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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:18
Nucléaire militaire - la sécurité des Français en danger - Jean-Marie Collin, porte-parole de l'ICAN France

Tribune de Jean-Marie Collin, porte-parole de l'ICAN France, publiée dans Ouest-France de lue sur le site internet du PCF Pays Bigouden, Le Travailleur Bigouden: http://pcbigouden.over-blog.com

 

Le risque de guerre et d'emploi d'arme nucléaire n'a jamais été aussi élevé. Les accords de contrôle des armes nucléaires s'érodent et perdent en crédibilité. Face à cette situation alarmante, la diplomatie française contribue avec les autres puissances nucléaires à déstabiliser la pierre angulaire du régime de non-prolifération nucléaire et, en même temps, les parlementaires sont aux abonnés absents !

Depuis 1945, les relations internationales sont fondées sur l'équilibre de la terreur. Autrement dit, sur le pari qu'aucun État ne va employer en premier l'arme nucléaire. Pendant combien de temps ce pari est-il tenable ?

Cet « ordre » nucléaire est principalement fondé sur le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qui vient de tenir son dernier comité préparatoire (28 avril-10 mai), avant la Conférence d'examen quinquennal de 2020. L'échec de ce comité, à se mettre d'accord sur le futur de ce traité, annonce la perte de crédibilité du régime de non-prolifération et donc d'une plus grande insécurité.

Alors à qui la faute ? Aux 186 États qui n'ont pas la bombe ou aux États qui ont adopté le Traité d'interdiction des armes nucléaires pour renforcer la norme internationale d'interdiction de cette arme de destruction massive ? Ces derniers estimant qu'il est de leur devoir d'agir contre le risque d'une utilisation – accidentelle, volontaire ou malveillante – de l'arme nucléaire aux conséquences catastrophiques pour l'ensemble de l'humanité. Évidemment non !

« Un petit gang »

L'ambassadeur sud-africain – dont l'État a volontairement éliminé son arsenal nucléaire – a apporté la réponse : « Certains États parties ne peuvent pas fonctionner comme un petit gang Ce « gang » est composé des États-Unis, de la Russie, du Royaume-Uni, de la France et de la Chine.

Ces cinq États, aux régimes politiques opposés, sont en effet dans une attitude des plus incohérentes qui risque d'entraîner le TNP vers sa fin. Tous ont refusé, avec des argumentaires communs, les recommandations exprimées par la majorité de ce comité qui constituaient pourtant un bon point de départ pour la conférence de 2020. Pire, ces cinq États renoncent à leurs obligations de désarmement (article 6 du TNP et multiples autres engagements acceptés en 1995, 2000, 2010) en poursuivant la modernisation et le renouvellement de leurs arsenaux nucléaires. La France, par exemple, augmente son budget nucléaire de 60 %, soit 37 milliards d'euros qui seront dépensés entre 2019 et 2025. Comme l'a clamé la ministre des Armées : « Nous affûtons nos armes, toutes nos armes ! »

Une menace constante

L'objectif du TNP est d'amener plus de sécurité. Or, par leur refus de mettre fin à leurs arsenaux nucléaires, ils renforcent l'insécurité mondiale. Le plus incompréhensible est qu'ils se menacent les uns les autres à travers des exercices simulant une frappe nucléaire !

Les parlementaires sont censés contrôler l'action du gouvernement (article 24 de la Constitution), mais, dans ce domaine, nous observons tout le contraire. Il est inquiétant de voir que la réflexion engagée l’an dernier, avec la mission des députés Fanget et Lecoq, a disparu. Cela fait en effet près d'une année que nous attendons la création de la « délégation permanente à la dissuasion nucléaire, à la non-prolifération, à la maîtrise de l'armement et au désarmement », adoptée à l'unanimité par la commission des Affaires étrangères. Pourquoi n'est-elle pas encore en place ? Il est largement temps que les parlementaires prennent leur responsabilité.

La France, qui possède le troisième arsenal nucléaire au monde, doit arrêter de fuir ses engagements. Oui, il est possible de la complimenter pour ses efforts passés. Mais ils ne servent à rien, si son discours et ses actions restent figés dans une politique de défense datant du siècle dernier.

Les armes nucléaires représentent un problème de sécurité qui doit trouver une fin définitive autre que celles de la menace constante et du risque de leur utilisation. Croire que nous échapperons éternellement à une détonation nucléaire est une vision stratégique naïve et une erreur politique grossière !

(Ican - Campagne Internationale pour Abolir les Armes Nucléaires)

Tribune publiée par Ouest-France

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:10
Commandement militaire : Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles » (PCF, 15 juillet 2019)

Commandement militaire : Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles »

Ce 13 juillet, le discours aux armées du Président de la République a marqué un nouvel infléchissement guerrier et atlantiste de la politique militaire française.

Officiellement, la création en septembre prochain d’un « Grand commandement de l’espace », le renouvellement du parc des satellites français, ou le lancement du nouveau sous-marin nucléaire d’attaque s’inscrivent dans la perspective d’une future défense européenne. En pratique, celle-ci n’est que l’alibi d’une adaptation sans cesse plus poussée d’Emmanuel Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles » initiées par Donald Trump.

La présence, le 14 juillet, au côté du chef de l’État, du secrétaire général de l’Otan, la nomination à la tête de la direction des affaires politiques et de sécurité du ministère des Affaires étrangères d’une figure du néoconservatisme à la française, les postures belliqueuses adoptées récemment à l’égard de la Russie ou de l’Iran, vont toutes dans ce sens.

De même, l’annonce de la constitution d’un commandement militaire dédié à l’espace ne fait qu’emboîter le pas à l’administration nord-américaine. Elle remet en cause le Traité international de l’espace, pourtant signé par la France et les États-Unis, lequel en son article 4 prohibe la mise en orbite d’armes nucléaires ou de destruction massive. À l’inverse, les annonces présidentielles s’inspirent de l’armée de l’espace chère à la Maison Blanche et elles aboutissent à laisser libre cours au Space Act de 2015, qui autorise les entreprises américaines à s’emparer des ressources de l’espace.

Non seulement la doctrine militaire de Monsieur Macron va amputer les finances publiques de 37 milliards d’euros rien que pour la modernisation de l’arme nucléaire (inscrits dans la loi de programmation militaire 2019-2025), alors que l’austérité saigne déjà à blanc les services publics et le pouvoir d’achat des Français. Mais elle entraîne notre pays dans la folle stratégie de tensions internationales mise en œuvre par Trump.

La France doit plutôt recouvrer son indépendance et se faire porteuse de propositions de paix. Ce qui implique qu’elle se désengage de l’Alliance atlantique, qu’elle agisse en défense du droit international, qu'elle signe et ratifie le Traité international d'interdiction des armes nucléaires (TIAN), pour le respect de tous les traités internationaux aujourd’hui violés par les États-Unis.

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 07:50

Afrique. Affaire des missiles en Libye : le double jeu de Paris

Jeudi, 11 Juillet, 2019

Des armes achetées par la France aux États-Unis ont été retrouvées dans un camp abandonné par le maréchal Haftar, le chef de guerre qui attaque la capitale Tripoli.

 

L’affaire est pour le moins embarrassante pour le gouvernement français. Le New York Times vient de révéler que les quatre missiles antichars découverts par les forces loyales au gouvernement d’union nationale (GNA) sur une base reprise fin juin au maréchal Haftar (qui a lancé en avril une offensive sur la capitale) étaient la propriété de la France.

« Les missiles Javelin trouvés à Gharyan (ouest) appartiennent effectivement aux armées françaises, qui les avaient achetés aux États-Unis, a déclaré le ministère français des Armées, confirmant les assertions du quotidien américain. Ces armes étaient destinées à l’autoprotection d’un détachement français déployé à des fins de renseignement en matière de contre-terrorisme. » Toutefois, ces munitions, « endommagées et hors d’usage », étaient « temporairement stockées dans un dépôt en vue de leur destruction » et « n’ont pas été transférées à des forces locales », assure Paris, qui se défend de les avoir fournies aux troupes du maréchal Haftar, sans pour autant expliquer comment elles ont fini sur cette base. « Il n’a jamais été question ni de vendre, ni de céder, ni de prêter ou de transférer ces munitions à quiconque en Libye », insiste le ministère français des Armées, qui ne dit pas non plus pourquoi ces munitions, stockées dans un pays en guerre, n’ont pas été rapidement détruites.

Le nœud gordien libyen

En réalité, l’affaire aurait pu en rester là. Mais dans le dossier libyen, depuis la guerre menée en 2011 sur volonté de la France de Sarkozy entraînant avec elle les États-Unis d’Obama et bien d’autres pays dont le Royaume-Uni, mais également les Émirats arabes unis, les antagonismes sont forts. Emmanuel Macron cherche à être le deus ex machina pour trancher le nœud gordien de cette Libye déchirée, affirmant soutenir le GNA mais aidant, en sous-main, les forces du maréchal Haftar, ce que montre la découverte de ces missiles. Ce n’est pas du goût de Washington, qui appuie, comme Moscou, au grand jour le maréchal et n’apprécie pas le double jeu de Paris. D’autant que le GNA bénéficie de l’aide de Doha et d’Ankara. D’où les révélations du New York Times. Selon l’agence de coopération pour la défense et la sécurité du Pentagone, la France a bien donné son accord, en 2010, pour l’acquisition de 260 missiles Javelin de fabrication américaine et les éléments associés, pour un coût total estimé à 69 millions de dollars (soit au cours actuel un peu plus de 61 millions d’euros).

Ces missiles particulièrement efficaces ont été utilisés notamment lorsque le maréchal Haftar a lancé la bataille pour reprendre Benghazi (est) aux islamistes épaulés par le Qatar et la Turquie. Haftar était alors soutenu par les Émirats, l’Égypte et… la France, qui avait dépêché des forces spéciales, comme l’a révélé François Hollande après qu’un hélicoptère dans lequel se trouvaient trois soldats français d’élite a été abattu lors d’une « dangereuse opération de renseignement », selon ses propres paroles. C’était en juillet 2016.

Yémen même salade

Autre fait troublant, ces Javelin auraient été retrouvés dans des caisses sur lesquelles il était indiqué qu’ils avaient été vendus en 2008 aux Émirats, important partenaire militaire des États-Unis. Ce qu’a démenti Abou Dhabi. Volonté de dissimulation pour masquer l’aide de Paris ou imbroglio international comme les armes françaises utilisées au Yémen par l’Arabie saoudite et dont une partie était officiellement destinée (et payée par Riyad) à l’armée libanaise ? Dans ce domaine, tout est possible. Pour notre part, nous avions constaté en avril 2011 alors que les combats faisaient rage entre la rébellion et les troupes de Mouammar Kadhafi dans la localité de Ras Lanouf qu’avaient été abandonnés par les troupes gouvernementales des missiles rangés dans des caisses en provenance de Corée du Nord qui étaient censées renfermer des « pièces détachées pour bulldozer ».

La France a reconnu tardivement avoir apporté du renseignement au maréchal Haftar dans la lutte antidjihadiste dans l’est et le sud du pays mais continue à réfuter tout soutien militaire dans son offensive contre Tripoli lancée il y a trois mois, tuant plus de 1 000 personnes, dont plus d’une centaine de civils et, parmi eux, des dizaines de migrants.

Pierre Barbancey
Afrique. Affaire des missiles en Libye: le double jeu de Paris (L'Humanité, Pierre Barbancey, 11 juillet 2019)

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 06:50
1970-1973 : Salvador Allende par Neruda (J'avoue que chez vécu)

Les mémoires en prose de Pablo Neruda (1904-1973), mises en forme de manière posthume par Miguel Otero Silva et Mathilde Urrutia, sous le titre "J'avoue que j'ai vécu", sont d'une richesse et d'une beauté bouleversante.

Elles s'achèvent par des portraits politiques, et notamment celui de Salvador Allende, le président socialiste qui au moment où Neruda écrit vient d'être liquidé par la junte d'extrême-droite appuyée par Nixon et la CIA. A Neruda lui-même, il ne reste plus que quelques heures à vivre.

Le diplomate poète Pablo Neruda a adhéré au Parti Communiste en 1945, après avoir joué un rôle important pour faciliter l'exil des républicains espagnols pendant la guerre d'Espagne. Il a été sénateur des provinces minières du nord du Chili, puis a dû rentrer dans la clandestinité et l'exil avec la dictature de Videla, radical populiste qui s'est retourné contre les populistes qui avaient contribué à son élection (1946). En 1970, Pablo Neruda est le candidat du Parti communiste aux élections présidentielles chiliennes, avec l'option partagée par le parti et par le poète mondialement connu, prix Nobel de littérature, et immensément populaire au Chili, de pouvoir se retirer si l'unité populaire est possible à réaliser entre les six ou sept partis qui peuvent défendre un projet et des intérêts communs à gauche et qui en 1969 encore avancent chacun dans leur couloir.

"La seule façon de précipiter l'unité, écrit Neruda trois ou quatre ans plus tard, était que les communistes désignent leur propre candidat. Quand j'acceptai la proposition, nous rendîmes public le point de vue du parti. Notre appui irait au candidat qui réunirait l'ensemble des suffrages. Si l'accord se révélait impossible, je maintiendrais ma candidature jusqu'aux élections. C'était un moyen héroïque d'obliger les autres partis à se mettre d'accord. En acceptant, je dis au camarade Corvalan qu'il allait de soi qu'on ne refuserait pas mon désistement futur, étant personnellement convaincu qu'il serait inévitable. Il était fort improbable que l'unité pût se faire autour d'un communiste. En termes clairs, tous avaient besoin de nos voix (y compris quelques candidats de la démocratie chrétienne) mais aucun n'entendait nous donner la sienne.

Pourtant, l'annonce de ma candidature, sortie de ce matin marin de l'Ile-Noire, se répandit comme une traînée de poudre. On me demandait partout. J'étais très ému de voir des centaines ou des milliers d'hommes et de femmes du peuple me serrer sur leur cœur, m'embrasser et pleurer. A tous, habitants des faubourgs de Santiago, mineurs de Coquimbo, hommes du cuivre et du désert, paysannes qui m'attendaient durant des heures avec leurs enfants dans les bras, travailleurs qui vivaient leur détresse du Bio-Bio jusqu'au détroit de Magellan, à tous je leur parlais ou lisais mes poèmes, sous la pluie battante, dans la boue des rues et des chemins, contre le vent austral qui fait grelotter les gens.

L'enthousiasme me gagne. Il y avait de plus en plus de monde à mes réunions, de plus en plus de femmes. Fasciné et terrorisé, je commençai à penser à ce que j'allais devenir si j'étais élu président de la république la plus farouche, la plus dramatiquement sans solutions, la plus endettée et, sans doute, la plus ingrate. On y acclamait les présidents le premier mois; puis, justement ou injustement, on les martyrisait durant les cinq ans et onze mois qui les séparaient de nouvelles élections. 

Par bonheur, la nouvelle arriva: Allende surgissait comme candidat unique possible de l'Unité populaire".

Neruda connaît déjà Allende et l'admire. Il admire sa santé, sa vigueur et sa résistance physique, sa capacité à supporter un rythme de vie et de campagne démentiel  Ils ont fait des campagnes électorales ensemble. Il a de la sympathie pour lui.

En 1958, Allende était déjà le candidat commun du FRAP (Front de l'action populaire, regroupant Parti socialiste et Parti communiste) contre Jorge Alessandri, fils de l'ancien président de la République, homme de l'affairisme, du libéralisme et de l'oligarchie. Il était arrivé en seconde position. Quand il se présente aux élections présidentielles de septembre 1970, Salvador Allende est âgé de 62 ans. Trapu, d'une rondeur trompeuse mais rassurante, le regard vif derrière de grosses lunettes d'écaille, le docteur Salvador Allende est une figure politique de premier plan depuis plus de 30 ans. Son style de vie bourgeois ne lui vaut pas que des sympathies. C'est un ami de jeunesse d'Edouardo Frei, le président de droite chrétienne modérée de 1964 à 1970. Il habite dans un des quartiers résidentiels cossus de Santiago. Il a possédé un yacht. Sa femme et ses deux filles élégantes fréquentent la bonne société. C'est un esthète collectionneur d’œuvres d'art. C'est la quatrième élection présidentielle de l'ancien médecin de l'Assistance publique et des hôpitaux de Valparaiso, qui fut élu député dès 1939 et organisa la campagne de Pedro Aguirre Cerda, le premier président de front populaire au Chili, à cette époque. Cet ancien ministre de la santé (1942), fondateur du Parti socialiste chilien (1943) est décrit par les conservateurs chiliens comme un "redoutable communiste prêt à transformer le Chili en démocratie populaire et à supprimer toutes les libertés". Kissinger et le département américain, avec la CIA et des compagnies capitalistes transnationales comme ITT (International Telegraph and Telephone), feront tout pour empêcher l'élection d'Allende, et ensuite pour faire chuter le gouvernement d'unité populaire.          

Le reste, laissons Neruda le raconter lui-même dans les dernières lignes de J'avoue que j'ai vécu, et de sa vie.

Pablo Neruda va mourir le 24 septembre 1973, 13 jours après le putsch militaire du 11 septembre, 13 jours après la mort de son "ami" Allende.

1970-1973 : Salvador Allende par Neruda (J'avoue que chez vécu)

 

Allende

Mon peuple a été le peuple le plus trahi de notre temps. Du fond des déserts du salpêtre, des mines du charbon creusées sous la mer, des hauteurs terribles où gît le cuivre qu'extraient en un labeur inhumain les mains de mon peuple, avait surgi un mouvement libérateur, grandiose et noble. Ce mouvement avait porté à la présidence du Chili un homme appelé Salvador Allende, pour qu'il réalise des réformes, prenne des mesures de justice urgentes et arrache nos richesses nationales des griffes étrangères.

Partout où je suis allé, dans les pays les plus lointains, les peuples admiraient Allende et vantaient l'extraordinaire pluralisme de notre gouvernement. Jamais, au siège des Nations unies à New York, on n'avait entendu une ovation comparable à celle que firent au président du Chili les délégués du monde entier. Dans ce pays, dans son pays, on était en train de construire, au milieu de difficultés immenses, une société vraiment équitable, élevée sur la base de notre indépendance, de notre fierté nationale, de l'héroïsme des meilleurs d'entre nous. De notre côté, du côté de la révolution chilienne, se trouvaient la constitution et la loi, la démocratie et l'espoir.

De l'autre côté il ne manquait rien. Ils avaient des arlequins et des polichinelles, des clowns à foison, des terroristes tueurs et geôliers, des frocs sans conscience et des militaires avilis. Tous tournaient dans le carroussel du mépris. Main dans la main s'avançaient le fasciste Jarpa et ses neveux de Patrie et Liberté, prêts à casser les reins et le coeur à tout ce qui existe, pourvu qu'on récupère l'énorme hacienda appelée Chili. A leur Côté, pour égayer la farandole, évoluait un grand banquier danseur, éclaboussé de sang. Gonzalez Videla, le roi de la rumba, lequel, rumba par-ci, rumba par-là, avait depuis belle lurette livré son parti aux ennemis du peuple. Maintenant c'était Frei qui livrait le sien aux mêmes ennemis, et qui dansait au son de leur orchestre, avec l'ex-colonel Viaux, son complice ès forfaiture. Ils étaient tous tètes d'affiche dans cette comédie. Ils avaient préparé le nécessaire pour tout accaparer, les miguelitos, les massues et les balles, ces balles qui hier encore avaient blessé notre peuple à mort à Iquique, Ranquil, Salvador, Puerto-Montt, José Maria Caro, Frutillar, Puente Alto et autres nombreux endroits. Les assassins d'Hernan Mery dansaient avec ceux qui auraient dû défendre sa mémoire. Ils dansaient avec naturel, avec leurs airs de bondieusards. Ils se sentaient offensés qu'on leur reproche ces «petits détails».

Le Chili a une longue histoire civile qui compte peu de révolutions et beaucoup de gouvernements stables, conservateurs et médiocres. De nombreux présidaillons et deux grands présidents : Balmaceda et Allende. Curieusement, l'un et l'autre sortent du même milieu: la bourgeoisie riche, qui se fait appeler chez nous «aristocratie». Hommes de principes, obstinés à rendre grand un pays amoindri par une oligarchie médiocre, ils eurent la même fin tragique. Balmaceda fut contraint au suicide parce qu'il refusait de livrer aux compagnies étrangères nos riches gisements de salpêtre. Allende fut assassiné pour avoir nationalisé l'autre richesse du sous-sol chilien : le cuivre. Dans les deux cas, les militaires pratiquèrent la curée. Les compagnies anglaises sous Balmaceda, les trusts nord-américains sous Allende, fomentèrent et soulèvements d'état-major.

Dans les deux cas, les domiciles des présidents furent mis à sac sur l'ordre de nos distingués «aristocrates». Les salons de Balmaceda furent détruits à coups de hache. La maison d'Allende, avec le progrès, fut bombardée par nos héroïques aviateurs.

Pourtant, les deux hommes se ressemblent peu. Balmaceda fut un orateur fascinant. Il avait une nature impérieuse qui le rapprochait chaque jour davantage du pouvoir personnel. Il était sûr de la noblesse de ses intentions. Les ennemis l'entouraient à chaque instant. Sa supériorité sur son entourage était si grande, et si grande sa solitude, qu'il finit par se replier sur lui-même. Le peuple qui aurait dû l'aider n'existait pas en tant que force, c'est-à-dire n'était pas organisé. Ce président était condamné à agir comme un illuminé, comme un rêveur : son rêve de grandeur resta à l'état de rêve. Après son assassinat, les trafiquants étrangers et les parlementaires du cru s'emparèrent du salpêtre , les étrangers, en concessions; les représentants du cru, en pots-de-vin. Les trente deniers perçus, tout rentra dans l'ordre. Le sang de quelques milliers d'hommes du peuple sécha vite sur les champs de bataille. Les ouvriers les plus exploités du monde, ceux des zones du nord du Chili, ne cessèrent plus de produire d'immenses quantités de livres sterling pour la City de Londres.

 

Allende ne fut jamais un grand orateur. Gouvernant, il ne prenait aucune décision sans consultations préalables. Il était l'incarnation de l'anti-dictateur, du démocrate respectueux des principes dans leur moindre détail. Le pays qu'il dirigeait n'était plus ce peuple novice de Balmaceda, mais une classe ouvrière puissante et bien informée. Allende était un président collectif; un homme qui, bien que n'étant pas issu des classes populaires, était un produit de leurs luttes contre la stagnation et la corruption des exploiteurs. C'est pourquoi l'oeuvre réalisée par Allende dans un temps si court est supérieure à celle de Balmaceda ; mieux, c'est la plus importante dans l'histoire du Chili. La nationalisation du cuivre fut une entreprise titanique. Sans compter la destruction des monopoles, la réforme agraire et beaucoup d'autres objectifs menés à terme sous son gouvernement d'inspiration collective.

Les œuvres et les actes d'Allende, d'une valeur nationale inappréciable, exaspérèrent les ennemis de notre libération. Le symbolisme tragique de cette crise se manifeste dans le bombardement du palais du gouvernement; on n'a pas oublié la Blitzkrieg de l'aviation nazie contre des villes étrangères sans défense, espagnoles, anglaises, russes; le même crime se reproduisait au Chili; des pilotes chiliens attaquaient en piqué le palais qui durant deux siècles avait été le centre de la vie civile du pays.

J'écris ces lignes hâtives pour mes Mémoires trois jours seulement après les faits inqualifiables qui ont emporté mon grand compagnon, le président Allende. On a fait le silence autour de son assassinat; on l'a inhumé en cachette et seule sa veuve a été autorisée à accompagner son cadavre immortel. La version des agresseurs est qu'ils l'ont découvert inanimé, avec des traces visibles de suicide. La version publiée à l'étranger est différente. Aussitôt après l'attaque aérienne, les tanks - beaucoup de tanks - sont entrés en action, pour combattre un seul homme : le président de la République du Chili, Salvador Allende, qui les attendait dans son bureau, sans autre compagnie que son cœur généreux, entouré de fumée et de flammes.

L'occasion était belle et il fallait en profiter. Il fallait mitrailler l'homme qui ne renoncerait pas â son devoir. Ce corps fut enterré secrètement dans un endroit quelconque. Ce cadavre qui partit vers sa tombe accompagné par une femme seule et qui portait toute la douleur du monde, cette glorieuse figure défunte s'en allait criblée, déchiquetée par les balles des mitrailleuses. Une nouvelle fois, les soldats du Chili avaient trahi leur patrie.


Neruda, J'avoue que j'ai vécu, traduction de Claude Couffon

 

 

La dernière photographie de Salvador Allende inspectant le Palacio de La Moneda.

La dernière photographie de Salvador Allende inspectant le Palacio de La Moneda.

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 18:18
Marché de Morlaix, 13 juillet 2019: mobilisation contre le vote du traité de libre-échange UE-Canada CETA
Marché de Morlaix, 13 juillet 2019: mobilisation contre le vote du traité de libre-échange UE-Canada CETA
Marché de Morlaix, 13 juillet 2019: mobilisation contre le vote du traité de libre-échange UE-Canada CETA
Photo Pierre-Yvon Boisnard, 13 juillet 2019

Photo Pierre-Yvon Boisnard, 13 juillet 2019

Photo Pierre-Yvon Boisnard, 13 juillet 2019

Photo Pierre-Yvon Boisnard, 13 juillet 2019

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 18:00
12 juillet 1904: naissance du grand poète chilien Pablo Neruda (JC)

12 juillet 1904 :

Il y a 115 ans naissait le grand poète chilien, Prix Nobel de littérature (1971) et militant communiste, Pablo Neruda.

D'abord diplomate dans de nombreux pays, il est nommé consul en 1935 en Espagne. Pendant la Guerre d'Espagne, il prend parti pour les républicains espagnols face aux troupes du général fasciste Franco, ce qui lui vaudra d'être révoqué de son poste.

En 1945, il est élu sénateur du Parti Communiste Chilien.
Présenté en 1969 come candidat à la présidentielle par le PC chilien, Neruda se retire en faveur d'Allende, qui devient le candidat unique de la gauche "Unidad Popular", dont il sera un fervent partisan. Après sa victoire aux présidentielles, Allende le nomme ambassadeur du Chili en France.

Le 11 septembre 1973, les militaires avec à leur tête Pinochet font un coup d'état et renversent le Président Allende. Profondément anticommunistes, ils pourchassent tous les opposants à la junte militaire, Neruda en fait partie. Sa maison sera saccagée et ses livres brûlés.

Le 23 septembre de la même année, il décède officiellement d'un cancer mais les soupçons d'un assassinat par empoisonnement restent très probables. En 2017, une expertise internationale rejette l'hypothèse d'une mort due à un cancer.

Plus d'infos 👇https://www.humanite.fr/node/308392

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12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 19:20
Non à la ratification du CETA - Appel à rassemblement demain, samedi 13 juin, à Morlaix, à 11h devant le kiosque

 Non à la ratification du CETA

 Le "CETA", traité de libre échange entre l'UE et le Canada, sera soumis pour ratification aux députés et sénateurs le mardi 17 juillet 2019. 

 Le collectif du pays de MORLAIX  « Stop CETA » rappelle que la signature de ce traité permettra aux canadiens de vendre en France des produits qui ne sont pas soumis au principe de précaution. Ce sont 65 000 tonnes de viandes canadiennes issues de bovins engraissés au maïs OGM, aux farines animales et aux antibiotiques qui arriveront en Europe. Cette arrivée massive de produits alimentaires ne respectant pas les normes européennes, ne sera pas soumis à un étiquetage permettant de les identifier. Les conséquences de ce traité sont connues : une importation de biens et de services des deux côtés de l’Atlantique qui va générer davantage de gaz à effet serre en raison de l'augmentation du transport maritime extrêmement polluant.  Le réchauffement va s’accélérer.  Le CETA est en totale contradiction avec les engagements pris par la France pour lutter contre le changement climatique. Ce traité est d'autant plus cynique que le Canada vient de s'engager dans un nouveau programme d'exploitation pétrolière favorisant ainsi le réchauffement climatique. 

C'est pourquoi, nous demandons à nos parlementaires de voter contre cet accord climaticide et nous vous invitons à nous  rejoindre le samedi 13 juillet à 11h au kiosque place des otages, pour protester contre la ratification de ce traité.

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11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 14:33

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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 09:08
De quoi Libra, la monnaie Facebook, est-elle le nom ? Yann Le Pollotec PCF 10 juillet 2019

En juin 2019, Facebook annonçait la création de sa propre crypto-monnaie (1), qui aurait cours début 2020 et qui porte le nom de « Libra », en référence à l’unité de mesure du poids des pièces dans l’Empire romain : tout un symbole. Libra est lancé en partenariat avec 28 entreprises, fonds financiers, services de payement et ONG dont Visa, Mastercard, PayPal, Uber, Ebay, Booking, Spotify, l’opérateur de télécom britannique Vodafone et le français Iliad (2).

Facebook ne battra pas monnaie à proprement parler car il ne s’agit pas de création de monnaie ex nihilo mais d’un moyen de payement assis sur un panier de devises existantes. Si Libra voit effectivement le jour, Facebook va offrir ce moyen d’échange à ses plus de 2,7 milliards d’utilisateurs dans le monde, en créant la première crypto-monnaie grand public. Il deviendra, presque à l’égal des grandes banques centrales, un « tiers de confiance » à l’échelle planétaire. Il est probable qu’Amazon et Google (3) emboîte rapidement le pas à Facebook et crée à leur tour leur propre crypto-monnaie (4).

Officiellement pour Facebook, il s’agit d’offrir « une devise et une infrastructure financière mondiales simples, au service de milliards de personnes » en particulier », y compris en visant le marché des « 1,7 milliard d’adultes dans le monde (…) encore exclus du système financier et de l’accès à une banque traditionnelle, alors qu’un milliard d’entre eux possèdent pourtant un téléphone portable et que près d’un demi- Mais pour comprendre le véritable objectif que recherche Facebook, et qui va bien plus loin que celui de concurrencer le système bancaire traditionnel, il faut revenir à la jeune histoire des plateformes numériques capitalistes mondialisées. Ces plateformes sont nées sur les ruines du krach boursier de 2000 provoqué par l’éclatement de la bulle Internet en l’absence de modèle économique viable. Elles se sont développées sur la captation des données à leur profit et ont créé de véritables modèles économiques monopolistiques. Elles ont accumulé après la crise financière de 2008 une immense capitalisation boursière grâce aux milliers de milliards que les banques centrales ont injectés dans les circuits financiers. En accaparant la valeur produite par le travail de transformation des données, elles visent au monopole et à la rente. Leur stratégie est d’enfermer les usagers dans leur propre univers, ce qui est en contradiction totale avec la promesse initiale d’Internet d’une interconnexion de réseaux décentralisés où chacun était de manière égalitaire producteur et consommateur d’information. Elles sont en train de détruire Internet de l’intérieur. milliard ont accès à Internet » (5).

Ainsi Facebook à mis en place en Afrique un service d’accès gratuit à Internet par satellite, mais il ne donne accès qu’aux services et qu’aux applications de Facebook et de ses partenaires (6). Des intelligences artificielles de Google lisent tous vos mails envoyés sur Gmail et analysent vos requêtes sur son moteur de recherche, afin de vous proposer des offres commerciales vous correspondant. Amazon a l’ambition de faire passer par lui toute notre consommation, qu’il s’agisse de la nourriture, des biens manufacturés ou des biens et services culturels. Pour cela il entend installer des objets connectés comme ses enceintes Alexa chez nous afin d’enregistrer et d’analyser en permanence notre comportement. Ce qui est visé : la disparition de tous les réseaux de distribution ou leur soumission à Amazon. Dans le dispositif de l’univers Facebook, Libra servira à accumuler de précieuses données financières personnelles qui pourraient rendre Facebook incontournable en matière d’évaluation des risques de crédit.

“Un pouvoir qui n’est pas qu’économique”

Les firmes mondialisées du capitalisme de plateforme ont acquis un pouvoir qui n’est pas qu’économique. En ayant accès en temps réel à des milliards de données personnelles, au graphe social de chacun, elles connaissent mieux que les États et parfois que les individus eux-mêmes, leurs goûts, leurs désirs, leurs passions, leurs déplacements, leurs phobies, leurs angoisses, leurs addictions, leurs capacités d’interactions sociales, leurs états de santé. Cet accès et cette capacité de traitement de milliards de données personnelles et de relations entre ces données leur donnent à l’échelle mondiale un pouvoir gigantesque qui est de nature politique. On parle même maintenant d’identité numérique, voire d’État civil numérique qui serait à discrétion de ces plateformes. Ainsi on aurait une identité Facebook ou Amazon comme on a un état civil par l’État Français ou comme on avait un certificat de baptême de l’Église sous l’ancien régime. Ces plateformes deviennent des tiers de confiance à l’instar des notaires, des États, des banques à l’échelle planétaire.

Ces plateformes n’ambitionnent pas que de faire des profits ; elles ont une vision du monde libertarienne où chacun est entrepreneur de sa propre vie, pour paraphraser Michel Foucault. Facebook finance la congélation d’ovocytes de leurs salariées afin «de favoriser l’emploi des femmes et les aider à mieux maîtriser leur carrière ». Google, avec sa filiale Calico, a l’ambition de « tuer la mort ». Inspiré par le transhumanisme, Google est persuadé que l’homme et l’ordinateur vont fusionner afin de fonder une nouvelle humanité. Son PDG a déclaré : « Si nous nous y prenons bien, nous pouvons résoudre tous les problèmes du monde. » Ainsi une nouvelle idéologie est née sur les ruines des « États providences » : le « solutionnisme » (7). C’est-à-dire la croyance que chaque problème relèverait de comportements individuels et qu’à chacun de ces problèmes correspondrait une application technologique.

Le solutionnisme est un symptôme d’une grande misère de la politique. Misère d’une pratique de la politique réduite à la communication, incapable de produire du sens, de penser mondial, et renonçant à résoudre les problèmes de l’humanité. Misère de la politique, parce qu’avec le numérique, les questions de pouvoir, de participation et de représentation se posent de manière radicalement nouvelle.

Les plateformes numériques en elles-mêmes n’ont aucune valeur. Ce qui leur donne de la valeur ce sont les données qu’elles exploitent ainsi que les interactions entre ses utilisateurs. Uber n’investit pas dans les transports, ni Airbnb dans l’hôtellerie. Google ne crée pas d’informations et Youtube ne tourne pas de vidéo.

Le nuisible n’est pas la plateforme mais l’asservissement au capitalisme. Le capitalisme de plateforme doit être attaqué sur tous les fronts à la fois : lois antitrusts et démantèlement, fiscalité, protections collectives des données personnelles, droit des travailleurs, et l’alternative avec le coopérativisme de plateforme et des plateformes conçues comme des communs numériques mondiaux assurant des missions de service public comme Wikipédia.

Construire un modèle alternatif au capitalisme de plateforme devient un enjeu politique majeur de civilisation qui appelle une société communiste.

Yann Le Pollotec, responsable de la commission Révolution numérique

 

1. Une crypto monnaie est un système de paiement électronique en pair à pair. Pour en savoir plus : https://blockgeeks.com/guides/fr/quest-ce-que-la-crypto-monnaie/

2. C’est-à-dire le groupe de Xavier Niel, propriétaire de Free.

3. https://courscryptomonnaies.com/actualite/google-blockchain

4. Le groupe a déjà déposé discrètement trois noms de domaines significatifs : amazonethereum.com, amazoncryptocurrency.com et amazoncryptocurrencies.com

5. https://libra.org/fr-FR/white-paper/?noredirect=fr-FR#introduction

6. L’Inde a justement interdit ce service d’accès gratuit de Facebook car il limitait l’accès à l’ensemble d’Internet.

7. Néologisme inventé par Evgeny Morozov : « L’aberration du solutionnisme technologique pour tout résoudre cliquez ici ». Éditions Fyp

 

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 07:16
Grèce. Le triomphe d'une droite dure. Syriza victime de l'austérité imposée par l'Europe (L'Humanité, 8 et 9 juillet 2019)

Grèce. Le triomphe d’une droite dure

Lundi, 8 Juillet, 2019

La Nouvelle Démocratie de Kyriakos Mitsotakis devance largement Syriza d’Alexis Tsipras aux législatives. Ce qui fait craindre une mise aux normes nationales-libérales du pays.

 

La droite de Kyriakos Mitsotakis a remporté les élections législatives anticipées de ce dimanche. Avec un peu plus de 40 % des suffrages, son parti, la Nouvelle Démocratie (ND), semblait assuré de disposer d’une majorité absolue à la Vouli, la chambre unique du Parlement grec. Une prime majoritaire représentant 16,7 % des députés est accordée en effet au parti arrivé en tête dans le système de répartition des sièges à la proportionnelle. Cette victoire s’inscrit comme un nouveau et inquiétant succès d’un parti qui affiche une orientation nationale-libérale, mêlant une très orthodoxe doxa sur le plan du « libre-échange » et de l’économie à une posture ouvertement nationaliste.

Syriza, le parti de gauche du premier ministre Alexis Tsipras, est crédité de 28,5 % des suffrages. Il arrive en seconde position très loin devant les autres formations politiques. La mobilisation d’une partie des électeurs de gauche soucieux de défendre les mesures gouvernementales en faveur des plus démunis n’aura pas suffi à inverser une tendance lourde à l’abstention parmi certains électeurs de gauche, déçus que le gouvernement n’ait pas réussi à tenir les promesses faites avant le scrutin de janvier 2015, qui avait marqué l’accession d’Alexis Tsipras au pouvoir.

« Réduire le périmètre de l’État »

La bascule semble se situer du côté des classes moyennes qui avaient jadis massivement voté Syriza. Fortement mises à contribution pour financer des mesures d’urgence dans la crise humanitaire qui affecte toujours le pays, elles ont boudé les urnes ou se sont laissé séduire par les promesses de baisses d’impôts avancées par Mitsotakis. Le vainqueur ne cache pas sa volonté de « réduire le périmètre de l’État. ». Traduisez : de revenir sur la redistribution des richesses qu’avait pratiquée le gouvernement Syriza contre vents et marées dans la dernière période, après avoir renoué avec la croissance et malgré les conditions de sortie du mémorandum imposé par l’UE.

Les dirigeants de l’eurogroupe et de l’Union européenne (UE) portent ainsi une terrible responsabilité. N’ont-ils pas, durant tout le premier semestre 2015, fait monter en puissance un chantage au Grexit. Au lieu de mettre en œuvre une solidarité européenne, ils se sont montrés intraitables et ils ont gardé le cap sur les règles de fer de la compétition et du monétarisme. Il n’avait alors pourtant échappé à personne combien un retour à la drachme aurait des conséquences tragiques pour le pays. La Grèce qui importe la majeure partie de ses biens de consommation courante aurait été prise dans une nasse infernale qui l’aurait conduite de dévaluations « compétitives » en plans d’austérité encore plus redoutables que ceux qu’elle venait de subir.

Le forcing libéral des nouveaux dirigeants de la Grèce laisse craindre dans l’immédiat une suppression rapide des mesures favorables aux plus pauvres. Quid de la gratuité d’accès aux soins, de ces pharmacies ou épiceries sociales ? Quid de la poursuite de l’augmentation du salaire minimum, revalorisé de 11 % par le gouvernement de gauche ? Quid du sort des petites pensions, voire de la pérennisation d’un 13e mois de retraite ?

La droite grecque a bâti une part de son succès sur un discours ouvertement nationaliste, exutoire commode aux malaises qui traversent une société malmenée par les partenaires européens et aux avant-postes de l’accueil des migrants. S’en prenant à l’accord de Prespa conclu entre Athènes et Skopje en 2018 qui prévoit la reconnaissance de la Macédoine du Nord, Mitsotakis a ainsi entonné une rhétorique, souvent proche de celle des extrêmes droites d’Aube dorée ou de Solution grecque. Selon une approche qui s’interdit d’envisager la Macédoine comme autre chose qu’une entité grecque en se référant à l’Antiquité et à la gloire d’Alexandre le Grand qui régna effectivement autour de… 330 avant Jésus-Christ sur ce territoire, qui fut intégré durant plusieurs décennies à la Fédération des Slaves du Sud (Yougoslavie).

Bruno Odent

Syriza victime de l'austérité imposée par l'Europe

Mardi, 9 Juillet, 2019

Après la victoire du parti de droite de Kyriakos Mitsotakis « Nouvelle Démocratie » aux élections législatives anticipées en Grèce, et l’échec d’Aléxis Tsipras et de son parti, Syriza, entretien avec le député européen Stélios Kouloglou, membre de Syriza.

 

Après la victoire le la droite aux élections européennes, la défaite de Syriza était annoncée. Comment expliquez-vous ce nouvel échec ? 

Stélios Kouloglou. En ce qui concerne les résultats de la Nouvelle Démocratie, il faut prendre en compte le fait que tout le système financier et médiatique a soutenu jusqu’au bout Kyriakos Mitsotakis ( président de N.D., ndlr. ) Il y a vraiment eu une propagande faite pour lui durant les mois précédant les élections. Il y avait une espèce d’embuscade contre Syriza qui était attaqué en permanence. Cela a été une campagne de désinformation magnifique. 

Nous n’avons eu aucun grand débat durant la campagne sur les grandes orientations à donner au pays parce que Mitsotakis n’était pas à la hauteur pour affronter Tsipras.

En dehors de ce poids de la propagande, quelles sont les raisons de fond de l’échec de Syriza ?

S.K. Il y a deux raisons principales à cet échec. D’abord, il y a l’austérité qui a été imposée par l’Union européenne avec le 3ème mémorandum signé par Tsipras, intervenant après les deux précédents. Même si le gouvernement a essayé de l’appliquer de manière plus souple, ça ne suffit pas. Les gens deviennent de plus en plus désespérés et mécontents. Et quand les gens sont désespérés, ils croient au miracle. Mitsotakis n’a rien dit de concret. Il a beaucoup parlé de privatisations de la sécurité sociale et des écoles. Il a promis de faire baisser les impôts en disant que si on baisse les impôts, il y aura de la croissance, et que ce sera le paradis. Mais c’est tout.

La seconde raison, c’est l’accord de Prespa ( accord entre la Grèce et la Macédoine du Nord, actant le nouveau nom de ce pays frontalier de la Grèce, désormais « République de Macédoine du Nord », ndlr. ) 

Cet accord a été attaqué de toutes parts. On nous traitait de traîtres même si tout le monde sait très bien qu’il s’agit du meilleur accord que le gouvernement pouvait signer. Mitsotakis a exploité le sentiment du peuple, il a joué la carte de l’extrême droite. Syriza a beaucoup perdu avec cet accord qui venait s’ajouter au mécontentement social. 

La bonne nouvelle, c’est que le parti d’extrême droite « Aube dorée » n’a pas pu entrer au parlement parce que leurs électeurs ont voté pour Nouvelle Démocratie. Ils l’ont fait à la fois pour se débarrasser de la gauche, et parce qu’ils étaient opposés à l’accord de Prespa. 

En ce qui concerne le pourcentage de Syriza, c’est presque 32%, ce n’est pas négligeable. C’est un résultat que tous les partis européens, qu’ils soient de gauche ou de droite, auraient bien aimé avoir.

Qui sont les électeurs qui ont abandonné Syriza après l’avoir soutenu pendant 4 ans et demi ?

S.K. D’abord, il y a une différence énorme de comportement électoral des citoyens selon leur statut social. On le voit par exemple à Athènes ou à Thessalonique, où les banlieues et les quartiers les plus pauvres ont voté massivement pour Syriza. Tandis que les quartiers les plus riches ou les quartiers de la classe moyenne ont voté pour Nouvelle Démocratie. Syriza a échoué à s’adresser à la classe moyenne, c’est pour cette raison qu’il a perdu la bataille. C’est vrai que la classe moyenne a été beaucoup taxée, beaucoup imposée.

Quelle va être la stratégie de Syriza maintenant ? 

S.K. Il faut changer de stratégie parce qu’on a fait des erreurs. 

A mon avis, il faut appliquer une politique non stalinienne, en s’appuyant sur le principe : « ceux qui ne sont pas contre nous, sont avec nous ». Il faut faire des alliances avec des petites formations et des personnalités plus proches des classes moyennes en adoptant une politique qui leur soit plus favorable. En diminuant les impôts par exemple, et en faisant avancer le développement économique.
Mais il faut aussi reconstruire le parti. 

Avec les élections législatives, nous avions en même temps en Grèce les élections locales. Or Syriza qui aux élections européennes obtenait 25 ou 30% des voix, n’est arrivée qu’à 5% ou 6% dans les listes locales qu’elle soutenait. L’influence électorale de Syriza ne correspond pas du tout à sa base réelle. Sa base correspond à un parti à 3%. 

La bureaucratie du parti n’a pas voulu s’ouvrir. Et c’est aussi la responsabilité de Tsipras. Il a bien dit qu’il fallait ouvrir les portes du parti, mais il n’a pas insisté. Il s’est d’abord préoccupé du gouvernement, des négociations avec l’Union européenne, avec Bruxelles, Merkel, etc. Or - et ceci est très important -, Syriza n’a pas de racines profondes dans la société locale. Nous n’avions personne sur place pour expliquer ce que le gouvernement a fait, notamment beaucoup de petites choses dans le domaine de la santé, de l’éducation, etc. qui ne sont pas connues par le peuple. 

Les jeunes de 18 à 24 ans ont voté massivement pour Syriza, mais il n’y a pas de jeunes dans le parti. On l’a déjà annoncé hier, il faut faire un grand parti du camp progressiste, avec un programme contre le néolibéralisme, pour l’écologie, un programme ouvert à tout le monde.

A quoi faut-il s’attendre désormais avec la droite au pouvoir ?

S.K. Ce qu’ils vont faire d’abord, c’est  de s’attaquer à des questions d’ordre public et de sécurité. Ils ont dit qu’ils allaient embaucher des milliers de policiers. 

Un groupe d’anarchistes par exemple, faisait des petites actions, rien de bien dangereux. Ils allaient dire des pamphlets devant l’ambassade des Etats-Unis ou bien écrire des slogans sur les murs. Ces actions ont été complètement gonflées par la presse. Ou bien, autre exemple, hier un groupe anarchiste qui s’appelle « Rubicon » est entré dans un bureau de vote et a volé deux urnes. Cela a donné des voix à Nouvelle Démocratie qui a exploité tous ces faits en disant qu’ils étaient inspirés par l’idéologie de Syriza. 

Le nouveau gouvernement va aussi attaquer la loi sur les Universités qui est actuellement protégée par une loi d’asile qui interdit à la police de pénétrer dans les universités. Ensuite il va petit à petit appliquer un programme de privatisation de la sécurité sociale et des hôpitaux en donnant le management de l’hôpital public aux sociétés privées. 

La presse qui est aux mains des oligarques va protéger ce gouvernement. Ils vont aussi devoir donner beaucoup d’argent à ceux qui les ont soutenus. Démocratie Nouvelle est complétement endettée. Il faudra qu’elle donne des contrats à ses donateurs. Ce parti a dépensé des sommes d’argent incroyables pour la campagne électorale. On ne sait pas où cet argent a été trouvé, mais c’est sans précédent. Le parti de Mitsotakis doit 250 millions d’euros aux banques, alors qu’ils n’ont pas un sous. Ils ont été beaucoup financés par les grands intérêts privés très puissants. En réalité, Nouvelle Démocratie est très faible. Ce parti sera très vulnérable aux demandes des oligarques.
Côté politique étrangère, rien ne va beaucoup changer. Aléxis Tsipras a mené une politique étrangère très active, en faisant par exemple l’accord de Prespa , ou en travaillant avec les pays du sud de l’UE. Démocratie Nouvelle va mener la même politique, mais en beaucoup plus passif. 

Est-ce qu’Aléxis Tsipras sort affaibli de ce scrutin ?

S.K. Non, il n’est pas menacé. Tsipras a mené une campagne très active en se rendant chaque jour dans une ville pendant plus d’un mois. Il a sous-estimé les résultats des élections européennes, mais il est bien décidé à reprendre l’offensive. Des rumeurs prétendaient ce matin que Tsipras allait occuper un poste à Bruxelles. Mais ce sont des rumeurs infondées.

 

Propos recueillis par Jean-Jacques Régibier

Grèce. Kyriakos Mitsotakis recycle les voix de l’extrême droite

Mardi, 9 Juillet, 2019

Largement devancé par une droite ultralibérale, Alexis Tsipras enregistre une défaite qui n’a, selon lui, rien de « stratégique ». Syriza pâtit de la désaffection des classes populaires mais s’affirme comme second pilier d’un nouveau bipartisme.

 

Son prédécesseur Alexis Tsipras avait choisi en 2015, fait inédit pour un premier ministre grec, de prêter serment sur la Constitution plutôt que sur la Bible. Retour aux Écritures pour Kyriakos Mitsotakis, le chef de Nouvelle Démocratie (ND), investi hier au palais présidentiel à Athènes, au lendemain d’une victoire sans appel de la droite aux élections législatives. Avec 39,80 % des voix et 158 sièges sur 300, les conservateurs raflent, sur la lancée de leur victoire aux élections européennes, la majorité absolue à la Vouli ; ils auront les mains libres pour mettre en œuvre leur programme ultralibéral : accélération des privatisations, diminution de l’impôt sur les bénéfices des entreprises, externalisation de certains services publics et programme d’« évaluation » des fonctionnaires.

Avec sa campagne aux accents extrémistes, le chef de file des conservateurs, héritier de l’une de ces dynasties politiques dont la Grèce a le secret, parvient à siphonner l’électorat d’extrême droite. Sans faire fuir, comme l’espéraient ses adversaires, l’électorat libéral pro-européen. Conséquence : les néonazis d’Aube dorée sont éjectés du Parlement. Ils ne passent pas la barre des 3 %, alors qu’ils frôlaient les 7 % et décrochaient 18 sièges aux élections législatives du 20 septembre 2015. Les nationalistes pro-Russes d’Elliniki Lysi (Solution grecque) font bien leur entrée à la Vouli, mais de justesse, avec 3,72 % des voix et 10 sièges. Quant aux souverainistes d’Anel (Grecs indépendants), longtemps alliés à Syriza et rayés du paysage politique à l’issue du scrutin européen, ils ne se présentaient même pas.

Mitsotakis affûte déjà des propositions dures pour flatter ses appuis les plus radicaux

Kyriakos Mitsotakis tire donc seul parti de la poussée de fièvre nationaliste suscitée par la conclusion de l’accord de Prespes sur le nom de la Macédoine. Par ce traité bilatéral parrainé par Berlin et Washington, la Grèce reconnaît à l’ex-République yougoslave voisine le nom de Macédoine du Nord. La démarche était censée clore une vieille querelle et lever au passage les obstacles à l’entrée de Skopje dans l’Union européenne et l’Otan. Mais l’extrême droite a hurlé à la trahison, le patron de Nouvelle Démocratie lui a emboîté le pas en fustigeant un « recul national » propre à « diviser les Grecs ».

Poussés par un sentiment de souveraineté confisquée, des milliers de Grecs sont descendus dans la rue, au début de l’année, après la ratification serrée de cet accord par le Parlement. Kyriakos Mitsotakis a gagné son pari : cette mobilisation a bien trouvé sa traduction dans les urnes.

Lorsqu’il a pris à l’arraché la tête du parti conservateur en 2015, après la déroute d’Antonis Samaras, cet ancien banquier offrait pourtant le visage d’une droite bourgeoise et policée, d’une « modération » tout européenne. Il s’est vite conformé à la ligne radicale défendue par des transfuges du Laos (extrême droite) comme les anciens ministres de la Santé Adonis Georgiadis et Makis Voridis, piliers de la politique de démolition sociale conduite sous Samaras. Le premier ne jure que par « la patrie, la religion et la famille ». Le second savoure son surnom : la Hache, en référence à l’arme dont il menaçait, à l’université, les étudiants communistes.

Dans ce nouveau paysage politique marqué par la transhumance de l’électorat d’extrême droite vers Nouvelle Démocratie, Kyriakos Mitsotakis promet d’entendre « tous les Grecs », mais il affûte déjà, sur la sécurité et sur l’immigration, des propositions dures, destinées à flatter ses appuis les plus radicaux. Chaleureusement félicité par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, il ne parle plus, par contre, de renégocier « les paramètres du post-plan de sauvetage », entendre les mesures d’austérité toujours imposées par les créanciers de la Grèce, pourtant officiellement sortie du régime des mémorandums.

Dimanche soir, Alexis Tsipras, lui, a sobrement encaissé la défaite annoncée. « L’alternance est la quintessence de la démocratie », a-t-il commenté, en adoptant d’emblée la posture de chef d’une opposition rénovée. Syriza pâtit certes de l’abstention – la plus forte depuis la chute de la dictature – et de la désaffection de classes populaires échaudées par la signature en 2015 d’un troisième mémorandum d’austérité. Mais le parti ne s’effondre pas, fait-on valoir dans ses rangs : avec 31,55 % et 86 sièges, la formation de gauche s’affirme comme second pilier d’un nouveau bipartisme.

Rassemblés dans le Mouvement pour le changement (Kinal), les socialistes de l’ancien Pasok restent durablement marginalisés : ils recueillent 8 % des voix et gagnent 22 sièges seulement, eux qui rassemblaient encore 43,9 % des suffrages en 2009, à l’aube de la crise. Les communistes du KKE confirment de leur côté, avec 5,33 % et 15 sièges, les sévères reculs enregistrés aux élections européennes, municipales et régionales. Symptôme d’une « tendance générale au conservatisme » qui confortera, sous les auspices de la Nouvelle Démocratie, « des choix antipopulaires », regrette le chef du KKE, Dimitris Koutsoumbas.

« Notre peuple punit les gouvernements qui lui imposent des mémorandums»

Toujours à gauche, les dissidents de Syriza qui avaient claqué la porte du parti à l’été 2015 en accusant Alexis Tsipras de « trahison » après le référendum sont littéralement balayés. L’Unité populaire de Panayotis Lafazanis, ancien ministre de la Restructuration de la production, de l’Environnement et de l’Énergie, opposant résolu aux privatisations, n’atteint pas même 1 %. Le Cap vers la liberté de l’ancienne présidente du Parlement, Zoé Konstantopoulou, recueille 1,46 %. Seul Yanis Varoufakis tire son épingle du jeu : sa formation, Mera25, entre à la Vouli avec 3,44 % des voix et 9 sièges. « Notre peuple punit les gouvernements qui lui imposent des mémorandums », affirmait dimanche l’ex-ministre des Finances en commentant les résultats.

Ce scrutin le confirme : les incantations sur le « retour de la croissance » n’ont pas guéri la Grèce, laboratoire européen de violentes politiques d’ajustement structurel. Les politiques d’austérité imposées par des créanciers autoritaires ont profondément et durablement affecté la société grecque, en fragilisant les classes populaires, en broyant les services publics, en compressant les salaires, en faisant de la précarité la règle sur le marché du travail. La gauche grecque, au pouvoir, a endossé cette politique, à l’ombre d’un rapport de force démesurément favorable à la finance. Les fragiles filets sociaux rétablis par Syriza en faveur des plus modestes semblent aujourd’hui dérisoires, devant la hargne d’une droite décomplexée.

Alexis Tsipras, pourtant, assume sans ciller, défend son bilan, promet, dans l’opposition, de tout faire « pour empêcher les manifestations de revanche contre les conquêtes sociales ». Ces résultats, insiste-t-il, ne traduisent pas « une défaite stratégique pour Syriza ». Ils tiennent lieu, à ses yeux, de fondations au « grand parti démocratique » qu’il veut voir prendre corps. « Nous travaillerons durement, avec obstination, afin que la victoire de ND s’avère temporaire », promet-il. L’ancien locataire du palais Maximou est pressé de revenir aux affaires. Avec, pour cap politique, un « progressisme » aux contours encore incertains.

Rosa Moussaoui

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