Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 09:51
Il appartient au peuple malien de décider seul de son avenir (PCF)
COMMUNIQUE DE PRESSE
 
 
Il appartient au peuple malien de décider seul de son avenir (PCF)
 
 
Le coup de force conduit par des officiers supérieurs de l'armée malienne marque une nouvelle étape dans le délitement total de la situation du pays. Le président de la République, Ibrahim Boubakar Keïta, qui a été arrêté, a annoncé sa démission, celle du gouvernement et la dissolution du Parlement. Quant aux militaires, qui ont procédé également à la neutralisation de la presque totalité de l'état-major et à l'incarcération de personnalités civiles, ils annoncent une transition civile censée conduire à des élections. Ils ont reçu le soutien d'une partie de l'opposition organisée autour du mouvement M5-MFP, coalition d'hommes politiques, de représentants de la société civile et de religieux.
 
Cette intervention d'une partie des militaires est le résultat d'une dynamique de mécontentement profond face à la crise sécuritaire, sociale et politique dont la lutte contre le djihadisme n'est qu'un aspect.
Depuis des décennies, le peuple malien subit des politiques libérales et d'ajustements structurels entravant toutes politiques publiques de développement, aggravant les inégalités et la misère. La corruption
généralisée, la gabegie, nourrissent le ressentiment et la colère sociale face à l'enrichissement éhonté de la classe dirigeante. Les droits humains y sont constamment bafoués par des régimes autoritaires soutenus à bout de bras par des puissances étrangères et notamment la France. Rien n'est fait pour traiter les causes de ce désastre alors que la situation sociale ne cesse de s'aggraver.
 
Par ailleurs, le pouvoir en place, totalement discrédité, était largement contesté depuis les récentes législatives. L'opposition avait dénoncé les fraudes massives donnant lieu à des manifestations pacifiques d'ampleur. Celles-ci ont été durement réprimées dans le sang, faisant plus d'une vingtaine de morts parmi les protestataires sans que cela n'émeuve les protecteurs du régime.
Ces impasses s'exacerbent avec la déstabilisation conduite par des entreprises de violence liées au banditisme et aux groupes armés djihadistes. Ces organisations continuent à gagner en influence, montent
en puissance, en effectifs et étendent leur implantation. De toute évidence, l'hyper-militarisation avec notamment la présence croissante des forces armées françaises ne produisent pas l'effet escompté et
marque ses limites en raison de l'absence de perspectives politiques.
Les attaques se multiplient, éprouvant massivement l'armée malienne. En son sein, la grogne monte face aux revers, à la pression des combats, aux problèmes de solde alors que les fonds alloués aux forces armées ont
accéléré une corruption devenue insupportable. L'indifférence à leur sort de la part des autorités politiques mais aussi la dénonciation d'exactions contre les civils notamment dans le village d'Ogossagou, ont
contribué à ce coup de force alors que les militaires étaient jusqu'à présent restés en dehors de la contestation.
 
Ainsi, les solutions promues par la communauté internationale et plus particulièrement Paris, avec ses ingérences multiples, ses politiques d'austérité et la militarisation exclusive conduisent à l'échec et au
chaos politique.
Comme le réclament les Maliens, il n'y a pas d'autres alternatives que le dialogue entre les forces sociales et politiques pour trouver une issue à la crise. Il appartient aux Maliens de décider seuls de leur avenir pour rester maîtres de leur destin. L'absence de développement génère le désespoir et nourrit les forces réactionnaires et régressives qui se positionnent à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Il y a
urgence d'une transition ouvrant une perspective de paix durable. Le Parti communiste français est aux côtés du peuple malien afin de bâtir une coopération solidaire fondée sur le progrès social et le respect des
droits humains et démocratiques.
 
 
Parti communiste français,
 
Paris, le 19 août 2020.
 

Partager cet article

Repost0
18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 07:28
Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation - entretien de Pierre Barbancey avec Haim Bresheeth, L'Humanité, 17 août 2020
Lundi, 17 Août, 2020

Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation

 
Entretien réalisé par Pierre Barbancey

Haim Bresheeth est le fils de rescapés de la Shoah. Juifs de Pologne, ils avaient refusé l’appel sioniste, lui préférant le Parti travailliste juif socialiste. À la sortie des camps, faute de trouver un pays d’accueil, ils se sont rendus en Israël. L’auteur, né en 1946 à Rome, y a grandi et fait son service militaire, avant de quitter le pays.

Ce livre survient bien à propos pour mieux comprendre les rouages de la société israélienne. Une société militarisée à outrance, une armée qui a créé la nation israélienne et dont la force politique est sans égale. Et surtout, elle est la garante de l’occupation. C’est une « armée comme aucune autre » pour reprendre le titre de cet ouvrage magistral divisé en trois parties : les guerres d’Israël, l’armée et son État, et enfin le dépérissement d’Israël, où il demande si Israël est une démocratie. Bresheeth estime que le projet sioniste, hier, aujourd’hui et demain, ne peut inclure la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël. Il faut espérer qu’un éditeur français saura s’en saisir.

Haim Bresheeth retrace dans un livre l’évolution de l’armée israélienne, de la Nakba aux guerres en Égypte, au Liban, en Irak, aux assauts continus sur Gaza. Le chercheur montre que l’État d’Israël a été formé à partir de ses guerres. Entretien. (A retrouver en version anglaise ici). 
 

Haim Bresheeth, chercheur à l’École d’études orientales et africaines (Soas) de Londres (1).

Haim Bresheeth

Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez concentré votre travail sur les forces de défense israéliennes (FDI) ?

Haim Bresheeth Les FDI représente l’institution sociale la plus cruciale de l’État israélien depuis 1948. C’est la plus grande, la mieux financée, et la plus importante en nombre, comprenant la plupart des hommes d’Israël et énormément de femmes. Cela a de graves répercussions – Tsahal est pleinement représentatif de la population juive en Israël. En ce sens, l’armée est l’organe le plus représentatif de la société israélienne. Comprendre cela, c’est commencer à comprendre Israël, et la difficulté à laquelle nous sommes confrontés lorsqu’il s’agit de résoudre le conflit en Palestine, un conflit de type colonial. Parce que la seule solution que les FDI accepteront est celle dans laquelle elles détiennent toutes les cartes.

Vous dites que les FDI ont fait une nation. Pourquoi ?

Haim Bresheeth Dans le livre, je traite du fait que ce qui existait en 1948 était une armée, et cette armée a construit un État, mais il n’y avait pas de nation ! Ce n’est pas mon point de vue, mais celui de David Ben Gourion, qui a compris qu’une collection de personnes venues de toutes les parties du monde, sans rien qui les relie, n’est pas une nation. La nation devait être formée par une organisation sociale large afin de créer une culture nationale, un sentiment d’appartenance, l’identité d’une nouvelle nation israélo-juive. Le seul corps qui était capable de cette tâche complexe, qui prend des centaines d’années dans la plupart des cas, était les FDI, et Ben Gourion l’a choisi parce qu’en 1948, il comprenait pratiquement tous les adultes juifs – tous les hommes et la plupart des femmes. Il s’agissait d’une armée qui combattait les Palestiniens et les armées arabes. Mais elle exerce aussi toutes les tâches civiques normalement exécutées par la société civile. La plupart d’entre elles restent encore effectuées par les FDI. Dans la dernière crise du coronavirus, les FDI et les services secrets (Shabak) ont ainsi pris le relais d’une grande partie du pays pour l’opération de suivi et de traçage, par exemple. Le revers de la médaille est que la plupart des Israéliens ne perçoivent leur identité que dans les termes de l’armée et ne voient le conflit qu’à travers le filtre de la force militaire.

Quel est le rôle des militaires dans la vie politique et économique ?

Haim Bresheeth Les FDI et les entreprises qui y sont liées forment le plus grand secteur d’Israël et sont responsables de la plus grande partie des revenus provenant des exportations, entre 12 et 18 milliards de dollars par an. Vendant dans plus de 135 pays, Israël est l’un des principaux marchands d’armes de la planète. Israël a transformé le conflit en une entreprise florissante – il a fait de l’adversité un succès commercial, en s’appuyant sur le slogan « testé dans l’action ». Le modèle d’affaires comprend également des milliers d’entreprises high-tech créées par des officiers retraités, qui, avec les entreprises d’armement et de sécurité nationalisées, sont le plus grand employeur du pays. Tous les établissements universitaires bénéficient d’un financement substantiel de la recherche déboursé par les FDI, le ministère de la Défense et les diverses organisations de sécurité ; certaines universités et des collèges ont également organisé des programmes de formation pour les FDI et les organismes connexes.

Dans le livre, vous vous interrogez sur « Israël est une démocratie » et s’« il aurait pu y avoir un autre Israël ». Pouvez-vous nous donner quelques éléments de réponse ?

Haim Bresheeth Il n’y a jamais eu de société colonisatrice qui était démocratique ou libre. Israël ne fait pas exception. Un projet de colonisation est une question de contrôle – de la terre, des ressources et de la main-d’œuvre. En tant que tel, il dépend de l’anarchie et de l’injustice, toujours défendu par la violation du système juridique. C’était vrai pour l’Algérie, l’Australie, l’Amérique du Nord et du Sud, l’Afrique du Sud, le Congo, et c’est vrai en Palestine. Une société militaire dans l’occupation illégale ne peut pas être démocratique, et, comme Marx l’a souligné, ne peut pas, en soi, être libre. Par conséquent, l’Israël sioniste ne peut jamais être démocratique. Dans le passé, certains sionistes de gauche ont soutenu que l’idée sioniste était pure et juste, mais en quelque sorte souillée par la pratique. Il n’y a rien de plus éloigné de la vérité. Comme je l’ai souligné, le but ultime du projet sioniste, à partir du moment où il apparaît dans l’œuvre de Herzl jusqu’à notre époque, était et reste la dépossession et l’expulsion des Palestiniens, et la mise en place d’une société juive exclusive sur des principes racistes. C’est la raison pour laquelle, avec le temps, Israël devient plus raciste et plus agressif. Le rêve sioniste est essentiellement un cauchemar colonial. Même si l’on est assez brutal pour ignorer la souffrance palestinienne, la vie des juifs en Israël ne peut, par définition, être sûre ou normale. Les Israéliens vivent une vie spartiate de soldats en vacances. Israël a eu de nombreuses chances d’instaurer la paix et l’a toujours évitée. C’est un État militarisé, préférant l’état de guerre – avec son empire qui s’accroche illégalement aux territoires de quatre États arabes –, qui impose une oppression raciste à près de cinq millions de Palestiniens sans aucun droit. Près de deux millions de ses propres citoyens palestiniens perdent maintenant les quelques droits qu’ils avaient. Nous pouvons affirmer sans risque qu’Israël est un État militarisé par choix, en raison de sa nécessité de protéger son empire par un butin militaire et une occupation illégale. Personne n’a imposé ce régime d’occupation aux Israéliens. C’est leur décision. Le reste du monde est toutefois responsable de l’autoriser et de le financer, en particulier les États-Unis et l’Union européenne.

Depuis le 1er juillet, Israël est censé annexer 30 % de la Cisjordanie. Comment les FDI se comportent-elles dans ce cadre ?

Haim Bresheeth L’évolution vers l’annexion illégale de la majeure partie de la Cisjordanie est l’exemple ultime de l’anarchie soutenue par les États-Unis – une action illégale unilatérale et non négociable contre les droits des Palestiniens. Le fait que le premier ministre, Benyamin Netanyahou, n’ait pas respecté l’échéance de son annexion d’ici le 1er juillet est un signe clair que même l’armée israélienne s’oppose à cette mesure. Avant les années 1990, les Forces de défense israéliennes (FDI) contrôlaient la Cisjordanie et devaient investir d’énormes ressources humaines et matérielles dans le maintien de l’ordre dans toute la Palestine. Cette situation désastreuse, qui s’était développée à la suite de la première Intifada, a poussé Israël à organiser les accords d’Oslo, établissant une Autorité nationale palestinienne (APN). Depuis lors, l’APN – formée et armée par Israël, et partiellement financée par l’UE et les États-Unis – a sécurisé les territoires occupés au nom d’Israël, exonérant les FDI de leurs devoirs et de tout coût financier.

Mais l’annexion peut conduire l’ANP vers l’effondrement. En fin de compte, elle pourrait perdre le contrôle des organisations de sécurité palestiniennes, détestées et méprisées par le peuple palestinien. Les FDI ne souhaitent pas perdre cet important assouplissement de ses fonctions et s’inquiètent grandement de sa capacité à contrôler les territoires occupés si un tel scénario se produit. Les FDI ont opposé leur veto au programme d’annexion tel que Netanyahou l’a présenté, et il semble donc avoir dû l’abandonner discrètement pour le moment. En revanche, Israël n’a pas abandonné son véritable programme, qui se poursuit à un rythme soutenu. L’incapacité de la communauté internationale, telle qu’elle est, à s’opposer à une telle illégalité atroce est un danger pour l’État de droit partout dans le monde, à une époque de grande fragilité internationale. Le droit international doit être appliqué avant que d’autres dommages irréparables ne soient causés aux Palestiniens, et qu’un dangereux précédent soit établi.

Tous les pays occidentaux, mais aussi l’OLP, parlent encore de la solution des deux États. Avec l’annexion, cette idée est morte. Mais quand l’État sioniste refuse un État palestinien, est-il possible d’établir un seul État, même binational et plein droit pour tous les citoyens ?

Haim Bresheeth Il doit être clair pour les lecteurs de l’Humanité qu’Israël n’a jamais eu l’intention de mettre fin à son occupation militaire, et a fait tout ce qui est humainement possible pour bloquer toute forme d’État palestinien depuis 1948, et plus spécialement depuis 1967. Il ne pouvait pas le faire seul, bien sûr. Sans le soutien fort et indéfectible des « démocraties » occidentales, cela n’aurait jamais été possible. En ce sens, Israël a toujours été contre la solution dite des deux États. Le débat à l’ONU comprenait en réalité deux options : celle de la partition, qui a été votée, a conduit à la Nakba et à l’expulsion des deux tiers des Palestiniens de leurs foyers. Mais aussi, on s’en souvient moins, la proposition d’un État unique laïque et démocratique sur l’ensemble de la Palestine : un État de tous ses citoyens, sans lois racistes spéciales. Jusqu’en 1988, cette option, rejetée par l’ONU en 1947, était la position officielle de l’OLP. En faisant valoir qu’une telle issue démocratique ne peut pas avoir lieu à cause de l’opposition israélienne, rappelons-nous que c’est aussi la raison pour laquelle il ne peut y avoir d’accord sur une autre solution. Israël a rejeté toute solution qui offrirait aux Palestiniens une certaine autonomie même sur une partie minuscule de leur terre. Donc, nous, le reste du monde, devons forcer Israël à l’accepter. Le monde l’avait fait dans le cas de l’autre État de l’apartheid – l’Afrique du Sud. Seule une campagne engagée de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) coordonnée au niveau international peut déloger Israël de son projet colonial. Une telle campagne, en faveur de l’égalité, des droits de l’homme, du droit international, des résolutions des Nations unies, des conventions de Genève, et de la Cour pénale internationale, peut apporter l’espoir d’établir une paix juste et durable au Moyen-Orient à toutes les personnes résidant en Palestine, ainsi qu’aux réfugiés palestiniens.

La campagne BDS, qui s’oppose aux actions militaires illégales et agressives d’Israël, est une campagne civile. Une action civique menée par tous les citoyens du monde, en évitant la violence et la brutalité, en essayant de changer la situation par des méthodes non violentes. Je pense que le moment est clairement venu d’une telle approche, si l’on veut éviter davantage d’effusions de sang et de souffrances.

(1) Auteur de An Army Like No Other. How the Israel Defense Force Made a Nation. Verso Books Edition. (2) Lire l’entretien intégral sur www.humanite.fr
Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation - entretien de Pierre Barbancey avec Haim Bresheeth, L'Humanité, 17 août 2020

Partager cet article

Repost0
18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 07:15
Moyen-orient. Les Émirats enterrent « l’initiative arabe » de 2002 - Pierre Barbancey, L'Humanité, 17 août 2020
Lundi, 17 Août, 2020

Moyen-orient. Les Émirats enterrent « l’initiative arabe » de 2002

Les pays arabes avaient proposé une normalisation avec Israël en échange de la fin de l’occupation. Abou Dhabi tue cet accord.

 

Les Émirats arabes unis (EAU) ont beau expliquer depuis jeudi que la normalisation annoncée avec Israël mettait fin aux récents projets d’annexion en Cisjordanie occupée, le premier ministre israélien s’est empressé de le nier : « J’ai apporté la paix, je réaliserai l’annexion », a-t-il dit. En réalité, il semble plutôt que Benyamin Netanyahou était plutôt confronté au refus de l’armée israélienne de reprendre en charge directement le contrôle des Palestiniens, tâche dévolue à l’Autorité palestinienne depuis sa mise en place après les accords d’Oslo. Ce qui permet à Israël d’économiser des centaines de millions de dollars par an et d’engager moins de soldats dans ces territoires.

But ultime des États-Unis et d’Israël : endiguer l’Iran.

Depuis le 1er juillet, date annoncée de l’annexion, rien n’avait vraiment bougé. L’opportunité était donc bonne pour commencer à mettre en place ce qui reste le but ultime des États-Unis et d’Israël, cette fameuse normalisation permettant un endiguement de l’Iran. Depuis jeudi, les rumeurs vont bon train quant aux suivants sur la liste. On parle du Bahreïn, du sultanat d’Oman et même du Soudan. Si, comme les Palestiniens choqués le demandent, la Ligue arabe se réunit, les débats risquent d’être houleux. Mais, comme à l’habitude, ils ne seront suivis d’aucun effet. Si les Émirats arabes unis deviennent le premier pays du Golfe à passer un accord avec Israël et le troisième pays arabe après l’Égypte et la Jordanie, la signification est toute autre. D’abord, il est évident que cet acte politique ne peut être isolé et qu’Abou Dhabi a reçu l’aval des principaux États constituant le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Dans un tweet, le ministre saoudien de la Culture et de l’Information, Adel Al. Toraifi, a ainsi exhorté les autres pays de la région « à dépasser les discours dévastateurs du nationalisme arabe factice et des islamistes terroristes ». Il dévoile ainsi une partie du plan final qui voudrait que le nouveau Moyen-Orient ne soit plus constitué d’États-nations mais d’entités confessionnelles, chacune sous l’égide d’un parrain (d’où les tensions entre l’Arabie saoudite et la Turquie s’agissant du monde sunnite), ce qui devrait faire dresser l’oreille au Liban. La normalisation des relations des Occidentaux avec l’Iran pourrait d’ailleurs s’appuyer sur un tel schéma.

Un accord sur le dos des Palestiniens

Plus directement, pour les Palestiniens, l’accord entre les EAU et Israël signifie que ce qu’on a appelé « l’initiative arabe » est morte et enterrée, même si la Ligue arabe n’a jamais vraiment essayé de la faire vivre, alors qu’elle en est l’initiatrice. Formulée en 2002, elle proposait à Israël une normalisation avec l’ensemble des pays arabes en échange de la fin de la colonisation, d’un retrait sur les frontières de 1967 et d’accepter que Jérusalem-Est soit la capitale du futur État de Palestine.

Les EAU viennent donc de passer un accord sur le dos des Palestiniens, puisqu’il n’y a aucune contrepartie politique. Pour mieux faire passer la pilule, les annonces se multiplient maintenant de coopération entre sociétés israéliennes et Émirats, concernant les recherches sur le Covid-19 ! Le 3 juillet, avant même l’annonce de la normalisation, la plus importante entreprise israélienne aéronautique et de défense, Israel Aerospace Industries, détenue par l’État, et Rafael Advanced Defense Systems, société également publique, avaient signé un protocole d’entente avec Group 42, une firme de technologie privée basée à Abou Dhabi. Et, pour faire bonne mesure, l’armée israélienne a fermé dimanche la zone maritime de la bande de Gaza, empêchant ainsi les pêcheurs palestiniens de sortir en mer.

Pierre Barbancey
Moyen-orient. Les Émirats enterrent « l’initiative arabe » de 2002 - Pierre Barbancey, L'Humanité, 17 août 2020

Partager cet article

Repost0
14 août 2020 5 14 /08 /août /2020 08:02

 

L’exécution de huit personnes, dont six Français, par un groupe armé, à 60 kilomètres de Niamey, s’inscrit dans une stratégie globale visant le départ de tous les Occidentaux, militaires comme civils.

«Ils » ne leur ont laissé aucune chance. Deux Nigériens et six Français, dont sept salariés de l’ONG Acted, ont été tués dimanche par des hommes armés circulant à moto dans la région de Kouré (sud-ouest du Niger), célèbre pour son parc animalier et ses spécimens de girafes peralta, une espèce disparue du reste de la planète.

Jusqu’ici classée « orange » par le ministère français des Affaires étrangères, c’est-à-dire « déconseillée sauf raison impérative », la zone demeurait pourtant l’un des rares havres de paix d’un Niger en guerre et confronté au même effondrement sécuritaire que ses voisins malien et burkinabé.

Situé à 60 kilomètres de Niamey, le parc attire des locaux comme les membres de la communauté des expatriés de Niamey, évaluée à 2 000 personnes, et aucun acte violent n’y avait jusqu’ici été répertorié. « La plupart des victimes ont été abattues par balles et une femme qui a réussi à s’enfuir a été rattrapée et égorgée. Sur place, on a trouvé un chargeur vidé de ses cartouches », détaille à l’AFP une source proche des services de l’environnement, illustrant la volonté des assaillants de liquider les « touristes » plutôt que de les enlever et tenter de négocier ensuite le versement de juteuses rançons.

Même mode opératoire qu’au marché de Namoungou

Le président français, Emmanuel Macron, a dénoncé dimanche soir une « attaque meurtrière qui a lâchement frappé un groupe de travailleurs humanitaires », affirmant que « tous les moyens » seront mis en œuvre pour « élucider » les circonstances de cet « attentat ». Le président du Mali, pays frontalier du Niger, a de son côté réagi en « condamnant énergiquement cet acte barbare (…), récurrent dans notre espace sahélien où continuent de sévir l’extrémisme violent et l’économie criminelle, malgré la guerre sans merci livrée par les armées nationales, la force conjointe du G5 Sahel et la force française “Barkhane” ».

Médiatisée car touchant des travailleurs humanitaires européens, l’attaque survenue au Niger ne doit pas occulter le fait que l’écrasante majorité des victimes de ce grand banditisme repeint aux couleurs du djihad demeure issue des populations locales de cette zone, aux confins du Niger, du Mali et du Burkina Faso. Dans l’indifférence générale, le vendredi 7 août, et suivant le même mode opératoire que l’embuscade de Kouré au Niger, une vingtaine de personnes étaient tuées dans le marché à bétail de Namoungou, à une trentaine de kilomètres de Fada N’Gourma, au Burkina Faso.

« C’est la stratégie de l’“État islamique” et des groupes qui lui ont fait allégeance, comme l’“État Islamique” au grand Sahara (EIGS), explique le général Bruno Clément-Bollée, consultant international en matière de sécurité en Afrique : obtenir le départ de tous les Occidentaux, exercer le pouvoir politique dans un territoire autonome et contrôler la rente économique qui en découle. C’est exactement ce qui s’est produit à partir de 2014 dans un vaste territoire situé entre l’Irak et la Syrie. Adnane Abou Walid Al-Sahroui (l’actuel chef de l’EIGS – NDLR) espère atteindre le même objectif dans cette zone dite des trois frontières. »

L’impasse militaire de l’opération « Barkhane »

De fait, les gouvernements locaux comme les parrains français de l’opération « Barkhane » paraissent totalement impuissants à endiguer ce cycle de la violence qui détruit le tissu économique, encourage la création de milices d’autodéfense et réduit à peaux de chagrin les espaces de coopération comme de libre circulation.

Pour compenser l’absence de solution politique et masquer l’impasse militaire de l’opération « Barkhane », Emmanuel Macron a convoqué ce mardi un conseil de défense consacré au Niger et à la lutte contre le coronavirus, tandis que l’ONG Acted annonce le dépôt d’une plainte à Paris pour tenter d’éclaircir les circonstances de cette attaque contre ses employés. Selon le cofondateur d’Acted Frédéric Roussel, il pourrait s’agir « a priori d’une attaque d’opportunité », l’ONG n’étant « pas une cible, que je sache », ajoute-t-il. Acted a pourtant été endeuillée à de multiples reprises au Nigeria, en Syrie, en Centrafrique ou en Afghanistan, où six travailleurs locaux avaient été abattus par balles dans une embuscade dans le nord-ouest, à la fin du mois de novembre 2013.

Marc de Miramon

 

_______________________________________________________________

 

LA « NÉBULEUSE » EIGS

La plupart des spécialistes attribuent la tuerie commise au Niger au groupe « État islamique » dans le grand Sahara (EIGS), qui appelle à l’action violente contre tout ce qui s’apparente de près ou de loin à des ingérences étrangères en général, françaises en particulier. L’EIGS est pourtant lui aussi largement un produit d’importation, et l’islam qu’il prône, issu de l’école hanbalite, proche du wahhabisme saoudien, n’a en effet rien à voir avec l’islam malikite pratiqué dans sa zone d’implantation. Quant à ses liens réels avec l’organisation « État islamique », fondée en Irak par Abou Bakr Al-Baghdadi, ils demeurent difficiles à établir, au-delà des revendications opportunistes et de l’utilisation du « label EI ».

 

 

 

Partager cet article

Repost0
14 août 2020 5 14 /08 /août /2020 07:47

 

La droite extrême, au pouvoir à La Paz depuis novembre 2019, peine à parachever son coup d’État, mais elle compte bien mettre hors la loi ses adversaires pour les priver d’élections.

La Bible brandie par Jeanine Añez lorsque, le 11 novembre 2019, elle prend le pouvoir à La Paz, deux jours après l’exil forcé d’Evo Morales, ne suffira pas… Depuis son installation « par intérim » au palais présidentiel, cette sénatrice d’extrême droite, méconnue avant le coup d’État perpétré dans la foulée de la publication d’un rapport de l’Organisation des États américains (OEA) dénonçant une fraude électorale généralisée – tombé à point nommé à l’époque, mais complètement démenti depuis par une expertise indépendante conduite par des chercheurs établis aux États-Unis (lire l’Humanité du 11 juin) –, a toutes les peines du monde à parachever son putsch. Soutenu directement par l’administration Trump et, à mots couverts, par l’Union européenne, le régime est en difficulté : alors que plusieurs sondages donnent Luis Arce et David Choquehuanca, le duo de candidats présenté par le Mouvement vers le socialisme (MAS, le parti d’Evo Morales), largement en tête, devant le candidat de centre droit Carlos Mesa et Jeanine Añez elle-même, les putschistes cherchent à gagner du temps avant l’organisation de nouvelles élections.

Une grossière propagande déjà démontée par Morales

La pandémie de Covid-19 leur a permis de repousser une première fois le scrutin pour la présidentielle et les législatives, prévu le 3 mai, et elle sert plus encore aujourd’hui à renvoyer la date des élections du 6 septembre au 18 octobre. Annoncé il y a une dizaine de jours, ce nouveau report a provoqué une grève générale, à l’appel de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) qui a organisé des blocages sur les grands axes routiers. Hier, depuis l’Argentine où il s’est installé, Evo Morales a, dans un geste d’apaisement, appelé les « dirigeants des forces sociales et le peuple » à « examiner » la proposition de cette date, « définitive, obligatoire et inamovible » du 18 octobre pour la tenue des élections. « Nous ne devons pas tomber dans le panneau des provocations qui ne visent qu’à déclencher la violence, incite l’ex-président sur Twitter. C’est seulement avec le peuple exerçant le pouvoir démocratique que nous pourrons résoudre pacifiquement la crise, et ça, cela nécessite des élections maintenant, avec une date définitive sur laquelle on ne reviendra pas. »

La bourgeoisie revancharde qui, derrière la figure d’Añez, a pris le pouvoir avec l’appui de l’armée en Bolivie, repasse à l’attaque sur un terrain bien connu désormais en Amérique du Sud : éprouvé au Brésil avec Lula, en Équateur avec Rafael Correa ou encore en Argentine avec Cristina Kirchner, le harcèlement judiciaire visant à empêcher ses adversaires de concourir aux élections. Lundi soir, le gouvernement bolivien a déposé une plainte contre Evo Morales, contre les candidats du MAS à la présidence et à la vice-présidence du pays, contre Carlos Huarachi, le secrétaire général de la COB, et huit autres proches. Le parquet les accuse de « terrorisme, génocide, délits contre la santé ».

Selon l’exécutif, les barrages routiers organisés dans tout le pays par les syndicalistes auraient empêché le transfert de vivres et de fournitures médicales, comme de l’oxygène, vers les principales villes, et provoqué la mort de 31 personnes contaminées par le Covid-19. Une grossière propagande déjà démontée par Morales : « La décision du gouvernement de facto d’emmener un convoi avec de l’oxygène de Santa Cruz à La Paz sur une route où il y a des blocages, lorsque c’est possible par d’autres itinéraires, est une provocation. »

Ces plaintes contre les dirigeants du MAS surviennent après une première procédure ouverte à la mi-juin par le Tribunal suprême électoral pour « fraude électorale » lors des élections de 2019. Une manière, là aussi, de préparer une interdiction pure et simple du parti de Morales qui serait ainsi privé d’élections. La mécanique à l’œuvre est limpide, mais l’Union européenne, si prompte à dénoncer le Venezuela de Maduro, continue de faire mine de croire à la fiction d’élections libres décidées par les putschistes boliviens. Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell est loin de taper du poing sur la table, appelant à une « approche constructive et consensuelle pour parvenir à une véritable réconciliation nationale pacifique » et à des « élections pacifiques, crédibles, inclusives et transparentes ».

Thomas Lemahieu

 

Partager cet article

Repost0
12 août 2020 3 12 /08 /août /2020 12:43

 

 

Roland Nivet et Alain Rouy

Coporte-parole national du Mouvement de la paix et cosecrétaire national du Mouvement de la paix

L'Humanité 12 août 2020

Les armes nucléaires sont dangereuses pour la survie de l’humanité, juridiquement illégales, économiquement dispendieuses à travers le gaspillage de ressources qui privent l’humanité de moyens pour une sécurité humaine, physique, sanitaire, économique, écologique et sociale, enfin moralement inadmissibles et criminelles, comme l’a rappelé le pape à Nagasaki en 2019. Pour les Hibakusha (survivants d’Hiroshima et Nagasaki), dans un appel international soutenu par des millions de signatures, « aujourd’hui, l’humanité se trouve à la croisée des chemins. Ou nous sauvons notre planète bleue telle qu’elle est, avec tous ses êtres vivants, ou bien nous nous acheminons vers l’autodestruction. Les armes nucléaires pourraient éliminer l’espèce humaine, ainsi que toutes les autres créatures vivantes ».

Le danger est d’autant plus grand que des traités limitant la course aux armes nucléaires sont remis en cause par les États-Unis, suivis par la Russie. Grâce aux mobilisations, le vote à l’ONU, en 2017, par 122 États, d’un traité d’interdiction des armes nucléaires (Tian) a ouvert la voie vers leur élimination. Déjà 40 États ont ratifié ce traité qui entrera en vigueur après 50 ratifications. Il permettra la mise en œuvre de l’article 6 du TNP qui prévoit leur élimination (1). Pourtant, la France persiste dans la modernisation de ses armes nucléaires, en violation du TNP. Les tests de nouveaux missiles nucléaires à 150 millions d’euros l’unité, en pleine crise sanitaire, alors que les moyens manquaient pour sauver des vies, ont constitué un acte révoltant caractéristique de l’obstination du président. Il persiste dans ce jeu suicidaire de la dissuasion nucléaire qui favorise la prolifération qu’il entend étendre à toute l’UE. Car, comment interdire aux autres des armes jugées, à tort, nécessaires pour notre propre sécurité ? Cette obstination est surdité face à l’opinion des Français qui, à 78 %, sont pour le désarmement nucléaire et à 68 % pour la ratification du Tian par la France (2).

La réconciliation franco-allemande démontre que ce n’est pas la bombe qui est facteur de paix, mais des volontés politiques de paix. L’aspiration des peuples à une sécurité humaine montre la possibilité de gagner des avancées en faveur « d’un monde plus sûr car plus humain et plus juste ». Ce monde, dégagé des règles de la mondialisation néolibérale, ne se construira qu’à travers la démilitarisation des relations internationales, la diminution des dépenses militaires (1 917 milliards de dollars en 2019), la réalisation des objectifs du développement durable, la défense du climat et l’élimination des armes nucléaires dont l’utilisation même involontaire générerait un hiver nucléaire pouvant détruire toute vie sur Terre. Oublier cela nous condamnerait aux errances « des jours d’avant la pandémie » sous la pression d’un lobby militaro-politico-industriel.

(1) Ratifié par 191 États et entré en vigueur le 5 mars 1970. (2) Sondage Ifop 2018.

 

Partager cet article

Repost0
10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 12:44

 

À quelques jours de la douloureuse commémoration de l’abominable crime commis par le feu atomique nord-américain sur les villes d’Hiroshima et de Nagasaki, au Japon les 6 et 9 août 1945, il est indispensable de sonner l’alerte.

Il est en effet deux dangers encore plus grands que l’actuelle pandémie de coronavirus, qui sème déjà désordre et panique, souffrance et mort jusqu’à bousculer en profondeur nos sociétés et nos manières de vivre. Le premier est l’évolution du réchauffement climatique. Le second est la menace d’une guerre nucléaire. Il est d’ailleurs un lien trop caché entre crise environnementale et activités militaires, alors que celles-ci produisent 20 % de la pollution mondiale.

Le danger est encore aggravé dans ce monde si troublé, si titubant, où concurrence et loi de la jungle sont érigées en principes par un capitalisme financier mondialisé qui fait feu de tout bois, au risque d’échapper à ses promoteurs. Et où l’irresponsabilité – voire la folie – d’un dirigeant peut déclencher le feu nucléaire ou l’utilisation d’armes chimiques ou bactériologiques.

Le chiffre glaçant de 13 000 ogives nucléaires réparties sur la planète a de quoi faire frémir en une période où les tensions politiques vont croissant et où les rivalités économiques peuvent dégénérer vers le pire : l’anéantissement de notre commune humanité.

Les vigilances doivent redoubler alors que les puissances détentrices de l’arme nucléaire développent encore une nouvelle génération d’armes. Pire encore : trente ans après la fin de la « guerre froide », le traité sur l’interdiction des missiles à courte et moyenne portée a été déchiré par les États-Unis et la Russie. Le traité dit « New Start », qui limite les missiles de longue portée, pourrait être jeté au feu l’an prochain. Ces traités sont pourtant d’une importance capitale pour progresser vers un monde débarrassé des armes nucléaires. Un espoir existe encore avec le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (Tian) voté à l’Organisation des Nations unies en 2017. Seulement 38 États ont ratifié ce texte crucial qui permettrait en vertu du droit international de rendre illégales les armes nucléaires. Le gouvernement et le président français ne l’ont pas signé et encore moins fait ratifier. Notre pays qui, il y a quelques mois, a lancé un nouveau sous-marin nucléaire d’attaque, participe ainsi à cette aveugle course à la mort. Et le 12 juin dernier, au large de la Bretagne, était testé dans un silence assourdissant un nouveau missile M51. On peut donc organiser toutes les conventions citoyennes sur le climat et pérorer sans fin sur l’écologie tout en créant « en même temps » les conditions d’une catastrophe humaine et environnementale. C’est bien la sécurité du vivant, la sécurité humaine qui est menacée. Il faudrait selon l’ONU quelque 100 milliards de dollars chaque année pour éradiquer la misère. On cherche de l’argent pour un vaccin contre le Covid-19. Les dépenses pour cette course à l’armement dépassent annuellement les 1 500 milliards d’euros. Chaque seconde qui passe, ce sont 57 000 dollars qui sont dépensés pour ces engins de mort. L’ensemble des contribuables français verse à cette surmilitarisation 8 999 euros par minute. En 2025, cette somme atteindra les 11 415 euros. Inouï ! Cet argent serait pourtant bien plus utile pour l’hôpital, la santé, l’école et le travail pour les jeunes. Seule la mobilisation populaire peut pousser la France à ratifier le traité sur le désarmement nucléaire et exiger la réorientation des dépenses militaires vers les services publics. Ce combat a totalement partie liée avec l’objectif d’un monde plus sûr, plus juste et plus respectueux de la nature. Un puissant mouvement pour la paix est d’utilité publique.

Patrick Le Hyaric, Directeur de l'Humanité

 

Partager cet article

Repost0
8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 12:40

 

Ancien ministre des Finances (1998-2000), Georges Corm éclaire les liens singuliers qui unissent Paris et Beyrouth. Témoin du discrédit de la classe politique libanaise, il explore quelques pistes pour sortir le pays d’une crise sans précédent.


Georges Corm

Historien et économiste libanais

Comment avez-vous vécu cette catastrophe ?

Georges Corm C’est comme si un ouragan atomique s’était abattu sur la ville. Notamment en raison de la géographie de Beyrouth, qui a été frappée sur sa partie Est, la plus ancienne, si chère au cœur de tous les Libanais. J’ai énormément d’amis qui ont perdu leur logement à cause de cette catastrophe. Mon logement, situé dans la partie Ouest, celle dite autrefois « musulmane » en opposition à l’Est chrétien pendant la terrible guerre civile, a été épargné. La communauté chrétienne se sent plus particulièrement éprouvée.

 

Quel rôle jouait le port de Beyrouth – détruit dans l’explosion – dans le tissu économique libanais ?

Georges Corm Le port de Beyrouth, c’est le poumon économique du pays, par où transite environ 80 % du flux de marchandises, contre 20 % du trafic dans celui de Tripoli, au nord du Liban. Désormais, ce dernier sera fatalement amené à jouer un plus grand rôle.

 

Emmanuel Macron, lors de sa visite, a déclaré vouloir « organiser l’aide internationale » pour le Liban. Quels sont les liens particuliers entre les deux pays qui sous-tendent cet affichage ?

Georges Corm Ces liens sont très anciens, et certains veulent même les faire remonter à Saint Louis. Depuis le règne de Louis XIV, nous avons eu des échanges culturels importants. C’est en particulier la communauté maronite qui fournissait des savants aux institutions françaises pour développer leurs connaissances de la civilisation syriaque, elle-même à la base de la culture des maronites. De grands savants libanais ont séjourné à la cour de Louis XIV. On peut également rappeler le rôle éminent joué par la communauté druze et le célèbre émir appelé « Facardin » dans les textes français. L’Italie a été l’objet d’échanges très intenses, mais la force de l’impérialisme français a fait disparaître ce rôle qui se retrouve pourtant dans le style architectural du Liban. Il faut aussi rappeler que l’origine de la communauté maronite se trouve dans la ville d’Antioche, qui a traîtreusement été cédée par la France en 1939 à la Turquie, au prix de la neutralité de cette dernière pendant la Seconde Guerre mondiale. L’apport français a des côtés positifs et aussi beaucoup de négatifs.

 

Emmanuel Macron, comme son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, insiste sur les réformes indispensables au Liban, de quoi parlent-ils exactement ?

Georges Corm Les premières réformes, et je sais que de très nombreux Libanais sont tout à fait dans cette orientation, consisteraient à abandonner le système communautaire que la France nous a légué par un célèbre arrêté du haut-commissaire de 1936, qui a créé les communautés historiques à l’origine du confessionnalisme actuel. Celui-ci a joué un rôle très négatif dans le développement du Liban avec des chefs communautaires qui se partagent le « gâteau » de l’économie libanaise. C’est cet arrêté qui oblige par exemple les Libanais de communautés différentes à aller se marier à Chypre ou en Turquie…

 

Pourquoi de nombreux observateurs ont-ils immédiatement soupçonné la main d’Israël dans l’explosion de Beyrouth ? Dans quel contexte de tension entre Tel-Aviv et le Hezbollah cette tragédie survient-elle ?

Georges Corm J’ai entendu le jour même des chasseurs israéliens survoler le territoire libanais, et, depuis la montagne où je me trouvais, j’ai cru que la première explosion correspondait au passage du mur du son atteint par ces avions. Certains articles, y compris de source israélienne, accusent l’État d’Israël d’avoir provoqué l’explosion, et même le président Trump a tenu des propos ambigus à ce sujet. Entre Israël et le Hezbollah, il y a eu récemment, c’est vrai, une sorte de « journée des Dupes ». Le Hezbollah s’est mobilisé le long de la frontière sans commettre aucun acte hostile, et cela a provoqué en Israël une forte inquiétude, ravivant les souvenirs de la guerre perdue de 2006.

 

La classe politique sunnite et de nombreux médias du Golfe tentent d’imputer la responsabilité de la catastrophe au Hezbollah, faut-il prendre ces accusations au sérieux ?

Georges Corm C’est de la pure manipulation politique, ces stocks de nitrate d’ammonium se trouvaient dans le port de Beyrouth depuis des années. La question, c’est de savoir comment on a pu laisser ces matières dangereuses aussi longtemps et dans des conditions de sécurité aussi précaires. Les négligences sont probablement à chercher du côté de la direction du port de Beyrouth.

 

Le Hezbollah est-il visé par le même discrédit qui frappe la classe politique libanaise ?

Georges Corm Une bonne partie de la population constate que le « parti de Dieu » a travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement de Hariri père d’abord, fils ensuite. Il est donc associé, dans l’esprit de beaucoup, à ce système de corruption généralisée.

 

Donald Trump manifeste une indifférence totale à la catastrophe que subit le Liban, comment l’expliquer ?

Georges Corm C’est son style habituel ! Et dans l’opinion publique américaine, le Liban est associé au Hezbollah, perçu comme l’instrument de la politique expansionniste de l’Iran. Notre pays souffre de ce statut « d’État tampon », qui existait déjà du temps de la lutte entre les Empires français et britannique. C’est cette situation qui avait provoqué les premiers massacres dans la montagne entre les communautés druze et maronite, qui vivaient jusque-là dans l’entente la plus parfaite.

 

Vous avez été ministre des Finances du Liban, quelles solutions préconisez-vous pour sortir du marasme actuel ?

Georges Corm Le président Hariri père avait signé des accords de libre-échange qui ont ravagé l’industrie et l’agriculture libanaise. Ces accords doivent être suspendus jusqu’à ce que l’économie libanaise soit redevenue productive. Il est également nécessaire de rétablir nos relations avec la Syrie parce que toutes nos exportations terrestres doivent traverser ce pays. Les Russes et les Allemands nous ont fait des offres pour construire rapidement des centrales électriques, et ces propositions n’ont pas été considérées sérieusement, ce qui est assez scandaleux. Il y a une dizaine d’années, la Chine avait également proposé de développer cette énorme zone industrielle non exploitée qui se trouve à l’entrée de Tripoli, et le gouvernement libanais n’avait pas donné suite.

 

Qui peut aujourd’hui venir en aide au Liban ?

Georges Corm C’est l’aide de l’Union européenne qui est la plus requise. D’autant que nous avons reçu environ 1,5 million de réfugiés syriens et qu’il y a un veto, dont la responsabilité incombe en grande partie à l’UE, pour les aider à rentrer dans leur pays. Certes, le pays a reçu des subsides, mais ils n’étaient rien par rapport à l’impact de ces réfugiés sur l’économie et les infrastructures libanaises. Toutes les aides sont les bienvenues, y compris celles des pays du Golfe, tant le Liban est aujourd’hui asséché en matière de liquidités. Ceci est dû à la gestion complètement aberrante de la banque centrale libanaise, qui s’est enfermée dans un monde totalement déconnecté de la réalité. Et le maintien du gouverneur de la banque centrale relève clairement d’une volonté américaine. C’est d’ailleurs un problème mondial, y compris dans l’Union européenne : les gouverneurs des banques centrales ne sont redevables de leur gestion à aucun gouvernement.

 

Entretien réalisé par Marc de Miramon

 

Partager cet article

Repost0
5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 14:21

 

Deux terribles explosions, d'origine pour le moment inconnue, viennent de frapper le port de la capitale libanaise. Beyrouth compte près de 30 morts et plus de 2500 blessés. Ce drame intervient pendant que le pays connait une tourmente politique, économique, sociale et financière sans précédent. Cette nouvelle tragédie éclate alors que la colère du peuple libanais ne cesse de s'exprimer face à la corruption et la gabegie des élites politiques qui plongent les populations dans la misère tandis que la Covid-19 montre des signes de regain. Le Liban doit aussi faire face aux conflits régionaux, aux menaces d'Israël et aux ingérences étrangères qui accroissent l'instabilité.

En ces circonstances dramatiques, le Parti communiste français (PCF) exprime sa profonde tristesse, partage le deuil du peuple libanais et lui exprime sa solidarité totale dans cette nouvelle épreuve.

Partager cet article

Repost0
5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 14:17

 

La fuite de Juan-Carlos de Bourbon, ancien chef de l’Etat espagnol par la grâce de Franco, soupçonné de corruption, est un acte honteux qui montre à quel point un monarque se considère comme au-dessus des lois.

 

 

L’immunité accordée au chef de l'Etat et l'institution monarchique elle-même vont à l'encontre des exigences de justice, de démocratie et d'égalité. A plus forte raison dans un pays frappé par des crises économiques et sociales successives dont est victime la population.

Saint-Just disait fort justement qu’on ne peut pas régner innocemment.

 

Le PCF réaffirme avec force et solennité sa solidarité avec les communistes et la gauche d’Espagne, avec tous ceux et celles qui militent pour ouvrir un large débat sur le modèle d’Etat en Espagne et pour la IIIe République. Une République, solidaire et plurinationale, garantissant à tous et toutes les droits sociaux, civils et politiques, la même justice pour toutes et tous et la souveraineté du peuple, est plus que jamais à l’ordre du jour.

Viva la tercera Republica !

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011