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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:18
Nucléaire militaire - la sécurité des Français en danger - Jean-Marie Collin, porte-parole de l'ICAN France

Tribune de Jean-Marie Collin, porte-parole de l'ICAN France, publiée dans Ouest-France de lue sur le site internet du PCF Pays Bigouden, Le Travailleur Bigouden: http://pcbigouden.over-blog.com

 

Le risque de guerre et d'emploi d'arme nucléaire n'a jamais été aussi élevé. Les accords de contrôle des armes nucléaires s'érodent et perdent en crédibilité. Face à cette situation alarmante, la diplomatie française contribue avec les autres puissances nucléaires à déstabiliser la pierre angulaire du régime de non-prolifération nucléaire et, en même temps, les parlementaires sont aux abonnés absents !

Depuis 1945, les relations internationales sont fondées sur l'équilibre de la terreur. Autrement dit, sur le pari qu'aucun État ne va employer en premier l'arme nucléaire. Pendant combien de temps ce pari est-il tenable ?

Cet « ordre » nucléaire est principalement fondé sur le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qui vient de tenir son dernier comité préparatoire (28 avril-10 mai), avant la Conférence d'examen quinquennal de 2020. L'échec de ce comité, à se mettre d'accord sur le futur de ce traité, annonce la perte de crédibilité du régime de non-prolifération et donc d'une plus grande insécurité.

Alors à qui la faute ? Aux 186 États qui n'ont pas la bombe ou aux États qui ont adopté le Traité d'interdiction des armes nucléaires pour renforcer la norme internationale d'interdiction de cette arme de destruction massive ? Ces derniers estimant qu'il est de leur devoir d'agir contre le risque d'une utilisation – accidentelle, volontaire ou malveillante – de l'arme nucléaire aux conséquences catastrophiques pour l'ensemble de l'humanité. Évidemment non !

« Un petit gang »

L'ambassadeur sud-africain – dont l'État a volontairement éliminé son arsenal nucléaire – a apporté la réponse : « Certains États parties ne peuvent pas fonctionner comme un petit gang Ce « gang » est composé des États-Unis, de la Russie, du Royaume-Uni, de la France et de la Chine.

Ces cinq États, aux régimes politiques opposés, sont en effet dans une attitude des plus incohérentes qui risque d'entraîner le TNP vers sa fin. Tous ont refusé, avec des argumentaires communs, les recommandations exprimées par la majorité de ce comité qui constituaient pourtant un bon point de départ pour la conférence de 2020. Pire, ces cinq États renoncent à leurs obligations de désarmement (article 6 du TNP et multiples autres engagements acceptés en 1995, 2000, 2010) en poursuivant la modernisation et le renouvellement de leurs arsenaux nucléaires. La France, par exemple, augmente son budget nucléaire de 60 %, soit 37 milliards d'euros qui seront dépensés entre 2019 et 2025. Comme l'a clamé la ministre des Armées : « Nous affûtons nos armes, toutes nos armes ! »

Une menace constante

L'objectif du TNP est d'amener plus de sécurité. Or, par leur refus de mettre fin à leurs arsenaux nucléaires, ils renforcent l'insécurité mondiale. Le plus incompréhensible est qu'ils se menacent les uns les autres à travers des exercices simulant une frappe nucléaire !

Les parlementaires sont censés contrôler l'action du gouvernement (article 24 de la Constitution), mais, dans ce domaine, nous observons tout le contraire. Il est inquiétant de voir que la réflexion engagée l’an dernier, avec la mission des députés Fanget et Lecoq, a disparu. Cela fait en effet près d'une année que nous attendons la création de la « délégation permanente à la dissuasion nucléaire, à la non-prolifération, à la maîtrise de l'armement et au désarmement », adoptée à l'unanimité par la commission des Affaires étrangères. Pourquoi n'est-elle pas encore en place ? Il est largement temps que les parlementaires prennent leur responsabilité.

La France, qui possède le troisième arsenal nucléaire au monde, doit arrêter de fuir ses engagements. Oui, il est possible de la complimenter pour ses efforts passés. Mais ils ne servent à rien, si son discours et ses actions restent figés dans une politique de défense datant du siècle dernier.

Les armes nucléaires représentent un problème de sécurité qui doit trouver une fin définitive autre que celles de la menace constante et du risque de leur utilisation. Croire que nous échapperons éternellement à une détonation nucléaire est une vision stratégique naïve et une erreur politique grossière !

(Ican - Campagne Internationale pour Abolir les Armes Nucléaires)

Tribune publiée par Ouest-France

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:10
Commandement militaire : Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles » (PCF, 15 juillet 2019)
Commandement militaire : Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles »

Ce 13 juillet, le discours aux armées du Président de la République a marqué un nouvel infléchissement guerrier et atlantiste de la politique militaire française.

Officiellement, la création en septembre prochain d’un « Grand commandement de l’espace », le renouvellement du parc des satellites français, ou le lancement du nouveau sous-marin nucléaire d’attaque s’inscrivent dans la perspective d’une future défense européenne. En pratique, celle-ci n’est que l’alibi d’une adaptation sans cesse plus poussée d’Emmanuel Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles » initiées par Donald Trump.

La présence, le 14 juillet, au côté du chef de l’État, du secrétaire général de l’Otan, la nomination à la tête de la direction des affaires politiques et de sécurité du ministère des Affaires étrangères d’une figure du néoconservatisme à la française, les postures belliqueuses adoptées récemment à l’égard de la Russie ou de l’Iran, vont toutes dans ce sens.

De même, l’annonce de la constitution d’un commandement militaire dédié à l’espace ne fait qu’emboîter le pas à l’administration nord-américaine. Elle remet en cause le Traité international de l’espace, pourtant signé par la France et les États-Unis, lequel en son article 4 prohibe la mise en orbite d’armes nucléaires ou de destruction massive. À l’inverse, les annonces présidentielles s’inspirent de l’armée de l’espace chère à la Maison Blanche et elles aboutissent à laisser libre cours au Space Act de 2015, qui autorise les entreprises américaines à s’emparer des ressources de l’espace.

Non seulement la doctrine militaire de Monsieur Macron va amputer les finances publiques de 37 milliards d’euros rien que pour la modernisation de l’arme nucléaire (inscrits dans la loi de programmation militaire 2019-2025), alors que l’austérité saigne déjà à blanc les services publics et le pouvoir d’achat des Français. Mais elle entraîne notre pays dans la folle stratégie de tensions internationales mise en œuvre par Trump.

La France doit plutôt recouvrer son indépendance et se faire porteuse de propositions de paix. Ce qui implique qu’elle se désengage de l’Alliance atlantique, qu’elle agisse en défense du droit international, qu'elle signe et ratifie le Traité international d'interdiction des armes nucléaires (TIAN), pour le respect de tous les traités internationaux aujourd’hui violés par les États-Unis.

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:02
16 juillet 1942 - La rafle du Vel d'Hiv! - N'oublions jamais l'implication de l'Etat français dans les crimes contre l'humanité antisémites !
16 juillet 1942 - La rafle du Vel d'Hiv! - N'oublions jamais l'implication de l'Etat français dans les crimes contre l'humanité antisémites !

16 juillet 1942 : La rafle du Vel d'Hiv !
À l'aube du 16 juillet 1942 débute à Paris la « rafle du Vel d'Hiv ». Elle voit l'arrestation par surprise de plus de treize mille Juifs parisiens de 2 à 60 ans.
13.152 personnes sont appréhendées par la police française les 16 et 17 juillet 1942, y compris 4.000 enfants de moins de 16 ans.
C'est beaucoup... et néanmoins deux fois moins que le quota fixé par les Allemands et la préfecture de police ! Les actes de solidarité heureusement n'ont pas manqué : quelques policiers ont laissé fuir leurs victimes, des concierges, des voisins, des anonymes ont ouvert leurs portes et caché des Juifs...
Embarqués dans des autobus, les personnes seules et les couples sans enfants sont convoyés vers le camp de Drancy, au nord de Paris.
Les familles avec enfants sont quant à elles dirigées vers le Vélodrome d'Hiver, rue Nélaton, dans le XVe arrondissement de Paris (aujourd'hui disparu).
Plus de 8.000 personnes dont une majorité d'enfants vont s'y entasser pendant plusieurs jours, parfois jusqu'au 22 juillet, dans des conditions sordides : pas de couchage, ni nourriture, ni eau potable, avec un éclairage violent jour et nuit, au milieu des cris et des appels de haut-parleurs. Seuls trois médecins et une dizaine d'infirmières de la Croix-Rouge sont autorisés à intervenir.
Les familles du Vel d'Hiv sont transférées de la gare d'Austerlitz vers les camps d'internement de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, dans le Loiret. Au mois d'août suivant, les mères sont enlevées à leurs enfants par les gendarmes et convoyées vers les camps d'extermination de Pologne. Les enfants seront à leur tour envoyés deux semaines plus tard à Auschwitz-Birkenau qui, depuis le début juillet, s’est transformé de camp de travail forcé en camp d'extermination à l'échelle industrielle.
Aucun n'en reviendra. Les internés de Drancy prennent également le chemin d'Auschwitz-Birkenau. Quelques dizaines tout au plus reviendront de l'enfer.
La rafle accentue la collaboration entre Vichy et l'occupant allemand dans le domaine de la «question juive». Mais elle entraîne aussi un début de fracture dans l'opinion française, jusque-là massivement indifférente ou attentiste. Peu à peu, certains citoyens basculent dans la Résistance, plus ou moins active ; d'autres, à l'inverse, se radicalisent et basculent dans l'antisémitisme et la collaboration.
Il a fallu attendre le 16 juillet 1995 pour qu'à la faveur d'un très beau et très émouvant discours, un président, Jacques Chirac, reconnaisse officiellement « que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l’État français ».

Robert Clément - sur sa page Facebook

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 07:54
PCF: Gironde. L'ancien résistant et déporté Georges Durou (1924-2019), militant de la paix et de la mémoire, vient de nous quitter
PCF: Gironde. L'ancien résistant et déporté Georges Durou (1924-2019), militant de la paix et de la mémoire, vient de nous quitter

Georges Durou, vient de nous quitter.
A l'annonce de cette triste nouvelle, la direction du PCF, au nom de tous les communistes tient à rendre hommage à ce grand résistant, militant de la Paix, passeur de mémoire et s'associe à la peine de nos camarades de Gironde.
Communiqué de Sébastien Laborde, secrétaire départemental PCF Gironde :
C'est avec tristesse que nous apprenons la disparition de notre camarade Georges Durou. Résistant et déporté, Jo aura eu toute sa vie la volonté de transmettre la mémoire de ce que fut la résistance à Bègles, sa ville, et en Gironde.

Arrêté à quinze ans pour distribution de tract, il est interné au fort du Hâ de Bordeaux puis au camp de Mérignac duquel il tentera de s'évader par trois fois. Il est ensuite envoyé au camp d’Oranienbourg-Sachsenhausen puis à l’usine-camp de concentration Heinkel.
Il en reviendra à jamais marqué par l'épreuve de l'internement mais aussi, et peut être surtout, par les formidables gestes de solidarité et de résistance auxquels il aura participé durant ces années d'horreur qu'il racontera au travers d'un livre "Mes printemps de barbelés".

Georges de retour des camps militera à l'UJFP et au PCF, puis ensuite au plan syndical, aux PTT dont il sera un responsable de l'organisation CGT en Gironde.
Il sera un des fondateurs de l'Institut d'histoire sociale d'Aquitaine.

Il n'aura eu de cesse jusqu'à la fin de sa vie de raconter la résistance communiste en Gironde avec notamment un énorme travail de recherche autour de l'appel de Charles Tillon lancé à Gradignan le 17 octobre 1940 depuis le moulin de Moulineau.
Comment évoquer le travail de mémoire de Georges sans parler de l'association des familles de fusillés de Souge. 256 hommes fusillés entre 1940 et 1944 à Merignac dont la mémoire reste vive.

Georges aura toute sa vie été un militant acharné pour la justice et la paix.

J'adresse au nom de la fédération de Gironde du PCF à sa famille et à ses proches mes sincères et fraternelles condoléances.

Sébastien Laborde

PCF: Gironde. L'ancien résistant et déporté Georges Durou (1924-2019), militant de la paix et de la mémoire, vient de nous quitter
Hommage de Stephane Bailanger (sur sa page Facebook)
 
Georges Durou (1924-2019)

Mon camarade et ami Jo (Georges Durou) nous a quitté, il avait 95 ans. Il était communiste, résistant, déporté et pacifiste.

Issu d'une famille ouvrière, Jo fut très tôt sensibilisé à la lutte antifasciste dans les années 1930. Jeune communiste, il a 16 ans lorsqu'il est arrêté pour distribution de tracts à la gare Saint-Jean en 1940. Condamné, il passe alors plusieurs mois en prison, au Fort du Hâ. Considéré par les services de la police et de la préfecture de Bordeaux comme un militant actif jugé "dangereux", il n'est pas libéré après avoir purgé sa peine. Au contraire, il est envoyé au camp de Mérignac, camp d'internement. Là, il verra partir nombre de ses amis vers le camp de Souge où l'Occupant fusillait résistants et otages, au gré de sa politique répressive et avec la complicité active de la police et de la préfecture de Bordeaux. Toute sa vie, il ne cessera d'honorer la mémoire de ses amis, il passa bien des journées aux archives départementales pour cela à l'heure de la retraite.

Mais en 1943, après trois tentatives d'évasion, il est déporté dans un camp de concentration en Allemagne, à Sachenhausen (au nord de Berlin). Deux années où il vécu le quotidien des déportés politiques au triangle rouge, les brimades, les coups, la faim et la soif jusqu'à ces fameuses "marches de la mort". Lorsqu'il rentra en France en 1945, sa jeunesse était déjà bien abîmée. C'est aussi l'une des raisons du choix du titre de ses mémoires, "Mes printemps de barbelés", qu'il écrivit à 88 ans.

Comme ses compagnons d'infortune ayant survécu, il travailla à la Reconstruction. Militant cégétiste, il participa dans les années 1950 à de nombreux conflits syndicaux, son emploi aux PTT fut menacé à ce titre. Le militantisme au PCF est de famille chez Jo, dont la soeur Simone Rossignol, fut maire de Bègles de 1971 à 1984.

A partir de la seconde moitié des années 1990, il oeuvra pour le devoir de Mémoire, en participant à des conférences, à des rencontres avec les publics scolaires. C'est à ce titre qu'il est intervenu 4 années de suite dans mes classes au Collège Lapierre à Lormont. Président de l'Association du Souvenir des fusillés de Souge, il participa à toutes ses activités jusqu'à ce que ses forces l'abandonnent. Pacifiste, il reçu le bâton de "pèlerin de la paix" au cours d'une cérémonie à la bourse du travail.

J'ai salué Jo une dernière fois l'an dernier à la fête girondine de l'Humanité, à Villenave d'Ornon. Ses jambes ne le portaient plus mais il se souvenait de notre travail auprès des scolaires. Toute sa vie fut hantée par les souvenirs de sa jeunesse dramatique, c'était pour lui un fardeau autant qu'un honneur. Jo disait aux élèves, en commentaire des photographies de ses camarades fusillés, qu'ils étaient aussi sa famille. Aujourd'hui, il vient de les rejoindre dans l'éternité. C'est donc à nous, désormais, de reprendre le flambeau.

C'est avec émotion que je termine ces lignes. J'ai des bobines de camescopes et des photographies de nos activités qu'il me faudra bien exploiter un jour ou remettre à l'Association du Souvenir.

Je reviendrai prochainement sur le parcours de Jo. Ses obsèques auront lieu lundi 22 juillet à 11h45 à Mérignac.
 
Stephane Bailanger (sur sa page Facebook)
 
 
 
 
 
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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 07:50
Afrique. Affaire des missiles en Libye : le double jeu de Paris
Jeudi, 11 Juillet, 2019

Des armes achetées par la France aux États-Unis ont été retrouvées dans un camp abandonné par le maréchal Haftar, le chef de guerre qui attaque la capitale Tripoli.

 

L’affaire est pour le moins embarrassante pour le gouvernement français. Le New York Times vient de révéler que les quatre missiles antichars découverts par les forces loyales au gouvernement d’union nationale (GNA) sur une base reprise fin juin au maréchal Haftar (qui a lancé en avril une offensive sur la capitale) étaient la propriété de la France.

« Les missiles Javelin trouvés à Gharyan (ouest) appartiennent effectivement aux armées françaises, qui les avaient achetés aux États-Unis, a déclaré le ministère français des Armées, confirmant les assertions du quotidien américain. Ces armes étaient destinées à l’autoprotection d’un détachement français déployé à des fins de renseignement en matière de contre-terrorisme. » Toutefois, ces munitions, « endommagées et hors d’usage », étaient « temporairement stockées dans un dépôt en vue de leur destruction » et « n’ont pas été transférées à des forces locales », assure Paris, qui se défend de les avoir fournies aux troupes du maréchal Haftar, sans pour autant expliquer comment elles ont fini sur cette base. « Il n’a jamais été question ni de vendre, ni de céder, ni de prêter ou de transférer ces munitions à quiconque en Libye », insiste le ministère français des Armées, qui ne dit pas non plus pourquoi ces munitions, stockées dans un pays en guerre, n’ont pas été rapidement détruites.

Le nœud gordien libyen

En réalité, l’affaire aurait pu en rester là. Mais dans le dossier libyen, depuis la guerre menée en 2011 sur volonté de la France de Sarkozy entraînant avec elle les États-Unis d’Obama et bien d’autres pays dont le Royaume-Uni, mais également les Émirats arabes unis, les antagonismes sont forts. Emmanuel Macron cherche à être le deus ex machina pour trancher le nœud gordien de cette Libye déchirée, affirmant soutenir le GNA mais aidant, en sous-main, les forces du maréchal Haftar, ce que montre la découverte de ces missiles. Ce n’est pas du goût de Washington, qui appuie, comme Moscou, au grand jour le maréchal et n’apprécie pas le double jeu de Paris. D’autant que le GNA bénéficie de l’aide de Doha et d’Ankara. D’où les révélations du New York Times. Selon l’agence de coopération pour la défense et la sécurité du Pentagone, la France a bien donné son accord, en 2010, pour l’acquisition de 260 missiles Javelin de fabrication américaine et les éléments associés, pour un coût total estimé à 69 millions de dollars (soit au cours actuel un peu plus de 61 millions d’euros).

Ces missiles particulièrement efficaces ont été utilisés notamment lorsque le maréchal Haftar a lancé la bataille pour reprendre Benghazi (est) aux islamistes épaulés par le Qatar et la Turquie. Haftar était alors soutenu par les Émirats, l’Égypte et… la France, qui avait dépêché des forces spéciales, comme l’a révélé François Hollande après qu’un hélicoptère dans lequel se trouvaient trois soldats français d’élite a été abattu lors d’une « dangereuse opération de renseignement », selon ses propres paroles. C’était en juillet 2016.

Yémen même salade

Autre fait troublant, ces Javelin auraient été retrouvés dans des caisses sur lesquelles il était indiqué qu’ils avaient été vendus en 2008 aux Émirats, important partenaire militaire des États-Unis. Ce qu’a démenti Abou Dhabi. Volonté de dissimulation pour masquer l’aide de Paris ou imbroglio international comme les armes françaises utilisées au Yémen par l’Arabie saoudite et dont une partie était officiellement destinée (et payée par Riyad) à l’armée libanaise ? Dans ce domaine, tout est possible. Pour notre part, nous avions constaté en avril 2011 alors que les combats faisaient rage entre la rébellion et les troupes de Mouammar Kadhafi dans la localité de Ras Lanouf qu’avaient été abandonnés par les troupes gouvernementales des missiles rangés dans des caisses en provenance de Corée du Nord qui étaient censées renfermer des « pièces détachées pour bulldozer ».

La France a reconnu tardivement avoir apporté du renseignement au maréchal Haftar dans la lutte antidjihadiste dans l’est et le sud du pays mais continue à réfuter tout soutien militaire dans son offensive contre Tripoli lancée il y a trois mois, tuant plus de 1 000 personnes, dont plus d’une centaine de civils et, parmi eux, des dizaines de migrants.

Pierre Barbancey
Afrique. Affaire des missiles en Libye: le double jeu de Paris (L'Humanité, Pierre Barbancey, 11 juillet 2019)
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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 06:50
1970-1973 : Salvador Allende par Neruda (J'avoue que chez vécu)

Les mémoires en prose de Pablo Neruda (1904-1973), mises en forme de manière posthume par Miguel Otero Silva et Mathilde Urrutia, sous le titre "J'avoue que j'ai vécu", sont d'une richesse et d'une beauté bouleversante.

Elles s'achèvent par des portraits politiques, et notamment celui de Salvador Allende, le président socialiste qui au moment où Neruda écrit vient d'être liquidé par la junte d'extrême-droite appuyée par Nixon et la CIA. A Neruda lui-même, il ne reste plus que quelques heures à vivre.

Le diplomate poète Pablo Neruda a adhéré au Parti Communiste en 1945, après avoir joué un rôle important pour faciliter l'exil des républicains espagnols pendant la guerre d'Espagne. Il a été sénateur des provinces minières du nord du Chili, puis a dû rentrer dans la clandestinité et l'exil avec la dictature de Videla, radical populiste qui s'est retourné contre les populistes qui avaient contribué à son élection (1946). En 1970, Pablo Neruda est le candidat du Parti communiste aux élections présidentielles chiliennes, avec l'option partagée par le parti et par le poète mondialement connu, prix Nobel de littérature, et immensément populaire au Chili, de pouvoir se retirer si l'unité populaire est possible à réaliser entre les six ou sept partis qui peuvent défendre un projet et des intérêts communs à gauche et qui en 1969 encore avancent chacun dans leur couloir.

"La seule façon de précipiter l'unité, écrit Neruda trois ou quatre ans plus tard, était que les communistes désignent leur propre candidat. Quand j'acceptai la proposition, nous rendîmes public le point de vue du parti. Notre appui irait au candidat qui réunirait l'ensemble des suffrages. Si l'accord se révélait impossible, je maintiendrais ma candidature jusqu'aux élections. C'était un moyen héroïque d'obliger les autres partis à se mettre d'accord. En acceptant, je dis au camarade Corvalan qu'il allait de soi qu'on ne refuserait pas mon désistement futur, étant personnellement convaincu qu'il serait inévitable. Il était fort improbable que l'unité pût se faire autour d'un communiste. En termes clairs, tous avaient besoin de nos voix (y compris quelques candidats de la démocratie chrétienne) mais aucun n'entendait nous donner la sienne.

Pourtant, l'annonce de ma candidature, sortie de ce matin marin de l'Ile-Noire, se répandit comme une traînée de poudre. On me demandait partout. J'étais très ému de voir des centaines ou des milliers d'hommes et de femmes du peuple me serrer sur leur cœur, m'embrasser et pleurer. A tous, habitants des faubourgs de Santiago, mineurs de Coquimbo, hommes du cuivre et du désert, paysannes qui m'attendaient durant des heures avec leurs enfants dans les bras, travailleurs qui vivaient leur détresse du Bio-Bio jusqu'au détroit de Magellan, à tous je leur parlais ou lisais mes poèmes, sous la pluie battante, dans la boue des rues et des chemins, contre le vent austral qui fait grelotter les gens.

L'enthousiasme me gagne. Il y avait de plus en plus de monde à mes réunions, de plus en plus de femmes. Fasciné et terrorisé, je commençai à penser à ce que j'allais devenir si j'étais élu président de la république la plus farouche, la plus dramatiquement sans solutions, la plus endettée et, sans doute, la plus ingrate. On y acclamait les présidents le premier mois; puis, justement ou injustement, on les martyrisait durant les cinq ans et onze mois qui les séparaient de nouvelles élections. 

Par bonheur, la nouvelle arriva: Allende surgissait comme candidat unique possible de l'Unité populaire".

Neruda connaît déjà Allende et l'admire. Il admire sa santé, sa vigueur et sa résistance physique, sa capacité à supporter un rythme de vie et de campagne démentiel  Ils ont fait des campagnes électorales ensemble. Il a de la sympathie pour lui.

En 1958, Allende était déjà le candidat commun du FRAP (Front de l'action populaire, regroupant Parti socialiste et Parti communiste) contre Jorge Alessandri, fils de l'ancien président de la République, homme de l'affairisme, du libéralisme et de l'oligarchie. Il était arrivé en seconde position. Quand il se présente aux élections présidentielles de septembre 1970, Salvador Allende est âgé de 62 ans. Trapu, d'une rondeur trompeuse mais rassurante, le regard vif derrière de grosses lunettes d'écaille, le docteur Salvador Allende est une figure politique de premier plan depuis plus de 30 ans. Son style de vie bourgeois ne lui vaut pas que des sympathies. C'est un ami de jeunesse d'Edouardo Frei, le président de droite chrétienne modérée de 1964 à 1970. Il habite dans un des quartiers résidentiels cossus de Santiago. Il a possédé un yacht. Sa femme et ses deux filles élégantes fréquentent la bonne société. C'est un esthète collectionneur d’œuvres d'art. C'est la quatrième élection présidentielle de l'ancien médecin de l'Assistance publique et des hôpitaux de Valparaiso, qui fut élu député dès 1939 et organisa la campagne de Pedro Aguirre Cerda, le premier président de front populaire au Chili, à cette époque. Cet ancien ministre de la santé (1942), fondateur du Parti socialiste chilien (1943) est décrit par les conservateurs chiliens comme un "redoutable communiste prêt à transformer le Chili en démocratie populaire et à supprimer toutes les libertés". Kissinger et le département américain, avec la CIA et des compagnies capitalistes transnationales comme ITT (International Telegraph and Telephone), feront tout pour empêcher l'élection d'Allende, et ensuite pour faire chuter le gouvernement d'unité populaire.          

Le reste, laissons Neruda le raconter lui-même dans les dernières lignes de J'avoue que j'ai vécu, et de sa vie.

Pablo Neruda va mourir le 24 septembre 1973, 13 jours après le putsch militaire du 11 septembre, 13 jours après la mort de son "ami" Allende.

1970-1973 : Salvador Allende par Neruda (J'avoue que chez vécu)

 

Allende

Mon peuple a été le peuple le plus trahi de notre temps. Du fond des déserts du salpêtre, des mines du charbon creusées sous la mer, des hauteurs terribles où gît le cuivre qu'extraient en un labeur inhumain les mains de mon peuple, avait surgi un mouvement libérateur, grandiose et noble. Ce mouvement avait porté à la présidence du Chili un homme appelé Salvador Allende, pour qu'il réalise des réformes, prenne des mesures de justice urgentes et arrache nos richesses nationales des griffes étrangères.

Partout où je suis allé, dans les pays les plus lointains, les peuples admiraient Allende et vantaient l'extraordinaire pluralisme de notre gouvernement. Jamais, au siège des Nations unies à New York, on n'avait entendu une ovation comparable à celle que firent au président du Chili les délégués du monde entier. Dans ce pays, dans son pays, on était en train de construire, au milieu de difficultés immenses, une société vraiment équitable, élevée sur la base de notre indépendance, de notre fierté nationale, de l'héroïsme des meilleurs d'entre nous. De notre côté, du côté de la révolution chilienne, se trouvaient la constitution et la loi, la démocratie et l'espoir.

De l'autre côté il ne manquait rien. Ils avaient des arlequins et des polichinelles, des clowns à foison, des terroristes tueurs et geôliers, des frocs sans conscience et des militaires avilis. Tous tournaient dans le carroussel du mépris. Main dans la main s'avançaient le fasciste Jarpa et ses neveux de Patrie et Liberté, prêts à casser les reins et le coeur à tout ce qui existe, pourvu qu'on récupère l'énorme hacienda appelée Chili. A leur Côté, pour égayer la farandole, évoluait un grand banquier danseur, éclaboussé de sang. Gonzalez Videla, le roi de la rumba, lequel, rumba par-ci, rumba par-là, avait depuis belle lurette livré son parti aux ennemis du peuple. Maintenant c'était Frei qui livrait le sien aux mêmes ennemis, et qui dansait au son de leur orchestre, avec l'ex-colonel Viaux, son complice ès forfaiture. Ils étaient tous tètes d'affiche dans cette comédie. Ils avaient préparé le nécessaire pour tout accaparer, les miguelitos, les massues et les balles, ces balles qui hier encore avaient blessé notre peuple à mort à Iquique, Ranquil, Salvador, Puerto-Montt, José Maria Caro, Frutillar, Puente Alto et autres nombreux endroits. Les assassins d'Hernan Mery dansaient avec ceux qui auraient dû défendre sa mémoire. Ils dansaient avec naturel, avec leurs airs de bondieusards. Ils se sentaient offensés qu'on leur reproche ces «petits détails».

Le Chili a une longue histoire civile qui compte peu de révolutions et beaucoup de gouvernements stables, conservateurs et médiocres. De nombreux présidaillons et deux grands présidents : Balmaceda et Allende. Curieusement, l'un et l'autre sortent du même milieu: la bourgeoisie riche, qui se fait appeler chez nous «aristocratie». Hommes de principes, obstinés à rendre grand un pays amoindri par une oligarchie médiocre, ils eurent la même fin tragique. Balmaceda fut contraint au suicide parce qu'il refusait de livrer aux compagnies étrangères nos riches gisements de salpêtre. Allende fut assassiné pour avoir nationalisé l'autre richesse du sous-sol chilien : le cuivre. Dans les deux cas, les militaires pratiquèrent la curée. Les compagnies anglaises sous Balmaceda, les trusts nord-américains sous Allende, fomentèrent et soulèvements d'état-major.

Dans les deux cas, les domiciles des présidents furent mis à sac sur l'ordre de nos distingués «aristocrates». Les salons de Balmaceda furent détruits à coups de hache. La maison d'Allende, avec le progrès, fut bombardée par nos héroïques aviateurs.

Pourtant, les deux hommes se ressemblent peu. Balmaceda fut un orateur fascinant. Il avait une nature impérieuse qui le rapprochait chaque jour davantage du pouvoir personnel. Il était sûr de la noblesse de ses intentions. Les ennemis l'entouraient à chaque instant. Sa supériorité sur son entourage était si grande, et si grande sa solitude, qu'il finit par se replier sur lui-même. Le peuple qui aurait dû l'aider n'existait pas en tant que force, c'est-à-dire n'était pas organisé. Ce président était condamné à agir comme un illuminé, comme un rêveur : son rêve de grandeur resta à l'état de rêve. Après son assassinat, les trafiquants étrangers et les parlementaires du cru s'emparèrent du salpêtre , les étrangers, en concessions; les représentants du cru, en pots-de-vin. Les trente deniers perçus, tout rentra dans l'ordre. Le sang de quelques milliers d'hommes du peuple sécha vite sur les champs de bataille. Les ouvriers les plus exploités du monde, ceux des zones du nord du Chili, ne cessèrent plus de produire d'immenses quantités de livres sterling pour la City de Londres.

 

Allende ne fut jamais un grand orateur. Gouvernant, il ne prenait aucune décision sans consultations préalables. Il était l'incarnation de l'anti-dictateur, du démocrate respectueux des principes dans leur moindre détail. Le pays qu'il dirigeait n'était plus ce peuple novice de Balmaceda, mais une classe ouvrière puissante et bien informée. Allende était un président collectif; un homme qui, bien que n'étant pas issu des classes populaires, était un produit de leurs luttes contre la stagnation et la corruption des exploiteurs. C'est pourquoi l'oeuvre réalisée par Allende dans un temps si court est supérieure à celle de Balmaceda ; mieux, c'est la plus importante dans l'histoire du Chili. La nationalisation du cuivre fut une entreprise titanique. Sans compter la destruction des monopoles, la réforme agraire et beaucoup d'autres objectifs menés à terme sous son gouvernement d'inspiration collective.

Les œuvres et les actes d'Allende, d'une valeur nationale inappréciable, exaspérèrent les ennemis de notre libération. Le symbolisme tragique de cette crise se manifeste dans le bombardement du palais du gouvernement; on n'a pas oublié la Blitzkrieg de l'aviation nazie contre des villes étrangères sans défense, espagnoles, anglaises, russes; le même crime se reproduisait au Chili; des pilotes chiliens attaquaient en piqué le palais qui durant deux siècles avait été le centre de la vie civile du pays.

J'écris ces lignes hâtives pour mes Mémoires trois jours seulement après les faits inqualifiables qui ont emporté mon grand compagnon, le président Allende. On a fait le silence autour de son assassinat; on l'a inhumé en cachette et seule sa veuve a été autorisée à accompagner son cadavre immortel. La version des agresseurs est qu'ils l'ont découvert inanimé, avec des traces visibles de suicide. La version publiée à l'étranger est différente. Aussitôt après l'attaque aérienne, les tanks - beaucoup de tanks - sont entrés en action, pour combattre un seul homme : le président de la République du Chili, Salvador Allende, qui les attendait dans son bureau, sans autre compagnie que son cœur généreux, entouré de fumée et de flammes.

L'occasion était belle et il fallait en profiter. Il fallait mitrailler l'homme qui ne renoncerait pas â son devoir. Ce corps fut enterré secrètement dans un endroit quelconque. Ce cadavre qui partit vers sa tombe accompagné par une femme seule et qui portait toute la douleur du monde, cette glorieuse figure défunte s'en allait criblée, déchiquetée par les balles des mitrailleuses. Une nouvelle fois, les soldats du Chili avaient trahi leur patrie.


Neruda, J'avoue que j'ai vécu, traduction de Claude Couffon

 

 

La dernière photographie de Salvador Allende inspectant le Palacio de La Moneda.

La dernière photographie de Salvador Allende inspectant le Palacio de La Moneda.

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15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 09:02
À l’Assemblée, l’opposition fait front commun contre le Ceta
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Le traité de libre-échange conclu entre l’Union européenne (UE) et le Canada arrive à l’Assemblée nationale, mercredi 17 juillet. Forts du soutien des agriculteurs et des écologistes, tous les groupes d’opposition, sans exception aucune, ont fait savoir qu’ils voteront contre le projet de loi de ratification.

C’est un vote clé qui arrive à l’Assemblée nationale, mercredi 17 juillet. Et pourtant, les nombreux débats qu’il suscite n’auront certainement pas le temps d’être développés dans l’hémicycle, où les quelque soixante amendements déposés ont toutes les chances d’être rejetés. Une fois les élections européennes passées, l’exécutif a choisi de profiter de la torpeur estivale pour faire ratifier le traité de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Canada (Ceta) par les quelques députés encore présents en session extraordinaire.

Un calendrier que le secrétaire d’État en charge du commerce, Jean-Baptiste Lemoyne, avait justifié par la nécessité de mener à bien l’étude d’impact qui accompagne le projet de loi de ratification. « Les questions commerciales ont été au cœur de la campagne, on ne les a pas du tout escamotées », faisait-il valoir dans un débat organisé par Mediapart, fin juin. Pour que « le Parlement soit pleinement informé », il fallait conduire une inspection visant « à travailler sur les filières agricoles sensibles », et une étude d’impact du Ceta sur l’économie française, réalisée par des économistes du CEPII, ajoutait-il.

Deux séries de travaux qui, selon Jean-Baptiste Lemoyne, « ont pris du temps ». D’où un vote en juillet. Ces études étant désormais sur la table, l’exécutif et la majorité estiment que tous les voyants sont au vert pour une ratification de l’accord commercial, avant le deuxième anniversaire de l'entrée en vigueur provisoire de l'essentiel du texte, le 21 septembre 2017. Malgré les « garanties » mises en avant par le rapporteur du projet de loi, le député La République en marche (LREM) Jacques Maire, les inquiétudes sont encore vives dans les rangs de l’opposition.

En témoignent les échanges qui ont précédé l’adoption du texte en commission des affaires étrangères, dans la soirée du 9 juillet. Forts du soutien des agriculteurs et des écologistes qui, une fois n’est pas coutume, se retrouvent pour dénoncer ce que la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) qualifie de « mauvais coup » du gouvernement, les élus d’opposition ont donné ce soir-là un avant-goût des débats qui ne manqueront pas d’agiter l’hémicycle, mercredi après-midi.

Des socialistes à la droite de Les Républicains (LR), en passant par La France insoumise (LFI) et Libertés et territoires, la totalité des représentants qui se sont exprimés en commission ont affirmé que leur groupe voterait majoritairement contre la ratification du Ceta, à l’exception des députés d’Agir – rattachés à l’UDI, mais proches de la majorité – qui opteront sans doute pour l’abstention. Pendant plus de trois heures, chacun a exprimé ses réticences à l’encontre d’un accord qui, selon l’élu communiste Jean-Paul Lecoq, « menace notre environnement, notre agriculture et notre modèle social à long terme ».

Pour LR, Pierre-Henri Dumont a conditionné le vote de son groupe à une demande : rouvrir la discussion sur la viande bovine. Sans grand espoir que la majorité y réponde favorablement, comme il le confiait à Mediapart quelques jours plus tard. « Nous ne voulons pas que l’agriculture, ses hommes, ses productions, ses traditions, ses paysages, soit demain le secteur de notre économie sacrifié au nom d’un libéralisme sans barrières, sans régulation », a fait valoir le député en commission, en précisant toutefois que la droite n’était pas « hostile par nature » aux accords de libre-échange, à condition d’en revoir le modèle.

S’il a lui aussi ringardisé le Ceta, dont il estime qu’il est la « lointaine queue de comète d’une autre vision du monde », Jean-Luc Mélenchon a critiqué de façon plus générale le libre-échange avec lequel il souhaiterait « en finir ». « Nous sommes au contraire pour la relocalisation maximale de toutes les activités. Ce n’est pas faire du repli, c’est se demander à quoi sert de déménager le monde quand ça ne sert à rien », a-t-il souligné au nom de son groupe, soulignant également le risque de « surproduction » des « produits les plus discutables », comme le gaz de schiste.

Guère « convaincu » par les « garanties » apportées par la majorité – notamment sur le contrôle des produits OGM pour lesquels le Canada ne prévoit pas d’étiquetage, alors qu’il en est le quatrième producteur mondial – le leader de LFI a aussi insisté sur le « problème politique » que pose la clause des tribunaux d’arbitrage. « Est-ce que nous acceptons que les litiges soient jugés autrement que dans la loi du pays où le conflit surgit ? » a-t-il interrogé, rappelant que c’est dans cette logique que « l’Allemagne a été condamnée à un milliard d’euros d’indemnités pour être sortie du nucléaire ».

 

C’est sur le volet environnemental que la députée socialiste Laurence Dumont a consacré l’essentiel de son intervention. « Tous les jours, les effets du réchauffement climatique se révèlent au monde et votre majorité avance à marche forcée vers des accords qui amplifient le phénomène et n’apportent aucune contrainte sur le respect des accords de Paris », a-t-elle souligné, mettant en lumière le double discours d’Emmanuel Macron en la matière. Et l’impossibilité de mesurer les effets du Ceta depuis sa mise en place partielle, « quoi qu’en disent les rapports censés nous convaincre ».

« C’est le niveau zéro de la politique »

C’est aussi pour que « les parlementaires soient assurés que nos ambitions environnementales soient pleinement protégées à long terme », que le député Matthieu Orphelin, qui a quitté le groupe LREM en février, a annoncé déposer une motion d’ajournement du projet de loi de ratification de l’accord. « Dans le cas où cette motion serait rejetée en séance le 17 juillet, je voterai contre », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Ce proche de Nicolas Hulot – qui a lui aussi appelé à « rejeter le Ceta » dans les colonnes du JDD insiste également sur la nécessité d’avoir de vrais débats démocratiques sur les accords de libre-échange, au moment où celui conclu entre l’UE et les pays du Mercosur divise jusque dans les rangs de la majorité. Et rend toutes les discussions autour de la ratification du traité avec le Canada « épidermiques », de l’aveu même de la députée LREM Martine Leguille-Balloy.

Si le Ceta a été signé avant l’accord de Paris, la France se veut toutefois rassurante quant aux engagements du Canada en matière climatique. Le rapporteur du projet de loi de ratification, Jacques Maire, a ainsi rendu public un courrier récemment adressé par Jim Carr, le ministre canadien de la diversification du commerce international à son homologue français, Jean-Baptiste Lemoyne. Le Canada s’y montre favorable au « veto climatique ». « Avec ce veto (…) nous avons l’assurance qu’aucune entreprise canadienne ne pourra remettre en question devant un tribunal d’arbitrage notre réglementation environnementale », promet Lemoyne, dans le JDD.

Mais comme l’a souligné la députée LREM Nicole Trisse en commission, et comme s’en inquiétait déjà Matthieu Orphelin dans Les Échos, le sujet reste tout de même suspendu aux résultats des prochaines élections fédérales du Canada, prévues fin octobre. Le leader du parti conservateur Andrew Scheer, qui a voté contre l’accord de Paris, y est donné favori devant Justin Trudeau. « Pour avoir un débat serein sur le Ceta, je veux avoir des assurances sur le veto climatique, et peut-être aussi, attendre les résultats des élections au Canada », estime Matthieu Orphelin.

Aussi mesurées soient-elles, toutes les interventions des représentants de l’opposition ont provoqué un léger agacement et quelques levées de sourcils parmi les députés de la majorité présents en commission des affaires étrangères, le 9 juillet. Car pour eux, l’heure n’est plus à tergiversation dès lors que les inquiétudes ont été balayées par l’étude d’impact du CEPII. « Cette étude répond dans l’ensemble à ce que nous avions demandé, même si des améliorations sont encore souhaitables », a indiqué la présidente de la commission Marielle de Sarnez, qui s’était pourtant abstenue, lors du vote du texte au Parlement européen, le 15 février 2017.

Rappelant les « liens forts, d’amitié et de compréhension mutuelle » que la France entretient avec le Canada, la députée MoDem a affirmé qu’il n’y avait pas grand risque à signer un « accord innovant » avec « un pays qui nous ressemble et qui partage nos valeurs ». Un argument repris en boucle par les autres élus de la majorité : « Si nous ne signons pas d’accord avec le Canada, avec qui en signerons-nous ? » ont interrogé plusieurs d’entre eux. La députée LREM Annie Chapelier a même cru bon d’apporter un « éclairage historique » en rappelant le nombre de Canadiens tués au cours des deux guerres mondiales.

« C’est hors sujet ! » lui a rétorqué l’élu LR Michel Herbillon, qui avait déjà regretté, quelques minutes plus tôt, que le rapporteur évoque lui aussi dans son introduction le rôle joué par le Canada pendant la guerre. « Pardon de le dire, mais ce n’est pas le sujet. On aime beaucoup le Canada et la question n’est pas de remettre en cause le Canada en tant que pays », a-t-il eu besoin de rappeler. « C’est le niveau zéro de la politique, c’est ridicule. S’ils en sont à dire ça, c’est bien qu’il y a un sujet quelque part », commentait Pierre-Henri Dumont (LR), quelques jours plus tard, auprès de Mediapart.

L’autre argument que la majorité ne manquera pas d’utiliser dans l’hémicycle mercredi a été glissé par la députée LREM Marie Lebec, rapporteuse pour avis, lors d’une conférence de presse organisée à l’Assemblée, juste avant le passage du texte en commission. « Sur la question de nos oppositions et malgré les prises de parole médiatiques, nous espérons un soutien de leur part car l’accord [entre l’UE et le Canada – ndlr] a démarré sous Nicolas Sarkozy et a été validé sous Hollande », avait-elle souligné.

Dans le JDD, Jean-Baptiste Lemoyne s’étonne lui aussi de la position de LR et du PS sur le sujet. « Mon ancienne famille politique est désormais sans cap, sans boussole, sans chef et sans colonne vertébrale, dit-il. Et quand je vois le député socialiste Boris Vallaud demander un référendum alors même qu’il était secrétaire général adjoint de l’Élysée de François Hollande quand celui-ci a signé le Ceta au nom de la France, je me dis qu’au bal des reniements le Parti socialiste est roi. » Également esquissé par Jacques Maire en commission, l’argument a suscité une vague de vociférations.

En février 2017, lors de son adoption par le Parlement européen, la majorité des eurodéputés français s’étaient opposés au traité de libre-échange de l’UE avec le Canada. La plupart des élus LR avaient soutenu le texte, à l’exception de six d’entre eux qui s’étaient abstenus (Michèle Alliot-Marie, Arnaud Danjean, Angélique Delahaye, Michel Dantin, Brice Hortefeux, Nadine Morano). Quant aux libéraux de l’UDI-MoDem, ils s’étaient divisés entre l’abstention (Marielle de Sarnez, Nathalie Griesbeck), l’opposition (Jean Arthuis, Robert Rochefort) et l’approbation (Sylvie Goulard, Dominique Riquet).

Le vote à Strasbourg a entraîné l’application provisoire de la quasi-intégralité du Ceta, à l’exception du chapitre sur l’arbitrage État/investisseur. Depuis, treize parlements nationaux ont donné leur feu vert. Le rejet par un seul parlement suffirait à suspendre le texte.

A l'Assemblée, l'opposition fait front commun contre le Ceta (Médiapart, 15 juillet 2019 - Ellen Salvi)
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15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 07:44
Edmée & The Flyroots

Edmée & The Flyroots

A l'invitation de la fédé PCF des Côtes d'Armor, les groupes " Edmée & The Flyroots " et "Callipyge" seront présents cette année sur l'espace Bretagne de la fête de l'Humanité, au côté des stands PCF du Finistère, du Morbihan, d'Ille-et-Vilaine et des Côtes d'Armor, espace Bretagne qui sera inauguré à 17H30 le vendredi par Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité, avec Lassana Bathily, et où auront lieu des débats politiques, un fest-noz le vendredi, en même temps qu'il accueillera aussi l'association des Bretons de Paris.  

ça promet!

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14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 06:28
L'article du Télégramme sur la création du collectif finistérien contre la privatisation d'ADP, regroupant actuellement 14 organisations (Attac, Citoyens et Jeunes pour le climat, Ensemble !, France Insoumise, Parti Communiste Français, Parti Socialiste, Génération.s, EELV, UDB, Solidaires, FSU, CGT, Convergence nationale de défense des Services Publics 29, groupe de soutien 29 à Fakir), en pages Brest ce matin, dimanche14 juillet.

L'article du Télégramme sur la création du collectif finistérien contre la privatisation d'ADP, regroupant actuellement 14 organisations (Attac, Citoyens et Jeunes pour le climat, Ensemble !, France Insoumise, Parti Communiste Français, Parti Socialiste, Génération.s, EELV, UDB, Solidaires, FSU, CGT, Convergence nationale de défense des Services Publics 29, groupe de soutien 29 à Fakir), en pages Brest ce matin, dimanche14 juillet.

Photo Jean-Yves Cabon

Photo Jean-Yves Cabon

Photo Jean-Yves Cabon

Photo Jean-Yves Cabon

Ce matin, vendredi 12 juillet, nous avions une conférence de presse à Brest de la coordination finistérienne pour un référendum sur et contre la privatisation d'ADP (Aéroports de Paris), coordination avec 14 organisations depuis sa création le 3 juillet dernier: PCF, FI, PS, Génération.s, EELV, Ensemble!, UDB, Solidaires, CGT, FSU, Attac, convergence nationale de défense des services publics, jeunes et citoyens pour le climat, Fakir.

Une unité inédite depuis la bataille contre la privatisation de la Poste pour la démocratie, la défense du service public et la lutte contre la mainmise des multinationales sur le patrimoine public.

Une présence sur les marchés et les festivals cet été (Douarnenez, Jeudis du Port, Bout du Monde à Crozon), des vœux à diffuser et soumettre aux votes dans les assemblées d'élus des municipalités et communautés d'agglo, un tract, un appel et des actions communes pour arriver aux 4,7 millions de signatures pour le référendum d'initiative citoyenne sur ADP ou au moins faire en sorte que Macron recule sur ce projet de privatisation scandaleux et illégitime, aux conséquences catastrophiques! 

Ce matin, étaient présents des représentants du PCF, de FI, de Génération.s, d'EELV, d'Ensemble!, de Solidaires, de Attac, de Jeunes et citoyens pour le Climat qui ont échangé en toute cordialité! Un bon point de départ pour un travail commun à dynamiser avec une grosse bataille à la rentrée à préparer tout cet été.

Ismaël Dupont

Texte constitutif

de la Coordination 29 pour un référendum d'initiative citoyenne sur la privatisation d'ADP

Coordination créée le 3 juillet 2019

Le Président de la République et le Gouvernement veulent privatiser complètement les Aéroports de Paris (ADP) – qui gèrent Roissy Charles de Gaule, Orly, Le Bourget – un groupe dont l’État est actuellement actionnaire à 50,6 %. La privatisation d'ADP a été votée par la loi Pacte au printemps 2019. Outre ADP, elle prévoit aussi la vente de ENGIE et de la Française des Jeux, des barrages hydro-électriques. Ils rapportent à eux tous presque un milliard d'euros par an à l’État : 173 millions de dividendes pour l’État l'an passé pour ADP! C'est de l'argent qui peut être ré-investi dans le Service Public.  ADP est la deuxième valeur boursière détenue par l’État après EDF.

Ce projet soulève une très forte opposition dans tout le pays.

La maîtrise publique de nos plus grands aéroports nationaux est un enjeu d'intérêt national avec une forte dimension stratégique, économique et sécuritaire. 86 % des aéroports dans le monde sont sous contrôle public, dont 100 % aux États-Unis.

Si ADP est privatisé :

- quel impact sur l'aménagement du grand Paris ? ADP gère actuellement une réserve foncière immense qui tombera entre les mains des spéculateurs immobiliers sans préoccupation écologique, et les prix des terrains vont exploser.

- quelles conséquences sur une augmentation des coûts des prestations pour les compagnies aériennes et les usagers, sur leur adaptation aux nouveaux impératifs de lutte contre le dérèglement climatique ? Nous ne pouvons pas laisser les actionnaires décider d'un domaine si vital pour notre avenir.

Pour privatiser, l’État devra payer les actuels actionnaires minoritaires d'ADP à hauteur de 1 milliard. Parmi eux, le groupe Vinci, qui est candidat au rachat ! ADP est le principal hub d’Air France, la privatisation fera courir des risques à la compagnie national. Elle s'accompagnerait de lourdes menaces sur les conditions de travail des salariés de l'entreprise.
Les compagnies aériennes se sont déclarées défavorables à la privatisation car elles craignent une augmentation des coûts pour elles et donc une répercussion sur les prix des billets. L'association internationale du transport aérien a en effet mené une étude sur près de 90 aéroports internationaux qui confirme que les aéroports privatisés sont plus chers que ceux restés dans le giron public

Deux exemples devraient inciter le président de la République
à renoncer à ce projet :

- les autoroutes françaises bradées aux multinationales pour un prix de 14,5 milliards d'euros inférieur de 40% probablement à la valeur réelle, concession qui a déjà permis à ces sociétés d'empocher 28 milliards d'euros depuis 14 ans et d'engranger des profits astronomiques sur le dos des citoyens qui paient deux fois les infrastructures : comme usagers avec les péages, et comme contribuables avec les investissements de départ. C'est un véritable racket organisé. Veut-on la même chose pour les aéroports?

- le précédent de la vente de l'aéroport de Toulouse organisée
en décembre 2014 par Emmanuel Macron, ministre de l'économie et des Finances. Vendu pour 308 millions d'euros à un groupe privé sans aucune expérience en matière aéroportuaire et composé à 51% d''une entreprise publique chinoise et à 49% d'un fonds d'investissement de Hong Kong domicilié dans un paradis fiscal - les îles vierges britanniques - il a été revendu 200 millions d'euros plus cher après que les actionnaires en aient vidé les caisses. Cette privatisation a été épinglée par la Cour des comptes.

Suite à la démarche des groupes parlementaires PCF, FI, PS, et de parlementaires LR, la représentation nationale a réussi à imposer un Référendum d’Initiative Partagée (RIP) sur la reconnaissance du caractère de « service public national » des aérodromes parisiens, proposition d'un RIP validé le 9 mai dernier par le Conseil Constitutionnel. Il faudra réunir avant le 12 mars 2020 4,7 millions soutiens à la loi cosignée par 248 parlementaires de gauche et de droite qui consacre ADP comme un service public national, donc non cessible au privé.

Si ces 4,7 millions de signatures sont recueillies, le gouvernement se trouvera l'obligation de consulter les Français sur ce projet. Il va être possible de s'opposer à une nouvelle privatisation et au bradage du patrimoine public au profit exclusif des intérêts privés.

Comment le président et son gouvernement peuvent-ils ainsi privatiser complètement des groupes stratégiques rentables gérant des infrastructures stratégiques sans même consulter les Français, alors qu'ils n'ont reçu aucun mandat pour cela ? Ce serait un déni de démocratie.

A l'inverse, l'obtention du référendum par une très forte mobilisation des Français pourrait constituer une victoire politique majeure contre les logiques néo-libérales et capitalistes de privatisation des services publics.

C'est un enjeu de maîtrise publique d'un secteur essentiel pour notre pays, un enjeu de démocratie.

Citoyens, mobilisons-nous tous ensemble pour que partout dans le Finistère comme dans le reste du Pays une dynamique populaire se mette en place en faveur du référendum sur la privatisation d'ADP!

 

Coordination ouverte aux citoyens et soutenue actuellement par 14 organisations au niveau départemental :

Attac, Citoyens et Jeunes pour le climat, Ensemble !, France Insoumise, Parti Communiste Français, Parti Socialiste, Génération.s, EELV, UDB, Solidaires, FSU, CGT, Convergence nationale de défense des Services Publics 29, groupe de soutien 29 à Fakir

 

 

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 19:30

 

Dévoilé par le Monde hier, le projet de texte devant mettre en œuvre la prochaine réforme ne tient aucun compte des récriminations des syndicats.

Muriel Pénicaud est donc restée droite dans ses bottes. La ministre du Travail a fait fi du rejet unanime de sa réforme de l’assurance-chômage par les syndicats lors de sa présentation le 18 juin dernier. Dévoilé hier après-midi par LeMonde.fr, le projet de décret censé mettre en application ces mesures jugées « iniques » par la CGT, instaurant une « paupérisation des chômeurs indemnisés » selon Laurent Berger (CFDT), ne tient compte d’aucune de leurs critiques. L’examen mardi prochain de ce document par les organisations syndicales s’annonce donc houleux. D’autant plus que ces dernières sont réunies avec leurs homologues patronales en Commission nationale de la convention collective, de l’emploi et de la formation professionnelle. Elles ne seront que « consultées » sur le sujet. Et leur avis demandé ne sera que « consultatif ».

Ce décret achève donc un processus de réforme biaisé depuis son lancement. La lettre de cadrage du gouvernement ouvrant les négociations entre patronat et syndicats sur de nouvelles règles d’indemnisation avait été rédigée de manière suffisamment restreinte et rigide pour envoyer ces discussions dans le fossé. Reprenant le dossier, la ministre du Travail a donc eu les coudées franches pour imposer une cure de rigueur à l’assurance-chômage, en la faisant payer par les chômeurs actuels et à venir.

Près de 3 milliards d’économies sur le dos des chômeurs!

Résultat : le texte contient toutes les mesures destinées à rendre plus difficiles les conditions d’ouverture des droits au chômage. À partir du 1er novembre prochain, il faudra avoir travaillé six mois sur les 24 derniers mois, au lieu de quatre mois sur les 28. Le seuil permettant un rechargement des droits sera également de six mois, contre un aujourd’hui. L’autre recul majeur des droits n’est pas oublié. Les salariés qui disposaient d’un revenu du travail supérieur à 4 500 euros brut par mois ne seront plus indemnisés à hauteur de leurs cotisations, mais verront leur indemnisation réduite, au début du septième mois d’indemnisation, de 30 %, avec un plancher à 2 261 euros net. Seuls les 57 ans et plus ne seront pas concernés par la mesure.

Les contreparties à ce serrage de ceinture y trouvent bien leur place, de la meilleure prise en compte du travail discontinu à l’ouverture de droits aux travailleurs indépendants et démissionnaires, jusqu’à la mise en place du système de bonus-malus sur les cotisations patronales pour inciter les entreprises à restreindre leur recours aux contrats courts, mais dans sept secteurs seulement. Cependant, ces maigres concessions sont sans commune mesure avec la note présentée aux privés d’emploi. Le durcissement d’accès à leurs droits permet au gouvernement de réaliser près de trois milliards d’économies sur l’Unédic.

Ce qui créera beaucoup de perdants. Selon des analyses « prudentes » réalisées par l’Unédic, révélées la semaine dernière par l’AFP, 1,2 million de personnes ayant travaillé de manière discontinue, soit la moitié des entrants, vont voir leur allocation journalière diminuer. Chaque année, 500 000 personnes devraient de même être touchées par une ouverture de droits retardée ou annulée. Enfin, le passage aux 24 mois pour les moins de 53 ans rendra la durée des droits plus courte pour 250 000 allocataires. Muriel Pénicaud a eu beau par la suite revendiquer entre 600 000 et 700 000 personnes « potentiellement impactées », la facture sociale de cette réforme s’annonce salée.

 

Nouvelle Vie Ouvrière - journal de la CGT (publié sur la page Facebook de la CGT Pôle Emploi)

Nouvelle Vie Ouvrière - journal de la CGT (publié sur la page Facebook de la CGT Pôle Emploi)

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans POLITIQUE NATIONALE

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