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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 16:38
Chateaubriant, 21 octobre 2018: souvenons-nous des 27 et soyons dignes d'eux!
Ian Brossat était au côté d'Eric Guellec, vice-président communiste de Brest Métropole

Ian Brossat était au côté d'Eric Guellec, vice-président communiste de Brest Métropole

Il y a 77 ans le 22 octobre 1941, les Allemands fusillaient 27 résistants communistes à Châteaubriant. Parmi eux, Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud, ou encore Guy Moquet. Soyons dignes d'eux et faisons vivre leur souvenir.

Ian Brossat, 21 octobre 2018 

Chateaubriant, 21 octobre 2018: souvenons-nous des 27 et soyons dignes d'eux!
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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 20:21
Chateaubriant, 77 ans après: samedi 20 et dimanche 21 octobre, le regard tourné vers l'avenir, rendons hommage à nos camarades, avec la présence de Lucienne Nayet, présidente du Musée de la résistance nationale de Champigny (MRN)
Chateaubriant, 77 ans après: samedi 20 et dimanche 21 octobre, le regard tourné vers l'avenir, rendons hommage à nos camarades, avec la présence de Lucienne Nayet, présidente du Musée de la résistance nationale de Champigny (MRN)
Le groupe de 27 otages (sur 48) qui seront fusillés le 22 octobre 1941. parmi eux, Guy Môquet, jeune communiste de17 ans (debout, le cinquième à droite). Photo : L'Humanité

Le groupe de 27 otages (sur 48) qui seront fusillés le 22 octobre 1941. parmi eux, Guy Môquet, jeune communiste de17 ans (debout, le cinquième à droite). Photo : L'Humanité

Chateaubriant, 77 ans après: samedi 20 et dimanche 21 octobre, le regard tourné vers l'avenir, rendons hommage à nos camarades, avec la présence de Lucienne Nayet, présidente du Musée de la résistance nationale de Champigny (MRN)
Chateaubriant, 77 ans après: samedi 20 et dimanche 21 octobre, le regard tourné vers l'avenir, rendons hommage à nos camarades, avec la présence de Lucienne Nayet, présidente du Musée de la résistance nationale de Champigny (MRN)
Chateaubriant, 77 ans après: samedi 20 et dimanche 21 octobre, le regard tourné vers l'avenir, rendons hommage à nos camarades, avec la présence de Lucienne Nayet, présidente du Musée de la résistance nationale de Champigny (MRN)
CHÂTEAUBRIANT SOIXANTE-DIX-SEPT ANS APRÈS, TOUJOURS PRÉSENTS !
Vendredi, 19 Octobre, 2018
L'Humanité

Un hommage aux 27 fusillés aura lieu le dimanche 21 octobre dans la carrière de la Sablière, à Châteaubriant, à 13 h 30, rond-point Fernand-Grenier.

Cela s’est déroulé le 20 octobre 1941. Il est environ 8 heures lorsque la Résistance abat le lieutenant-colonel Hotz, à Nantes. Les représailles de l’occupant seront terribles. Le général von Stülpnagel, commandant militaire en France, annonce que 50 otages seront tués dans la journée, et le choix laissé au gouvernement de Vichy sur une liste comprenant essentiellement des communistes. Vingt-sept otages sont fusillés le jour même à Châteaubriant, dont le lycéen Guy Môquet, âgé de 17 ans, seize otages sont assassinés à Nantes, et cinq autres au Mont-Valérien. Mais, au lieu de dresser la population contre les résistants, ces massacres renforcent au contraire le rejet de l’Occupation. Pour rendre hommage aux 48 martyrs, le Comité du souvenir des fusillés de Châteaubriant, Nantes, Mont-Valérien et de la Résistance en Loire-Inférieure organisent une veillée qui se déroulera le vendredi 19 octobre à 17 h 45 devant le monument aux 50-Otages à Nantes. Un hommage aux 27 fusillés aura lieu le dimanche 21 octobre dans la carrière de la Sablière, à Châteaubriant, à 13 h 30, rond-point Fernand-Grenier. Sont prévus un spectacle des Tréteaux de France avec les enfants d’une école locale et une allocution d’Isabelle de Almeida, présidente du conseil national du PCF. P. Du.

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 19:33
DISPARITION. ROBERT ENDEWELT, COMBATTANT DU PARIS POPULAIRE (L'HUMANITE, 18 octobre 2018)
DISPARITION. ROBERT ENDEWELT, COMBATTANT DU PARIS POPULAIRE
Jeudi, 18 Octobre, 2018

Le résistant de la première heure de la MOI parisienne, ancien élu PCF de Champigny-sur-Marne et dirigeant du Mouvement de la paix, est décédé à la veille de ses 95 ans.

C’est dans le Paris populaire des années 1920-1930 où de nombreux juifs d’Europe centrale et orientale trouvent refuge que Robert Endewelt naît en 1923. Sa mère, Gitla Dynerman, couturière, et son père, Szmul Endewelt, tailleur, tous deux originaires de Varsovie (Pologne), viennent tout juste d’arriver en France. Après la fin de sa scolarité, l’apprenti tailleur mécanicien devient salarié dans l’industrie de l’habillement. Mais déjà le cours de l’histoire s’assombrit. Dans les premières semaines de l’occupation nazie dans la capitale, il rejoint un groupe de jeunes communistes du 10e arrondissement qui cherche à s’organiser dès 1940. Leurs lieux de rencontre sont le club sportif de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) et la salle de gymnastique du Yiddisher Arbeiter Sport Klub (Club ouvrier sportif juif), 14, rue de Paradis. C’est le début d’un engagement dans la Résistance qui se terminera avec l’insurrection de Paris en août 1944. Il est affecté aux jeunes du secteur juif de la MOI et devient l’un des responsables du triangle de direction de cette organisation pour la région parisienne, dans lequel se trouve déjà Henri Krasucki.

La répression est féroce. Certains de ses camarades sont arrêtés. Trois d’entre eux, Wajsbrot, Rayman et Fingercwajg, figureront sur l’Affiche rouge. En août 1944, il participe à l’insurrection parisienne (1). À la Libération, il s’engage pour la durée de la guerre et est affecté en Allemagne dans un régiment de tirailleurs algériens. Dans les années 1950, le militant assume différentes tâches au sein du PCF parisien. Il prend ensuite des responsabilités au sein du Mouvement de la paix dans les années 1960-1970 qui voient la multiplication d’importantes manifestations pacifistes contre la guerre du Vietnam. Il rejoint le département du Val-de-Marne et sera élu conseiller municipal de Champigny jusqu’en 1983. En parallèle, il assure des missions auprès du comité central, notamment au secteur presse. Il retrouve alors le Paris qu’il aime avec le quartier des Buttes-Chaumont. Ses obsèques auront lieu au crématorium du Père Lachaise le jeudi 25 octobre à 10 heures. L'Humanité présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.

(1) Lire son portrait publié dans l’Humanité du 19 août 2014, sa notice au Maitron et voir aussi son témoignage dans le film réalisé par Laurence Karsznia et Mourad Laffitte, Une jeunesse parisienne en résistance.
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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 12:31
Robert Endewelt, résistant juif communiste des FTP-MOI, nous a quitté cette nuit du 16 au 17 octobre 2018
Robert Endewelt, résistant juif communiste des FTP-MOI, nous a quitté cette nuit du 16 au 17 octobre 2018

Lu sur la page Facebook de notre camarade de Paris, Catherine Vieu-Charier: 

 

Robert Endewelt, résistant, juif, communiste, nous a quitté cette nuit. 
 

«Nous, jeunes communistes, 
avons coorganisé l’insurrection de Paris»
 

Mardi, 19 Août, 2014
Issu d’une famille d’immigrés juifs polonais, Robert Endewelt, dirigeant de la Jeunesse communiste clandestine et membre de la MOI, 
a participé aux intenses combats de la place de la République, un des bastions des troupes nazies dans la capitale.
«Un officier allemand est sorti, un drapeau blanc à la main, de la caserne Prince-Eugène sur la place de la République dans laquelle les troupes nazies s’étaient retranchées. J’étais à 10 mètres. » Robert Endewelt est âgé alors de vingt et un ans. Cette image, il la garde, gravée dans sa mémoire. Paris se libère ce 25 août 1944. Responsable des Jeunesses communistes clandestines, il s’était joint quelques jours auparavant avec 200 jeunes à l’insurrection de la capitale à laquelle appelait le Conseil national de la Résistance. « Nous avions reçu l’ordre de récupérer des armes par tous les moyens et d’investir le quartier. On nous a distribué des brassards des FFI (Forces françaises de l’intérieur). J’étais affublé d’un grand fusil… » La place de la République était l’un des bastions de l’armée d’occupation. Elle y avait installé de l’artillerie et bombardait les positions du Paris insurgé. Comme les barricades érigées dans les rues adjacentes ou un peu plus loin sur le boulevard Magenta. L’accès de la place était interdit. Des écriteaux prévenaient : « Qui ira plus loin sera fusillé immédiatement. » Les jeunes résistants harcèlent les troupes allemandes qui se replient dans les ultimes heures du combat dans la caserne, bâtiment qui fut avant-guerre et reste aujourd’hui affecté à la garde républicaine (1). C’est sous la double pression des FFI et des chars de la division Leclerc que les soldats allemands finiront par se rendre ce 25 août.
Lutter contre les fascistes 
mais aussi « contre cet insupportable 
appel à la résignation du régime de Pétain »
Quatre-vingt-onze ans, chaleureux, timbre clair, tonus sidérant, Robert Endewelt raconte, chez lui, un 9e étage avec vue imprenable sur le parc des Buttes-Chaumont dans ce coin de Paris qu’il n’a jamais quitté. « Il y a eu un silence. Et puis d’un seul coup, une foule joyeuse, venue d’on ne sait où, a envahi la place. » L’épilogue du combat contre l’Allemagne nazie n’était pas encore écrit. Robert intégrera l’armée avec les jeunes de son groupe au sein d’une compagnie qui poursuivra la Wehrmacht jusque de l’autre côté du Rhin. L’histoire avait commencé quatre ans plus tôt. En 1940, à dix-sept ans, le jeune homme qui a grandi dans une famille d’immigrés juifs polonais – « Mes parents avaient fui la misère et les pogroms au début du siècle » – est entouré de « copains de la JC comme Maurice Feld » déterminés à lutter contre les fascistes mais aussi « contre cet insupportable appel à la résignation du régime de Pétain ». « On a d’abord lancé des tracts à la volée à la sortie des cinémas. Et puis, on a organisé des manifs au printemps 1941, rue du Faubourg-du-Temple, de Belleville, et puis le 14 Juillet sur les grands boulevards. En août, lors d’un autre rassemblement, deux camarades se font arrêter, Samuel Tichelmann et Henri Gautreau. Ils seront tous deux fusillés. Nous savions, au plus tard à ce moment-là, que nous étions engagés dans un combat sans merci. » Robert prend rapidement des responsabilités au sein de la JC clandestine du 10e arrondissement. On lui demande de rejoindre la MOI (Main-d’œuvre immigrée), ce groupe de résistants d’origine étrangère. Il y côtoie Henri Krasucki qui deviendra plus tard secrétaire général de la CGT. « Lui était chargé de préparer les jeunes à la guérilla urbaine, et moi j’avais la responsabilité du secteur de la propagande. » Dans le « civil », Robert habite avec sa famille un petit appartement au bas de la rue du Faubourg-Saint-Denis. « Fort heureusement, dit-il dans un sourire, ma mère n’a jamais été mise au courant. Elle se serait fait un sang d’encre. » La discrétion, les mille précautions contre d’éventuelles filatures deviennent vite le seul mode de vie possible. Le jeune homme sort à toute allure de l’adolescence. Le fonctionnement en triangle est la règle (soit un contact limité à seulement deux autres personnes du réseau pour éviter les coups de filet). « Fin 1942, début 1943, nous avons pu mener à bien – souvent avec la complicité des travailleurs – des actes de sabotage dans les usines textiles parisiennes réquisitionnées par l’occupant pour fournir des vêtements chauds à ses soldats empêtrés, déjà, sur le front de l’Est. » En mars 1943, l’étau policier se resserre. Henri Krasucki est arrêté et déporté à Auschwitz. « Se réorganiser rapidement, quitter les vieilles planques, en trouver de nouvelles. Nous avons mis quelques mois avant de reconstituer un réseau. » Nouveau coup dur fin 1943 : parmi les « adultes » – comme Robert les désigne aujourd’hui encore pour les différencier des jeunes sous sa responsabilité – ceux du groupe Manouchian sont victimes à leur tour d’un coup de filet. « Je suis tombé sur l’Affiche rouge un matin de février 1944 en allant à un rendez-vous. Un choc. Je reconnais trois camarades : Marcel Raymann que j’avais côtoyé directement, Wajsbrot et Fingercwag. Leurs visages hirsutes et la consonance de leurs noms devaient les discréditer comme des terroristes étrangers. Cette mise en scène provoquera l’effet inverse… » Toujours militant et au fait du climat et des enjeux politiques les plus actuels « dans une période tout à fait différente », Robert Endewelt évoque l’importance de ce retournement symbolique jusqu’à aujourd’hui. Car l’affiche est un témoignage sans appel « du courage et de l’engagement des immigrés dans la libération de la France ».

 

Pierre Trovel:


«Nous, jeunes communistes, 
avons coorganisé l’insurrection de Paris»

 

Issu d’une famille d’immigrés juifs polonais, Robert Endewelt, dirigeant de la Jeunesse communiste clandestine et membre de la MOI, 
a participé aux intenses combats de la place de la République, un des bastions des troupes nazies dans la capitale.
«Un officier allemand est sorti, un drapeau blanc à la main, de la caserne Prince-Eugène sur la place de la République dans laquelle les troupes nazies s’étaient retranchées. J’étais à 10 mètres. » Robert Endewelt est âgé alors de vingt et un ans. Cette image, il la garde, gravée dans sa mémoire. Paris se libère ce 25 août 1944. Responsable des Jeunesses communistes clandestines, il s’était joint quelques jours auparavant avec 200 jeunes à l’insurrection de la capitale à laquelle appelait le Conseil national de la Résistance. « Nous avions reçu l’ordre de récupérer des armes par tous les moyens et d’investir le quartier. On nous a distribué des brassards des FFI (Forces françaises de l’intérieur). J’étais affublé d’un grand fusil… » La place de la République était l’un des bastions de l’armée d’occupation. Elle y avait installé de l’artillerie et bombardait les positions du Paris insurgé. Comme les barricades érigées dans les rues adjacentes ou un peu plus loin sur le boulevard Magenta. L’accès de la place était interdit. Des écriteaux prévenaient : « Qui ira plus loin sera fusillé immédiatement. » Les jeunes résistants harcèlent les troupes allemandes qui se replient dans les ultimes heures du combat dans la caserne, bâtiment qui fut avant-guerre et reste aujourd’hui affecté à la garde républicaine (1). C’est sous la double pression des FFI et des chars de la division Leclerc que les soldats allemands finiront par se rendre ce 25 août.
Lutter contre les fascistes 
mais aussi « contre cet insupportable 
appel à la résignation du régime de Pétain »
Quatre-vingt-onze ans, chaleureux, timbre clair, tonus sidérant, Robert Endewelt raconte, chez lui, un 9e étage avec vue imprenable sur le parc des Buttes-Chaumont dans ce coin de Paris qu’il n’a jamais quitté. « Il y a eu un silence. Et puis d’un seul coup, une foule joyeuse, venue d’on ne sait où, a envahi la place. » L’épilogue du combat contre l’Allemagne nazie n’était pas encore écrit. Robert intégrera l’armée avec les jeunes de son groupe au sein d’une compagnie qui poursuivra la Wehrmacht jusque de l’autre côté du Rhin. L’histoire avait commencé quatre ans plus tôt. En 1940, à dix-sept ans, le jeune homme qui a grandi dans une famille d’immigrés juifs polonais – « Mes parents avaient fui la misère et les pogroms au début du siècle » – est entouré de « copains de la JC comme Maurice Feld » déterminés à lutter contre les fascistes mais aussi « contre cet insupportable appel à la résignation du régime de Pétain ». « On a d’abord lancé des tracts à la volée à la sortie des cinémas. Et puis, on a organisé des manifs au printemps 1941, rue du Faubourg-du-Temple, de Belleville, et puis le 14 Juillet sur les grands boulevards. En août, lors d’un autre rassemblement, deux camarades se font arrêter, Samuel Tichelmann et Henri Gautreau. Ils seront tous deux fusillés. Nous savions, au plus tard à ce moment-là, que nous étions engagés dans un combat sans merci. » Robert prend rapidement des responsabilités au sein de la JC clandestine du 10e arrondissement. On lui demande de rejoindre la MOI (Main-d’œuvre immigrée), ce groupe de résistants d’origine étrangère. Il y côtoie Henri Krasucki qui deviendra plus tard secrétaire général de la CGT. « Lui était chargé de préparer les jeunes à la guérilla urbaine, et moi j’avais la responsabilité du secteur de la propagande. » Dans le « civil », Robert habite avec sa famille un petit appartement au bas de la rue du Faubourg-Saint-Denis. « Fort heureusement, dit-il dans un sourire, ma mère n’a jamais été mise au courant. Elle se serait fait un sang d’encre. » La discrétion, les mille précautions contre d’éventuelles filatures deviennent vite le seul mode de vie possible. Le jeune homme sort à toute allure de l’adolescence. Le fonctionnement en triangle est la règle (soit un contact limité à seulement deux autres personnes du réseau pour éviter les coups de filet). « Fin 1942, début 1943, nous avons pu mener à bien – souvent avec la complicité des travailleurs – des actes de sabotage dans les usines textiles parisiennes réquisitionnées par l’occupant pour fournir des vêtements chauds à ses soldats empêtrés, déjà, sur le front de l’Est. » En mars 1943, l’étau policier se resserre. Henri Krasucki est arrêté et déporté à Auschwitz. « Se réorganiser rapidement, quitter les vieilles planques, en trouver de nouvelles. Nous avons mis quelques mois avant de reconstituer un réseau. » Nouveau coup dur fin 1943 : parmi les « adultes » – comme Robert les désigne aujourd’hui encore pour les différencier des jeunes sous sa responsabilité – ceux du groupe Manouchian sont victimes à leur tour d’un coup de filet. « Je suis tombé sur l’Affiche rouge un matin de février 1944 en allant à un rendez-vous. Un choc. Je reconnais trois camarades : Marcel Raymann que j’avais côtoyé directement, Wajsbrot et Fingercwag. Leurs visages hirsutes et la consonance de leurs noms devaient les discréditer comme des terroristes étrangers. Cette mise en scène provoquera l’effet inverse… » Toujours militant et au fait du climat et des enjeux politiques les plus actuels « dans une période tout à fait différente », Robert Endewelt évoque l’importance de ce retournement symbolique jusqu’à aujourd’hui. Car l’affiche est un témoignage sans appel « du courage et de l’engagement des immigrés dans la libération de la France ».

 

 

 

 

Gilbert Brustlein, Marcel Rayman, Henri Krasucki... les jeunes communistes juifs dans la FTP MOI, témoignage de Robert Endewelt

21 février 1944: 23 étrangers et nos frères pourtant - Il y a soixante-treize ans, le 21 février 1944, les nazis exécutaient au Mont-Valérien les héros de l'Affiche rouge.

Résistance : Arsène Tchakarian, à 100 ans, il est le dernier rescapé des Manouchian (Le Parisien, Lucile Métout, 25 décembre 2016)

Olga Bancic, une héroïne de la résistance juive communiste FTP-Moi en France

L'Affiche rouge: "Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant" (numéro spécial de L'Humanité, février 2007- Jean de Leyzieu)

Les communistes français dans la résistance avant l'invasion de l'URSS en juin 1941: relisons Albert Ouzoulias et ses "Bataillons de la jeunesse"

une conférence importante de Léon Landini prouvant que, quoiqu'en disent les révisionnistes, la résistance communiste a débuté bien avant le printemps 1941

 

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 07:27
Guerre d'Algérie - Communiqué du PCF pour le 57e anniversaire du massacre du 17 octobre 1961

PCF - Parti Communiste Français

Le 57e anniversaire du massacre du 17 octobre 1961 intervient à quelques semaines de la reconnaissance officielle par le président Macron de la responsabilité de l’État dans l'enlèvement, la torture et l'assassinat de Maurice Audin, mathématicien, militant communiste engagé aux côtés du peuple algérien dans sa lutte pour l'indépendance.

La mise à mort, ce 17 octobre 1961, par la police française d'au moins 200 manifestant-e-s algérien-ne-s venu-e-s défiler, souvent en famille, protestant pacifiquement contre le couvre-feu imposé par le préfet de police, Maurice Papon, pour la paix et pour l'indépendance de l'Algérie a été couverte et encouragée par les plus hautes autorités de l’État.

Comme si la mort violente de près de 300 morts en 3 mois de répression policière en région parisienne ne suffisait pas, les événements du 17 octobre, les morts et les rafles et 11 000 arrestations de même que ces 3 mois de terreur ont été sciemment occultés pendant des décennies tout comme les massacres de Sétif (8 mai 1945), les massacres de 1947 à Madagascar, et Charonne (février 1962) par un État colonial prêt à utiliser toute la violence possible pour réduire à néant l'aspiration à une Algérie libre, indépendante et souveraine. De même, la connivence de l’État et de l'OAS qui organisa attentat sur attentat à Paris et Alger a été délibérément minorée au cours des années suivantes.

Rendre hommage aux victimes du 17 octobre c'est pour la France reconnaître par la voix de ses plus hautes autorités d'aujourd'hui son entière responsabilité dans la guerre coloniale et les crimes d’État commis contre le peuple algérien.

C'est contribuer à restaurer la dignité des victimes et la dignité de la République, c'est prendre en considération la douleur des victimes brisées, civiles ou militaires, la douleur des familles et répondre à l'exigence de vérité et de justice des Algérien-ne-s et Français-es de 2018.

Le Parti communiste français, avec ses militant-e-s et représentant-e-s élu-e-s, participera comme chaque année aux hommages et commémorations des victimes du massacre du 17 octobre 1961 qui se dérouleront demain mercredi, et appelle la population à se joindre en nombre aux cérémonies organisées en France.

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 05:48
Près de 14000 manifestants seront arrêtés dont 300 seront jetés à la Seine ou exécutés. Raymond Darolle/Europress/Sygma/Corbis

Près de 14000 manifestants seront arrêtés dont 300 seront jetés à la Seine ou exécutés. Raymond Darolle/Europress/Sygma/Corbis

18 OCTOBRE 1961, LA PRESSE CHOISIT SON CAMP
Mercredi, 17 Octobre, 2018

Au lendemain de la manifestation pacifiste des Algériens, réprimée dans le sang, seuls l’Humanité et Libération dénoncent cette nuit de massacre.

«Ray Charles pourra chanter ce soir. Après le passage du service de désinfection, le Palais des sports a retrouvé son aspect habituel. » C’est une des annonces que fait placidement France-Soir, dans son édition parue trois jours après l’assassinat de près de 300 Algériens, le 17 octobre 1961 à Paris. Avec le parc des expositions et le stade Coubertin, le Palais des sports avait été transformé en lieu de détention où la police avait parqué des Algériens dans des conditions inhumaines.

Les policiers se livrent à une véritable chasse à l’homme

Ce soir du 17 octobre, répondant à l’appel du FLN, 30 000 « Français musulmans d’Algérie » manifestent sous la pluie dans les rues de Paris. Celles-ci leur sont interdites depuis l’infamant couvre-feu décrété par les autorités françaises douze jours plus tôt, avec l’aval du premier ministre, Michel Debré. Le caractère pacifique du rassemblement est garanti par les organisateurs, qui vont jusqu’à fouiller les manifestants. Sur ordre de l’ancien fonctionnaire de Vichy Maurice Papon, devenu depuis préfet de police de Paris, les policiers vont pourtant se livrer à une véritable chasse à l’homme. Papon exige aussi qu’aucun journaliste ne soit présent sur les lieux, contraignant ces derniers à ne disposer que des sources officielles, notamment les informations délivrées par la préfecture. Au total, près de 14 000 manifestants seront arrêtés. Près de 300 d’entre eux seront jetés à la Seine ou exécutés. Le lendemain, dans la presse, la majeure partie des titres vont appuyer ou relayer la version officielle tandis que d’autres journaux, plus rares, dont l’Humanité, refusent de fermer les yeux.

Ainsi le Figaro se fend d’un article retraçant le fil de la journée heure par heure et dans lequel on peut lire dès les premières lignes qu’« il y a eu des heurts, mais (que), grâce à la vigilance et à la prompte action de la police, le pire – qui était à craindre – a pu être évité ». Il ne manque pas d’y adjoindre le communiqué officiel de la police après avoir titré en une : « Violentes manifestations de musulmans algériens hier soir à Paris ».

« Sur le trottoir, sept corps étaient allongés »

Dans les kiosques, le quotidien à grand tirage Paris-Jour barre sa une d’un titre alarmiste : « 20 000 Algériens maîtres de la rue à Paris durant trois heures ! », tandis que l’éditorialiste accable les Algériens qui « ont pu défiler en plein cœur de la capitale sans avoir demandé l’autorisation et en narguant ouvertement les pouvoirs publics et la population ». Pour l’historien Alain Ruscio, la majeure partie de la presse de l’époque se faisait nécessairement l’écho de la méfiance « et même du racisme vis-à-vis de la communauté algérienne », entretenu dans la population. « Mais des journaux comme Libération et l’Humanité dénoncent tout de suite les exactions de la police. Le journal France nouvelle, édité par le PCF, parle même de pogrom », souligne l’historien.

L’Humanité, souvent troué de grands carrés blancs depuis le début de la guerre d’Algérie, décrit la situation au début de la manifestation dans son édition du 18 octobre : « Il y avait des femmes qui scandaient des youyous, il y avait des enfants que les travailleurs algériens avaient amenés avec eux. Mais en plusieurs endroits les policiers et les CRS ont chargé et tiré. » Le journal, qui précise ne pas pouvoir tout dire à cause de la censure gaulliste, titre en une : « Plus de 20 000 Algériens ont manifesté dans Paris. Combien de morts ? » En page 7, le journal communiste décrit ce qui se passe peu de temps après, à deux pas de son siège, situé à l’époque rue du Faubourg-Poissonnière, dans le 9e arrondissement, lorsque le cortège d’Algériens se retrouve face à un car d’agents de police. « Il y eut un moment d’hésitation, puis le chauffeur du véhicule descendit sur la chaussée et tira un coup de feu en l’air : ce fut le signal. Aussitôt, les agents descendirent du car et vidèrent les chargeurs sur les manifestants qui tentaient de trouver refuge dans le restaurant et l’immeuble contigu. » Et l’Humanité de poursuivre la description macabre : « Sur le trottoir, devant le restaurant, sept corps étaient allongés », remettant en cause les chiffres fournis par l’AFP. Le Parisien libéré annonce lui aussi sept morts tout en décrivant un Paris envahi par « les meneurs et les tueurs ». Des qualificatifs utilisés à l’époque par la droite populiste qui ne manque pas de pointer la seule responsabilité du FLN. Même dans le Monde, pourtant plus mesuré dans sa description de la sanglante nuit, Jacques Fauvet pointera du doigt le FLN « puisque, ici et là, c’est le terrorisme musulman qui est à l’origine de ces drames ». Et dans le quotidien l’Aurore, pro-Algérie française, les journalistes n’hésitent pas à dénoncer « la lâcheté habituelle » des meneurs qui « mettaient les femmes et les enfants en avant comme à Bizerte ».

Des dizaines de cadavres d’Algériens repêchés dans la Seine

Le lendemain de la manifestation, Libération, journal issu de la Résistance et dirigé par Emmanuel d’Astier de la Vigerie, tentera d’envoyer un reporter pour pénétrer dans le parc des expositions, où il entendra des cris de douleur et d’effroi. C’est aussi à partir de ce jour que des dizaines de cadavres d’Algériens seront repêchés dans la Seine. Le travestissement de la vérité n’est alors plus possible et un consensus gagne alors la presse, même réactionnaire. Dans le même temps, celle-ci chassera petit à petit le drame de ses colonnes, comme pour faire disparaître les Algériens une seconde fois.

Olivier Morin
18 octobre 1961, la presse choisit son camp (Olivier Morin, L'Humanité - 17 octobre 2018)
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7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 11:25
Jean-Paul Sénéchal nous raconte un Tanguy Prigent d'unité et de combat pour le progrès social et contre le fascisme - le Front Populaire dans le Finistère
Jean-Paul Sénéchal nous raconte un Tanguy Prigent d'unité et de combat pour le progrès social et contre le fascisme - le Front Populaire dans le Finistère

Lecture de Jean-Paul Sénéchal, le livre tiré de sa thèse - Finistère du Front Populaire, 1934-1938... 
C'est passionnant, je vous recommande vivement la lecture de cet ouvrage. 
Hier, c'était le socialiste François Tanguy-Prigent, socialiste de gauche, unitaire, paysan syndicaliste, cheville ouvrière de la solidarité vis-à-vis de l'Espagne républicaine, partisan de l'intervention contre les fascistes en Espagne, et, avant d'être résistant et un grand ministre de l'Agriculture à la Libération, mena la bataille contre le fascisme vert de Dorgères, très actif dans le Finistère où il était soutenu par le très puissant syndicat de Landerneau de Budes de Guesbriant (le patronat agricole). Dorgères et de Guesbriant seront des soutiens du régime de Vichy et Dorgères continuera sa carrière à l'extrême-droite après-guerre. 
Tanguy-Prigent monta un syndicat agricole progressiste et anti-fasciste pour résister à la poussée de Dorgères et de ses Comités de défense paysannes, anti-parlementaristes, anti-républicains, anti-impôt, réactionnaires. "Le militant socialiste investit beaucoup de temps à combattre les agrariens sur le plan des idées en intervenant dans leurs réunions et en s'opposant aux ventes-saisies qui se sont multipliées avec la crise. Les actions contre le dorgérisme et le Parti Agraire se font toujours de manière unitaire, avec la CGPT ou les militants communistes". 
A Carhaix, Poullaouen, Tanguy-Prigent, ses camarades socialistes et communistes retournent les salles remplis d'agriculteurs contre Dorgères et ses hommes à l'occasion de leurs réunions publiques. A Plouigneau, seul lieu du Trégor où les fachos démagogues ont pu trouver à s'exprimer, Tanguy-Prigent "agrippe Dorgères par le cache-col, mais celui-ci s'échappe et monte sur une plate-forme de camion, entouré de chemises vertes. Une bagarre générale éclate alors. La réunion est finalement dissoute par un commissaire spécial. Dorgères n'a pu parler dans le fief de Tanguy Prigent. Cela n'empêche pas "Le Progrès Agricole de l'Ouest" d'annoncer le contraire: "La vaillance de nos chemises vertes déjoue un guet-apens socialo-communiste et inflige un cruel échec à Tanguy Prigent qui ne peut parler dans son pays". En réalité Dorgères se fait expulser de Plouigneau et ne remettra plus les pieds dans le Tregor Finistérien pendant cette période. 
A Quimperlé, en mai 35, alors qu'il voulait perturber et interrompre une réunion publique de Dorgères, prêt à payer de sa personne contre les fascistes, "Tanguy Prigent ne réussit cependant qu'à prononcer quelques mots avant d'être roué de coups de poing par Dorgères qui lui saute dessus en s'entendant traité de salarié des capitalistes". A Pont-Croix, dix jours plus tard, c'est avec le futur député-maire communiste de Concarneau, Pierre Guéguin, fusillé à Chateaubriant et choisi par Pucheu, le ministre de Vichy, pour être exécuté par les Nazis, avec les 26 autres otages communistes, cégétistes, le 22 octobre 1941, que Tanguy-Prigent essaie d'interrompre une réunion publique des Chemises Vertes. Tanguy-Prigent va aussi prendre la parole plusieurs fois avec d'autres responsables communistes finistériens, comme Alain Signor, dans les luttes anti-fascistes, puis dans les Comités Front Populaire. Le député de Morlaix fut des socialistes qui refusa les pleins pouvoirs à Pétain puis qui à la Libération permis de conquérir de nouveaux droits pour les paysans. 
Cet homme politique du Tregor finistérien (St Jean du Doigt) courageux au service du peuple et de son idéal, un combattant haut un couleur et un homme admirable!

Ismaël Dupont

Sortie fin mars du livre de Jean-Paul Sénéchal: le Finistère du Front Populaire, tiré de sa thèse, aux Presses Universitaires de Rennes

A suivre: une thèse de Jean-Paul Sénéchal sur l'impact du Front Populaire dans le Finistère (Télégramme)

Le Front Populaire dans le Finistère: C'était 1936, le Front Populaire vu de Bretagne

Aux origines ouvrières du Front Populaire, par Gérard Noirel (Le Monde Diplomatique, juin 2016)

 

François Tanguy-Prigent

François Tanguy-Prigent

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7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 10:15
Michel Vovelle

Michel Vovelle

MICHEL VOVELLE, MORT 
D'UN GEANT DE L'HISTOIRE
Le grand historien de la Révolution française, Michel Vovelle, est décédé. Il était né en 1933. C'est un immense bout de l'Histoire de France, et, pardon, de notre Histoire, qui disparaît avec lui. Il fut, à la suite d'Albert Soboul, et avec notre ami Claude Mazauric (à qui je pense très fort), l'un des plus grands penseurs de l'Histoire révolutionnaire, celui grâce auquel nous sommes ce que nous sommes. J'ai eu la chance de le cotoyer, en particulier à Draveil, lors de cours magistraux qui éveillaient les consciences et l'intelligence collective. Brillant, novateur, il était un communiste vigilant, "déconstructeur" de génie, critique aussi quand il le fallait, et surtout, il irradiait d'une inépuisable source de réflexion. Que de lectures à revisiter, par les temps qui courent...
Ce soir, une immense tristesse m'envahit, nous envahit. Une part de nous-mêmes vient de nous quitter. Une sorte de père spirituel. Un ami, un camarade, un "maître" comme il y en eut si peu... JED

Mémoire(s)

Bloc-Notes de Jean-Emmanuel Ducoin dans l'Humanité

LES MEMOIRES HISTORIQUES 
DE MICHEL VOVELLE 
Un grand livre très intime du célèvre historien de la Révolution française, «Mémoires vives ou perdues, essai sur l’histoire et le souvenir» (Éditions de Paris-Max Chaleil). Il nous met en garde contre l’«érosion» de l’air du temps. «La révolution est-elle “terminée”?», demande-t-il. Ce slogan «est désormais banalisé» et ce «raccourci pour le moins pauvre de la pensée» semble abolir «définitivement l’idée de révolution, rangée au rang des illusions maléfiques». Et pourtant...
Mon bloc-notes, publié dans l'Humanité du 16 mars 2018... JED

 
Un grand livre de l’historien Michel Vovelle.
 
Flamme. Le temps qui passe est de bon conseil, parfois, pour s’éviter les points de non-retour: des mots rouge et noir nous aident, comme disait Gracq en 1940, à«triompher de l’angoissant par l’inouï». Le vocabulaire cambré de l’ultime a un pouvoir de dilatation jouxtant l’ivresse, il nous met à part, sur un pic de lucidité. Nous avons de qui tenir. Une longue lignée nous pousse dans le dos. L’un de nos «maîtres» nous en apporte une «preuve» par l’écrit si éclatante que le bloc-noteur chavire d’émotion d’oser se glisser dans ses pas: l’historien Michel Vovelle, auteur de près de cinquante ouvrages de référence, vient de publier «Mémoires vives ou perdues, essai sur l’histoire et le souvenir» (Éditions de Paris-Max Chaleil), le récit intime que nous n’attendions pas, ou plus, ambitionnant d’associer un certain nombre de considérations sur la mémoire, à partir de son expérience personnelle – que l’on sait hors du commun. Michel Vovelle y va de sa «petite chanson», dit-il. «Serait-ce pour répondre à ce “devoir de mémoire” que l’on invoque aujourd’hui si complaisamment? Je le dis tout net, je déteste le devoir de mémoire, il ne se commande pas, à travers les gesticulations ou accaparements officiels d’aujourd’hui. La mémoire ne se prescrit pas, elle s’entretient.» Avec Michel Vovelle, préférons donc définitivement la formule «travail de mémoire» et «devoir d’histoire». Il l’explique ainsi:«La mémoire s’enrichit comme elle s’appauvrit inévitablement tout à la fois, mais nous pouvons essayer de transmettre en passant le relais, le souffle, l’esprit, le souvenir, souffrances, affections, regrets mêlés aux espoirs indéracinables qui tissent la trame de nos vies, sans oublier les passions qui les entourent et qui donnent leur flamme à la continuité si fragile du passé remémoré. Cette immortalité fugace, la seule à laquelle je crois. »  
 

Révolution. Dans le tamis de cette pensée à foison, tout devient magnificence et cohérence. Si la fonction de mémorialiste existe encore, Michel Vovelle l’exalte en donnant corps «aux» mémoires à la sienne mélangées: mémoire au féminin, personnelle ou collective, mémoires au masculin pluriel, livrés par des personnages, célèbres ou inconnus, lesquels nourrissent la première. Comprenez bien, si l’authenticité de toute mémoire doit se discuter sinon se déconstruire, l’auteur tente de restituer une «vérité», et pas n’importe laquelle: l’empreinte des guerres dans son propre parcours. Tout y passe. Les mémoires de Fouché à l’aune des «vrais faux» ; les mémoires vagabondes des dernières décennies passées au crible de la politique ; l’excellence d’un opéra de Mozart ; la question de l’amour comme acte révolutionnaire ; et bien sûr la Révolution française elle-même, puisqu’il s’appelle Michel Vovelle et qu’il reste en l’espèce l’une de nos boussoles (avec Albert Mathiez, Albert Soboul, Claude Mazauric…). C’est sur ce dernier point, dans un chapitre éblouissant intitulé «La mémoire perdue de la Révolution française», que l’historien nous met en garde contre l’«érosion» de l’air du temps. «La révolution est-elle “terminée”?» demande-t-il. Ce slogan«est désormais banalisé» et ce «raccourci pour le moins pauvre de la pensée» semble abolir «définitivement l’idée de révolution, rangée au rang des illusions maléfiques». Et il poursuit: «Devait-on voir dans les grandes secousses où s’abîmait le système socialiste le retour d’une veine révolutionnaire, comme le prophétisait Edgar Morin, ou au contraire des contre-révolutions?» Michel Vovelle ne tranche pas, constate juste qu’une grande partie du combat se trouve toujours devant nous, possiblement fécond. Il raconte d’ailleurs une anecdote: en 2013, dans «Panthéon-Sorbonne Magazine», Pierre Serna, son successeur à cette chaire de l’université, s’obstinait et affirmait: «Nous sommes en 1988… L’Histoire s’est remise en marche… Une révolution a commencé… L’ère des rébellions a commencé.» «Révolution ou rébellion?» interroge Michel Vovelle. Et nous? Sommes-nous des successeurs?
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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 05:32
Mort de Pablo Neruda, le 23 septembre 1973

Mort de Pablo Neruda, le 23 septembre 1973, il y a 45 ans
Pablo Neruda est de ces poètes qui ont vécu pleinement dans leur siècle. Il est un des rares poètes qui aient réussi à incarner la poésie aux yeux de tout un peuple et même d'un continent. Si nous devions avoir une seule image de Neruda, ce serait celle d'un poète explorateur de la matière et de l'amour. Son enfance passée dans un milieu modeste et ouvrier le marquera à tout jamais et lui fera prendre conscience de l'inégalité profonde qui règne entre les hommes. « L'homme doit se faire entendre et c'est au poète de transmettre sa voix, de devenir son cri », écrira-t-il.
Pablo Neruda a été un homme enraciné dans son siècle au point que peu de temps après le coup d'État militaire du 11 septembre 1973 contre l'Unité populaire et la mort de son compagnon Salvador Allende qu'il avait activement soutenu pendant sa campagne, il meurt, le 23 septembre, à Santiago du Chili, envahi de tristesse.

Pablo Neruda en 1951

Pablo Neruda en 1951

" J'accuse" par Pablo Neruda. 

Alors qu’il siégeait au sénat chilien sous les couleurs du parti communiste depuis 1945, le poète et prix Nobel de littérature Pablo Neruda, fut banni par le régime de Gonzalez Videla en 1947 pour avoir commis un brûlot contre l'oligarchie qui gouvernait le Chili d’alors.

Dans ‘’J’accuse’’, un poème dont le titre s’inspire du fameux ‘’J’accuse’’ de Zola, le poète qui écrivait souvent à l’encre verte (couleur de l'’espérance) a gravé dans nos consciences engourdies des mots aux couleurs de sang.
 

“ Ils se sont promus patriotes.
Ils se sont décorés dans les clubs.
Ils ont aussi écrit l’histoire.
Les parlements se sont remplis de faste 
Après quoi ils se sont partagés la terre,
La loi, les plus jolies rues,
L’air ambiant, l’université, les souliers.

Leur prodigieuse initiative
C’est l’Etat ainsi érigé,
La mystification rigide.
Comme toujours, 
On a traité l’affaire avec solennité
Et à grand renfort de banquets
D’abord dans les cercles ruraux,
Avec des avocats, des militaires.
Puis on a soumis au Congrès
La Loi suprême, 
La célèbre Loi de l’Entonnoir
Aussitôt votée.

Pour le riche, la bonne table,
Le tas d’ordure pour les pauvres.
La prospérité pour les riches
Et pour les pauvres le turbin.
Pour les riches la résidence.
Le bidonville pour les pauvres.
L’immunité pour le truand,
La prison pour qui vole un pain.
Paris pour les fils à papa,
Le pauvre, à la mine, au désert !
L’excellent Rodriguez de la Crota
A parlé au Sénat
D’une voix mélliflue et élégante.
’Cette loi, établit la hiérarchie obligatoire
Et surtout les principes de la chrétienté.
C’est aussi indispensable que la pluie.
Seuls les communistes, 
Venus de l’enfer comme chacun sait,
Peuvent critiquer notre charte de l’Entonnoir,
Savante et stricte.
Cette opposition asiatique,
Née chez le sous homme, 
Il est simple de l’enrayer :
Tous en prison, tous en camp de concentration,
Et ainsi nous resterons seuls,
Nous les messieurs très distingués
Avec nos aimables larbins
Indiens du parti radical’.

Les applaudissements fusèrent
Des bancs de l’aristocratie :
Quelle éloquence, quel esprit,
Quelle philosophie, quel flambeau !
Après cela chacun courut
A son négoce emplir ses poches,
L’un en accaparant le lait,
L’autre escroquant sur les clôtures
Un autre volant sur le sucre
Et tous s’appelant à grands cris Patriotes !
Ce monopole du patriotisme,
aussi consulté dans cette Loi de l’Entonnoir.”

Pablo Neruda

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22 septembre 2018 6 22 /09 /septembre /2018 06:46
Les vers éternels de Mahmoud Darwich, voix de la résistance palestinienne (Anne Berthod, Télérama, 17 septembre 2018)

Pour commémorer les dix ans de sa disparition, l’IMA et le festival Arabesques célèbrent les écrits du poète palestinien. Voix de l’exil, de la résistance et de la paix, il fut le plus grand poète contemporain de langue arabe. De Paris à Montpellier, son œuvre est à (re)découvrir à l’occasion d’un festival hommage et d’un récital. 

Il n’a jamais écrit de chanson mais remplissait des stades en déclamant des vers et de la prose : dix ans après sa mort, le festival Arabesques et l’Institut du monde arabe célèbrent le Palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008), immense poète contemporain. « Il était une couleur de notre drapeau, un artiste et un leader romantique : par ses valeurs humanistes, libertaires et politiquement engagées, il était le Federico García Lorca du monde arabe », résume le oudiste Adnan Joubran. Le 23 septembre, le trio Joubran participera notamment à une grande soirée hommage avec une dizaine d’artistes (Souad Massi, Magyd Cherfi, ex-Zebda, Kamilya Jubran…) : un plateau hétéroclite, à l’image d’un héritage qui continue d’inspirer les jeunes générations. « Il est le seul dans le monde arabe à s’être ancré dans les métriques anciennes de la poésie classique avec un vocabulaire aussi actuel »,rappelle la chanteuse et oudiste Kamilya Jubran. De la même façon, la Palestine était son socle, mais ses thématiques étaient universelles : « le poète des vaincus » était un apatride, qui nous parlait d’exil (presque trente ans passés entre Beyrouth, Moscou, Tunis, Le Caire et Paris), de résistance et de paix. Lyrique et poignante, son œuvre ne faisait qu’une avec sa vie d’homme. En voici les figures clés.

La mère… patrie

« J'ai la nostalgie du pain de ma mère, du café de ma mère, Des caresses de ma mère… Et l'enfance grandit en moi… » : ainsi commence Oummi, fameuse ode à sa mère (1966). Enfant de Galilée, Mahmoud Darwich a connu l’exil à 6 ans, quand sa famille a fui Saint-Jean-d’Acre, devenu israélien après 1948, pour le Liban. A leur retour, un an plus tard,« Akko » était devenu une ville juive et les Arabes ne pouvaient plus se déplacer sans autorisation – l’adolescent a souvent atterri en prison pour avoir bravé l’interdiction. C’est ce traumatisme qu’il exorcise adulte quand il parle de sa mère, symbole d’une enfance brisée et d’un foyer confisqué : à travers elle, le poète file la métaphore palestinienne de la patrie perdue, mais dit aussi la douleur de l’exil.

Marcel Khalifé

Chanté, rapé, samplé, Mahmoud Darwich a souvent été mis en musique, mais jamais autant que par le Libanais Marcel Khalifé, dont la chanson Oummi, par exemple, fut l’un des premiers hits. C’est grâce à ce « Bob Dylan du Levant », figure de proue de la chanson contestataire dans les années 1970, que Darwich, figure de l’intelligentsia peu connue alors du grand public, a pu avoir une telle résonnance. L’ami Khalifé a si bien porté ses mots qu’en 1999 il a été poursuivi par un tribunal à Beyrouth pour avoir cité le Coran dans la chanson O mon père, je suis Joseph, adaptée d’un de ses poèmes. Quelque deux mille fans chantèrent la chanson incriminée dans une manifestation de soutien, et le chanteur fut relaxé.

Yasser Arafat

« Aujourd'hui, je suis venu porteur d'un rameau d'olivier et du fusil du combattant de la liberté. Ne laissez pas tomber le rameau d'olivier de ma main », déclare Yasser Arafat à l’ONU en 1974. Le discours est signé Darwich, journaliste militant qui va devenir la plume de l’OLP. Il s’impose comme son leader spirituel avec Une mémoire pour l’oubli, récit (le seul de son œuvre) du siège de Beyrouth (1982), et entre même au comité exécutif. Il rompt avec l’organisation en 1993, déçu par les accords d’Oslo. Ses vers, toutefois, resteront des slogans. Jusqu’en 2011, quand Mahmoud Abbas déposera à l’ONU la demande de reconnaissance de la Palestine, sur ces mots :« Debout ici. Assis ici. Toujours ici. Eternels ici. »

Rita

Romantique avant tout, Darwich n’a jamais eu pour ambition d’être la voix du nationalisme arabe. Lui voulait être un poète de l’amour. La mystérieuse Rita, dont le nom a fait le tour du monde arabe grâce à Marcel Khalifé, est évoquée dès les premiers recueils (La Fin de la nuit, Les oiseaux meurent en Galilée…). En 1995, Darwich raconte enfin l’histoire de cette danseuse juive (nommée Tamar dans la réalité), rencontrée autrefois au bal du Parti communiste israélien, dont il était adhérent. La guerre des Six-Jours (1967) aura eu raison de leur intense idylle…« Entre Rita et mes yeux : un fusil. Et celui qui connaît Rita se prosterne. Adresse une prière. A la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel. » Rita incarne l’amour impossible. A travers elle, Darwich, toujours très métaphorique, pleurait à la fois la femme et sa terre bafouée.

L’absente

Opéré trois fois du cœur, Mahmoud Darwich avait pressenti sa mort. De Murale(2003) à Présente Absence (2006), son septième et avant-dernier recueil, il entame un dialogue intime avec elle. L’absente est cette mort qu’il tente d’apprivoiser. C’est aussi l’exilé, le déraciné, l’ami assassiné, l’impossible patrie, dont l’absence, au quotidien, fait présence. S’adressant dans Présente Absence à son moi à différents âges, Darwich fait le bilan poétique d’une vie d’errance et d’espoir : une sorte de testament, publié deux ans avant sa mort. Ecrits dans une prose magnifique (ce qui reste exceptionnel dans son œuvre), ces trente et un poèmes constituent une véritable élégie, entre fragments de mémoire vive et douloureuse mélancolie.

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