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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 08:07
2021 est l’année la plus meurtrière pour les enfants palestiniens depuis 2014 (Agence média Palestine)

Source : Defense for children international Palestine

Traduction AFPS - Site Agence média Palestine

86 enfants palestiniens ont été tués dans le territoire palestinien occupé depuis janvier, faisant de 2021 l’année la plus meurtrière jamais enregistrée pour les enfants palestiniens depuis 2014.

Les forces israéliennes ont tué 76 enfants palestiniens, dont 61 enfants palestiniens dans la bande de Gaza et 15 enfants palestiniens en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est. Des civils israéliens armés ont tué deux enfants palestiniens en Cisjordanie. Sept enfants palestiniens ont été tués par des roquettes tirées à mauvais escient par des groupes armés palestiniens dans la bande de Gaza, et un enfant palestinien a été tué par un engin non explosé, dont l’origine n’a pu être déterminée, selon la documentation recueillie par Defense for Children International – Palestine.

Les forces israéliennes ont tiré et tué 17 enfants palestiniens à balles réelles cette année, 15 en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et deux dans la bande de Gaza. Au moins neuf enfants palestiniens ont été abattus dans le cadre de manifestations ou de confrontations avec les forces israéliennes et ne présentaient pas de menace directe de mort ou de blessure grave au moment où ils ont été abattus, selon les enquêtes menées par DCIP.

Des civils israéliens armés ont tué deux enfants palestiniens en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est. Plus récemment, Mohammad Nidal Younis Mousa, 15 ans, a succombé à ses blessures le 6 décembre, quelques heures après qu’un agent de sécurité privé israélien lui ait tiré dessus après qu’il ait prétendument commis un attentat à la voiture piégée à un poste de contrôle militaire israélien près de Tulkarem, selon les informations recueillies par le DCIP.

En vertu du droit international, la force létale intentionnelle n’est justifiée que dans des circonstances où il existe une menace directe de mort ou de blessure grave. Cependant, les enquêtes et les preuves recueillies par le DCIP suggèrent régulièrement que les forces israéliennes utilisent la force meurtrière contre des enfants palestiniens dans des circonstances qui peuvent être assimilées à des exécutions extrajudiciaires ou volontaires.

Les forces israéliennes ont tué 60 enfants palestiniens lors de l’assaut militaire israélien sur la bande de Gaza en mai 2021, appelé opération « Gardiens des murs », selon la documentation recueillie par le DCIP. Au cours de cet assaut militaire de 11 jours, les forces israéliennes ont tué des enfants palestiniens en utilisant des obus tirés par des chars, des balles réelles et des missiles largués par des drones armés, des avions de guerre et des hélicoptères Apache fournis par les États-Unis.

Six enfants tués le 10 mai, le premier jour des hostilités, à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, ont été tués par une frappe aérienne israélienne, selon l’enquête du DCIP. Au moment de l’attaque, le DCIP n’avait pas encore déterminé la partie responsable de ces meurtres. Parmi les personnes tuées dans l’attaque aérienne israélienne figurent Rahaf Mohammad Attalla al-Masri, 10 ans, et son cousin Yazan Sultan Mohammad al-Masri, 2 ans ; les frères Marwan Yousef Attalla al-Masri, 6 ans, et Ibrahim Yousef Attalla al-Masri, 11 ans ; ainsi que Hussein Muneer Hussein Hamad, 11 ans, et Ibrahim Abdullah Mohammad Hassanain, 16 ans, selon les informations recueillies par le DCIP. Dix enfants ont été blessés dans la même frappe aérienne.

« Les avions de guerre et les drones armés israéliens ont bombardé des zones civiles densément peuplées, tuant des enfants palestiniens qui dormaient dans leur lit, jouaient dans leur quartier, faisaient leurs courses dans les magasins proches de chez eux et célébraient l’Aïd Al-Fitr avec leur famille », a déclaré Ayed Abu Eqtaish, directeur du programme de responsabilité au DCIP. « L’absence de volonté politique de la communauté internationale de demander des comptes aux responsables israéliens garantit que les soldats israéliens continueront à tuer illégalement des enfants palestiniens en toute impunité. »

Le droit international humanitaire interdit les attaques indiscriminées et disproportionnées et exige de toutes les parties à un conflit armé qu’elles fassent la distinction entre les cibles militaires, les civils et les objets civils. Israël, en tant que puissance occupante dans le territoire palestinien occupé, y compris la bande de Gaza, est tenu de protéger la population civile palestinienne contre la violence.

Les enquêtes du DCIP ont déterminé que sept enfants palestiniens ont été tués par des roquettes tirées par des groupes armés palestiniens dans la bande de Gaza au cours des 11 jours d’escalade de la violence en mai. Bien qu’un certain nombre d’incidents n’aient pas été élucidés après nos premières enquêtes en mai, nous avons continué à rassembler des informations et des preuves afin de déterminer la partie responsable.

Mustafa Mohammad Mahmoud Obaid, 16 ans, et Baraa Wisam Ahmad al-Gharabli, cinq ans, ont été tués le 10 mai par une roquette non guidée tirée par un groupe armé palestinien qui a manqué sa cible.

Hamza Mahmoud Yassin Ali, 12 ans, a été tué par les éclats d’une roquette tirée par un groupe armé palestinien dans le quartier de Shuja’iyya, à Gaza. Hamza a été touché par des éclats d’obus le 11 mai et est décédé le jour suivant, selon les documents recueillis par le DCIP. Sur la base des informations initiales, le DCIP avait initialement indiqué que Hamza avait été tué par une frappe israélienne.

Yahya Mazen Shehada Khalifa, 13 ans, et Mahmoud Hamed Hasan Tolbeh, 12 ans, ont probablement été tués par des éclats de roquettes non guidées tirées par des groupes armés palestiniens le 12 mai. L’enquête initiale et le rapport du DCIP ont attribué la mort des garçons à une frappe aérienne israélienne. Une enquête ultérieure du DCIP a indiqué que les garçons avaient probablement été tués par des éclats d’obus provenant de deux roquettes non guidées lancées par des Palestiniens qui s’étaient entrechoquées dans le ciel du quartier de Shaafout, dans la ville de Gaza.

Butheina Mahmoud Issa Obaid, âgée de six ans, a très probablement été tuée par des éclats d’obus provenant d’une roquette non guidée tirée par des groupes armés palestiniens, selon les documents recueillis par le DCIP. Elle jouait à l’extérieur de sa maison à Jabalia lorsqu’elle a été frappée à la tête par un éclat d’obus le 14 mai. Le DCIP n’a pas été en mesure de déterminer la cause de sa mort sur la base des premières informations recueillies.

Nagham Iyad Abdulfattah Salha, 2 ans, a probablement été tué par une roquette non guidée lancée par un groupe armé palestinien. Nagham a été tué avec ses parents, Iyad et Imhawish, dans leur appartement du deuxième étage le 19 mai. Sur la base des premières informations, le DCIP avait initialement indiqué qu’elle avait été tuée par une frappe aérienne israélienne.

Le DCIP n’a pas été en mesure de déterminer l’auteur responsable de la mort d’un enfant. Obaida Salahuddin Salman al-Dahdouh, 8 ans, a été tuée par l’explosion d’une munition non explosée (UXO) qu’il avait trouvée sur un terrain agricole adjacent à sa maison dans le quartier Zeitoun de la ville de Gaza, le 9 juin, selon les informations recueillies par le DCIP. Le DCIP n’a pas été en mesure de déterminer la source des munitions non explosées.

Le pic le plus récent de meurtres d’enfants s’est produit en 2018, lorsque les forces israéliennes et les colons ont tué des enfants palestiniens à un rythme moyen dépassant un enfant par semaine. Cette année-là, 57 enfants palestiniens ont été tués par les forces israéliennes et les colons. La majorité de ces meurtres ont eu lieu pendant les manifestations de la Marche du retour dans la bande de Gaza.

Depuis 2000, 2 198 enfants palestiniens ont été tués en raison de la présence de l’armée et des colons israéliens dans le territoire palestinien occupé, selon la documentation du DCIP.

Source : Defense for children international Palestine

 
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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 06:26

 

Raoul Sangla, qui connaissait par cœur la machinerie télévisuelle, regretta, sur le tard, ce qu’était devenu ce média : « Un grand alambique du consensus, un instrument d’aliénation qui avait pourtant une autre destinée. » La venue du privé, avec sa logique marchande, sa tyrannie de l’audimat, avait finalement dévoyé le petit écran. Quant à l’intégration des journalistes communistes, exigence évidemment légitime, elle aurait été vraiment efficace si elle s’était accompagnée d’une réforme en profondeur du système d’information, ce que le pouvoir mitterrandien refusa.


Placés souvent dans des positions délicates, ces journalistes allaient connaître des sorts différenciés. Ne parlons pas, ou peu, de ceux qui vont tout simplement « tourner casaque », l’exemple le plus frappant étant celui de Jean-Luc Mano, journaliste de l’Humanité, qui intégra en sa qualité de communiste TF1 en 1983 ; il allait se mitterrandiser bien vite et finir au service de « la com des riches », comme l’écrivit un jour le Nouvel Observateur (il conseillera par exemple le prince de Monaco !).


Mais à l’exact opposé, on trouve la figure de Marcel Trillat (1940/2020). Devenu chef du service société sur A2, il participa activement à la rédaction de la chaîne, à l’animation d’un « vrai débat » qui allait durablement marquer le climat de la rédaction. Lors de la première cohabitation (Mitterrand/Chirac), six rédacteurs sont écartés, et Marcel Trillat se retrouva, trois ans, en poste à Rome. Il revint comme directeur adjoint de l’information et se porta volontaire pour aller en Arabie saoudite couvrir la guerre du Golfe. Là, « il sauve l’honneur des journalistes », une expression plusieurs fois entendue dans la bouche de ses confrères. Ainsi, le 2 février 1991, au journal de midi, il dénonce en direct la mise en scène américaine de la guerre et la mainmise des médias US sur les informations traitant du conflit. Le soir même on lui demande de redévelopper ce thème à l’antenne. Cette question suscita une polémique. Libération consacra une double page à « la courageuse sortie de Marcel Trillat pour qu’enfin l’on sache en France et en direct à quoi s’en tenir sur la qualité des informations transmises depuis le terrain sur le conflit en cours ». Marcel Trillat fut soutenu par la profession mais critiqué par sa hiérarchie. Il se retrouva ensuite correspondant à Moscou pour deux ans. À son retour à Paris, il collabora essentiellement à l’émission « Envoyé spécial ». Son documentaire « Les prolos » est de 2002. Il fut président de la société des journalistes d’A2. Il prit sa retraite en 2006 et réalisa « Silence dans la vallée » (2007), « L’Atlantide, une histoire du communisme » avec Maurice Failevic (2013) et « Les étrangers dans la ville » (2013).


Ajoutons, pour compléter cette série, une petite bibliographie, très incomplète : Roland Passevant : « Journaliste sous haute surveillance » (1987) et « La mafia du 4e pouvoir » (1989) ; François Salvaing : « Parti » (et sa nouvelle « Le sosie ») ; Michel Strulovici, « Évanouissements » ; Jean-François Téaldi : « Journaliste, syndicaliste, communiste - 37 ans d'un combat dans l'audiovisuel » ; Michel Diard : « Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit » et « L’avatar du journalisme ».


Pour finir en beauté, signalons la sortie récente d’un coffret (de quatre DVD) d’un grand moment de la télévision rouge : « Émile Zola ou la conscience humaine », une série de Stellio Lorenzi de 1976 (chez Elephantfilm). 


Gérard Streiff

 

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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 06:14

 

 

En octobre 2021, Israël a signé un décret qualifiant 6 importantes organisations palestiniennes de défense des droits humains d'institutions "terroristes". Cette criminalisation a pour but de mettre un terme au travail pertinent des organisations palestiniennes de défense des droits de l'Homme et des avocats qui documentent les violations des droits de l'Homme et les crimes de guerre commis par Israël.

Bien que de nombreux dirigeants mondiaux, défenseurs, alliés, célébrités et ONG internationales aient réagi par des déclarations de condamnation et de soutien, ces efforts restent isolés et insuffisants.

C'est pour cette raison que les six organisations et leurs alliés, ont créé un site web dédié à la campagne #StandWithThe6, en renforçant leurs efforts et en proposant un site centralisé où les soutiens peuvent accéder à des documents et des ressources pour leurs actions de solidarité. Avec le lancement du site, les 6 organisations souhaitent renforcer la campagne existante StandWithThe6 et construire un réseau de solidarité solide pour soutenir la société civile palestinienne dans son ensemble, mettre fin à l'impunité d'Israël et protéger les défenseurs des droits humains palestiniens qui critiquent les violations des droits humains, l'apartheid et le régime colonial d'Israël.

>> Découvrir le site internet de la campagne (en anglais, arabe et espagnol) #StandWithThe6

Appel à action

Le site permet aux sympathisants d’envoyer des courriels directement aux dirigeants des États-Unis et de l'Union européenne, leur demandant de faire pression sur Israël pour qu'il révoque sa désignation illégale, de signer des pétitions et d'amplifier la voix des organisations de la société civile palestinienne

>> Signez la pétition « Pour Soutenir la Société Civile Palestinienne - Pour Défendre les Droits Humains »

>> Affichez votre soutien sur les réseaux sociaux (modèles de tweets et post facebooks disponibles)

>> Écrivez en anglais à Josep Borell, Haut représentant de l’Union Européenne en quelques clics seulement (traduction du courrier disponible)

 

 

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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 09:46

 

Du parcellaire à l’agriculture paysanne, en passant par la propriété de la terre et les structures des exploitations… La ferme des 1 000 vaches n’est que la partie émergée de l’iceberg des changements qui bouleversent nos campagnes.

*MARIUS MUZAS est apprentis technicien agricole ainsi qu'étudiant en BTS agriculture.

Depuis le 1er janvier 2021, la ferme des 1 000 vaches ne produit plus de lait ; le groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC) de la Somme y a été contraint. En cause, l’entreprise belge qui devait collecter son lait a choisi de recentrer ses activités sur son territoire national. C’est la fin d’une expérimentation inédite en France qui n’a pas manqué d’agiter le débat public. Symbole de l’industrialisation de l’agriculture, ce projet lancé par un patron du BTP n’est sans doute que le premier symptôme d’un processus enclenché après la Seconde Guerre mondiale : la fin du modèle agricole tel qu’on le connaissait, celui de la petite agriculture familiale. De quoi parle-t-on aujourd’hui lorsqu’on cherche à s’intéresser à notre production alimentaire ? Qu’en est-il de l’artificialisation, du foncier et de l’exploitation agricole ?

 

L’ÉROSION DES TERRES AGRICOLES

De bien des manières, le secteur primaire s’efface au profit des activités urbaines. Mais le plus remarquable, au sens littéral du terme, est visuel ou géographique. Sur une période relativement courte, les habitants de la périphérie des villes peuvent constater la conquête de parcelles agricoles par de nouveaux lotissements et zones industrielles. Cette expérience du quotidien traduit l’artificialisation au niveau national d’un peu plus de l’équivalent de l’île de la Réunion (276 376 ha) sur la décennie 2009-2019. Elle concerne majoritairement les terres agricoles, puisque dans le même temps la superficie dédiée aux forêts augmente (https://www.onf.fr/onf/forets-et-espaces-naturels/+/20::les-forets-de-nos-territoires.html).

De fait, nous détruisons l’outil qui permet de nourrir la population française alors même que les bouches à rassasier se font plus nombreuses chaque année. D’après les projections de l’INSEE, la population française augmenterait de 10,4 millions d’ici à 2070, par rapport à 2013((https://www.insee.fr/fr/statistiques/2496228)). Dans un contexte de changement climatique, où l’enjeu est de réduire la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre, nous supprimons des espaces qui « piègent » le dioxyde de carbone (prairies, cultures), des sols pouvant contribuer, avec leur biodiversité, à atténuer les effets des futurs épisodes climatiques violents (inondations, sécheresses, etc.).

Et qu’est-il construit à la place ? L’artificialisation est majoritairement dédiée au logement (68 %). Les activités économiques, elles, ne concernent que 25 % du phénomène. Certes la question de l’habitat, de sa qualité et de sa quantité, est primordiale, mais la surface agricole ne doit pas être une valeur d’ajustement. Additionné à la casse du service public, de l’industrie, des transports, du commerce et de la culture dans la ruralité, ce phénomène accentue encore plus la contradiction entre les villes et les campagnes.

 

 

LA TERRE… À CEUX QUI L’ONT TRAVAILLÉE

La situation du foncier agricole a profondément évolué depuis les années 1970. Le fermage représentait 48 % des surfaces agricoles utilisables à l’époque ; aujourd’hui, il en représente 62 %.

LES DIFFÉRENTS STATUTS DE L’ACTIVITÉ
Faire valoir direct : l’agriculteur est propriétaire de la terre qu’il cultive.
Fermage : l’agriculteur paye un loyer au propriétaire de la terre pour pouvoir la cultiver.
Métayage : un propriétaire donne le droit de cultiver à un paysan sur sa terre en échange d’une partie de sa production.

 

Les dernières enquêtes portant sur les propriétaires fonciers datent de 1992. « À cette date, 64 % des terres appartenaient à la famille des agriculteurs exploitants, chiffre stable par rapport à 1980. Entre 1980 et 1992, la part des surfaces en location appartenant à des retraités agricoles est passée de 34 % à 43 %, et en parallèle la part des surfaces appartenant à des bailleurs non agricoles s’est réduite d’autant.((Maurice Desriers, « Un essai de synthèse statistique sur le foncier agricole en France. Une situation de plus en plus complexe dominée par le fermage », in Pour, vol. 220, no 4, 2013, p. 77-88.)) »

Pour se garantir une retraite convenable, les exploitants en fin d’activité ont mis en location leurs terres au lieu de les vendre aux repreneurs (INSEE, https://www.insee.fr/fr/statistiques/1377845?sommaire=1377863).

En parallèle, le fermage est un mode d’acquisition intéressant comparé à l’achat de terres. En effet, le prix moyen à l’hectare des terres et prés libres et non bâtis a augmenté de 52 % au niveau national, entre 1995 et 2010. La pression de l’urbanisation et des autres acteurs non agriculteurs en est la cause((https://www.insee.fr/fr/statistiques/1377855?sommaire=1377863)). Quant aux prix des locations, indexées sur le revenu agricole et la hausse générale des prix, ils sont perçus comme moins contraignants qu’un prêt remboursable sur toute une carrière. De plus, le statut de fermage, conquête du Conseil national de la Résistance, est très protecteur pour les paysans vis-à-vis des propriétaires.

DÉPERISSEMENT DE L’AGRICULTURE FAMILIALE ET PAYSANNE

Au cours du siècle dernier, l’agriculture française était dominée par de petites exploitations familiales intégrées au marché capitaliste, sans toutefois avoir recours massivement au salariat et à la division du travail. En effet, il s’agissait d’une agriculture de marché, non vivrière donc, où la production agricole était destinée à la vente, où le paysan faisait affaire avec la banque, le distributeur, le concessionnaire de machines agricoles, le fournisseur de semences, etc.

De profonds changements au niveau technique, économique et foncier vont s’opérer à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le progrès technique en matière de machinerie agricole, d’engrais, de produits phytosanitaires et de sélection semencière vient bouleverser les conditions du travail agricole, son organisation et sa productivité.

Le parcellaire français était divisé en de petites surfaces, séparées par une multitude de haies. Il a fallu le réagencer pour l’adapter aux outils mécaniques, les tracteurs étant conçus pour travailler de grandes étendues. La tâche fut confiée aux sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER), qui la menèrent intensivement pendant les années 1960. Ce remembrement est à l’origine du paysage rural que l’on connaît aujourd’hui. L’objectif annoncé était d’augmenter la productivité agricole en créant une agriculture d’exploitation de taille moyenne, avec comme indicateur la surface exploitable par deux personnes. Comme celle-ci grandissait d’année en année, celle des exploitations faisaient de même. L’image ci-dessous illustre cette évolution. Elle offre à la comparaison deux vues aériennes, l’une de 1956, l’autre de 2017, de Cailloux-sur-Fontaines, petite ville en périphérie de Lyon : on constate que l’espace urbain a presque doublé de taille. Les parcelles, nombreuses et relativement petites en 1956, ont été fusionnées pour former de plus grands ensembles.

En concomitance, l’Europe des Six a bâti la politique agricole commune (PAC) lors du Traité de Rome (1957) et de la conférence de Stresa (1958). Le Vieux Continent est alors dépendant des importations alimentaires. Il fallait accroître la productivité du secteur primaire pour, à la fois, garantir l’autosuffisance de la Communauté économique européenne et faire migrer une masse de travailleurs agricoles vers l’industrie. Cela passe par la préférence communautaire (les Européens mangent européen), des investissements dans la modernisation des exploitations et des prix garantis. Le succès fut tel qu’en 1984 des quotas sont appliqués pour éviter les excédents et les surcoûts liés au stockage des céréales, du beurre, du lait et de la viande.

Les critiques venant des États-Unis montrant du doigt les distorsions de concurrence et les violations du libre marché causées par la PAC ne tardèrent pas. L’OMC joua son rôle de bras armé du capital en poussant à la réforme. Les Européens ne se font pas prier ; les objectifs premiers de la PAC sont maintenant atteints. Plusieurs réformes se succèdent, celle de Mac Sharry en 1992, celle de l’Agenda 2000 en 1999. Toutes ont le même objectif : supprimer le lien existant entre production et rémunération du travail agricole en substituant les subventions à l’hectare aux prix garantis. À partir de là, l’agriculteur ne vivra plus de son labeur mais de l’aumône européenne.

C’est donc un nouveau lien qui s’est créé, celui entre la taille des exploitations et la rémunération. Pour faire face aux prix chutant sans cesse, il fallait s’agrandir. Le chef d’exploitation pouvait et peut encore miser sur des économies d’échelle et sur une plus grande production. Ainsi, entre 2010 et 2016, la taille moyenne d’une exploitation est passée de 56 à 63 ha. Et depuis trente ans plus de la moitié des exploitations ont disparu (1 017 milliers en 1988 ; 436 milliers en 2016). Derrière ces chiffres englobant se cache une dynamique de fond : le nombre de grosses exploitations progresse (147 000 en 1988 ; 185 000 en 2016) tandis que celui des petites chute (477 000 en 1988 ; 136 000 en 2016)((Toutes les données sont accessibles sur Agreste : https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/disaron/GraFra2020Integral/detail/)).

La taille des exploitations évolue, leur statut aussi. La forme sociétaire devient celle de la grande exploitation, car elle a l’avantage de protéger le patrimoine personnel en le séparant du patrimoine professionnel ; elle permet aussi de regrouper des moyens matériels, financiers et humains. Même si aujourd’hui l’exploitation individuelle est encore majoritaire, la tendance est à son effacement progressif au profit des grandes sociétés agricoles.

Avec elles se meurt l’agriculture familiale qui laisse la place à une agriculture de capitalistes. L’indicateur à scruter de près les prochaines années est le poids que prend le salariat permanent, soit l’exploitation capitaliste, dans le travail agricole. En 2016, il est présent dans 18 % des exploitations en France métropolitaine, contre 14 % en 2010.

 

QUELLE AGRICULTURE POUR LA FRANCE ?

Le processus d’industrialisation de l’agriculture française, enclenché dès la Libération, prend de l’ampleur depuis les années 1990. La petite exploitation familiale s’efface peu à peu au profit de grandes sociétés agricoles où l’exploitation capitaliste s’installe. Comprendre les dynamiques à l’œuvre est une chose, en déduire un programme agraire en est une autre. La tâche est énorme et exige que, de nouveau, une commission agraire s’en charge pour alimenter notre réflexion. Voici quelques éléments proposés en vue de structurer le nécessaire débat :

1. Vivre de son travail c’est la moindre des choses quand on nourrit la nation. L’urgence est donc de sécuriser économiquement les exploitations agricoles. Cela passe par des prix de base garantis déterminés conjointement par les agriculteurs et les consommateurs.

2. Toute production, particulièrement quand il s’agit de l’alimentaire, vient répondre à un besoin. Aujourd’hui, ce sont 10 millions de tonnes de nourriture qui sont gâchées par an. Pour produire au plus juste, des quotas par production doivent être appliqués en fonction des besoins de la population et des industries.

3. Pour nous nourrir, nous avons besoin de terres agricoles. Elles doivent être sanctuarisées pour arrêter l’artificialisation. Les loyers et les crédits à l’achat de terres pèsent lourdement sur le dos de nos paysans. Faisons-en propriété de la nation et chargeons les SAFER de leur distribution gratuite en fonction de critères économiques, sociaux et écologiques à définir.

4. Il est insupportable pour le monde paysan d’être en concurrence avec des pays ne respectant ni les mêmes réglementations sanitaires ni le même Code du travail. Pour une production nationale dont nous maîtrisons les tenants et aboutissants, il faut sortir du « libre marché » européen et établir une taxation écologique et sociale aux frontières.

5. La famille comme base de l’entreprise agricole n’est pas défendable, puisqu’aux mécanismes de domination patronaux elle superpose des mécanismes de domination patriarcaux. La promotion d’exploitations ouvrières et coopératives, de tailles suffisantes pour permettre la diversification des productions (élevage, grandes cultures, fruits et légumes), l’usage de machines agricoles et une organisation émancipatrice du travail est à l’ordre du jour.

1. https://www.onf.fr/onf/forets-et-espaces-naturels/+/20::les-forets-de-nos-territoires.html

2. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2496228

3.

4. Maurice Desriers, « Un essai de synthèse statistique sur le foncier agricole en France. Une situation de plus en plus complexe dominée par le fermage », in Pour, vol. 220, no 4, 2013, p. 77-88.

5. INSEE, https://www.insee.fr/fr/statistiques/1377845?sommaire=1377863

6. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1377855?sommaire=1377863

7. Toutes les données sont accessibles sur Agreste : https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/disaron/GraFra2020Integral/detail/

Revue Progressistes | 10 Déc 2021 à 17:46 | Catégories : Environnement et SociétéN° 33 | URL : https://wp.me/p3uI8L-34B

 

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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 08:05
BUDGET DÉFENSE 2022 DE LA FRANCE, NUCLÉAIRE IRANIEN ET TNP-Déclaration du Conseil National du Mouvement de la Paix- 11 décembre
BUDGET DÉFENSE 2022 DE LA FRANCE, NUCLÉAIRE IRANIEN ET TNP-Déclaration du Conseil National du Mouvement de la Paix-
11 décembre
 
La France poursuit la modernisation de son arsenal en armes nucléaires en violation du Traité de Non-prolifération (TNP) et favorise ainsi la prolifération à quelques semaines de la conférence mondiale d’examen de ce traité.
Alors que les négociations reprennent avec l’Iran, la France devrait cesser la violation de ses engagements au titre du TNP (Traité de Non-Prolifération nucléaire), geler ses programmes de modernisation des armes nucléaires, ratifier le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) entré en vigueur le 22 janvier 2021 et exiger la même chose des autres pays possédant des armes nucléaires.
Fin novembre, les négociations sur le nucléaire iranien ont repris à Vienne en Autriche avec l’objectif de refaire vivre l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Cet accord signé le 14 juillet 2015 à Vienne, entre l’Iran et les cinq membres permanents du conseil sécurité de l’ONU (USA, Chine, Russie, France, Royaume-Uni) plus l’Allemagne, avait été conclu après 21 mois de négociations serrées. Il avait été entériné par le conseil de sécurité de l’ONU le 20 juillet 2015 et était entré en vigueur le 16 janvier 2016. Cet accord garantissait le caractère civil et pacifique des travaux nucléaires de l’Iran. Or, à l’instigation de Trump, les USA avaient unilatéralement quitté cet accord réalisé sous Obama, et rétabli des sanctions contre l’Iran, lesquelles étouffent l’économie iranienne et ont conduit l’Iran à relancer progressivement ses activités nucléaires au-delà des limites acceptées par l’AIEA.
A Vienne sont actuellement présents les négociateurs chinois, russes, britanniques, allemands, iraniens et français. Les USA qui ne sont pas intégrés à la réunion actuelle de Vienne ont cependant envoyé une délégation pour participer indirectement au dialogue.
Dans le même temps en France, le budget 2022 voté par l’Assemblée nationale traduit en matière de défense les orientations de la loi de programmation militaire. Ainsi le quotidien La Tribune indique que « pour la quatrième année consécutive, dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025, la trajectoire budgétaire et respectée : le budget de la mission « Défense » doit en principe augmenter de 1,7 milliards d’euros pour atteindre le niveau inédit de 40,9 milliards en 2022. Soit une hausse de 7,7 milliards par rapport à l’exécution du budget de 2017 ». En poursuivant le chemin vers le doublement des crédits consacrés à l’arme atomique en vue de renouveler en totalité son arsenal nucléaire, la France viole l’article 6 du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) qui prévoit que les puissances nucléaires s’engagent à agir de bonne foi pour le désarmement nucléaire.
Avec une telle politique de non-respect de ses engagements internationaux, la France ne peut pas pleinement jouer le rôle diplomatique qu’elle pourrait jouer y compris pour faire revivre l’accord sur le nucléaire iranien.
Plus largement, la violation continuelle par les 9 Etats possédant l’arme nucléaire de leurs engagements, pris dans le cadre du TNP, fragilise ce traité et favorise la reprise de la course aux armements nucléaires.
C’est pourquoi le Mouvement de la Paix rappelle une nouvelle fois que la France, pour respecter ses engagements au titre du TNP, devrait geler tous ses programmes de modernisation, exiger la même chose des autres pays possédant des armes nucléaires, porter ces exigences en janvier à New York lors de la conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération Nucléaire, ratifier le Traité d’interdiction des armes nucléaires entré en vigueur le 22 janvier 2021 et être présente comme observateur lors de la première conférence des Etats-parties au TIAN à Vienne en mars 2022.
Une telle politique permettrait dans le même temps de libérer environ 100 milliards d’Euros sur 15 ans qui seraient tellement utiles pour faire face au défi climatique et aux besoins sociaux.
 
Le Mouvement de la Paix
Le 11 décembre 2021
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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 07:59
Appel du collectif Bretagne-Ouest  du Mouvement de la Paix à manifester à Brest le Dimanche 9 Janvier 2022 à 14h à partir de la place de la liberté

Appel du collectif Bretagne-Ouest  du Mouvement de la Paix à manifester à Brest le Dimanche 9 Janvier 2022 à 14h à partir de la place de la liberté l’occasion du sommet à Brest des 12, 13 et 14 janvier 2022 des 27 ministres de la défense et 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) sur  les questions de la défense et de la sécurité.

 

Le PCF soutient l'appel du collectif, du mouvement de la Paix, du CIAN 29. 

 

Durant ce sommet seront vraisemblablement abordés, d’après les premières informations publiques, les dossiers suivants :

·        Le projet européen de « Boussole stratégique » examiné lors du dernier conseil des ministres de l’union européenne

·        La création d’une force de réaction rapide/force de projection extérieure de l’UE

·        L’augmentation des budgets militaires nationaux comme le demande l’OTAN

·        L’augmentation du Fonds Européen de Défense

·        La mise en place d’une présence militaire maritime dans la région indopacifique

·        La mise en œuvre d’un nouveau système aérien SCAF pour 80 milliards d’euros au minimum.

·        Le développement et le renforcement de Frontex

 

Toutes ces orientations seront définies, dans le respect des traités européens, et donc en complémentarité avec les orientations stratégiques de l’OTAN comme le prévoit l’article 42 du Traité de Lisbonne.

 

Nous nous mobiliserons ce jour-là « Pour une Europe agissant vraiment pour la Paix, le climat, le désarmement nucléaire, la justice sociale, les droits humains, et un accueil digne des migrants »

 

Nous demanderons à l’UE : de mettre fin aux logiques de guerre et de militarisation de l’UE et de revenir aux logiques ayant prévalu lors de la conférence d’Helsinki de 1975 ; d’agir en faveur du Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires entré en vigueur le 22 janvier 2021 et de mettre fin à la subordination de l’UE à l’Otan (23 Etats de l’UE sont membres de l’Otan) .

Des départs en car sont prévus depuis Angers et Rennes.

 

 
LE MOUVEMENT DE LA PAIX
comité de Rennes
13, Square de Galicie
35200 RENNES
Tel/fax : 02 99 51 24 03
06.85.02.87.14
 
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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 07:51
L'espoir vient du Chili avec la victoire du candidat du mouvement social et de la gauche antilibérale, Gabriel Boric, contre le candidat d'extrême-droite Kast: 55% pour le nouveau président de gauche chilien!
Une belle nouvelle du Chili🇨🇱 ✌
Face au vestige du fascisme, la gauche rassemblée, portée notamment sous l'influence du PC Chilien de Daniel Jadue (battu par Boric à la primaire de la gauche, et qui le soutenait depuis), le principal parti de gauche, soutenue par la force du mouvement social, unie à la suite un processus démocratique l'emporte sur le candidat de l'extrême droite.

Gabriel Boric, 35 ans candidat de la gauche radicale, figure du mouvement étudiant de 2011, sera président du Chili. Le candidat de droite (extrême) José Antonio Kast est largement battu.

L'alliance du Front large et du Parti communiste devrait gouverner le pays d'Allende et de Pablo Neruda.


« N’ayez pas peur de la jeunesse pour changer ce pays (…) si le Chili a été le berceau du néolibéralisme, ce sera aussi son tombeau », Gabriel Boric
L'espoir vient du Chili avec la victoire du candidat du mouvement social et de la gauche antilibérale, Gabriel Boric, contre le candidat d'extrême-droite Kast: 55% pour le nouveau président de gauche chilien!
Chili. Avec Gabriel Boric, l’espoir de la démocratie contre les vestiges de la dictature
Lundi 20 Décembre 2021 - L'Humanité

Victoire historique du candidat du bloc de gauche, Gabriel Boric. L'ancien responsable étudiant, à la tête d’une  alliance allant du parti communiste au centre gauche, devient le nouveau président du Chili,  et l'emporte avec près de 56 % des voix contre le candidat d’extrême droite, José Antonio Kast, zélateur du pinochétisme.

Postée sur les réseaux sociaux par le député d’ultradroite Gonzalo de la Carrera, l’image est aussitôt devenue virale. Elle figure le candidat de gauche à l’élection présidentielle, Gabriel Boric, cheveux en bataille, l’air grave, avec, à l’arrière-plan, des manifestants mettant à bas des barrières plaza de la Dignidad, l’épicentre de la révolte sociale de 2019, dans le centre de Santiago du Chili. Commentaire : « Voilà comment Boric envisage de réformer les carabiniers. »

Résultats du premier tour de l’élection présidentielle au Chili.
José Antonio Kast, 55 ans, obtient 27,91 % des voix, devant le candidat de gauche Gabriel Boric (25,83 %). L’abstention a atteint 53%.

Mise en scène du désordre pour susciter le rappel à l’ordre

Le cliché d’origine, avant falsification, raconte une tout autre histoire : il s’agit d’une photo de lui-même prise par Boric au milieu des inondations provoquées, en 2016, par le débordement du fleuve Mapocho après de fortes pluies. Voilà un parfait condensé des méthodes déployées par les partisans de José Antonio Kast, le candidat d’extrême droite que Gabriel Boric, qui porte les couleurs de la gauche antilibérale, affrontera au second tour, ce dimanche 19 décembre. La mise en scène d’un désordre supposé pour susciter le rappel à l’ordre, l’usage décomplexé de fausses nouvelles, de rumeurs et d’accusations sans fondements se doublent d’une campagne haineuse visant les communistes chiliens, alliés de Boric. Ceux-là sont accusés de vouloir transformer le pays en « Chilizuela », en référence au Venezuela de Nicolas Maduro, que Kast qualifie au même titre que Cuba de « dictature » pour mieux faire oublier les crimes de masse de la junte militaire d’Augusto Pinochet.

Ce duel de second tour, dans un Chili à la croisée des chemins, dessine une société fracturée par les profonds clivages que la dictature a laissés en héritage et que la transition démocratique placée sous le signe de la concertation n’a pas su combler.

«  Si le Chili a été le berceau des néolibéraux, ce sera aussi sa tombe » Gabriel Boric

Gabriel Boric, la rupture radicale du modèle économique ultralibéral 

À gauche, Gabriel Boric, 35 ans, député depuis 2014, figure du mouvement étudiant de 2011, peau tatouée, airs adolescents et débit de parole torrentueux, incarne une génération qui a surmonté la peur, brisé le consensus et réinvesti l’espace public pour y affirmer une mise en cause radicale du modèle économique ultralibéral légué par Augusto Pinochet. «  Si le Chili a été le berceau des néolibéraux, ce sera aussi sa tombe », prédisait-il en juillet au soir de sa désignation, quand la primaire de la coalition Apruebo Dignidad l’a placé en tête, devant le communiste Daniel Jadue, reprenant un mot d’ordre du mouvement populaire de 2019.

Attaché à la justice sociale, attentif aux revendications du mouvement féministe et des minorités sexuelles, avocat d’un retour des services publics, prêt à tourner la page des retraites par capitalisation et des fonds de pension, il promet de rompre avec les réflexes délégataires et le centralisme d’une « démocratie » chilienne qui porte encore les stigmates de l’autoritarisme. « Si, dans le futur gouvernement, nous commettons des erreurs, mobilisez-vous, aidez-nous à redresser le cap ! », a-t-il exhorté tout au long de la campagne. Il a défendu, lors du référendum de 2020, le oui à une nouvelle Constitution appelée à se substituer à celle de Pinochet, une option choisie par plus de 80 % des électeurs.

José Antonio Kast, dans le camp de ceux qui étrillent la Convention constitutionnelle

José Antonio Kast, lui, s’est fermement opposé à ce changement de Constitution ; il se situe aujourd’hui dans le camp de ceux qui étrillent la Convention constitutionnelle élue en mai, dominée par la gauche et les indépendants, chargée de rédiger la nouvelle loi fondamentale. Sa victoire torpillerait, dans les faits, ce processus constituant rendu possible par la révolte sociale de 2019. « Nous sommes intéressés à clore le chapitre de la nouvelle Constitution. J’ai voté contre le processus, mais le public a opté pour quelque chose de différent et j’espère que ce sera à la hauteur de ce que les citoyens exigent. Si (la nouvelle Constitution) ne respecte pas le droit à la liberté d’expression, à la liberté de culte, à la liberté d’enseignement, à la propriété privée, je ferai tout ce que je peux pour qu’elle soit rejetée », a-t-il prévenu.

Fils d’un officier de la Wehrmahrt encarté au parti nazi, frère d’un ministre du Travail d’Augusto Pinochet, Miguel Kast, appartenant au cénacle des Chicago Boys formés par le pape du monétarisme Milton Friedman, le candidat du Front social-chrétien n’a jamais dissimulé sa nostalgie de la dictature. « Si Pinochet était vivant, il voterait pour moi », se rengorgeait-il en 2017, alors qu’il était candidat pour la première fois à l’élection présidentielle. Il n’a pas renoncé, depuis lors, à faire l’apologie de la dictature, soutenant par exemple que « des élections démocratiques avaient lieu » et que « les opposants politiques n’ont pas été enfermés ».

Climatosceptique, opposant féroce au droit à l’IVG libre toujours dénié aux Chiliennes, prêt à réserver les aides sociales aux femmes mariées ou à creuser des tranchées pour empêcher l’arrivée de migrants, cet admirateur de Donald Trump, ami intime de Jair Bolsonaro, ne s’est pas départi de ses airs affables pour affirmer que le tortionnaire Miguel Krassnoff, condamné à plus de huit cent quarante ans de prison, « n’est pas une mauvaise personne ».

Soucieux de consolider le ralliement d’un électorat de droite et de centre droit convaincu par son programme économique et par ses sermons sur l’ordre et la sécurité, mais goûtant peu ses affichages néofascistes trop explicites, il a toutefois semblé manœuvrer en recul dans la dernière ligne droite. Il jure désormais de ne pas faire disparaître le ministère de la Femme, revient sur ses promesses de privatisation totale de la Codelco, l’entreprise nationale dédiée à l’exploitation du cuivre, admet qu’il faut « réformer » le système de retraites par capitalisation pour sortir de l’exclusivité des AFP, les fonds de pension.

Une campagne de second tour offensive

Gabriel Boric et ses alliés ont eux mené une campagne de second tour plus offensive, plus ancrée dans les quartiers populaires, avec l’objectif de convaincre les électeurs qui ont boudé les urnes au premier tour. Le mouvement féministe a déclaré « l’état d’alerte » face à l’extrême droite et se mobilise en faveur du candidat de gauche ; des figures de la vie culturelle ont multiplié les messages de soutien ; des organisations sociales et syndicales ont ouvertement appelé à tout faire pour empêcher la victoire de Kast. Lors du dernier débat télévisé, Boric, chemise blanche et costume sombre, s’en est vivement pris à son adversaire, qui exigeait de lui un test sanguin prouvant qu’il ne consommait pas de stupéfiants. « Je ne suis pas là pour faire un spectacle », a-t-il lancé, brandissant les analyses demandées, en renvoyant le candidat d’extrême droite à ses affaires d’évasion fiscale déballées par les Pandora Papers.

Le candidat de gauche a reçu ces derniers jours des soutiens de poids : les anciens présidents Ricardo Lagos et Michelle Bachelet ont appelé à voter pour lui : « Personne ne peut être indifférent à l’élection d’un président qui veille à ce que notre pays puisse véritablement continuer sur la voie du progrès pour tous, avec davantage de liberté, d’égalité, des droits humains respectés, un environnement durable et bien sûr l’opportunité d’une nouvelle Constitution », a expliqué cette dernière, haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.

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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 07:45
Communiqué du PCF Carhaix-Huelgoat : L’annonce de l’ARS est brutale et inacceptable ! Toutes et tous dans la rue le 23 décembre 2021 de 11h30 à 12h30. Notre hôpital est en danger !

Communiqué du PCF Carhaix-Huelgoat, 20 décembre 2021:

L’annonce de l’ARS est brutale et inacceptable ! Pas de médecin anesthésiste les 24 et 25 décembre 2021 sur le site de Carhaix. Cette décision met en péril notre hôpital. L’ARS fait fi de la décision du 25 juin 2008 et met la population du pays COB en danger. L’agence décrète le plan blanc sur directive du gouvernement. Il est inadmissible que l’agence n’est pas prévue en amont la recherche d’un anesthésiste pour cette période.

C’est pourquoi la section PCF de Carhaix-Huelgoat appelle la population à se mobiliser au côté des personnels de l’hôpital.

Toutes et tous dans la rue le 23 décembre 2021 de 11h30 à 12h30. Notre hôpital est en danger !

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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 07:23
« Vers 6 heures… », 2007. Gérard Schlosser

« Vers 6 heures… », 2007. Gérard Schlosser

Exposition à l'espace Niemeyer : quelle histoire que cent ans d’art !
Samedi 18 Décembre 2021
 
 

Place du Colonel-Fabien à Paris, l’exposition « Libres comme l’art » regroupe cent cinquante œuvres qui nous parlent des rapports de plus d’un siècle entre le PCF et l’avant-garde artistique et culturelle.

 

C’est de circonstance. Aux cimaises de l’espace Niemeyer, place du Colonel-Fabien à Paris, un tableau de facture très réaliste représente un habit vide de président de la République, debout devant une bibliothèque, avec les médailles et breloques afférentes à la fonction. Peint en 1969, alors que les dix ans du général de Gaulle ont suffi, il porte le titre du texte de Sade intitulé « Français, encore un effort si vous voulez devenir républicains », dans lequel il fustige la religion et l’état « moral » des hommes, qui n’est qu’un état de « paix et de tranquillité », quand leurs état immoral, selon ses termes, « est un état de mouvement perpétuel qui les rapproche de l’insurrection nécessaire dans laquelle il faut que le républicain tienne toujours le gouvernement dont il est membre ». On se dit que ce tableau ne pourrait trouver meilleure place. Il appartient d’ailleurs à la fédération de Paris du PCF.

Il fait partie des cent cinquante œuvres exposées ici, avec un peu de retard en raison de la crise sanitaire, à l’occasion de la création du PCF en 1920 et rassemblées sous le titre « Libres comme l’art », soit cent ans d’histoire entre les artistes et le PCF. Tout au long de ce siècle, écrit dans sa préface au catalogue Pierre Laurent, président du Conseil national du PCF et artisan de l’exposition, avec les commissaires Yolande Rasle et Renaud Faroux, « révolutions artistiques et engagement communiste n’ont cessé de s’entrecroiser et de se féconder, et cela dès la première décennie de l’existence du jeune PCF avec les surréalistes ». L’art devait donc, dit-il, tenir une place centrale dans cet anniversaire, avec la possibilité de s’appuyer sur le fonds d’œuvres de la collection du parti lui-même, de la fédération de Paris et de quelques autres, mais aussi sur des prêts de particuliers ou d’institutions.

Des œuvres « totémiques »

Pour autant, ces rapports ne furent pas sans complexité et l’exposition en témoigne amplement. Réalisme socialiste, figuration, abstraction… L’engagement de nombre d’artistes ne prend pas les mêmes chemins selon l’époque ou les mouvements. Les textes de Yolande Rasle et Renaud Faroux sont précieux pour s’y retrouver dans la diversité des artistes, des courants et des œuvres.

Icon QuoteÀ la une des « Lettres françaises », dirigées par Aragon, un portrait de Djamila Boupacha, militante du FLN algérien arrêtée et torturée, et dont le procès était devenu celui des méthodes d’une partie de l’armée française.

Certaines sont, si l’on peut dire, totémiques. Ainsi l’une des « Joconde à moustache » de Marcel Duchamp, offerte à Georges Marchais par Aragon avec ce commentaire, « ce tableau représente toute une partie de ma vie », habituellement en dépôt au Centre Pompidou auquel le PCF l’a prêtée. C’est le cas aussi de la tapisserie de Fernand Léger avec le poème « Liberté », d’Éluard, décrochée de son mur dans l’un des étages de l’immeuble. De Picasso sont exposés ici une plaque de cuivre gravée, représentant Marcel Cachin, directeur de « l’Humanité » de 1918 à sa mort en 1958, deux dessins représentant Ethel et Julius Rosenberg accusés d’espionnage et exécutés aux États-Unis en 1953, malgré une large campagne d’opinion dans le monde et particulièrement en France. On voit aussi, à la une des « Lettres françaises », dirigées par Aragon, un portrait de Djamila Boupacha, militante du FLN algérien arrêtée et torturée, et dont le procès était devenu celui des méthodes d’une partie de l’armée française.

Picasso, bien sûr, dont l’adhésion au PCF en 1944 avait été un événement. Sa figure, aujourd’hui, domine la période. L’affaire du portrait de Staline à sa mort en 1953, qu’il avait réalisé à la demande d’Aragon pour « les Lettres françaises », est évoquée dans le catalogue. Elle avait donné lieu à une campagne de critiques organisée par une part de la direction du PCF, visant en réalité Aragon et, à travers lui, Maurice Thorez lui-même alors à Moscou. Dans cette même période toutefois, d’autres peintres sont aussi très en vue dans un registre différent.

Fougeron, l’expression de la souffrance du peuple

L’une des peintures les plus impressionnantes de l’exposition, par sa taille et sa force, est « la Mort de Danielle Casanova » par Boris Taslitzky. Déporté lui-même à Buchenwald, il avait pu en rapporter des dessins exceptionnels par leur maîtrise et leur valeur de témoignage. Il s’est appuyé sur eux pour faire de la mort de la résistante communiste, en 1943, à Auschwitz, une œuvre poignante. Avec « les Parisiennes au marché », André Fougeron, comme avec ses multiples portraits de mineurs, veut évoquer le quotidien des ouvriers, du peuple. On parle trop facilement, à leur propos, de réalisme socialiste. On peut y voir aussi une forme d’expressionnisme puisant dans l’histoire de la peinture. Étals de poissonneries dans la peinture flamande. Visions de l’enfer.

Icon QuoteOn peut voir dans l’exposition des tableaux de Kijno, Roberto Matta, Jean Messagier, André Marfaing.

Dans les années qui suivront, l’abstraction n’est pas, quels que soient les débats à son propos, une voie occultée. « Les Lettres françaises » vont soutenir clairement nombre d’artistes. On peut voir dans l’exposition des tableaux de Kijno, Roberto Matta, Jean Messagier, André Marfaing dont les deux tableaux en noir et blanc ici présentés n’ont rien à envier à qui que ce soit. D’autres se situent à la croisée des chemins. « La Prison grise », d’André Masson, est une toile remarquable par sa sobriété et son écriture graphique donnant le sentiment que, où que l’on se tourne, on ne trouve que barreaux et portes fermées, couloirs qui ne mènent nulle part. Le peintre l’a réalisée alors qu’il rendait régulièrement visite à son fils, emprisonné pour son activité militante contre la guerre d’Algérie.

« C’est un scandale »

Plus près de nous, des œuvres surprennent. De Julio Le Parc, qui a pour l’essentiel créé des œuvres dites cinétiques, alliant lumière et mouvement, on découvre « Nul ne sera soumis à la torture », de 1972, d’un réalisme violent, serrant la gorge. Avec le mouvement dit de la figuration narrative, dans les années soixante-dix, on pénètre dans le fouillis d’images de l’artiste Erró avec « America », un amalgame de dollars, de bombardiers, de figurines grimaçantes connues ou non, de crânes humains alignés. C’est dans cette partie que l’on rencontre Peter Klasen avec une « Vénus mécanique », Valerio Adami, Gilles Aillaud, Pierre Buraglio au bord de l’épure ou citant « la Peste », de Poussin, Leonardo Cremonini, Antonio Recalcati, Eduardo Arroyo, Henri Cueco, Gérard Schlosser, jouant avec l’hyperréalisme et la peinture de Fernand Léger dans un même tableau de 2007, « Vers 6 heures… »

Et puis Mark Brusse dont on avait vu une rétrospective il y a quelques années à Dunkerque, Roger Somville, Bernard Rancillac avec « Femme d’Alger », un visage derrière une grille et des broussailles… Et aussi Hervé Di Rosa, Ernest Pignon-Ernest avec ses affiches de Pasolini, des photos également, et des feuilles des dessinateurs de « Charlie Hebdo », Charb, Wolinski, qui ne rataient jamais une Fête de l’Huma, et puis… « C’est un scandale ». Une œuvre de 2020, du grapheur Jerk 45. De circonstance. Quelle histoire.

Catalogue de l’exposition, éditions de l’Atelier, 256 pages, 36,90 euros.

 

Lire aussi Une magnifique exposition "libres comme l'art" au siège du PCF Place du Colonel Fabien: 100 ans d'histoire entre les artistes et le PCF

 
Exposition à l'espace Niemeyer : quelle histoire que cent ans d’art ! - Maurice Ulrich, L'Humanité, 18 décembre 2021
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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 07:20
La Réunion. Fabien Roussel : « Rien ne justifie les inégalités en outre-mer » (Aurélien Soucheyre, L'Humanité, 20 décembre 2021)
La Réunion. Fabien Roussel : « Rien ne justifie les inégalités en outre-mer »
Lundi 20 Décembre 2021

Le candidat PCF à la présidentielle, Fabien Roussel, en déplacement sur l’île de l’océan Indien, a fait part de ses propositions : il souhaite augmenter les salaires, développer les services publics et permettre l’enseignement bilingue français-créole à l’école. Entretien.

 

À La Réunion, 42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et 24 % des actifs sont au chômage. Qu’avez-vous constaté sur place ?

Fabien Roussel Après avoir été en Guyane et en Guadeloupe, je constate une fois de plus que les points communs des outre-mer sont les inégalités sociales et la vie chère. Ici, les prix sont 30 % plus élevés qu’en métropole, alors que les salaires sont plus bas. Les produits alimentaires coûtent plus et la bouteille de gaz est à 20 euros. Rien ne justifie cet état des choses. C’est pourquoi je propose qu’à La Réunion les salaires du privé soient alignés sur ceux, plus hauts, du public. Il faut aussi baisser les taxes, et revoir complètement la fiscalité locale.

Proposez-vous un plan d’urgence pour l’outre-mer ?

Fabien Roussel Je défends une loi de programmation pour l’outre-mer. Mais, à la différence de la droite et de l’extrême droite, je propose qu’elle soit écrite par ceux qui en ont d’abord besoin : qui d’autre que les Réunionnais pour savoir ce dont ont besoin les Réunionnais ? C’est pourquoi, dans chaque pays d’outre-mer, je souhaite organiser des conférences régionales réunissant élus, acteurs économiques et représentants des salariés afin qu’ils décident ensemble du chemin à prendre pour parvenir à une égalité sociale réelle et répondre à leur situation géographique particulière. Je propose de plus que ces territoires aient la possibilité de passer des accords commerciaux avec des pays voisins, alors que l’Union européenne leur interdit. À titre d’exemple, la Guyane n’a pas le droit d’acheter son pétrole au Venezuela, et La Réunion n’a pas le droit d’avoir d’échanges directs avec les pays d’Afrique.

Quelle doit être la place de l’État ?

Fabien Roussel Il s’agit de rétablir un contrat de confiance, et de rattraper le retard sur les services publics. Les gouvernements successifs ont laissé ces territoires sous-dotés, avec un nombre de lits d’hôpitaux par habitant le plus bas de toute la France. Or, nous devons garantir les mêmes droits et les mêmes accès à la santé à tous. Nous devons aussi donner plus de pouvoir aux salariés dans ces régions où les monopoles industriels et économiques sont terriblement puissants. Une grande partie de la richesse de l’île de La Réunion est captée par quelques grandes familles. Le prix des litchis est payé 1 euro le kilo aux producteurs et vendu 20 euros en métropole. L’ananas est acheté 50 centimes d’euro et vendu 8 euros. Il faut garantir des rémunérations justes pour que chacun vive dignement de son travail.

À La Réunion, trois enfants sur dix n’ont pas accès à Internet, ce qui a été très problématique pendant le confinement…

Fabien Roussel Il faut bien sûr y remédier. Mais il y a ici un autre problème d’accès à l’enseignement. Près de 30 % de la population est frappée par l’illettrisme à cause des inégalités sociales, et parce que les enfants ne sont pas accueillis à l’école dans leur langue maternelle, qui est le créole. C’est pourquoi je propose de généraliser l’enseignement bilingue français-créole.

Pourquoi proposez-vous la date du 19 mars pour commémorer l’abolition de l’esclavage ?

Fabien Roussel Je souhaite que ce jour devienne une journée nationale fériée pour célébrer l’abolition de l’esclavage, la fin de la traite des humains et la liberté des peuples. Cette idée de Paul Vergès est toujours défendue par les communistes réunionnais. Cela permet d’avoir une date unique, tous les territoires d’outre-mer n’ayant pas été libérés de l’esclavage en même temps. Et le 19 mars, c’est la date de la loi de 1946 votant la décolonisation et la départementalisation des outre-mer, dont Aimé Césaire était le rapporteur.

La Réunion. Fabien Roussel : « Rien ne justifie les inégalités en outre-mer » (Aurélien Soucheyre, L'Humanité, 20 décembre 2021)
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