commenter cet article …
/image%2F1489059%2F20230703%2Fob_d3a7c7_capture-d-ecran-2023-07-03-a-19-07.png)
Le nouveau numéro de l’Humanité Magazine + le programme complet de la Fête de l'Humanité est à retrouver chez les marchands de journaux ou sur notre kiosque numérique : bit.ly/3lXAklY
![]()
En cadeau le poster de la fête de l'Humanité.
Le maire de Plouha, Xavier Compain, est à l’origine d’un appel d’une quarantaine d’édiles des Côtes-d’Armor. Ils menacent de ne plus payer les factures des maisons de retraite face aux prix de l’énergie, et ont été reçus par Aurore Bergé.
En juillet, l’élu communiste de Plouha, Xavier Compain, et une quarantaine de maires des Côtes-d’Armor ont lancé un appel, menaçant de ne plus payer les factures d’énergie des Ehpad, gonflées par l’explosion des prix du gaz et de l’électricité (jusqu’à 400 000 euros de déficit par commune). Ce jeudi, les édiles ont enfin été reçus par la ministre des Solidarités, Aurore Bergé, afin de rappeler l’État à ses responsabilités.
Vous menacez de ne pas payer les factures, de ne pas voter les budgets pour 2024. Où en êtes-vous ?
C’est toujours d’actualité. En janvier, si on n’a rien vu bouger concrètement pour nos établissements en difficulté, on ne votera pas les budgets des Ehpad. Un tel refus des maires, ce serait inédit. Je rappelle que dès qu’un établissement est déficitaire, c’est de la faute des maires… Or l’État n’assume pas complètement ses responsabilités. Nous sommes en train d’étudier ce problème juridiquement.
Nous participerons aussi aux mobilisations du 4 octobre dans les établissements avec la Fnadepa (Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées – NDLR). Notre mouvement, parti de Bretagne, se réunit également le 21 septembre sur la commune de Bégard. Nous sommes au moins cent maires mobilisés.
Êtes-vous satisfaits de votre entrevue avec la ministre des Solidarités, dans l’optique d’obtenir une aide de l’État pour faire face aux déficits des Ehpad publics ?
Les élus se sont invités dans ce débat. Nous avons obtenu la création de commissions départementales comprenant les services de l’État (la Direction générale des finances publiques) et les élus, dont les maires. Jusqu’ici, les discussions n’avaient lieu qu’entre les Ehpad en difficulté et les Agences régionales de santé.
Nous aurons également un comité de liaison rassemblant le ministère, les parlementaires et les maires, pour le travail à long terme. Enfin, nous renforcerons nos liens avec les députés et sénateurs dans la perspective des différents sujets qui vont arriver au Parlement : la loi grand âge, par exemple. Si nous n’avions pas bougé, il ne se serait rien produit de tout ça. Le débat parlementaire ne se fera pas sans nous.
Qu’avez-vous dit à la ministre ?
Sur les mesures de court terme, il s’agit de regarder la situation par Ehpad. Mais nous parlons d’intérêt général, pas de nos seuls établissements. En termes de financements, nous avons posé la question de rendre effective la cinquième branche de la Sécurité sociale (dédiée à l’autonomie et créée en décembre 2021 – NDLR), de l’intérêt de penser la dépendance à long terme.
Mais la ministre nous oppose des arguments financiers. Il faut pourtant répondre à cette mission à long terme : à la fin de sa vie, on doit avoir les moyens, parce qu’on a cotisé, d’obtenir un « lieu d’atterrissage » en cas de dépendance. Nous ne revenons pas mécontents de ce rendez-vous, ni naïfs… Il n’y a pas d’annonces en termes financiers. Mais la question est posée. Nous sommes pressés. Il nous faut vite des réponses pour nos établissements en cessation de paiements, et enclencher le travail parlementaire.
Votre mouvement s’élargit-il au-delà de la Bretagne ?
Ça bouge dans le Centre, dans le Limousin, un peu partout. C’est parti de chez nous. Nous étions trois le 12 mai à parler des Ehpad. Depuis ils sont des dizaines à nous avoir rejoints. Il fallait le faire. C’est bien de nous soutenir en cas d’agressions. C’est mieux de nous soutenir dans nos politiques publiques.
Le secrétaire national du PCF revient sur l’échange de douze heures qui s’est déroulé entre le président de la République et les chefs de partis dans la nuit de mercredi à jeudi. Entretien.
Nous avons eu un échange franc, respectueux, et sincère. Nous avons tous pu dire ce que nous avions à dire. C’était important. Je l’ai vécu comme une sorte de séance de réparation après la terrible séquence des retraites. J’ai fait part de ma blessure profonde, encore vive, et de celle des Français concernant cette réforme imposée par le gouvernement contre l’avis général.
Nous avons demandé au président de la République de revenir sur ce texte. Mais il refuse et dit assumer cette réforme. En tout, l’échange a duré douze heures. Je veux redire que dans une société il vaut mieux débattre et dialoguer plutôt que de s’invectiver. Mais nous avons surtout besoin de réponse concrète derrière. Le président semble avoir entendu certaines propositions, il a fait preuve d’écoute. Mais l’avenir nous dira s’il s’agissait d’une opération de communication, car ce sont les décisions qui seront prises qui feront la différence.
Du reste, je ne sais pas si c’est un clin d’œil de l’histoire, mais chacune des deux salles où nous avons été reçus sont ornées de portraits de Napoléon. C’est étonnant. Certes, nous étions à la Maison des jeunes filles de la légion d’honneur de Saint-Denis, mais rester douze heures avec un hyper président très bonapartien, sous l’œil permanent de Napoléon, je me demande si c’est fait exprès ou non…
C’est seulement à partir de deux heures du matin que nous avons pu parler des gens qui ne vivent pas de leur travail. J’ai cité le cas des salariés de Clestra qui après 33 ans d’ancienneté gagnent 1 600 euros nets. C’est honteux qu’un travail soit si peu rémunéré. J’ai demandé l’indexation des salaires sur l’inflation, les autres forces de gauche aussi. Nous avons défendu la prise en charge des fournitures scolaires, le repas étudiant à 1 euro…
Dans sa réponse, le président a d’abord reconnu qu’il y avait un bien un problème de salaire. Je lui ai dit « le travail ne paie pas », il a répondu « oui le travail ne paie pas, oui les salaires n’augmentent pas ». Mais il a dit qu’indexer les salaires, selon lui, cela ne marche pas. Puis il a ajouté qu’il faut « un vrai dialogue social » pour que les salaires augmentent. Il n’a pas parlé de « conférence sociale » , mais s’il décide d’en faire une, je prends !
Enfin, Macron reconnaît qu’il y a une inflation forte et qu’elle n’est pas traitée, et que l’industrie a augmenté ses marges et contribue à l’inflation. Nous avons demandé de bloquer les prix, et il a dit non. Mais il a dit qu’il ferait appel à la « police des prix ». On attend de voir ce que c’est. Je vais d’ailleurs rendre compte de ces échanges à Sophie Binet de la CGT et Marylise Léon de la CFDT, pour qu’elles soient associées et bien informées des questions et réponses.
J’ai demandé un référendum sur la réforme des retraites, et un autre sur le pacte budgétaire européen. Macron refuse. La droite et l’extrême droite veulent modifier les articles 11 et 89 de la Constitution afin d’organiser un référendum sur l’immigration. Ils souhaitent chacun un référendum sur leurs propres propositions de loi, sans que cela ne soit débattu au Parlement. Ce n’est pas respectueux.
Nous avions plein de propositions, car « faire nation », cela passe pour nous par les services publics, le travail, la jeunesse, le combat contre les inégalités femmes hommes, les libertés syndicales… Malheureusement, pour le président et sa première ministre, « faire nation » n’a été abordé que sous l’angle des événements tragiques de Nanterre.
J’ai rappelé le travail des maires, l’appel de Grigny et de Philippe Rio, car les propositions existent. Nous avons parlé de la police, de la sécurité, du racisme, car les noirs et les arabes se font contrôler 20 fois plus que les autres. La droite et l’extrême droite se sont relayées et n’ont parlé que de l’immigration comme responsable des violences urbaines. Je suis intervenu pour dire qu’il y a là erreur d’analyse. Je ne suis pas du tout d’accord, c’est se tromper de route. J’ai dénoncé la proposition de supprimer les allocations familiales.
En revanche, les services de la PJJ demandent plus de moyens pour faire appliquer les peines et accompagner les familles. Notre pays est en retard, il nous faut des moyens pour la justice, la prévention et l’accompagnement. Manuel Bompard, pour la FI, a rappelé des choses que nous partageons concernant le besoin de police de proximité, l’indépendance de l’IGPN, l’abrogation de la loi de 2017 sur l’usage des armes.
Il y a presque un consensus sur l’Ukraine. Nous sommes tous d’accord pour dénoncer la violation territoriale par la Russie, pour soutenir l’Ukraine dans sa défense de son territoire. Chez nous personne ne défend la Russie. Mais il y a débat sur quelle pourrait être une initiative politique de la France.
Nous avons bien sûr échangé sur l’Afrique. Et j’ai parlé de la question palestinienne, en rappelant qu’il ne peut pas y avoir 2 poids 2 mesures. J’ai appelé à une initiative française. Il y a enfin consensus sur la défense des Arméniens du Haut-Karabakh.
Bachar Al Assad est rattrapé par l’effondrement économique de son pays. La hausse des carburants provoque une réaction populaire vive dans la province druze. Les slogans éveillent le spectre du mouvement de 2011.
Où va la Syrie, après une guerre qui a fait 500 000 morts et des millions de déplacés ? Déclenchée dans la province de Soueïda, bastion de la communauté druze dans le sud du pays, à la suite de la levée des subventions sur les carburants à la mi-août, la colère populaire se répand sur le terrain politique.
Des centaines de Syriens descendent dans la rue depuis une dizaine de jours à Soueïda, scandent des slogans en opposition au régime de Bachar Al Assad, mènent des actions, dont l’interdiction de l’accès aux permanences du parti Baas au pouvoir et le blocage des rues, organisent des « veillées révolutionnaires ».
Le mouvement gagne d’autres régions : Deraa (berceau de l’insurrection de 2011), au sud, Alep, au nord et Deir Ez-Zor – ville reprise à l’« État islamique » en 2017 – à l’est. Mais, contenu, il n’atteint pas la capitale, Damas, dont les localités alentour sont quadrillées par l’armée. « Le pouvoir déploie, depuis lundi, ses forces de sécurité aux portes de la capitale syrienne, craignant l’infection de Soueïda », commente le quotidien saoudien Asharq Al-Awsat.
Le régime ne réprime pas pour l’instant ce qui prend la tournure d’une insurrection et les forces de sécurité ne sont pas présentes lors des rassemblements à Soueïda, ou évitent d’être au contact des manifestants. Les autorités agissent en revanche auprès des figures religieuses druzes, lesquelles soutiennent la contestation, mais n’en appellent pas moins à une mobilisation pacifique.
Les Druzes représentent environ 3 % de la population syrienne. Leur province est restée à l’écart du conflit qui a déchiré le pays. La région compte parmi celles où la « main de fer du régime » n’agit plus vraiment, ce qui expliquerait les réactions spontanées et fermes à la hausse du prix des carburants, dans un contexte économique dégradé pour les ménages.
Selon le site Syria TV, « les prix augmentent de 100 % en un mois. Cela s’applique à tous les produits alimentaires de base, l’huile d’olive, dont le prix est passé de 9 000 livres syriennes à 33 000 livres », soit une hausse d’environ 12 euros.
Le régime de Bachar Al Assad est rattrapé par la régression économique que traverse le pays après une guerre civile des plus meurtrières. Mais il reste difficile de mesurer la menace politique. « La population de Soueïda se mobilise contre la corruption, la violence d’État, l’incursion des chabiha (gangs mafieux liés au clan Assad – NDLR), le passage de la drogue, et elle a aussi le sentiment que la mort du régime approche », écrit Saba Madawar sur le site syrien Al-Modon.
Lundi 18 septembre 2023
Cérémonies d'hommage organisées par la ville de Brest, l'ANACR, l'ARAC, le comité du souvenir.
Pour nos camarades tombés au Mont Valérien il y a 80 ans:
Jardin des 19 fusillés - Rue Georges Mélou, à 11h30
et Rue Coat ar Gueven, devant la plaque en hommage aux FTPF, 14h30
Albert Abalain
Lucien Argouarc'h
André Berger
Louis Departout
Yves Giloux
Eugène Lafleur
Louis Le Bail
Paul Le Gent
Louis Leguen
Paul Monot
Henri Moreau
Jean-Louis Primas
Jean Quintric
Albert Rannou
Albert Rolland
Etienne Rolland
Joseph Ropars
Jean Teuroc
Charles Vuillemin
Il faut relire les biographies et les dernières lettres de condamnés à mort de ces fusillés, résistants exécutés par l'armée allemande d'occupation le 17 septembre 1943, il y a 80 ans, des militants communistes finistériens (ou originaires de Lanester pour Louis Le Bail et Jean-Louis Primas, mais actifs dans le Finistère au moment de leur arrestation) qui furent ne l'oublions pas, traqués, arrêtés, et interrogés et torturés par la police française de la collaboration:
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 105/ Charles Vuillemin (1918-1943)
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 104/ Louis Le Guen (1907-1943)
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 106/ Louis Departout (1916-1943)
Alarmés par les difficultés financières et de recrutement des Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) publics, des maires bretons craignent pour leur avenir. Et se mobilisent depuis le printemps. Jeudi 31 août 2023, une délégation d’élus sera reçue par la nouvelle ministre des Solidarités. Elle sera composée des maires d’Hillion, Plouha, La Roche-Jaudy, Plouaret (Côtes-d’Armor) et Plourin-lès-Morlaix (Finistère).
« Sept de nos Ehpad publics sur dix sont dans le rouge. Avec des coûts de l’énergie multipliés par deux ou trois, on ne s’en sortira pas sans dotation de l’État. » Face aux difficultés financières et de recrutement que rencontrent ces établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, des maires bretons sont entrés en résistance depuis le printemps. Et demandent des aides financières en adéquation avec la réalité des besoins.
Voir aussi, cet article de Béatrice Jérôme dans le journal Le Monde du 21 août 2023:
Des mirabelles et des courgettes du jardin : « On est preneur ! », s’exclame Pierre Di Crescenzo. En ce mois d’août, le directeur de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de Beauzac (Haute-Loire) fait appel à la « solidarité des familles ». En retour, des kilos de fruits et de légumes lui sont offerts pour les quiches et les desserts de ses pensionnaires. Autant de dons qui allègent ses dépenses. Cuisiner avec des produits locaux lui vaut déjà 20 000 euros de surcoût en 2023, à cause de l’inflation. Soit 12 % de hausse pour son budget « repas ». « On servait aux résidents du filet de bœuf au moins une fois par mois, dit-il. Maintenant, à cause du prix, ce sera tous les deux mois. »
A l’image de son établissement, les 7 500 Ehpad de France subissent une crise économique qui menace la qualité d’accompagnement de leurs 600 000 résidents. Leurs recettes chutent. Le nombre de lits inoccupés atteint un niveau record : 20 000 places sont vacantes, soit 4 % du parc. Une désaffection qui découle de la perte de confiance des familles depuis les révélations sur les pratiques du groupe privé d’Ehpad Orpea – maltraitances, irrégularités financières, etc. –, en 2022, et la pandémie de Covid-19, responsable du décès de 29 300 résidents entre 2020 et 2021.
Leurs dépenses, elles, sont décuplées par l’envolée des coûts de l’énergie, des denrées alimentaires, des produits d’hygiène. Mais aussi par l’insuffisante compensation par l’Etat des fortes revalorisations salariales depuis deux ans – accords du Ségur de la santé de juillet 2020, prime « grand âge », hausse du smic et du point d’indice pour les fonctionnaires. Enfin, le recours à l’intérim, pour pallier les difficultés de recrutement, fait exploser les charges salariales.
« La pandémie de Covid a provoqué une vague d’absences professionnelles qui a précédé de peu les démissions », observe le sociologue Philippe Bataille, dans Faire avec l’âge (Ed. de la Maison des sciences de l’homme, 240 pages, 12 euros). « Les Ehpad vivent une agonie silencieuse parce que les vieux, ça meurt sans faire de bruit », se désole Jean-Paul Laval, à la tête d’une fondation qui gère deux Ehpad en Haute-Loire.
Selon la Fédération hospitalière de France (FHF), le secteur public – 48 % des établissements en France – comptait, en décembre 2022, 85 % d’Ehpad en déficit. Deux fois plus qu’en 2019. Avec un découvert moyen de 146 000 euros. « Sans réformes structurelles rapides, nous craignons pour la pérennité des établissements de notre secteur », alerte Marc Bourquin, conseiller stratégie de la FHF.
« La survie à court terme de certains établissements est en jeu », s’alarme la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées. « La situation est pire qu’avant le scandale Orpea, renchérit Jean-François Vitoux, directeur général du groupe associatif Arpavie, filiale de la Caisse des dépôts et consignations. Les groupes privés lucratifs vivent moins bien. Les Ehpad au statut privé non commercial ou public – qui pratiquent des prix modérés – sont au bord d’une forme d’asphyxie progressive. »
Dans ce contexte, certains Ehpad ferment. A Lanobre (Cantal), l’établissement de 30 lits a mis la clé sous la porte en avril. Il n’avait plus ni directeur ni infirmière ni médecin coordonnateur. Des plaintes de familles (toilettes bâclées, manque de soins) étaient parvenues à l’agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, cotutelle de l’Ehpad avec le département. L’ARS a préféré prendre un arrêté de fermeture. « L’histoire de l’Ehpad de campagne de Lanobre restera celle d’une solution qu’on n’a pas voulu trouver », déplore le maire, Pascal Lorenzo (sans étiquette), qui alerte depuis deux ans sur le déficit qui s’élevait à 300 000 euros.
Comme celle de Lanobre, 700 maisons de retraite – 8 % des lits en France – sont gérées par un centre communal, ou intercommunal, d’action sociale (CCAS ou CIAS). Les municipalités doivent voter leurs budgets à l’équilibre. Mais les ressources des Ehpad dépendent des ARS et des conseils départementaux. Ces derniers fixent aussi le prix de journée pour les résidents. Dans la pratique, les CCAS sont de plus en plus nombreux à devoir voter des subventions pour éponger les déficits.
A Charensat, commune rurale du Puy-de-Dôme, le conseil municipal a dû voter en 2023 une avance de trésorerie de 150 000 euros pour payer – par le biais du CCAS – les factures de l’Ehpad. La note d’électricité a été multipliée « par sept ou huit » en un an, calcule le maire, François Blanchon (sans étiquette). Le gouvernement a instauré un « bouclier tarifaire » pour atténuer la hausse du prix de l’énergie dans les Ehpad. « Il a fonctionné en 2022. En revanche, nous n’avons rien obtenu de l’Etat en 2023 », déplore l’édile, qui doit combler les hausses de salaire du personnel « mal compensées par l’ARS malgré les promesses du gouvernement de les rembourser à l’euro près ».
Certains élus ont choisi de se rebeller. Dans les Côtes-d’Armor, le Finistère et le Morbihan, plus d’une soixantaine de maires présidents d’un CCAS gestionnaire d’un Ehpad ne règlent plus les factures d’énergie depuis juin. « On veut que les dotations de l’ARS et du département compensent la totalité des hausses. Sinon on ne votera pas le budget de l’établissement à la fin de l’année, prévient Jean-Louis Even (divers gauche), maire de La Roche-Jaudy (Côtes-d’Armor). L’Etat sera obligé de mettre les Ehpad sous tutelle. »
En Bretagne, 36 % des maisons de retraite dépendent d’un CCAS. L’ARS a promis de débloquer en urgence 4,8 millions d’euros. Les versements devaient commencer le 20 août pour 80 Ehpad en difficulté, dont certains sont gérés par des hôpitaux. Un « dépannage bienvenu », saluent les maires, mais des mesures sporadiques ne suffiront pas à sauver durablement les Ehpad, ajoutent-ils. Ils ont demandé à être reçus par Aurore Bergé, la nouvelle ministre des solidarités et des familles.
Les Ehpad de campagne ne sont pas les seuls « dans le rouge ». A Brest (Finistère), deux Ehpad de 108 lits au total, gérés par le CCAS, vont devoir cesser leur activité. Leur fermeture est programmée d’ici trois ans. « Nos financeurs, le département et l’agence régionale de santé ont refusé nos demandes de subventions. Et juridiquement, les règles européennes sur la concurrence interdisent à la ville de Brest de compenser le déficit des Ehpad » au-delà d’un certain seuil, expliquait en juin le maire socialiste François Cuillandre dans le quotidien Le Télégramme.
A La Rochelle, le déficit des quatre Ehpad – et de la résidence autonomie – gérés par le CCAS s’est élevé à plus de 880 537 euros en 2021. Un trou creusé, en grande partie, par le recours à l’intérim – pour pallier les difficultés de recrutement – qui a renchéri les charges salariales du CCAS de 500 000 euros entre 2021 et 2022.
Les Ehpad associatifs (24 % du secteur) sont aussi lourdement touchés. « La crise frappe notre secteur au moment où les exigences de qualité et de sécurité de la société n’ont jamais été aussi fortes envers les Ehpad », remarque Jean-François Vitoux.
Si tous les directeurs d’Ehpad cherchent les parades pour que la crise financière n’affecte pas la vie quotidienne des résidents, ils restent, malgré le recours à l’intérim, impuissants à combler le manque d’aides-soignants et le turnover des équipes nuit à la qualité de leur accompagnement. Faute de personnel suffisant, l’Ehpad de Mimizan (Landes) a fermé huit lits cette année. Les effectifs ont été redéployés pour « concentrer tous nos efforts sur l’accompagnement des repas », explique Thierry Caule, vice-président du CCAS gestionnaire de l’Ehpad communal. « Malgré tout, faute de soignants, il arrive qu’on ne lève pas certains pensionnaires pendant vingt-quatre à quarante-huit heures, ou le week-end, confie-t-il. On fait des toilettes au lit donc pas complètes. »
En Haute-Loire, Jean-Paul Laval, se demande s’il ne va pas devoir fermer le centre d’activités naturelles tirées d’occupations utiles (Cantou), l’unité protégée qui accueille les personnes ayant des troubles psychiques, dans les deux Ehpad qu’il gère. Le Cantou nécessite davantage de personnels par résident et il en manque. « Si je le ferme, s’inquiète-t-il, les personnes avec des troubles cognitifs devront aller en hôpital psychiatrique. »
Guy Pennec, maire socialiste de Plourin-lès-Morlaix (Finistère) avait supprimé le financement de personnels au chevet des résidents et un poste d’animateur en 2020 dans l’Ehpad communal, afin de réduire le déficit. Résultat : « On n’arrivait plus à doucher les gens une fois par semaine et les résidents s’ennuyaient dans leur fauteuil. » L’édile a préféré rétablir les animations et embaucher des agents… « Vous n’avez pas honte, monsieur le maire ? Une douche tous les quinze jours… Mais vous nous maltraitez ! », l’avait apostrophé Rolande P., 101 ans, une pensionnaire de l’établissement.
Lors du remaniement du gouvernement, le 20 juillet, Jean-Christophe Combe, ministre sortant des solidarités, avait confié son impuissance : « Je n’ai pas réussi à convaincre de la nécessité d’aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort dans l’adaptation de la société au vieillissement. » La proposition de loi « Bien vieillir » – dont l’examen prévu en juillet a été reporté – est « une priorité » de la nouvelle ministre Aurore Bergé. « Je souhaite que ce texte soit adopté par l’Assemblée nationale avant la fin de l’année », s’est-elle engagée dans Ouest-France, le 26 juillet. La proposition de loi du groupe Renaissance n’apporte toutefois pas de mesures structurelles pour prévenir une dégradation du fonctionnement des Ehpad. La crise qui les frappe met au défi Emmanuel Macron de ne plus tergiverser sur une réforme de leurs financements.