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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 06:23
Georges Ibrahim Abdallah : pourquoi la France s'acharne sur le plus ancien prisonnier d’Europe (Parti communiste, Pierre Barbancey dans L'Humanité, AFPS)

Ce 2 avril, dans une prison française, Georges Ibrahim Abdallah aura 70 ans, il aura passé dans cette prison de Lannemezan 37 années de sa vie, ce qui en fait le plus ancien prisonnier politique d’Europe.

Chaque année avec de nombreuses associations, le PCF dénonce ce déni de justice : après avoir purgé une peine de sûreté de quinze ans, il devait bénéficier d’une liberté conditionnelle. La justice française, sous la pression des États-Unis et d’Israël, n’a pas accédé à cette demande plus de dix fois déposée et bien que le tribunal d’application des peines l’ai approuvée.

Georges Ibrahim Abdallah, communiste libanais, avait choisi de défendre les droits du peuple palestinien, s’il n’a pas choisi la lutte non-violente, ce choix il l’a assumé et payé de trente-sept années de détention, trente-sept ans de sa vie.

Maintenant il souhaite retourner au Liban, son pays qui souhaite l’accueillir, comme l’a confirmé le ministre libanais venu lui rendre visite la semaine dernière.

Le PCF demande Justice, que cesse cet arbitraire, que la France fasse preuve d’indépendance et libère immédiatement Georges Ibrahim Abdallah en respect des règles de droit et de la défense de la justice française.

Parti communiste français,
Paris, le 2 avril 2021

Georges Ibrahim Abdallah : pourquoi la France s'acharne sur le plus ancien prisonnier d’Europe
Vendredi 2 Avril 2021

Ce 2 avril marque les 70 ans de Georges Ibrahim Abdallah, enfermé en France depuis trente-six ans. Défenseur du droit des Palestiniens et plus ancien prisonnier d’Europe, il est libérable depuis 1999. Il suffirait pourtant d’un arrêté d’expulsion pour que les portes de sa cellule s’ouvrent.

 

Georges Ibrahim Abdallah fête ses 70 ans ce vendredi. Ses yeux de nouveau septuagénaire apercevront le monde comme ils les voient depuis plus de trente-six ans maintenant : derrière les barreaux d’une prison. C’est ce monde justement qu’il rêvait de changer quand, dans sa jeunesse au nord du Liban, il a commencé à comprendre l’injustice faite aux paysans et aux ouvriers libanais, aussi bien qu’à ces centaines de milliers de Palestiniens, réfugiés au pays du Cèdre. Un rêve qu’il n’a jamais abandonné, qui illumine l’obscurité lorsqu’il clôt ses paupières pour que la persistance ne soit pas que rétinienne.

Georges Ibrahim Abdallah a toujours été un résistant. Un combattant. Y compris lorsque, après des études à Beyrouth, il est devenu instituteur dans la plaine de la Bekaa. Comment apprendre la justice et la fraternité aux enfants lorsque la partie sud du pays est envahie par Israël ? La force du mot n’est pas toujours suffisante lorsqu’il s’agit d’affronter des commandos militaires. Alors, Georges, issu d’une famille chrétienne maronite, qui a troqué les Évangiles pour Marx et Lénine, va s’engager et suivre des entraînements militaires dans divers pays progressistes de la région. Il est alors proche du Mouvement nationaliste arabe (MNA) et du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Puis, il participe à la création des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), organisation communiste et anti-impérialiste.

Avec d’autres militants, il est envoyé en France pour poursuivre le combat. Le contexte d’alors est terrible. La guerre civile fait rage au Liban et l’armée israélienne se déchaîne dans le sud du pays. Les assassinats politiques se multiplient de tous les côtés. Survient alors, en janvier 1982, l’assassinat de l’attaché militaire adjoint de l’ambassade des États-Unis à Paris. Trois mois plus tard, un diplomate israélien est également abattu. Les deux hommes auraient en commun leur appartenance à la CIA et au Mossad.

Georges Ibrahim Abdallah est arrêté en 1984. Il est condamné en 1986 à quatre ans de prison pour détention d’arme et usage de faux papiers. Il est de nouveau jugé le 28 juillet 1987, malgré ses dénégations, pour complicité d’assassinat et condamné à la perpétuité à une époque où la peine de sûreté n’existe pas (lire l’entretien avec Jean-Louis Chalanset).

À titre de comparaison, on rappellera que plusieurs dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ont été assassinés à Paris, vraisemblablement par les services israéliens, sans qu’aucune arrestation ait lieu. La représentante de l’ANC (le parti de Nelson Mandela), Dulcie September, a elle aussi été abattue dans la capitale française mais aucun assassin n’a été retrouvé. Quant à l’enlèvement et à la disparition de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka, on en est encore aux supputations.

Chape de plomb sur les raisons de l’acharnement français

C’est dire le caractère éminemment politique de l’affaire et de l’acharnement des autorités françaises. Georges Ibrahim ­Abdallah est aujourd’hui le plus vieux prisonnier d’Europe. Il a déjà passé plus de temps en prison que Nelson Mandela. Or, il est libérable depuis 1999. Toutes ses demandes de libération ont été rejetées. Et si un tribunal accède finalement à la demande, il y a toujours une cour ou un ministre pour faire appel.

Que peuvent invoquer les dirigeants français pour expliquer cet acharnement ? Il y a d’abord eu une chape de plomb. Puis, petit à petit, grâce aux comités de soutien qui se sont formés en France et dans le monde, un voile a été levé sur le sort de ce prisonnier politique. Mais les pressions états-uniennes et israéliennes (évoquées par l’ancien patron des services secrets français Yves Bonnet) restent fortes et sont partagées par des hommes comme Manuel Valls. Celui-ci, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, avait la possibilité de mettre fin à ce calvaire en signant un arrêté d’expulsion. Il s’y est refusé. Paradoxalement, cet arrêté, qui est demandé par l’avocat de Georges Ibrahim Abdallah devant le tribunal administratif de Paris, s’il était émis, ouvrirait la porte de la prison. Il pourrait alors rentrer chez lui, au Liban.

Georges Ibrahim Abdallah est incarcéré sous le numéro d’écrou 2388/A221 au centre pénitentiaire de Lannemezan, au pied des Pyrénées. « Calme et déterminé, l’homme semble indestructible par sa prestance et la solidité de ses convictions renforcées au fil des ans et des soubresauts du monde. Embrassades et mots d’accueil avec un brin de malice, involontaire sans doute quand ses premiers mots sont pour nous demander comment nous avons supporté les deux mois de confinement. » Voilà ce qu’écrivait dans nos colonnes Alain Raynal, collaborateur de l’Humanité, qui lui avait rendu visite en août de l’année dernière. Un journal, l’Huma, qui parvient à Georges Ibrahim Abdallah, dans sa cellule.

Animateur du collectif des Hautes-Pyrénées, Daniel Larregola va aussi le voir régulièrement. Des visites plus espacées à cause de la pandémie. Il confirme son état d’esprit lucide et combatif en faveur des Palestiniens, des migrants et de toutes les causes progressistes dans le monde.

Ce 2 avril marque les 70 ans de Georges Ibrahim Abdallah. Demander sa libération, dénoncer l’acharnement des gouvernements français successifs, porter son nom en une de notre journal, c’est aussi lui dire : « Bon anniversaire Georges ! »

Une carte-pétition adressée à Emmanuel Macron

De nombreuses personnalités à travers le monde ont apporté leur soutien à Georges Ibrahim Abdallah. Parmi celles-ci, Angela Davis, qui sait ce qu’être pourchassé et emprisonné veut dire lorsqu’on est anti-impérialiste. Mais c’est sans doute le collectif des Hautes-Pyrénées (4, rue des Haras, 65000 Tarbes) pour la libération de ce militant libanais qui a su le mieux maintenir la flamme pour qu’il ne soit pas oublié. Des manifestations sont régulièrement organisées devant la prison de Lannemezan. Les parlementaires de tous bords, interpellés, ont saisi le garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur. Il y a une dizaine de jours, l’ambassadeur du Liban en France et la ministre libanaise de la Justice ont rendu visite à Georges Ibrahim Abdallah en prison.

Le collectif vient d’éditer une carte-pétition « 37 ans, Stop ! » à adresser à Emmanuel Macron, demandant un arrêté d’expulsion pour que Georges puisse retrouver son pays natal. Enfin, il est possible de lui écrire directement : Georges Ibrahim Abdallah, 2388/A221, CP de Lannemezan, 204, rue des Saligues, BP 70166 65307 Lannemezan.

Georges Ibrahim Abdallah, 70 ans ce 2 avril, militant communiste, engagé pour la cause palestinien est emprisonné depuis 37 ans.
Il est libérable depuis 1999, plus de 20 ans. Il est devenu l’un des plus anciens prisonniers politiques du monde. Georges a reçu dernièrement la Ministre de la Justice libanaise accompagnée de l’ambassadeur du Liban.
Pour qu’il soit enfin libre, et puisse rentrer dans son pays natal , il suffit à la France de signer un arrêté d’expulsion pour le Liban.
Imprimez et signez la carte pétition "37 ans, Stop" demandant au Président de la République de signer l’arrêté d’expulsion
Pour l’envoyer il n’est pas nécessaire de timbrer la carte et/ou l’enveloppe.
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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 06:03
États-Unis. Le meurtre d’État d’Ethel et Julius Rosenberg - par Bruno Odent, L'Humanité, 2 avril 2021
États-Unis. Le meurtre d’État d’Ethel et Julius Rosenberg - par Bruno Odent, L'Humanité, 2 avril 2021
États-Unis. Le meurtre d’État d’Ethel et Julius Rosenberg - par Bruno Odent, L'Humanité, 2 avril 2021
États-Unis. Le meurtre d’État d’Ethel et Julius Rosenberg
Vendredi 2 Avril 2021 - L'Humanité

Après une parodie de procès, les deux militants communistes furent condamnés, le 5 avril 1951, à périr sur la chaise électrique. Pacifiste et anti-impérialiste, le couple a défendu jusqu’au bout son innocence.

 
Repères
  • 1938 Un décret présidentiel sur le « loyalisme » des fonctionnaires aboutira à la mise en place, par le sénateur McCarthy, de la Commission des activités anti-américaines.
  • 9 février 1950 Le sénateur McCarthy présente une liste de communistes travaillant au Département d’État.
  • Juillet-août 1950 Julius et Ethel Rosenberg sont arrêtés pour espionnage au profit de l’URSS.
  • 19 juin 1953 Les époux Rosenberg sont exécutés sur la chaise électrique.

Leur procès politique allait se conclure par leur condamnation à périr sur la chaise électrique. Il y a soixante-dix ans, le 5 avril 1951, le verdict du jury d’un tribunal sous influence tombait sur Ethel et Julius Rosenberg. Après une délibération grossièrement truquée, selon les analyses de nombre de juristes, menée par un juge aux mains de la CIA, les deux militants communistes de 36 et 33 ans étaient déclarés coupables de « haute trahison contre le peuple américain » au prétexte qu’ils auraient transmis les secrets de fabrication de la bombe nucléaire américaine à l’Union soviétique. Deux ans plus tard, en dépit de divers recours et d’un immense mouvement de solidarité internationale, ils furent soumis au châtiment suprême, dans toute sa barbarie : plusieurs infinies minutes, selon les témoins de l’exécution, avant que les suppliciés n’expirent.

Assassinés pour l'exemple

Le crime d’État visait rien de moins que d’installer la géopolitique états-unienne de la guerre froide en décrétant la terreur contre toute critique intérieure. Washington avait misé sur une suprématie militaire totale grâce à la bombe atomique. Des travaux pratiques avaient permis d’en mesurer l’efficacité sur l’échelle de l’immonde à travers ces dizaines de milliers de civils massacrés à Hiroshima et à Nagasaki.

Ethel et Julius étaient de ceux qui se battaient depuis des années contre le fascisme, pour la paix et la justice sociale, et ils soutenaient l’URSS, alors encore auréolée de sa révolution et de sa résistance au nazisme. Le jeune couple figurait parmi « les rouges », dépeints comme une 5e colonne par le maccarthysme. Son principal tort aura été d’avoir lutté de toutes ses forces contre cette stratégie de domination impériale, dantesque pour l’avenir de l’humanité. Ethel et Julius devaient être assassinés pour l’exemple, pour dissuader toute velléité d’opposition à la terrible raison d’État. Eux, dont les familles juives, originaires d’Europe centrale, avaient fui les pogroms et l’arbitraire pour se réfugier à New York, dans la ville-monde et ses promesses de liberté, furent victimes du piétinement de la démocratie et de la justice orchestré par le sénateur Joseph McCarthy et ses acolytes du FBI comme un certain Edgar Hoover, qui s’illustrera un peu plus tard contre les militants noirs des droits civiques.

Une accusation à court d’éléments

Soixante-dix ans après, la mémoire des Rosenberg demeure un énorme enjeu. Ethel et Julius ont plaidé leur innocence jusqu’au bout. Mais une chronique s’invite régulièrement dans les médias pour tenter de faire la démonstration de leur « culpabilité » ou de relativiser au moins la terreur d’État pratiquée par Washington. Elle s’appuie sur des témoignages dévoilant le militantisme du couple contre la bombe ou (et) le rôle de quelques-uns de ses proches. Comme le frère d’Ethel, David Greenglass, qui fut, durant le procès, un témoin à charge. Il avait affirmé avoir vu sa sœur taper à la machine des documents issus de la base atomique de Los Alamos. Des assertions lourdes puisque Greenglass, qui y avait lui-même travaillé, avait reconnu avoir appartenu à un réseau d’espionnage au service de l’URSS.

Aveux fabriqués et dictés par une accusation à court d’éléments réellement confondants, ou expression d’une terrible haine intrafamiliale ? Cinquante ans plus tard, Greenglass avouera publiquement avoir menti, tout en précisant curieusement « ne rien regretter ». La figure des Rosenberg comme maîtres espions nucléaires vacillait. Elle n’avait, il est vrai, jamais été vraiment prise au sérieux par nombre d’observateurs. Le physicien britannique d’origine allemande Klaus Fuchs ne fut-il pas reconnu, entre-temps, comme l’indiscutable « orchestrateur » des « fuites » atomiques vers l’Union soviétique ?

« Nous serons réhabilités par l’histoire »

Qu’à cela ne tienne, l’ingénieur électricien Julius Rosenberg n’avait-il pas succombé à la cause de l’ennemi communiste ? Ne fut-il pas membre de la Fédération des architectes, ingénieurs, chimistes et techniciens (FAECT) des États-Unis, qui ne cachait pas ses sympathies pour l’URSS durant les années 1930 et 1940 ? Nombre de commentaires s’acharnent jusqu’à aujourd’hui si ce n’est à justifier les bourreaux, au moins à blanchir partiellement le chef de file du « monde libre » de son bien encombrant crime d’État ?

Les Rosenberg ont d’évidence partagé avec les communistes états-uniens la nécessité d’organiser, durant cette période, le soutien à l’URSS menacée. Cet engagement au service de la paix était incompatible avec une géopolitique de la guerre froide, redevenue malheureusement si actuelle. Ethel Rosenberg a écrit juste avant de s’asseoir sur la chaise électrique : « J’envoie tout mon cœur à tous ceux qui m’aiment. Je ne suis pas seule et je meurs avec honneur et dignité, en sachant que mon mari et moi nous serons réhabilités par l’histoire. » Ce combat-là se poursuit, soixante-dix après leur monstrueux assassinat d’État. Il est, chère Ethel, plus crucial que jamais de l’emporter.

La terrible « tache » du maccarthysme

Entre 1950 et 1956, le maccarthysme émerge aux États-Unis en même temps que la guerre froide. Son maître d’œuvre, le sénateur républicain Joseph McCarthy, va s’employer à légitimer la chasse aux communistes et à tous ceux dont la pensée critique est suspectée de leur rendre service. En 1952, il prend la direction d’un sous-comité sénatorial d’enquête permanent qui érige la délation en instrument de gouvernance. Il pourra entretenir un délire de persécution paranoïaque collectif afin de bannir ou d’exclure des centaines de milliers de citoyens mal-pensants.

Le 19 juin 1953, le gouvernement américain faisait exécuter Julius et Ethel Rosenberg en pleine répression anti-communiste malgré un raz de marée de protestations dans le monde

Message de Robert Meeropol, fils cadet d'Ethel et Julius Rosenberg, en soutien au journal l’Humanité

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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 15:45
29 mars 1988: Assassinat de Dulcie September, militante communiste anti-apartheid - les Belles Rouges lui rendent hommage à Saint-Brieuc
29 mars 1988: Assassinat de Dulcie September, militante communiste anti-apartheid - les Belles Rouges lui rendent hommage à Saint-Brieuc
Dulcie SEPTEMBER assassinée le 29 mars 1988
Mardi 29 mars 1988, Paris, 10, rue des Petites-Écuries. Il est 9 h 47 et un bruit d’escalier qu’on dévale retentit dans le bâtiment C. Monsieur D. a à peine le temps de s’écarter pour laisser passer en trombe deux grands types aux cheveux courts, d’une quarantaine d’années tout au plus. À 10 heures, on découvre le corps sans vie d’une femme au 4e étage, sur le palier des bureaux de l’African National Congress (ANC), principal mouvement anti-apartheid, interdit en Afrique du Sud depuis 1960. Dulcie Evonne September, cinquante-trois ans, représentante de l’ANC, vient d’être abattue de cinq balles de calibre 22, tirées à bout portant, au silencieux. On ne retrouvera jamais les tireurs. Un non-lieu sera prononcé en 1992 et l’affaire classée. Ce crime est pourtant signé : il s’agit d’une exécution en bonne et due forme par des agents et mercenaires du régime barbare de Pretoria.
 
***
29 mars 1988 : Dulcie Evonne September est abattue à Paris
Robert Clément
Il y a plus d’un quart de siècle, l’Afrique du Sud vivait sous le régime de l’apartheid. Et rien n’arrêtait le gouvernement raciste de Pretoria dans sa lutte implacable contre l’African National Congress. En 1988, la représentante en France du mouvement de Nelson Mandela était abattue à bout portant.
Mardi 29 mars 1988, Paris , 10, rue des Petites-Écuries . Il est 9 h 47 et un bruit d’escalier qu’on dévale retentit dans le bâtiment C. Monsieur D. a à peine le temps de s’écarter pour laisser passer en trombe deux grands types aux cheveux courts , d’une quarantaine d’années tout au plus. À 10 heures, on découvre le corps sans vie d’une femme au 4e étage , sur le palier des bureaux de l’African National Congress (ANC), principal mouvement anti-apartheid, interdit en Afrique du Sud depuis 1960. Dulcie Evonne September, cinquante -trois ans, représentante de l’ANC, vient d’être abattue de cinq balles de calibre 22, tirées à bout portant, au silencieux.
On ne retrouvera jamais les tireurs. Un non-lieu sera prononcé en 1992 et l’affaire classée. Ce crime est pourtant signé : il s’agit d’une exécution en bonne et due forme par des agents et mercenaires du régime barbare de Pretoria.
Dulcie September se savait menacée ; elle avait demandé, sans l’obtenir, une protection policière aux autorités françaises mais elle avait refusé la mutation proposée par la direction de l’ANC, car il n’était pas question de donner l’ impression de déserter le terrain. Perspicace et charismatique, Dulcie était impossible à décourager.
Née en 1935, Dulcie grandit à Athlone, township métisse du Cap. À vingt ans, elle débute sa carrière d’institutrice , sa vocation ; elle veut aider ses élèves à donner sens à leur vie. Très tôt éveillée à la politique. Dulcie rejoint l’Union démocratique du peuple d’ Afrique australe (Apdusa) créée en 1960. Alors que toute organisation anti-apartheid est interdite, elle forme, en 1962, avec huit camarades , le Yu Chi Chan Club , d’inspiration maoïste (devenu le Front de libération nationale en 1963). Cela lui valut une arrestation en octobre 1963. À l’issue de six mois de procès, Dulcie est condamnée à cinq ans de prison où elle subit de mauvais traitements.
À sa sortie, on lui interdit de reprendre son poste et de militer. Le 19 décembre 1973, elle quitte son pays et rencontre des militants de l’ANC et du Parti communiste sud-africain exilés à Londres.
En 1976, elle devient employée permanente de l’ANC. Elle soutient à son tour les nouveaux exilés et se consacre à la collecte de fonds. Restée marquée par la manifestation du 9 août 1956 devant le siège du gouvernement à Pretoria et par les actions des femmes tout au long des années 1950 contre les livrets d’identité , les hausses de loyer ou pour les augmentations de salaire , Dulcie s’engage dans la Ligue des femmes. Au lendemain du soulèvement des lycéens de Soweto (16 juin 1976), qui marque le retour du mouvement populaire sur la scène politique et où les femmes occupent aussi une place importante. Dulcie travaille en liaison avec le comité anti-apartheid de l’ONU et la Fédération démocratique internationale des femmes. Elle impulse mobilisations, conférences et publications sur le sort des femmes et de la jeunesse, noire en particulier. Après un bref passage par le quartier général de l’ANC à Lusaka, dont elle dirigera le comité régional et au cours duquel elle organisera la célébration du 25e anniversaire de la manifestation d’août 1956, la nouvelle représentante en chef de l’ANC pour la France, la Suisse et le Luxembourg arrive à Paris en 1984. Elle y joue très vite un rôle clé en rassemblant les différentes composantes du mouvement de solidarité anti-apartheid autour des exigences de boycott, de désinvestissements et de sanctions du régime sud-africain. En juin 1986, elle monte une conférence internationale qu’Oliver Tambo, président de l’ANC, ouvre en soulignant l’obligation morale de la France d’intervenir en faveur des sanctions internationales.
L’Afrique du Sud traverse alors une phase décisive de son histoire . L’ANC appelle le peuple à « rendre le pays ingouvernable ». La répression policière et la violence des forces de sécurité contre la population ontatteint leur paroxysme en 1988 ; tous les jours , révoltes et répressions secouent le pays. C’est l’état d’urgence . Le régime a soif de sang . Il bombarde aussi les camps de l’ANC, notamment au Botswana, intervient en Angola contre les indépendantistes et organise des attentats contre des dirigeants anti-apartheid aux quatre coins du globe . Il faut donc couper les vivres à ce régime qui excelle dans les crimes contre l’humanité.
La France est alors présidée par François Mitterrand et c’est la cohabitation : Jacques Chirac est premier ministre, Charles Pasqua à l’Intérieur et Robert Pandraud à la Sécurité publique. La Françafrique est donc aux commandes. En intervenant publiquement, en 1986-1987, en faveur de Pierre-André Albertini. Dulcie provoque des contrariétés. La mobilisation des Français pour la libération de ce coopérant, emprisonné par Pretoria, gêne. Mais surtout, depuis plusieurs mois, elle a entrepris demettre au jour les filières de vente d’armes et cela ne plaît pas à grand monde, certainement pas à ce régime aux abois. La France était jusqu’alors un gros fournisseur de l’aéronavale sud-africaine. Avec le boycott, les ventes d’armes constituent un secteur porteur pour qui sait manœuvrer entre les gouttes.
Le mobile est là, sans doute. Les preuves ont disparu et la commission Vérité et Réconciliation, elle-même, malgré les aveux d’un ancien cadre des forces de sécurité, n’a pas réussi à traduire les coupables devant les tribunaux mais a démontré que, si la France en avait la volonté, elle contribuerait à rendre justice à Dulcie September.
Les sud-africaines donnent une leçon politique
9 août 1956. Les forces de police protégeant les abords des Union Buildings, siège du gouvernement à Pretoria, ont du mal à en croire leurs yeux. 20 000 femmes de tout le pays déposent une montagne de pétitions contre le livret d’identité, qui sert à contrôler à tout moment les mouvements des « non-Blancs ». Il mentionne le domicile, la catégorie« raciale », la nature, le lieu et la durée de l’emploi occupé en « zone blanche ». L’impossibilité de le produire entraîne peines d’amende, de prison et déportation.
La manifestation est exceptionnelle , par son ampleur et l’éventail de son rassemblement ; Indiennes, Africaines ou métisse, et Blanches venues en solidarité, unies, elles contestent l’un des piliers de l’apartheid : le contrôle discriminatoire de la population ségréguée et l’organisation de l’exploitation de la main-d’œuvre des townships. La Journée nationale des femmes est née ce jour-là.
 
La France s’honorerait de permettre des avancées décisives pour connaître la vérité
Assassinat de Dulcie September à Paris - Par Pierre Laurent, Sénateur Communiste de Paris / 4 mars 2021
 
Ma lettre au Ministre de la Justice
Monsieur le Ministre,
Je me permets d’attirer votre attention sur un nouvel élément d’actualité concernant le dossier de l’assassinat de Dulcie September, représentante du Congrès National Africain (ANC) le 29 mars 1988 à Paris.
Ce meurtre, exécuté sans doute par un professionnel, avait suscité une grande émotion populaire. Beaucoup d’éléments indiquent une implication des services secrets du régime d’apartheid. Pourtant le 17 juillet 1992, une ordonnance de non-lieu est rendue par la justice française suite à un abandon précoce de la procédure, ouverte par le Procureur de la République le 11 avril 1988.
Tous les observateurs s’accordent à dire que des moyens particulièrement faibles avaient été affectés à cette affaire et que cette procédure était marquée par un défaut très sérieux dans la collecte d’informations élémentaires.
Il est à noter par ailleurs que le ministère public pouvait à l’époque recevoir des instructions individuelles de la part du Garde des Sceaux sur la base la loi du 31 décembre 1957 instituant le code de procédure pénale (article 36).
Pourriez-vous m’indiquer si cela a été le cas pour le dossier de Dulcie September ?
En tout état de cause sa famille a saisi le 16 février dernier le tribunal judiciaire de Paris sur le fondement de l’article 141-1 du code de l’organisation judiciaire qui prescrit expressément que l’État est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service de la justice.
Je partage les préoccupations exprimée par la famille de Dulcie September et de tous ceux qui depuis des décennies veulent que la vérité apparaisse au sujet de ce meurtre et de son traitement par l’institution judiciaire.
La France s’honorerait de permettre des avancées décisives en la matière.
Par conséquent je vous serais reconnaissant, Monsieur le Ministre, de suivre ce dossier avec toute l’attention nécessaire.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations les plus distinguées.
 
29 mars 1988: Assassinat de Dulcie September, militante communiste anti-apartheid - les Belles Rouges lui rendent hommage à Saint-Brieuc
29 mars 1988: Assassinat de Dulcie September, militante communiste anti-apartheid - les Belles Rouges lui rendent hommage à Saint-Brieuc

Contre l'apartheid, les communistes se sont levés. Hommage à Dulcie September. Aujourd'hui, jour anniversaire de son assassinat à Paris le 29 mars 1988, les " belles rouges " du PCF à Saint Brieuc, qui avaient déjà débaptisé symboliquement une rue Thiers il y a quelques jours pour donner le congé de la République au nabot massacreur des communards, rendent hommage à Dulcie September, venue inaugurer la rue Mandela à Saint-Brieuc avant son assassinat.

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28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 17:37
Rwanda. La  responsabilité accablante de la France dans le génocide (L'Humanité, Lundi 29 Mars 2021)
Rwanda. La « responsabilité accablante » de la France dans le génocide
Lundi 29 Mars 2021 - L'Humanité

La commission Duclert souligne l’implication politique et militaire de notre pays qui a conduit à la mort de 800 000 Tutsis en 1994. Sur la base d’une définition étroite de la notion, elle exclut néanmoins une « complicité ».

Emmanuel Macron s’en réjouit. Il espère tenir enfin de quoi solder et clore l’épineux dossier de la relation de la France au Rwanda. Les conclusions de la commission de recherche sur les archives relatives au génocide des Tutsis (1990-1994), remises à l’Élysée le 26 mars, marquent une « avancée considérable », estime-t-il. Les historiens auraient ainsi fait œuvre utile, qui pourrait ripoliner l’image de la France aux yeux de toute l’Afrique. Celle-ci « ne mérite pas la méconnaissance qu’on lui impose après l’avoir soumise des décennies. Cela ne peut plus durer », résume le chercheur Vincent Duclert, qui a présidé ces travaux durant deux années. Le rapport est « très dense et documenté », il « établit de très nombreuses responsabilités » et constitue un « acte courageux et digne d’appréciation », réagit sur Twitter le président de l’Union africaine, Moussa Faki. Il s’agit, selon lui, d’une «importante décision au service de la vérité sur l’événement le plus dramatique de l’histoire africaine contemporaine ». Pas de réaction officielle, en revanche, du président rwandais, Paul Kagamé. Son ministère des Affaires étrangères salue « un pas important vers une compréhension du rôle de la France ».

Soutien au pouvoir dictatorial et réaction tardive

Le Rwanda s’apprête également à publier un rapport dans les semaines à venir « dont les conclusions compléteront et enrichiront celles de la commission Duclert ». Celle-ci retrace l’itinéraire d’une faillite politique et militaire de la France indéniablement liée au drame du génocide qui a causé la mort de 800 000 Tutsis en 1994. « Une horreur dans l’horreur que l’on ne peut supporter et que l’on voudrait cacher à la face du soleil. Dans ce cas précis, elle porte un nom : le cadavre mutilé d’un gosse », écrivait à ce propos Jean Chatain, envoyé spécial de  l’Humanité en 1994 au Rwanda, témoin en première ligne, décédé le 5 décembre 2019.

La commission pointe une « responsabilité accablante » de l’Élysée et l’obstination de François Mitterrand à ne pas vouloir regarder poindre un dénouement épouvantable. La France s’en est ainsi tenue à une simple opposition entre le camp hutu, incarné par le président Habyarimana, et le Front patriotique rwandais (FPR). Elle s’est polarisée sur les menaces de ce dernier et n’a pas rompu à temps avec son protégé, alors même qu’il se livrait au génocide. Elle a, enfin, réagi tardivement avec l’opération « Turquoise », laissant périr la très grande majorité des Tutsis du Rwanda. C’est, en substance, ce que dit la commission Duclert. Vincent Duclert avance toutefois une explication à cet égarement aux lourdes conséquences. «  Si la France l’avait su, si elle avait compris qu’en formant cette armée pléthorique, elle formait de facto des miliciens, elle serait sortie du Rwanda, peut-être aurait-elle agi différemment », dit-il dans entretien accordé au journal le Monde. Selon lui, « elle n’a rien su, ni compris des événements (…) C’est en cela que les responsabilités sont lourdes et accablantes. Elle a ignoré la réalité rwandaise et plaqué sur le pays les schémas néocoloniaux de puissances occidentales et de lectures ethnicistes ».

Un système d’influence cher à François Mitterrand

Responsable, donc, la France, mais aucunement complice de quelque façon que ce soit dans le génocide. « Il n’y a aucun document qui démontre un soutien aux extrémistes hutus dans leur ciblage des Tutsis en tant que “race” à exterminer. La France ne s’est jamais associée à un tel programme, ni ne l’a voulu dans ses actes et ses discours. Elle n’a pas non plus armé, ni formé les milices qui allaient en premier lieu exécuter le génocide. Elle a cru former des soldats rwandais », insiste Vincent Duclert. Pas de quoi convaincre l’association Survie. « Les conditions de la complicité sont clairement réunies », estime un de ses membres, François Graner, coauteur de l’État français et le génocide des Tutsis (Éditions Agone, 2020). Il suffit d’avoir un soutien actif en connaissance de cause. « Les décideurs français n’avaient pas d’intention génocidaire. Leur intention, c’était de maintenir le Rwanda dans leur zone d’influence, comme ils font dans plein de pays d’Afrique, c’est une politique générale à laquelle Mitterrand se tenait de façon très active. »

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26 mars 2021 5 26 /03 /mars /2021 08:56

 

Au fil des jours, les informations (*) qui nous parviennent sur l’état de santé de Mumia sont de plus en plus alarmantes. La maladie ravage affreusement son corps, tant intérieurement qu’extérieurement.

Les photos publiées par son médecin témoignent de cette dégradation physique (voir les pièces jointes). Mumia a des éruptions cutanées incessantes qui provoquent de graves lésions et des plaies béantes, donnant à sa peau l’aspect d’un cuir craquelé. Il n’a pas un centimètre carré de son corps qui ne soit couvert de sang et de plaies ouvertes.

Lors de son hospitalisation durant quatre jours la semaine dernière, outre où qu’il a été testé positif au Covid, les médecins ont constaté qu’il souffrait d’une défaillance cardiaque grave et d’œdèmes qui ont nécessité une intervention pour évacuer l’excès de liquide qui avait envahi ses poumons.

Face à cette situation, ses soutiens américains appellent plus que jamais à la mobilisation internationale car c’est une question de vie et ou mort. Pour son médecin personnel, le docteur Ricardo Alvarez « sa libération est le seul traitement » qui empêcherait d’envisager le pire.

Nous ne pouvons donc pas attendre un jour de plus : nous devons agir immédiatement pour remédier aux défis vitaux qui le menacent : défaillance cardiaque aigüe, Covid-19 et difficultés respiratoires, défaillance organique de la peau. D’autant qu’il n’est plus à l’hôpital mais à l’infirmerie de la prison et il souffre terriblement. Il est maintenu à l’isolement sans pommade cicatrisante et autres médicaments dont il bénéficiait auparavant pour apaiser ses douleurs. Il n’a par ailleurs plus accès au téléphone ni à sa tablette qui lui permettaient d’envoyer des messages et de recevoir des nouvelles de sa famille et de ses amis.

Le comportement des autorités politique et pénitentiaire est intolérable et humainement insupportable.

C’est ce qui nous conduit à rééditer notre appel à les inonder d’interpellations.

A toutes celles et ceux qui l’ont déjà fait, comme ceux qui ne l’ont pas encore fait, envoyez et renvoyez le courriel ci-dessous : • au Gouverneur Tom Wolf / brunelle.michael@gmail.com • au Procureur Larry Krasner‎ / justice@phila.gov ‎‎• au Secrétaire d’Etat John Wetzel / jowetzel@state.pa.us

Textes à copier-coller (anglais + français) : We are extremely worried about Mumia Abu Jamal’s state of health. He has tested positive for Covid-19 and has been diagnosed with congestive heart failure. Taking into consideration his medical history (hepatitis C) he is especially vulnerable. If he remains incarcerated his chances of survival are extremely low. Because of this we request his immediate hospitalisation so that he may receive whatever treatment is necessary in the care of independent professionals. We would also request his release from prison as soon as his health allows him to re-join his family. To avoid massive contamination through the Covid pandemic we would also request that all sick, elderly inmates should be freed.

NOM / PRENOM / VILLE / FRANCE

Nous sommes très préoccupés par l’état de santé de Mumia Abu-Jamal, testé positif pour Covid-19 et diagnostiqué avec une insuffisance cardiaque congestive. Tenant compte de ses antécédents médicaux (hépatite C) il est très vulnérable. S’il reste incarcéré, ses chances de survie seraient extrêmement faibles. ‎‎En conséquence, nous demandons son hospitalisation immédiate pour qu’il reçoive les soins appropriés par des professionnels indépendants et sa libération dès qu’il sera en état de rejoindre sa famille. ‎Pour éviter la contamination de la pandémie de Covid, nous vous demandons également de libérer tous les détenus les plus vulnérables, malades et âgés. Ne vous méprenez pas, vos interventions sont utiles car elles ont déjà brisé le mur du silence sur l’état réel de santé de Mumia et contraint à son hospitalisation hors de la prison. Continuons le combat pour le sauver et pour le libérer de cet enfer carcéral. (*)

Un grand merci à nos amis américains qui nous informe au quotidien de cette situation bouleversante et notamment à PRISON RADIO (le media qui donne la parole aux prisonniers et à leurs familles) à qui nous devons les infos de ce jour.

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25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 15:19

 

Nous n’allons pas, aujourd’hui, nous orienter vers le genre roman policier, non, je voudrais simplement évoquer avec vous l’audition du 4 mars dernier par la Commission des finances du Sénat, de Madame Mairead Mc Guinness. Vous ne serez pas surpris si je vous dis qu’elle est Irlandaise. Mais elle est surtout chargée, à la Commission européenne, des services financiers, de la stabilité financière et de l’union des marchés de capitaux, vous le voyez, un petit sujet. Il y eut, en fin de compte, assez peu de questions. Pour ma part, j’ai interrogé Madame la Commissaire sur trois sujets qu’elle n’avait pas évoqués dans son propos introductif.

D’abord, sur la place financière de Londres, la City, après le Brexit. Boris Johnson a annoncé l’an dernier qu’il allait créer, sur le territoire britannique, 10 ports francs (des zones de stockage opaques, inaccessibles, couvertes par le secret) afin d’accroître l’attractivité financière et fiscale du Royaume-Uni. De telles entités existent déjà au Luxembourg, à Genève… Nous pourrions ainsi nous retrouver à 30 kilomètres de Calais avec un Singapour sur Tamise.

Le deuxième sujet concernait les récentes révélations sur les pratiques fiscales du Luxembourg dites « OpenLux ». Pour mémoire, 55 000 sociétés offshore détenant 6 500 milliards d’euros d’actifs (le PIB de la France avant COVID était de 2 400 milliards), tout cela au cœur de l’Europe.

Enfin, dernier sujet, j’ai évoqué l’existence de paradis fiscaux en Europe, non membres de l’UE, notamment Jersey, Guernesey et l’Ile de Man (entre l’Irlande et la Grande-Bretagne). Faites l’expérience vous-même (par exemple Amedia Partners), vous pourrez créer votre société, ouvrir un compte bancaire en quelques jours à peu de frais, et au bout, c’est 0 impôt ! Ni vu, ni connu !

Sur ces trois points, Madame la Commissaire ne répondit pas dans un premier temps, relancée par le Président de la Commission ensuite, elle tint des propos très généraux que l’on pourrait qualifier aisément de langue de bois. Voyons ce que cette dame nous dit : « Nous voulons comprendre ce que le Royaume-Uni a en tête… Il nous faut être vigilants… lorsque nous prendrons peut-être des décisions… il faut mettre en place une supervision à l’échelle européenne… je reste confiante… Il faut y regarder de près… une meilleure coordination… nous serons très fermes sur ce point ».

Quelles mesures ? Quel calendrier ? Et surtout quelle volonté politique ? Il nous faut collectivement créer le rapport de forces… C’est aussi et surtout une question démocratique. Pour mémoire les commissaires ne sont pas comptables devant les peuples, ils et elles ne sont pas élu.e.s et n’ont donc aucune légitimité démocratique, nommé.e.s pour imposer la feuille de route de cette Europe libérale. Imposons le sujet des paradis fiscaux à la Commission !

 

 

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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 06:16
Tous témoins, Ouvrage collectif sous la direction de Farouk Mardam Bey, Actes Sud, et l'Association, Pour que l'esprit vive, 143 p., 25€

Tous témoins, Ouvrage collectif sous la direction de Farouk Mardam Bey, Actes Sud, et l'Association, Pour que l'esprit vive, 143 p., 25€

Livre collectif. Dessins sortis de l’enfer des prisons de Syrie
Jeudi 18 Mars 2021

Incarcéré et torturé, Najah Albukaï témoigne par l’encre et le crayon dans un livre enrichi de très nombreuses contributions écrites.

Le Syrien Najah Albukaï est né en 1970. Il est artiste peintre. Il s’est jeté éperdument dans la révolution syrienne, dès les débuts, en 2011. Il a été emprisonné et torturé à plusieurs reprises dans les geôles de Damas. En 2011 d’abord, pour une journée, puis en 2012 (« un mois de torture en continu »), puis en 2014. Là, « ça a été l’enfer ». Au centre « 227 », dans les sous-sols, il fait partie de ceux que l’on appelait les « dénudés », parce que dévêtus et chargés du « labeur macabre » qui consiste à transporter les cadavres des codétenus dans des couvertures maculées de crasse, de pus et de sang. « Je n’ai pas arrêté, écrit Najah Albukaï, l’un des premiers cadavres que j’ai vus était marqué au gros feutre 5535 et l’un des derniers 5874. Ces chiffres, gravés dans ma mémoire, indiquent que trois cent quarante et un prisonniers sont morts pendant mon séjour, du 3 septembre au 11 novembre 2014. » Sa famille a pu le faire sortir, en payant une fortune en pots-de-vin : « Le tribunal du terrorisme était un véritable tiroir-caisse pour les services corrompus du régime. » Il se voit enfin accorder, par l’ambassade de France à Beyrouth, un visa de réfugié. Il se met à dessiner sans trêve au crayon et à l’encre sèche. Cela représente « des corps encagés dans des cachots » (Samar Yazbek), des figures de momies creuses, des hommes nus, pressés comme des moutons, devant la matraque des sbires d’Assad, des scènes de torture au trait fissuré, des têtes effarées, des détenus contraints de maintenir des corps suppliciés criblés de coups. On sent l’étouffante asphyxie de la page, engorgée sous l’amoncellement figuré des corps, la dissolution à grande échelle d’une « masse compacte et inidentifiable » (Sinan Antoon).

Des œuvres nées de l’horreur

Ces dessins semblent « croqués sur le vif » (Elias Sanbar), pour « témoigner de l’entreprise génocidaire menée par le pouvoir » (idem). Ils font l’objet d’une exposition à la galerie Fait & Cause tandis que le livre, sous la direction éditoriale de Farouk Mardam-Bey, les reproduit et les accompagne d’une vingtaine de textes, sous le titre générique de Tous témoins. La Maison de la poésie a prévu une soirée autour de l’ouvrage, le 20 mars. Des contributions poignantes (entre autres, de Sinan Antoon, Santiago Alba Rico, Habib Abdulrab Sarori, Djaïli Amadou Amal, Mohamed Berrada, Laurent Gaudé, Farouk Mardam-Bey, Wajdi Mouawad, James Noël, Olivier Py, Samar Yazbek) légendent, en quelque sorte, ces œuvres nées de l’horreur. Certains auteurs évoquent leur propre pays, en lien avec ce que Farouk Mardam-Bey nomme la « syrianisation du monde ». Samar Yazbek n’a pas oublié les jeunes Syriens dans les rues, à l’époque qu’on avait baptisée comme étant celle des printemps arabes. « C’étaient des corps frais qui se libéraient, élancés, bouillonnants de colère. » Et puis, poursuit-elle, « J’ai vu ces mêmes corps piétinés par les miliciens, assassinés par des snipers, conduits brutalement en prison », devenus « nourriture du néant ».

Tous ces presque cadavres griffonnés à la main, entourés du silence de l’impensable, possèdent l’ « intensité de choc » propre au dessin, que le témoignage photographique n’atteint pas. Selon Elias Sanbar  : « L’émotion qui sort par tous les pores » surpasse et bouleverse davantage.

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17 mars 2021 3 17 /03 /mars /2021 06:45
Le peuple syrien meurtri par une décennie de souffrances - Pascal Torre, secteur International du PCF
Le peuple syrien meurtri par une décennie de souffrances

Dix ans après le début de l’insurrection syrienne, Bachar Al Assad, avec l’appui de la Russie et de l’Iran, est parvenu à se maintenir au pouvoir tout en reprenant le contrôle de la majeure partie du territoire. La barbarie du régime est à l’origine de 400 000 décès ainsi que du déplacement ou de l’exil de cinq millions de personnes. Ce tyran a utilisé une stratégie de terreur avec des bombardements massifs, l’usage d’armes chimiques et la torture généralisée contre son propre peuple. Pour ces crimes contre l’humanité, Bachar Al Assad devra rendre des comptes.
La stratégie des pays occidentaux, dont les États-Unis et la France, de poser comme préalable le départ de Bachar Al-Assad et d’armer une partie de l’opposition au régime syrien, soutenue par les pétromonarchies et la Turquie, ont accéléré le processus de militarisation et d’internationalisation de la crise politique souhaité par Bachar Al-Assad afin de tuer dans l’œuf le mouvement populaire démocratique.

Dix ans plus tard la guerre n’est pas terminée et les opérations militaires tout comme le terrorisme djihadiste demeurent une réalité.

La région d’Idlib, qui échappe au contrôle de Damas, est devenue le refuge des organisations djihadistes soutenues par la Turquie. En dépit d’un cessez-le-feu en vigueur depuis mars, les tensions perdurent alors que Moscou et le régime syrien ne cachent pas leur ambition d’en reprendre le contrôle. Par ailleurs, Ankara a annexé des territoires kurdes dans le nord, notamment celui d’Afrin, dans lesquels les populations sont soumises par une politique de terreur. R.T. Erdogan a de surcroît massé des troupes à la frontière et trépigne d’impatience afin d’éradiquer l’expérience libertaire et communaliste du Rojava. A cela s’ajoute la persistance des opérations contre Daesh qui ces derniers mois, dans l’est, a multiplié les opérations meurtrières. Les puissances occidentales ne sont pas en reste. Après avoir jeté de l’huile sur le feu durant tout le conflit, elles poursuivent des opérations de bombardements visant les infrastructures et les positions utilisées par les milices pro-iraniennes. Elles reçoivent l’appui constant d’Israël qui a réalisé plus d’une centaine de frappes depuis 2011 contre le régime syrien, le Hezbollah libanais et les troupes iraniennes provoquant la mort de très nombreux civils.

A la guerre, aux déplacements de populations, à l’exil, s’ajoute désormais une crise économique sans précédent aggravée par les sanctions occidentales et la Covid-19 qui disloquent le tissu social. Le pays s’enfonce désormais brutalement dans la pauvreté voire la famine. Les pénuries sont partout, touchant l’alimentation, les produits pétroliers et gaziers, la production électrique, l’accès aux médicaments. Tous les services publics et plus particulièrement ceux de la santé et de l’éducation sont en ruine. La monnaie nationale s’est effondrée et l’hyper-inflation réduit à néant le pouvoir d’achat. Le peuple syrien n’entrevoit aucune perspective alors que les proches du pouvoir festoient dans les restaurants de Damas qui leur sont exclusivement ouverts. La population craint désormais encore plus la faim que la violence guerrière. Le clan corrompu et prédateur de Bachar Al Assad porte la responsabilité majeure de cette ruine alors que ses membres continuent à s’enrichir insolemment. Les alliés russes et iraniens participent aussi à la curée en contrôlant les ports ou les mines de phosphate. L’effondrement de l’économie libanaise alourdit encore la situation car de nombreux dépôts syriens se sont volatilisés ou demeurent bloqués.

La fin d’un conflit armé porte souvent en lui les germes d’une reprise économique grâce aux efforts de reconstruction et à l’afflux des investisseurs. Rien de tel ne se produit en Syrie. Les caisses de l’État sont vides, l’aide étrangère est absente comme les investisseurs qui craignent la toxicité de cette économie. Les sanctions américaines amplifiées par la loi « César » visent précisément à décourager les investisseurs. Jusqu’en 2011, les sanctions se focalisaient sur des acteurs individuels et des secteurs spécifiques. Désormais, toutes les entreprises de toutes nationalités qui traiteraient avec le régime syrien s’exposeraient aux foudres de Washington. De toute évidence, comme le souligne l’ONU, ces sanctions seront inefficaces, inhumaines, constitueront un obstacle à la reconstruction et renforceront le pouvoir du clan Assad sur les secteurs les plus lucratifs de l’économie.

Dans ce contexte, les perspectives apparaissent sombres pour le peuple syrien. L’opposition politique structurée n’existe plus et celle qui demeure est discréditée et instrumentalisée par Ankara qui l’embrigade pour mener une sale guerre contre les Kurdes. Pour autant, les Syriens aspirent à la liberté, à la justice et à la paix. Les forces démocratiques à l’origine du soulèvement de 2011 existent toujours, tentent de se reconstituer même s’ils ne bénéficient d’aucun soutien. Dans ce combat difficile, les communistes sont à leur côté.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

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17 mars 2021 3 17 /03 /mars /2021 06:00
Yemen, une sale guerre qui s'éternise (Pascal Torre, secteur international du PCF - 12 mars 2021)

Depuis quelques semaines, les affrontements militaires au Yémen ont repris avec une sinistre vigueur. Des raids de la coalition conduite par l’Arabie Saoudite ont provoqué d’énormes dégâts dans la capitale Sanaa, aux mains des Houthis. De plus, ces derniers poursuivent leur offensive contre la ville de Marib qui demeure l’un des ultimes bastions des forces loyalistes. La prise de cette cité constituerait un revers sévère pour les forces de la coalition. Ces combats ont fait à ce jour près de 90 victimes et ouvre une nouvelle période de crise humanitaire.

Ce conflit trouve son origine dans le printemps arabe de 2011 durant lequel la mobilisation populaire est parvenue à chasser du pouvoir le dictateur Ali Abdallah Saleh. Alors qu’une conférence nationale de dialogue était sur le point de réussir, l’Arabie Saoudite a lancé une offensive en 2015 afin d’exclure les Houthis du pouvoir, soupçonnés de collusion avec l’Iran. Cette guerre civile a alors acquis une dimension régionale censée s’inscrire dans l’opposition entre Riyad et Téhéran.

Cette sale guerre a fait près de 250 000 victimes et cinq millions de réfugiés. Elle a provoqué l’une des pires crises humanitaires de la période contemporaine puisque les trois quart des 30 millions d’habitants sont dans une situation de famine majeure. A cela s’ajoute désormais les épidémies de choléra et de la Covid. Toutes les infrastructures du pays ont été détruites, il n’y a plus rien et seules une misère et une souffrance épouvantables subsistent. Le blocus criminel total imposé par la coalition et entériné jusqu’à présent par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France complique la vie des 90% de Yéménites qui survivent grâce à l’aide alimentaire et médicale internationale déjà insuffisante.

Cette recrudescence des violences intervient alors que Joe Biden a annoncé la fin du soutien américain à la campagne militaire saoudienne. Cela se traduit par une limitation des exportations de certains armements sans affecter celles destinées à la défense du régime de Riyad. Cela relativise la pression que Washington exerce sur cette monarchie du Golfe. Pour autant, cette décision devrait constituer une étape centrale dans le règlement du conflit qui passe par un embargo total sur la vente d’armes à tous les protagonistes. Depuis 2015, l’Arabie Saoudite a acheté pour 1,4 milliard d’euros de matériels de guerre dont certains sont utilisés dans le conflit yéménite. Les pays de la coalition ont des sources d’approvisionnement diversifiés mais les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Espagne se situent aux premiers rangs. Dans ce contexte, l’achat d’armes vaut aussi un soutien politique à la coalition anti-Iran. Si certains de ces pays ne sont pas signataires de traités de désarmement, il n’en va pas de même pour la France qui a ratifié le Traité sur le Commerce des Armes et qui se trouve en infraction avec celui-ci. En effet, des canons et des blindés français sont directement impliqués dans le bombardement des populations civiles. En dépit des massacres, E. Macron continue de soutenir l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis et refuse de décréter l’embargo d’autant que ces deux puissances financent les opérations du G5-Sahel. La responsabilité de la France dans cette guerre est engagée.

Tous les acteurs ainsi que les observateurs conviennent qu’il ne peut y avoir de solution militaire au conflit. Face aux revers successifs, les pays de la coalition cherchent une porte de sortie tout en misant sur la pérennisation de la guerre par une fragmentation du pays livré à des milices djihadistes rivales. Sur ce terreau prolifère Al Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) de Khalid Batargi. Il s’agit d’une stratégie criminelle qui sacrifie les populations et nourrit la violence et le terrorisme.

La France et l’Union européenne ont la responsabilité de soutenir les efforts des Nations Unies pour appliquer l’embargo sur les armes et relancer le dialogue politique. Il n’y a pas d’autres voies pour imposer la paix et la justice.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 06:19

 

Nous n’allons pas, aujourd’hui, nous orienter vers le genre roman policier, non, je voudrais simplement évoquer avec vous l’audition du 4 mars dernier par la Commission des finances du Sénat, de Madame Mairead Mc Guinness. Vous ne serez pas surpris si je vous dis qu’elle est Irlandaise. Mais elle est surtout chargée, à la Commission européenne, des services financiers, de la stabilité financière et de l’union des marchés de capitaux, vous le voyez, un petit sujet. Il y eut, en fin de compte, assez peu de questions. Pour ma part, j’ai interrogé Madame la Commissaire sur trois sujets qu’elle n’avait pas évoqués dans son propos introductif.

D’abord, sur la place financière de Londres, la City, après le Brexit. Boris Johnson a annoncé l’an dernier qu’il allait créer, sur le territoire britannique, 10 ports francs (des zones de stockage opaques, inaccessibles, couvertes par le secret) afin d’accroître l’attractivité financière et fiscale du Royaume-Uni. De telles entités existent déjà au Luxembourg, à Genève… Nous pourrions ainsi nous retrouver à 30 kilomètres de Calais avec un Singapour sur Tamise.

Le deuxième sujet concernait les récentes révélations sur les pratiques fiscales du Luxembourg dites « OpenLux ». Pour mémoire, 55 000 sociétés offshore détenant 6 500 milliards d’euros d’actifs (le PIB de la France avant COVID était de 2 400 milliards), tout cela au cœur de l’Europe.

Enfin, dernier sujet, j’ai évoqué l’existence de paradis fiscaux en Europe, non membres de l’UE, notamment Jersey, Guernesey et l’Ile de Man (entre l’Irlande et la Grande-Bretagne). Faites l’expérience vous-même (par exemple Amedia Partners), vous pourrez créer votre société, ouvrir un compte bancaire en quelques jours à peu de frais, et au bout, c’est 0 impôt ! Ni vu, ni connu !

Sur ces trois points, Madame la Commissaire ne répondit pas dans un premier temps, relancée par le Président de la Commission ensuite, elle tint des propos très généraux que l’on pourrait qualifier aisément de langue de bois. Voyons ce que cette dame nous dit : « Nous voulons comprendre ce que le Royaume-Uni a en tête… Il nous faut être vigilants… lorsque nous prendrons peut-être des décisions… il faut mettre en place une supervision à l’échelle européenne… je reste confiante… Il faut y regarder de près… une meilleure coordination… nous serons très fermes sur ce point ».

Quelles mesures ? Quel calendrier ? Et surtout quelle volonté politique ? Il nous faut collectivement créer le rapport de forces… C’est aussi et surtout une question démocratique. Pour mémoire les commissaires ne sont pas comptables devant les peuples, ils et elles ne sont pas élu.e.s et n’ont donc aucune légitimité démocratique, nommé.e.s pour imposer la feuille de route de cette Europe libérale. Imposons le sujet des paradis fiscaux à la Commission !

 

 

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