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2 Petite Rue Callac 29600 MORLAIX – tel : 02 98 88 30 35
Mel : pcf-morlaix@wanadoo.fr Blog : http://le-chiffon-rouge-pcf-morlaix.over-blog.com/
LES MARDIS DE L’EDUCATION POPULAIRE
La prochaine conférence des « Mardis de l’Education Populaire » se tiendra le mardi 27 Janvier 2026 à 18h au local du PCF 2 petite rue de Callac.
Le thème : Les refus de la Guerre d’Algérie .Elle sera animée par Tramor QUEMENEUR, historien spécialiste de la guerre d'Algérie, élève de Benjamin Stora, conseiller mémoire de l'Algérie auprès de la présidence de la République, Chargé de cours en histoire contemporaine, Membre du Conseil d'orientation du Musée national d'histoire de l'immigration
le mardi 17 Février 2026 avec Greg OXLEY.La poussée du nationalisme populiste d’extrême droite en Europe et aux USA.
le mardi 31 mars 2026 avec Morgane LE GUYADER, anthropologueLes luttes sociales et démocratiques en Amérique Latine avec l’exemple de la Colombie et de son président de gauche depuis 2022 Gustavo Petro
Ensuite encore, le mardi 14 avril fort probablement, on recevra Alain RUSCIO, historien spécialiste de la décolonisation, de la guerre d'Algérie et de la guerre d'Indochine, sur la guerre d’Algérie, pour parler de l'Algérie et de son histoire coloniale.D'autres conférences sont en préparation pour mai et juin: Franck MARSAL est professeur de mathématiques et militant communiste, auteur d'un livre sur la Chine (Quand la France s'éveillera à la Chine), Pierre Barbancey...
Comment as-tu vécu ton mandat de maire de quartier ?
Le maire-adjoint de quartier, c’est l’échelon de proximité du service public municipal, l’élu qui incarne quotidiennement la collectivité sur le territoire qui lui est confié. En charge de la Mairie de quartier de Kerfeunteun, j’ai croisé chaque jour de nombreux habitants et c’est parfois dans les locaux de la Mairie de quartier que j’ai reçu les demandeurs de logement, de stage, d’emploi,…
Mais le plus souvent pour répondre à certaines sollicitations des kerfeuntinois-e-s, après la prise de rendez-vous, je suis systématiquement allé sur le terrain à leur rencontre. Que ce soit pour la voirie, la propreté ou les espaces verts,… c’est accompagné sur place des techniciens des services de la ville que j’ai pu comprendre le contexte et répondre rapidement à leurs demandes. Les habitants apprécient la présence de l’élu de quartier qu’ils identifient comme leur interlocuteur de proximité. Ils ont ainsi l’assurance que leur demande n’est pas égarée.
L’engagement des habitants du quartier dans la démarche de démocratie participative du Conseil de Quartier a aussi été une expérience assez enthousiasmante ; aires de jeux, aires gourmandes, aménagements de voirie, fresque, jardins partagés, armoire à dons,…ont été réalisés grâce à cette concertation citoyenne. Un ambitieux projet de création d’une médiathèque de quartier facilitant l’accès des habitants à la lecture à la culture et aux savoirs est également travaillé depuis 6 ans dans ce cadre.
Cette forme de dialogue permanent avec ce territoire de 20.000 habitants, ses sept établissements scolaires accueillant 2000 élèves et ses nombreuses associations de quartier, m’a permis de multiples rencontres qui sont pour moi la vrai richesse de ce mandat.
Ma culture de militant communiste, rompu aux distributions publiques, aux portes à portes, aux débats politiques, s’est bien accordée avec les exigences de ma délégation.
Quelles sont les réalisations qui ont marqué ton mandat ?
Au sein de la majorité municipale de gauche j’ai pu contribuer à la création d’une grande salle événementielle de 3300 places dans le quartier de l’hippodrome, à la construction de nouvelles halles gourmandes, à la reconstruction de la cité sportive de Penvillers, à la rénovation du théâtre Max Jacob, à l’hôtel des solidarités, aux voies douces,…Projets qui ont tous leur importance, mais pour moi le réaménagement de la gare de Quimper restera l’élément fort du mandat. Avec 77% de voyageurs supplémentaires de 2015 à 2023, dont 63% des trajets sont liés au travail ou à la formation, la gare est de plus en plus fréquentée. Même affaibli par le processus de privatisation de l’entreprise SNCF, cet aménagement reste une réponse de Service Public à des besoins de transports TGV ou TER. Ces réalisations sont avant tout le résultat d’un travail d’équipe. Avec mes camarades élus communistes nous avons constamment veillé à l’aspect social des projets ; tarifs accessibles, développement du logement locatif social attendu par 3500 demandeurs, nouvelles gratuités pour les jeunes de moins de 25 ans dans les transports et l’accès aux médiathèques. Mais lorsque cela était nécessaire nous nous sommes opposés au travail dominical, à l’extension du stationnement payant ou à l’armement de la Police Municipale…
Qu'est-ce que ton expérience d'élu communiste t'enseigne du rapport avec les citoyen·ne·s, et du travail avec tes collègues élus ?
Le lien des élus communistes avec le mouvement social et le monde du travail, étant souvent nous-mêmes syndiqués, nous conduisent à intervenir fréquemment sur le terrain et dans les instances en faveur de l’emploi et des conditions de travail des salariés. C’est particulièrement vrai aussi pour la défense des services publics, les écoles, la Poste, l’Hôpital, les transports,…Dans le domaine de l’énergie, compte tenu de mes engagements professionnels et syndicaux, j’ai porté un premier vœu d’opposition à la fermeture de trois agences d’exploitation Enedis (Pont l’Abbé, Douarnenez, Quimperlé) qui nous ont tellement manqué lors de la tempête Ciaran en novembre 2023 et un vœu demandant la sortie de la France du marché spéculatif européen de l’énergie qui a amputé le budget de la ville de 3,5 millions d’€.
Compte tenu de l’attitude rassembleuse et respectueuse des élus communistes, ces deux vœux soutenus à l’origine par les élus communistes, ont été portés et adoptés par l’ensemble de la majorité.
De même pour celui présenté sur Gaza et la Palestine, exigeant l’arrêt des bombardements et la reconnaissance d’un état palestinien dans les frontières de 1967 qui a été adopté grâce au soutien de toute la majorité.
Cela illustre la capacité des élus communistes à travailler avec d’autres et à contribuer aux différents projets sans renier leurs valeurs.
Entretien réalisé pour Rouge Finistère: Entretien avec Bernard Jasserand, maire-adjoint de Quimper en charge du quartier de Kerfeunteun (20.000 habitant·es). Décembre 2025 - Rouge Finistère
Une belle vente solidaire de légumes du PCF Morlaix à Kerfraval devant l'école Jean Piaget, malgré une météo ingrate. Les habitants du quartier ont répondu présents!
Nous étions neuf camarades du PCF pour servir les légumes pendant que Colette Loiseau et Michel Lespagnol vendaient l'humanité magazine sur le marché de Morlaix place Allende:
Pascal Pouillet, Annie Le Calvez, Lucienne Nayet, Paulette Peron, Marie-France Monery, Roland Bagnis, Jean-Luc Le Calvez, Martine Carn et Ismaël Dupont.
Avec le café et le pain d'épices à la confiture d'orange préparés par Annie pour se réchauffer car la météo était hostile ce samedi.
La prochaine vente solidaire à Kerfraval devant l'école Jean Piaget aura lieu dans un mois le samedi 17 janvier de 10h à 12h.
La section de Landerneau du Parti communiste français organise une nouvelle vente solidaire de légumes samedi 6 décembre, cité Caventou. (Archive Le Télégramme/Laurent Aquilo)
La section de Landerneau du Parti communiste français organise une nouvelle vente solidaire de légumes ce samedi matin, cité Caventou.
l’approche des fêtes de fin d’année, la section de Landerneau du PCF poursuit ses actions de solidarité, engagées depuis plus de deux ans, afin de permettre au plus grand nombre de pouvoir accéder à une alimentation saine. Cette action se fera à travers une nouvelle vente de légumes solidaire. Celle-ci se déroulera ce samedi 6 décembre 2025, cité Caventou, sur les hauteurs de Kergréis. Des légumes de qualité, achetés à des producteurs locaux, seront proposés à la vente, au prix de 1 € à 1,50 € le kilo.
Samedi 6 décembre, de 9 h à 12 h, cité Caventou à Landerneau.
On vous attend nombreux pour notre vente solidaires ce samedi 6 décembre 2025 devant l'école Jean Piaget du quartier de Kerfraval.
Nous serons également présents le samedi 17 janvier et en février au même endroit.
Les militants du PCF Pays de Morlaix organisent après 3 mois de ventes solidaires de légumes à Saint-Martin des Champs, leur prochaine vente de légumes solidaire à prix coûtant à Kerfraval.
Les légumes disponibles produits dans la ferme et les serres de Gilles et Ronan Cabioch (Terroirs de Roscoff) provenant de Plougoulm et Roscoff seront des très gros choux-fleurs (1,50€), des pommes de terre (1€ le kg), des radis noirs (0,80€), des carottes (1,20€ kg), des oignons rouges (1,30 € kg), des oignons rosé (1€ kg), des échalotes (1€ kg), des betteraves cuites (4€ kg), des betteraves crues (50 centimes unité), des salades scaroles (1€ unité), du chou rouge, des demi choux rouge à 1€, des potimarrons oranges (1,50€), des courges spaghettis (1,50€), du céleri, des poireaux (1,30€ la botte), du chou pomme (1,20€), des choux de Bruxelles (3€ le kg), des tranches de potirons (1,50€), des butternuts (2€), des panais (1,50€ les 3), du rutabaga (1,20€), des navets boule d'or (1,50€ les 3).
On vous attend nombreux pour notre vente solidaires ce samedi 6 décembre 2025 devant l'école Jean Piaget du quartier de Kerfraval.
Nous serons également présents en janvier et février au même endroit une fois par mois pour notre marché solidaire.
Théo Serfaty, petit-fils du militant communiste Abraham Serfaty, juif marocain opposé à Hassan II, s’est replongé dans l’histoire de son grand-père, dont il vient de faire rééditer Écrits sur la Palestine.
L'Humanité - Publié le 1 décembre 2025
On peut avoir un grand-père surnommé le « Mandela marocain » sans prendre immédiatement la mesure du symbole. « À mes yeux, il était surtout quelqu’un de chaleureux qui me faisait sauter sur ses genoux. Je savais qu’il avait fait de la prison, mais je ne savais pas trop pourquoi », raconte Théo Serfaty.
Ce grand-père, Abraham Serfaty, communiste, juif marocain, antisioniste, adversaire résolu du roi Hassan II, a passé dix-sept ans en prison, avant d’être libéré grâce à la mobilisation internationale, en 1991. « Je suis né juste avant son expulsion en France. Quand on est enfant, on trouve tout normal. Je pensais que c’était son métier de faire des conférences. Je voyais qu’il était souvent nommé citoyen d’honneur de villes communistes, mais pour moi ça n’avait rien de surprenant », poursuit Théo.
Et c’est dans cette même apparence de normalité que Théo voit ensuite son grand-père être autorisé à rentrer au Maroc, Mohammed VI dépêchant un avion pour le rapatrier. « Sur place, il y a des attroupements autour de nous, je vois des gens essayer de lui baiser la main. Le roi lui offre une magnifique villa face à la mer où on passe des vacances inoubliables, avant que mon grand-père décide de refuser la villa et de la rendre. »
Rien de plus banal… Abraham meurt en 2010, à 84 ans. Théo en a 19. Le parcours de son grand-père est salué : son combat pour l’indépendance du Maroc, qui lui vaut d’être emprisonné par la France dès 1950.
Puis sa participation au nouvel État marocain, après l’indépendance, en tant que directeur de cabinet du ministre de l’Économie et directeur général des mines. Abraham Serfaty aurait pu rester membre de la caste dirigeante toute sa vie.
« Sauf qu’il était communiste. Il voulait la justice sociale et la propriété collective des richesses. Il s’est opposé frontalement à la trahison des dirigeants africains contre leurs peuples. Il était persuadé que les pays du Sud sortant de la colonisation avaient tous les moyens pour retrouver leur pleine souveraineté », résume Théo.
Abraham Serfaty soutient la grève des mineurs de Khouribga, est révoqué de ses fonctions, fonde le mouvement marxiste-léniniste Ila Al Amane, avant de plonger dans la clandestinité. Ses frères sont persécutés, sa sœur torturée à mort. « Cela fait partie du lourd poids que ses engagements ont fait peser sur la famille », murmure Théo. Abraham est lui-même arrêté, torturé, condamné à la réclusion à perpétuité.
Mais en 2010, Théo n’a pas encore tout ça à l’esprit. « Je pense à faire la fête. Et je me politise par la fête. » En 2014, il fonde une association avec des copains qui trouvent que les fêtes sont « nulles, commerciales, pas chaleureuses, trop chères ». Ils organisent alors de grandes soirées de plus en plus politiques et investissent des tiers-lieux. Arrive le combat contre la loi El Khomri et Théo devient membre de la commission musique de Nuit debout.
Il travaille pour le festival L’Boulevard à Casablanca, écrit un mémoire sur les festivals et la politique, ce qui l’amène en 2017 à atterrir à… la Fête de l’Humanité ! « Je suis tombé amoureux de cette Fête, de ses gens, ses militants, son rôle, son histoire, ses combats… » avoue l’actuel responsable de l’accueil et de la programmation de la Fête.
Un rendez-vous populaire où son grand-père avait été accueilli sous les applaudissements, en 1991. « Je n’ai pas pris le même chemin que lui, mais je suis arrivé au même endroit », sourit Théo, désormais mû par un devoir de mémoire. « Peu à peu, j’ai senti un poids sur mes épaules. Je voyais les amis de mon grand-père mourir les uns après les autres. Je me suis mis à organiser une bibliographie, à numériser ses archives… »
Survient alors le 7 octobre 2023, avec les attaques terroristes du Hamas contre Israël qui ont fait 1 200 morts, et la réplique génocidaire israélienne, avec des bombardements pendant plus de deux ans sur Gaza et au moins 70 000 morts.
Rééditer Écrits sur la Palestine d’Abraham Serfaty devient pour Théo une évidence. « Il était à la fois juif, arabe, athée, communiste, antisioniste, anticolonialiste, antiraciste et adversaire de l’antisémitisme. Il voyait venir la dérive suprémaciste des dirigeants israéliens. Il estimait que le Hamas était le pire ennemi de la Palestine. Il défendait la paix, à long terme avec un seul État, et à court terme avec deux États selon les accords d’Oslo. »
Le livre vient de paraître aux éditions Syllepse. Théo a encore d’autres écrits à publier. Et, qui sait, d’autres ancêtres sur lesquels enquêter. « Je suis hispano-marocain par mon père, et franco-russe par ma mère. Son nom de famille est Rimski-Korsakov. Cette branche de la famille est liée au célèbre compositeur. Ils ont fui la Révolution russe. » Mais, chez Théo Serfaty, le Marocain rouge semble bien avoir pris l’avantage sur le Russe blanc.
Écrits sur la Palestine. Éditions Syllepse 256 pages. 19 €.
Théo Serfaty - L'Humanité 24 octobre 2025
Abraham Serfaty a milité toute sa vie pour un Maroc démocratique et une Palestine libre. Enfermé dans les geôles d’Hassan II, condamné à l’exil, le révolutionnaire marocain a payé cher ses engagements contre l’oppression et le colonialisme. Retour sur le parcours et les idées d’une figure majeure du mouvement arabe d’émancipation, décédé le 18 novembre 2010.
Il était de celles et ceux qui ne se taisaient pas. Ni les années de prison, d’isolement, de clandestinité, de torture ou d’exil n’auront réussi à le briser ou à lui enlever son amour indéfectible pour la justice et la liberté. Abraham Serfaty a consacré sa vie à œuvrer pour ces valeurs fondamentales. En premier lieu, au Maroc, qu’il a essayé d’accompagner, avec nombre de ses camarades, du protectorat à l’indépendance, de la monarchie à la démocratie.
Cela lui a valu, entre autres, dix-sept ans de prison et une vie de lutte. Et dans un second temps, pour la Palestine, qu’il a souhaitée de tout son être voir libérée avant sa mort. Comme il le disait lui-même : « Nous tous, juifs antisionistes dans le monde, nous devons effectivement contribuer à l’œuvre révolutionnaire contre l’État sioniste (…) pour déraciner les formes d’oppression millénaire qui trouvent leur apogée dans l’agonie impérialiste. » « La nation ne se fonde pas sur des mythes racistes… Être arabe juif, c’est être juif parce qu’arabe et arabe parce qu’arabe juif ».1
Abraham Serfaty était viscéralement attaché à l’union entre les peuples. Il écrivait dans « la Mémoire de l’Autre » : « Je ne comprenais pas et je refusais en mon for intérieur cette structure raciste de castes – c’est cela, avant tout, qui a fondé l’engagement de ma vie ».2 Tout au long de sa vie, il n’aura eu de cesse d’essayer de s’adresser à ses frères et sœurs juifs et juives arabes en Israël comme en Palestine, tout comme il n’aura eu de cesse d’essayer de s’adresser à ses frères et sœurs marocains ou sahraouis. Il aura payé le prix fort pour cet idéal d’union au-delà des frontières, des idéologies et des logiques libérales. Il ne se nourrissait d’aucune haine mais d’un amour profond pour les peuples, pour la justice et pour la dignité humaine. Il était internationaliste et révolutionnaire et n’avait pour seule boussole que l’autodétermination des peuples et la lutte contre toute forme d’impérialisme.
Il naît en janvier 1926 à Casablanca sous le protectorat français dans une famille juive tangéroise. Abraham s’engage à 18 ans, dès 1944, au sein du Parti communiste marocain. Il poursuit cet engagement tout au long de ses études en France jusqu’à son diplôme de l’École des mines en 1949, puis il revient au Maroc afin de lutter pour l’indépendance de son pays. C’est ce combat qui lui vaut un premier emprisonnement en 1950. À la suite des émeutes de 1952 à Casablanca, il est expulsé en France, en résidence surveillée, sous prétexte qu’il serait brésilien, son grand-père ayant mené quelques aventures entrepreneuriales sur les rives de l’Amazonie.
Après l’indépendance de 1956, il prend des responsabilités dans les nouvelles institutions de l’État marocain, au cabinet du ministre de l’Économie, Abderrahim Bouabid, en tant que directeur de cabinet, puis en tant que directeur général des Mines et de la Géologie. Il en profitera pour diriger l’élaboration du statut législatif du mineur qui était, pour l’époque, très avancée et permettait, en théorie, aux syndicats d’exercer directement un contrôle auprès des entreprises minières.
À la suite de ce séjour ministériel, il prend la direction de l’Office chérifien des phosphates (OCP) en tant que directeur technique. Ainsi, il participera à la planification, au développement et à l’automatisation de tout un pan de l’industrie marocaine. L’OCP est spécialisé dans l’extraction, la transformation et la commercialisation du phosphate et de ses dérivés. Cette industrie représente aujourd’hui presque 10 % du PIB marocain.3 Mais très vite, en 1968, il prend fait et cause pour les ouvriers en grève de Khouribga, ce qui lui vaut un renvoi sur mesure disciplinaire. Il enseigne ensuite à l’école Mohammadia des ingénieurs et à l’école des Mines de Rabat.
Pressentant l’impasse du stalinisme vers laquelle les partis communistes à travers le monde se dirigent, et plus spécifiquement le Parti communiste marocain, il rejoint en 1968 l’équipe éditoriale de la revue culturelle et littéraire « Souffles ». Là où les révoltes populaires de 1965 ont apporté une nouvelle façon d’entrevoir les lignes de fracture entre la monarchie absolue et la soi-disant opposition, « Souffles » (Anfas) apporte un nouvel outil théorique à la contestation permettant d’agréger une jeunesse radicalisée et une partie de la gauche désillusionnée des promesses post-indépendance.
Abraham Serfaty liait lutte des classes et combat culturel pour l’autonomie des peuples. Il était convaincu que tout processus révolutionnaire implique de revenir aux principes, aux valeurs et aux fondements de chaque civilisation que l’impérialisme a bouleversés. C’est ainsi que dès 1969, « Souffles » prend un tournant plus politique. Au troisième trimestre 1969, pour son quinzième numéro, la revue publie un numéro spécial sur la Palestine – « Pour la révolution palestinienne » – mais également de nombreux articles sur la décolonisation en Afrique, le Sahara occidental et le système capitaliste mondialisé.
En 1970, il rompt officiellement avec le Parti communiste marocain et fonde Ila Al Amame (En avant), organisation marxiste-léniniste que rejoignent de nombreux jeunes avides de démocratie. Arrêté en février 1972 par le régime d’Hassan II, il sera libéré quelques semaines plus tard à la suite de nombreuses manifestations dans les rues des grandes villes marocaines, en particulier Casablanca, où les jeunes scandent « Liberté pour Serfaty ! ».
Malheureusement, cette liberté ne sera que de courte durée. Quelques jours plus tard, il échappe à une nouvelle arrestation qui le fera entrer dans la clandestinité pendant presque trois ans. Entre-temps, c’est sa sœur, Evelyne, qui paiera de sa vie la dignité et le silence qu’elle aura opposé à la police alors qu’elle était torturée pour lui faire dire où se trouvait son frère. Où il était, personne ne le sait vraiment. Il aurait fait quelques allers-retours entre la France et le Maroc, aidé des camarades internationaux. Mais, surtout, il a rencontré et été caché par Christine Daure, future Christine Daure-Serfaty. Professeur de français et militante infatigable des droits de l’homme et des prisonniers politiques marocains avec laquelle il se mariera et finira sa vie.
Abraham Serfaty est finalement de nouveau arrêté le 10 novembre 1974. Pendant quatorze mois, il est détenu à l’isolement au bagne de Derb Moulay Cherif, les yeux bandés, les mains liées, soumis à la torture. Jusqu’en janvier 1976, personne ne sait où il se trouve. En janvier 1977, c’est le procès des 139 frontistes : il est condamné à la réclusion à perpétuité pour « complot visant à renverser la monarchie » et « atteinte à la sûreté de l’État ». À la fin du procès, il s’exclame : « Vive la République sahraouie ! Vive la République marocaine ! Et vive l’union du Maroc et du Sahara ! ». Un cri qu’il considère comme l’honneur de sa vie et qui lui vaudra à nouveau deux ans d’isolement.
La même année, en plein procès, son premier livre, « Lutte antisioniste et révolution arabe », est publié aux éditions des Quatre-Vents. C’est un condensé d’études, de textes publiés dans « Souffles » et dans « Tsédek » 4 de 1967 à 1972. Un premier apport théorique qu’il approfondira en prison de 1981 à 1985. Ces textes composent la grande majorité de l’œuvre qui vient d’être rééditée chez Syllepse. Abraham Serfaty y affirme son opposition à un récit homogène et unilatéral sur la nation juive : « Il n’y a pas de peuple israélien mais un conglomérat artificiel de populations. » Il s’attache à montrer un sionisme qui, pour lui, véhicule une idéologie raciste, colonialiste et impérialiste.
Pour le militant, le sionisme « est contraire à toutes les traditions et aux acquis du judaïsme européen » et « à toute la glorieuse histoire, plus que millénaire du judaïsme arabe et méditerranéen ». Là où le judaïsme arabe est universaliste, tolérant et enraciné dans la civilisation musulmane, le sionisme est nationaliste et défend une idéologie matérialiste de la nation tout en imposant une idéologie raciale d’origine européenne. C’est ainsi qu’il qualifie le sionisme comme « la négation du judaïsme arabe ».
La perspective révolutionnaire est donc pour lui la seule qui permettra d’articuler les judéités et les arabités dans un même épanouissement. Mais cela implique « un processus révolutionnaire exigeant (…) qui ne peut rester limité au peuple palestinien. L’interpénétration du sionisme et des intérêts vitaux de l’impérialisme au Moyen-Orient et dans la Méditerranée contraint à l’interpénétration de la révolution palestinienne et de la révolution arabe, elle-même partie intégrante de la révolution mondiale ».
Ces « Écrits de prison sur la Palestine » forment le premier livre qu’il publie dans son nouvel exil en France, le 13 septembre 1992, après presque dix-huit ans d’emprisonnement et une intense campagne internationale pour sa libération. Après la sortie de prison de Nelson Mandela, il était le plus vieux prisonnier politique d’Afrique. Il paie sa liberté au prix de sa nationalité et cet exil forcé l’amène à se battre ardemment pour retrouver sa patrie. Au gré des livres, de 1992 à 1998, sa voix se fait l’écho de critiques sévères à l’égard de la monarchie : « Dans les prisons du roi – Écrits de Kenitra sur le Maroc » publié chez Messidor/Éditions Sociales en 1992, « la Mémoire de l’autre » publié chez Stock en 1993, « le Maroc, du noir au gris » publié chez Syllepse, déjà, en 1998.
En 1999, à la mort d’Hassan II, le roi Mohammed VI l’invite à revenir dans son pays, à retrouver les siens, à retrouver sa terre, son passeport et son identité. Il s’engage alors, et à nouveau, dans le processus démocratique qui se relance au Maroc, de 2000 à 2005. Il est conseiller spécial auprès de la direction de l’Onarep (Office national de recherche et d’exploitations pétrolières) mais très vite, il s’éloigne et prend ses distances, à nouveau. Il meurt à 84 ans, le 18 novembre 2010, à Marrakech, au terme d’une vie vouée à la défense d’« un monde plus juste », comme il me l’a dédicacé sur la page de garde de l’un de ses livres.
Nuit du 21 au 22 novembre, l’Assemblée nationale repousse la partie recettes du projet de budget. Un seul député émet un vote favorable. 125 heures de débats parlementaires sont envoyées à la poubelle. Un sentiment d’immense gâchis nous envahit, au vu d’abord de l’échec d’une pratique parlementaire se substituant au 49-3, au vu aussi du gros travail fourni par les députés et qui se trouve réduit à néant. « Tout ça pour ça ! » serait-on tenté de commenter. Comme en physique, les forces contraires se sont équilibrées et finalement annulées mutuellement.
Depuis plusieurs semaines déjà, le grand public n’arrive plus à suivre. Le rythme quasiment quotidien de mise en débat de nouveaux amendements a rendu difficile l’appropriation de leurs enjeux fondamentaux par le plus grand nombre. Quant aux votes, leur logique était parfois difficile à décrypter… Ceux reflétant l’appréciation des groupes parlementaires sur le texte de l’amendement et lui seul n’ont pas été les plus nombreux.
Ils ont moins souvent obéi à des stratégies de fond clairement affirmées qu’à des tactiques ponctuelles influencées soit par la technique parlementaire soit par la situation politique générale et le positionnement des uns et des autres quant à l’exigence ou pas d’une nouvelle dissolution, voire d’une hypothétique démission du président de la République.
Résultat ? Alors que nous avons vécu plusieurs semaines de débats sur des sujets essentiels, susceptibles de faire grandir la démocratie et l’intérêt de la population pour la politique, c’est le contraire qui s’est produit. L’attentisme, voire pire, a gagné du terrain au lieu d’une plus grande motivation des citoyens à s’impliquer dans un débat et des choix qui les concernent au premier chef. Tout aussi préoccupant, le sentiment grandit que le débat pluraliste et contradictoire serait moins efficace que des décisions autoritaires et centralisées. On sait à quel point cela peut être dangereux, encore plus quand l’extrême droite est aussi près du pouvoir.
Il est donc plus que temps de redonner sens à la situation et d’ouvrir des pistes pour l’engagement citoyen, sans oublier celles pour des liens renforcés entre les élu.es et leurs mandants. À cet égard, une relecture des débats parlementaires, une mise en cohérence des amendements déposés et du sens des votes intervenus est plus que nécessaire. D’autant que les forces de gauche se sont montrées plus souvent désunies que rassemblées. Il leur revient pourtant d’ouvrir ensemble une perspective pour changer radicalement la situation de notre pays.
Pendant quelques semaines, on a espéré qu’une page nouvelle puisse s’ouvrir au vu de la richesse du débat public, notamment sur la taxe Zucman, sur les questions de justice fiscale et sociale, sur la mise à contribution du capital, toutes propositions ouvrant la voie de politiques économiques alternatives. Dans ce court laps de temps, les idées et valeurs de gauche ont repris des couleurs et pu faire un bout de chemin dans les consciences.
C’est ce fil qu’il faut aujourd’hui reprendre pour tisser autour de lui un lien de confiance et d’espoir. Les très fortes mobilisations des 10 et 18 septembre n’ont pas été des coups d’épée dans l’eau. Il y a toujours une disponibilité des forces vives de notre pays pour renouer avec la combativité nécessaire à des changements fondamentaux. Encore faut-il vouloir résolument ouvrir ce chemin. À ce prix, le travail parlementaire de ces derniers mois n’aura pas été vain.
Chronique de Maryse Dumas dans L'Humanité Magazine du 29-30 novembre 2025