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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 07:46

La méthode Hollande, de l’affaire Léonarda au maintien de Jacqueline Sauvage en prison

GÉRARD LE PUILL

VENDREDI, 19 AOÛT, 2016

Si une bonne partie de la presse écrite a traité en « brève » le renoncement de Jacqueline Sauvage à faire appel de la décision du Tribunal d’application des peines de ne pas la libérer, les chaines d’information en continu en font des tonnes depuis hier après midi à toutes les heures du jour et de la nuit. Sans pour autant aller à l’essentiel. Cette affaire, qui résulte de la grâce seulement partielle accordée à Jacqueline Sauvage par François Hollande, nous rappelle aussi l’affaire Léonarda où le chef de l’Etat s’était ridiculisé publiquement le 19 octobre 2013.

Il convient de rappeler ici que Jacqueline Sauvage est une femme de 68 ans qui a été condamnée à dix ans de prison pour avoir tué de plusieurs coup de fusil un mari qui venait de la battre une fois de plus comme il le faisait depuis 40 ans. Répondant à une demande de grâce formulée par ses avocats voilà quelque mois, François Hollande lui avait, en février dernier , accordé une « grâce partielle », en ce sens qu’elle demeurait susceptible d’être remise en cause par un tribunal d’application des peines. Le président de la République avait ainsi choisi de ne pas assumer totalement son droit de grâce alors qu’il en avait la possibilité. Suite à cela, un avis négatif avait été rendu par la « commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté » où siégeaient notamment le préfet du département où Jacqueline Sauvage était internée ainsi qu’un bâtonnier. Mais cet avis négatif n’était que consultatif.

On sait enfin que la procureure de Melun Béatrice Angelelli a expliqué le 12 août le rejet de la grâce présidentielle non assumée par le chef de l’Etat avec les arguments suivants : « l’importante médiatisation de son affaire rend difficile une authentique démarche de réflexion pour madame Sauvage, qui est encouragée à se cantonner dans un positionnement exclusif de victime». En ne décidant que d’une grâce conditionnelle, le chef de l’Etat avait délibérément choisi de s’en remettre aux magistrats concernant la libération ou non de Jacqueline Sauvage. C’était moins une grâce présidentielle qu’une proposition de « synthèse » comme François Hollande en a formulé en permanence à la tête du Parti socialiste, puis en présence de ses ministres depuis qu’il est président de la République. Est-ce vraiment ainsi que doit fonctionner la grâce présidentielle? Chacun jugera en son âme et conscience. L’une des filles de Jacqueline Sauvage a déclaré à propos du refus de sa mère de formuler un nouveau recours en grâce : «Elle n’en peut plus de se justifier sans arrêt. Elle est épuisée. Elle ne fera plus de demande de libération conditionnelle et attendra la fin de sa peine ».

Eva Darlan, membre de son comité de soutien a déclaré : « Elle est fatiguée, elle se fait taper dessus tout le temps depuis l’âge de 15 ans, on va l’achever, qu’est ce qu’ils veulent exactement ? De toute évidence, elle n’aura pas le courage de continuer. Il n’y a plus le choix, c’est la grâce totale où rien ». Cette affaire dans laquelle est impliqué le chef de l’Etat nous en rappelle une autre. Le 9 octobre 2013 La famille Dibrani - une mère et cinq de ses six enfants- était interpellée dans un Centre de demandeurs d’asile du Doubs pour être expulsée vers le Kosovo, pays d’origine du père expulsé la veille depuis Geispolsheim, dans le Bas Rhin. Une sixième enfant, répondant au prénom de Léonarda, élève de troisième dans un collège de Pontarlier, était interpelée le même jour que sa mère et les autres enfants alors qu’elle participait à une sortie scolaire en car. Cette interpellation devant les autres élèves suscita beaucoup d’émotion et de protestations au delà de milieu scolaire et de la jeunesse. Manuel Valls assuma cette décision comme ministre de l’Intérieur tandis que de nombreuses voix s’élevèrent, y compris au Parti socialiste, contre le renvoi brutal de la collégienne. Dix jours plus tard, le 19 octobre, le président de la République intervint en personne à la télévision pour dire, sur la base d’un rapport de l’IGA, qu’il n’y avait pas eu de faute de l’administration dans le traitement de cette affaire. Mais il reconnaissait un manque de discernement concernant l’arrestation de Léonarda. Et le président de la République d’ajouter concernant la gamine de 15 ans : « Si elle le demande, un accueil lui sera réservé et à elle seule ». BFMTV ayant dépêché un envoyé spécial auprès de la famille Dibrani au Kosovo, Léonarda répliqua quasiment en direct au chef de l’Etat qu’elle reviendrait en France avec sa famille ou pas du tout. Ce qui fit écrire ceci au Monde daté du 20 octobre que cette affaire s’était « muée en saga politique qui rappelle le pire des émissions de téléréalité ».

On peut dire aujourd’hui que François Hollande a récidivé dans le même genre en n’accordant qu’une grâce partielle à Jacqueline Sauvage. Mais, dans un livre à paraître ces jours ci, l’hôte de l’Elysée évoque avec les auteurs l’élection présidentielle de 2017 en ces termes : « L’envie je l’ai. C’est mon inclinaison personnelle. Reste la question politique. Je ne ferai pas de choix de candidature si, d’évidence, elle ne pouvait pas se traduire par une possibilité de victoire ». Mais pour faire quelle politique alors ? « Il y a, dit François Hollande aux deux auteurs de ce livre(1), une condition pour se représenter : être capable d’apparaître aux yeux des électeurs comme nouveau. Donc il faut trouver du neuf. Et ça vaut surtout pour moi parce que je suis en position de sortant. Si c’est pour dire on a bien travaillé pendant cinq ans et on va faire la même chose cinq ans de plus ça ne marchera pas. Les gens n’en voudront pas. Ils veulent un nouveau temps, une nouvelle période, un nouveau thème». Voilà bien une manière de solliciter un nouveau chèque en blanc sans estimer devoir rendre compte de son bilan. Reste à voir ce que décideront les électeurs en 2017. Ils seront, cette fois, dans la position du « juge d’application des peines». Comme l’était Béatrice Angelelli qui a choisi de maintenir Jacqueline Sauvage en prison, le chef de l’Etat n’ayant pas usé du pouvoir qu’il détenait pour la libérer .

(1) « Conversations privées avec le président » d’Antonin André et Karim Rissouli , Albin Michel , 320 pages , 19,50€

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