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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 05:07
Calais: la France et l'UE doivent respecter le droit de ceux qui fuient la guerre et la misère (PCF)

Calais : la France et l'UE doivent respecter le droit de ceux qui fuient la guerre et la misère

Le PCF exprime ses plus vives préoccupations devant la dégradation de la situation à Calais. Le nombre de migrants ne cesse d'augmenter s'élevant aujourd'hui à près de 10 000 selon les associations, dont près de 900 mineurs.

Leurs conditions de vie se sont encore détériorées malgré les efforts remarquables des associations, après les fermetures de la zone sud du camp, sans que des solutions d'hébergement suffisantes soient offertes.

Cette situation fait craindre des tensions au sein des communautés.

Elle n'est pas sans conséquence sur l'activité économique créant un sentiment d'inquiétude légitime chez les salariés du port, toutes professions confondues, et une partie de la population.

Il ne sert à rien que les deux ministres de l'Intérieur anglais et français déplorent, dans un communiqué commun, « la situation humanitaire à Calais qui les affecte profondément » tout en maintenant une politique qui est à l'origine de cette situation inacceptable et ubuesque. Cela vaut à notre pays une condamnation générale des instances internationales de défense des droits de l'homme, des réfugiés et des grandes ONG.

Il faut rappeler que la grande majorité de ces hommes et femmes veulent passer en Angleterre. Mais les accords du Touquet les en empêchent. Ces accords signés en 2003 par les deux pays, dont Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, au nom de la France, font que la frontière anglaise s'est déplacée sur le territoire français et c'est à notre gouvernement, contre compensation financière, d'assurer le refoulement des personnes voulant traverser la Manche.

Il s'agit donc de renégocier ces accords et le gouvernement français ne peut continuer à tergiverser constamment sur cette question et doit s'en expliquer devant les députés, le parlement anglais venant d'en débattre.

Dans l'immédiat, les autorités anglaises doivent respecter les conventions internationales qu'elles ont signées, accueillir les mineurs qui ont de la famille sur son territoire et donner la possibilité aux migrants de déposer des demandes d'asile comme réfugiés politiques.

Enfin devrait s'engager un processus de répartition des migrants dans des centres humanitaires pris en charge par l’État, respectant les normes du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Le PCF, ses élus, tiennent à renouveler leur soutien à ces hommes et à ces femmes victimes d'un monde où la violence, les guerres, la misère les poussent à quitter leur pays pour trouver paix et sécurité. Ce droit leur est reconnu au plan international et les politiques de l'UE, des États membres dont le nôtre, se doivent de le respecter. Cette France de la fraternité et de la solidarité, des millions de Français la partagent. C'est pour elle que nous agissons et que nous appelons à nous rassembler.

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 04:44
Affaire Dassault: la faillite de la justice financière

1 SEPTEMBRE 2016 | PAR YANN PHILIPPIN

Au lieu de la peine d’inéligibilité attendue, le TGI de Paris a ordonné un supplément d’information dans l’affaire des caisses noires de Serge Dassault. L’avionneur et sénateur, qui avait séché son procès, en est aujourd’hui récompensé. Un nouvel exemple de l’incapacité de la justice à condamner les puissants dans les dossiers financiers.

Pendant l’audience correctionnelle au sujet de ses caisses noires, en juin, Serge Dassault avait affiché son profond mépris de la justice, préférant parader à une cérémonie militaire plutôt que d’assister à son propre procès (lire ici). Le milliardaire, avionneur et sénateur LR aurait tort de se priver, puisque la justice n’est pas rancunière. Au lieu de rendre son jugement, le tribunal de Paris a préféré ordonner, ce jeudi, un supplément d’information. Il y aura donc une nouvelle enquête menée par le président de la chambre correctionnelle, puis un second procès en 2017.

C’est une véritable aubaine pour le sénateur Serge Dassault, qui risquait l’inéligibilité. Il était poursuivi par le parquet national financier (PNF) pour « blanchiment de fraude fiscale » et « omission de déclaration de patrimoine par un parlementaire », délits respectivement punis de cinq et trois ans de prison. L’affaire porte sur ses cagnottes offshore dissimulées en Suisse, au Luxembourg et au Liechtenstein. L’ancien maire de Corbeil-Essonnes, par ailleurs mis en examen pour « achat de votes », y a puisé au moins 70 millions d’euros, en particulier pendant les élections municipales.

Estimant qu’à 91 ans Dassault était trop vieux pour aller en prison, le PNF avait pourtant été relativement clément dans ses réquisitions : deux ans avec sursis, 9 millions d’euros d’amende et surtout cinq ans d’inéligibilité. « Ça n’a pas de sens social que Serge Dassault puisse rester dans son siège de sénateur et siéger à la commission des finances. Où est la décence commune quand le représentant du peuple se moque à ce point du représenté ? », avait lâché l’un des procureurs, Patrice Amar. « Pour Serge Dassault, il y a sa loi et il y a la loi des autres. […] Il vous appartient de dire que le droit s’applique aussi, ne lui en déplaise, à Serge Dassault », avait ajouté sa collègue Ulrika Delaunay-Weiss.

Ils n’ont pas été entendus. L’amende requise étant dérisoire vu sa fortune de 13 milliards d’euros, seule la peine d’inéligibilité était redoutée par Dassault. Très attaché à son siège, il voulait éviter à tout prix le déshonneur d’être viré du Sénat. Il a gagné, au moins provisoirement. Au train où va la justice française, le respectable parlementaire pourra continuer à parader au palais du Luxembourg pendant au moins dix-huit mois. De quoi alimenter un peu plus le soupçon que la justice épargne les puissants, et nourrir le vote Front national.

L’affaire semblait pourtant pliée. Lorsque ses caisses noires ont été découvertes par les juges qui enquêtent sur la corruption électorale à Corbeil, Serge Dassault a été contraint de régulariser sa situation auprès du fisc (avec 19 millions d’amende à la clé) et de la haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), chargée de contrôler le patrimoine des parlementaires. Ces procédures ont démontré que « Serge Dassault a bien assumé au final être le propriétaire de ces comptes dissimulés et non déclarés », a confirmé hier le président du tribunal.

Pourtant, il a jugé que, vu les « explications parcellaires et contradictoires, y compris dans les propres écrits signés par Serge Dassault » lors de la régularisation de ses avoirs, le tribunal n’en savait pas suffisamment « sur le rôle exact du prévenu » dans la création des sociétés offshore et la gestion des fonds. À ce stade, on frise l’absurde, puisque le prévenu a refusé à deux reprises d’être auditionné pendant l’enquête, puis de venir à l’audience. En clair, Dassault est de facto récompensé pour son obstruction. On n’ose imaginer ce qui arriverait à un voleur de poules ou à un petit dealer de cannabis qui adopterait la même stratégie...

Comment expliquer cette décision ? Plusieurs experts y voient l’incapacité des juges du siège, pourtant statutairement indépendant, à sanctionner les délits politico-économiques, surtout lorsqu’ils impliquent des personnalités. « C’est un vrai problème culturel », lâche un enquêteur spécialisé, écœuré par le report du verdict Dassault. On l’a vu par le passé avec la relaxe de l’ex-ministre UMP Éric Woerth dans l’affaire Bettencourt (lireici), ou encore celle de l’ancien conseiller élyséen de Sarkozy François Pérol pour son passage à la hussarde à la tête du groupe bancaire BPCE (lire ici). Idem dans les affaires de fraude fiscale, où les condamnations à de la prison ferme sont rarissimes.

Le cas Dassault illustre aussi les failles de la procédure pénale à la française, où les prévenus capables de se payer de bons avocats peuvent multiplier les recours et ralentir les procédures pendant des années. D’ailleurs, l’information judiciaire sur les achats de voix présumés par Serge Dassault, en cours depuis six ans, n’est toujours pas terminée…

C’est justement pour tenter d’obtenir une condamnation rapide que le parquet national financier (PNF) a décidé, pour l’affaire des caisses noires, d’ouvrir au printemps 2015 une simple enquête préliminaire. Puisque Dassault a reconnu les faits, le PNF a estimé, pour éviter la lenteur des procédures internationales, qu’il n’était pas necessaire d’entendre les deux citoyens suisses qui géraient les avoirs secrets de Dassault : le comptable Gérard Limat et l’avocat Luc Argand. Le tribunal a sèchement désavoué ce choix, estimant que ces deux auditions étaient indispensables.

Serge Dassault a enfin bénéficié d’un coup de pouce… du Luxembourg. En effet, de nombreuses informations sur ses caisses noires, dont l’audition du comptable Limat et la manière dont il livrait du cash dans le bureau de Dassault, figurent dans la procédure pour corruption électorale. Mais ces pièces sont issues d’une demande d’entraide pénale avec le Luxembourg, et les traités de coopération avec le Grand-Duché rendent très difficile la transmission de ces pièces dans une autre affaire. Le PNF a donc préféré y renoncer. D’autant plus que les avocats de Dassault auraient pu en profiter pour réclamer la nullité de la procédure…

Lors de l’audience, ses conseils, Jacqueline Laffont et Pierre Haïk, ont joué sur du velours : ils ont dénoncé le fait que le dossier était « vide », et ont même osé se plaindre de ce que Dassault n’a pas été auditionné, alors même que c’est lui qui a refusé de parler. Et de demander un supplément d’information, finalement obtenu ce jeudi. « C’est une très bonne décision parce que ce dossier n’était effectivement pas en état d’être jugé », a jubilé Me Laffont. Dans cette affaire accablante pour lui sur le fond, Serge Dassault voulait avant tout gagner du temps. Il a réussi.

Le dossier du PNF était-il réellement trop léger ? Il est difficile de le savoir. Il n'empêche, même si le tribunal en est convaincu, sa décision ressemble à un message symboliquement désastreux adressé aux délinquants financiers : ne parlez pas, multipliez les recours, ne venez pas à votre procès, et vous en serez récompensés. Le président de cette chambre correctionnelle, Olivier Géron, s'était par ailleurs récemment illustré en annulant l'ensemble de la procédure pour abus de biens sociaux et blanchiment visant le conseiller élyséen de François Hollande, Faouzi Lamdaoui.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 08:04

GÉRALD ROSSI

L'HUMANITE

Mercredi 31 août 2016

FLORILÈGE

Pendant ses deux ans au gouvernement, le ministre de l'Économie s'est fait remarquer par de multiples déclarations devant la presse ou les patrons, d'inspiration très libérale.

Idée fixe. À l'heure de sa nomination au gouvernement, en août 2014, Emmanuel Macron laissait immédiatement deviner le fil conducteur de ce que serait sa ligne politique au ministère de l'Économie : « Nous pourrions autoriser les entreprises à déroger aux règles du temps de travail et de rémunération. » Depuis, le banquier d'affaires installé à Bercy par la volonté de François Hollande, après avoir assuré la direction du pôle « économie et finances » au secrétariat général de l'Élysée, n'a cessé de multiplier les petites phrases, souvent choquantes, toujours libérales, qui alimentent les réseaux sociaux sur la Toile.

Tout le monde a noté une de ses dernières sorties médiatiques, le 19 août dernier au Puy-du-Fou, le parc de loisirs vendéen, quand, devant le très réactionnaire Philippe de Villiers, il a avoué : « L'honnêteté m'oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste. » Ce qui n'avait en vérité rien d'un scoop. D'ailleurs, le même désormais ex-ministre ne disait-il pas un mois plus tôt « Vous savez, c'est très dur de savoir ce qui nous fait de gauche ou de droite » ? En juillet 2015, il croyait aussi déceler « un absent dans la politique française, la figure du roi, dont (il) pens(ait) fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort ».

Pour le reste, le ministre a été conforme à ce qu'on pouvait redouter de la part de l'un des rédacteurs du rapport de la commission Attali commandé par Sarkozy en 2008 : pour lui, le statut de la fonction publique « n'est plus adéquat ». La France n'a « pas su développer un environnement fiscal favorable aux entrepreneurs; il existe une préférence pour les hausses de salaires et le versement des dividendes plutôt que pour l'emploi et les investissements ». L'année dernière, à l'université d'été du Medef (où il était invité à nouveau en tant que ministre aujourd'hui), ce sont encore les 35 heures qu'il avait dans le viseur en indiquant devant la mine réjouie des grands patrons que « la France a cru qu'elle irait mieux en travaillant moins, c'était une fausse idée ».

Le mépris très présent dans ses discours

Aux jeunes Français, il conseille d'avoir « envie de devenir milliardaires », expliquait-il quelques mois plus tard aux Échos. Mais il serait injuste de penser pour autant que l'ancien énarque n'a jamais pensé aux petites gens. « Avec la relance des autocars, les pauvres voyageront plus facilement », a-t-il développé, pour justifier l'émergence d'un droit au transport à deux vitesses littéralement. Le mépris était encore présent dans le discours lors d'une visite dans un abattoir de volailles à Lampaul-Guimiliau (Finistère) quand il notait « qu'il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées ». Même morgue à Lunel (Hérault) face à un ouvrier qui l'apostrophait : « Vous n'allez pas me faire peur avec votre tee-shirt, lui répondait-il. La meilleure façon de se payer un costume, c'est de travailler. » Comme le font sans doute les entrepreneurs « pour qui la vie est beaucoup plus dure que celle d'un salarié », ajoutait-il en janvier cette année... De toute façon, « vu la situation économique, ne plus payer plus les heures supplémentaires, c'est une nécessité », précisait-il aussi. En décembre déjà, il estimait « pas réaliste d'imposer un doublement de la rémunération pour les salariés travaillant le dimanche ».

Autre sortie remarquée, quand il note que le FN « est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française d'extrême droite ». En mai dernier, devant un parterre d'investisseurs, Emmanuel Macron faisait un autre aveu : « Si j'étais en désaccord avec ce que fait le gouvernement, j'aurais moi-même pris mes responsabilités. Ce n'est pas le cas. » Que s'est-il passé depuis ?

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 07:55

MARIE-NOËLLE BERTRAND

Cet article est paru dans l'Humanité du 30 août dernier.

Depuis un "accord" a été trouvé, accord contesté et contestable. La teneur de cet article reste tout à fait valable.

LA 13e FORTUNE DE FRANCE S'ENGRAISSE EN ÉTANT LA PLUS IMPITOYABLE ET RADINE DU SECTEUR. Lactalis, le géant qui veut mettre les éleveurs à sa botte
5 MILLIARDS DE LITRES,C'EST LE VOLUME DE LAIT QUE COLLECTE CHAQUE ANNÉE LACTALIS CHEZ LES ÉLEVEURS FRANÇAIS.

Comment le 1er groupe laitier mondial parvient-il à imposer les prix les plus bas du marché à des éleveurs qui parlent, aujourd'hui, de véritable asservissement ? La réponse est à chercher dans un système à la mesure des pratiques sans scrupule du groupe.

C'est une simple lettre, quelques lignes tapées sans fioritures sur un papier A4, datée de vendredi. En haut à gauche figure le logo du groupe Lactalis, en bas à droite, la qualité de l'expéditeur (« La direction approvisionnement lait »). Pas de nom, de numéro de téléphone, ou autre contact de référence. Le courrier n'amorce pas à un quelconque dialogue : il explique, juste, ce qu'il en coûte de résister au premier groupe laitier mondial. « Chers producteurs », précise-t-il en préalable. « Notre site de Laval fait l'objet d'un blocus initié par les organisations syndicales FNSEA et Jeunes Agriculteurs (...) depuis le 22 août.

Ce blocus total, empêchant tout accès au site, a entraîné l'arrêt des activités de l'usine et de la plateforme logistique. (...) Sa paralysie a des conséquences périphériques directes sur le fonctionnement des usines du Grand Ouest et de Normandie qui l'approvisionnent (...). Aussi, nous sommes contraints de suspendre de manière temporaire la collecte du lait. » Formulé autrement, Lactalis prévient : dans le cas où ce blocage ¬ ou tout autre du même type ¬ doit se poursuivre, l'industriel n'achètera plus leur lait aux éleveurs. Autant dire, dans un langage plus direct, que, jusqu'à nouvel ordre de sa part, ceux-ci ne seront plus payés.

La faute à « un syndicalisme aveugle et irresponsable », conclut la missive, écrite, donc, le jour même où les négociations entre la FNSEA, le syndicat Jeunes Agriculteurs et les représentants de Lactalis tournaient court.

Les producteurs laitiers, en mouvement depuis une semaine, demandaient à ce que le groupe accepte de payer leur lait au moins 300 euros la tonne (30 centimes le litre) ¬ soit ce qu'il leur coûte à produire. Lactalis qui, depuis juillet dernier, ne la leur payait plus que 256,90 euros, leur a concédé une hausse de 15 euros (0,015 centime au litre), soit un prix de 271,90 euros la tonne (lire l'Humanité d'hier). Les éleveurs ont refusé l'offense, s'engageant, à compter d'hier soir, dans une bataille au long cours (lire ci-après). Lactalis a anticipé le mouvement, menaçant à la ronde de ne plus payer leur travail.

« Cette suspension de la collecte n'a rien à voir avec nos actions, estime Yohann Barbe, responsable national du dossier lait pour les Jeunes Agriculteurs (JA). À Laval, nous avons bloqué les bureaux, en aucun cas le cycle de production. » La manoeuvre relève ni plus ni moins d'un coup de pression, estime-t-il, comme l'industriel a coutume d'en faire chaque fois que des producteurs tentent de lui rentrer dans le lard. Un classique, qui n'en révèle pas moins le pouvoir dont bénéficie le groupe, en mesure d'imposer depuis trois ans des prix en dessous de toute raison aux éleveurs, lesquels, aujourd'hui, parlent d'asservissement.

Comment Lactalis est-il parvenu à les mettre sous sa dépendance ? La réponse est tout autant à chercher dans les avantages que le groupe tire de la fructification pécuniaire de ses ferments lactiques que dans un système sculpté à sa mesure.

L'asservissement par la contractualisation

Yohann Barbe fait remonter le premier coup de ciseau à 2009. « C'est l'époque du démantèlement de nos indicateurs de prix, jugés anticoncurrentiels sous le gouvernement Sarkozy. » Le prix du lait, jusqu'alors évalué chaque mois en fonction des coûts de production, devient désormais invisible, y compris à court terme. Mieux : l'ensemble des entreprises d'un même bassin ne sont plus tenues de l'appliquer. Votée en 2010, la loi de modernisation de l'économie (LME) finira de valider le processus.

Cette même année, un autre coup de burin sera asséné à la politique laitière en France : dans la perspective de la fin des quotas européens, Bruno Le Maire, alors ministre de l'agriculture, promeut des dispositifs de contractualisation entre les éleveurs laitiers et leurs entreprises de transformation. Logiquement, cela doit permettre de clarifier les échanges commerciaux, de réguler les volumes de production, et ainsi de garantir une stabilité des revenus pour les éleveurs. Bref, de les protéger. Le résultat sera loin du compte: si les contrats spécifient bien les quantités de lait achetées aux producteurs, ils n'indiquent en rien le prix auquel les entreprises de la transformation devront le leur payer.

Celles-ci ont désormais tous les droits en la matière. Lactalis, en sus, s'en arroge un autre, imposant une clause interdisant à « ses » éleveurs de venir manifester devant ses usines. « En substance, il est spécifié qu'ils ne doivent pas faire entrave à ses activités, ni communiquer négativement sur son image, à moins de s'exprimer sous bannière syndicale », souligne Yohann Barbe. De fait, l'histoire montre que le groupe n'aime pas cela. Ainsi, en 2011, avait-il porté plainte contre des cadres de la Confédération paysanne à la suite du blocage d'une de ses usines dans la Loire, mené pendant la grande grève du lait de 2009. Et pas plus tard que vendredi dernier, il engageait une action en justice, obtenant du tribunal de Laval la condamnation de la FNSEA à verser une amende de 5 000 euros par heure de blocage dans le cas où celui-ci se poursuivrait.

« Nous n'avons plus rien pour nous défendre », relève cette éleveuse d'Ille-etVilaine, militante de la Confédération paysanne et qui, comme beaucoup, préfère rester anonyme. « Je ne suis installée que depuis quelques années. Je ne peux pas prendre le risque de ne plus être collectée », explique-t-elle. Pas plus qu'elle n'a pu prendre de celui de refuser de signer un contrat contre lequel, pourtant, ils étaient nombreux à protester. « Nous avons tous signé à cause de cette peur », insiste-t-elle. Certes, d'autres entreprises laitières existent, qui payent mieux que Lactalis ¬ Laïta achète à 290 euros la tonne, la laiterie Saint-Père, filiale d'Intermarché, paye 300 euros. « Mais on ne sait rien des ententes qu'elles auraient pu faire avec Lactalis, on ne veut pas prendre le risque. »

«Nous n'avons plus rien pour nous défendre.» UNE ÉLEVEUSE D'ILLE-ET-VILAINE

Car le géant est puissant, ce n'est pas un pléonasme. L'absence de transparence sur les bénéfices que ses dirigeants en retirent est certes totale. Mais les signes sont là. Présente sur tout le territoire, et plus encore dans le grand ouest, le nord et l'est, l'entreprise d'Emmanuel Besnier, richissime fils de... (lire ci-après), assure près de 25 % de la collecte française, et plus d'un producteur sur cinq travaille pour elle. Elle s'était juré de posséder tous les AOC de France et n'est pas loin d'y être parvenu, détenant entre autres le très valorisé Roquefort. Chaque crise, au reste, lui profite, quand elle s'en saisit pour racheter un autre groupe ¬ comme l'italien Parmala en 2009.

74 % du chiffre d'affaires réalisés à l'étranger

Car la France n'est pas son seul atout. Désormais présent dans 56 pays, le 1er groupe laitier mondial est aussi le 2e groupe fromager européen et le 15e groupe agroalimentaire mondial. En 2013, son chiffre d'affaires s'élevait à 16 milliards d'euros... dont près de 74 % réalisés hors de la France. De fait, celle-ci est de moins en moins son souci. « Lactalis tend de plus en plus à collecter son lait en dehors du pays, relève Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. C'est une pression supplémentaire pour les producteurs français à qui il dit, comme le font d'autres patrons : si vous n'êtes pas content, j'en ai d'autres pour prendre votre place... » Une pression qu'il exerce tout autant dans les pays voisins. En février 2015, rappelle dans les colonnes de Mediapart Karl Laske, journaliste d'investigation et coauteur d'une vaste enquête sur les Cartels du lait, Lactalis a été condamné par l'autorité espagnole de la concurrence à une amende de 11,6 millions d'euros, mis en cause dans une entente avec d'autres industriels laitiers pour imposer leurs prix aux producteurs espagnols.

En France, c'est du côté des producteurs que la riposte s'organise. Celle menée par la FNSEA et JA n'est pas le premier coup du genre. En février dernier, la Confédération paysanne menait une opération coup de poing à Rodez, en Aveyron. Et en janvier 2015, 500 producteurs de l'organisation de producteurs (OP) NormandieCentre se rebiffaient eux aussi, décidant de traîner le groupe en justice au regard des prix du lait pratiqués entre 2012 et 2013, lequel, estimaient-ils, leur avait fait perdre en moyenne 8 000 euros par ferme. Reste que pour l'heure, ils ne font pas le poids. Créées en 2010, encore une fois par Bruno Le Maire, « les OP sont des genres d'organisations maison, rattachées chacune à une industrie laitière et soumises à sa pression », rappelle encore Laurent Pinatel. Chez Lactalis, la cotisation que leur versent les éleveurs est directement prélevée sur la paye que leur verse l'entreprise. « Ce qu'il nous faut, ce sont des organisations par bassin, réunissant beaucoup de producteurs comptant ensemble pour beaucoup de volume. » Certaines tentent de s'organiser, telle que France Milk Bord (FMB), rejeton de l'EMB, son homologue européenne, qui rassemble aujourd'hui plusieurs centaines d'éleveurs dans le grand ouest, en Normandie et dans le sud. À leur tour, elles travaillent à mettre la pression sur les industriels afin de pouvoir leur dire, cette fois : si vous nous payez mal, on ne vous livre plus.

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UN GRENELLE DU PRIX DU LAIT
Face au désarroi du monde agricole, le PCF demande la tenue d'un Grenelle sur les prix. Celui-ci viserait, pour la production laitière, à instaurer des négociations interprofessionnelles pérennes, à se doter d'outils de gestion des volumes en faveur des jeunes et des plus modestes...
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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 08:16
TAFTA. Francis Wurtz. « Sans les mobilisations en France, l'accord serait en train de se réaliser »

Propos recueillis par Julia Hamloui

Mardi, 30 Août, 2016

Humanite.fr

Pour le député honoraire du Parlement européen, Francis Wurtz, « la mobilisation à très court terme » reste de mise « car si l'horizon du TAFTA s'éloigne un peu, l'échéance du traité CETA entre Union européenne et le Canada, elle, approche ».

Peut-on mettre à l'actif du mouvement européen et français contre le TAFTA la décision du gouvernement de demander l'arrêt des négociations ?

Francis Wurtz. Ce qu'on peut mettre à l'actif du mouvement contre le TAFTA, c'est l'enlisement des négociations qu'on constate depuis des mois. Sans les mobilisations en France, en Allemagne et ailleurs, sans la prise de conscience de la gravité des enjeux d'un tel traité qui en a résulté, l'accord serait en train de se réaliser. Si les négociations ont butté , par exemple, sur les "tribunaux arbitraux privés" pour traiter des conflits entre les multinationales et les Etats, c'était exclusivement dû au fait que cela ne "passait pas" auprès de millions de citoyens dûment informés de ce que cela signifiait concrètement. Pour autant, l'annonce -extrêmement ambiguë- du gouvernement et du Président de la République concernant l'arrêt des négociations relève plus d'une opération de "com" que d'une décision politique de fond. Elle est à replacer dans le contexte pré-électoral , au même titre que les rodomontades de circonstance de Manuel Valls contre la Commission européenne à propos de la directive sur le "Détachement des travailleurs" ou le Pacte de stabilité. Il ne s'agit surtout pas de prendre cela pour argent comptant ni de considérer la bataille comme terminée ! Je rappelle que , encore le 30 juin dernier, au Conseil européen des Chefs d'Etat et de gouvernement , où la question était posée, François Hollande avait renouvelé le mandat de négociation de la Commission sur le TAFTA ! Entre temps, il a encore baissé dans les sondages... Et puis, il y a eu la "sortie" du vice-Chancelier allemand, le social-démocrate Sigmar Gabriel, avant-hier, lundi , estimant que "les négociations avec les Etats-Unis ont de facto échoué". Lui aussi, en glissant ce caillou dans le soulier d'Angela Merkel, prépare les élections de 2017. François Hollande pouvait difficilement être en reste. Mais il a laissé toutes les portes ouvertes : "Les discussions ne pourront pas aboutir à un accord d'ici la fin de l'année" a-t-il déclaré. La belle affaire ! C'est du "Hollande" tout craché.

Mattias Fekl, le Secrétaire d'Etat au commerce extérieur, a d'ailleurs estimé qu'il faudra "reprendre plus tard sur de bonnes bases" ces négociations , et d'autres traités sont également à l'ordre du jour. La vigilance reste de mise ?

Francis Wurtz. Cent fois oui ! La vigilance et même la mobilisation à très court terme ! Car si l'horizon du TAFTA s'éloigne un peu, l'échéance du traité CETA entre Union européenne et le Canada, elle, approche ! Les négociations sur ce traité très voisin du projet TAFTA sont achevées depuis deux ans. La Commission envisage de façon imminente sa signature officielle par chaque Etat membre. Puis ce sera au tour de chaque Parlement national, en plus du Parlement européen, de le ratifier...ou de le rejeter. Cette ratification dans chaque pays a été arrachée au forceps à la Commission. Il ne faudrait pas que la promesse d'un report des négociations sur le TAFTA permette de faire passer "en douce" son "cheval de Troie", le traité CETA ! Ajoutons à cela qu'il ne faut pas non plus perdre de vue l'Accord TISA sur le commerce des services, en négociation depuis trois ans dans l'opacité la plus totale entre une cinquantaine de pays du monde dont les Etats membres de l'Union Européenne.

Au vu des règles régissant les échanges internationaux, peut-on se contenter du statu quo ou un traité faisant valoir d'autres principes est-il nécessaire entre l'UE et les Etats-Unis ?

Francis Wurtz. Nous n'avons pas besoin d'un traité bi-latéral et global UE-USA, destiné en fait à imposer les normes des plus puissants au reste du monde ! Les échanges internationaux doivent répondre aux intérêts légitimes de tous les pays et régions du monde. Dans cet esprit, une Union européenne "refondée" userait de son poids -considérable dans ce domaine- pour favoriser la maîtrise publique des échanges, les régulations, la démocratisation des relations économiques, bref, une humanisation de la mondialisation.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 06:33
Loi travail: manifestations à Paris et dans toute la France le 15 septembre pour son "abrogation"

MARDI, 30 AOÛT, 2016

L'Humanité

Les opposants à la loi travail sont appelés à manifester pour la 13ème fois à Paris et dans une quarantaine de villes en France le 15 septembre, à l'appel de sept syndicats, pour demander "l'abrogation" du texte promulgué le 8 août, a indiqué mardi le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

"Une manifestation aura lieu à Paris, un parcours a été déposé à la préfecture. Plusieurs manifestations sont déjà prévues dans une quarantaine de villes", a déclaré Philippe martinez, le secrétaire général de la CGT lors d'une conférence de presse au siège de la centrale. "L'abrogation reste le mot d'ordre", a précisé M. Martinez, selon lequel "une loi qui était mauvaise au printemps est toujours mauvaise à l'automne". "Nous souhaitons que les questions sociales soient au coeur" de la campagne présidentielle, a-t-il ajouté.

Malgré 12 journées de mobilisation nationale entre mars et juillet, dont certaines marquées par des violences, la loi travail a été promulguée le 8 août. Mais l'intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, Fidl, UNL) garde en tête le précédent du contrat première embauche (CPE) en 2006, promulgué mais jamais appliqué.

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 15:14

Les sondages sont des données à manier avec précaution, des photographies à un moment donné du temps, qui n'ont pas de pouvoir prédictif et qui peuvent évidemment bouger en quelques mois avec les logiques des acteurs politiques et leur capacité à convaincre, à rassembler, à porter l'attention sur des thèmes qui favorisent ou non la droite ou la gauche.

Néanmoins, les données recueillies à l'Université d'été du PCF au cours de l'intervention très intéressante de Fréderic Dabi, de l'IFOP, le vendredi, permettent de mesurer l'étendue des défis que nous avons à relever, et la difficulté à venir pour la gauche de se sortir du piège des présidentielles et des législatives de 2017.

Ce n'est pas une surprise, la popularité de l'exécutif et de François Hollande cet été est extrêmement basse, avec 17% d'opinions favorables, contre 61% en mai 2012, soit un recul de 44 points, ce qui est inédit pour un président de la République.

Sarkozy était passé de 65% d'opinions favorables en mai 2007 à 36% en juillet 2011, soit un recul de 29% sur une période comparable.

Chirac était passé de 51% d'opinions favorables en mai 2002 à 38% en juillet 2006, soit un recul de 13%.

L'imposition de la loi contre le droit du travail et les travailleurs a encore aggravé un sentiment qui était déjà installé dans l'électorat de 2012 de François Hollande puisque en 2015 déjà, 62% des gens de gauche considéraient que la politique menée par Hollande n'était pas de gauche, à raison évidemment. L'opinion a toujours soutenu le mouvement social contre la loi travail, que rejettent deux tiers des Français invariablement depuis les premières annonces de la loi El Khomri.

François Hollande est la personnalité que les Français rejettent le plus, à 72%, devant Marine Le Pen ( 71% d'opinions défavorables), Marion Maréchal Le Pen (65% d'opinions défavorables), Nicolas Sarkozy (62% d'opinions défavorables).

Cela indique d'emblée qu'une grande majorité des Français ne veut pas d'un match Le Pen-Sarkozy- Hollande, aux présidentielles, qui apparaîtrait pourtant comme assez probable aujourd'hui, si Sarkozy gagnait la primaire à droite face à Juppé en utilisant le ressort de la fuite en avant xénophobe et sécuritaire. Alain Juppé a beaucoup d'opinions favorables chez des électeurs qui se situent au centre et même un peu chez des électeurs qui se situent à gauche, mais il est moins assuré d'être en tête dans son camp, la droite, face à "l'expérience" (calamiteuse il est vrai) de Sarkozy et a sa réputation d'homme à poigne sur des sujets qui sont au centre de l'attention de tout l'électorat, et encore plus de l'électorat de droite: sécurité, lutte contre le terrorisme, immigration.

En juillet 2016, les enquêtes IFOP donnaient le FN quel que soit les adversaires à entre 28% et 29% au premier tour des Présidentielles. Avec un regard un quasi effondrement de la gauche, hors peut-être l'"extrême-gauche" dans laquelle les sondeurs placent Jean-Luc Mélenchon, le total des voix de gauche (extrême-gauche compris) ne dépassant pas 30% si l'élection devait avoir lieu demain, dans un contexte d'émiettement des candidatures.

30% de voix potentielles pour la gauche au 1er tour des Présidentielles, le score le plus bas jamais réalisé sous la Ve République, alors que 47% des Français se classent plutôt eux-mêmes à gauche (et 4% à l'extrême-gauche)! C'est dire la crise de confiance entre l'électorat de gauche et les prétendants actuels de la gauche aux présidentielles.

Jean-Luc Mélenchon, à l'été 2016, avec l'état du débat et des candidatures déclarées, est en mesure de se hisser en troisième position dans un second tour des présidentielles, devant Hollande, ou un autre candidat présentée par le PS, qui serait alors quatrième. Mais cela ne permettrait pas pour autant dans cette configuration d'éviter un choix droite /extrême-droite/ ou abstention au second tour des présidentielles, ni une déroute de la gauche aux législatives, dont l'issue serait un Parlement essentiellement Bleu - Brun, avec sans doute des députés FN élus à la faveur de triangulaires, sauf "désistement réciproque" PS-droite au nom de la défense républicaine. Et peut-être même des députés FN élus sur des matchs à deux avec la droite ou la gauche. Des projections annonçaient il y a quelques mois que sur 577 circonscriptions, dans l'état actuel des intentions de vote, 180 seulement donneraient lieu au second tour à des duels droite-gauche: le reste, des triangulaires ou des duels droite-extrême-droite. Seule une résistance ou une victoire de la gauche aux Présidentielles peut éviter ce désastre!

La candidature de Jean-Luc Mélenchon, rejetée par 50% des français (beaucoup moins donc que Hollande ou Sarkozy ou les Le Pen), est appréciée par une part croissante de l'électorat socialiste, de l'électorat de François Hollande en 2012. Sans doute grâce à l'ancienneté et la cohérence globale de son positionnement, grâce aussi à sa présence médiatique, elle arrivait cet été très loin devant les hypothèses Montebourg, Hamon, Duflot, dont la candidature pour l'heure, en commencement de campagne, ne recueillerait pas plus de 10%. Aucune candidature communiste n'a été testée par l'IFOP, à défaut de candidature déclarée. La popularité de Macron est une popularité de papier puisque ce sont essentiellement des citoyens de droite qui jugent son action et sa personne positivement. Dans la division et l'éparpillement des candidatures, il apparaît en tout cas que la gauche a très très peu de chances d'accéder au second tour.

Faut-il penser alors comme Cambadélis ou Joffrin qu'il faut tous se placer derrière Hollande pour "sauver la République"? Evidemment non, car il est le plus mal placé pour le faire, sur le fond et le résultat possible.

Depuis des années, pas un sondage de l'IFOP ne place Hollande comme potentiellement qualifié au second tour.

La part de Français se disant proche du PS a été divisée par 2,5 en 4 ans entre 2012 et l'été 2016! Cela ne veut pas dire malheureusement que le Front de Gauche ou les Verts en ont profité.

Pas un sondage de l'IFOP ne place non plus Sarkozy comme vainqueur au second tour. Cela montre que nos concitoyens ne veulent ni de l'un, ni de l'autre, tant ils ont déçu et échoué sur tous les chantiers et promesses qu'ils s'étaient donné ou avaient faites.

L'effondrement de confiance pour l'ensemble de la gauche causée par la politique de François Hollande et des socialistes et son résultat n'implique pas, néanmoins, contrairement à l'habitude, un désir de droite. Les champions potentiels de la droite, à l'exception peut-être de Juppé, restant assez ou très impopulaires, et les dernières élections Régionales n'ayant presque pas permis à la droite d'améliorer son nombre de suffrage de 2010, pourtant le plus bas sous la Ve République.

Les derniers événements, le climat politique et social, les priorités actuelles des Français favorisent pourtant la droite et le Front National.

En juillet 2016, seuls 17% des Français considéraient que la lutte contre le chômage devait être la priorité n°1 de l'élection présidentielle, contre 58% qui considéraient que ce devait être la sécurité et la lutte contre le terrorisme, 8% l'amélioration du pouvoir d'achat, 6% la préservation de notre système social, 4% l'amélioration de la situation de l'école, 7% la lutte contre le réchauffement climatique.

En revanche, si l'on pose la question des enjeux qui comptent beaucoup et orientent le choix:

- la lutte contre le terrorisme arrive à 67%

- la lutte contre le chômage à 60%

- la lutte contre la délinquance à 51%

Le FN est une "marque" qui n'a apparemment plus besoin de prouver sur le thème de la xénophobie, de la lutte contre l'immigration, pour des méthodes prétendues "fortes" contre l'insécurité, le terrorisme, ce qui fait que le FN de Marine Le Pen reste relativement et prudemment silencieux sur ces sujets dans le contexte actuel, préférant élargir ses parts de marché vers la France de la crise, des salariés, des zones populaires et rurales abandonnées, avec un discours souverainiste contre l'Europe, parfois anti-libéral et à prétention sociale, même si la réalité du programme économique est bien différente.

Sur les 30% d'électeurs potentiels actuels du FN, 11% se disent eux-mêmes d'extrême-droite. C'est déjà énorme: 4,5 millions de personnes! Dans le passé, c'était 3 à 4% de la population. On voit qu'il y a une réalité de la progression du racisme et des idées d'extrême-droite dans le pays.

Le FN a très fort chez les jeunes, moins chez les personnes âgées (10% de cet électorat): c'est aussi une évolution très notable par rapport au passé. Le vote FN monte fort dans les classes moyennes (catégories intermédiaires, Fonction Publique), surtout dans les grandes banlieues éloignées par le manque de desserte de transport rapide des centres urbains, les zones rurales délaissées, où les services publics sont fragilisés. 45 à 47% des personnes proches de ce qu'on appelle la "classe ouvrière" se sentent aujourd'hui plus proche du FN que d'autres sensibilités politiques.

En revanche, il reste tout de même entre 6 et 7 français sur 10 qui n'envisagent pas de voter FN et qui le rejettent catégoriquement, ce qui limite très fortement ses possibilités de gagner en 2017 même s'il va progresser de manière significative encore, malheureusement.

D'ailleurs, en dehors d'un seul département, le FN n'est jamais parvenu à obtenir une majorité absolue de + de 50% aux dernières régionales.

Le danger est en tout cas bien présent et impose de prendre nos responsabilités à gauche pour construire une parade à la mesure des enjeux et du péril pour notre peuple et notre société, pour nos libertés, notre modèle social et nos acquis démocratiques et républicains.

I.D

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 06:15
Ce que cache... le vêtement !

Patrick Le Hyaric

Jeudi, 25 Août, 2016

Humanité Dimanche

« Une fois de plus, on désigne une religion comme « fauteuse de troubles », favorisant ainsi tous les amalgames, que l’on prétend vouloir combattre, avec les responsables des odieux attentats commis ces derniers mois. Le chômage et la précarité du travail, les dérèglements climatiques, les tensions guerrières ou la crise de la construction européenne deviennent des enjeux mineurs à côté du… vêtement porté par quelques dizaines de femmes. »

Tandis que la jeunesse multicolore de France, celle des cités comme celle des campagnes, s’illustrait à Rio, ici, un vêtement féminin de baignade agitait, sur tous les tons et toutes les ondes, la fin de l’été, dans le prolongement d’une longue séquence autour de la seule religion musulmane. Nouvelle illustration nauséabonde de ce qu’est devenu le débat politico-médiatique dans le pays qui fut celui des Lumières et de la Révolution, où la question du pouvoir a cessé d’être conçue comme un moyen de répondre aux attentes diversifiées de progrès d’une population pour devenir une fin qui, en soi, justifierait tous les moyens.

On ne peut comprendre cette effervescence sans se souvenir des propos du premier ministre, il y a plusieurs mois : « La campagne présidentielle se jouera sur la bataille culturelle et identitaire », avait-il expliqué. En cela, il rejoignait M. Sarkozy, qui ne cesse de monter l’échelle qui rapproche de l’extrême droite, comme en témoigne sa récente proposition de remise en cause du droit du sol. Sans doute qu’en soutenant les maires de droite auteurs des arrêtés municipaux anti-burkini, le chef du gouvernement ne voulait pas être distancé et apportait la caution du gouvernement de la France à ce qu’elle est capable de produire de pire alors que lesdits maires reconnaissaient, pour la plupart d’entre eux, qu’ils n’avaient rencontré aucune femme ainsi vêtue sur une plage de leur commune. C’est l’aveu que l’objet de leurs arrêtés était ailleurs, dans les bas-fonds du racolage politicien.

Une fois de plus, on désigne une religion comme « fauteuse de troubles », favorisant ainsi tous les amalgames, que l’on prétend vouloir combattre, avec les responsables des odieux attentats commis ces derniers mois. Le chômage et la précarité du travail, les dérèglements climatiques, les tensions guerrières ou la crise de la construction européenne deviennent des enjeux mineurs à côté du… vêtement porté par quelques dizaines de femmes

On est très loin de la nécessaire recherche de la plus grande efficacité possible pour sécuriser nos concitoyens et prévenir de nouveaux crimes de masse. Pire, en alimentant tout ce qui peut les diviser, on ne fait que rejoindre l’objectif poursuivi par Daech, qui rêve d’un pays au bord de l’explosion et qui redoute qu’il ne trouve les voies de son rassemblement et de sa cohésion. Il s’agit ici d’une opération de grande ampleur visant à diviser la société en occultant l’immense fracture entre ceux qui sont privés de travail, ceux qui en vivent difficilement et la minorité de ceux qui se gavent des dividendes. Déporter le débat politico-médiatique vers les enjeux dits « identitaires » est aussi dicté par le fait que les deux formations politiques qui se partagent le pouvoir depuis des décennies sont incapables de défendre leurs bilans respectifs sur les questions qui font la vie quotidienne de chacune et chacun d’entre nous. Incapables d’incarner un avenir meilleur et un autre sens à la marche de la société et de l’humanité.

Ces lumières braquées sur le burkini ou les mosquées permettent de maintenir dans l’ombre les urgences sociales. Celles du pouvoir d’achat, du coût de la rentrée scolaire et universitaire, de l’augmentation de la consultation chez le médecin, des inégalités salariales entre les hommes et les femmes. Sont ramenés au rang de faits divers les plans de réductions d’emplois, dont celui de SFR, les allongements du temps de travail chez Bouygues, le projet d’accord de compétitivité chez Renault, la dureté de la crise que subissent les éleveurs dans un assourdissant silence, les difficultés aggravées dans les quartiers populaires alors que les moyens financiers des collectivités locales sont de plus en plus amputés.

L’aggravation des conditions de vie des plus modestes, qui va de pair avec l’enrichissement des plus riches, devient pour les propagandistes du système un phénomène aussi naturel que la pluie et le beau temps. Ce serait dans l’ordre des choses. Aucune indignation ou presque n’accompagne la révélation que les cinq cents premières fortunes de notre pays possèdent un patrimoine supérieur au budget de l’État. Que les douze premières d’entre elles possèdent une fortune de 194 milliards d’euros, en progression de 28 milliards.

Montrer du doigt une petite partie de notre population aide à éviter de faire un bilan sérieux des cadeaux fiscaux et sociaux octroyés au grand patronat et de la ristourne de plus de 220 millions d’euros dont ont bénéficié les cinquante contribuables les plus riches grâce au bouclier fiscal.

Après les contre-feux sociétaux, voici le dérivatif de la question identitaire pour contourner celles de la justice sociale, de l’égalité, d’une nouvelle répartition des richesses et d’une nouvelle manière de les produire, et des enjeux de la démocratie.

On peut en dire autant de l’absence d’évaluation des choix présidentiels au Proche et au Moyen-Orient avec la fréquentation assidue des milliardaires des pays du Golfe et les ventes d’armes dont certaines finissent dans les mains des tueurs de Daech.

Aux victimes d’une société en crise, le burkini est brandi comme le paravent d’une forme d’impérialisme à l’extérieur de nos frontières et comme bouc émissaire commode pour protéger les adorateurs du veau d’or de l’argent roi. Ainsi s’établit un climat détestable et dangereux de division, avec une droite qui se radicalise, une extrême droite qui voit quotidiennement ses idées validées, jusque par une partie de la gauche. L’approche de l’élection présidentielle ne fait que démultiplier tous les phénomènes négatifs qui taraudent notre société au risque de la disloquer. Il y a bien urgence à faire cesser une dérive à l’œuvre depuis de longues années.

C’est en ce sens que nous avons proposé ici même la réunion d’une grande conférence pour faire vivre en actes les idéaux de la République.

En portant la diversité des aspirations populaires et des espoirs, en étant un vaste espace de rencontre, de culture et de débats libres, la Fête de l’Humanité se veut un événement marquant qui contribue à aller dans cette direction en donnant vie au rassemblement, à la solidarité, à la fraternité. Travailler à lui assurer un grand succès est donc une œuvre utile pour tous, par-delà ce qui nous différencie quant à nos origines et convictions. Utile pour défricher les voies nouvelles du redressement de notre pays et de l’émancipation humaine. Utile, parce qu’elle sera à l’image de ces jeunes qui ont fait retentir « la Marseillaise » à Rio.

Ce que cache… le vêtement !

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 06:11

Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre

Mercredi, 24 Août, 2016

Humanite.fr

L’historien Alain Ruscio, spécialiste du colonialisme, considère que le candidat Nicolas Sarkozy renoue dans ses dernières propositions avec les « vieux démons de la droite d’avant 1944 ».

Avec ces dernières propositions identitaires, Nicolas Sarkozy rompt-il avec les fondamentaux de la République française ?

Alain Ruscio

Il y a eu plusieurs républiques en France. Elles n’ont pas toujours rimé avec démocratie. Il y a eu les répressions coloniales, les mises à l’index des minorités, la chasse aux italiens… Mais Sarkozy rompt avec le minimum républicain de la Ve République pour revenir aux vieux démons de la droite d’avant 1944, pour faire revenir à lui un électorat d’extrême droite, pour hystériser la question identitaire et une islamophobie rampante qui est en train de devenir une véritable maladie de la société française.

Selon l’ancien président de la République, l’Etat de droit est évolutif…

Alain Ruscio

Le droit est évolutif, oui. Mais une évolution peut constituer une progression comme une régression, et en l’occurrence il s’agit chez Sarkozy d’une régression. Il y a par exemple cinq millions de musulmans en France et une très importante communauté juive. Si le programme de Sarkozy était appliqué, avec la fin des repas scolaires de substitution, les enfants musulmans et juifs pourraient être amenés à ne plus manger avec leurs camarades et leurs copains de classe. Ils seraient exclus d’un temps scolaire, d’un temps de vie, au nom d’une laïcité fermée et dévoyée. C’est d’une violence inouïe. Tout cela ne vise qu’à agrandir la fracture de la société française, jusqu’à la rendre infranchissable.

Nicolas Sarkozy veut créer une cour de sûreté anti-terroriste comme celle mise en place par de Gaulle pendant la guerre d’Algérie contre l’OAS…

Alain Ruscio

Il s’agissait d’une justice d’exception, présidée par un fidèle du pouvoir en place, par un juge adhoc. La comparaison est très surprenante. D’une part, les enjeux sont différents. D’autre part, que Sarkozy regarde son entourage. Même si Patrick Buisson n’est plus là, il y a parmi ses fidèles des idéologues du retour à l’esprit colonial, de Eric Ciotti à Christian Estrosi. Il y a des nostalgiques, des exaltés de l’Algérie française et de l’OAS. Lionnel Luca, le maire de Villeneuve-Loubet (PACA), qui a pris un arrêté anti Burkini sur les plages de sa commune, avait été l’un des fers de lance de la loi sur les aspects positifs de la colonisation. Il y a là-dedans tout un magma identitaire nauséabond et empuanti.

Peut-on parler de dérive maurassienne ?

Alain Ruscio

Je ne sais pas si c’est une dérive à la Maurras ou à la Barrès, mais il y a derrière cette attaque contre le droit du sol et contre l’immigration cette vieille rengaine conservatrice selon laquelle la terre ne mentirait pas, comme l’avait repris Pétain. Ce discours défend qu’il y aurait une identité immuable et intemporelle, très fermée, et que ceux qui ne se coulent pas dedans sont en fait des « anti-France ».

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 06:07
Travailleurs détachés : Valls, la « menace », et l'audace

LA CHRONIQUE DE GÉRARD FILOCHE

L'HUMANITE DIMANCHE

Jeudi 4 août 2016

MANUEL VALLS « MENACE » DE « DÉNONCER » UNE SITUATION CONNUE DEPUIS BIEN LONGTEMPS, ET QUI CONCERNE ENVIRON 450 000 SALARIÉS EN FRANCE.

Ainsi en tant que premier ministre Manuel Valls a « menacé » l'Union européenne de ne « plus appliquer la directive concernant les travailleurs détachés » ! Quelle audace ! Quel crâne discours ! On pourrait donc ne pas appliquer des directives européennes ? Tiens donc ! En voilà une idée qu'elle est bonne ! Surtout quand elle ronge de façon scandaleuse les droits fondamentaux de tous les salariés concernés !

Car cette question- là monte en puissance depuis longtemps et concerne environ 450 000 salariés exploités sauvagement par des patrons français sur le territoire français en concurrence déloyale avec d’autres salariés, français ceux-là. Ce ne sont pas les salariés qu'il faut opposer entre eux, mais combattre le système patronal des libéraux de l'UE qui les spolie.

Les grands « majors » du bâtiment notamment, les Bouygues, Vinci, Eiffage, et compagnie se font des milliards en ne payant pas au tarif français les cotisations sociales de ces ouvriers importés de Hongrie, de Bulgarie, de Pologne, de Tchéquie... Ils sont censés les payer au tarif de leur pays d'origine...

Mais nul ne sait ce qu'il en est, vu que le montage des filières de sous-traitance crée d'opaques écrans contre toute tentative de contrôle des inspections du travail.

Ainsi le cynisme patronal fausse le droit de la concurrence et réalise le triple objectif de baisser le coût du travail, celui de la protection sociale et d'augmenter le taux de chômage.

Mais ça, on le sait depuis des années ! Est-ce suffisant de « menacer » de dénoncer ce système pourri ?

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