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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 07:52
Les Etats-Unis à l'heure du Covid-19: entretien de Christophe Deroubaix avec Sarah Rozenblum - Analyse de Bruno Odent (L'Humanité, 30 et 31 mars 2020)
Mardi, 31 Mars, 2020 - L'Humanité

La situation ne peut qu'empirer aux Etats-Unis ! Les explications de la chercheuse Sarah Rozenblum

Entretien. Beaucoup d'Américains sont couverts par le biais de leur employeur. Or plus de trois millions d’entre eux viennent d'être licenciés... Alors que le pays est devenu l’épicentre de la pandémie, Sarah Rozenblum, chercheuse en santé publique et sciences politiques à l’université du Michigan (Ann Arbor), revient sur la situation actuelle, la réaction des autorités, les lacunes du système de santé américain et l’urgence d’élargir le programme fédéral Medicare, défendu par Bernie Sanders. Entretien.

 

Quelle est la situation aux États-Unis ?

Sarah Rozenblum. La situation sanitaire s’aggrave aux États-Unis, premier foyer de contagion au monde, où l’on dénombre près de 150.000 cas de coronavirus et plus de 2.000 décès. New York est devenue l’épicentre de l’épidémie, avec 35.000 contaminations et quelques 700 décès. Les hôpitaux de la ville sont saturés et manquent cruellement d’appareils d’assistance respiratoire. Le New Jersey voisin se prépare à un afflux massif de patients new-yorkais.

La situation est également préoccupante à la Nouvelle Orléans et Miami, la Louisiane et la Floride ayant tardé à réagir face à la menace sanitaire. Bien qu’une réponse unifiée à l’échelle étatique soit préférable à des mesures fragmentées, le Texas a délégué la gestion de la crise aux autorités locales. Enfin, les villes dotées de réseaux de transports publics relativement denses, comme Chicago, sont particulièrement sensibles et connaîtront une augmentation significative du nombre de cas au cours des prochains jours.

Quelle est la nature de la réaction des autorités ?

Sarah Rozenblum. Le système de santé américain est décentralisé. Les décisions sanitaires se prennent souvent à l’échelon étatique, voire local, au plus près des besoins des populations. Le gouvernement fédéral aurait pu choisir de coordonner (et donc harmoniser) la gestion de la crise, comme l’y incitait un manuel de préparation aux risques pandémiques rédigé lors de la présidence Obama. L’administration a préféré se désengager (dans un premier temps) de la gestion de la crise sur son volet sanitaire, la déléguant aux gouverneurs et autorités locales.

Les mesures les plus volontaristes ont été prises par les états démocrates de Californie, Illinois, Michigan, Washington, qui ont, selon les cas, confiné leur population, imposé la fermeture des établissements scolaires et lieux « non essentiels » et parfois généraliser les arrêts maladie à l’ensemble des travailleurs. Refusant de s’aligner sur la position du Président Trump, qui a longuement minimisé la gravité de la crise sanitaire, la qualifiant successivement de « canular » et de « distraction », les gouverneurs républicains de l’Ohio et de la Virginie Occidentale ont également édicté des mesures contraignantes. À l’opposé, la réponse du Mississippi et de l’Oklahoma semble bien lacunaire puisque leurs gouverneurs se sont contentés d’imposer la fermeture des écoles.

La « stratégie » du gouvernement fédéral a sensiblement évolué au cours des derniers jours. Oscillant entre déni de réalité et tentative de sauvetage de l’économie américaine lors de la première quinzaine de mars, Donald Trump semble avoir désormais pris conscience de la gravité de la situation. La déclaration d’état d’urgence du vendredi 13 mars a permis de débloquer 50 milliards de dollars en faveur des hôpitaux et entreprises. Le même jour, le Congrès a voté un projet de loi instaurant la gratuité des tests et créant un arrêt maladie d’urgence (assortie de nombreuses dérogations au bénéfice de grandes entreprises telles Amazon et Walmart).

Dernier jalon législatif de la réponse fédérale, le CARES Act a été adopté le 27 mars. Ce plan, d’une ampleur inédite dans l’histoire américaine, comporte des mesures en faveur des hôpitaux, entreprises et citoyens américains. Il représente un montant total de 2.000 milliards de dollars : 150 milliards de dollars seront alloués aux hôpitaux, en première ligne face à la crise ; un chèque de 1.200 dollars sera envoyé aux Américains gagnant moins de 75.000 dollars par an ; les personnes récemment licenciées percevront, en plus de leur allocation-chômage, 600 dollars par semaine au cours des quatre prochains mois. Ces mesures, jugées insuffisantes par certains démocrates, seront certainement suivies de nouveaux projets de loi au cours des prochaines semaines.

Après avoir refusé d’invoquer le Defense Production Act, Donald Trump s’est résigné à le faire le 27 mars pour demander à General Motors de réorienter son activité industrielle vers la production d’appareils d’assistance respiratoire. Ses décisions restent toutefois imprévisibles. Fort d’une popularité croissante, le Président veut relancer au plus vite l’activité économique et prévoyait une levée (prématurée) du confinement le 12 avril, catalysant possiblement la création de nouveaux clusters , avant de changer de nouveau d’avis hier. Plusieurs gouverneurs entendent prolonger le confinement.

Qu’est-ce que l’épidémie du coronavirus révèle du système de santé et comment elle met en lumière la nature du débat du parti démocrate notamment sur la proposition du Medicare for All ?

Sarah Rozenblum. La crise sanitaire est révélatrice des lacunes du système de santé américain. De nombreux individus sont couverts par le biais de leur employeur. Plus de trois millions d’Américains ont été licenciés au cours du mois de mars, perdant de facto leur assurance au moment où ils sont le plus susceptibles de recourir au système de santé. Le candidat à l’investiture démocrate Bernie Sanders n’a cessé de pointer du doigt les dysfonctionnements du système américain. La crise sanitaire donne du poids à sa proposition d’élargir le programme fédéral Medicare (réservé aux personnes de plus de 65 ans et personnes en situation de handicap) à l’ensemble de la population. Le contexte actuel lui permet de rester en lice pour l’investiture démocrate, malgré des scores décevants lors des primaires du mois de mars. Peu audible sur la crise sanitaire, son opposant modéré Joe Biden refuse toute universalisation du système de santé.

Une crise de cette ampleur peut catalyser l’avènement d’un nouveau modèle social américain, mais non sans difficultés. Dans le cadre du New Deal, Franklin Roosevelt a renoncé à son projet de création d’un système de santé universel face à la pression des médecins qui refusaient toute immixtion de l’état dans leur activité, malgré les difficultés occasionnées par la Grande Dépression. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, Harry Truman a renoncé à instituer une assurance santé obligatoire pour des raisons analogues. Aux États-Unis, les pires catastrophes n’induisent pas toujours de changements radicaux sur le plan sanitaire. Espérons qu’il en soit autrement cette fois-ci…

Entretien réalisé par Christophe Deroubaix
Lundi, 30 Mars, 2020 - L'Humanité

Les États-Unis, épicentre des crises sanitaire et financière

Pénalisée par son propre modèle de société, la première puissance mondiale a pris le peloton de tête des pays les plus touchés par la pandémie. Son plan de relance, obsédé par le rétablissement de Wall Street, s’annonce incapable de contrer la dépression économique qui menace.

 

Les États-Unis sont devenus l’épicentre des crises – sanitaire et financière – qui ravagent la planète. Wall Street s’est écroulée, perdant près d’un tiers de sa valeur en l’espace d’un mois, et le pays est devenu le plus touché au monde par l’extension de la pandémie (voir encadré). Le plus préoccupant est que cette exacerbation des deux crises sur le territoire des États-Unis se voit accélérée par le modèle de société états-unien lui-même. Le système est mû par des logiques dévastatrices pour les structures et les personnes, placées au front dans le combat contre le fléau du coronavirus. Des logiques qui compromettent aussi les efforts engagés pour redresser l’économie réelle, quand l’essentiel des superinvestissements décidés est dévoué au rétablissement de Wall Street.

New York, la ville-monde confinée, désertée, est frappée de plein fouet. Toutes les tares d’un système de santé parmi les plus chers et les plus inégalitaires des pays développés resurgissent. Des centaines de milliers de New-Yorkais – ils sont près de 30 millions à l’échelle de tout le pays – ne possèdent aucune couverture maladie. Ceux-là hésitent à se rendre chez le médecin quand surgissent les premiers symptômes du Covid-19 et ils n’entrent bien souvent à l’hôpital que dans un état très dégradé. Ils savent que le montant de la facture risque de les précipiter dans une situation de faillite personnelle. L’expérience de Danni Askini, une jeune femme de Boston non assurée qui, souffrant de symptômes de plus en plus aigus, décida de passer outre ses réticences pour se faire soigner à l’hôpital, a fait le tour du pays. La facture de quelques jours de prise en charge hospitalière pour la réalisation du test au Covid-19, qui s’est avéré positif, se monte à 34 927,43 dollars (environ 31 500 euros). « Qui peut se payer le luxe d’honorer une telle facture médicale ? », a lancé Danni. Elle s’est vu reprocher sa légèreté et de ne pas avoir souscrit à temps une assurance Medicaid, censée fournir une couverture low cost aux plus démunis.

3,3 millions de chômeurs supplémentaires en une semaine

Même quand vous faites partie de cette majorité de citoyens dûment assurés, les frais d’hospitalisation restent élevés. Car les compagnies privées pratiquent des franchises, comme pour une vulgaire assurance auto. Une étude réalisée par la fondation Kaiser (recherches sur la famille) pointe que cette franchise s’élève en moyenne à 1 655 dollars (1 380 euros). Pour beaucoup une raison supplémentaire de ne pas se précipiter pour se faire diagnostiquer. Ce qui représente une aubaine pour la diffusion du virus.

Et franchir aujourd’hui le seuil d’un hôpital new-yorkais n’est pas vraiment une délivrance. Car la règle du flux tendu qui s’applique ici, comme aux autres secteurs économiques à la recherche de la rentabilité financière maximale, n’a pas conduit les établissements à se doter de réserves stratégiques suffisantes, notamment en masques ou en respirateurs. Les témoignages affluent des personnels soignants de la Grosse Pomme à bout. Une doctoresse du Elmhurst Hospital Center, dans le Queens, un quartier qui accueille une population plutôt démunie et immigrée, confie au New York Times : « C’est apocalyptique. Lits, instruments, équipements, on manque de tout. » Une photo de soignants couverts de sacs-poubelle en guise de protections a fait le tour des rédactions. Un navire-hôpital de la marine est attendu dans les prochains jours. « Mais il en faudrait au moins trois », relèvent les médecins.

La dégradation de la situation sanitaire va de pair avec celle de l’économie. Pour des raisons là aussi systémiques. On a déploré vendredi dernier 3,3 millions de chômeurs supplémentaires en l’espace de seulement une semaine dans le pays. Quand nombre de salariés travaillent sans filet, dans la plus grande précarité, les destructions d’emplois sont très rapides. Au point que Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor, envisage ouvertement un taux de chômage à 20 %.

Implanté au cœur du maelström sanitaire new-yorkais, Wall Street bénéficie d’une sollicitude extrême. Tout est fait pour empêcher un nouvel effondrement de la place financière. Le plan « historique » de Donald Trump à 2 000 milliards de dollars (1 860 milliards d’euros), adopté à la fin de la semaine passée avec les démocrates du Congrès en vertu d’une démarche d’union sacrée, est dévoué d’abord à doper le capital quitte à le placer sous perfusion permanente.

Les modalités même d’organisation du plan dit de relance ne laissent aucun doute sur ses véritables priorités. Ainsi, le géant de la place new-yorkaise BlackRock a-t-il reçu mandat de la Réserve fédérale (FED) pour gérer une partie des rachats de titres boursiers émis par les entreprises ou les banques. Les masses d’argent colossales créées et mises à disposition par la FED sont destinées à sauver la mise des agioteurs qui ont parié sur l’essor de Wall Street. Comme les traders de… BlackRock qui ont fait des fonds indiciels cotés (ETF) l’un de leurs produits de placement phares. Caractéristique de ces ETF : ils sont indexés directement sur l’évolution des cours de la Bourse. On a encore un souvenir ému de l’implication de BlackRock dans la réforme française des retraites. Il va pouvoir cette fois s’autoadministrer les fortifiants de la FED.

L’administration Trump essaie de gagner du temps

Le plan Trump lâche certes quelques dizaines de milliards au système de santé au bord de l’étouffement. Mais sans rien préciser de son contenu. Il prévoit bien de prolonger l’indemnité chômage d’un trimestre. Mais cette générosité pour « les pauvres » apparaît dérisoire quand on sait que la durée légale maximale d’indemnisation du chômage est le plus souvent réduite aujourd’hui à… 12 semaines.

Quant au versement d’un crédit d’impôt de 1 200 dollars (un peu plus de 1 000 euros) aux contribuables des classes moyennes, il est destiné au moins autant à maintenir un niveau élevé de la consommation qu’à voler au secours de salariés ou de retraités frappés souvent directement par l’effondrement des cours de la Bourse.

Pour l’administration Trump, il s’agit de gagner du temps. En attendant un redémarrage de l’économie le plus rapide possible. Le locataire de la Maison-Blanche a estimé qu’un retour à la normale serait possible d’ici la mi-avril et les fêtes de Pâques. « Un plongeon dans la dépression, a-t-il cru bon de justifier, serait finalement bien plus coûteux en vies. »

« Let them die » (laissez-les mourir), clament les partisans de cette école faussement darwinienne et jusqu’au-boutiste dans l’entourage du président. Il vaudrait mieux laisser les personnes âgées ou fragiles mourir que de prolonger la paralysie de l’économie.

L’obsession du rétablissement de Wall Street envisage ainsi des « solutions » qui n’ont pas peur de franchir les seuils les plus redoutables de l’inhumanité, alors qu’une vraie solution aux crises jumelles, sanitaire et financière, implique aux États-Unis comme ailleurs des ruptures radicales avec l’ordre dominant. S’il a mis sa campagne en stand-by, Bernie Sanders, toujours en lice à la candidature démocrate à la présidentielle de novembre, insiste, lui, sur le besoin d’instaurer ici et maintenant « la garantie d’un congé maladie et de dépistages gratuits ».

Bruno Odent
 
Les états-unis, pays le plus touché au monde

Les États-Unis sont devenus pendant le week-end le pays qui compte le plus grand nombre de cas confirmés de Covid-19 au monde. Plus de 121 000 personnes ont été recensées dont près de la moitié dans l’État de New York. Le nombre de décès s’accélère également très fortement. Il a doublé depuis le 25 mars, et les États-Unis ont désormais franchi largement la barre des 2 000 morts. Le président, Donald Trump, a momentanément envisagé de placer en quarantaine l’État de New York, avec les États voisins du New Jersey et du Connecticut, avant d’y renoncer sous la pression des gouverneurs des États en question. Ceux-là semblent avoir considéré cette décision comme une instrumentalisation de la crise pour centraliser les décisions et les pouvoirs, dans un pays fédéral où chacun des 50 États garde d’importantes prérogatives. Le Centre de contrôle des maladies (CDC), autorité de santé nationale, a finalement demandé aux habitants des trois États en question « d’éviter tout voyage non essentiel durant les quatorze prochains jours ». Exception qui confirme la règle générale établissant que les personnes âgées ou (et) fragiles décèdent le plus fréquemment du Covid-19, un bébé de moins d’un an a été mortellement atteint par la maladie dans l’État de l’Illinois.

 

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 07:44
Manolis Glézos

Manolis Glézos

Lundi, 30 Mars, 2020 - L'Humanité

Disparition. Le dernier combat de Manolis Glézos

Héros de la lutte contre le nazisme, pourfendeur de l’austérité, le résistant grec s’est éteint hier, à l’âge de 97 ans. Retour sur une vie de résistance.

 

Du combat contre l’occupant nazi à la révolte contre la dictature austéritaire, nul mieux que lui n’incarnait, en Grèce, l’esprit de résistance. Manolis Glézos s’est éteint hier à l’âge de 97 ans dans un hôpital d’Athènes, emporté par une infection, et l’on repense au jeune homme de 18 ans qui, avec son camarade Apostolos Santas, osa décrocher, dans la nuit du 30 mai 1941, le drapeau hitlérien qui flottait sur l’Acropole. Signal de rébellion contre la barbarie, qui fit de lui, disait de Gaulle, « le premier résistant d’Europe ». Des geôles de l’occupation à la traque des communistes durant la guerre civile et sous la dictature des colonels, il fut deux fois condamné à mort ; jamais il ne courba l’échine, toujours mû par l’idéal d’un socialisme démocratique. Élu député, puis eurodéputé sous l’étiquette Pasok dans les années 1980, il avait finalement retrouvé son camp, au tournant des années 2000, en menant la liste de Synaspismos, la coalition de la gauche, aux élections législatives.

Contre la «dette odieuse»

Élu député de Syriza en 2012, il retrouvait deux ans plus tard sous les mêmes couleurs les travées du Parlement européen, pour dénoncer avec pugnacité les effets désastreux de l’ajustement structurel imposé à son pays. De cette tribune, il fustigea la « dette odieuse » et plaida sans relâche pour le remboursement des sommes dues par Berlin, entre réparations de guerre jamais honorées et « prêts forcés » imposés à Athènes par les nazis sous l’occupation. « Ce n’est pas nous qui devons de l’argent aux Allemands, ce sont eux qui nous en doivent », répétait-il, estimant le montant du litige à 1 000 milliards d’euros, trois fois la dette grecque.

«La seule solution, c’est la liberté»

Manolis Glézos n’était pas un homme d’arrangements. À l’été 2015, lorsque, défait, Alexis Tsipras se résigna à apposer sa signature au bas d’un troisième mémorandum d’austérité, il claqua la porte de Syriza, avec des mots durs pour le gouvernement de gauche et son chef, Alexis Tsipras : « D’aucuns prétendent que, pour obtenir un accord, il faut savoir céder. En tout premier lieu, entre l’oppresseur et l’oppressé, il ne peut être question de compromis, tout comme cela est impossible entre l’occupé et l’occupant. La seule solution, c’est la liberté. » Avec ses yeux clairs et ses cheveux blancs en bataille, l’enfant de Naxos était une figure tutélaire de la gauche et, pour tout le peuple grec, un repère ; seuls l’abhorraient les néonazis d’Aube dorée. L’antienne de ce lutteur : «  Nous devons sortir de l’esclavage du capital. » Les événements présents lui donnent cruellement raison.

 

MANOLIS GLEZOS, DISPARITION D'UN GEANT
Immense tristesse d'apprendre le décès du grand patriote grec, résistant au Nazisme de la première heure qui, en 1941, osa installer le drapeau de son pays au sommet de l'Acropole d'Athènes, ce qui lui valut d'être qualifié de "premier résistant d'Europe" par le général de Gaulle. Manolis Glezos fut toute sa vie un responsable fondamental de la gauche en Grèce, député de son pays, puis député européen. Il était un homme politique de grande culture, un combatif, un camarade, un internationaliste de toujours. Il avait 97 ans... Jean-Emmanuel Ducoin

 

LE #PCF REND UN HOMMAGE ÉMU AUX COMBATS ET A LA MÉMOIRE DE MANOLIS GLEZOS, DÉCÉDÉ AUJOURD'HUI A L'AGE DE 97 ANS

Il restera dans les mémoires pour avoir, avec son ami et camarade Apostolos Santas, arraché le drapeau nazi de l'Acropole dans la nuit du 30 au 31 mai 1941. Ce geste demeure le symbole de la résistance du peuple grec et des peuples européens contre la barbarie nazie.

Il a ensuite participé à tous les combats de la gauche grecque, de la résistance à la guerre civile, du combat contre la dictature et pour la démocratie à celui contre le diktat que les classes dirigeantes européennes ont imposé à la Grèce, que ce soit comme militant, comme député ou comme député européen. Condamné trois fois à mort, condamné à des peines de prison à 25 reprises, ayant passé 16 ans de sa vie en prison ou en exil, tout cela n'a entamé ni sa volonté de combattre, ni son optimisme.

Dans un de ces derniers discours, il racontait ce que les résistants grecs se récitaient la veille de leur exécution: «Et quand vous boirez du vin, vous en boirez aussi pour moi. Et quand vous entendrez les vagues éclabousser, vous l'entendrez aussi pour moi. Et quand vous entendrez le vent traverser les feuilles, vous l'entendrez aussi pour moi. Et quand vous danserez, vous danserez aussi pour moi!».

Ses combats pour la démocratie et la justice sociale restent les nôtres.

Le PCF adresse ses plus sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont milité avec lui.

PCF - Parti Communiste Français
Paris, le 30 mars 2020

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 06:00
Une épidémie qui contamine l’économie mondiale - L'Humanité, 30 mars 2020
Lundi, 30 Mars, 2020

Une épidémie qui contamine l’économie mondiale

Décryptage. Fuite des capitaux du Sud vers le Nord, augmentation du chômage, baisse des revenus… La propagation du Covid-19 menace les travailleurs dans le monde entier.

 

Avec l’épidémie de coronavirus, c’est une saignée sociale qui se prépare. La crise sanitaire s’est vite transformée en crise pétrolière et boursière, avec une chute des prix des hydrocarbures en février, et des cours des actions en mars, qui signe l’éclatement de la bulle financière accumulée depuis dix ans. Les signaux de l’économie mondiale sont désormais dans le rouge, avec une perspective de baisse de l’activité pour au moins un trimestre du fait des mesures de confinement pour plus de 2 milliards d’humains.

1. Le spectre du chômage de masse

L’Organisation internationale du travail (OIT) tire la sonnette d’alarme. Son directeur général, Guy Ryder, estime que « jusqu’à 25 millions de personnes pourraient se retrouver au chômage ». Il prévoit également « une baisse du revenu des travailleurs allant jusqu’à 3 400 milliards de dollars ».

Ce scénario, dans son hypothèse la plus pessimiste, serait plus grave que la crise de 2008-2009, qui a vu la destruction de 22 millions d’emplois. Déjà aux États-Unis, plus de 3 millions de personnes se sont inscrites dans les registres des chômeurs la seule semaine passée (voir page 2). « Dans un monde dans lequel seule une personne sur cinq peut bénéficier d’indemnités de chômage, les licenciements constituent une véritable catastrophe pour des millions de familles », dénonce l’organisation, qui s’attend aussi à un développement d’un « sous-emploi » synonyme de diminution des revenus.

2. Une baisse des revenus déjà tangible

L’OIT prévoit également, dans un rapport d’étape, une augmentation de 8 à 33 millions du nombre de travailleurs pauvres dans le monde. La baisse des revenus est déjà une réalité dans certains pays, notamment ceux où sévit l’économie informelle. Au sud de l’Italie, on craint d’ores et déjà des émeutes de la faim. Jeudi, un groupe de Palermitains s’est présenté dans un magasin Lidl avec les chariots pleins, exigeant de ne pas payer. La scène s’est répétée le lendemain. En effet, dans le Mezzogiorno, nombre de personnes (plus de 3,7 millions) travaillent au noir, sans contrat, et ne bénéficieront pas des dispositifs de chômage partiel. La police a été déployée pour éviter les vols. Plusieurs voix, dont celle du ministre du Mezzogiorno, appellent à l’élargissement du revenu de subsistance. « Maintenant, il faut mettre l’argent dans les poches des Italiens où jusqu’à aujourd’hui nous n’avons pas réussi à le mettre », a déclaré Giuseppe Provenzano. Le gouvernement a d’ores et déjà prévu d’accorder 400 millions d’euros de bons d’achat et de débloquer 5 milliards d’euros pour aider les communes à faire face à l’augmentation de la pauvreté. La question est stratégique en Italie. Leoluca Orlando, maire de gauche de Palerme, voit la main de la mafia dans les révoltes de la faim. Une hypothèse à laquelle souscrivent les services secrets. Marco Minniti, l’ancien ministre démocrate de l’Intérieur, dit craindre que les organisations criminelles ne s’érigent en défense du droit au revenu et à la santé.

De son côté, l’Inde, qui est confinée, a elle aussi pris des dispositions, budgétant 20,6 milliards d’euros afin de financer des distributions de riz et légumineuses supplémentaires à 800 millions de personnes.

3. Un risque pour les prix des denrées agricoles

La baisse d’activité n’épargne pas le secteur agroalimentaire. « La pandémie du Covid-19 affecte les systèmes alimentaires et toutes les dimensions de la sécurité alimentaire partout dans le monde. Aucun pays n’est épargné », s’est inquiété jeudi le directeur général de l’Organisation des nations unies pour la nourriture (FAO), Qu Dongyu, invitant à ne pas casser les « chaînes de valeurs alimentaires », de la production à la logistique.La semaine dernière, les prix du blé ont augmenté quand a couru la rumeur que Moscou pourrait limiter ses exportations, après avoir placé en congés sa population. Le soja latino-américain a également vu son prix croître, à la suite d’inquiétudes sur la chaîne de transports. La menace d’une hausse des cours des céréales est particulièrement inquiétante pour certains pays du Sud, dépendants des importations en la matière.

4. La menace de faillites d’entreprises

Le confinement a pour effet une baisse de l’activité. Ainsi, selon l’Insee, l’économie française ne tourne plus qu’à 65 % de sa capacité normale. Sous l’effet d’une baisse de la consommation des ménages, un mois de confinement coûterait à l’Hexagone 3 % de son PIB. L’Italie s’attend à une contraction de 5 % de l’indicateur. Au niveau mondial, le Fonds monétaire international (FMI) estime que les effets du coronavirus pourraient être pires que ceux de la crise financière de 2008.

Les États cherchent en mobilisant des liquidités à conjurer les faillites d’entreprises, afin que l’économie puisse repartir de plus belle, une fois le confinement passé. Ils ont mis à disposition des sommes vertigineuses : le G20 qui s’est tenu jeudi prévoit 5 000 milliards d’euros pour soutenir l’économie. On sait déjà que Washington a mis sur la table 2 000 milliards de dollars, Berlin plus de 1 000 milliards d’euros, Rome 50 milliards. Ces sommes ne sont pas destinées à être dépensées forcément ; il s’agit pour une grande part de garanties sur les prêts que pourraient souscrire des entreprises en difficulté. Elles comprennent également des dispositifs de chômage partiel. Certains pays envisagent des nationalisations temporaires. C’est le cas à Berlin, mais aussi à Paris, où une nationalisation de la compagnie aérienne Air France est sur la table. Si ces annonces peuvent apparaître surprenantes, on avait déjà connu ce phénomène en 2008 : les contribuables avaient épongé les pertes, puis les firmes avaient été remises sur le marché.

5. Une machine à dette

Les débats au sein de l’Union européenne le montrent : le modèle économique n’est pas remis en cause. Si Bruxelles vient en aide aux États membres qui auraient besoin de financement, ce pourrait être par le truchement du mécanisme européen de stabilité, avec les critères que l’on connaît à la clé.

La crise passée, le tour de vis pourrait être sévère pour certains pays déjà lestés, comme l’Italie, d’une dette avoisinant 135 % de leur PIB. Les pays du Nord ne sont pas les seuls à être touchés. Le Fonds monétaire international (FMI) est en train de devenir « actionnaire » de nombreux États : plus de 80 pays ont déjà adressé une demande d’aide d’urgence. Cela est la conséquence d’une baisse d’activité, mais aussi d’une fuite des capitaux. À la mi-mars, le FMI avait déjà enregistré 42 milliards d’euros quittant le Sud pour revenir dans les pays riches.

Gaël De Santis

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 05:30
Santé - Covid-19: entretien avec l'épidémiologiste Luc Périno - A la recherche du patient zéro-  L'Humanité, 30 mars 2020
Lundi, 30 Mars, 2020

Santé. En période de pandémie, comment rechercher le patient zéro et éviter l’écueil du bouc émissaire ? L’épidémiologiste, Luc Périno, nous répond

Entretiens - Dans son dernier ouvrage, écrit avant l’apparition du Covid-19, Luc Perino raconte une autre histoire de la médecine, qui met en lumière ces personnes considérées, en infectiologie, comme ayant été à l’origine d’une épidémie.

 

Dans votre livre vous prenez le parti de mettre en valeur les patients « zéro », les premiers dont les maux ont été à l’origine de découvertes majeures en médecine. Qui sont-ils ?

Luc Perino. Classiquement, le « cas index » désigne le premier patient chez lequel on a trouvé la présence d’un nouveau micro-organisme pathogène. Le terme de patient zéro a été popularisé pour le patient qui a contaminé à lui seul un quart des premiers cas de sida aux États-Unis. J’ai étendu ce terme à des patients qui ont permis des avancées diagnostiques et thérapeutiques, d’émettre de nouvelles théories ou d’en récuser d’anciennes. J’ai profité de ces histoires souvent rocambolesques pour disserter sur les aléas des progrès médicaux et les dérives de la pratique médicale.

Dans le contexte pandémique actuel, y aurait-il un intérêt à connaître le patient zéro du coronavirus ?

Luc Perino. La recherche du patient zéro est toujours utile, elle permet de comprendre l’origine des contaminations et la dynamique sociale des épidémies. Nos progrès génétiques nous permettent de le faire. Il faut cependant éviter l’écueil du bouc émissaire et savoir que le patient zéro est toujours provisoire : les recherches ultérieures permettent de remonter dans le temps et dans l’espace. La quête du patient zéro est utile pour la recherche fondamentale, mais sans intérêt dans la pratique quotidienne.

Pourquoi avez-vous choisi de vous intéresser et de mettre en valeur des patients peu ou pas connus ?

Luc Perino. Auparavant, les médecins dissertaient sans toucher de malades pendant que les barbiers et arracheurs de dents soignaient. La médecine moderne est née de la rencontre physique effective entre médecin et malade. C’est la véritable médecine clinique. Quels que soient nos progrès théoriques et technologiques, il ne peut exister aucun progrès hors du couple médecin-patient. L’histoire a toujours narré le médecin, en oubliant l’autre membre du couple. J’ai voulu réparer cette injustice et rendre hommage aux patients sans lesquels mes connaissances seraient bien dérisoires.

Quels sont les cas qui vous ont le plus passionné ?

Luc Perino. Je crois que mon histoire préférée est celle de Giovanni Pomarelli. Elle montre les folies de la génétique à ses débuts, la quête du gène de l’immortalité entretenue par un marché qui domine progressivement la pensée médicale, voire l’enseignement. J’aime aussi celles de miss McKey et de Steevy, qui ouvrent les portes de l’approche évolutionniste, si essentielle au progrès clinique. J’ai aussi raconté des histoires plus connues comme celles du jeune Joseph Meister, le patient zéro de la vaccination antirabique par Pasteur, ou encore celle de Phineas Gage, ce contremaître des chemins de fer qui subit un traumatisme crânien majeur auquel il survécut, mais qui changea profondément sa personnalité, en faisant un cas d’école en neurologie.

En tant qu’épidémiologiste, quel regard portez-vous sur la pandémie actuelle ?

Luc Perino. Toutes les épidémies résultent de la rencontre entre un microbe et une population immunologiquement vierge. Les facteurs de ces rencontres varient au cours de l’histoire. La peste a suivi la route des épices, la variole et la syphilis ont suivi les voyages de Christophe Colomb, les zoonoses suivent le rythme des déforestations, du braconnage, du commerce d’animaux exotiques, de l’élevage intensif, etc. Les viroses respiratoires ont toujours existé et ne cesseront jamais. Elles sont généralement très contagieuses et peu virulentes. La virulence provient souvent d’une mutation qui a permis à un virus de franchir la « barrière d’espèce ». Ce virus et l’homme n’ont donc pas encore eu le temps d’établir un modus vivendi acceptable pour les deux.

Le Covid-19 actuel a un taux de létalité de 2 %, ce qui est très peu comparé au sida ou à la peste, mais il a le défaut d’être deux fois plus contagieux que la grippe. Il fera donc le tour du monde, plus ou moins vite selon les mesures prises dans chaque pays. Une létalité de 2 % est assurément un problème pour un virus aussi contagieux. Au moment où je vous réponds, l’incidence de la maladie est de 1/20 000. Supposons, au pire, que l’incidence soit multipliée par 20 dans les mois à venir, soit 1/1 000. Nous aurons alors 7 millions de cas, dont 95 % guériront sans intervention médicale. Il en restera 350 000 à soigner, dont 70 000 mourront. Ce chiffre est considérable aux yeux d’un journaliste d’information, il est dérisoire à ceux d’un historien des épidémies. D’autant que la mortalité concerne à plus de 90 % des personnes âgées ou très âgées, donc sans impact sur la courbe démographique. Dire les choses avec cette froide mathématique peut sembler politiquement incorrect, et cela me choque moi-même. Mais c’est ainsi !

Quelle analyse pouvez-vous ​​​​​​​livrer sur la gestion de cette épidémie dans le monde et surtout en France ?

Luc Perino. Un gouvernement décide après consultation des experts, sous la pression médiatique et sur d’autres paramètres hors de mes compétences. Pour chaque épidémie, la mise en quarantaine des malades ou des bateaux a été la première réponse dans tous les pays. Mais les temps ont changé puisque nous savons que des porteurs sains véhiculent les germes et que nous savons faire des diagnostics avant tout symptôme. Certains pays choisissent donc le confinement total de la population. Cette décision, qui semble irréaliste, est le corollaire éthique de nos pratiques médicales qui imposent de soigner et de réanimer tous les cas graves jusqu’au terme. Un pic épidémique trop brutal risque d’engorger les hôpitaux et de provoquer un excédent de mortalité directe et indirecte. Les autorités n’ont guère d’autre choix, malgré le grand risque sanitaire à moyen et long terme de la désorganisation sociale provoquée par ce confinement…

Choisir entre désorganisation hospitalière et désorganisation sociale est un cruel dilemme. Je plains sincèrement notre président. Certains pays (Taïwan, Singapour, Corée) ont fait un choix intermédiaire consistant à multiplier les tests diagnostiques et à confiner exclusivement les positifs. Ce choix est plus facile dans les pays peu peuplés et possédant les moyens logistiques et/ou financiers. C’est le but visé en France, mais nous n’en avons pas encore les moyens. Le confinement total a réussi dans le Hubei, il a échoué en Italie. Quel en sera le résultat en France ? Les Pays-Bas ont parié sur l’immunité de groupe, c’est-à-dire la vaccination naturelle de la population. Ce choix semble dangereux à court terme, mais il peut être bénéfique à moyen et long terme. Car un nouveau passage du même virus trouvera une population immunologiquement armée pour l’affronter. Enfin, gardons l’espoir, car les lois de l’évolution montrent que la virulence a tendance à diminuer. Les virus les plus virulents sont contre-sélectionnés par nos défenses immunitaires et par leur propre mort consécutive à celle de leur hôte. Hélas, cela peut prendre du temps, mais c’est un petit point supplémentaire en faveur du confinement. Enfin, l’émotion et l’affect brouillent tous les messages. Il nous faudra des années pour évaluer sereinement les conséquences sanitaires de chacun des choix stratégiques.

Lundi, 30 Mars, 2020 - L'Humanité

Il faut absolument retrouver le "patient zéro". Voilà pourquoi !

Les spécialistes chinois émettent plusieurs hypothèses quant au premier malade à l’origine de l’épidémie de Covid-19. Cette quête vise entre autres à cartographier le schéma de transmission. Récit d'une étonnante traque.

 

Comprendre comment le ­Covid-19 s’est propagé et comment des cas non détectés ont contribué à sa transmission reste l’une des missions essentielles des scientifiques aujourd’hui. Cette cartographie du schéma de la transmission précoce de l’épidémie permettra de déterminer comment la crise sanitaire est devenue mondiale. Pour ce faire, les chercheurs traquent le patient zéro au départ de la maladie en Chine, afin de comprendre quel animal source a transmis l’agent pathogène. Deux théories s’affrontent dans cette quête. La première, celle des autorités chinoises, date au 8 décembre le premier cas de pneumonie de cause inconnue à Wuhan. Dans les dix jours qui suivent, six autres cas sont détectés. Le 31 décembre, l’information est transmise à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et, le 7 janvier, la cause est identifiée : il s’agit d’un nouveau coronavirus étroitement lié au Sras, qui avait sévi en 2002-2003.

Aucune théorie n’a encore été validée scientifiquement

La seconde hypothèse est relayée par des lanceurs d’alerte chinois, qui assurent que le premier cas, un homme de 55 ans originaire de la province du Hubei, aurait été identifié dès le 17 novembre, soit trois semaines plus tôt. De là, les chercheurs tablent sur une à cinq contaminations quotidiennes, puis 15 à partir du 27 novembre, 60 à partir du 20 décembre, 180 à partir du 27 décembre, et 266 à la fin de l’année. Le 27 décembre, la D r Zhang Jixian fait passer un scanner des poumons à un couple présentant les symptômes de la grippe, mais dont les résultats diffèrent en tout point d’une grippe classique. La médecin convoque ensuite leur fils qui ne présente, lui, aucun signe, mais a également les poumons infectés. « En général, il n’y a qu’un seul patient lorsqu’une famille rend visite à un médecin. Ils n’attrapent pas tous la même maladie en même temps, sauf s’il s’agit d’une maladie infectieuse ! », dit-elle. La plupart des patients ont en commun d’avoir fréquenté le marché de fruits de mer en gros de Huanan, à Wuhan. Les analyses génétiques plaident, elles aussi, pour une source unique. Dès le 29 décembre, les équipes de l’hôpital demandent du renfort à d’autres experts afin de lancer l’enquête épidémiologique. Un mois plus tard, des ­chercheurs déterminent que le nouveau virus partage 88 % de sa séquence avec deux coronavirus de la chauve-souris, et qu’un animal sauvage a servi d’intermédiaire pour transmettre la maladie à l’homme. Chauve-souris, pangolin, serpent… Aucune théorie scientifique n’a pour l’heure reçu validation. La traque promet d’être longue.

Lina Sankari

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 07:45
Coronavirus : Une crise qui exacerbe les inégalités - secteur International du PCF

Non, nous ne sommes pas égaux face à la maladie. Nous ne sommes pas égaux face à la pandémie de Covid19 en France, en Europe et dans le monde.

Alors que les inégalités socio-économiques explosent(1), la mondialisation dominée par les logiques capitalistes prive 2,1 milliards de personnes d'accès à l'eau potable et pour 3 milliards d'êtres humains le seul accès à l'eau demeure une lutte quotidienne, harassante et perpétuelle. Dans certains pays, comme le Mexique ou l'Inde, les habitants sont confrontés à des pouvoirs locaux corrompus et des mafias qui tirent un maximum de profits et rançonnent les populations. Dans certains bidonvilles, les familles doivent consacrer jusqu'à 30% de leurs maigres revenus pour acheter de l'eau. L'assassinat est devenu une règle d'airain pour les syndicalistes et les militants des droits humains qui se révoltent. L'exploitation et le pillage des ressources naturelles constituent en 2018(2) la première source de revenus des mafias et groupes armés non-étatiques, soit 31,5 milliards de dollars annuels dans les seules zones de conflits. Cela résulte également des stratégies de grands groupes de l'agroalimentaire qui sabotent les politiques de développement d'infrastructures sanitaires et d'adduction d'eau, une ressource naturelle qui fait de plus en plus l'objet de spéculations financières: «Réchauffement climatique, pollution, pression démographique, extension des surfaces agricole: partout dans le monde, la demande en eau explose et l’offre se raréfie. En 2050, une personne sur quatre vivra dans un pays affecté par des pénuries. Après l’or et le pétrole, l’"or bleu", ressource la plus convoitée de la planète, attise les appétits des géants de la finance, qui parient sur sa valeur en hausse, source de profits mirobolants. Aujourd’hui, des banques et fonds de placements – Goldman Sachs, HSBC, UBS, Allianz, la Deutsche Bank ou la BNP – s’emploient à créer des marchés porteurs dans ce secteur et à spéculer, avec, étrangement, l’appui d’ONG écologistes. Lesquelles achètent de l’eau "pour la restituer à la nature", voyant dans ce nouvel ordre libéral un moyen de protéger l’environnement»(3). Au total, selon l'Unesco, près des deux tiers de l'humanité ont été confrontés à de graves pénuries d'eau au cours de l'année 2018 et, début 2020, l'ONU recensait près d'un milliard de personnes dans le monde privée de sécurité alimentaire qui constitue pourtant un droit humain fondamental et un facteur de sécurité humaine. La malnutrition, la sous-alimentation et la famine atteignent à nouveau des taux records et touchent, selon l'ONU, 820 millions de personnes à travers le monde, soit 10,8 % de la population mondiale.

Alors non, vraiment, nous ne sommes pas égaux devant la maladie. Alors que la pandémie fait rage, des milliards de femmes et d'hommes ne peuvent même pas se laver les mains pour éviter les contaminations. C'est dire si, au sortir de la crise sanitaire, il s'agira par l'action des puissances publiques et la solidarité et la coopération internationales de «sanctuariser» l'eau qui constitue l'un des biens communs de l'humanité dont l'accès doit être garanti à tous et dont l'exploitation, le traitement et la distribution doivent être extraits du domaine marchand.

Qu'en est-il dans les grands pays développés? Pas plus égaux que ça, non plus! Les États-Unis, première puissance mondiale, vont prendre sous peu la tête du classement des foyers infectieux par pays. Nombreux sont ceux qui mourront, là-bas aussi, faute d'accès aux soins puisque 20% de la population ne bénéficient d'aucune couverture médicale alors que les plus aisés auront seuls accès aux traitements les plus performants. Le taux national de chômage, selon les estimations, pourrait atteindre 30% puisqu'il n'existe pas dans ce pays, de système de prise en charge du chômage «technique», ni de congés payés pour tous(4), ni d'allocations-chômage sauf si le salarié a cotisé spécifiquement pour cela à une assurance privée... De ce fait, des millions de salariés en incapacité de travailler ne toucheront plus de salaire ou seront tout simplement licenciés...

Pas plus égaux en France, en dépit du fait que le préambule de la Constitution fait référence au droit à la santé. Le 24 mars, au plus fort de la crise sanitaire, Martin Hirsch, président de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), l'un des architectes du démantèlement de ce service public, rend compte de cette faillite en appelant à la mobilisation de «réservistes» médicaux, retraités, bénévoles, alors que le Grand Est évacue par train, avion ou route certains de ses malades vers les Pays de la Loire... Généreusement, le président des lucratifs hôpitaux et cliniques privés vient seulement de proposer une aide: «Nous avons des places disponibles», a-t-il rappelé toute honte bue. Alors que l'inquiétude est à son comble et que les personnels soignants sont sur la brèche, ces propos corroborent le refus du gouvernement de réquisitionner le secteur privé hospitalier afin de désengorger le secteur public fragilisé par des décennies de cure d'austérité drastique. «Solidarité», «efforts», proclame Emmanuel Macron... Les salariés ont déjà été échaudés par de telles promesses. La solidarité et les efforts sont le tribut des forces du travail comme toujours en temps de crise tandis que les forces de l'argent se protègent. Aux États-Unis, la connivence entre force du capital et pouvoir est telle que bon nombre de sénateurs ont d'abord empoché les juteux bénéfices de leurs portefeuilles boursiers avant que les premières mesures contre le coronavirus ne soient annoncées... Force est de constater que, dans ces conditions, la responsabilité du gouvernement et du président E. Macron serait de renoncer aux violentes politiques d'austérité qu'ils entendent déployer dès la fin de la crise.

L'urgence est aussi à la coopération. Accueillons avec bienveillance et respect la main tendue de l'aide internationale formulée notamment par Cuba dont la qualité des personnels médicaux n'est plus à démontrer. Leur expertise dans les crises épidémiques les plus graves ont fait leur preuve dans plusieurs pays d'Afrique, et maintenant, et aujourd'hui, face au Covid19 de la Jamaïque à l'Italie. Le groupe d'amitié France-Cuba de l'Assemblée nationale a publiquement enjoint le chef de l’État de solliciter cette aide. Le temps presse, il n'est plus question d'attendre. Les Français sauront aussi se souvenir de ces atermoiements.

La crise sanitaire face à la pandémie du coronavirus dévoile crûment les inégalités et les exacerbe durablement. Les actions de solidarité et les mobilisations actuelles posent les jalons des exigences des changements fondamentaux pour extraire notre économie et notre société des logiques actuelles qui conduisent l'humanité et la planète dans une impasse.

Le secrétariat d'animation du secteur International

 

1Voir notamment le dernier rapport d'Oxfam.
2D'après L'Atlas mondial des flux financiers illicites (Interpol)
3ARTE : https://www.arte.tv/fr/videos/082810-000-A/main-basse-sur-l-eau/
4Les congés dépendant des conventions négociées dans les grandes entreprises par les syndicats.

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 06:49

 

Jusqu'ici méconnue du grand public, la coopération médicale internationale cubaine se révèle, dans la lutte mondiale contre la pandémie du Covid-19, une actrice incontournable de la solidarité internationale.

 

 

Face aux replis nationaux et l'hétérogénéité de stratégies des pouvoirs publics qui caractérisent pour l'heure la situation et les actions des gouvernements des pays membres de l'Union européenne, plusieurs pays comme la Chine et Cuba font figure d'exception en s'engageant sur le plan international.

La coopération médicale internationale est un axe essentiel de la politique internationale de Cuba depuis les années 1960. Elle a permis de former à La Havane des milliers de praticiens de nombreux pays, de porter assistance aux populations de pays ravagés par la guerre ou privés d'infrastructures sanitaires. En 2016, Cuba comptait plus de médecins et personnels médicaux en mission dans le monde que la seule Organisation mondiale de la santé (OMS). Déployés au Brésil jusqu'à l'arrivée de Jaïr Bolsonaro qui les a expulsés, au Venezuela, au Nicaragua ou en Bolivie, là aussi jusqu'à la prise de pouvoir de l'extrême droite en novembre dernier, les missions médicales cubaines ont permis de renforcer la solidarité régionale latino-américaine sans pour autant délaisser les autres continents, l'Afrique notamment, et de sauver des millions de vie.

L'expertise médicale cubaine mais aussi ses équipes de recherche scientifique comptent aux premiers rangs internationaux et ont contribué à assurer au peuple cubain l'accès gratuit et universel à un système de soins performant. Cela a - au passage - permis à Cuba d'atteindre quelques-uns des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) énoncés par l'ONU dans la lutte mondiale contre les inégalités sociales et économiques entre les peuples. Longtemps cet état de fait a été minimisé en Occident; à présent il s'avère que ce choix de la santé pour tous était le bon... pour tous.

« La solidarité internationale, la situation l'illustre avec force, est indispensable »

Aujourd'hui et malgré le blocus américain imposé par Washington depuis 1962 qui entrave Cuba dans son développement, c'est en Italie que se sont déployés, à la demande des autorités italiennes, les personnels médicaux de l'Île afin d'aider les Italiens qui vivent un cauchemar.

À Cuba même, dont les frontières n'ont pas été fermées par les autorités, la situation est maîtrisée malgré l'embargo économique et commercial, et 10 cas étaient recensés au 18 mars et suivis (pour l'essentiel, des touristes ou des Cubains revenant d'Espagne ou des États-Unis), le pays déplorant son premier mort, un touriste italien. Tout en maintenant la priorité de sa politique à la protection de sa population, Cuba répond aux demandes de solidarité et aide internationales.

À côté de l'Italie, c'est encore la Grande-Bretagne, dont la stratégie du Premier ministre Boris Johnson a livré à eux-mêmes ses concitoyens pendant des semaines, qui appelle elle aussi à l'aide la coopération médicale cubaine. Ainsi, c'est Cuba qui, il y a quelques jours, a autorisé l'entrée au port d'un bateau de croisière de plus de 1000 passagers, et plusieurs cas de contaminés, alors qu'il avait été refoulé par La Barbade et les Bahamas.

Alors, combien de temps, encore, faudra-t-il attendre, combien et quelles épreuves pour le peuple cubain et les peuples du monde entier pour décider de lever immédiatement et définitivement le blocus contre Cuba qui répond présent à toutes les demandes d'aide, y compris des pays industrialisés. La solidarité internationale, la situation l'illustre avec force, est indispensable pour aider ici à produire ou pour acheminer masques, tests, appareils respirateurs, denrées de première nécessité à toutes les populations touchées par la pandémie.

La solidarité internationale est un engagement réciproque et c'est le moment de mettre fin au blocus de Cuba dont le rôle dans l'éradication du virus s'avère crucial. Il en est de même, dès aujourd'hui, quant aux sanctions économiques et embargos qui frappent des populations d'Iran ou du Venezuela comme pour les territoires palestiniens. Comme à l'échelle nationale, on ne sort pas d'une épidémie en sacrifiant froidement une part de la population. Nous ne sortirons pas de cette pandémie mondiale si des peuples entiers subissent la double peine des sanctions et du Covid-19.

Collectif Amérique latine

 

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 10:44
Coronavirus : la Palestine, confinée, subit de plein fouet les exactions de l’occupation israélienne

Coronavirus : la Palestine, confinée, subit de plein fouet les exactions de l’occupation israélienne

http://www.france-palestine.org/Coronavirus-la-Palestine-confinee-subit-de-plein-fouet-les-exactions-de-l

Partout dans le monde les populations, les unes après les autres, vivent le confinement pour lutter contre la pandémie. Tous confrontés au même problème, nous ne sommes pas tous dans les mêmes conditions pour y faire face.

On aurait pu imaginer que la « start-up nation », obsédée par sa propre sécurité, consacre toute son énergie à assurer la sécurité sanitaire des populations qu’elle « administre ». Au lieu de cela, depuis deux semaines, entre la protection des populations et l’application du plan Trump, Israël a choisi : destruction de maisons pour « punir » des familles ou pour prolonger le mur au sud de Jérusalem, construction de nouvelles routes interdites aux Palestiniens pour relier les colonies, arrestations et meurtres d’enfants, incursions toutes les nuits dans les quartiers populaires de Jérusalem…

Plus de limites à l’imagination de cette armée qui ose encore se prétendre la plus éthique du monde : arrêter des volontaires qui désinfectent les rues d’un quartier de Jérusalem abandonné par les services de la ville, quoi de plus normal. Les jeter sans ménagement dans des véhicules en leur hurlant dessus, c’est une conception particulière de la distanciation sociale. Interdire l’accès à l’Esplanade des mosquées pour les musulmans par mesure sanitaire alors que les colons sont toujours accompagnés par l’armée pour y parader : quelle logique si ce n’est d’affirmer la domination d’un peuple sur un autre, et de rappeler aux Palestiniens qu’ils vivent sous un régime d’apartheid ?

Depuis hier, la Cisjordanie est isolée du monde « par mesure sanitaire ». Tous les points de contrôle ont été fermés, isolant complétement du monde des lieux comme le camp de réfugiés de Shuafat où vivent 20 000 personnes entassées les unes sur les autres.
La nuit précédente, Sofian Al-Khawaja, 29 ans, a été tué par balle alors qu’il circulait en voiture à l’entrée de son village de Nil’In.
Les travailleurs palestiniens qui travaillent en Israël se retrouvent dans l’impossibilité de rentrer chez eux le soir et dépendent du bon vouloir de leur employeur pour espérer un hébergement.

Les colons eux aussi ont passé la vitesse supérieure : des milliers d’arbres arrachés ou tronçonnés ces deniers jours, des tentes plantées dans la vallée du Jourdain, des mobile-homes au sud de Bethléem, sur des terres privées palestiniennes pour accaparer toujours plus de terres. Confinés chez eux, comment les Palestiniens pourront-ils y résister ?

Des décennies d’occupation font que des millions de Palestiniens vivent dans des conditions de surpeuplement et des conditions sanitaires déplorables. Que ce soit dans les camps de réfugiés, dans la Bande de Gaza ou dans les prisons israéliennes, bien plus que d’autres ils sont à la merci de ce virus et sont démunis pour y faire face.

Dans le nouveau contexte de la crise sanitaire, nous devons exiger d’Israël un changement radical de politique et le respect du droit humanitaire : libérer les prisonniers politiques - à commencer par les enfants, les femmes et les malades -, permettre aux populations civiles sous occupation de vivre dans des conditions sanitaires humaines, lever toute restriction à l’entrée de matériel et de personnel médical à Gaza, cesser toute entrave aux soins pour les Palestiniens comme le lui impose la 4ème convention de Genève.

Nous sommes à juste titre mobilisés contre la pandémie dans notre propre pays. Mais cela ne doit pas nous empêcher de voir ce qui se passe en Palestine, où l’arrivée de l’épidémie éclaire d’un jour particulièrement odieux la politique israélienne de domination et d’oppression du peuple palestinien.
Ces exactions doivent cesser et la politique israélienne doit changer radicalement : nous le demandons solennellement et nous demandons au gouvernement français d’agir dans ce sens.

Le Bureau National, 24 mars 2020


--
Association France Palestine Solidarité (AFPS)

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 08:30
Article du Ouest-France, Marie Jousseaume, aujourd'hui, par rapport aux Français bloqués au Sénégal, dont les morlaisiens Sandrine Corre et Gilbert Apamon

Article du Ouest-France, Marie Jousseaume, aujourd'hui, par rapport aux Français bloqués au Sénégal, dont les morlaisiens Sandrine Corre et Gilbert Apamon

Rapatriement d'urgence des français au Sénégal et ailleurs
 
Le lien pour signer la pétition:
 
Sandrine Corre, des Utopistes en action, et Gilbert Apamon, éducateur à Morlaix, était au Sénégal pour préparer un séjour de coopération avec un groupe du lycéen Tristan Corbière, séjour qui a été finalement annulé à cause du Coronavirus, ils sont actuellement bloqués au Sénégal à Dakar faute de moyens suffisants mis à disposition par Air France et le gouvernement pour rapatrier les Français. D'autres français se trouvent depuis 8 jours dans l'aéroport sans pouvoir accéder à des places dans un avion. 
 
Le texte de la pétition:

Je vous alerte sur la situation de nombre de nos compatriotes bloqués dans des pays étrangers pour cause de manque d'avion et surtout d'ignobles spéculations de la part d'Air France, notamment au Sénégal. Voici le message d'urgence transmis en désespoir de cause à un sénateur ce jour par 2 amis bloqués au Sénégal.

"Cette lettre a pour but de vous alerter sur la situation des voyageurs à l'aéroport de Dakar actuellement. En effet, au Sénégal, Air-France spécule sur les tarifs des billets pour le rapatriement des ressortissants français. La compagnie est injoignable au numéro mis en place pour assurer le rapatriement. Acheter un billet sur leur site est impossible. Les derniers billets ont été achetés à prix d'or, directement de France par ceux qui en avait les moyens ! Des billets ont été vendus à plus de 3000€ ce vendredi alors qu'ils étaient en vente à 1000€ jeudi matin... et en classe économique ! Un scandale inacceptable en ces temps de crise sanitaire mondiale ! Trois cents ressortissants français se sont rassemblés à l'aéroport ces deux derniers jours et ont été délogés ce midi par les forces de l'ordre locales. Ils n'ont obtenu aucune réponse au guichet concernant les prochains vols, un seul décollage étant effectué par jour et aucun avion supplémentaire n'étant prévu. Nous dénonçons l'attitude d'Air-France qui spécule sur la peur des voyageurs qui craignent une contamination au Covid -19, en plus de ne pouvoir rejoindre leur famille dans des délais acceptables. Cela ne correspond en aucun cas au discours de Mr Macron et de l'exécutif, affirmant que tout serait mis en œuvre pour rapatrier au plus vite, et à prix décent nos ressortissants ! Nous savons de source sûre que le Sénégal est prêt pour organiser des vols à destination de la France, et ceci pour un tarif de 500€... mais il leur est impossible de décoller, le monopôle du rapatriement étant réservé à Air France ! Les réponses de l'Ambassade de France et de la compagnie sont absolument floues du style : « Nous prévoyons de rajouter des vols »... Nous n'obtenons bien sûr aucune réponse sur ces pratiques de spéculations scandaleuses !

Nous faisons appel à nos représentants politiques pour leur faire part de la réalité sur le terrain. Nous voulons rentrer au pays comme l'a annoncé le Président de la République, et au plus vite car il y un risque de fermeture complète des aéroports ici jusqu'à nouvel ordre, l'état d'urgence sanitaire devant bientôt aussi être instauré. Sur place la situation devient très critique pour les français présents à Dakar. Les voyageurs forment des queues sans protocole de sécurité au guichet, certains dorment à même le sol car les hôtels ferment progressivement leurs portes... sauf pour ceux qui ont les moyens de se payer un billet d'avion à 3000 € ! De jeunes enfants et des personnes âgées, considérés comme personnes à risques, sont exposées à la propagation du virus, et d'autres personnes commencent à ressentir de l'agressivité de la part des autochtones, qui craignent eux aussi cette propagation potentiellement transmissible par les voyageurs. Le manque d'information et certaines contradictions nous plongent dans un sentiment d'insécurité total, d'abandon de nos dirigeants, et nos familles et amis nous manquent un mois après le début de notre mission humanitaire au Sénégal, où nous avons été cependant fort bien accueillis. Nos relations en France ressentent bien sûr aussi une vive inquiétude ! Nous lançons ce cri d'alerte afin que vous nous veniez en aide, en transmettant ce message à toutes personnes compétentes en mesure de nous aider. Pour le bien de tous nos ressortissants veuillez s'il vous plaît, faire en sorte que la compagnie Air-France cesse ces pratiques de spéculations financières inadmissibles, en ces temps de solidarité internationale demandée par tous nos dirigeants, et appliquée par la plupart des pays !

Gilbert Apamon et Sandrine Corre, deux victimes de cette situation.

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 14:42
Jeudi, 19 Mars, 2020

Grèce. L’hôpital public broyé par l’austérité

Dans un pays où jeudi, le nouveau coronavirus avait fait six morts et contaminé 464 personnes sur une population de 10,7 millions, c'est la crainte de l'effondrement du système de santé qui plane. Avec les memoranda, le système public de santé a perdu les trois cinquièmes de ses effectifs. Les médecins ont pris en masse le chemin de l’exil.

 

Les politiques d’ajustement structurel imposées à la Grèce depuis 2010 ont laissé tout un pays exsangue ; c’est dans les secteurs de l’éducation et de la santé que les coupes budgétaires furent les plus brutales et c’est l’hôpital public qui en a payé le prix le plus lourd. Jeudi, Athènes annonçait déjà six décès dus au coronavirus et les personnels soignants sont terrorisés à l’idée de devoir affronter la pandémie avec des infrastructures de santé en ruine.

Au total, 25 % à 30 % des unités de soins ont disparu

Le tableau est sombre : entre 2009 et 2015, les dépenses publiques de santé par tête ont chuté, en valeur réelle, de 37,7 % et, avec les deux premiers memoranda, le système de santé public a perdu les trois cinquièmes de ses effectifs. Dès 2010, le système national de santé ESY a réduit de 60 % ses dépenses. Au nom de la « rentabilité » du système hospitalier, les 137 établissements répartis sur le territoire se sont trouvés contraints de fusionner, pour laisser place à un réseau de 83 hôpitaux seulement, avec, au passage, des milliers de suppressions de postes et la fermeture de 4 500 lits. Au total, 25 % à 30 % des unités de soins intensifs et des unités de soins spécialisés ont disparu et, fait absurde, des hôpitaux flambant neufs, financés par des crédits européens, n’ont jamais ouvert leurs portes, faute de personnels.

Autre effet désastreux de la compression budgétaire : les hôpitaux ont accumulé les dettes auprès de leurs fournisseurs, ce qui complique leur approvisionnement en médicaments, fournitures de base et matériel médical. L’amputation des salaires des médecins hospitaliers, enfin, a conduit à l’exode de milliers d’entre eux, partis travailler à l’étranger. Pour la seule année 2013, en Crète, 55 % des médecins fraîchement diplômés ont pris le chemin de l’exil, selon l’ordre des médecins. Dans la même période, la région d’Athènes perdait, pour les mêmes raisons, 600 praticiens. Cette entreprise de démolition, combinée à la privation de couverture sociale des chômeurs, a provoqué dans le pays une véritable crise humanitaire, difficilement atténuée par la création de centres de santé solidaires par des soignants bénévoles. Au pouvoir, Syriza a rétabli la gratuité des soins hospitaliers pour les populations précaires. Sans parvenir à guérir, faute de marge de manœuvre politique et de moyens financiers, un système public de santé poussé à l’asphyxie.

Grèce. L’hôpital public broyé par l’austérité (L'Humanité, 19 mars 2020 - Rosa Moussaoui)

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 07:13
Le numérique carbure au charbon - Technologies de demain, énergie d'hier - par Sébastien Broca (Le Monde Diplomatique, mars 2020)

Le numérique carbure au charbon

Par Sébastien Broca

Article du Monde Diplomatique, mars 2020 

 

Partenariats des géants de la Silicon Valley avec l’industrie pétrolière, consommation massive d’énergie et de ressources : contrairement à ce qu’on a longtemps affirmé, l’économie numérique n’est ni « immatérielle » ni « verte ». Elle produit des dommages écologiques importants, dont les conséquences sont très inégalement réparties à la surface du globe.

C’est l’histoire d’un ingénieur de Microsoft que son employeur envoie à Atyraou, sur le plus grand site pétrolier du Kazakhstan, exploité par Chevron en partenariat avec l’État kazakh. Là, il participe à un séminaire sur la manière dont l’intelligence artificielle et l’informatique en nuage (cloud computing)[1] peuvent rendre l’industrie pétrolière plus efficace. Devant des cadres dirigeants qui ne comprennent pas grand-chose au jargon dont il les abreuve, il joue, en se forçant un peu, la partition que Microsoft lui a demandé d’interpréter. Les enjeux sont importants. En 2017, Chevron a signé avec l’entreprise fondée par M. Bill Gates un partenariat de sept ans, afin d’en faire son fournisseur de services à distance. Depuis cette date, Microsoft stocke et analyse les téraoctets de données que recrachent chaque jour les puits de pétrole couverts de capteurs. À Atyraou, le séminaire prend toutefois un tour un peu inattendu. Les cadres de Chevron questionnent l’ingénieur sur la possibilité d’installer des outils de surveillance sophistiqués, qui permettraient de détecter algorithmiquement les comportements suspects parmi les travailleurs du site ou d’analyser leurs courriers électroniques personnels ! À son retour aux États-Unis, il a le sentiment d’avoir vécu une « expérience surréaliste », où « toutes les personnes présentes discutaient, l’air de rien, de la mise en place d’un dispositif panoptique de surveillance au travail ». Il décide alors de raconter son séjour dans un long article[2].

Depuis quelques années, les rapprochements entre les principaux acteurs du capitalisme numérique et les grandes compagnies pétrolières se multiplient. Amazon a créé le service d’informatique en nuage AWS Oil and Gas Solutions, financé des conférences de l’industrie pétrolière et recruté de nombreux experts en intelligence artificielle spécialisés dans les applications au secteur de l’énergie. Google a de son côté signé des accords avec Total, Anadarko et Nine Energy Service, tout en lançant sa division Oil, Gas and Energy au sein de Google Cloud. Quant à Microsoft, il a conclu des partenariats non seulement avec Chevron, mais également avec BP, Equinor et Exxon.

Ces alliances sont dues aux perspectives ouvertes par les données de masse (big data) et par l’intelligence artificielle. L’industrie pétrolière compte sur ces technologies pour localiser plus précisément les réserves et réduire ses coûts grâce à l’automatisation. Les géants du numérique y voient de leur côté un marché juteux pour leurs services de stockage et de traitement de données, mais aussi pour leurs solutions d’apprentissage automatique (machine learning). Seule ombre au tableau : ces partenariats font tache alors que les services de communication rabâchent l’engagement sans faille de la Silicon Valley en faveur des énergies renouvelables. Sommé par certains de ses salariés de renoncer à toute collaboration avec l’industrie pétrolière, le fondateur d’Amazon, M. Jeff Bezos, expliquait en septembre 2019 qu’il ambitionnait d’apporter à l’industrie pétrolière les « meilleurs outils possibles » pour effectuer sa « transition »[3]. Stopper la dépendance aux combustibles fossiles en aidant les principaux fournisseurs à rendre leurs affaires plus profitables : il fallait effectivement y songer.

Ravages de l’« Internet des objets »

Si l’extraction du pétrole et celle des données constituent les deux faces d’une même pièce, c’est en réalité toute l’opposition entre le capitalisme thermo-industriel né au XIXe siècle et un capitalisme numérique prétendument « immatériel », « postindustriel » ou « vert » qu’il faut remettre en question. « L’informatique en nuage commence avec le charbon », affirmait en 2013 un rapport du consultant Mark P. Mills, financé par… l’industrie minière[4]. Nos sociétés numériques poursuivent en effet une trajectoire historique entamée il y a deux siècles au Royaume-Uni avec l’exploitation à grande échelle du charbon. Depuis, la consommation mondiale de ce combustible n’a cessé d’augmenter, malgré l’addition progressive d’autres sources d’énergie primaire : gaz naturel, pétrole, nucléaire, solaire, etc.[5]. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’utilisation du charbon, tirée par la Chine, l’Inde et l’Asie du Sud-Est, ne devrait pas décliner ces prochaines années[6].

De manière générale, la consommation énergétique mondiale croît toujours (+ 2,3 % en 2018), et elle découle encore à plus de 80 % des énergies fossiles[7]. La quantité d’énergie nécessaire pour produire de l’énergie croît également, à mesure que sont exploités des gisements de plus faible qualité ou des hydrocarbures dits « non conventionnels », comme les sables bitumineux. Ainsi, ce que les spécialistes appellent le « taux de retour énergétique » ne cesse de décliner. Alors que, « il y a un siècle, il fallait en moyenne un baril de pétrole pour en extraire cent, aujourd’hui, le même baril n’en produit, dans certaines zones de forage, que trente-cinq [8]».

Certes, l’économie numérique n’est pas seule en cause, mais elle participe grandement au maintien de cette trajectoire funeste. Selon deux rapports récents, elle représente plus de 4 % de la consommation d’énergie primaire au niveau mondial, et cette consommation augmente de 9 % par an, à mesure que les pays émergents s’équipent et que les usages se diversifient[9]. C’est la fabrication des terminaux et des infrastructures de réseaux qui pèse le plus lourd dans ce bilan, suivie par la consommation des équipements, du réseau et des fermes de serveurs (data centers). La construction d’un ordinateur portable émet ainsi environ 330 kilogrammes d’équivalent CO2, tout en nécessitant énormément d’eau et de matières premières, notamment des métaux comme le palladium, le cobalt ou les terres rares. Le fonctionnement des data centers génère à lui seul 19 % de l’empreinte énergétique totale du numérique.

Le simple visionnage en ligne de vidéos, qui sont stockées au sein de ces gigantesques infrastructures matérielles, aurait engendré en 2018 autant de gaz à effet de serre qu’un pays comme l’Espagne. En effet, si Apple et Google se targuent d’opérer avec 100 % d’énergies renouvelables, c’est loin d’être le cas du principal acteur de l’informatique en nuage, Amazon. Selon un rapport de Greenpeace, son gigantesque centre de traitement en Virginie, où transite environ 70 % du trafic Internet mondial, en intègre seulement 12 %. Il bénéficie notamment de l’électricité bon marché produite grâce au charbon des Appalaches, extrait en écrêtant à l’explosif le sommet des montagnes avoisinantes… En Chine, c’est 73 % de l’énergie consommée par les data centers qui provient toujours du charbon[10]. Ces chiffres peuvent inquiéter lorsqu’on sait l’explosion prévisible de la quantité de données dans les années à venir, conséquence de la prolifération attendue des objets connectés.

Plus fondamentalement, les technologies sur lesquelles repose le capitalisme numérique ont été conçues sans tenir compte de l’impératif écologique. Le champ de l’intelligence artificielle en offre un exemple édifiant. Une étude de l’université d’Amherst (Massachusetts) a montré qu’un projet standard d’apprentissage automatique émet aujourd’hui, pendant l’ensemble de son cycle de développement, environ 284 tonnes d’équivalent CO2, soit cinq fois les émissions d’une voiture de sa fabrication jusqu’à la casse[11]. Comme le relève le chercheur Carlos Gómez-Rodríguez, « la majorité des recherches récentes en intelligence artificielle négligent l’efficacité énergétique, parce qu’on s’est aperçu que de très grands réseaux de neurones [plus énergivores] sont utiles pour accomplir une diversité de tâches, et que les entreprises et les institutions qui ont accès à d’abondantes ressources informatiques en tirent un avantage concurrentiel[12] ». Autrement dit, les géants de la technologie n’ont guère intérêt à mettre au point des méthodes plus sobres.

Ils n’ont pas davantage intérêt à ce que leurs utilisateurs adoptent des comportements écologiques. Leur prospérité future nécessite que chacun s’habitue à allumer la lumière en parlant à une enceinte connectée, plutôt qu’en appuyant sur un bête interrupteur. Or le coût écologique de ces deux opérations est loin d’être équivalent. La première nécessite un appareil électronique sophistiqué muni d’un assistant vocal dont le développement a consommé énormément de matières premières, d’énergie et de travail[13]. Prôner simultanément l’« Internet des objets » et la lutte contre la crise climatique est un non-sens : l’augmentation du nombre d’objets connectés accélère tout simplement la destruction de l’environnement. Et les réseaux 5G devraient doubler ou tripler la consommation énergétique des opérateurs de téléphonie mobile dans les cinq prochaines années.

Considéré sous l’angle écologique, le capitalisme numérique ne se réduit ni aux mastodontes de la Silicon Valley ni au milieu des start-up. Il constitue plutôt une « économie-monde », au sens que l’historien Fernand Braudel donnait à ce terme : un ensemble cohérent d’acteurs économiques dont les relations sont structurées par une division entre centres et périphéries. La baie de San Francisco en est le cœur, et sa prospérité découle largement des relations asymétriques qu’elle entretient avec des espaces dominés, des mines de coltan africaines aux usines d’assemblage asiatiques en passant par les dépotoirs électroniques ghanéens. Dans ce système, les processus industriels engendrent des coûts écologiques inégalement répartis. Ainsi les injustices environnementales prennent-elles la forme d’un échange écologiquement inégal, déclinaison de l’« échange inégal » théorisé notamment par l’économiste marxiste Arghiri Emmanuel dans les années 1960 : derrière l’apparente équité de l’échange monétaire, l’économie-monde capitaliste repose sur des transferts asymétriques de ressources naturelles entre centres et périphéries[14]. Quand une entreprise du Nord achète pour 1 000 dollars de matières premières et lorsqu’une entreprise du Sud paye 1 000 dollars de droits de propriété intellectuelle, les valeurs monétaires sont identiques, mais les impacts sur la nature ne le sont pas, car les centres externalisent les conséquences environnementales de leur développement.

Le capitalisme numérique illustre parfaitement cette logique. La fabrication des ordinateurs et des téléphones portables absorbe à elle seule 23 % de la production mondiale de cobalt et 19 % des métaux rares[15]. Or le cobalt provient majoritairement de la République démocratique du Congo, où il est souvent extrait par des enfants dans des zones de conflit, au mépris des droits humains et de l’environnement[16]. Quant aux terres rares, la Chine domine leur production mondiale, mais au prix de pluies acides et d’une contamination aux métaux lourds de ses terres arables et de ses réserves en eau. Le journaliste Guillaume Pitron résume la situation : « Les Chinois et les Occidentaux se sont tout bonnement réparti les tâches de la future transition énergétique et numérique : les premiers se saliraient les mains pour produire les composants de la green tech, tandis que les seconds, en les leur achetant, pourraient se targuer de bonnes pratiques écologiques[17]. » Le fonctionnement de l’économie-monde numérique n’abolit pas les limites écologiques : il les déplace.

[1] Stockage et traitement des données d’un client sur les serveurs distants d’un prestataire spécialisé.

[2] Zero Cool, « Oil is the new data », Logic, n° 9, San Francisco, 7 décembre 2019.

[3] Cité par David McCabe et Karen Weise, « Amazon accelerates efforts to fight climate change », The New York Times, 19 septembre 2019.

[4] Mark P. Mills, « The cloud begins with coal » (PDF), Digital Power Group, New York – Washington, DC, août 2013.

[5] Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’Événement anthropocène, Seuil, coll. « Anthropocène », Paris, 2013.

[6] « Coal 2019. Analysis and forecasts to 2024 », IEA, Paris, 2019.

[7] Christopher J. Rhodes, « Endangered elements, critical raw materials and conflict minerals », Science Progress, vol. 102, n° 4, Thousand Oaks (Californie), 2019.

[8] Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique, Les Liens qui libèrent, Paris, 2018.

[9] Frédéric Bordage (sous la dir. de), « Empreinte environnementale du numérique mondial » (PDF), GreenIT.fr, octobre 2019 ; Maxime Efoui-Hess (sous la dir. de), « Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne », The Shift Project, Paris, juillet 2019.

[10] Naomi Xu Elegant, « The Internet cloud has a dirty secret », Fortune, New York, 18 septembre 2019.

[11] Cité dans Karen Hao, « Training a single AI model can emit as much carbon as five cars in their lifetimes », MIT Technology Review, Cambridge (Massachusetts), 6 juin 2019.

[12] Emma Strubell, Ananya Ganesh et Andrew McCallum, « Energy and policy considerations for deep learning in NLP » (PDF), 57es rencontres de l’Association for Computational Linguistics, Florence, juillet 2019.

[13] Kate Crawford et Vladan Joler, « Anatomy of an AI System », AI Now Institute & Share Lab, université de New York, 7 septembre 2018.

[14] Alf Hornborg, Nature, Society, and Justice in the Anthropocene : Unraveling the Money-Energy-Technology Complex, Cambridge University Press, 2019.

[15] Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares, op. cit.

[16] Annie Kelly, « Apple and Google named in US lawsuit over Congolese child cobalt mining deaths », The Guardian, Londres, 16 décembre 2019.

[17] Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares, op. cit.

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