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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 17:47

A l'occasion de la venue de Nicolas Sarkozy dans le Finistère on ne pouvait pas ne pas signaler l'exercice de style drôle et démystificateur qu'un internaute a publié après les voeux du premier de l'an de notre président super-cynique dans le forum participatif AGORA VOX en complétant un peu le discours du président destiné à faire peur pour faire accepter l'électro-choc de la TVA sociale et de l'austérité généralisée (ce texte m'a été signalé par un cousin).

 

Les vœux du Président, version non expurgée

Par un cheminement dont je ne dévoilerai rien pour protéger mes sources, je suis en mesure de publier ici le texte intrégral des Voeux 2012 de Nicolas Sarkozy dans sa version non expurgée. En caractères gras, ce qui na pas été prononcé lors de l'allocution...

 

 

Mes Chers Compatriotes,

 

L'année 2011 s'achève. Elle aura connu bien des bouleversements.

 

Depuis le début de la crise, qui en trois ans a conduit à plusieurs reprises l'économie mondiale au bord de l'effondrement, je ne vous ai jamais dissimulé la vérité sur sa gravité, ni sur les conséquences qu'elle pouvait avoir sur l'emploi et sur le pouvoir d'achat, des conséquences évidemment aggravées par l’incurie de ma propre politique socioéconomique.

 

Cette crise qui sanctionne 30 années de désordres planétaires dans l'économie, le commerce, la finance, la monnaie, cette crise inouïe, sans doute la plus grave depuis la deuxième guerre mondiale, cette crise n'est pas terminée, et elle ne fait qu’amplifier de manière dramatique les conséquences de mes choix calamiteux.

 

Elle a entraîné dans la tourmente des pays comme la Grèce, l'Irlande, le Portugal, mais également des pays aussi puissants que l'Espagne et même l'Italie.

Dans la tempête, vous avez souffert. Je sais que la vie de beaucoup d'entre vous, déjà éprouvée par deux années difficiles, a été une fois encore durement mise à l'épreuve. Vous finissez l'année plus inquiets pour vous et pour vos enfants, et la politique que j’ai menée ne peut avoir eu qu’un effet encore plus anxiogène sur vous-même et sur vos proches.

 

Et pourtant il y a des raisons d'espérer. Nous devons, nous pouvons garder confiance dans l'avenir. Car si tant de pays ont connu des difficultés insurmontables, la France a tenu. Elle a résisté, et cela en dépit des multiples erreurs de gouvernance que j’ai commises.

 

Si elle a tenu, si elle a résisté, si elle a réussi jusqu'à présent, à conjurer le doute qui déclenche la crise de confiance, c'est grâce au courage et au sang-froid dont vous faites preuve depuis 3 ans, c'est grâce à la solidité de nos institutions, c'est grâce à notre protection sociale qui, en dépit des attaques qu’elle a subies de ma part, garantit la solidarité dans l'épreuve, c'est grâce aux réformes que nous avons accomplies ces dernières années, et c’est surtout grâce à la passivité dont vous avez fait preuve alors que mes collaborateurs et moi avons tout fait pour saper vos droits et détruire progressivement les acquis du Conseil National de la Résistance. Je pense notamment à la réforme des retraites et à toutes les mesures visant à diminuer nos dépenses publiques qui ont permis à la France de garder la confiance de ceux qui lui prêtent leur épargne pour financer son économie, et qui ont surtout permis à mes amis du triangle Auteuil-Neuilly-Passy d’augmenter leurs profits.

 

Il ne s'agit pas de nier les difficultés que nous traversons. Mais dans ces épreuves, la France a su préserver l'essentiel. Je tiens à rendre un hommage particulier à toutes celles et à tous ceux d'entre vous qui, par leur travail, ont contribué au développement de notre économie et à la sauvegarde des intérêts de nos banquiers et de nos grandes fortunes.

 

Mes chers compatriotes,

 

Nous devons être courageux, nous devons être lucides.

 

Ce qui se passe dans le monde, annonce que l'année 2012 sera celle de tous les risques mais aussi de toutes les possibilités pour les oligarchies. De toutes les espérances pour les grands industriels et financiers, si nous savons relever les défis de la destruction assumée des modèles sociaux protecteurs. De tous les dangers pour le patrimoine des possédants, si nous restons immobiles.

Différer les choix parce qu'ils sont difficiles est la pire des options. Quand on décide trop tard, le prix à payer est plus cher. Les souffrances plus grandes, et je me refuse à voir entrer l’inquiétude du lendemain chez mes voisins de la Villa Montmorency.

 

En 2012, le destin de la France peut une fois encore basculer.

Sortir de la crise, construire un nouveau modèle de croissance des bonus et des profits de la spéculation, faire naître une nouvelle Europe, voilà quelques-uns des défis qui nous attendent. Je veux vous dire ma conviction qu'unis avec nos partenaires européens, nous serons plus forts pour y faire face et consolider ainsi les portefeuilles de mes invités du Fouquet’s, conformément aux garanties que je leur avais données le soir de mon élection.

Mais ces défis, ils s'imposent à nous. Nous ne pouvons ni les refuser, ni les repousser. Nous ne pouvons ignorer ce nouveau monde, faire comme s’il était encore possible de lutter contre le chômage et la précarité, dès lors que l’intérêt des puissants que je sers est contradictoire avec celui des humbles.

Dans cinq mois, nous avons une élection présidentielle. C'est une échéance importante. Le moment venu, vous ferez votre choix. Mais d'ici là, je dois continuer à agir pour mes amis Bouygues, Dassault, Lagardère car l'histoire des décennies à venir s'écrit maintenant et mon enrichissement futur passe par leur enrichissement immédiat.

Avec le Premier ministre, nous réunirons le 18 janvier prochain, les représentants des forces économiques et sociales de notre pays. J'écouterai d’une oreille distraite les propositions de chacun et, avant la fin du mois de janvier, nous prendrons et nous assumerons des décisions importantes pour consolider les intérêts du patronat, car les enjeux sont cruciaux.

 

La crise est grave, les circonstances sont exceptionnelles, les décisions doivent être à la mesure de cette gravité. C'est un devoir auquel je ne me déroberai pas comme je m’y suis engagé en mai 2007 auprès de mes soutiens ultralibéraux.

 

Je ne sous-estime pas les conséquences que peuvent avoir sur notre économie les agences de notation et les emballements des marchés financiers, ni non plus nos erreurs passées, en l’occurrence surtout les miennes, mais je le dis pour que chacun l'entende, ce ne sont ni les marchés, ni les agences qui feront la politique de la France mais les ploutocrates des ghettos friqués de l’Ouest parisien dont je suis le valet servile.

 

Au fond, la seule façon de préserver notre souveraineté, de maîtriser notre destin est de choisir, comme nous l'avons fait jusqu'à présent la voie des réformes structurelles visant à définitivement tuer dans l’œuf les espoir des classes populaires plutôt que celle des réactions à chaud qui ne font qu'ajouter à la confusion et au désordre sans restaurer la confiance des patrons du CAC40 dans la pérennité de leurs énormes profits.

 

Le problème posé n'est pas celui d'un nouveau train de réduction des dépenses pour l'année qui vient, du moins ne l’es-il pas tant que je ne suis pas réélu. Ce qui devait être fait a été fait par le Gouvernement, et la morosité des Français de plus en plus essorés montre que le Premier ministre et moi avons su pressurer la majorité pour assurer la prospérité de la minorité des grands titulaires de portefeuilles.

 

Maintenant, il nous faut travailler en priorité pour la croissance des profits industriels et financiers, pour la compétitivité, pour la ré-industrialisation qui seules, nous permettront de créer des emplois sous-payés sur le territoire et du pouvoir d'achat accru pour les entrepreneurs les plus cyniques.

 

Trois sujets me paraissent dominer les autres.

 

Nous ne nous en sortirons pas en laissant de côté ceux qui souffrent déjà des conséquences douloureuses d'une crise dont ils ne sont pas responsables, je pense notamment aux traders qui ont vu leurs bonus gravement rabotés. Nous ne bâtirons pas notre compétitivité sur l'exclusion mais sur notre capacité à donner à chacun une place dans la Nation, et notamment dans la Nation de leur lieu de naissance, raison pour laquelle j’ai chargé Guéant d’augmenter massivement les reconduites aux frontières. C'est pourquoi, ceux qui ont perdu leur emploi doivent être l'objet de toute notre attention afin de limiter encore drastiquement leurs indemnités de chômage.

 

Nous devons changer notre regard sur le chômage, accepter de considérer ceux qui sont touchés pour ce qu’ils sont : des parasites de la société. Faire en sorte que la formation des chômeurs devienne la priorité absolue, afin que chacun puisse se reconstruire un avenir, le plus loin possible du territoire national et des bureaux de Pôle-Emploi. Former et pas seulement indemniser, tel doit être notre but, je pense notamment à former aux techniques de la pêche, de la chasse et de la cueillette pour survivre sans indemnités. Personne ne doit pouvoir s'exonérer de cette obligation ni être exclu de cette possibilité de vie saine au grand air.

 

Le deuxième sujet est celui du financement de notre protection sociale qui ne peut plus reposer principalement sur le travail, si facilement délocalisable. Il faut alléger la pression sur le travail et faire contribuer financièrement les importations qui font concurrence à nos produits avec de la main d'œuvre à bon marché, et c’est pourquoi je mettrai en place une TVA sociale de plusieurs points qui pénalisera certes le pouvoir d’achat des classes populaires mais allègera les charges de mes amis les patrons. Ce sujet est au cœur de tous les débats depuis des années. J'écouterai les propositions des partenaires sociaux puis, sans en tenir compte comme d’habitude, nous déciderons afin d’augmenter encore les dividendes des actionnaires.

 

Le troisième sujet, c'est celui des dérèglements de la finance qui vous choquent d'autant plus profondément qu'ils sont largement à l'origine des difficultés actuelles, ce qui d’ailleurs ne laisse pas de m’étonner, moi qui ait pourtant sauvé la planète à plusieurs reprises et éradiqué tous les paradis fiscaux.

 

Il faut faire participer la finance à la réparation des dégâts qu'elle a provoqués. C'est une question d'efficacité. C'est une question de justice, et vous savez à quel point je suis attaché à cette valeur, d’où mon action pour accélérer l’enquête sur le dossier Karachi. C'est une question de morale, et vous savez à quel point je suis là aussi attaché à cette valeur depuis ma tentative de nomination de mon fils Jean à la tête de l’Epad. La taxe sur les transactions financières doit être mise en œuvre, et je m’engage à tout faire pour que cela puisse se réaliser d’ici à 2050.

 

Mes chers compatriotes,

Mon devoir est de faire face et de vous protéger de toute tentative de révolte contre moi car, sachez-le, j’utiliserais le cas échéant tous les moyens à ma disposition pour préserver mes intérêts.

Vous pouvez être sûrs que j'assumerai jusqu'au bout et en totalité, les lourdes responsabilités que vous m'avez confiées et que je n'aurai de cesse d'agir au nom de l'intérêt général de tous ceux qui ont commandité mon accession au pouvoir et auxquels je rends régulièrement des comptes par l’intermédiaire du Groupe Bilderberg..

Chacun devra prendre ses responsabilités, c'est pourquoi j'appelle tous les décideurs des entreprises et de l'économie à tout faire pour préserver l'emploi, ou plus prosaïquement pour tenter de le faire croire. J'appelle tous les acteurs des services publics à redoubler de prévenance pour tous ceux qui ont besoin de notre solidarité : traders, banquiers, grands patrons, propriétaires fonciers.

 

Mes chers compatriotes,

J'ai confiance dans les forces de la France et dans la grande naïveté des Français.

 

Je suis certain du chemin qu'il nous faut suivre sur la voie de l’ultralibéralisme décomplexé.

A vous, à tous ceux qui vous sont chers, à nos soldats qui risquent leur vie hors de nos frontières pour sauvegarder les intérêts du grand capital, à leurs familles qui vivent dans l'anxiété et à tous ceux qui dans le monde luttent pour la liberté des affaires, j'adresse ce soir tous mes vœux de bonheur pour la nouvelle année.

 

Bonne année à tous.

 

Vive la République !

 

Et vive la France !

 

 

L'auteur de ce pastiche de l'arrière-pensée sarkozyste:   Fergus

Comment se présente t-il sur Agora Vox? Autodidacte retraité au terme d’une carrière qui m’a vu exercer des métiers très différents allant d’informaticien à responsable de formation, je vis à Rennes. Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n’ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle de... franc-tireur. Ancien membre d’Amnesty International...

 

 

 

 

 

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 20:17
Invité de « BFM-TV 2012 » face à Christian Estrosi 
Dimanche 18 décembre 2011, Jean-Luc Mélenchon était l'invité de l'émission "BFM-TV 2012" animée par Olivier Mazerolle. Il a notamment présenté les propositions du Front de Gauche pour résister au coup d'Etat des financiers et des agences de notation. Et il a débattu avec Christian Estrosi ancien ministre de l'Industrie de Nicolas Sarkozy.
Meeting de la Fête de l'Humanité de Lanester. 27 Novembre 2011.

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 14:26
Des arguments intéressants, mais on se demande vraiment ce que Gérard Filoche fait encore au PS quand on voit ce que Hollande compte faire !
Alors, encore un effort Filoche, rejoins le Front de gauche !


50 arguments pour rétablir la retraite à 60 ans pour tous

de : Gérard Filoche

Ce n’est pas possible de ne pas respecter le retour de l’âge de la retraite à 60 ans pour tous

François Hollande a hélas, détaillé, sur RTL, ce qu’il envisageait à propos de la retraite à 60 ans en cas de victoire de la gauche en 2012. Elle ne concernerait que les personnes ayant commencé à travailler à 18 ans et disposant déjà de « tous leurs trimestres » pour une retraite à taux plein. Et pour les autres ? « Ceux qui n’ont pas leur durée de cotisation ne le pourront pas », a précisé le candidat du PS remettant en cause ce qui était acquis dans le projet PS. « Il ne l’avait certes pas promis pendant les débats de la primaire socialiste. Mais il n’avait pas non plus contredit Martine Aubry et Ségolène Royal qui prônaient un retour généralisé aux 60 ans » écrit le Figaro qui se réjouit évidemment : « François Hollande entérine en creux le recul de l’âge légal à 62 ans. Il se contente de proposer une exception supplémentaire. Il élargit, ni plus ni moins, le dispositif « carrières longues ». Instaurée par la réforme Raffarin Fillon de 2003 pour les salariés entrés dans la vie active au plus tard à 16 ans, la mesure a été étendue par Éric Woerth aux personnes ayant commencé leur carrière à 17 ans. Là, c’est à 18 ans. Cela devrait ne concerner que 80.000 à 100.000 hommes et femmes par an (entre 1 nouveau retraité sur 6 et 1 sur 8 environ). « Mais avec un âge légal à 62 ans, ceux qui ont commencé à 18 ans doivent encore travailler 44 ans : notre proposition est une proposition de justice, pas d’idéologie » balbutie Marisol Touraine, chargée de ces questions dans l’équipe de campagne de Hollande. La majorité des jeunes confrontés à 25 % de chômage ne trouvent un CDI qu’à 29 ans, cela signifie pour eux une retraite à 70 ans au moins.

« C’est juste impossible »

François Hollande a implicitement admis que la durée de cotisations avait encore vocation à augmenter, parlant sur RTL de « 41 années, voire 42 années de cotisation » (elle est actuellement fixée entre 40,75 ans, pour la génération 1951, et 41,5 ans pour la génération 1955 et les suivantes). Mais c’est impossible alors que les salariés font en moyenne, dans la vie réelle, 35 annuités. Ils sont licenciés, inaptes, malades, au chômage dans 2 cas sur 3 à partir de 55 ans : exiger d’eux 42 annuités, c’est 7 ans de décote ! C’est une véritable agression contre le niveau des retraites : c’est impossible pour la gauche de défendre cela contre 75 % de l’opinion et contre les 8 millions de manifestants de 2010.

50 arguments pour le droit à une vraie retraite à 60 ans pour tous :

Sinon, c’est le chômage qui va gagner

1. L’âge de la retraite recule ? le chômage avance.

2. Il n’y aura pas de recul du chômage de masse record (5 millions) sans réduction du temps de travail.

3. C’est un non-sens d’allonger les durées de cotisations (ou de faire faire des heures supplémentaires) quand on a 5 millions de chômeurs.

4. L’autre seul résultat c’est que ceux qui ne seront pas en retraite seront inscrits au chômage...

5. 2 salariés sur 3 sont au chômage, licenciés, inaptes, malades, autour de 55 ans.

Les jeunes seront aussi pénalisés

6. Il y a 25 % de chômeurs parmi les jeunes actifs, pourquoi pousser à ce que les "seniors" travaillent plus, s’il y a une priorité cela doit être pour les jeunes, priorité à la jeunesse !

7. 3 jeunes sur 4 ne trouvent un boulot en CDI qu’à partir de 29 ans.

8. Ceux qui commencent à travailler "tôt" vers 16, 17, 18 ans sont 1 ou 2 jeunes sur 8.

9. Et même ceux qui commencent à travailler tôt ont des périodes de chômage qui ne sont pas prises en compte à 100 % dans les annuités.

C’est la santé des gens qui est danger

10. L’espérance de vie "en bonne santé" selon l’INSEE est de 63 ans pour les hommes et de 64 ans pour les femmes (59 ans pour les ouvriers, 69 ans pour les cadres).

11. Entre 55 et 60 ans, 2 maladies sur 3 sont liées au travail, entre 60 et 65 ans, 3 maladies sur 4 sont liées au travail.

12. La biologie du corps humain n’a pas changé entre 55 et 65 ans. TOUS les métiers sont pénibles. Physiquement et mentalement. Vous voyez un vieil instituteur de 62 ans devant ses élèves ? Un chauffeur-livreur à 59 ans ? Une femme de service de nettoyage à 61 ans ? Un cadre stressé de 60 ans en compétition avec des « jeunes » cadres ? Et un ouvrier du bâtiment de 55 ans devant son marteau piqueur ?

13. La principale maladie professionnelle ce sont les TMS, (troubles musculo squelettiques) elles augmentent de 18 % par an depuis l’an 2000.

14. Dix millions de salariés sur 24 ont des métiers pénibles physiquement (horaires atypiques = 5 millions, dont 2,3 de nuit ; port de charges divers = 5 millions) et les autres subissent une pénibilité mentale de plus en plus forte (burn out, suicides, harcèlement, stress, troubles psychosociaux, précarité, surexploitation, un milliard d’heures supplémentaires impayées..).

15. Mais ce ne sont plus les "coups de grisou" qui tuent comme il y a un siècle : ce sont les accidents cardiaques et vasculaires. 150 000 accidents cardiaques et 100 000 accidents vasculaires : entre 1/3 et 50 % sont liés au travail.

… alors que la fiabilité des prévisions démographiques est vite débordée par la réalité

16. Les prédictions de ceux qui disaient qu’on ne peut payer les retraites pour des raisons démographiques sont toutes tombées à l’eau : ils prévoyaient 250 000 naissances par an à partir de 2000, on a eu 850 000 enfants par an depuis l’an 2000.

17 : Il y a un « pic » de retraités entre aujourd’hui et 2036. Ensuite ça retombera jusqu’en 2060 où cela remontera. Il suffit d’ajuster le taux des cotisations en fonction des variations.

18 : L’ajustement des cotisations sociales retraites peut se faire en temps réel, d’un an sur l’autre, selon les variations démographiques, directement de ceux qui travaillent a ceux qui sont en retraite.. Pas besoin de « placer » de l’argent dans des fonds de pension aléatoires que les spéculateurs perdront dans les ïles Caïman.

La durée de cotisation réelle devrait être la référence

19. Pourquoi avoir réduit la durée du travail sur la semaine si c’est pour l’allonger sur la vie ?

20. Celui qui prétend allonger la durée de cotisations est impuissant à agir sur le réel : actuellement elle recule depuis 10 ans en pratique vers 36 et vers 35 annuités.

21. Prétendre imposer - sur le papier - 41 ou 42 annuités, le SEUL résultat, puisque la moyenne des salariés ne peut cotiser que 36 ou 35 annuités, c’est 6 ou 7 ans de décote. Comment admettre d’allonger des annuités qui ne seront jamais effectuées et donc baisser les plus petites retraites ?

22. Reculer l’âge de départ en retraite à pour seul effet pratique de baisser le niveau des retraites réintroduisant la misère chez les vieux.

23. Il faut prendre comme référence le nombre d’années réellement cotisées dans la vie réelle et non pas l’allongement aléatoire de l’espérance de vie.

24. Par exemple, si la moyenne réelle des annuités cotisées dans la vue réelle des salariés est de 35 annuités, la référence retenue pour une retraite à taux plein doit être de 35, si elle est de 36 cela doit être 36, si elle monte à 37, cela doit être 37...

25. Mais mettre un objectif inatteignable à 41 ou 42 annuités, c’est faire sauter les gens à la perche sans perche, le seul résultat c’est qu’ils auront une retraite plus basse et non pas qu’ils travailleront plus.

26. Depuis 8 ans AUCUNE raison "nouvelle" de repousser l’âge réel de la retraite. Aucun effet d’entraînement dans l’emploi des seniors ne s’est réalisé. Les salariés cotisent MOINS longtemps en moyenne ! 36 annuités seulement ! Pour sortir de la crise, il ne faut pas baisser salaires et retraites mais les augmenter !

27. Raison de plus pour ne pas prendre l’espérance de vie comme référence, c’est trop aléatoire : l’espérance de vie régresse aux Etats-Unis depuis plusieurs années, elle régresse aussi depuis trois ans en Allemagne.

Des conditions bien plus dures que dans le reste de l’Europe

28. En Allemagne, en Italie, en Espagne, c’est 35 annuités pourquoi 41 ou 42 ici ? Sarkozy a fait la pire réforme contre le droit à la retraite de toute l’Europe.

29. En Allemagne, la droite veut fixer les départs à 67 ans, mais en 2029... c’est remis en cause par les syndicats qui l’avaient, hélas, signé parce qu’actuellement, la moyenne des départs est autour de 58 ans...

30. En Grande-Bretagne, ils annoncent 68 ans... en 2048 ! Ici, en France, Sarkozy a imposé 67 ans pour le taux plein en 2018, c’est-à-dire demain ! Il faut abroger la loi Sarkozy-Woerth.

31. En Allemagne, ce n’est pas du tout pareil qu’en France, parce que nous, on vit un "boom" démographique depuis l’an 2000, 2,04 enfants par femme, en Allemagne c’est 1,4 enfant par femme.

Un projet politique pour tous

32. 60 ans c’est un DROIT ce n’est pas une obligation ! Mais encore faut-il que ce DROIT soit pour tous ! "d’ordre public social".

33. 60 ans c’est une référence pour tous, un objectif réaliste, atteignable, contrôlable, clair TOUS ENSEMBLE.

34. La "retraite à la carte" c’est le slogan du Medef : pour complexifier le système et le rendre illisible, pour qu’il n’y ait plus d’ordre public social, que les salariés ne soient plus solidaires. C’est comme la durée du travail "a la carte", le SMIC à la carte... La règle ne sera plus fixée en raison des besoins humains mais en raison des exigences de la productivité.

35. 60 ans c’est déjà trop. On doit exiger la retraite à 55 ans dans le bâtiment et dans tous les métiers très pénibles.

36. Il ne faut vivre pas moins bien que nos parents : retraites à 60 ans, 35 annuités, à 75 % du salaire calculé sur 10 meilleures années, indexées sur les salaires (ce que proposait encore Lionel Jospin en juin 1997)

37. Sinon on subit la double facture : travailler plus longtemps après 60 ans et gagner moins, une majorité de gauche ne peut aller dans ce sens = austérité = récession = crise aggravée = chômage.

Respecter la démocratie à tous les niveaux

38. Démocratie ! Le seul vote de congrès - unanime - du PS qui a eu lieu c’était à Dijon 2003 pour le droit a la retraite à 60 ans à taux plein. Respectons-le.

39. C’est François Hollande qui avait fait voter le congrès du PS unanime de mai 2003 pour la retraite à 60 ans à taux plein !

40. Démocratie, débat dans le PS et dans toute la gauche, tous les syndicats : branle-bas de combat pour la défense des retraites à 60 ans pour tous. 60 ans c’est majoritaire et dans la gauche politique et dans les syndicats : pour qui on dirige ? Pour le peuple ou pour le AAA ?

41. De toute façon, il y a un risque de ne pas gagner si c’est se trouver en porte-à-faux avec 75 % de l’opinion et les 8 millions de manifestants de 2010 (rien ne s’oublie) qui veulent abroger la loi scélérate Sarkozy-Woerth de pillage de nos retraites : il va falloir s’en rendre compte.

42. Oui, il faut écouter les 8 millions de manifestants et 75 % de l’opinion, il faut que François défende la retraite à 60 ans.

43. On votera François Hollande, mais nous luttons pour exiger qu’il respecte le rétablissement de l’âge légal de départ à 60 ans.

Des richesses, il y en a !

44. La "dette" a bon dos pour justifier qu’on ne peut payer les retraites ni hausser les salaires. Elle est la conséquence de choix réalisés par Sarkozy qui veut nous la faire payer. En France on n’a pas un problème de dette mais de recettes.

45. Ne pas céder au chantage des officines de droite qui s’auto intitulent "agences de notation". Ils ne proposent jamais d faire payer les riches mais de baissser les salaires et retraites des plus modestes

46. Ne pas céder au chantage des fonds de pension qui veulent siphonner les retraites. Ne jamais les croire, ne jamais leur confier un seul sou de nos retraites : ils vous prendront tout et ils vous voleront tout, le dilapideront dans les caves à « subprimes » et autres paradis fiscaux des Bahamas.

47. La France que 87 % de dette/PIB à cause de Sarkozy a vidé la « cagnotte publique » de Lionel Jospin, et remplit les « cagnottes privées » en faisant 24 points de dettes en plus en cinq ans. La France avait 290 % de dettes/PIB en 1945 et pourtant elle a mis en place la Sécu et les retraites à ce moment-là.

48. La France est 2,5 fois plus riche qu’en 1982 quand la retraite à 60 ans a enfin été mise en place.

49. Salaires et cotisations sociales sont trop bas depuis + de 20 ans, la France n’a jamais été aussi riche, elle peut payer les retraites à 60 ans.

50. Le COR l’a expliqué et démontré : avec 0,35 % seulement d’augmentation des cotisations sociales par an d’ici 2036, les retraites à 60 ans (35 annuités, 75 %, 10 ans, > au Smic, indexées sur salaires) sont garanties et payées.

Conclusion :

Convainquons, battons-nous, nous sommes la majorité non seulement de la gauche, du salariat, mais du pays tout entier. Qu’on n’ait pas convaincu Sarkozy ce n’est pas une surprise, hélas, vu le personnage et sa politique 100 % réactionnaire, mais ce n’est pas tolérable, il n’a pas écouté le peuple. Mais François Hollande est candidat et socialiste, lui, il peut et doit entendre davantage.

PS : La gauche socialiste toute entière combat pour le respect du droit à la retraite à 60 ans :
 En mai 2003 nous avions fait voter la retraite à 60 ans à taux plein,
 En juillet 2006 nous avions fait écarter "la retraite à la carte",
 en janvier 2010 fait réaffirmer la retraite à 60 ans.

Depuis nous avons empêché que soient votées les 41,5 annuités, elles ne le sont toujours pas officiellement, certains dirigeants pratiquent par coups de force tellement il y a de résistances dans la base du parti ! Alors c’est "renvoyé à la négociation avec les syndicats" :

Donc s’il vous plait faites tous et toutes le boulot, argumentez, argumentez, argumentez comme en 2010, dans TOUS les syndicats aussi pour que la position finale soit correcte !

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 08:33

  Manif contre l'austérité 13 décembre 2011

 

 

Ce mardi 13 décembre, nous n'étions qu'une centaine de personnes (dont au moins 20 militants du Front de Gauche) à nous rassembler contre l'escroquerie des politiques d'austérité devant la sous-préfecture de Morlaix à midi. Cette mobilisation plutôt moins ridicule que celle d'autres villes françaises reste bien mince tant la résolution de la droite et de certains dirigeants du PS d'approfondir la destruction libérale de l'Etat social est plus forte que jamais grâce à l'efficacité du chantage à la dette et à la perte du fameux triple A.

Bernard Thibault était lucide mais a sans doute eu tort de prévoir avant même la tenue des rassemblements une mobilisation modeste car ces prévisions annoncées publiquement n'étaient guère mobilisantes et responsabilisantes. Et il aurait fallu il me semble pour réussir cette mobilisation et installer un vrai rapport de force associer ces manifestations à une journée de grève. Sans doute que les syndicats ont voulu préserver leur unité et se sont dit que les salariés attendaient les élections de 2012, lassés de protester sans être aucunement entendus.

 

Mais c'est une grave erreur à mon sens d'attendre les présidentielles comme la clef de tout sans installer de véritable pression sociale auparavant. C'est cette pression sociale en effet qui pourrait infléchir les projets des candidats, le climat de la campagne, et le résultat des élections. Hier, sous le titre trompeur de Ouest France "Retraite à 60 ans: Hollande relance le débat", nous lisions, écoeurés plus que surpris, que le candidat du PS, non content d'accepter l'allongement par la réforme Fillon de la durée de cotisation minimale pour bénéficier de la retraites à taux plein à 42 ans et 6 mois, alors que les socialistes étaient dans la rue en 2010 pour dénoncer cette réforme, revenait même sur le droit ouvert à un départ en retraite à 60 ans (assorti auparavant de restrictions: pour les travaux pénibles, ce qui ont commencé à travailler jeunes; et sans taux plein de remplacement pour les autres).

C'est une forfaiture! Et la droite a beau jeu et raison de dire "François Hollande a menti".  

 

Hollande, à force d'écouter trop attentivement les financiers et économistes appointés (un Jean-Hervé Lorenzi qui bosse pour la banque Rotschild ou un Daniek Cohen qui travaille pour lan banque Lazard) de son staff de campagne, et son propre et ancien tropisme "démocrate", libéral et centriste, piétine le projet initial du PS (qui prévoyait le rétablissement de la retraite à 60 ans) et l'accord électoral passé avec Europe Ecologie-Les Verts. 

Le programme socialiste, déjà très en retrait des revendications syndicales et des propositions du Front de Gauche (retraite à taux plein à 60 ans avec 75% du salaire de référence et un seuil plancher pour le niveau de pension retraite: aucune retraite inférieure au SMIC) prévoyait de rétablir l'âge légal de départ à 60 ans mais sans précision sur la durée de cotisation et l'âge de départ sans décote était fixé à 65 ans. L'accord signé il y a un mois entre le PS et les écologistes prévoyait lieu le taux plein à 60 ans "pour ceux qui ont commencé à travailler tôt ou qui ont exercé des métiers pénibles".

Quand parallèlement, des responsables socialistes proches de Hollande réclament entre autres reculs sociaux une augmentation de la TVA, une réduction d'un an du droit aux allocations chômage, un approfondissement de la réforme hospitalière et des déremboursements de certains médicaments, une augmentation du temps de présence des enseignants dans les établissements et une accélération de l'autonomisation des établissements et des universités avec partenariats publics-privés (...etc.), on se dit que le seul moyen d'éviter en France plusieurs pas supplémentaires d'application de l'idéologie néo-libérale au service de la finance, c'est que le monde du salariat qui a des intérêts communs montre ses dents sans attendre sagement que la droite sarkozyste quitte le pouvoir.

 

Il ne faut surtout nous faire confisquer les choix économiques et sociaux pour 2012 car nous avons nous, contrairement aux Grecs et aux Italiens, encore droit de nous exprimer dans des élections...

 

I.D

 

La CGT a sorti dernièrement un tract national très bien fait qui rappelle certaines données incontournables que nous devons avoir en tête quand nous discutons et essayons de convaincre la population. Citons en quelques extraits qui rétablissent des vérités importantes à connaître.

 

Les salariés ne sont pas responsables ni de la dette publique, ni du déficit budgétaire.

 

Celui-ci a fortement augmenté depuis la présidence de Sarkozy: 50 milliards d'euros en 2007, 112 milliards en 2010. Le budget de l'Etat est déficitaire depuis 30 ans, donc les emprunts réalisés ne cessent de gonfler la dette. Depuis plusieurs années, les charges d'intérêt de cette dette représentent plus de 10% des dépenses publiques. Ces charges d'intérêt (50 milliards actuellement) profitent aux financiers. La dégradation de la situation économiquque depuis 2008 n'explique qu'un tiers du déficit budgétaire. Les 2/3 restant résultent des choix gouvernementaux qui réduisent l'impôt sur les riches et imposent des sacrifices aux salariés, aux retraités et aux privés d'emploi. La seule suppression de l'impôt sur la fortune a privé les recettes de l'Etat de 2 milliards d'euros.

11,4 milliards d'euros de cadeaux fiscaux ont été faits aux plus riches depuis 2007 et 172 milliards d'euros d'exonérations fiscales et sociales et différentes aides aux entreprises ont été réalisées en 2010. A ce titre, l'impôt sur les sociétés des grandes entreprises décidé à l'occasion du dernier plan d'austérité ne représente que 1,1 milliard d'euros de recettes, seulement pour 2012 et 2013. Actuellement, pourtant, les grandes entreprises payent en moyenne 8% d'impôt sur les sociétés, tandis que les petites entreprises en payent 30%...

 

On dénonce honteusement la fraude des salariés et des précaires pour diviser le monde du travail.

 

Et pourtant, sur les 20 milliards d'euros de fraude sociale pointés dans le rapport d'information parlementaire, 16 relèvent des entreprises. Le travail non déclaré représenterait à lui seul entre 9 et 15 milliards de manquer à gagner de cotisations.

 

Le gouvernement prend de la vitesse dans la destruction des acquis sociaux.

 

Un nouvel aménagement de la réforme des retraites: les 62 ans de cotisation imposés en 2017 et non plus en 2018. La nécessité de cotiser 67 ans pour avoir une retraite à taux plein. Ces réformes produisent non seulement un recul de l'âge légal de départ à la retraite, une augmentation de la durée de cotisation, mais aussi une baisse des pensions.

Les nouvelles baisses d'aides sociales annoncées en novembre représentent elles 500 millions d'euros. Cette mesure concerne:

- 4,7 millions de de foyers pour les prestations sociales alors qu'elles ont permis à la France d'avoir un des plus haut taux de natalité en Europe qui représente un atout pour l'avenir.

- 3 millions de foyers pour l'allocation de rentrée scolaire.

- 6 millions de foyers pour l'aide au logement alors que les prix des loyers ont explosé ces dernières années.

 

L'augmentation de la TVA qui devrait rapporter 1,8 milliards d'euros par an à l'Etat touche davantage des pauvres et les clasees populaires

 

La TVA représente 16,6% de la consommation des plus modestes par rapport à leurs revenus, 8% pour les ménages les plus aisés, quasiment rien pour les plus fortunés.

 

LES 10 EXIGENCES GENERALES QUE PRESENTE LA CGT DANS CE TRACT POUR SORTIR DE LA CRISE SONT AUSSI DES ENGAGEMENTS DU FRONT DE GAUCHE, DE SON CANDIDAT JEAN-LUC MELENCHON ET DE SES CANDIDATS AUX LEGISLATIVES:

 

- REVALORISER LES SALAIRES, LES PENSIONS ET LES MINIMA SOCIAUX 

- CONTROLER LES AIDES PUBLIQUES AUX ENTREPRISES.

- CONTRAINDRE LES ENTREPRISES A DES ALTERNATIVES AUX LICENCIEMENTS.

-SUPPRIMER LES EXONERATIONS FISCALES ET SOCIALES SUR LES HEURES SUPPLEMENTAIRES

- STOPPER LES SUPPRESSIONS D'EMPLOIS

- DEVELOPPER LES POLITIQUES PUBLIQUES ET LES MOYENS DES SERVICES PUBLICS.

- REFORMER LA FISCALITE EN PROFONDEUR.

- CREER UN POLE FINANCIER PUBLIC ET ETABLIR UN MECANISME DE CREDITS A TAUX REDUITS.

- TAXER LES MOUVEMENTS SPECULATIFS DE CAPITAUX ET ERADIQUER LES PARADIS FISCAUX.

- METTRE EN PLACE UN FOND EUROPEEN DE SOLIDARITE SOCIALE ET DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE.

  

 

 

 

 

 

          

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 07:19

Ci-joint, un entretien très intéressant paru dans Marianne en début de mois.

 

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Marianne, no. 763

France, samedi 3 décembre 2011, p. 44

 

On peut critiquer le candidat socialiste sans être un suppôt de la droite. Accusé par le PS d'être un «agent de la droite» et de créer la division dans l'opposition face à Nicolas Sarkozy, le candidat du Front de gauche revient pour «Marianne» sur ses divergences avec François Hollande.

 

Marianne : Depuis des années, vous ne cessez de vous affronter avec François Hollande. Vous l'avez traité autrefois de «parrain», de «roi de l'entourloupe», vous avez dit qu'il vous donnait «la nausée». On n'est donc pas très étonné de vous entendre dire, aujourd'hui, qu'il est un «capitaine de pédalo». Quels sont, sur le plan personnel, les cadavres dans les placards entre vous et lui ?

 

Jean-Luc Mélenchon : Il n'y a aucune dimension personnelle dans mes relations avec François Hollande. Comme il est quelqu'un d'extrêmement plastique, il n'y a jamais eu, d'homme à homme, la moindre trace de tensions entre nous. Moi-même, je ne pratique pas les vendettas personnelles. Il faut des circonstances très particulières, quasi intimes, pour que je me fâche vraiment. Ce n'est pas le cas ici. J'ai la religion républicaine. Il n'y a pas de place là-dedans pour des inimitiés de personnes.

 

Alors, pourquoi ces attaques ? Elles sont si violentes qu'on vous accuse de jouer contre la gauche.

 

J.-L.M. : Une divergence radicale nous oppose sur le fond. Elle remonte à 1984. Comme moi, il est alors un jeune homme. Il écrit un texte, «Pour être modernes, soyons démocrates», dans lequel il explique le cœur de son orientation politique. Cette ligne vient d'apparaître aux Etats-Unis

d'Amérique. C'est elle qui va progressivement infester tous les partis socialistes de la vieille Europe. Avec constance, François Hollande a opté pour cette orientation dont les traits caractéristiques sont toujours les mêmes : effacement du clivage gauche-droite, effacement de l'adhésion du mouvement socialiste à sa base salariale, négation de l'opposition capital-travail et alliance au centre jusqu'à devenir soi-même un parti centriste. Une grande controverse nous oppose donc, qui mérite mieux que d'être réduite à un affrontement de personnes. Je n'ai pas d'irrespect pour lui, même si, bien sûr, je ne goûte guère l'attitude intellectuelle du sophiste. Pour lui, tout se vaut et sa méthode de combat consiste à dénigrer soit celui qui prononce l'argument, soit la forme de l'argument. Pourtant, la situation exige une autre attitude intellectuelle.

Nous sommes en train d'affronter la plus terrible crise du capitalisme depuis le début du siècle

dernier. Or, en même temps, nous devons faire face au désarmement unilatéral du mouvement

socialiste mondial. Papandréou est l'héritier de la ligne Blair-Schröder. Tous ces gens ont capitulé

sans combattre. Le choc décisif s'est produit en Grèce : président de l'Internationale socialiste,

Georges Papandréou a cédé devant tous les diktats et le reste a été emporté. C'est un événement

fondateur, comme la capitulation des députés allemands du SPD au moment de voter les crédits deguerre : c'est ce qui a alors déclenché l'affrontement en 1914.

 

Même si vous vous en défendez, on ne peut s'empêcher de penser que l'un des moteurs de votre

aventure du Front de gauche, c'est le mépris dont vous pensez avoir fait l'objet, en particulier de la

part de François Hollande, lorsque vous étiez au Parti socialiste ?

 

J.-L.M. : Il y a eu une attitude arrogante, mais j'y suis habitué. Je l'ai connue de mille façons et sous toutes les formes possibles. Ça n'est pas la peine de ressasser, je suis blindé. Je sais que le ressort essentiel de leur démarche intellectuelle, c'est la négation de l'autre.

 

Vous n'êtes pas si blindé que vous voulez le faire croire !

 

J.-L.M. : Si, parce que mon courant d'idées a eu raison sur l'analyse du capitalisme. Nous avons eu raison en 2005 sur ce que donnerait la mise en place du traité constitutionnel repeint en traité de Lisbonne. Dans ces deux occasions, nous avons fait, François Hollande et moi, des choix diamétralement opposés. Ça n'est en aucun cas une affaire relationnelle, même si j'ai souffert de les voir tricher dans tous les votes internes, traiter les gens par-dessus la jambe, manquer de parole à tout le monde.

 

Si vous avez connu tant de blessures, pourquoi n'avez-vous pas quitté le PS plus tôt ?

 

J.-L.M. : C'est dur de se séparer de sa famille politique, de ses camarades de combat. J'ai toujours

gardé ce lien avec les socialistes. Je connais au moins cinq députés socialistes qui s'apprêtent à voter pour moi au premier tour de la présidentielle. Je n'aurais pas été élu dans le grand Sud-Ouest si des milliers d'électeurs socialistes n'avaient pas voté pour moi ! D'une certaine manière, j'appartiens à la famille intellectuelle du socialisme, et la relation reste affective.

 

Mais vous tournez le dos radicalement aux choix du PS et de François Hollande.

 

J.-L.M. : Oui, parce que le candidat du PS ne parle plus à présent qu'à une étroite couche de la

population : la classe moyenne supérieure qu'il essaie de convaincre qu'il y a une sortie heureuse et non douloureuse de la crise, c'est-à-dire sans affrontement avec le capital financier, ses pompes et ses œuvres. Dans ce sens, il renvoie à un monde qui n'existe plus. La vérité de notre temps, c'est que, face à l'affrontement que le système financier a entrepris contre les peuples et la démocratie, il faut des réponses qui soient à la hauteur. Je suis partisan de la relance de l'activité. Je ne crois pas aux politiques d'austérité. La contraction de la dépense nous conduit au chaos social et à la guerre. Le socialisme international s'est voué aux politiques d'austérité. Sans exception. C'est ce qu'ont fait Socrates au Portugal, Papandréou en Grèce, Zapatero en Espagne. Tous ont dû quitter le pouvoir. Pourtant, c'est ce que François Hollande propose aujourd'hui. Il a fait annoncer par Michel Sapin un plan de 50 milliards d'euros d'économies supplémentaires. Entendez tous les mots : supplémentaires. Ça veut dire que toutes celles déjà faites sont validées. Et qu'on en fera 50 milliards de plus. Si M. Fillon exige ces économies, que lui répondra- t-il ? Il a déjà dit oui et s'est mis ainsi dans une situation absolument inouïe. Comment voulez-vous que, comme homme de gauche, je fasse comme si je n'avais pas vu ça !

 

Si on vous suit, Hollande et Sarkozy c'est «bonnet blanc et blanc bonnet». Vous le dites, d'ailleurs,

lorsque vous déclarez au Journal du dimanche : «Nicolas Sarkozy est pour la rigueur et François

Hollande est pour «donner un sens à la rigueur». La rigueur ou la rigueur ? Quelle différence !» Vous les mettez dans le même sac, même si, du bout des lèvres, vous précisez que vous ne mettez pas un signe égal entre eux. On ne voit pas comment vous allez pouvoir appeler à voter Hollande au second tour de la présidentielle, si c'est lui qui doit affronter Nicolas Sarkozy... Vous ne choisirez pas entre la peste et le choléra !

 

J.-L.M. : Vous pourriez demander à François Hollande s'il se désistera pour moi si je suis au second tour ! Pourquoi ne le faites-vous pas ? Aujourd'hui, s'installe un chantage qui ne sert que les socialistes : le chantage au vote utile. Quiconque critique le candidat socialiste est un suppôt de la droite et de l'extrême droite. De l'autre côté, on fait comme s'il n'y avait qu'une seule politique

possible. François Hollande se déclare même élu d'avance, ce qui me paraît bien déraisonnable. Mais n'allez pas faire croire que je confonds pour autant le Parti socialiste avec la droite. Ce n'est pas ma position.

 

Ça mérite une clarification.

 

J.-L.M. : Sur des dizaines de sujets, dans la vie quotidienne, des milliers et des milliers de militants

socialistes combattent avec les militants du Front de gauche dans les syndicats, la cité et ailleurs.

Donc, à aucun moment, pour moi, il n'y a de confusion possible. Mais il y a l'exigence d'un débat

public. Je trouve incroyable que demander ce débat ou faire une critique soit considéré comme lèse majesté.

 

Vous avez du travail pour convaincre sur ce terrain, quand on voit que Robert Hue, l'ancien patron du PC, dénonce votre «dérive sectaire».

 

J.-L.M. : Le cas de Robert Hue est si pitoyable que je ne veux pas le commenter. Des milliers de

communistes sont malheureux en voyant Hue se transformer en bagage accompagné du PS. Sa voix ne compte pas.

 

Dans l'Humanité du 16 novembre, Pierre Laurent, le patron du PCF, en appelle «d'urgence à changer la manière de mener le débat à gauche». Il interpelle le PS, certes, mais il vous adresse aussi un message clair lorsqu'il déclare : «Au Front de gauche, nous n'avons qu'un adversaire : la droite», et il conclut qu'il faut éviter le «piège de la division». Vous êtes tombé dans ce piège ?

 

J.-L.M. : Mais pas du tout ! Cette situation de tension à l'intérieur de la gauche n'est pas que

française. Dans tous les pays du monde, ce débat a lieu dans des conditions qui ne sont guère

favorables au mouvement socialiste, raison pour laquelle il essaie de l'étouffer. Alors il est normal

qu'il y ait un certain acharnement à essayer de trouver une faille entre les communistes et leur

candidat. Mais cette faille n'existe pas. Toutes les phrases de Pierre Laurent que vous citez, je les reprends sans une nuance à mon compte. Car ce n'est pas de moi qu'il parle. Il parle de la violence avec laquelle j'ai été agressé et insulté par les socialistes. Quand les porte-parole socialistes me qualifient d'agent de la droite et de l'extrême droite, ils devraient savoir que ce n'est pas qu'à moi qu'ils s'adressent mais à des milliers et peut être des millions de gens qui se reconnaissent dans ma candidature. Donc, ils aggravent la division à gauche. Il n'y a pas le moindre doute sur le fait que nous ne nous trompons pas d'adversaire, mais j'observe que François Hollande me traite en adversaire avec une violence qui ne l'honore pas. Elle consiste à se donner des grands airs et à m'envoyer de véritables dobermans m'agresser.

Une chose est sûre : je ne suis pas d'accord pour participer à une tromperie qui consisterait à dire «l'étiquette vous garantit le contenu». Ça n'est pas vrai. Nous avons eu, à gauche, assez de déceptions dans le passé qui venaient de cette équivoque, pour ne pas recommencer. C'est mon devoir de dire la vérité. Après, le peuple souverain tranchera. Peut-être qu'il acceptera la logique de PMU qui est celle du vote utile. Peut-être qu'il choisira une méthode plus radicale. Mais je mets tout le monde en garde : on n'a jamais vécu une élection comme celle-ci. Et mon travail, face à cette échéance capitale, est de convaincre et d'entraîner. Qu'est-ce qu'on oppose à cette logique ?

De l'intelligence, de la raison ? Non : le silence dans les rangs et l'invective. Si vous partez de l'idée qu'ils vont être en tête de la gauche - ce qui n'est pas mon raisonnement -, demandez-leur

comment ils comptent faire pour rassembler la gauche après de telles bordées d'injures contre moi. On va me traîner derrière le char du vainqueur ? Et je devrais abjurer en place publique entouré de journalistes qui répéteront : «Regrettez-vous ?» On plaisante ! Ma vie politique n'est pas faite de ce genre de rapports.

 

Vous n'abjurez donc rien !

 

J.-L.M. : Je n'abjure rien du tout. Et je ne suis pas d'accord avec cette diabolisation à laquelle on

procède contre moi et contre tout le monde. Voilà le tour d'Eva Joly. Nous sommes priés de nous

taire et de faire la génuflexion. Il n'en est pas question. Notre époque est en train de basculer vers

une nouvelle tragédie. Mais il n'y a pas de fatalité. Comment s'en sortir ? On voit apparaître deux

cohérences. La première, la mienne, part de l'idée que le progrès est toujours à l'ordre du jour, que

le progrès social est la condition du progrès économique et non pas son résultat. L'autre cohérence, celle de François Hollande, consiste à dire que nous allons redresser les comptes publics par l'austérité. Moi, je pense redresser les comptes publics par la vie. Eux, par la mort. C'est une caricature, mais je soumets cette donnée à la réflexion de chacun : raisonnez, demandez-vous ce qui est bon pour le pays et la génération qui vient ? C'est ce défi de l'intelligence qu'il faut opposer au front de bœuf de la répétition, des mêmes refrains et des mêmes injures dont nous sommes accablés depuis 2005. Il y a des jours où elles me font mal, d'autres où elles glissent.

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 06:36

"Répéter que la dépendance coûte trop cher à la société finira pas coûter cher à la société", c'était le message d'une campagne de la Mutualité Française diffusée quelques mois dans les médias. En 2010, les dépenses consacrées à la dépendance en France ont été de 34 milliards d'euros (10 fois moins que les dépenses liées au versement des retraites). Environ 70% sont pris en charge, selon le magazine Alternatives Economiques (n°306- octobre 2011), par les dépenses publiques, essentiellement via l'assurance maladie et l'allocation personnalisée d'autonomie (APA). Le reste étant à la charge des familles concerne essentiellement l'hébergement. Les plus de 80 ans sont 3 millions aujourd'hui (5% de la population), ils devraient être 5,8 millions en 2035.  Il y a aujourd'hui un manque important de développement des réseaux de services à domicile: les trois quarts des personnes dépendantes sont soutenues par des aidants familiaux, la plupart du temps des femmes membres de la famille, et celles-ci, écrit Claire Alet dans l'article d'Alternatives Economiques précédemment cité, "sans formation et en manque de relais, s'épuisent trop souvent à la tâche et se retrouvent dans des situations de burn out, un syndrome d'épuisement. On estime même que 30% des aidants meurent avant les aidés".  Seulement, le secteur du service à domicile, constitué d'associations de petites tailles, est en grande difficulté financière et licencie à tour de bras, en témoigne les difficultés de l'ADMR Finistère: 10000 emplois auraient été supprimés déjà depuis début 2011 alors que les besoins augmentent. "Quant aux maisons de retraite, rappelle l'article d'Alternatives Economiques, et notamment aux étabilissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), elles demeurent très difficiles d'accès pour les classes moyennes modestes. En effet, le "reste à charge" s'élève en moyenne à 1617 euros par mois, alors que le montant moyen d'une retraite est de 1200 euros. Diminuer ce reste à charge devrait être une priorité, mais on peut difficilement le demander aux départements dans la situation actuelle, puisqu'ils sont asphyxiés financièrement. Au 31 décembre 2010, il y avait 1,2 millions de bénéficiaires de l'APA contre 765000 en 2003, et les recettes des départements, indexées sur des compensations de l'Etat liés aux transferts de charge indexés sur les besoins de l'époque, n'ont pas évolué autant à la hausse. L'Etat s'était engagé à participer au coût de cette allocation d'autonomie à la hauteur de 50% en 2002: or, la part qu'il prend dans le financement de l'APA n'est que de 28% aujourd'hui. Résultat: des personnes âgées très dépendantes voient leur nombre d'heures d'aides à domicile financées par l'APA se réduire de manière inquiétante.  Le manque de place en maisons de retraite, et le manque de maisons de retraites associatives ou publiques accessibles au grand nombre, car sans but lucratif, est également une réalité. Sarkozy avait promis un grand plan de refinancement du secteur de l'aide à l'autonomie qui passait chez lui par une nouvelle atteinte au régime solidaire de Sécurité Sociale par la création d'un cinquième risque (le risque dépendance) ouvrant la voie à un financement par l'assurantiel privé. La crise financière et les plans de rigueur sont passés par là et les vieux devront une nouvelle fois se contenter de bonnes intentions... pas toujours désintéressées.  

 

 

Voici l'intervention d'Alain David au premier débat du dimanche 27 novembre qui a réuni plus de cent personnes  sur l'autonomie et la sécurité sociale- à La Fête de L'Humanité Bretagne de Lanester. Un atelier régional du Front de Gauche va être créé pour réfléchir à la question du financement et des modalités de l'aide à l'autonomie pour bâtir une société de tous les âges réellement solidaire.

Nous avons également prévu, grâce en partie à l'efficace travail de sensibilisation de Jean Dréan,  d'organiser cet hiver une réunion publique thématique sur la question de l'aide à l'autonomie. Cette conférence-débat aurait lieu à Plouigneau entre janvier et mars.

 

 
Participaient, outre Alain David (ancien adjoint au maire de Morlaix) au débat de la Fête de l'Humanité Bretagne à Lanester: Viviane Krynicki, directrice de la Mutuelle familiale de France à Lorient, Françoise Jaffre, syndicaliste CGT à la Maison de retraite de Port-Louis, et Christiane Caro, membre de la Commission Nationale Santé du PCF.
Viviane Krynicki a rappelé les bases de notre système de protection sociale, un des meilleurs au monde, et qui n'a malheureusement plus rien à voir à ce qu'il était en 1945, grâce à l'activisme de syndicalistes et d'homme politiques tel qu'Ambroise Croizat. Le patronat a tout fait pour vider la sécurité sociale de sa charge émancipatrice. La part de cotisation patronale a été baissée de 10% dans le système général. Dans la France de 2011, le chômage et l'exclusion sociale, l'augmentation du nombre de retraités et les évolutions de la pyramide des âges, l'entrée plus tardive de la jeunesse dans le monde du travail, mettent en difficulté les caisses de protection sociale. Pourtant aujourd'hui encore, 30% du PIB est redistribué au citoyen sous forme de prestations diverses. C'est autant d'argent qui échappe au capital et aux circuits financiers, et c'est ça le problème. Pourtant, c'est grâce à ces prestations sociales que la France a moins souffert de la crise du capitalisme financier en 2008. Si l'assurance maladie a des comptes en déséquilibre, c'est aussi parce qu'elle sert de vache à lait de l'industrie pharmaceutique, parce qu'on baisse les cotisations sociales au nom de la lutte contre le chômage en décidant de faire payer directement les salariés. aujourd'hui, on assiste à une véritable marchandisation de la santé, une privatisation rampante de la sécurité sociale qui passe par la prise en charge directe par les salariés de leur santé (franchises médicales, dépassements d'honoraires). La réforme de la dépendance promue par Sarkozy, la filialisation de la Sécurité Sociale par la création d'un cinquième risque, vise à amoindrir le financement solidaire au profit d'une ouverture à l'assurantiel privé. Pourtant, une répartition plus juste des richesses publiques permettrair de rééquilibrer les comptes sociaux et d'éviter une marchandisation de la santé.  

 

Intervention d'Alain David:

 

Perte d’autonomie Lanester le 27.11.11

 

 

 

J’ai été élu communiste pendant 31 ans à Morlaix dont 25 ans comme adjoint. C’est à ce titre, bien que n’étant pas spécialiste, que j’ai répondu favorablement à la demande de Christiane de participer avec vous à la réflexion nécessaire sur la question de la perte d’autonomie.

 

J’ai aussi dans ma section un camarade (Jean Dréan que certains connaissent peut être) qui n’a de cesse d’attirer l’attention tous azimuts sur la nécessité de construire un droit universel : le bien vieillir partout et pour tous. Sur le fait aussi que cela est insuffisamment pris en compte par le mouvement syndical et politique. Non pas sur le papier mais dans l’action.

 

A ce sujet, dans les médias, il y a deux formules qui reviennent fréquemment et qui ont le don de m’horripiler :

 

1 – les problèmes du vieillissement. Sous-entendu les problèmes de financement : comme si ce n’était qu’un coût, comme si l’allongement de la vie n’était pas d’abord un immense progrès, malheureusement encore trop mal partagé sur la planète. Comme si ce n’était pas aussi un formidable enrichissement pour la société Comme si le rôle de la société n’était pas justement de faire en sorte que chacun et chacune vive dignement jusqu’à la fin de ses jours

 

2 – l’or gris : cette formule, souvent reprise par les magazines, montre clairement comment, dans le système capitaliste, tout, y compris la personne humaine, y compris ses souffrances devient moyen de profit. A condition bien sûr de ne prendre en compte que ceux qui peuvent payer.

 

La perte d’autonomie c’est un état de santé qui évolue et qui est la résultante de plusieurs causes physiques, psychologiques, intellectuelles mais aussi matérielles, sociales, familiales…

 

Elle peut être totale ou partielle. Elle survient le plus souvent progressivement et recouvre, pour schématiser, 3 situations distinctes : le grand âge, le handicap et l’invalidité ( 2 600 000 personnes )

Il est donc illusoire de penser qu’il y a une seule réponse. Cela dépend évidemment de la gravité de l’état de la personne concernée, de son évolution prévisible, s’il y a un conjoint autonome ou pas, s’il y a un entourage familial ou pas …

 

Mais il y a UNE responsabilité globale de la société : permettre à chacun de vivre dignement jusqu’à la fin de ses jours, quelle que soit sa situation sociale ou familiale. En prenant en compte la situation actuelle (en particulier l’éclatement familial) et les évolutions prévisibles en particulier le fait que le nombre de personnes de + de 75 ans va doubler dans les prochaines décennies.

 

L’incurie de l’état nourrit la finance

 

C’est déjà un véritable magot pour les assurances privées. Ces dernières années la différence entre les cotisations au titre de la dépendance et les rentes versées aux assurés dépassait 275 millions d’euros par an soit un gain de + de 70 % pour les assurances. Mais ils veulent aller encore plus loin.

 

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C’est aussi l’explosion des établissements privés qui bénéficient, si on peut dire, de l’insuffisance criante de l’offre publique .L’année dernière le président du conseil général du Finistère reconnaissait à Plouigneau qu’il manquait 2000 places en maison de retraite et structure adaptée dans le département… et qu’il en serait créées 70 dans l’année. A ce rythme-là, il faudrait presque 30 ans pour répondre aux besoins actuels.

 

Comme c’est un sujet sensible Nicolas Sarkozy a courageusement décidé de reporter les décisions après la Présidentielle.

 

Raison de plus pour poser la question et mener le débat dès maintenant dans tout le pays.

 

Tout d’abord pour refuser que cela devienne encore plus un véritable pactole pour les capitaux privés.

 

Ensuite refuser les fausses solutions, le 5ème risque par exemple (comme si la perte d’autonomie n’était pas d’abord un problème de santé), qui constituerait un nouveau découpage de la SS et donc ouvrirait encore davantage la voie aux capitaux privés.

 

Au contraire, nous affirmons l’universalité de l’assurance maladie, nous voulons la renforcer et y intégrer complètement la réponse aux besoins de la perte d’autonomie.

 

Le programme du Front de Gauche dont le titre « L’humain d’abord » montre bien les priorités que nous voulons mettre en œuvre indique page 24, je cite : « les réponses au manque d’autonomie seront prises en charge par la Sécurité Sociale à 100 % pour la partie « soins » et par le développement des services publics ».

De nombreuses personnes nous ont fait remarquer que, pour une question de cette importance, 3 lignes c’était un peu juste. Je crois qu’elles ont raison.

 

Mais nous ne partons pas de rien.

 

Nous avons des propositions de longue date que nous mettons en débat. Les organisations syndicales et les associations aussi. Sans entrer dans le détail nous considérons qu’une véritable politique publique doit comporter et articuler prévention, dépistage et prise en charge solidaire. C'est-à-dire instaurer un droit universel de compensation de la perte d’autonomie

 

  • La prévention passe par le développement de l’activité physique et intellectuelle, l’intégration sociale, l’alimentation, …et le remboursement à 100 % des dépenses de santé (notamment les prothèses dentaires, auditives et les lunettes) ce qui évitera les absences de soins … que l’on paie cher par la suite.

  • Il s’agit aussi de prendre en compte les conditions d’emploi, la recherche médicale, l’urbanisme, les transports…

  • Il s’agit de développer considérablement les équipements tant au domicile (où le maintien des personnes doit être privilégié.) que dans les institutions. De développer l’éventail des formules d’accueil, l’accès aux services spécialisés médicaux. Il s’agit surtout de mettre en œuvre un ambitieux plan de formation pour tous les personnels à tous les niveaux et dans tous les secteurs. 

Page3

 

 

Nous proposons au niveau départemental un pôle public de l’autonomie qui s’appuie sur le développement des services publics existants ou à créer. Il prendra en compte non seulement les aides (repas, toilette, mobilité…) mais aussi les équipements et l’aménagement des logements, les transports…

 

Cette coordination départementale doit permettre une simplification des démarches et une meilleure efficacité du service rendu.

 

Afin de garantir une maîtrise, une cohérence nationale et une égalité sur le territoire, nous proposons une structuration nationale des pôles publics départementaux.

 

Ces propositions se placent évidemment dans un cadre nouveau de développement de la démocratie et d’une répartition nouvelle des richesses produites qui assure, entre autres, le financement de la sécurité sociale ce qui permet d’éviter les mesures envisagées par le gouvernement comme l’assurance obligatoire, le second jour de travail gratuit ou l’augmentation de la CSG pour les retraités. Nous sommes aussi opposés au recours sur succession car, comme l’assurance individuelle c’est un moyen de contourner la solidarité nationale.

 

 

Pour nous, l’HUMAIN D’ABORD, ce ne sont pas que des mots.

 

Alain DAVID

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 11:56

Beaucoup en ont fait le reproche à Eva Joly qui manifesta publiquement il y a deux semaines sa désapprobation par rapport à un accord EELV/ PS qui s'asseyait sur le programme des Verts en matière sociale, de démocratie, de sortie du nucléaire, en échange de circonscriptions et de voix aux législatives (servant de critère pour le financement des partis): cette norvégienne sympathique mais butée n'était pas assez politique, presque irresponsable dans ses entêtements et son refus de voir la réalité des rapports de force en place. Elle ne respectait pas assez ou trop la discipline de parti, selon que l'on considérait l'objectif de la percée électorale ou celui de l'ambition programmatique.

 

Avec Hollande, les choses sont claires. Jospin avait eu l'idée géniale de préciser pour qui ne l'aurait pas lu "mon programme n'est pas socialiste" , afin de rassurer en anticipant le second tour de l'élection présidentielle de 2007 les électeurs centristes qui auraient pu l'imaginer avec un couteau entre les dents.

Hollande, qui ne doit assurément rien à son parti, puisqu'il a simplement été élu par des sympathisants socialistes ou de la gauche à l'issue des primaires, et non par des militants en fonction de sa capacité à porter un projet politique décidé en commun, prévient dans une tribune du journal Le Monde : "Je ne suis pas le candidat d'un parti".

Je ne suis pas, peut-on traduire par conséquent, engagé par le programme de mon parti. Et pour cause, celui-ci ne prévoit pas par exemple de poursuivre la chasse à l'emploi public comme veut le faire Hollande pour financer ses 60000 nouveaux postes dans l'Education Nationale, avec des moyens budgétaires devant diminuer de manière drastique pour parvenir à une réduction de déficit public de 50 milliards d'ici 2014. L'hyper-austérité n'était pas probablement pas l'horizon d'attente que souhaitaient mettre en avant les socialistes pour gagner la présidentielle, mais, entre temps, l'aggravation de la crise des dettes souveraines européennes (envolée des taux d'intérêt et des dettes du fait d'une récession rendant leur solvabilité plus problématique) menaçant la survie de la zone euro et de l'euro lui-même, a offert de nouvelles opportunités aux socialistes pour défendre sans complexe des préconisations néo-libérales que certains justifiaient jusque-là plutôt en privé mais qui sont dans la cohérence de leur refus de reprendre le pouvoir aux acteurs financiers et d'assumer un rapport de force avec eux.

 

Aujourd'hui, savez-vous qui Hollande rencontre pour se crédibiliser en tant qu'homme d'Etat doté d'une stature internationale?  Michel Barnier et José Manuel Barroso, deux des principaux artisans de cette Europe ultra-libérale qui a plongé les sociétés européennes dans une spirale de régression sociale sans précédent. C'est sûr que la plateforme européenne des syndicats ou les représentants Bureau International du Travail, c'est devenu un peu ringard pour un dirigeant social- démocrate... depuis que Papendréou, l'ancien président de l'Internationale Socialiste a pu sans broncher imposer 6 ou 7 plans d'austérité avec des millions de grévistes dans la rue à une dizaine de reprises. Mais ces syndicats auraient-il de toute manière partagé l'ambition titanesque de François Hollande, le chouchou de Jacques Chirac, de "donner du sens à la rigueur", c'est à dire de faire accepter par l'électorat de gauche le pacte de stabilité pour l'euro, la règle d'or, et les pertes de souveraineté liées à l'impératif absolu de discipline budgétaire...

Hollande ne se sent pas non plus, 10 jours après l'avoir fait parapher, engagé par la totalité des dispositions de l'accord législatif entre Europe Ecologie Les Verts et le PS: il lui reviendra d'"appliquer les mesures qui lui paraissent les plus essentielles". Où l'on voit que l'homme est à l'aise dans le cadre de la monarchie présidentielle qu'institue cette Vème République donnant tant de place à l'arbitraire du pouvoir personnel. Pour que les militants de base des partis et les citoyens, dans la diversité de leurs options politiques, reprennent un peu de poids dans la décision politique, et le disputent aux milieux d'affaires qui ont trop souvent l'oreille attentive des candidats qu'ils ont contribué à porter au pouvoir et qui sont issus des mêmes réseaux, il faudrait commencer par changer les institutions, mais cela, Hollande, qui consent tout juste à accorder une miette de 10% de représentation proportionnelle aux législatives, n'est en aucun cas prêt à le faire.    

 

 

Ismaël Dupont.     

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 19:23

France-2.jpg

 

 

JE VIENS DE SUIVRE le JT de 13h; c'était un Journal ordinaire :
    - 1) Braquages à Marseille:
           - " Jeunes; quartiers Nord; Kalachnikov; Balkans".
    - 2) Interview d'un Commissaire de Police :
                " Images de violence; prix des armes; mode d'emploi pour s'en procurer!"
    -3 Interview de Guéant :
                " les filières"
    -4) Déclaration de Fillon:
                " Soyons fermes! Sanction pénale à 12 ans!"
    - Enfin Sarkozy :
                " Non au droit de vote aux Immigrés!"
        .. La boucle est bouclée; tout celà à suivre pendant 20 minutes.
Ensuite, il y a eu un reportage sur cette cantine municipale des Charentes ( quelle est la couleur politique du Maire?) où on stigmatise les familles qui ne peuvent pas payer ( Salauds de Pauvres!); où l'on montre du doigt les enfants en leur attribuant un " ours" vert pour les " bons payeurs" et rouge ( évidemment) pour les mauvais payeurs.
Le temps n'est pas si loin où c'était une étoile..de toutes les couleurs.
Une précision: c'était le journal de Elise LUCET, sur France 2; service public.

...ON fait quoi?

 

André Bernard, candidat Front de Gauche aux législatives dans la première circonscription du Finistère.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 14:59

Extrait du blog de Jean-Luc Mélenchon- 23 novembre 2011 

 

"Je viens à présent sur l’accord entre le PS et les Verts.

 

Je suis de parti pris, je le reconnais. Je veux dire que je suis en phase avec ce que dit Cohn-Bendit. Attention, je ne parle pas de ce qui ferait de moi un agent de la droite et de l’extrême-droite si je le répétais à propos de l’autorité et de la ségolénisation du « prochain-président ». Il s’agit du référendum sur le nucléaire. C’était le cœur de ma proposition aux candidats de gauche dans un courrier récent. Aucune réponse socialiste. Et maintenant que Cohn-Bendit le demande ? Un petit garde-à-vous socialiste serait normal ! Je vais les aider à passer la pastille ! Avec un souvenir utile. Dans la mesure où, en toute modestie cela s’entend, le « prochain président », comme il s’est nommé à la une de « Libération », se compare à François Mitterrand, il serait peut-être utile de rappeler la proposition numéro 38 des 110 propositions du programme de 1981. Ce serait l’occasion de tenir parole 30 ans après. Lisez : "L'approvisionnement énergétique du pays sera diversifié. Le programme nucléaire sera limité aux centrales en cours de construction, en attendant que le pays, réellement informé, puisse se prononcer par référendum. Les crédits en faveur des énergies nouvelles ou des technologies nouvelles d'exploitation des énergies traditionnelles (charbon) seront très considérablement augmentés". Et pendant qu’on y est, on y ajoutera la proposition numéro 40 : "Une loi cadre garantira le contrôle des citoyens et des élus sur toutes les décisions, notamment les questions de sécurité touchant au nucléaire".

 

J’en viens à l'accord conclu entre Europe-Ecologie et le PS. Je note qu’il oblige Europe-Ecologie-Les-Verts à renoncer à plusieurs des "conditions incontournables" fixées lors de son congrès de juin dernier. Vous aviez dit « incontournables » ? Je m'abstiendrai ici de toute interprétation sur les intentions des protagonistes, pour m'en tenir à la comparaison des textes et des contenus. La résolution de ce congrès d'EELV fixait des conditions précises pour l'élaboration d'un "pacte d'alternative" avec leurs "partenaires de gauche". Cela concerne donc aussi le Front de Gauche. On a beaucoup entendu parler du nucléaire et je vais moi-même y revenir. Mais les conditions fixées par les Verts allaient bien au-delà. Ils appelaient notamment, parmi les "conditions incontournables", à l’avènement  d'une "6ème République parlementaire, incluant la généralisation des modes de scrutin proportionnels". Comment comprendre alors que le texte signé avec le PS s'en tienne à la proposition de François Hollande d'une "République nouvelle" et ne mentionne pas la 6ème République ? Hollande y est hostile, « Une réforme des institutions, oui. Un changement de République, non. » a-t-il déclaré dans « Direct Matin » en septembre dernier. Clair et net. Mais sur l’introduction de la proportionnelle dans cette réforme des institutions, c’est le grand flou. Certes, il en est question. On évoque une dose de proportionnelle, ce qui, on en conviendra, n’est pas la même chose. Mais, est-ce un effet de la gomme qui a déjà servi pour le chapitre MOX, le texte oublie malencontreusement de mentionner le pourcentage de députés qui seraient élus à la proportionnelle ! Ici les promesses ne peuvent même pas engager ceux qui y croient car on ne sait à quoi il faut croire…

 

Une autre "condition incontournable" fixée par les Verts était "l'abrogation de la réforme des retraites et la garantie d'un droit à la retraite à 60 ans avec un revenu décent". Or, conformément là aussi avec la position du PS, l'accord signé ne propose pas d'abroger la réforme des retraites mais de la "remettre à plat". Et l'accord limite le rétablissement du droit à la retraite à 60 ans "pour toutes celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt ou qui ont exercé des métiers pénibles". De fait, il n'y a donc plus de droit à la retraite à 60 ans pour tous dans cet accord. Je souligne au passage que sur ces deux sujets, retraites et institutions, c'est le Front de Gauche, et pas le PS, qui remplit dans son programme « L'Humain d'abord » les conditions « incontournables » fixées par les Verts pour signer un « accord de partenariat ». Nous sommes pour la "6ème République parlementaire". Nous proposons le "rétablissement de la proportionnelle à toutes les élections". Nous sommes pour l'abrogation de la réforme des retraites. Nous sommes pour le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour tous.

 

Vient la question du nucléaire. Voici, très précisément, ce que les Verts avaient fixé comme condition incontournable à ce sujet : "Une loi de sortie du nucléaire en 25 ans, incluant la fermeture de tous les réacteurs de plus de 30 ans ou en zone « dangereuse », en commençant par Fessenheim ; l'arrêt de l'EPR, l'abandon du projet ITER et l’arrêt de la filière plutonium à La Hague". De sortie du nucléaire, il n'en est plus question, comme on le sait. Le texte reprend la position de Hollande : "Nous réduirons la part du nucléaire dans la production électrique de 75% aujourd’hui à 50% en 2025 ». J'ai bien noté comme tout le monde que l'accord signé prévoit "la fermeture progressive de 24 réacteurs". C'est un utile rappel de ce qui est déjà prévisible aujourd'hui compte tenu de l'ancienneté des réacteurs installés. Les 24 réacteurs les plus anciens auront en effet entre 43 et 48 ans en 2025, alors qu'ils ont été conçus pour durer 30 ans. La fermeture progressive ? EDF travaille à augmenter leur durée de vie jusqu'à 40 ans mais provisionne aussi pour la suite leur démantèlement. C'est d'ailleurs parce que ces vieux réacteurs arrivent en fin de vie qu'EDF travaille sur des réacteurs de nouvelles générations. Voilà donc une promesse d’autant plus facile à tenir qu’elle est déjà au programme d’EDF.

 

L'accord EELV-PS me pose d'autres problèmes. Je veux parler de sa manière d'aborder l'état d'urgence économique et sociale et de la façon d’y répondre. C’est la grande question de la période. Sur la dette, n'est-il pas étonnant que le texte reprenne à son compte la proposition de François Hollande "d’un retour à l’équilibre en 2017" ? Les Verts ont-ils mesuré l'ampleur de la purge que cela représenterait en l’absence d’une taxation massive du capital que l’accord ne prévoit pas ?

Autre point crucial : J'ai bien noté dans ce texte l'absence de remise en cause de l'Europe du Traité de Lisbonne. Pourtant cela n’empêche pas le document de multiplier les propositions qui sont très contradictoires avec le dit Traité ! Les socialistes sont-ils d’accord pour la désobéissance aux injonctions européennes comme nous ? Comme "repenser le rôle et les missions de la Banque Centrale Européenne" qui sont fixées par le Traité ? A ce sujet, l'accord PS-EELV propose que la BCE puisse "racheter" des emprunts d'Etat. Racheter ou acheter ? Ce n’est pas du tout pareil. Car s’il s’agit de racheter, j’en déduis que l’option du prêt direct de la Banque Centrale Européenne aux Etats est donc écartée par ce texte ! Autre bizarrerie : L’audace d’un projet de taxation des transactions financières ! Cela sonne clair comme une bonne revendication de la gauche. A regarder de près. Mauvaise surprise. N'est-il pas étonnant aussi que le texte propose de fixer à "0,05 %" une "taxe sur les transactions financières" ? Les négociateurs de l'accord ne savent-ils pas que le président de la Commission européenne Barroso a déjà proposé une taxe de 0,1% ? Ainsi l'accord PS-Verts propose de taxer deux fois moins les flux de capitaux que Barroso. Sans commentaire.

 

Il y a un autre sujet sur lequel l'accord fait moins que ce qui se fait déjà aujourd'hui. C'est l'école. L'accord signé par le PS et Europe-Ecologie dit que "L’acquisition d’un socle commun de savoirs et de compétences (lire, écrire, compter, cliquer) doit redevenir la vocation première de l’Education Nationale." Or l'article 9 de la loi Fillon de 2005, actuellement en vigueur, ne va-t-il pas déjà plus loin ? Le voici : "La scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences. Ce socle comprend : – la maîtrise de la langue française ; – la maîtrise des principaux éléments de mathématiques ; – une culture humaniste et scientifique permettant le libre exercice de la citoyenneté ;- la pratique d’au moins une langue vivante étrangère;- la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication." Mais bien sûr, « lire, écrire, compter » et surtout « cliquer », c’est tellement plus… simple à comprendre quand on n’a appris qu’à «  lire, écrire, compter » et surtout « cliquer ».

 

Quant aux autres services publics, pourtant décisifs pour la réorientation écologique des transports et de l'énergie, l'accord ne prend pas position pour ou contre leur libéralisation et leur mise en concurrence. Il propose une "évaluation objective de l’ouverture à la concurrence".

A notre avis cette évaluation est déjà faite par les luttes qui se déroulent partout. Je rappelle que pour notre part au Front de Gauche, nous proposons de "protéger les services publics de la libéralisation et de la mise en concurrence". Et de "stopper toutes les libéralisations entreprises notamment dans les secteurs du rail, du courrier et de l'énergie."

 

L’accord PS–Verts n’est guère avancé sur un point pourtant lourd de conséquences. C'est l’indécision discrète qui prédomine en ce qui concerne l'OTAN. Ce n’est pas un petit sujet, non ? L'accord propose d'"évaluer les effets concrets de la réintégration de la France dans l'Otan". Ah ! Vous n’êtes pas au courant déjà ? Vous n’avez pas de parlementaires aux commissions de défense des deux assemblées ? Et quand bien même ! Vous n’avez pas d’avis politique sur la question ? Non. Ils vont « évaluer ». Ce qui montre que le lobby atlantiste est plus discret mais plus efficace que celui du nucléaire pour aider à écrire les textes… Le Front de Gauche qui ne subit pas cette influence propose tout simplement que la France se retire de l’Otan.

 

Pour ne pas rester sur une note déprimante, je viens sur une dimension de projet lié au thème. La transition énergétique est une idée radicale. Est-elle concrète ? Je veux ici relancer le débat général sur ce point. D’après moi, il n’est pas bon de se limiter à la question du nombre d’emplois en jeu selon les scénarios pro ou anti-nucléaire. Bien sûr que cela compte. Bien sûr que c’est décisif pour convaincre dans les deux cas. Mais ce n’est pas intellectuellement satisfaisant. Ce n’est pas le nombre d’emplois qui rend supportable un risque aussi majeur ou bien une décision aussi radicale. Sait-on faire autrement est une vraie question. Incontournable. Nous ne partons pas de rien dans ce domaine, faut-il le rappeler. L’association Négawatt met a notre disposition un formidable matériel de travail. Elle a présenté son nouveau scénario fin septembre de cette année. Cette association a été créée en 2001 comme un groupe d'expertises et de propositions sur la politique énergétique de la France. Ses travaux sont reconnus pour leur sérieux. Ils nourrissent nos réflexions de citoyens sans chercher à nous embrigader. Ses travaux comblent opportunément les faiblesses de la recherche privée mais aussi publique sur les économies d'énergie et les renouvelables

 

Négawatt reprend le triptyque "sobriété, efficacité énergétique, énergies renouvelables". Selon l'association, il est possible de sortir du nucléaire en 2033 et de couvrir 91% des besoins par les énergies renouvelables en 2050 sans remettre en cause l'essentiel du confort de nos sociétés modernes. Car le scénario 2011 a été construit à partir des usages et des besoins et non des ressources. C'est une grande différence avec les précédents scénarios. Cette différence permet de faire tomber la caricature facile de ceux qui accusent les partisans de la sortie du nucléaire de vouloir revenir à la bougie. Surtout, cela permet de situer les discussions et les critiques sur un terrain rationnel avec une exigence d’argumentation dans un domaine ou le péremptoire est trop souvent roi.

 

Le scénario présenté par Négawatt propose de donner à la France une contribution à la lutte contre le changement climatique à la hauteur de son impact dans la production de gaz à effets de serre. Le scénario de Négawatt reviendrait à diviser les émissions françaises de CO2 par deux en 2030 et par 16 en 2050, par rapport à 2010. Dès lors, les émissions de CO2 cumulées sur la période 2011-­2050 seraient cohérentes avec les objectifs pour limiter la hausse moyenne de température de 2°C en 2100. L'association propose d'accorder une priorité absolue aux économies d'énergie. Car dans cette optique, l'énergie la moins chère et la moins polluante est celle qu'on ne consomme pas. Cette idée peut paraître banale. On peut penser qu’il s’agit d’un simple a côté de la bataille centrale pour de nouvelles sources d’énergie. Il n’en est rien. C’est un défi global qui inclut une révision en profondeur de l’existant.

 

Le scénario 2011 estime qu'on peut réduire les besoins en énergie primaire des deux tiers d'ici à 2050 par rapport à aujourd'hui. Pour cela, il faut une politique très volontariste de sobriété et d'efficacité énergétique. Là est un gisement de responsabilité pour l’implication citoyenne. Rien que dans le bâtiment, Négawatt identifie une économie possible de 600 térawatt/heure, soit une fois et demie la production nucléaire actuelle. L'association parle d'une hausse progressive du nombre de logements mis en chantier de sobriété énergétique chaque année pour atteindre un million par an à partir de 2022. Mais pour isoler des logements de manière aussi massive, il faut des artisans et des salariés formés. Il faut donc des formateurs. Et il faut aussi des matériaux. Il faut les produire, les acheminer et ainsi de suite. Tout cela doit donc s'organiser dans le temps et dans l'espace. C'est un bon exemple concret de ce que devra être la planification écologique.

 

Ce qui me plait aussi dans ce document, c’est le grand angle de son approche. L'association prend en compte l'impact sur l'usage des sols et l'agriculture d'une relocalisation des productions et d'un recours importants à la biomasse. Il prévoit aussi une "anticipation de la fin des "fossiles faciles" à l’approche des pics de production". Il s'agit de limiter le choc que constituera l'épuisement des ressources de pétrole notamment et de l'explosion du prix qui la précédera. C'est aussi une question d'indépendance nationale. Pour cela, le scénario propose une utilisation de ces "fossiles faciles" progressivement limitées à certains secteurs, comme la pétrochimie ou la fabrication de matières premières industrielles, ou à quelques usages spécifiques comme l'aviation.

A partir du moment où, comme le prévoit ce scénario, on a réduit nos besoins en énergie des deux tiers, une bonne partie du chemin est fait. Le scénario Négawatt estime qu'avec un recours prioritaire aux énergies renouvelables, celles-ci pourraient représenter 91% de l'énergie utilisée en 2050. C’est essentiel ! Car le programme du Front de Gauche fait de la sortie des énergies carbonées l’objectif commun fondamental de la politique de transition énergétique. Négawatt démontre que c'est possible en expliquant qu'il est possible d'obtenir "un système énergétique français presque totalement décarboné malgré un arrêt maîtrisé et cohérent de toute production d’électricité nucléaire en 2033. Plus de nucléaire en 22 ans, presque plus de CO2 en 40 ans. Il y a de quoi s’enthousiasmer. A chacun de se construire un avis motivé sur la faisabilité d’un projet qui permet de discuter sur un terrain concret.

 

Bien sûr, tout n'est pas parfait dans ce travail, je m’en doute. Comment pourrait-il en être autrement ? Tout ne m’a pas convaincu, vous le devinez. Ce document doit être discuté. Par exemple, Négawatt estimait auparavant à 684 000 créations nettes d'emplois à l'horizon 2020 les conséquences de son précédent scénario. Cette estimation est pour l'heure absente des travaux du nouveau scénario. Il en va donc de même pour la question, décisive, de la formation et de la qualification des métiers nécessaires. Voila un beau sujet de discussion qui devra évidemment associer les syndicats et les salariés. Et puis, les organisations politiques et leurs élus doivent aussi assumer leur rôle dans l'élaboration des politiques publiques.

Par contre, on peut aussi s'inquiéter du "bonus-malus" sur les équipements et de la contribution sur l'énergie proposée par l'association : qui paye ? comment font ceux qui n'ont pas les moyens de remplacer leurs appareils électroménagers par d'autres plus performants ? Et puis, sur certains sujets, il faudrait sûrement être plus volontariste que ne l'est l'association. C'est le cas du ferroutage où Négawatt ne parle que d'incitation au transfert modal alors qu'il faudra certainement en passer par la loi. Et bien sûr, il faudra aussi revenir au wagon isolé et subventionner le fret ferroviaire. Donc désobéir aux directives européennes. De cela, l'association ne parle pas.

Et la maîtrise publique de la production d'énergie et notamment d'énergie nucléaire dans la période de transition ? A mon avis, le scénario ne l'évoque pas assez clairement. C'est pourtant un élément absolument nécessaire que l’on veuille engager la sortie du nucléaire ou assurer dès maintenant au maximum la sécurité des centrales existantes. Un dernier point. Négawatt propose de grands parcs éoliens et photovoltaïques alors que nous plaidons plutôt pour une relocalisation de la production d'électricité au plus près des lieux de consommation.

Pour autant, à la lecture du document, l'impression qui ressort est claire. Puisque c'est techniquement faisable, tout est affaire de volonté politique. Et donc de mobilisation citoyenne pour imposer cet intérêt général. Pour que les citoyens se mobilisent, il faut qu'ils soient informés, qu'ils puissent débattre et décider. Le scénario Négawatt a aussi un mérite essentiel à mes yeux. Il insiste sur l'importance de l'anticipation et de l'organisation de cette transition. L'association propose "une grande loi d'orientation" conçue entre l'Etat, le Parlement, les syndicats et le patronat, les collectivités locales et des associations. Au Front de Gauche, nous retenons une méthode proche, et nous lui donnons un nom : la "planification écologique". Avantage de notre méthode, elle est ne limite pas l’action à un seul épisode. La révolution culturelle et industrielle qui est a la clef devient une révolution permanente où la planification a un contenu démocratique et participatif constant.

 

 

Jean-Luc Mélenchon

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 12:50

 

 

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