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Près de 1 500 personnes de Seine-Saint-Denis ont participé à la sortie à la mer organisée par le PCF dans la cité balnéaire du Pas-de-Calais.
Les yeux sont encore bouffis de sommeil à la montée dans le car. Les soutes sont pleines de sacs de nourriture, de jeux, de fauteuils de plage… 7 heures, il faut démarrer, « on est en retard sur l’horaire de départ », annonce l’un des nombreux accompagnateurs qui accueillent les familles, ce samedi matin, sur la place de la mairie d’Aubervilliers. Direction Berck-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, pour cette deuxième « journée à la mer » organisée par le PCF de Seine-Saint-Denis pour promouvoir le « droit aux vacances pour tous ». Arrêt pipi sur l’aire d’autoroute, et déjà un air de vacances se fait sentir. « Il faut qu’on vienne ici pour se voir », lance en souriant une dame à un couple qui attend son tour. Sur le parking, un garçon qui a participé à la première édition l’an dernier raconte à son copain qui n’est jamais venu combien « c’est trop bien » la mer. Le bus redémarre pour les derniers kilomètres, accompagné par les chants de Kabylie ou du Mali. À la descente, les bagages récupérés après quelques pas de danse africaine, et il faut bien suivre les petits qui courent vers le front de mer.
« 1 500 personnes, 25 cars »... pour tous un grand bol d’air
« Wouah !!! On y va, on y va ? » De nombreuses familles passeront la journée dans un ballet incessant entre transats et vagues, entre châteaux de sable et serviettes de plage. Pour les plus chanceux, une glace au goûter, mais pour tous un grand bol d’air. « 1 500 personnes, 25 cars… » Laurent Jamet, trésorier du PCF en Seine-Saint-Denis, détaille l’opération, qui a lieu pour la deuxième fois. « Quelques sections le faisaient, mais on a décidé l’an dernier de l’étendre au maximum de villes. On veut en faire une grande bataille. » Ces « vacances pour tous » ont cette année impliqué les sections PCF des villes suivantes : Aubervilliers, Bagnolet, Le Blanc-Mesnil, Bobigny, Bondy, La Courneuve, Noisy-le-Sec, Montreuil, Pantin, Pierrefitte, Romainville et Saint-Denis. Une liste qui ne demande qu’à s’étoffer et qui s’agrémente de celle des autres fédérations. Celle du Nord emmènera plusieurs milliers de personnes le 27 août pour la 30e année à Malo-les-Bains, quand celle de l’Oise rejoindra pour la 25e fois les plages de Dieppe le 17 août.
« J’espère que vous avez passé une bonne journée, malgré un petit orage. Mais le soleil est revenu », plaisante Mohamed Aïssani, qui, au moment de tirer la désormais traditionnelle tombola avec les enfants, rappelle sous les applaudissements le sens de cette journée. Trop de familles en difficulté – on sait que la Seine-Saint-Denis a l’un des plus forts taux de pauvreté de la métropole – sacrifient leurs vacances aux besoins vitaux. Or le besoin d’oxygène – oublier une journée les factures, échapper aux environnements trop fortement minéralisés des centres urbains surpeuplés – est lui aussi « vital »…
« On s’est éclaté », hurle un groupe d’enfants lorsqu’on leur demande de faire le « bilan » de cette opération. Un souci permanent pour les militants communistes du département, qui en mèneront d’autres au cours de l’été. Le 21 août, une vente militante de fruits et légumes à prix coûtant, pour promouvoir l’agriculture paysanne, les circuits courts, le bien-être alimentaire. Le 27 août, à quelques jours de la rentrée, c’est une vente de matériel scolaire à prix réduit qui sera proposée. Le PCF séquano-dionysien affiche la volonté de multiplier ce genre d’opérations de « solidarité concrète » qui font du bien, et pas seulement au portefeuille, à voir les sourires qui ont marqué cette journée inoubliable… jusqu’à la prochaine.
L'éditorial de Patrick Le Hyaric.
Quelle contradiction entre le micro tendu à l’Assemblée nationale à Mlle Greta Thunberg et le vote du traité de libre-échange avec le Canada ! Ce dernier est déjà en application avant même d’être voté. Il produit déjà des effets négatifs pour la santé, l’agriculture, la pêche. Malgré les alertes, les engagements, dont ceux du président de la République, il n’y a aucune garantie sur le « veto climatique », la défense du principe de précaution, l’utilisation des farines animales, la nouvelle génération d’organismes génétiquement modifiés.
Au nom du principe de « coopération réglementaire », qui fait fi des opinions et des votes des parlements et donc des législations, la Commission européenne a déjà accepté de relever les limites maximales de résidus chimiques dans l’alimentation. Elle se prépare à accepter la substance très toxique d’un herbicide entrant dans la composition de l’agent orange, déclaré ici comme un perturbateur endocrinien. Elle refuse de contester l’utilisation de plus de 45 substances chimiques interdites en Europe mais utilisées au Canada dans la production agricole. Ce même pays s’est allié début juillet au Brésil et aux États-Unis pour contester, au sein de l’Organisation mondiale du commerce, l’application du principe de précaution pour des substances cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.
Ne croyons pas que les accords de libre-échange visent à des coopérations mutuellement avantageuses entre nations. Ils sont voulus par les grandes firmes transnationales pour amplifier la guerre économique et gonfler leurs profits, au détriment de l’emploi, des salaires, de la santé, de l’environnement, des territoires. Le libre-échange, ce n’est pas la concorde entre les peuples mais leur mise en concurrence exacerbée.
Voter ce traité si néfaste, c’est ouvrir la porte à la multitude de textes similaires que négocie en ce moment même la Commission européenne : Japon, Marché commun d’Amérique latine, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique et, demain, le retour de celui négocié avec les États-Unis. Les multinationales veulent que la planète soit leur marché ; les êtres humains et la nature, les fantassins de leur guerre économique.
Députés ! Ne vous désarmez pas vous-mêmes. Contre les lois que vous voterez, les firmes transnationales utiliseront les tribunaux privés d’arbitrage pour appliquer prioritairement le droit « des affaires » contre l’intérêt général. Défendez votre droit à légiférer dans l’intérêt général humain et environnemental ! Défendez votre souveraineté contre les milieux d’affaires. Ne votez pas le Ceta.
Lanceurs d'alerte en 1939 1/29. Dans son œuvre théâtral et poétique, le dramaturge allemand a combattu sans relâche nazisme et fascisme comme avatars de la barbarie capitaliste.
«Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut pas chanter victoire, il est encore trop tôt : le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde », écrit Bertolt Brecht dans l’épilogue de la Résistible Ascension d’Arturo Ui. Contemporaine du grand Dictateur de Charlie Chaplin, la pièce, écrite lors de l’exil de son auteur en Finlande en 1941, satire de l’ascension du parti d’Adolf Hitler, transfiguré en chef de gang au service du trust des choux-fleurs de Chicago, ne sera mise en scène qu’à la fin de l’année de 1958, soit deux ans après la mort du dramaturge allemand.
Né à Augsbourg en 1898, Bertolt Brecht a 20 ans quand il est mobilisé en tant qu’aide-soignant. Sa haine de la guerre et du militarisme allemand, dépeint par George Grosz et Otto Dix, l’engagent dans ses premiers combats artistiques teintés d’anarchisme et de révolte individuelle dont témoignent Baal (1918), Tambours dans la nuit (1919) et Dans la jungle des villes (1923).
La révolution allemande, marquée par les mutineries de Kiel en novembre 1918, la révolte spartakiste de Berlin en janvier 1919, l’expérience de la République des conseils de Bavière au printemps 1919 réprimées dans le sang par la social-démocratie de Friedrich Ebert et Gustav Noske à l’aide des Corps francs de Georg Ludwig, Rudolf Maercker et Franz von Epp, futur gouverneur de la Bavière sous le IIIe Reich, aboutissent à la mise en place d’une République parlementaire tiraillée, sur fond de crise économique, entre une tendance révolutionnaire et une contre-révolutionnaire, qui s’exprimeront jusqu’en 1924. La première avec le soulèvement de la Rhur de 1920, l’action de mars 1921 et l’octobre allemand de 1923. La seconde avec le putsch de Kapp en 1920 et celui de la Brasserie de Munich en 1923, mené par Hermann Göring, Ernst Röhm, Rudolf Hess, Heinrich Himmler et Julius Streicher sous les ordres d’Adolf Hitler, qui, à la suite de cet événement, rédigera Mein Kampf pendant les quelques mois qu’il passera dans sa prison dorée de Landsberg am Lech.
« Les opposants au fascisme, sans être contre le capitalisme, se plaignent de la barbarie engendrée par la barbarie », écrit Brecht. La deuxième partie des années 1920 est pour lui la période de son adhésion au communisme et au marxisme. Elle est aussi celle pendant laquelle il élabore les linéaments de sa théorie théâtrale fondée sur le principe de la distanciation – Verfremdungseffekt. Influencé tout d’abord par Erwin Piscator, membre du Parti communiste allemand et fondateur du théâtre prolétarien, il est engagé comme conseiller littéraire en 1923 à Munich et rejoint le Deutsches Theater de Max Reinhardt à Berlin en 1924. Sa rencontre du compositeur Kurt Weil en 1928 donnera lieu à une collaboration qui aboutira à plusieurs de ses chefs-d’œuvre, dont Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (1930) et, en 1928, l’Opéra de quat’sous dont le succès populaire propulsera Brecht aux sommets de l’avant-garde artistique internationale. Avec la Décision, Celui qui dit oui, celui qui dit non, l’Exception et la Règle, la Mère ou encore Sainte Jeanne des Abattoirs, il fera partie des livres de Brecht brûlés en place publique par les nazis, en mai 1933. Prenant le chemin de l’exil, au lendemain de la prise de pouvoir par Adolf Hitler, pour Prague, Vienne, Paris, Zurich, puis Copenhague (1933-1939), la Suède (1939), la Finlande (1940-1941) et les États-Unis (1941-1947), le poète et dramaturge redouble d’activité à la fois littéraire et théorique dans un contexte de vives controverses dans le champ du marxisme de l’époque, opposant à l’esthétique du réalisme socialiste ses idées du théâtre épique.
Parmi ses œuvres antifascistes de l’époque – Têtes rondes et têtes pointues, les Fusils de la mère Carrar –, Grand-peur et misère du IIIe Reich (1938) dresse un tableau de l’Allemagne des années trente et dévoile les rouages sociaux d’un régime qui, jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale et malgré ses exactions en Allemagne, en Espagne, en Autriche et en République tchèque, fut non seulement toléré mais soutenu par la plupart sinon tous les gouvernements des grandes démocraties occidentales de l’époque.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Brecht sera de nouveau conduit à l’exil par les dévots du maccarthysme. Quittant les États-Unis pour la Suisse, il s’installe finalement à Berlin-Est en juin 1949 pour fonder, avec sa compagne Helene Weigel, la compagnie du Berliner Ensemble.
Dans la Cantate, qu’il écrit en mémoire de Koloman Wallisch, dirigeant social-démocrate autrichien pendu le 19 février 1934 pendant le coup d’État des fascistes conservateurs aboutissant à la dictature d’Engelbert Dollfuss, Bertolt Brecht écrit : « Celui qui reste à la maison quand le combat commence/Et laisse les autres se battre pour sa cause/Il doit savoir ceci/Qui n’a pas partagé le combat partagera la défaite/Il n’évite pas le combat/Celui qui veut éviter le combat/Il combattra pour la cause de l’ennemi/Celui qui n’a pas combattu pour sa propre cause. »
À l’heure du réveil, partout dans le monde, de la Bête immonde, l’œuvre de Brecht rappelle, douloureusement mais lucidement, notre époque à ses responsabilités.
Philosophie: La critique de la religion
Karl Marx (1818-1883)
"Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel" - 1844
" Voici le fondement de la critique irreligieuse: c'est l'homme qui fait la religion, et non la religion qui fait l'homme. A la vérité, la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi de l'homme qui, ou bien ne s'est pas encore conquis, ou bien s'est de nouveau perdu. Mais l'homme, ce n'est pas un être abstrait recroquevillé hors du monde. L'homme, c'est le monde de l'homme, c'est l’État, c'est la société.
Cet État, cette société produisent la religion, une conscience renversée du monde , parce qu'ils sont eux-mêmes un monde renversé. La religion est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d'honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément cérémoniel, son universel motif de consolation et de justification.
Elle est la réalisation chimérique de l'essence humaine, parce que l'essence humaine de possède pas de réalité véritable. Lutter contre la religion, c'est donc indirectement, lutter contre ce monde-là, dont la religion est l'arôme spirituel.
La misère religieuse est tout à la fois l'expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'un état de choses où il n'est point d'esprit. Elle est l'opium du peuple.
Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel. Exiger qu'il abandonne toute illusion sur son état, c'est exiger qu'il renonce à un état qui a besoin d'illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée des larmes dont la religion est l'auréole.
La critique a saccagé les fleurs imaginaires qui ornent la chaîne, non pour que l'homme porte une chaîne sans rêve ni consolation, mais pour qu'il secoue la chaîne et qu'il cueille la fleur vivante. La critique de la religion détrompe l'homme, afin qu'il pense, qu'il agisse, qu'il forge sa réalité en homme détrompé et revenu à la raison, afin qu'il gravite autour de lui-même, c'est à dire autour de son véritable soleil. La religion n'est que le soleil illusoire, qui gravite autour de l'homme tant que l'homme ne gravite pas autour de lui-même".
Karl Marx, Philosophie, "Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel"(1844) - Folio Gallimard (p. 89-90)
lire aussi:
Philosophie politique -
Déconstruction de l'idéologie du droit et du droit naturel de la Révolution Française
Critique du caractère bourgeois de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et des libertés formelles
A propos de la question juive, 1844 -
Karl Marx (1818-1883)
"On distingue les droits de l'homme comme tels des droits du citoyen. Quel est cet homme distinct du citoyen? Nul autre que le membre de la société civile. Pourquoi le membre de la société civile est-il nommé "homme", homme tout court; pourquoi ses droits sont-ils dits droits de l'homme? Comment expliquons-nous ce fait? Par la relation entre l’État politique et la société civile, par la nature de l'émancipation politique.
Avant tout, nous constatons que ce qu'on appelle les "droits de l'homme", les droits de l'homme distingués des droits du citoyen, ne sont autres que les droits du membre de la société civile, c'est à dire de l'homme égoïste, de l'homme séparé de l'homme et de la communauté. Laissons parler la constitution la plus radicale, la constitution de 1793:
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Art 2. "Ces droits, etc. (les droits naturels et imprescriptibles) sont: l'égalité, la liberté, la sûreté, la propriété".
En quoi consiste la liberté?
Art. 6. "La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui", ou, d'après la Déclaration des droits de l'homme de 1791: "La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui".
Ainsi, la liberté est le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Les limites dans lesquelles chacun peut se mouvoir sans préjudice pour autrui sont fixées par la loi, comme les limites de deux champs le sont par le piquet d'une clôture. Il s'agit de la liberté de l'homme comme monade isolée et repliée sur elle-même. (...) Le droit humain de la liberté n'est pas fondé sur l'union de l'homme avec l'homme, mais au contraire sur la séparation de l'homme d'avec l'homme. C'est le droit de cette séparation, le droit de l'individu borné, enfermé en lui-même.
L'application pratique du droit de l'homme à la liberté, c'est le droit de l'homme à la propriété privée.
En quoi consiste le droit de l'homme à la propriété privée?
Art. 16 (Constitution de 1793): " Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie. "
Par conséquent, le droit de l'homme à la propriété privée, c'est le droit de jouir de sa fortune et d'en disposer à son gré, sans se soucier d'autrui, indépendamment de la société: c'est le droit de l'intérêt personnel. Cette liberté individuelle, tout comme sa mise en pratique constituent la base de la société civile. Elle laisse chaque homme trouver dans autrui non la réalisation mais plutôt la limite de sa propre liberté. Mais ce qu'elle proclame avant tout, c'est le droit pour l'homme, de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie.
Restent les autres droits de l'homme, l'égalité et la sûreté.
L'égalité, dépourvue ici de signification politique, n'est rien d'autre que l'égalité de la liberté définie plus haut, à savoir: chaque homme est considéré au même titre comme une monade repliée sur elle-même. La Constitution de 1795 définit la notion de cette égalité conformément à sa signification:
Art.3 (Constitution de 1795): "L'égalité consiste en ce que la loi est la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse."
Et la sûreté?
Art.8 (Constitution de 1793): "La sûreté consiste dans la protection accordée à la société à chacun de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés".
La sûreté est la plus haute notion sociale de la société civile, la notion de police d'après laquelle la société toute entière n'existe que pour garantir à chacun de ses membres la conservation de sa personne, de ses droits, de ses propriétés. (...) Par la notion de sûreté, la société civile ne s'élève pas au-dessus de son égoïsme. La sûreté, c'est plutôt l'assurance de son égoïsme.
Ainsi, aucun des prétendus droits de l'homme ne s'étend au-delà de l'homme égoïste, au-delà de l'homme comme membre de société civile, savoir un individu replié sur lui-même, sur son intérêt privé et son caprice privé, l'individu séparé de la communauté. Bien loin que l'homme ait été considéré, dans ces droits-là, comme un être générique, c'est au contraire la vie générique elle-même, la société, qui apparaît comme un cadre extérieur aux individus, une entrave à leur indépendance originelle. Le seul lien qui les unisse, c'est la nécessité naturelle, le besoin et l'intérêt privé, la conservation de leur propriété et de leur personne égoïste.
Il est déjà mystérieux qu'un peuple, qui commence à peine à s'affranchir, à renverser toutes les barrières séparant les divers membres du peuple, à fonder une communauté politique, que ce peuple proclame solennellement les droits de l'homme égoïste, séparé de son prochain et de la communauté (Déclaration de 1791), et renouvelle même cette proclamation à un moment où l'on réclame impérieusement le dévouement héroïque, seul capable de sauver la nation, au moment où le sacrifice de tous les intérêts de la société civile est mis à l'ordre du jour, et où l'égoïsme doit être puni comme un crime (Déclaration des droits de l'homme, etc, de 1793). Ce fait devient encore plus mystérieux quand nous voyons que les émancipateurs politiques réduisent la citoyenneté, la communauté politique, à un simple moyen, pour conserver ces prétendus droits de l'homme, que le citoyen est donc déclaré serviteur de l'homme égoïste, que la sphère où l'homme se comporte en être communautaire est rabaissée à un rang inférieur à la sphère où il se comporte en être fragmentaire, et qu'enfin ce n'est pas l'homme comme citoyen, mais l'homme comme bourgeois, qui est pris pour l'homme proprement dit, pour l'homme vrai".
Karl Marx, Philosophie, "A propos de la question juive"(1844) - Folio Gallimard (p. 71-74)
lire aussi:
Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!
A revoir aussi:
Education populaire.
A l'invitation du PCF Finistère, samedi 2 février l'historien d'art Renaud Faroux a fait cette magnifique conférence en images sur les origines de l'abstration dans l'art contemporain pour faire comprendre l’œuvre de Jean-Marie Riopelle et Joan Mitchell, exposée aux Capucins à Landerneau. Merci à Mikaël et Karo pour le film de ce moment privilégié!
Prochaine Conférence de Renaud Faroux à l'invitation du PCF Finistère, en avril, pour l'expo Tal Coat au musée de Pont-Aven.
Conférence de l’historien d’art, Renaud Faroux, spécialiste et ami de Ladislas Kijno, au Mille-Club de Landerneau, organisée par le PCF Finistère: aux sources des œuvres de Jean-Michelle Riopelle et Joan Mitchell, aux origines de l’abstraction.
LES LETTRES françaises (n°1041, du 6 août au 19 août 1964)
Fondées en 1942 par Jacques Decour (fusillé par les nazis)
Directeur: Aragon
Marie-Thérèse Maugis: Giacometti, pensez-vous que ce que représente sûrement une époque est son art?
Alberto Giacometti: Bien sûr. Que reste t-il de la préhistoire sinon des œuvres d'art? Que reste t-il de l'Egypte sinon des œuvres d'art? Dès que les peuples possèdent une écriture, il reste aussi une écriture... Si on parle de la Grèce, il y a la philosophie, la poésie et l'art. L'art est toujours l'expression de son époque.
Marie-Thérèse Maugis: Mais la connaissance que l'on a actuellement de l'art n'est-elle pas particulièrement développée?
Alberto Giacometti: Bien sûr aussi. A travers la photo et les voyages, on connaît tout l'art depuis toujours. Les impressionnistes, Cézanne, avaient une connaissance de l'art qui commençait avec la Renaissance. Pour eux, le reste, c'était l'archéologie. Pour les Vénitiens, pour les Flamands, l'art byzantin était à peine de l'art. Aujourd'hui, on possède une vision différente: on connait l'art nègre, l'art océanien, l'art préhistorique, etc... On sait qu'il subsiste des œuvres d'art de toute civilisation. On sait faire la différence entre une sculpture grecque et un chariot grec... Si une sculpture de n'importe quelle civilisation disparaît momentanément, elle peut resurgir et influencer l'art actuel. C'est ce qui s'est passé pour l'art archaïque il y a vingt ans. Ce n'est pas le même processus pour les objets: la voiture moderne abolit le char traîné par un cheval. Or, une oeuvre d'art, elle, n'est jamais dépassée. Dans ce domaine, on ne peut pas parler de progrès... Dire quel art aujourd'hui est l'expression de notre époque est bien difficile... Il y a des peintres qui reproduisent le Moulin-Rouge ou la place Saint-Marc, d'autres qui font des paysages de Bretagne ou des bouquets de roses, il y a des abstraits, des constructivistes, des tachistes, des sous-impressionnistes, des post-impressionnistes, tout cela a l'air contraire, à vrai dire tous sont l'expression de notre époque...
Marie-Thérèse Maugis: Pensez-vous que la multiplicité des expressions dites artistiques entraîne un intérêt plus grand pour ces activités?
Alberto Giacometti: Actuellement, ça va très mal. Les arts aujourd'hui deviennent de plus en plus informels. Il y a le pop'art en outre. Il y a aussi tous ceux qui exposent à la Palette, ceux qu'on appelle peinards et qui de nouveau plaisent à une certaine bourgeoisie rétrograde. Il y a l'art officiel aussi qui est l'art d'avant-garde. Mais depuis les cubistes, une très petite partie de la civilisation s'intéresse à l'art. Le reste s'intéresse aux cartes postales. Pour l'énorme majorité des gens l'art est bel et bien la télévision, le cinéma, une poupée, les affiches, les objets publicitaires, tout ce qui justement n'est pas considéré comme de l'art... J'ai fait partie du jury de la Biennale des Jeunes et je ne sais pas si vous vous souvenez qu'il y avait un Italien qui avait fait un tableau tout rouge. Bon. Deux ouvriers qui découpaient des planches là étaient stupéfaits. C'était une rigolade pour eux de voir des gens sérieux considérer ce tableau rouge et le juger... Lorsque Schoëffer fait des objets lumineux qui tournent, c'est bien dépassé, un juxe box en donne autant et davantage, c'est lumineux, c'est amusant, ça bouge. C'est je crois ce qui explique l'intérêt pour le pop'art. Le pop'art est plus intéressant pour le public que des taches sur une toile. Il met en valeur les affiches, les photos. Mais vous croyez que Rauschenberg peut continuer à coller des Kennedy sur une toile? Vous avez remarqué que le pop'art rejoint tout à coup le réalisme soviétique. A part le sujet, il n'y a qu'un pas d'écart. Vous allez voir les russes évoluer aussi... Il y a deux ans, un mouvement s'est amorcé avec la poésie. Vous allez voir faire des photos-montage d'ici peu...
Marie-Thérèse Maugis: Croyez-vous que ce bouillonnement d'activité artistique ou para-artistique soit une spécialité de notre temps?
Alberto Giacometti: L'art a toujours avancé à grande vitesse. Dans la sculpture égyptienne qui semble immobile pendant trois ou quatre millénaires, il est possible de distinguer des époques malgré la rigidité apparente des formes, on note un renouvellement extraordinaire de 50 ans en 50 ans. A l'inverse, on fait aujourd'hui comme s'il y avait un gouffre énorme entre les tableaux dévalorisés de La Palette, et les cubistes et l'art moderne. Ils sont beaucoup plus proches qu'on le croit... Par exemple, la vision des couleurs reste impressionniste. Les peintres n'ont pas fait un pas au-delà. Ils accordent tous une suprématie énorme à la couleur et donc mettent en couleurs.. Quant à moi, je regarde rigoureusement avec le même intérêt le tableau le plus pompier accroché dans un restaurant qu'une toile de ceux qu'on appelle les grands peintres d'aujourd'hui!
Marie-Thérèse Maugis: Vous pensez qu'ils appartiennent au même domaine de l'art?
Alberto Giacometti: Bien sûr qu'on doit limiter les domaines... Un vase, aussi beau qu'il soit, n'est pas une sculpture: c'est un objet. C'est un autre domaine. Ce vase ne se réfère qu'à lui-même. Mais quand on amène une peinture à ne présenter qu'elle-même, tôt ou tard elle disparaît. Lorsque Duchamp exposait une chaise, pour lui l'art était fini... (...)
Marie-Thérèse Maugis: Mais vous, Giacometti, qui peignez et sculptez des visages, des êtres vivants dont l'image vous poursuit, avez-vous le sentiment de représenter notre époque?
Alberto Giacometti: Pour moi, le problème est différent. J'ai commencé très jeune à faire des dessins et des sculptures parce que mon père était peintre. Je ne saurai jamais si je serais devenu ce que je suis, si j'aurais fait ce que je fais, si mon père n'avait pas été peintre. On en revient au problème du milieu, de la classe. Mais je n'ai jamais voulu faire de la peinture une profession.
Jusque dans ma jeunesse l'art c'était forcément la présentation du monde extérieur ou de quelque chose en tout cas. Il y a deux filons dans l'art. Soit tâcher de rendre le monde extérieur tel qu'on le voit, soit raconter des histoires... Et cela depuis toujours. Et ces deux filons sont aussi valables l'un que l'autre. Chez Rembrandt, un portrait qui est une image la plus fidèle, la plus ressemblante est tout aussi valable que les illustrations pour l'Ancien Testament. Rousseau qui faisait des forêts tropicales avec des singes est aussi valable que Matisse qui faisait le portrait de sa fille. Ces deux courants sont toujours valables. Ceux qui poussent leurs recherches uniquement d'un côté sont rares. Chardin, lui, à travers ses natures mortes, ne poursuit que la représentation la plus proche possible de la réalité. Delacroix ou Géricault sont déjà doubles. L'un peut peindre le "Radeau de la Meduse" ou faire le portrait d'une folle. Ces deux directions se continuent jusqu'à Picasso qui peut exécuter le portrait d'une personne précise ou représenter des scènes qui s'approchent de la mythologie. Je le répète: une direction vaut l'autre. Les impressionnistes, dans l'ensemble, restent uniquement orientés sur la vision du monde extérieur.
Marie-Thérèse Maugis: Mais vous, dans quel courant vous situez-vous?
Alberto Giacometti: Jusqu'en 1925, malgré mon intérêt pour l'art moderne, ce qui m'intéressait, c'était la vision du monde extérieur, strictement, au plus proche possible. En 1925, je me suis rendu compte qu'il m'était impossible de reproduire une tête. Influencé par l'art moderne, j'ai subi une évolution. J'ai été successivement exotique, surréaliste, abstrait... En 1935, ayant tout oublié, j'ai éprouvé de nouveau le besoin de faire des études d'après nature: je suis revenu à des travaux d'essai. Le problème pour moi est de savoir pourquoi il m'est impossible de faire ce que je veux faire. J'essaie tous les soirs de faire une tête et je n'y arrive pas. Tous les soirs, je tente de savoir ce que je vois et pourquoi je n'arrive pas à le représenter.
Une fois de plus, dans une certaine société, on ne me laisserait pas ces loisirs-là. Je ne travaille pas pour communiquer quelque chose aux autres, mais pour savoir si je pourrai un jour faire de la sculpture ou de la peinture. Ce que je fais est probablement périmé d'avance. Je ne suis pas sûr qu'il y ait un avenir dans la sculpture de cette façon là. Mais si je copie un modèle comme je le fais, même si je suis à côté, et étant donné que j'ai la possibilité de le faire, c'est pour la curiosité de savoir ce que je vois à travers une tête. Je suis obligé de faire la sculpture ou la peinture pour savoir ce que je vois. Je ne pense pas être ainsi l'expression de notre époque. Je ne peux même pas le dire...
Marie-Thérèse Maugis: Ces visages que vous copiez sans fin ne sont pas anonymes. Ils ne peuvent que vous donner, à travers eux-mêmes, une connaissance du monde actuel...
Alberto Giacometti: Sans doute, mais un visage vaut n'importe quel autre visage. Ceux que je peins sont choisis au hasard des rencontres. N'importe quel visage est bon. Et moi immobile devant un visage immobile, cherchant à savoir ce que je vois, cela pourrait se passer à n'importe quelle époque non? Entre votre tête devant ce mur et celles de la Préhistoire, il n'y a probablement aucune différence. La relation entre ce qui caractérise une époque et une autre est plutôt précaire. Moi je suis tout à fait à contre-courant. Je suis un des seuls qui ne s'essaye qu'à copier. Et ce que je copie est ce petit résidu qui me reste conscient à travers la vue. Copier est la chose la plus bébête du monde, copier un verre par exemple: il n'y a rien de plus difficile. D'ailleurs c'est impossible. Cézanne a dit à peu près, copier la nature c'est impossible on ne peut que l'interpréter. Cela ne l'a pas empêché de la copier jusqu'à sa mort... Comme je sais que je n'arriverai jamais à copier la tête comme je la vois, ça a l'air d'une aberration d'insister, ça l'est probablement d'ailleurs. C'est même une absurdité totale ce que j'essaye de faire. Ainsi il m'est impossible d'imaginer ce que serait un tableau fini et c'est en quoi je suis à contre-courant des autres peintres de l'art moderne qui finissent toujours leurs tableaux, et même dans une journée. Je sais que je peux travailler toute ma vie un tableau sans le terminer jamais. Et en admettant que je vive 300 ou 400 ans, je n'arriverai jamais à l'achever.
(...).
Avez-vous déjà vu des tableaux parfaits? Moi je n'en ai jamais vu. C'est une des caractéristiques de l'art d'ailleurs. Une hélice d'avion, pour fonctionner doit être parfaite, un verre à vin pour être utilisable ne doit pas être ébréché. Par contre, une oeuvre d'art n'est toujours qu'une vision partielle du monde extérieur, toujours précaire aussi. En peinture, en sculpture, ou en poésie, il ne peut y avoir de perfection. C'est cela qui fait leur intérêt, leur virulence, ou leur violence. Je vous l'ai dit mais les mauvais tableaux d'un peintre m'intéressent autant que les bons. Il n'y a pas pour moi de différence. De toute manière, on exagère l'importance que l'on donne à l'Art avec un grand "A". La majorité des vivants s'en passe royalement.
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Mais oui, l'art n'est plus une nécessité. Les peintures vont directement de l'atelier au musée. C'est bien précaire comme parcours non? Et le petit cheval blanc publicitaire du whisky Withe est plus une nécessité que les œuvres d'art des grands artistes. Moi-même je ne me considère pas plus utile à la société que le petit bricoleur passionné dans son coin. Je ne donne pas une telle importance à ma peinture. Tout m'intéresse mais on ne fait bien les choses qu'en se limitant à l'extrême. Que ce que je fais serve ou non, c'est le dernier de mes soucis. C'est là aussi que j'ai une position opposée à celle des peintres actuels qui estiment avoir un rôle dans la société. Je suis aussi contre le chômage aux artistes: on ne fait de l'art qu'à ses risques et périls et je sais aussi que la société se passe largement de ce que je fais".
Art. La biographie de Catherine Grenier fait revivre la figure de ce sculpteur acharné, pétri de doutes, aussi sociable que séducteur malgré lui.
Alberto Giacometti
de Catherine Grenier
Flammarion, 350 p., 25 €
Sur Alberto Giacometti. Ses amis, Jean Genet, Isaku Yanaihara ou Michel Leiris ont laissé de précieux témoignages, puis le poète Yves Bonnefoy une magistrale monographie, après celle – plus controversée – de James Lord.
Cette nouvelle biographie, signée par la directrice de la Fondation Giacometti à Paris depuis 2014, apporte toutefois un témoignage plus précis sur l’homme et sa vie. L’auteure s’est en effet plongée dans les archives, et dans sa correspondance avec ses proches, dont ses parents restés à Stampa, en Suisse.
Au fil des pages s’esquisse ainsi le portrait d’un artiste précoce, encouragé par son père peintre, mais rapidement en butte à la difficulté de saisir le réel dans son entier mystère. « Il ne faut pas (…) avoir peur de détruire pour refaire, mais de la même façon qu’on ne peut pas rejoindre le sommet d’une montagne d’un seul jet, (…) on ne peut pas atteindre dans une seule œuvre la perfection (…) », lui écrit alors son père, en bon montagnard.
Ce conseil-là, Alberto Giacometti le suivra toute sa vie, dans ses portraits cernés de traits infinis comme dans des sculptures épurées jusqu’à l’os.
« Je travaille tout le temps. Ce n’est pas par volonté, c’est parce que je n’arrive pas à décrocher. (…) Alors ça fait une vie de forçat », confiait ainsi le sculpteur filmé en 1963, trois ans avant sa mort, dans son atelier misérable de la rue Hippolyte-Maindron à Paris, qu’il n’avait pas quitté malgré la fortune venue.
Pourtant, au-delà de cette image d’un solitaire entièrement dévoué à son art, assisté par son frère Diego, Catherine Grenier montre combien Alberto, causeur ironique et paradoxal, vivait en réalité entouré à Montparnasse d’un important réseau d’amis. Sympathisant communiste, il s’était lié d’abord aux deux bandes surréalistes rivales, celle de Breton et celle de Bataille, avant d’être exclu de la première pour délit de retour à la figuration.
Après des collaborations avec le décorateur Jean-Michel Frank, il avait noué aussi des amitiés avec le couple Sartre-Beauvoir, Samuel Beckett et des artistes comme Laurens, Braque, Picasso, Balthus, Derain… Intransigeant et très attaché à sa liberté, Giacometti rompit quelques fois ses liens, notamment avec ses galeristes.
Le livre évoque aussi ses liaisons amoureuses, donnant chair à plusieurs de ses modèles, dont son épouse Annette, rencontrée en Suisse pendant la guerre.
Le sculpteur hésitera toute sa vie à quitter son atelier et ce cercle chaleureux, hormis pour des visites à Stampa. Malgré de grandes expositions dès les années 1950 dans les musées américains, il attendra la toute fin de sa vie pour traverser l’Atlantique.
« L’aventure, disait-il, la grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu chaque jour, dans le même visage. Ça vaut tous les voyages autour du monde. »
Giacometti et Rol Tanguy
Au moment de la Libération, l’artiste crée, à l’initiative de Louis Aragon, une série de portraits d’Henri Tanguy (1908-2002), dit Colonel Rol-Tanguy, militant communiste et héros de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale : chef des Forces Françaises de l’Intérieur de la région Île-de-France en 1943, il mène la Libération de Paris avant l'arrivée des blindés du général Leclerc.
Sa sensibilité de gauche antifasciste, ses liens avec les différentes mouvances du surréalisme et avec l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires seront ainsi rappelés par la série de six dessins politiques exécutés vers 1932 par le sculpteur, qui déclare alors dans une lettre à Breton : « Je ne conçois pas la poésie et l’art sans sujet. J’ai fait pour ma part des dessins pour La Lutte, dessins à sujet immédiat et je pense continuer, je ferai dans ce sens tout ce que je peux qui puisse servir dans la lutte de classes ».
D’après Alberto Giacometti lui-même, les séances de pose avec Rol-Tanguy furent un moment fort dans les rencontres faites après son retour à Paris après la guerre : « Il n’a rien à faire avec le type du militaire, l’allure des jeunes généraux de Napoléon, il est très vif et intelligent, nous parlons de livres de guerre, etc. »
(Fondation Giacometti)