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6 août 2024 2 06 /08 /août /2024 07:26

Entrée dès son plus jeune âge en résistance, elle a abattu un soldat allemand sur le pont de Solférino. Les armes à la main, elle prend part à la libération de Paris. La femme de lettres, anticolonialiste, deviendra journaliste, grande reporter à l’Humanité.

Les combattants de la Libération - Madeleine Riffaud, une poétesse sur les barricades (L'Humanité, Margot Bonnéry, 4 août 2024)

Tout débute par le « coup de pied au cul » d’un officier allemand. C’est cette humiliation qui décide Madeleine Riffaud, 16 ans, à entrer dans la Résistance avec un horizon : libérer la France de l’occupant. Devant les nazis, comme face à la maladie, la jeune femme n’a pas le choix : sa posture, c’est la lutte. Atteinte d’une primo-infection tuberculeuse, Madeleine Riffaud, de son vrai prénom Marie-Madeleine, quitte sa famille en 1941 pour rejoindre le sanatorium des étudiants à Saint-Hilaire-du-Touvet, dans l’Isère.

Au cours de son séjour dans l’établissement – où, elle l’apprendra plus tard, les infirmiers cachaient et soignaient des blessés juifs ainsi que des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) –, Madeleine n’a qu’une obsession : guérir, prendre part à l’action pour libérer son pays. Au sanatorium, elle rencontre Marcel, son premier amour ; c’est lui qui l’aide à entrer dans la Résistance. En 1942, elle se relève de la maladie, rejoint à Paris les rangs de cette armée de l’ombre.

Une affaire de femmes

Comme près d’un million et demi de soldats français sont prisonniers en Allemagne, « la Résistance est aussi une affaire de femmes », témoigne la militante dans la bande dessinée de Jean-David Morvan 1. Le jour, Madeleine est étudiante à l’école des sages-femmes. La nuit, elle devient « Rainer », un pseudonyme qu’elle emprunte au poète allemand Rainer Maria Rilke. « Je n’ai jamais détesté les Allemands. Seulement les nazis », confie-t-elle à Télérama en 2021.

Après avoir débuté comme passeuse de colis (une clé de tire-fond remise à un cheminot pour faire dérailler les trains), Madeleine prend des responsabilités jusqu’au triangle de direction d’un groupe d’étudiants résistants. Au fil des missions, la tâche se fait plus difficile : ravitaillement de clandestins, recrutement de nouveaux arrivants, vol de nourriture, de machines à écrire ou de tickets de rationnement, organisation de planques, attaques de dépôts d’armes… « Il n’y a rien d’extraordinaire dans ce que j’ai fait », élude pourtant dans un documentaire de Jorge Amat2 la résistante, qui se considère encore aujourd’hui comme une anti-héroïne.

C’est en mars 1944 qu’elle rejoint les Francs-Tireurs et Partisans (FTP), mouvement de résistance armée fondé en 1942 par les communistes. Dans les tourments de la guerre, la jeune femme garde le goût de la littérature et de la poésie. Elle en tire des forces pour le combat. D’une craie blanche, elle recouvre les murs de la capitale de ses vers : « Vaincre et vivre », « Croix de fer, croix de bois, ils ont remis l’amour en croix », « La France n’est pas vaincue ».

Des sévices inoubliables

Comme bien des étudiants qui s’engagent de plus en plus nombreux dans la Résistance, au risque des rafles et des rafales, Madeleine prend la parole en public, distribue des tracts dans les universités pour appeler la jeunesse à la révolte.

La mort d’un ami tué d’une balle dans le dos attise sa colère contre le régime nazi. Madeleine brûle de rage. Le 23 juillet 1944, elle se porte volontaire pour une mission : abattre un soldat allemand. Elle en repère un, seul, sur le pont de Solférino. Deux balles dans la tempe. Ce moment-là, la résistante ne l’oubliera jamais : tuer un homme, même un nazi, est une épreuve. Elle prend la fuite à bicyclette, est aussitôt renversée par la voiture du chef de la milice de Versailles qui se promenait avec son épouse.

Celle que l’occupant qualifie de « terroriste » est conduite au siège de la Gestapo, rue des Saussaies, où elle est torturée. Aujourd’hui encore, Madeleine peine à dire la douleur et la souffrance de ces sévices. Elle est rouée de coups, sa mâchoire et son nez sont brisés et, pour la faire craquer, ses bourreaux torturent sous ses yeux d’autres détenus. Son calvaire dure trois semaines. Mais elle tient bon et garde le silence. Madeleine manque d’être fusillée ; elle échappe in extremis à la déportation grâce à un échange de prisonniers.

Le 19 août 1944, à l’appel de la Résistance dirigée par le colonel Henri Rol-Tanguy, l’insurrection du peuple parisien est générale. À seulement 20 ans, Madeleine est élevée au grade de lieutenant FFI et dirige aussitôt la capture d’un train allemand aux Buttes-Chaumont. Le IIIe Reich s’écroule, ses yeux se tournent déjà vers d’autres guerres : celles qui mettront à bas le régime colonial en Indochine, puis en Algérie. Correspondante de guerre pour l’Humanité, poétesse toujours, cette héroïne a traversé le XXe siècle avec, au cœur, la même aversion contre toutes les formes d’oppression.

  1. Madeleine, résistant, de Jean-David Morvan, Bertail, Riffaud, éditions Dupuis. ↩︎
  2. Les 7 Vies de Madeleine Riffaud, de Jorge Amat, Doriane Films. 

Lire aussi:

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/2023/02/communist-art-madeleine-riffaud-poete-en-resistance.html

Madeleine Riffaud, poète en Résistance

(Dans "La Résistance et ses poètes", Pierre Seghers. Le recueil de poème de cette femme, partisan et poète, officier FTP à 20 ans, adjointe du colonel Fabien, qui a abattu des chefs miliciens et des officiers allemands, a été arrêtée, torturée, condamnée à mort, échappant par miracle à l'exécution, ont été publiés dans le recueil "Le poing fermé" préfacé par Eluard, puis à nouveau dans un nouveau recueil de poèmes de Madeleine Riffaud en 1973 - Le Cheval Rouge, aux éditeurs français réunis).

Neuf balles

A Jean-Pierre M (16 ans)

Neuf balles dans mon chargeur
Pour venger tous nos frères.

ça fait mal de tuer.
C'est la première fois.

Sept balles dans mon chargeur.
C'était si simple.

L'homme qui tirait l'autre nuit.
C'était moi.

***
Traquenard

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

Ils me font marcher entre eux deux

Ce dimanche de plein soleil

Vers la grande prison

A l’entrée des enfers.

A ma gauche est un policier.

A ma droite est un policier.

Dans chaque poche un revolver.

Et devant moi

Et devant moi

Oh ! Les hautes grilles de fer !

 

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

Sitôt les verrous refermés

On entend les nôtres crier.

Et dehors c’est dimanche

Et dehors c’est l’été.

Dans une église, l’orgue chante.

Un pigeon tout blanc dans l’air bleu

En vol, a caressé ma joue.

Et derrière moi

Et devant moi

Oh ! les hautes grilles de fer !

 

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

Si je suis prise, me disai-je

Me restera-t-il seulement

Un coin de ciel tout bleu

A regarder souvent

Un coin de ciel comme une flaque

Au bois, telle la flaque de pluie

Où vont boire les bêtes blessées ?

- Mais la fenêtre ils l’ont murée,

La fenêtre aux barreaux de fer.

 

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

BS 2, 23 juiller 1944*

 

* BS 2 : Brigade spéciale n°2. Il s’agit d’une section de la Gestapo française, siégeant alors en face de la cathédrale Notre-Dame de Paris

 

***

 

Mitard

 

1

 

Un Allemand, poison et fer

Écrase des souris à grands coups de talon.

Le sol de la cellule est sanglant

De leurs petits corps mutilés.

Une patte levée, dans la chair et le sang.

Un petit cri aigu à transpercer la tête.

Un Allemand s’amuse à tuer des souris.

Et la pluie nous rend fous.

 

2

 

Ils m’ont jeté un chapelet

Dans le noir glacé du cachot

- Chaîne de fer et croix de bois -

Le chapelet des fusillés.

Il sent l’église au mois de mai

Fête-Dieu, cierges et encens,

Réticule de mère-grand.

Entre mes mains chaîne légère

Auprès des menottes coupantes.

Ils m’ont jeté un chapelet

Comme au chien un os à ronger.

 

3

 

Les grosses clefs dans les serrures

Même la nuit tournent encore

Et les éclats de leurs voix dures

Me font sursauter si je dors.

 

Bottes ferrées dans les couloirs.

Porte entrouverte et refermée :

Un camarade est emmené.

 

Sur les murs, il y a des cris

Des mots gravés avec un clou.

Oh désespoir, ou espoir fou

De ceux qui sont morts avant moi…

 

Je sens bien qu’ils sont encore là

Autour de moi, et me regardent.

Leurs yeux s’allument quelquefois

Dans le noir comme dans les étoiles.

 

Et ma tête s’appuie

A leurs épaules d’ombre.

 

***

 

CHANSON

 

Ils me band’ront les yeux

Avec un mouchoir bleu

Ils me feront mourir

Sans me faire souffrir

 

Ils m’avaient tué un camarade,

Je leur ai tué un camarade.

Ils m’ont battue et enfermée

Ont mis des fers à mes poignets

 

- Sept pas de long

A ma cellule

Et en largeur

Quatre petits-

 

Elle est murée – plus de lumière-

La fenêtre de mon cachot.

Et, la porte, elle est verrouillée.

J’ai les menottes dans le dos.

 

- Tu te souviens ?

Soirs sur la Seine…

Et les reflets…

Le ciel et l’eau...

 

Ils sont dehors, mes frères de guerre

Dans le soleil et dans le vent

Et si je pleure – je pleure souvent -

C’est qu’ici je ne puis rien faire

 

- Sept pas de long

Et puis un mur,

Si durs, les murs

Et la serrure.

 

Ils ont bien pu tordre mes mains

Je n’ai jamais livré vos noms.

On doit me fusiller. Demain.

As-tu très peur, dis ? Oui ou non ?

 

Le temps a pris

Le mors aux dents

Courez, courez

Après le temps !

 

Ceux-là, demain, qui me tueront,

Ne les tuez pas à leur tour.

Ce soir, mon cœur n’est plus qu’amour.

Ce sera comme la chanson :

 

Les yeux bandés

Le mouchoir bleu

Le poing levé

Le grand adieu.

 

Poèmes écrits pour la plupart à la prison de Fresnes, repris dans Le Poing fermé (1945) et dans Cheval Rouge, éditeurs français réunis

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