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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 08:04

Avoir l'extrême droite au pouvoir, c'est un ministre qui appelle à tirer sur des juges qualifiés de "sales communistes" parce qu'ils libèrent une héroïne qui a sauvé des migrants de la noyade, capitaine Carola Rackete.

Salvini est un fasciste... comme l'écrit Mordillat.

Et ça ne choque plus grand monde, malheureusement, où en tout cas par les médias qui font le jeu des Marine Le Pen et Marion Maréchal Le Pen, de voir les fachos au pouvoir en Italie, en Autriche, en Pologne, en Hongrie, aux Etats Unis, au Brésil.

La barbarie est en passe de redevenir notre quotidien! Et que faisons-nous pour repousser la peste brune? Interrogeons-nous collectivement!!! Et surtout, agissons votre défendre une certaine idée de l'Humanité!!!

Fabien Roussel: Carola Rackete: « Un symbole de l’entraide naturelle entre humains »
Jeudi, 4 Juillet, 2019 - L'Humanité

Fabien Roussel  Secrétaire national du PCF

 

En découvrant le sort réservé à Carola Rackete, arrêtée par la police comme si elle avait enfreint la loi alors qu’elle sauvait des vies, j’ai repensé à ma visite au collège Fernig de Mortagne-du Nord, voici un an. Ce jour-là, des enfants de 12 ou 13 ans m’interrogeaient sur mes sujets d’actualité. En retour, je leur ai demandé ce qu’ils avaient retenu, eux, de l’actualité. Vaste programme ! 

Plusieurs mains se sont alors levées pour me parler… de l’Aquarius, au cœur à l’époque d’une vive polémique sur l’accueil des migrants. J’ai d’abord eu peur : ces jeunes élèves allaient-ils reprendre à leur compte les propos mille fois entendus sur « l’impossibilité d’accueillir toute la misère du monde » ou sur « les dangers de créer un appel d’air pour une immigration massive » ?

Tout au contraire, les mots utilisés par les collégiens m’ont touché, ému, parce qu’ils étaient les plus justes, les plus purs, lancés comme une bouffée d’oxygène au milieu d’une conversation d’adultes. Leurs paroles résonnent toujours en moi : « Quand même, ce sont des femmes et des enfants en souffrance ». Ou encore: « Demain, c’est nous qui pourrions être à leur place ». Ou alors: « Ils fuient la guerre, on ne peut pas les laisser tout seuls, sans leur tendre la main. »

 Cette réaction, saine, humaine, généreuse, naturelle est la seule qui devrait nous guider aujourd’hui. Tout comme doit nous inspirer l’action courageuse de Carola Rackete, symbole de l’entraide naturelle des humains entre eux.

Pourtant, j’ai l’impression que beaucoup de chefs d’Etat de l’Union européenne, dont le notre, ont décidé de faire de cette question un sujet d’actualité, polémique, pour diviser les européens et créer des tensions qui ne devraient pas exister. Le mot « accueil » n’existe plus dans leur bouche alors qu’il devrait être le premier à être utilisé.

Résultat de ces choix honteux: 2 262 hommes, femmes et enfants sont morts dans la mer Méditerranée en 2018 car ils n’ont pas été secourus. Leur porter secours devient un délit. Certains pays veulent même créer « le délit de solidarité » et réussissent à marier deux mots qui n’ont rien à faire ensemble.

Pour finir, il serait temps aussi que nous nous attaquions aux causes de ces migrations. Les guerres, les ventes d’armes massives, le pillage des économies locales, l’évasion fiscale qui corrompt et ruine les budgets publics sont souvent la cause de la pauvreté et des exodes massifs. Et dans la grande majorité des cas, les réfugies s’installent dans le pays voisin.

Il est urgent de mettre en place des politiques de coopération et de développement, de promouvoir la paix plutôt que la tension, la solidarité plutôt que la concurrence pour permettre à chaque peuple, à chaque famille, de vivre heureux auprès des siens. A quand une grande politique internationale au service de l’être humain et de la planète ?

Gérard Mordillat « Arrêtons de nous accommoder du fascisme de Matteo Salvini »
Jeudi, 4 Juillet, 2019

Gérard Mordillat Romancier, poète et cinéaste
 

Appelons un chat un chat : Matteo Salvini est un fasciste ; qu'il soit néo ou proto ou tout ce qu'on veut mais c'est un fasciste. Le problème, c'est qu'il n'est pas le seul et que le fascisme de monsieur Salvini, comme le dit Robert Paxton, s'il ne reproduit pas les formes historiques du fascisme est quand même du fascisme. Ce fascisme new-look, new-age, furieusement moderne, prolifère en Europe. Aucun pays n'y échappe et en France il grouille de l'extrême-droite aux macronistes bon teint qui, à bas bruit, défendent la même vision du monde que réclame à grands cris madame Le Pen et consorts : pas d'étrangers chez nous ! Surtout pas de noirs et – horreur des horreurs ! – pas de noirs musulmans ! Et ne parlons pas des Arabes. Qu'ils se noient, qu'ils meurent, ce n'est pas notre problème. Nous sommes blancs, chrétiens, patriotes. Monsieur Macron qui s'est fait baptisé à douze ans, qui se targue d'avoir été l'assistant de Paul Ricoeur a dû rater la lecture de l'évangile de Matthieu : " j'étais étranger et vous ne m'avez pas accueilli, nu vous ne m'avez pas vêtu, malade et prisonnier vous ne m'avez pas visité " (Mt25,35). Monsieur Salivini, comme madame Le Pen, comme monsieur Macron et tous ceux qui communient dans la même bondieuserie additionnent l'hypocrisie, la lâcheté, le cynisme à leur profession de foi de catholique et néo-libérale. Carola Rackete, capitaine du Sea Watch 3, interpellée samedi dernier à Lampedusa par la Police de Matteo Salvini est poursuivie pour avoir sauvé des eaux 42 exilés, hommes, femmes et enfants, venus de Lybie. Que fait la France ? Que fait l'Europe ? Que fait le Pape ? Que fait l'ONU ? Rien ; et c'est bien cela qui porte et qui portera inexorablement le fascisme au pouvoir tant qu'on s'accommodera d'un monsieur Salvini, de ses pratiques, de ses idées. Non seulement il faut que  Carola Rackete soit immédiatement libérée de toute poursuite, que son bateau lui soit rendu et que ceux si prompts à prendre des mesures contre l'Iran, les Russes ou les Vénézuéliens en prennent d'encore plus sévères contre le fascisme italien incarné par Salvini avant qu'il domine l'Europe.

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 07:59
Carola Rackete: «Je me suis sentie livrée à moi-même» - Interview du capitaine courage du Sea-Watch 3 Carola Rackete par Der Spiegel et Médiapart
Carola Rackete: «Je me suis sentie livrée à moi-même»
Par Frank Hornig (Der Spiegel)

« Nous repartirons. Ce sera simplement plus difficile de trouver un capitaine qui acceptera de prendre le risque. » Mediapart publie l’entretien réalisé par Der Spiegel avec Carola Rackete, la capitaine du Sea-Watch 3, qui a osé défier Matteo Salvini et ébranler l’indifférence des dirigeants européens.

Der Spiegel (traduction Mathieu Magnaudeix).– « Si les poursuites contre moi sont abandonnées, je reprendrai la mer. » La capitaine du Sea-Watch 3 est devenue l’emblème de l’Europe humaniste et citoyenne qui agit, quand ses dirigeants s’enferrent dans des négociations technocratiques ayant pour rare dénominateur commun la volonté de fermer les frontières du continent européen.

Mediapart publie, avec son aimable autorisation, l’entretien réalisé par Der Spiegel, notre partenaire allemand au sein de l’European Investigative Collaborations (EIC), avec Carola Rackete, qui a osé défier et braver le leader italien Matteo Salvini et ses interdictions faites à son bateau venu en aide à des migrants en détresse d’accoster en Italie. Après avoir accosté à Lampedusa malgré l’interdiction des autorités, puis avoir été arrêtée avant d’être relâchée, la capitaine de 31 ans se désespère de l’inhumanité des dirigeants européens. « Sur la scène nationale et internationale, personne ne voulait vraiment nous aider (…) Ces êtres humains, personne n’en veut. » Entretien.

Pour beaucoup, vous êtes devenue une héroïne qui a beaucoup risqué afin de sauver des vies. Pour d’autres, vous êtes une figure honnie…

Carola Rackete. J’ai été surprise de voir comment tout cela est devenu personnel. Il ne devrait s’agir que des faits eux-mêmes, l’échec de l’Union européenne à se répartir les personnes secourues, à exercer ensemble cette responsabilité. C’est de cela qu’on devrait parler, pas d’individus comme moi apparus par hasard. Je n’ai pas souhaité cette situation. J’ai remplacé un collègue, c’est lui qui était prévu au planning.

Comment avez-vous vécu les dernières semaines ?

Ce fut difficile. Nous avons passé presque dix-sept jours à bord avec les réfugiés. Après notre arrivée dans les eaux internationales italiennes au large de Lampedusa, alors que nous savions que nous n’avions pas le droit d’entrer, dix cas médicaux particulièrement urgents ont été évacués. D’autres évacuations ont suivi, même si nous avions des doutes médicaux, car notre station médicale n’est équipée que pour les cas d’urgence.

Vous avez ensuite croisé pendant des jours devant Lampedusa...

Nous avons réfléchi à ce que nous pouvions faire. Nous avons d’abord interjeté appel contre l’interdiction d’accoster de l’Italie, appel immédiatement refusé. Nous avons ensuite fait une tentative auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. Trente-quatre des personnes secourues à bord et moi, la capitaine, avons déposé une plainte, mais cela a demandé beaucoup de temps.

Quelle était la situation sur le Sea-Watch 3 ?

Chaque jour, la situation médicale et l’hygiène empiraient. Puis nous avons reçu la décision judiciaire de refus. Tout nous est apparu sans issue.

Avez-vous eu des contacts directs avec les garde-côtes italiens   ?

Un jour, une évacuation médicale a été nécessaire, car un de nos passagers était malade et devait immédiatement être débarqué. Nous avons appelé les sauveteurs en mer, les Italiens sont arrivés en moins de deux heures et ont porté assistance, alors que nous étions hors des eaux italiennes. C’est allé vite. Mais ce fut une exception.

 

Pourquoi ?

Nous envoyions chaque jour des rapports médicaux, au centre de coordination des secours à Rome, à l’État pavillon [les Pays-Bas – ndlr], au port de Lampedusa. Mais nous ne trouvions pas d’écoute, personne ne répondait. La plupart du temps, Rome nous répondait : « Nous avons transmis vos rapports au ministère de l’intérieur italien. » Ce fut tout. Nos médecins n’ont plus rien compris. Même politiquement, rien n’a été fait. Le Sea Watch 3 a envoyé des demandes à Malte, à la France, il y avait constamment des requêtes auprès du ministère allemand des affaires étrangères, du ministère de l’intérieur.

Et pas de réactions ?

On nous disait : « On s’en occupe. » Mais en réalité, aucune solution ne s’est dessinée, rien de concret.

Cela vous a-t-il surprise ?

Je savais que ce serait difficile. Le problème de la répartition reste non résolu depuis des lustres. Depuis à peu près un an, la situation est similaire pour tous les bateaux de secours, pensez au cas du Lifeline à Malte, ou à l’Aquarius. À chaque fois, c’est la même question : qui prend ces gens maintenant ? Sur chaque bateau, on ne parle que de ça.

Vous le saviez au début de votre mission.

Nous continuons parce que c’est nécessaire. Mais naturellement, nous avons lancé les opérations du Sea-Watch en sachant que personne ne voulait prendre ces réfugiés. Pas même la Tunisie, que les pays européens voient comme une alternative sûre. Tandis que nous étions en mer, le cargo Mare Dive a attendu quinze jours au large des côtes tunisiennes avec soixante-quinze réfugiés à son bord. Mais les Tunisiens n’ont aucune envie de devenir le prochain port de délestage. Ces êtres humains, personne n’en veut.

À quoi ressemblait la vie à bord ?

Les réfugiés sont presque en prison. Il y a peu de place, pas de sphère privée. La plupart des gens dorment sur le pont arrière sur une tente posée sur le sol, chacun a une couverture en laine. Il y a trois cabines mobiles de w.c.. Il n’y a pas assez d’eau pour se doucher tous les jours. Auparavant, c’est l’organisation Mé­de­cins sans fron­tiè­res qui opérait ces bateaux. À l’époque, les gens passaient au plus trois jours à bord. Ces bateaux ne sont pas conçus pour davantage.

Quelle est l’atmosphère dans le bateau ?

Nous ne pouvions pas leur promettre l’impossible. Personne ne voulait les prendre. Cette situation sans espoir se mélange souvent avec des troubles post-traumatiques. Beaucoup d’entre eux ont vécu des atteintes aux droits humains, ils ont été torturés, vendus, ont travaillé dans des conditions assimilables à de l’esclavage, ou été victimes de violences sexuelles. Nous voulions leur transmettre de la confiance, mais plus cela durait, plus nous perdions la leur.

Vous avez également justifié votre accostage à Lampedusa en expliquant que certains à bord auraient pu attenter à leur vie.

Certains avaient parlé à notre équipe médicale de leurs précédentes tentatives de suicide et nous avaient demandé de prendre soin d’eux, car ils allaient mal. Cela concernait trois personnes au premier chef.

Que vous êtes-vous dit ?

Au début de la mission, dans l’équipe, nous avions discuté et fixé des lignes rouges, à partir desquelles nous aurions l’obligation d’entrer dans un port sûr. Lorsque ces lignes ont été franchies, nous sommes entrés dans le port.

Quelles étaient ces lignes rouges ?

De nombreux passagers auraient dû être pris en charge par des spécialistes. Nous avions un soupçon de tuberculose. Nous ne pouvions ni faire de tests à bord ni prendre cela en charge. Les autres, nous ne pouvions les traiter qu’avec des antidouleurs, sans pouvoir établir de diagnostic. Presque tous avaient besoin d’un suivi psychologique, mais nous n’avions pas de psychologues avec nous. Lorsque vous maintenez des gens pendant deux semaines dans de telles conditions, c’est très explosif.

Que vous ont dit les autorités italiennes ?

La police douanière et financière italienne était déjà venue à bord pour contrôler nos papiers. Ils m’avaient dit : « Capitaine, ne vous énervez pas comme ça, une solution arrive, attendez encore. » J’avais dit : « OK, nous attendons. » Les parlementaires italiens qui avaient été sur le Sea-Watch nous avaient eux aussi donné de l’espoir, il était question de pourparlers entre la France, l’Allemagne et le Portugal. Salvini disait qu’il autoriserait notre accostage quand des États seraient prêts à prendre les gens.

 

Que s’est-il passé dans les dernières heures avant l’arrivée à Lampedusa ?

La veille au soir, nous avons eu une deuxième évacuation médicale. Un passager devait se rendre en urgence à l’hôpital, il avait de fortes douleurs, sans doute des calculs rénaux. À partir de là, la situation n’était plus tenable. Le sentiment parmi les passagers était : « Faut-il qu’on soit tous malades ou qu’on se jette tous à l’eau pour que quelque chose se passe ? » Par ailleurs, l’équipage lui-même était tout près de ne plus en pouvoir. Chaque jour devenait plus fatigant. À la fin, nous étions totalement désespérés.

Et pendant ce temps-là, les gouvernements européens discutaient de qui prend qui, et quand.

C’est ce que les parlementaires nous ont dit : la solution est en vue, elle sera là dans les prochaines heures. Je ne voulais pas entrer dans le port. Je ne voulais pas enfreindre la loi. Nous avons accru les gardes sur le bateau pour que personne ne se fasse du mal. Ça, c’était jeudi soir. Le vendredi, je me suis levée à six heures et j’ai demandé aux députés : « Elle est où, votre solution ? » Naturellement, il n’y en avait pas. À ce moment-là, je ne sais plus comment continuer. Ça n’allait plus. Je ne pouvais plus garantir la sécurité à bord.

Puis ?

Vendredi après-midi, les douaniers italiens sont revenus à bord est m’ont rendu les papiers. Ils m’ont dit qu’une enquête serait ouverte contre moi pour entrée interdite dans les eaux territoriales et complicité d’entrée illégale sur le territoire. Ils ont pris le cahier de bord du bateau et voulaient repartir. Je leur ai demandé ce qu’ils comptaient faire des quarante personnes à bord, s’ils allaient les prendre. Ils ont répondu par la négative, ils n’en savaient rien. À Berlin, on me dit peu après que Salvini bloquait encore une solution. Je ne voulais pas prendre la responsabilité d’une nuit supplémentaire avec les réfugiés. Alors j’ai décidé d’y aller.

Et lorsque vous êtes entrée dans le port...

Avec leur lumière bleue, les douaniers italiens se sont placés sur la route. Nous sommes entrés vraiment lentement, nous avons arrêté le bateau et l’avons tourné pour accoster à l’arrière. À ce moment-là, j’ai vu le bateau des douaniers italiens placé au milieu du pont pour empêcher notre accostage. Nous avons heurté leur bateau, mais c’était un accident, et pas une attaque contre un navire de guerre, comme certains me l’ont reproché.

Comptiez-vous être arrêtée ?

Je craignais quelque chose comme cela.

Que s’est-il passé après ?

Les fonctionnaires étaient aimables. Après huit heures à la douane italienne, on m’a amenée au camp de réfugiés au milieu de l’île. C’est là-bas qu’est situé le seul poste de police équipé pour les mesures anthropométriques. Là-bas, les personnes que nous avions secourues étaient sur le sol et ont commencé à applaudir lorsqu’ils m’ont vue. Les policiers ont pris mes empreintes digitales. J’ai été placée en résidence surveillée. Et lundi, on m’a amenée en bateau vers la Sicile pour une audition.

Qu’avez-vous dit à la juge de la détention ?

Je lui ai exposé mes raisons et j’ai décrit la collision avec le bateau italien telle que je l’avais vécue. Ensuite, on m’a placée dans une autre résidence surveillée.

Saisissez-vous alors déjà l’effervescence autour de votre personne, l’adoration digne d’une héroïne, mais aussi la haine que vous avez suscitée ?

À peine, puisque j’étais en résidence surveillée. Mais j’étais contente de ne pas avoir à me préoccuper de ce que l’on disait. Dans mon deuxième lieu de détention, la télévision était allumée, il y avait les images, mais je ne voulais pas regarder.

Que vous inspire ce rôle d’héroïne ? Après Greta Thunberg, la jeune activiste du climat, vous êtes désormais la combattante pour les migrants.

Je ne réalise pas encore tout à fait. Par ailleurs, je suis plutôt quelqu’un qui agit au lieu de parler. Et je trouve que cette action en soi est suffisamment explicite.

Mardi soir, une juge a décidé de vous libérer.

De façon surprenante, elle a suivi notre argumentation sur presque tous les points. Elle a aussi écrit que nous ne sommes pas entrés dans les eaux territoriales de façon illégale : nous ne sommes pas des passeurs, cette interdiction ne vaut que pour les passeurs.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Mardi, il y a une seconde audition, cette fois pour complicité d’entrée illégale, et l’entrée dans les eaux territoriales. Dans d’autres cas, pour autant que je sache, ces motifs ont été abandonnés. Mais cela peut durer des mois.

Est-ce que cela vous plaît d’être vue comme l’adversaire de Salvini ?

Je ne cautionne pas sa façon de parler. Je sais comment l’Italie a voté lors des élections européennes, beaucoup d’Italiens soutiennent sa politique. Mais en Italie aussi, il y a beaucoup de mouvements de solidarité. Le pays est divisé.

Que lui diriez-vous si vous étiez en face de lui ?

Ce n’est pas quelqu’un que je souhaite rencontrer. Sa politique est à l’encontre des droits humains. Sa façon de s’exprimer est irrespectueuse, inadaptée pour un politicien de premier plan.

Comment expliquez-vous que Salvini vous ait justement placée dans son viseur ?

De nos jours, tous les capitaines des bateaux de secours savent qu’il y a une criminalisation de leurs activités. Ce qui est inhabituel, c’est à quel point ce cas est devenu extrême. Il y a eu un enchaînement remarquable de circonstances : alors que nous avions encore les réfugiés à bord, Salvini a fait passer un décret qui interdit aux organisations humanitaires l’entrée dans les ports italiens. Il a été passé en urgence. Nous avons porté assistance en mer un mercredi, le vendredi le décret était au Parlement à Rome, publié en ligne peu après. Derrière une telle rapidité, il y avait une très grande pression politique.

L’Allemagne, votre pays, vous a-t-elle assez soutenue ?

Je me suis sentie livrée à moi-même. Bien sûr, il y a ceux qui ont aidé, par exemple ces villes qui voulaient accueillir nos réfugiés. Mais cela a échoué au niveau du ministre allemand de l’intérieur Horst Seehofer, qui n’avait aucune envie d’accepter les offres de ces municipalités. Mon impression, c’est que sur la scène nationale et internationale, personne ne voulait vraiment nous aider. Alors que nous avions quarante personnes secourues à bord de notre bateau, ils se sont refilé la patate chaude.

Que faut-il faire politiquement pour améliorer la situation ?

Nous avons besoin d’une solution pour accueillir en Europe les gens qui fuient chez nous. Et pour les répartir de façon solidaire. Le règlement de Dublin, qui laisse cette responsabilité aux États disposant de frontières extérieures, n’est pas juste.

Et en attendant ?

Je suis curieuse de savoir ce qui va se passer avec d’autres bateaux actuellement en mer qui ne manqueront pas de recueillir des réfugiés, comme l’Open Arms, actuellement à proximité des côtes nord-africaines.

Que va-t-il se passer maintenant pour votre bateau, le Sea-Watch 3 ?

A priori, notre bateau va nous être prochainement rendu. Il est actuellement retenu pour examen des preuves. Ensuite, il fera l’objet de travaux techniques. Et puis nous repartirons. Ce sera simplement plus difficile de trouver un capitaine qui acceptera de prendre le risque.

Le referez-vous ?

Pour l’instant, les avocats me le déconseillent. Mais si les poursuites contre moi sont abandonnées, je reprendrai la mer.

Carola Rackete: «Je me suis sentie livrée à moi-même» - Interview du capitaine courage du Sea-Watch 3 Carola Rackete par Der Spiegel et Médiapart
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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 06:56
Face à la menace Trump, action solidaire
Jeudi, 4 Juillet, 2019

L'éditorial de Patrick Le Hyaric. La politique du doigt sur la gâchette menée par M. Trump rend crédible une déflagration militaire dont personne ne peut aujourd'hui mesurer les conséquences.

 

Depuis la chute du mur de Berlin, les États-Unis n’en finissent pas de vouloir reconfigurer à leur avantage le Proche et le Moyen-Orient. Les guerres de proie menées en Afghanistan et en Irak par deux fois, les tentatives de déstabilisation des États, les manœuvres géo-économiques autour de la rente pétrolière, la colonisation encouragée de la Cisjordanie se sont additionnées pour former le décor sombre d’une région plongée dans le chaos.

Mais la logique de guerre états-unienne, nourrissant sur son passage les monstres hideux du fanatisme et du terrorisme, se heurte à la résistance des peuples et d’une histoire qui refuse de dire son dernier mot. Cette logique s’insère désormais dans une guerre économique mondiale qui redouble d’intensité à la faveur des révolutions technologiques. Le face-à-face entre la Chine et les États-Unis, qui rend ces derniers fébriles et nerveux, produit dans son sillon de nouvelles tensions.

Pour conserver leur position hégémonique dans un monde qui les rejette, les États-Unis semblent prêts à toutes les aventures, aussi périlleuses soient-elles. Tous les fronts sont ouverts : Moyen-Orient, Amérique latine, Eurasie. Leur arsenal militaire et nucléaire toujours plus impressionnant, ajouté à la position acquise par leur monnaie dans les échanges internationaux, rend la séquence actuelle extrêmement dangereuse. La bête blessée risque de se prêter à des actions que la raison réprouve si ses initiatives ne sont pas dûment contrées. L’agitation de M. Trump sur la scène internationale est essentiellement motivée par sa réélection, condition de l’amplification de sa politique réclamée par une base électorale extrémisée. Les menaces de guerre contre l’Iran et l’offensive menée contre les droits des Palestiniens dans un même mouvement en témoignent amplement.

Le prétendu « deal du siècle », écrit comme son nom l’indique dans un sabir de bureaucrates capitalistes, fomenté par le gendre de M. Trump et supervisé par l’extrême droite israélienne, vise non seulement à faire perdurer la colonisation de la Cisjordanie, mais surtout à engager dans un second temps un processus d’annexion pure et simple des terres palestiniennes. Le découpage de la Cisjordanie transformée en gruyère par la colonisation, le blocus de Gaza, l’annexion du plateau du Golan et les pressions diplomatiques pour faire de Jérusalem la seule capitale d’Israël sont autant de pierres à l’édifice de recomposition politique du Proche-Orient. Ce faisant, les faucons états-uniens et israéliens comptent réaliser le mythe biblique d’un « Grand Israël » imprégné d’une idéologie racialiste et millénariste qui trouve des échos dans les franges les plus radicalisées de l’électorat de M. Trump comme dans certains gouvernements européens, qui laissent paradoxalement infuser dans leurs pays le vieux venin de l’antisémitisme.

C’est à cette aune qu’il convient d’observer la promesse de 50 milliards de dollars jetés à la face du peuple palestinien, sommé d’abjurer son honneur et de renier ses exigences les plus élémentaires de dignité et de liberté. Fort hypothétique, cette somme viserait par des leviers aussi divers que fantasques à faire de la Palestine une sorte de place forte financière régionale sur le modèle des « cités-États » asiatiques. Un million d’emplois, un PIB multiplié par deux, un développement inouï des nouvelles technologies sont ainsi promis. De toute évidence, ce plan provocateur n’a pas vocation à être appliqué et les raisons de sa médiatisation sont à aller chercher ailleurs que dans ses promesses glauques et irréalistes.

Le gouvernement des États-Unis a une intuition louable que, malheureusement, beaucoup d’Européens ont perdue : la question palestinienne est bien une question clef pour l’avenir de l’ensemble du Moyen-Orient. Mais il en tire des conclusions radicalement opposées à celles qui animent ici les progressistes et humanistes. Il s’agit pour M. Trump d’en terminer avec la solution à deux États, et donc la question palestinienne, pour finir de sceller l’alliance des États inféodés à sa politique belliciste et ultracapitaliste.

Les tensions avec l’Iran se révèlent illisibles si elles ne sont pas liées à la politique globale menée par les États-Unis. Comment comprendre, par exemple, l’ultimatum interdisant à l’Iran d’enrichir son uranium à des fins militaires, alors que les dispositions pour l’en empêcher étaient inscrites dans l’accord que le même M. Trump a violemment déchiré dès son accession au pouvoir ? Il n’y a dans cette posture aucune autre cohérence que l’affirmation d’une politique de la force des plus bornées, qui ne peut en outre que créer de dangereux précédents.

La mainmise sur les marchés décisifs des matières premières et de l’énergie est indissociable des tensions créées dans le détroit d’Ormuz, qui voit passer près de 30 % du pétrole mondial, dont un huitième du brut utilisé aux États-Unis et le quart de celui utilisé en Europe. Il est également un des principaux sillons d’approvisionnement en pétrole de la Chine et de l’inde. Depuis peu, grâce à l’extraction d’huile et de gaz de schiste ravageuse pour l’environnement, les États-Unis sont devenus les premiers exportateurs de pétrole. Cette position arrachée à crédit les pousse à maintenir un niveau de production mondial bas, au risque d’une baisse des prix qui pourrait leur être fatale. Les sanctions contre l’Iran permettent ainsi de contrôler le marché du pétrole et de maintenir cette hégémonie dont usent et abusent les Nord-Américains pour déstabiliser des pays, comme ce fut le cas au Venezuela.

C’est donc un projet global de reconfiguration régionale périlleux qui est mis en œuvre par les cercles fanatisés du pouvoir états-unien. Les guerres commerciales et de proie sur les ressources énergétiques s’accompagnent d’une hausse toujours plus importante des budgets militaires. La politique du doigt sur la gâchette menée par M. Trump rend crédible une déflagration militaire dont personne ne peut aujourd’hui mesurer les conséquences. Si le réchauffement climatique, les menaces sur l’environnement et l’accumulation des arsenaux nucléaires sont les épées de Damoclès qui pèsent sur la tête de l’humanité, nul doute que les États-Unis représentent aujourd’hui un danger majeur. Des forces s’y lèvent pour conjurer le péril. Elles ne pourront y parvenir qu’avec une Europe et une France libérées de la tutelle nord-américaine, capable de faire vivre l’esprit multilatéral sur l’ensemble des sujets qui agitent aujourd’hui notre si fragile humanité.

Patrick Le Hyaric
Face à la menace Trump, l'action solidaire - Patrick Le Hyaric, L'Humanité, 4 juillet 2019
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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 05:50

 

Les réunions du conseil des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont dans la douleur fait la proposition qu’Ursula von der Leyen, proche d’Angela Merkel et promotrice d'une Europe de la défense liée à l’OTAN, préside la Commission Europe, et que Christine Lagarde prenne la tête de la BCE. Les dirigeants européens ont également nommé Charles Michel, le premier ministre belge d’un gouvernement en faillite après avoir gouverné pendant quatre ans avec les nationalistes flamands de la NVA, à la présidence du Conseil européen.

Les nominations à la tête des institutions européennes : l’Europe libérale vers l’abîme

Si nous pouvons nous féliciter avec d’autres de la nomination de femmes à des postes de responsabilité, nous ne pouvons qu’être très inquiets de leurs objectifs politiques pour continuer à mettre en œuvre cette politique de concurrence libre et non faussée, de libéralisation totale de l’économie, d’effacement total de la souveraineté des peuples.

Ces petits arrangements entre libéraux ont encore une fois choisi de mettre de coté la voix des peuples qui exigent une autre construction européenne, plus sociale, plus écologiste et respectueuse des souverainetés des peuples et des nations. Le président de la République a délibérément choisi de s’allier avec le PPE et les députés les plus libéraux du Parlement européen. Dans la foulée, en totale contradiction avec ses coup de mentons médiatiques, il accepte la signature de traités de libre échange dont celui du MERCOSUR, le pire que l’UE ait signé depuis sont existence !

Il accepte en plus la nomination à la Présidence de la commission européenne celle qui a été la ministre de La Défense Allemande, celle qui rêve de mettre en place une armée européenne de La Défense entièrement sous la tutelle de l’OTAN, privant totalement chaque pays de déterminer sa propre politique en matière de défense. C’est grave pour l’avenir de la Paix, pour les peuples qui attendent de l’Europe et de la France une voix forte face à celle des États Unis.

Plus que jamais et avec nos alliés européens, de la GUE-NGL, du PGE, du Forum européen des forces progressistes, écologiques et de gauche, le PCF est déterminé à mener la lutte contre ceux qui envoient l’Europe dans l’abîme de l’austérité et dans le chaos de l’ethnicisme. Les peuples et les nations d’Europe ont besoin d’autres coopérations, pour lutter contre la crise climatique et contre l’évasion fiscale, pour la défense des droits des travailleurs.euses, pour la lutte contre les discriminations et pour l’égalité femmes-hommes, pour la paix et la sécurité collective. 

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6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 06:09
Les dangers du traité de libre-échange Mercosur - par Patrick Le Hyaric
 
Les dangers du traité de libre-échange Mercosur

Qu’est-ce que l’accord avec le Mercosur ?

L’accord avec le Mercosur est un grand accord commercial avec les géants agricoles d’Amérique du sud regroupés dans un bloc commercial qui rassemble le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay.

Il crée une vaste zone commerciale de libre-échange Union-européenne – Mercosur qui englobera 800 millions de personnes. Dans cette zone 93% des produits sud-américains pourront rentrer sur le territoire européen sans restriction ni droits de douane et 91% de produits européens pourront le faire dans l’autre sens. Il permettra aussi un accès facilité aux marchés publics sud-américains et services tels que les télécommunications et les transports.

Pour les exportateurs européens de services ou de produits industriels comme l’automobile, les machines-outils ou la chimie, c’est considéré comme une bonne nouvelle, car ce sont à terme 4 milliards d’euros de droit de douanes en moins, c’est aussi autant de perdu pour les États sud-américains et la contrepartie demandée par le Mercosur est lourde de conséquences.

En quoi cet accord est dangereux ?

En échange de l’ouverture des marchés sud-américains sur les services et produits industriels, le Mercosur obtient des concessions significatives sur l’agriculture. Les restrictions dont nous disposions pour protéger nos filiales d’élevages de bœufs notamment, de poulets et de porcs volent en éclat. C’est toute l’agriculture européenne, notamment les petites exploitations, qui sont menacées de fermeture face à la concurrence des géants sud-américains. C’est la consécration d’un modèle productiviste avec des fermes-usines géantes pourtant responsables d’une misère sociale terrible au Brésil – qu’on pense au mouvement des paysans sans-terre -, et qui va accélérer la déforestation de l’Amazonie pour produire toujours plus pour le marché européen.

Par cet accord, les dirigeants européens pourtant en partance décident de transférer une partie de notre souveraineté alimentaire au Mercosur. C’est tourner définitivement le dos au modèle de l’agriculture paysanne en le soumettant à une concurrence sud-américaine imbattable.

Il confirme une tendance entamée avec l’accord avec le Canada et le Japon : celui de la segmentation de notre agriculture. Nous aurons d’un côté une agriculture à haute valeur ajoutée avec des appellations européennes protégées (comme le Roquefort, le jambon de Parme, la Feta…) exportées plus facilement au Mercosur ; et de l’autre côté une agriculture de produits de base, les céréales, les viandes que nous sous-traitons aux géants agricoles en échanges de l’ouverture de leurs marchés.

La Commission a beau jeu d’annoncer que 351 appellations européennes seront légalement protégées dans les pays du Mercosur, mais pour tous les petits éleveurs français qui font des viandes de qualité sans être couverts par ces appellations c’est la fin face aux géants sud-américains, comme le groupe brésilien JBS, premier producteur de viandes au monde.

Au final on peut résumer cet accord à des voitures allemandes contre du bœuf brésilien élevé sur des pâturages conquis sur la forêt amazonienne.

Peut-on croire à la « vigilance » de Macron ?

Non car les concessions sur l’agriculture ont déjà été faites sur le bœuf il y un an lorsque le gouvernement français n’a pas bloqué l’offre de la Commission d’un quota de 99 000 tonnes de bœuf sud-américain sans droits de douane. Les producteurs agricoles du Mercosur sont déjà très bien structurés pour l’export, donc ils pourront très rapidement occuper les marchés obtenus et les inonder. Face à cela, les mécanismes européens de protection sont beaucoup trop lents, et les petits producteurs européens déjà trop fragilisés par la libéralisation des marchés agricoles. C’est leur mort assurée.

Pareil pour l’environnement, le Président Macron et la Commission peuvent clamer autant qu’ils le veulent que les parties signataires s’engagent à respecter les accords de Paris, les chapitres « développement durable » des accords de commerce de la Commission ne contiennent aucune obligation légale environnementale, contrairement aux parties commerciales. Enfin qu’attendre de son interlocuteur brésilien, Jair Bolsonaro élu avec le soutien de l’agro-business et dont les premiers actes au pouvoir ont été de défaire les protections environnementales et de faciliter la déforestation de l’Amazonie ?

Cet accord est-il anti-démocratique ?

Il l’est des deux côtés de l’Atlantique. Côté européen les négociations ont été faites sur la base d’un mandat de négociation datant de 1999 ! Depuis ces 20 années à aucun moment la Commission n’a cherché à actualiser son mandat auprès des gouvernements européens ou auprès du Parlement européen.

Côté sud-américain l’aboutissement des négociations est le fait de deux hommes. Jair Bolsonaro est arrivé au pouvoir au Brésil après un coup d’État judiciaire qui a mis Lula en prison avec le soutien des lobbys évangélistes et des gros producteurs agricoles. Mauricio Macri, le président argentin, va surement perdre les élections face à Christina Fernandez Kirchner et se hâte de signer cet accord avant de quitter le pouvoir.

Cet accord doit encore être validé par le Parlement européen et l’Assemblée nationale. Pour notre agriculture, pour la lutte contre la déforestation en Amazonie, pour la qualité alimentaire, pour le respect de la démocratie en Amérique du Sud comme en Europe, nous devons l’arrêter.

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5 juillet 2019 5 05 /07 /juillet /2019 05:56
Jérusalem, quartier arabe du vieux Jérusalem auprès de la porte de Damas grignoté par les colons israéliens - ici maison dite "de Sharon" (photo mission AFPS, 2015)

Jérusalem, quartier arabe du vieux Jérusalem auprès de la porte de Damas grignoté par les colons israéliens - ici maison dite "de Sharon" (photo mission AFPS, 2015)

Inauguration de la place Jérusalem à Paris: Indignation et solidarité avec le peuple palestinien

 

Intervention de Pascal Torre pour le Parti communiste français

Seule le prononcé fait foi

Comme l'a souligné Pierre Laurent, sénateur de Paris et président du Conseil national du PCF, l'inauguration d'une place Jérusalem à Paris aurait pu être une belle idée si elle ne faisait pas abstraction du contexte, si elle permettait d'éclairer le sort des populations brisées par des décennies de violence et si elle frayait un chemin vers la paix. Malheureusement, les choix effectués par la maire de Paris, Mme Anne Hidalgo, ont délibérément tourné le dos à ces exigences.

Cette inauguration, qui résulte d'une demande du président du Consistoire des communautés juives a été conçue dans la perspective exclusive de conforter les liens qui unissent Paris avec l'État d'Israël. Il en a résulté une immédiate instrumentalisation politique puisque Joël Mergui s'est empressé de déclarer que Jérusalem est la "capitale d'Israël" en violation du droit international et de la position de la France. Or, Jérusalem est une ville importante pour toutes les confessions. L'invitation du maire de Jérusalem, notoirement connu pour ses positions extrémistes, et le fait que les autres religions n'aient pas été associées ont conforté ce choix partisan de Mme Hidalgo.

Cette inauguration a éludé la situation de Jérusalem, ville dont la partie orientale a été annexée et dont l'environnement fait l'objet d'une colonisation illégale, méthodique et implacable depuis 1967. Jérusalem n'est pas uniquement une ville israélienne. Les Palestiniens sont victimes d'une violence inouïe, subissent une politique de terreur et d'apartheid sur leur propre terre. La souffrance des populations de Gaza en témoigne quotidiennement. Cela Mme Hidalgo ne l'ignore pas.

Cette inauguration se déroule également dans un contexte international délétère. Benyamin Netanyahou et Donald Trump ont décidé conjointement de mettre un terme à toute idée de création d'un État palestinien. La reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l'État hébreu, la remise en cause du statut des réfugiés, l'aval donné à l'annexion du Golan et de la Cisjordanie constituent une accélération d'une politique qui entend humilier et marginaliser les Palestiniens jusqu'à leur capitulation. Lors de la conférence de Manama à Bahreïn, Jared Kushner en écho aux revendications de l'extrême droite israélienne a piétiné la légalité internationale. Cela Mme Hidalgo ne l'ignore pas.

Cette inauguration aura été perçue dans ses objectifs et dans sa forme comme une caution à la politique d'Israël. Pas un mot n'a été prononcé contre la colonisation, la souffrance des populations et l'exigence d'un État palestinien. Il ne faut donc pas s'étonner de la polémique qui n'a pas cessé d'enfler. Le droit de chaque État à vivre en paix et en sécurité, la nécessité de combattre de toutes nos forces un antisémitisme croissant constituent des exigences légitimes. Cependant ces objectifs ne pourront être atteints qu'en faisant prévaloir la justice, le respect du droit afin de bâtir une paix juste et durable. Cette décision qui divise, qui transpose sur notre territoire ce conflit, exacerbe les tensions.

Le Parti communiste français (PCF) entend poursuivre et amplifier sa solidarité avec le peuple palestinien alors que les manoeuvres américaines, confortées par certains États arabes et encouragées par Israël, voudraient à jamais anéantir leurs droits inaliénables.

Pascal Torre

Inauguration de la place Jérusalem à Paris: Indignation et solidarité avec le peuple palestinien - Pascal Torre, Pierre Laurent, élus communistes de Paris

Non à la confiscation de Jérusalem!

 

Sur proposition de la Maire de Paris, Mme Anne Hidalgo, le Conseil de Paris a voté le 12 juin la création d’une place de Jérusalem.

Cela aurait pu être une bonne idée, pour éclairer la population sur la situation de cette ville martyre, fracturée, divisée, puis annexée; pour rappeler la nécessité absolue de mettre fin à la violation du droit international et du droit humanitaire que constitue l’annexion de Jérusalem par Israël, et pour condamner sans ambiguïté le fait accompli et la loi du plus fort.

Une bonne idée aussi s’il s’était agi d’en faire un symbole de paix, en rappelant que cette ville, que les Israéliens ont conquise par la force et qu’ils considèrent comme leur capitale, est aussi la capitale revendiquée par les Palestiniens, et un symbole particulièrement fort de leur identité nationale. Et, sur le plan religieux, en donnant toute leur place aux trois religions monothéistes pour lesquelles Jérusalem est une ville sainte.

Anne Hidalgo a choisi une autre voie, celle de céder aux réseaux d’influence pro-israéliens, en localisant cette place à côté du futur centre européen du judaïsme, et en invitant à l’inauguration le maire de Jérusalem, le maire d’une ville illégalement annexée à Israël, et l’artisan des plans d’urbanisme qui développent les colonies israéliennes et expulsent les habitants palestiniens de Jérusalem de leurs maisons.

Cette démarche est particulièrement mal venue dans le contexte de la décision étasunienne de reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël et semble ainsi se situer en continuité. Comme cela a été rappelé en décembre 2017 par de nombreux États dont la France, le droit international ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem en l’absence d’accord entre les parties, et l’annexion de Jérusalem Est par Israël a été explicitement condamnée par l’ONU.

Nous refusons cette logique d’exclusion promue par Mme Anne Hidalgo dans la droite ligne de la politique israélienne d’apartheid consacrée par le vote de la loi de l’État-nation du peuple juif en juillet 2018. Nous demandons que la place de Jérusalem soit déplacée dans un lieu qui respecte pleinement la diversité culturelle et religieuse de Jérusalem, et que soit clairement marqué le projet d’en faire le symbole de la nécessaire reconnaissance du droit et de la recherche d’une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens.

Nous appelons tous les habitants d’Île-de-France à se rassembler le dimanche 30 juin à 15h Place du maréchal Juin, pour protester contre la démarche scandaleuse de la maire de Paris, et porter l’exigence de la justice et du respect du droit international.

Le Collectif national pour une Paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens dont est membre le PCF.

a dénomination d’une place Jérusalem doit être annulée !

Lors du conseil de Paris de juin dernier, a été soumise au vote des conseillers une délibération concernant la dénomination d’une place Jérusalem, en remplacement d’une rue ayant disparue.

Dans l’exposé des motifs aucune mention des objectifs de la Ville d’utiliser celle-ci dans le but de commémorer l’amitié qui unit la ville de Paris à l’État d’Israël comme l’écrit Mme Hidalgo dans cette même lettre.

Aux inquiétudes de nos groupes, a été répondu qu’en aucun cas cette dénomination ne serait utilisée à des fins « geo-politiques » comme Catherine Vieu-Charier l’a d’ailleurs souligné dans sa réponse au conseil, nous étions simplement dans la tradition parisienne de donner des noms de villes à nos rues. Nous avons émis des réserves, et nous nous sommes abstenus forts de ces assurances données.

Las, deux jours à peine après le conseil nous découvrons par un tweet de Joël Mergui, président du Consistoire central israélite de France, qu’en réalité, cette dénomination fait suite à une demande directe qu’il aurait faite à Anne Hidalgo lors de la visite du président israélien Reuven Rivlin à l’Hôtel de Ville.

Ce qui nous a étonnés c’est l’inauguration expresse de cette place et l’invitation du maire de Jérusalem connu pour ses prises de position et ses actions en faveur de la colonisation. Nous sommes choqués de voir qu’aucun des représentants des trois communautés religieuses creuset de Jérusalem n’y sont invités, et encore plus de l’absence de représentant de l’autorité palestinienne.

L’ensemble de ces faits, mis bout à bout, semble légitimer une confiscation de Jérusalem par l’État d’Israël alors que nous aurions pu en faire un symbole de la paix entre les peuples et les différentes communautés.

Pour toutes ces raisons, nous demandons à Mme Hidalgo de renoncer à cette inauguration vécue comme une provocation et qui ne respecte pas les positions prises par la diplomatie française sur le statut de Jérusalem.

Pour cela nos organisations seront présentes au rassemblement prévu par le « collectif national pour une paix juste et durable » pour protester de cette décision le jour même de l’inauguration, si celle-ci n’est pas annulée.

Communiqué des élus communistes de Paris, 25 juin 2019

[Sénat-Paris- Affaires étrangères]
L’inauguration d’une « Place de Jérusalem » en plein Paris aurait pu être une belle idée, l’occasion d’adresser un message de paix et une exigence de respect du droit international, au moment où l’une et l’autre sont gravement bafoués par les décisions conjuguées du gouvernement Nethanyaou et de l’administration Trump.
Le gouvernement Nethanyaou accélère chaque jour la colonisation de Jérusalem-est, foulant au pied les résolutions de l’ONU et tous les droits des Palestiniens, faisant de leur vie quotidienne un calvaire , enfreignant chaque jour le statu quo régissant la cohabitation des trois religions juive, chrétienne et musulmane dont le Consulat de France est le garant international. Et l’administration Trump appuie cette annexion pure et simple en déplaçant son ambassade à Jérusalem, en dépit d’une très large condamnation internationale, dont celle de la France.
Mais force est de constater que l’inauguration de cette place a pris un sens contraire aux messages qu’elle aurait dû permettre d’envoyer depuis Paris. Conçue à la demande du consistoire des communautés juives de Paris, n’associant à aucun moment ni la Mission de Palestine, ni les responsables des autres religions, n’invitant que le maire israélien, ardent défenseur de la colonisation, elle est présentée comme un acte de solidarité avec l’État d’Israël, au moment où son gouvernement nie tout autant la souveraineté partagée sur la ville que son caractère multiconfessionnel.
Loin de rassembler, cette inauguration va diviser Il est encore temps de revenir sur cette décision. Paris doit rester une ville qui porte haut et fort dans le monde le message d’une paix plus nécessaire que jamais, une paix que pourrait si magnifiquement symboliser une Jérusalem devenue capitale partagée de deux Etats.

Pierre Laurent
sénateur de Paris
vice président de la commission des affaires étrangères

Inauguration de la place Jérusalem à Paris: Indignation et solidarité avec le peuple palestinien - Pascal Torre, Pierre Laurent, élus communistes de Paris
Inauguration de la place Jérusalem à Paris: Indignation et solidarité avec le peuple palestinien - Pascal Torre, Pierre Laurent, élus communistes de Paris
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5 juillet 2019 5 05 /07 /juillet /2019 05:20
Les parlementaires communistes avec le député Jean-Paul Le Coq, les sénatrices et sénateurs Laurence Cohen, Pierre Laurent, Christine Prunaud avec Hadja Idrissa BAH notamment (source: page Facebook de Christine Prunaud)

Les parlementaires communistes avec le député Jean-Paul Le Coq, les sénatrices et sénateurs Laurence Cohen, Pierre Laurent, Christine Prunaud avec Hadja Idrissa BAH notamment (source: page Facebook de Christine Prunaud)

Christine Prunaud, sénatrice communiste des Côtes d'Armor et Hadja Idrissa BAH (source: page Facebook de Christine Prunaud)

Christine Prunaud, sénatrice communiste des Côtes d'Armor et Hadja Idrissa BAH (source: page Facebook de Christine Prunaud)

Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris, avec Hadja Idrissa BAH (source: page Facebook de Christine Prunaud)

Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris, avec Hadja Idrissa BAH (source: page Facebook de Christine Prunaud)

Au Sénat, le 25 et 26 juin
Rencontre avec Hadja Idrissa BAH,
Présidente du Parlement des enfants et des jeunes filles leader de Guinée.
A l’initiative de mes collègues Laurence Cohen et Pierre Laurent une belle rencontre avec cette jeune ambassadrice, activiste du combat en Guinée contre l’excision, le mariage forcé et le viol.
Agée seulement de 19 ans, Hadja nous a exposé avec une conviction rare son engagement contre les violences faites aux femmes et en faveur de l’égalité homme/femme : en Guinée 97 % des filles sont excisées et 52% sont mariées avant leurs 18 ans.
Selon Hadja : « les filles ne sont rien devant les hommes justement parce qu’elles sont des filles ». Et de continuer « il n’y aura pas de parité, tant que la femme est réduite à une minorité ».
La Guinée s’est dotée de loi contre ces violences « mais le problème, c’est leur application » ! Tout en évoquant « le poids des traditions ou des religions qui enferment », elle nous a affirmé que « le meilleur était à venir ».
Je salue le courage et la maturité de Hadja qui démontre une fois de plus que les violences sexuelles sont partout.
Notre combat féministe est universel, ensemble faisons reculer les inégalités basées sur le genre.
Sénateurs Communistes Républicains Citoyens et Écologistes
PCF - monde

(source: page Facebook de Christine Prunaud)

Hadja Idrissa Bah « Les fausses croyances religieuses pèsent plus que la loi  »
Jeudi, 27 Juin, 2019 - L'Humanité

Guinée. Fondatrice du Club des jeunes filles leaders de Guinée, Hadja Idrissa Bah, 19 ans, est dans son pays une figure de la lutte contre les mutilations génitales et le mariage des enfants. Entretien.

 

Comment expliquer qu’en Guinée 97 % des femmes sont victimes d’excision ?

Hadja Idrissa Bah La population est à plus de 90 % musulmane et elle continue d’utiliser ce contexte pour justifier la pratique des mutilations génitales. Or, ce n’est en rien une obligation religieuse. Ceux qui la pratiquent pensent qu’il faut maintenir les coutumes africaines. De plus, l’excision est une forme de commerce.

Un commerce ?

Hadja Idrissa Bah Aujourd’hui, on organise des cérémonies au cours desquelles on donne de l’argent aux exciseuses pour qu’elles déclarent devant les médias qu’elles vont « lâcher le couteau ». Mais la somme ainsi gagnée est épuisée en trois jours et elles reprennent leur activité. Il faut donc privilégier des actions de longue durée, former ces femmes pour qu’elles aient des activités génératrices de revenu, comme cela s’est fait avec succès au Sénégal. La deuxième question à se poser est celle des parents. Ils vendent notre corps. Lorsqu’on ampute notre corps – et je veux prononcer ce mot-là –, lorsqu’on enlève une partie intime de nous, les parents s’attendent à ce que les marraines et parrains offrent des habits et cadeaux. Il faudrait sensibiliser, informer davantage les parents.

Quels sont les autres atteintes aux droits des femmes ?

Hadja Idrissa Bah 51 % des jeunes filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. Des filles de 13, 12 ans sont données à un époux. Certaines grandes filles également, parce que, dans notre communauté, on pense qu’une fille non mariée ne peut participer à toutes les cérémonies. Elle n’est pas considérée comme une grande personne et est mise de côté. Les ONG et le gouvernement s’inquiètent également des viols sur des mineurs, contre des jeunes filles, parfois des bébés, par les parents, les proches, les voisins et des enseignants. Enfin, on observe une déscolarisation des jeunes filles. Lorsqu’elles se marient, elles sont obligées d’arrêter leurs études pour s’occuper du foyer.

L’État est-il volontariste pour faire appliquer les lois contre l’excision et le mariage précoce ?

Hadja Idrissa Bah Il est engagé tant au niveau national qu’international. Ainsi, la Guinée est le quatorzième pays à avoir signé la convention mondiale sur les droits des enfants. Notre Code pénal, notre Code civil et notre Code des enfants abordent tous la protection des jeunes filles contre les mutilations génitales féminines, le mariage des enfants et le viol des mineurs. Mais les traditions, les coutumes et les fausses croyances religieuses pèsent plus que la loi.

C’est donc une bataille culturelle que vous menez avec le Club des jeunes filles leaders que vous avez fondé ?

Hadja Idrissa Bah Nous tentons de faire en sorte que les lois soient appliquées. Nous vulgarisons celles-ci, pour qu’elles ne soient pas gardées dans des tiroirs. À tous les niveaux, on sensibilise les jeunes filles, les leaders religieux, communautaires et politiques et suscitons des actions répressives avec la police pour empêcher le mariage des enfants.

Quels types d’action menez-vous ?

Hadja Idrissa Bah La loi est avec nous. Une fille qui va être mariée ou un membre de sa famille peut nous appeler en numéro masqué. On donne alors rendez-vous à la fille ; on échange avec elle, on lui redonne confiance et on l’emmène. On joue en quelque sorte à une prise d’otage. On la place en sécurité et, avec la police, on va chez ses parents. On le fait parfois dans ma voiture, car les policiers n’ont pas de carburant. On leur dit : « Vous voulez donner votre fille en mariage, mais savez-vous que la loi l’interdit ? » Certains l’ignorent, d’autres disent qu’ils ont toujours donné leurs enfants en mariage. On leur explique quelles sont les amendes et peines de prison encourues. Quand ils reviennent sur leur décision, ils prennent l’engagement de ne pas faire de mal à la fille, de faire qu’elle reste intégrée socialement, qu’elle poursuive des études si elle en faisait, ou qu’elle puisse se former à un métier.

Si on nous prévient du mariage, le jour J, on arrête le mariage avec les camions de police, les médias, alors même que les gens sont en train de danser. On récupère alors la fille dans sa belle robe de cérémonie. Ce type d’action est sensible, car toute la famille est regroupée.

Y a-t-il une prise de conscience chez les hommes ?

Hadja Idrissa Bah Des jeunes garçons féministes nous accompagnent et nous soutiennent. Nos passages dans les écoles, dans les endroits où il n’y a pas que des filles, nous permettent de faire passer notre message, et certains sont émus. On leur dit : « Nous sommes appelées à être vos futures femmes, nous sommes vos sœurs, nous sommes vos mères. Vous ne pouvez rester les bras croisés pendant que vos mamans sont battues, que vos sœurs de lait sont mariées à un monsieur qu’elles ne connaissent pas. » Alors, certes, nous avons des hommes qui, sur les réseaux sociaux, disent qu’il faut conserver la tradition africaine. Ils sont bêtes. S’ils ont un smartphone, c’est qu’on n’est plus au XVIIIe siècle. Si on voyage en avion, on a accès aux technologies, c’est qu’on n’en est pas resté aux traditions. On est au XXIe siècle et la jeunesse en a marre.

Entretien réalisé par Gaël De Santis
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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 06:27

Merci à Yves Jardin (AFPS pays de Douarnenez) pour la traduction et la transmission de cet article.

http://maki.org.il/en/?p=18953

Le Hadash et les partis arabes s’unissent à nouveau pour les prochaines élections générales
PCI / il y a 6 jours
 
Le Hadash (Le Front Démocratique pour la Paix et l’Egalité - Parti Communiste d’Israël) (1) et trois partis politiques représentant la minorité nationale arabo-palestinienne d’Israël, Ta’al (2), Ra’am (3) et Balad (4), ont annoncé qu’ils s’uniront à nouveau pour les prochaines élections à la Knesset
Hadash MK Ayman Odeh and Secretary General of the
            Communist Party of Israel, Adel Amer, during a meeting in
            Haifa

Le député du Hadash, Ayman Odeh, et le Secrétaire Général du Parti Communiste d’Israël,  Adel Amer, pendant un meeting à Haïfa (Enregistrement: page Facebook du Hadash)

Les quatre partis s’étaient unis une première fois en 2015 dans la campagne pour la  20ème Knesset, à la suite de la décision législative adoptée à l’initiative de l’extrême-droite pour relever le seuil électoral pour entrer à la Knesset (5) à 3,25% (un minimum de 4 sièges), qui était de façon précise dirigé contre la représentation des arabes à la Knesset, en formant la Liste Unie qui avait obtenu 13 sièges dans le parlement de 120 membres en devenant le troisième groupe politique.

Après leur prestation décevante aux élections d'avril, où les quatre partis, faisant campagne en deux blocs, ont obtenu 10 sièges au total, le mouvement actuel d’unification, comme en 2015, est destiné à  amplifier la participation électorale et à améliorer la représentation de la minorité arabe et des forces progressistes juives au parlement d’Israël. Le pays se dirige vers ses deuxièmes élections générales cette année, le 17 septembre, après que le premier ministre d’extrême-droite, Benjamin Netanyahu, ait échoué à former une coalition de gouvernement majoritaire à la suite du scrutin d’avril.

Le député du Hadash, Ayman Odeh, l’éventuel chef du groupe, a déclaré jeudi, 20 juin, que cela avait été une erreur de faire campagne de façon séparée. Odeh a dit après l’annonce de la décision: «nos forces sont unifiées, nous avons des passés semblables, des vues semblables pour notre avenir, et, à partir d’aujourd’hui, une liste commune. Nous nous battrons pour les droits des Arabes dans ce pays, pour la paix, et pour la démocratie pour tous les citoyens d’Israël. » Le quotidien communiste Al Ittihad a rapporté qu’un forum commun se réunira dans les jours prochains pour décider de la constitution finale de la liste.

Les partis ont déclaré qu’une liste commune n’était pas moins importante aujourd’hui qu’elle ne l’était en 2015, compte tenu particulièrement de l’adoption l’an dernier  de « la  Loi raciste, coloniale de l’Etat-nation (6) et de ses conséquences, les politiques discriminatoires, le siège (de Gaza), la confiscation des terres dont les Arabes sont propriétaires, la pénurie de logements disponibles dans la communauté arabe, la volonté  des pouvoirs établis de vider de tout son sens notre citoyenneté et de notre volonté de combattre la criminalité et la violence croissantes dans nos communautés.» 

Le communiqué publié conjointement par les quatre partis a déclaré que les résultats des dernières élections – dans lesquelles ils ont perdu trois sièges – constituaient un « coup rude pour le travail politique » dans la communauté arabe. A ce titre, il était essentiel d’en tirer des conclusions et d’en retenir les enseignements.

Le communiqué a ajouté: «à cette fin, il y a de nouveaux défis au niveau diplomatique, particulièrement à la suite des démarches de l’administration des EU  de mettre en oeuvre l’«Affaire du Siècle » en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël et en y transférant l’Ambassade des EU, en reconnaissant l’annexion des Hauteurs du Golan, à la suite des attaques  contre l’UNRWA (l’organisation des NU pour les réfugiés palestiniens, dont le budget a été coupé par les EU); et à la suite des inquiétantes «conversations régionales » qui ont lieu, telle que la prochaine conférence  qui doit se tenir à Manama, la capitale de Bahreïn.”

(traduit de l’anglais par Yves Jardin, membre du GT de l’AFPS sur les prisonniers palestiniens) 
 
(1) Le Hadash (= nouveau en hébreu), créé en 1977, réunit diverses organisations de gauche  dont la plus importante est le Parti Communiste d’Israël, parti israélien binational, qui conserve son statut indépendant; le Hadash avait cinq sièges dans la Knesset élue en 2015);
 
(2) Ta'al (acronyme en hébreu pour le Mouvement arabe pour le renouveau), parti nationaliste arabe fondé en 1996; aux élections de janvier 2009, juste à la fin de la première attaque israélienne contre Gaza, l’alliance Ta’al- Ra’am fut interdite de se présenter aux élections.
 
(3) Ra’am  (acronyme en hébreu pour la Liste arabe unie), parti créé en 1996, par l’union du Parti démocratique arabe et des éléments de la branche Sud du Mouvement islamique et du Front d’unité nationale.
 
(4) Balad (acronyme en hébreu pour la Ligue démocratique nationale), parti nationaliste arabe créé en 1995, progressiste et démocratique; comprend aussi des militants juifs. 
 
(5) Knesset (= assemblée): parlement monocaméral de l’Etat d’israël, siégeant à Jérusalem; il compte 120 députés, élus à la proportionnelle avec un seuil électoral de 2 %, porté en 2014 à 3,25 %, pour une durée de 4 ans; mais sur 20 Knesset élus, 13 ont été dissoutes et les élections anticipées sont fréquentes en Israël.
 
(6) Le 19 juillet 2018, a été adoptée une loi fondamentale à valeur constitutionnelle (Israël n’a pas de constitution écrite), faisant d’Israël l’«Etat-nation du peuple juif »; cette loi officialise et aggrave un régime d’apartheid, qui existait  déjà de fait en Israël.  
 
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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 09:33
Italie. Solidarité pour la « capitaine Courage »
Lundi, 1 Juillet, 2019

Carola Rackete, aux commandes du Sea-Watch 3, a été interpellée en Sicile, après quinze jours d’errance forcée en mer, avec 42 migrants à bord de son bateau.

 

«Dévoué, le marin accepte l’incertitude du lendemain, est prêt à affronter le danger et à agir par tous temps et en tous lieux, quelles que soient les circonstances. » Ces mots sont inscrits en première page du Livret des valeurs de la marine française. La capitaine Carola Rackete, aux commandes du navire humanitaire Sea-Watch 3, n’a fait qu’obéir à ces valeurs. Elle force le respect. À son arrivée, samedi, dans le port de Lampedusa (Italie), pour y débarquer 42 exilés sauvés des eaux 17 jours plus tôt, la jeune femme a dû faire face à l’attaque d’un navire de guerre, envoyé pour la stopper par le très xénophobe ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini. Mais au final, rien n’aura empêché cette scientifique, spécialisée dans la navigation en Arctique et en Antarctique, de mener jusqu’au bout sa mission de sauvetage. Une vingtaine de policiers l’attendaient à sa descente du navire pour l’assigner à résidence. De nombreux militants de la solidarité étaient là aussi, venus l’applaudir pour avoir su tenir tête au nouveau « duce » (guide – NDLR) de l’extrême droite européenne et avoir fait revenir de force l’humanité en Europe.

Des messages haineux, sexistes et xénophobes...

« Carola, merci d’avoir mis ton corps dans cette bataille de civilisation », a publié sur Twitter l’écrivain antimafia Roberto Saviano, parmi des centaines d’autres messages rendant hommage à la jeune capitaine allemande. « Vous avez obéi à la loi des hommes, les mêmes hommes qui, il y a plus de 70 ans, ont plongé dans le trou noir de l’histoire, ceux qui relèvent encore la tête aujourd’hui. »

Ces derniers étaient, pour leur part, une poignée à vociférer sur le quai. « Les menottes ! », « J’espère que tu vas te faire violer par ces nègres », ont-ils aboyé, se plaçant à la même hauteur de langage et de pensée politique que leur mentor, Matteo Salvini, qualifiant, l’avant-veille, Carola Rackete d’« emmerdeuse » qui lui « casse les couilles ». La fachosphère française également, sur le site de Riposte laïque notamment, diffuse depuis toute une série de messages haineux, sexistes et xénophobes, et qualifiant les naufragés secourus par le bateau humanitaire de « 42 futurs égorgeurs ».

La justice italienne doit annoncer aujourd’hui, à l’issue d’un interrogatoire mené par le parquet d’Agrigente, en Sicile, si la capitaine de 31 ans sera effectivement poursuivie. Comme sa consœur Pia Klemp, en attente de son procès depuis 2017, elle est passible de quinze ans de prison. Elle pourrait également être accusée de « résistance à un bateau militaire ». Un délit passible de trois à dix ans de réclusion.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, demande, quant à lui, une « clarification rapide » des accusations. « Sauver des vies est une obligation humanitaire, a-t-il déclaré samedi. Le sauvetage en mer ne doit pas être criminalisé. » La France, elle, se contente d’annoncer qu’elle peut accueillir dix des exilés mis à l’abri par Carola Rackete. « Ni la Commission européenne ni aucun gouvernement européen n’ont trouvé la solution pour le débarquement des 40 survivants, déclare pour sa part l’ONG qui affrète le navire humanitaire. C’est finalement la capitaine Carola Rackete qui, étant à la fois forcée et aussi prête à prendre ses responsabilités, a enfin mis en sécurité ces personnes. »

Une cagnotte pour l’aider à financer ses frais de justice atteignait bientôt, hier après-midi, les 400 000 euros tandis que dans plusieurs communes d’Europe se tenaient des rassemblements de soutien à la « capitaine Courage ».

Émilien Urbach
Italie. Solidarité pour la capitaine Courage Carola Rackete, interpellée à bord du Sea-Watch 3 en Sicile, pour avoir sauvé 42 migrants à bord de son bateau (L'Humanité, 1er juillet 2019)  
Avec Carola Rackete et Pia Klemp, pour la justice et l’humanité

https://you.wemove.eu/campaigns/avec-carola-rackete-et-pia-klemp-pour-la-justice-et-l-humanite

Au gouvernement italien
Au Parlement européen, à la Commission européenne et aux gouvernements de l'Europe
A tous les citoyens et citoyennes de l'Europe

Cette pétition prend la suite de l’appel publié les 27 et 28 juin sur Le Monde, Paris, et Il Manifesto, Rome : « Sea-Watch 3 : C’est maintenant qu’il faut inverser la destruction du droit et de l’humanité », avec 700 signataires. Elle est proposée par le Comité Européen contre la Criminalisation du Sauvetage en Mer (CECCSM).

Un appel international

En faisant arrêter la capitaine Carola Rackete comme « hors la loi » et l’accusant de « rébellion » militaire, en séquestrant son navire comme « bateau pirate », en menaçant l’ONG propriétaire d’une « maxi-sanction » de dizaines de milliers d’euros, le Ministre Matteo Salvini qui semble exercer désormais dans son pays un pouvoir sans limites vient d’ajouter le délire à l’infamie. C’est lui qui place l’Italie en dehors du droit international et des principes fondamentaux dont nos Etats tirent leur légitimité démocratique. De graves conséquences vont s’ensuivre si on n’y fait pas obstacle.

De son côté, en « forçant le blocus » de la douane italienne après 14 jours d’atermoiements de l’UE et l’aveu d’incapacité lamentable de la CEDH, en accostant malgré l’interdiction à Lampedusa pour sauver ses passagers en détresse, la Capitaine du Sea Watch 3 n’a fait que son devoir. Elle en a assumé les risques mais ne doit pas en payer injustement le prix. Il appartient aux citoyens d’Europe et à leurs gouvernements – premiers concernés et impliqués – de faire immédiatement le nécessaire pour que cesse la persécution illégale et déshonorante contre les sauveteurs et l’équipage du Sea Watch 3.

Ne l’oublions pas cependant : une autre capitaine allemande est jugée en Italie pour avoir sauvé plus d’un millier de vies en Méditerranée : accusée d’aide à l’immigration clandestine et de complicité avec les « passeurs », Pia Klemp risque vingt ans de prison pour les vies qu’elle a sauvées – ce qui provoque l’indignation de beaucoup en Europe et dans le monde mais ne semble pas émouvoir nos gouvernements. On veut faire peur aux sauveteurs, mais Carola et Pia ne seront pas les dernières à prendre de tels risques alors que l’hécatombe des noyades se poursuit en Méditerranée avec la complicité des Etats qui devraient l’empêcher.

Nous exigeons donc que le gouvernement italien se ressaisisse, abandonne ses poursuites, libère immédiatement la capitaine Rackete et débloque le Sea Watch 3 pour qu’il puisse poursuivre sa mission. Nous exigeons qu’il accueille les hommes, femmes et enfants rescapés de la guerre et de la noyade, en concertation avec les ONG et les autres pays européens, et instruise correctement leur demande d’asile. Nous exigeons qu’il cesse de criminaliser la solidarité exercée au nom des droits humains par ses propres citoyens. Nous exigeons qu’il cesse d’ameuter l’opinion publique contre les migrants dénués de tout et forcés de quitter l’Afrique.

Nous appelons le nouveau Parlement européen à proposer, la Commission à élaborer, et les Gouvernements à décider enfin, dans l’esprit de la Convention de Genève, la politique commune de l’asile, ainsi que les règles de répartition équitable des personnes qui permettront à l’Europe de remplir ses obligations, de restaurer sa légitimité morale, en faisant preuve de sa capacité politique. Nous les appelons à respecter les conventions SOLAS et SAR qui imposent le débarquement en lieu sûr des personnes secourues en mer, en déclarant que ni la Libye ni la Tunisie ne sont aujourd’hui des lieux sûrs. Nous les appelons à ordonner la reprise des sauvetages en mer et à cesser de financer et d’entraîner les garde-côtes libyens qui traquent et torturent les fugitifs sous prétexte de lutter contre les trafics. Toute autre attitude est en réalité criminelle, elle relève de la lâcheté et de l’idiotie. En voulant épargner des conflits à l’Europe, elle les aiguise et détruit son propre avenir.

Enfin nous appelons tous les citoyens et citoyennes d’Europe à s’élever contre la politique d’hostilité envers les réfugiés et les migrants dont l’Italie aujourd’hui se fait gloire et que d’autres pays pratiquent de façon hypocrite. Nous les appelons à se solidariser avec Carola Rackete et Pia Klemp. A l’heure où Matteo Salvini et d’autres cherchent ainsi à nous entraîner dans l’ignominie, ces femmes courageuses, avec leurs équipages, sont l’honneur du continent européen. Citoyens et citoyennes de l’UE, battons-nous pour les libérer et rejoignons-les dans leur combat qui s’amplifie. Il est certes difficile, mais ses enjeux sont incontestables : contre l’arbitraire, contre l’hystérie xénophobe et le racisme, pour le droit, pour la vie humaine, pour l’hospitalité et aux côtés de tous ceux qui la font vivre. Ne restons pas spectateurs.

Photo: SeaWatch

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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 06:00
Commerce. Quand l’UE et le Mercosur signent le pillage de la planète (Cathy Dos Santos, L'Humanité, 1er juillet 2019, et entretien de Eric Serres avec Maxime Combes)
Commerce. Quand l’UE et le Mercosur signent le pillage de la planète
Lundi, 1 Juillet, 2019

L’accord conclu entre Bruxelles et les pays du cône sud-américain prévoit de faire sauter les taxes douanières, entraînant des désastres pour les filières agricoles et l’environnement. Il doit encore être ratifié par chaque parlement.

 

Les multinationales et autres investisseurs rêvaient depuis longtemps d’une zone commerciale gigantesque, « libre et non faussée ». L’Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) se proposent de la leur offrir sur un plateau en or avec une quasi-impunité fiscale, sociale et environnementale aux conséquences désastreuses dans ces domaines de part et d’autre de l’Atlantique. Après vingt ans de tractations et de marchandages pour savoir qui remportera le plus gros morceau de la bête, ces deux blocs de 777 millions d’habitants sont convenus, vendredi, de la création d’un accord de libre-échange qui pèsera pour près d’un quart du PIB mondial. « Accord commercial fait ! Un moment historique. Au milieu des tensions commerciales internationales, nous sommes en train d’envoyer un signal fort que nous appuyons le commerce basé sur des normes », a jubilé dans un tweet le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui entend quitter ses fonctions, en brandissant le texte tel un trophée de guerre.

« Tournant historique en faveur de l’ouverture économique »

C’est « une conquête » pour Buenos Aires, alors que le président de droite Mauricio Macri devra affronter une élection présidentielle à l’issue incertaine en raison de l’impopularité de ses réformes libérales et austères. « Tournant historique (…) en faveur de l’ouverture économique », s’est félicité le Brésil du président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, qui offre, avec cet accord, du pain bénit à ses soutiens de l’agrobusiness et aux multinationales qui exploitent les territoires amazoniens.

Ces satisfactions ne parviennent pas à étouffer les salves de critiques qui ont accompagné cette nouvelle phase de libéralisation des échanges commerciaux. Car, l’accord UE-Mercosur, c’est une affaire de gros sous aux retombées sociales et économiques asymétriques en raison de la levée des taxes douanières et de l’ouverture de marchés, jusqu’alors réglementés. L’organisme sud-américain exigeait des impôts de l’ordre de 91 % sur les produits en provenance de l’Europe. En retour, cette dernière éliminera jusqu’à 92 % de ses taxes sur les importations en provenance du cône sud. Le deal conclu n’épargne aucun domaine, mais des secteurs clés sont particulièrement touchés. L’Europe pourrait à l’avenir exporter ses produits industriels, notamment de la filière automobile. Elle serait également avantagée en ce qui concerne l’importation de métaux rares pour les hautes technologies, faisant la part belle aux compagnies extractivistes, au détriment des normes environnementales. Elle sortirait également gagnante sur le terrain des marchés publics – infrastructures, télécommunications – des pays du Mercosur qui avaient jusqu’à présent mis leur veto à ces secteurs stratégiques pour leur propre économie. Les Latino-Américains, quant à eux, ont finalement remporté la palme des négociations en obtenant un feu vert – conditionné à des normes sanitaires et environnementales à la marge – leur permettant d’inonder les Vingt-Huit de produits agricoles et agro-industriels : bœuf, volaille, sucre, éthanol, jus d’orange, café instantané…

Depuis l’an 2000, le chapitre agricole a été la pierre d’achoppement des négociateurs au point de faire capoter la trentaine de rounds de pourparlers qui ont eu lieu. Il pourrait d’ailleurs constituer le principal obstacle à la mise en œuvre de l’accord, qui, pour voir le jour, devra encore être ratifié par l’ensemble des parlements des États membres, puis par le Parlement européen, ainsi que par les assemblées nationales des pays latino-américains concernés. Et pour cause, ces derniers constituent à eux seuls une puissance agricole à même de dévaster l’agriculture européenne. Selon l’accord conclu – aux vastes zones d’ombre –, le Mercosur aurait gagné de pouvoir exporter 99 000 tonnes de viande bovine avec des taxes douanières réduites à 7,5 %. Lors de précédentes tractations, les Latino-Américains exigeaient que ses exportations soient libres d’impôts, contre les 70 000 tonnes avancées par l’UE. Le compromis final n’en est pas un, et il risque d’affaiblir à mort une filière de la viande déjà très fragilisée, la Fédération nationale bovine estimant que la baisse du nombre d’élevages bovins a doublé depuis 2017. Pour rappel : le Mercosur exporte déjà près de 250 000 tonnes de bœuf vers l’Europe, soit 75 % des importations totales de l’UE. Le nouvel accord, dont tous les aboutissants ne sont pas connus, pourrait dévaster les éleveurs européens. De l’aveu du commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, l’UE a opéré des « concessions significatives », à même de poser, a-t-il dit, non sans euphémisme, « certains défis pour les agriculteurs européens » que « l’aide financière » d’un milliard d’euros « en cas de perturbation du marché » ne saurait pallier.

« 74 % des produits phytosanitaires au Brésil sont interdits en Europe »

La possible déferlante de produits agricoles et de l’agrobusiness a soulevé une vague de contestation en Europe. Cette « politique commerciale a deux poids et deux mesures » creuse le fossé « entre ce qui est demandé aux agriculteurs européens et ce qui est toléré des producteurs du Mercosur » quant aux normes sanitaires et environnementales, a protesté la Copa Cogeca, la puissante fédération qui regroupe les syndicats agricoles de l’UE. Même tonalité pour le principal syndicat allemand, le Deutscher Bauernverband, qui estime que « beaucoup d’exploitations agricoles familiales » seront en danger si l’accord est ratifié. En France, les réactions à charge n’ont pas manqué, des Jeunes Agriculteurs à la FNSA qui, par la voix de Christiane Lambert, ont fustigé « un coup dur pour l’agriculture ». « 74 % des produits phytosanitaires utilisés au Brésil sont interdits en Europe », a-t-elle alerté. C’est là l’autre préoccupation majeure qui avait déjà été soulevée par 340 ONG européennes et sud-américaines concernant l’impact environnemental.

Salve de critiques des syndicats agricoles et des partis politiques

« On ne peut pas promouvoir une agriculture durable et faire du climat une priorité, et importer sa viande de l’autre bout de la planète en favorisant un modèle agricole intensif responsable de 80 % de la destruction de la forêt amazonienne », a vivement réagi l’eurodéputé PS Éric Andrieu. Pour Esther Benbassa, d’Europe Écologie-les Verts, l’accord est « une catastrophe écologique », tandis que le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a mis en garde contre « un projet qui va abîmer la planète, notre santé et l’agriculture française ». La France insoumise appelle à un rassemblement, mardi, devant le Parlement européen, pour dénoncer un « accord opaque » conclu « au cours de la vacance parlementaire et sans transmission de la moindre information aux députés sortants ».

Alors que l’eurodéputé LaREM Pascal Durand qualifie la signature du projet de « jour funeste », le président français Emmanuel Macron a évoqué un « bon » texte, tout en parlant de « vigilance » dans sa mise en œuvre. L’hôte de l’Élysée avait pourtant juré sur tous les tons qu’il n’y aurait pas de signature tant que Brasília ne confirmait pas son soutien à l’accord de Paris sur le climat, dont Jair Bolsonaro a menacé de se retirer. Avant de se coucher face aux pressions de ses partenaires européens. À l’issue du sommet du G20 à Osaka au Japon, le locataire du Planalto, climatosceptique par excellence et fossoyeur de l’Amazonie, a griffonné son accord de principe, les promesses n’engageant que ceux qui y croient.

Cathy Dos Santos
Maxime Combes : « On ouvre encore plus les portes à l’agrobusiness »
Lundi, 1 Juillet, 2019

Salué par Macron, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur entraîne une levée de boucliers de la part de nombre d’organisations non gouvernementales. Entretien avec Maxime Combes, économiste à Attac et militant pour la justice climatique.

 

 

Emmanuel Macron avait promis qu’il ne signerait pas un mauvais accord. Et pourtant, ce traité de libre-échange avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) va encore une fois à l’encontre de ses dires ?

Maxime Combes Clairement ! On donne notamment une légitimité à un Jair Bolsonaro alors que celui-ci remet en cause de manière permanente les régulations environnementales au Brésil. Il a démantelé le ministère de l’Écologie. Il favorise la déforestation au profit de l’agrobusiness et viole les droits de populations indigènes. Signer cet accord, c’est lui délivrer un blanc-seing. Mais, au-delà, regardons les répercussions en Europe. L’UE, en acceptant d’importer des produits agricoles (viande bovine, volaille) et en continuant à importer massivement du soja (transgénique), va fortement déstabiliser son secteur agricole.

Un tel accord va-t-il aussi à l’encontre des efforts faits par certains en Europe pour mettre sur pied une agriculture responsable ?

Maxime Combes C’est un très mauvais signal qu’on donne. Cet accord va avoir des impacts négatifs sur la capacité des pouvoirs publics et du monde paysan à organiser une transition vers une agriculture locale et de qualité. On ouvre encore plus les portes à l’agrobusiness et à ses multinationales.

Au-delà de l’agriculture, qu’en est-il aussi du secteur de l’énergie ? Ainsi l’Argentine et ses hydrocarbures non conventionnels. Ne va-t-on pas inciter ce pays à produire toujours plus et à détruire encore ?

Maxime Combes Le mandat avec lequel la Commission européenne a négocié avec le Mercosur n’a jamais été rendu public. On ne sait rien des secteurs qui ont été mis sur la table. Il est clair, par contre, que cette fuite en avant fera primer les intérêts des multinationales sur les exigences sociales, les droits humains, la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de la biodiversité. Tout cela est lié à la nature même des règles qui organisent le commerce international et sur laquelle se base la signature de ces accords. Ces règles imposent que rien ne puisse entraver un accord, et ce, même s’il nuit à des principes fondamentaux.

Est-il encore possible que les pays européens, qui doivent ratifier le traité, le retoquent ?

Maxime Combes Il faut d’abord rappeler que le mandat commercial avec lequel la Commission européenne a négocié est fondé sur des règles édictées au siècle passé. Or celles-ci sont aujourd’hui obsolètes. Cette vieille doctrine européenne qui voulait placer l’Europe au cœur des négociations économiques n’est plus d’actualité. Le climat et les inégalités sociales sont les seuls enjeux de demain. Ensuite, tout est possible. Nous sommes sûrement devant un accord mixte, qui mêle des enjeux de commerce, mais aussi des éléments qui ne sont pas liés à celui-ci. Or ces éléments extérieurs doivent aussi être ratifiés par les parlements de chaque État membre et, pourquoi pas, invalidés. Du coup, rien n’est terminé. Ces derniers jours, il y a eu de très fortes mobilisations de nombreux secteurs : ONG, syndicats et monde agricole dans son ensemble. Pour rappel, le Parlement européen était extrêmement divisé lorsqu’il a fallu discuter avec l’Amérique de Donald Trump. Pourquoi pas dès lors avec le Brésil de Bolsonaro ?

Entretien réalisé par Éric Serres
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