Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 06:30

 

Le nombre de colons israéliens en Cisjordanie, multiplié par cinq depuis les accords d’Oslo de 1993, approche aujourd’hui 700 000. Cette explosion de la colonisation est le fruit d’une politique délibérée menée depuis des décennies. Un rapport de deux ONG israéliennes, B’Tselem et Kerem Navot, en démonte le mécanisme.

Au cours de la dernière décennie, Israël a imposé un régime de suprématie juive à la terre qui s’étend des rives de la Méditerranée aux berges du Jourdain. Que la Cisjordanie n’ait finalement pas été officiellement annexée, comme le projetait l’année dernière le gouvernement de Benjamin Netanyahou, n’a rien changé au fait qu’elle a été traitée par Israël comme s’il s’agissait de son propre territoire. En particulier lorsqu’on voit le caractère massif des ressources investies dans le développement des colonies ou des infrastructures destinées à leurs résidents.

Cet investissement majeur démontre clairement la nature des plans du régime pour le long terme, qui scellent le statut de millions de Palestiniens en tant que sujets sans droits ni protections. Privés de toute possibilité d’influer sur leur propre avenir, contraints de vivre dans des enclaves séparées les unes des autres et en proie au marasme économique.

Ce constat est extrait d’un rapport alarmant de 50 pages (« This is ours – And this too ») que publient, mardi 9 mars, l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem et une autre ONG israélienne, Kerem Navot, qui étudie depuis 2002 le développement de la colonisation des territoires occupés.

Selon ce document, sur les 14 millions de personnes qui vivent aujourd’hui entre la Méditerranée et le Jourdain, près de 6,87 millions (48,7 %) sont des Israéliens, et 6,76 millions (47,9 %) des Palestiniens. Parmi les premiers, 6,2 millions vivent dans les limites actuelles d’Israël et 662 000 sont implantés dans les colonies de Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est).

Pour les Palestiniens, 2,75 millions vivent en Cisjordanie, près de 2,05 millions dans la bande de Gaza, 1,6 million sont des citoyens israéliens et 350 000 environ sont des résidents de Jérusalem-Est. Mais ces différentes populations sont loin de se développer dans les mêmes conditions et au même rythme.

À la fin de 2019, constatent les auteurs du rapport, 441 619 colons israéliens vivaient en Cisjordanie (hors Jérusalem-Est). Selon le Bureau central des statistiques israélien, la population des 280 colonies implantées en Cisjordanie a progressé de 42 % depuis 2010 – au lendemain du retour au pouvoir de Benjamin Netanyahou – et de 222 % par rapport à 2000. Pour la seule année 2019, le nombre de colons a progressé de 3,2 %. Soit 68 % de plus que la population globale d’Israël, dont l’accroissement, la même année, était seulement de 1,9 %.

À titre d’exemple de l’inégalité des taux de progression, selon les types de colonies ou de population, le rapport cite les cas des deux plus grandes colonies ultra-orthodoxes de Cisjordanie – Modi’in Illit, à mi-chemin entre Jérusalem et Tel-Aviv, et Beitar Illit, à l’ouest de Bethléem – qui réunissent 140 053 colons, soit un tiers de la population israélienne de Cisjordanie. Elles ont connu une progression démographique explosive de 435 % depuis 2000.

Comment s’expliquent ces progressions massives et ciblées qui font aujourd’hui de la Cisjordanie un assemblage de colonies de plus en plus nombreuses et peuplées, reliées par un réseau routier spécifique, qui rattache chaque centre de population juive au réseau routier israélien, tout en contribuant à l’éparpillement et à l’isolement des multiples îlots de l’archipel territorial palestinien ?

L’un des intérêts majeurs du rapport de B’Tselem et Kerem Navot est d’apporter des éléments de réponses clairs et documentés à cette question. « Depuis plus de cinq décennies, écrit-il, tous les gouvernements israéliens ont ouvertement et officiellement encouragé les Juifs à s’installer dans les colonies et développé des possibilités financières dans ce but, à destination des colonies et de leur environnement. Cette politique est appliquée à travers deux types d’allocations et d’incitations. Celles offertes aux colons sur une base individuelle et celles offertes aux colonies, qui sont clairement discriminatoires lorsqu’on les compare aux allocations attribuées aux collectivités locales à l’intérieur du territoire israélien. »

Les principales allocations offertes aux colons sont des aides au logement, qui peuvent atteindre des centaines de milliers de shekels (1 euro = 4 shekels). Ce qui peut permettre à des familles modestes d’acheter un logement dans une colonie. D’autres allocations, qui peuvent atteindre 1 million de shekels par personne, sont proposées aux entrepreneurs ou aux fermiers installés dans les colonies et même dans les « avant-postes » de colonisation créés sans autorisation officielle, mais la plupart du temps avec l’aide et le soutien de l’État.

L’un des principaux outils conçus et utilisés par le gouvernement israélien pour acheminer des ressources aux résidents des colonies est le classement de ces implantations en « zones de priorité nationale » (ZPN), ce qui autorise leurs résidents à bénéficier d’avantages divers et d’allocations spécifiques, notamment en matière de logement, d’éducation et d’aide sociale.

Cette politique d’incitation à la colonisation, qui s’applique aussi aux entreprises et aux exploitations agricoles, se traduit généralement par des appropriations sauvages, le plus souvent soutenues par l’armée, de terres palestiniennes. Ou par des expropriations administratives.

Le rapport de B’Tselem et Kerem Navot analyse aussi l’impact géographique et stratégique de deux blocs de colonies qu’Israël s’efforce depuis des années de renforcer et d’étendre.

Le premier, au sud-ouest de Bethléem, s’étend de la ligne verte – qui sépare symboliquement Israël de la Cisjordanie – à l’ouest, jusqu’aux confins du désert de Judée, à l’est. Le deuxième bloc, au centre de la Cisjordanie, s’étend depuis la colonie d’Ariel, à l’ouest, jusqu’aux hauteurs qui dominent la vallée du Jourdain, à l’est, englobant les colonies d’Eli, Shilo, Rehelim, Maale Levona et une dizaine d’avant-postes.

Ils ne rassemblent environ que 121 000 colons, mais ils permettent de contrôler deux des axes routiers nord-sud qui traversent la Cisjordanie. Et, surtout, ils contribuent à diviser le territoire occupé, à soustraire aux villageois d’énormes quantités de terres cultivables et à rendre impossible la création d’un espace politico-économique viable pour les Palestiniens.

« La politique de colonisation, écrivent en conclusion les auteurs du rapport, est une expression claire du régime israélien d’apartheid, qui recourt à de multiples moyens pour promouvoir et perpétuer la suprématie d’un groupe – les Juifs – sur un autre groupe – les Palestiniens – dans toute la région qui s’étend du Jourdain à la Méditerranée. »

Cette vision inquiétante de l’avenir d’Israël sera-t-elle débattue lors de la campagne en cours pour les élections législatives du 23 mars – le 4e scrutin en deux ans ? Les choses étant ce qu’elles sont aujourd’hui dans le pays, on peut en douter.

Partager cet article
Repost0
11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 19:13
Coupe du monde au Qatar: la honte!!! - Eric Bocquet, parlementaire communiste
🔴 En 2022 aura lieu la Coupe du Monde de football au Qatar.
Evènement populaire et conviviale par excellence, qui passionne des millions de personnes à travers monde, la prochaine coupe du monde nous laissera à toutes et tous un arrière goût de sang dans la bouche.
➡ Non respects des droits humains, cadences infernales, sous payés, entassés dans des logements vétustes et trop petits, ce sont déjà 6 500 travailleurs étrangers qui sont décédés sur les chantiers du mondial de football et des mondiaux d'athlétisme.
🔴 Eric Bocquet, Sénateur communiste du Nord déclarait en 2019 lors des mondiaux :
"Les forçats qui construisent les stades, eux, touchent 180 euros, travaillent 11 heures par jour, sous les mêmes températures, 6 jours par semaine. Ils meurent d’accidents cardio-vasculaires et d’accidents du travail. Ils sont Indiens ou Népalais, prolétaires sacrifiés sur l’autel du football.
Je n’ai regardé aucune retransmission des épreuves, au-dessus de mes forces, dégouté ! Jamais cette phrase de Marx n’a été illustrée de manière aussi flagrante, le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, et, en l’occurrence, de la nature aussi."
➡ Agissons auprès de la fédération française de football et du gouvernement, nous ne devons pas être complices de ces drames, sciemment organisés.
Partager cet article
Repost0
11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 06:16

 

Depuis quelques années, Israël est souvent présenté comme un modèle à suivre.
Il en a été ainsi en 2016 avec la lutte contre le terrorisme. La revue en ligne Orient XXI publiait un article sous le titre : Ce « modèle israélien » de lutte contre le terrorisme qui fascine politiciens et médias français, et posait la question : « Comment lutter contre le terrorisme ? En appliquant le modèle israélien, répètent à l’envi certains politiciens et journalistes français. Pourtant, il existe peu de pays où l’on vit depuis aussi longtemps si peu en sécurité qu’en Israël ».

 

 

Le site ELNET qui se présente comme favorisant une meilleure connaissance en France de la réalité historique, culturelle, économique et politique d’Israël vante le modèle : « Israël a depuis longtemps investi dans le cyber-renseignement, en dotant son armée, dès 1952, d’une unité d’élite, l’unité 8200, consacrée au renseignement électromagnétique et au décryptage de codes. Entre autres missions, il s’agit d’abord de parvenir à la connaissance la plus exhaustive possible d’Internet, sa partie visible et invisible, les réseaux d’activistes, leurs lieux de rencontre et d’échange, leur mode de communication. La coordination entre les différentes entités est bien plus nette et efficace qu’en France. Au sein d’Aman (renseignement militaire), une unité est chargée de l’infiltration clandestine et de la manipulation des sources. Mais la majeure partie des opérations est assurée par le Shin Beth (sécurité intérieure), et parfois par le Mossad (renseignement et sécurité extérieure). Dès lors que les cyberterroristes sont localisés, les agents sont déployés et procèdent à leur arrestation. »

Ce n’est pas vraiment le système démocratique auquel nous aspirons ! Liberté, égalité, fraternité, respect des identités différentes, liberté individuelle, droits collectifs garantissant l’égalité entre tous les êtres humains, respect et approfondissement des libertés.

Alors, quand aujourd’hui la vaccination en Israël est montrée en exemple, il y a de quoi s’interroger et se pencher d’un peu plus près sur la réalité.

Un reportage publié sur Arte, le 29 janvier, nous apprend que le rythme des vaccinations est 15 fois plus élevé qu’en France ou en Allemagne, mais note que le contrat avec Pfizer serait deux ou trois plus cher que les autres pays ! En contrepartie, Pfizer dispose d’une étude à grande échelle des résultats.

Le 23 février, le journal suisse Temps.ch indiquait que les Israéliens refusant d’être vaccinés pourraient bientôt voir leurs noms livrés par le ministère de la Santé à leur municipalité ou à d’autres entités gouvernementales. C’est le but du projet de loi accepté mardi en première lecture par le Parlement. Temporaire, la législation a officiellement pour but de localiser plus facilement les personnes éligibles à la piqûre anti-coronavirus, mais les craintes sont vives quant aux dérives. « Ce texte porte atteinte à la sphère privée. Je doute qu’il se transforme en loi tant il suscite d’opposition », réagit Amir Fuchs, analyste à l’Institut d’Israël pour la démocratie. Le ministère de la Santé table sur un autre projet qui fait frémir beaucoup de travailleurs. Il s’agit d’interdire aux employés, notamment de la santé, de l’éducation, des transports publics ou de la sécurité, l’accès à leur lieu de travail s’ils ne sont pas immunisés, guéris, ou s’ils ne se font pas tester tous les deux jours. De quoi aller dans le sens des patrons israéliens.

Une enquête menée récemment a révélé que beaucoup d’entreprises ayant des contacts avec le public ne laissent pas le choix à leurs employés : c’est la vaccination ou la porte.
Cela rappelle le projet de QR, code que le gouvernement voudrait imposer et qui donnerait accès aux lieux de culture, restaurants, cafés, etc.

Quand les enjeux économiques priment sur la santé

La campagne de vaccination a démarré le 19 décembre en Israël. L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) avait appelé le 11 janvier "la communauté internationale" à "exhorter Israël, en tant que puissance occupante, à respecter ses engagements au regard du droit international et à mettre des vaccins à disposition" des Palestiniens.

C’est seulement début février que le gouvernement israélien a décidé la tenue d'une campagne de vaccination pour les travailleurs palestiniens ayant un permis de travail pour Israël et dans les colonies. Pour le reste de la population, seules 2 000 doses sur les 5 000 annoncées par Israël ont été remises.

Alors, si nous devions nous inspirer d’un modèle, NON, mille fois non de ce modèle-là où l’humain est considéré comme une quantité négligeable !

Marie-Hélène Chambrin

Membre de la commission des Relations internationales

Partager cet article
Repost0
10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 19:25
Un roman suédois sur la résistance finistérienne, communiste et FFL - par Dessi Hedin
Un roman suédois sur la résistance finistérienne, communiste et FFL - par Dessi Hedin

Le PCF est toujours le parti de l'internationalisme!

Dessi Hedin, notre camarade adhérente au PCF Finistère (qui avait travaillé avec nous au stand du Finistère sur la fête de l'Huma Paris en 2018), franco-suédoise résidant en Suède vient de publier un roman en suédois qui se passe dans le contexte de la résistance communiste finistérienne.

Un travail de plusieurs années, qui a commencé il y a 3 ans, mené tambour battant par Dessi avec le soutien de Jean-Claude Cariou et des réseaux de la mémoire de la résistance finistérienne. Bravo à Dessi! Nous avons hâte de lire peut-être bientôt une version française du roman.

Ce roman est le premier d'un cycle sur la résistance finistérienne. Le titre du roman est donc l'équivalent suédois de "En lutte pour la liberté, 1ère partie - À chacun son boche".

On y trouve aussi une petite partie sur les FFL, Amiral Wietzel, non-communiste, évidemment.

"Dessi a fait un travail énorme avec beaucoup de documentation. Ce n'est que la première partie !  En plus , pour la parution, Dessi m'avait parlé de mars 2021: on y est . La belle photo de couverture, prise par elle, représente une des portes du rez de chaussée de l'ancienne prison de Pontaniou à Brest, là où les allemands enfermaient les résistants à Brest (mais gardés par des Français). Elles datent de l'origine de la prison, début du XIXème, du 1er empire ! J'ai visité avec elle la prison le 18 Juin 2018 ,après la cérémonie patriotique traditionnelle à Brest. Dessi était aussi accompagnée par deux camarades membres de l'ANACR ,dont les pères y ont été emprisonnés par les nazis, et l'un fusillé ensuite , et l'adjoint référent Eric Bellec (PCF) . Un souvenir inoubliable ....." - Jean-Claude Cariou

"J'ai tant appris sur la Résistance, sur mon deuxième pays et sur la langue francaise, et en plus j'ai eu le plaisir de trouver de camarades et de trouver le PCF. Tout cela a commencé il y a 3 ans par un premier mail pour rechercher de la documentation auprès des camarades du PCF Finistère et des réseaux de la mémoire de la résistance" - Dessi Hedin

Partager cet article
Repost0
9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 19:05
Pérou - 300 000 stérilisations forcées au Pérou : Alberto Fujimori jugé pour sa sale guerre contre les femmes indigènes (Rosa Moussaoui, L'Humanité, 8 mars 2021)
300 000 stérilisations forcées au Pérou : Alberto Fujimori jugé pour sa sale guerre contre les femmes indigènes
Lundi 8 Mars 2021 - L'Humanité

L’ex-président de la République, qui purge une peine de vingt-cinq ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité, est jugé pour les 300 000 stérilisations forcées que son gouvernement a ordonnées à la fin des années 1990.

 

Corps mutilés et bleus à l’âme, elles réclament justice depuis un quart de siècle. À Lima, le 1 er mars, un procès historique s’est ouvert : celui de l’ex-président Alberto Fujimori, 82 ans, au pouvoir de 1990 à 2000, poursuivi avec trois de ses ministres pour « atteinte à la vie et à la santé des personnes », « blessures graves » et « violations graves des droits humains ». En cause : les stérilisations forcées que son gouvernement a ordonnées à la fin des années 1990 sur des femmes pauvres, indigènes, vivant en milieu rural pour la plupart d’entre elles. D’après un recensement officiel, 272 028 femmes ont subi sans donner leur consentement une ligature des trompes, entre 1996 et 2001. On compte aussi 22 000 hommes stérilisés contre leur gré.

 

Revers lugubre d’une politique de « planification familiale » censée, à l’époque, résoudre ce que Fujimori et les siens appelaient le « problème indien » : un taux de natalité supérieur, chez les peuples originaires, à celui des Péruviens d’origine européenne. Ce régime autoritaire entendait ainsi contrôler coûte que coûte les naissances, pour contrecarrer « l’épuisement des ressources » et le « ralentissement économique » consécutifs au violent ajustement néolibéral de l’ère Fujimori.

Des vies volées par le cynisme d’une politique raciste, malthusienne, eugéniste.

Principales cibles de cette guerre sociale et démographique : les femmes d’ascendance quechua, dont la demande de justice a suscité une intense mobilisation sociale. Leurs récits, bouleversants, disent toute la violence déployée contre des populations tenues pour surnuméraires. Chacune d’elles narre les brisures d’une vie volée par le cynisme d’une politique raciste, malthusienne, eugéniste.

Contrainte, chantage, mensonge

Esperanza Huayama Aguirre, originaire de Huancabamba, dans la région de Piura, dans le nord du pays, se souvient qu’elle s’est retrouvée, avec une centaine de femmes, prise au piège d’une clinique dont les portes se sont brutalement refermées. « Ils ne voulaient pas nous laisser sortir, nous étions prisonnières, raconte-t-elle. Ils m’ont emmenée. J’ai été anesthésiée, mais ils ont commencé l’opération avant que je ne sois endormie, ça faisait mal. Je les ai entendus dire : la dame est enceinte. Je ne voulais pas que mon enfant meure, je leur ai dit que je ne voulais pas que mon enfant me soit enlevé, je préférais encore mourir avec lui. » Contrainte, chantage, mensonge : les autorités péruviennes ont alors mobilisé des procédés hideux pour parvenir à leurs fins.

De lourdes séquelles, physiques et psychologiques

Téodula Pusma Carrion, elle, est tombée entre les mains de ses tortionnaires en se rendant au poste médical du village de Ñangali, dans la province de Huancabamba, pour demander une aide alimentaire, alors que ses jeunes enfants souffraient de malnutrition. « On va te donner de la nourriture, mais si tu fais la ligature. Sinon, on ne te donne rien, car vous vous remplissez d’enfants comme des lapines », s’entend-elle rétorquer, avant d’être attachée de force sur une table chirurgicale. Des femmes ont été stérilisées sans en être averties, à l’occasion d’autres interventions chirurgicales, comme des césariennes. En 1996, Serafina Ylla Quispe a failli y rester. Elle a ouvert les yeux dans la morgue d’un hôpital, à Cuzco : à 34 ans, elle avait été déclarée morte lors d’une opération de ligature des trompes à laquelle elle n’avait jamais donné son aval. Beaucoup de ces femmes stérilisées de force ont gardé de lourdes séquelles, physiques et psychologiques, de cette épreuve. « Depuis ce moment, j’ai perdu ma bonne santé. Je ressens beaucoup de douleurs à l’endroit de l’opération, je ne peux plus faire d’efforts », témoigne Luisa Pinedo Rango.

Un interminable chemin de croix

Les victimes n’ont pas attendu la chute de Fujimori pour engager des procédures judiciaires. Un interminable chemin de croix. Dès 1998, la famille de María Mamerita Mestanza, décédée des complications d’une stérilisation imposée, se retournait contre le médecin ayant pratiqué cette intervention. Plainte classée sans suite à deux reprises, la justice assurant manquer de motifs pour justifier ces poursuites. En 2009, Fujimori, reconnu coupable de détournements de fonds faramineux, était condamné par la Cour suprême du Pérou à vingt-cinq ans de prison pour crimes contre l’humanité, en raison des massacres de civils perpétrés en 1991 et 1992 par ses escadrons de la mort.

Plus de 2 000 plaintes

L’affaire des stérilisations était restée dans les limbes. Pourtant, la Commission interaméricaine des droits de l’homme avait constaté, en 2003, l’impunité entourant ces crimes et poussé l’État péruvien à « reconnaître sa responsabilité » en ouvrant la voie à « une enquête exhaustive ». Une nouvelle instruction s’est bien ouverte en 2011, mais elle ne visait que des fonctionnaires subalternes et des médecins, les juges arguant d’un « manque de preuves » contre Fujimori. Sept ans plus tard, le parquet général engageait enfin une procédure judiciaire contre le satrape, visé par plus de 2 000 plaintes pour stérilisation forcée.

Icon Quote C’est le crime de guerre le plus grave que l’État péruvien ait commis contre les femmes autochtones dans le contexte du conflit armé interne. Alejandra Ballon Anthropologue

Ce 1 er mars, l’accusation a présenté des preuves accablantes, propres à établir l’existence d’une politique d’État criminelle, délibérée, cousue d’objectifs annuels et de vertigineux quotas. Pour l’anthropologue Alejandra Ballon, ces stérilisations forcées relèvent bien d’une politique de « violence sexuelle » : « C’est le crime de guerre le plus grave que l’État péruvien ait commis contre les femmes autochtones dans le contexte du conflit armé interne » des années 1990. Une page lugubre de la « sale guerre » conduite par l’État péruvien contre les populations rurales et indigènes, au nom de la lutte contre la guérilla maoïste du Sentier lumineux. Prises entre deux feux, au moins 70 000 personnes ont été tuées dans cette confrontation. Dans leur immense majorité, des paysannes et des paysans de langue quechua, vivant dans les replis enclavés des Andes.

Partager cet article
Repost0
4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 07:42
Covid-19. Bataille à l’OMC sur les brevets des vaccins - Thomas Lemahieu, L'Humanité, 3 mars 2021
Vaccins anti-Covid. À l’OMC, l’Europe brille par son silence
Mercredi 3 Mars 2021- L'Humanité

Bruxelles refuse toujours de transiger sur les brevets des vaccins. L’étape paraît pourtant un passage obligé pour augmenter la production.

 

Loin des regards, dans les salons – virtuels, pour cause de pandémie – de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à Genève (Suisse), l’Union européenne n’a, comme les États-Unis, plus que son silence à opposer à l’appel urgent d’une grande partie de la planète. D’après nos informations, les représentants de Bruxelles et de Washington n’ont, au moins au premier jour, lundi, d’une réunion du conseil général de l’institution multilatérale, pas demandé la parole pour s’exprimer sur la proposition de l’Afrique du Sud et de l’Inde. Endossée par 57 autres États et soutenue par près des deux tiers des pays du monde, elle vise à mettre en place une exemption temporaire sur certains droits de propriété intellectuelle pour les médicaments, les vaccins et les technologies contre le Covid-19. Un silence qui, au-delà du mépris, vaut obstruction radicale à toute avancée vers l’objectif affiché de faire de ces instruments indispensables des « biens communs universels ».

« Relever le défi de l’augmentation des capacités de production »

Ce front des pays les plus riches, profitant de la règle du consensus en vigueur à l’OMC, refuse de s’engager dans la rédaction d’un texte sur le sujet avec la majorité des pays en voie de développement, emmenés par l’Inde et l’Afrique du Sud. Pour le fissurer, de plus en plus de voix cherchent à lever la contradiction européenne entre les grands discours généreux des dirigeants comme Ursula von der Leyen, Angela Merkel ou Emmanuel Macron, et les actes manquants, notamment, à l’OMC.

 

Mardi, c’est l’eurodéputé social-­démocrate allemand (SPD) Bernd Lange qui a appelé l’Union européenne à « se ranger derrière Ngozi Okonjo-Iweala », la nouvelle directrice générale de l’OMC, « pour relever le défi de l’augmentation des capacités de production ». « L’Union européenne doit sérieusement réexaminer l’image qu’elle renvoie, insiste celui qui préside la commission du commerce international au Parlement européen . Nous sommes parmi les quelques-uns qui s’opposent au mécanisme d’exemption à l’OMC et qui mettent en place, dans le même temps, des restrictions pour les exportations. Même si, seules, les dérogations aux droits de propriété intellectuelle ne sont pas la solution, nous sommes en train de perdre notre stature morale et nous perdons également du temps contre la pandémie… »

« Des découvertes faites et payées par le secteur public »

À l’occasion d’une visioconférence sur les vaccins comme biens communs universels, organisée mardi et mercredi par le groupe de la gauche au Parlement européen (GUE-NGL), Sangeeta Shashikant, de l’ONG Third World Network, démonte les arguments mis en avant par l’UE pour refuser le mécanisme proposé à l’OMC. « On nous parle de l’argent donné au fonds de solidarité qui doit apporter les vaccins dans les pays les moins avancés, le Covax, mais l’argent ne sert à rien si la production ne suit pas. On nous parle de licences volontaires entre les multinationales, mais ce sont des contrats secrets et restreints. On nous parle de rémunérer les inventions avec des brevets, mais l’essentiel des découvertes ont été faites et payées par le secteur public. »

Dans le même cadre, Emmanuel Maurel voit une « sujétion du public au privé », un « maintien envers et contre tout d’une idéologie mercantile » dans « le veto de l’UE à l’OMC ». « Il faut sortir des cadres existants et obliger les entreprises à partager les technologies, invite l’eurodéputé français (GRS-LFI). Si on ne le fait pas, ça ne marchera pas. »

L’Union européenne aura un passeport vaccinal

La Commission européenne a prévu de présenter, le 17 mars, un projet de « passeport vert », un document numérique qui attestera d’une vaccination ou d’un un test négatif au Covid. Le but est de permettre, dès cet été, de se déplacer au sein de l’Union européenne, alors que plusieurs pays ont restreint les possibilités de franchir les frontières. L’annonce a été faite, lundi, par la présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, dont la lenteur à commander des vaccins reste critiquée.

Covid-19. Bataille à l’OMC sur les brevets des vaccins
Mardi 2 Mars 2021- L'Humanité

L’Afrique du Sud et ses alliés espèrent avancer sur leur proposition d’exemption de droits de propriété intellectuelle. Mais le blocage des pays du Nord demeure. Explications.

 

Les grandes puissances capitalistes sont encore plus têtues que les faits. Sans production de vaccins à la hauteur de la pandémie, avec la multiplication des variants du nouveau coronavirus, le monde court à la catastrophe, mais à ce stade, il n’est toujours pas question, pour les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Japon, l’Australie, la Suisse et quelques autres qui ont, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mis la main sur 80 % des doses administrées sur la planète, de toucher aux sacro-saints monopoles de leurs multinationales pharmaceutiques. Selon cette même source, plus de 210 États et territoires, avec une population globale de 2,5 milliards de personnes, n’ont toujours pas reçu la moindre dose d’un quelconque vaccin. Face à la pénurie provoquée par les ruptures sur les chaînes de production, les plus riches se livrent à une guerre entre eux, à travers, par exemple, les mécanismes de contrôle des exportations, comme on a pu voir entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, mais aussi avec le reste du monde.

 

Ne pas froisser Big  Pharma

Les faits sont là, mais pas encore le rapport de forces nécessaire pour changer les choses… « Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? » s’impatiente Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS. Défendues par de plus en plus d’organisations sur la planète, les propositions prennent la poussière sur la table, mais après les avoir écartées d’un revers de main au printemps dernier, les grandes puissances capitalistes font le dos rond pour ne pas froisser Big Pharma. À l’OMS, la plateforme d’échange volontaire des technologies anti-Covid (C-TAP) n’a strictement rien reçu des conglomérats industriels occidentaux. Hier et aujourd’hui, à l’occasion d’une réunion formelle de son conseil général, c’est à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) que le combat se déplace.

Éternel refrain

Formulée depuis l’automne par l’Afrique du Sud et l’Inde, endossée depuis par près d’une centaine de pays, la proposition d’une exemption sur certains droits de propriété intellectuelle pour les traitements et vaccins anti-Covid est toujours débattue, mais elle risque de ne pas être soumise au vote des États membres. Les États les plus riches qui ont largement, voire complètement, financé avec des fonds publics la recherche, le développement, les essais cliniques, la fabrication et la logistique des vaccins brevetés pour leur seul profit par quelques géants du secteur, s’y opposent, reprenant systématiquement le refrain composé par Big Pharma : « Supprimer les brevets ou imposer une suspension ne produirait pas une seule dose de plus, c’est avant tout une question de savoir-faire », explique Thomas Cueni, le président de la Fédération internationale de l’industrie pharmaceutique (Ifpma).

 

Seul vrai-faux écart par rapport au business habituel que les mêmes proposent désormais pour esquiver la pression citoyenne mondiale : les pays du Nord prétendent aider les producteurs à s’allier, sous un régime de licences volontaires – et non pas « obligatoires » ou « d’office » qui permettraient de ne pas laisser les monopoles décider seuls –, avec d’autres fabricants, à l’instar de Sanofi qui est mobilisé pour fabriquer les vaccins Pfizer et Johnson & Johnson. Pour la France, Emmanuel Macron voudrait y ajouter une promesse européenne de livrer 13 millions de doses d’ici au mois de juin en Afrique, soit de quoi vacciner 6,5 millions de personnes.

« Les peuples sont littéralement en train de mourir... »

Pour les partisans d’un régime dérogatoire à l’OMC, ces manœuvres ressemblent à des pansements sur des jambes de bois. Représentant de l’Afrique du Sud auprès des institutions multilatérales à Genève, Mustaqeem De Gama accuse : « Les peuples sont littéralement en train de mourir parce que nous ne parvenons pas à un accord sur les droits de propriété intellectuelle. » Alors qu’une entreprise de son pays, Biovac, négocie depuis des mois, mais sans conclure, un accord de production de vaccins avec un fabricant occidental, le diplomate récuse vertement : « Les licences volontaires sont absolument insuffisantes dans une telle pandémie. » Les Danois de Bavarian Nordic mettent à disposition des capacités de production de 200 millions de doses, sans succès auprès des autres géants pharmaceutiques. Le Canada, qui n’a pas accès à la production faite aux États-Unis, s’approvisionne dans les usines européennes et ne réussit pas à nouer des accords avec les multinationales pour produire sur son sol. Par leur intransigeance, les pays les plus riches, Union européenne en tête, enfoncent le monde dans leur impasse.

Piratage sans vergogne

Faute d’obtenir les vaccins qu’elle a commandés à AstraZeneca, l’Union européenne (UE) envisage-t-elle sérieusement de chaparder des doses produites en Inde pour les pays du Sud ? Apparemment, oui. D’après Reuters, Bruxelles est en train d’effectuer un audit de la production chez le plus gros fabricant au monde, le Serum Institute of India, qui travaille pour la multinationale anglo-suédoise. Une étape indispensable avant de recevoir l’aval de l’Agence européenne des médicaments pour des exportations vers l’UE. De quoi pallier, selon les stratèges sans vergogne, les ruptures dans les chaînes industrielles sur notre continent.

Partager cet article
Repost0
2 mars 2021 2 02 /03 /mars /2021 08:03
Appel franco-allemand contre l’utilisation d’armes explosives en zones peuplées (L'Humanité, 1er Mars 2021)
Armes explosives. Pierre Laurent : « La majorité des victimes demeurent des civils »
Lundi 1 Mars 2021 - L'Humanité

À l’ONU, les négociations contre les bombardements en zones peuplées reprennent le 3 mars. Pierre Laurent (PCF), le député Matthias Höhn (Die Linke) et Handicap International ont pris l’initiative d’un appel. Entretien.

 

Pierre Laurent Vice-président du Sénat

Les tractations diplomatiques sur l’élaboration d’un accord international contre les armes explosives (EWIPA) vont reprendre sous l’égide de l’Organisation des Nations unies à partir de mercredi. Plusieurs gouvernements dont la France s’y opposent.

Quel est le but de l’initiative franco-­allemande sur les armes explosives ?

Pierre Laurent Nous lançons, avec 150 parlementaires des deux pays, un appel contre l’utilisation d’armes explosives à large rayon d’impact dans les zones peuplées. Car l’ambassadeur permanent de l’Irlande auprès des Nations unies, Michael Gaffey, porte le texte et mène les discussions avec la participation de 80 États. L’objectif est d’adopter une importante déclaration politique limitant leurs usages. Mais plusieurs gouvernements, dont la France, se mobilisent pour limiter la portée de ce texte. Pourtant, ces armes provoquent des dégâts considérables et durables sur les civils qui sont niés par les pays qui les vendent et qui les utilisent. Les gouvernements s’abritent derrière l’argument qu’ils respectent les conditions d’utilisation en limitant les objectifs aux cibles militaires.

De quel type d’armes s’agit-il ?

Pierre Laurent Tous les modèles d’armement qui permettent de projeter en zones peuplées : avions, artillerie, drones. L’objet de cette campagne est de contester la thèse des utilisateurs qui mettent en avant leur précision et l’impact limité à la seule cible militaire. En vérité, la destruction qu’elles provoquent dans les zones d’habitations touchent les civils et les infrastructures qui leur permettent de vivre. Les habitants qui ont survécu aux bombardements quittent les lieux pour survivre car les infrastructures (réseaux d’eau et d’électricité, écoles, hôpitaux, ponts…) sont détruites. L’ONG néerlandaise PAX a démontré qu’en 2019 92 % des morts dans les lieux de conflits où ses armes explosives avaient été employées sont des civils. Cette enquête invalide le récit officiel qui consiste à mettre en avant leur précision.

Qu’attendez-vous de la déclaration ?

Pierre Laurent L’Irlande, qui mène la négociation avec l’appui du secrétaire général de l’ONU, veut obtenir une déclaration reconnaissant l’impact de ces armes et en limiter l’usage. D’autres pays, dont la France, qui tente de mobiliser ceux de l’Otan, veulent la rendre inopérante. Un nombre considérable d’enquêtes documentées ont été menées par des ONG regroupées au sein d’un réseau planétaire contre les armes explosives (PAX, Airwars, Handicap International…), et démontrent qu’en Syrie, en Irak, au Yémen, la majorité des victimes demeurent des civils parce que ces armes sont utilisées dans des zones urbaines. Il s’agit donc d’empêcher leur utilisation et d’obliger les États qui s’en servent à reconnaître leurs dégâts. Les pays qui les emploient refusent d’admettre les ravages sur les civils, donc ne leur portent pas assistance. Il faut changer les règles de leur maniement pour les rendre si contraignantes que leur ­recours devienne impossible.

Pourquoi une initiative commune avec Die Linke ?

Pierre Laurent Face à l’opposition du gouvernement français, Michael Gaffey, en charge des négociations, a appelé la société civile et les parlementaires à faire entendre leur voix dans les pays concernés. Nous avons donc pris l’initiative, avec Matthias Höhn, de Die Linke, en lien avec les associations, qu’une mobilisation franco-allemande pourrait favoriser une déclaration ambitieuse. En France, avec Jean-Paul Lecoq (PCF) à l’Assemblée, André Vallini au Sénat (PS), Hubert Julien-Laferrière (Génération.s), nous avons interpellé les parlementaires français afin qu’ils soutiennent notre démarche.

Appel franco-allemand contre l’utilisation d’armes explosives en zones peuplées
Lundi 1 Mars 2021
 

Les armes explosives en zones peuplées (Ewipa) blessent et tuent des dizaines de milliers de civils chaque année dans le monde – qu’elles soient utilisées par des acteurs étatiques ou non étatiques. Les souffrances humaines et les dommages aux infrastructures essentielles et à l’environnement persistent des décennies après la fin des combats.

Nous reconnaissons l’implication de nos gouvernements dans les négociations internationales en cours sur une déclaration politique contre l’utilisation d’Ewipa. En raison de la pandémie de Covid-19, les consultations ont été ajournées. Cependant, les souffrances des civils touchés par les armes explosives se poursuivent.

En tant que députés et sénateurs des parlements français et allemand, nous pensons qu’il est impératif que la communauté internationale élabore de nouvelles normes solides qui protègent les civils et leurs infrastructures. La déclaration politique ne doit pas relativiser les effets humanitaires évidents et bien documentés de l’utilisation d’Ewipa. Elle devrait reconnaître, en particulier, que l’utilisation d’armes explosives à large rayon d’impact en zones peuplées cause systématiquement des victimes civiles et doit donc être évitée à l’avenir, comme le demandent le secrétaire général des Nations unies et le Comité international de la Croix-Rouge. Une déclaration doit également contenir des dispositions strictes sur l’assistance aux victimes.

Nous exhortons nos gouvernements à prôner courageusement une telle déclaration politique contre l’utilisation d’armes explosives en zones peuplées et à inclure les initiatives de la société civile dans les négociations.

Parmis les 210 signataires

◆ Au Parlement

Pierre Laurent (PCF)

André Vallini (PS)

Hubert Julien-Laferrière (Génération.s)

Éliane Assassi (PCF)

Clémentine Autain (FI)

Delphine Batho (Génération Écologie)

Esther Benbassa (EELV)

Marie-George Buffet (PCF)

André Chassaigne (PCF)

Jennifer De Temmerman (Libertés et Territoires)

Elsa Faucillon (PCF)

Olivier Faure (PS)

Fabien Gay (PCF)

Guillaume Gontard (EELV)

Fabien Gouttefarde (LaREM)

Brahim Hammouche (Modem)

Michel Larive (FI)

Serge Letchimy (PS)

Marie-Noëlle Lienemann (GRS)

Matthieu Orphelin (non inscrit)

Nathalie Porte (LR)

Fabien Roussel (PCF)

Sophie Taillé-Polian (Génération.s)

Boris Vallaud (PS)

◆ Au Bundestag

Matthias Höhn (Die Linke)

Katja Keul (L’Alliance 90 / Les Verts)

Karl-Heinz Brunner (SPD)

Aydan Özoğuz (SPD)

Doris Achelwilm (Die Linke)

Bela Bach (SPD)

Lisa Badum (L’Alliance 90/Les Verts)

Simone Barrientos (Die Linke)

Daniela De Ridder (SPD)

Diether Dehm (Die Linke)

Yasmin Fahimi (SPD)

Stefan Gelbhaar (L’Alliance 90/Les Verts)

Gregor Gysi (Die Linke)

Heike Hänsel (Die Linke)

Barbara Hendricks (SPD)

Uwe Kekeritz (L’Alliance 90/Les Verts)

Amira Mohamed Ali (Die Linke)

Martin Patzelt (CDU/CSU)

Margit Stumpp (L’Alliance 90/Les Verts)

Kathrin Vogler (Die Linke)

Gülistan Yüksel (SPD)

Partager cet article
Repost0
1 mars 2021 1 01 /03 /mars /2021 09:00
L'Italie: un laboratoire? - par Patrick Le Hyaric (L'Humanité Dimanche, 25 février 2021)

L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 25 février 2021 – par Patrick Le Hyaric.

L’Italie vient de basculer vers un scénario inédit : un gouvernement dit « d’union nationale » dirigé par Mario Draghi pour utiliser les 209 milliards d’euros du plan de relance européen. Voici donc, à la manœuvre, l’apôtre des marchés financiers, lequel fit ses classes sous les lambris dorés de la banque états-unienne Goldmann Sachs alors que celle-ci s’illustrait en inondant les marchés de créances toxiques qui allaient déclencher la crise de 2008. Il a également maquillé les comptes d’Etats européens. Et le voilà installé à la tête de la troisième puissance européenne à la demande des industriels et des banquiers avec l’ardent soutien de Mme Merkel et de M. Macron.

A la présidence de la Banque centrale européenne, il épongeait l’écroulement financier qu’il avait contribué à créer pour offrir des débouchés au capital en manque d’investissements lucratifs tout en exigeant des peuples privatisations et sacrifices sociaux, non sans avoir dépecé la Grèce au nom de la « stabilité monétaire ». Nous avons ici le prototype de ceux qui sont présentés comme les représentants d’une « élite apolitique » par ceux qui veulent cacher qu’il s’agit d’un valet du capital.

La grande nouveauté du scénario italien tient à un renversement des données d’un débat initié depuis plus d’une décennie, dans lequel, à la faveur de l’affaiblissement des partis communistes, les structurations politiques ont été déportées des enjeux des antagonismes de classe vers l’invention de catégories nouvelles : d’un côté les « européistes », représentants des « élites », de l’autre des « populistes » de droite ou de gauche censés être les opposants des premiers. Sous couvert de « gouvernement technique », l’alliance scellée sous l’égide de l’ancien président de la BCE réunit le Parti démocrate, la droite de Forza Italia, les populistes du Mouvement cinq étoiles et l’extrême droite de la Ligue du Nord. Autrement dit les représentants « des élites » et « les populistes » de toutes tendances font gouvernement ensemble.

On aura noté les cris unanimes des forces se réclamant du consensus libéral pour célébrer cette « entente » au nom d’un intérêt supérieur que l‘on voudrait faire passer pour l’intérêt général. Mais l’intérêt supérieur, ici, n’est autre que celui du grand capital européen qui compte bien faire du cas italien un cas d’école pour tous les pays européens. Car l’union nationale est la condition pour faire accepter aux peuples des « réformes » imposées par la Commission européenne. Cette « réconciliation nationale » s’opère ainsi sous les auspices du marché capitaliste et d’un nouveau degré de « financiarisation » de l’économie. Mais surtout sur le dos des travailleurs qui sont une fois de plus appelés à servir de monnaie d’échange contre les lignes de crédit de la Banque centrale européenne. Par ricochet, la voie est ainsi ouverte aux néofascistes du parti Fratelli d’Italia pour incarner l’opposition à ce consensus bruxellois droitier, mais sur des bases précisément et ouvertement… fascistes.

Le discours d’investiture de Mario Draghi en dit long sur la nature de ce consensus : une dose de xénophobie pour complaire à la Ligue du nord, une autre d’écologie pour satisfaire le Mouvement cinq étoiles, une autre encore de baisse de la fiscalité sur le capital pour neutraliser la droite berlusconienne, et enfin une ode à l’Union européenne pour s’accorder les faveurs du Parti démocrate. Le tout agrémenté d’un serment de fidélité à l’Alliance atlantique.

Les représentants des classes dominantes considèrent à juste titre qu’elles ne disposent plus de majorité populaire pour progresser vers l’étape nouvelle que réclame le système capitaliste pour son déploiement. Ils travaillent à l’alliance des anciens partis sociaux-démocrates et des forces baptisées populistes de droite ou de gauche pour tenter de s’assurer la majorité sociale et politique qui leur échappe, pour ainsi éviter toute forme de contestation trop radicale. Les mouvements sociaux discontinuent et celui des Gilets jaunes avec le soutien massif qu’ils ont reçu, comme la sourde protestation qui se répand sur les enjeux de santé fait cogiter en haut lieu et bien au-delà de la France. Ceci au prix d’une inquiétante redéfinition du champ politique qui se déporte toujours plus vers la droite et tend à gommer toute expression anticapitaliste. L’ingestion par le pouvoir macroniste et la droite des thèses de l’extrême droite en France, spectaculaire ces derniers jours, laisse augurer une nouvelle recomposition politique si ceux qui ont intérêt à un changement de politique et de société ne se lèvent pas. Entre des pans entiers d’électorat socialiste conquis en 2017 et neutralisés depuis, et M. Darmanin qui braconne sans vergogne sur les terres idéologiques de l’extrême droite, l’arc macroniste n’est en effet pas si éloigné de celui de M. Draghi. Avec, une fois encore, les réformes structurelles contre les retraites, la propriété publique et la Sécurité sociale pour viatique.

On observera dans l’actualité italienne la grande faiblesse de la force communiste. Celle se réclamant du populisme de gauche, qui, en refusant de s’organiser sur une base solide de classe et recourant à des raccourcis souvent outranciers, se trouvent finalement ballotée par le vent politique. Jusqu’à se fondre dans un gouvernement au service des puissances financières.

Ceci nous oblige à réagir. Les forces libérales, instruites par le succès de Trump et des extrêmes droites européennes, sont en train de pactiser avec ces dernières pour défricher le terrain d’une offensive redoublée contre les droits sociaux et démocratiques. Avec pour notable conséquence un glissement considérable du débat public vers l’extrême droite. La séquence xénophobe orchestrée par le pouvoir la semaine dernière — entre le rapprochement Darmanin/Le Pen, la loi séparatisme, la polémique sur Trappes puis sur un prétendu « islamo-gauchisme » l’illustre parfaitement.

Cette opération d’envergure a pour principale fonction de rendre invisible le durcissement de la lutte de classes, les désastres sociaux, la corruption de l’industrie pharmaceutique, la misère galopante et les mauvais coups en préparation contre le monde du travail, la jeunesse et les familles populaires sous prétexte des dettes contractées par l’Etat pour faire face aux conséquences de la pandémie.

Sans l’organisation d’une résistance contre la dé-civilisation capitaliste, sans force ni visée communiste rassembleuse sur un projet de civilisation nouvelle, la stratégie adoptée par les forces capitalistes risque d’entraîner notre continent vers de très sombres lendemains. Travailler à l’union populaire pour des changements de politique et de société relève d’une urgente nécessité.

Partager cet article
Repost0
27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 08:28
Niger: Uranium, Cocaïne, néo-colonialisme et Présidentielles - Analyses de L'Humanité, Marc de Miramon et Rosa Moussaoui
Niger. La malédiction de l’uranium et de la cocaïne
Mardi 23 Février 2021 - L'Humanité

Principale richesse du territoire, l’exploitation du minerai indispensable au fonctionnement des centrales nucléaires a laissé la place aux nouvelles routes de la drogue. Ce pays parmi les plus pauvres au monde, qui votait dimanche pour désigner le successeur du président sortant Mahamadou Issoufou, connaît une véritable descente aux enfers.

 

Le Niger, l’un des pays les plus pauvres du monde, votait dimanche pour désigner le successeur de Mahamadou Issoufou. Officiellement, le scrutin ne risque pas d’être remis en question par la communauté internationale, France en tête, soucieuse de confirmer la victoire annoncée de Mohamed Bazoum, dauphin désigné d’Issoufou. Tout juste le vote a-t-il été endeuillé par l’assassinat de quelques membres de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), tués dans l’attaque de leur véhicule ou par l’explosion d’une mine dans la région de Tillabéri (ouest), proche du Mali.

Des embuscades attribuées à Boko Haram et aux différentes factions djihadistes, à l’instar de l’ersatz africain de l’« État islamique », qui sévissent dans la région. Mais, pour comprendre la descente aux enfers sécuritaire du Niger et de l’ensemble de la zone sahélienne, qui se pare aujourd’hui du drapeau d’un islam salafiste importé de la péninsule Arabique, il faut remonter à l’indépendance du pays en 1958.

Des mines cruciales pour la France

Enclavé et ponctué d’immenses zones désertiques, le Niger n’a alors qu’une principale monnaie d’échange sur le marché international : ses considérables réserves d’uranium, minerai essentiel à une industrie civile et militaire alors en plein boom, le nucléaire. Pour la France, le pays revêt une importance stratégique cruciale. Paris ayant besoin des mines nigériennes pour faire tourner ses centrales et fabriquer les ogives atomiques nécessaires à son rang de grande puissance siégeant au Conseil de sécurité des Nations unies.

Grâce au combustible extrait dans le Sahel, et conformément au plan défini par le premier ministre français Pierre Messmer en 1974, le Niger devient la pierre angulaire de la politique d’indépendance énergétique de la France, qui passe par le faible coût de l’uranium sur les marchés internationaux, tandis que la volatilité du prix des hydrocarbures, pétrole en tête, provoque un authentique séisme géopolitique. C’est la fin de l’or noir bon marché, et les économies capitalistes découvrent leur vulnérabilité face au précieux liquide qui irrigue les veines de l’économie mondiale.

Les routes de la contrebande

Les pays émergents, Inde et Chine en tête, développent avec un appétit frénétique leur propre infrastructure nucléaire, à peine refroidis par la catastrophe industrielle de Tchernobyl, en Ukraine, en 1986, en attendant celle de Fukushima, au Japon en 2011. La France, qui bénéficiait de tarifs préférentiels de l’uranium extrait des mines au Niger, voit le gouvernement de Niamey renégocier ses contrats. La demande internationale explose, et les populations touareg du nord, là où se situent les immenses gisements d’Arlit ou d’Imouraren, font parler les armes pour exiger la part d’une rente intégralement captée par le gouvernement central.

Nous sommes au milieu de la décennie 2000, et la géopolitique mondiale a basculé avec les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Les groupes armés touareg, qui essaiment dans le nord du Niger et enlèvent sporadiquement soldats de l’armée régulière comme salariés du groupe français Areva, demeurent largement sous la coupe du colonel Kadhafi en Libye, avant que sa chute en 2011 ne les précipite définitivement dans les bras des pétromonarchies du Golfe. Tandis que les routes de la contrebande au Sahel commencent à être inondées par la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud, laquelle pénètre sur le continent africain grâce à la Guinée-Bissau, un État failli dont la situation géographique – une constellation de petites îles dans son littoral – favorise la discrétion des livraisons de poudre blanche.

En dépit de la présence militaire française, garantie par l’opération « Serval » en 2013 (devenue « Barkhane » en 2015), et celle des États-Unis, via la principale base de drones implantée dans le Sahel, le Niger a vu une partie de son appareil d’État contaminé par un grand banditisme repeint aux couleurs du djihad. De quelques dizaines de kilos saisis à la fin des années 1980, la cocaïne ou l’héroïne interceptée au Niger bat chaque année des records, comme en témoigne une unique saisie opérée dans la nuit du 9 au 10 mars 2019. En plus des 800 kilos de cocaïne dissimulés dans un camion immatriculé au Sénégal, la police bissau-guinéenne met aux arrêts quatre suspects, dont Mohamed Sidy Ahmed, qui jouit du titre de conseiller spécial du président de l’Assemblée nationale du Niger.

 

Déstabilisation du Sahel

« La drogue avait pour destination Gao », une des principales métropoles du nord du Mali libérée par l’armée française en 2013, commente alors le directeur adjoint de la police judiciaire de la Guinée-Bissau, offrant une démonstration supplémentaire que l’une des principales causes de la déstabilisation du Sahel, soit l’explosion du trafic de drogue, n’a guère été entravée par l’intervention militaire française. Le vainqueur attendu de l’élection présidentielle Mohamed Bazoum, ex-ministre de l’Intérieur, a sans surprise fait de la sécurité et de la lutte contre les nouvelles routes des stupéfiants la pierre angulaire de son futur mandat, avec l’éducation et la démographie, dans un pays où l’explosion des naissances va provoquer la hausse de population la plus vertigineuse du continent africain. Un défi d’autant plus crucial qu’une partie de la drogue, dont le très accessible Tramadol (environ 2 euros le comprimé), inonde désormais le marché local.

Au Niger, Mohamed Bazoum célèbre la victoire de la « continuité»
Jeudi 25 Février 2021 - L'Humanité

Le dauphin désigné de Mahamadou Issoufou, le chef d’État sortant, est donné vainqueur du second tour de l’élection présidentielle. Au cœur d’une zone sahélienne instable, il sera confronté à des défis sociaux et sécuritaires colossaux.

 

Dans une histoire émaillée de coups d’État depuis l’indépendance, pour la première fois depuis trente ans, un président nigérien passera sans heurts le témoin à son successeur. Il faut dire que Mahamadou Issoufou a choisi comme dauphin un fidèle parmi les fidèles : mardi soir, la Commission électorale nationale indépendante a donné Mohamed Bazoum vainqueur du second tour de l’élection présidentielle, avec 55,75 % des voix, selon des résultats provisoires qui doivent encore être confirmés par la Cour constitutionnelle. Avant même cette annonce, l’opposition avait déjà dénoncé un « hold-up électoral », exigeant que soit suspendue la publication des résultats. Mercredi 24 février, depuis son fief de Zinder, dans le sud-est, son candidat, Mahamane Ousmane, a revendiqué la victoire, assurant que la compilation des procès-verbaux en sa possession lui donnait « 50,3 % des voix ». L’opposition, qui dénonce des fraudes et des menaces sur ses délégués, assure avoir constaté, dans certaines circonscriptions, des taux de participation dépassant les 100 %, « avec un score de 99 % en faveur du candidat du pouvoir ».

Menace constante des groupes islamistes armés

Bazoum, lui, se réjouit de la victoire de la « continuité », loue la « sagesse » de son adversaire et souhaite que tous deux regardent « dans la même direction ». Pilier de l’appareil du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (qu’il a fondé avec Issoufou), ce professeur de philosophie, issu de la minorité arabe, ancien marxiste converti à la social-démocratie, a joué en coulisses, ces dix dernières années, un rôle clé au cœur du pouvoir comme dans les relations avec les puissances étrangères. Comme ministre de l’Intérieur, puis comme ministre d’État après la réélection d’Issoufou en 2016, il s’est trouvé en première ligne de l’inextricable défi sécuritaire posé dans ce pays en proie à l’activisme des groupes islamistes armés, depuis les innombrables produits dérivés d’al-Qaida au Maghreb islamique jusqu’à la secte nigériane Boko Haram, qui n’ont cessé d’étendre, ces dernières années, l’aire de leurs attaques. Bazoum prend la tête du Niger au pire moment, alors que l’échec du déploiement militaire français dans le Sahel est manifeste, avec l’enlisement de l’opération « Barkhane » et l’impossible passage de relais aux armées de la région, dépassées par l’insaisissable guérilla djihadiste – des « métastases du cancer terroriste », dit-il.

42 % de la population vit dans l’extrême pauvreté

Dans le onzième pays le plus pauvre du monde, où le géant français Orano (ex-Areva) exploite depuis un demi-siècle des gisements d’uranium en dictant ses conditions, le nouveau président jure de faire des infrastructures, de l’éducation, de l’accès aux soins, de la protection sociale et du contrôle des naissances ses priorités. Il parie, pour financer de telles politiques, sur la rente promise par la montée en puissance de l’exploitation pétrolière, avec le début prévu des exportations d’hydrocarbures en 2022. Une ressource qui pourrait encore aiguiser d’obscurs appétits, dans le sillage des scandales politico-financiers qui ont secoué l’ère Issoufou.

Le nouveau chef d’État, dont le nom n’est pas cité dans les affaires de détournements de fonds publics ayant éclaboussé les mandats de son prédécesseur, promet « des audits » dans les institutions publiques pour mettre un terme aux « pratiques de corruption qui décrédibilisent la démocratie ». Dans une zone instable, avec 24 % des jeunes au chômage et près de 42 % de la population vivant dans l’extrême pauvreté, Bazoum, au pouvoir, devra, très vite, dégager d’autres horizons que celui de la « continuité ».

Partager cet article
Repost0
25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 06:57
Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda - par Muriel Steinmetz, L'Humanité, 25 février 2021
Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda - par Muriel Steinmetz, L'Humanité, 25 février 2021
Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda - par Muriel Steinmetz, L'Humanité, 25 février 2021
Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda
Jeudi 25 Février 2021
Poursuivant son analyse du génocide, l’écrivain donne la parole, dans un livre de grande valeur éthique, aux rares Hutus qui ont sauvé la vie de Tutsis au péril de la leur.
 
Après Dans le nu de la vie (2000) , récits de quatorze rescapés du génocide des Tutsis au Rwanda, et Une saison de machettes (2003), paroles de dix tueurs, le grand reporter Jean Hatzfeld publiait la Stratégie des antilopes (2007), où il évoquait la cohabitation sur les collines des victimes et des bourreaux, libérés après avoir purgé de lourdes peines. Depuis 1998, il se rend au Rwanda plusieurs fois par an.

Il y parle souvent avec les mêmes personnes et retranscrit des dialogues qu’en France il couche par écrit, ce qui l’amène à de nouvelles questions, qu’il note avant de repartir là-bas. Là où tout se tait signe son retour, en 2019, sur ces collines de Nyamata, pour donner voix aux rares Hutus qui, au péril de leur vie, ont sauvé des Tutsis du génocide. Une brève présentation nous plonge dans le contexte de la rencontre, puis le témoin raconte. Parfois, sa voix s’échappe ou se mêle à d’autres, dûment identifiées. La folie génocidaire a duré du 11 avril 1994, à 11 heures, au 14 mai à 14 heures, tous les jours « même le dimanche», de 8 à 15 heures. Les horaires ne « différaient pas tellement de ceux des travaux agricoles ». On « coupait » du Tutsi à « s’en casser les bras ». À Nyamata, 51 000 Tutsis sur une population d’environ 59 000 ont été massacrés. Au total, 800 000 et plus ont péri en moins de cent jours dans le pays. Les tueurs y allaient « en rangs chantants ».

Les sauveurs ne bénéficient d’aucune vraie reconnaissance

Le geste de la poignée de sauveurs « imperméables aux déchaînements de haine », qui choisirent le bien plutôt que le mal, était donc d’une infinie richesse à préserver dans ce livre à haute valeur éthique. Ceux qui sont pourtant appelés là-bas « abarinzi w’igihango », gardiens du pacte de sang, ou parfois les Justes, comme le furent ceux qui cachèrent les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, demeurent peu diserts et ne bénéficient d’aucune vraie reconnaissance. Beaucoup sont morts, abattus par les tueurs. Autour d’eux, partout, la méfiance. Pour les Tutsis, il reste difficile d’ « inviter un Hutu dans les souvenirs de deuil». Le soupçon demeure. Quant aux Hutus, ces Justes suscitent en eux de l’embarras, voire un sentiment de trahison, ou pire, un double inversé insupportable. Ne renvoient-ils pas aux génocidaires (si nombreux puisque « huit à neuf victimes sur dix » ont été tuées « à la main » par des civils : cultivateurs, fonctionnaires, enseignants, commerçants, même un vicaire et un pasteur) l’image de ce qu’ils auraient pu être sans l’avoir été.

Jean Hatzfeld s’interroge : l’espace de repli a-t-il manqué pour que puisse s’organiser une contre-offensive, de la part de « personnalités moins soumises à la force du communautarisme ethnique » ? Face à ces questions qui le cisaillent, le voilà doublement attentif à ces « très rares épisodes de sauvetage ou de mains tendues». Il y a celui qui cache pendant trois jours des Tutsis, malgré les menaces des « interahamwes » (milices extrémistes hutues). Cette mère qui apporte de la « bouillie aux fuyards des marais ». Cet homme qui choisit d’être fusillé à côté de son épouse. Cet autre qui dissimule un « petit avoisinant et son papa tutsi ». Jean-Marie Vianney Setakwe a caché trois Tutsis dans ses champs de sorgho. « J’ai refusé la mort chez moi, j’ai choisi la traîtrise ethnique. » Son épouse, Espérance Uwizeye, elle aussi est une Juste. Le militaire prénommé Silas préviendra les habitants d’une « expédition très risquante » avant de participer au « sauvetage » d’une jeune femme qui comptera pour lui. Joseph Nsengiyomva a caché deux familles qu’il a dispersées dans la brousse au péril de sa vie. « Aucune parole ethnique ne l’a jamais accroché. Il m’a dit qu’il avait épousé une Tutsie sans même y penser », témoigne Sylvie Umubyeyi. Voilà un homme qui a donné la « priorité à son courage ou sa compassion ». «Partout, à Nyamata, on remarquait des bosses de terre mal tassées. » « On savait ce qui se trouvait dessous. » « Le trou de chez Eustache », nom du dernier chapitre, en comptait 70. Des enfants y avaient été jetés vivants. « Ce s trous perpétuent le sentiment de dégoût qui imprègne sans fin la narration de ce génocide. »

Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda - par Muriel Steinmetz, L'Humanité, 25 février 2021
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011