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Tout au long de l'année 1966, engagée pour la Paix et le désarmement, contre le Pouvoir personnel, et pour une démocratie véritable, notre fédération du Parti communiste s'opposait à l'implantation de la base de sous-marins atomiques de l'île Longue et organisait une mobilisation contre l'installation de la base, soutenant la lutte des habitants contre leur expropriation par le pouvoir gaulliste, dénonçant les chantages à l'indemnisation et la diversité dans ces indemnisations.
En témoignent ces articles du supplément à l'Humanité Dimanche, "Notre Finistère", sur plusieurs éditions de 1966, échos de la lutte menée par les communistes contre l'installation de la base sous-marine nucléaire de l'île Longue. On dénonce au passage les essais nucléaires au Sahara algérien.
Le Parti dénonce le caractère ruineux de la constitution d'une force de frappe nucléaire française qui alimente la surenchère dans la course à l'armement atomique. Il met en rapport les dépenses d'armement pour la constitution du force nucléaire et l'usage que l'on pourrait faire de cet argent pour améliorer les conditions de vie (écoles, logement, santé), y compris sur la presqu'île de Crozon, il y aurait beaucoup affaire pour améliorer l'habitat rural (70% des habitations à la campagne ont besoin d'être refaites ou profondément restaurées), l'aide à la construction des bateaux de pêche, la mise sur pied d'infrastructure de pêche industrielle, la constitution d'une voie de chemin de fer moins étroite et lente pour desservir la presqu'île de Crozon, l'aménagement de la presqu'île pour un meilleur accueil des touristes. Sur les conséquences économiques de l'installation de la base militaire, on mettait en avant l'impact sur la pêche, les coquilleurs: 50 bateaux au Fret et au Quelern qui employaient chacun à l'époque 5 ou 6 pêcheurs.
Venue des quatre coins de France, une délégation de maires, de responsables associatifs et de syndicalistes s’est rendue, fin juin, en Cisjordanie occupée à l’invitation de l’Association de jumelage des camps de réfugiés palestiniens avec les villes françaises.
Cisjordanie occupée, envoyée spéciale.
Se rendre en Palestine n’est jamais anodin. Y aller dans le cadre d’une délégation de l’Association pour le jumelage des camps de réfugiés palestiniens avec les villes françaises (AJPF) l’est sans doute encore moins.
Fin juin, une petite quarantaine d’élus, de responsables d’associations et d’organisations syndicales, venus des quatre coins de France, ont fait le voyage, à l’invitation de l’association créée en 1999 par le militant communiste Fernand Tuil et le Palestinien Ahmed Muhaisen, aujourd’hui disparus.
Si les deux tiers d’entre eux n’avaient jamais mis les pieds en Palestine occupée, tous y sont allés avec un objectif : faire vivre la solidarité concrètement et sur le terrain, porter haut les revendications de la reconnaissance d’un État palestinien et du droit au retour des réfugiés.
« J’imaginais que ce serait comme un voyage initiatique, et ça l’a été », confie Stéphane Buisine, conseiller municipal à Limay, jumelée depuis plus de vingt ans avec le camp de réfugiés de Shuafat. Avec Djamel Nedjar, maire communiste de cette ville des Yvelines, ils ont profité de leur passage en Palestine pour rencontrer le responsable du comité de résistance populaire de Shuafat.
Une séance de travail au cours de laquelle « on a beaucoup travaillé sur la question des déchets, de l’éducation et de l’intégration des femmes », détaille Stéphane Buisine. Pas de jumelage encore mais un premier voyage aussi, pour Carole Thomas. Élue à la solidarité à la mairie d’Alba-la-Romaine (Ardèche), elle mesure désormais « la réalité d’un système colonial, la toute-puissance de l’État israélien qui grignote le territoire palestinien ».
Si embarquer la population de sa ville dans un grand projet de coopération décentralisée lui semble pour l’instant prématuré, Carole Thomas assure que d’autres passerelles existent pour créer des liens de solidarité. Construire des projets d’échanges autour de l’archéologie en fait partie.
Lui aussi du voyage, Samy Charifi Alaoui a troqué, le temps d’une petite semaine, sa casquette de cheminot contre une bonne paire de baskets. Secrétaire général du secteur fédéral de la CGT cheminots de la région Paris-Est, il est « venu dans l’idée de (s)’engager dans une coopération avec un camp de réfugiés ». Mais les jours passant, les rencontres se faisant, les choses ne se sont pas passées comme prévu.
« À Masafer Yatta, quand je me suis assis dans cette petite école menacée de destruction, j’ai tout de suite eu la conviction très forte que c’était là que notre engagement serait utile », confie le syndicaliste. Dans cette zone semi-désertique du sud de la Cisjordanie, les populations de tradition bédouine subissent quotidiennement les assauts de la colonisation. Il lui fallait acter un engagement concret.
Et c’est sous la forme d’une prise en charge financière du salaire d’une dizaine d’animateurs qu’il s’est concrétisé. « Les gamins du coin étaient même privés de leur camp d’été. On a fait en sorte qu’il puisse avoir lieu », sourit Samy.
Dans le camp de réfugiés de Nur Shams, dans le gouvernorat de Tulkarem, c’est une tout autre ambiance qui attendait les élus de la petite ville armoricaine de Rostrenen. Hymnes nationaux, spectacle de danse traditionnelle, la signature officielle de l’accord de coopération s’est faite en grande pompe.
Un brin impressionné, Guillaume Robic explique que « la grandeur de la cérémonie est à la hauteur de l’espoir que suscite ce genre d’accord ». Le maire de Rostrenen n’en était pas à sa première visite en Palestine. Sur place, il a constaté l’aggravation des tensions. « Il y a ici un véritable apartheid, un colonialisme territorial doublé d’un impérialisme culturel qui laissent un sentiment très fort de colère et d’indignation. »
Yveline Le Briand ne le contredira pas. Première adjointe à la mairie de Grigny (Essonne), elle est venue officialiser une démarche de jumelage, entamée un an plus tôt par Philippe Rio, le maire communiste de sa ville, avec le camp de réfugiés d’Aïda, au nord de Bethléem. Sensibilisée à la cause palestinienne, Yveline concède que ce voyage a eu sur elle l’effet d’un électrochoc. « Savoir est une chose, mais le vivre, être témoin de ce traitement réservé aux Palestiniens dans le silence ahurissant de la communauté internationale, dépasse l’entendement », confie l’élue.
La montée en tension de la situation sur place, constatée par toutes celles et tous ceux qui connaissaient le terrain, va de pair avec l’extrême-droitisation du pouvoir israélien, explique Isabelle Tordjman-Tuil.
Elle qui vient « depuis trente ans en Palestine » a vu « la colonisation s’intensifier ». « Les populations palestinienne et israélienne sont de plus en plus isolées les unes des autres », déplore la militante. Avant de conclure, sans jamais se lasser, que « la paix se fera par les peuples ».
La maire communiste de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, a pris la présidence de l’Association pour le jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises (AJPF) en janvier dernier. Elle s'est rendue avec une délégation d'élus fin juin en Palestine
La maire communiste de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, a pris la présidence de l’Association pour le jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises (AJPF) en janvier. Charlotte Blandiot-Faride revient sur l’engagement de l’association auprès du peuple palestinien et interpelle directement le gouvernement français sur la situation.
Il n’y a pas meilleure façon de se rendre compte de la situation que d’y aller. Constater ce que subissent chaque jour les Palestiniens, ce que perpètrent une armée et un gouvernement colonial. L’AJPF s’est constituée, en complémentarité de beaucoup d’autres associations qui luttent pour les droits du peuple palestinien, avec une certitude : les liens tissés entre les peuples peuvent faire gagner la paix.
Alors que la question palestinienne a été reléguée au second rang des priorités internationales, que les médias dominants parlent peu et mal de ce conflit, envoyer sur place des élus de la République – mais pas que – permet de constater l’oppression, le mépris, la haine même qui s’abattent sur ce peuple dans le silence assourdissant de la communauté internationale, qui condamne, certes, de temps en temps, les actes du gouvernement et de l’armée israélienne, mais sans jamais prononcer de sanctions.
Pourtant, on l’a vu avec la guerre en Ukraine, elle a les moyens d’agir. En parallèle, lors de ces délégations, l’AJPF s’oblige à travailler avec un panel de partenaires locaux, responsables politiques palestiniens ou personnalités issues de la société civile – y compris israélienne. L’AJPF ne cherche pas à imposer un récit mais à opposer le réel aux préjugés.
Le but de notre association est avant tout de créer des réseaux, des liens privilégiés avec les camps de réfugiés palestiniens. Il appartient ensuite à chacun de développer des projets en fonction des besoins, des affinités, des capacités d’investissement. Ce lien de jumelage est d’abord politique. Nous militons pour la reconnaissance de l’État de Palestine et du droit au retour des réfugiés. Mais pas seulement.
Le jumelage ou la coopération décentralisée permettent également des échanges culturels, sportifs ou de solidarité. Soutien scolaire, formation d’animateurs socioculturels, financement de centres de santé, projets d’assainissement ou de traitement des déchets, accueil en vacances de jeunes Palestiniens… le panel d’actions possibles est large.
C’est grâce à cela que, par exemple, des jeunes Palestiniens du camp de Balata (dans les environs de Naplouse, au cœur de la Cisjordanie occupée – NDLR), ont pu, en se rendant à Mauléon (Deux-Sèvres), voir la mer pour la première fois.
Je suis allée en Palestine pour la première fois il y a dix ans, et j’y suis retournée quatre fois depuis. À tous les niveaux, la situation s’est largement durcie et profondément dégradée, y compris ces derniers mois. Depuis janvier, le nombre d’incursions israéliennes dans les camps et les villages palestiniens a explosé, avec plus de 200 Palestiniens tués en quelques mois à peine.
Il est particulièrement frappant de constater à quel point les colons agissent violemment, encore plus que l’armée parfois. Ils détruisent des maisons, incendient des terres agricoles et des véhicules, assassinent en toute impunité.
En face, le peuple palestinien fait preuve d’une immense résilience, mais, coupé géographiquement de ses voisins et ignoré de la communauté internationale, il ressent aussi une profonde lassitude, un véritable sentiment d’isolement.
Notre premier devoir est de rendre compte, clairement, de ce que nous avons constaté et vécu sur place. Il est évident qu’à chaque fois que la communauté internationale réagit sur la situation des Palestiniens, la réponse n’est pas à la hauteur du préjudice subi. L’ONU a reconnu à plusieurs reprises que l’État d’Israël bafouait le droit international.
Dans certaines villes palestiniennes, comme Hébron, les soldats, armés jusqu’aux dents, qui ont contrôlé plusieurs fois l’identité des membres de notre délégation et retenu pendant des heures nos accompagnateurs palestiniens sans raison, étaient franco-israéliens. C’est-à-dire que, là-bas, certains de nos compatriotes se sentent tout-puissants.
Les JC du Finistère a la fête de l'Huma. Photo de la fête de l'humanité 1965 sur le stand du Finistère des jeunesses communistes avec une centaine de camarades de la JC. Préparation de la fête de l'humanité 1966 les 10 et 11 septembre sur Vincennes avec Gilbert Bécaud, Johnny Halliday, Mireille Mathieu, Hugues Auffray. Humanite-Dimanche, 7 août 1966. Supplément Notre Finistère.
L'Humanite-Dimanche, 13 septembre 1964, premier bilan de la fête de l'Humanite pour le stand des Jeunesses communistes du Finistère tenus par "50 jeunes, plein de dynamisme, ne rechignent pas à la besogne malgré la fatigue du voyage". 14 nouveaux adhérents au PCF parmi ces jeunes communistes, dans la promotion Maurice Thorez, dont beaucoup de filles...
Archives du PCF Finistère - fête de l'Humanite 1966. La fédération du Finistère avait 6 stands a Vincennes: Le stand de la fédération tenu par les sections de Concarneau et Saint-Pol-de-Leon, la section de Brest-centre, de Brest-Arsenal, de Kerhuon, de l'Union des Jeunesses Communistes, et de l'union des femmes françaises. Supplément de L'Humanite-Dimanche - Notre Finistère - 18 septembre 1966
Bretagne nouvelle - journal des fédérations communistes de Bretagne - 11 août 1968: Bretagne Nouvelle... 11 août 1968, photo du stand de la federation PCF Finistère de la fête de l'humanité de Vincennes... On invite les sections a s'emparer de l'exemple des initiatives de la section de Saint-Pol-de-Leon qui confectionne des poupées, des cartes postales, décore des coquillages vendus à la fête de l'humanité.
En parcourant le magazine "Notre Finistère", supplément à l'Humanité-Dimanche paraissant toutes les semaines, sur les années 1960 (recensement principalement sur les années 1964, 1966 et 1967), on réalise combien la vie de la fédération du Parti communiste français du Finistère, comme certainement partout dans les autres départements français, était riche sur ces années-là en évènements festifs communistes, témoignant de l'implantation locale et populaire exceptionnelle du Parti communiste et d'un apport militant tout aussi exceptionnel, avec un volontarisme, une politique financière ambitieuse, et une volonté d'inscrire la présence communiste dans la vie quotidienne des militants et sympathisants.
A cette époque, le secrétaire départemental était Louis Le Roux et la fédération était située au 87 rue de Glasgow à Brest. Plus d'une vingtaine de fêtes communistes étaient organisés tout au long de l'année, et les finistériens avaient 6 stands à la fête de l'Humanité de région parisienne. Aux cantonales de 1967, les communistes pèsent environ 20% des voix exprimées dans le Finistère (progression de 5,77% depuis 1961), loin devant les socialistes sous leurs différentes affiliations et les radicaux, même si la droite reste majoritaire dans le département (le PCF est le premier parti en nombre de voix, dépassant le Centre Démocrate-MRP). Près d'un électeur sur cinq accorde sa confiance au Parti communiste dans le Finistère en mars 1967.
En 1967, la fédération vise 500 nouvelles adhésions dans l'année (L'Humanité Dimanche du 2 avril 1967, supplément "Notre Finistère": le Parti revendique rien qu'en avril 265 adhésions nouvelles, et 190 nouveaux adhérents dès le 31 janvier 1967, avec la création notamment de 6 nouvelles cellules). Nul doute que les fêtes sont un bon moyen de doper les adhésions et de renforcer le parti et son ancrage populaire.
Il y eut en 1966 le gros coup de la relance de la fête de la Bretagne à Concarneau.
C'était la fête fédérale du Parti communiste, largement ouverte à la population. La première édition de la fête de la Bretagne a été inaugurée par Marcel Cachin en 1937, au Petit château à Concarneau.
En 1964, cette fête avait lieu à Quimper la grande fête champêtre de "La Bretagne" au bois du Seminaire les 4 et 5 juillet, avec la vedette Colette Déréal, les acrobates Alio et Alia. La section du PCF Concarneau tenait son restaurant cette année-là sous les Halles de Quimper. Des milliers de vignettes étaient placées. C'était Roger Garaudy qui faisait le discours. 3000 personnes y ont participé au bois du Séminaire (L'Humanité-Dimanche, Notre Finistère, 12 juillet 1964), et 6000 vignettes avaient été placées dans tout le département du Finistère. 13 adhésions y ont été réalisés en 1964, s'ajoutant aux 466 adhésions depuis le 1er janvier 1964 (dont 300 nouveaux adhérents de moins de 30 ans).
A la fête de la Bretagne de Concarneau, de 1966, on pouvait y gagner un mouton mis à la loterie par les camarades de Châteaulin, boire du chouchen chez nos amis de Rosporden, tenter "le petit train de la chance" chez les camarades de Morlaix. 300 repas étaient servis par les camarades de Quimper. Le mouvement de la paix présentait une exposition "Paix au Vietnam". 200 000 francs de vente ont été réalisés en août 1937 sur les livres et les disques. Pour le meeting de Jacques Denis, membre du Comité national, le propos était centré sur l'agression américaine au Vietnam, et la condamnation de la guerre israélienne au Moyen-Orient. 14 adhésions étaient réalisées à la fête de 1967. Une voiture Simca 1000 Luxe était à gagner à la souscription départementale du Parti communiste. Le programme artistique de la fête de la Bretagne le 6 août 1967, c'était: des sketchs bretons avec A. Trevidic et M. Youinou, les acrobaties aériennes des Gamby's, le numero comique de Los Juanito, et les 4 barbus. Des départs en car avaient lieu pour la fête de la Bretagne à Concarneau depuis Châteaulin, Morlaix, Quimper, Le Relecq-Kerhuon, la Forêt-Fouesnant, Brest, Douarnenez, Loctudy, Pont L'Abbé.
En 1966, c'était André Stil qui faisait le discours de la fête de la Bretagne à Concarneau, et Jean-Claude Annoux, vedette de la chanson et du disque, qui assurait le concert, en plus des danses bretonnes des Danseurs de l'Arguenon. Le spectacle avait lieu en ville close le dimanche. Tandis que le samedi il y avait, toujours dans la ville close, des luttes bretonnes et des spectacles de danse de haute-Bretagne, tout cela organisé par le PCF dans la ville close illuminée. Des promenades en mer étaient proposées.
Rien qu'à Brest, les billets de car pour la fête de la Bretagne étaient vendus dans 12 bars-tabacs ou restaurants différents
La fête du PCF de Douarnenez et de son journal "Le douarneniste" avait lieu en mai, le 8 mai pour l'année 1966 au stade Lesteven, sous le patronage de "Ricard". Les cellules étaient au travail: Ploaré annonçait 6 stands, Tréboul comptait en avoir autant, et les jeunesses communistes annonçaient leur participation. En 1967, la fête du PCF Douarnenez a lieu le 1er mai.
Le deuxième week-end de mai, c'était la fête de section du PCF Concarneau, dans le cadre traditionnel du "Petit château" au bord de la ville close. En 1967, on y invitait l'accordéoniste champion de France Robert Restout, Jeanine Pascal, vedette de la chanson, animatrice de l'ORTF, Lydie Gislais, équilibriste et jongleuse, l'illusionniste du Palais Berlitz à Paris, le Professeur Jan's, et enfin les clowns burlesques Pédro et Gusti.
En juin, il y avait la fête du "Travailleur Relecquois": en 1966, c'est déjà la 4ème édition de la kermesse le dimanche 19 juin. Plusieurs centaines de personnes y participent. Claude Stephan y représente la fédération. Le Maire du Relecq-Kerhuon et plusieurs conseillers municipaux sont de la partie.
A Quimper, les camarades communistes participaient à la fête des Gueux de la CGT dans le quartier de Kerogan (le 19 juin en 1966)
A Brest, les Samedi 2 et Dimanche 3 juillet 1966 a lieu la Fête de l'Huma-Dimanche organisée par les sections de Brest du Parti communiste sur le terrain du P.L Guerin à Kerigonan. Le Samedi 2 juillet a lieu un bal populaire et le dimanche 3 juillet, le matin, un concours de pétanque, de coinchée, et de jeux pour enfants, tandis que l'après-midi c'est le cabaret et l'allocution de François Echardour, membre du bureau fédéral du PCF Finistère. En 1967, la fête des sections du Parti communiste de Brest a lieu à Sainte-Anne-du-Portzic le dimanche 9 juillet. Elle est présentée comme une "grande fête champêtre". Au programme, les célèbres clowns Jo et Pastis, une exposition sur les personnages de Vaillant, l'allocution de Louis Le Roux, secrétaire fédéral.
En juillet, c'était le pique-nique de la jeunesse de l'Union des Jeunes Filles de France sur la côte d'Argenton-Porspoder. Yvonne Lagadec prenait les inscriptions pour le 12 juillet 1964. Un car partait de différents quartiers brestois.
A Guimaëc, c'est la fête des Jeunes agriculteurs sympathisants communistes (U.J.A.F) qui avaient lieu l'été.
Le 16 juillet 1967, ce sont les communistes de Kernevel qui organisent un tournoi de boules.
Le 23 juillet 1967, des fêtes du Parti communiste ont lieu à Tregunc (à Poul Dohan), avec Louis Le Roux, à Tregourez (terrain des sports), avec Roger Priol, à Berrien, avec Alphonse Penven.
Une fête plus importante encore a lieu le 23 juillet 1967 à Bénodet, la fête du Letty, la 11ème fête consécutive du Parti communiste, dans un cadre magnifique: au programme, jeux nautiques, mat d'eau, lâchers de canards, concours de tirs à la corde et boul ten, stands divers, frites, buvette, etc.
En 1964, la Fête de la Terre avait lie à Berrien, organisée par la section PCF en présence d'Alphonse Penven avec le spectacle de variétés, le fantaisiste Roberto, Gérardy, acrobate équilibriste des scènes parisiennes, Serge Tati, Champion de France d'harmonica, Jeanine Pascal, chanteuse réaliste, suivie d'une grande soirée bretonne, avec biniou, accordéon de Tromeus, et gavotte.
Le 26 juillet 1964, c'était la section de la forêt-Fouesnant qui organisait le dimanche un concours de boul-ten à la cale puis proposait des balades en mer dans la vedette "Sylvie Didier" qui fait visiter criques et plages.
Au mois d'août, les sections du Parti communiste organisaient au moins 10 fêtes dans le Finistère en comptant la Fête de la Bretagne de Concarneau.
En 1964: Le 2 août 1964, il y avait une fête de la Terre à Leuhan (700 personnes y participent). Et le même jour, également, une fête du PCF à la plage de Trescao en Trévignon, Tregunc, avec kermesse. Le 2 août 1964 toujours, la section de Pont-L'Abbé organise sa fête au Bois Saint-Laurent à Pont L'Abbé avec Françoise Quai, chanteuse réaliste, Les Drack's, acrobates burlesques, Serge Tatty, harmoniciste, Les Smoll Job's, trio comique, Ciprien, le clochard malchanceux, suivi d'un bal champêtre avec les "Santor", l'humoriste Gaston Grey, et d'une allocution de Gabriel Paul, ancien député du Finistère, membre du bureau fédéral. 700 personnes participèrent à la fête de Pont L'Abbé du PCF en 1964.
Le 9 août 1964, il y avait des fêtes du PCF à Lesconil, à Scrignac (avec concours de twist et une voiture R 8 à gagner à la souscription fédérale) à Doelan (organisée par la section de Quimperlé), et à Santec, sur la plage du Dossen, à l'initiative de la section de Saint-Pol de Léon. Le 15 août, les fêtes du PCF était au Guilvinec (château de Kergos, ou de Ker Goz, avec clowns, acrobates, chanteuse, harmoniste, grand bal populaire avec "Les Santors"), le dimanche 16 août à Lesconil, à Benodet, à Huelgoat, et le 23 août à Guimaëc (fête de la terre en présence d'Alphonse Penven, conseiller général et maire de Huelgoat et à Audierne.
Parallèlement, les jeunes communistes organisent les loisirs nautiques de la jeunesse populaire, le droit aux vacances et aux loisirs pour tous, au centre nautique L.V.J d'Audierne (175 stagiaires en 1964, soit 2500 journées d'hébergement en tout), le camping se faisant à Esquibien.
En 1966 et 1967:
- à Carhaix: fête de section Route de Plounévezel (au Petit-Carhaix, sur les bords de l'Hières). Voici la couverture de cette fête dans "Notre Finistère" (supplément à l'Humanité Dimanche) le 18 septembre 1966: "Il y avait une forte affluence à la fête populaire du 11 septembre, organisée par la section de Carhaix de notre parti, de la gaieté, et une franche camaraderie qui faisait penser à une grande fête de famille. Du casse-boîtes au tir à la carabine, du tiercé de cobayes aux canards aux anneaux, des loteries à la pêche à la ligne et au lapineaudrome, il y avait pour les petits et les grands de saines distractions. Une bonne équipe de plongeurs sur la rivière rattrapaient les canards à bout de souffle au grand amusement d'une galerie amassée sur la berge. Autour de la buvette les conversations allaient bon train et le Café-crêpes fit le délice des mamans et de leurs enfants.
- à Scrignac au terrain de sports, fête de la Terre: Concours de danse bretonne et allocution d'Alphonse Penven, conseiller général communiste, et candidat aux législatives de 1966. La fête se termine tard dans la nuit par un fest noz où les amateurs de gavotte de tous les âges, et en nombre impressionnant, s'en donnent à cœur joie (L'Humanité Dimanche, Notre Finistère, 21 août 1966).
- à Lesconil, sur le port: Allocution de Marcel Paul, ancien ministre, ancien déporté, créateur d'EDF ) la libération. En 1966, c'est la 3e année consécutive que la fête du Travailleur de la Mer a lieu, réunissant des milliers de participants. Stand de dégustation de poissons et de moules, loterie de plantes vertes qui dévalisée en quelques heures, loterie Toto avec 1000 lots garnissant les étagères, pêche à la ligne, tir à la carabine, allocution de Jacques Denis du Comité Central, présenté par Julien Faou, secrétaire de section, évoquant les problèmes de la pêche artisanale menacée dans son existence comme ceux de la guerre du Vietnam. En 1966 toujours, Roger Le Hyaric, ancien responsable résistant FTPF en Bretagne, dédicaçait son œuvre "Les patriotes de Bretagne". Les camarades proposent aussi des promenades en mer à bord de chalutiers appartenant à des pêcheurs communistes ou sympathisants. En 1967, "Notre Finistère", le supplément à L'Humanité Dimanche, parle d'un "Magnifique succès de la "fête du Travailleur de la Mer" de Lesconil: 100 000 francs de livres ont été vendus, 50 000 francs ont pu être collectés pour soutenir la lutte du peuple vietnamien. Jean Le Brun, maire du Guilvinec, et Marcel Paul, montèrent en tribune, tous deux anciens résistants et déportés survivants de Buchenwald, avec E. Faou, secrétaire de section.
- au Guilvinec, au vieux château de Ker Goz en présence du clown Jo: Allocution de Marcel Paul, ancien ministre, ancien déporté, créateur d'EDF ) la libération
- à Crozon, plage de l'aber à Tal ar Groas, fête de la section PCF de Crozon avec une allocution de Gaby Paul, ancien député et dirigeant du PCF finistérien. Promenades en mer et stands variés.
- la fête des cellules du canton de Plouigneau. En 1966, la fête de la terre du canton de Plouigneau eut lieu à Plouigneau, le 21 août: "un millier de personnes se relayèrent devant les nombreux stands: buvette, loterie, casse-boîtes, pêche à la ligne, jeu de massacre, boules, le "lapinodrome et ces vendeurs de charmes", l'enfonce-clous, le café-crêpes "sans oublier le petit train des cheminots de Morlaix. "Malgré le beau temps favorable à la moisson, les cultivateurs étaient nombreux, et ils furent particulièrement intéressés par l'exposé que fit notre camarade Pierre Jaouen, représentant le journal "La Terre", sur les conséquences funestes de la politique gaulliste pour les populations rurales, en particulier, et sur les solutions que propose le parti" (L'Humanité Dimanche, Notre Finistère, 28 août 1966). En 1967, la fête de la terre du canton de Plouigneau eut lieu à Botsorhel.
- à Huelgoat, pour la Fête populaire du quartier de Kervao, organisée par la section PCF sous le patronage de "La Terre" (chants et danses bretonnes, stands, loterie, fête de nuit: gavotte, etc).
- à Scaër, pour la fête des sections de Scaër et Rosporden, à Toul ar c'hoat, en forêt de Coat Loch. Des centaines de personnes participent à la fête l'après-midi le 21 août 1966: tournoi de boules, tir à la carabine, tirs à la corde, loteries, spectacle du "fantaisiste" Gaston Grey, et son gag sur le paysan de Kerlouan. A la tribune Jeanne Furic, secrétaire de section de Scaër, Pierre Salaun, maire de Scaër, René Nicolas, maire de Kernevel, Michel Le Goff et Hyacinthe Le Doeuff, secrétaires des sections de Rosporden et Bannalec, Claude Stephan, du secrétariat fédéral, et Michel Mazéas, membre du bureau fédéral, qui prononça une allocution contre la guerre au Vietnam et pour une politique de Paix.
Pour la fête de l'Humanité de Vincennes, en 1966, la fédération avait 6 stands en septembre: fête de l'Humanite 1966. Le stand de la fédération était tenu par les sections de Concarneau et Saint-Pol-de-Léon/Roscoff, il y avait aussi des stands spécifiques pour la section de Brest-centre, de Brest-Arsenal, celle du Relecq-Kerhuon, celle de l'Union des Jeunesses Communistes, et celle de l'union des femmes françaises (Supplément de L'Humanite-Dimanche - Notre Finistère - 18 septembre 1966). En 1966, 15 barriques de 200 litres de cidre avaient été écoulés à Paris par les camarades du Finistère. Dans les stands, on trouvait des crêpes, des huîtres, des porte-clefs aux couleurs de la Bretagne, des coquillages décorés à la main, des jolies poupées bretonnes. En 1964, le stand du Finistère (33 mètres de façade) était tenu par les camarades des sections de Brest, Roscoff, et Kerhuon. Il proposait du cidre, du lambic, du chouchen, et des poupées bretonnes à acheter en même temps que des beaux coquillages de bord de mer.
A la fête de l'humanité 1965, sur le stand du Finistère des jeunesses communistes, une centaine de camarades de la JC étaient présents. Un an plus tôt, à la fête de l'Humanité, 1964, ils étaient "50 jeunes, plein de dynamisme, ne rechignant pas à la besogne malgré la fatigue du voyage". Cette année-là, selon "Notre Finistère", il y avait eu parmi ces jeunes 14 nouveaux adhérents au PCF parmi ces jeunes communistes, dans la promotion Maurice Thorez, dont beaucoup de filles...
A la fête de l'humanité 1966, les 10 et 11 septembre sur Vincennes, avec Gilbert Bécaud, Johnny Halliday, Mireille Mathieu, Hugues Auffray, un car partait de Concarneau (avec passage à Quimper, Rosporden, Scaër, Bannalec, 60 francs aller-retour), un autre de Brest, et un autre spécifique aux Jeunesses communistes, depuis Brest.
Au mois de septembre:
Les cellules communes de Brest (cellules Ropars, Peri, et des cheminots) organisent une fête au foyer laïque de Saint-Marc le weed-end des 19 et 20 septembre 1964 avec bal populaire, concours de chants présenté par le fantaisiste Georges Gaston Crey
le dimanche 25 septembre 1966, la fête du Parti communiste à Morlaix est prévue en extérieur à la Madeleine (ou bien sous les Halles en cas de mauvais temps) avec une souscription pour l'achat de la maison du parti à Morlaix (à l'époque il s'agit du rez-de-chaussée de l'immeuble situé 5 rue Haute à Morlaix, acquis en septembre 1966), et un meeting d'Alphonse Penven. Finalement le soleil est présent et 300 personnes participent à la fête champêtre sur le terrain de la Madeleine.
En 1966, c'était la 2ème fête du Viaduc. Au programme: radio-crochet, course en sac, match de balai-ball, jeux de palais, course humoristique de vélos pour enfants, stand littéraire de Andrée Moat qui présentait de la littérature marxiste et socialiste. Michel Derrien, secrétaire de section de Morlaix, fit le discours.
I.Dupont.
Stéphane Audouin-Rouzeau est connu pour être un historien important de la Guerre 14-18. Il dirige le Centre international de recherche de l'Historial de la Grande guerre Péronne, dans la Somme, un musée qu'il a contribué à penser au cœur des lieux de mémoire d'une bataille de tranchées effroyable qui fit près de 1,5 millions de morts en quelques mois. Il a dirigé l'excellente Encyclopédie de la Grande Guerre avec Jean-Jacques Becker (publiée en poche chez Fleurus en deux tomes). Pratiquant une histoire s'intéressant aux représentations et motivations des acteurs, et partant d'elles, il travaille spécifiquement sur la guerre vécue par le soldat et les civils sur les zones de combat, sur les pratiques concrètes du combat et de la mise à mort, sur les actes de cruauté dans la guerre, et les affects et sentiments animant soldats et civils pendant la guerre. Une de ses thèses connues et alimentant la controverse de la communauté historienne est celle de l'existence d'un consentement à la violence extrême dans les sociétés de la première guerre mondiale, effet de la propagande mais aussi du patriotisme ou du sentiment national, de la volonté de revanche, et d'autres facteurs propres à la psychologie du combat militaire. Cet historien du fait guerrier a travaillé sur le deuil des "veuves de guerre", mères, filles, sœurs de soldats, sur le viol de guerre, sur la guerre vécue par les enfants. Il a publié au Seuil un très beau texte sur la guerre de ses grands-parents, et les traces qu'elle a eu dans l'histoire familiale et sa propre éducation: "Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014)". Tout dernièrement, il publie un passionnant livre d'entretien avec l'historien Hervé Mazurel, "La part d'ombre. Le risque oublié de la guerre", où il expose la genèse, l'évolution et les intentions de son travail historique, centré sur la guerre, un fait culturel et humain majeur dont la société française s'est éloigné psychologiquement depuis la fin de la guerre d'Algérie, jusqu'à ne plus forcément avec les clefs pour le comprendre alors que c'est le quotidien de nombreux peuples du monde encore aujourd'hui. Stéphane Audouin-Rouzeau y écrit notamment à propos de l'approche historienne de la guerre:
" De longue, de très longue date, les pratiques de la violence se sont vues délaissées: celles qui se déploient sur les champs de bataille comme celles dont sont victimes les populations désarmées. Oui, ce qui fait défaut à toute une tradition d'histoire de la guerre - et donc, souvent, à toute une histoire de la guerre "traditionnelle", telle qu'elle s'énonce parfois encore, c'est la présence de ceux qui combattent, tout comme de ceux qui ne combattent pas. Manquent leurs corps, leur psyché, leurs gestuelles, leur manière de se conduire et d'agir dans l'univers de la violence produit par ce temps spécifique, irréductible à tout autre, que créé inéluctablement le fait guerrier".
Stéphane Audouin-Rouzeau alimente de nouvelles perspectives sur l'histoire à se livrant à une forme de travail anthropologique sur la guerre auquel nous ramène notamment les rites de la violence extrême, déshumanisante, contre l'ennemi.
En 2008, Stéphane Audouin-Rouzeau, après trois décennies d'un parcours de recherche sur les violences d'une guerre mondiale matricielle pour comprendre le XXe siècle, est "saisi", presque malgré lui, par un "nouvel objet", qu'il découvre tardivement et qui le transforme en même temps qu'il le bouleverse: le génocide dont ont été victimes les tutsis du Rwanda (entre 800 000 et 1 million de morts en 4 mois, d'avril à juillet 1994).
Un génocide organisé et préparé par les ultras du parti au pouvoir depuis plusieurs mois, un génocide préparé aussi par des décennies de violences et de discours racistes (des persécutions contre les tutsis avaient déjà eu lieu avec des massacres en 1959, 1962, 1963, 1992) nourris par le colonialisme belge et français, mais aussi un génocide de "voisins", où les coupables de meurtres et atrocités sont presque aussi nombreux que les victimes. Au moment où ce génocide est advenu, après le 7 avril 1994 et l'explosion du président Habyarimana, au moment de la guerre en ex-Yougoslavie et en Bosnie, Stéphane Audouin Rouzeau, comme beaucoup de Français, n'a pas saisi l'ampleur et la signification de ce qui se passait. Il estime même qu'il a été au fond quasi indifférent à ce qui était interprété comme des violences relavant d'un fond de haine interethnique ancestrale.
C'est en suivant une doctorante à une semaine commémorative du génocide au Rwanda en avril 2008, 14 ans après le génocide, que Stéphane Audouin Rouzeau va vraiment découvrir ce génocide et ce qu'il représente vraiment, mais aussi le poids des responsabilités politiques françaises et internationales dans le processus génocidaire, et l'ampleur de la désinformation dont les citoyens français ont été victimes à l'époque. Cette découverte du génocide rwandais va amener cet historien pour la première fois à s'engager publiquement, comme citoyen, en rappelant des responsabilités politiques et militaires françaises, en dénonçant les discours de déni (ceux des cercles mitterrandiens, notamment, Védrine au premier chef, mais aussi de la droite qui gouvernait dans un gouvernement de cohabitation avec le président - Juppé, Balladur- et d'une partie de l'état-major impliqué dans le soutien militaire au pouvoir hutu, devenu génocidaire) et la nécessité de les reconnaître aujourd'hui, et en témoignant au procès de génocidaires en s'appuyant sur la somme de connaissances accumulées sur le génocide et ses responsabilités.
Dans "Une initiation", Stéphane Audouin-Rouzeau pose des questions plus qu'il n'assène des réponses définitives. Des questions sur le pourquoi de son propre aveuglement et de celui de la société française et de la communauté internationale en général. Sur la nature exacte des responsabilités de François Mitterrand et de ses cellules de politique africaine, sur l'implication, avant le génocide et contre le FPR tutsi de Paul Kagamé, de l'armée française auprès des officiers hutus qui vont participer au génocide d'avril à juillet, sur les buts et les crimes de non assistance à personnes en danger de l'opération turquoise. "Une initiation" nous confronte aux questions les plus radicales sur l'état d'esprit des hutus génocidaires pendant les massacres, les tortures, les viols. Et sur le trauma et le travail de reconstruction des victimes rescapées et de l'ensemble d'une société confrontée à un épisode d'extrême-violence subie et pratiquée. Par petites touches, portraits et témoignages de survivants, Stéphane Audoin-Rouzeau nous laisse entrevoir l'abominable comme les lueurs d'espoir de rescapés parvenant à revivre avec ça malgré tout.
Stéphane Audoin-Rouzeau ne cherche pas à charger la barque déjà bien pesante des responsabilités françaises mais il expose néanmoins quelques vérités factuelles incontestables aujourd'hui:
"il est désormais généralement admis que la France s'est compromise avec un régime qui préparait un massacre de masse dont elle ne pouvait ignorer les signes précurseurs, que l'aide militaire apportée dans la guerre contre le FPR à dater du 1er octobre 1990 - aide dont le principe était d'ailleurs hautement discutable - a dépassé largement cette dimension stratégique pour contribuer à l'armement et l'entraînement de forces dirigées contre l'ennemi intérieur tutsi (une population civile désarmée, en fait), que la diplomatie française a fermé les yeux sur les massacres de grande ampleur qui, depuis le début de la guerre en 1990, visaient périodiquement les Tutsi du pays. Il est non moins certain que, lors du grand exode vers le Zaïre qui a suivi la défaite des Forces armées rwandaises (FAR) au mois de juillet, les forces de Turquoise ont laissé passer tous les responsables du génocide sans chercher à les arrêter; il semble même avéré que la France a continué de les ravitailler dans les camps zaïrois sur lesquels ils avaient la main. Il est enfin assez clair qu'entre 1990 et 1994, les plus hauts responsables de l’État - François Mitterrand au premier chef, ainsi que son entourage immédiat à l’Élysée - portent une part de responsabilité déterminante dans de tels errements, prolongés avec obstination: des documents dont on peut avoir connaissance émane en tout cas une impression accablante de myopie politique et d'inconscience". Quant à l'opération Turquoise, déclenchée sur la base de la résolution 929 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, datée du 22 juin 1994, soit après la mort de l'immense majorité des tutsis massacrés pendant le génocide, elle devait se traduire par la création d'une zone humanitaire sûre au sud-ouest du Rwanda, mais elle a abandonné des rescapés tutsis à d'autres massacres (à Biserero du 27 au 30 juin), elle a pu protéger la fuite de génocidaires hutus, et, toujours dans une forme de co-belligérance voulue par la France mais pas dans le mandat de l'ONU, s'avérer au moins au début, jusqu'au 30 juin, principalement dirigée contre la progression du FPR, qui va s'emparer de Kigali le 4 juillet 1994. De témoignages parlent même de viols pratiqués par des soldats français, de manière isolée ou en petits groupes, sur des rescapées tutsies.
Dans ce livre, la lumière de la raison et l'effort de compréhension se heurte en permanence à son opposé - l'expérience (imaginée, déduite, à demi racontée par des témoins, car en grande partie non transmissible, ce qu'il y a de plus barbare et horrible chez l'homme - sans chercher à se voiler la face.
La modestie et l'humanité de l'approche de Stéphane Audoin-Rouzeau qui met l'expérience et la parole des rescapés au centre du récit, et raconte le génocide en même temps que le déplacement, les contradictions et la fabrique de la mémoire, ses aspects politiques, sont à noter dans ce livre utile et nécessaire, dont des cartes et une chronologie très bien faites en annexe aident à mieux comprendre l'enchaînement monstrueux du génocide.
Ismaël Dupont
ROUGE POHER
RUZ POHER
Journal de la section du Parti Communiste de Carhaix-Huelgoat
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Samedi 9 septembre à Carhaix Banquet des Jours Heureux
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Dans le prolongement des élections Présidentielles et Législatives, après le fort mouvement social de cette année 2023 et pour une rentrée combative, la section du PCF de Carhaix-Huelgoat organise
un banquet fraternel
le 9 septembre 2023 à midi
aux Halles de Carhaix – Place des Droits de l’Homme.
12 heures : Apéritif suivi d’un repas (Couscous-Fromage-Dessert)
Erik Marchand et son groupe assureront la partie musicale.
Une participation de 15 euros pour les adultes et 8 euros pour les enfants vous sera demandée.
Cette initiative vous intéresse, n’hésitez pas à en parler autour de vous et à inviter les personnes de votre entourage à y participer.
En espérant que vous serez des nôtres, bien cordialement
La section de Carhaix du PCF Carhaix-Huelgoat
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Pour des questions d’intendance, merci de confirmer votre participation au plus tard le 2 septembre 2023 : Par courriel: pcfcarhaixhuelgoat@gmail.com |
L’avocat Michael Sfard explique les buts recherchés par la coalition gouvernementale avec ce qu’il appelle une « révolution judiciaire ». Pour lui, celle-ci est totalement liée aux territoires occupés en Cisjordanie. Il relève que les Palestiniens subiront durement cette réforme.
Tel-Aviv (Israël), envoyé spécial.
Avec le Mur et la Porte (Zulma, 2020), l’avocat israélien Michael Sfard nous plongeait dans cinquante ans de lutte juridique pour le respect des droits des Palestiniens dans les territoires occupés.
Il chroniquait le combat mené par les avocats et les organisations humanitaires devant la Cour suprême d’Israël. Aujourd’hui, il intervient régulièrement pour s’opposer à la réforme judiciaire voulue par Benyamin Netanyahou et sa coalition d’extrême droite, réforme qu’il lie à l’occupation.
Plusieurs lois pourraient changer le système constitutionnel israélien. Pour l’instant, ils en ont voté une. Mais c’est seulement la première d’une longue série. Que veulent-ils réformer en réalité ? C’est très simple. Le pouvoir. Ils veulent consolider tout le pouvoir du gouvernement et de l’exécutif et, pour cela, abolir n’importe quel type de contrôle qui les empêcherait de faire ce qu’ils veulent.
Il faut noter que les partis qui composent la coalition ont des intérêts différents. Netanyahou lui-même veut être en mesure de sortir du procès en cours mené contre lui, en contrôlant les poursuites. Ceux du Likoud, son parti, entendent pouvoir engager des amis, des membres de leurs familles, des proches, des adhérents de leur cercle politique et de les placer à toutes sortes de postes dans l’administration. C’est quelque chose qu’il n’est pas possible de faire librement si l’autorité judiciaire a son mot à dire sur de telles nominations.
Ensuite, il y a les ultraorthodoxes, qui se battent depuis des décennies pour obtenir une exemption définitive du service militaire et d’autres lois qui iraient dans leur sens sans que la Haute Cour de justice puisse s’y opposer.
Enfin, il y a les colons. Ils sont probablement la partie la plus importante de la coalition actuelle, son élément le plus radical. Le courant dominant parmi les colons est maintenant au pouvoir. Dans le passé, le mouvement des colons était conservateur.
Il croyait à des changements graduels qui n’allaient pas trop faire gîter le bateau. La nouvelle génération de colons, représentée par Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir (respectivement ministre des Finances et ministre de la Sécurité nationale – NDLR), n’est pas conservatrice. Elle veut tout, maintenant.
Et le système judiciaire israélien, même s’il est collaborateur de l’entreprise coloniale, fournit néanmoins des règles permettant de ralentir l’accaparement de terres et la construction des colonies. Et l’intérêt des colons dans cette révolution judiciaire est d’assurer que les cours de justice et les conseillers juridiques des ministères ne ralentissent pas ce processus.
Il est assez étonnant, en effet, de voir que le débat public se concentre sur la façon dont l’annonce de l’annulation de la doctrine de la « raisonnabilité » (qui permet à la Cour suprême de juger du caractère « raisonnable » d’une loi – NDLR) affecte les Israéliens et leurs droits. Le mouvement de protestation est le fait d’Israéliens qui sont allés dans les rues pour défendre leurs propres droits, pas pour défendre les droits des autres.
C’est très triste de le constater, mais c’est quelque chose qui est vrai pour tout collectif, pas seulement pour les Israéliens. Il n’est pas étonnant que, parmi ces Israéliens, les points de vue sur le conflit israélo-palestinien diffèrent.
Je pense que cette révolution judiciaire et le danger de création d’une dictature en Israël sont un génie sorti d’une bouteille sur laquelle on peut lire « made in occupation ». Si nous ne tenons pas compte de l’occupation et si nous ne luttons pas pour en finir avec elle, Israël ne sera jamais une démocratie. Nous n’avons jamais eu la démocratie et Israël ne sera jamais une démocratie dans ces conditions.
Il n’y a pas de démocratie qui contrôle les vies de millions de gens pendant des générations avec des populations qui n’ont pas de droits civils et politiques ni de représentation au gouvernement. L’un des défis du bloc antioccupation à l’intérieur du mouvement de protestation est de relier tous les points soulevés et de convaincre les Israéliens qui sont contre cette « révolution » menée par la coalition au pouvoir et résistent que tout est connecté à l’occupation.
Un autre secteur existe, en effet. Il englobe des millions de personnes qui ne sont pas israéliennes. Elles n’ont pas de droits politiques et civils du tout. Elles n’ont pas d’outils à leur disposition comme les Israéliens pour combattre n’importe quel type de violation de leurs droits. Ces millions de personnes sont les Palestiniens qui vivent dans les territoires occupés, principalement en Cisjordanie. Et l’unique chose qui pourrait les protéger d’une violation arbitraire de leurs droits, c’est l’examen judiciaire.
Dans une étude publiée ce lundi 14 août sur leur compte X, le syndicat étudiant Unef a révélé une augmentation du coût de la vie étudiante à hauteur de 6,47 %. Pour Flavie Quilan-Lacour, présidente de la branche picarde du syndicat, le problème n’est pas nouveau, il fait craindre une dégradation des conditions de vie pour les étudiants.
Transport, alimentation, énergie… Plusieurs secteurs dont les frais sont en hausse devraient impacter le porte-monnaie des étudiants français à la rentrée, c’est ce qu’indique une étude du syndicat étudiant Unef publiée sur leur compte X, ce lundi. Entre inflation et manque d’action du gouvernement, la précarité étudiante ne fait que croître depuis plusieurs années.
Malgré l’annonce du gouvernement de revaloriser le montant des bourses étudiantes à hauteur de plus de 500 millions d’euros, « jamais, en 19 ans d’enquête de l’Unef, l’évolution du coût de la vie étudiante n’avait atteint de tels sommets », s’indigne l’Union nationale des étudiants de France.
Contactée par l’Humanité, la présidente de l’Unef Picardie, Flavie Quilan-Lacour, dresse un constat aussi prévisible qu’alarmant de cette hausse des coûts. « La hausse généralisée du coût de la vie pour les étudiants est une réalité depuis bien longtemps, argue-t-elle, l’inflation les a déjà beaucoup touchés avec une augmentation de l’alimentation de 14,3 % et de l’électricité de 10,1 % en France sur l’année 2023. »
« Tout au long de l’année, nous avons reçu des étudiants qui ne pouvaient pas manger tous les jours ou qui ne pouvaient pas manger à leur faim chaque jour », s’insurge-t-elle. Partout en France, des milliers d’étudiants luttent pour vivre décemment, faisant parfois l’impasse sur plusieurs repas. « Sur l’année 2023, nous avons 4 étudiants sur 10 qui ne mangent pas à leur faim ».
Un étudiant avec le ventre vide « ne peut pas étudier dans de bonnes conditions », rappelle la présidente du premier syndicat étudiant en Picardie. « On craint également l’impact psychologique que tout cela va produire sur les étudiants, beaucoup tombent en dépression et les services de santé universitaire croulent sous les demandes d’aide psychologique. »
L’enveloppe de 500 millions d’euros prévue par l’État prévoit notamment d’augmenter le montant des bourses de 37 euros à 127 euros par mois, soit de 6,2 % à 34 %, a précisé à l’AFP le ministère de l’Enseignement supérieur. Un montant lacunaire puisque « les charges au sein des résidences CROUS augmentent de 3 à 4 % », déplore Flavie Quilan-Lacour.
Derrière ce montant d’un demi-milliard d’euros, une mobilisation étudiante record « réunissant 500 000 étudiants dans les rues de France durant la réforme des retraites ». Néanmoins, l’Unef Picardie, par la voix de sa présidente, met en exergue une « familiarisation du système », c’est-à-dire « qu’avec des situations familiales complexes non prises en compte (…) des étudiants passent à côté de ces aides ».
Fort de ce constat, le syndicat réclame, entre autres, « une allocation d’autonomie d’un montant équivalent au seuil de pauvreté, soit 1 110 euros par mois » et « une politique davantage ambitieuse avec la création de 150 000 logements CROUS ». Un service minimum qui, espérons-le, ne viendra pas entacher le SNU rêvé par le gouvernement et son budget faramineux de deux milliards d’euros.
Les sœurs Kagan, Lili Brik et Elsa Triolet, correspondront durant cinquante ans. Le départ de la seconde, qui quitte Moscou pour la France en 1920, donnera lieu à une conversation passionnée relatant des rencontres et des événements historiques jusqu’à leur mort.
Sur un demi-siècle, une conversation intime va se nouer entre les deux sœurs Kagan. Une correspondance qui s’étend de 1921 à 1970 avec une centaine de lettres échangées entre Lili Brik et Elsa Triolet, où défilent l’histoire et leurs destins croisés personnels. « Une conversation passionnée entre deux pays : la France et la Russie », raconte le poète et traducteur Léon Robel (1).
Cette correspondance débute lors du départ d’Elsa, qui quitte Moscou en 1920 pour Paris puis Tahiti après son mariage avec André Triolet, un officier français en mission en Russie. Les premières lettres datent de 1921, après qu’Elsa se sépare de son mari. Mais les documents retrouvés sur la période 1921 à 1928 sont rares. Il est vrai que les deux sœurs se voient souvent à cette époque, se retrouvant à Berlin, Londres ou Moscou.
Lili, née en 1891, et Ella (le prénom de naissance d’Elsa), en 1896, sont les filles d’un couple de juifs russes de Moscou. Leur père, Youri Kagan, avocat, défend les juifs victimes de l’antisémitisme virulent de l’époque tsariste : pogroms, numerus clausus. Leur mère, Elena Berman, est pianiste. Les deux sœurs ont été élevées dans un milieu aisé où l’on parlait plusieurs langues, dont l’allemand et le français. Les arts et la culture font partie intégrante de leur vie.
Avant le départ d’Elsa pour la France, les sœurs proches des révolutionnaires russes côtoient l’avant-garde : Pasternak, Malevitch, Rodtchenko, Chostakovitch, Eisenstein. C’est à cette époque qu’Elsa présente Maïakovski à sa sœur Lili, dont il deviendra l’amant.
Leur correspondance devient plus volumineuse à partir de 1928, année de la rencontre entre Elsa et Louis Aragon. Et surtout à partir de 1930, année du suicide de Maïakovski. La lettre de Lili à Elsa au lendemain du drame est lapidaire : « Ma petite Elsa, je t’écrirai de Moscou au sujet de tout. Tout de suite je ne comprends absolument rien. Combien c’est insupportable ! »
Bien qu’éloignées, elles traversent ensemble le XX e siècle, témoignent de la vie littéraire et culturelle, de leurs engagements politiques, échangent leurs sentiments sur leur vie quotidienne, leur santé, leur couple, leurs amis. Lili livre à sa sœur la méthode pour réussir des blinis. Elsa lui envoie des colis de robes et de chaussures.
Certaines lettres témoignent d’événements clés, comme la demande de Lili auprès de Joseph Staline, au 1er janvier 1936, « avec quelques précautions de langage », de permettre la publication des œuvres de Maïakovski. Léon Robel note que lors des grandes purges de 1937-1938, Lili doit sa survie au fait que Staline avait souligné dans un document : « Ne pas toucher à la femme de Maïakovski ». Maxime Gorki et Vladimir Maïakovski étaient « les deux piliers du réalisme socialiste » (1).
Une carte postale du 2 octobre 1940 arrive miraculeusement à Moscou avec un tampon des occupants allemands. Elsa annonce qu’elle et Louis sont en vie, mais « sans adresse fixe », le couple étant entré dans la Résistance . Un silence qui dure jusqu’au 21 novembre 1944, date de la première lettre de Lili après la guerre. Elle est apportée début 1945 à Paris par un proche, Jean-Richard Bloch, destinée au couple « Elsaragocha ». Lili surnommait son illustre beau-frère du diminutif affectueux « Aragocha ».
Lili Brik, qui annonce le décès de leur mère, se réjouit en même temps d’avoir appris « par la radio française que vous étiez tous les deux des héros ». En réponse, le 1er février 1945, Elsa envoie une longue missive qui constitue un véritable document historique sur leur clandestinité. Elle y raconte leur lutte durant l’Occupation.
Le 3 juillet, Elsa annonce à sa sœur avoir reçu le prix Goncourt, la première femme à l’obtenir, pour Le premier accroc coûte deux cents francs. À cette époque, le couple est auréolé de gloire. Lili supervise les traductions en russe des œuvres de sa sœur et d’Aragon pour publication en URSS. Elsa, dans les années 1960, va déployer toute son énergie pour faire éditer une anthologie de la poésie russe et sollicite l’aide de Lili et Vassia Katanian, son nouveau mari.
Toutes deux continuent de s’écrire, comme en 1968 sur les événements en France et sur l’invasion de la Tchécoslovaquie. Aragon la qualifie de « Biafra de l’esprit », ce qui lui vaudra de vives attaques dans la presse soviétique. Le 7 novembre, Lili le soutient ouvertement : « Fais comme tu le juges bon. Nous n’en serons qu’heureux. Nous avons été des idiots assez longtemps. Ça suffit comme ça ! » écrit-elle. Inlassablement, Lili Brik fait découvrir au couple français les nouveaux talents soviétiques, dont Soljenitsyne avec Une journée d’Ivan Denissovitch. Elle prend également sous sa protection le réalisateur Sergueï Paradjanov.
Elsa, malade, s’ouvre à son aînée le 1er avril 1970 : « J’ai envie de me séparer de moi-même, de me dire : fiche-moi la paix, à la fin ! » Le 7 mai, Lili lui répond : « Il est impossible que nous ne nous voyions plus JAMAIS ». Le 16 juin 1970, Elsa Triolet décède. De retour en URSS, après avoir assisté aux obsèques d’Elsa, Lili est désemparée. Quelques années plus tard, en 1978, elle se suicide, à l’âge de 87 ans.
« 23 juillet, Mes chers Elsa, Aragocha, j’ai su que tu avais le prix le jour même par Liouba (1) qui m’a téléphoné. Ehrenbourg avait par hasard tourné le bouton de la radio. As-tu reçu notre télégramme de félicitations ? Ton livre est une merveille ! Il y a longtemps que je n’avais rien lu de meilleur ! Très fort, tout au bout, la Vie privée. Il fallait te donner le prix rien que pour ça. Quelle sorte de prix est-ce donc que le prix Goncourt ? (…) Écris-moi, de grâce, en détail, et, si tu peux, envoie-moi les journaux. Ça m’intéresse bien de voir l’allure que tout cela avait. Merci pour les cadeaux. Mais en aucun cas ne m’envoyez plus rien. Genia et moi sommes parfumées et Vassia tout entier en cravate neuve. (…) Ne manquez pas de m’écrire ce dont vous avez le plus besoin : des bas ? des chaussettes ? du savon ? du sucre ? encore quelque chose ? du café ? du thé ? (…) Votre Lili »
« Le 3 juillet (1945), Ma petite Lili, Vassia, Genia, Nadia, j’ai reçu hier vos lettres, le caviar, les cadeaux et le même jour m’est tombé du ciel le prix Goncourt ! J’ai eu le prix pour mon dernier livre le Premier Accroc. Dès hier je t’ai envoyé par l’intermédiaire du journal un télégramme. Toute la journée j’ai été photographiée, “interviewée” et j’ai dû parler à la radio. Et si par hasard vous m’aviez entendue ?
Aujourd’hui, dans tous les journaux sans exception, il y a en première page ma tronche (...) ! Hier soir nos amis les plus chers sont venus dîner, nous avons mangé tout le caviar avec un enthousiasme unanime et d’autant plus qu’actuellement on a tellement serré la vis aux restaurants que ce n’est pas bien gras ! Aragocha a même cessé de parler tellement il est content, moi aussi bien entendu je suis contente, d’autant plus que cela est très utile pour nous et qu’il y a tant d’amis qui se réjouissent avec nous. (…) ELSA »