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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 06:42

COMMUNIQUE DE PRESSE du PCF : Faire cesser les massacres de Yézidis par la Turquie (PCF)

L'Etat turc a perpétré un nouveau massacre, le 15 août 2018, de kurdes de confession yézidie au Sinjar (Irak).

L'aviation turque a bombardé la population du village de Kojo qui rentrait d'une cérémonie d'hommage commémorant la mémoire de 500 victimes de l'Etat islamique en août 2014. A cette date, les Yézidis avaient été victimes d'une tentative de génocide par Daesh et ce avec la complicité d'Ankara qui soutenait alors les organisations djihadistes de la région. Les hommes furent exécutés et les femmes vendues comme esclaves sexuelles. Il avait alors fallu l'intervention du PKK et du PYD pour sauver des milliers d'entre-eux. Cette implication avait été saluée par l'ensemble de la communauté internationale.

Multipliant les revers diplomatiques, le président R.T. Erdogan s'est lancée dans une politique expansionniste afin d'éliminer les Kurdes. Les troupes turques ont annexé illégalement l'enclave de Djarabulus et le canton kurde d'Afrin (Syrie) dans lesquels des djihadistes de tous horizons ont trouvé refuge commettant de nombreuses exactions. La Turquie s'en prend désormais au Kurdistan d'Irak, multipliant les implantations de bases militaires et les bombardements de civils en dépit des protestations de l’État irakien.

Le Parti communiste français condamne fermement ces bombardements, et exprime sa solidarité avec les Kurdes d'Irak et notamment les Yézidis. Il serait temps que la communauté internationale mette un terme à cette guerre permanente que mène la Turquie contre les Kurdes, à cette politique d'expansion territoriale qui viole l'intégrité des États et le droit international, ajoutant de la déstabilisation dans une région déjà meurtrie par la violence.

Emmanuel Macron et Angela Merkel ont choisi ce moment pour annoncer le renforcement de leurs relations économiques avec la dictature de R.T. Erdogan, témoignant de leur capitulation devant un régime qui piétine les droits humains les plus élémentaires. L'histoire se souviendra de cette compromission.

Paris, le 17 août 2018.

Communiqué du PCF: Faire cesser les massacres de Yézidis par la Turquie (17 août 2018)
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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 05:36

 

Les investisseurs internationaux mettent le grappin sur les terres cultivables de la planète. Dans des pays où il n’y a pas de droits de propriété solidement établis, ces achats se traduisent pour les paysans par des expulsions pures et simples.

L’achat de terres par des investisseurs étrangers est l’une des nouvelles formes de la mondialisation. Ce phénomène a pris une ampleur particulière après le boom des prix agricoles de 2007-2008. On parle d’accaparement des terres et en anglais de « land grabbing », un terme plus critique, qui implique l’idée de mainmise.

Une grande opacité entoure les accords et il est donc difficile de mesurer l’ampleur exacte du phénomène. Les deux sources disponibles – soit la base de données Land Matrix établie par l’International Land Coalition et celle de l’ONG Grain – convergent pour estimer que la surface concernée est de l’ordre de 30 à 37 millions d’hectares (soit entre 300 000 et 370 000 km2).

MONDIALISATION. L’ACCAPAREMENT DES TERRES, ENTRE MONOPOLY ET COLONISATION (L’HUMANITE - JEUDI 9 AOUT 2018 – MICHEL HUSSON)

UN ENCHEVÊTREMENT OPAQUE DES INVESTISSEMENTS

Les données de Land Matrix montrent le caractère très généralisé du phénomène. À peu près tous les pays – hormis ceux d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest – sont concernés comme « receveurs ». Mais, et c’était a priori moins évident de manière intuitive, c’est tout aussi vrai pour les pays « émetteurs ». Cela veut dire qu’il existe des investissements croisés au sein d’une même région du monde, notamment en Afrique. La carte ci-dessous montre la répartition géographique des accords.

Du côté des principaux pays investisseurs, on trouve en tête les États-Unis, avec 8,2 millions d’hectares recensés. La Chine ne vient qu’en quatrième position, après la Malaisie et Singapour. Du côté des pays « receveurs », tous les continents du Sud sont concernés, avec notamment la République démocratique du Congo, le Brésil et l’Indonésie, auxquels il faut ajouter l’Ukraine et la Russie.

Contrairement à une idée reçue, la présence des États-Unis en Afrique est supérieure à celle de la Chine : 3,7 millions d’hectares, contre 2,5 millions. Cependant, ces données ne rendent pas compte de l’enchevêtrement des investissements ni des spécialisations. C’est ce qui permet sans doute d’expliquer pourquoi le Brésil a vendu 2,4 millions d’hectares à des investisseurs étrangers, mais en détient 3 millions dans d’autres pays.

SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE REMISE EN CAUSE

Certains accords prévoient des investissements d’infra-structure susceptibles d’avoir des effets positifs. Mais dans la majorité des cas, comme le souligne l’International Land Coalition, « le modèle dominant d’acquisition de terres à grande échelle a mis en péril les droits et les moyens de subsistance des communautés rurales ». Rien ne permet d’« invalider l’idée qu’il s’agit de mainmise sur les terres ». Dans des pays où il n’existe pas de droits de propriété solidement établis, où les autorités locales ont un intérêt direct à passer un deal avec les multinationales, les achats de terres se traduisent souvent par des expulsions

En 2016, une coalition internationale d’ONG a publié le rapport « Terres communes : sécuriser les droits fonciers et protéger la planète ». Il souligne que « les peuples autochtones et les communautés locales protègent la moitié des terres du globe, mais n’en possèdent formellement que 10 % ». Ce sont donc 2,5 milliards de personnes qui sont « menacées par la faim et la pauvreté si leurs droits fonciers ne sont pas protégés ». La campagne Land Rights Now appelle au doublement de la surface des terres appartenant aux communautés d’ici à 2020.

L’éviction de l’agriculture paysanne par l’agrobusiness prive les paysans de leurs ressources. Si certains trouvent un emploi d’ouvrier agricole mal payé, la majorité va grossir les rangs des sans-terre qui végètent autour des grandes villes ou bien cherchent à émigrer. Et comme une partie des terres est utilisée à des productions comme les biocarburants ou l’huile de palme, c’est l’autosuffisance alimentaire qui est remise en cause. Sans même parler des effets collatéraux sur l’accès à l’eau, détournée au profit de cultures comme celle du sucre de canne, et de l’impact sur l’environnement.

Le seul point positif est que les mouvements sociaux et les campagnes de soutien ont quelque peu freiné le développement du phénomène et contribué à porter le problème sur la place publique. Enfin, la question concerne aussi un pays comme la France. Une loi contre l’accaparement des terres agricoles a été en partie invalidée par le Conseil constitutionnel sous prétexte qu’elle portait « une atteinte disproportionnée au droit de propriété et à la liberté d’entreprendre. » Un bon résumé !

Site : hussonet.free.fr

Pourquoi acheter des terres ?

 

L’agriculture est devenue un bon placement, que ne négligent pas les multinationales ni même certains grands fonds de pension. Les terres achetées permettent de mener à grande échelle des cultures non alimentaires. Mais les investisseurs peuvent aussi chercher à garantir les sources d’approvisionnement en produits agricoles. La question est alors de savoir si le produit des terres achetées est plutôt destiné à la revente sur le marché mondial ou sur celui du pays investisseur. C’est cette question que se sont posée les auteurs d’une étude récente du FMI. Ils montrent que les achats de terres relèvent plutôt d’un « investissement visant à l’indépendance alimentaire que d’une plateforme de recherche de profit ». Mais ce constat ne change rien au fait qu’il s’agit la plupart du temps d’une spoliation, par ailleurs souvent financée par la Banque mondiale.

michel husson

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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 05:33

 

Les géants de l’internet sont connus pour leur recours aux paradis fiscaux, mais, chez ces multinationales, l’évitement de l’impôt est plus la règle que l’exception. Le scandale des Panama Papers puis celui des Paradise Papers nous l’ont rappelé.

Uber fait-elle partie de ces nombreuses firmes transnationales (FTN) qui s’enrichissent en trichant ? Pas vraiment, et c’est là tout le problème. Le droit est, disons, complice. La plupart de ces entreprises transnationales pratiquent à l’envi « l’optimisation fiscale », qui n’est pas illégale à proprement parler. Cela prouve assez le manque de volonté politique de certains États, dont la France, pour lutter sérieusement contre ce fléau plus connu sous le nom d’évasion fiscale.

Qui est Uber, si répandue dans les rues de nos villes ? Uber est une plateforme technologique américaine créée en 2009. Elle met en relation passagers et voitures de transport avec chauffeur (VTC). Elle s’est rapidement exportée à travers le monde et opère à Paris depuis 2012. Uber est devenue l’entreprise phare, l’emblème même, de la société mondialisée, un acteur majeur de l’économie freelance. Beaucoup d’économistes et de responsables politiques n’hésitent plus à parler d’« ubérisation » de l’économie. Uber est d’abord et surtout le symbole du travail précaire et de l’évasion fiscale.

UN CHIFFRE D’AFFAIRES DE 2 MILLIARDS DE DOLLARS ENVIRON EN 2015

D’après le calcul réalisé par le Canard enchaîné, 27 000 chauffeurs Uber roulent en France et réalisent, en moyenne, 60 000 euros de chiffre d’affaires annuel. Sur le nombre incalculable de trajets effectués par ses chauffeurs, Uber touche 400 millions de commissions par an. À l’échelle mondiale, le montant des courses perçues par les chauffeurs d’Uber atteint 10,84 milliards (la Tribune) de dollars en 2015. Soit, pour l’entreprise, un chiffre d’affaires de 2 milliards environ, perçu via les 20 % de commission qu’elle s’octroie sur chaque course.

Le système d’optimisation fiscale d’Uber n’est pas différent de celui adopté par les grandes multinationales de la high-tech (type Gafa). En mai 2013, le géant américain a créé Uber International CV, domiciliée aux Pays-Bas mais dont le siège correspond à l’adresse d’un cabinet d’avocats dans les Bermudes. Cette société n’emploie aucun salarié tout en restant à la tête d’un réseau complexe de filiales basées hors des États-Unis.

Pour parfaire ce montage financier, la filiale Uber International CV a conclu des accords avec sa société mère, Uber Technologies Inc, dont le siège social se trouve quant à lui à San Francisco. La seconde filiale clé du système, baptisée Uber BV, compterait 48 salariés et se trouve également domiciliée… aux Pays-Bas. Le revenu généré par une course (quel que soit le pays) est envoyé à Uber BV, qui reverse 80 % du montant de ladite course au chauffeur – qui, lui, payera des impôts dessus – via une autre société écran nommée Rasier Operations BV. Sur les 20 % restants, seulement 1 % des revenus est déclaré et taxé à hauteur de 25 %. Le reste est partagé entre les filiales locales (comme Uber France) et Uber International CV. Cette dernière reverse 1,45 % de royalties à Uber Technologie Inc, qui seront taxés aux États-Unis. Une grande partie des 20 % qui ne vont pas au chauffeur échappe donc librement à l’impôt.

Les Pays-Bas sont classés comme le troisième « pire paradis fiscal » par l’ONG Oxfam, derrière les Bermudes et les îles Caïmans. Il s’agit du paradis fiscal préféré des entreprises européennes. Selon Oxfam toujours, l’évasion fiscale des multinationales coûte au moins 100 milliards de dollars par an, autant d’argent qui ne profite pas aux pays pauvres, à la lutte contre les injustices et les inégalités. Le sociologue Pierre Bourdieu nous avait pourtant avertis : « Le néolibéralisme reprend les plus vieilles idées du patronat, sous un message chic et moderne. C’est une “révolution” conservatrice qui veut imposer un retour à une forme de capitalisme sauvage et cynique, qui organise l’insécurité et la précarité, qui se réclame du progrès mais qui glorifie l’archaïque loi du plus fort. »

le guide touristique de la fraude - SAINTE-LUCIE

Sainte-Lucie est un petit État insulaire situé dans la mer des Caraïbes, au sud de la Martinique. Le pays est membre de la Communauté caribéenne et utilise le dollar des Caraïbes orientales comme monnaie légale. L’île a été tour à tour gouvernée par les Anglais et les Français jusqu’en 1814, puis les Britanniques en ont pris définitivement le contrôle. En 1979, Sainte-Lucie est devenue un État indépendant du Commonwealth associé au Royaume-Uni. Sainte-Lucie propose des garanties très importantes en termes d’anonymat et de confidentialité. La loi sur les sociétés commerciales internationales assure la confidentialité aux actionnaires, administrateurs et dirigeants. La société International Business Company (IBC) incorporée à Sainte-Lucie est populaire car elle offre un double avantage : la confidentialité et l’anonymat du client, sans exigences d’audit ou de rapports. Le gouvernement propose en outre de faibles taux annuels et des possibilités flexibles d’organisation des entreprises. En 2017, l’Union européenne a adopté une liste noire de 17 paradis fiscaux incluant Sainte-Lucie. En mars 2018, trois pays initialement sur la liste noire en sont retirés : Bahreïn, les îles Marshall et Sainte-Lucie. Ils ont basculé dans la liste grise des pays ayant pris des engagements de bonne conduite en matière fiscale, font et feront l’objet d’un suivi.

Xavier Derrac

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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 05:32
RFI - NELSON MANDELA: DES MILLIERS DE DOCUMENTS CONFIDENTIELS AMERICAINS PUBLIES
RFI - NELSON MANDELA: DES MILLIERS DE DOCUMENTS CONFIDENTIELS AMERICAINS PUBLIES

100 ans jour pour jour après la naissance de Nelson Mandela, des documents sortent des tiroirs. Il s’agit de documents confidentiels sur l'icône de la lutte anti-apartheid. L'organisation Property of People a profité des cérémonies du centenaire, ce mercredi, pour les publier. Et ils révèlent que les Etats-Unis ont continué à surveiller Nelson Mandela, bien après sa sortie de prison en 1990.

Ces documents montrent comment le FBI a enquêté sur les mouvements sud-africains et sud-américains de lutte contre l'apartheid. Des mouvements que les Etats-Unis associaient à de « dangereuses conspirations communistes » et percevaient donc comme une menace, comme l’explique le président de Property of the People, Ryan Shapiro, dans un communiqué.

Pire encore, poursuit-il : « Les documents démontrent que le FBI a continué ses enquêtes sur Nelson Mandela » bien après sa libération en 1990, après avoir passé 27 ans de sa vie derrière les barreaux en Afrique du Sud. Nelson Mandela est resté inscrit sur une liste américaine de surveillance des terroristes jusqu'en 2008.

Marthin Luther King aussi sous surveillance

Mais il n'est pas la seule figure de lutte contre l'oppression raciale à avoir été surveillée par les Etats-Unis. Le FBI a également enquêté sur l'Afro-Américain Marthin Luther King et le mouvement des droits civiques dans les années 50-60.

Ces révélations sont issues de documents des principales agences de renseignement américaines : le FBI, la CIA, la DIA et la NSA. Des milliers de notes et de rapports qui n'ont, pour la plupart, jamais été vus par le public.


 Winnie Mandela également surveillée

Les Etats-Unis n'ont pas toujours regardé d'un bon œil l'ex-épouse de Nelson Mandela.  Dans une note de 1991, la DIA, l'Agence américaine de renseignement de défense, évoque « l'influence significative » de Winnie Mandela sur son époux. A cette époque, Nelson Mandela est alors président de l'ANC, le Congrès national africain, redevenu légal. Il négocie le démantèlement de l'apartheid avec le pouvoir en place.

« Les autorités africaines l'ont vu pendant les négociations, écrit la DIA, Nelson Mandela s'était accordé avec le gouvernement sur certains points. Après discussion avec son épouse, il a changé d'avis ». Conclusion formulée par l'agence de renseignement : « L'influence de Winnie Mandela sur la politique sud-africaine est négative ».

1991, c'est aussi l'année du divorce de Nelson et Winnie Mandela. Un événement suivi de près par le FBI. Dans un document de 7 pages, les services américains recensent les apparitions médiatiques de l'ex-épouse du héros de la lutte contre l'apartheid, ses déclarations politiques et déclarations liées à sa situation conjugale.

La plupart de ces documents, dévoilés par l'organisation Property of the People, n'ont jamais été vus par le public.

 

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17 août 2018 5 17 /08 /août /2018 12:30
Le Portugal fait un bras d'honneur économique à Bruxelles, et c'est un miracle (La Dépêche, 18 août 2018)

C’est un « miracle » embarrassant pour Bruxelles car il repose sur une politique anti-austérité totalement contraire à la doxa économique imposée par la technostructure européenne aux états membres. 
Et si les résultats spectaculaires obtenus par le gouvernement de gauche d’Antonio Costa depuis bientôt trois ans se poursuivent, c’est tout le référentiel européen inspiré du modèle allemand qui pourrait s’en trouver bouleversé. 
Discrètement donc, car pour la Commission européenne, citer Lisbonne en exemple reviendrait à se désavouer, le Portugal accomplit des prouesses économiques là où la plupart des pays de la zone euro échouent ou touchent aux limites du système.

Le chômage a reculé de 11,1 % à 7,9 % 
au début de l’année

Quelques chiffres d’abord : entre 2016 et 2018, le pays a ramené son déficit budgétaire de 2,1 % à 1,5 % de son PIB (3,2 % attendus en France fin 2018). Sur la même période, le taux de chômage a reculé de 11,1 % à 7,9 % au début de l’année, et devrait s’établir à 7 % en 2019. 
En 2017, le Produit intérieur brut (PIB) du Portugal a progressé de 2,5 %, contre 1,9 % pour la zone euro et seulement 1,5 % de croissance pour la France. Et que dire de la réindustrialisation de la péninsule, dans les secteurs du textile, de la chaussure ou encore de l’automobile ? 
Après avoir investi dans les pays de l’est, à la recherche du main-d’oeuvre bon marché, les industriels relocalisent au Portugal qui garantit une production de qualité et un coût du travail toujours avantageux.

Une coalition de gauche au pouvoir

Pour relancer l’économie, le socialiste Antonio Costa, soutenu par le Parti communiste, les écologistes et la gauche radicale portugaise, a fait le pari d’une politique en rupture totale avec les recommandations de Bruxelles.
C’était d’ailleurs l’une des promesses de la coalition lorsqu’elle était en campagne : « La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs », pouvait-on lire dans le programme de la gauche, alors dans l’opposition.

 

Hausse du SMIC et des retraites, renforcement des droits du Travail

A peine élu, le nouveau gouvernement a tenu ses engagements anti-austérité et pris le contre-pied du modèle économique soutenu par Bruxelles. 
Le salaire minimum (SMIC) est passé de 530 € à 557 € en 2017 et doit encore être porté à 600 € en 2019. Les pensions de retraite, comme les allocations familiales, ont également été augmentées, tandis que les impôts sur les bas salaires ont été réduits. Le programme de privatisation de services et d’infrastructures mis en œuvre par la droite a été stoppé, tout comme le processus de réduction des salaires des fonctionnaires dont le temps de travail devrait entre porté à 35 heures hebdomadaires.
Les droits du travail ont également été renforcés.

Ni austérité, ni populisme

Après l’avoir longtemps subi, comme la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, en échange des prêts du FMI, le Portugal s’est libéré du modèle économique imposé par la Commission européenne. Et en à peine deux ans, il a apporté la preuve qu’entre le système austéritaire modélisé par Bruxelles et la chimère populiste, une troisième voie existe. 
Soutenue par un bond remarquable de son tourisme, comme si la chance ne souriait qu’aux audacieux, sa politique de relance de la demande par la hausse du pouvoir d’achat et de la protection des salariés, fonctionne à haut rendement... 

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 07:41

En 2017, le nom de la rock star irlandaise est apparu dans un des circuits d’évasion fiscale dévoilés par les Paradise Papers. Ce n’était pas une première pour le héraut des bonnes causes, adepte avec son groupe de l’évitement de l’impôt.

D’un côté, il y a les tournées officielles de U2. Après avoir parcouru les États-Unis, leur dernière en date sillonne le Vieux Continent à partir de fin août. Et puis, il y a les circuits non officiels. Ceux de leurs sous qui passent par des destinations où les quatre gens de Dublin ne se produiront sans doute jamais : Malte, Guernesey, la Lituanie… C’est ce qu’ont dévoilé les Paradise Papers en novembre 2017. Le quotidien britannique The Guardian et le site lituanien 15 min ont relevé le nom de Paul Hewson dans les documents consacrés à une société maltaise, Nude Estates, propriétaire d’un centre commercial à 60 kilomètres de Vilnius. Le patronyme de naissance de Bono apparaît parmi ceux des investisseurs qui ont financé l’acquisition, via des montages financiers optimisés.

Malte est en effet très accueillante pour les étrangers en quête de placements rentables : les plus-values n’y sont imposées qu’à 5 %. En l’occurrence, Nude Estates a acheté en 2007 ce centre commercial contre 5,8 millions d’euros, via une société du même nom créée dans le pays balte. En 2012, le titre de propriété est transféré à une troisième structure, Nude Estates 1, celle-ci enregistrée à Guernesey, où les profits réalisés par les compagnies qui y sont enregistrées ne sont là non plus pas taxés. Placée sur le gril du fisc lituanien après ces révélations, Nude Estates a versé, début 2018, 34 000 euros d’impôt sur le revenu et 19 000 euros d’amende, afin d’éteindre les poursuites.

À l’époque, Bono avait fait valoir qu’il n’était qu’un investisseur « passif » et « minoritaire » dans ce montage. Soulignant qu’il effectuait toujours ses investissements en son nom, et non sous couvert de sociétés-écrans, il avait « salué » la publication de ces révélations. « J’ai milité pour que les propriétaires de sociétés offshore soient rendus publics. (…) Il devrait y avoir des registres publics pour que la presse et le public puissent voir ce que les gouvernements, comme Guernesey, savent déjà. »

Mais ce couplet sonne faux, alors que le chanteur aux multiples causes humanitaires s’est déjà fait prendre la main dans le pot de l’optimisation fiscale. Avant cet épisode, il y eut en 2006 la migration d’Irlande vers les Pays-Bas de U2 Limited, le fonds gestionnaire des bénéfices récoltés via la vente de leurs albums et leurs concerts. Avant 2006, le groupe, comme les autres artistes domiciliés en Eire, bénéficiait d’une ristourne fiscale pour ce genre de revenus. Mais Dublin a eu la fâcheuse idée d’adjoindre un plafond à cette niche fiscale. La bande à Bono a alors envoyé U2 Limited aux Pays-Bas, où l’y attendait un système plus accueillant. Celui-ci permet à toute société de droit néerlandais d’y faire remonter les bénéfices générés par des activités effectuées dans d’autres pays sous forme de versements de royalties et droits de licence. Cette pompe à bénéfices, taxée symboliquement par les Néerlandais, réalise en plus le prodige d’annuler toute taxation ailleurs.

Selon Billboard, l’étape américaine du « Joshua Tree tour 2017 » a engrangé 46,4 millions d’euros. On comprend mieux le tropisme de Bono and Co pour Amsterdam. En 2006, une banderole « Payez vous aussi vos impôts » avait été hissée lors d’un concert. Bono avait répliqué en déclarant « payer une fortune en taxe et être content de le faire. Mais ça ne veut pas dire que, puisque vous êtes bon en philanthropie (…), les gens pensent qu’on devrait être stupide en affaires ». Et Bono s’y connaît en bonnes affaires. En 2009, Elevation Partners, fonds dont il est l’un des fondateurs, avait pris 2,4 % dans un réseau social naissant… Facebook, autre spécialiste de l’optimisation fiscale.

 

Le guide touristique de la fraude - Pays-Bas

 

Quatre-vingt-onze des cent plus grandes multinationales mondiales ont au moins une filiale stratégique aux Pays-Bas. Si elles en profitent pour y déposer leurs brevets et revenus liés à la propriété intellectuelle, exemptés d’impôts, le pays sert avant tout de plaque tournante financière. Les Pays-Bas sont le premier récepteur et émetteur au monde d’investissements directs à l’étranger, autrement dit d’achats et de ventes de titres d’entreprise. On ne parle pas ici d’investissement productif, mais bien d’internationalisation des firmes à but d’optimisation fiscale. Les Pays-Bas ne sont pas directement un paradis fiscal, mais plutôt une gigantesque pompe financière : ils absorbent les milliards des multinationales, et les rejettent, quasiment sans frais,  dans les Antilles néerlandaises, avec lesquelles le pays a de très avantageux accords – empêchant notamment la double imposition – et où les taux d’imposition se situent entre 0 % et 5 %. Cette stratégie bien connue s’appelle le « sandwich hollandais ». 8 000 milliards d’euros de flux financiers transitent ainsi chaque année par les Pays-Bas en toute impunité, puisque l’administration néerlandaise se révèle incapable de contrôler plus de quelques dizaines de transactions.

Stéphane Guérard

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 07:40

 

Un député de l’opposition, arrêté, a admis sa culpabilité dans la tentative d’attentat contre le président Nicolas Maduro.

Dans une belle et habituelle unanimité, les grands médias internationaux continuent à mettre en doute la tentative d’attentat perpétrée contre le président vénézuélien, Nicolas Maduro, le 4 août. Ainsi l’Agence France Presse (AFP) n’écrit-elle le mot attentat qu’entre guillemets, laissant ainsi penser qu’il s’agit de faits montés de toutes pièces par le gouvernement de Caracas. En cela, elle suit l’opposant vénézuélien en exil Julio Borges, ancien président du Parlement, qui a qualifié de « farce » cette tentative d’assassinat.

Nicolas Maduro a accusé l’opposition vénézuélienne et l’ex-président colombien Juan Manuel Santos d’être derrière cette attaque fomentée avec des fonds provenant des États-Unis. Un mystérieux groupe qui serait composé de civils et de militaires a pourtant revendiqué l’action dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux qui stigmatise « le système éducatif (qui) n’enseigne plus rien et ne fait qu’endoctriner avec le communisme ». Un texte signé du Mouvement national des soldats en chemise, dont on ne sait si celle-ci est noire.

19 PERSONNES « DIRECTEMENT LIÉES » À CET ATTENTAT

Selon le procureur, 19 personnes au total sont « directement liées » à cet attentat qui, selon le gouvernement, a été organisé depuis une ferme de Chinacota, en Colombie, par des personnes qui ont reçu pour cela 50 millions de dollars. Parmi les personnes incarcérées, le député de l’opposition Juan Requesens, du parti Primero Justicia (la Justice d’abord), fondé par Julio Borges, qui a admis sa culpabilité. « Il y a plusieurs semaines, j’ai été contacté par Julio Borges qui m’a demandé de faire passer une personne du Venezuela vers la Colombie. Il s’agit de Juan Monasterios », un des auteurs présumés de l’attaque, a-t-il déclaré. Monasterios est un militaire vénézuélien à la retraite qui a admis avoir participé à l’attentat.

La vidéo a été présentée par le ministre de la Communication, Jorge Rodriguez. Il a annoncé avoir demandé à Interpol de délivrer une « notice rouge » – message d’alerte de demande d’arrestation adressé à ses États membres – contre Borges, exilé en Colombie. « La demande s’étend à d’autres personnes résidant en Colombie et aux États-Unis », a-t-il précisé, ajoutant : « Je mets au défi ­Julio Borges de démentir » l’aveu de Juan Requesens, dont l’immunité parlementaire a été retirée par décision de l’Assemblée constituante.

DES « CELLULES TERRORISTES » SERAIENT BASÉES EN FLORIDE

Vendredi, les députés de l’opposition et des dizaines de personnes ont défilé jusqu’au siège de l’Organisation des États américains (OEA) à Caracas, pour demander la libération de Juan Requesens et que le mandat d’arrêt délivré contre Borges ne soit pas reconnu par la communauté internationale.

Fort du soutien que lui a réaffirmé l’armée, Nicolas Maduro a dénoncé l’activité de « cellules terroristes » basées en Floride, coordonnées par Osman Delgado Tabosky qui aurait financé l’attaque, et a suggéré à Washington de coopérer à l’enquête. En réalité, les États-Unis cherchent, par tous les moyens, à renverser le gouvernement en place à Caracas et poussent leurs alliés régionaux à faire de même. La tentative d’attentat participe de cette atmosphère, ajoutée à une campagne sur une supposée violation des droits de l’homme et une asphyxie économique du Venezuela. Un scénario utilisé maintes fois ces dernières décennies par les États-Unis pour justifier leur intervention (militaire ou non), comme actuellement vis-à-vis de l’Iran, et changer les régimes en place, coupables de n’être pas dociles et de ne pas s’offrir au souteneur américain. 

Pierre Barbancey

 

 

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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 06:02

Une association belge, « EU DisinfoLab », a répertorié nominativement près de 60 000 comptes Twitter de citoyen-ne-s français-es ayant réagi à l’affaire Benalla depuis sa révélation le 18 juillet dernier par la presse. Il s'agit rien de moins que d'un fichage politique, totalement illégal, puis que l'un des deux fichiers Excel établit des corrélations avec des sites de médias ou d'organisations politiques.


Ce travail réalisé, prétendument pour mettre en évidence une manipulation de l'information sur les réseaux sociaux, est une atteinte grave et inadmissible à notre démocratie, aux droits inaliénables des citoyen-ne de notre pays, de penser, d'expression et d'engagement. Cette méthode n’est pas sans rappeler les fichages de triste mémoire de la police de Vichy.

« EU DisinfoLab » contrevient ainsi dans notre pays à la loi Informatique et Libertés de 1978 mais aussi au nouveau règlement européen sur la protection des données.


La CNIL interpellée par plusieurs personnes citées dans les fichiers annonce qu'elle se saisit de cette affaire, c'est une première étape mais des investigations poussées doivent maintenant être diligenter par les autorités françaises.

Le PCF – dont nombre de sympathisant-e-s et de militant-e-s parmi lesquels des parlementaires se trouvent ainsi listés – exige que toutes les mesures soient prisent d'une part pour protéger les personnes « fichées » et leurs droits fondamentaux garantis et d'autre part pour qu'une enquête soit diligentée dans les plus brefs délais.


Le PCF sera particulièrement vigilant aux suites données par le gouvernement et la Présidence de la République en la matière.



Parti communiste français

 

 

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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 06:00

 

Championne de la délocalisation, la multinationale est aussi experte en optimisation fiscale. Les documents fournis par les Paradise Papers montrent un schéma complexe lui permettant d’alléger son imposition de plus de 100 millions par an.

Whirlpool, multinationale américaine, numéro un mondial de l’électroménager et aussi championne de l’optimisation fiscale. Pour éviter de payer ses impôts et accroître au maximum ses bénéfices, le groupe ne recule devant rien. Les 278 ouvriers de l’usine d’Amiens, ville natale d’Emmanuel Macron, en ont fait les frais. En janvier 2017, en pleine campagne présidentielle, ceux-ci ont appris la fermeture prochaine de leur usine. Leur production se fera dorénavant à Lodz, en Pologne. Très rapidement, le site amiénois devient le théâtre d’une lutte politique entre Emmanuel Macron et la candidate du Front national, Marine Le Pen, lorsque cette dernière décide de se rendre sur le parking de l’usine au moment même où le candidat d’En marche ! rencontre les syndicalistes à la chambre de commerce et d’industrie. Au final, l’épisode ne changera rien à la délocalisation prévue. L’usine est vendue pour un euro symbolique à une entreprise locale fondée par Nicolas Decayeux, abandonnant cent emplois. Quant aux ex-Whirlpool, ils se verront proposer un lave-vaisselle en guise de cadeau de licenciement…

Au rayon de l’optimisation fiscale, Whirlpool trône aux côtés de Nike, Apple, Total, dans la liste des Paradise Papers, publiée en novembre 2017. Comme beaucoup d’entreprises, la toile tissée par la multinationale, et révélée en France par le Monde, suit un schéma complexe pour « faire circuler des centaines de millions d’euros de cash entre des sociétés boîtes aux lettres dans des paradis fiscaux », explique le quotidien. Et ce, en toute légalité.

En clair, les recettes des filiales de par le monde ne vont pas directement dans les caisses de la maison mère américaine, dont le siège historique se trouve dans le Michigan. Outre la remontée des dividendes versés par les filiales aux sociétés actionnaires, du cash circule sous forme de prêts et de remboursements internes, vidant les entreprises de leurs résultats imposables, dans une multitude de holdings financières qui sont autant de coquilles vides, basées dans un paradis fiscal où cet argent sera exonéré d’impôts sur les intérêts reçus. Des structures basées au Delaware, cet État prisé des plus grosses entreprises américaines, mais également aux Bermudes, où le groupe dispose d’au moins trois filiales. Reste que la multinationale ne se limite pas aux seuls pays inscrits sur les listes noires des paradis fiscaux. En Belgique, par exemple, où la législation est favorable aux entreprises y installant des « centres de coordination » qui permettent le financement d’investissements internes au groupe, Whirlpool a placé des sortes de « banques ».Pour réaliser son circuit, la multinationale a pu compter sur le savoir-faire de plusieurs cabinets d’affaires, dont l’un des plus connus est le cabinet Appleby. Au service de clients soucieux de cacher leurs fortunes, il est présent dans sept « juridictions clés » du monde offshore : les Bermudes, les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans, Jersey, Guernesey, l’île de Man, Maurice et les Seychelles. Une pieuvre mondiale, au point qu’il est impossible de localiser le véritable siège social de l’entreprise.

Ce système a permis à Whirlpool de ne payer que 209 millions de dollars d’impôts sur un peu plus de 1 milliard de dollars de bénéfices en 2015, soit un gain de plus de 100 millions de dollars pour la multinationale si le taux d’imposition sur les sociétés de 35 % en vigueur outre-Atlantique avait été appliqué. « Ce sont des activités d’optimisation fiscale et financière normales. (…) Whirlpool respecte toutes les lois et régulations applicables dans les pays où nous opérons », se défend le groupe. Business as usual.

 

Les paradis de la fraude : Irlande

En République d’Irlande, l’impôt sur les sociétés est parmi les plus bas d’Europe, à 12,5 %, contre 33,3 % en France. Et les arrangements au cas par cas avec des entreprises y sont nombreux. À tel point que les géants de l’Internet, comme Apple ou Google, ont fait du pays de la Guinness leur terre promise européenne. De 2003 à 2014, Apple a été ainsi imposée à seulement 0,005 %. En août 2016, la Commission européenne a sanctionné l’Irlande, qualifiant d’aides d’État illégales le régime fiscal accordé à l’entreprise américaine, et en la sommant de récupérer auprès de la multinationale 13 milliards d’euros d’avantages indus. Un premier versement de 1,5 milliard d’euros a été effectué en milieu d’année, mais Dublin rechigne à récupérer le pécule. Car l’Irlande vit du dumping fiscal. Pour rappel, en 2015, compte tenu du chiffre d’affaires enregistré par les multinationales installées en Irlande, le PIB du pays avait bondi officiellement de 26,3 %. Un taux incroyable qui avait poussé les autorités, non à réviser leur niveau d’imposition, mais à plancher sur un indicateur plus ou moins sensible aux variations des recettes engrangées par les firmes étrangères, en préférant au PIB le revenu national ajusté.

Clotilde Mathieu

 

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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 05:49
Rupture dans la continuité - Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite (Ludovic Lamant, Médiapart - 13 août 2018)
Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite
 PAR 

L’ex-premier ministre s’est entouré de conseillers et multiplie les dîners à Barcelone, en vue des municipales de mai 2019. Face aux indépendantistes, Manuel Valls veut être le « candidat de l’ordre ». Mais il retarde sa décision, conscient du risque d’échec. Issu de la droite dure, l’un de ses conseillers crispe.

 

Barcelone (Espagne), envoyé spécial.– Il répète qu’il n’a pas pris sa décision. « Je me donne encore quelques semaines de réflexion », a fait savoir Manuel Valls au quotidien El País le 19 juillet. L’ancien premier ministre français a prévu de dire, en septembre ou octobre, s’il se lançait dans la course à la mairie de Barcelone, en vue des élections du 26 mai 2019.

Il est en tout cas très « motivé », selon le mot d’Inés Arrimadas, la figure montante de Ciudadanos en Catalogne. Ce parti de la droite libérale, allié de LREM en France, a proposé à l’ancien premier ministre d’être son candidat pour Barcelone. « Il doit prendre la décision, qui n’est pas seulement politique mais personnelle, de se lancer dans une aventure qui serait fantastique et inédite », s’est enthousiasmée Arrimadas mi-juillet.

Durant l’été, Valls consulte à tout-va. L’ancien socialiste enchaîne les dîners dans la capitale catalane, rencontre des chefs de parti, des patrons de presse et des entrepreneurs. Avec un groupe d’une quinzaine de conseillers qui militent pour sa candidature et l’alimentent en fiches, Valls tente d’ébaucher une stratégie pour remporter la deuxième ville d’Espagne, où il est né en 1962 avant d’emménager, très jeune, en France.

À peine lâchée l’hypothèse d’un parachutage Valls, des figures de la politique locale se sont préparées à la bataille. « Certains ont l’air désespéré au point de chercher des noms de célébrités », a ironisé la maire de Barcelone, Ada Colau, une ancienne activiste pour le droit au logement. Elle a aussi critiqué les positions « réactionnaires » de Manuel Valls sur les questions migratoires, ajoutant : « Ce qui m’interpelle, c’est qu’il ne vit pas à Barcelone. » Le candidat socialiste, Jaume Collboni, a lancé quant à lui : « Barcelone ne peut pas être un simple prix de consolidation pour les carrières politiques empêchées. »

Du côté du monde indépendantiste, le ton est plus rude, face à ce qu’on appelle dans le football espagnol un « fichaje galáctico », un « transfert phénoménal ». Pour le conservateur Xavier Trias, ancien maire de la ville (de 2011 à 2015), Valls est tout simplement « un facho », en référence à sa défense arc-boutée de « l’unité de l’Espagne ». Quant à Alfred Bosch, candidat à la mairie pour l’ERC, la gauche républicaine indépendantiste, il déclare : « Barcelone n’est pas une piste d’atterrissage pour parachutés. »

Cet accueil glacial n’a semble-t-il pas découragé le Franco-Espagnol. Citant des sources internes à Ciudadanos, La Vanguardia, le quotidien le plus influent de Barcelone, donnait début juillet Valls partant à « 96 % ». Dans les QG des partis catalans, qui préparent déjà la campagne de l’an prochain, les spéculations vont bon train. « J’ai l’impression qu’il sera candidat, il multiplie les prises de contact avec des gens de premier rang, dans de nombreux secteurs, son agenda est très étudié », assure à Mediapart Ramón Luque, un dirigeant écolo-communiste qui travaille à la réélection d’Ada Colau.

« Il a franchi un certain nombre d’étapes précises qui me donnent l’impression qu’il va se présenter », renchérit Carlos Prieto, le directeur de campagne du PSC, les socialistes catalans. « En mai dernier, il avait 80 % de chances de l’emporter. Maintenant, avec l’arrivée des socialistes au pouvoir à Madrid, cela s’annonce plus difficile », tempère, sous le sceau de l’anonymat, un politique catalan qui a proposé ses services à Valls.« Cela me semblait plus probable il y a trois mois qu’aujourd’hui », évalue de son côté l’éditorialiste vedette de La Vanguardia, Enric Juliana.

« Il existe une certaine attente, dans une partie du monde entrepreneurial et dans l’establishment. Ces secteurs sont orphelins de l’ancien parti Convergència [le parti de Jordi Pujol, longtemps majoritaire – ndlr], qui s’est radicalisé ces dernières années dans sa défense de l’indépendance. Il y a là un électorat déçu à reconquérir et Valls a les moyens d’occuper cet espace politique de l’ordre, analyse le journaliste Roger Palà, du site d’enquête catalan El Crític. Ici, on aime les choses pittoresques. Qu’un Français, ancien premier ministre, et qui en plus parle catalan, débarque, ça nous occupe. Après, c’est autre chose de savoir si cela va fonctionner… »

Valls, candidat de « l’ordre », face à la « populiste de gauche » Ada Colau ? Le député français s’est imposé dans le débat public espagnol en pleine tempête indépendantiste. Il est devenu, en décembre 2017, l’une des voix les plus fermes à l’encontre du « Procès » (vers l’indépendance) de Carles Puigdemont et de ses alliés. Ses interventions musclées en défense de « l’unité de l’Espagne » ont marqué les esprits, dans une émission télé très suivie (l’Espejo Público de Susanna Griso), dans des conférences avec des élus, de gauche comme de droite, ou encore des meetings organisés par la Societat Civil Catalana (SCC), une plateforme qui rassemble les adversaires de l’indépendantisme catalan.

Point d’orgue de cette Blitzkrieg menée contre les partis indépendantistes – et qui n’apas fonctionné dans les urnes –, Valls est intervenu devant une salle comble, le 16 décembre, aux côtés d’Albert Rivera, le leader de Ciudadanos ou encore de Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature aux positions très conservatrices (vidéo ci-dessous). D’après un article d’El Mundo, des responsables de la SCC approchent Valls dès ce 16 décembre pour lui parler d’une éventuelle candidature à la mairie. À l’époque, « il les regarde bouche bée et rejette l’offre ».

« Je doute de la compétitivité de Valls dans un contexte municipal »

En mars 2018, son état d’esprit a évolué. En marge d’une « marche constitutionnaliste » dans les rues de Barcelone – pour la défense de la Constitution espagnole –, Valls se fait cette fois courtiser par Albert Rivera, qui se trouve à l’époque très haut dans les sondages. Rivera sait que son parti manque de personnalités de premier plan.

Son alliée Inés Arrimadas est la chef de file de Ciudadanos pour la Catalogne. Mais au niveau de la ville de Barcelone, il n’y a que des seconds couteaux – en l’occurrence, une ancienne députée régionale du Parti populaire (PP), Carina Mejías – pour les municipales à venir. « Le banc de Ciudadanos est si pauvre qu’ils n’ont même pas un candidat sur place », ironise Ramón Luque, pour le camp d’Ada Colau.

Valls, depuis, hésite manifestement à se lancer. En délicatesse sur la scène française, éclipsé par le surgissement d’Emmanuel Macron, l’ancien maire d’Évry sait que Barcelone, ville-monde, serait une formidable occasion pour lui de se relancer. À ses yeux, ce serait « un engagement dans un autre pays, au nom de l’idéal européen », bref, une manière de « symboliser l’Europe par la preuve ». Mais il est aussi conscient qu’un échec en Espagne, après la victoire poussive – et largement contestée – dans sa circonscription d’Évry aux législatives de 2017, compliquerait un peu plus la suite de sa carrière politique.

Sur la route de la mairie, deux obstacles sérieux se dressent. D’abord, Valls est très identifié au débat sur « l’unité de l’Espagne ». Mais le scrutin de 2019 pourrait bien se jouer sur d’autres enjeux. « Les municipales ont toujours été dominées à Barcelone par des débats locaux. Quels travaux lancer, quelle ligne de métro creuser ? Les élections à venir ne seront donc pas forcément marquées par le Procès. En tout cas, rien ne dit à ce stade que ce sera le dossier décisif. Et je doute de la compétitivité de Valls dans ce contexte », avance le journaliste Roger Palà.

Valls s’est déjà fait piéger dans un entretien à la radio catalane – mené par un journaliste qui ne cache pas ses convictions indépendantistes –, lorsqu’il s’est trouvé incapable de dire combien Barcelone comptait de quartiers, ou lequel de ces quartiers affichait le revenu par habitant le plus faible. Depuis, l’image d’un Français qui ne connaît rien à la ville lui colle à la peau.

L’autre difficulté est plus structurelle. En quelques mois, le paysage politique espagnol a totalement changé. Le socialiste Pedro Sánchez a pris la place de Mariano Rajoy à la Moncloa, et dirige un gouvernement qui cherche à se montrer plus conciliant sur la question catalane. Aussi fragiles soient-ils, les sondages, scrutés de près par les équipes politiques, esquissent un tassement de Ciudadanos en Catalogne, au profit du PSC, les socialistes catalans.

Quant à Rajoy, il a cédé sa place à la tête du PP, le parti populaire, au jeune loup Pablo Casado, aux positions tout aussi intransigeantes qu’Albert Rivera sur la Catalogne. Bref, les beaux jours de Ciudadanos, qui caracolait en tête dans les sondages au printemps, après sa victoire en trompe-l’œil aux régionales de décembre 2017, semblent passés. « Le scénario n’est plus du tout celui d’il y a trois mois, résume Enric Juliana. Le PSOE est au gouvernement, le PP cherche à se revitaliser comme force d’opposition, avec un profil jeune. Pour Ciudadanos, le scénario a totalement changé. »

Conscient de cette double difficulté, Valls a mis au point, avec son entourage, une stratégie inattendue. Il veut apparaître moins clivant sur la question de l’indépendance, en intégrant parmi ses soutiens ceux que l’on appelle des « catalanistes ». Des citoyens qui, sans être indépendantistes, reconnaissent les spécificités d’une histoire et d’une identité catalanes. « J’aurai le soutien de Ciudadanos [si je suis candidat], mais je ne veux pas être le candidat d’un seul parti », a-t-il déjà expliqué.

En clair, il rêve d’une plateforme transversale, qui aille de la droite dure « espagnoliste » (PP inclus) à un centre-gauche « catalaniste » occupé, notamment, par les socialistes du PSC. « S’il est seulement le candidat des anti-indepe [les adversaires de l’indépendantisme – ndlr], il ne pourra pas gagner Barcelone. Il doit faire campagne en faisant l’éloge de la grande métropole européenne », résume ce politique catalan conservateur cité plus haut, qui lui a proposé ses services.

C’est pourquoi Valls s’est dépêché de rencontrer au printemps le chef du PSC catalan, Miquel Iceta, et son candidat pour 2019, Jaume Collboni. Sans surprise, ils ont refusé son offre d’une alliance avant les élections, convaincus que le PSC a les moyens de reprendre seul la mairie à Ada Colau.

« Nous voulons une campagne qui parle des problèmes des citoyens, du logement, de la propreté des rues, de la cohabitation à l’échelle des quartiers », avance Carlos Prieto. Le directeur de campagne insiste : « Nous avons l’impression que Valls ne connaît pas si bien la ville, et surtout, son entrée en matière dans la politique locale nous laisse penser qu’il ne va pas parler de Barcelone, mais de bien d’autres choses. C’est légitime, mais ce n’est pas notre position. »

Josep Ramon Bosch, le conseiller controversé

Après cet échec, Valls cherche désormais à séduire des partis catalanistes plutôt confidentiels, à l’instar de Lliures (« Libres »). Avec, à ce stade, peu de résultats. Au-delà des liens avec le monde économique, il a aussi cherché, ces dernières semaines, à gagner les sympathies du monde culturel. Il a dîné avec les écrivains Nuria Amat et Javier Cercas, ou encore l’architecte Oscar Tusquets.

Mais ces prises de contact ne doivent pas cacher l’essentiel : Valls s’appuie avant tout sur des réseaux de droite – et même de la droite dure – pour échafauder son plan. « Valls va construire un récit autour d'une Barcelone néolibérale, contre la “populiste” Ada Colau... Il va personnaliser la bataille, comme étant le seul capable de battre Ada Colau. Ce qui va re-polariser les enjeux autour d'un axe droite-gauche plus traditionnel, loin des débats sur l'indépendance : ce seront les néolibéraux avec Valls contre la gauche de Colau », prévoit l'écolo-communiste Ramón Luque, qui se frotte les mains par avance.

Manuel Valls s’est rapproché d’un groupe d’entrepreneurs trentenaires, Twenty50, où l’on retrouve notamment Xavier Cima, un ancien élu de Convergència parti dans le privé, également connu à Barcelone pour être marié à Inés Arrimadas, de Ciudadanos. Valls travaille aussi avec des réseaux du Parti populaire, même si le PP catalan a obtenu à peine plus de 4 % aux élections de 2017.

Cette opération séduction ne se fait pas sans accrocs. Comme lors de ce dîner organisé fin mai au domicile barcelonais de l’entrepreneur Marian Puig, qui dirige l’un des lobbies patronaux les plus influents de la ville, en compagnie d’autres patrons, dont Màrius Carol, le directeur de La Vanguardia.

 

Agacé par des remarques de certains invités, qui s’étaient montrés critiques de la gestion de la crise catalane par Madrid, Valls a lancé, furieux, selon le compte-rendupublié dans le quotidien de droite ABC : « Tout est de votre faute [...]. Vous vous plaignez tout le temps, mais vous n’avez rien fait. Vous êtes la bourgeoisie catalane, l’élite du pays, et vous n’avez rien fait. Une bourgeoisie qui ne montre pas le chemin n’est pas une bourgeoisie : c’est seulement un club d’insolents et de riches. »

Outre le soutien de Ciudadanos, Valls compte surtout sur la machine de guerre de la SCC, la Societat Civil Catalana. Là encore, c’est un pari risqué, tant cet attelage est hétéroclite. Sous couvert d’opposition à l’indépendance, la SCC brasse large, depuis l’extrême droite « espagnoliste » et nostalgique de Franco à des composants conservateurs plus modérés, déstabilisés par le virage indépendantiste de la Catalogne ces dernières années.

Le quotidien madrilène El Mundo a présenté le premier président de la SCC, Josep Ramon Bosch, comme le cerveau de « l’opération Valls ». À en croire le journal, c’est Bosch qui construit l’agenda de Valls à Barcelone depuis avril, lui fait rencontrer entrepreneurs et journalistes, et tente de le convaincre de se lancer. Or Josep Ramon Bosch est loin d’être un inconnu à Barcelone. Avant de présider la SCC, Bosch, dont le père militait au Frente Nacional, le principal parti d’extrême droite en Espagne après la mort de Franco, a cofondé en 2011 Somatemps, un collectif d’extrême droite qui défend« l’identité hispanique de la Catalogne » et qui fut l’un des membres fondateurs, des années plus tard, de la SCC.

« Les origines de la SCC, du temps où c’était une plateforme très minoritaire, sont clairement liées à l’extrême droite. C’est de là que vient Josep Ramon Bosch », résume le photojournaliste Jordi Borràs. Connu pour ses convictions indépendantistes, Borràs est l’auteur d’une enquête à charge contre la SCC, qui met en évidence les liens entre cette dernière et l’extrême droite (éditions Saldonar, 2017). « Bosch incarne une version du nationalisme espagnol issu du carlisme, insiste-t-il, en référence à ce courant politique très réactionnaire du XIXe siècle espagnol. C’est un type d’extrême droite, qui parie, pour des raisons tactiques, pour un nationalisme espagnol transversal. »

Rupture dans la continuité - Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite (Ludovic Lamant, Médiapart - 13 août 2018)

Borràs est à l’origine de la démission de Bosch de la présidence de la SCC, en 2015. Dans un article de Borràs publié en pleine campagne électorale en 2015, Bosch, qui a aussi milité au PP un temps, est accusé d’avoir insulté et diffamé plusieurs figures de l’indépendantisme catalan, sous couvert d’une fausse page Facebook. Lui a toujours nié ses accusations, mais le dépôt d’une plainte – qui n’a pas abouti en raison de la prescription – l’a obligé à quitter ses fonctions. Valls connaissait-il en détail le pedigree de son conseiller, avant de travailler avec lui ? Sollicité par Mediapart pour répondre à nos questions, Manuel Valls n’avait pas donné suite, à l’heure où nous publions cet article.

Le cas Bosch n’est peut-être pas la seule faille de la candidature Valls. En décembre dernier, le site El Nacional avait révélé qu’un lobby patronal avait sollicité plusieurs entreprises membres de l’IBEX 35 (l’équivalent du CAC 40 en Espagne) pour couvrir les frais de la tournée de Valls – estimés à quelque 40 000 euros –, lors de l’un de ses déplacements en campagne contre l’indépendantisme. Alors qu’il a pris l’habitude de séjourner dans le très chic hôtel Alma du quartier de l’Eixample lors de ses très fréquentes venues à Barcelone – il devra emménager pour de bon dans la ville s’il se décide à être candidat –, la question de la transparence du financement de la pré-campagne de Valls, par ailleurs député à l’Assemblée nationale, s’annonce elle aussi sensible.

Rupture dans la continuité - Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite (Ludovic Lamant, Médiapart - 13 août 2018)
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