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18 juillet 2019 4 18 /07 /juillet /2019 07:50
De gauche à droite, Jean-Paul Cam, Julia Pordié, Jean-Michel Le Lorc’h et Eric Guellec. (Le Télégramme/Jean-Luc Padellec)

De gauche à droite, Jean-Paul Cam, Julia Pordié, Jean-Michel Le Lorc’h et Eric Guellec. (Le Télégramme/Jean-Luc Padellec)


  Publié le 16 juillet 2019
Jean-Luc Padellec - Le Télégramme Brest



« Il serait irresponsable de partir en ordre dispersé », clame Éric Guellec, élu chef de file par les adhérents communistes pour conduire les échanges avec toutes les forces de gauche en vue des municipales. Le PC brestois souhaite « un rassemblement le plus large possible, de la France Insoumise au PS ».
Les discussions officielles avec les autres forces de gauche ne débuteront qu’à la fin septembre. Mais pour le Parti communiste, il n’y a pas à tergiverser. « À l’heure où le nouveau monde à la Macron a déjà des allures d’Ancien régime, le rassemblement le plus large possible des forces de gauche et écologistes autour de contenus partagés reste la meilleure garantie de succès et le meilleur moyen de traduire en actes concrets et utiles pour la population, nos idées de progrès et de justice sociale », clame Éric Guellec.

Un été à la rencontre des habitants

Les communistes se disent « fiers des réalisations collectives menées ces trente dernières années par les majorités d’union de la gauche. Elles ont permis de faire de Brest un territoire de progrès et d’innovation sociale ». Cette fois encore, ils militeront donc pour un rassemblement qui puisse aller de la France insoumise au Parti socialiste. Pas simple sur le papier, car les mélenchonistes ont bataillé contre les politiques menées ces dernières années par les gouvernements socialistes.

« À Brest, beaucoup de leurs adhérents sont pourtant d’anciens socialistes », fait remarquer Jean-Paul Cam, pour qui rien n’est impossible. Il en veut pour preuve la naissance récente d’une coordination finistérienne, à l’initiative du PC, pour le référendum contre la privatisation des aéroports de Paris qui rassemblait ces mêmes forces politiques.

Mais avant d’échanger avec les partenaires, le PC achève un travail commencé au printemps, où les adhérents ont réfléchi aux propositions qu’ils mettront dans le pot commun. Ce travail effectué, ils mettront à profit la période estivale pour aller à la rencontre des habitants, dans les quartiers populaires, sur les marchés, mais aussi aux Jeudis du port, pour recueillir les idées des citoyens et ainsi enrichir leur projet.

Pour des transports gratuits jusqu’à 26 ans

Ils ont déjà listé leurs ambitions pour la ville. La première sera de répondre à l’enjeu social et environnemental. Une piste consiste à élargir l’accès gratuit au réseau de transports collectifs de l’agglomération. « La gratuité totale, c’est impossible, même si cela doit être l’objectif à terme. Mais pourquoi pas instaurer la gratuité jusqu’à 26 ans pour commencer ? » Autres suggestions, la mise en place une tarification sociale et incitative de l’eau, avec création d’un chèque eau et distribution gratuite des premiers mètres cubes pour tous les allocataires de la Caf. Et une remunicipalisation du service de restauration collective.

La deuxième ambition est de redonner de la force à la démocratie communale. À ce sujet, le PC souhaite formaliser un droit de saisine des conseils municipaux et métropolitains, et enrichir les méthodes de concertation et de participation citoyenne à un maximum de sujets et de dossiers. Ils estiment aussi que le budget participatif doit s’appuyer sur les équipements de quartier, afin d’accompagner davantage les habitants des quartiers populaires dans l’élaboration de projets. Enfin, pour améliorer la tranquillité urbaine, s’ils ne sont pas favorables à la création d’une police municipale, ils préconisent l’augmentation des moyens alloués à la prévention des risques délinquants.

  https://www.letelegramme.fr/finistere/brest/municipales-le-pc-souhaite-un-rassemblement-de-fi-au-ps-16-07-2019-12340556.php

 

Et dans Ouest-France: https://www.ouest-france.fr/bretagne/brest-29200/brest-le-pcf-veut-favoriser-le-bien-vivre-ensemble-6447957

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18 juillet 2019 4 18 /07 /juillet /2019 05:47

Alors que, mercredi, les ministres des Finances du G7 se réunissent à Chantilly, Attac propose la taxation unitaire, un outil pour faire contribuer à leur mesure les multinationales.

«Nous sommes là, devant Bercy, pour montrer que si nous, avec une petite dizaine d’experts, avons réussi à calculer la taxation unitaire de huit multinationales, l’administration fiscale, qui a beaucoup plus de moyens, peut aussi le faire », a lancé, ce lundi, Dominique Plihon, économiste et coordinateur du rapport sur la question publié par Attac le même jour. L’association propose en effet de changer la manière de calculer l’impôt des grands groupes. Il s’agit, en préalable, d’imposer le « reporting » public, pays par pays, des multinationales, comme cela a été fait pour les banques.

Une demande portée plus largement par la plateforme de lutte contre les paradis fiscaux et judiciaires, dont Attac fait partie ainsi qu’une vingtaine d’organisations comme la CGT, Oxfam, CCFD-Terre solidaire… Le but : obliger les multinationales à faire la transparence sur leurs filiales, leurs effectifs, leurs chiffres d’affaires et bénéfices réalisés dans chaque pays. Attac propose surtout de considérer fiscalement ces groupes comme une entité unique – d’où le nom de « taxe unitaire » – et d’imposer les bénéfices réalisés à cette échelle. Cela permettrait de court-circuiter l’essentiel des méthodes d’évasion fiscale employées par les multinationales, qui usent de filiales dans divers paradis fiscaux pour y faire transiter leurs bénéfices.

Amazon et Bayer-Monsanto auraient été taxés 70 % de plus

Pour calculer le montant d’imposition dont ces groupes devraient s’acquitter en France, Attac a choisi simplement d’utiliser le ratio de la masse salariale française et du chiffre d’affaires réalisé sur le territoire, rapportés aux résultats mondiaux publiés chaque année. « Une méthode amendable, c’est une première étape », explique Dominique Plihon.

En pratique, avec ce mode de calcul simple, les huit multinationales étudiées auraient payé, en 2017, dernière année où l’on dispose des données de comptabilité complètes des entreprises, entre 7 et 30 fois plus d’impôt sur les sociétés (IS) que ce qu’elles ont réellement versé. Le pire étant Total, qui n’a quasiment pas contribué sur ses bénéfices cette année-là. Son siège est en France, mais le groupe réalise notamment son activité en Afrique et disperse ses profits partout dans le monde. Le groupe a payé environ 31 millions d’euros d’IS en France et aurait dû, avec la méthode d’Attac, en débourser 914,6 millions… « Selon nos estimations, les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft – NDLR) et BNP Paribas auraient dû payer 2 milliards d’impôt sur l’exercice 2017, avec l’application de la taxation unitaire et du reporting pays par pays (…), soit une différence de 1,4 milliard d’euros », pointe le rapport. Amazon et Bayer-Monsanto auraient, eux, été taxés 70 % de plus.

Michael Tellmann, représentant d’Attac Allemagne, a fait également le déplacement devant Bercy. Il croit en l’importance d’enclencher cette mesure que d’autres pays suivront. « L’Inde est déjà d’accord pour appliquer cette taxation unitaire, assure-t-il. C’est encore plus important pour les pays en voie de développement, qui font face au néocolonialisme néolibéral et dont les administrations fiscales sont moins efficaces. » Et la France a montré qu’elle pouvait agir avec la « taxe Gafa » votée en juillet, mais qui est clairement insuffisante, comme l’a déjà démontré Attac.

Le moment est bien choisi, les ministres des Finances du G7 se réunissent ces mercredi et jeudi à Chantilly (Oise). Bruno Le Maire a placé cette rencontre préparatoire du sommet des chefs d’État du G7, prévu à Biarritz fin août, sous le thème « Rendre le capitalisme plus juste », avec l’objectif d’adapter la fiscalité internationale aux enjeux du XXIe siècle. « C’est vraiment hypocrite, car leur but est de perpétuer leur système, coupable des inégalités, de la destruction des espèces et du climat », déplore Sébastien Bailleul, délégué général du Centre de recherche et d’information pour le développement (Crid), et coorganisateur du contre-sommet du G7 qui se tiendra à Hendaye et Irun, pendant le sommet officiel.

 

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18 juillet 2019 4 18 /07 /juillet /2019 05:33

 

Au ministère des transports, Élisabeth Borne a « réformé » la SNCF. Le gouvernement juge aujourd'hui que c’est l'un de ses grands succès. Au ministère de la transition écologique, elle aura pour mission de faire la même chose avec EDF et de démanteler le service public façon puzzle.

Alors que le gouvernement se veut désormais le promoteur de la transition écologique, l’élève modèle des accords de Paris, quels signes faut-il voir dans la nomination express d’Élisabeth Borne au ministère de l’écologie, censé être un des plus importants du gouvernement ? Tout laisse craindre que ce ne soit pas celui du sursaut, de la rupture, de l’urgence qu’appelait de ses vœux Nicolas Hulot lors de sa démission fracassante en août 2018.

Au contraire. Après le bilan quasi inexistant de son prédécesseur, Élisabeth Borne semble appelée à s’inscrire dans une vision technocratique et néolibérale de l’écologie défendue par le gouvernement.

La manière dont Élisabeth Borne a été nommée est un premier signal. Moins de huit heures après la démission de François de Rugy, Élisabeth Borne a été désignée pour lui succéder. Cela peut s’interpréter comme la volonté de démontrer une certaine efficacité du gouvernement, désireux de ne pas réitérer le pataugeage qui avait suivi la démission de Nicolas Hulot.

Mais cela en dit surtout long sur la place que le gouvernement entend réserver à la transition écologique : Élisabeth Borne est une ancienne haute fonctionnaire, sans poids politique, qui a toujours été une parfaite exécutante des volontés gouvernementales. Ce que reconnaît Matignon implicitement : si elle conserve son portefeuille des transports en plus de celui de l’écologie, elle n’a pas rang de ministre d’État, à la différence de ses prédécesseurs.

En quelques mots, le chef de file des députés LREM, Gilles Le Gendre a résumé la façon dont il fallait analyser cette promotion : « Je salue la nomination d’Élisabeth Borne comme ministre de l’écologie. Notre groupe apprécie de travailler avec la ministre qui a déjà porté deux lois essentielles du quinquennat : la réforme de la SNCF et la loi sur les nouvelles mobilités », a-t-il indiqué sur son compte Twitter.

C’est la référence qui justifie la promotion d’Élisabeth Borne, selon le gouvernement : elle est la ministre qui a réussi à mener à bien la réforme de la SNCF. Là où tous les autres gouvernements, selon les discours à répétition de la majorité, avaient calé.

Avant même qu’elle soit complètement mise en œuvre, les usagers, les collectivités locales, les salariés commencent à prendre la mesure de ce qui s’annonce comme le démantèlement de la SNCF : les dessertes annulées, les petites lignes qui ferment sur tout le territoire, le fret ferroviaire qui périclite au bénéfice du camion, allant jusqu’à la fermeture de la desserte Perpignan-Rungis qui permettait d’assurer le transport de primeurs dans la nuit, contrairement aux engagements par Guillaume Pepy et Élisabeth Borne.

On peut y ajouter les guichets supprimés sur tout le réseau provoquant des files d’attente de plus de deux heures, même dans les gares principales, les trains qui ne sont plus signalés sur le site afin de pouvoir plus vite les supprimer par la suite, un changement de tarification qui provoque une explosion des prix des billets.

Au sein de l’entreprise publique, la désorganisation est totale. Les retards s’accumulent sur toutes les lignes, les équipements cassent faute d’entretien suffisant. Des salariés craquent, certains se suicident. Sans provoquer la moindre réaction de la direction de l’entreprise et de ses pouvoirs de tutelle.

Dans un gouvernement normal, cela aurait provoqué des questionnements, un rappel à l’ordre, voire la démission de Guillaume Pepy, au bilan catastrophique au terme de plus de vingt ans à la tête de la SNCF. Cela aurait pu même amener une remise en cause de la ministre chargée du dossier. Mais pas dans celui-ci.

Avant d’être ministre, directrice de cabinet de Ségolène Royal au ministère de l’écologie déjà, à la mairie de Paris, et chez Eiffage comme responsable de l’activité concession et partenariat public-privé, Élisabeth Borne a été aussi directrice de la stratégie de la SNCF. Elle partage les vues de la direction actuelle de l’entreprise publique sur ce qu’il convient d’y faire : une transformation radicale de la SNCF en entreprise privée, jusqu'à la caricature.

Le gouvernement est en phase avec cette vision. Comme il le dit si souvent, il « assume ». Pour lui, la réforme de la SNCF est un succès complet. Derrière une pseudo-concertation, il a contraint les syndicats de la SNCF à plier. Malgré le plus long mouvement social dans l’histoire de l’entreprise, les cheminots ne sont pas parvenus à bloquer le pays. Le service public a été mis en miettes, le statut a été brisé. Les pans les plus rémunérateurs vont pouvoir être rétrocédés au privé.

Que cette victoire idéologique se paie au prix d’une aggravation des fractures territoriales, d’une destruction au moins partielle du transport ferroviaire, considéré pourtant comme le moins nuisible à l’environnement, n’est qu’accessoire. Le fer n’est qu’un moyen comme un autre dans le grand plan des « mobilités » vues selon le ministère des transports. À côté, il y a le transport aérien et maritime, que la ministre des transports ne voulait surtout pas taxer, même si elle a dû faire partiellement marche arrière. Il y a surtout le transport routier, les camions, les bus si chers à Emmanuel Macron, les voitures.

Les dessous de l’« amendement Total »

Élisabeth Borne aime la route, surtout quand elle est en concession. Alors qu’elle était directrice de cabinet de Ségolène Royal, elle a été avec Alexis Kohler, alors directeur de cabinet d’Emmanuel Macron au ministère de l’économie, la cheville ouvrière qui a permis de tuer dans l’œuf les velléités des parlementaires qui souhaitaient reprendre le contrôle des autoroutes, jugeant l’expérience de la privatisation « catastrophique ».

Ce sont ces deux hauts fonctionnaires qui ont négocié le protocole d’accord d’avril 2015 entre l’État et les sociétés concessionnaires, signé par leurs ministres respectifs. Cet accord a permis dans la plus grande opacité d’allonger jusqu’à six ans les concessions accordées aux groupes privés, et d’élaborer un rattrapage tarifaire qui se traduit par un surcoût de 500 millions d’euros pour les usagers, selon les calculs de l’Autorité de régulation de transport ferroviaire et routier (ARAFER).

Cet accord fait l’objet aujourd’hui d’un recours gracieux auprès du premier ministre, de la part de l’ancien élu écologiste, Raymond Avrillier. Il y dénonce un « contrat est manifestement contraire à l’intérêt général », signé par des ministères qui n’avaient pas «  compétences pour le faire ».

Alors que la révolte des « gilets jaunes » a mis l’accent notamment sur la privatisation des autoroutes, la ministre des transports ne semble en avoir tiré aucune conclusion. Dans le cadre de la loi sur les mobilités, deux amendements (ici et là) ont été présentés par le député LREM Joël Giraud lors de la discussion en commission des finances.

Le premier en particulier vise à « faire porter, par une délégation de service public, la création ou l’aménagement d’infrastructures à gabarit routier afin de faciliter, sécuriser ou fluidifier l’accès à une autoroute ou aux itinéraires qui la prolongent ». En d’autres termes, le texte a pour objet de permettre la privatisation de certaines routes ou portions de routes nationales, comme le demandent depuis des années les sociétés autoroutières.

À l'Élysée lors de la signature de la réforme législative de la SNCF en juin 2018. © SNCF

Interrogée en avril sur l’idée de privatiser les routes nationales, Élisabeth Borne avait démenti. « Non, enfin a priori, je vous dis… ça fait des années que les sociétés d’autoroutes trouvent toutes sortes d’idées pour prolonger leur contrat, je pense que ces contrats, ce n’est pas l’intérêt de l’État, ce n’est pas l’intérêt des Français qu’on les prolonge indéfiniment », avait assuré celle qui avait aidé à leur prolongation.

Pourtant, lorsque les deux amendements ont été présentés en commission des finances, le gouvernement, d’habitude si prompt à faire rejeter ce qui ne lui convient pas, n’a rien dit. Et les deux amendements ont été adoptés et continuent à cheminer au Parlement.

À la suite de ces adoptions, le ministère des transports est resté silencieux. Mais le ministère de la transition écologique avait alors démenti tout projet de privatisation des routes nationales. « C’est la proposition des sociétés d’autoroutes, dont elles font la promotion depuis longtemps, ce n’est pas pour autant le plan du gouvernement », assurait-il alors.

Le fait qu’Élisabeth Borne cumule désormais les deux portefeuilles pourrait peut-être permettre de réconcilier les points de vue, mais pas forcément en faveur de l’écologie et de la défense de l’intérêt général.

La priorité d’Élisabeth Borne, cependant, n’est pas celle-là. « Au travail dès demain avec Brune Poirson et Emmanuelle Wargon » a-t-elle déclaré, en remerciant Emmanuel Macron et Édouard Philippe pour sa nomination au ministère de la transition écologique.

Dés le 18 juillet, la ministre va être à pied d’œuvre : elle doit défendre le projet de loi énergie et climat en lecture au Sénat. C’est d’ailleurs peut-être aussi l'une des raisons qui expliquent sa nomination express.

Car le texte est de la plus haute importance pour le gouvernement. Officiellement, il s’agit d’adapter un certain nombre de réglementations pour les mettre en conformité avec les accords de Paris, de promouvoir l’isolation des bâtiments, de réduire la consommation d’énergie.

Mais il y a un article 8 dans ce texte : celui qui révise l’accès régulé à l’énergie nucléaire historique (ARENH) produite par EDF. C’est celui-là qui importe au gouvernement, qu’il ne fallait surtout pas retarder.

En première lecture à l’Assemblée, plusieurs députés avaient proposé des amendements pour mieux encadrer l’accès à la production d’EDF, afin de limiter les pratiques opportunistes de fournisseurs qui ne sont que des traders sur le marché de l’électricité, mais n’ont aucune capacité de production électrique (voir notre enquête sur les tarifs de l’électricité).

Tous ont été rejetés. En revanche, le gouvernement a introduit, par le biais d’un amendement, un changement majeur : il propose que la production d’électricité produite par EDF offerte aux fournisseurs indépendants à prix encadrés, jusque là limitée à 100 TWh par an, soit portée à 150 TWh dès le 1er janvier 2020.

Les connaisseurs du dossier ont baptisé ce texte l’amendement Total. Le PDG du groupe pétrolier ne cache plus ses ambitions de devenir un concurrent frontal d’EDF et d’avoir accès à l’ensemble de l’énergie nucléaire produite par le groupe public, sans avoir à assumer les contreparties, les risques et les charges du nucléaire. Et c’est ce qui est en train de se passer.

Cet article 8 dans la loi énergie climat est le premier étage de la fusée qui vise à supprimer le service public de l’énergie, à démanteler EDF (voir nos enquêtes ici et ). Une réforme voulue par Emmanuel Macron alors qu’il était déjà ministre de l’économie et qui se prépare dans les coulisses depuis plusieurs mois.

Alors que la direction d’EDF est censée présenter son projet de réorganisation à la fin de l’année, tout est déjà en place pour éclater l’entreprise publique. Tout de suite après l’adoption du texte changeant les conditions d’accès à l’énergie produite par EDF, le gouvernement a prévu d’aller porter la réorganisation de l’entreprise devant la Commission européenne, afin de pouvoir nationaliser le parc nucléaire et d’en disposer comme il l’entend, ce qui reviendra à transformer EDF en bad bank du nucléaire, de filialiser et de privatiser toutes les parties rentables et sans risque.

Que devient la sécurité énergétique ? Comment assurer la sécurité du parc nucléaire lors des période de sécheresse de plus en plus fréquentes et prolongées, tout le refroidissement du parc reposant sur les rivières ? Comment préparer la transition énergétique, promouvoir les énergies renouvelables ? Comment s’assurer des technologies nécessaires pour favoriser leur développement ? Toutes ces questions sont annexes pour le gouvernement. L’important est le Meccano capitalistique permettant de détruire un groupe public afin de favoriser l’émergence des forces de marché.

Car pour lui, la politique écologique ne peut échapper aux principes néolibéraux: c’est le signal prix, soutenu par la dérégulation des tarifs, la taxe carbone et autres, qui va favoriser le changement de comportement et l’émergence de moyens nouveaux. Toute l’histoire du marché de l’électricité prouve l’inverse : les équipements de production à forte intensité capitalistique demandent des environnements stables et régulés sur très longue période, des engagements de long terme de l’État ou des collectivités.

C’est là la mission d’Élisabeth Borne au ministère de la transition écologique. Forte de son « succès » à la SNCF, elle a désormais pour feuille de route de faire la même chose à EDF, de démanteler façon puzzle le service public de l’énergie, d’en finir avec EDF. Un vrai programme écologique, de justice, de responsabilité sociale et environnementale.

 

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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 08:39
Le zoulou blanc, Johnny Clegg est décédé
Mardi, 16 Juillet, 2019 - L'Humanité

Le musicien sud-africain Johnny Clegg, surnommé le "Zoulou blanc", est décédé mardi des suites d'un cancer à l'âge de 66 ans.

 
"Johnny est décédé paisiblement aujourd'hui, entouré de sa famille à Johannesburg (...), après une bataille de quatre ans et demi contre le cancer", a déclaré son manager, Roddy Quin sur la chaîne de télévision publique SABC. "Il a joué un rôle majeur en Afrique du Sud en faisant découvrir aux gens différentes cultures et en les rapprochant", a-t-il ajouté dans un communiqué. "Il nous a montré ce que cela signifiait d'embrasser d'autres cultures sans perdre son identité".
Johnny Clegg a puisé dans la culture zoulou son inspiration pour concevoir une musique révolutionnaire où les rythmes africains endiablés cohabitent avec guitare, clavier électrique et accordéon. Son album "Scatterlings of Africa" en 1982 l'avait propulsé en tête des hit-parades en Grande-Bretagne et en France. L'un de ses plus grands tubes planétaires, "Asimbonanga" ("Nous ne l'avons pas vu", en langue zoulou), est dédié à Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid. Le chanteur et danseur, qui souffrait d'un cancer du pancréas, avait récemment fait une tournée mondiale d'adieu.
Lorenzo Clément avec AFP.
 
Liens transmis par André Garçon:
 
Johnny Clegg, le Zoulou blanc
un film fort sur ce très grand artiste militant antiraciste et anti-apartheid :
 
En 2014, Johnny Clegg était aux Jeudis du Port à Brest :
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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 08:34
Photo Le Télégramme - Mariano Otero devant sa galerie à Dinard.

Photo Le Télégramme - Mariano Otero devant sa galerie à Dinard.

Le bel hommage de Pierre Dharréville au peintre Mariano Otero décédé la semaine passée.

Mariano Otero s’en est allé …

Un homme profondément attachant, un artiste au talent reconnu et un militant apprécié, Mariano Otero, s’en est allé. Il était membre du Parti communiste depuis son adhésion aux Jeunesses Communistes dans son adolescence. Fils de républicain espagnol, exilé en France dès 1956, il a été de tous les combats pacifistes et antifascistes. Arrivé adolescent en Bretagne, il n’a jamais cessé de peindre son Espagne natale, une Espagne déchirée et brisée par la dictature. Il s’était aussi consacré à des portraits de femmes : ses danseuses de tango sont une invitation au voyage et à la sensualité, autant d’hymnes à la vie.
Affichiste, il dénonçait le fascisme, la guerre, la dictature... A ce titre, il réalisa également plusieurs œuvres pour la fédération du Parti communiste français d’Ille-et-Vilaine.
Les communistes français saluent sa mémoire et présentent toutes leurs condoléances à son épouse et à ses enfants.


Pierre Dharréville, délégué du PCF à la Culture, député des Bouches-du-Rhône

Le 15 juillet 2019.

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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 06:03
14 juillet, cérémonie du 75e anniversaire des combats du maquis de Kernabat à Scaër - Discours de Yoann Daniel pour l'ANACR

J'ai eu l'honneur d'écrire et de prononcer, ce dimanche 14 juillet, l'allocution de l'ANACR lors de la grande cérémonie du 75e anniversaire, organisée en hommage au maquis de Kernabat à Scaër, et des 18 jeunes hommes tombés ce jour de juillet 1944. Le voici :

"Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs de la gendarmerie, sapeurs pompiers,
Mesdames et Messieurs les anciens résistants, descendants de résistants,
Mesdames et Messieurs les portes-drapeaux,
Chers amis fidèles de la résistance et du devoir de mémoire,

75 ans. 75 ans, c'est presque le temps d'une vie. C'est largement suffisant pour l'oubli. Heureusement, nous sommes encore nombreux à entretenir la mémoire de la résistance. Et c'est pourquoi il nous semblait important, en ce 14 juillet, ce jour où chacun dans nos villes et villages allons célébrer la Fête Nationale, de nous réunir d'abord ici, à Kernabat, puis à Quillien, pour nous rappeler ce moment de notre histoire. Pour se souvenir des 18 jeunes hommes tombés ici. Pour nous réunir en dignes héritiers de leur combat, de leur sacrifice. Ainsi, nous restons fidèles aux résistants, et aux déportés qui dans les camps de concentration et d'extermination se passaient ce message, relayé plus tard par Simone Veil : « Rentrez et racontez, pour que l'on sache, et que cela ne puisse plus se reproduire » .

80 ans. 80 ans n'ont pas suffit pour tirer toutes les leçons de l'Histoire, pour ne pas se laisser tenter par les mêmes processus qui ont conduit le monde vers la plus grande barbarie de son histoire moderne. L'Homme se laisse encore tenter par le repli sur soi, le rejet de l'autre, le nationalisme exacerbé, la violence, la guerre et le fascisme. Ce même cocktail explosif qui a conduit presque démocratiquement Hitler au pouvoir, qui a fait le lit du 3e Reich, et qui déclara la guerre à la France en septembre 1939. Le nouveau monde dont nous parle trop souvent a le goût rance et l'odeur de souffre. Il nous montre trop souvent l'impression d'un « Déjà vu ».

100 ans. Plus d'un siècle s'est écoulé depuis la mise en garde de Jean Jaurès lorsqu'il s'opposait à la première boucherie mondiale. Aujourd'hui, nombreux sont les signes inquiétants et nous devons répéter sans cesse les mots de Jaurès : « Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l'état de l'apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nuée dormante porte l'orage ».

1 an. Il y a un an, grâce au travail de tous les gardiens de la mémoire, avec le soutien des familles, les jeunes du Conseil Municipal de Scaër redonnaient un visage aux 18 héros tombés à Kernabat. « A chaque rue de Scaër, de Tourch, de Rosporden, de Coray… A chaque rue sa peine, à chaque croix son martyr », dit-on.

Mais derrière l'Histoire se cache toujours des hommes, des femmes, des fils et des filles, des histoires intimes, des convictions, des luttes, des tempéraments, des doutes, des peurs… Et pour tous, l'acceptation d'une mort possible, mais certainement l'envie de vivre libre chevillée au corps. Ils étaient « nous », ouvriers, paysans, artisans, commerçants..., « juste quelques hommes, quelques hommes Justes ».

75 ans. Et si peu de survivants. Si peu de vivants . Tant d'hommages à rendre, tant à mettre en terre. Le temps est un ennemi implacable. Imbattable. 75 ans pendant lesquelles les acteurs de la résistance, leurs héritiers, les citoyens de ce pays, vous et tant d'autres, ont raconté l'histoire…. Dans les livres, les écoles, au cours des cérémonies, dans des documents, pour que rien ne tombe dans l'oubli… Comment pourrions nous d'ailleurs oublier les paroles de Léonard Cohen dans sa chanson « Le Partisan » : « Les allemands était chez moi. Ils m'ont dit résigne toi, mais je n'ai pas peur. J'ai repris mon arme. J'ai changé 100 fois de noms, j'ai perdu femme et enfants, mais j'ai tant d'amis. J'ai la France entière ! Un vieil homme dans un grenier, pour la nuit nous a caché, les allemands l'ont pris. Il est mort sans surprise ! ».

75 ans pour tracer ici le chemin de la mémoire, y associer la population, les propriétaires, les élus, alors que dans les manuels scolaires, l'épisode de la résistance, comme ils disent, se réduit comme peau de chagrin… Comme un détail de notre histoire commune. Et encore tant de travail à effectuer : rendre toute leur place aux femmes dans la résistance, sans qui rien n'aurait été possible, associer les populations civiles qui elles aussi ont payé un lourd tribu, rendre une justice équitable à ceux qui ont été jugé à l'issue de la libération.

Tant d'années passées, tant de rassemblements ici à Kernabat et Quillien, avec en tête la phrase de Lucie Aubrac : « Le verbe « résister » doit toujours se conjuguer au présent ». Alors notre message va vers la jeunesse qui reprend le flambeau. Celle vers laquelle Simone Veil confiait sa confiance , je cite : « « Les jeunes générations nous surprennent parfois en ce qu'elles diffèrent de nous. Nous les avons nous-même élevées de façon différente de celle dont nous l'avons été. Mais cette jeunesse est courageuse, capable d'enthousiasme et de sacrifices comme les autres. Sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême » .
Et dans sa merveilleuse chanson « Jeunesse, Lève toi ! », Damien Saez vous exhorte, je cite encore :
Puisqu'ici il n'y a qu'au combat qu'on est libre
De ton triste coma, je t'en prie libère-toi !
Puisqu'ici il faut faire des bilans et du chiffre
Sont nos amours toujours au bord du précipice,
N'entends-tu pas ce soir chanter le chant des morts
A la mémoire de ceux qui sont tombés pour toi
Jeunesse lève toi !

Nous associons à ces paroles, Pierre Hugues, des Freedom Angels, association qui participe aux reconstitutions que nous avons organisé au Grand Champ à Scaër. Vous avez pu assister hier au parachutage sur Kernabat, et nous vous invitons à venir découvrir aujourd'hui le camp allié, la vie des résistants, le matériel, sur le même site. Et nous les remercions évidemment de faire de ce 75e anniversaire un événement si particulier à Scaër.

Aussi, il nous faut rappeler en quelques lignes les faits qui se sont déroulés ici, il y a 75 ans précisément.
Ici, Radio Londres : « Les Français parlent aux Français ! Message personnel : Le Vent souffle dans les blés ». Ce message est capté le 14 juillet 1944, vers 11 h 00, au PC installé à Guerveur. Il annonce un second parachutage de vivres et matériels pour le soir même sur le terrain « Pêche » à Miné Kervir. Le vent souffle dans les blés pour les maquisards de Scaër, Tourc'h, Coray, Rosporden et communes alentours portant en lui les premières effluves des combats de la libération ! Car ce 14 juillet 1944, les échos du débarquements, des premières villes libérées, enthousiasment la France et les forces combattantes de l'Intérieur. Le maquis du Vercors proclame le rétablissement de la République, et l'abrogation des lois du régime de Vichy ! Dans de nombreuses villes et villages, on s'apprête à défier l'ennemi.

Tout cela s'organise dans le cadre de l'Opération Jedburgh. Dans le nuit du 9 au 10 juillet, un commando et 16 tonnes de matériels, carabines, explosifs, et une radio sont larguées du ciel. La réception se passe bien, mais des échanges de coups de feu ont lieu avec une troupe de la Wermacht, probablement en route vers une permission… Le maquis est repéré. Les guetteurs allemands sont aux aguets !

Démasqués par l'occupant allemand, ils sont plus de 200 personnes mobilisés pour l'opération. Le balisage du terrain est en place et au début de la nuit du 15 juillet, vers 0 h 30, plus de 16 tonnes sont larguées à l'endroit indiqué puis acheminées vers le lieu de stockage à Kernabat. La mission est accomplie mais un millier de soldats allemands, dès l'aurore, ratissent les environ de Coadry. La bataille de Kernabat-Quillien est lancée avec un rapport de force que même le courage le plus absolu ne peut inverser. 18 jeunes hommes, âgés de 19 à 32 ans, dont nous égrainons les noms dans l'appel aux morts, sur lesquels nous mettons un visage, dans les pas desquels nous marchons sur le chemin de la mémoire, seront tués, parfois dans d'atroces circonstances. La violence des nazis, tels des chiens acculés au mur et sentant la débâcle, est sans limite.

Non, leur sacrifice ne fut pas vain. La bataille qui mena à leur perte est la conséquence d'actes courageux et désintéressés réprimés dans le sang. Il s'inscrit dans un ensemble qui ne laissa aucun répit à l'occupant et qui fini par le faire reculer.
Non, célébrer leur sacrifice chaque année n'est pas vain. C'est sain. C'est vital. Et le détail des faits que nous venons de rapporter doit être raconté pour que notre passé, aussi douloureux soit-il, nous permette de bâtir un meilleur avenir, pour qu'aucun sacrifice ne soit plus jamais nécessaire. C'est pourquoi nous devons nous rassembler toujours plus nombreux, ici, chaque année.
C'est pourquoi, ce que nous faisons, est chaque fois plus indispensable que l'année précédente.
Que la mémoire des résistants et de la résistance nous enseigne la vigilance, la détermination, la volonté de paix et de fraternité pour continuer à avancer vers les idéaux de liberté et de démocratie de nos glorieux aînés. C'est le sens de notre message.
Je vous remercie pour votre attention et votre présence nombreuse à cette commémoration."

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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 05:59
Glenn Le Saoût, Catherine Grall, Michel-Thierry Atangana, Ismaël Dupont, René Grall - Saint-Pol-de-Léon, 13 juillet 2019

Glenn Le Saoût, Catherine Grall, Michel-Thierry Atangana, Ismaël Dupont, René Grall - Saint-Pol-de-Léon, 13 juillet 2019

Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Nous avons vécu une rencontre marquante et émouvante avec Michel Thierry Atangana, né en 1964 à Yaoundé au Cameroun, français depuis 1988, ce samedi 13 juillet à Saint-Pol-de-Léon, ville dont Michel Atangana est devenu le citoyen d'honneur. Il était accueilli au départ ado à Perharidy où il se faisait soigner au centre héliomarin pour des problèmes de dos et chez la famille Grall qui hébergeait des enfants en soins éloignés de leur famille pour leur apporter de la chaleur humaine. Catherine Grall travaillait à ce moment-là justement avec les enfants à Perharidy.
 
Glenn Le Saoût avait participé à l'émouvante cérémonie organisée par le maire de Saint-Pol-de-Léon Nicolas Floch durant laquelle Michel-Thierry Atangana a été fait citoyen d'honneur de la ville de Saint-Pol-de-Léon le samedi 29 juin dernier. Le chroniqueur Afrique du journal "Le Monde", Daniel Le Bigot, en a tiré un article très documenté au titre sans ambiguïté:
"La France doit se racheter d'avoir abandonné Michel-Thierry Atangana durant 17 ans" (Le Monde, 2 juillet).
 
RFI qui avait défendu Michel pendant son emprisonnement a aussi soutenu la demande de réhabilitation, comme d'autres grands médias africains comme "Jeune Afrique".
Glenn Le Saoût et moi avions rencontré déjà dans la semaine au local du PCF à Morlaix René et Catherine Grall. Ce sont les très courageux animateurs du comité de soutien de cet économiste et financier français travaillant pour des investisseurs internationaux emprisonné de manière arbitraire et inhumaine sous de faux prétexte et par cupidité par des ministres du président Biya, avec le soutien du dictateur, et laissé pendant 17 ans dans une cellule de 7m2 sans fenêtre, de 1997 à 2014, sans guère de soutien des politiques français malgré une condamnation du Cameroun par la commission d'enquête internationale de l'ONU dans cette affaire et le soutien d'ONG comme Amnesty international.
Catherine et René n'ont eu de cesse pendant des années, quand ils ont appris l'apprisonnement de Michel Thierry Atangana, d'interpeller l’État, les médias, l'opinion publique, pour que pression soit faite sur les autorités camerounaises, puis, à la libération de Michel, pour qu'il soit pleinement réhabilité. Il faut dire que jusqu'en 2013, Hollande, qui rencontrera plus tard Michel Thierry Atangana et sera impressionné par la valeur de cette homme et sa résolution, maintient encore officiellement sa croyance au "crime" de corruption et d'abus de bien public prétendument commis par l'économiste.
Manière de ne pas contrarier l'ami Paul Biya, chez lequel des groupes français, et en particulier Bolloré, ont tant d'intérêts?
Pourtant l'avis n°38 du groupe de travail sur la détention arbitraire du Conseil des droits de l'homme de l'Assemblée Générale de l'ONU (avis arrêté après aller-retour avec l’État concerné, à vrai dire sans réponse du Cameroun) est formel: 
"Le 12 mai 1997, M. Atangana a été interpellé, sans mandat d'arrêt, par des éléments des forces spéciales du Groupement spécial d'opération puis détenu par la police judiciaire à Yaoundé. M. Atangana est détenu depuis le jour de son arrestation... dans une cave du secrétariat d'Etat à la défense, en isolement total, sans accès aux soins et sans communication avec le monde extérieur et en particulier avec sa famille, mettant gravement en danger sa santé physique et mentale..." .
L'avis laisse entendre que le lien fait par le pouvoir entre l'administrateur financier chargé de piloter un gros projet d'investissement dans les routes camerounaises et un candidat d'opposition (lien toujours nié par Michel Atangana) n'est pas sans rapport avec son arrestation et que les procédures juridiques normales n'ont pas été respectées. En réalité, des ministres du président Biya ont saisi le prétexte d'un lien supposé avec un challenger politique pour faire main basse sur l'argent des sociétés dont Michel Thierry Atangana était le mandataire pour un gros projet d'investissement en travaux publics, et sur l'argent de Michel-Thierry Atangana, tout en l'accusant lui-même de corruption alors qu'il gérait des fonds privés, et non publics. 
Il a été condamné après plusieurs semaines de détention administrative après un procès expédié de nuit, sans avocat ni possibilité de se défendre, à 15 ans de prison. Malgré une ordonnance de non-lieu en 2008, il est resté en détention et a été à nouveau condamné pour les mêmes faits à 20 ans de prison en 2012.  Du côté des autorités françaises, il faudra attendre l'implication de Bruno Gain, ambassadeur de France au Cameroun (2009-2013) pour que Michel-Therry Atangana bénéficie enfin de la protection consulaire à laquelle tout citoyen français détenu à l'étranger a droit mais qu'aucun prédécesseur n'avait jugé utile de faire appliquer. Et c'est le président Hollande qui va obtenir sa libération, après des mois de silence et de tergiversations, le 24 février 2014. 
René et Catherine Grall, et Michel Thierry Atangana nous ont remis les dossiers d'une grande partie des démarches effectuées par le comité de soutien, des correspondances avec l'ex président Hollande, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le rapport de l'ONU sur cette affaire, les preuves du caractère extrêmement tardif de la prise en compte par la France de l'innocence et de l'enfermement arbitraire de son ressortissant, Michel, français depuis 1988.
Michel Atangana réclame aujourd'hui un décret de réhabilitation, une indemnisation par l'état camerounais (aujourd'hui, ses biens ont été confisqués, ses comptes bancaires français bloqués suite à une commission rogatoire camerounaise) et une loi qui protège mieux les ressortissants français a l'étranger en créant notamment une possibilité d'alerte et de démarche auprès de la commission Droits de l'Homme de l'ONU pour leurs municipalités de résidence, afin que la protection diplomatique ne soit pas à géométrie variable et dépendant essentiellement des intérêts financiers et stratégiques de la France et de la seule realpolitik.
Nous allons travailler a ce que cette juste cause soit entendue et puisse aboutir.
Trois députés communistes de Seine Maritime s'associent déjà à un appel (pas encore publié) "pour que la France n'abandonne plus jamais les siens", comme Michel Atangana: Sébastien Jumel, Jean-Paul Lecoq, et Hubert Wulfranc.
Avec d'autres parlementaires de droite, du centre et de gauche... Une quarantaine en tout à ce stade.
Cet appel des parlementaires est le suivant:
"Pour que la France n'abandonne jamais plus les siens!
Il y a cinq ans, Michel-Thierry Atangana était libéré de sa geôle camerounaise. (...)
Malgré la décision prise à son profit par les Nations-Unies, Michel-Thierry Atangana a certes retrouvé sa liberté mais pas sa vie.
Sa réputation est entachée par une condamnation inique entravant sa carrière de financier de haut vol. Ses comptes bancaires français sont bloqués parce que notre pays n'applique pas les décisions de l'ONU et répond favorablement aux commissions rogatoires camerounaises visant à geler les avoirs de M. Atangana en France.
(...)
Le cas emblématique de Michel-Thierry Atangana doit servir de point de départ à une réflexion collégiale sur un renforcement de la protection juridique des Français à l'étranger.
(...)
Désormais, nous devons aller plus loin, plus vite.
- Prendre en commission des lois cet avis déclaratif qui consacrerait en droit interne l'Avis rendu par les Nations-Unies préconisant la réhabilitation et l'indemnisation intégrales de Michel-Thierry Atangana.
- Faire adopter la proposition de loi en cours de rédaction qui renforcerait la protection des Français à l'étranger contre l'arbitraire. Nous prémunissant de violation des droits de nos concitoyens par instrumentalisation judiciaire.
..."
 
Cette sombre affaire éclaire aussi certains aspects peu reluisants de la françafrique et des intérêts français qui y font bon ménage avec les dictatures.
Pour Michel-Thierry Atangana, il n'y a pas de pire ennemi pour l'homme et notre époque que l'indifférence qui nous fait tout accepter. "L'indifférence est un cancer qui tue la vie".
Lui aurait pu accepter un poste pépère "de dédommagement modique pour se taire", de la part du Cameroun (on lui a proposé un poste de ministre à sa libération!!!) ou de la France, mais Michel n'a qu'un souhait: que justice et réparation soient enfin effectuées, que les mêmes injustices contre des ressortissants français abandonnés par leur État ne puissent se reproduire aussi facilement.
 
Ismaël Dupont, le 14 juillet 2019
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:38
Moscou: 1936. Costante Masutti avec Othello et Gisèle. Photo volée dans une correspondance privée par les services de renseignement fascistes

Moscou: 1936. Costante Masutti avec Othello et Gisèle. Photo volée dans une correspondance privée par les services de renseignement fascistes

Costante Masutti, l'étrange destin d'un ouvrier antifasciste et communiste italien réfugié en France et en URSS - Le Livre de Nella et archives Bérénice Manac'h
Costante Masutti, l'étrange destin d'un ouvrier antifasciste et communiste italien réfugié en France et en URSS

Source unique pour l'ensemble de l'article (avec sa permission):

Bérénice Manac'h, Le livre de Nella, 2019, Skol Vreizh

et Documents d'archives: Bérénice Manac'h, la petite-fille en ligne maternelle de Costante Masutti

Tous nos remerciements à Bérénice, d'abord pour son beau et passionnant livre, la conférence qu'elle a donné pour les Mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix le 2 juillet 2019, ensuite pour la mise à disposition de ces documents, rares et précieux.  

Costante Masutti: une jeunesse ouvrière marquée par la précarité et la Grande Guerre

L'histoire commence à Pordenone, une ville du Frioul dans le nord-est de l'Italie non loin des derniers contreforts des Dolomites. C'est une vieille région d'industrie cotonnière et de filatures, une des plus pauvres d'Italie, une des principales terres d'émigration.

Costante Masutti naît en 1890 dans une famille nombreuse du bourg de Prata. Il doit quitter l'école à l'âge de 9 ans ou 10 ans pour aller travailler avec un de ses frères dans les fours à brique de Rivattora. Lever à 4 heures du matin pour rejoindre le lieu de travail. On ne rentre le soir que vers 21 heures.

Une tante de Costante le prend avec elle à Pordenone et lui trouve une place d'apprenti coiffeur à 12 ans puis il est employé à la grande cotonnerie Amman où il fait les trois-huit avec l'équipe de nuit pour gagner quelques centimes de plus. 

" Avant même son 15e anniversaire, Costante part pour la Suisse où il occupe un emploi de manœuvre à  Saint-Gall. Il devient plâtrier. Pendant l'hiver, lorsque les chantiers s'interrompent, il rentre chez sa tante à Pordemone qui lui a trouvé une place de domestique dans un hôtel. Au printemps, il repart pour la Suisse où son emploi est assuré. Là-bas, il se syndique, fréquente des associations ouvrières et, déjà, s'engage en faveur de ce qui sera sa cause pendant toute sa vie: défendre les exploités contre les exploiteurs".

A 19 ans, il fait la cour à une orpheline qui vit chez sa tante Giovanna, une femme austère qui entend lui donner une bonne éducation: Teresa Gaudenzio.  Teresa travaille comme couturière.

Les noces ont lieu en mars 1912, Teresa a 20 ans et Costante 22 ans. Les époux, brouillés avec la tante de Teresa qui n'accepte pas ce mariage, prennent le chemin de la Suisse. Leur première fille Gemma, née à Saint-Gall, mourra prématurément, atteinte de poliomyélite, à 3 ans et demi, un après la naissance d'un petit frère, en 1915.  

Teresa est rentré à Pordemone avec son frère et sa petite, tandis que Costante a rejoint la Ruhr en Allemagne où il espérait pouvoir trouver du travail, avant d'être mobilisé comme soldat dans une section d'assaut en 1915.

La région du Frioul est dévastée par la guerre, le front s'établit à quelques kilomètres de Pordenone. Après l'effroyable défaite de l'armée italienne à Caporetto, Costante se retrouve à l'arrière près de Brescia avec les troupes en déroute. Il fait venir Teresa et leur petit Angelo, leur troisième enfant, Nella, naît le 23 août 1918 à Castenedolo de Brescia en pleine épidémie de "grippe espagnole". 

A son retour à Pordenone à la fin de la guerre, la famille Masutti trouve une région dévastée. Dans les usines, les machines ont été emportées par l'occupant ou détruites. Les voies de chemin de fer et les ponts sont démolis. Les étables sont vides, l'outillage agricole brisé. Le chômage atteint un niveau catastrophique en raison du retour de dizaines de milliers de réfugiés, de l'afflux des démobilisés et de la suspension temporaire de l'émigration.

Costante devient l'organisateur et le responsable de la puissante Ligue Socialiste du bâtiment qui compte plus de 10 000 adhérents dans la région. Il préside aussi la Ligue prolétarienne , une organisation d'anciens combattants qui s'oppose à l'Association nationale, jugée chauvine et militariste. Il est secrétaire de la section socialiste de Pordenone et conseiller municipal après les élections d'octobre 1920. Il se rallie dès le mois de décembre 1920 à ceux qui veulent créer le nouveau parti communiste, finalement officialisé début 1921 par la scission de Livourne.   

Photo de la fiche de police et de l'avis de recherche de Constante Masutti  - vers 1920

Photo de la fiche de police et de l'avis de recherche de Constante Masutti - vers 1920

Costante Masutti et Pietro Sartor (à gauche), premier dirigeant du Parti Communiste de Pordemone - 1921 - ils se sont exilés ensemble en Suisse après l'affaire Salvato

Costante Masutti et Pietro Sartor (à gauche), premier dirigeant du Parti Communiste de Pordemone - 1921 - ils se sont exilés ensemble en Suisse après l'affaire Salvato

Le combat contre les fascistes et l'affaire Arturo Salvato  

"Cette année 1921 est un tournant crucial pour Pordenone la rouge, qui résiste de toutes ses forces aux agressions des fascistes, dont les bandes armées terrorisent le pays. A la veille des élections parlementaires de mai 1921 a lieu la journée historique des barricades de Torre, un faubourg de Pordemone. Ce sera un des premiers exemples de la résistance armée au fascisme en Italie. L'armée et les forces de sécurité interviennent. Il y aura des arrestations, parmi lesquelles figure le nom de Costante. Déjà, les autorités ne cachent pas leurs sympathies et laissent les fascistes libres de brutaliser et d'humilier leurs adversaires qui se sont rendus. Mais les ouvriers des filatures se mettront en grève pour réclamer la libération de leurs camarades" (Bérénice Manac'h, Le Livre de Nella)

Le 8 juin 1921, Costante Masutti croise à nouveau la route d'Arturo Salvato, 25 ans. Employé à l'agence des Impôts de Pordenone depuis quelques mois, Arturo est à la tête du commando fasciste des Lupi Neri  (les Loups noirs), spécialisé dans les expéditions punitives. Costante et Arturo avaient l'habitude de se défier. Ce jour-là, c'est spécial. Costante rentre à bicyclette d'un meeting de chômeurs qu'il a organisé à Puia di Prata. La route est déserte. Il fait déjà presque sombre. Et un camion de fascistes armés s'arrête à sa hauteur, le chef Arturo Salvato lui demandant de monter dans le camion. Costante sait ce qui l'attendrait, il sort son revolver à cinq coups acquis deux mois plus tôt et fait feu sur Salvato avant de prendre la fuite. Cette nuit-là, tandis que Costante se cache dans un lieu sûr, les fascistes mettent sa maison à sac après avoir jeté à la rue sa femme enceinte et ses deux enfants, dont Nella, la future mère de Bérénice Manac'h qui fait ce récit dans Le livre de Nella, Nella qui avait trois ans mais qui se souviendra du froid du métal du pistolet mis sur sa tempe par des fascistes furieux à la recherche de Costante.  

A sa mort, Salvato deviendra un héros un martyr du fascisme. Lors de ses obsèques, il aura droit aux honneurs officiels de la part du commissaire chargé de se substituer à la municipalité socialiste de Pordenone en ces temps de crise.  Et pourtant, Mussolini n'a pas encore pris le pouvoir à Rome. A l'inverse, Costante Masutti sera célébré dans l'après-guerre comme un héros précurseur de la lutte anti-fasciste dans le Frioul.

Carte du Parti Socialiste Italien, 1920 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Socialiste Italien, 1920 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Socialiste Italien, 1920 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Socialiste Italien, 1920 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 - rabat extérieur -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 - rabat extérieur -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 -intérieur -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 -intérieur -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 - rabat extérieur avec cachet du Comité de Secours parisien -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 - rabat extérieur avec cachet du Comité de Secours parisien -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Première fuite, premier exil

Costante se cache d'abord une dizaine de jours dans le grenier d'une maison en construction, avec son pistolet, quelques grenades incendiaires et un mousqueton autrichien datant de la Grande Guerre. Dans la journée, il lit les journaux locaux que les camarades lui apportent, caché dans un fossé asséché par des broussailles épaisses. A l'annonce de la mort de Salvato, les bandes fascistes mettent le feu à la Chambre du Travail de Pordenone et dévastent les maisons des principaux responsables socialistes et communistes de la ville. Costante se résigne à quitter la région et c'est l'avocat socialiste Ellero, qui vient d'être élu député de Pordenone, qui met à sa disposition une voiture avec chauffeur pour l'éloigner et l'évacuer discrètement, à 24 kilomètrres de là. Costante est accompagné par deux camarades armés: le communiste Oliva et son jeune beau-frère. D'abord, Costante ne veut pas quitter le pays. Il dirige pendant quelques semaines le syndicat du bâtiment de Trente, mais, apprenant qu'il a été repéré par la police, il rejoint la Suisse en traversant les Alpes sous une identité d'emprunt d'entrepreneurs en bois avec Pietro Sartor, fondateur du Parti communiste de Pordenone.  

  Après tant d'années, Costante est donc de retour à Saint-Gall où il trouve du travail. Pendant sa femme Teresa et ses deux enfants sont secouru par des camarades. En raison des crises économiques de 1920-1922, la Suisse est toutefois moins accueillante pour l'immigration de travail et Constante est obligé de s'expatrier en France en 1922. 

Dans l'exil, il adhère au Parti communiste suisse d'abord, puis français, comme en témoignent ses cartes d'adhérent du Parti Communiste que Bérénice Manac'h nous a confiées pour les lecteurs du Chiffon Rouge.

Costante trouve à s'employer au noir comme maçon à Paris. La famille - Teresa, Angelo et Nella- le rejoint début 1923 et s'installe avec Costante à l'hôtel de Savoie, rue de l'Orillon, dans un quartier populaire du 11e arrondissement. Teresa travaille comme couturière pour un grossiste juif du voisinage, elle coud des pantalons. Finalement, Costante fait l'acquisition d'un bout de terrain à Savigny-sur-Orge, un village en plein essor au sud de Paris et y construit une modeste baraque en bois pour y installer les siens. Le sol est en terre battue, le toit n'est pas imperméable, le tout est produit par des matériaux de récupération. Les Masutti restent là un ou deux ans avant de s'installer dans une baraque un peu plus confortable, aux allures de chalet de bois. 

Costante poursuit son action syndicale auprès des ouvriers du Bâtiment. Il est repéré par la police à ce titre. Or, les immigrés sont surveillés de près. Le 28 septembre 1924, à la grande manifestation organisée pour le soixantième anniversaire de la création de la Première Internationale, les communistes italiens font sensation à Puteaux: derrière les militants chinois et les travailleurs d'Afrique du Nord, un millier d'entre eux défilent en chemises rouge et chantent Bandiera rossa

A partir de cet évènement, les autorités françaises multiplient les arrestations parmi les étrangers suspects de sympathies communistes.

"Un arrêté du ministère de l'intérieur suffit désormais pour expulser dans les 24 heures un militant communiste, généralement vers la Belgique ou le Luxembourg - en raison d'une simple activité syndicale ou politique. Il n'est plus besoin de jugement d'extradition. C'est ce qui arrive à Costante. Il est finalement repéré à cette occasion par la police fasciste italienne qui n'a cessé de le rechercher. Heureusement, une convention franco-italienne de 1870 interdit de l'extrader vers l'Italie puisqu'il est poursuivi pour un crime politique.  

Costante Masutti est donc expulsé vers la Belgique. Sa carte d'adhérent du PCF de Savigny ne porte d'ailleurs plus de timbre mensuel de cotisation à partir du mois d'octobre 1924. Il est probable qu'il a été expulsé de France plus d'une fois. " (Bérénice Manac'h, Le livre de Nella, 2019, Skol Vreizh)

La mère de Bérénice Manac'h lui a raconté qu'un jour son père était revenu à Paris dans le même train que les gendarmes qui venaient de le conduire à la frontière.

A cette période, Costante se procure de faux papiers et se dissimule sous une barbe peu habituelle chez lui.

Il devient entrepreneur du bâtiment sous un faux nom à Mitry-Mory, au nord-est de Paris: il s'appelle désormais Ronci Eaunello, né à Trevise, et construit des pavillons et maisonnettes bon marché, mettant des annonces publicitaires dans L'Humanité. Ce n'est qu'en 1932 que la police italienne, dont toutes les enquêtes et questionnements sur Costante sont consultables (un dossier que Bérénice a récupéré intégralement en photos) aux archives de l'Etat fasciste à Rome, fait de nouveau le rapprochement entre Ronci et le communiste Masutti.   

Même s'ils sont pauvres, Costante est ambitieux pour ses enfants, il paie des études de violon à son fils Angelo, l'envoie fréquenter les écoles complémentaires à Paris, est attentif au soin vestimentaire. "Plus tu es miséreux, mieux tes chaussures doivent être cirées", leur enseigne Costante.

" Les Italiens formaient à cette époque de loin le groupe le plus important des immigrés en France. Parmi eux se trouvaient de nombreux antifascistes, souvent communistes, qui se sont bientôt intégrés aux organisations françaises du mouvement ouvrier. En 1923, conformément à une directive du IVe congrès de l'Internationale, la fédération communiste italienne en France est dissoute et ses sections fusionnent avec celles du PCF. En revanche, des "Groupes de langue" sont créés pour représenter les différentes nationalités au sein du parti français, qui garde la mainmise sur elles. Parallèlement se forment des "Centuries prolétariennes", des organisations paramilitaires destinées à combattre un jour en Italie contre les fascistes. Ce sont elles qui ont défilé en septembre à Puteaux, impressionnant les badauds par leur discipline, leurs chemises rouges et leurs drapeaux. Le Parti communiste d'Italie, né peu avant la prise du pouvoir par les fascistes de Mussolini à Rome, ne connaît finalement que l'action secrète et l'émigration. Ses dirigeants sont en prison, ses congrès se réunissent discrètement à l'étranger. A la tête du parti, Palmiro Togliatti succède à Antonio Gramsci, arrêté en 1926. La clandestinité est désormais complète et la nouvelle direction du parti, "bolchevisée", s'installe alors à Paris avant de finir par émigrer à Moscou. (...)" - Bérénice Manac'h, Le livre de Nella, 2019, Skol Vreizh

Costante était lui affilié au PC- SFIC même s'il a sans doute fréquenté les groupes de langue du PCF et de la CGTU. 

De Mitry, il continue à correspondre par messages cryptées, lettres écrites à l'encre sympathique, avec ses camarades de Pordenone, et il accueille parfois des dirigeants du PCI, comme des dirigeants du PCF, comme Duclos et Marty. Les réunions ont lieu quasiment clandestinement, rideaux tirés et volets clos.     

 

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti, "Gessatore" (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti, "Gessatore" (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Français en 1923 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Français en 1923 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste (SFIC) en 1924 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste (SFIC) en 1924 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste (SFIC) en 1924 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste (SFIC) en 1924 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Costante Masutti, 1923 ou 1924 - un port de la barbe pour échapper à la vigilance inquisitrice des autorités françaises?

Costante Masutti, 1923 ou 1924 - un port de la barbe pour échapper à la vigilance inquisitrice des autorités françaises?

Teresa et Constante Masutti en 1925

Teresa et Constante Masutti en 1925

Costante est l'homme au chapeau et aux lunettes de soleil en haut au centre- La famille Masutti avec des camarades communistes dans le parc de l'orphelinat de la Villette-aux-Aulnes, un quartier de Mitry-Mory: en 1923, l'association l'AVENIR SOCIAL y a acquis une propriété pour ouvrir un orphelinat ouvrier passé sous contrôle communiste. Le beau parc accueille des fêtes champêtres qui rassemblent de nombreux communistes.

Costante est l'homme au chapeau et aux lunettes de soleil en haut au centre- La famille Masutti avec des camarades communistes dans le parc de l'orphelinat de la Villette-aux-Aulnes, un quartier de Mitry-Mory: en 1923, l'association l'AVENIR SOCIAL y a acquis une propriété pour ouvrir un orphelinat ouvrier passé sous contrôle communiste. Le beau parc accueille des fêtes champêtres qui rassemblent de nombreux communistes.

 archives Bérénice Manac'h: deux familles d'amis immigrés italiens sont avec les Masutti. En région parisienne dans les années 20 avec les "Coquelicots Prolétariens du 20e". Le militant communiste et antifasciste italien Costante Masutti derrière au centre. Teresa sa femme devant lui, avec Gisèle et Othello juste devant elle. Au premier plan à droite : Angelo et Nella, les deux autres enfants de Constante et Teresa (Le Livre de Nella, Skol Vreizh, 2019, Bérénice Manac'h)

archives Bérénice Manac'h: deux familles d'amis immigrés italiens sont avec les Masutti. En région parisienne dans les années 20 avec les "Coquelicots Prolétariens du 20e". Le militant communiste et antifasciste italien Costante Masutti derrière au centre. Teresa sa femme devant lui, avec Gisèle et Othello juste devant elle. Au premier plan à droite : Angelo et Nella, les deux autres enfants de Constante et Teresa (Le Livre de Nella, Skol Vreizh, 2019, Bérénice Manac'h)

Le grand départ pour l'URSS et Moscou

En 1930, Costante est arrêté à la manifestation du Mur des Fédérés, ce grand cortège qui conduit chaque année des organisations de gauche au cimetière du Père-Lachaise, pour y commémorer les massacres de la Commune en 1871. Il est arrêté sous le nom de Ronci que repèrent les autorités italiennes. Elles croient ce Ronci expulsé de France suite à la manifestation. Mais c'est plutôt un nouveau zèle des autorités françaises pour expulser les immigrés et ressortissants étrangers dans un contexte de crise qui fait que Costante Masutti, sa femme Teresa, et leurs enfants Angelo, Nella, Gisèle et Othello vont partir secrètement pour l'URSS le 11 février 1932. On dit qu'ils firent don de leur maison au Parti communiste puis, s'arrêtant à Berlin, Costante porteur d'un faux passeport espagnol au nom de Tedro Garatti, il déposera l'argent qui lui reste au siège du Parti communiste allemand avant de recevoir des consignes pour la suite de son voyage. 

Des centaines d'italiens résident alors à Moscou. "Il y a l'appareil du Parti communiste en exil et ceux qui ont été désignés pour suivre les cours de l'école léniniste mais il y a surtout de simples militants qui ont fuit les persécutions de la dictature fasciste avec leurs familles, ou qui, comme Costante, ont dû quitter les pays où ils s'étaient réfugiés pour rejoindre ce qui représente pour chacun d'eux une patrie idéale. (...) Ils sont pour la plupart communistes, mais il y a aussi quelques socialistes, des anarchistes, des gens sans parti. Ils travaillent dans les usines de la capitale. Les maçons sont nombreux aussi et l'on a besoin d'eux sur les chantiers de la nouvelle Moscou. Il y a vraiment du travail pour tout le monde. 

A son arrivée, chacun remet aux autorités son passeport en échange d'un permis de séjour qui doit être régulièrement renouvelé. Dans quelques années, l'on exigera de chacun qu'il demande à bénéficier de la citoyenneté soviétique. Tous les arrivants ne sont pas reconnus comme émigrés politiques. C'est un privilège qui donne droit aux magasins spéciaux pour étrangers, au logement, au travail, aux cartes de ravitaillement.

Tandis que les dirigeants du Parti italien sont logés, plutôt confortablement, au grand hôtel Lux de la rue Tverskaya ou ailleurs, les réfugiés les plus humbles sont dirigés vers le Secours rouge international. Cette institution (le MOPR en russe), qui dépend de l'Internationale communiste, a été créée pour venir en aide aux révolutionnaires emprisonnés et persécutés dans le monde. Elle organise l'immigration vers l'Union soviétique des militants menacés ou méritants, accueille les Italiens et les autres, organise leur séjour. C'est elle qui gère le foyer de la Maison des Émigrés et le Club International des Émigrés." 

( Bérénice Manac'h, Le livre de Nella, 2019, Skol Vreizh)

Les dossiers de la police italienne sur Constante Masutti: des centaines de pages, de documents volés ou recopiés dans les correspondances privées, d'indications données par des informateurs et délateurs

Les dossiers de la police italienne sur Constante Masutti: des centaines de pages, de documents volés ou recopiés dans les correspondances privées, d'indications données par des informateurs et délateurs

Costante Masutti, l'étrange destin d'un ouvrier antifasciste et communiste italien réfugié en France et en URSS - Le Livre de Nella et archives Bérénice Manac'h

La crise du logement fait rage et la famille est d'abord séparée provisoirement, hébergée auprès de trois familles d'immigrés italiens. Costante se démène pour trouver du travail et un logement. Il ne veut pas être à la charge du MOPR et du pays qui l'accueille. Il est très difficile de trouver un logement pour six personnes, et sans logement, pas de droit au travail.

"Au bout de trois mois, la chance sourit enfin: l'architecte Boris Iofan - celui qui construira le pavillon soviétique à l'Exposition universelle de Paris en 1937 - est prêt à engager Costante dans son équipe et lui signale un logement que ce dernier qualifiera de "soue à cochon": c'est dans la Bolotnaïa (le "marécage"), sur l'île formée par les deux bras de la Moskova en plein centre de Moscou, face au Kremlin. Il s'agit d'une vaste construction ovale sans étages, un ancien marché du temps des tsars qui comprend quelques logements et des resserres entourant une grande cour en terre battue encombrée de tout un bric-à-brac. Le logement dont il est question occupe une surface de 23 ou 24 mètres carrés. Il a servi d'écurie, il est plein de fumier et envahi de punaises"...  

Un logement rudimentaire et étroit donc, pour une famille de six personnes, séparé des voisins par des cloisons de planches, avec quelques lits de camps, une armoire, une table. Costante ne cessera d'envoyer des suppliques aux autorités les plus diverses pour obtenir un logement plus confortable et moins malsain mais en vain.  A côté de ce bâtiment bas de la Bolotnaïa, le long de la Moskova, il y a des édifices bien plus précieux: le grand cinéma Oudarnisk, et la Maison du gouvernement dont la construction vient à peine d'être terminée par Iofan.  Un millier de privilégiés du régime y vivent avec leurs familles, hauts fonctionnaires du Parti, artistes, hauts gradés de l'armée. Dans quelques années, un grand nombre d'entre eux seront arrêtés, plus de trois cent seront fusillés. Les enfants de ces cadres dirigeants de l'URSS fréquentent la même école que les enfants de Costante Masutti.

Costante commence par travailler comme plâtrier stucateur à Moscou. Bientôt, ses compétences, son expérience et son exigence professionnelle l'amènent à devenir chef d'équipe et formateur dans le bâtiment. Il obtient le titre d'oudarnik, c'est à dire de travailleur de choc, puis celui de stakhanoviste. 

"Il décrochera même, écrit Bérénice Manac'h, le premier prix de la Conférence régionale de Moscou des stakhanovistes pour le travail en crépi, et son portrait sera porté en grande procession sur la place Rouge en novembre 1935 au milieu des autres héros du travail. Il finira par être chargé de dispenser des cours de formation dans toute la Russie d'Europe et enseignera les méthodes de travail."

Son fils aîné Angelo devient ami de Tina Modotti, de vingt ans plus âgée que lui, qui lui confie son appareil photo Leica et l'aide à intégrer l'Institut du Cinéma: 

"Angelo, qui a un peu plus de 16 ans, travaille d'abord pendant quelques mois au service de presse et de propagande du MOPR où il fait la connaissance de la grande artiste frioulane Tina Modotti. Celle-ci a définitivement abandonné la photographie pour se consacrer à son activité de révolutionnaire. Ils dînent ou déjeunent plusieurs fois ensemble au restaurant de l'hôtel Lux ou ailleurs, parfois en compagnie de son compagnon, le révolutionnaire Vittorio Vidali, le futur commandant Carlos Contreras de la guerre d'Espagne. Angelo traduit en français et dactylographie avec deux doigts des textes pour eux. Il est chargé des statistiques sur les brutalités policières envers les ouvriers dans les pays capitalistes. Il parlera de Tina comme d'une femme "un peu spéciale", fascinante, donnant envie de parler de choses sérieuses, que tout le monde aimait bien. Dans notre famille, on racontait qu'Angelo avait dû être un peu amoureux d'elle, qui était de 20 ans son aînée.... Tina est souvent absente de Moscou pour de mystérieuses missions à l'étranger. Un jour, comme Angelo lui rend visite dans la chambre qu'elle partage avec Vidali à l'hôtel Soyouznaïa de la rue Tverskaïa, elle lui fait admirer le magnifique appareil Leica qu'elle vient d'acheter à Berlin. Le garçon s'émerveille devant le premier 24 x 36 qu'il ait jamais vu, avec posemètre intégré. Tina lui tend l'appareil et lui demande de la photographier avec son compagnon. Quelques jours plus tard, elle lui confie le Leica pour une durée indéterminée. Angelo le gardera pendant plus de trois ans. C'est à lui que l'on doit les très rares clichés que l'on connaisse de Tina Modotti à l'époque de son séjour à Moscou, qui sont sans doute les dernières photos d'elle qui existent. Tina ne lui redemandera l'appareil qu'en 1936 lorsqu'elle quittera l'URSS pour s'engager dans les Brigades Internationales avec Vidali, devenant alors la "camarade Maria". Mais, comme le dira poétiquement Pablo Neruda dans ses mémoires, "elle avait jeté son appareil photographique dans la Moskova et s'était juré à elle-même de consacrer sa vie aux tâches les plus humbles du parti communiste". (Le livre de Nella, Bérénice Manac'h, Skol Vreizh, 2019, 22€, , p.47-48)

Journal moscovite dans les années 36-37 où Costante Masutti à l'honneur de voir son portrait d'ouvrier méritant en une parmi d'autres stakhanovistes (Costante est au troisième rang en partant du bas à gauche, avec la casquette)

Journal moscovite dans les années 36-37 où Costante Masutti à l'honneur de voir son portrait d'ouvrier méritant en une parmi d'autres stakhanovistes (Costante est au troisième rang en partant du bas à gauche, avec la casquette)

Costante Masutti à Moscou

Costante Masutti à Moscou

La famille Masutti à Moscou en 1937 avec Costante, Teresa, Angelo, Othello, Nella - Mars 1937, sur la Moscova gelée

La famille Masutti à Moscou en 1937 avec Costante, Teresa, Angelo, Othello, Nella - Mars 1937, sur la Moscova gelée

Costante vers 1936 au milieu de ses apprentis en URSS

Costante vers 1936 au milieu de ses apprentis en URSS

Quitter l'URSS

Nella, la fille de Costante et Teresa, tombe amoureux d'Emilio,bel ouvrier communiste italien qui ne tarde pas à être déporté à Pinega, à 1000 kilomètres de Moscou, où elle le rejoint pendant des mois contre l'avis de son père. Elle rejoint l'Italie quand Emilio est déporté une seconde fois vers la Kolyma où il sera exécuté. Elle quitte l'URSS en août 1936, deux jours après la condamnation à mort des 16 accusés du premier des grands "Procès de Moscou". 

La terreur commence à faire rage en URSS. Dès le mois d'août 1934, Costante avait demandé au Parti communiste d'Italie l'autorisation de quitter l'URSS pour reprendre la lutte contre le fascisme en Italie, à Pordemone. En vain. Puis il demande à pouvoir rentrer en France pour s'engager dans les Brigades Internationales. A sa grande déception, la direction du Parti italien l'invite à s'adresser directement à l'ambassade d'Italie fasciste à Moscou. Le Parti communiste ne veut pas lui fournir de faux papiers pour rentrer en France et la fréquentation de l'ambassade est dangereuse dans le contexte de l'installation de la terreur stalinienne. Constante ne veut pas non plus demander la citoyenneté soviétique qui l'immobiliserait lui et sa famille en URSS dans un contexte très incertain.

Apprenant son intention de quitter l'URSS, les dirigeants du PCI en exil excluent Costante du Parti communiste. En mai 1937, Costante et sa famille quittent l'URSS sans passeport, avec un simple certificat provisoire de nationalité italienne établi par l'ambassade et visé par les autorités soviétiques. 

A Paris, dans le 13e arrondissement, les Masutti sont pris en charge par le Secours rouge international. Les enfants ont du mal à se réacclimater à la France, qu'ils ont quitté 5 ans et demi plus tôt. Ils parlent et écrivent plutôt le russe que le français désormais. Au bout de quelques semaines, un représentant italien du Secours Rouge International déniche pour la famille Masutti un petit deux-pièces à l'Haÿ-les-Roses, dans la banlieue sud de Paris. Ils vivent misérablement dans un petit logement. Teresa s'engage comme couturière pour une patronne italienne. Costante souffre d'avoir été exclu du parti suite à ses mésententes avec les dirigeants du PCI en exil à Moscou. Il se rapproche alors d'Angelo Tasca qui dirige le PSI en exil. Redevenu socialiste, il est ciblé comme traître par ses ex-camarades italiens communistes en France. Toujours communiste de conviction, il entend publier un appel à ses camarades pour leur dévoiler la vraie nature du régime stalinien et de l'URSS: il y accuse Staline d'avoir trompé le peuple russe et la classe ouvrière internationale. Il y revèle dans un texte de 40 pages daté de décembre 1938 l'ampleur de la répression contre des militants sincères en URSS. Il écrit dans cet "Ardent appel à toutes les personnes de coeur éprises de justice":

"Nous taire, ce serait trahir toute la masse fanatisée des ouvriers qui, de bonne foi, croient encore aux laquais opportunistes et arrivistes de Staline. Ce serait trahir aussi tous ces malheureux ouvriers russes fusillés ou condamnés par centaines de milliers aux travaux forcés ou à la déportation. Ce serait trahir tous les militants allemands, polonais, hongrois, italiens et autres qui souffrent dans les cachots et les camps de concentration de Staline, situés dans les régions les plus sauvages et les plus désertiques de l'URSS. Nous ne pouvons plus nous taire, ce serait un crime..."    

Constante y dresse un premier inventaire de 60 noms des victimes italiennes des purges staliniennes.

Au début de juin 40, les Masutti, sauf Nella, avec Etienne Manac'h à Istanbul en Turquie, sont arrêtés et incarcérés à la prison de Fresnes. Teresa et ses enfants n'y restent que deux semaines, mais Costante est condamné à six mois. Angelo est appellé à la Légion étrangère, dans un bataillon disciplinaire du désert algérien. Après un bref passage à Dordogne au début de l'occupation, Costante revient revient à l'Haÿ-les-Roses et travaille pour toute la durée de la guerre comme vitrier sur le terrain d'aviation de Villacoublay, occupé par les Allemands. Dans l'antre du loup, peut-être, mais aussi une manière de ne pas se faire remarquer comme antifasciste, communiste ou ex-communiste, pouvant être extradé en Italie fasciste ou être victime de la répression politique en France, de Vichy ou des Allemands.  

Le procès pour le meurtre d'Arturo Salvato est révisé en avril 46 et après 25 ans d'exil Costante peut enfin revenir au pays et à Pordemone. A la première manifestation du Premier Mai organisée depuis la période fasciste, on le prie même d'être un des trois orateurs officiels.

Certificat de nationalité italienne qui permet à Costante Masutti de sortir miraculeusement d'URSS

Certificat de nationalité italienne qui permet à Costante Masutti de sortir miraculeusement d'URSS

Polenta frioulane en 1938

Polenta frioulane en 1938

L'après-guerre et le retour éphémère à Pordemone en tant que militant socialiste

Le procès pour le meurtre d'Arturo Salvato est révisé en avril 46 et après 25 ans d'exil Costante peut enfin revenir au pays et à Pordenone. A la première manifestation du Premier Mai organisée depuis la période fasciste, on le prie même d'être un des trois orateurs officiels. Avec des militants communistes locaux, il va organiser les campagnes de la gauche dans la région de Pordenone de 1947 à 1949, pour le Front populaire démocratique (la coalition formée par le Parti Communiste et le Parti Socialiste). C'est de cette période que date cette photo assez célèbre de lui en bicyclette. Costante est nommé candidat du Front populaire démocratique à la députation mais il ne tarde pas à se heurter avec un jeune intellectuel ambitieux du Parti socialiste, Bisol. De justesse, à quelques voix près, il n'est pas élu sénateur de Pordenone. Les relations avec les chrétiens-démocrates sont aussi très houleuses. Costante fait scandale en troublant une représentation d'activistes catholiques édifiant contre les dangers de la gauche. Les pères missionnaires portent plainte contre lui et il est condamné à un mois de prison, puis à quinze jours.

Costante se résigne alors à rentrer en France. C'est un retour définitif même s'il se rendra encore chaque année en Italie pour y exercer son droit de vote lorsqu'il y a des élections et pour participer aux congrès nationaux du PSI. Il est élu secrétaire permanent de la section parisienne du PSI en France avant de prendre la tête de toute la fédération socialiste italienne de France en 1957.

Il meurt à l'hôpital Cochin le 12 octobre 1960.    

Costante Masutti à Pordemone en 1948

Costante Masutti à Pordemone en 1948

Congrès mondial pour la Paix où Costante Masutti représente le PSI

Congrès mondial pour la Paix où Costante Masutti représente le PSI

Costante Masutti à une réunion du PSI en 1955

Costante Masutti à une réunion du PSI en 1955

Bérénice Manac’h LE LIVRE DE NELLA - Des vies d’exil  Ce livre n’est ni un manuel d’histoire ni un roman. II tient pourtant de l’un et de l’autre. II raconte la vie d’une famille ouvrière d’origine italienne écartelée entre plusieurs pays et plusieurs langues. C’est une histoire d’exils, de départs et de retours, qui se mêle plus ou moins étroitement à bien des drames que l’Europe a vécus au cours du 20e siècle. Les gens simples ont rarement été là pour dire ce qu’ils ont vécu. Ce récit retrace la vie de ces témoins et leur donne la parole, de l’Italie fasciste à l’immigration clandestine en région parisienne, de l’expatriation à Moscou sous la terreur stalinienne au retour en France, où ils seront finalement de ceux qui, avec tous les autres, composent aujourd’hui le peuple de ce pays. Mais ce livre est aussi et surtout l’histoire de Nella, la fille aînée. Plus encore que les siens, elle sera marquée par ces bouleversements. Sa vie, déchirée entre ses deux amours, sera placée tout entière sous le signe des tourments de la mémoire, de la trahison commise et subie, du remords et du combat pour la vérité.  Éd. Skol Vreizh (Morlaix) 304 pages, 22€ - plus de 120 photographies originales en noir et blanc ISBN 978-2-36758-096-8

Bérénice Manac’h LE LIVRE DE NELLA - Des vies d’exil Ce livre n’est ni un manuel d’histoire ni un roman. II tient pourtant de l’un et de l’autre. II raconte la vie d’une famille ouvrière d’origine italienne écartelée entre plusieurs pays et plusieurs langues. C’est une histoire d’exils, de départs et de retours, qui se mêle plus ou moins étroitement à bien des drames que l’Europe a vécus au cours du 20e siècle. Les gens simples ont rarement été là pour dire ce qu’ils ont vécu. Ce récit retrace la vie de ces témoins et leur donne la parole, de l’Italie fasciste à l’immigration clandestine en région parisienne, de l’expatriation à Moscou sous la terreur stalinienne au retour en France, où ils seront finalement de ceux qui, avec tous les autres, composent aujourd’hui le peuple de ce pays. Mais ce livre est aussi et surtout l’histoire de Nella, la fille aînée. Plus encore que les siens, elle sera marquée par ces bouleversements. Sa vie, déchirée entre ses deux amours, sera placée tout entière sous le signe des tourments de la mémoire, de la trahison commise et subie, du remords et du combat pour la vérité. Éd. Skol Vreizh (Morlaix) 304 pages, 22€ - plus de 120 photographies originales en noir et blanc ISBN 978-2-36758-096-8

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:32
Bretagne, Mouvement de la Paix: Il y a 2 ans nous avons gagné le Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN). Ensemble gagnons sa ratification par la France
Bretagne, Mouvement de la Paix: Il y a 2 ans nous avons gagné le Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN). Ensemble gagnons sa ratification par la France

https://www.mvtpaix.org/…/il-y-a-2-ans-nous-avons-gagne-le…/
Il y a 2 ans nous avons gagné le Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN). Ensemble gagnons sa ratification par la France
Pour éloigner la menace sur l’humanité d’une destruction volontaire (guerre nucléaire)
ou involontaire (par erreur humaine ou technologique). 

Déclaration du Mouvement de la paix – France –
à l’occasion du deuxième anniversaire
de l’adoption du Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires à l’ONU

Résumé de la déclaration

Il y a deux ans le 7 juillet 2017 le long combat contre l’arme nucléaire engagé par le Mouvement de la Paix à travers l’appel de Stockholm en 1950 a été marqué par un succès historique à savoir l’adoption aux Nations Unies d’un Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (1)

Ce succès a été acquis grâce à la mobilisation de millions de personnes dans le monde, de centaines d’associations, d’organisations mais aussi la détermination politique d’institutions internationales comme l’ONU et d’Etats dont les 122 Etats qui ont voté le TIAN. La pertinence de la Campagne mondiale ICAN (pour l’abolition de l’arme nucléaire), fondée sur le respect du droit international humanitaire, dont le Mouvement de la Paix a assuré la promotion en France dès le début, a été reconnue par l’attribution du Prix Nobel de la Paix à cette campagne en décembre 2017.

Aujourd’hui un vaste front mondial s’est constitué pour l’élimination des armes nucléaires, 122 Etats à l’ONU, le Vatican, la Croix-Rouge internationale, la Conférence syndicale Internationale (CSI) qui regroupe toutes les organisations syndicales au plan mondial, le réseau mondial de maires pour la Paix, le réseau des parlementaires pour la paix, la campagne mondiale ICAN ,le réseau international des médecins pour la prévention des guerres nucléaires – Prix Nobel de la Paix en 1985, le mouvement international Pugwash de scientifiques prix Nobel de la paix 1995  etc..

Dans ce contexte, Le Mouvement de la Paix appelle à développer tous azimuts les actions pour la ratification du TIAN par la France en s’appuyant sur les succès déjà obtenus et en multipliant les actions au cœur de la société et au plus près des gens dans les communes, les quartiers, les entreprises, les fêtes et festivals populaires qui auront lieu durant l’été, afin de mobiliser toutes les composantes de l’opinion publique.

Au 6 juillet 2019, 70 Etats ont signé le TIAN, 24 Etats l’ont déjà ratifié.  Il entrera en vigueur lorsque 50 États l’auront signé et ratifié.

Il est encourageant de constater que des villes comme Paris, Washington, Berlin ont approuvé l’appel mondial des villes en faveur du Traité des Nations Unies sur l’interdiction des armes nucléaires.

Nous pouvons gagner !

Il y a 2 ans nous avons gagné le Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN).

Ensemble gagnons sa ratification par la France, pour éloigner la menace sur l’humanité d’une destruction volontaire (guerre nucléaire) ou involontaire (par erreur humaine ou technologique).

 


Le 6 juillet 2019
Le Mouvement de la Paix

 

Déclaration dans sa globalité

Il y a deux ans, le 7 juillet 2017, le long combat contre l’arme nucléaire engagé par le Mouvement de la Paix à travers l’appel de Stockholm en 1950 a été marqué par un succès historique à savoir l’adoption aux Nations Unies d’un Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (1)

Ce succès a été acquis grâce à la mobilisation de millions de personnes dans le monde, de centaines d’associations,  d’organisations mais aussi la détermination politique d’institutions internationales comme l’ONU et d’Etats dont les 122 Etats qui ont voté le TIAN. La pertinence de la Campagne mondiale ICAN (pour l’abolition de l’arme nucléaire), fondée sur le respect du droit international humanitaire, dont le Mouvement de la Paix a assuré la promotion en France dès le début, a été reconnue par l’attribution du Prix Nobel de la Paix à cette campagne en décembre 2017.

Aujourd’hui un vaste front mondial s’est constitué pour l’élimination des armes nucléaires, 122 Etats à l’ONU, le Vatican, la Croix-Rouge internationale, la Conférence syndicale Internationale (CSI) qui regroupe toutes les organisations syndicales au plan mondial, le réseau mondial de maires pour la Paix, le réseau des parlementaires pour la paix, la campagne mondiale ICAN , le réseau international des médecins pour la prévention des guerres nucléaires – Prix Nobel de la Paix en 1985, le réseau Pugwash de scientifiques – prix Nobel de la paix 1995- etc..

Tous, ensemble, nous avons gagné non seulement le TIAN mais aussi des traités pour l’interdiction des autres armes de destruction massive tels que le traité d’interdiction des armes chimiques et le traité d’interdiction des armes bactériologiques. Nous sommes maintenant en mesure de gagner l’élimination totale des armes nucléaires.

Cependant il faut être conscient des obstacles et des adversaires qui se dressent devant nous et qui portent le nom des lobbies militaro-industriels et des Etats dotés de l’arme nucléaire y compris la France.

Dans ce contexte les USA jouent un rôle extrêmement grave en essayant de casser tout ce qui a été obtenu de positif dans ce combat pour l’élimination des armes nucléaires comme par exemple le retrait des USA du traité ABM (2), du Traité INF ( 3), de l’accord sur le nucléaire iranien et la relance de la course aux armes nucléaires par les USA, la non ratification du Traité d’interdiction des essais nucléaires etc.

Hélas, la France est engagée dans un processus similaire sur certains points comme l’a montré la conférence de presse commune des USA, du Royaume Uni , de la France le 27 mars 2017 à New York, à l’initiative des USA (Dépêche AFP) pour s’opposer à l’adoption du TIAN à l’Onu, mais aussi le quasi doublement des crédits consacrés aux armes nucléaires en France (de 3,5 à 6 milliards d’euros par an, contre une petite centaine de millions d’euros contre le réchauffement climatique) pour le renouvellement quasi complet de l’arsenal en armes atomiques de la France dans le cadre de la loi de programmation militaire.

Les neuf prochains mois qui précèdent la conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération Nucléaire (TNP) (4) qui aura lieu à New York en avril/mai 2020 seront déterminants pour gagner la mise en œuvre du TIAN et le développement du processus d’élimination des armes nucléaires face aux obstacles et à la volonté de certaines puissances en particulier celles dotées de l’arme nucléaire (et leurs alliés) d’empêcher le succès de cette conférence comme ils l’ont déjà réussi parfois dans le passé.

Dans ce contexte, Le Mouvement de la Paix appelle à développer tous azimuts les actions pour la ratification du TIAN par la France en s’appuyant sur les succès déjà obtenus et en multipliant les actions au cœur de la société et au plus près des gens dans les communes, les quartiers, les entreprises, les fêtes et festivals populaires qui auront lieu durant l’été, afin de mobiliser toutes les composantes de l’opinion publique.

Nous entendons favoriser toutes les expressions et actions possibles en tous lieux et selon toutes les modalités possibles et en particulier:

  • autour du 7 juillet 2019 pour fêter l’adoption du TIAN le 7 juillet 2017 à l’ONU
  • les 6 et 9 aout à l’occasion de l’anniversaire des bombardements des USA sur Hiroshima et Nagasaki
  • le 21 septembre dans le cadre de la journée internationale de la paix et des marches pour la Paix qui auront lieu le samedi 21 Septembre dans toute la France
  • le 26 septembre lors de la journée international de l’ONU pour l’élimination des armes nucléaires
  • lors des manifestations sociales pour souligner que la fin de la course aux armements nucléaires et la réorientation des ressources qui y sont consacrées libéreront des moyens considérables pour gagner la « bataille » pour le climat.
  • Lors de la semaine de la solidarité internationale 15 novembre au dimanche 1er décembre 2019
  • Lors de la semaine de l’ONU pour le désarmement du 24 au 30 octobre
  • Le 10 Décembre pour le droit de l’Homme à la Paix
  • lors de toutes les marches pour le climat ; car comme l’a rappelé le Secrétaire Général de l’ONU, 100 jours avant la Journée internationale de la paix 2019, action pour la paix et action pour le climat sont liées et aussi urgente l’une que l’autre.

Durant les 9 mois qui viennent le Mouvement de la paix appelle donc à l’action et, sur la base des actions conduites au niveau local, s’engage dès à présent dans la constitution d’une délégation importante d’une centaine d’ambassadeurs (drices) pour la paix et le désarmement nucléaire qui, devant l’Onu et au sein de la conférence mondiale d’examen du TNP (3) à New York en Avril 2020 ,exprimera l’exigence du désarmement nucléaire, exigence partagée par 76% de l’opinion publique en France selon le sondage IFOP/La Croix/Mouvement de la Paix de juin 2018.

Au 6 juillet 2019, 70 Etats ont signé le TIAN, 24 Etats l’ont déjà ratifié.  Il entrera en vigueur lorsque 50 États l’auront signé et ratifié. Il est encourageant de constater que des villes comme Paris, Washington, Berlin ont approuvé l’appel mondial des villes en faveur du Traité des Nations Unies sur l’interdiction des armes nucléaires Nous pouvons gagner. Mais il faut accélérer le processus en développant la pression sur le Président de la République, les parlementaires et le gouvernement pour que la France ratifie le TIAN. Nous devons être de plus en plus nombreux et unis autour de cet objectif.

Il y a 2 ans nous avons gagné le Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN).

Ensemble gagnons sa ratification par la France, pour éloigner la menace sur l’humanité d’une destruction volontaire (guerre nucléaire) ou involontaire (par erreur humaine ou technologique).

 


Le 6 juillet 2019
Le Mouvement de la Paix

Roland Nivet

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:27
Sans-Papiers. Comment les gilets noirs ont pris le Panthéon (L'Humanité, 15 juillet 2019 - Nadège Dubessay)
Sans-papiers. Comment les gilets noirs ont pris le Panthéon
Lundi, 15 Juillet, 2019

Ils veulent « des papiers pour tous ». Vendredi, les gilets noirs ont occupé le monument parisien et demandé à être reçus par le premier ministre. En guise de réponse, les CRS ont chargé.

 

Le rendez-vous était fixé ce vendredi à 12 h 30 à la sortie de la station Luxembourg du RER B. On avait informé l’Humanité d’une occupation coup de poing des gilets noirs. Tout devait rester secret. Aux portes du jardin du Luxembourg, dans les beaux quartiers de Paris, Michel Rimbert et Jean-Claude Amara, deux piliers de l’association Droits devant !, discutent tranquillement avec un petit groupe. Où sont donc les centaines de sans-papiers annoncés ? « T’inquiète, ils vont arriver », rassure Jean-Claude Amara. L’objectif ? Pénétrer dans le Panthéon, nécropole des grands personnages de France, « là où nombre de figures qui y reposent, de Victor Hugo à Aimé Césaire, auraient soutenu notre combat d’aujourd’hui », explique le militant. Au Panthéon, on s’assoit sur les marches. Quelques groupes épars sont déjà là. Mais toujours pas de sans-papiers en vue, ou si peu. Hakim, lui, prend des photos. « C’est beau, hein ? dit-il avec un large sourire. Regarde le toit, c’est de l’ardoise, et là, c’est du zinc. » Il faut dire qu’il s’y connaît, Hakim. Depuis six ans qu’il est en France, il accumule les boulots de couvreur. Dans une autre vie, en Kabylie, il créait des bijoux. À ses côtés, Patricia nous explique, elle, comment elle survit depuis deux ans. « Je garde une petite fille une fois par semaine. » Au Cameroun, elle avait décroché un master. Et puis elle a voulu rejoindre sa mère en France. « Mais, sans papiers, tu ne vis pas. » On arrête là les présentations. Car un passant glisse à voix basse : « Dans 20 secondes… » Tout s’accélère alors. Quelques-uns bloquent les vigiles à l’entrée, des centaines de sans-papiers venus d’on ne sait où envahissent les lieux. Tout le monde court. Certains s’arrêtent et se prosternent devant la statue de la Convention nationale. L’image est forte. La joie se lit sur tous les visages. On se sourit, on se parle, on fait des selfies. Ils ont réussi ! « Gilets noirs ! Gilets noirs ! » scandent les sans-papiers alors que des calicots se déploient autour des colonnes corinthiennes.

Cet hiver, ils avaient déjà envahi la Comédie-Française

Très vite, les touristes sont évacués et les CRS arrivent. Ils encerclent les 700 gilets noirs, qui se sont tous assis dans le calme. Beaucoup veulent aller aux toilettes. Des négociations s’entament. « Ils se croient où ? À l’hôtel ? » s’énerve un CRS. Hakim est là, en pleine discussion sur Skype avec son cousin, « un sans-papiers lui aussi ». Soutenu par les associations de lutte pour les droits des migrants et des sans-papiers la Chapelle debout et Droits devant !, le mouvement des gilets noirs regroupe des sans-papiers issus de dizaines de foyers de travailleurs d’Île-de-France. Ils se présentent comme « des sans-papiers, des sans-voix, des sans-visage pour la République française » et demandent « des papiers et des logements pour toutes et tous » ainsi que la réquisition des 200 000 logements vides à Paris. Ils n’en sont pas à leur premier coup d’essai. Cet hiver, ils avaient envahi la Comédie-Française. En mai, investi un terminal de l’aéroport de Roissy contre la collaboration d’Air France dans les expulsions. En juin, occupé le siège du groupe Elior (restauration collective, propreté), à La Défense, pour dénoncer son sale business avec les sans-papiers. « La CGT était venue nous soutenir », se souvient Houssam El Assimi, militant de la première heure à la Chapelle debout. « Suite à cette action, 203 certificats de concordance ont été délivrés, qui donneront des Cerfa (formulaires administratifs réglementés – NDLR) en vue de régularisations. »

« Maintenant, on veut frapper plus haut »

Ce vendredi, tous étaient venus sous la coupole du Panthéon, devenue la caisse de résonance de leurs vies maltraitées, pour obtenir un rendez-vous avec le premier ministre. Rendez-vous demandé il y a un mois par courrier, sans réponse. « Édouard Philippe a dénoncé notre action, mais il a bien été obligé de nous reconnaître », avance Houssam El Assimi. « Pendant trois ans, nos négociations avec le ministère du Travail n’ont jamais abouti, explique Michel Rimbert. Nous avions pourtant des centaines de dossiers, où l’on apportait des preuves que les sans-papiers travaillaient. Alors maintenant, on veut frapper plus haut. » Aïcha approuve d’un signe de la tête. Arrivée de Côte d’Ivoire il y a quinze ans, elle donne aujourd’hui des cours de français, d’alphabétisation. Mais n’a toujours pas de papiers. « Nous, on est des moins que rien. Pourtant, les Européens qui viennent dans mon pays vivent dans de belles maisons, on les appelle les “expats”… Écris ça, hein ! » nous glisse-t-elle. « Hier colonisés, aujourd’hui exploités, demain régularisés », reprennent en chœur les gilets noirs, alors que les témoignages affluent. Ils racontent les patrons voyous. Les boulots de merde pour 20 euros. Le travail sans protection. La nuit, dehors, porte de la Chapelle. La queue devant la préfecture. Les contrôles au faciès. La peur. Boubou sait qu’il peut être embarqué par la police. Mais il n’a plus peur. En Mauritanie, il a été torturé, emprisonné pour avoir simplement manifesté. Ici, il survit. Mais, dit-il, « depuis qu’il y a le collectif, ensemble, nous sommes forts ». Il n’est pas 17 heures. Les CRS évacuent tout le monde par la porte arrière. Dehors, d’autres gilets noirs, des députés, des syndicalistes sont venus soutenir l’action. Deux heures plus tard, les CRS chargeront, frapperont à l’aveugle avec une violence rare sur des gens totalement pacifiques. Une quarantaine de sans-papiers sont alors menottés, embarqués au commissariat. D’autres contrôlés. Une jeune femme en état de choc s’approche. Elle ne peut plus arrêter de pleurer, de trembler. Les CRS viennent de lui foncer dessus.

Nadège Dubessay
Occupation du Panthéon : le sort des gilets noirs se règle au tribunal
Lundi, 15 Juillet, 2019

Une quarantaine d’immigrés et leurs soutiens se sont rassemblés lundi 15 juillet devant le palais de justice de Paris pour soutenir seize de leurs camarades interpellés vendredi dernier, suite à leur action coup de poing dans le célèbre monument.

 

Assis sur un rebord du parvis du tribunal de grande instance de Paris, S. attend la décision du juge. Le jeune Malien lève les yeux vers le bâtiment en verre où se reflète le soleil de midi. « Je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit, souffle-t-il. Normalement je dors à côté de lui mais là, de voir sa place vide dans le lit, ça me rendait trop nerveux. » « Lui », c’est son petit frère de 20 ans. Vendredi 12 juillet, il faisait partie des quelque 700 immigrés gilets noirs qui ont occupé pacifiquement le Panthéon pour réclamer « des papiers pour tous ». En guise de réponse, trente-sept ont été interpellés manu militari. Et seize d’entre eux incarcérées au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, avec le risque d’être expulsées du territoire français.

Le sort du frère de S. se jouera mardi 16 juillet, face au juge des libertés et de la détention (JLD) qui doit statuer sur le maintien, ou non, en CRA. Mais dès ce lundi, S. a tenu à être présent pour soutenir les huit premiers camarades convoqués aujourd’hui. A ses côtés, une quarantaine de gilets noirs et membres du collectif La Chapelle debout discutent entre eux, à l’affût des dernières nouvelles de la salle d’audience. « Cette situation est absurde, voilà un mot auquel je pense souvent, glisse S. Ce sont des criminels qui devraient être au tribunal et pas des innocents venus revendiquer leurs droits. » Une logique qui n’est visiblement « pas celle de l’Etat français ».

Trois avocats sont chargés de plaider pour leur libération. Me Sophie Weinberg fait valoir, entre autres, que ces contrôles d’identité n’ont pas de fondements légaux et que les interpellations ne pouvaient avoir comme motif l’occupation du Panthéon. « Elles ont toutes été effectuées à l’extérieur du monument », précise une des membres du collectif La Chapelle Debout, présente sur le lieu des arrestations vendredi. « Juste parce que ce sont des étrangers, ils ne sont pas considérés comme des manifestants ou des sujets politiques, à l’inverse des gilets jaunes par exemple », s’agace un membre de La Chapelle Debout.

Devant le TGI des Batignolles, tous les gilets noirs rencontrés assurent vivre et travailler en France. « Nous sommes légitimes à demander des droits », insiste S. En face de lui, un homme plus âgé tient une pochette bleue dans ses mains. C’est le dossier administratif d’un de ses amis, sénégalais, lui aussi retenu au CRA de Vincennes. « On dit que c’est un ‘’sans-papiers’’, mais il en a des papiers, un passeport, un acte de naissance… c’est juste que pour ce pays, ce ne sont pas les bons ! », relève une jeune femme, qui connait bien son cas.

En début d’après-midi, l’attente prend fin. Deux femmes, membres de La Chapelle Debout, sortent du tribunal en souriant, les bras en l’air. Immédiatement, un petit groupe se presse autour d’elles pour entendre la décision du juge. « Il a déclaré que les contrôles d’identité et les arrestations étaient illégales », annonce l’une des militantes. Le procureur n’a pas fait appel de la décision, les huit personnes sont libres. « C’est important, cela veut dire qu’on ne peut pas nous arrêter parce qu’on revendique nos droits », poursuit-elle. Toute l’assistance applaudit, soulagée, et scande « Libérez nos camarades ! ». Une liesse de courte durée. Les audiences des huit autres incarcérés doivent avoir lieu ce mardi. « Malgré tout, maintenant, nous continuerons sans peur notre combat et nous ne nous découragerons plus », assure un gilet noir. 

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