée candidate à la mairie de Conchali. À deux semaines du premier tour de la présidentielle, la Cortijeña de naissance fait toujours partie de l’équipe.
« C’était une fille du quartier qui est devenue sous-secrétaire, puis ministre, et aujourd’hui elle se présente à la présidence », s’émerveille Miriam Peña. « Partir d’une tente, construire ta baraque, et voir que de là peut sortir un tel succès… franchement, c’est impressionnant. »
Militante du Parti communiste chilien (PCCh), issue des classes populaires, candidate d’une gauche unie : Jeannette Jara est déjà entrée dans l’histoire. Face à une droite qui durcit le ton pour séduire les électeurs, elle met en avant ses origines modestes et modère son programme pour rallier au-delà de la large coalition de neuf partis qu’elle représente, du Parti communiste chilien (PCCh) aux démocrates-chrétiens.
« Elle tente de remporter les élections non pas au nom du PCCh, mais au nom d’une coalition de centre gauche, analyse Claudia Heiss, professeure en sciences politiques à l’université du Chili. C’est pourquoi elle a adopté une position beaucoup plus axée sur l’État que sur son parti. »
Avec 27 % d’intentions de vote au dernier sondage, Jara devance les huit candidats qui s’affronteront lors du premier tour, ce 16 novembre. Mais de peu. La population chilienne a été largement déçue par le président sortant, Gabriel Boric (Frente Amplio, coalition de gauche), incapable de mettre en place sa politique de transformation.
Face à elle, ce dimanche, ses principaux rivaux sont une candidate de centre droit, Evelyn Matthei, et deux d’extrême droite, qui ne manquent pas de séduire les foules : Johannes Kaiser et José Antonio Kast (qui s’était incliné face à Boric en 2022). Si aucun des candidats ne dépasse les 50 % lors du premier tour, un second aura lieu le 14 décembre – un scénario qui s’annonce défavorable pour Jara.
À quelques pas de Conchali, dans la banlieue populaire de Quilicura, une équipe de campagne en faveur de Jara distribue des tracts sur un marché. Sur le trottoir d’en face, des partisans du candidat Johannes Kaiser agitent des drapeaux. Des automobilistes klaxonnent en signe de soutien. « Il dispute le vote populaire à notre candidate », explique Mirza Sandoval, militante du PCCh.
Populiste et démagogue à la manière de l’Argentin Javier Milei, Kaiser monte dans les sondages en promettant une cure d’austérité radicale : réduire de 25 à 9 le nombre de ministères, supprimer 200 000 emplois publics et privatiser des entreprises nationales. Selon les dernières estimations, il serait au coude-à-coude avec Evelyn Matthei, avec quelque 15 % d’intentions de vote, et pourrait même rattraper José Antonio Kast (20 %), fils d’un immigré nazi ayant combattu au sein de la Wehrmacht.
Sur les tracts des militants de gauche, le programme a une tout autre saveur : instauration d’un « revenu vital » minimum assuré de 750 000 pesos (687 euros), programme de logements sociaux, mais aussi plus de moyens pour la sécurité publique et la lutte contre le narcotrafic.
« L’idée est de faire connaître les propositions de la camarade Jeannette et d’échanger quelques mots avec les gens d’ici, qui sont nombreux à voter pour la droite », explique Mirza Sandoval, un drapeau Jara dans une main, des tracts dans l’autre.
D’autres promesses ont disparu du programme de la coalition : la nationalisation du lithium, défendue par le PCCh, a cédé la place à un discours centré sur la sécurité, le contrôle des frontières et l’usage de drones contre le crime organisé. Imposées par la droite et relayées par nombre de médias, les questions tournant autour de l’insécurité ont été placées au cœur de la campagne.
Marcos Barraza, membre du PCCh et candidat aux législatives, perçu comme le bras droit de Jara, participe au tractage. Cet ancien ministre du Développement social (sous le second mandat de Michelle Bachelet) insiste sur la nécessité de « placer les inégalités et les vulnérabilités au centre des priorités » et de poursuivre, avec la gauche au pouvoir, « la voie de la transformation ».
Tout en mettant en avant les acquis de la gauche ces dernières années, et notamment grâce à la présence – jusqu’à avril dernier – de Jeannette Jara à la tête du ministère du Travail : hausse du salaire minimum, baisse du temps de travail de 45 à 40 heures hebdomadaires, instauration d’un nouveau système de retraite plus bénéfique aux travailleurs.
Pour le Parti communiste – longtemps exclu des coalitions de centre gauche et bien plus radical dans ses positions vis-à-vis de nombreux sujets abordés dans la campagne –, la candidature de Jara représente « un défi », admet son président, Lautaro Carmona. « Mais nous comprenons parfaitement la situation et elle dispose de l’autonomie et de l’indépendance nécessaire pour agir politiquement en accord avec la mission qui lui a été confiée », ajoute-t-il (lire notre entretien en page 4).
« Il y a beaucoup d’inquiétude quant à la suite de cette expérience », observe Claudia Heiss. En interne, le débat s’ouvre : le PCCh est-il un parti révolutionnaire ou de gouvernement ?
Alors qu’il traverse depuis 2013 un processus de renouvellement générationnel, porté par de jeunes militants issus des luttes étudiantes et marqués par les inégalités d’un système néolibéralisme hérité de Pinochet, le PCCh présente 28 candidats – dont une grande partie a moins de 40 ans – aux législatives qui se tiendront en même temps que l’élection présidentielle.
« Les gens ont appris à mieux nous connaître. Aujourd’hui, les communistes bénéficient du soutien de nombreux progressistes, mais aussi de personnes sans appartenance politique claire, qui croient aux droits sociaux », assure Iraci Hassler, ex-mairesse communiste de Santiago (2021-2024). Les gens ne soutiennent pas Jeannette Jara seulement parce qu’elle est très charismatique, nuance-t-elle. « C’est surtout le projet qui compte. »
Dans ce contexte, rien n’est joué et l’incertitude prédomine. Pour Victor Muñoz Tamayo, spécialiste de la gauche et des mouvements de jeunesse, le vote obligatoire (récemment instauré) pourrait être un atout imprévisible… Ou pas. « L’expérience internationale montre que cette obligation favorise la participation des classes populaires, ce qui logiquement devrait se traduire par un vote plus à gauche, mais cela n’a pas été le cas au Chili (lors du référendum de 2022 sur la nouvelle constitution – NDLR). Autrement dit, ici, le vote obligatoire a eu tendance à profiter à la droite. »
Dans un pays où la mémoire des années Pinochet reste vive, la candidate communiste incarne aussi le symbole d’un bouclier face à une droite extrême toujours plus outrancière. « J’ai subi l’emprisonnement politique et la torture pendant la dictature, explique la dirigeante syndicale Angela Rifo. J’ai vraiment peur de devoir être gouvernée par le fils d’un ancien nazi, et surtout de tout ce qu’il pourrait imposer à notre pays. »
Présidentielle au Chili : quand la droite impose la peur de la criminalité et la question migratoire
Ce dimanche 16 novembre, plus de 15 millions de Chiliens iront voter après plusieurs mois d’une campagne ou droite et extrême droite sont parvenues à imposer leurs thématiques favorites au centre du débat public.
Bien que le Chili reste l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine, la crainte d’une hausse de la criminalité s’est invitée dans les discours et les programmes des candidats à la présidence, et la question migratoire – présentée comme une menace dans des déclarations souvent xénophobes – est aussi apparue comme une priorité.
Oubliée, l’« explosion sociale » de 2019 ? Réunissant jusqu’à 2 millions de personnes dans les rues de Santiago, le formidable soulèvement populaire dénonçait haut et fort la vie chère et les injustices sociales héritées du modèle économique néolibéral forgé par la dictature de Pinochet…
Nos camarades du PCF pays de Morlaix étaient devant l'entreprise de Plougasnou Primel Gastronomie ce 13 novembre pour distribuer un tract du PCF contre le budget du gouvernement et pour le soutien aux salaires et au pouvoir d'achat avec Jean-Luc Le Calvez, Jean-Philippe Deunf, Rémy Joly, Jeremy Lainé, et Colette Loiseau.
photo de Jérémy Lainé, 13.11.2025
Nos camarades André Paulus, Patricia Paulus, Pierre-Yves Thomas, distribuaient Rouge Finistère, le journal du PCF Finistère, sur le marché de Huelgoat ce jeudi 13 novembre. De très bons échanges avec les habitants. Avec le Parti Communiste Français du Finistère et le Pcf Carhaix-Huelgoat
Hors-série L'Humanité sur Madeleine Riffaud à commander au prix de 11 euros auprès des sections PCF de BREST et MORLAIX dans le Finistère
"Le journal L'humanité publie, à l'occasion du premier anniversaire de sa disparition, ce hors-série qui s'inscrit comme un geste de mémoire, de reconnaissance et de continuité.
Il revient sur 50 articles de Madeleine Riffaud, qui portent sur le combat anticolonial, la lutte sociale, et les rencontres qu'elle a pu faire lors de ses voyages.
Couvrant une période allant de 1945 à 1990, ces articles reflètent sa volonté de témoigner et d'analyser l'histoire depuis le terrain.
Ce hors-série met en lumière une voix, un héritage, au moment où le regard de Madeleine Riffaud résonne plus que jamais avec les enjeux du monde contemporain.
Figure emblématique de la Seconde Guerre mondiale, militante, résistante, communiste poétesse et correspondante de guerre pour notre journal, Madeleine Riffaud a marqué son temps et l'histoire par son engagement total, ses convictions et sa détermination face aux injustices."
Lire aussi:
Amos Reichman, Les Morts de Raoul Villain, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », août 2025, 256 p., 21 €
Il a osé...
Un article de Cyprien Caddeo dans L'humanité du 7 novembre, "délires islamophobes autour de la victoire de Zohran Mamdani", rappelle que Bernard Henri Levy, intellectuel médiatique soi-disant défenseur des droits de l'homme, a reproché à Zohran Mamdani d'avoir repris à son compte "les fausses accusations de génocide et de famine organisées par Israël" et de ne pas "verser une larme pour commémorer les victimes du 11 septembre". Bernard Henry Levy voit dans l'election du maire de gauche Zohran Mamdani un signe que "le monde libre vacille sur ses bases"...
I.D
🧑🎓 Le député Édouard Bénard (PCF – 3ᵉ circonscription de la Seine-Maritime) interpelle les ministres du Travail et de l’Éducation nationale sur l’avenir de la voie de l’apprentissage. 📌 Extrait : « Nos jeunes ne sauront pas, ne seront plus la variable d’ajustement de votre budget de casse et de classe. » Il pointe la multiplication par 3,5 du coût pour l’État des exonérations sociales dans l’apprentissage entre 2018 et 2024 dans le cadre du PLFSS pour 2026. Il dénonce la logique d’un dispositif « pensé pour le patronat et perfusé à l’argent public », utilisé pour remplacer des emplois à plein temps. Il souligne la réalité de jeunes apprentis : Léa, 17 ans apprentie pâtissière ; J’aurais 21 ans chaudronnier, etc. Salaire très faible, conditions exposées. Il exige un tournant : « Soit les apprentis sont considérés comme des travailleurs et payés dignement (…) soit c’est à l’école et dans les ateliers qu’ils apprennent leur métier… » 🎯 Le débat porte sur : le statut des apprentis, les exonérations, la reconnaissance sociale et économique, la nécessité d’une vision claire pour la voie professionnelle.