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30 janvier 2022 7 30 /01 /janvier /2022 06:57
Entretien avec l'écrivain Eric Vuillard à l'occasion de la sortie de son livre sur le colonialisme français en Indochine: "Une sortie honorable" (Muriel Steinmetz, L'Humanité, 28 janvier 2022)
Éric Vuillard : « La colonisation est un ensemble de crimes »

Dans Une sortie honorable Éric Vuillard, Goncourt 2017, revient avec force sur la guerre d’Indochine qui ouvrit la porte aux États-Unis dans leur guerre du Vietnam. Deux défaites méritées qu’il dissèque à l’aide de documents interprétés avec une verve imparable.

Publié le Vendredi 28 Janvier 2022
Muriel Steinmetz - L'Humanité
 

Né à Lyon en 1968, Éric Vuillard avait 7 ans quand, en 1975, les États-Unis essuyèrent une défaite cuisante dans l’épouvantable guerre du Vietnam, laquelle succédait à celle dite d’Indochine, conclue sur la défaite subie à Diên Biên Phu par l’armée française en 1954. Une sortie honorable constitue une sorte d’enquête menée après coup sur ces événements historiques d’une importance capitale au chapitre de la décolonisation. Pour l’écrivain qu’est Éric Vuillard, l’archive et le document, écrits, visuels ou sonores, offrent – par effet de montage – un tremplin idéal à un imaginaire qui permet d’explorer l’oubli et de battre en brèche les idées reçues de la propagande.

Une sortie honorable se lit comme un roman, tout en relevant d’une réflexion politique chimiquement pure. Le récit s’ouvre sur la visite d’inspection effectuée en Indochine, en juin 1928, dans une plantation de caoutchouc appartenant à la firme Michelin. Les inspecteurs du travail – les premiers nommés là-bas – découvrent des coolies durement malmenés, voire torturés. La barre de justice est de rigueur, tandis que sévit « une épidémie de suicides » dans le personnel « indigène ». Sadisme et cruauté règnent sans partage. Mêlant les séquences avec brio, l’auteur suit alors à la trace banquiers, politiciens et militaires de haut rang dans les différentes phases du conflit à venir, lequel finira en débâcle à Diên Biên Phu, après des mois de poudre et de sang. Cela semble écrit à l’aide d’une caméra embarquée, tandis que se fait jour, en permanence, la plus sourcilleuse démonstration du rôle des puissances de l’argent.

C’est chez lui une constante. En 2017, dans l’Ordre du jour (Actes Sud), ouvrage couronné par le prix Goncourt, il mettait l’accent sur le rôle joué par les grands industriels allemands dans l’installation des nazis au pouvoir et durant l’Anschluss. Dans 14 Juillet (Actes Sud, 2016), c’est encore à partir d’archives qu’il recréait l’événement révolutionnaire au nom de ceux d’en bas, donnant ainsi un visage à une foule de héros anonymes. En 2019, dans la Guerre des pauvres (Actes Sud ), il passait au crible les instantanés de la lutte âpre, dans l’Allemagne du XVI e siècle, entre les tenants de l’ordre social et ce qu’on nommait « la plèbe », dirigée par Thomas Münzer. Éric Vuillard répond ici à nos questions sur Une sortie honorable.

Votre livre a trait à ce qui fut la guerre d’Indochine. C’est une plongée dans le dessous des cartes d’un conflit passablement oublié…

On entend souvent dire que, ça y est, la colonisation est désormais reconnue pour ce qu’elle est, on en aurait enfin pris la mesure. C’est impossible. La colonisation est ce que Mauss (Marcel Mauss, 1872-1950, le « père de l’anthropologie française » – NDLR) appelait un fait social total, mais ce fait social est un ensemble de prédations, de crimes, il a donc pour caractéristique de se nier, de mentir.

C’est ce à quoi on assiste dans le premier chapitre, lors de la visite de l’inspection du travail. Les directeurs ne cessent de dissimuler, d’essayer de donner le change. Ainsi, lorsqu’on découvre un coolie attaché, fouetté, et qu’ils sont pris en flagrant délit de torture, le directeur trouve encore le moyen de courir vers la victime et de crier : « Pourvu qu’il ne se soit pas mutilé ! »

Je n’ai pas inventé cette réplique, je l’ai trouvée telle quelle dans le rapport de l’inspection du travail. Elle est l’une des formes les plus indécentes de la dénégation. Il ne faut pas s’y tromper, cette dénégation n’a rien d’extraordinaire, au contraire, elle est la règle. Après tout, n’est-ce pas ce que nous raconte Tolstoï dans Résurrection, comment un riche propriétaire, mondain, frivole, vivant de ses rentes, poussé par les circonstances, prend brusquement conscience de l’horreur du servage après l’avoir superbement ignorée ?

Lorsque Alfred Jarry met en scène la tyrannie du père Ubu, il donne une description de la domination

À l’inverse des idées reçues dans la plupart des journaux de l’époque, d’une guerre indispensable contre le communisme, vous mettez en relief son caractère inéluctable, en liaison avec une exploitation coloniale extrêmement cruelle et le pouvoir de la société Michelin et de la Banque d’Indochine… Une guerre pour le caoutchouc et les actionnaires.

J’essaie de raconter une petite comédie humaine, avec les planteurs, les politiciens, les militaires, les banquiers, toutes sortes de personnages. Mais vous avez raison, par-delà les cadres, les directeurs, les actionnaires même, Michelin et la Banque d’Indochine forment des organismes à part entière, des entités économiques, politiques qui ne se résument pas à des destins privés, à tel ou tel dirigeant, tel ou tel cadre. Si l’on s’en tient uniquement à la culpabilité de tel ou tel, on se contente alors de parler d’abus, de bavure, on reste dans le registre complaisant de l’exception.

Vos descriptions des débats de la Chambre des députés, dont vous tracez souvent des portraits à l’eau-forte, font penser à du Daumier par écrit…

Lorsque je compare Édouard Herriot à un dindon, que je le décris brinquebalant, pantagruélique, je tente de décrire deux choses à la fois : le corps et le rôle, l’homme et le maire de Lyon, je fais le portrait du pouvoir, de sa morphologie monumentale. Lorsque Rabelais énumère ses dynasties prodigieuses, énormes, lorsque Jarry met en scène la tyrannie brutale du père Ubu, ils me semblent donner tous les deux une description fidèle et révélatrice de la domination. C’est aussi une façon de se protéger, de se tenir à distance, de conjurer l’envoûtement du pouvoir.

Devant vos œuvres, en général, on se dit qu’il s’agit à la fois, du travail du romancier, de l’historien, voire du journaliste réfléchissant après coup… Comment définiriez-vous votre approche si singulière ?

Dans le Procès, de Franz Kafka, le lecteur fait, pour la première fois peut-être, l’épreuve d’une représentation inquiétante mais réaliste ; le fantastique semble jaillir du monde social lui-même, comme une sorte de menace incorporée à la hiérarchie tout entière. Le temps passe, et l’on dirait pourtant que ce livre parle encore de nous, c’est comme si le récit se dépouillait lentement de la fiction, comme s’il devenait réel, et que chacun d’entre nous devait, du coup, se débarrasser comme il le peut de la fable.

Je voulais tenir ensemble les deux versants de la vie sociale, le manœuvre à côté du banquier

ll est flagrant qu’un tel projet d’écriture requiert une énorme consultation d’archives. Quelles ont été vos sources ?

Je m’appuie sur toutes sortes de sources, procès-verbaux, rapports, photographies… Il existe aussi des documents dont le rôle est plus général, plus difficile à définir. Ainsi, j’étais tombé sur un petit film des frères Lumière, Enfants ­annamites ramassant des sapèques à la pagode des dames. Il date de 1900. On y voit deux dames en blanc, vêtues de dentelles, sortir de leurs petits réticules des poignées de piécettes qu’elles lancent à la volée. Des enfants les ramassent, ce sont des petits mendiants vietnamiens, vêtus de loques. Il faut environ huit cents sapèques pour faire vingt sous, c’est dire qu’elles leur lancent des miettes. Ce petit film muet, innocent, signale quelque chose de très profond, il permet de saisir l’inconscient colonial.

On est frappé, à la lecture, par un découpage du récit proprement cinématographique, séquence après séquence se répondant. L’avez-vous pensé ainsi ? Quel film formidable ce serait, avec un substrat éminemment politique !

Pour décrire la vie, l’activité en Indochine, il fallait, grâce à ce qu’on appelle la composition, la narration, le montage tel que le cinéma nous l’enseigne, essayer de tenir ensemble les deux temps : celui du travail forcé, des mauvais traitements, des coolies torturés, et celui des séances à l’Assemblée, celui des conseils d’administration feutrés. Afin de dresser un portrait plus complet, plus terrible aussi, je voulais tenir ensemble les deux versants de la vie sociale, mettre l’Assommoir avec l’Argent, Coupeau face à Saccard, le manœuvre à côté du banquier.

La position coloniale incline à sous-estimer l’adversaire. Les militaires français appelaient Giap « le petit professeur d’histoire »

L’entretien de 1951 à la télévision américaine, où l’on voit et entend le général de Lattre de Tassigny demander de l’aide, est en soi un morceau de bravoure dramaturgique. Tout y est exact, n’est-ce pas ?

Cette émission est en réalité un acte de guerre, elle participe à la guerre froide. Le général de Lattre y est invité à l’occasion d’une tournée aux États-Unis, on voulait « internationaliser le conflit ». Mais pour bien le comprendre, il fallait écrire l’émission, la raconter, en parcourir les veines subtiles. Mon livre ne fait que reprendre les répliques de la présentatrice, les gesticulations du général de Lattre, je n’ajoute rien, car ce qui est intéressant, c’est de sentir soudain, en écrivant, le canevas, la structure discrète d’un entretien politique. L’ordonnance a priori libre et parfois abrupte des questions apparaît brusquement pour ce qu’elle est, planifiée, complaisante. L’émission, malgré sa neutralité de façade, n’est pas tant destinée à éclaircir des problèmes, à informer sur le rôle de la France au Vietnam, qu’à catéchiser le spectateur. Souvenez-vous de la scène des comices agricoles dans Madame Bovary, du discours du conseiller. Une émission de télévision est à certains égards la même chose. L’ironie littéraire tente de dissiper un peu la séduction, le prestige, de montrer combien cela n’est pas aussi sérieux que ça en a l’air, qu’il existe des coulisses, des tréteaux, des techniciens, une préparation, des intérêts, bref, que la télévision ne peut être réduite à son petit rectangle de lumière.

Et, après tout, entre le discours réel du général de Lattre à la NBC, écouté par dix millions de spectateurs, et le discours officiel du conseiller aux comices agricoles, écouté par deux cents paysans et vingt bourgeois enrichis dans le roman de Flaubert, il n’y a peut-être pas tellement de différence. Le grotesque et la matoiserie sont en réalité les mêmes. On pourrait d’ailleurs le comparer à n’importe quel discours d’aujourd’hui. Tenez, ceci : « Nos grands centres manufacturiers ont repris leur activité… nos ports sont pleins, la confiance renaît, et enfin la France respire ! » Ne dirait-on pas un bilan présidentiel, une campagne électorale ? Pas besoin d’écrire des discours, il suffit de retirer les didascalies méchantes, réalistes, Macron pourrait réciter la scène des comices agricoles à chacun de ses meetings, personne ne s’en rendrait compte.

Vous voyez-vous comme un écrivain donnant à réfléchir sur le monde, à l’inverse de toute manipulation idéologique à des fins réactionnaires ?

Nous baignons tous dans l’idéologie. Dans son fameux Bloc-notes, Mauriac a eu le courage d’écrire : « Je ne leur en veux pas à ses insulteurs, moi qui ne me suis ému que si tard, et dont le cœur est demeuré de pierre pendant tant d’années… » C’est un passage que je trouve particulièrement émouvant. Car la modestie de Mauriac, cet aveu , « moi qui ne me suis ému que si tard… », est aussi une forme de réalisme, nous prenons toujours les choses en route. Même les choix les plus décisifs emportent avec eux un peu de « trop tôt et trop tard ».

En quoi paraît exemplaire le fait que le général Giap, à la tête des armées de la République populaire du Vietnam, ait pu magistralement l’emporter sur Saint-Cyr et West Point ?

La position coloniale incline à sous-estimer l’adversaire. Les militaires français appelaient Giap « le petit professeur d’histoire ». Cela ne permettait pas d’y voir clair. On sait que Giap lisait les grands stratèges, il suffit d’ailleurs de l’écouter parler, et d’écouter de Lattre à la télévision, pour faire aussitôt la différence. Cela se voit même sur les photographies. Giap est un type normal, il ne se prend pas pour un maréchal de France. Regardez sur la couverture de mon livre le général de Castries, rejeton de la vieille noblesse, il prend l’héritage pour un destin. Sur cette photographie, il vient de perdre la guerre, il revient du camp de prisonniers et donne sa première conférence de presse. Mais ce qu’il trouve de mieux à faire, c’est d’enfiler aussitôt un costume chic et de se munir d’un fume-cigarette. Voyez la morgue, le degré inouï de satisfaction qu’il montre sur cette photographie. Imaginez ce que cela serait s’il avait pu gagner la guerre !

Une sortie honorable, d’Éric Vuillard, Actes Sud, 200 pages, 18,50 euros.
Entretien avec l'écrivain Eric Vuillard à l'occasion de la sortie de son livre sur le colonialisme français en Indochine: "Une sortie honorable" (Muriel Steinmetz, L'Humanité, 28 janvier 2022)
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29 janvier 2022 6 29 /01 /janvier /2022 06:52
Dessin de Wolinski dans les années 70. Dessin alimentaire? Sans doute. Mais aussi dessin de conviction d'un artiste sympathisant communiste, collaborateur de longue date de l'Humanité et d'autres journaux de la presse communiste, Wolinski, tué dans le massacre à Charlie Hebdo avec Charb, un autre compagnon de route, et d'autres dessinateurs, journalistes, policiers, victime du combat pour la liberté d'expression et de blasphème.

Dessin de Wolinski dans les années 70. Dessin alimentaire? Sans doute. Mais aussi dessin de conviction d'un artiste sympathisant communiste, collaborateur de longue date de l'Humanité et d'autres journaux de la presse communiste, Wolinski, tué dans le massacre à Charlie Hebdo avec Charb, un autre compagnon de route, et d'autres dessinateurs, journalistes, policiers, victime du combat pour la liberté d'expression et de blasphème.

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26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 12:37
Vidéos du débat sur la Commune de Paris organisé à la fête de l'Humanité Bretagne par Les Belles Rouges du PCF 22 avec Hugo Rousselle, auteur avec Dugudus du livre "Nous, la Commune"

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26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 06:32
Aragon, il y a 40 ans, une nuit ou l’autre - Valère Staraselski, L'Humanité, 24 janvier 2022
Aragon, il y a 40 ans, une nuit ou l’autre - Valère Staraselski, L'Humanité, 24 janvier 2022
Aragon, il y a 40 ans, une nuit ou l’autre

À l’occasion du 40e anniversaire de sa disparition, la maison Elsa Triolet-Aragon rend hommage à Louis Aragon tout au long de l’année 2022.

Publié le Lundi 24 Janvier 2022 - L'Humanité
 

« Ainsi Chaplin est mort dans la nuit de Noël. Cela devait bien arriver, une nuit ou l’autre, cela arrive à tout le monde. » écrivait Aragon dans L’Humanité du 25 décembre 1977 à propos du décès du génial acteur-réalisateur britannique. Pour Louis Marie Alfred Aragon, cela est arrivé un 24 décembre. En 1982, il y a 40 ans.

Qu’est-ce qu’Aragon, qu’est-ce que l’écrivain Aragon ? Ceci par exemple : un étudiant me déclare que lire de grands romanciers l’incite à lire d’autres romanciers et que lire les romans d’Aragon déclenche en lui le désir d’écrire. Voilà, je crois, une parole qui serait allée droit au cœur de celui qui affirmait : « Et tout de même dans les choses écrites, le caractère le plus important pour moi est l’invention. » L’invention ou, autrement dit, le passage d’une écriture véhicule à une écriture qui cherche et qui, cherchant, devient « instrument de connaissance ». De co-naissances, de naissances simultanées du lecteur et de ce qu’il ne voyait pas auparavant. Une littérature qui permet de découvrir en vous mettant vous-même en état de découverte. La littérature, cet« être qui entraîne le savoir au-delà de l’avoir. » Soudain, dans le chemin, comme une clairière… On apprend à perte de vue en lisant Aragon, sur le monde, ses espoirs et ses déboires, sur ses ressorts et sur soi-même : « Aimer et être aimé tout le reste n’est que feuille morte » …

Après sa mort, sa militance communiste l’aura laissée, lui et son œuvre prolifique et exigeante, souvent dérangeante, quelques décennies en enfer puis peu à peu au purgatoire. Que d’injures, de moqueries, de mépris, pire, de silence à son égard ! Bref d’ignorance : « On ne comprend pas alors on accuse ! »  écrivait - il déjà dans les années 30. A tel point qu’il s’est parfois trompé sur son œuvre. Ou plus précisément quant à la réception de celle-ci. Peut-être, dans un moment de doute envahissant, conjurait-il l’avenir, en prédisant dans La Mise à mort« De toute façon, il n’y a le choix qu’entre l’injure et l’oubli ou l’intégration au système qui l’emportera dans l’administration des choses humaines. » Oui, l’auteur de La Semaine sainte se trompait, parce qu’en vérité, ça a fini par se voir, par se savoir, par s’apprécier qu’on a affaire à un grand classique, donc à un auteur résolument moderne. Donc vivant !

Mardi 25 janvier de 14 heures à 17 heures, dans l’auditorium du Petit Palais à Paris. L’actrice Ariane Ascaride y donnera une lecture d’Aragon puis, figure du street art, Hopare réalisera le portrait du poète. Le Jeune Théâtre du Corps Pietragalla-Derouault, quant à lui, fera vivre la poésie de l’auteur du Paysan de Paris dans une performance théâtrale dansée. Enfin, tirant son nom de vers poétiques de l’œuvre de cet écrivain inclassable, Cet Étrange Éclat, jeune ensemble exclusivement composé de basses, donnera un concert de musique baroque pour rendre hommage à l’un des artistes les plus mis en musique…

 

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23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 08:55
Hommage à Tanguy Prigent ce samedi 22 janvier à Saint-Jean-du-Doigt (photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont)
Hommage à Tanguy Prigent ce samedi 22 janvier à Saint-Jean-du-Doigt (photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont)
Hommage à Tanguy Prigent ce samedi 22 janvier à Saint-Jean-du-Doigt (photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont)
Hommage à Tanguy Prigent ce samedi 22 janvier à Saint-Jean-du-Doigt (photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont)
Hommage à Tanguy Prigent ce samedi 22 janvier à Saint-Jean-du-Doigt (photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont)
Hommage à Tanguy Prigent ce samedi 22 janvier à Saint-Jean-du-Doigt (photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont)
Hommage à Tanguy Prigent ce samedi 22 janvier à Saint-Jean-du-Doigt (photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont)
Hommage à Tanguy Prigent ce samedi 22 janvier à Saint-Jean-du-Doigt (photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont)
Hommage à Tanguy Prigent ce samedi 22 janvier à Saint-Jean-du-Doigt (photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont)
Hommage à Tanguy Prigent ce samedi 22 janvier à Saint-Jean-du-Doigt (photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont)

Honoré d'avoir pu participer en y représentant les communistes finistériens (avec mon camarade Jean-Claude Postic) à Saint-Jean-du-Doigt à l'hommage à Tanguy Prigent, organisé par le PS du Trégor sur l'invitation de Jérôme Calmels et celle de la maire de Saint-Jean-du-Doigt, Maryse Tocquer, qui ont tous deux prononcé des discours d'hommage, avec le sénateur Jean-Luc Fichet et Georges Lostanlem.

Tanguy Prigent restera à jamais un très grand militant de la gauche bretonne et française, jeune syndicaliste paysan ardent à la défense des petits paysans, militant antifasciste, du Front Populaire, et pour l'Espagne Républicaine, plus jeune député de France pendant le Front Populaire, il a fait le bon choix en refusant les pleins pouvoirs a Pétain et est devenu un des chefs de la résistance finistérienne, puis un grand ministre de l'agriculture à la Libération.

L'hommage qui lui a été rendu à Saint Jean du Doigt est amplement justifié, d'autant que la crise sanitaire a empêché de l'honorer pour les 50 ans de son décès.

Ces militants du progrès social et d'origine populaire comme le socialiste Tanguy Prigent ou le communiste Rol-Tanguy, tous deux de la région de Morlaix, honorent l'histoire de la gauche et du pays et nous servent de boussoles et de modèles pour nos combats d'aujourd'hui.

Ismaël Dupont - 23 janvier 2022

Photos Pierre-Yvon Boisnard et Ismaël Dupont

Saint Jean du Doigt Hommage à François -Tanguy Prigent samedi 22 janvier 2022 Publiée le 22 janv. 2022

Lire aussi:

Jean-Paul Sénéchal nous raconte un Tanguy Prigent d'unité et de combat pour le progrès social et contre le fascisme - le Front Populaire dans le Finistère

Diaporama de Pierre-Yvon Boisnard, 22 janvier 2022 - Hommage à Tanguy Prigent

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11 janvier 2022 2 11 /01 /janvier /2022 06:55
Table ronde. En quoi Rousseau est-il notre contemporain ? (L'Humanité, table-ronde animée par Jérome Skalski, 7 janvier 2022)
Table ronde. En quoi Rousseau est-il notre contemporain ?
Vendredi 7 Janvier 2022

Rappel des faits Né en 1712 à Genève, l’auteur du Contrat social (1762) et d’une œuvre qui dépassa dialectiquement la perspective des Lumières reste une référence obligée pour tous les progressistes. Une pensée exigeante et inspiratrice face aux enjeux actuels.  Avec Jean-Paul Jouary Agrégé et docteur en philosophie (1) Blaise Bachofen Agrégé de philosophie et maître de conférences à CY  Cergy Paris Université (2) et  Jean-Fabien Spitz  Professeur de philosophie politique à l’université Paris-Panthéon-Sorbonne (3)

 

La critique que fait Rousseau de l’inégalité sociale reste-t-elle pertinente aujourd’hui ?

Jean-Paul Jouary Bien entendu, Rousseau est de son siècle et l’on ne pose plus dans les mêmes termes cette question. Mais sa critique des inégalités de richesse et de pouvoir demeure pour l’essentiel pertinente. Elle consiste à se demander si ces inégalités découlent de facteurs « naturels », biologiques, donc fatals, ou bien de transformations sociales sans rapport avec la nature, donc à portée de l’action politique. Et, en dépouillant l’humain actuel de tout ce qu’il a acquis après la naissance, il observe des différences sans commune mesure avec les inégalités que l’on constate dans les sociétés les plus développées, inégalités sur lesquelles s’enracinent tous les processus de domination politique et sociale. Il en déduit que tous les progrès techniques qui permettent de dominer la nature, loin de servir le bien-être de l’ensemble de l’humanité, concourent à approfondir le fossé qui sépare et oppose ceux qui peinent à survivre et ceux qui accumulent d’incalculables fortunes. Et, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les inégalités de richesse sont infiniment plus fortes aujourd’hui qu’au XVIIIe siècle, puisque seule une poignée de personnes possèdent plus de la moitié de toute la richesse mondiale. Nul mieux que Rousseau n’a saisi cette question essentielle, contre les sophistes de son temps comme Locke ou Voltaire, qui voyaient dans la grande richesse un effet de la « nature ».

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Blaise Bachofen Rousseau n’a connu ni la révolution industrielle ni le capitalisme. Il n’en a vu que les prémices : l’essor du commerce et l’éloge du luxe, le début des grandes manufactures. Mais il a perçu des tendances de fond. Dans le Discours sur l’inégalité, il ne se contente pas de dénoncer les privilèges de la noblesse. Il se demande pourquoi « une poignée de gens regorgent de superfluités, tandis que la multitude affamée manque du nécessaire ». Il met au jour des mécanismes économiques expliquant la très rare corrélation entre mérite et richesse. L’appropriation et l’accumulation des biens fonciers, notamment de la terre, mais aussi des capitaux, permettent aux riches – aux propriétaires – d’imposer à ceux qui sont contraints de travailler pour eux des conditions léonines. Cette relation inéquitable, ensuite décrite par Smith dans la Richesse des nations puis par les penseurs socialistes au XIXe siècle, explique des formules qui reviennent souvent sous sa plume : « L’argent est la semence de l’argent, et la première pistole est quelquefois plus difficile à gagner que le second million. » « Un des vices des sociétés établies est que c’est le superflu même des riches qui les met en état de dépouiller le pauvre de son nécessaire. »

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Jean-Fabien Spitz Rousseau a démontré que la liberté et l’égalité, loin d’être des valeurs contradictoires, s’impliquent réciproquement. Il montre que la liberté ne réside que dans les obligations des tiers à notre égard, et que ces obligations ne peuvent être bien fondées que si ces tiers jouissent des mêmes droits et de la même indépendance que ceux qu’ils sont appelés à respecter. Entre personnes inégales, il ne saurait exister d’obligation et, sans obligation de respect, il n’y a ni sûreté ni liberté. Cette idée – la liberté sans la justice est une véritable contradiction – doit nous aider aujourd’hui à ne pas céder aux sirènes de ceux qui nous répètent que l’inégalité est le prix de la liberté et que, loin de détruire les fondements du respect mutuel sur lequel repose cette dernière, elle en est la compagne obligée. Rousseau est parmi les premiers à avoir compris que l’inégalité rend celui qui est dépourvu de moyens d’indépendance vulnérable à la domination arbitraire d’autrui, et le contraint à en passer par sa volonté, ce qui est la négation de l’autonomie.

À quels progrès de la démocratie la pensée de Rousseau nous enjoint-elle ?

Blaise Bachofen Rousseau nous invite, non pas à faire progresser la démocratie, mais à l’inventer : c’est le seul régime légitime, mais il n’a jamais été réellement expérimenté. Il voit le défaut de la seule démocratie directe qui ait existé, à Athènes : elle donnait au demos la possibilité de statuer sur des affaires particulières en exerçant, outre le pouvoir législatif, les pouvoirs exécutif et judiciaire. Or, le peuple ne juge bien que des questions d’intérêt général. Il doit faire des lois qui s’appliquent à tous de la même façon. Quant à la démocratie représentative, qui s’ébauche alors en Angleterre, elle repose sur un sophisme, car le peuple « ne peut être représenté que par lui-même », « la volonté ne se représente point ». Les démocraties représentatives ont été bâties sur une méfiance à l’égard de l’irrationalité supposée du peuple. Pourtant, pour Rousseau, une démocratie réelle est possible, même pour les modernes et dans les grands États (comme en témoignent ses écrits sur la Pologne). À ­certaines conditions. D’abord la stricte subordination de l’exécutif au législatif – thèse d’une ­particulière actualité lorsque les experts et les administrateurs oublient qu’ils n’existent que pour éclairer ou servir le peuple. Ensuite la nécessité que tous se soucient de l’intérêt commun, qui est également celui de chacun : les citoyens dépolitisés sont eux aussi responsables de leur malheur et de leur servitude.

Jean-Paul Jouary Pour Rousseau, on ne peut représenter le peuple, et nul ne peut prétendre, sous prétexte qu’il a été élu, avoir la légitimité de décider sans lui, et encore moins contre lui. On ne peut élire que des exécutants des choix populaires. La volonté des citoyens, explicitement exprimée, est le seul fondement de la légitimité. Il y a là de quoi penser la logique de notre actuelle Constitution et de quoi nourrir la réflexion sur la nécessité d’en changer, par exemple en combinant le suffrage universel et la possibilité de référendums d’initiative citoyenne, comme il en existe dans certains pays. C’est d’ailleurs ce pour quoi luttait Marx, épaulé par les révolutionnaires suisses. Cela dit, Rousseau n’est pas populiste au sens où on l’entend aujourd’hui : pour lui, le peuple peut errer en n’importe quel sens, il peut lourdement se tromper, et la démocratie suppose un peuple de citoyens qui raisonnent. L’actuelle crise de la démocratie représentative donne une belle fraîcheur au Contrat social.

Jean-Fabien Spitz Rousseau distingue dans l’État la confection des lois et leur exécution. Les lois, ce sont des actes de la volonté générale, qui émanent de tous et s’appliquent à tous. Elles fixent le cadre dans lequel nos relations doivent se dérouler. L’exécution, ce sont des décisions applicables à des personnes particulières et qui, en tant que telles, sont toujours sensibles aux intérêts particuliers. Rousseau rejette une démocratie trop radicale, car ces deux fonctions y sont confondues et le peuple qui fait les lois s’y arroge aussi le pouvoir de les exécuter. Il faut donc réserver au peuple, en limitant le plus possible les biais de la représentation, la confection des lois constitutionnelles qui définissent notre existence collective, et laisser à des exécutants élus le soin des décisions particulières, mais en veillant rigoureusement à ce qu’ils ne s’écartent jamais des lois issues de la volonté générale. Dans les démocraties contemporaines, les « lois » sont trop souvent dictées par des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Ce que Rousseau peut nous apprendre, c’est donc la nécessité de ne pas laisser les lois dictées par les lobbies mettre à mal l’égalité qui est la substance même de notre liberté.

Que nous apprend Rousseau concernant les rapports des hommes à la « nature » ?

Jean-Fabien Spitz Rousseau a formulé un dilemme qui est au cœur de l’existence humaine civilisée. Ce qu’il y a d’humain dans l’homme – sa liberté, la distinction qu’il sait faire entre le bien et le mal – suppose un écart par rapport à la nature. Mais tout écart par rapport à la nature, qui est la condition d’une ascension vers l’humain, ­comporte aussi le risque de la chute dans ­l’infra-humain. Les institutions civiles sont capables d’ennoblir l’homme, de le rendre sensible aux distinctions du droit, mais elles sont aussi susceptibles, par l’inégalité qu’elles peuvent protéger et les passions qu’elles peuvent engendrer, de le dégrader au-dessous de sa condition primitive. La leçon est claire : aucun système institutionnel n’est naturel et tous doivent être mesurés à l’aune de leur capacité à rendre les citoyens plus respectueux de ce qu’il y a d’unique en chaque homme – sa liberté –, mais aussi de leur capacité à tenir en lisière les phénomènes de domination que font proliférer les passions sociales du pouvoir et de l’argent.

Blaise Bachofen Rousseau ne pouvait imaginer le saccage de notre planète. Mais son Discours sur les sciences et les arts souligne la déconnexion entre progrès technique et progrès moral : ce qu’on nommerait aujourd’hui l’efficacité érigée en valeur, la sacralisation de la technique. Il voit aussi s’ébaucher l’appropriation totale du monde par des propriétaires privés, même si les conséquences qu’il en tire sont principalement politiques et géopolitiques. Enfin, en récusant les sophismes de Mandeville selon lesquels les intérêts privés suffiraient à assurer le bien-être collectif, il montre la nécessité d’une prise en compte de toutes les formes d’intérêt commun, à toutes les échelles. Or, la Terre est aussi une forme de res publica, un bien commun.

Jean-Paul Jouary On trouve chez Rousseau plusieurs idées intéressantes à ce sujet. Par exemple, le constat que ce que nous avons gagné en culture, en connaissances, en technique, en raison a forcément déconstruit une bonne part de la sensibilité que nous tenions de notre passé animal. Et cela a limité notre capacité à partager la souffrance des autres, et conjointement a développé notre tendance à calculer froidement nos intérêts à leur détriment. Rousseau n’a jamais supporté les modes de vie des riches et puissants et a toute sa vie recherché la compagnie des petites gens et l’isolement dans les forêts sauvages où il a puisé l’essentiel de son inspiration pour ses plus grandes œuvres. Il n’a été heureux que retiré des grandes villes, aux Charmettes, sur l’île Saint-Pierre, à Montmorency, en Angleterre, à Trie et, pour finir, à Ermenonville.

(1) Auteur de Rousseau, citoyen du futur (le Livre de poche, 2012) et de Vivre et penser dans l’incertitude (Flammarion, 2021). (2) Auteur de la Condition de la liberté. Rousseau, critique des raisons politiques (Payot, 2002). (3) Auteur de Leçons sur l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau. Les fondements du système (Ellipses, 2015).
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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 07:49
Il y a 7 ans disparaissait le grand réalisateur et scénariste militant communiste et anticolonialiste René Vautier
Il y a 7 ans disparaissait le grand réalisateur et scénariste militant communiste et anticolonialiste René Vautier
Il y a 7 ans disparaissait le grand réalisateur et scénariste militant communiste et anticolonialiste René Vautier
Il y a 7 ans disparaissait le grand réalisateur et scénariste militant communiste et anticolonialiste René Vautier
 
Il y a 7 ans, le 4 janvier 2015, le réalisateur et scénariste militant René Vautier décédait.
Né dans une famille ouvrière, il commence son engagement dans la résistance au nazisme alors qu’il n’a que 15 ans. Il reprend ses études à la libération et sort diplômé de l’institut des hautes études cinématographiques en 1948.
L’année d’après la ligue de l’enseignement lui commande un film visant à mettre en valeur « l’œuvre éducative » de la France dans les colonies africaines. Il se rend alors au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Mali et en Haute-Volta. Indigné par ce qu’il voit, il transforme son film en mise en accusation de la colonisation. La police s’empare alors de ses bobines. Il réussit cependant à sauver 15 minutes de bandes qui deviendront le film « Afrique 50 ». Le film sera interdit pendant plus de 40 ans mais sera diffusé clandestinement ce qui vaut à son auteur 13 inculpations et une condamnation à 1 an de prison.
Sorti de prison en juin 1952, il fait différents tournages anticolonialistes. En 1956, il rejoint clandestinement l’Algérie et se met au service du FLN. Il met sa caméra au service de la lutte en filmant la résistance des moudjahidines. Il réalise un nouveau film « l’Algérie en flammes » visant à faire connaître la lutte indépendantiste du peuple algérien. A l’indépendance, il s’installe à Alger pour aider à la naissance d’un cinéma algérien. Il sera ainsi le formateur de la première génération de cinéastes algériens.
De retour en France en 1968, il participe à la mise en place des collectifs cinéastes-ouvriers visant à faire de la caméra une arme de la lutte des classes. Il n’abandonne pas cependant son engagement anticolonialiste. En 1972, il sollicite ainsi en tant que producteur un visa d’exploitation pour la diffusion du film de Jacques Panijel « Octobre à Paris ». Devant le refus du pouvoir, il commence une grève de la faim en janvier 1973 pour exiger « la suppression de la possibilité, pour la commission de censure cinématographique, de censurer des films sans fournir de raisons ». Soutenu par de nombreuses personnalités, il obtient satisfaction au bout de 31 jours.
Toutes son œuvre témoigne de son engagement anticapitaliste (avec par exemple « Un homme est mort » en 1950 ou « Classe de lutte » en 1969), antiraciste (avec par exemple « les trois cousins » en 1970 ou « Vous avez dit français ? » en 1986), antifasciste (avec par exemple « A propos de …l’autre détail » en 1984 ou « Châteaubriant, mémoire vivante » en 1985.), féministe ( avec « Quand les femmes ont pris la colère » en 1977) et bien sûr anticolonialiste (avec « Afrique 50 » en 1950 ou « Avoir vingt ans dans les Aurès » en 1972).
Toute sa vie et son talent furent au service des luttes pour l’égalité.
 
FUIQP 59/62 - La mémoire au service des luttes
 
Lire aussi :

Disparition de René Vautier, cinéaste militant communiste et anti-colonialiste: article du Monde

Résistant sous l'occupation, emprisonné pour son premier film, passé du côté du FLN pendant la guerre d'Algérie, membre du groupe Medvedkine après mai 1968, défenseur de l'autonomie bretonne, le cinéaste René Vautier est mort le 4 janvier en Bretagne. Il avait 86 ans.

Le grand public a pris conscience de son existence en 1972, lorsque Avoir vingt ans dans les Aurès a été présenté à Cannes, à la Semaine de la critique. Le film racontait la désertion d'un soldat français en Algérie qui refusait l'exécution sommaire d'un prisonnier algérien. Mais ce n'est pas l'histoire de René Vautier. Il a passé le conflit algérien de l'autre côté, son itinéraire l'ayant porté depuis longtemps dans le camp des colonisés.

Né le 15 janvier 1928 à Camaret, dans le Finistère, ce fils d'ouvrier rejoint la Résistance en 1943. Après la guerre, il suit les cours de l'IDHEC et adhère au parti communiste. En 1950, la Ligue de l'enseignement le charge de réaliser un film sur l'éducation française en Afrique subsaharienne. Vautier détourne la commande et évoque une réalité méconnue : le travail forcé, les violences des autorités coloniales contre les populations entre la Côte d'Ivoire et le Mali. Le film qu'il rapporte de ce que l'on appelait alors l'A.O.F., Afrique 50, est non seulement censuré (il le restera quarante ans), mais vaut à son auteur une condamnation à un an de prison, exécutée dans les prisons militaires.

 

 UN FOCUS SUR L'ALGÉRIE

Au moment du déclenchement du conflit algérien, René Vautier part pour l'Afrique du Nord, d'abord pour la Tunisie, où il tourne deux courts métrages avant de gagner l'Algérie, aux côtés de maquis du FLN. Il y tourne deux documentaires, Une nation, l'Algérie, aujourd'hui perdu et L'Algérie en flammes. Cette collaboration lui vaut d'être poursuivi par les autorités françaises et René Vautier reste en exil jusqu'en 1966.

Peu après son retour en France, il rejoint en 1967 le groupe Medvedkine formé à Besançon autour de Chris Marker. Cette coopérative destinée à donner une image cinématographique des luttes ouvrières inspire René Vautier qui s'établit finalement en Bretagne où il fonde l'Unité de production cinématographique de Bretagne.

C'est dans ce cadre qu'il produit ses deux longs métrages de fiction Avoir vingt ans dans les Aurès et La Folle de Toujane (1973). D'Avoir vingt ans, Louis Marcorelles dira dans ces colonnes qu'il s'agit du « film le plus libre, le moins conformiste que nous ayons vu en France depuis longtemps ». Le cinéaste tourne aussi des documentaires sur les luttes ouvrières Quand tu disais Valéry (1975) ou Quand les Femmes ont pris la colère (1976) coréalisé avec Soazig Chappedelaine.

En 1972, René Vautier entre en grève de la faim après que le refus d'un visa d'exploitation pour le film Octobre à Paris, réalisé par Jacques Panijel après le massacre des manifestants algériens à Paris le 17 octobre 1961. Vautier voulait enfin sortir le film à travers sa société de distribution, et ne cesse sa grève qu'après avoir reçu du ministre de la culture de l'époque, Jacques Duhamel, l'assurance que les critères politiques n'entreront plus en ligne de compte dans les décisions de la commission de contrôle cinématographique.

En 1981, l'UPCB ferme, faute de financement, mais René Vautier ne cesse pas pour autant de tourner, des films sur les essais nucléaires dans le Pacifique, sur l'immigration, sur la Résistance. En 1985, lors du procès qui oppose Le Canard enchaîné à Jean-Marie Le Pen au sujet des tortures infligées par ce dernier pendant la guerre d'Algérie, l'hebdomadaire produit le témoignage d'une des victimes du lieutenant Le Pen, Ali Rouchaï que le cinéaste a tourné à Alger. René Vautier est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages dont Caméra citoyenne - Mémoires, publié en 1988.

Lire notre interview avec René Vautier datant de 2007 : "Je filme ce que je vois, ce que je sais, ce qui est vrai"


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2015/01/04/mort-du-cineaste-francais-rene-vautier_4549027_3382.html#A0RDji57ZfwRhfWc.99

René Vautier, le porteur de drapeau à droite, en 1945. Le scout de Quimper a effectué de nombreuses "missions", l'année où il préparait son bac: c'était lui qui représentait le clan des Eclaireurs lors des cérémonies officielles (collection René Vautier - repris par Philippe Chapleau et l'équipe du livre "Des enfants dans la Résistance", Ouest-France)

René Vautier, le porteur de drapeau à droite, en 1945. Le scout de Quimper a effectué de nombreuses "missions", l'année où il préparait son bac: c'était lui qui représentait le clan des Eclaireurs lors des cérémonies officielles (collection René Vautier - repris par Philippe Chapleau et l'équipe du livre "Des enfants dans la Résistance", Ouest-France)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère

7/ René Vautier: 1928-2015

Né le 15 janvier 1928 à Camaret-sur-Mer (Finistère), mort le 4 janvier 2015 à Cancale où il vivait depuis des années, René Vautier est un cinéaste engagé, anticolonialiste, antimilitariste. René Vautier, jeune lycéen résistant dans le sud-Finistère dès 1943, décoré de la croix de guerre à 16 ans en 1945, adhère au PCF dans l'après-guerre.

Ses films et ses documentaires profondément novateurs sur le rapport au réel les plus connus sont "Afrique 50" (1950), "Un homme est mort" (1950), "Anneau d'or" (1956), "Avoir vingt ans dans les Aurès" (1971), "Frontline" (1976), "Marée Noire, colère rouge" (1978). 

Pendant la guerre d'Algérie, René Vautier eut le courage par conviction anti-colonialiste et par goût du témoignage inédit de suivre des fellagas du FLN pendant plusieurs mois à l'insu évidemment des autorités coloniales avant d'être arrêté par le FLN et de passer plus de deux ans dans ses prisons. 

Ce fut aussi un adhérent communiste jusqu'à sa mort, et un militant du Mouvement de la Paix. 

Dans le livre richement illustré Des enfants dans la Résistance (1939-1945) (édition Ouest-France), Philippe Chapleau nous fait revivre la naissance à l'engagement de René Vautier à Quimper, comme scout résistant, à travers la retranscription d'un interview passionnant. 

 

René Vautier revient sur son adolescence de résistant dans le Sud-Finistère et les blessures intimes que cela a engendré pour lui:  

" Je suis né le 15 janvier 1928 à Camaret. A 9 ans, j'ai quitté Brest pour Quimper, où ma mère était institutrice dans une école de la ville, sur le bord de la route de Pont-l'Abbé. Elle était divorcée. Nous vivions à trois, avec mon frère aîné, Jean, qui avait 16 ans. 

En 1939, mon père, que je n'avais pas vu depuis quelques temps, a été mobilisé. Il a été envoyé dans un casernement de Quimper, à 300 mètres de l'école de ma mère. Je suis allé lui rendre visite plusieurs fois; ça a été mon premier contact avec la guerre. Chez nous, on ne parlait pas beaucoup de la Grande Guerre. En revanche, dès que les Allemands sont arrivés, on a eu une réaction immédiate: il fallait faire quelque chose.

Mon frère et quelques-uns de ses copains des Éclaireurs de France ont échafaudé un plan: ils projetaient de quitter la France en allant prendre l'avion à Pluguffan pour gagner l'Angleterre. Nous, les plus jeunes des Éclaireurs, on était six ou sept: il y avait Bob, Jojo... On a décidé de retarder les Allemands en barrant la route et en faisant des barrages. On a commencé à creuser des trous, des tranchées... Il fallait qu'on donne du temps à nos aînés pour qu'ils puissent s'envoler de l'aérodrome de Pluguffan. C'était complètement dingue, mais ça nous a marqués parce qu'on s'est fait tirer dessus par les premiers soldats allemands qui sont arrivés; c'était en juillet 1940. Ils étaient en side-car, avec de grands cirés, un fusil-mitrailleur à l'avant du side-car. Impressionnant! On a quand même décidé de continuer à balancer des cailloux. Quand ils ont vu qu'ils étaient immobilisés par des rochers sur la route et par des gamins qui leur jetaient des pierres, ils ont tiré en l'air. On a couru très vite à l'abri...   Ce fait d'armes n'a guère impressionné les gens du coin qui nous en voulaient d'avoir creusé des tranchées: ça allait attirer les avions allemands. Certains d'entre nous se sont pris des gifles et on été condamnés à reboucher nos trous! 

Les adultes n'étant pas d'accord avec nous, nous avons décidé que nous mènerions notre résistance nous-mêmes. Comme le lycée avait été réquisitionné par les Allemands, les élèves de 6e, 5e et 4e, suivaient les cours de l'autre côté de la ville, route de Brest. Tous les matins, il fallait donc que je traverse toute la ville. C'est alors qu'on a eu une idée. Au début, c'était comme une plaisanterie: on déplaçait les poteaux indicateurs mis en place par les Allemands. Mais, quand les Allemands ont placé des sentinelles près des fameux poteaux de signalisation, on s'est pris au jeu et on leur a compliqué la vie autant qu'on pouvait. C'est à cette époque que j'ai trouvé des poèmes de Victor Hugo; je me suis mis à les lire aux copains. C'était des poèmes de résistance, de lutte contre les Prussiens. Je trouvais ça bien. 

Quand on partait camper avec le groupe des Éclaireurs de France qui continuait à fonctionner, je lisais aussi ces poèmes. Mon professeur de français m'a appelé un jour; il s'appelait Xavier Trélu. Il m'a demandé pourquoi je lisais ces textes. Je lui ai répondu qu'il fallait qu'on appelle les gens à la résistance contre l'occupant. Il s'est alors arrangé pour que je reçoive les premières éditions de littérature clandestine, des textes des Lettres françaises *. 

*Le journal du Front National pour la Libération de la France, à visée de rassemblement mais à base communiste, dont le responsable était Louis Aragon  

Je lisais ça dans la cour. Le groupe des Éclaireurs a ainsi été un petit peu éduqué dans cet esprit. Un jour Xavier Trélu a disparu. On a appris qu'il était parti en Angleterre. C'était en 1942. 

On a alors appris que les Allemands avaient tué des parachutistes qui avaient été largués le long de la côte. On n'a jamais su exactement ce qui s'était passé. Toujours est-il qu'on a pensé que ces paras étaient venus pour faire des relevés, dresser des plans de défense côtières, étudier les zones de tir... Pourquoi pas nous?   

En tant qu’Éclaireurs, on avait le droit de marcher le long de la côte: on pouvait aussi faire du renseignement. On a commencé à faire des relevés des angles de tir de casemates. Jusqu'au jour où le responsable du groupe nous a convoqués. Il s'appelait Albert Philippot. Il était professeur à l'école Jules-Ferry, c'est-à-dire le cours complémentaire qui était juste en face du lycée. Philippot nous a fait la leçon: "Vous faites des bêtises qui risquent de se retourner contre vous et contre beaucoup de monde". 

On a eu beau expliquer nos activités, ça ne l'a pas convaincu. Il nous a demandé de lui remettre nos relevés. On a tout donné. Mais quinze jours plus tard, il est revenu nous voir: "Bon, vous pouvez continuer; soyez quand même plus discrets". C'était en 1943. Philippot nous a même fourni du matériel, des compas par exemple. Ce qu'on ne savait pas, c'est qu'il allait devenir le chef des FFI du Sud-Finistère. 

Un jour de mai 1944, tout le lycée a été fouillé par les Allemands. J'avais sur moi des relevés que je devais remettre à Philippot. Notre professeur de français, dont on apprendra qu'il était lieutenant dans les FFI, a protesté quand les soldats ont fait irruption dans la classe. Il a entraîné les officiers allemands chez le proviseur. Il est seulement resté un garde dans notre salle de classe, un vieux soldat. Les élèves ont commencé à chahuter. Moi, j'étais au premier rang. Je voulais me débarrasser des trois feuilles de relevés. J'ai plié deux feuilles pour en faire des bateaux et une pour en faire un avion. J'ai engagé la conversation avec le soldat en lui parlant des cuirassés allemands et de la Luftwaffe et en m'expliquant avec mes bateaux de papier. A la fin, j'en ai fait des boulettes que j'ai jetées par terre. Heureusement, car les officiers sont revenus et ont fouillé mon sac et celui d'André, un copain. Ils sont repartis les mains vides. 

Nous, à partir de ce jour-là, on n'a plus remis les pieds au lycée. On s'est cachés prs d'Audierne, chez un certain Trividic. Comme on n'avait pas d'armes, on a projeté de piquer les revolvers des gendarmes locaux. A défaut, on a volé celui d'un Feldgendarm dans une salle de bal réservée aux Allemands. Un revolver et six balles qu'on n'a pas gardés longtemps puisque le frère de Jojo nous les a confisqués! 

Près des casemates, on avait aussi repéré des dépôts de munitions. On s'est dit alors qu'il devait y en avoir d'autres en ville, que ça pouvait être utile d'avoir des munitions parce qu'on parlait de maquis... Nos aînés, dont Jean, mon frère, apprenaient déjà à se servir de mitraillettes, toujours grâce au fameux Philippot! On a donc commencé à piller des dépôts allemands en 1944. Au début, on piquait cinq ou six grenades; à la fin, on y allait carrément avec des sacs! On a ainsi pu fournir des grenades à Jean et ses copains Éclaireurs et Routiers.  On est devenus des pourvoyeurs pour d'autres groupes de résistants. 

Fin 1944, on a failli se faire prendre, mon copain Bob et moi. Des Allemands nous ont pris en chasse, place de la Tour-d'Auvergne. Deux side-cars nous sont tombés dessus et nous ont coursés dans les rues. On a dû se séparer. J'ai réussi à me mettre à l'abri mais je n'avais pas de nouvelles de Bob. C'est alors qu'on m'a dit qu'un jeune homme avait été tué par des Allemands en side-car du côté de la gare. J'ai décidé de le venger. 

Il y avait, à Quimper, des convois en transit. Des camions quittaient Concarneau pour se rendre vers Brest ou vers la presqu'île de Crozon. J'ai pris mes grenades et j'ai "marché au canon", vers la sortie de la ville où les résistants tentaient de bloquer ces convois. J'ai attaqué un camion allemand en stationnement. J'ai balancé une grenade dans la cabine par le toit ouvert. Au même moment, un soldat allemand s'est redressé; la grenade l'a touché à la poitrine avant d'exploser. J'ai vu ce que cela donnait... Du coup, je suis reparti. 

Après, j'ai appris que Bob n'était pas mort du tout, qu'il me cherchait de son côté. J'avais conscience d'avoir tué. J'en ai parlé à Philippot. Lui et mon prof de français, André Monteil, qui commandait les FFI de Quimper et qui deviendra député MRP (Mouvement républicain populaire) du Finistère, ont décidé que nous, les plus jeunes, nous devions être épargnés, que nous devions éviter de tuer à 16 ans. Ils ont décidé de nous rattacher au commandement. Nous, c'était un groupe de de vingt et un gars des Éclaireurs de France. On a continué comme approvisionneurs. moi, de toute façon, je ne voulais plus du tout me servir d'une arme. Au total, sur les vingt et un jeunes du groupe, sept seront tués.

Je me suis fait coincer pour de bon pendant les combats pour la libération de Quimper. Au retour d'une expédition dans un dépôt, je m'étais réfugié avec un autre garçon dans un bâtiment de la préfecture auquel les Allemands ont mis le feu. On a été capturés. Je me suis retrouvé attaché à un tuyau dans la cave de la Kommandantur, passé à tabac (ils m'ont cassé deux dents) pour me faire taire! J'ai réussi à m'évader pendant mon transfert vers la gare: j'ai sauté du camion et j'ai rejoint les copains qui ont eu du mal à me reconnaître tant mon visage était tuméfié.

Quand Quimper a été libéré, on été rattaché à la 6e compagnie du bataillon FFI de Quimper, comme gardes de l'état-major. Philippot pouvait ainsi nous avoir à l’œil. C'était à l'époque où les combats se poursuivaient entre le Menez Hom et Brest. Les accrochages étaient fréquents entre FFI et Allemands. Un jour, le PC (poste de commandement) a été encerclé et investi. L'état-major a dû se replier. Nous, ce jour-là, on servait de vigies du haut d'un clocher. On est restés là-haut pendant toute une journée. Les copains nous avaient oubliés! 

C'est pendant cette période de combat, en août, qu'a eu lieu le bombardement de Telgruc, près de Crozon. Les canons allemands qui tiraient vers l'intérieur des terres devaient être détruits. La mission a été confiée aux FFI, appuyés sur les chars américains. Le 3 septembre, ils ont progressé mais l'aviation américaine ne le savait pas. Il y a donc eu un bombardement de Telgruc. Nous, on était restés bloqués à 5 ou 6 kilomètres, à cause d'une panne de camion. Ce qui nous a sauvé la vie. 

Les bombes des B-17 ont tué 52 civils, 25 FFI et 11 soldats américains. Trois éclaireurs, dont Roger Le Braz, le chef du clan, ont été tués ce jour-là au cours du bombardement, qui a fait beaucoup de victimes civiles. A partir de là, le clan des Éclaireurs a changé de nom. Il s'appelait le "clan René-Madec" et il est devenu le clan "Roger-Le Braz". C'est sous ce nom qu'il a été cité à l'ordre de la Nation. 

Pour moi, ce bombardement marque la fin de la guerre. On est rentrés pour enterrer les gars à Quimper. Le chien de Roger Le Braz a suivi le cercueil de son maître. 

J'ai alors été démobilisé, cinq jours avant de passer les épreuves du premier bac. J'avais déjà passé deux épreuves, français et latin, le 6 juin 1944; j'ai été reçu avec la mention "bien". Mon année de philo a été détestable. Je n'aimais pas les cours de philo. Je séchais souvent mais j'avais une bonne raison: j'étais en "mission". En fait, j'étais le porte-drapeau du clan. On m'appelait dès qu'il y avait une inauguration d'une rue qui portait le nom d'un résistant. 

Je suis ensuite entré à l'Institut des hautes études cinématographiques. J'avais passé le concours d'entrée en 1946. Je suis alors parti pour Paris. Sans jamais perdre de vue les copains du clan, j'ai commencé une carrière de cinéaste"      

Propos recueillis par Philippe Chapleau, Des enfants dans la Résistance (1939-1945), Ouest-France.    

Retranscrits par Ismaël Dupont qui remercie vivement notre ami France Chapa de St Malo, qui a bien connu René Vautier au sein de la fédé PCF d'Ille-et-Vilaine et lors des fêtes de section, pour nous avoir fait découvrir ce texte.  

Collection René Vautier - livre "Des enfants dans la résistance (1939-1945) Philippe Chapleau, Ouest-France - quatre photos du clan scout résistant en action: sur l'une des photos, on aperçoit bien les grenades allemandes passées à la ceinture de René Vautier (au centre) et de ses camarades

Témoignage de René Vautier dans "Caméra en dissidence" sur sa Libération et sa résistance en Finistère:

" Dans les vieilles rues de Quimper, le général de Gaulle a été acclamé par une foule en délires. Il était précédé par le groupe René Madec des éclaireurs de France de Quimper, entourant le drapeau du Clan décoré de la croix de Guerre avec l'étoile d'argent et le coussin sur lequel étaient épinglés les décorations des jeunes morts au combat". On pouvait lire ces lignes dans "Le Télégramme de Brest et de l'Ouest", en 1944 ou 1945 (je ne me souviens plus très bien de la date de la première visite chez nous du Général, c'est grave?).

Le "Groupe René Madec" ou "corps-franc Vengeance", c'était nous. Le Général de Gaulle s'était fait expliquer les "hauts faits" de ces jeunes décorés en culottes courtes - et, laconiquement - peut-être un peu vexé aussi parce que nous avions été, à Quimper, au moins aussi applaudis que lui! - il avait laissé tomber, saluant le drapeau que tenait Jo Legrand: "Ces jeunes ont suivi avec honneur la pente naturelle qui les menait vers la Résistance". 

Bob, avec un certain irrespect, mais bombant fort la poitrine où brillait sa croix de guerre (je devais bomber tout autant de mon côté), Bob avait sussurré entre les dents: "C'est ça, mon con, on a eu qu'à se laisser glisser sur le cul!" Mais en fait, je crois qu'il avait raison, le Général: dans notre milieu, il y a bien eu "pente naturelle" de la résistance - "pente naturelle" beaucoup plus que choix réfléchi. " ...      

 

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 07:12
Disparition. Desmond Tutu a rejoint l’arc-en-ciel des nations (Pierre Barbancey, L'Humanité, 26 décembre 2021)
Disparition. Desmond Tutu a rejoint l’arc-en-ciel des nations
Dimanche 26 Décembre 2021

Figure de la lutte contre l’apartheid, prix Nobel de la paix, personnalité intransigeante et attachante, l’ancien archevêque du Cap est décédé dimanche. Il avait 90 ans.

C’était un rire pur. Un rire franc. Un rire massif parfois tonitruant. Tous ceux qui ont eu la chance de rencontrer Desmond Tutu se souviennent aujourd’hui de ses yeux plissés, espiègles, comme ceux d’un enfant, dès qu’il esquissait un sourire. Plus que de la bonhomie, il y avait chez lui un amour de la vie et une façon unique de raconter des anecdotes. Comme celle-ci : « Un jour à San Francisco, j’étais bien tranquille dans mon coin. Une femme fait irruption devant moi. Visiblement émue, elle me salue d’un “Bonjour, archevêque Mandela !” Deux hommes pour le prix d’un ». Au mois d’octobre, il avait fêté ses 90 ans. Ce fut sa dernière apparition publique. Celui que tout le monde appelait familièrement par le surnom de The Arch (archevêque se dit archbishop en anglais) s’est éteint, ce dimanche, au lendemain de Noël.

Icon QuoteJe n’ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d’autres qui pensent en être aussi.Desmond Tutu

Une disparition annoncée par Cyril Ramaphosa, président de la République d’Afrique du Sud, en personne. « Des trottoirs de la résistance en Afrique du Sud aux chaires des grandes cathédrales et lieux de culte du monde, en passant par le cadre prestigieux de la cérémonie du prix Nobel de la paix, The Arch s’est distingué comme un défenseur non sectaire et inclusif des droits de l’homme universels », a déclaré celui qui est également à la tête du Congrès national africain (ANC). Une organisation que Desmond Tutu n’a pas craint d’étriller ces dernières années, annonçant même qu’il ne voterait plus en sa faveur, se disant déçu par la corruption, l’état des écoles publiques et la pauvreté persistante. « Je n’ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d’autres qui pensent en être aussi », dénonçait-il.

Tutu est né le 7 octobre 1931 dans la ville minière de Klerksdorp, à l’ouest de Johannesburg. Sa mère était domestique, son père directeur d’école primaire. Il se tourne très vite vers la théologie et devient, en 1978, le premier dirigeant noir du Conseil sud-africain des églises (SACC), qui compte 15 millions de fidèles actifs dans la lutte contre l’apartheid. En 1984, alors qu’il est nommé évêque de Johannesburg et appelle au boycott économique du régime raciste blanc de Pretoria, il est lauréat du prix Nobel de la paix. Albert Luthuli, président de l’ANC de 1952 à 1967, avait reçu ce même prix en 1960. Il sera également décerné à Nelson Mandela et Frederik De Klerk en 1993. Il devient archevêque du Cap en 1986, alors que, dans le pays, la lutte s’intensifie pour mettre à bas l’apartheid, notamment avec le regroupement de toutes les organisations progressistes, civiles, religieuses et syndicales au sein du Front démocratique uni (United democratic front, UDF).

Icon Quote Pardonner, ce n’est pas seulement être altruiste. C’est la meilleure forme d’intérêt personnel. Un processus qui n’exclut pas la haine et la colère.Desmond Tutu

Une lutte dont il est totalement partie prenante, notamment en tant que responsable de l’Église anglicane pour toute l’Afrique australe. Et une épine plantée dans le pied du pouvoir raciste qui ne peut se débarrasser de cette personnalité aux déclarations fracassantes. Ainsi, en juillet 1986, après le refus de Ronald Reagan, alors président des États-Unis, d’imposer des sanctions au régime de l’apartheid, il s’exclame devant la presse : « Plus de 70 % de notre peuple, comme le montrent deux sondages, veulent des sanctions. Mais non, le président Reagan sait mieux que tout le monde. Nous allons souffrir. Il est là, comme le grand chef blanc à l’ancienne, à nous dire que nous, les Noirs, on ne sait pas ce qui est bon pour nous. L’homme blanc sait ».

Serviteur d’une Église aux portes grandes ouvertes

En 1995, un an après les premières élections démocratiques qui ont vu l’accession de Nelson Mandela à la présidence du pays, Desmond Tutu est tout naturellement nommé à la tête de la commission Vérité et Réconciliation, chargée d’enquêter sur les crimes commis sous l’apartheid. Il aimait d’ailleurs dire : « Pardonner, ce n’est pas seulement être altruiste. C’est la meilleure forme d’intérêt personnel. C’est aussi un processus qui n’exclut pas la haine et la colère ». Au deuxième jour des auditions, il fond en larmes après le témoignage particulièrement insoutenable d’un ancien détenu de Robben Island.

Présidant depuis 2007 The Elders (les Aînés), groupe de personnalités internationales œuvrant pour le règlement de conflits dans le monde, The Arch avait écrit en juin 2016 au comité Nobel pour proposer « la nomination de Marwan Barghouti, dirigeant palestinien emprisonné, pour le prix Nobel de la paix ». Il rappelait qu’ « en 2013, une campagne internationale pour la libération de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers palestiniens fut lancée à Robben Island (…) depuis la cellule du symbole universel de paix qu’est Nelson Mandela ».

The Arch était le serviteur d’une Église aux portes grandes ouvertes pour accueillir ce qu’il a lui-même appelé la « nation arc-en-ciel ». Une belle expression qu’il a employée pour la première fois lors de son discours prononcé aux obsèques de Chris Hani, secrétaire général du Parti communiste sud-africain (SACP) et chef militaire de Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’ANC, assassiné en 1993. Une idée si forte que Nelson Mandela l’a reprise le 10 mai 1994, lors de sa cérémonie d’investiture : « Nous prenons l’engagement de bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, pourront marcher la tête haute (…), une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde ».

Desmond Tutu était un peu la conscience de l’Afrique du Sud. Avec lui, disparaît pratiquement le dernier des géants de la lutte contre l’apartheid et des idées progressistes. Parmi ses derniers combats, et contre sa hiérarchie, il a défendu le suicide assisté, le droit à l’avortement et les homosexuels. Avec ce pied de nez qui le caractérisait si bien : « Je ne vénérerais pas un Dieu homophobe. (…) Je refuserais d’aller dans un paradis homophobe. Non, je dirais : “Désolé ! Je préfère de loin aller de l’autre côté” ».

Repères
7 octobre 1931
Naissance à Klerksdorp, dans le Transvaal.
1961 Ordonné prêtre de l’Église anglicane.
10 décembre 1984 Reçoit le prix Nobel dans le grand amphithéâtre de l’université d’Oslo.
7 septembre 1986 Nommé archevêque du Cap.
1995 Nommé président de la commission de la Vérité et de la Réconciliation.
2005 Nommé par le secrétaire général de l’ONU membre du Haut-Conseil pour l’Alliance des civilisations.
26 décembre 2021 «Le décès de l’archevêque émérite Desmond Tutu est un nouveau chapitre de deuil dans l’adieu de notre nation à une génération de Sud-Africains exceptionnels qui nous ont légué une Afrique du Sud libérée. », Cyril Ramaphosa, président sud-africain.

Disparition. Desmond Tutu a rejoint l’arc-en-ciel des nations (Pierre Barbancey, L'Humanité, 26 décembre 2021)
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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 07:08
Qui était le communiste Marcel Cachin? - Interview de Georges Cadiou biographe de Marcel Cachin par Christian Gouérou - Ouest-France, 26 décembre 2021

Bel interview de Georges Cadiou dans le Ouest-France, par Christian Gouerou, pour présenter sa biographie de Marcel Cachin, fondateur breton du parti communiste français.

Georges Cadiou était venu nous en parler à la fête de l'humanité Bretagne de Lanester fin novembre et aux mardis de l'éducation populaire du PCF pays de Morlaix en décembre.

Une biographie très intéressante dont on ne peut que recommander vivement la lecture.

Qui était le communiste Marcel Cachin? - Interview de Georges Cadiou biographe de Marcel Cachin par Christian Gouérou - Ouest-France, 26 décembre 2021
Qui était le communiste Marcel Cachin? - Interview de Georges Cadiou biographe de Marcel Cachin par Christian Gouérou - Ouest-France, 26 décembre 2021
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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 06:26

 

Raoul Sangla, qui connaissait par cœur la machinerie télévisuelle, regretta, sur le tard, ce qu’était devenu ce média : « Un grand alambique du consensus, un instrument d’aliénation qui avait pourtant une autre destinée. » La venue du privé, avec sa logique marchande, sa tyrannie de l’audimat, avait finalement dévoyé le petit écran. Quant à l’intégration des journalistes communistes, exigence évidemment légitime, elle aurait été vraiment efficace si elle s’était accompagnée d’une réforme en profondeur du système d’information, ce que le pouvoir mitterrandien refusa.


Placés souvent dans des positions délicates, ces journalistes allaient connaître des sorts différenciés. Ne parlons pas, ou peu, de ceux qui vont tout simplement « tourner casaque », l’exemple le plus frappant étant celui de Jean-Luc Mano, journaliste de l’Humanité, qui intégra en sa qualité de communiste TF1 en 1983 ; il allait se mitterrandiser bien vite et finir au service de « la com des riches », comme l’écrivit un jour le Nouvel Observateur (il conseillera par exemple le prince de Monaco !).


Mais à l’exact opposé, on trouve la figure de Marcel Trillat (1940/2020). Devenu chef du service société sur A2, il participa activement à la rédaction de la chaîne, à l’animation d’un « vrai débat » qui allait durablement marquer le climat de la rédaction. Lors de la première cohabitation (Mitterrand/Chirac), six rédacteurs sont écartés, et Marcel Trillat se retrouva, trois ans, en poste à Rome. Il revint comme directeur adjoint de l’information et se porta volontaire pour aller en Arabie saoudite couvrir la guerre du Golfe. Là, « il sauve l’honneur des journalistes », une expression plusieurs fois entendue dans la bouche de ses confrères. Ainsi, le 2 février 1991, au journal de midi, il dénonce en direct la mise en scène américaine de la guerre et la mainmise des médias US sur les informations traitant du conflit. Le soir même on lui demande de redévelopper ce thème à l’antenne. Cette question suscita une polémique. Libération consacra une double page à « la courageuse sortie de Marcel Trillat pour qu’enfin l’on sache en France et en direct à quoi s’en tenir sur la qualité des informations transmises depuis le terrain sur le conflit en cours ». Marcel Trillat fut soutenu par la profession mais critiqué par sa hiérarchie. Il se retrouva ensuite correspondant à Moscou pour deux ans. À son retour à Paris, il collabora essentiellement à l’émission « Envoyé spécial ». Son documentaire « Les prolos » est de 2002. Il fut président de la société des journalistes d’A2. Il prit sa retraite en 2006 et réalisa « Silence dans la vallée » (2007), « L’Atlantide, une histoire du communisme » avec Maurice Failevic (2013) et « Les étrangers dans la ville » (2013).


Ajoutons, pour compléter cette série, une petite bibliographie, très incomplète : Roland Passevant : « Journaliste sous haute surveillance » (1987) et « La mafia du 4e pouvoir » (1989) ; François Salvaing : « Parti » (et sa nouvelle « Le sosie ») ; Michel Strulovici, « Évanouissements » ; Jean-François Téaldi : « Journaliste, syndicaliste, communiste - 37 ans d'un combat dans l'audiovisuel » ; Michel Diard : « Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit » et « L’avatar du journalisme ».


Pour finir en beauté, signalons la sortie récente d’un coffret (de quatre DVD) d’un grand moment de la télévision rouge : « Émile Zola ou la conscience humaine », une série de Stellio Lorenzi de 1976 (chez Elephantfilm). 


Gérard Streiff

 

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