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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 16:37
Accord de Brexit: les paradis fiscaux ont de beaux jours devant eux ! (Fabien Roussel - PCF)
COMMUNIQUE DE PRESSE
 
 
Accord de Brexit: les paradis fiscaux ont de beaux jours devant eux ! (Fabien Roussel - PCF)
 
Alors que la pêche a occupé une grande partie des négociations pour trouver un accord de sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, bizarrement, la finance a été ignorée. Le projet des financiers anglo saxon d'avoir un super paradis fiscal aux portes de l'Union européenne demeure !
 
Dés l'accord signé, Boris Johnson a meme annoncé dans un quotidien anglais son intention de multiplier les ports francs, à taxation ultra légère pour concurrencer les ports européens !
Il faut dire que depuis plusieurs années La City et plusieurs capitales européennes se livrent une concurrence sans merci pour attirer les capitaux en proposant les meilleurs schémas d'optimisation fiscale.
A ce jeu, La City était déjà très bien placée: elle est la première place financière mondiale sur le marché des capitaux. 7000 milliards de dollars y sont échangés chaque jour ! Et la place londonienne réalise 60% de toutes les opérations liées aux marchés européens des capitaux.
 
Mais c'est surtout un paradis fiscal bien connu des fonds d'investissements et de toutes les grandes multinationales qui y délocalisent leurs bénéfices, afin d'éviter de payer les impôts là où ils sont installés.
 
La City sert en effet de passerelle pour transférer ces bénéfices dans les îles britanniques telles que les Caïmans ou encore Jersey, située à quelques encablures des côtes françaises. Ces juridictions britanniques sont des paradis fiscaux notoirement connus. Les Îles Britanniques accueillent 6000 milliards d'actifs en leur proposant un taux d'imposition moyen sur les bénéfices à 1,73%.
 
Avec ou sans accord, le Brexit a ouvert une guerre entre paradis fiscaux, entre la City et les pays de l'Union à taux d'imposition quasi nul tel que le Luxembourg, l'Irlande ou les Pays Bas.
Et plus rien ni personne n'empêchera maintenant La City d'adopter ses propres règles fiscales, même si les milieux financiers doivent pour cela ouvrir une succursale au sein de l'Union européenne .
Dans cette guerre, les grands perdants seront les peuples : la fraude et l'optimisation fiscales coûtent 80 à 100 milliards d'euros au budget de la France, tous les ans et près de 1000 milliards d'euros aux pays de l'Union européenne. A l'heure de la lutte contre la pandémie, cette guerre au « moins disant fiscale » est indécente, scandaleuse. Elle
devrait susciter l'indignation générale.
 
Sur les 1500 pages de l'accord de Brexit, il aurait pu y avoir quelques propositions pour attraper des gros poissons de la finance qui privent les pays de l'Union européenne de plusieurs centaines de milliards d'euros d'impôts par an.
 
Il est urgent d'établir des règles fiscales identiques dans tous les pays de l'Union européenne et de mettre des filets de sécurité à la circulation des bénéfices réalisés dans nos pays. L'imposition à la source des bénéfices de ces multinationales reste à ce jour la meilleure solution, comme nous l'avons formulée dans une Proposition de loi déposée en 2019. Une occasion de régler ces pratiques malhonnêtes vient d'être manquée dans les négociations autour du Brexit. L'exigence des peuples pour une vraie justice fiscale en Europe n'a pourtant jamais été aussi forte.
 
L'argent existe et il coule même à flots pour une minorité qui fait tout pour échapper aux impôts. Ayons le courage de s'attaquer à ce fléau. C'est comme cela que nous pourrons répondre aux besoins humains, financer nos services publics et relever le défi écologique.
 
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord,
 
Paris, le 28 décembre 2020.

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25 décembre 2020 5 25 /12 /décembre /2020 09:19
Accord UE-Royaume Uni : un Brexit pour le business, pas pour les travailleurs, ni pour les peuples
 
Après deux élections législatives, trois crises gouvernementales en Grande-Bretagne et 4 ans et demi de tractations laborieuses et souvent opaques, la volonté majoritaire et souveraine du peuple britannique à quitter l'UE qui s'est exprimée en juin 2016 sera donc effective le 31 décembre prochain, date de la fin de la période de transition.
 
L'accord qui vient d'être annoncé évite une sortie sèche du Royaume-Uni de l'espace communautaire, ce qui aurait signifié une crise majeure, entre autres, pour la pêche et pour les accords de paix en Irlande. 
Mais ce même accord scelle un Brexit négocié entre les conservateurs anglais et les bourgeoisies européennes pour le plus grand bénéfice du libre-échange et du capital. Les faibles normes sociales et environnementales européennes, qui sont déjà trop élevées pour la bourgeoisie britannique, ne pèsent que peu de choses face aux dispositions de ce qui n'est ni plus, ni moins qu'un accord de libre-échange gigantesque entre la 6e puissance économique mondiale, qui a déjà signé de tels accords avec des états tiers et s'apprête à en signer d'autres, et l'Union Européenne, qui tout au long des
négociations a placé le maintien des règles du marché intérieur communautaire au-dessus de toute autre considération. D'après les éléments révélés ce matin par la presse britannique, le dispositif « d'équivalence » entre les règles européennes et britanniques est réduit à sa portion congrue et les règles qui vont dans ce sens sont soumises à un arbitrage « indépendant ». Il n'y a rien dans l'accord pour empêcher la transformation de la City en véritable paradis fiscal. 
 
Tout cela va avoir des conséquences graves à la fois pour les travailleurs et les peuples européens d'une part et pour les peuples du Royaume-Uni d'autre part, qu'ils aient ou non voté pour le Brexit, et qui sont frappés par une explosion de la pauvreté du fait des politiques austéritaires des gouvernements successifs. Il ne s'agit donc pas d'un « compromis », mais d'un accord entre les conservateurs britanniques en pleine dérive droitière et les classes dirigeantes européennes.
 
Cet accord a aussi des impacts négatifs pour les activités de pêche et cela touche notamment les régions de Bretagne, Normandie et Hauts-de-France. Le gouvernement français doit prendre toutes les mesures qui s'imposent pour que les pêcheurs ne paient pas le prix du Brexit. 
 
Le PCF réaffirme sa solidarité avec les forces de gauche politiques et syndicales britanniques qui luttent contre les nouvelles régressions sociales, environnementales et démocratiques que les conservateurs britanniques cherchent à imposer. Il réitère également au Sinn Féin irlandais qu'il se tient à ses côtés pour la défense des droits
nationaux du peuple irlandais et de l'intégralité des dispositions de l'Accord de paix de 1998.
 
Le Brexit marque la faillite de la construction capitaliste de l'UE.
 
Plus que jamais, il est urgent d'en finir avec les règles et les traités européens néolibéraux, pour aller vers une Europe à géométrie choisie respectant les souverainetés démocratiques des peuples et des nations et offrant un cadre à une association et une coopération mutuellement bénéfiques entre elles.
 
Parti Communiste Français,
 
Paris, le 24 décembre 2020

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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 07:52
À l’issue du congrès du Parti communiste du Chili, entretien avec l’une de ses dirigeantes, Karol Cariola, qui porte au Parlement une loi d’imposition des plus riches.

À l’issue du congrès du Parti communiste du Chili, entretien avec l’une de ses dirigeantes, Karol Cariola, qui porte au Parlement une loi d’imposition des plus riches.

Chili. « Le gouvernement a opté pour que les travailleurs paient la crise »

Mardi 22 Décembre 2020 - L'Humanité

À l’issue du congrès du Parti communiste du Chili, entretien avec l’une de ses dirigeantes, Karol Cariola, qui porte au Parlement une loi d’imposition des plus riches.

 

Aujourd’hui âgée de 33 ans, ancienne responsable du secteur étudiant de la Jeunesse communiste chilienne et ancienne responsable syndicale lors du mouvement étudiant de 2010-2011, Karol Cariola a été élue députée du Parti communiste du Chili en 2013. Elle est représentative de cette nouvelle génération de communistes et féministes chiliens.

L’explosion sociale du 18 octobre 2019 a débouché, le 25 octobre, sur un référendum qui lance un processus constituant. Où en est la situation politique au Chili ?

Karol Cariola  Depuis l’explosion sociale, il est impossible d’analyser la situation politique au Chili sans regarder ce qu’il s’est passé ces trente dernières années. Je pense que l’explosion politique actuelle au Chili est très marquée par le processus historique de transition que notre pays a connu depuis que nous avons récupéré la démocratie en 1990. Ce n’est pas un hasard si le mouvement social, si le peuple chilien a décidé de se dresser avec une telle force contre toutes les inégalités sociales, fruits des politiques ultralibérales dont nous avons hérité de la dictature militaire. Le peuple chilien a poussé également avec une très grande force vers un processus constituant pour éliminer la Constitution que la dictature militaire a laissée comme l’un de ses principaux legs. Nous sommes aujourd’hui à un moment où ce qui détermine la position des forces politiques est l’axe autour de l’ultralibéralisme hérité de la dictature militaire. Il y a d’une part les forces antilibérales et d’autre part les forces néolibérales.

Ce mouvement social n’a pas de leader, il n’a pas non plus de direction collective ?

Karol Cariola Les révoltes dans le monde naissent des besoins collectifs. L’unité est fondamentalement l’unité du peuple, des exploités, des opprimés, des personnes dont les droits fondamentaux ont été violés. Même si nous ne pouvons pas reconnaître un seul parti dirigeant ou une seule figure de proue, ce que nous pouvons reconnaître dans ce processus, c’est que les différents participants à cette révolte convergent vers des objectifs communs. Ce qui est merveilleux, c’est aussi la force qui est derrière ce mouvement social, avec toutes les différences des acteurs et actrices qui se sont soulevés. Ainsi, il y a le mouvement féministe avec ses organisations respectives.

D’autre part, il y a le mouvement ouvrier, où s’est développé tout un processus de convergence avec d’autres acteurs sociaux. Nous avons obtenu que l’expression des luttes contre l’inégalité dans tous les secteurs et tous les domaines génère enfin une convergence commune, une lutte à l’intersection des différentes luttes qui se sont produites ces dernières années.

Quelle peut être la place d’un parti comme le Parti communiste à un moment où l’on constate un rejet des partis ?

Karol Cariola Oui, le Chili est un pays très diversifié dans ses différentes expressions, et je pense qu’il ne fait aucun doute qu’il existe un rejet majoritaire de la manière traditionnelle de faire de la politique et du système institutionnel. Nous ne pouvons pas seulement en rester au constat. Je pense que l’origine du problème, plus que les partis politiques eux-mêmes, est le cadre institutionnel dans lequel ont évolué les partis politiques ces dernières années.

Il est devenu de plus en plus évident que le développement d’une véritable démocratie où le peuple est souverain, qui intègre la participation des citoyens n’est pas possible dans le contexte d’un modèle de développement libéral. Il y a une contradiction fondamentale dans la coexistence d’une démocratie complète avec le modèle de développement libéral qui a prévalu dans notre pays pendant toutes ces années. Tous ces partis politiques qui s’accrochent à cette logique institutionnelle, à cette construction conservatrice, à cette politique de consensus, à cette vieille politique, derrière le dos des citoyens, se mettent évidemment à distance du peuple chilien.

Pour notre part, nous avons joué un rôle en tant que parti, parfois plus en marge, parfois à l’intérieur. Mais, au moins, nous essayons de comprendre et de nous mettre au diapason aussi finement que possible avec ce que le mouvement social populaire exprime et demande. C’est là que réside notre différence. Nous avons toujours dit aussi que notre lutte au sein des institutions (Chambre des députés, etc.) ne peut être séparée de la lutte sociale.

Icon Quote Aujourd’hui ce qui détermine la position des forces politiques est l’axe autour de l’ultralibéralisme hérité de la dictature militaire. 

Il y a quelques mois, vous étiez à l’initiative d’un impôt sur les super-riches. Où en est-il ?

Karol CariolaÀ la suite de la pandémie, une des choses qui est devenue évidente est le manque de volonté du gouvernement de donner au peuple les ressources qui lui permettent de survivre. Loin de ça, le gouvernement a opté pour que les travailleurs paient la crise. C’est sur cela que repose cette initiative de taxation des super-riches. Nous disons qu’il ne peut pas être question que, pour faire face à la crise, les travailleurs doivent utiliser leurs propres fonds de chômage ou de pension.

La crise jusqu’à présent n’a été payée que par les plus pauvres, les travailleurs. Les super-riches représentent 0,1 % de la population chilienne, soit environ 1 500 individus, 1 500 personnes qui concentrent 34 % de la richesse de notre pays. Cela permettrait de collecter fiscalement plus de 6 milliards de dollars pour distribuer en pensions ou en salaires d’urgence pendant au moins trois mois à 80 % des familles les plus vulnérables. C’est ce que l’État aurait dû faire depuis le début et ne pas transférer encore plus de ressources aux grandes entreprises. Notre initiative a reçu un large soutien, un sondage a montré que 80 % de la population du Chili soutient cette proposition.

Depuis plus de six mois, les sondages pour la présidentielle placent le communiste Daniel Jadue en première position. Est-ce que le congrès qui vient de se tenir a pris position sur cette éventuelle candidature ?

Karol Cariola Nous avions pris la décision lors de notre avant-dernier congrès en 2016 de proposer une candidature communiste à la présidentielle. Nous avions envisagé différents candidats. Finalement, ce sont les Chiliens qui, à travers les sondages, ont désigné Daniel Jadue. Aujourd’hui, Daniel Jadue, comme maire, est engagé dans la campagne pour sa réélection. Nous ne l’avons pas encore déclaré comme candidat à la présidence. Il doit continuer à être maire de Recoleta. C’est ce qui lui a permis, en tant que dirigeant communiste, de montrer ce que nous sommes capables de faire lorsque nous parvenons à gouverner localement. À partir de là, nous évaluerons les positions des différentes forces d’opposition. L’objectif est que demain ces oppositions convergent en une seule candidature.

La candidature de Daniel Jadue est celle qui a le plus de force aujourd’hui. Mais nous ne prendrons pas à l’avance une décision qui n’est pas seulement la nôtre, simplement parce que nous, communistes, ne pouvons pas gagner seuls une élection présidentielle. Il faut créer les conditions d’alliances beaucoup plus larges. La meilleure façon de le faire sera par le biais de primaires dans lesquelles les citoyens choisiront entre les différentes options.

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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 07:42
Selahattin Demirtas

Selahattin Demirtas

 

La Selahattin Demirtas, le leader kurde du HDP, prisonnier politique en Turquie, est soutenu depuis le départ par le PCF. Le HDP principale opposition de gauche, laïque, multiculturel et progressiste, en Turquie. La Cour européenne des droits de l’homme exige la libération immédiate par la Turquie du leader de gauche Selahattin Demirtas!

Mercredi 23 Décembre 2020 - L'Humanité
Constatant plusieurs violations de la Convention européenne des droits de l’homme par la Turquie, la Cour européenne des droits de l’homme a ordonné ce mardi la libération immédiate de Selahattin Demirtas, l’opposant politique kurde, leader du HDP, en détention provisoire depuis novembre 2016.
 

La décision vaut autant par l’ampleur des griefs retenus par les juges européens contre les décisions de la justice turque, que par le contexte de répression générale contre l’opposition politique en Turquie que dénonce l’arrêt de la Cour rendu ce mardi.

« C’est la première fois que la Cour européenne des droits de l’homme juge qu’une personne a été mise en prison par l’État turc pour des raisons politiques, et que les procédures judiciaires à l’encontre de Selahattin Demirtas étaient en fait des actes de répression politique contre un membre de l’opposition de gauche au régime d’Erdogan », réagit Fayik Yagizay, représentant du HDP auprès des institutions européennes, qui rappelle qu’il y a une semaine encore, le président turc continuait à soutenir que le leader kurde, ancien député et coprésident du HDP, ne serait jamais libéré.

Selahattin Demirtas a été arrêté le 4 novembre 2016 par les forces de sécurité turques en même temps que 12 autres députés du HDP (Parti démocratique des peuples, pro-kurde) dont l’immunité parlementaire avait été levée. Le leader kurde a été député à l’Assemblée nationale de Turquie de 2007 à 2018, et candidat aux élections présidentielles de 2007 (où il avait obtenu 9,76 % des voix), ainsi qu’en 2018 alors qu’il était toujours en détention provisoire. Bien que privé de tous les moyens de faire campagne, Selahattin Demirtas avait tout de même réussi à obtenir 8,32 % des voix, en s’exprimant depuis sa cellule.

À l’issue d’une modification constitutionnelle en mai 2016, le leader kurde avait été l’objet de 31 enquêtes pénales distinctes permettant d’alimenter un imbroglio judiciaire sans fin, destiné à justifier son maintien en détention.

« But inavoué »

Dans son arrêt, la Cour européenne des droits de l’homme considère que l’emprisonnement de Selahattin Demirtas, notamment pendant les « deux campagnes critiques », celles du référendum du 16 avril 2017 et de l’élection présidentielle du 24 juin 2018, « poursuivait un but inavoué, à savoir celui d’étouffer le pluralisme et de limiter le libre jeu du débat politique, qui se trouve au cœur même de la notion de société démocratique ».

La Cour rejette également les accusations de la justice turque cherchant à faire passer certains discours politiques du leader kurde pour des justifications du terrorisme, à seule fin de prolonger son maintien en prison. On ne peut pas assimiler « le droit à la liberté d’expression au fait d’appartenir à une organisation terroriste armée, ou de fonder, ou de diriger une telle organisation, en l’absence de tout élément concernant un tel lien », indique la CEDH dans son arrêt.

Au final, la Cour juge que dans le maintien en détention de leader de kurde, la Turquie viole à la fois l’article sur la liberté d’expression de la Convention européenne des droits de l’homme, celui sur le droit à la liberté et à la sûreté, le droit de statuer sur la légalité de la détention dans des délais raisonnables, le droit à des élections libres, la limitation de l’usage des restrictions aux droits, et elle exige la remise en liberté immédiate de Selahattin Demirtas.

La répression continue

La Turquie va-t-elle exécuter cette décision de la justice européenne et libérer Demirtas ? Fayik Agizay rappelle que l’Allemagne qui assure actuellement pour 6 mois la présidence du Conseil de l’Europe, s’est fixée comme priorité de faire appliquer les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme. Si la Turquie ne respectait pas cette décision, le Conseil des ministres du Conseil de l’Europe serait saisi. « Il est très important que la justice turque libère Selahattin Demirtas, à la fois pour que la démocratie avance en Turquie et que l’on respecte les droits de l’opposition. Mais c’est aussi important pour qu’on puisse avancer vers une solution de la question kurde », estime le représentant du HDP. La décision de la Cour européenne des droits de l’homme constitue également un point d’appui pour la libération de tous les autres prisonniers politiques en Turquie, ajoute Fayik Agizay, dans un contexte ou la répression contre l’opposition par le régime d’Erdogan s’accentue. Ce mardi, une autre grande figure de l’opposition kurde, Leyla Guven, a été arrêtée à Diyarbakir. Elle vient d’être condamnée à 22 ans de prison.

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22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 06:41

 

Deux mois après son élection triomphale, le président socialiste bolivien a déjà pris une série d’initiatives pour redresser une économie laissée en ruine par le régime issu du coup d’État.

La cérémonie a pris des allures de fête, entre offrandes consumées et chants de joie. Le 1er décembre, à La Paz, le gouvernement de Luis Arce faisait rouvrir le ministère des Cultures, dont la fermeture par le régime issu du coup d’État symbolisait, l’an dernier, la volonté de démantèlement d’un État plurinational respectueux des multiples et mouvantes identités du pays. « Une dépense absurde », avait justifié à l’époque, brutale et lapidaire, l’autoproclamée présidente par intérim Jeanine Añez. À la tête, désormais, de ce ministère des Cultures, de la Décolonisation et de la Dépatriarcalisation : une femme, paysanne quechua, syndicaliste et dirigeante indigène, Sabina Orellana.

Faire face à l’urgence sociale

Deux mois après sa triomphale élection, le 18 octobre, le nouveau président bolivien déploie des trésors de patience et de volonté politique pour réparer les dégâts causés par les putschistes avec leurs politiques de division, de répression, d’asphyxie sociale et de pillage économique. Pour les Boliviens des classes les plus modestes, sciemment laissés à l’abandon par le gouvernement de facto, ce retour à la démocratie se traduit déjà par des conditions de vie meilleures. Premier geste de la gauche revenue au pouvoir pour faire face à l’urgence sociale : l’attribution de « bons contre la faim » qui avaient déjà bénéficié, au 15 décembre, à près de 850 000 personnes. Les aînés, eux, ont vu leur pension revalorisée de 3,38 %, augmentation rétroactive depuis janvier 2020 pour les petites retraites. Et sur le terrain de la production, plusieurs unités mises à l’arrêt après le coup d’État, en vue de leur privatisation, ont été remises en marche, en particulier dans le domaine agroalimentaire. C’est le cas, par exemple, de l’usine de produits laitiers d’Ivirgarzama, renationalisée, qui fournira les petits déjeuners scolaires supprimés avec la suspension des cours. Un enjeu de souveraineté alimentaire, justifient les nouvelles autorités boliviennes qui ont aussi abrogé, en invoquant le même argument, les décrets du gouvernement de facto favorisant les grands exportateurs et importateurs de denrées alimentaires ou mettant fin à l’interdiction des OGM.

En artisan du modèle communautaire et solidaire qui a rendu possible le « miracle économique » de la décennie écoulée dans un contexte de crise globale, Luis Arce est convaincu que la relance passe par une revalorisation significative des revenus des Boliviens et par une reprise de l’investissement public. Plusieurs grands chantiers d’infrastructures laissés en friche, comme celui du train métropolitain de Cochabamba, ont ainsi été relancés. L’économiste hétérodoxe devenu chef d’État parie aussi, pour sortir de la crise, sur une croissance sociale donnant la priorité à l’éducation, à la santé, à l’accès aux services publics de base. «  La crise politique de novembre 2019 et la mauvaise gestion du gouvernement de facto ont détérioré l’économie bolivienne, situation aggravée par la pandémie. Cela mettait en péril les grandes avancées sociales réalisées en quatorze ans de gestion  » du Mouvement vers le socialisme (MAS), résume Luis Arce, qui dit avoir trouvé en prenant ses fonctions « un État absolument en faillite, sans ressources  ». En fait, les orientations austéritaires des putschistes et leur volonté de restauration de l’ordre néolibéral n’ont pas seulement eu des effets sociaux désastreux : elles ont sérieusement creusé le déficit budgétaire.

Suppression de privilèges fiscaux

Pour surmonter « la récession économique, la pauvreté croissante, les inégalités et l’augmentation exponentielle de la dette intérieure et extérieure », le président bolivien entend « démanteler l’échafaudage du modèle néolibéral, redémarré en novembre 2019 ». En quête de nouvelles ressources, le gouvernement de gauche a fait voter au Parlement, le 10 décembre, une loi créant un impôt sur la fortune et mettant fin à certains privilèges fiscaux. De retour dans les espaces d’intégration latino-américaine, La Paz plaide aussi, pour surmonter la crise sanitaire mondiale, en faveur de l’allègement de la dette extérieure pour les pays en développement. Avec une conviction : à l’échelle locale ou globale, pas de sortie de crise possible sans appui aux populations les plus vulnérables. 

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 11:38
L'association de jumelage Morlaix-Wavel verse 1800 euros pour du matériel scolaire au camp palestinien de Wavel (Liban) qui rend hommage à Jean-Marc Nayet, le président du comité pour un jumelage Morlaix-Wavel
L'association de jumelage Morlaix-Wavel verse 1800 euros pour du matériel scolaire au camp palestinien de Wavel (Liban) qui rend hommage à Jean-Marc Nayet, le président du comité pour un jumelage Morlaix-Wavel
L'association de jumelage Morlaix-Wavel verse 1800 euros pour du matériel scolaire au camp palestinien de Wavel (Liban) qui rend hommage à Jean-Marc Nayet, le président du comité pour un jumelage Morlaix-Wavel
L'association de jumelage Morlaix-Wavel verse 1800 euros pour du matériel scolaire au camp palestinien de Wavel (Liban) qui rend hommage à Jean-Marc Nayet, le président du comité pour un jumelage Morlaix-Wavel

En mars 2007, une délégation d’élus du Pays de Morlaix, lors d’un voyage organisé par la fédération des villes jumelées avec les camps palestiniens, s’est rendue dans un lieu situé au nord du Liban à la frontière syrienne : Wavel.
Au retour et afin de favoriser des liens d’amitié et de solidarité avec ce camp de réfugiés palestiniens l’association de jumelage Morlaix Wawel a été créée le 11 septembre 2007.
Depuis cette date et jusqu’à aujourd’hui, de multiples initiatives ont été prises pour :
⦁    apporter à la population du territoire de Morlaix la connaissance de la réalité de la vie de ces réfugiés palestiniens auxquels se sont joints des syriens fuyant la guerre
⦁    fournir une aide matérielle et financière dans le cadre de la solidarité
⦁    agir pour une reconnaissance de l’état palestinien et du droit au retour de ces peuples déplacés
Tout dernièrement, à la suite du décès du président et en respect de sa volonté, nous avons pu enfin (confinement et situation du Liban) verser la somme récoltée lors de ses obsèques.

Nous avons pu joindre une association humanitaire française sur place qui s’est chargée de se rendre dans ce camp pour verser la somme de 1800 €, permettant l’achat de matériel scolaire et sanitaire (photos reçue le 4 décembre dernier).

Nous la remercions vivement.
L’association de jumelage Morlaix -Wavel

 

 

 

Morlaix - Le Télégramme, 19 décembre 2020

Morlaix - Le Télégramme, 19 décembre 2020

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17 décembre 2020 4 17 /12 /décembre /2020 06:04

En France, l’épidémie de Covid19 a mis en évidence la catastrophe de 30 ans de politiques néolibérales avec la fermeture de 100 000 lits, de 95 services d’urgences et la disparition de la moitié des maternités sur le territoitre en 20 ans. Aujourd’hui, le droit aux soins et à la santé est sacrifié sur l’autel de la rentabilité et du profit. Pour gagner contre cette pandémie, il est vital qu’un vaccin soit librement accessible à tous. Face à une pandémie, nous ne pouvons nous permettre de laisser les citoyens sans protection en raison d’obstacles financiers. Le PCF, avec des citoyens, syndicalistes, associatifs et 12 autres partis politiques au niveau européen est à l’origine de la campagne #Right2Cure #PasdeProfitsurlaPandemie. Vous pourrez trouver toutes les informations, pétition et présentation de la campagne sur https://www.right2cure.eu/fra

Le lundi 30 novembre 2020, est le lancement de la campagne européenne visant à rendre le futur vaccin ou traitement accessible à tous !

CONFRENCE DE PRESSE DE LANCEMENT : CAMPAGNE VACCIN ACCESSIBLE A TOUS (en visio) Avec FABIEN ROUSSEL, secrétaire national du PCF - France VERA POLYCARPOU, Présidente AKEL (Parti progressiste des travailleurs) - Chypre THIERRY BODIN (CGT Sanofi) NATHALIE COUTINET, membre des "économistes attérés", COLM GILDERNEW, Député de l'Assemblée législative d'Irlande du Nord, responsable des questions de santé pour le Sinn Féin - Irlande PATRICK PELLOUX, médecin urgentiste à l'Hôpital Necker, MATHILDE EL BAKRI, députée bruxelles PTB et Responsable de Médecine pour le Peuple - Belgique

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13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 08:36
Table ronde de l'Humanité. Que change l’élection de Biden pour la Palestine ? Avec Dominique Vidal, Taoufiq Tahani, Lydia Samabakhsh
A écouter aussi, une émission très intéressante sur France Inter, ce 13 décembre, "Interceptions" - Reportages à Hébron, Jérusalem, auprès des palestiniens de Cisjordanie: 
"Palestine, l'état introuvable"

 

Table ronde. Que change l’élection de Biden pour la Palestine ?

Vendredi 11 Décembre 2020 - L'Humanité

Après quatre années de danse macabre du couple Trump-Netanyahou, de nouvelles relations politiques sont espérées par les défenseurs de la paix dans cette région du Proche-Orient.

 

Lydia Samarbakhsh Membre du comité exécutif national du PCF chargée de l’international

Taoufiq Tahani Président d’honneur de l’Association France Palestine solidarité

Dominique Vidal Journaliste, historien et auteur (1)

Quel bilan dresser de l’action des États-Unis en Palestine après les quatre années d’administration de Donald Trump ?

Lydia Samarbakhsh Le bilan de la politique états-unienne au Proche-Orient, et plus généralement de sa politique étrangère, est un champ de ruines. Pour promouvoir les intérêts américains, l’administration Trump a désengagé son pays d’accords internationaux et pilonné les institutions onusiennes au moment où elles s’avèrent indispensables à l’impulsion de grandes politiques publiques en matière de santé ou d’infrastructures ; elle a impulsé une violente guerre économique contre la Chine qui secoue tous les échanges internationaux et favorise l’accroissement exponentiel des inégalités mondiales ; elle a accru les divisions entre ses alliés, vassaux et autres obligés, en donnant la faveur aux plus agressifs et expansionnistes avec l’ambition de maintenir les États-Unis dans la position dominante qu’ils sont en train de perdre. Ce fut particulièrement le cas avec Benyamin Netanyahou et sa politique coloniale, belliciste et ultralibérale. Bien entendu, les circonstances ont permis un tel comportement. La faiblesse des oppositions – sur la scène internationale – au projet d’apartheid en Israël et de « bantoustanisation » des territoires palestiniens a permis à Benyamin Netanyahou et aux colons de déployer en toute impunité, au sens propre, leur stratégie du fait accompli. Au terme du mandat de Trump, les accords d’Oslo sont enterrés sans fleurs ni couronnes, et certains (Émirats arabes unis, Bahreïn et Arabie saoudite en chœur) sont allés jusqu’à danser sur leur tombe. Paradoxalement peut-être, cette période aura aussi été celle d’une mise au jour cruciale : celle de l’obédience politique de Benyamin Netanyahou et des siens, qui se situent résolument à l’extrême droite.

Taoufiq Tahani Dès son élection, Trump avait assuré Netanyahou du soutien total à sa politique et promis de tout mettre en œuvre pour « mettre fin à l’acharnement des institutions internationales contre Israël ». Trump visait l’ensemble des résolutions de l’ONU et particulièrement la résolution 2334 du Conseil de sécurité qu’Obama avait laissé passer en n’y opposant pas de veto. De fait, durant ces quatre années, les États-Unis ont claqué les portes de l’Unesco, du Conseil des droits de l’homme et menacé de quitter d’autres institutions accusées de « traitement injuste du cas israélien ». Visées : la dénonciation de la judaïsation de Jérusalem, la multiplication des colonies, les entreprises tirant profit de l’occupation… En somme tout ce qui est illégal au regard du droit international. Trump et son administration ont nié l’illégalité de la colonisation et fait cadeau à l’extrême droite israélienne de Jérusalem et du Golan syrien. Ce qu’aucun autre pays ni aucune administration américaine n’avait osé faire auparavant. Ils ont cessé toute aide financière, coupé le financement de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), fermé la représentation de l’OLP à Washington pour obtenir la reddition des Palestiniens en les forçant à accepter le soi-disant « plan de paix du siècle » et renoncer à leurs droits historiques.

Dominique Vidal Il faut inscrire ce président atypique qu’est Donald Trump dans l’histoire des relations entre les États-Unis et Israël. C’est en 1967 que Washington prend la place occupée jusqu’alors par Paris comme principal allié d’Israël. De Gaulle, condamnant l’agression de ce dernier contre ses voisins arabes, décrète un embargo sur les armes et exige qu’il se retire des territoires palestiniens occupés. Depuis, Washington appuie fidèlement Tel-Aviv : militairement, diplomatiquement et financièrement. Ce qui n’a pas empêché les hôtes successifs de la Maison-Blanche de rêver d’un « consensus stratégique » incluant les pays arabes et donc impliquant une solution, serait-elle bâtarde, de la question palestinienne. Avec la première Intifada, les Palestiniens s’imposent dans le jeu à partir de 1988. Hélas, l’assassinat d’Yitzhak Rabin, en 1995, condamnera le « processus de paix » d’Oslo. Après les attentats du 11 septembre 2001, Ariel Sharon convainc George W. Bush que « notre Ben Laden, c’est Arafat » et obtient son feu vert pour reconquérir la Cisjordanie. Benyamin Netanyahou va plus loin : il sabote la tentative de Barack Obama de geler la colonisation. Bref, au sein du couple, Israël tend désormais à s’imposer. Donald Trump est comme la caricature de cette inversion. Il se retire du traité sur le nucléaire iranien, reconnaît Jérusalem comme capitale du seul Israël, entérine l’annexion du Golan et, avec son plan, offre à Netanyahou celle de la moitié de la Cisjordanie. Pour tenter d’imposer son diktat aux Palestiniens, il ferme leur mission à Washington et se retire de l’UNRWA.

Comment interpréter l’accélération actuelle des mesures de provocation de Donald Trump ainsi que du gouvernement de Benyamin Netanyahou ?

Dominique Vidal La défaite de Donald Trump a représenté un coup sévère pour le premier ministre israélien comme pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et ses alliés arabes. Au nom du combat contre l’Iran, ces derniers comptent former avec les États-Unis et Israël une alliance stratégique, économique et technologique. Or, ils redoutent que Joe Biden infléchisse l’orientation américaine. La politique de la « terre brûlée » évoquée en Israël buterait cependant sur nombre d’obstacles. D’abord, le temps : il ne reste que quarante jours. Ensuite, la perte brutale de crédibilité, intérieure et internationale, de Trump. Quant à Netanyahou, il fait face à une triple menace : l’éclatement de sa coalition, l’imminence de son procès et la percée de son challenger d’extrême droite Naftali Bennett. Enfin les atouts dont dispose Téhéran en Irak, en Syrie et au Liban – d’où les missiles du Hezbollah peuvent atteindre tout le territoire israélien.

Taoufiq Tahani « Une chance historique qui ne se répétera probablement jamais. » Ce sont les mots de Netanyahou et la date butoir est le 20 janvier. Certes, il n’a pas pu réaliser l’annexion de jure de la Cisjordanie mais il a les mains libres jusqu’à cette date pour la réaliser dans les faits. Il veut en profiter jusqu’au dernier jour. Ses atouts ? Une Ligue arabe hors jeu, rongée par la trahison de certains de ses membres comme les pays du Golfe prêts à acheter les produits du Golan ou des colonies en les considérant comme israéliens et une Europe tétanisée sur ce dossier face à un Trump menaçant. En même temps, Netanyahou exacerbe les tensions comme avec l’assassinat du scientifique iranien survenu quasi sans condamnation internationale. Tout doit rendre impossible la solution à deux États.

Lydia Samarbakhsh Avant de céder la place, Donald Trump fait maintenant tout, partout, pour ne laisser que désolation et désespoir. Une politique de la terre brûlée, là aussi au sens propre, qui peut aller loin, comme en témoigne le récent assassinat en Iran même d’un haut responsable du programme nucléaire de la République islamique. Cette tactique est transparente mais elle n’en est pas moins dangereuse. Certes, Benyamin Netanyahou vient, avec la défaite de Donald Trump, de perdre un point d’appui essentiel d’autant qu’aux États-Unis mêmes, la politique coloniale illégale de Netanyahou est critiquée et combattue par des militants des droits humains et de la paix et grand nombre de juifs, progressistes mais pas seulement, qui refusent que Netanyahou parle et agisse en leur nom. Mais le premier ministre israélien dispose dans son pays, et c’est le plus important pour l’heure, d’un atout dans l’absence de force alternative rassemblée pour le battre aux élections. Et sachant l’intérêt pour sa politique que cette situation perdure, il a entrepris de briser le rassemblement de la Joint List, qui a ouvert un espoir au dernier scrutin. Cette tactique du « pourrissement généralisé » ne pourra pas se maintenir à moyen terme. Des basculements vont s’opérer, dans quel sens c’est toute la question, évidemment, et de ce point de vue, si l’arrivée de Joe Biden offre peu d’occasions réelles d’un changement de politique états-unienne dans la région, elle n’en change pas moins les conditions de l’affrontement politique.

L’arrivée de Joe Biden à la tête des États-Unis peut-elle être l’occasion d’un changement de cap possible vers une paix juste en Palestine ? À quelles conditions ?

Taoufiq Tahani La politique des administrations états-uniennes vis-à-vis d’Israël a une constance : lui assurer la supériorité militaire et le statut d’unique allié stratégique dans la région. Biden poursuivra la coopération militaire et de renseignement entre les deux pays. Antony Blinken, futur secrétaire d’État, l’a rappelé lors de la convention de Democratic Majority for Israel, organisation liée au Parti démocrate. Biden a également annoncé qu’il ne déplacera pas son ambassade de Jérusalem. Par contre, il rouvrira son consulat à Jérusalem-Est et fournira une aide humanitaire et économique aux Palestiniens avec l’idée de remettre la solution à deux États sur rail et reprendra le financement de l’UNRWA. Mais il demande aux Palestiniens de « cesser d’inciter à la violence » ! Étrange aveuglement quand s’accélèrent les bavures marquant l’impunité dont bénéficient l’armée et la police israéliennes. Les soldats filment et partagent leurs exploits quand ils visent des Palestiniens pour les tuer ou les handicaper à vie. Ils en rient et se congratulent quand d’autres attaquent des ambulances pour extraire des blessés et les emprisonner. La défaite de Trump a été saluée par les Palestiniens. Ils se méfient de Biden mais veulent croire que le monde se réveillera du cauchemar Trump, dont seul Israël était le soutien inconditionnel. Le retour des États-Unis au sein de la communauté internationale aurait pour effet de ne plus laisser la question palestinienne dépendante des seuls Américains. La replacer à sa juste place devant les instances internationales sera un premier pas pour les Palestiniens et les forces éprises de justice et de liberté.

Dominique Vidal L’historien prédit le passé, pas le futur. Nul ne sait jusqu’à quel point Joe Biden changera de cap : cela dépendra du champ de mines laissé par son prédécesseur, mais surtout des équilibres, en premier lieu au Sénat, entre républicains et démocrates, et parmi ces derniers entre droite et gauche. Les déclarations du nouveau président et de sa vice-présidente offrent cependant des points de repère. Biden entend surtout reprendre les négociations avec l’Iran. Sur le conflit israélo-palestinien, à défaut de revenir sur le transfert de l’ambassade à Jérusalem, il pourrait rouvrir à l’est le consulat dédié aux Palestiniens. Il reprendrait aussi la thèse traditionnelle de l’illégalité des colonies et a fortiori de toute annexion. En guise d’apéritif, Kamala Harris a annoncé la reprise des négociations avec les Palestiniens, la réouverture de leur mission à Washington et le retour des États-Unis au sein de l’UNRWA. Concluons sur une évidence qu’il faut toujours rappeler : il y a loin de la coupe aux lèvres.

Lydia Samarbakhsh C’est là que la solidarité internationale a tout son rôle à jouer : le temps est à l’offensive des forces de la paix. Netanyahou connaît la puissance de la solidarité internationale. Il passe son temps à vouloir la détruire car il sait que c’est elle qui donne aux Palestiniens, qui tiennent bon depuis cent ans malgré les souffrances et les humiliations quotidiennes, le soutien dont elles et ils ont besoin pour résister et imposer leurs droits légitimes. Tout changement de cap vers une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens viendra de la puissance et de la détermination de la solidarité internationale pour redonner la primauté au droit international, aux droits humains ainsi qu’aux revendications – légitimes, je le répète – des Palestinens à un État démocratique et indépendant aux côtés d’Israël. De ce point de vue, l’initiative unitaire du 30 novembre dernier d’une vingtaine d’organisations françaises dont la déclaration a été publiée dans l’Humanité du 4 décembre ouvre de nouvelles perspectives d’action dès janvier 2021 pour la reconnaissance officielle de l’État palestinien par la France, ce qui constituerait une étape décisive vers ce changement de cap attendu.

Rassembler et agir

« Les quatre années du mandat de Trump ont placé la Palestine face à une offensive générale, menée par Israël dans une impunité totale, visant à étrangler le peuple palestinien et à rendre impossible la création d’un État palestinien dans les frontières d’avant juin 1967. » Collectif pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, dans l’Humanité du vendredi 4 décembre 2020.

(1) Dominique Vidal est directeur, avec Bertrand Badie, de « l’État du monde » (la Découverte), dont la dernière livraison s’intitule le Moyen-Orient et le monde.

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 07:08
Ventes d’armes : pour l’exécutif, pas question que le débat démocratique nuise aux affaires (L'Humanité, Florent Le Du, 10 décembre 2020)

Ventes d’armes : pour l’exécutif, pas question que le débat démocratique nuise aux affaires

Jeudi 10 Décembre 2020

Dans un document interne au gouvernement, révélé par l’ONG Disclose, un service de Matignon s’oppose clairement à un contrôle plus démocratique des exportations d’armement et cherche à mettre sous cloche les députés. Un enjeu pourtant brûlant depuis qu'a été révélé que des armes françaises ont été utilisées par l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen, y compris contre des populations civiles. 

 

Qu’importe l’éthique, pourvu qu’il y ait la vente. Les exigences de transparence liées aux exportations d’armes ne semblent pas préoccuper la France, à en croire une note gouvernementale révélée par l’ONG Disclose, cette semaine. Ce document, rédigé par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), service rattaché à Matignon, s’oppose aux propositions du rapport signé par les députés Jacques Maire (LaREM) et Michèle Tabarot (LR). Publié le 17 novembre, il vise à doter le Parlement d’un contrôle plus démocratique des exportations d’armements. L’intérêt est principalement de savoir quel usage est fait par les puissances étrangères de ces achats. Une question particulièrement brûlante en 2019, lorsqu’il a été révélé que des armes françaises ont été utilisées par l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen, y compris contre des populations civiles, selon les rapports de plusieurs ONG. Ce qui contrevient au traité de l’ONU sur le commerce des armes, exigeant notamment qu’elles ne puissent servir à « des attaques dirigées contre des civils ou d’autres crimes de guerre ».

C’est donc pour éviter cela que le rapport de Jacques Maire et Michèle Tabarot propose la création d’une commission parlementaire spécifiquement dédiée à cette question. Mais, pour la SGDSN, le risque serait que « les clients » soient « soumis à une politisation accrue des décisions » qui nuirait aux affaires. Or, c’est bien pour prendre en compte des considérations politiques, à savoir ne pas vendre des armes pour des usages disproportionnés de la force, qu’une exigence de transparence est défendue. « Cette note semble indiquer que le gouvernement fait passer les intérêts financiers liés aux exploitations d’armes avant la protection des vies humaines, comme s’il s’agissait d’un banal commerce », dénoncent 13 ONG, dont Amnesty International.

L’argument facile du secret-défense

Dans cette note, destinée à l’Élysée, Matignon et aux ministères des Armées, des Affaires étrangères et de l’Économie, la SGDSN avance un autre argument pour empêcher le contrôle parlementaire : « Sous couvert d’un objectif d’une plus grande transparence et d’un meilleur dialogue entre les pouvoirs exécutif et législatif, l’objectif semble bien de contraindre la politique du gouvernement en matière d’exportation. » Une phrase limpide, qui laisse penser qu’en cas de contrôle certaines ventes pourraient être annulées… « La main sur le cœur, l’exécutif nous dit qu’il respecte le droit international. Mais pourquoi dans ce cas-là serait-il réticent à ce qu’il y ait un regard extérieur sur ces ventes et pourquoi y opposer des arguments économiques ? » questionne André Chassaigne, chef de file des députés PCF.

La SGDSN explique même que ce contrôle sur l’usage des armes vendues serait impossible, ces informations étant soumises au secret-défense. « C’est un peu facile pour l’exécutif de se cacher derrière cet argument pour empêcher les parlementaires d’agir. Il faut lever le secret-défense lorsque c’est nécessaire, notamment sur cette question, pour s’assurer que la France respecte les traités qui l’engagent », rétorque le député FI Bastien Lachaud. « On peut comprendre que ce secret existe, mais pourquoi ne pas imaginer que les députés qui siégeraient dans cette commission soient soumis à une obligation de réserve, comme cela arrive dans d’autres domaines ? » abonde André Chassaigne.

L’équilibre des pouvoirs bafoué

Pour empêcher que la proposition aboutisse, la SGDSN propose au gouvernement une stratégie, quitte à bafouer la séparation des pouvoirs : « Il convient de confirmer, avec les principaux responsables de l’Assemblée nationale, qu’ils s’y opposeront », préconise la note. Pour Bastien Lachaud, cette porosité entre l’exécutif et le législatif aurait déjà été à l’œuvre dès l’écriture du rapport parlementaire : « J’ai du mal à penser qu’un député de la majorité comme Jacques Maire ait pu rédiger un rapport, que les députés LaREM l’aient voté, sans qu’il y ait au moins un accord global avec le gouvernement. »

Ce rapport devait-il servir la communication de la Macronie, pour paraître publiquement pour transparence, mais, en sous-main, empêcher qu’elle ne se mette en place ? Une stratégie qui semble se confirmer dans la note de la SGDSN, qui préconise sans vergogne « d’adopter une position ouverte sur les propositions de renforcement de l’information du Parlement ». Tout en les torpillant.

Un président peu regardant avec ses "clients"

Lundi, en marge de la visite controversée du président égyptien Abdel Fattah Al Sissi, Emmanuel Macron déclarait : « Je ne conditionnerai pas notre coopération en matière de défense comme en matière économique à ces désaccords » sur les droits de l’homme. Troisième plus gros vendeur d’armes au monde, la France a pour principaux clients, entre 2010 et 2019, l’Inde, le Qatar, l’Égypte et les Émirats arabes unis.

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 06:57
La honte totale ! Macron donne la grand-croix de la Légion d'honneur au dictateur sanguinaire et corompu égyptien Sissi
 
"Journalistes, chercheurs, avocats, LGBTQ, blogueurs… sont jetés en prison pour terrorisme (...)
Plus de 60 000 personnes – chiffre sous-évalué selon les ONG de défense des droits humains – sont aujourd’hui derrière les barreaux simplement parce qu’elles ont critiqué le régime en place. La situation s’est encore aggravée avec la pandémie de Covid-19, avec de nouvelles vagues d’arrestations de personnels soignants critiques et la privation de visites aux détenus."
 
Emmanuel Macron décore en douce le dictateur égyptien Sissi
10 DÉCEMBRE 2020 PAR RACHIDA EL AZZOUZI ET ARIANE LAVRILLEUX
Médiapart
En visite d’État en France, Abdel Fattah al-Sissi s’est vu dérouler le tapis rouge loin des journalistes, tenus à l’écart sur sa demande expresse. Le président français l’a même décoré du plus haut grade de la Légion d’honneur. Rien ne l’y obligeait.
C’était le 7 décembre 2007. Nicolas Sarkozy, président de la République française depuis quelques mois, suscitait un tonnerre d’indignations en déroulant le tapis rouge à l’un des plus grands ennemis du monde occidental : Mouammar Kadhafi. Le dictateur libyen en quête de respectabilité plantait sa tente bédouine et sa cour dans les jardins de l’hôtel Marigny, la résidence officielle des chefs d’État étrangers en visite en France.
À défaut de pouvoir offrir au « Guide » tortionnaire le décorum d’une visite d’État, Nicolas Sarkozy lui offrait cinq jours d’honneurs jamais vus sous la Ve République malgré l’avalanche de critiques. Officiellement, il s’agissait de parler « migrations », de négocier des contrats juteux avec le colonel à la tête d’un pays riche en pétrole. Officieusement ? Il faut plonger dans « l’affaire libyenne », l’enquête tentaculaire des journalistes de Mediapart Fabrice Arfi et Karl Laske pour saisir l’ampleur de la compromission sarkozyste avec le colonel Kadhafi…
Treize ans plus tard, le souvenir de Kadhafi et de sa tente au fond du jardin hante encore les esprits parce qu’il éclaire l'une des plus graves affaires d’État de la Ve République et une diplomatie française qui n’hésite pas à se coucher devant les pires abus en matière de droits humains pour servir des intérêts économiques, commerciaux, géo-stratégiques, même les plus troubles.
La visite d’État du 6 au 8 décembre en France du président égyptien Abdel El Fattah Sissi à la tête d’un des régimes les plus répressifs au monde vient raviver ce terrible stigmate qui colle à jamais au pays de la déclaration des droits humains.
Le maréchal Sissi a été reçu par le président français Emmanuel Macron en grande pompe mais dans une discrétion – pour ne pas dire opacité – soigneusement orchestrée par l’Élysée qui a tenu délibérément à très grande distance la presse française. Un protocole pour contrôler l’information digne d’un régime autoritaire tel que l’Égypte, avec lequel le président français assure pourtant « avoir des désaccords ». Bien conscient du caractère ultra-sensible de cette visite, l’Élysée l’avait annoncée au dernier moment. Après même l’appel de 17 ONG « à mettre fin au soutien inconditionnel au gouvernement égyptien » et exiger des libérations de prisonniers politiques en contrepartie de la visite.
Depuis sept ans et le retour au pouvoir des militaires, les rapports des Nations unies, des ONG de défense des droits humains et les notes diplomatiques s’accumulent pour documenter la torture systématique et la répression sans précédent qui s’abattent sur la société civile égyptienne. Tous décrivent la dictature d’al-Sissi comme bien plus féroce que celle de son prédécesseur, Hosni Moubarak, renversé par la révolution de 2011.
Journalistes, chercheurs, avocats, LGBTQ, blogueurs… sont jetés en prison pour terrorisme, au « talaga », au frigo, comme on désigne cette réclusion discrétionnaire qui peut durer des années (voir ici dans notre émission A l’air libre le témoignage de la figure des droits humains Leila Soueif dont le fils Alaa Abd El Fattah et la fille Sana Seif sont emprisonnés).
Plus de 60 000 personnes – chiffre sous-évalué selon les ONG de défense des droits humains – sont aujourd’hui derrière les barreaux simplement parce qu’elles ont critiqué le régime en place. La situation s’est encore aggravée avec la pandémie de Covid-19, avec de nouvelles vagues d’arrestations de personnels soignants critiques et la privation de visites aux détenus.
En 2017, la première visite d’al-Sissi en France était déjà mal passée dans l’opinion publique. Le meilleur client de l’armement français faisait la « une » non pas pour ses contrats mirobolants mais pour sa machine répressive déjà bien en place. Les responsables égyptiens s’étaient plaints, à la diplomatie française, de l’ingratitude de la presse française et même des manifestations qui avaient émaillé la rencontre.
Trois ans plus tard, la leçon a été retenue. Côté français, la communication de l’Élysée a été minimaliste pour ménager la sensibilité de son hôte. Une seule conférence de presse a été ouverte aux médias, à l’issue de la rencontre entre Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi. Une ouverture chronométrée et limitée à seulement dix journalistes, officiellement en raison de la crise sanitaire.
Selon nos informations, la présidence égyptienne avait demandé à l’Élysée qu’aucun journaliste ne suive les déplacements et rencontres officielles du raïs mis à part la conférence de presse du lundi 7 décembre. Seules les caméras de la présidence égyptienne ont immortalisé le dépôt de gerbe au pied du monument du soldat inconnu, la visite aux Invalides… ou encore la cérémonie de remise du plus haut grade de la Légion d’honneur à Sissi.
Comme l’a chroniqué l’émission Quotidien sur TMC, pour obtenir ces images et savoir ce qu’il s’est passé durant ces trois jours sous les ors de la République française, il faut aller sur le site officiel d’une dictature, celui de la présidence égyptienne. C’est là et seulement là qu’on peut découvrir l’épaisseur et la qualité du tapis rouge déployé au dictateur égyptien par la France. Aussi gros que les silences et les cachotteries des acteurs institutionnels concernés : Élysée, Matignon, ministères des affaires étrangères, des armées, de l'économie, mairie de Paris, Sénat, etc.
Tous se sont bien gardés de faire les traditionnels comptes-rendus/communiqués/selfies sur leurs sites officiels et leurs réseaux sociaux. « Pas très vendeur politiquement », confie à Mediapart un haut fonctionnaire d’un ministère concerné par la visite. Seul le président du Sénat Gérard Larcher a fièrement posté une vidéo sur son compte Twitter pour dire combien il était « heureux » d’accueillir al-Sissi.
La quinzaine de journalistes égyptiens triés sur le volet pour suivre al-Sissi à Paris n’a ainsi assisté à rien et s’est retrouvée logée à la même enseigne que les journalistes français et étrangers.
Mohamed Hendawy, journaliste au quotidien égyptien Al Akhbar, chargé du suivi de la présidence égyptienne, confirme qu’il n’avait accès à aucun événement, ni à aucune rencontre, à l’exception de la conférence de presse du 7 décembre : « La délégation des journalistes égyptiens se réunissait après chaque rencontre officielle avec le porte-parole de la présidence égyptienne qui nous disait ce qui s’était dit dans les discussions avec Le Maire, Le Drian, Parly… »
Au Quai d’Orsay, on est a minima « très surpris » de la tournure des événements. « C’est très inhabituel et même étrange qu’une visite de chef d’État soit interdite à la presse », livre une source chargée de ces voyages officiels depuis plusieurs années.
Lors de la rencontre avec le ministre des affaires Jean-Yves Le Drian, seules la photographe officielle du quai d’Orsay et l’équipe de communication d’al-Sissi ont ainsi été autorisées. Interdiction d’accréditer des journalistes qu’ils soient égyptiens ou correspondants diplomatiques que le Quai d’Orsay a l’habitude d’inviter. « Ils avaient sans doute peur des questions qui fâchent », avance la source diplomatique.
Contacté par Mediapart, l’Élysée dément toute pression de la part de la présidence égyptienne et toute entrave aux journalistes côté égyptien comme français : « On a agi comme en temps normal avec n’importe quel chef d’État. Il y a eu un brief avec plusieurs dizaines de journalistes avant la venue de Sissi, on avait donné le détail de sa visite d’État côté Élysée, le Quai d'Orsay avait donné le détail hors Élysée. »
L’Élysée assure n’avoir « rien caché, ni empêché » et quand il a dû restreindre les accès à la presse, il invoque la pandémie de Covid-19, le protocole ou renvoie vers le Quai d’Orsay qui a géré la visite hors Élysée : « On a ouvert la cour de l’Élysée à une centaine de journalistes pour l’arrivée du président Sissi. On avait dit qu’il y aurait un entretien à l’Élysée suivi d’une conférence de presse avec questions, ce qui est rare avec Sissi. Il a eu lieu en présence d’une dizaine de journalistes dont cinq ou six représentatifs des médias français. On avait aussi annoncé un dîner d’État qui s’est fait en cercle restreint du fait de la pandémie avec une dizaine d’invités côté égyptien et autant côté français. »
«La Légion d’honneur est un instrument diplomatique à l’entière discrétion du chef d’État»
La visite d’État, la plus importante dans la hiérarchie protocolaire, symbole d’amitié entre deux pays, s’est ouverte par une cérémonie officielle d’accueil lundi 7 décembre aux Invalides, suivie d’un entretien avec Emmanuel Macron à l’Élysée. Abdel Fattah al-Sissi a ensuite rencontré le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand puis la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo qui s’est elle aussi inclinée devant lui et réjouie « de coopérer avec le gouvernement du Caire et d’Égypte », selon la présidence égyptienne.
En réalité, la rencontre aurait été plus houleuse qu’à l’Élysée, même si là encore les caméras étaient interdites. « Avec Anne Hidalgo, l’entretien a été rugueux car elle lui a rappelé son bilan désastreux en matière de droits humains, raconte un membre de l’équipe municipale qui souhaite rester anonyme. Elle lui a demandé de libérer les détenus d’opinion et a proposé de remettre la citoyenneté d’honneur à des journalistes, chercheurs et blogueurs emprisonnés car accusés par le régime “de soutenir le terrorisme”. »
Mardi 8 décembre, Sissi s’est rendu à l’Arc de triomphe pour un dépôt de gerbe sur la tombe du soldat inconnu avant notamment une rencontre avec le premier ministre Jean Castex et le président du Sénat Gérard Larcher. Clou de la visite d’État : la remise de la Grand’croix de la Légion d’honneur, soit la plus haute distinction dans l’ordre de la Légion d’honneur.
L’Élysée assure avoir prévenu les médias. « On n’a pas caché qu’il y aurait une remise de décoration », justifie une source élyséenne. Tout en admettant ne pas avoir précisé de quelle distinction il s’agissait et en livrant une argumentation confuse et contradictoire : « On ignorait quelle distinction Sissi allait recevoir car on n’avait pas le détail et parce que la Grand’croix de la Légion d’honneur est protocolaire, automatique. Ce n’est pas le président qui décide. ça vaut pour toutes les visites d’État, quel que soit le chef d’État. C’est valable dans l’autre sens. Quand le président français a été en Égypte, il s’est vu décerner la plus haute distinction égyptienne. »
Or, comme le rappelle le site internet même de la « Grande Chancellerie de la Légion d’honneur », la Grand’croix de la Légion d’honneur est une tradition dans le cadre des visites d’État mais elle n’est absolument pas obligatoire. Dans tous les cas, c’est le chef de l’État qui décide ou non de l’accorder à des personnalités étrangères : « Il remet lui-même les insignes de grand’croix et de grand officier des ordres nationaux aux dignitaires qui en expriment le souhait. Il décore également certaines personnalités françaises ou étrangères dans les salons de réception de l’Élysée », précise le site internet.
Ce que confirme à Mediapart la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur qui rappelle l’article R131 du code de la Légion d’honneur : « La Légion d’honneur est un instrument diplomatique à l’entière discrétion du chef d’État qui a la latitude de décorer sans saisir le conseil de l’ordre de la Légion d’honneur. Contrairement aux autres attributions de la Légion d’honneur, les attributions de dignité, dont la Grand’Croix, un des plus hauts grades, aux chefs d’État et de Gouvernement, aux membres de Gouvernements étrangers ainsi qu’à leurs collaborateurs, aux membres du corps diplomatique sont laissées au soin du grand maître, c’est-à-dire le président de la République. Le grand chancelier est simplement préalablement informé. »
Contrairement à ce qu’affirme l’Élysée, Emmanuel Macron a bien choisi de gratifier Sissi. Rien ne l’y obligeait. Son entourage précise qu’il n’est pas dans la tradition élyséenne de communiquer sur les légions d’honneur « qui ne sont pas ouvertes à la presse en général, même en franco-français ». Sous François Hollande, l’Élysée n’avait pas eu de mal à communiquer quand il avait décoré le président malien ou encore le président mexicain.
« Cette décoration de Sissi est une tache indélébile sur le bilan de Macron et Le Drian en matière de droits humains », se désole auprès de Mediapart un diplomate français rompu aux relations avec l’Égypte. Sous couvert d’anonymat, il évoque « une visite de la honte ». Même si la Légion d’honneur est une figure imposée de toute visite d’État, elle est en contradiction totale avec la jurisprudence Bachar al-Assad : pas de décoration des responsables de violations graves des droits humains.
Sur Twitter, Timothy E. Kaldas, chercheur associé au Tahrir Institute for Middle East Policy, ne dit pas autre chose : « Il n’y a aucune raison valable d’offrir la plus grande décoration française à un homme qui a commandité le massacre de près de 1 000 personnes en un jour [massacre de la place Rabaa – ndlr]. Ça n’a rien à voir avec le fait de parler avec des dirigeants peu recommandables parce que le monde est en désordre. Macron le sait, c’est pourquoi il a essayé de le cacher. »
Ce qui est encore plus lunaire, c’est que même la presse égyptienne – totalement contrôlée par les autorités – ne semble pas avoir été autorisée à parler de la Légion d’honneur décernée à al-Sissi. Ainsi le journal Al Balad révèle la nouvelle en citant… le quotidien belge Le Soir qui lui-même citait l’émission Quotidien ! Un journaliste égyptien qui suivait le déplacement officiel assure à Mediapart qu’il n’était pas au courant de cette décoration.
Le site de la présidence égyptienne parle seulement du dîner donné à l’Élysée lundi 7 décembre en l’honneur de Sissi mais pas de la Légion d’honneur. « La convergence de vues que nous avons eue au cours de nos discussions pourrait réaffirmer notre volonté politique de consolider le partenariat stratégique entre l’Égypte et la France et de s’appuyer sur lui pour réaliser les aspirations ambitieuses de nos deux peuples amis », se félicite la présidence égyptienne. Toujours sur le site de cette dernière, on découvre que le tapis rouge a été déroulé jusqu’aux roues de l’avion du raïs avant de redécoller pour Le Caire…
On comprend mieux pourquoi Emmanuel Macron déclarait lundi 7 décembre ne pas vouloir conditionner sa politique de défense aux désaccords sur les droits humains. Difficile après un tel accueil de demander un peu plus que des libérations occasionnelles, comme celles des trois responsables de l’ONG EIPR libérés in extremis avant la visite après une mobilisation internationale, notamment des États-Unis, mais dont les avoirs ont été gelés le jour où al-Sissi posait le pied sur le tarmac francilien.
Une position à l’opposé du président démocrate Joe Biden, nouvellement élu aux États-Unis, qui lui, entend faire des droits humains un préalable, quitte à geler l’aide américaine financière à l’Égypte, qui est très importante.
Le régime de Sissi peut réprimer en toute impunité, tant il a le soutien indéfectible des grandes puissances occidentales au nom de la stabilité de la région, de la lutte contre le terrorisme, certes nécessaire, mais qui est devenu le cache-misère rhétorique des régimes autoritaires pour étouffer la moindre voix critique.
Mais alors pourquoi tant d’opacité et de zèle pour éluder les détails d’une visite d’État controversée alors même que le président français revendique la realpolitik ? Son prédécesseur Nicolas Sarkozy avait, sur ce plan-là, joué la carte de la transparence et assumé de planter en 2007 la tente de l’un des dirigeants les plus sanguinaires au monde Mouammar Kadhafi sous les dorures de la République française…
« Sissi a besoin d’armes»
Le président égyptien Al Sissi débute sa visite officielle ce lundi par des entretiens avec la ministre des Armées, avant de rencontrer Emmanuel Macron. Les deux pays ont la Turquie en ligne de mire et la Libye en toile de fond.
Plus de 7 milliards d’euros de matériel militaire français ont ainsi été vendus à l’Égypte entre 2010 et 2019
 

Les dessous de la tournée parisienne du président égyptien, gros client des marchands d’armes français

Lundi 7 Décembre 2020

Le président Al Sissi débute sa visite officielle ce lundi par des entretiens avec la ministre des Armées, avant de rencontrer Emmanuel Macron. Les deux pays ont la Turquie en ligne de mire et la Libye en toile de fond. Explications.

 

Gageons qu’en arrivant à Paris, ce lundi matin, dans le cadre de son voyage officiel de trois jours, le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi affichera un large sourire. Un visage que ses opposants ne lui connaissent pas, réprimés, pourchassés, emprisonnés qu’ils sont. Peu importe pour le maréchal président tout autant que pour celui qui l’accueille, Emmanuel Macron. Le but ultime de la visite de Sissi n’est pas de parler droits d’expression, ni même liberté de la presse. En janvier 2019, sur place, le président français avait bien regretté que la situation n’évolue pas « dans la bonne direction » en Égypte, car des « blogueurs, des journalistes et des activistes » y étaient emprisonnés. Mais, depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts du Nil et de la Seine. Sissi a fait un geste en libérant, jeudi, quelques militants (parmi des milliers), immédiatement salué comme un « signe positif » par l’Élysée, tout en assurant que la question des droits humains sera de nouveau abordée. Samedi, une cour d’appel égyptienne a classé opportunément une vieille affaire dans laquelle vingt ONG étaient accusées d’avoir reçu illégalement des fonds étrangers et de s’être immiscées dans les affaires politiques du pays.

Un « partenaire stratégique » avant tout

On s’en doute, si Abdel Fattah Al Sissi fait le déplacement, c’est que les dossiers sont importants et urgents. D’autant qu’ils ne sont pas directement liés au même sujet. La priorité pour la France reste le renforcement du « partenariat stratégique » avec le pays le plus peuplé du monde arabe, considéré comme un « pôle de stabilité » (sic) dans une région « qui reste volatile », faisait-on remarquer à Paris la semaine dernière. Le Caire est et reste un « partenaire stratégique ». Une formule utilisée à l’origine pour définir la lutte contre le djihadisme mais qui a pris une certaine expansion. Car, en réalité, l’Égypte a besoin de la France et la France a besoin de l’Égypte dans cette région plus que jamais « volatile », donc. Face aux évolutions et aux changements en cours qui pourraient redessiner la physionomie du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, les deux pays cherchent à conforter, voire maintenir leur place.

Que la première matinée du président égyptien soit consacrée à un entretien avec la ministre française des Armées, Florence Parly, ne doit évidemment rien au hasard. Sissi a besoin d’armes – et pas seulement face aux djihadistes qui ont fait allégeance à l’organisation dite de l’« État islamique » (Daech) dans le Sinaï – pour montrer sa puissance, gonfler les muscles et sortir les griffes. Ce qui tombe bien puisque la France, grande pourvoyeuse d’armements, est sur le podium des vendeurs mondiaux, derrière les États-Unis et la Russie. Plus de 7 milliards d’euros de matériel militaire français ont ainsi été vendus à l’Égypte entre 2010 et 2019. Pour Paris, il est temps de réactualiser les contrats avec Le Caire. D’autant que les Égyptiens, depuis plus d’un an maintenant, avaient tendance à plutôt loucher du côté de l’Allemagne et de l’Italie. Plusieurs paramètres sont venus modifier les choses. L’un en particulier, qui a pour nom « Turquie ». Or, Rome est le premier fournisseur d’armements à Ankara ! Le journal la Tribune rappelle que, selon le rapport italien des exportations de 2018, le volume des autorisations d’exportation (AEMG) vers la Turquie s’élevait à 362,3 millions d’euros, soit un bond de 36 % par rapport à 2017 (266,1 millions).

Une visite aussi bénéfique à l’économique qu’à la politique

L’animosité de l’Égypte vis-à-vis de la Turquie prend principalement sa source dans la situation en Libye. Le Caire, comme Riyad et plusieurs autres capitales du Golfe, dont Abu Dhabi, soutient le maréchal Haftar (choix de l’ombre également de la part de la France), alors que la Turquie et le Qatar se tiennent aux côtés du Gouvernement d’union nationale (GNA). Un affrontement presque direct qui avait amené le maréchal Sissi à menacer Tripoli d’une intervention militaire. Pour cela, il aurait besoin de nouveaux armements, notamment des avions de combat. La France travaille avec l’Égypte à un « retour de la stabilité » en Libye, ce qui implique un « départ des forces étrangères, au premier chef des Russes, des Turcs et des divers mercenaires présents », a rappelé l’Élysée

D’ici à ce que Parly lui vante les Rafale et enveloppe le tout de quelques hélicoptères Mistral, de matériel de surveillance et d’une ou deux corvettes Gowind, il n’y a qu’un pas. Même si aucune grande signature de contrat n’est prévue à l’occasion de cette visite, pour la France, le bénéfice serait économique tout autant que politique. Ce serait renforcer un adversaire de la Turquie, dont les volontés impérialistes n’ont plus de limites, de la Libye au Haut-Karabakh, en passant par la Méditerranée orientale et la Syrie. Les velléités régionales du président turc, Recep Tayyip Erdogan, sont réelles, au-delà des gains qu’il pourrait en tirer pour redorer son blason en Turquie même, ébranlée par la crise.

Traditionnellement, la France a toujours misé sur le rôle diplomatique de l’Égypte dans la région, qui, comme la Jordanie, a signé un accord de paix avec Israël. À l’heure du déclin de la Ligue arabe au profit de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), s’assurer d’un lien fort avec un État arabe qui compte en Méditerranée et au Moyen-Orient, abrite la prestigieuse université Al-Azhar (considérée comme l’une des plus hautes autorités de l’islam sunnite), n’est pas négligeable pour Paris. Un rôle qui, pourtant, pourrait aller en s’amenuisant, notamment avec le processus de normalisation en cours entre plusieurs pays arabes et musulmans et Israël.

La construction du Grand Barrage de la renaissance

Enfin, parmi les autres dossiers évoqués, outre la question palestinienne, la crise politique au Liban, la situation en Irak ou les enjeux liés à l’Iran, l’un tient particulièrement à cœur du maréchal Sissi : la construction du Grand Barrage de la renaissance (Gerd, selon son acronyme anglais) par l’Éthiopie qui gangrène les relations entre Le Caire, Khartoum et Addis-Abeba. L’Égypte continue d’exiger un accord contraignant, pour obliger l’Éthiopie à abaisser le niveau de la retenue d’eau en cas de sécheresse prolongée.

La tentative de Washington de faire office de médiateur dans ce dossier a échoué, l’Éthiopie accusant Donald Trump de favoriser l’Égypte. Il est vrai que, pour tenter d’apaiser les esprits, Trump sait y faire. « C’est une situation très dangereuse, car l’Égypte ne sera pas en mesure de vivre de cette façon… Ils finiront par faire sauter le barrage. Je le dis haut et fort : ils feront sauter ce barrage », avait lancé le président américain au grand dam de l’Éthiopie. Selon nos informations, Abdel Fattah Al Sissi devrait demander à Emmanuel Macron de s’impliquer dans des discussions qui traînent en longueur et menacent la stabilité de cette région du Nil à l’importance économique évidente.

Et le président égyptien ne manquera pas de dîner avec Jean-Yves Le Drian. Auparavant ministre de la Défense, il avait remporté les contrats d’armement avec l’Égypte. Aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, il est à l’origine de cette visite et a ainsi rétabli des relations écornées par l’affaire des caricatures de Mahomet.

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