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31 décembre 2025 3 31 /12 /décembre /2025 09:09
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)

L'humanité, 11 septembre 1967: un demi-million à la fête de l'humanité de Vincennes, 2100 adhésions au parti communiste et 2233 aux Jeunesses communistes. Juliette Gréco, "moulée dans sa longue robe noire" enchante le public en interprétant ses plus belles chansons écrites par Ferré, Gainsbourg, Brel, Trenet, Prévert et Cosma. Pendant deux jours, des dizaines de milliers de personnes se pressent à l'Expo Picasso au stand de l'humanité avec une centaine de toiles originales: "Picasso génial, Picasso témoin de notre temps sous tous les angles - Picasso, notre camarade". Roland Leroy assure le discours du meeting sur la grande scène, saluant la présence des camarades communistes vietnamiens, arabes palestiniens, israéliens, italiens, grecs, espagnols, portugais, réunionnais, martiniquais, guadeloupéens, dénonçant les ordonnances réactionnaires contre la Sécurité sociale, demandant la nationalisation de l'industrie pharmaceutique pour faire baisser le coût des médicaments, l'augmentation du budget de la santé publique, et défendant un programme commun de la gauche, défendant une politique de paix et de lutte contre l'impérialisme américain qui se déploie dans le monde entier et au Vietnam en premier lieu. A la cité Internationale, où les luttes d'émancipation de 42 pays sont représentées, "le stand des trois organes (hébreu, arabe, yiddish) du Parti communiste d'Israël répond en écho: "avec les peuples arabes contre l'impérialisme et non avec l'impérialisme contre les peuples arabes; l'évacuation des territoires occupés créera les conditions d'une solution pacifique". On y proposait du "champagne israélien" : il pourra couler à flot le jour où sera conclue une paix juste consacrant le droit des peuples israélien, palestinien et arabes à vivre dans la paix, donc dans la dignité et la justice"

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30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 10:46
Goražde, Joe Sacco - Rackham, 37€ - 2014, 250 pages

Goražde, Joe Sacco - Rackham, 37€ - 2014, 250 pages

Gaza 1956. En marge de l'histoire - Joe Sacco. Futuropolis, 2010,  33€, 424 pages

Gaza 1956. En marge de l'histoire - Joe Sacco. Futuropolis, 2010, 33€, 424 pages

Je viens de lire coup sur coup deux bandes dessinées d'une grande profondeur et intensité émotionnelle de Joe Sacco que je conseille chaleureusement aux lecteurs de Chiffon Rouge. 

La BD du réel est une "arme de compréhension massive" pouvait-on lire dans un article de L'Humanité consacrée aux 20 ans de l'excellente maison d'édition Futuropolis qui publie Emmanuel Lepage, Baudouin, Etienne Davodeau, et Joe Sacco entre autres. Le terme pour ce dernier n'est certes pas galvaudé.   

Joe Sacco, de nationalité états-unienne, est né le sur l'île de Malte. Il a vécu en Australie et aux Etats-Unis à partir de 12 ans, à Los Angeles sur la côte ouest, avant de faire ses études dans l'Oregon. Il est considéré comme un des grands noms de la BD d'auteur et le père de la BD-reportage consistant à réaliser un reportage journalistique sous forme de bandes dessinées. Il a travaillé beaucoup sur la Palestine, sur le conflit en Yougoslavie, sur les populations indiennes du Canada, les dégâts du nationalisme hindou du BJP en Inde, la répression des migrants africains, la bataille de la Somme de la Première Guerre Mondiale. Il s'est aussi beaucoup intéressé à ses débuts à la guerre du Golfe et à la guerre du Vietnam.  

Joe Sacco expose en ce moment et jusqu'au 10 janvier au profit des enfants de Gaza et de l'UNICEF des originaux à la galerie Martel de Paris avec l'auteur de Maus, Art Spiegelman:  : « L’anéantissement de Gaza nous a tous les deux plongés dans le désespoir », a confié Joe Sacco à l'Humanité. Le pionnier du journalisme en BD a couvert l’histoire de la colonisation israélienne depuis ses premiers reportages compilés dans le recueil Palestine (1993-1995). « Une partie de moi aimerait arrêter de dessiner la violence, mais Gaza m’oblige à y faire face et m’empêche de dormir », poursuit-il. Co-auteur d'un travail à deux mains sur Gaza avec un descendant de déporté juif polonais survivant à Auschwitz, Art Spiegelman, il nous montre le visage d'artistes américains qui font honneur à une autre vision, universaliste, inventive et originale, critique et généreuse, ouverte sur la complexité du monde et les vaincus de l'histoir, de la culture états-unienne. 

Les bandes dessinées de Joe Sacco, en noir et blanc, avec des dossiers documentaires avec des textes, des photos, des interviews, sont longues et touffues, à visée journalistique et documentaire, d'une richesse esthétique, humaine et historique inouïe, mais aussi avec une présence de l'artiste à et dans son sujet, et une présentation de la genèse du projet de BD et de son évolution au sein du récit, avec ses anecdotes, ses personnages secondaires et burlesques. 

Goražde

Issu du travail sur le terrain entrepris par Joe Sacco entre 1995 et 1996, Goražde est le récit passionné et rigoureux du calvaire de la ville et de ses habitants pendant la guerre civile qui a ravagé l'est de la Bosnie de 1992 à 1995. Pendant les quatre mois passés là-bas, sur plusieurs années, avec des aller-retours entre Sarajevo "la médiatique" et "Goražde", l'enclave bosniaque orientale en zone nationaliste serbe nettoyée de sa présence musulmane selon des logiques d'épuration ethnique existant aussi dans les autres camps, Joe Sacco a recueilli les témoignages des survivants et observé leurs conditions de vie pour réaliser ce qui peut être défini comme l'un des ouvrages majeurs traitant de cet épisode tragique de l'histoire contemporaine. La rigueur journalistique de Sacco, son souci constant de séparer les témoignages recueillis de ses propres opinions, les digressions minutieusement documentées sur le déroulement de la guerre en ex-Yougoslavie, sa maîtrise du langage de la bande dessinée en font un modèle de « reportage en bande dessinée ». Joe Sacco associe "l'inimaginable" de la relation, dans des témoignages douloureux, de processus génocidaires en acte, comme ces bosniaques que des miliciens serbes égorgent en série sur un pont enjambant la Drina, avant de les jeter dans la rivière, ou les massacres de Sébrenica, les mutilations des bosniaques dans des quartiers de Goražde conquis par les serbes, l'incendie de leurs maisons, le trivial des flirts avec les filles de Goražde dont la préoccupation au sortir de la famine - geste de coquetterie féminine et de dignité humaine - est de se procurer un jean 501 authentique à Sarajevo grâce au journaliste qui peut passer la route bleue des crêtes contrôlée par les extrémistes serbes, et les rappels historiques des horreurs de la seconde guerre mondiale, accomplies par les nazis croates Oustachis, mais aussi par des bosniaques ralliés ou des serbes "Tchetniks", partisans nationalistes, opposés à la résistance populaire communiste de Tito (on oublie souvent que la Yougoslavie a perdu 1 million de compatriotes pendant la seconde guerre mondiale, et déjà vécu 50 ans avant la guerre de Yougoslavie, des processus de guerre civile sectaire, et d'épuration ethnique, voire de visées génocidaires).  La bande dessinée est thématisée, alterne des moments de grande humanité, d'humour, de beauté aussi avec la candeur d'un soldat chantant à tue-tête des tubes américains, avec des moments d'horreur. 

 

C'est le cas aussi dans "Gaza 1956. En marge de l'histoire"

Quinze ans après la publication de son premier livre, Palestine une nation occupée, Joe Sacco y retourne dans la bande de Gaza, en proie aux destructions de maisons, assassinats ciblés, arrestations, bombardements israéliens, entre novembre 2002 et mai 2003, pour enquêter sur des massacres de la population palestinienne par l'armée israélienne, soutenue par la France et la Grande-Bretagne pendant la guerre de Suez, en 1956, alors que Gaza était sous protectorat égyptien. Des massacres de civils à Khan Younes et à Rafah qui évoquent dans leur horreur et leur aspect de négation absolue de la dignité humaine ce que l'armée israélienne et le gouvernement d'Israël infligent aujourd'hui aux Gazaouis. L'aspect documentaire de la BD est passionnant par rapport à cet épisode oublié de la guerre de Suez mais aussi parce qu'il montre du quotidien des Gazaouis soumis à la violence et à l'arbitraire quotidiens de la colonisation et de l'occupation israélienne au début des années 2000. Un livre qui construit comme "Goražde" une réflexion complexe sur la mémoire et l'histoire, la subjectivité des récits et le lien à la vérité historique, sur les caractères fragmentaires, reconstruits, occultés de la mémoire traumatique. C'est aussi un récit qui dévoile les racines lointaines du ressentiment que peuvent avoir les Palestiniens, tout particulièrement à Gaza qui a toujours fait l'objet d'un traitement particulier et particulièrement brutal et déshumanisant de la part d'Israël, du fait de leur dépossession et humiliations et des crimes commis contre leurs aïeux, mais qui révèle aussi leur formidable résilience et esprit de survie et de résistance.   

Ismaël Dupont, 30.12.2025 

https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/-/joe-sacco-la-bd-on-y-entre-aisement-on-pense-que-cest-facile-cest-en-cela-que-cest-subversif

En juin 2014, Joe Sacco répondait à l'Humanité: 

« ME CONCENTER SUR LE COMPORTEMENT DES INDIVIDUS DANS LE CADRE DE GROUPES, EN TANT QUE MASSE, ME PERMET DE MONTRER UN CONFLIT SOUS PLUSIEURS ANGLES. »

Qu’est-ce qui préside au choix de vos lieux de reportage, qui sont pour la plupart des lieux de violence, de guerre ?
 
Joe Sacco: 
"Les raisons sont spécifiques à chaque lieu. Concernant la Palestine, j’ai grandi, en Australie puis aux États-Unis, en pensant que les Palestiniens étaient des terroristes, et cela m’a pris du temps pour comprendre que l’histoire était plus vaste et plus complexe. Quand j’ai réalisé que les journaux américains, avec leur style « objectif », avaient produit en moi cette façon de voir les choses, je me suis senti insulté. En constatant que l’on n’entendait jamais de voix palestiniennes dans les médias américains, je me suis senti obligé d’y aller, pour écouter les Palestiniens et présenter ce qu’ils avaient à dire. Rendre compte de la complexité de la réalité. Pour la Bosnie, étant né en Europe (à Malte – NDLR), j’étais horrifié de ce qu’il s’y passait, le nettoyage ethnique, les massacres de masse… Et c’était intéressant aussi de voir comment la communauté internationale traitait cela : comme un problème humanitaire, alors que c’était un problème politique. Concernant l’Irak, cela correspondait à la nouvelle réalité : les États-Unis voulaient remodeler le monde. En tant que journaliste, je voulais être au plus près du bout de la lance, voir la « pointe » de ce qui était en train de se produire."
 
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30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 08:45
Inflexible - editorial de Sébastien Crepel dans l'Humanité du 30 décembre 2025
Inflexible 
Édito de l'humanité du 30/12/2025
 
Loin de nous l’idée de jouer les rabat-joie. Mais la lucidité commande de regarder les choses en face : les élections municipales des 15 et 22 mars prochains s’annoncent très périlleuses. Dans de nombreuses villes où la gauche aurait toutes ses chances en s’unissant, ses forces partiront divisées au premier tour, sans que l’on n’en cerne bien la justification.
Pis encore, elles pourraient aussi s’affronter au second tour, au risque de faire le lit de la droite ou du RN, qui en profiterait alors pour s’imposer dans des triangulaires sans être majoritaire en voix. Cette désunion ne sera pas seulement le fait de villes à (re) prendre à la droite, mais également, dans une poussée quasi suicidaire, de communes actuellement dirigées par des maires de gauche.
Comme souvent en pareille situation, la responsabilité est partagée. Le PS et LFI se disputent la première marche du podium dans la course à qui se montrera le plus inflexible. Dans Politis, Jean-Luc Mélenchon confirmait, en novembre, cette attitude en ne ciblant que ses « partenaires » de gauche.
« Les communistes ne proposent rien si ce n’est la reconduction des sortants », osait le fondateur de LFI, comme si ce principe qui a fait ses preuves pour garder des villes à gauche pouvait être balayé d’un revers de main. Les socialistes ne sont pas en reste en excluant tout « accord national » avec LFI, qui n’espérait que ça. « Comment comptent-ils gagner sans nous ? » raille Jean-Luc Mélenchon.
Ce dernier, comme Olivier Faure, enjoint l’autre de donner des gages entre les deux tours. « Nous n’accepterons pas (de) porter leurs valises », taclait le leader de LFI. « Ce sera à l’insoumis Sébastien Delogu (à Marseille) de dire ce qu’il veut faire », répondait en écho le chef des socialistes dans l’Humanité.
L’oubliée de ces rivalités est la population. À quoi bon la sommer de choisir entre « deux gauches » si c’est pour la livrer à la droite ? La capitale cristallise cette situation, où les sondages font craindre un jeu de massacre. « Il ne faut pas qu’un socialiste soit maire de Paris », a affirmé la tête de liste LFI, Sophia Chikirou. C’est malheureusement une ambition partagée par Rachida Dati.
 
Sébastien Crépel
 
Éditorialiste de l'Humanité
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30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 08:37
Controverse sur les 211 milliards d’aides aux entreprises : Michelin restitue 4,3 millions d’euros à l’État (L'Humanité, 26 décembre 2025)

Le géant industriel français Michelin a reversé 4,3 millions d’euros à l’État, confirme un arrêté paru vendredi 26 décembre au Journal officiel. Interpellée fin septembre par le sénateur communiste et directeur de « l’Humanité » Fabien Gay, l’entreprise rembourse finalement « le gain correspondant à ces crédits d’impôt » débloqués à la suite de l’acquisition de huit machines-outils, au départ destinées à son site de La Roche-sur-Yon, depuis fermé.

Comme annoncé début octobre, le géant français de la fabrication de pneus Michelin a reversé 4,3 millions d’euros sous forme de « don » à l’État français. La décision été entérinée vendredi 26 décembre, par un arrêté paru au Journal officiel.

Cette somme « correspond à des crédits d’impôt perçus par Michelin au titre du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), un dispositif en vigueur en France de 2013 à 2021 », a rappelé le fabricant auprès de l’Agence France-Presse (AFP).

Michelin prouve ainsi – contrairement aux affirmations des gouvernements macronistes successifs, comme de leurs relais médiatiques et politiques les plus zélés – que le conditionnement des aides publiques versées aux entreprises peut être une réalité.

Six machines-outils destinées au site de La Roche-sur-Yon envoyées à l’étranger

« Est accepté le don d’une somme d’argent d’un montant de 4 300 000 euros, effectué par virement bancaire en date du 11 décembre 2025, consenti au ministère de l’Économie », indique le Journal officiel. Michelin avait perçu, en 2017, plusieurs millions d’euros au titre du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE).

En cause : l’annonce de l’acquisition de huit machines-outils, qui étaient destinées au site de La Roche-sur-Yon (Vendée). Au final, seules deux d’entre elles ont bien été installées sur le territoire français ; les autres ayant été envoyées en Espagne et en Roumanie.

L’usine de La-Roche-sur-Yon a, elle, fermé ses portes en décembre 2020. Michelin affirme avoir décidé, « par souci de responsabilité, de restituer à l’État le gain correspondant à ces crédits d’impôt, compte tenu de la fermeture ultérieure du site ».

Ce remboursement est loin de sortir de nulle part. Le géant industriel réagit à la tribune du rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les aides publiques aux entreprises et directeur de l’Humanité, Fabien Gay, publiée, le 30 septembre dernier, dans les colonnes de Libération.

« En novembre dernier, le groupe Michelin annonçait la fermeture des sites de Vannes (Morbihan) et de Cholet (Maine-et-Loire), entraînant le licenciement de 1 254 salarié·e·s, conduisant le premier ministre de l’époque, Michel Barnier, à s’interroger devant le Parlement : ”À quoi sert l’argent public accordé aux grands groupes ?”, interpellait alors le sénateur communiste. Une question largement partagée par nombre de salarié·e·s, de syndicats et d’élu·e·s : est-il acceptable que des entreprises bénéficient d’aides publiques et versent, dans le même temps, des dividendes, procèdent à des rachats d’actions et détruisent des emplois ? »

Pour rappel, les contours légaux du CICE ne prévoient aucun mécanisme de remboursement. « Pour la première fois sous la Ve République, un grand groupe du CAC 40 reconnaît, sous la pression politique et citoyenne, qu’il doit rendre de l’argent public lorsque les engagements initiaux ne sont pas respectés, s’est réjoui le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel. Ce remboursement démontre une chose essentielle : la conditionnalité des aides publiques n’est ni une utopie ni un slogan, mais une exigence démocratique, sociale et économique. »

À Bercy, on indique que la procédure de remboursement « a fait l’objet d’une expertise approfondie et a été validée comme juridiquement et budgétairement conforme ». Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, Fabien Gay « salue cette démarche de Michelin (…) réalisée sans contrainte judiciaire ». L’élu communiste estime que ce choix du groupe industriel « démontre qu’il est possible de conditionner les aides publiques à des contreparties réelles en termes d’emploi, de maintien de l’activité en France et de non-délocalisation ». En espérant que l’exemple Michelin ne reste pas isolé.

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30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 08:33
Aide publique aux entreprises - Regonfler la loi. Editorial de Laurent Mouloud dans L'Humanité, 28 décembre 2025

Michelin ne s’est pas dégonflé. Dans un arrêté paru vendredi 26 décembre au Journal officiel, le groupe de pneumatiques a remboursé 4,3 millions d’euros à l’État. Une somme qui correspond au crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) que l’entreprise avait perçu pour l’achat de huit machines-outils destinées au site de La Roche-sur-Yon, mais dont six ont été expédiées en Espagne et en Roumanie avant que l’usine vendéenne ferme ses portes.

Ce détournement d’argent public avait été souligné lors de la commission d’enquête parlementaire menée en tant que rapporteur par le sénateur communiste et directeur de l’Humanité, Fabien Gay. À l’époque, le patron de Michelin, Florent Menegaux, ne pouvant nier l’évidence, avait estimé « pas anormal » que sa société le rembourse. Il a tenu parole.

Ce geste n’est pas que symbolique. Il crée un précédent qui doit servir d’électrochoc. Les aides versées aux entreprises – 211 milliards d’euros en 2023 – représentent le premier poste budgétaire de l’État. Censées soutenir l’emploi et l’investissement, elles sont pourtant distribuées sans contreparties. Et s’évaporent, pour une part, en dividendes, rachat d’actions, voire – paradoxe suprême – en plan de licenciements et en fermeture de sites.

Ce scandale discret mine la justice sociale et alimente la défiance. Derrière chaque euro public, un citoyen paie et attend que cet argent serve le bien commun. Pas la destruction industrielle et la rente de quelques-uns. Les entreprises ne peuvent être exonérées de comptes à rendre et des « efforts » que l’État impose, chaque jour, au reste des citoyens et travailleurs.

La conditionnalité des aides publiques est une nécessité démocratique, éthique, sociale et économique. Et le cas Michelin montre que cela est possible. Mais l’exemplarité ne peut pas reposer sur la seule bonne volonté des entreprises.

Il revient à l’État d’instaurer des règles par la loi : lier ces aides à des engagements sociaux et environnementaux, contrôler leur usage, exiger leur remboursement en cas de tricherie. Cet encadrement, loin de disqualifier le soutien aux entreprises, permettra de le légitimer aux yeux de tous. Et surtout de le rendre efficient.

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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 09:02
Marché de Morlaix, 27 décembre 2025, vente de l'Humanité, photo PY Boisnard

Marché de Morlaix, 27 décembre 2025, vente de l'Humanité, photo PY Boisnard

Marché de Morlaix, 27 décembre 2025, vente de l'Humanité, photo PY Boisnard

Marché de Morlaix, 27 décembre 2025, vente de l'Humanité, photo PY Boisnard

Marché de Morlaix, 27 décembre 2025, vente de l'Humanité, photo PY Boisnard

Marché de Morlaix, 27 décembre 2025, vente de l'Humanité, photo PY Boisnard

Marché de Morlaix, 27 décembre 2025, vente de l'Humanité, photo PY Boisnard

Marché de Morlaix, 27 décembre 2025, vente de l'Humanité, photo PY Boisnard

Marché de Morlaix, 27 décembre 2025, vente de l'Humanité, photo JL Le Calvez

Marché de Morlaix, 27 décembre 2025, vente de l'Humanité, photo JL Le Calvez

A la vente hebdomadaire de l'humanité magazine ce samedi matin au marché de Morlaix avec. Andrea Lauro et Ismaël Dupont, accompagnés un moment par Jean-Luc Le Calvez et Michèle Bourven.

Tous nos Humas sont partis... sous un froid de canard mais avec de bonnes discussions.

Photos Pierre-Yvon Boisnard et Jean-Luc Le Calvez 

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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 08:59
Commun, commune : l’heure du municipalisme ? - par Philippe Rio, Cause commune n°45, septembre-octobre 2025

Par

À l’heure où les défis politiques, sociaux, environnementaux et économiques s’amplifient, des majorités de gauche expérimentent, innovent, dans les pas d’un ­héritage de l’histoire de France : le pouvoir par le peuple et pour le peuple. Elles ­promeuvent un municipalisme aux caractéristiques françaises qui allie une conception équilibrée du rapport État/gouvernance locale et un corpus de politiques publiques fondamentales autour des biens communs.

« Tout le pouvoir aux Soviets ! », disait-on en 1917. Fort de cette filiation historique et pourtant loin des dérives utopiques qu’on lui prête, ce municipalisme est empreint d’un pragmatisme au sein du processus démocratique. Il est fortement inspiré de l’ex­em­­ple­ de démocratie directe locale affranchie de l’État central, idéologiquement opposé aux intérêts du peuple dans son ensemble, que fut la Commune de Paris en 1871.

Le XXe siècle aura vu le Parti communiste fran­çais faire des communes qu’il dirigeait de véri­tables laboratoires de politiques publiques et d’expérimentation sociale : le communisme municipal à la française, qui a cherché à résoudre deux contradictions.

La dignité : l’État et/ou la Commune ?

Au cœur du communisme municipal, on trouve un principe général : la mise en place de politiques publiques, souvent expérimentales et novatrices, pour le partage des biens communs, l’égalité et l’équité. Ces mesures visent à faire de la commune non pas un simple relais administratif, mais un outil de transformation sociale capable de répondre concrètement aux besoins des habitants.

Par la justice sociale : gratuité ou tarifs solidaires, politiques ambitieuses de droit au logement, ou encore services publics municipaux renforcés : sport, loisirs, santé…

« La ville de Saint-Denis a été pionnière dans la création de structures de participation citoyenne dès les années 1980 (avec des conseils de quartier). »

Par la réappropriation collective des biens communs : en refusant la privatisation de services publics ou en créant des structures publiques alternatives qui s’assurent de la disponibilité, de la qualité et du prix de la ressource (régies d’eau, régies funéraires, cuisines centrales, centres municipaux de santé…).

La démocratie de proximité : à travers les budgets participatifs, le soutien associatif, la coconstruction des politiques publiques dans des dispositifs nouveaux et non réglementaires.

Ainsi la ville de Saint-Denis a été pionnière dans la création de structures de participation citoy­enne dès les années 1980 (avec des conseils de quartier). Auparavant, en 1932, les  « colonies des gosses de Bagnolet » ancrent le principe des centres de vacances municipaux. À Bobigny, Montreuil, Malakoff, Grigny, Gennevilliers, Aubervilliers, on retrouve des initiatives inspirées de cette logique : remunicipalisation de l’eau, gratuité des cantines, centres municipaux de santé, création de « maisons des communs », de maisons des femmes : ce sont ces initiatives qui ont posé les bases de la coopération décentralisée…

Surtout, dans les ruralités, où l’isolement renforce les défis, ces communes se syndiquent et unissent leurs forces autour de besoins fondamentaux ­inaugurant la question de la place du territoire dans le « pouvoir ». Ce sont les communes communistes qui ont amené à leur point le plus haut la clause de compétence générale des collectivités, encore un héritage révolutionnaire.

Déjà la Révolution française s’employait à régler une contradiction héritée de la monarchie et l’une des causes de la Révolution : quelle autonomie pour les territoires ? Une question qui induit une contradiction profonde, car comment assurer une proximité et une efficacité du pouvoir local tout en renforçant un dessein national ? C’est un débat qui fait toujours rage aujourd’hui en une ère de centralisation.

« Comme en 1871, les communes sont autant de sentinelles de l’intérêt général du peuple, au cas où l’État faillirait une fois de plus. »

Le municipalisme se redéfinit : il n’est pas fédéral, conception qui laisserait aux pouvoirs locaux l’essentiel du pouvoir. Il s’agit d’une vision politique cohérente, du local au national, fondée sur la solidarité, la démocratie participative, la gestion publique des biens communs et l’expérience de la transformation sociale à l’échelle locale, où l’État garantit les moyens et le chemin de la nation.

Comme en 1871, les communes sont autant de sentinelles de l’intérêt général du peuple, au cas où l’État faillirait une fois de plus. Par le retour du pouvoir à une échelle plus locale quand l’État ne répond plus aux attentes de la nation, elles peuvent constituer une réponse aux impasses du capitalisme, alimentant un nouvel élan national. C’est notre définition du « communisme muni­cipal » !

Face à la montée de la précarité, à la crise climatique, et à l’affaiblissement de la démocratie représentative, le communisme municipal apparaît, pour certains élus et citoyens, comme un antidote aux politiques d’austérité et à la logique de marché. Là où l’État se retire, est défaillant et où les services publics s’effritent, les communes sont des lieux de résistance et les fers de lance d’offensives politiques. La crise de la Covid en est un parfait exemple ! C’est aussi une manière de réaffirmer que la politique ne se limite pas aux grandes lois ou aux échéances nationales. Les villes et les villages peuvent incarner une autre manière de faire société, à partir du réel et du quotidien, une noble praxis.

Un marché de dupes ?

Mais ce modèle se heurte aussi à plusieurs obstacles structurels. D’abord, les communes sont sous la dépendance des dotations de l’État, ce qui limite leur autonomie budgétaire. Ensuite, elles doivent parfois composer avec des intercommunalités ou des régions aux orientations politiques différentes, voire opposées. Les administrations sont soumises au diktat de « l’appel à projet » qui a remplacé le système descendant de la « subvention » des strates déconcentrées de l’État. Ainsi le sens politique, qui était donné par l’assemblée communale et garanti par la subvention, est placé entre les mains de l’État qui établit sa propre liste « à la Prévert » des sujets finançables auxquels il faut candidater, tout en plaçant les communes en concurrence avec leurs pairs. Enfin, les marges de manœuvre sont souvent contraintes par le droit (notamment européen) qui encadre la gestion publique et garantit les droits de l’économie libérale et de la concurrence, ou par la pression des groupes privés sur certains secteurs (comme l’énergie ou les déchets).

« Face à la montée de la précarité, à la crise climatique, et à l’affaiblissement de la démocratie représentative, le communisme municipal apparaît comme un antidote aux politiques d’austérité et à la logique de marché. »

Le communisme municipal ne prétend pas changer le monde en un jour, ni imposer une idéologie rigide. Il propose plutôt un réalisme radical, à échelle humaine, ancré dans les besoins concrets. Il permet aussi de préfigurer ce que pourrait être une société plus solidaire, écologique et démocratique. Les débats qu’il porte, par la nature de son rapport à l’État libéral et par ce qu’il véhicule, sont d’une terrible actualité.

Dans un contexte de défiance envers les institutions nationales, cette voie locale attire une nouvelle génération d’élus, militants, citoyens en quête de sens et d’efficacité. Hier, aujourd’hui, demain, cette voie porte l’histoire de notre pays.

Philippe Rio est maire PCF de Grigny (91). Il est président de la Coopérative des élus communistes, républicains et citoyens.

Cause commune45 • septembre/octobre 2025

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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 08:57
Le Parti communiste autrichien et la vie communale -Josef Meszlenyi, Cause commune n°45, septembre-octobre 2025
Le Parti communiste autrichien et la vie communale

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Se mobiliser ensemble pour un parc ou pour la réhabilitation d’une rue dans un quartier défavorisé constitue une expérience concrète de la lutte des classes.

Actif dans la IIe République et fort de son rôle dans la résistance au nazisme, le Parti commu­niste autrichien (KPÖ) est puissant à la Libé­ration. Johann Koplenig, le président du KPÖ, est vice-chancelier d’Autriche en 1945 et sept sous-secrétaires d’État communistes œuvrent à la recon­struction. Écarté du gouvernement en 1947, le Parti atteint cent cinquante mille membres en 1950, un ancrage comparable à celui du PCF dans un pays qui compte 6,8 millions d’habitants.

Sa trajectoire diverge alors de celle du PCF. Alors que ce dernier prospère dans les municipalités, le KPÖ décline. Son renouveau inattendu dé­marre dans les années 1990 en Styrie. La percée de ses résultats à Graz, la capitale du Land (8 % en 1998), se poursuit jusqu’à l’élection d’Elke Kahr en 2021, qui devient la première maire communiste. Ce succès propulse le parti : retour au parlement de Salzbourg (11,66 % en 2023), gouvernement de la ville en alliance avec les sociaux-démocrates avec lesquels il fait jeu égal, implantation dans tous les arrondissements de Vienne. Il compte désormais cent trente élus dans sept Länder.

CC : Peux-tu nous présenter le paysage communal autrichien et les compétences des différentes communes ?

L’Autriche est une république parlementaire fédérale, divisée en neuf Länder et quatre-vingt quatorze districts. Elle compte 2 092 communes de taille très diverse, allant de 41 habitants à plus de deux millions. Seules 277 dépassent 5 000 habitants. Constitutionnellement, toutes disposent des mêmes compétences. Certaines villes bénéficient cependant d’un statut particulier, exerçant les prérogatives des districts, voire d’un Land pour Vienne.

« La commune est l’échelon politique le plus accessible. Cela en fait à nos yeux le champ de bataille décisif.  »

L’organisation et les missions précises des communes sont définies par chaque Land, ce qui génère des différences entre régions, bien que celles-ci restent limitées. Leurs responsabilités incluent la voirie, les écoles, l’état civil et la lutte contre l’incendie. Elles partagent également des compétences dans le social, la construction et l’aménagement du territoire. Lorsque des compétences fédérales ou régionales leur sont déléguées, elles doivent toutefois se conformer aux objectifs fixés par ces autorités. Une tendance générale se dégage : les tâches des communes s’accroissent, pas leurs moyens.

CC : Tous les sondages montrent que les compétences du KPÖ en matière de logement sont reconnues. Comment avez-vous construit cette confiance à une époque où vous aviez pourtant peu d’élus ?

Lorsqu’ils ont des problèmes avec leur propriétaire, les gens ont l’habitude de contacter nos militantes ou nos militants, nos élus. Nous les orientons systématiquement vers les permanences logement que le parti organise dans ses locaux. Si la situation excède les compétences de nos militants, nous mettons les personnes en relation avec les experts en droit locatif du parti. Nombre de nos élus actuels se sont fait connaître via ces permanences avant d’être élus presque toujours sur des listes estampillées « KPÖ » ou « KPÖ+ ».

CC : Quelle place a l’action communale dans la stratégie de reconstruction du parti et de transformation de la société ?

La commune est l’échelon politique le plus accessible. Cela en fait à nos yeux le champ de bataille décisif. Les contradictions de la valorisation du capital y sont particulièrement visibles et peuvent y être combattues directement. Se mobiliser ensemble pour un parc ou pour la réhabilitation d’une rue dans un quartier défavorisé constitue, pour beaucoup, une expérience concrète de la lutte des classes.

CC : À part à Graz et à Salzbourg, le KPÖ est dans l’opposition. Quel est alors le rôle des élus communistes ? Qu’est-ce qui les rend différents ?

Les partis bourgeois et la social-démocratie préfèrent gérer les choses entre eux, à huis clos. La mission essentielle de nos élues et élus est donc d’informer les citoyens des décisions institutionnelles et d’y porter leur voix. Nous publions ainsi des journaux après chaque conseil municipal dans toutes les communes où nous avons des élus. Ces journaux sont financés par les indemnités de nos élus. À Knittelfeld (13 000 habitants), nos militants distribuent ainsi directement chez les habitants 6 000 exemplaires cinq fois par an. Au niveau du district (71 000 habitants), presque 17 000.

CC : Le KPÖ dirige pour la première fois une grande ville. Les élections sont dans moins d’un an. Quel bilan faites-vous de ce premier mandat ?

Nos élus au conseil municipal de Graz utilisent les marges de manœuvre communales pour une politique au service de la population. Ainsi, Graz construit de nouveau des logements communaux et veille à ce qu’ils restent accessibles. Cependant, comme beaucoup de villes, Graz connaît des dif­ficultés financières limitant les grands changements, d’autant que nous gouvernons en coalition avec les verts et les sociaux-démocrates. Obtenir des majorités pour des décisions nécessaires implique souvent de mobiliser la population.

« Ceux qui nous accusent de clientélisme sont ceux qui font une politique clientéliste en faveur des riches. Tous les ans, nous ouvrons publiquement nos comptes à la presse, contrairement aux autres partis qui ignorent ces difficultés quotidiennes. »

Dans les années 2000, lorsque l’ancienne majorité nous a confié le logement – les exécutifs communaux autrichiens intégrant proportionnellement l’opposition –, elle espérait que nous échouerions, et pensait que cela discréditerait le KPÖ en prouvant l’impossibilité du changement. Nous avons dû batailler pour préserver le patrimoine social, jusqu’à organiser un référendum contre la vente des logements communaux imposée par la majorité. Puis il a fallu lutter pour leur rénovation, tant leur état était indigne, souvent sans douches ni toilettes.

CC : On parle souvent des fonds sociaux que met en place le KPÖ pour aider les gens financièrement. Cela vous vaut parfois d’être accusés de « clientélisme ». Comment vois-tu ça ?

Le parti a fixé pour ses élus et permanents un plafond de revenu à 2 600 €, correspondant au salaire médian autrichien. La plupart de nos élues et élus exercent bénévolement et reversent intégralement leurs indemnités au parti ; elles servent à financer son activité, ses journaux ou ses secrétaires de section. Seuls les élus à plein temps peuvent conserver ces 2 600 € et reversent l’excédent à un fonds social, qu’abonde aussi la subvention dont bénéficie le parti. Dans le district de Murtal, cela représente 12 000 € par an. À Graz, 300 000 €. Ça nous permet d’aider les gens financièrement de manière directe et non bureaucratique.

« Nous avons dû batailler pour préserver le patrimoine social, jusqu’à organiser un référendum contre la vente des logements communaux imposée par la majorité.  »

Mais c’est plus que des distributions d’argent. Nos permanences sociales, organisées dans les locaux du parti, nous donnent l’occasion de connaître les difficultés concrètes des gens : par exemple le renoncement à des excursions scolaires, à réparer la voiture ou le frigo, à payer certaines factures… Nous aidons les gens de manière immédiate, puis nous engageons avec eux des luttes de plus longue haleine, en particulier contre leurs propriétaires. Nous maintenons le contact jusqu’à la résolution des problèmes.

Pour répondre à ces accusations de clientélisme, nous assumons pleinement notre action. Ceux qui nous accusent de clientélisme sont ceux qui font une politique clientéliste en faveur des riches. Tous les ans, nous ouvrons publiquement nos comptes à la presse, contrairement aux autres partis.

CC : À Graz et à Salzbourg, le KPÖ gouverne avec les sociaux-démocrates et les verts. À ton avis, de telles coalitions de gauche peuvent-elles se multiplier ?

Dans la situation actuelle, cela restera probablement exceptionnel. La social-démocratie et les verts préfèrent généralement s’allier aux conservateurs, voire à l’extrême droite pour le Parti social-démocrate autrichien (SPÖ) ! Nos relations avec ce dernier varient selon les régions et les communes. Si des coopérations ponctuelles existent, c’est quand même souvent le SPÖ qui détruit les acquis sociaux et privatise le logement communal. Dans mon district, à Judenburg et à Zelt­weg, il a ainsi tenté de vendre tout le patrimoine social. Nous avons partiellement bloqué cette opération par la mobilisation citoyenne, mais près de 20 % des logements ont tout de même été vendus à Zeltweg où les gens en ont bien besoin…

Josef Meszlenyi est membre du comité central du KPÖ, responsable de la politique communale en Styrie et élu à Knittelfeld.

Entretien, traduction et commentaire par Kevin Guillas-Cavan.

Cause commune45 • septembre/octobre 2025

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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 08:54
Victoire de Catherine Connolly en Irlande.  Naissance d’une alliance populaire pour le changement (Cause commune n°45, septembre-octobre 2025)

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Les bonnes nouvelles en Europe ne sont pas légion, mais celle-ci est d’importance. La victoire de Catherine Connolly à l’élection présidentielle irlandaise est portée par les exigences populaires de progrès, de paix et d’unité pour le pays.

Il s’agit d’abord d’une défaite sans appel des deux partis libéral et conservateur qui monopolisent le pouvoir en Irlande depuis un siècle. Un véritable vent de panique s’est emparé d’eux durant la campagne, où le camp conservateur a essuyé déconvenue sur déconvenue, avec des candidats discrédités qui se retirent les uns après les autres. Il ne leur restait plus que les injures publiques contre Catherine Connolly, signe d’une trumpisation de la droite irlandaise et relayées par la presse réactionnaire. Mais là encore ce fut un échec.

Catherine Connolly a remporté 66,36 % des voix face au candidat gouvernemental du Fine Gael. Elle est soutenue par une large coalition de partis de gauche, nos amis du Sinn Féin en tête, mais également les sociaux-démocrates, le Labour Party, People Before Profit, le parti vert et les indépendants progressistes. De plus, de larges secteurs de la société civile et du mouvement social ont également apporté leur soutien. Cela ouvre des perspectives nouvelles à gauche. Comme le souligne le président du Sinn Féin, Declan Kearney : « On constate une prise de conscience croissante du fait qu’il y a bien plus de points communs que de points de division. » Derrière cette victoire, se dessinent les contours d’une possible majorité alternative au pouvoir libéral-conservateur. Alors qu’à l’occasion des dernières élections législatives dans l’État du Sud, toute la droite s’était coalisée contre le Sinn Féin, ce succès permet de rouvrir une page de l’histoire progressiste irlandaise. Rappelons que dans les six comtés du Nord, Michelle O’Neill, dirigeante du Sinn Féin, gouverne depuis février 2024, en dépit de la politique de sabotage menée par les partis unionistes conservateurs.

« Catherine Connolly a remporté 66,36 % des voix face au candidat gouvernemental du Fine Gael. »

Cette victoire démontre en effet que les aspirations populaires majoritaires vont à l’encontre de la politique de la clique conservatrice apeurée au pouvoir. Ces exigences populaires exprimées par les citoyens de l’État du Sud font écho avec celles des Irlandaises et Irlandais des six comtés du Nord et de la diaspora, qui sont empêchés de voter. La campagne menée pour la victoire de Catherine Connolly était au diapason des aspirations d’une majorité de la population : une répartition équitable des richesses, le droit au logement, la neutralité irlandaise, la solidarité avec le peuple palestinien, la langue irlandaise et, bien sûr, l’unité irlandaise.

Progrès social, paix et unité irlandaise

Ces trois éléments, indissociables, sont majoritaires en Irlande, au Nord comme au Sud. Cela résonne dans l’ensemble de l’Europe et c’est une leçon pour l’ensemble de la gauche en Europe. Au-delà du contexte particulier de l’Irlande, ce sont bien sur ces trois piliers, la transformation sociale, la souveraineté populaire et la paix, qu’il est possible de reconstruire une perspective sociale et politique majoritaire à gauche, en France et en Europe.

Les méthodes de campagne sont également instructives. Loin du « bruit et de la fureur », Catherine Connolly a adopté un ton calme, mesuré. Elle s’est appuyée sur l’expérience des mobilisations citoyennes des référendums sur le mariage pour tous et sur le droit à l’avortement (qui marquaient par ailleurs une évolution historique de la société irlandaise en dépit de l’apparition d’un courant d’extrême droite organisé). Beaucoup d’actes de campagne originaux ont émergé : collectes de fonds par des musiciens dans les pubs ruraux, street art, influenceurs sur les réseaux, initiatives inspirées de la campagne de Zohran Mamdani à New York et centrées sur la culture visuelle… C’est une nouvelle génération de campagne politique qui émerge à gauche.

« Sur l’ensemble de l’île et pour les Irlandais, la question d’une République irlandaise sociale et démocratique est désormais posée. »

Enfin, la question de l’unité irlandaise a structuré la campagne de Catherine Connolly. C’est l’objectif stratégique central du Sinn Féin, avec lequel les communistes français sont pleinement solidaires. Si Catherine Connolly n’a pas les pouvoirs institutionnels d’agir dans ce sens, c’est un message adressé au gouvernement irlandais de respecter son obligation constitutionnelle pour l’unité irlandaise. Cette victoire montre que cette question n’est ni secondaire, ni utopique, mais qu’elle est immédiate et concrète. Sur l’ensemble de l’île et pour les Irlandais la question d’une République irlandaise sociale et démocratique est désormais posée. Comme le défendait un autre Connolly, James, fusillé par les Britanniques en 1916, la République irlandaise et la liberté pour le peuple irlandais sont indissociables de la transformation des rapports sociaux dans le pays. Cela montre d’ailleurs à quel point l’engagement républicain des progressistes irlandais rejoint celui des progressistes français, que ce soit durant la Révolution française ou autour de Jean Jaurès.

C’est une bataille stratégique qui requiert un niveau de rapport de force. Les oppositions seront particulièrement nombreuses. L’essor rapide de l’extrême droite en Grande-Bretagne annonce de futurs combats extrêmement durs. Les communistes français seront aux côtés du Sinn Féin et du peuple irlandais pour les mener !

Vincent Boulet est membre du comité exécutif national, chargé des relations internationales du PCF.
Il est vice-président du Parti de la gauche européenne.

Cause commune45 • septembre/octobre 2025

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27 décembre 2025 6 27 /12 /décembre /2025 10:21

 

10 déc. 2025
Face-à-face sur BFM TV entre Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, et Patrick Martin, président du Medef. Au programme : ultrariches, inégalités, salaires, dividendes, désindustrialisation, budget de la Sécu, retraites, jeunesse, guerre commerciale avec la Chine, accords de libre-échange et place du RN dans l’arc républicain.

 

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