Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 avril 2021 4 15 /04 /avril /2021 06:07
Le Canard Enchaîné, 14 avril 2021

Le Canard Enchaîné, 14 avril 2021

Un très bel article du Canard Enchaîné sur la longue détention arbitraire dans des conditions inhumaines de Michel-Thierry Atangana, citoyen d'honneur de Saint-Pol-de-Léon, au Cameroun, le silence de la diplomatie française au nom des intérêts de la françafrique et de la "raison d’État", et son combat pour une loi permettant de protéger les résidents français à l'étranger contre des détentions arbitraires.

 

A lire aussi cet article du Chiffon Rouge en juillet 2019:

Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger

Partager cet article
Repost0
13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 17:57
Françafrique: l'assassinat de Thomas Sankara - Dossier de Marc de Miramon dans L'Humanité, 9 avril 2021
Afrique. Assassinat de Thomas Sankara : la France complice
Vendredi 9 Avril 2021

De nouveaux éléments renforcent l’hypothèse d’une complicité de Paris dans la mort de l’ancien président du Burkina Faso en 1987. À Ouagadougou, le 13 avril, la justice devrait enfin annoncer la tenue d’un procès.

 

C’est l’un des épisodes les plus obscurs de la tumultueuse histoire entre la France et ses anciennes colonies du continent africain. Le 15 octobre 1987, le capitaine Thomas Sankara, héros de la révolution burkinabée au pouvoir depuis le 4 août 1983, était assassiné au Conseil de l’entente à Ouagadougou par des putschistes aux ordres de Blaise Compaoré. La chute de ce dernier à l’automne 2014, au terme d’un authentique soulèvement populaire, va permettre l’ouverture d’une instruction judiciaire qui arrive enfin à son terme : le 13 avril, la justice du « pays des hommes intègres » doit annoncer la tenue d’un probable procès pour juger les acteurs présumés du meurtre, exécutants et commanditaires.

Une équipe de « spécialistes » français venus faire le ménage

La séquence pourrait s’avérer explosive, tant l’instruction a mis en lumière de nouveaux éléments incriminant entre autres la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny, pilier de la Françafrique, ainsi que des complices français. Plusieurs militaires burkinabés acteurs ou témoins du coup d’État ont attesté sur procès-verbal de l’arrivée d’une équipe de « spécialistes » français pour faire le ménage. « Dès le lendemain, le 16 octobre 1987, Jean-Pierre Palm (un des hommes de Compaoré – NDLR) est venu, accompagné d’un Blanc qui serait un technicien plus un autre qui serait un capitaine français dénommé Baril (…). Notre chef de service aurait déploré qu’on emmène ces Français inspecter notre service et nos installations qui avaient été équipés par des Soviétiques et le personnel formé par les Rus ses, les Algériens et les Cubains », explique l’un d’entre eux. Un autre renchérit : « Comme l’exige la procédure nous avons pris les archives d’écoute concernant Blaise Compaoré et Jean-Pierre Palm que nous nous sommes partagées (afin de) procéder à leur destruction. Ce dernier en personne est venu dans notre service, accompagné de Français, avant même de prendre le commandement, à la recherche des preuves qu’il était sur écoute. »

Un troisième poursuit : « Notre chef, le lieutenant Tibo, passait nous encourager. Jusqu’au jour où le capitaine Jean-Pierre Palm est venu dans notre bureau avec des Blancs, probablement des Français. Un d’entre eux a dit au capitaine Jean-Pierre de m’arrêter. » Jean-Pierre Palm lui-même confirme l’information sur procès-verbal : « C’est une mission française qui était là et qui demandait à faire le point des matériels des forces armées. Ils étaient à la gendarmerie et dans d’autres corps je pense. C’est la présidence (burkinabée – NDLR) qui les avait envoyés, à la gendarmerie, et ils sont venus me rencontrer. Ils se sont intéressés aux transmissions. » Une partie de ces PV extraits de l’instruction, que nous avons pu consulter en intégralité, a déjà été publiée ces dernières semaines dans l’excellent journal burkinabé Courrier confidentiel.

Mais ni le bimensuel spécialisé dans l’investigation, ni les procès-verbaux n’apportent de précision sur l’identité de ce « capitaine Baril » qui évoque le sulfureux Paul Barril, ancien numéro 2 du GIGN reconverti dans le privé via sa société Secrets. Lui-même n’est plus en état de confirmer ou infirmer. Atteint de la maladie de Parkinson, « il ne va pas bien du tout, il est en Suisse et a du mal à parler, à écrire ou à composer un numéro de téléphone », témoigne un de ses proches. Sa présence dans l’équipe de « nettoyeurs » français affaiblirait l’hypothèse d’une participation directe de la DGSE, et renforcerait celle d’une cellule de barbouzes opérant, comme Paul Barril, dans les circuits parallèles de la Françafrique. « Il n’a jamais travaillé pour la DGSE, c’est totalement exclu », explique un cadre de l’époque de la « piscine » située boulevard Mortier : « Barril travaillait toujours pour lui-même, souvent contre les intérêts de la boîte, tout en racontant partout qu’il était un soldat de l’ombre au service des intérêts français. Ce qui est parfaitement inexact. »

« Barril n’aimait pas du tout Thomas Sankara »

Mais l’assassinat de Thomas Sankara coïncidait avec la volonté générale de l’État français et de ses obligés du continent africain de le chasser du pouvoir, quoi qu’il en coûte. À la tête du dispositif qui va sceller sa chute figure donc la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny, chasse gardée – avec le Gabon d’Omar Bongo – du tout-puissant Jacques Foccart, patron de la cellule Afrique de Matignon, de retour aux affaires après la victoire de Jacques Chirac aux législatives de mars 1986. « Tant que Foccart était vivant, ces deux pays étaient inaccessibles à Barril, mais pas le Burkina Faso », affirme l’avocat Robert Bourgi, homme clé des réseaux Foccart de l’époque, qui juge plausible la présence du sulfureux capitaine au lendemain du coup d’État : « Barril n’aimait pas du tout Thomas Sankara, qu’il accusait d’être un ennemi de la France, contrairement à Foccart, qui avait pour lui une véritable estime », jure-t-il. Au mois d’août 1987, Robert Bourgi assure avoir été missionné par son patron Foccart pour faire passer un message au président burkinabé. « Dites-lui d’être très prudent, de se méfier. Essayez de l’appeler par une ligne sécurisée pour lui transmettre l’information. » Menace ? Mise en garde ? Sans doute un peu des deux.

La galaxie françafricaine oscillait entre rejet et fascination pour la figure Sankara, brillante, éloquente et charismatique. Et le révolutionnaire est parfaitement au fait des menaces qui pèsent sur sa vie, tant les alertes arrivent de toutes parts. « Houphouët-Boigny, dans l’intimité, admirait Sankara car il lui rappelait sa propre jeunesse quand il était proche du Parti communiste et que les Français voulaient sa peau », explique Robert Dulas, à l’époque conseiller du président ivoirien : « Mais le temps avait passé et le ’’Vieux’’ avait compris qu’il était préférable de pencher du côté de la force. Je me souviens d’une conversation dans son bureau avec Omar Bongo au bout du fil, et Houphouët lui disait : “Le petit, il n’a pas compris. Fidel Castro, il a les Russes derrière lui mais le petit il n’aura que les jeunes pour l’accompagner. Ce n’est pas suffisant, il n’a pas encore ass is son pouvoir qu’il s’attaque déjà aux Blancs.” »

Tout le monde a d’abord tenté de séduire le bouillant capitaine Sankara, et évidemment de le corrompre. Un de ses proches se souvient avoir été missionné pour accueillir deux femmes à la base aérienne de Ouagadougou, qui jouxte l’aéroport, chacune portant une mallette bourrée d’argent envoyée par Houphouët-Boigny pour soudoyer Thomas Sankara et le numéro 2 du pays, « Brutus » Blaise Compaoré. « Thomas a refusé la mallette par éthique personnelle et il a renvoyé la dame à Abidjan. Blaise a gardé l’argent, et il a épousé Chantal. » La future première dame Chantal Compaoré, Franco-Ivoirienne très liée à la famille d’Houphouët-Boigny, a depuis suivi son mari en exil en Côte d’Ivoire, pays qui n’a pas d’accord d’extradition avec le Burkina Faso.

L’étau se resserre avec la cohabitation Chirac-Mitterrand

Pour Guy Delbrel, autre « compagnon de lutte » du président burkinabé aujourd’hui consultant, entre autres pour Air France, tous les présidents de l’époque procédaient ainsi : « Thomas m’a raconté avoir reçu 450 millions de francs CFA expédiés par Denis Sassou-Nguesso pour la tenue d’un scrutin, accompagnés d’un petit mot qui disait : “Camarade Thomas, organise des élections et gagne-les. Voilà ce que respectent les Blancs.” »

Mais peu importe l’éventuel verdict des urnes ou l’assise populaire du président, l’étau se resserre inexorablement avec la cohabitation Chirac-Mitterrand. Le premier ministre et patron du RPR ne cache pas l’aversion que lui inspire le trublion du pré carré françafricain. Au lendemain de son assassinat, Jacques Chirac va pourtant verser des larmes de crocodile : « C’est un des pays les plus pauvres du monde qui devrait rassembler toute son énergie pour essayer, avec l’aide de la France, l’aide internationale, de se développer, de répondre à ses misères et à ses malheurs, plutôt que de perdre son énergie dans les coups d’État permanents (…). Je le regrette beaucoup. » Un an plus tôt, le Burkina Faso avait parrainé une motion en faveur de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie aux Nations unies et Jacques Chirac avait immédiatement envoyé une note vengeresse à son ministre de la coopération Michel Aurillac, révélée par le Canard enchaîné : « Trop, c’est trop. Il convient d’en tirer les conséquences et d’aller au-delà de ce que nous avions envisagé pour ce qui concerne la réduction de l’aide à ce pays pour 1987. » À la même période, il livre cet avertissement explicite au journaliste Elio Comarin – aujourd’hui décédé –, dont il croit deviner les sympathies sankaristes : « Dites à votre ’’petit’’ capitaine qu’il range ses abattis (abats de volaille, pattes et ailes coupées – NDLR), d’ici six mois on se sera occupés de lui. »

« Tuez Sankara et des milliers naîtront »

À ces pressions extérieures se conjuguent les menaces internes. Blaise Compaoré, devenu l’homme lige d’Houphouët-Boigny au cœur de la révolution burkinabée, ne cache plus son ambition de détrôner son « meilleur ami » Thomas Sankara. Boukari Kaboré, dit « le Lion », qui refusera de rendre les armes après le coup d’État de Compaoré, raconte l’une de ses dernières conversations avec le capitaine-président : « Pour impliquer tout le monde dans la sécurité de l’État, on avait demandé à la 5e région militaire commandée par Blaise Compaoré de se déporter sur Diébougou pour sécuriser la frontière. Ce qu’il n’a jamais fait. Compte tenu de la situation de l’époque, j’avais proposé au président Thomas Sankara d’arrêter Blaise Compaoré. Il a catégoriquement refusé, en disant que nous ne devions pas trahir l’amitié. Je lui ai dit que s’il mourait, la révolution allait mourir en même temps : lui était convaincu que la révolution n’allait pas mourir »

« Tuez Sankara et des milliers naîtront », croyait dur comme fer Thomas Sankara, prêt au sacrifice suprême plutôt que de trahir celui qu’il considérait en dépit des évidences comme son ami. Mais la mort du Che africain n’a pas l’effet escompté. Enfin assis sur le trône tant convoité, « Blaise » enterre les acquis de la révolution puis annonce sa « rectification ». Et le Burkina Faso enfin rentré dans le rang devient progressivement le centre névralgique des coups tordus de la Françafrique (lire page 6), tandis que la Côte d’Ivoire, orpheline d’Houphouët-Boigny en décembre 1993, sombre à son tour dans l’instabilité et les coups d’État.

Blaise Compaoré, homme clé des basses œuvres de Paris
Vendredi 9 Avril 2021

Le cerveau présumé de l’assassinat de Thomas Sankara a transformé Ouagadougou en capitale des déstabilisations régionales.

 

La mort de Thomas Sankara intervient en 1987, au crépuscule de la Françafrique, dont la raison d’être remonte aux origines de la guerre froide. Après avoir – comme Moscou l’a fait au nom de l’émancipation des peuples – soutenu le processus de décolonisation pour affaiblir l’Empire français, Washington se ravise au lendemain des indépendances et impose un accord tacite. Paris peut conserver la mainmise sur ses anciennes colonies à condition que les régimes néo­coloniaux constituent autant de boucliers à la progression d’une « contagion » communiste que les États-Unis, qui n’ont pas encore de bases militaires sur le continent africain, peinent à contenir.

Gageons que l’assassinat du révolutionnaire burkinabé n’a pas ému outre mesure les stratèges de Washington, tant ses discours dénonçaient autant l’impérialisme français que « yankee », fustigeaient le fardeau de la dette, l’appauvrissement des pays du Sud grâce à la spéculation sur le prix des matières premières, qui réduisait les économies nationales à leur seule vertu utilitaire sur les marchés internationaux.

Comme un poisson dans l’eau

Dans ce nouvel environnement post-guerre froide, Blaise Compaoré se sent comme un poisson dans l’eau. L’autosuffisance alimentaire atteinte par la « révolution » sankariste cède le pas à l’extension de la monoculture du coton – dont le Burkina Faso devient le principal exportateur à l’échelle du continent –, mais le nouvel homme fort nourrit d’autres ambitions. Le crépuscule de Félix Houphouët-Boigny, qui décède fin 1993, laisse un grand vide que Blaise Compaoré va s’appliquer à combler.

Ouagadougou devient la base arrière des hommes de Charles Taylor, chef de guerre puis président du Liberia, mais aussi du Front révolutionnaire uni (RUF), la milice qui coupait les bras des enfants au Sierra Leone, qui installe aussi son quartier général dans la capitale burkinabée. En 2000, un rapport de l’ONU évoquera même la présence de soldats de Compaoré dans les rangs du RUF, qui bénéficie de l’expérience et des formations dispensées à Pô, centre d’entraînement de l’armée et des parachutistes de Blaise.

Ébranlement de la Côte d’Ivoire

On le retrouve aussi en Angola, aux côtés de Jonas Savimbi, le chef de guerre soutenu par l’Afrique du Sud de l’apartheid et icône de l’ancien chef des services secrets français Alexandre de Marenches, qui le considérait comme le « De Gaulle africain » (sic), quand Thomas Sankara n’avait que mépris pour ce soldat de l’Occident soutenu par toutes les forces réactionnaires du continent.

Mais l’opération la plus emblématique demeure la déstabilisation de la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo, réalisée en parfaite entente avec les Français. En septembre 2002, quelques mois à peine après la réélection de Jacques Chirac et la fin de la cohabitation avec Lionel Jospin, le mouvement rebelle ivoirien du MPCI (Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire), rebaptisé par la suite Forces nouvelles, attaque les villes du nord de la Côte d’Ivoire avec des équipements militaires fournis par le Burkina Faso. Au lieu de respecter l’accord de défense qui lie les deux pays, Paris décide d’utiliser ses 2 500 soldats présents sur place pour figer les positions des belligérants et imposer une négociation politique à Laurent Gbagbo. On connaît la suite : au printemps 2011, le président ivoirien insoumis à la France est finalement chassé du pouvoir par les rebelles, cette fois directement appuyés par les militaires déployés par Paris.

Mort de Thomas Sankara. La (très) décevante coopération de Macron
Vendredi 9 Avril 2021

À rebours des promesses du président français, l’entraide judiciaire entre Paris et Ouagadougou n’a pas beaucoup aidé les magistrats burkinabés.

 

Face à des étudiants réunis à Ouagadougou le 28 novembre 2017, Emmanuel Macron avait promis de déclassifier « tous les documents produits par les administrations françaises pendant le régime de Thomas Sankara et après son assassinat, pour être consultés aux demandes de la justice burkinabée ». Vu la position de force de la France à l’époque, sa proximité avec la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny et les relations étroites que Paris va nouer par la suite avec le régime de Blaise Compaoré (1987-2014), les magistrats en charge du dossier attendaient beaucoup de cet engagement sans fard du président français. La déception s’est révélée à la hauteur des espérances. « Nous avons reçu des tonnes de papier », euphémise une source judiciaire à Ouagadougou. « Mais ce sont des archives classiques, il n’y a rien de très secret, ni de très confidentiel. Les deux premiers lots étaient constitués de documents éparses venant du ministère de l’Intérieur, du Quai d’Orsay, des renseignements généraux, ou quelques notes sans intérêt des services secrets. »

Parmi ces dernières, la note déclassifiée (I-397.177) qui fait état d’un complot « projeté par Thomas Sankara pour éliminer Blaise Compaoré, Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani, prévu pour le 15 octobre 1987 à 20 heures », soit quelques heures à peine après l’assassinat de Thomas Sankara. En clair, selon cette note des fins limiers français, Blaise Compaoré aurait presque agi en état de légitime défense ! Une autre source judiciaire précise n’avoir « pas encore eu accès à un troisième lot, qui est arrivé à la fin de l’année 2020, après que le juge d’instruction a rendu son ordonnance de clôture, et non sans avoir bataillé pendant près d’un an pour l’obtenir ».

Thomas Sankara, réhabilité en héros national

En attendant un improbable réveil de Paris, chacun pourra spéculer sur les raisons profondes de cette très timide coopération judiciaire, qui intervient au moment où l’image de la France se dégrade dans la bande sahélienne en général et au Burkina Faso en particulier. À Ouagadougou, la figure de Thomas Sankara a été totalement réhabilitée en héros national et tous les responsables politiques ou presque revendiquent son héritage. « C’est une grave erreur de jugement », estime Bruno Jaffré, biographe de Thomas Sankara (1), pour qui « cette coopération très décevante risque de provoquer encore plus de dégâts que la vérité elle-même, quelle qu’elle soit ». M. d. M.

(1) Dernier ouvrage paru : l’Insurrection inachevée, Burkina 2014, Syllepse 2019.
Partager cet article
Repost0
12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 06:16
Tchad. Idriss Déby, l'indispensable dictateur de Paris - Marc de Miramon, L'Humanité, 9 avril 2021
Tchad. Idriss Déby, l’indispensable dictateur de Paris
Vendredi 9 Avril 2021

L’homme fort de N’Djamena sera réélu dans un fauteuil, ce dimanche. Depuis son accession au pouvoir en 1990, il n’a cessé de consolider cette force militaire que le président tchadien monnaye auprès de tous ses sponsors étrangers. Et en premier lieu la France. Explications.

 

Il est un pur produit de la coopération militaire française avec ses anciennes colonies, formé à Paris au milieu des années 1980 à l’école de guerre interarmées. Idriss Déby, au pouvoir depuis le mois de décembre 1990, soit plus de trente années d’un règne sans partage, se dirige tranquillement vers sa réélection, dimanche prochain, au terme d’une campagne électorale émaillée de violences.

Un raid meurtrier contre l'entourage d'un candidat

Human Rights Watch a accusé, jeudi, les forces de sécurité tchadiennes d’avoir mené « une répression implacable » contre les opposants, alors que depuis plusieurs mois, des partis et organisations de la société civile appellent chaque samedi à marcher « pacifiquement » pour une « alternance au pouvoir ».

En guise de réponse, l’appareil sécuritaire du pays a interdit les rassemblements, violemment dispersés, et des hommes en armes ont systématiquement cerné les sièges des partis de l’opposition comme le domicile de leurs leaders. Comme ce 28 février, lorsque la police et l’armée ont mené un raid meurtrier à celui de Yaya Dillo, candidat à la présidentielle, durant lequel les forces de police ont tué sa mère, âgée de 80 ans, et blessé cinq autres membres de sa famille.

Un des partenaires clés de l’opération « Barkhane »

Si prompt à s’indigner des violences politiques signalées en Russie, au Venezuela ou ailleurs, Paris est resté une fois encore muet face à ce climat délétère, tant Idriss Déby a réussi à acheter sa tranquillité politique en se rendant indispensable grâce à son armée, l’une des plus puissantes et des plus aguerries de la région.

Car le dictateur tchadien s’est imposé comme l’un des partenaires clés de l’opération militaire « Barkhane » pilotée par la France dans le Sahel. Ses promesses de renforts, réitérées lors du dernier sommet du G5 Sahel à N’Djamena à la mi-février, ont servi de béquille à la communication chancelante d’Emmanuel Macron, confronté à la faiblesse de la coopération militaire européenne dans la résolution de la crise sécuritaire qui enfonce chaque jour un peu plus l’ensemble de la région dans le chaos.

1 200 soldats dans la zone des trois frontières

L’intégration des troupes de Déby ne se passe pas sans heurts. Des soldats tchadiens engagés dans la lutte contre les djihadistes au Sahel sont responsables de « viols » de plusieurs femmes à Tera, ville du sud-ouest du Niger, ont affirmé dimanche dernier la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) du Niger et la force conjointe du G5 Sahel. Une information confirmée par le gouvernement tchadien, qui, dans un communiqué, a annoncé que les « auteurs » de ces crimes, soit « certains soldats du 8e bataillon du contingent tchadien basé à Sera », ont été « arrêtés » et « subiront les sanctions qui s’imposent ».

Mais Paris a désespérément besoin des 1 200 soldats récemment déployés dans la zone des trois frontières, située aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso, pour contenir les activités des groupes armés revendiquant leur appartenance à l’État islamique dans le Grand Sahara et enregistrer les succès militaires devant permettre d’amorcer un calendrier de retrait des soldats français avant le lancement de la prochaine campagne présidentielle.

Le pétrole, c'est 75 % des revenus d’exportation du Tchad

Pour autant, le pouvoir d’Idriss Déby, sauvé in extremis d’offensives rebelles en 2006 et en 2008 par des interventions armées française, a su diversifier ses alliances et ses soutiens. De par sa position géographique stratégique, le Tchad a longtemps servi de tampon comme de « bouclier » aux ambitions régionales du colonel libyen Mouammar Kadhafi. Les États-Unis ont également misé sur le président Déby, considéré comme un rempart aux frontières du Soudan d’Omar el-Béchir, longtemps classé État paria par le département d’État, et censé contenir la progression du groupe terroriste Boko Haram au Nigeria, qui effectue de fréquentes incursions dans la région du lac Tchad. La Chine n’est pas en reste, et avait remporté de substantielles parts de marché dans l’exploitation du pétrole tchadien.

Exportateur net d’or noir depuis 2003, le Tchad ne produit que 140 000 barils/jour. Mais au cœur d’un des pays les plus pauvres du monde, l’industrie pétrolière représente tout de même 75 % des revenus d’exportation et près de 40 % des recettes budgétaires, même si le pays souffre de l’effondrement des cours observé ces dernières années.

Une manne pour l'achat de nouvelles armes

Le Tchad n’a cependant pas échappé à la « malédiction de l’or noir » qui rattrape la plupart des pays producteurs du continent africain. Au lieu de poursuivre le financement d’infrastructures, hôpitaux, écoles ou de développer les services publics, la manne a surtout servi, à partir de 2010, à acheter des nouvelles armes, louer les fidélités à Déby au sein de l’armée tchadienne, et consolider cette force militaire que le président tchadien monnaye auprès de tous ses sponsors étrangers. Un appui qui ôte pourtant toute possibilité de relève et d’alternance, et qui permet au système Déby toutes les audaces, persécutions, menaces, voire les assassinats d’opposants.

Le 23 février 2008, Ibni Oumar Mahamat Saleh, brillant secrétaire général du Parti pour les libertés et le développement (PLD) et porte-parole de la coalition d’opposition tchadienne CPDC (Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution), était enlevé à son domicile par des militaires tchadiens. Sa mort ne fait aujourd’hui guère de doute mais les autorités françaises, à l’instar de l’actuel ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le 1er novembre 2018, se contentent « d’appeler de (leurs) vœux la manifestation de la vérité ». Gageons que ces « vœux » pieux ne troublent guère le sommeil de l’indispensable Idriss Déby.

Partager cet article
Repost0
12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 06:08
Rwanda. Les conclusions du rapport Duclert constestées - entretien entre Rosa Moussaoui et François Graner, L'Humanité, samedi 10 avril
Rwanda. Les conclusions du rapport Duclert constestées
Samedi 10 Avril 2021

Une commission d'historiens dirigée par Vincent Duclert portant sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, a été remis à Emmanuel Macron le 26 mars. Il écarte l’idée d’une « complicité » de Paris. Pour François Graner, spécialiste du sujet, « certains décideurs français jugeaient l’idéologie du pouvoir hutu acceptable ». Entretien

 

Chargés il y a deux ans par Emmanuel Macron d’« analyser le rôle et l’engagement de la France au Rwanda », les historiens de la commission Duclert ont remis leurs conclusions au président le 26 mars. Si leur rapport conclut à des « responsabilités accablantes » de Paris dans le génocide des Tutsis, en 1994, il écarte l’idée d’une « complicité » française avec les génocidaires. « La complicité a été multiforme : diplomatique, militaire, financière, médiatique », écrivait au contraire l’an dernier, dans un livre (1) cosigné par Raphaël Doridant, François Graner, qui a par ailleurs obtenu du Conseil d’Etat, en juin 2020, le droit d’accéder aux archives de François Mitterrand sur le Rwanda. Il décrypte les grands axes de ce rapport, pour en éclairer les contradictions. À commencer par le silence fait sur l’architecture institutionnelle de la Ve République et la constante « françafricaine » qui ont rendu possible l’appui français aux génocidaires.

Comment appréciez-vous les conclusions du rapport Duclert sur rôle de la France au Rwanda, en 1994 ?

François Graner Les responsabilités françaises sont accablantes : nous le répétons depuis des années ; le voir écrit noir sur blanc, c’est très bien : voilà un revers pour ceux qui nient ces responsabilités. Cela dit, la formule « responsable mais pas complice » est pour le moins curieuse. Le raisonnement de Duclert consiste à dire que les historiens ayant travaillé sur ce rapport ne sont pas des juges, que c’est aux juges de trancher, mais que cette commission devait tout de même prendre position pour écarter, en l’absence d’intention génocidaire, la complicité.

Il n’y a pas d’intention génocidaire du côté français, nous sommes tous d’accord sur ce point. Nous n’en voyons aucune trace, dans aucune archive. En 1994, les décideurs français étaient guidés par une obsession : maintenir le Rwanda dans leur zone d’influence. C’est pour cette raison qu’ils ont soutenu les extrémistes hutus avant, pendant et après le génocide des Tutsis. Mais il se trouve que, en droit, le complice est celui qui a aidé les criminels en connaissance de cause, avec un effet sur le crime commis. Ces trois conditions sont clairement remplies dans le cas du soutien français aux génocidaires. De nombreux cas de jurisprudence établissent la complicité sans intention criminelle.

Vous parlez, dans « l’État français et le génocide des Tutsis au Rwanda », de complicité « idéologique ». Qu’entendez-vous par là ?

François Graner Certains décideurs français – pas tous – jugeaient l’idéologie du pouvoir et des extrémistes hutus tout à fait acceptable. En dépit des alarmes, Mitterrand et certains des haut gradés qui l’entouraient estimaient normal que les Rwandais étiquetés hutus puissent avoir accès au pouvoir, à la domination des autres, parce qu’ils étaient censés représenter 85 % de la population. L’idéologie de discrimination portée par le pouvoir hutu était acceptée. Et lorsque le Front patriotique rwandais (FPR) à dominante tutsie s’est attaqué à la dictature de Juvénal Habyarimana, la France s’est portée au secours de son allié, en vertu d’un réflexe françafricain classique d’appui à ses « amis » menacés par des rebelles. Les décideurs français ont repris à leur compte, alors, l’équation FPR = Tutsi = ennemi, aussitôt transmise aux militaires. Sans ouvrir une porte directe sur le génocide, cela a préparé le terrain à le tolérer.

Icon Quote L’obsession des décideurs français : maintenir le Rwanda dans leur zone d’influence. D’où leur soutien aux Hutus avant, pendant et après le génocide.

Dans « Rwanda, la fin du silence. Témoignage d’un officier français » (les Belles Lettres), l’ancien capitaine Guillaume Ancel témoignait en 2018 des ordres reçus le 30 juin 1994 par les soldats de l’opération « Turquoise » pour conduire une opération – suspendue in extremis – visant à bloquer la progression du FPR, qui, seule, pourtant, stoppait les génocidaires. Il revenait sur la passivité de l’armée française devant les massacres de Bisesero (à l’ouest du Rwanda).

 

Que disent ces épisodes de la nature de l’implication française au Rwanda ?

François Graner Le témoignage du capitaine Ancel confirme ce prisme par lequel les militaires français voient le FPR comme l’ennemi, et non comme un allié pour mettre un coup d’arrêt au génocide. En fait, le génocide n’est tout simplement pas pris en compte par les quelques décideurs français qui pilotent l’action de « Turquoise ». Cette opération sert surtout leur communication : ils invoquent sa mission « humanitaire », mais, dans la pratique, ce n’est pas sa vocation principale. C’est pour cette raison que, au moment de faire des choix, comme à Bisesero, où les Tutsis étaient livrés à leurs tueurs, l’armée française est restée passive : ce n’était pas sa priorité.

Sur l’opération du 30 juin, visant à mettre un coup d’arrêt à l’avancée du FPR, le capitaine Ancel appelait à confronter aux archives son propre récit, corroboré par d’autres témoignages. Le rapport Duclert ne s’y attache pas. Il faudra poursuivre les recherches, en espérant une plus grande ouverture, à l’avenir, des archives militaires.

S’agissant de Bisesero, c’est le point focal des plaintes déposées par Survie pour complicité de génocide. La mission d’information parlementaire de 1998 avait évacué le sujet, mais des archives existent, nombreuses. Postée à quelques kilomètres des lieux du massacre, l’armée française n’est pas intervenue, jusqu’à ce que quelques soldats finissent par désobéir pour sauver, de leur propre chef, des Tutsis. Cet épisode est abordé dans le rapport mais sans nouveauté, de façon décevante, avec beaucoup de délayage, pour finalement reprendre l’argumentaire de l’armée, sans creuser davantage. Il y a dans notre livre bien plus de documents propres à éclairer cette affaire.

« Le constat des responsabilités politiques introduit des responsabilités institutionnelles, tant civiles que militaires », lit-on dans le rapport Duclert. Ces responsabilités tiennent-elles à des individus, à la façon dont François Mitterrand et son entourage exerçaient le pouvoir, ou bien à l’architecture même de la Ve République ?

François Graner Le rapport Duclert accable François Mitterrand, livre quelques décideurs en pâture, tente de présenter le Rwanda comme un laboratoire, un cas singulier. Pour mieux préserver l’essentiel, c’est-à-dire la Constitution de la Ve République instituant un régime présidentiel, la Françafrique et sa politique de préservation d’une zone d’influence française, les forces spéciales mobilisées dans des opérations extérieures échappant à tout contrôle démocratique. Le rapport évite soigneusement de mettre en cause ces trois piliers qui portent, jusqu’à nos jours, la politique africaine de la France. Depuis 1994, aucune leçon n’a été tirée : le régime s’est présidentialisé davantage, les forces spéciales sont plus sollicitées que jamais et le soutien français à des régimes autoritaires et dictatoriaux se perpétue. C’est un problème systémique. Si nous devons, comme citoyens, nous intéresser au génocide des Tutsis, c’est bien sûr pour des raisons mémorielles et par respect pour les victimes et les rescapés mais aussi pour éviter la répétition d’un tel scénario. Or le rapport Duclert se garde bien d’interroger les mécanismes qui ont rendu possible cette complicité française.

(1) « L’État français et le génocide des Tutsis au Rwanda », Agone/Survie, 2020.
 
« L’ARMÉE FRANÇAISE N’A CESSÉ DE VOLER AU SECOURS DE KIGALI »

Envoyé spécial de « l’Humanité », Jean Chatain a été l’un des rares journalistes européens à couvrir les événements au Rwanda.
 
En 2014, 20 ans après  le génocide, il dénonçait encore le rôle de la France. Extraits.
 
Durant les quatre années de guerre civile, l’armée française n’a cessé de voler au secours du criminel système en place à Kigali. Avant “Turquoise” (juin-août 1994), il y a eu les opérations “Noroît”, “Chimère”, “Amaryllis”, révélatrices des relations entretenues par la présidence et le gouvernement français avec leurs homologues rwandais de l’époque. Présent au Rwanda fin avril 1994, j’avais pu circuler dans la zone déjà libérée par le FPR et interviewer son dirigeant, Paul Kagame. Cette rencontre se passait au pont de Rusumo, qui franchit l’Akagera (...), charriant dans ses flots jaunâtres un interminable cortège de cadavres venus de la région de Butare. Revenant sur le comportement plus qu’ambigu et tâtonnant des Nations unies, Paul Kagame avait notamment ce mot : “J’ai l’impression que, dans ses rangs, il y a des puissances, surtout les Français (...), qui voudraient bien influer sur l’issue du conflit. Le gouvernement français a toujours eu une attitude négative. Même lorsque les atrocités de ce régime étaient évidentes.” Quand, fin 1990, elles envoyaient des soldats participer au combat contre le FPR, “pensez-vous sérieusement que les autorités françaises s’imaginaient lutter pour la démocratisation de notre pays” ? Question : à quoi attribuer ce comportement effectivement de longue date ? “Je crois que la France a commencé sur un faux pas et qu’elle ne veut pas admettre qu’elle a eu tort. Je ne comprends pas cette obstination. C’est vrai, la France n’a pas chez nous d’intérêts spécifiques. Alors peut-être sommes-nous une pièce, un rouage dans sa politique générale en Afrique. Sur ce continent, le gouvernement français a soutenu beaucoup de régimes incroyables. Y compris, donc, au Rwanda, avec un gouvernement qui a massacré tant de gens.” »
JEAN CHATAIN, 8 AVRIL 2014
Partager cet article
Repost0
11 avril 2021 7 11 /04 /avril /2021 05:24

L'actualité de la crise sanitaire est dominée par l'apparition de nouveaux variants du Covid-19 impliquant des mutations qui risquent de compromettre l'efficacité des vaccins. Mais une autre mutation, non moins importante, semble en gestation dans le cadre de cette crise.

En effet, d'importants indices semblent annoncer de sérieux changements dans la composition – et la direction – du système capitaliste mondial. D'un côté, des faillites, menaces de faillites et/ou pertes gigantesques et en cascade de grosses entreprises, souvent centenaires, et ce, dans des secteurs très variés. La Société générale, Commerzbank, Deutsche Bank, Santander, pour le secteur financier; Exxon, British Petroleum, Chevron, Shell, Total, pour l'énergie; Lufthansa, Airbus, British Airways, Boeing, SNCB, pour le transport ; Thyssenkrupp, Renault, Rolls-Royce Holdings Inc., Fiat Chrysler, Siemens, Danone, Adidas... pour l'industrie.

De l'autre côté, une poignée d'entreprises phares du nouveau capitalisme de plateforme, les Gafam (Google, Amazon, Microsoft et autres Tesla, SpaceX..) engrangent des bénéfices gigantesques. Mêmes performances dans l'industrie de l'armement (General Dynamics, Raytheon, Northrop Grumman, Dassault, Lockheed Martin...) et les grands de Big Pharma (Pfizer, Glaxo-SmithKline, Moderna, Johnson & Johnson et BioNTech). Et ce, dans un processus de clair rapprochement entre ces « gagnants ».

Serions-nous devant la formation d'un nouveau complexe militaro-pharmaco-numérique voué à gérer la mondialisation du XXIe siècle ?

Ces listes des « perdants » et « gagnants » ne sont ni exhaustives ni représentatives de situations similaires. La situation calamiteuse des banques Santander (Espagne) et Commerzbank (Allemagne) est différente, par exemple, de celle de la Deutsche Bank et de la Société générale, qui viennent d'être sorties du « rouge » par Merkel et Macron. Indice intéressant dans le domaine financier et dans la même direction de cette chronique : Christine Lagarde (FMI) et Janet Yellen, secrétaire du Trésor américain, commencent à s'inquiéter sérieusement de l'avenir de leur monnaie avec les succès du bitcoin, de la libra (Facebook), blockchain EOS (Google).

Pour ce qui est du secteur pharmaceutique, les ententes avec les plateformes du Web font florès, Google en tête. Ce dernier a conclu des contrats avec GlaxoSmithKline, Sanofi et Novartis pour le traitement de diverses maladies, en cherchant à associer la technologie numérique et la recherche médicale. Amazon n'est pas en reste ; après avoir obtenu une licence pour avoir le droit de commercialiser des produits pharmaceutiques aux États-Unis, il a acheté, pour un peu moins d'un milliard de dollars, la société PillPack, spécialisée dans la commercialisation et le conditionnement des médicaments, opération qui a affecté les cotations des entreprises pharmaceutiques américaines. Des conversations avec Sandoz et Novartis laissent penser que Bezos compte investir également le domaine de la production pharmaceutique et ne pas se limiter au marché américain. En janvier 2020, Amazon Technologies Inc. a déposé une demande de marque au sein de l'Union européenne sous le nom d'Amazon Pharmacy. De son côté, le groupe Dassault, par ailleurs fabricant de l’avion de chasse Rafale, est devenu, via sa marque Biovia, le numéro un mondial dans la recherche sur les comportements biologiques et la thérapeutique intégrée. Mais là où les rapprochements sont les plus édifiants, c'est dans le secteur de la défense. Ils étaient déjà perceptibles lorsque, en 2013, Amazon, moyennant un contrat de plus de 600 millions de dollars américains, devenait le principal fournisseur de services de cloud Computing (système informatique d'archivage et de gestion de données en externe) pour la CIA et 16 autres agences de la « communauté du renseignement ». Puis, en octobre 2019, le Pentagone a attribué à Microsoft un contrat de 10 milliards de dollars pour dix ans, visant la création d'un cloud global, incluant la totalité des branches des forces armées, pour gérer la documentation sur la recherche de nouvelles technologies associées à l'essor de l'intelligence artificielle. Jeff Bezos (Amazon) conteste la décision, arguant qu'elle a été dictée par Trump pour favoriser Microsoft. A leur tour, Apple et Facebook se disputent le contrôle des données des utilisateurs d'iPhone. Signes des luttes au sein de l'oligopole...

 

De son côté, la CIA, voyant plus large et plus loin, concluait, en novembre 2020, un contrat pour les mêmes services, mais cette fois avec l'ensemble des géants du Web, qui ont été mis en concurrence.

Allons-nous vers une ubérisation des États ? Le récent recrutement du général Keith Alexander comme membre du conseil d'administration d'Amazon donne une idée du degré de proximité de ces partenariats. Chef des services de sécurité de l'armée lors des attentats du 11 septembre 2001 et à la suite de sa « remarquable » performance, il fut recruté par la NSA pour optimiser les systèmes d'écoute des communications, en concertation, déjà, avec les Gafam. C'est lui qu'Edward Snowden avait dénoncé comme étant le mentor du gigantesque système d'espionnage de la NSA. Une des raisons de la hargne contre WikiLeaks est que ce dernier a révélé, en 2018, le réseau de filiales, jusqu'alors secret, du système cloud d'Amazon dans une centaine de localités d'une dizaine de pays.

Aujourd'hui, conscient des énormes potentialités de l'intelligence artificielle, dont les Gafam sont devenus les maîtres incontestés, Keith Alexander a la tâche de faire d'elle un instrument géopolitique de premier ordre, dont Joe Biden n'aura qu'à tenir compte. Vu le pedigree de ce dernier et la composition de son équipe, gageons qu'Alexander sera bien servi.

La candidate aux élections présidentielles Elizabeth Warren avait inscrit le démantèlement des Gafam comme un des points majeurs dans son programme. Chris Hughes, fondateur avec Mark Zuckerberg de Facebook, partageait cette demande, déçu de voir ce que son groupe était devenu. Bien entendu, le Pentagone ne le permettra jamais. Pour le savoir (et en prendre note), écoutons Larry Page, un des fondateurs de Google, expliquer au Financial Times que les Gafam « ont vocation à remplacer les dirigeants politiques puisqu'elles comprennent mieux les enjeux du futur que les politiciens ».

 

 

Partager cet article
Repost0
7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 05:31

 

« De la ferme à la table » est le titre du projet de réforme de la Politique agricole commune que propose la Commission européenne pour la période de 2023 à 2027. Mais, dans leur « Green deal », les commissaires suggèrent de mettre 10 % des terres agricoles européennes en jachère. Ce qui favorisera l’importation d’une part croissante des aliments que nous consommons. Tel est le fruit toxique d’une longue connivence entre la Commission européenne et les lobbyistes potentiellement corrupteurs qui la conseillent en coulisse !

Par Gérard Le Puill

 

Nous évoquions dans l’article publié hier les contradictions du « Green deal » que l’on nomme aussi « Pacte vert européen » et qui doit guider la future réforme de la Politique agricole commune (PAC). Ce projet de réforme est appelé « De la ferme à la table », alors que le monde paysan préfère la formule plus parlante « De la fourche à la fourchette ». Cette réforme, pour être cohérente, impliquerait que l’on réduise la distance parcourue par les produits agricoles entre leurs lieux de production, les sites de transformation et les lieux de grande consommation qui, en France et en Europe, sont surtout concentrés dans le périmètre des grandes agglomérations.

Mais on ne trouve nulle trace d’une telle orientation dans le projet de réforme de la PAC que propose la Commission européenne pour les années qui vont de 2023 à 2027. Elle propose de réduire des épandages de pesticides de 50 %, de diminuer l’usage des fertilisants de 20 %, de convertir 25 % des surfaces cultivées en agriculture biologique, de laisser 10 % des terres agricoles sans la moindre culture pour favoriser la biodiversité, de planter 3 milliards d’arbres dans les pays membres de l’Union européenne afin de capter plus de carbone.

Et la France sanctionna ses producteurs au profit de leurs concurrents

Pour peu que l’on observe tour à tour chacune de ces propositions, force est de constater qu’elles sont incohérentes et contradictoires. Chercher à réduire de 50 % l’usage des pesticides en Europe peut se comprendre. À condition, toutefois, que ces mesures soient appliquées dans tous les pays membres de l’Union et que l’Europe interdise, en même temps, les importations en provenance des pays tiers, dès lors que les conditions de production des pays exportateurs ne répondent pas à ces critères. Mais les choses ne se passent pas ainsi et les exemples abondent pour le démontrer.

En 2020, la France fut le seul pays européen à interdire l’usage des néonicotinoïdes sur les semis de betterave à sucre. Officiellement, la décision fut prise dans le but de ne pas perturber les abeilles venant butiner les betteraves en fleur. Sauf que la betterave à sucre ne fleurit jamais entre le semis du printemps et la récolte en octobre. Pour fleurir et produire de la graine, elle doit rester en terre une seconde année, ce qui n’est jamais le cas de la betterave destinée aux sucreries.

Cette interdiction obéissait à une décision la Commission européenne. Mais les neuf autres pays producteurs de betteraves à sucre au sein de l’Union européenne demandèrent, et obtinrent de cette même Commission, une dérogation pour utiliser les néonicotinoïdes en 2020. En France, le ministre de l’Agriculture qu’était alors l’ancien sénateur socialiste Didier Guillaume ne sollicita pas cette dérogation. Résultat : impactée par la jaunisse, elle-même provoquée par un puceron, la production française de betterave sucrière a chuté de 30 à 40 % en 2020 selon les régions et quatre sucreries ont été définitivement fermées dans la foulée.

Les produits bios, leurs coûts de production et leurs débouchés

Dans le projet « De la ferme à la table », la Commission propose de parvenir d’ici 2027 à 25 % des superficies agricoles converties en agriculture biologique. Elle propose, dans le même projet, de mettre 10 % des terres actuellement cultivées en jachère. En 2018, 8,5 % des terres agricoles françaises étaient en agriculture biologique et la moyenne européenne était encore plus basse. Pour parvenir à 25 % d’ici 2027, il faudrait trouver suffisamment de paysans motivés pour travailler à cette conversion avec un savoir-faire qui ne s’acquiert que par une expérience également jalonnée par des échecs.

Il faut aussi trouver des marchés pour ces produits bios. En sachant qu’ils doivent être vendus plus cher que ceux de l’agriculture conventionnelle ; car cette agriculture sans traitement chimique donne de moindres rendements tout en étant plus gourmande en main-d’œuvre. Or, dès que l’offre dépasse la demande solvable, les prix des produits bios chutent aussi sensiblement que ceux des produits conventionnels. Occulter ces réalités c’est faire preuve d’incompétence en prétendant réformer à bon escient.

Mais une autre contradiction saute aux yeux quand la Commission prétend faire passer 25 % des terres agricoles en agriculture biologique et réduire de 10 % la superficie globale consacrée à l’agriculture en Europe. Ce collège de commissaires hors-sol occulte le fait que les rendements à l’hectare sont nettement plus faibles en agriculture biologique qu’en agriculture conventionnelle. Du coup, augmenter les superficies en bio et laisser en friche 10 % des terres agricoles conduirait à importer des pays tiers beaucoup plus de denrées alimentaires qu’aujourd’hui lors des prochaines années.

Le bilan carbone désastreux des importations d’aliments

La Commission y verra peut-être une justification pour défendre les accords de libre-échange qu’elle a signé avec le Canada et avec les Pays du Mercosur en attendant d’en signer deux autres avec l‘Australie et la Nouvelle Zélande. Mais, au-delà du fait qu’elles font chuter les cours des produits comme les viandes et les fruits et légumes payés aux producteurs européens, ces importations accrues en provenance des pays tiers ont un bilan carbone désastreux quand on cumule celui de la déforestation en Amazonie et ailleurs avec celui des longs transports frigorifiques des viandes et autres produits entre différents continents. Car on met beaucoup de camions sur les routes pour ravitailler les ports d’embarquement. On remet ça en Europe entre les ports de débarquement et les grands bassins de consommation.

En donnant le chiffre de trois milliards d’arbres à planter en Europe, la Commission tente de verdir ses propositions. Mais un tel chiffre est trop vague en soi. Ce dont l’Europe à besoin, c’est de faire progresser l’agroforesterie qui demeure balbutiante jusqu’à présent dans les pays membres de l’Union. Cela consiste à planter des arbres dans les prairies comme dans les champs cultivés à raison d’une cinquantaine de troncs à l’hectare. Il peut s’agir d’arbres producteurs de fruits à huile, comme les oliviers, les noyers et les noisetiers. Il peut aussi s’agir d’essences qui donneront du bois d’œuvre à utiliser dans un siècle ou plus et qui, en attendant, capteront du carbone. Mais pour faire progresser un tel plan, il faut budgéter les aides européennes dans la durée, sachant que les frais de plantation d’un hectare d’arbustes s’élèvent à 700€ en moyenne. Vu la faiblesse du revenu paysan ces dernières années, l’agroforesterie ne progressera pas sans bénéficier d’un budget dédié au niveau européen.

Commission hors-sol et lobbyistes corrupteurs

Or la Commission prévoit de baisser sensiblement la part du budget annuel européen consacrée à l’agriculture dans les prochaines années. Se pose donc une question en fin de compte : quel est le degré de sincérité et d’honnêteté intellectuelle des membres de cette Commission que l’on sait liée « comme cul et chemise » avec des lobbyistes potentiellement corrupteurs ? Car, depuis de très longues années, ces mêmes lobbyistes lui mâchent en permanence le travail préparatoire de ses réformes dans l’intérêt des firmes privées qu’ils défendent à Bruxelles. C’est tellement vrai que certains commissaires - dont l’ancien président de la Commission José Manuel Barroso - deviennent eux-mêmes des lobbyistes quand ils quittent leur mandat à Bruxelles.

Il faut toujours avoir ces éléments en tête quand on lit les documents que publie cette Commission bureaucratique et incompétente.

 

Partager cet article
Repost0
7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 05:31
Liberté pour Marwan Barghouti, collage de la JC à Brest - 6 avril 2021

Liberté pour Marwan Barghouti, collage de la JC à Brest - 6 avril 2021

Liberté pour Marwan Barghouti, collage de la JC à Brest - 6 avril 2021

Liberté pour Marwan Barghouti, collage de la JC à Brest - 6 avril 2021

Palestine. Marwan Barghouti, le souffle d’un vent nouveau
Mardi 6 Avril 2021 - L'Humanité

En prison depuis dix-neuf ans, le dirigeant du Fatah est donné vainqueur à la présidentielle en cas de candidature. Pour les législatives, cette figure palestinienne soutient une liste dissidente.

 

Face à l’effritement de son pouvoir, la colère dans les villes et les camps de réfugiés, tant en Cisjordanie qu’à Gaza, et l’illégitimité qui le gagne (la dernière élection présidentielle palestinienne s’est déroulée en mars 2005 et les législatives en janvier 2006), le président palestinien, Mahmoud Abbas, se devait de réagir.

36 listes et une surprise

Mi-janvier, il a annoncé que le scrutin parlementaire se tiendrait le 22 mai, la présidentielle le 31 juillet et le renouvellement du Conseil national palestinien, la plus haute instance décisionnelle de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), le 31 août. Une décision attendue avec impatience : plus de 93 % des Palestiniens en âge de voter se sont inscrits pour pouvoir le faire.

La Commission électorale centrale palestinienne (PCEC) a fait savoir que 36 listes de candidats avaient été enregistrées pour ce scrutin à la proportionnelle intégrale où au moins deux femmes doivent être parmi les dix premiers et représenter 26 % de l’ensemble. La surprise est venue de Marwan Barghouti, la figure politique palestinienne la plus populaire.

Une détermination intacte

Condamné à cinq peines de prison à perpétuité et à quarante ans de prison au cours d’un procès totalement illégal puisqu’il était député et a été enlevé en territoire palestinien par l’armée d’occupation en avril 2002, Marwan Barghouti n’a pas cessé de lutter. Malgré ses 19 ans d’emprisonnement, il a gardé la détermination des premiers jours. Le journal israélien Haaretz va même jusqu’à le décrire comme « l’homme qui pourrait mener son peuple à l’indépendance ».

Bien que membre du Fatah, il a décidé de soutenir une liste baptisée « Liberté », qui sera dirigée par Nasser Al Kidwa, neveu de Yasser Arafat, ancien ministre des Affaires étrangères, et dont la figure numéro 2 ne sera autre que Fadwa Barghouti, son épouse. « Nous espérons que cette liste mènera à la démocratie, a déclaré cette dernière. Nous avons enregistré cette liste et nous espérons qu’elle réussira. »

La corruption gangrène le Fatah

Si Marwan Barghouti s’engage derrière une liste classée comme indépendante et ne soutient pas celle de son parti, dont il est membre du comité central (mais des rumeurs disent qu’il vient d’être exclu de la formation historique, comme c’est officiellement le cas pour Nasser Al Kidwa), c’est parce que les discussions avec Mahmoud Abbas sur la constitution d’une liste large, incluant des Fatawis (membres du Fatah) et des personnalités reconnues pour leur intégrité, n’ont pas abouti.

À l’heure où la corruption gangrène le Fatah et où cette formation est engluée dans une cogestion de l’occupation via l’Autorité palestinienne et les accords de coopération sécuritaire avec Israël, il fallait donner un signal aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza.

Les formations de gauche partent désunies

D’autant que le Hamas entend bien tirer les marrons du feu et que Mohammed Dahlan, ancienne figure du Fatah, parti aux Émirats arabes unis, devenu homme lige des monarchies du Golfe, entend bien redistribuer les cartes. Les formations de gauche partent désunies. Les communistes du Parti du peuple palestinien (PPP), avec Fadwa Khader en tête, dirigeront une liste formée avec le Fida. Mais le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) fera cavalier seul.

Selon le Palestinian Center for Policy and Survey Research, qui a effectué un sondage récemment, la participation électorale serait de 79 %. Le Hamas obtiendrait 27 % des suffrages, contre 24 % au Fatah, 20 % à « Liberté », soutenue par Barghouti, et 7 % à la liste « Avenir » de Dahlan. Dans cet affrontement de mastodontes, les partis de gauche sont crédités de peu de voix. Mais tous les regards se portent également vers la présidentielle.

L’argumentaire du Fatah contre la liste où figure Fadwa Barghouti est sans surprise : la multiplication des listes favoriserait le Hamas.

Marwan Barghouti candidat écraserait ses adversaires avec 22 % des voix, contre 14 % à Ismaël Haniyeh, du Hamas, 9 % à Mahmoud Abbas et 7 % à Dahlan. Depuis plusieurs semaines maintenant, Nasser Al Kidwa a fait savoir qu’il soutiendrait la candidature de Marwan Barghouti « sans réserve et avec force ».

L’argumentaire du Fatah contre la liste où figure Fadwa Barghouti est sans surprise : la multiplication des listes favoriserait le Hamas. Si l’on en croit les sondages et d’un point de vue purement arithmétique, c’est vrai.

Redonner un sens à la lutte

En termes politiques, il en va tout autrement. Nombreux sont les Palestiniens toujours attachés au Fatah en tant qu’organisation fondée par Yasser Arafat et au rôle historique évident mais peu enclins à voter pour lui au vu des figures le représentant : du vieillissant Mahmoud Abbas, 85 ans, aux jeunes (ou moins jeunes) loups qui veulent se partager une poule aux œufs d’or sans aucune initiative nouvelle capable de redonner un sens à la lutte du mouvement national contre l’occupation et la colonisation. Alors que Marwan Barghouti représente bien ce combat aux yeux des Palestiniens. La liste qu’il soutient pourrait aussi éviter une hémorragie de voix vers le Hamas.

Tout peut encore bouger

D’ici aux élections, tout peut encore bouger. Mahmoud Abbas et ses partisans vont sans doute tenter d’intégrer la liste « Liberté » dans la leur. À quelles conditions ? C’est la question. Mais déjà ils brandissent une possible annulation de la tenue du scrutin si Israël ne permet pas aux Palestiniens de Jérusalem-Est de participer aux élections.

Une condition réelle mais qui apparaît comme une ultime manœuvre de la part d’un clan au pouvoir prêt à s’entendre avec le Hamas plutôt qu’à écouter les revendications des Palestiniens. Ces derniers ont hâte de s’exprimer et attendent un signal de mobilisation et d’encouragement pour renforcer la résistance populaire.

Partager cet article
Repost0
7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 05:25
Le prestigieux Prix Israël à un communiste ? Le ministre de l'Education israélien voit tout rouge - L'Humanité, Pierre Barbancey, 6 avril 2021
Le prestigieux Prix Israël à un communiste ? Le ministre de l'Education israélien voit tout rouge
Mardi 6 Avril 2021

Oded Goldreich, un scientifique israélien, communiste, pro-BDS, doit recevoir le prestigieux prix. Le ministre de l’Éducation de Benyamin Netanyahou s’y oppose.

 

Le ministre israélien de l’Éducation, Yoav Galant, un homme d’extrême droite, en a des sueurs froides. Le prix Israël – le plus prestigieux, attribué chaque année par l’État à des personnalités israéliennes ou à des organisations ayant marqué l’année d’un point de vue artistique, culturel ou scientifique – doit être décerné au professeur Oded Goldreich, du département de mathématiques et d’informatique de l’Institut Weizmann, pour ses recherches approfondies sur la théorie de la cryptographie et la complexité algorithmique. Inconcevable pour le ministre de Netanyahou.

Galant voit rouge et « pète une durite »

En effet, non seulement Oded Goldreich est communiste, mais, histoire d’aggraver son cas, il assume totalement et publiquement ses idées. Yoav Galant aurait « pété une durite », comme on dit, en apprenant que, non seulement ce chercheur en informatique était un « rouge », mais qu’en plus, avec quelque 240 autres universitaires israéliens, il avait signé une pétition adressée au Parlement allemand, et non des moindres.

Ils avaient, en 2017, condamné une motion du Parlement allemand désignant le mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) comme antisémite. Les pétitionnaires niaient tout caractère antisémite du BDS, demandaient au gouvernement allemand de ne pas suivre les recommandations du Bundestag, et s’inquiétaient de voir le droit à la liberté d’expression ainsi réduit.

Une requête devant la Cour suprême contre le ministre

Pour le ministre d’extrême droite, « le fait que ce professeur reçoive d’une main le plus prestigieux des prix de la part d’Israël et que, de l’autre main, il soutienne un mouvement qui nie le droit d’Israël à exister est absurde et inacceptable ». Sur sa lancée, il serait intervenu pour que Goldreich ne le reçoive pas.

Le conseil de l’ Académie nationale des sciences d’Israël a rappelé à Yoav Galant que le prix d’Israël est décerné uniquement sur des critères d’excellence en recherche et a déposé une requête devant la Cour suprême contre le ministre. Oded Goldreich a fait savoir que ce serait une grande « douleur » pour lui s’il devait serrer la main de Netanyahou. Ironie de l’histoire, Goldreich est spécialisé dans « les preuves à divulgation nulle de connaissance » (sic).

Pierre Barbancey

Le prestigieux Prix Israël à un communiste ? Le ministre de l'Education israélien voit tout rouge - L'Humanité, Pierre Barbancey, 6 avril 2021
Le prestigieux Prix Israël à un communiste ? Le ministre de l'Education israélien voit tout rouge - L'Humanité, Pierre Barbancey, 6 avril 2021
Partager cet article
Repost0
5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 05:25

Ce texte est le premier d’une série de cinq à paraître ici entre le 29 mars et le 2 avril. Il part de la lecture des notes publiées la semaine dernière par L’INSEE sur la situation économique et sociale de la France. Parallèlement, les aides promises par la Banque centrale européenne (BCE) aux pays membres de l’Union, notamment ceux de la zone euro, tardent à se concrétiser, sans que l’on informe les citoyens des raisons de ce retard.

Par Gérard Le Puill

 

 

Le 17 mars 2020 débutait en France le premier confinement pour tenter de contenir la Covid-19. Douze mois plus tard, la situation sanitaire, mais aussi économique et sociale du pays, ne cesse d’empirer. Face à cette aggravation, le président de la République prétend avoir eu raison bout en bout dans sa manière très solitaire et très autoritaire de décider ce qu’il convenait de faire pour tenter contenir la pandémie. Depuis douze mois, il continue de privilégier la course au profit comme critère unique de la gestion du pays.

Le 26 mars 2021, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publiait plusieurs notes de conjoncture sur la chute de l’activité économique du pays et la montée de son endettement. La note 081 nous apprenait que pour la France, à la fin du quatrième trimestre 2020, « la dette publique de Maastricht s’établit à 2.650,1 milliards d’euros, soit 115,7 % du Produit intérieur brut (PIB). Après les augmentations des deuxième (+ 199,9 Md€) et troisième trimestres (+ 36,1 Md€), la dette publique diminue de 23,7 Md€, ce quatrième trimestre ». Car explique l’INSEE, « l’endettement des trois premiers trimestres est venu alimenter en partie la trésorerie des administrations publiques. Lors de ce quatrième trimestre, les administrations publiques ont utilisé une fraction de leur trésorerie pour financer leur besoin de financement… ».

211,5 milliards d’euros de déficit en 2020

Au regard de ce qui vient de se passer entre janvier et mars 2021, et en tenant compte de ce qui risque de se produire entre avril et juin, on peut penser que l’on s’achemine vers une nouvelle dégradation de la situation sanitaire, économique et sociale du pays, en dépit des fanfaronnades du président de la République. Dans une seconde également publiée le 26 mars sous le numéro 082, l’INSEE précise que « le déficit public pour 2020 s’établit à 211,5 milliards d’euros, soit 9,2 % du PIB, après 3,1 % en 2019. Les recettes diminuent de 63,1 Md€, soit -5 %. Leur baisse est un peu moins prononcée que celle du PIB en valeur (-6,1 %). Ainsi, en proportion du PIB, elles augmentent de 0,6 point, de 52, 3 % en 2019 à 52,9 % en 2020. Le taux de prélèvements obligatoires augmente de 0,9 point et s’établit à 44,7 % du PIB ».

De plus en plus de ménages en situation de précarité

Arrive ensuite un autre texte de l’INSEE, en complément de la note 082. On y précise que les « allocations d’activité partielle s’élèvent à 27,4 Md€ pour l’ensemble de l’année 2020. Elles sont prises en charge pour deux tiers par l’État et pour un tiers par l’UNEDIC dont les dépenses d’allocation-chômage augmentent aussi nettement (+4,1 Md€). Les aides de solidarité aux ménages et aux jeunes en situation de précarité (aide de 150 euros aux jeunes de moins de 25 ans éligibles et de 100 euros par enfant à charge aux bénéficiaires de certaines prestations), s’établissent au total à 2,1 millions d’euros en 2020. Les dépenses au titre de la prime d’activité augmentent de nouveau après une très nette croissance en 2019, suite à une nouvelle revalorisation et à la poursuite de la croissance des effectifs des allocataires. La croissance des arrêts maladie sous l’effet de la pandémie de Covid-19 conduit à un bond des indemnités journalières versées par la Caisse nationale d’assurance maladie (+ 2,1Md€). Enfin, les prestations vieillesse continue de progresser ». La lecture de ces chiffres montre que de toutes petites sommes sont consacrées à la lutte contre la précarité.

À la lecture de ce paragraphe, on se souvient aussi que la Banque centrale européenne, présidée par Christine Lagarde, promettait de mettre 750 milliards d’euros à la disposition des pays de la zone euro dès le printemps 2020. Le chiffre de 1.850 milliards fut même avancé plus tard. On nous disait aussi qu’une partie de ces prêts pouvait se transformer en dons non remboursables pour les pays les plus endettés de la zone euro. À ce titre, la France pouvait bénéficier de 40 milliards d’euros non remboursables, nous disait-on.

La propagande mensongère de Thierry Breton

Au regard des difficultés dans lesquelles l’augmentation du chômage et de l’emploi précaire met la Sécurité sociale, l’UNEDIC et la Caisse Nationale des Allocations Vieillesse (CNAV), on pourrait raisonnablement revendiquer que ces 40 milliards d’euros non remboursables soient attribués à ces trois organismes au prorata de leur budget. D’autant que la contribution de la France « au budget de l’Union Européenne progresse de 2,7 Md€ en 2020 », indique l’INSEE. Cette note complémentaire nous apprend aussi qu’en France, en 2020, « les impôts courants sur le revenu du patrimoine baissent de 14, 1 Md€ (- 4,4 %). La contribution sociale généralisée (CSG) baisse de 2,7 Md€ du fait de la baisse de la masse salariale et d’un taux réduit appliqué aux revenus de remplacement ».

Bref, dans la mesure où les salariés français se sont appauvris en 2020, l’INSEE constate que « les recettes de cotisations sociales effectives diminuent de nouveau nettement ». Alors que ce bilan est en train de s’aggraver en 2021, on peut se poser bien des questions sur la compétence, mais aussi l’honnêteté intellectuelle de nos gouvernants en France comme sur celle des membres de la Commission européenne. À Bruxelles, le Français Thierry Breton est chargé de la politique industrielle, du marché intérieur, du numérique, de la défense et de l’espace. Comme il passe souvent ses week-ends à Paris, il en profite pour faire une propagande mensongère sur les plateaux de la télévision et sur les radios. Au point de prétendre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes grâce à la Commission, tandis que l’on manque de masque et de vaccins sur le plan sanitaire. Il occulte aussi le fait que les chaînes d’approvisionnements de nombreux secteurs industriels sont confrontées à des ruptures consécutives aux délocalisations de productions dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre.

À regarder les choses de près, la Commission européenne, en contact permanent avec des lobbyistes potentiellement corrupteurs, est progressivement devenue un foyer d’incompétence car totalement déconnectée des réalités du terrain. Nous y reviendrons demain concernant ses préconisations pour atteindre la neutralité carbone en 2021.

 

Partager cet article
Repost0
4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 13:03
Dulcie September

Dulcie September

La France s’honorerait de permettre des avancées décisives pour connaître la vérité
Assassinat de Dulcie September à Paris -
Par / 4 mars 2021

Lettre au Ministre de la Justice

Monsieur le Ministre,
Je me permets d’attirer votre attention sur un nouvel élément d’actualité concernant le dossier de l’assassinat de Dulcie September, représentante du Congrès National Africain (ANC) le 29 mars 1988 à Paris.
Ce meurtre, exécuté sans doute par un professionnel, avait suscité une grande émotion populaire. Beaucoup d’éléments indiquent une implication des services secrets du régime d’apartheid. Pourtant le 17 juillet 1992, une ordonnance de non-lieu est rendue par la justice française suite à un abandon précoce de la procédure, ouverte par le Procureur de la République le 11 avril 1988. Tous les observateurs s’accordent à dire que des moyens particulièrement faibles avaient été affectés à cette affaire et que cette procédure était marquée par un défaut très sérieux dans la collecte d’informations élémentaires. Il est à noter par ailleurs que le ministère public pouvait à l’époque recevoir des instructions individuelles de la part du Garde des Sceaux sur la base la loi du 31 décembre 1957 instituant le code de procédure pénale (article 36). Pourriez-vous m’indiquer si cela a été le cas pour le dossier de Dulcie September ?
En tout état de cause sa famille a saisi le 16 février dernier le tribunal judiciaire de Paris sur le fondement de l’article 141-1 du code de l’organisation judiciaire qui prescrit expressément que l’État est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service de la justice.
Je partage les préoccupations exprimée par la famille de Dulcie September et de tous ceux qui depuis des décennies veulent que la vérité apparaisse au sujet de ce meurtre et de son traitement par l’institution judiciaire. La France s’honorerait de permettre des avancées décisives en la matière. Par conséquent je vous serais reconnaissant, Monsieur le Ministre, de suivre ce dossier avec toute l’attention nécessaire.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations les plus distinguées.

 

https://senateurscrce.fr/activite-des-senateurs/les-courriers-officiels/article/la-france-s-honorerait-de-permettre-des-avancees-decisives-pour-connaitre-la

 

Lire aussi:

Apartheid. Meurtre de Dulcie September à Paris : enfin la vérité et la justice ? - par Jacqueline Dérens (L'Humanité,, 29 mars 2021)

Saint-Brieuc : une plaque éphémère en l’honneur de la militante anti-apartheid Dulcie September (Le Télégramme, 29 mars 2021)

29 mars 1989: Assassinat de Dulcie September sur le sol français par des tueurs du régime d'apartheid d'Afrique du Sud

Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris, président du Conseil National du PCF

Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris, président du Conseil National du PCF

Et la réponse du garde des sceaux Dupont - Moretti

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011