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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 08:10
Redécouvrez les images de Georges Séguy, responsable de la puissante CGT de 1967 à 1982 et qui a marqué en particulier l'actualité sociale lors des négociations de Grenelle en 1968.
Archives Ina.fr et TéléToulouse.
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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 07:50

L'éditorial de Maud Vergnol.

L'Humanité, 20 août 2016.

« Le drame, c’est quand vous laissez la place et que vos traces sur le sable s’effacent elles-mêmes »… Figurez-vous que François Hollande a du vague à l’âme. « C’est dur, beaucoup plus dur que ce que j’avais imaginé. » Comme tous les monarques républicains en fin de règne, le président s’est prêté au jeu du livre testament, estampillé « pour la postérité », histoire de conjurer le sort d’un quinquennat dont lui-même doute de ce que l’histoire en retiendra… Aidons-le un peu.

D’abord avec cette carte postale estivale, sombre photographie d’une République délabrée, dans laquelle en moins d’une semaine les plages de Corse sont devenues le théâtre inquiétant d’affrontements communautaires, un commerçant chinois est mort sous les coups du racisme, et un camp de Roms attaqué au cocktail Molotov à Marseille. Autant de stigmates du plus grand gâchis politique de la Ve République. En 2012, François Hollande a été élu pour panser les blessures du sarkozysme, pour que Marianne embrasse de nouveau sur le front tous les citoyens. Mais, non content de ne pas avoir fait progresser l’égalité, d’avoir laissé au bord de la route les Français les plus fragiles, déroulant le tapis rouge au populisme, François Hollande porte la responsabilité d’avoir creusé un peu plus les plaies béantes du vivre-ensemble. Il l’a fait en toute conscience, laissant le soin à la droite et son extrême d’empoisonner le débat public avec des polémiques montées de toutes pièces pour diviser le pays, (le « burkini » est un cas d’école), jusqu’à l’hystérie collective qui aura conduit des députés de la nation à envisager la création d’apatrides.

Ce funeste testament est celui d’un monarque engoncé dans le fauteuil d’une Ve République agonisante, qui voudrait condamner les progressistes à rester les spectateurs malheureux d’une démocratie en apnée, dont il faudrait redouter à chaque élection la dernière convulsion. C’est le piège tendu par ce quinquennat. Et il reste peu de temps pour le déjouer.

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 07:46
La méthode Hollande, de l’affaire Léonarda au maintien de Jacqueline Sauvage en prison

GÉRARD LE PUILL

VENDREDI, 19 AOÛT, 2016

Si une bonne partie de la presse écrite a traité en « brève » le renoncement de Jacqueline Sauvage à faire appel de la décision du Tribunal d’application des peines de ne pas la libérer, les chaines d’information en continu en font des tonnes depuis hier après midi à toutes les heures du jour et de la nuit. Sans pour autant aller à l’essentiel. Cette affaire, qui résulte de la grâce seulement partielle accordée à Jacqueline Sauvage par François Hollande, nous rappelle aussi l’affaire Léonarda où le chef de l’Etat s’était ridiculisé publiquement le 19 octobre 2013.

Il convient de rappeler ici que Jacqueline Sauvage est une femme de 68 ans qui a été condamnée à dix ans de prison pour avoir tué de plusieurs coup de fusil un mari qui venait de la battre une fois de plus comme il le faisait depuis 40 ans. Répondant à une demande de grâce formulée par ses avocats voilà quelque mois, François Hollande lui avait, en février dernier , accordé une « grâce partielle », en ce sens qu’elle demeurait susceptible d’être remise en cause par un tribunal d’application des peines. Le président de la République avait ainsi choisi de ne pas assumer totalement son droit de grâce alors qu’il en avait la possibilité. Suite à cela, un avis négatif avait été rendu par la « commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté » où siégeaient notamment le préfet du département où Jacqueline Sauvage était internée ainsi qu’un bâtonnier. Mais cet avis négatif n’était que consultatif.

On sait enfin que la procureure de Melun Béatrice Angelelli a expliqué le 12 août le rejet de la grâce présidentielle non assumée par le chef de l’Etat avec les arguments suivants : « l’importante médiatisation de son affaire rend difficile une authentique démarche de réflexion pour madame Sauvage, qui est encouragée à se cantonner dans un positionnement exclusif de victime». En ne décidant que d’une grâce conditionnelle, le chef de l’Etat avait délibérément choisi de s’en remettre aux magistrats concernant la libération ou non de Jacqueline Sauvage. C’était moins une grâce présidentielle qu’une proposition de « synthèse » comme François Hollande en a formulé en permanence à la tête du Parti socialiste, puis en présence de ses ministres depuis qu’il est président de la République. Est-ce vraiment ainsi que doit fonctionner la grâce présidentielle? Chacun jugera en son âme et conscience. L’une des filles de Jacqueline Sauvage a déclaré à propos du refus de sa mère de formuler un nouveau recours en grâce : «Elle n’en peut plus de se justifier sans arrêt. Elle est épuisée. Elle ne fera plus de demande de libération conditionnelle et attendra la fin de sa peine ».

Eva Darlan, membre de son comité de soutien a déclaré : « Elle est fatiguée, elle se fait taper dessus tout le temps depuis l’âge de 15 ans, on va l’achever, qu’est ce qu’ils veulent exactement ? De toute évidence, elle n’aura pas le courage de continuer. Il n’y a plus le choix, c’est la grâce totale où rien ». Cette affaire dans laquelle est impliqué le chef de l’Etat nous en rappelle une autre. Le 9 octobre 2013 La famille Dibrani - une mère et cinq de ses six enfants- était interpellée dans un Centre de demandeurs d’asile du Doubs pour être expulsée vers le Kosovo, pays d’origine du père expulsé la veille depuis Geispolsheim, dans le Bas Rhin. Une sixième enfant, répondant au prénom de Léonarda, élève de troisième dans un collège de Pontarlier, était interpelée le même jour que sa mère et les autres enfants alors qu’elle participait à une sortie scolaire en car. Cette interpellation devant les autres élèves suscita beaucoup d’émotion et de protestations au delà de milieu scolaire et de la jeunesse. Manuel Valls assuma cette décision comme ministre de l’Intérieur tandis que de nombreuses voix s’élevèrent, y compris au Parti socialiste, contre le renvoi brutal de la collégienne. Dix jours plus tard, le 19 octobre, le président de la République intervint en personne à la télévision pour dire, sur la base d’un rapport de l’IGA, qu’il n’y avait pas eu de faute de l’administration dans le traitement de cette affaire. Mais il reconnaissait un manque de discernement concernant l’arrestation de Léonarda. Et le président de la République d’ajouter concernant la gamine de 15 ans : « Si elle le demande, un accueil lui sera réservé et à elle seule ». BFMTV ayant dépêché un envoyé spécial auprès de la famille Dibrani au Kosovo, Léonarda répliqua quasiment en direct au chef de l’Etat qu’elle reviendrait en France avec sa famille ou pas du tout. Ce qui fit écrire ceci au Monde daté du 20 octobre que cette affaire s’était « muée en saga politique qui rappelle le pire des émissions de téléréalité ».

On peut dire aujourd’hui que François Hollande a récidivé dans le même genre en n’accordant qu’une grâce partielle à Jacqueline Sauvage. Mais, dans un livre à paraître ces jours ci, l’hôte de l’Elysée évoque avec les auteurs l’élection présidentielle de 2017 en ces termes : « L’envie je l’ai. C’est mon inclinaison personnelle. Reste la question politique. Je ne ferai pas de choix de candidature si, d’évidence, elle ne pouvait pas se traduire par une possibilité de victoire ». Mais pour faire quelle politique alors ? « Il y a, dit François Hollande aux deux auteurs de ce livre(1), une condition pour se représenter : être capable d’apparaître aux yeux des électeurs comme nouveau. Donc il faut trouver du neuf. Et ça vaut surtout pour moi parce que je suis en position de sortant. Si c’est pour dire on a bien travaillé pendant cinq ans et on va faire la même chose cinq ans de plus ça ne marchera pas. Les gens n’en voudront pas. Ils veulent un nouveau temps, une nouvelle période, un nouveau thème». Voilà bien une manière de solliciter un nouveau chèque en blanc sans estimer devoir rendre compte de son bilan. Reste à voir ce que décideront les électeurs en 2017. Ils seront, cette fois, dans la position du « juge d’application des peines». Comme l’était Béatrice Angelelli qui a choisi de maintenir Jacqueline Sauvage en prison, le chef de l’Etat n’ayant pas usé du pouvoir qu’il détenait pour la libérer .

(1) « Conversations privées avec le président » d’Antonin André et Karim Rissouli , Albin Michel , 320 pages , 19,50€

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 06:26

Au micro d'iTELE, Olivier Dartigolles évoque la polémique autour du burkini et le climat politique actuel dans l'hexagone : "C'est un climat pourri, l'air est vicié", a-t-il déclaré. Il a vivement critiqué le positionnement de Manuel Valls, notamment au sujet du burkini, qu'il accuse de jouer un jeu dangereux en s'appropriant des thèmes propres au Front National.

Rideau de fumée ... C'est la course à l'échalote ( FN , Droite , Valls et consorts ) à qui polluera le plus le débat politique sérieux et loyal exigé par la situation catastrophique où se débat notre pays .

Olivier Dartigolles a été très clair, et a porté une parole très forte sur I-Télé, s'attaquant à Manuel Valls, un multi-récidiviste de la provocation, qui fait le jeu des terroristes, de la guerre des religions, qui cherche à déplacer le terrain du débat du fiasco économique et social du bilan gouvernemental vers la question de l'Islam de France (le voile à l'université, le burkini... censés être des premières marches vers la fabrication de terroristes).

https://youtu.be/mM9huAiSA5U

Olivier Dartigolles sur I-Télé: "Agitation autour du burkini et contre les musulmans: c'est un climat vicié, pourri"
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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 05:56
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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 05:46
500 signatures à Montebourg, «une légende urbaine» selon le PCF - par Lilian Alemagna (Libération, 18 août)

La direction du Parti communiste réagit aux «rumeurs» d’accord avec le potentiel candidat socialiste à la présidentielle sur les parrainages nécessaires, en cas de présentation hors de la primaire.

  • 500 signatures à Montebourg, «une légende urbaine» selon le PCF

«Une vanne», une «légende urbaine». Ce jeudi matin, des responsables du Parti communiste français (PCF) se sont étranglés en découvrant, dans Libération, un responsable socialiste expliquer qu’Arnaud Montebourg disposait d’un accord avec eux pour obtenir les 500 parrainages s’il décide d’aller à la présidentielle sans en passer par la primaire organisée par son parti les 22 et 29 janvier. Porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles dément tout «deal» avec l’ex-ministre de l’Economie : «C’est une information erronée, ce n’est pas la vérité», assure-t-il à Libération.

«Une votation citoyenne gigantesque»

Ce proche du patron du PCF, Pierre Laurent, rappelle le calendrier que se sont fixé les communistes, lors de leur congrès début juin. D’abord, tenter de «mettre autour d’une table» les forces et personnalités politiques soucieuses de présenter une «alternative au fiasco de ce quinquennat» et de «décider de priorités» communes. Puis organiser une «votation citoyenne gigantesque», afin de faire valider cette démarche par, selon Dartigolles, «un soutien populaire et citoyen». Et, enfin, choisir un candidat. «La question des parrainages se posera donc en temps et en heure», insiste l’élu d’opposition à Pau.

Sûrement après une conférence nationale fixée au 5 novembre et au cours de laquelle il sera temps de choisir un candidat pour la présidentielle : que ce soit au final Jean-Luc Mélenchon, pourtant parti en campagne dès le printemps sans le Front de gauche mais avec ses«insoumis». Ou bien derrière quelqu’un d’autre. Avant cela, Pierre Laurent a prévu, selon Dartigolles, de «faire des propositions» lors de son discours, le 27 août à Angers, à l’occasion de l’université d’été du PCF puis à la Fête de l’Humanité, organisée du 9 au 11 septembre au parc départemental de La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 05:48
la loterie de l'indécence - un dessin très juste qui met en miroirs les préjugés contraires sur la tenue des femmes

la loterie de l'indécence - un dessin très juste qui met en miroirs les préjugés contraires sur la tenue des femmes

"La bourgeoisie réactionnaire s'est partout appliquée ... à attiser les haines religieuses pour attirer dans cette direction l'attention des masses et les détourner des questions politiques et économiques véritablement importantes et capitales"

(Lénine, 1905 - "Socialisme et religion")

Du contrôle social sur les corps et les esprits

Dans les discours sur l'interdiction du burkini sur les plages, ou dans l'obligation faite de se baigner en maillot de bain ou d'être en maillot de bain sur les plages, au nom de la lutte contre l'islamisme, n'y a t-il pas un discours d'exclusion des musulmans en général, des amalgames honteux et pousse-au-crime faits entre les musulmans et le terrorisme islamiste, et aussi une volonté de contrôle et assujettissement du corps des femmes qui n'est pas nouvelle, mais qui cette fois-ci se fait à rebours des normes anciennes, la décence imposant désormais de se dévoiler aux yeux des autres, de s'exposer nos corps mutuellement?

Pour une femme musulmane pratiquante, dans les formes majoritaires de l'Islam du moins, se baigner habillée et le corps non découvert n'est pas une marque d'islamisme radical, une forme de prosélytisme, de "revendication religieuse", c'est normal: elle serait mal à l'aise si elle ne pouvait pas le faire, et du coup elle s'interdirait les joies de la baignade. Au début de la mode des bains de mer en France et en Europe, le corps des femmes était aussi largement couvert.

Va t-on interdire les plages aux musulmanes?

Aux familles musulmanes?

Sous prétexte que leur tenue, que leur présence, pourrait choquer ceux qui montrent leurs nombrils et les formes de leurs corps, voire attirer des bagarres, des tensions...

Le soleil, la plage et la mer sont à tous, c'est même dans la beauté et le plaisir que nous pouvons nous réunir, au-delà de nos différences.

Les plages sont des endroits publics certes, mais les lieux publics - la rue, les places, la plage - ne sont pas des casernes où chacun devrait avoir le même uniforme sous prétexte d'assurer la tranquillité publique. La laïcité consiste à n'être pas l'objet de pression injonctive de la part d'une religion ou d'un Etat se mettant au service d'une religion et à vivre ses convictions et sa foi éventuelle dans le respect des autres, en respectant leur liberté, et pour l'Etat à assurer cette coexistence respectueuse des libertés. Rien d'autre! La laïcité ne prescrit pas telle ou telle tenue vestimentaire, ni de ne jamais exposer ses appartenances religieuses ou autres dans l'espace public.

Ainsi, moi, je n'aurais plus le droit de mettre mon tee-shirt du Che à la plage sous prétexte que cela pourrait être perçu comme du prosélytisme, créer des tensions.

Tant que les musulmans dévots ne réclament pas un bout de plage séparée pour que leurs femmes soient à l'abri des regards impudiques, ou tant qu'ils n'imposent pas aux autres leur tenue sur la plage, quel mal y a t-il à accepter chacun comme il veut être sur les plages, les seins nus et les femmes voilées.?

Va t-on exclure ceux qui ne se découvrent pas à la plage, les allergiques au soleil, les disgracieux, les trop tatoués, les punks?

Le burkini permet aux femmes musulmanes qui le veulent de se baigner couvertes sans les inconvénients des vêtements mouillés.

Peut-être que ses initiateurs poursuivent des objectifs d'islamisation ou de réislamisation de la société.

On peut ne pas être en accord avec la philosophie morale et religieuse vieillotte et ringarde - voire hypocrite, misogyne, liberticide et pudibonde - imposant de couvrir les femmes au nom de la décence et pour protéger leur vertu. On peut et il faut très certainement combattre l'islam traditionaliste sur le plan des idées sans mettre hors de la communauté nationale des hommes et des femmes, nos concitoyens, qui s'y reconnaissent.

Sans créer un discours et une pratique redoutables sur nos prétendus "ennemis de l'intérieur" car c'est en stigmatisant et en excluant a priori que l'on crée de l'adversité et de l'hostilité à notre vivre ensemble démocratique et républicain, car il devient alors très largement une illusion et un leurre pour certaines franges de la société qui se sentent déjà pointées du doigt et stigmatisées quasiment en permanence.

Dans cet entretien à Libération, l'auteur d'un Petit manuel pour une laïcité apaisée (La Découverte) Jean Baubérot, sociologue de la laïcité, prend parti avec des arguments raisonnables et percutants pour une conception ouverte et tolérante de la laïcité et du vivre ensemble républicain, la laïcité ne devant pas être la nouvelle couverture de la paranoïa, de l'angoisse identitaire et de la xénophobie.

Ismaël Dupont

Burkini : «On peut être choqué sans pour autant interdire»

Libération, 17 août 2016

Pour le sociologue de la laïcité Jean Baubérot, se focaliser sur le burkini risque d’accentuer un sentiment d’exclusion.

Jean Baubérot, fondateur de la sociologie de la laïcité, qui s’était prononcé contre l’interdiction du voile à l’école en 2003, prône une laïcité non stigmatisante.

Que vous inspire la polémique autour du burkini ? Y a-t-il une bouffée laïcarde ? Ou serait-ce de l’ultravigilance nécessaire ?

C’est bien le dilemme. Depuis les attentats de janvier 2015, il existe une menace jihadiste à laquelle est confrontée la très grande majorité des Français, musulmans compris. Alors, où met-on la frontière entre les amis et les ennemis de la République ? L’actuelle polémique autour du burkini conforte ma position en faveur d’une laïcité la plus inclusive possible, pour ne pas rendre attirants les ennemis de la République. Il faut se souvenir qu’après Nice et le meurtre du père Hamel, on a vu des femmes en foulard manifester contre les auteurs des attentats.

Dans cette situation grave et incertaine que nous vivons, il existe un débat, vraiment sérieux, entre deux options : d’un côté, donner au plus grand nombre le sentiment qu’ils font partie de la collectivité et isoler les ennemis de la République ; de l’autre, dire «il y a glissement» et sévir à la moindre occasion qui semble choquante. Mais alors Daech va pouvoir jouer de la victimisation, dire «voyez, on vous stigmatise, vous n’êtes pas inclus dans la communauté française».

On peut être choqué, par le voile, par le burkini, et il peut et il doit y avoir débat, mais sans pour autant interdire. C’est le principe de la démocratie : tolérer la différence, accepter l’altérité.

Les arrêtés anti-burkini sont-ils précipités, ou disproportionnés ?

Ils majorent le problème. Je remarque, d’ailleurs, qu’on est passé de la lutte contre les femmes pas assez vêtues des années 60, à celle contre les femmes désormais trop vêtues… Quand mes sœurs ont commencé à porter des maillots de bain deux pièces, ma mère était contre, alors qu’elle ne se jugeait pas particulièrement étroite d’esprit ! Il y a par ailleurs en France une société du voir qui accorde beaucoup trop d’importance au paraître. Personnellement, je pense que l’habit ne fait pas le moine.

Que les musulmans aient une réflexion à faire sur le rapport hommes-femmes, je suis d’accord, comme les autres d’ailleurs, et qu’il faille un féminisme musulman, d’accord aussi. Mais laissons-les débattre ensemble, évoluer, c’est au sein d’elles-mêmes que les communautés religieuses doivent décider de leurs manières de s’habiller.

Interdire comme ça peut au contraire empêcher l’évolution, crisper. La laïcité consiste à mettre la religion dans le droit commun, or on a le droit d’aller à la plage habillé des pieds à la tête. Plus largement, ce genre de polémique masque des problèmes de non-reconnaissance sociale, économique mais aussi culturelle. On voudrait en faire une opposition entre laïcité dure et laïcité molle mais, à mes yeux, il s’agit juste de mesures stratégiquement contre-productives.

Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, condamne le burkini au nom du féminisme.

En tant que ministre de la République, représentante de l’Etat, Laurence Rossignol se devrait d’être neutre alors qu’elle moralise… Il faut être ferme vis-à-vis de tout acte qui limiterait la liberté des femmes. Mais la société ne peut pas se donner une virginité féministe sur pareil prétexte. Moi, j’attends plutôt Mme Rossignol sur l’égalité des sexes et les inégalités socio-économiques qui perdurent.

Cette polémique sur le burkini n’est-elle pas liée au contexte post-attentats ?

Elle avait commencé en août 2014, avec une publication sur Facebook de Nadine Morano qui avait déclaré, à propos d’une femme voilée croisée sur une plage :«Lorsqu’on choisit de venir en France, Etat de droit, laïc, on se doit de respecter notre culture et la liberté des femmes, sinon on va ailleurs !» Le contexte en cours depuis janvier 2015 exacerbe encore ce type de polarisation et la campagne électorale ne va pas arranger les choses.

Cette polémique a été précédée d’une autre, en mars, autour de la «mode pudique», qui ne pose pas de problème dans d’autres pays occidentaux, par exemple en Angleterre. Pourquoi tant de stress ?

Les pays anglo-saxons ont une culture de la diversité, cultuelle et culturelle, plus forte. C’est Voltaire qui a écrit :«Un Anglais, comme homme libre, va au ciel par le chemin qui lui plaît.» En France, une mentalité «catholique et français toujours» perdure, une mentalité de l’unité. On parle encore de«la France une et indivisible» alors que, depuis la Constitution de 1946,«une» a été enlevé au profit de«indivisible, laïque, démocratique et sociale», et ça n’est pas pour rien ! Or, culturellement, on a l’impression que ça n’a jamais été intégré, et«démocratique et sociale», on l’entend peu. C’est une conception de l’unité assez uniforme qui prédomine, peu inclusive de la diversité. Résultat, on ne sait plus séparer ce qui peut être dangereux de ce qui peut choquer mais peut être accepté par la démocratie. On ne met pas la frontière au bon endroit.

Jean Baubérot et le Cercle des enseignant-e-s laïques publient fin août un Petit manuel pour une laïcité apaisée (Editions la Découverte).

	 Étonnant paradoxe : alors que les médias en parlent constamment, la laïcité est encore très mal connue ! Sujette à des interprétations divergentes, parfois instrumentalisée ou consciemment falsifiée, elle apparaît par moments comme un principe nébuleux, ce qui place les enseignant.e.s, les élèves et leurs parents dans une situation difficile. Cherchant à clarifier le débat, un collectif d’enseignant.e.s s’est réuni autour de Jean Baubérot, historien et sociologue spécialiste de la laïcité, pour répondre aux questions concrètes du personnel éducatif et des usager-ère.s de l’Éducation nationale. Retraçant avec pédagogie l’histoire de la laïcité et redonnant les grands principes de son application, ce petit manuel offre des clés indispensables pour comprendre la philosophie véritable de cet idéal républicain et propose des solutions pratiques pour l’appliquer sereinement. Car ce livre est aussi un plaidoyer pour une laïcité (enfin !) apaisée et pour une école publique ouverte, capable d’offrir à tou.te.s, quelles que soient leurs origines et leurs convictions, un enseignement de qualité. La laïcité, rappellent les auteur.e.s, ne devrait pas être un instrument de stigmatisation des élèves et un casse-tête pour les professeur.e.s. Au contraire, elle peut, quand elle est bien comprise, apporter des solutions pour une vie collective harmonieuse et respectueuse des convictions de chacun.e.

Étonnant paradoxe : alors que les médias en parlent constamment, la laïcité est encore très mal connue ! Sujette à des interprétations divergentes, parfois instrumentalisée ou consciemment falsifiée, elle apparaît par moments comme un principe nébuleux, ce qui place les enseignant.e.s, les élèves et leurs parents dans une situation difficile. Cherchant à clarifier le débat, un collectif d’enseignant.e.s s’est réuni autour de Jean Baubérot, historien et sociologue spécialiste de la laïcité, pour répondre aux questions concrètes du personnel éducatif et des usager-ère.s de l’Éducation nationale. Retraçant avec pédagogie l’histoire de la laïcité et redonnant les grands principes de son application, ce petit manuel offre des clés indispensables pour comprendre la philosophie véritable de cet idéal républicain et propose des solutions pratiques pour l’appliquer sereinement. Car ce livre est aussi un plaidoyer pour une laïcité (enfin !) apaisée et pour une école publique ouverte, capable d’offrir à tou.te.s, quelles que soient leurs origines et leurs convictions, un enseignement de qualité. La laïcité, rappellent les auteur.e.s, ne devrait pas être un instrument de stigmatisation des élèves et un casse-tête pour les professeur.e.s. Au contraire, elle peut, quand elle est bien comprise, apporter des solutions pour une vie collective harmonieuse et respectueuse des convictions de chacun.e.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 05:33

Jean-Pierre Dupuy : le dernier ouvrier PS

Opposé à la loi travail, cet ouvrier d’une usine de fournitures auto a quitté la CFDT, critique Hollande mais reste au PS.

Longtemps, Jean-Pierre Dupuy a cru en la gauche. En 2012, il a soutenu François Hollande dès les primaires. Il a posé des congés pour faire campagne, a distribué des tracts, collé des affiches, cherché à convaincre ses collègues à l’usine, non seulement de voter pour lui, ce que tous ont fait, mais même d’adhérer au PS. Il a failli réussir avec certains d’entre eux, mais à la dernière minute, ils se sont rétractés. Prescience ? Méfiance ? En tout cas aujourd’hui, ils en rigolent amèrement ensemble. Ils lancent à Dupuy : «Tu as bien failli nous avoir, quand même !»

Celui qui était le plus proche de prendre sa carte, c’était son ami Franck Bagnost, le secrétaire du CHSCT (comité d’hygiène et sécurité des conditions de travail) de l’usine Pierburg de Basse-Ham, près de Thionville. Avec Eugène Dos Santos, ils étaient les représentants CFDT de cette fabrique de pompes à eau et à huile pour l’automobile, ancienne filiale de Renault rachetée il y a vingt-cinq ans par un grand groupe industriel allemand. Aux élections professionnelles de 2014, ils ont rassemblé 80 % des suffrages. Eugène est délégué syndical. Jean-Pierre les soutient et adhère :«Moi, je juge sur l’humain, c’est grâce à leur travail pour les ouvriers que j’ai rejoint la CFDT.» Il a rendu sa carte il y a trois mois, lorsque Eugène s’est vu retirer son mandat syndical (un fait rare) par le secrétaire régional de la CFDT.

L’histoire ? «Dès le début de la loi travail, on a beaucoup discuté dans l’usine avec les collègues. Tout le monde était contre. On a donc lancé un appel à manifester le 9 mars à Metz. On n’a rien caché : on a même envoyé une copie de notre tract au secrétariat régional.» On les retrouve dans les cortèges, défilant avec leur gilet et leur drapeau orange. Ils décident même de créer une page Facebook. Sous le nom de leur section : CFDT Pierburg. Coup de fil furieux du responsable régional : «Vous allez arrêter vos conneries !» Bizarrement, la page Facebook est bloquée. Ils réagissent rapidement en changeant le nom :«On a cherché un personnage connu de tous et qui symbolise les ouvriers. On a pensé à Victor Hugo et aux Misérables. On a choisi Jean Valjean.» La page Facebook de Jean Valjean Pierburg rassemble plusieurs dizaines de supporteurs. Rien de bien méchant, juste des informations pour se rendre aux manifestations et des articles de juristes sur la loi travail. Elle est bloquée elle aussi. «Très vite, Eugène a reçu des pressions, des coups de fil, une lettre recommandée nous convoquant pour une réunion à la fédération régionale.» Ce jour-là, ils sont en négociations salariales avec la direction de Pierburg. Bravaches, ils sèchent la convocation. Résultat : le mandat d’Eugène lui est retiré. Au sein du syndicat dit réformiste, la contestation venue de l’intérieur passe mal. Pour les ouvriers de l’usine, la colère ne fait que redoubler.«Ça a été rapide. Par solidarité avec Eugène, nous avons tous rendu nos cartes.» Ils ne veulent pour autant pas rester sans syndicat :«On en a besoin pour défendre les ouvriers.» L’ensemble de la section se tourne alors vers Sud-Solidaires, entraînant au passage une partie des anciens syndicalistes CFDT d’Arcelor Mittal.

Jean-Pierre Dupuy a encore du mal à digérer : «Au moment de Florange, j’ai commencé à avoir des doutes sur la politique de Hollande. Mais la bascule, ça a été la loi travail. Après le discours du Bourget, on avait tellement d’espoir… Mais là, c’est un flop total. La désillusion est complète.» Ce qui le fait hurler, c’est que la gauche n’a pas été élue pour ça : «Dans la gauche, j’ai toujours vu l’aspect social, proche du peuple, à l’écoute, toutes les lois qui ont favorisé le bien-être des ouvriers.» Au-delà de l’article 2, c’est notamment l’article 52 de la loi qui le scandalise, prévoyant que Pôle Emploi puisse prélever directement des sommes sur le compte des chômeurs. Il voit ça comme une atteinte aux droits des pauvres. Il cite le chômeur qui s’est immolé parce qu’il n’avait pas touché ses indemnités :«Son employeur n’avait pas renvoyé les papiers à temps.» On pense à Emilie Loridan, cette jeune mère de deux enfants qui s’est pendue car elle ne s’en sortait plus. Il n’est pas misérabiliste, au contraire, il est révolté. Certains copains lui demandent pourquoi il ne rend pas sa carte du PS. Il confesse avoir hésité, mais :«Qui représente encore le monde ouvrier au PS ? Le peu que les copains me disent, au moins, je le fais remonter.» Même déçu, Dupuy considère qu’il faut s’engager en politique. «Le monde ouvrier se laisse embourgeoiser. Dès que les gens ont une maison à payer, ils ne veulent plus s’investir.» Il est venu à la politique après un parcours de dirigeant associatif dans un club de boxe qui visait à donner une activité aux enfants les plus défavorisés. Il sait que les accidents de la vie peuvent être fatals quand on gagne un peu plus que le Smic et cela grâce aux primes (nuit, ancienneté). En 1999, il a dû tout arrêter après un grave accident de vélo qui l’a laissé paralysé plusieurs mois. C’était une mauvaise période dans sa vie, la loi des séries en quelque sorte. Entre 1997 et 2004, lui, le benjamin de 6 enfants - tous de la classe ouvrière - a connu la mort de son frère d’un cancer, puis celle de son père, de sa mère et de sa sœur. Plus un divorce. Depuis, ce blond costaud au regard rieur a retrouvé l’âme sœur. Sa voix vibre de fierté quand il prononce le mot devenu tabou d’ouvrier, comme lorsqu’il parle du bac qu’a obtenu chacun de ses 3 enfants. Mais on sent aussi la rage :«Qu’est-ce qui a été fait pour le monde ouvrier ?» Loin des discours iréniques sur le travail le dimanche, lui sait que «les gens qui travaillent au SD [samedi, dimanche, ndlr] 2×12 heures, ils n’ont droit à rien». Que des ouvriers se tournent vers le Front national, il le déplore mais l’analyse comme le fruit d’une immense déception vis-à-vis de ce qui s’est passé sous Sarkozy et Hollande.«Le Pen n’a même pas besoin de programme, la politique qui est menée actuellement fait monter le FN.» Il refuse la culpabilisation des classes populaires.

Il a soutenu Jean-Pierre Masseret, le candidat PS qui a refusé de se désister, jusqu’au second tour des régionales, parce que la «gauche ne doit pas être absente». «Bien sûr», il votera aux primaires, ne«lâche rien». Aussi heureux dans son nouveau syndicat que dans son entreprise qui«a continué à embaucher même pendant la crise» et qui vient d’inaugurer une nouvelle ligne de production 100 % française. Preuve pour lui que de vrais industriels savent mieux gérer que les financiers. Bref, un ouvrier toujours de gauche qui a envie d’en découdre en 2017 avec ceux qui la trahissent, dégoûté mais pas découragé, qui aime son entreprise et n’a pas besoin qu’on le lui dise. Fier de son travail même s’il ne s’achète pas de costard.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 05:00

Le 1er juin 2016: "1,4 million d’euros ?" Un salaire « pas énorme », s’est défendu Nicolas de Tavernost, patron du groupe M6, au micro de France Inter. Selon lui, il n’est pas « le mieux payé du groupe ». Bien payé pour cracher sur les pauvres tout de même!

La Rue des allocs ou l’impasse de l’abjection ?

télé poubelle

CAROLINE CONSTANT

MERCREDI, 17 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

M6 dégaine son nouveau feuilleton, adapté d’un format anglais qui a fait scandale en 2014 : la Rue des allocs. Le nouveau terrain de jeu de la chaîne de Nicolas de Tavernost, c’est de taper sur les plus déshérités, tout en affirmant qu’on veut les aider. À vomir.

« Dis chéri, si ce soir on regardait les pauvres se vautrer dans leurs allocs » ? Ça peut paraître violent, mais c’est, en termes plus civilisés, l’invitation que fait M6 aux Français ce soir, en les conviant à regarder son nouveau programme, la Rue des allocs. Un programme de « docu-réalité », où le spectateur est entraîné dans un mignon quartier d’Amiens, à la rencontre de personnes qui n’ont que le RSA, ou des allocations diverses, pour vivre. Le réalisateur, Stéphane Munka, s’y est plongé en immersion pendant quelques mois, pour en tirer cinq épisodes de 52 minutes. Lui voulait montrer la misère. Il n’a pas capté qu’il bossait sur M6, par aveuglement peut-être ? Ce qu’il en ressort, au final, c’est évidemment un défilé ahurissant de personnages caricaturés. Qui boivent, volent, truandent. Une vraie Cour des miracles. Parce que la caméra n’est pas neutre, ni juste. Mais aussi et surtout parce que, lorsque M6 se lance dans un tel projet, ce n’est pas par charité d’âme. La chaîne de Nicolas de Tavernost, avec sa Rue des allocs, au titre si évocateur, n’a pas pour vocation d’informer. Juste de divertir. Les pauvres sont une forme de spectacle, pas plus. M6 a exploré, depuis le Loft en 2001, à peu près tous les formats mondiaux de la télé-réalité : le néant (le Loft), la famille (Super Nanny), la recherche ou la vente immobilière (avec Stéphane Plaza), sans compter toutes les déclinaisons d’émissions culinaires, de Top Chef à Un dîner presque parfait en passant par le petit dernier, Commis d’office, où un quidam dénonce ni plus ni moins le plat infect confectionné par un proche à un « grand » cuisinier. La chaîne s’est aussi fendue d’émissions sur le thème « c’était mieux avant »

(le Pensionnat de Chavagnes, Garde à vous), où l’on nous expliquait, en gros, que se faire humilier est un chouette programme éducatif. Enfin, dans la toute dernière période, M6 a développé deux concepts autour du monde du travail : Patron incognito, où un dirigeant d’entreprise se grime en employé de base pour mieux choper les défauts des petits malins à son service. Et The Apprentice, arrêté faute d’audience au bout de deux épisodes, où quatorze candidats devaient se battre pour obtenir un CDI. M6, c’est aussi la première chaîne à avoir un magazine d’information, Capital, présenté par un dirigeant d’entreprise, Bastien Cadeac, et non par un journaliste.

Tout ce cirque est évidemment une représentation biaisée de la réalité

Du coup, quand M6 s’intéresse aux pauvres, on s’inquiète avant même de voir le programme, dont la chaîne nous a gracieusement fourni deux épisodes. Et pas de surprise : M6 n’est pas devenue philanthrope. D’ailleurs, elle a préparé ce format en toute connaissance de cause : en 2014, quand Benefits Street, avec les mêmes ressorts dramatiques, a été diffusé au Royaume-Uni, les audiences ont été merveilleuses. Et la foire d’empoigne redoutable, entre ceux qui voulaient interdire le programme et ceux qui voulaient interdire les allocs, ou même les pauvres, avec des méthodes radicales, comme de brûler la rue en question.La version française est moins scandaleuse, en images, que le format anglais. Comme les Français ont visiblement l’âme sensible, et sont attachés à leur système de protection sociale, M6 fait mine de ne pas trop se salir les doigts. L’émission présente des personnes, remisées au rôle de personnages, parce qu’elles vont incarner chacun une facette du pauvre : Marie-Jo, la mère Courage, qui n’a jamais eu de chance dans la vie, est le versant quasi solaire. À ses côtés, on trouve Philippe, un homme de 40 ans illettré, bénéficiaire d’une allocation pour handicapés, menacé d’expulsion. Et qui attend que La Poste ouvre pour aller boire ses fameuses « allocs ». M6 a aussi dégotté deux frères, David et Jérôme : l’un est un ancien dealer, l’autre est condamné régulièrement pour des vols. Gitan améliore ses fins de mois en s’improvisant ferrailleur. Enfin Franck, ancien ouvrier au chômage, noie son désespoir comme il le peut. La caméra les filme dans leur quotidien de galériens. Jusqu’ici tout va bien. Elle aime à les voir souvent bourrés. Le pauvre boit, et de la bière de mauvaise qualité, il faut le savoir. Mais elle filme aussi toutes leurs petites combines : le travail au noir, la fraude dans les transports, le véhicule bancal refourgué sans être passé par le contrôle technique. Elle filme les propos racistes, elle filme les phrases définitives du genre : « de toute façon dans ce pays, il n’y en a que pour ceux qui ne travaillent pas ». La caméra veut nous faire croire qu’elle est neutre. Alors que le type derrière choisit très bien ces scènes, quitte à balancer comme une vérité une insulte raciste ou une grosse ânerie.

M6 a beau jeu : les plus fragiles de nos concitoyens sont rarement représentés à la télévision. Quand ils le sont, c’est généralement vêtus des oripeaux dont les élites les voient : voleurs, menteurs, feignants. La Rue des allocs, cela sous-entend, au final, que certains se la coulent douce, pendant que d’autres se tuent à travailler. Il s’agit d’une technique bien éprouvée par les puissants depuis des siècles : diviser les pauvres entre eux. Tout ce cirque est évidemment une représentation biaisée de la réalité. M6 contextualise peu les parcours individuels, comme la situation économique de la région. Du coup, certains de ses « personnages » pourraient être désignés à la vindicte publique comme responsables de leur malheur. Pas les patrons, dans une région minée par le chômage et les délocalisations. Pas les services sociaux, dans le cas du pauvre gars illettré laissé à lui-même. Pas l’État, qui laisse depuis trente ans gérer l’aide alimentaire par des associations. Non. les vrais, les seuls coupables, ce sont les pauvres. Et les plus déshérités d’entre nous. Ça s’appelle la guerre idéologique. Tout simplement.

la genèse anglaise « Cette série documentaire révèle la réalité sur les allocations dont les résidents de l’un des quartiers les plus aidés d’Angleterre bénéficient. » Telle était l’ambition de Benefits Street. Début 2014, le programme anglais faisait scandale en prétendant révéler le quotidien des habitants d’un quartier pauvre de Birmingham. Trahis par Channel 4, les résidents avaient réclamé des excuses à la chaîne. L’émission avait suscité de nombreuses réactions politiques : les conservateurs l’ont utilisée pour justifier leur réforme sociale. Une récupération similaire est à craindre en France, à quelques mois de la présidentielle.

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 17:00
le maire de Stains, Azzédine Taïbi

le maire de Stains, Azzédine Taïbi

Engagé, de Mandela à Barghouti

Le maire PCF de Stains, Azzédine Taïbi, est devenu militant en combattant l’apartheid. Il s’oppose aujourd’hui à l’oppression coloniale israélienne.

Aurélien Soucheyre, L’Humanité, mardi 16 août 2016

Nelson Mandela est devenu une figure qui fait l’unanimité. Il est célébré de toutes parts. C’est juste et légitime. Afficher son soutien pour Marwan ­Barghouti, en revanche, c’est plus ­compliqué. Le Palestinien, symbole de résistance et de paix, victime de l’oppression coloniale israélienne, est encore parfois traité de terroriste, tout comme l’a longtemps été le leader sud-africain. De fausses accusations qui n’intimident pas Azzédine Taïbi. Le maire communiste de Stains (Seine-Saint-Denis) aime tracer un parallèle entre les deux hommes, parce que les soutenir équivaut à se battre pour la justice et la dignité des peuples opprimés, mais aussi parce que ce combat le ramène aux origines de son engagement.

« Du local au global, il n’y a pas que le bout de la rue qui compte »

« Le prolongement est d’une telle évidence, souffle l’édile. J’ai adhéré au PCF en 1986, lors d’une grande campagne du Parti et de la JC pour la libération de Mandela et la fin de l’apartheid. De la même manière qu’il fallait du courage pour chercher la vérité et soutenir Mandela dans les années 1980, il en faut aujourd’hui pour réclamer la libération de Barghouti, retenu depuis quatorze ans dans les geôles israéliennes. » Un courage et une conviction qui ont été largement testés cette année, devant la justice. « Une banderole appelant à la libération de Barghouti orne l’hôtel de ville de Stains depuis 2009. Mais subitement, nous avons été attaqués par le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BBNVCA) qui nous accusait d’apologie publique d’un acte terroriste. Dans la foulée, et c’est peut-être le plus grave, le préfet a soutenu une plainte de l’opposition municipale de droite et réclamé le retrait de la banderole aux motifs qu’elle ne respectait pas le principe de neutralité, qu’elle poussait au trouble de l’ordre public et qu’elle n’avait aucun lien avec le développement de la commune. »

Dans son bureau, sous une poutre de ­l’hôtel de ville de Stains, situé dans les anciennes écuries d’un château détruit en 1870, ­Azzédine Taïbi raconte l’épreuve à la fois avec émotion et sérénité. Émotion parce que la violence de l’attaque et le lourd sens qu’elle porte le laisse encore songeur. Sérénité parce que la banderole de soutien avec Marwan Barghouti habille à nouveau la façade de la mairie. « La justice a récusé, un à un, tous les arguments des plaignants. C’est une belle victoire, non pas individuelle mais collective car l’État de droit a triomphé. Les pressions constantes et les amalgames honteux ne nous feront pas dévier de notre engagement pour les droits de l’homme », mesure-t-il. Persuadé qu’il faut « s’engager du local au global, parce qu’il n’y a pas que le bout de la rue qui compte », le maire a déjà hâte d’être à la prochaine Fête de l’Humanité, où « en quelques mètres on passe du stand de Stains à celui du Congo ou de l’Irlande, et où la Palestine est toujours mise à l’honneur ».

Né en 1964, Azzédine Taïbi a vu le jour à Neuilly-sur-Seine. « Mes parents habitaient Levallois. J’y ai fait mes premiers pas. C’était une ville communiste à l’époque. Puis on a déménagé. À Fontenay-sous-Bois, puis Champigny-sur-Marne. Que des villes rouges ! s’amuse-t-il. Ce parcours n’est pas anodin. Mon père était de la classe ouvrière. Il travaillait dans un garage. Ma mère était femme au foyer. Ils ont eu six enfants. C’est grâce aux villes communistes qu’ils ont pu quitter leur hôtel meublé et accéder à un logement digne, en HLM. La mode, aujourd’hui, est de critiquer les logements sociaux. Mais il ne faut pas oublier pourquoi il a été très important de les construire, notamment pour lutter contre les bidonvilles, et pourquoi il faut continuer, parce que le logement privé seul ne permettra pas à tous de se loger convenablement, et parce que les besoins sont énormes. En tant que maire, aujourd’hui, le problème numéro un dont me parlent les habitants, c’est le logement. Ici, les efforts sont faits. Ils doivent l’être partout en France. »

« Pour les villes populaires, l’austérité est une double peine »

Arrivé à Stains en répondant à une annonce pour être animateur, Azzédine Taïbi, bac électrotechnique en poche, devient éducateur puis reprend ses études jusqu’à ­décrocher une maîtrise en sciences sociales, axée sur la connaissance des banlieues. « Mon truc, c’était surtout l’éducation populaire. C’est comme ça que je suis devenu conseiller municipal puis adjoint, après que Stains m’a définitivement adopté. » Conseiller départemental depuis 2001, maire depuis 2014, il fait partie des « plumés de l’austérité » qui se sont mobilisés pour que les communes aient de quoi remplir leurs missions. « Pour les villes populaires, l’austérité est une double peine. Ici, en dehors d’une richesse humaine incroyable, la seule richesse de nombre d’habitants, c’est souvent les services publics. On ne peut pas et on ne veut pas laisser la République reculer, abandonner des citoyens et des territoires. On a beaucoup de boulot pour que le monde de demain ne s’adresse pas qu’aux riches ou aux identitaires. C’est un combat politique et idéologique. On le mène à fond », promet-il.

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