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Conférence régionale du PCF Bretagne en viséo - une partie de la délégation finistérienne à la fédération du PCF Finistère à Brest, 5 rue Henri Moreau
C'était hier, samedi 8 janvier, avec pour la délégation finistérienne, Gladys Grelaud, conseillère régionale PCF, qui a développé sur les positions du PCF et enjeux sur le logement en Bretagne et sur la mise en place d'un réseau de réflexion et d'intervention sur les transports, mobilités, et le ferroviaire, avec les syndicats et comités d'usagers, Enzo de Gregorio, candidat aux dernières régionales, Gilbert Sinquin, Christian Beaumanoir, Christian Gagou, Marion Frances, Michel Tudo, Yvonne Rainero, Dominique Gontier, Pierre-Yves Thomas, Ismael Dupont qui représentaient la fédération du Finistère.
D'intéressants débats sur le logement et les transports en Bretagne, l'installation de nos 4 élues communistes bretonnes (Delphine Alexandre, Gladys Grelaud, Katja Krüger, Gaby Cadiou) et leurs premiers mois de mandat, les liens entre la réflexion et les initiatives des adhérents, leur expertise d'usage, et les interventions des élues communistes au Conseil Régional, sur le bilan de la campagne des régionales et la manière dont elle a été conduite, sur les thèmes, propositions et batailles a mettre sur la place publique fortement les prochains mois.
Jean-Paul Lecoq, député communiste du Havre, membre de la Commission Défense de l'Assemblée Nationale, sera à Brest le dimanche 9 janvier à 14h pour la manifestation pour la Paix, une autre politique internationale, de défense et vis-à-vis des réfugiés et migrants de l'Europe, et le Désarmement nucléaire.
À quoi sert la diplomatie ? C’est à cette question que souhaitent répondre les députés communistes en organisant un débat au Parlement visant à faire le « bilan des actions de la France pour faire respecter le droit international ». Entretien avec Jean-Paul Lecoq, député PCF de Seine-Maritime.
L’élu PCF Jean-Paul Lecoq appellera, ce jeudi, à ce que la France retrouve une diplomatie axée sur la défense de la paix, plutôt qu’une diplomatie de plus en plus dirigée vers les seuls intérêts économiques de court terme. Entretien.
Pourquoi avoir tenu à organiser ce débat ?
Jean-Paul Lecoq Parce que l’on ne parle quasiment jamais de ces questions. Le rôle que joue la France pour faire respecter ou non le droit international est devenu un sujet tabou à l’Assemblée nationale. Cela fait plus de quatre ans que je pousse pour avoir une discussion. C’était pourtant un véritable sujet de réflexion, il y a vingt ans, sur lequel la France pouvait s’enorgueillir d’avoir une voix propre. Mais nous sommes passés d’une diplomatie des valeurs à une diplomatie des intérêts de la France. Nous avons fait évoluer notre système consulaire vers celui des affaires, des installations d’entreprises, des ventes d’armes… Le développement de la paix, des intérêts des peuples et du respect du droit international est de plus en plus mis de côté, alors que c’est le meilleur service que la France ait à rendre au monde…
La première partie du débat sera consacrée au cas du Sahara occidental. Pourquoi ?
Jean-Paul Lecoq Là encore parce qu’on ne peut jamais en parler ! La France ne respecte pas les résolutions de l’ONU et la Cour de justice européenne a condamné le Maroc. Mais, à entendre le gouvernement, il n’y a aucun problème. L’idée selon laquelle le Sahara occidental appartiendrait au Maroc s’impose de plus en plus, sans aucun débat, comme si c’était naturel. Il faut pourtant reconnaître la volonté d’un peuple. Tant qu’il restera un Sahraoui, il y aura une résistance et un combat à mener pour la dignité humaine. La France a d’ailleurs la clé de cette affaire. Si seulement elle le souhaitait, elle pourrait être à la tête d’un mouvement pour une résolution pacifique du conflit. Mais, depuis des années, elle ignore la représentation du Front Polisario en France. Nous n’avons même pas exploité la période de cessez-le-feu et n’avons pas fait avancer le dossier depuis trente ans ! Si, demain, la France affirme au Maroc qu’il faut trouver une solution, si elle soutient l’organisation d’un référendum d’autodétermination défendu par l’ONU, alors tout peut changer.
Le rôle de la France concernant d’autres territoires et d’autres peuples sera-t-il également interrogé ?
Jean-Paul Lecoq Bien sûr, notamment sur Cuba. Il faut aussi que la France ose enfin élever la voix sur ce qui se passe en Palestine, avec l’instauration par Israël d’un État d’apartheid quasi permanent qui s’installe dans la vie quotidienne. Les exemples sont criants. La France ne doit pas l’accepter, et prendre des mesures fortes. « Si vous êtes très alliées avec le gouvernement israélien, alors dites-leur la vérité, ce n’est pas tenable autrement. » Voilà ce que je dis souvent aux autorités françaises. Un bon allié, comme un bon ami, doit savoir dire stop quand cela va trop loin. D’autant plus que les intérêts de la France ne sauraient être autres que les intérêts de la paix et du respect des peuples en Israël-Palestine comme ailleurs.
Une transformation radicale du rôle diplomatique de la France est-elle possible aujourd’hui ?
Jean-Paul Lecoq Cela doit le devenir. Le monde marche sur la tête et il s’agit, ni plus ni moins, de le remettre sur pied par l’action internationale et diplomatique. Cela ne peut pas être le business d’abord, sinon nous courons à notre perte, mais l’humain d’abord, la démocratie d’abord et la protection de la planète d’abord. Il faut donner à tous les pays les moyens d’un développement durable et écologique. C’est l’urgence. Au lieu de quoi, on dirige des miettes d’aide au développement là où l’on estime que la France doit sauvegarder des intérêts. Pire : on accepte tout et n’importe quoi, dès lors que nous avons des Rafale à vendre. Cela doit cesser. Force est de constater que l’aura internationale de la France s’abîme depuis qu’elle fait seulement du business. Elle est beaucoup moins respectée et écoutée. Au lieu d’inciter le monde à œuvrer pour la paix, nous nous sommes alignés sur la loi du commerce. Alors que nous devrions chercher à renforcer l’ONU, sortir de l’Otan et œuvrer à la dénucléarisation militaire.
Le 5 janvier, dessinateurs, journalistes et humoristes se sont retrouvés place du Colonel-Fabien, à Paris, pour parler liberté d’expression, sept ans après l’attentat.
« N ous avons décidé de construire cette soirée pour pouvoir rendre hommage à celles et ceux qui sont morts dans cet attentat islamiste. Et en même temps, à toutes celles et ceux qui, par leur coup de crayon et leur coup de pinceau, expriment et font vivre des idées. » C’est par ces mots que le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a introduit la soirée d’hommage aux membres de l’équipe de Charlie Hebdo assassinés le 7 janvier 2015. « Ils sont morts pour leurs idées, pour défendre des principes chers à notre République, des principes laïques », a également précisé le dirigeant communiste. Une République « issue de notre Révolution » ou encore de la « loi de 1905 qui ouvre droit au blasphème », mais aussi « de la loi Gayssot qui protège contre le racisme ».
Après avoir cité les noms des victimes, Fabien Roussel a rappelé qu’ils et elles étaient « éperdument attachés aux valeurs de justice, d’égalité, de liberté, de fraternité », qui animaient également « la Commune de Paris et les résistants qui ont risqué et perdu leur vie ». Le candidat à l’Élysée a également souligné que « les fanatiques ont toujours ciblé la culture » et rappelé le rôle émancipateur des artistes dans l’histoire de France, mais aussi dans les luttes ouvrières. « Dans toute notre histoire au PCF, nous avons voulu mettre l’art au cœur de notre combat pour l’émancipation. »
Autour du secrétaire national, des artistes sont présents pour cet hommage : l’humoriste Sophia Aram, le dessinateur Xavier Gorce. Ainsi que la DRH de Charlie Hebdo, Marika Bret. Dans la salle, on compte le dessinateur Plantu et l’essayiste Caroline Fourest. Entre les interventions des invités et le débat qui s’installe avec la salle, le besoin se ressent de se parler entre ceux qui accusent la gauche d’avoir « déserté » le combat pour la défense de la laïcité et le PCF. Sophia Aram insiste ainsi sur « le droit au blasphème, pierre angulaire de la liberté d’expression, n’en déplaise à tous les cons ». Xavier Gorce souligne une « peur insidieuse » contemporaine d’une époque où les réseaux sociaux s’enflamment vite : « celle de passer pour un réac, un raciste, un islamophobe ». Et le dessinateur de pointer la « responsabilité des mouvements de gauche », qui doivent « arrêter de céder du terrain face à ces injonctions ». Marika Bret considère qu’il faut « arrêter d’avoir peur du débat » sur les sujets liés à la laïcité : « Dans les lycées, c’est un peu vif, mais quand on leur explique, ça se passe très bien. »
Caroline Fourest, proche du Printemps républicain, se félicite de cette soirée hommage, jugeant qu’une dizaine d’années auparavant, « elle aurait été évidente ». « Ces anathèmes nous ont divisés, isolés, regrette l’essayiste : La laïcité serait islamophobe ? C’est de la folie, cessons d’utiliser ce mot », lance-t-elle, appelant plutôt à lutter « contre le racisme antimusulman ». Le débat gagnerait aussi en sérénité à arrêter les anathèmes sur l’islamo-gauchisme.
Reconnaissant les différences qui peuvent persister entre tous, le secrétaire national du PCF a lui aussi insisté sur l’importance du « droit au blasphème », le reliant également au droit fondamental de « ne pas être discriminé ». Il s’est néanmoins montré désireux de poursuivre le dialogue en perpétuant l’esprit Charlie. « Continuons à tisser ces liens qui nous font du bien », a-t-il proposé en fin de soirée. Il envisage « peut-être un autre rendez-vous l’année prochaine, peut-être même tous les ans ». Pour Fabien Roussel, il est temps de « défendre plus que jamais ces valeurs universalistes qui sont les nôtres et qui nous sont très chères ».
Quelques heures après la fin des débats à l’Assemblée sur la loi sanitaire, le candidat PCF s’est rendu à Villejuif dans un centre adapté aux besoins locaux.
Il n’est pas encore 14 heures, en ce jeudi ensoleillé, et déjà une quarantaine de personnes attendent leur tour. Bienvenue dans la nouvelle halle des sports Colette-Besson, à Villejuif (Val-de-Marne), transformée depuis le début de l’hiver en centre de vaccination. Quelques heures après l’adoption par l’Assemblée nationale du passe vaccinal et deux jours après l’insulte lancée par le chef de l’État à l’encontre des non-vaccinés, le candidat PCF à l’élection présidentielle, Fabien Roussel, s’y est rendu pour démontrer l’imposture de l’invective. Alors qu’il est situé au cœur d’un quartier populaire, « le succès (du lieu) a été salué par l’ARS », se félicite le maire de la ville, Pierre Garzon (PCF). Ici, nulle envie « d’emmerder » les Français non vaccinés, mais plutôt de convaincre, expliquer, dialoguer. « C’était notre préoccupation depuis le début », explique l’édile, pour qui « l’enjeu est culturel, de proximité et pédagogique ». Toute la question du fameux « aller vers », parfois mis en avant par le gouvernement mais dont l’application réelle laisse à désirer.
Sur place, Fabien Roussel questionne, s’enquiert du travail des personnels municipaux, des infirmières, des agents d’accueil. « Qui est là pour sa première dose ? Ou bien le rappel ? » lance le secrétaire national du PCF à la cantonade. Une main se lève. Un jeune homme attend d’être primo-vacciné. « Je me suis laissé convaincre », lance-t-il. Il habite dans la ville, non loin du centre. À ses côtés, Jean-Pierre, 66 ans et Villejuifois de toujours, raconte : « Mon médecin m’a convaincu, j’étais réticent au début. J’ai quelques pathologies, du diabète, de la tension… J’ai eu le Covid pendant les fêtes. Je n’ai eu aucun symptôme… » Difficile de savoir si c’est entièrement grâce au vaccin, mais Jean-Pierre « ne le regrette pas ».
Ici, on reçoit tout le monde et sans rendez-vous. « Pas besoin de s’inscrire sur Internet, sur Doctolib », précise Pierre Garzon. Face à la dizaine de personnes qui attendent l’injection, le responsable du centre, Nacer Kacimi, estime le rythme à « 400 vaccinés par jour, dont environ 25 de primo-vaccinés, 15 pour la seconde dose, le reste pour le rappel ». Et de détailler la méthode : « On reçoit des personnes qui ne seraient jamais venues sans ce lieu. Ce sont souvent les médecins de la ville, les pharmaciens qui envoient les gens. Et le samedi matin, on va vacciner directement chez ceux qui ne peuvent pas se déplacer, et ça marche super bien. » Une mobilisation de tous les acteurs de la commune à laquelle participe Yasmine, étudiante en pharmacie, qui donne de son temps libre pour venir faire des injections. La discussion avec Fabien Roussel s’engage : elle raconte les réticences, même si « beaucoup viennent car ils voient qu’il n’y a pas d’effets indésirables, de danger ». Pour elle, convaincre passe bien sûr par la proximité : « Il y a beaucoup de jeunes, de personnes que l’on connaît, ça compte », mais également par l’argument, en l’occurrence « éviter les lits d’hôpitaux et la réanimation… ».
Pour le candidat à la présidentielle, l’enjeu est de montrer qu’il est préférable « d’expliquer, de positiver sur ce qui peut convaincre plutôt que de stigmatiser les non-vaccinés ». Tout l’inverse d’un passe vaccinal « qui comme l’a dit le président est là pour emmerder ». Le député du Nord rappelle au passage, comme son groupe l’a fait à l’Assemblée, que la bataille contre le virus passe aussi par « la levée des brevets, et le travail en commun des chercheurs du monde entier ».
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Le grand public a pris conscience de son existence en 1972, lorsque Avoir vingt ans dans les Aurès a été présenté à Cannes, à la Semaine de la critique. Le film racontait la désertion d'un soldat français en Algérie qui refusait l'exécution sommaire d'un prisonnier algérien. Mais ce n'est pas l'histoire de René Vautier. Il a passé le conflit algérien de l'autre côté, son itinéraire l'ayant porté depuis longtemps dans le camp des colonisés.
Né le 15 janvier 1928 à Camaret, dans le Finistère, ce fils d'ouvrier rejoint la Résistance en 1943. Après la guerre, il suit les cours de l'IDHEC et adhère au parti communiste. En 1950, la Ligue de l'enseignement le charge de réaliser un film sur l'éducation française en Afrique subsaharienne. Vautier détourne la commande et évoque une réalité méconnue : le travail forcé, les violences des autorités coloniales contre les populations entre la Côte d'Ivoire et le Mali. Le film qu'il rapporte de ce que l'on appelait alors l'A.O.F., Afrique 50, est non seulement censuré (il le restera quarante ans), mais vaut à son auteur une condamnation à un an de prison, exécutée dans les prisons militaires.
UN FOCUS SUR L'ALGÉRIE
Au moment du déclenchement du conflit algérien, René Vautier part pour l'Afrique du Nord, d'abord pour la Tunisie, où il tourne deux courts métrages avant de gagner l'Algérie, aux côtés de maquis du FLN. Il y tourne deux documentaires, Une nation, l'Algérie, aujourd'hui perdu et L'Algérie en flammes. Cette collaboration lui vaut d'être poursuivi par les autorités françaises et René Vautier reste en exil jusqu'en 1966.
Peu après son retour en France, il rejoint en 1967 le groupe Medvedkine formé à Besançon autour de Chris Marker. Cette coopérative destinée à donner une image cinématographique des luttes ouvrières inspire René Vautier qui s'établit finalement en Bretagne où il fonde l'Unité de production cinématographique de Bretagne.
C'est dans ce cadre qu'il produit ses deux longs métrages de fiction Avoir vingt ans dans les Aurès et La Folle de Toujane (1973). D'Avoir vingt ans, Louis Marcorelles dira dans ces colonnes qu'il s'agit du « film le plus libre, le moins conformiste que nous ayons vu en France depuis longtemps ». Le cinéaste tourne aussi des documentaires sur les luttes ouvrières Quand tu disais Valéry (1975) ou Quand les Femmes ont pris la colère (1976) coréalisé avec Soazig Chappedelaine.
En 1972, René Vautier entre en grève de la faim après que le refus d'un visa d'exploitation pour le film Octobre à Paris, réalisé par Jacques Panijel après le massacre des manifestants algériens à Paris le 17 octobre 1961. Vautier voulait enfin sortir le film à travers sa société de distribution, et ne cesse sa grève qu'après avoir reçu du ministre de la culture de l'époque, Jacques Duhamel, l'assurance que les critères politiques n'entreront plus en ligne de compte dans les décisions de la commission de contrôle cinématographique.
En 1981, l'UPCB ferme, faute de financement, mais René Vautier ne cesse pas pour autant de tourner, des films sur les essais nucléaires dans le Pacifique, sur l'immigration, sur la Résistance. En 1985, lors du procès qui oppose Le Canard enchaîné à Jean-Marie Le Pen au sujet des tortures infligées par ce dernier pendant la guerre d'Algérie, l'hebdomadaire produit le témoignage d'une des victimes du lieutenant Le Pen, Ali Rouchaï que le cinéaste a tourné à Alger. René Vautier est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages dont Caméra citoyenne - Mémoires, publié en 1988.
Lire notre interview avec René Vautier datant de 2007 : "Je filme ce que je vois, ce que je sais, ce qui est vrai"
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2015/01/04/mort-du-cineaste-francais-rene-vautier_4549027_3382.html#A0RDji57ZfwRhfWc.99
René Vautier, le porteur de drapeau à droite, en 1945. Le scout de Quimper a effectué de nombreuses "missions", l'année où il préparait son bac: c'était lui qui représentait le clan des Eclaireurs lors des cérémonies officielles (collection René Vautier - repris par Philippe Chapleau et l'équipe du livre "Des enfants dans la Résistance", Ouest-France)
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère
7/ René Vautier: 1928-2015
Né le 15 janvier 1928 à Camaret-sur-Mer (Finistère), mort le 4 janvier 2015 à Cancale où il vivait depuis des années, René Vautier est un cinéaste engagé, anticolonialiste, antimilitariste. René Vautier, jeune lycéen résistant dans le sud-Finistère dès 1943, décoré de la croix de guerre à 16 ans en 1945, adhère au PCF dans l'après-guerre.
Ses films et ses documentaires profondément novateurs sur le rapport au réel les plus connus sont "Afrique 50" (1950), "Un homme est mort" (1950), "Anneau d'or" (1956), "Avoir vingt ans dans les Aurès" (1971), "Frontline" (1976), "Marée Noire, colère rouge" (1978).
Pendant la guerre d'Algérie, René Vautier eut le courage par conviction anti-colonialiste et par goût du témoignage inédit de suivre des fellagas du FLN pendant plusieurs mois à l'insu évidemment des autorités coloniales avant d'être arrêté par le FLN et de passer plus de deux ans dans ses prisons.
Ce fut aussi un adhérent communiste jusqu'à sa mort, et un militant du Mouvement de la Paix.
Dans le livre richement illustré Des enfants dans la Résistance (1939-1945) (édition Ouest-France), Philippe Chapleau nous fait revivre la naissance à l'engagement de René Vautier à Quimper, comme scout résistant, à travers la retranscription d'un interview passionnant.
René Vautier revient sur son adolescence de résistant dans le Sud-Finistère et les blessures intimes que cela a engendré pour lui:
" Je suis né le 15 janvier 1928 à Camaret. A 9 ans, j'ai quitté Brest pour Quimper, où ma mère était institutrice dans une école de la ville, sur le bord de la route de Pont-l'Abbé. Elle était divorcée. Nous vivions à trois, avec mon frère aîné, Jean, qui avait 16 ans.
En 1939, mon père, que je n'avais pas vu depuis quelques temps, a été mobilisé. Il a été envoyé dans un casernement de Quimper, à 300 mètres de l'école de ma mère. Je suis allé lui rendre visite plusieurs fois; ça a été mon premier contact avec la guerre. Chez nous, on ne parlait pas beaucoup de la Grande Guerre. En revanche, dès que les Allemands sont arrivés, on a eu une réaction immédiate: il fallait faire quelque chose.
Mon frère et quelques-uns de ses copains des Éclaireurs de France ont échafaudé un plan: ils projetaient de quitter la France en allant prendre l'avion à Pluguffan pour gagner l'Angleterre. Nous, les plus jeunes des Éclaireurs, on était six ou sept: il y avait Bob, Jojo... On a décidé de retarder les Allemands en barrant la route et en faisant des barrages. On a commencé à creuser des trous, des tranchées... Il fallait qu'on donne du temps à nos aînés pour qu'ils puissent s'envoler de l'aérodrome de Pluguffan. C'était complètement dingue, mais ça nous a marqués parce qu'on s'est fait tirer dessus par les premiers soldats allemands qui sont arrivés; c'était en juillet 1940. Ils étaient en side-car, avec de grands cirés, un fusil-mitrailleur à l'avant du side-car. Impressionnant! On a quand même décidé de continuer à balancer des cailloux. Quand ils ont vu qu'ils étaient immobilisés par des rochers sur la route et par des gamins qui leur jetaient des pierres, ils ont tiré en l'air. On a couru très vite à l'abri... Ce fait d'armes n'a guère impressionné les gens du coin qui nous en voulaient d'avoir creusé des tranchées: ça allait attirer les avions allemands. Certains d'entre nous se sont pris des gifles et on été condamnés à reboucher nos trous!
Les adultes n'étant pas d'accord avec nous, nous avons décidé que nous mènerions notre résistance nous-mêmes. Comme le lycée avait été réquisitionné par les Allemands, les élèves de 6e, 5e et 4e, suivaient les cours de l'autre côté de la ville, route de Brest. Tous les matins, il fallait donc que je traverse toute la ville. C'est alors qu'on a eu une idée. Au début, c'était comme une plaisanterie: on déplaçait les poteaux indicateurs mis en place par les Allemands. Mais, quand les Allemands ont placé des sentinelles près des fameux poteaux de signalisation, on s'est pris au jeu et on leur a compliqué la vie autant qu'on pouvait. C'est à cette époque que j'ai trouvé des poèmes de Victor Hugo; je me suis mis à les lire aux copains. C'était des poèmes de résistance, de lutte contre les Prussiens. Je trouvais ça bien.
Quand on partait camper avec le groupe des Éclaireurs de France qui continuait à fonctionner, je lisais aussi ces poèmes. Mon professeur de français m'a appelé un jour; il s'appelait Xavier Trélu. Il m'a demandé pourquoi je lisais ces textes. Je lui ai répondu qu'il fallait qu'on appelle les gens à la résistance contre l'occupant. Il s'est alors arrangé pour que je reçoive les premières éditions de littérature clandestine, des textes des Lettres françaises *.
*Le journal du Front National pour la Libération de la France, à visée de rassemblement mais à base communiste, dont le responsable était Louis Aragon
Je lisais ça dans la cour. Le groupe des Éclaireurs a ainsi été un petit peu éduqué dans cet esprit. Un jour Xavier Trélu a disparu. On a appris qu'il était parti en Angleterre. C'était en 1942.
On a alors appris que les Allemands avaient tué des parachutistes qui avaient été largués le long de la côte. On n'a jamais su exactement ce qui s'était passé. Toujours est-il qu'on a pensé que ces paras étaient venus pour faire des relevés, dresser des plans de défense côtières, étudier les zones de tir... Pourquoi pas nous?
En tant qu’Éclaireurs, on avait le droit de marcher le long de la côte: on pouvait aussi faire du renseignement. On a commencé à faire des relevés des angles de tir de casemates. Jusqu'au jour où le responsable du groupe nous a convoqués. Il s'appelait Albert Philippot. Il était professeur à l'école Jules-Ferry, c'est-à-dire le cours complémentaire qui était juste en face du lycée. Philippot nous a fait la leçon: "Vous faites des bêtises qui risquent de se retourner contre vous et contre beaucoup de monde".
On a eu beau expliquer nos activités, ça ne l'a pas convaincu. Il nous a demandé de lui remettre nos relevés. On a tout donné. Mais quinze jours plus tard, il est revenu nous voir: "Bon, vous pouvez continuer; soyez quand même plus discrets". C'était en 1943. Philippot nous a même fourni du matériel, des compas par exemple. Ce qu'on ne savait pas, c'est qu'il allait devenir le chef des FFI du Sud-Finistère.
Un jour de mai 1944, tout le lycée a été fouillé par les Allemands. J'avais sur moi des relevés que je devais remettre à Philippot. Notre professeur de français, dont on apprendra qu'il était lieutenant dans les FFI, a protesté quand les soldats ont fait irruption dans la classe. Il a entraîné les officiers allemands chez le proviseur. Il est seulement resté un garde dans notre salle de classe, un vieux soldat. Les élèves ont commencé à chahuter. Moi, j'étais au premier rang. Je voulais me débarrasser des trois feuilles de relevés. J'ai plié deux feuilles pour en faire des bateaux et une pour en faire un avion. J'ai engagé la conversation avec le soldat en lui parlant des cuirassés allemands et de la Luftwaffe et en m'expliquant avec mes bateaux de papier. A la fin, j'en ai fait des boulettes que j'ai jetées par terre. Heureusement, car les officiers sont revenus et ont fouillé mon sac et celui d'André, un copain. Ils sont repartis les mains vides.
Nous, à partir de ce jour-là, on n'a plus remis les pieds au lycée. On s'est cachés prs d'Audierne, chez un certain Trividic. Comme on n'avait pas d'armes, on a projeté de piquer les revolvers des gendarmes locaux. A défaut, on a volé celui d'un Feldgendarm dans une salle de bal réservée aux Allemands. Un revolver et six balles qu'on n'a pas gardés longtemps puisque le frère de Jojo nous les a confisqués!
Près des casemates, on avait aussi repéré des dépôts de munitions. On s'est dit alors qu'il devait y en avoir d'autres en ville, que ça pouvait être utile d'avoir des munitions parce qu'on parlait de maquis... Nos aînés, dont Jean, mon frère, apprenaient déjà à se servir de mitraillettes, toujours grâce au fameux Philippot! On a donc commencé à piller des dépôts allemands en 1944. Au début, on piquait cinq ou six grenades; à la fin, on y allait carrément avec des sacs! On a ainsi pu fournir des grenades à Jean et ses copains Éclaireurs et Routiers. On est devenus des pourvoyeurs pour d'autres groupes de résistants.
Fin 1944, on a failli se faire prendre, mon copain Bob et moi. Des Allemands nous ont pris en chasse, place de la Tour-d'Auvergne. Deux side-cars nous sont tombés dessus et nous ont coursés dans les rues. On a dû se séparer. J'ai réussi à me mettre à l'abri mais je n'avais pas de nouvelles de Bob. C'est alors qu'on m'a dit qu'un jeune homme avait été tué par des Allemands en side-car du côté de la gare. J'ai décidé de le venger.
Il y avait, à Quimper, des convois en transit. Des camions quittaient Concarneau pour se rendre vers Brest ou vers la presqu'île de Crozon. J'ai pris mes grenades et j'ai "marché au canon", vers la sortie de la ville où les résistants tentaient de bloquer ces convois. J'ai attaqué un camion allemand en stationnement. J'ai balancé une grenade dans la cabine par le toit ouvert. Au même moment, un soldat allemand s'est redressé; la grenade l'a touché à la poitrine avant d'exploser. J'ai vu ce que cela donnait... Du coup, je suis reparti.
Après, j'ai appris que Bob n'était pas mort du tout, qu'il me cherchait de son côté. J'avais conscience d'avoir tué. J'en ai parlé à Philippot. Lui et mon prof de français, André Monteil, qui commandait les FFI de Quimper et qui deviendra député MRP (Mouvement républicain populaire) du Finistère, ont décidé que nous, les plus jeunes, nous devions être épargnés, que nous devions éviter de tuer à 16 ans. Ils ont décidé de nous rattacher au commandement. Nous, c'était un groupe de de vingt et un gars des Éclaireurs de France. On a continué comme approvisionneurs. moi, de toute façon, je ne voulais plus du tout me servir d'une arme. Au total, sur les vingt et un jeunes du groupe, sept seront tués.
Je me suis fait coincer pour de bon pendant les combats pour la libération de Quimper. Au retour d'une expédition dans un dépôt, je m'étais réfugié avec un autre garçon dans un bâtiment de la préfecture auquel les Allemands ont mis le feu. On a été capturés. Je me suis retrouvé attaché à un tuyau dans la cave de la Kommandantur, passé à tabac (ils m'ont cassé deux dents) pour me faire taire! J'ai réussi à m'évader pendant mon transfert vers la gare: j'ai sauté du camion et j'ai rejoint les copains qui ont eu du mal à me reconnaître tant mon visage était tuméfié.
Quand Quimper a été libéré, on été rattaché à la 6e compagnie du bataillon FFI de Quimper, comme gardes de l'état-major. Philippot pouvait ainsi nous avoir à l’œil. C'était à l'époque où les combats se poursuivaient entre le Menez Hom et Brest. Les accrochages étaient fréquents entre FFI et Allemands. Un jour, le PC (poste de commandement) a été encerclé et investi. L'état-major a dû se replier. Nous, ce jour-là, on servait de vigies du haut d'un clocher. On est restés là-haut pendant toute une journée. Les copains nous avaient oubliés!
C'est pendant cette période de combat, en août, qu'a eu lieu le bombardement de Telgruc, près de Crozon. Les canons allemands qui tiraient vers l'intérieur des terres devaient être détruits. La mission a été confiée aux FFI, appuyés sur les chars américains. Le 3 septembre, ils ont progressé mais l'aviation américaine ne le savait pas. Il y a donc eu un bombardement de Telgruc. Nous, on était restés bloqués à 5 ou 6 kilomètres, à cause d'une panne de camion. Ce qui nous a sauvé la vie.
Les bombes des B-17 ont tué 52 civils, 25 FFI et 11 soldats américains. Trois éclaireurs, dont Roger Le Braz, le chef du clan, ont été tués ce jour-là au cours du bombardement, qui a fait beaucoup de victimes civiles. A partir de là, le clan des Éclaireurs a changé de nom. Il s'appelait le "clan René-Madec" et il est devenu le clan "Roger-Le Braz". C'est sous ce nom qu'il a été cité à l'ordre de la Nation.
Pour moi, ce bombardement marque la fin de la guerre. On est rentrés pour enterrer les gars à Quimper. Le chien de Roger Le Braz a suivi le cercueil de son maître.
J'ai alors été démobilisé, cinq jours avant de passer les épreuves du premier bac. J'avais déjà passé deux épreuves, français et latin, le 6 juin 1944; j'ai été reçu avec la mention "bien". Mon année de philo a été détestable. Je n'aimais pas les cours de philo. Je séchais souvent mais j'avais une bonne raison: j'étais en "mission". En fait, j'étais le porte-drapeau du clan. On m'appelait dès qu'il y avait une inauguration d'une rue qui portait le nom d'un résistant.
Je suis ensuite entré à l'Institut des hautes études cinématographiques. J'avais passé le concours d'entrée en 1946. Je suis alors parti pour Paris. Sans jamais perdre de vue les copains du clan, j'ai commencé une carrière de cinéaste"
Propos recueillis par Philippe Chapleau, Des enfants dans la Résistance (1939-1945), Ouest-France.
Retranscrits par Ismaël Dupont qui remercie vivement notre ami France Chapa de St Malo, qui a bien connu René Vautier au sein de la fédé PCF d'Ille-et-Vilaine et lors des fêtes de section, pour nous avoir fait découvrir ce texte.
Témoignage de René Vautier dans "Caméra en dissidence" sur sa Libération et sa résistance en Finistère:
" Dans les vieilles rues de Quimper, le général de Gaulle a été acclamé par une foule en délires. Il était précédé par le groupe René Madec des éclaireurs de France de Quimper, entourant le drapeau du Clan décoré de la croix de Guerre avec l'étoile d'argent et le coussin sur lequel étaient épinglés les décorations des jeunes morts au combat". On pouvait lire ces lignes dans "Le Télégramme de Brest et de l'Ouest", en 1944 ou 1945 (je ne me souviens plus très bien de la date de la première visite chez nous du Général, c'est grave?).
Le "Groupe René Madec" ou "corps-franc Vengeance", c'était nous. Le Général de Gaulle s'était fait expliquer les "hauts faits" de ces jeunes décorés en culottes courtes - et, laconiquement - peut-être un peu vexé aussi parce que nous avions été, à Quimper, au moins aussi applaudis que lui! - il avait laissé tomber, saluant le drapeau que tenait Jo Legrand: "Ces jeunes ont suivi avec honneur la pente naturelle qui les menait vers la Résistance".
Bob, avec un certain irrespect, mais bombant fort la poitrine où brillait sa croix de guerre (je devais bomber tout autant de mon côté), Bob avait sussurré entre les dents: "C'est ça, mon con, on a eu qu'à se laisser glisser sur le cul!" Mais en fait, je crois qu'il avait raison, le Général: dans notre milieu, il y a bien eu "pente naturelle" de la résistance - "pente naturelle" beaucoup plus que choix réfléchi. " ...