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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:32
Albert Rannou, résistant communiste, originaire de Guimiliau, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943

Albert Rannou, résistant communiste, originaire de Guimiliau, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943

Albert Rannou ancien lieutenant des brigades internationales en Espagne, a été fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 en même temps que 18 autres communistes brestois ou résidant à Brest: Lucien Argouach, Albert Abalain, André Berger, Louis Departout, Yves Guilloux, originaire des Côtes-du-Nord, Eugène Lafleur, venu de Paris, Louis Le Bail, Paul Le Gent, Paul Monot, Henri Moreau, Jean-Louis Primas, un ancien des Brigades Internationales en Espagne, Jean Quintric, Albert Rolland, Etienne Rolland, Joseph Ropars, Jean Teuroc, Charles Vuillemin, et Louis Leguen

(Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979)  

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Autre source d'information:

Albert Rannou. Né le 5 mars 1914 à Guimiliau (Finistère), fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier maçon ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant au sein des FTPF.

Fils de Jean Rannou, maçon, et de Marie-Anne Coat, couturière, Albert Rannou, ouvrier maçon, adhéra au Parti communiste en 1935. L’année suivante, il devint membre du comité de section à Brest (Finistère). Volontaire dans les Brigades internationales en Espagne, il y devint lieutenant du génie et fut grièvement blessé.
Dans la Résistance, il fut chef de groupe communiste, puis de l’Organisation spéciale (OS) et enfin d’un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP). Il se chargea de transports d’armes et participa à certaines actions, comme l’attentat contre la Kommandantur de Brest et celui contre la station électrique de l’Arsenal de Brest*.
Il fut arrêté le 2 octobre 1942, interné à la prison Jacques-Cartier de Rennes (Ille-et-Vilaine), transféré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et condamné à mort par le tribunal allemand du Gross Paris, qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), le 28 août 1943.
Les Allemands le fusillèrent le 17 septembre 1943, au Mont-Valérien.

Source : notes d'Eugène Kerbaul (le Maitron Dictionnaire biographique Fusillés, Guillotinés, Exécutés, Massacrés 1940-1944)

 

Une des correspondantes du "Chiffon Rouge", Anne Friant, présidente de l'ANACR 29, nous prévient que son père, Jacob Mendrès, a aussi participé à un sabotage sur la base sous-marine de Brest, probablement le 8 mai 1942.

 

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Avertissement

C'est Jacques Guivarch, ancien adhérent du PCF comme son père Jean, tous les deux tour à tour anciens commerçants à Saint-Martin des Champs à la marbrerie Guivarch de la barrière de Brest, qui a fait lire et confié à Alain David et à Ismaël Dupont, ces doubles de lettres de résistants condamnés à mort qui se trouvaient dans une commode de son père, ancien résistant du maquis de Morlaix, militant communiste, raflé dans un premier temps le 26 décembre 1943 à Morlaix avant d'être relâché (il cachait des tracts de la résistance sous le landau de Jacques Guivarch, qui avait quelques semaines à l'époque), ce dernier les ayant peut-être reçu de la famille de ces résistants condamnés à mort ou par un autre canal. Etaient-ils des connaissances? Des amis? Ou étaient-ce les parents de Jacques Rannou qui ont voulu confier ces lettres à un militant communiste et un ancien résistant?

Il y a dans le lot de 30 pages photocopiées les copies des dernières lettres de deux autres résistants condamnés à mort dont l'exécution a eu lieu en même temps que celle d'Albert Rannou, le 17 septembre 1943.

Les lettres originales d'Albert Rannou, s'étalant sur 6 mois du 20 mars 1943 au 17 septembre 1943, ont été remises il y a sept ans au frère d'Albert Rannou. 

Il faut les lire dans leur intégralité, car au delà de l'apparente trivialité de certaines lettres et du caractère bouleversant et pleins de hauteur tragique de plusieurs autres, et notamment de la lettre écrite le jour de l'exécution, elles livrent beaucoup du quotidien des résistants prisonniers et de leurs préoccupations, ainsi que de l'état d'esprit, des informations et des espoirs d'un résistant arrêté en 1943.

Elles témoignent aussi d'une foi inébranlable dans les idéaux communistes et en la victoire prochaine.  

Ces lettres sont présentées dans l'ordre chronologique. Les fautes d'orthographe les plus évidentes ont été corrigées par souci de compréhension. Certains passages sont peu lisibles et dans ce cas indiqués comme tels.

 

 

   

Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979 - p.309. Commentaires de Jean-Claude Cariou sur Charles de Bortoli, photo en haut à gauche: Charles (Carlo) de Bortoli était un communiste italien venu se réfugier à Brest pour fuir le fascisme de Mussolini:  le lieu de son exécution en Août 1943, qui n'est pas indiqué sous la photo, contrairement aux autres. C'est à Paris, mais pas au mont Valérien (en fait à Montrouge) comme la plupart des Résistants fusillés dans la capitale. Charles de Bortoli a été fusillé au stand de tir de l'armée de l'air (de l'époque) à Baltard , dans le XV ème arrondissement, à la limite de la ville d'Issy- les- Moulineaux, au sud de Paris. Le site a été détruit au moment de la construction du périph- 'dans les années 60 ' - mais il existe toujours un bâtiment militaire, avec une plaque indiquant les noms des 143 Résistants fusillés là. La caserne de Baltard était un repaire de la Gestapo, avec un centre de tortures, en plus du lieu d'exécutions.

Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979 - p.309. Commentaires de Jean-Claude Cariou sur Charles de Bortoli, photo en haut à gauche: Charles (Carlo) de Bortoli était un communiste italien venu se réfugier à Brest pour fuir le fascisme de Mussolini: le lieu de son exécution en Août 1943, qui n'est pas indiqué sous la photo, contrairement aux autres. C'est à Paris, mais pas au mont Valérien (en fait à Montrouge) comme la plupart des Résistants fusillés dans la capitale. Charles de Bortoli a été fusillé au stand de tir de l'armée de l'air (de l'époque) à Baltard , dans le XV ème arrondissement, à la limite de la ville d'Issy- les- Moulineaux, au sud de Paris. Le site a été détruit au moment de la construction du périph- 'dans les années 60 ' - mais il existe toujours un bâtiment militaire, avec une plaque indiquant les noms des 143 Résistants fusillés là. La caserne de Baltard était un repaire de la Gestapo, avec un centre de tortures, en plus du lieu d'exécutions.

Fais en Prison de Rennes le 20 mars 1943

Bien chers Parents, 

Je suis bien content d'avoir eu du papier à lettres ce matin pour pouvoir vous donner de mes nouvelles qui sont toujours pour le mieux. Je m'habitue peu à peu à une vie de prisonnier. Si ce n'était l'insuffisance de nourriture et le manque de tabac, on arriverait peut-être à s'y faire à la longue.  J'ai reçu une lettre du 3 Février de Papa et 2 de maman du 15 Février et du 15 Mars, avec plaisir de vous savoir toujours en bonne santé. Mais je suis peiné de voir que vous vous faites du mauvais sang à mon égard. Il n'est point besoin de vous en faire pour moi, on n'est pas si malheureux que vous le supposez ici, on est bien couché. C'est déjà une bonne chose. Là il aurait fait froid autrement et je n'ai pas à me plaindre des gardiens, qui sont corrects envers nous. Ce matin, je suis bien heureux, car à partir d'aujourd'hui on peut m'envoyer des colis. Je ne sais toujours pas jusqu'à quel poids ni rien, mais la Croix Rouge vous l'a peut-être expliqué. Envoyez moi un peu de savon ainsi qu'un peigne et surtout à manger si vous trouvez quelque chose de nourrissant avec, tel que beurre ou fromage car on manque surtout de matière grasse. Crêpes, biscuit ou même du pain. Je ne crois pas avoir le droit à mon tabac. Mettez-moi un peu quand même, on verra bien. Je vous le dirai car j'aurai sans doute le droit de vous écrire toutes les semaines maintenant. Maman pourrait peut-être me faire une autre paire de chaussons car ceux-ci commencent à s'user. C'est embêtant de ne pas avoir de nouvelles de Yfic non plus ni de sa femme. Quand vous en aurez, ça sera peut-être pour vous annoncer que vous êtres grand-père et grande mère. Moi ça ne me déplairait pas que l'on m'appelle "tonton" un jour aussi, vous ne pouvez pas vous imaginer combien j'ai le loisir de penser à vous tous ici. J'ignorais l'affectueux sentiment dont était doué le coeur d'un homme vis-à-vis de ses proches mais seul tout le temps, on a que ça à faire du matin au soir. Revoir en pensée les êtres qui nous sont chers en attendant d'être parmi eux un jour. Je termine en vous embrassant de loin. 

Votre fils Albert. 

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Fais à la Prison de Rennes le 27 Mars 1943

Chers Parents, 

Depuis bientôt trois semaines, je n'ai pas eu de vos nouvelles, mais je pense que la santé est bonne. Quand à moi, ça va aussi, surtout maintenant que je puis vous écrire. Je vous sais plus heureux. J'espère au moins que vous avez reçu ma lettre de samedi dernier vous annonçant que j'ai le droit de recevoir des colis. Avec quelle joie il sera reçu ce premier paquet. Double joie, d'abord la joie d'avoir quelque chose de vous, et ensuite, de pouvoir se mettre un peu plus sous la dent (illisible)... Si malgré ces temps de restriction, vous pouvez trouver encore de quoi m'envoyer tant soit peu, toutefois sans vous priver, je crois que de votre vie, il y a le temps pour m'écrire, ce n'est pas un reproche que je vous fais, loin de moi, parce que je sais ce que c'est, loin de moi, (illisible) mais seul, ici on s'ennuie, à défaut de nouveau, c'est qu'il ne doit rien avoir de sensationnel à raconter de Guimiliau... (illisible). J'ajoute que vous m'envoyez un peigne et du savon, et à maman de bien vouloir me préparer une paire de chausson. Car dans la cellule ici, je les use beaucoup ne mettant mes sabots que pour le quart d'heure de promenade dans la cour. En attendant de vous lire je finis cette missive en vous embrassant bien affectueusement tous les deux et en pensant à mon frère Yves et à Marie-Louise (je crois que c'est ça le prénom de sa femme). Bien le bonjour à toute la famille par ailleurs, et dites leurs que je ne les oublie pas. 

Donc sur ceux je vous quitte. Votre fils Albert.

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Fais à la Prison de Rennes, le 3 Avril 1943 

Mes Chers Parents

Aujourd'hui je suis transporté d'allégresse, tous les bonheurs m'arrivent à la fois. Je viens de recevoir la lettre de Papa avec le message de mon frère et de ma belle-soeur. Jugez comme je suis heureux à présent de vous savoir tranquillisé sur leur sort. J'ai reçu la lettre de Maman aussi mardi datée du 18 mars (j'espère que vous recevrez la mienne toutes les semaines également) avec ça jeudi matin j'ai eu le plaisir de recevoir votre premier colis; comment (illisible) et le lard qu'est-ce qu'il est bon (illisible) poisson d'avril, c'était bien réussi. Et hier au soir, quand j'ai vu le gardien rentrer dans ma cellule avec un paquet, je n'en croyais pas mes yeux, quand je l'ai vu déballonner tout ça devant moi je me demandais si je ne rêvais pas. Aussi quand le soldat fut sorti, j'en pleurai de joie. Je me demandais par quoi commencer. Enfin j'ai mangé le pain avec du lard et des oeufs et bien entamé la crêpe avec le beurre (illisible) qui est toujours délicieux. Pour finir, une bonne pipe de tabac frais la dessus, rien de tel pour vous remonter un bonhomme. Aussi je vois qu'il est possible d'être heureux même en prison; quand on est choyé par les siens, comme je suis, et surtout d'avoir reçu des nouvelles d'Yfic; je n'ai plus d'inquiétude de ce côté là. J'ai assez de savon et de mouchoir comme ça, merci pour les chaussons et le peigne aussi car l'autre n'a plus que 3 dents. J'ai le droit de recevoir tout ce que je veux ici donc s'il est possible, et sans vous priver, profitez-en de m'envoyer car après on ne sait jamais si on pourra recevoir quelque chose, au premier mettez-moi une boîte d'allumette et un carnet de feuille et à chaque fois des journaux récents, car je ne sais absolument rien du dehors ici. J'ai droit au pinard aussi, mais ça je n'ai pas besoin, d'ailleurs j'ai une chopine le jeudi et le dimanche de la cantine en payant. J'ai même un quart de café tous les matins et une tranche de pâté et de la confiture le dimanche avec l'argent que j'ai en dépôt ici, la prochaine fois je vous retracerai mon emploi du temps quotidien en prison. Je comprends combien vous avez dû être malheureux avec tout ça depuis six mois, mais j'espère que le plus dur soit passé pour moi. J'ai le bon moral et je pense qu'il en est de même avec vous. Je termine ma lettre en vous embrassant de tout coeur. Votre fils Albert (dites-moi si vous recevez mes lettres). 

***     

Fais à la Prison de Rennes, le 10 Avril 1943

Bien chers Parents

Encore huit jours de passés depuis que je vous ai écrit. La santé est toujours bonne, et j'espère qu'il en est de même avec vous, depuis lundi on m'a mis avec d'autres camarades, dans une plus grande cellule. Je m'ennuie moins à présent après avoir passé 65 jours tout seul, c'est drôle de pouvoir causer avec quelqu'un, avec ça j'avais juste fini mes colis, mais mes copains venaient d'en recevoir et en ont eu encore depuis, donc j'ai pu manger à ma faim à peu près depuis le (illisible) de ce mois, je regrette de ne pas vous avoir dit plus tôt de m'envoyer des pommes de terre cuites dans les colis, comme ça vous auriez pu m'envoyer davantage, il est vrai que le transport aussi doit être assez cher, mais quelques livres de patates en plus par semaine feraient du bien. J'espère recevoir quelque chose de vous sous peu. J'aurai le plaisir de pouvoir partager avec mes collègues de cellule à mon tour. Autrement, voici ce qu'on a ici: à peine un quart de jus avec la cantine et la ration de pain de la journée (350 grammes environ) qui est avalée tout de suite naturellement, après on a 1/4 d'heure de promenade dans une petite cour. Entre 9 heure et 10 heure la soupe, deux louches (d'un quart environ) de bouillon et de légumes. Carottes (illisible) avec des rutas et des navets. Après ça (illisible)... en supplément le soir, à 4 heures repas du soir, une louchée de bouillon ainsi qu'une louchée de patates, haricots ou pois cassés, sauf le dimanche où c'est nouille et un morceau de viande, donc vous voyez que quand il n'y avait rien à ajouter à ces plats cétait maigre. Heureusement qu'on peut recevoir des colis maintenant,  ça relève drôlement. En attendant de vous lire et de recevoir quelque chose de votre part, je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-soeur. Albert. 

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Fais à la prison de Rennes, le 24 avril 1943

Mes Chers Parents

Je n'ai plus le droit de vous écrire que tous second samedi, donc vous devez sans doute attendre cette lettre depuis un moment. La santé est toujours bonne. J'ai eu un abcès à une dent au début de la semaine mais c'est guéri à présent. J'ai eu deux lettres de maman du 5 et du 12 avril, heureux de savoir que vous allez bien. J'ai également reçu un colis il y a 15 jours et un autre dimanche matin. Je devais écrire avec Jo Ropars mais depuis une huitaine on ne peut plus se voir, ils ne nous envoient plus ensemble à la promenade. J'espère que vous êtes en bonne santé mais que vous devez attendre impatiemment la fin de la guerre. Yfic et Marie-Louise doivent aussi avoir hâte à la victoire. Tout va bien pour le moment nous avions appris hier que Orel est pris par les Russes et que Palerme en Sicile par les Alliés (nouvelle de la radio). Si les anglo-saxons mettent un peu du leur les Allemands auront chaud cette année, n'importe comment. Je ne crois pas qu'ils passeront un autre hiver en Russie. Nous avons l'espoir d'être bientôt délivrés, à côté de nous il y a un gars de St Eutrope qui est condamné à mort depuis le mois d'avril. Mais il paraît qu'ils ne fusillent plus. Pourvu que ça soit vrai car autrement, si on est jugé, je ne me fais pas d'illusions. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mes 2 blessures où j'ai échappé à la mort. J'ai confiance d'échapper encore cette fois-ci. Sur une autre lettre, je vous ai demandé de m'expédier mes souliers bas et 100 ou 200 F car on dépense une moyenne de 100 F par mois pour la cantine. On a du café, du vin et de la charcuterie le dimanche. Comment que les crêpes sont appréciées par les copains et par moi-même. C'est à savoir lequel qui reçoit les meilleures choses, sitôt qu'un paquet nous arrive on le met sur la table et c'est moi qui est désigné pour faire les distributions entre nous six à mesure de nos besoins. Depuis le 1er avril, je peu dire que j'ai mangé à ma faim, on a tous repris un peu de graisses. J'aurais bien voulu pouvoir écrire à ses beaux parents à Yfic, vous n'avez qu'à leur souhaiter le bonjour de ma part, ainsi qu'à toute la famille et surtout aux cousins André, Henri, Thérèse et Célestin. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-sœur.

Albert.

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Fais à la prison de Rennes le 6 juin 1943,

Chers Papa et Maman

J'espère que cette lettre vous parviendra sans tarder. J'ai eu une occasion pour vous écrire sans passer par la censure. Je ne sais pas si vous avez reçu mes lettres (bi mensuelles). Car depuis le 5 mai je n'ai pas eu de vos nouvelles. Les copains n'en reçoivent pas non plus. Je pense qu'elles doivent être jetées au panier. Ma santé est toujours excellente. Je souhaite qu'il en est de même avec vous. Nous attendons toujours le jugement. Certains disent qu'il aura lieu à Paris et d'autres parlent qu'il aura lieu dans peu de temps à Rennes. Enfin, rien ne presse pour ce qu'on a à en tirer, de l'instruction. J'ai demandé à l'inspecteur allemand quelle serait ma peine. Il m'a dit que je pouvais espérer mais que la loi est dure. On cause aussi de nous envoyer dans un camp de travaux en Allemagne. Mais je prends ça pour un calmant qu'on donne à un malade sur le point de calancher. Quand j'ai fait mon boulot, je savais à chaque fois à quoi je m'exposais, et maintenant j'attends stoïque qu'on décide de mon sort. Les premiers camarades arrêtés ont été cravaché sur tout le corps, leurs fesses étaient rendu comme du pâté de foie par la police française au service de l'ennemi (c'est joli ça). Par ça ils ont dû avouer. Ce qui m'a fait arrêter, ainsi que beaucoup d'autres. Mais il y a des mouchards aussi dans la bande. Raoul D. de Landerneau qui doit être en liberté maintenant et René R.* de St Marc le frère à Gabi. De mauvais communistes quoi mais ils payeront tôt ou tard, ainsi que les policiers collaborateurs et vichyssois. Nous sommes ici 45 de Brest avec les 5 femmes, donc certains ont déjà été jugés par les Français, mais qui doivent encore l'être par un tribunal Allemand. La moitié d'entre nous risquons le grand paquet. Le pire, c'est qu'il y a beaucoup de mariés et de pères de famille. Pour moi, si ça m'arrive j'aurai seulement le grand désespoir de vous quitter ainsi que mon frère et sa femme. Mais rien ne m'inquiète à votre sujet, votre santé est bonne et rien ne vous manque par ailleurs. Donc s'il faut se résigner un jour ça sera avec calme et fierté que je marcherai. J'ai fait mon devoir de Français et de communiste. Je suis allé en Espagne parce que là-bas se jouait le sort de la France et que l'Espagne Républicaine vaincue, c'était la guerre pour notre Pays. A présent le capitalisme est en train de creuser sa propre tombe, malheureusement qu'avant de disparaître il peut encore faire beaucoup de mal. Je viens d'apprendre que 3 jeunes classes vont partir pour l'Allemagne sur ordre de Pétain-Laval. Une fois là-bas, ils seront déguisés en mannequins du 3ème Reich et envoyez sur le Front pour combattre leurs camarades Russes contre leur propre liberté. La bête agonise mais elle a du mal à crever. J'aurais bien voulu pouvoir assister à sa fin. Si je n'y suis pas, vous pourrez dire que votre fils a maintes fois risqué sa vie pour le triomphe de son idéal et pour la victoire de notre juste cause. La défense de la République française que nous voulons voir prospérer dans une union des Républiques mondiale. Peut-être que les Alliés arriveront à temps mais ils n'ont pas l'air de se presser, quoi qu'il advienne ils ne perdent pas pour attendre, car les peuples anglo-américains ont aussi compris que leur salut est aux côtés de leurs camarades bocheviques, qu'il faut qu'ils luttent, pour écraser à jamais le fascisme fauteur de guerre et de misère.

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage » (Karl Marx*)

Si Henri ou André plus tard ont l'intention d'apprendre le métier de maçon, Papa peut leur donner quelques-uns de nos outils pour commencer. Le bonjour à Thérèse aussi. J'espère que Baptiste va mieux à présent. S'il venait à manquer, ce serait triste pour mon filleul et sa petite sœur. Je me demande aussi ce qu'a pu devenir (illisible), sa femme et Riri là-bas en Tunisie pendant l'occupation, Célestin va probablement partir pour l'Allemagne. Dites lui de ma part qu'il fasse le mieux possible, car tout ce qu'il fera, c'est (illisible : contre lui?). Dites à Grand-mère et à toute la famille que j'ai bien pensé à eux pendant ma détention.

On a tous un moral extraordinaire ici. Je pense que de votre côté vous êtes bien courageux et le (prouverez?) bientôt car les temps sont durs mais il y aura des jours meilleurs bientôt. Si j'arrive à vous manquer, pas de prières ni surtout de service religieux, cette race là a déjà fait assez de mal à l'humanité. Lui donner un jour de plus, c'est un crime. Dans votre prochain colis, mettez des feuilles et des allumettes. J'aurais bien voulu goûter encore du (Churchill ?). Si vous voulez bien m'envoyer un peu dans un bock marqué (vinaigre) dessus. Sitôt reçu écrivez-moi en mettant (?). Reçu nouvelle du cousin René. Je vous embrasse.

Votre fils Albert Merci bien à vous

* Les noms figuraient dans la lettre mais nous ne voulions pas les reproduire.

** En réalité Jaurès.

 

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Fais à la Prison de Rennes le 12 juillet 1943

Bien chers Parents

Il m'arrive d'avoir une occasion de vous écrire clandestinement donc je profite pour vous dire que je suis en bonne santé avec un moral épatant (suite illisible). J'ai reçu votre colis avec grand plaisir. Ne mettez pas de pain dedans car nous en avons largement, on en refuse même souvent. On est à 11 ensemble dans la même cellule et nous recevons une douzaine de colis par semaine. Hier matin j'ai reçu mon complet avec des chaussons et du beurre, et je vous ai retourné mon autre paletot et pantalon. Vous voudriez bien m'envoyer mes paires de souliers bas et une paire de chaussettes dans votre prochain paquet. Je n'ai pas eu le temps de réaliser hier matin. Sans ça je me serais dessaisi d'autres choses encore. Je continue à recevoir du tabac par la Croix-Rouge mais je ne sais pas d'où il vient. Je vois Jo Ropars tous les jours. Il est gros et gras signe qu'il se porte bien et que comme moi il ne s'en fait pas. Moi je n'ai jamais été aussi gros (illisible) J'ai presque un double menton comme un curé de campagne. Enfin les Alliés ont débarqué en Sicile. J'espère qu'ils arriveront bientôt à bout des (macaronis) et qu'ils débarqueront sans tarder ailleurs pour nous délivrer. Ma confiance augmente de jour en jour, car on n'est pas encore jugé et je commence à croire qu'on ne le sera jamais. Donc je crois que j'aurai bientôt le bonheur de vous voir, malgré que je ne suis pas trop sûr de moi tant que je serai entre leurs mains. La prison est archi-pleine, il y a des généraux, un (colonel?), un commissaire de police, un comte, un baron. Et aussi 3 ou 4 curés, il y a 8 Morlaisiens à côté pour vol d'huile d'aviation. On a appris aussi qu'il y a 2 trains de permissionnaires qui sont rentrés en collision près de Rennes. Il y aurait un millier de victimes. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin, en espérant le faire bientôt de près si la chance me sourit, car la fin de la guerre est proche. Le bonjour à tous.

Votre fils Albert.

 

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Fais à la Prison de Rennes le 25 juillet 1943

Bien chers Parents

J'espère que vous recevez ces quelques mots que je vous envoie par des voies détournées. J'ai reçu votre colis hier encore, mais des lettres, je n'en ai pas eu depuis longtemps, les copains non plus d'ailleurs. Nous sommes à 11 ensemble et on ne s'ennuie pas, on a également assez à manger grâce aux colis que nous recevons. Inutile de nous envoyer du pain. La semaine dernière, on a eu 2 kilos de pêche. Je suis avec Ernest Mazé et son fils du Forestou en St Marc. Le Roux dont la femme est institutrice à Bolazec. Jean Nedellec. Charles Cadiou et Théo Drogou, ouvriers de l'arsenal. Charles Bénard de la rue Louis Pasteur qui nous amuse avec ses équilibres, des fois on s'instruit avec Albert Abalain du Pont-de-Buis qui a son Bac et René Claireaux de Brest qui n'est pas trop seul, malgré qu'il a raté trois fois son bachot. Avec toute cette équipe, on ne sent pas le temps passer car on a aussi des journaux et des revues, on a fait des jeux de cartes et de dominos. André et Henri seraient jaloux de nous. S'ils nous voyaient avec nos jeux de gosse, je pense que Thérèse et Célestin doivent s'amuser quand même aux pardons. Dimanche, j'ai pensé à celui de Guimiliau. Je pense bien le voir l'année prochaine. Je termine en vous embrassant bien fort avec l'espoir de vous voir un jour prochain.

Albert qui pense à vous.

 

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Fais à la Prison de Rennes le 28 juillet 1943

Chers Parents,

Je pars avec les copains pour une destination inconnue. Je vous embrasse bien fort.

 

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Fais à la Prison de Fresnes le 17 Août 1943

Bien chers Parents

Quelques mots pour vous dire que je suis en bonne santé et je pense que vous soyez de même ainsi que Yfic et ma belle-sœur et les parents. Vous pouvez m'envoyer un colis de 5 kilos toutes les quinzaines avec du tabac et un peu de savon. L'adresser à la Croix-Rouge Française – 16 boulevard Raspail pour Albert Rannou 3ème division prison de Fresnes, Seine-et-Oise. Le jugement est commencé depuis ce matin. Il y en a pour un moment. Je finis ma lettre en vous embrassant bien fort. Votre fils Albert qui pense à vous.

P.S. Vous pouvez m'envoyer des journaux aussi. Ecrivez-moi à la prison de Fresnes, section allemande. Seine-et-Oise.

 

***

Fais à la Prison de Fresnes le 23 Août 1943

Bien Chers Parents

Je crois pouvoir vous écrire tous les mois ici. Pour le moment tout va bien et j'espère qu'il en est de même avec vous. Ne vous inquiétez pas pour ma santé car sur quatre que nous sommes dans la cellule il y a un docteur. J'ai eu la visite de tante Célestine jeudi qui m'a causé une grande joie. Elle m'a donné un paquet de tabac, des gâteaux et du raisin. J'ai reçu votre colis le lendemain, on peut en recevoir un par quinzaine. Tachez de m'avoir du tabac si cela est toujours possible. On est pas trop mal nourri donc ne vous privez pas de trop pour moi. J'aurai besoin d'une chemise, une serviette et quelques mouchoirs. Je termine en vous embrassant. Le bonjour à tous.

Votre fils Albert qui ne vous oublie pas.

 

 

 

Albert Rannou: Lettres de prison d'un résistant communiste brestois né à Guimiliau fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien

Fais à la Prison de Fresnes le Mardi 31 août 1943

Biens chers Oncle et tante

Je suis en bonne santé et j'espère que ma lettre vous trouvera de même. J'ai été condamné à mort samedi matin et j'attends le dénouement de l'affaire avec calme. Mon avocat espère que je serai gracié, ce que je crois aussi tout en restant dans le doute. Je saurai le résultat définitif dans une quinzaine. Je pense avoir la visite de Maman cette semaine si au moins elle veut venir à Paris. Je suis dans la même cellule que Jo Ropars à présent ainsi que d'autres Brestois. Donc Tante Célestine , tu voudras bien mettre Papa et Maman au courant de ce qui est et que dans ce moment pénible je pense beaucoup à eux ainsi qu'à mon cher frère et belle-sœur et aussi à grand-mère et toute la famille. En attendant de te revoir je t'embrasse ainsi que tonton Henri et mon jeune cousin espérant que vous aurez bientôt de ses nouvelles.

Votre neveu.

Albert Rannou

 

***

Fais à la Prison de Fresnes le 17 septembre 1943

Cher Papa et chère Maman

Il est 11 heures moins le quart, on vient de nous prévenir qu'on va être fusillés à 16 heures. Je vais donc donner ma vie à la France, pour ma patrie que j'ai toujours aimée et pour laquelle j'ai combattu. Je meurs content car mon sacrifice (j'en ai la certitude) n'aura pas été vain. J'ai lutté durant ma courte existence pour le bonheur des travailleurs et pour que la paix règne en ce monde.

(censuré)

Mes chers parents, vous savez que je vous ai toujours aimés et que vous me le rendez bien ainsi qu'Yfic. Ça me fait une peine immense de vous quitter à jamais. Je ne sais comment vous exprimer toute ma gratitude pour ce que vous avez fait pour moi. Vous m'avez choyé depuis mon enfance jusqu'à ma dernière heure. Si quelquefois je vous ai fait de la peine, vous m'avez pardonné. Je n'oublie pas non plus ma belle-sœur. Grand-mère et toute la famille auxquels vous voudrez bien envoyer mes amitiés dernières. Je pense à vous tous en ce moment qui est plus pénible pour vous que pour moi. Je viens de voir l’aumônier, j'ai refusé la communion. Donc aucun service religieux à mon intention. Mes amitiés aussi à tous les voisins et camarades, qu'ils sachent que j'ai fait mon devoir de Français et de communiste.

Papa, Maman, ma dernière pensée sera pour vous et pour mon frère. Je vous embrasse tous dans un même élan.

Soyez courageux.

Adieu tous.

Votre fils Albert.

Vive la France, Vive le parti communiste

Paix- Liberté- Justice

 

***

A remettre à Madame Berard. Fresnes le 17 Septembre 1943

Chers oncle et tante

Je pars… d'où l'on ne revient pas. Dans 4 heures, je vous aurai tous quittés. Embrassez tous mes parents pour moi, et votre fils Henri quand vous aurez le bonheur de le trouver.

Recevez les derniers baisers de votre neveu

Albert Rannou

      

Dernières lettres d'Albert Rannou  - 17 septembre 1943

Dernières lettres d'Albert Rannou - 17 septembre 1943

Albert Rannou: Lettres de prison d'un résistant communiste brestois né à Guimiliau fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien
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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:28
Dernière lettre de Paul Monot, résistant brestois fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 avec Albert Rannou et 17 autres résistants brestois dont André Berger et Henri Moreau

Lettre copiée après qu'elle ait été transmise par Jacques Guivarch et Annie sa femme, de Pleyber-Christ. Lettre accompagnant celles beaucoup plus nombreuses, d'Albert Rannou, tué avec Paul Monot.

 

Paul Monot était  né le 1er juin 1921 à Brest,  il a été fusillé à 22 ans, il était ouvrier à l'arsenal de Brest, membre du Parti communiste français (PCF) et des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) dans la région de Brest

 

(Sur le coin de la page à grand carreau du cahier d'écolier ou est écrit cette dernière lettre de Paul Monot, le marteau et la faucille).  

 

Fresnes, le 17 septembre 1943

Chers Grand-mère, oncle, tante et cousine !

Je vous envoie un mot pour vous donner une bien triste nouvelle : il est près de 11h et on vient de me prévenir que mon recours en grâce a été rejeté et que je serai fusillé cette après-midi à 16h. Mais je saurai mourir en vrai Français.

Je demande pardon à Grand-mère et à vous tous car je n'ai pas toujours été chic et je ne savais pas ce que je faisais. Mais depuis le temps que je suis ramassé j'ai eu le temps de réfléchir à tout cela et de me mordre les doigts bien des fois.

N'oubliez pas surtout les policiers français et il faut qu'ils payent ce qu'ils ont fait, car je les déteste bien plus que l'occupant et ceux-là oui sont les vrais traîtres à la patrie.

Pour moi, je suis (difficile à lire), je pars et c'est la loi, je trouve cela régulier. Il y en a qui meurent dans leur lit, d'autres au champ d'honneur, moi je meurs au poteau. Qu'est-ce que vous voulez, c'est la destinée, je ne suis pas jaloux de ceux qui restent et comme il y a déjà des monceaux de cadavres avant moi, j'espère que je serai dans les derniers à payer de la vie la joie de voir enfin la victoire qui approche à grand pas.

L'unité communiste réalisée pour un monde sans guerre. Car n'oubliez jamais que vous n'aurez cela qu'avec un régime où tous les prolétaires seront unis.

Dernière lettre de Paul Monot, résistant brestois fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 avec Albert Rannou et 17 autres résistants brestois dont André Berger et Henri Moreau
Dernière lettre à sa famille de Paul Monot- résistant communiste brestois de l'Arsenal condamné à mort et exécuté au Mont Valérien le 17 septembre 1943

Dernière lettre à sa famille de Paul Monot- résistant communiste brestois de l'Arsenal condamné à mort et exécuté au Mont Valérien le 17 septembre 1943

Suite de la dernière lettre de Paul Monot

Suite de la dernière lettre de Paul Monot

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:28
Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, dirigeant de la résistance communiste brestoise, ouvrier et syndicaliste à l'Arsenal, fusillé le 1er juin 1943,

 

Avertissement: Une photocopie de mauvaise qualité de cette lettre manuscrite se trouvait dans la liasse confiée par Jacques Guivarch de Pleyber-Christ à Alain David et Ismaël Dupont, appartenant d'abord à son père, Jean Guivarch, patron d'une marbrerie funéraire à St Martin des Champs, militant communiste de la section de Morlaix, ancien résistant.

***

Lettre de Jules Lesven, fusillé à Champagné (dans la Sarthe) le 1er juin 1943

Ma chère Monique bien aimée,

Dans quelques heures, je vais être fusillé. Ma dernière pensée va vers toi ma chère Monique car demain toutes ces responsabilités vont peser sur tes épaules, la lourde charge d'assurer le pain pour nos trois petits chéris. Le moment est (illisible) mais je sais que tu es courageuse et que tu ne manqueras pas d'assumer la tâche qui t'incombe en ces heures tragiques et qui vont me séparer de tous ceux qui me sont les plus chers. Du fond de ma noire cellule où j'écris ces derniers mots, je pense à tous ceux que je ne reverrai plus et que j'aimerais saluer, embrasser de tout mon cœur une dernière fois. Je meurs en patriote pour que vive la France, pour avoir la tête haute, pour la libération de mon pays.

Je vais devant le peloton d'exécution la tête froide conscient d'avoir rempli mon devoir de Français.

Je suis resté fidèle à mon passé et à la classe ouvrière et à notre grand parti Communiste auquel j'appartiens qui mène une lutte vigoureuse pour unir toutes les forces vives du pays pour sa libération.

J'adresse aussi à mes camarades de travail mon dernier salut ainsi qu'à tous mes Amis. Je termine cette dernière lettre en te disant Adieu ma chère Monique, Adieu mon cher fils Gilbert, Adieu ma chère fille Mathilde, Adieu mon petit Pierrot.

 

VIVE LA FRANCE

 

***

 

Qui était Jules LESVEN?
 
(un très bon article biographique sur le site du lycée technologique et professionnel brestois, réalisé avec le concours de l'ANACR)
 
Jules LESVEN est né le 25 avril 1904 à Saint-Thégonnec. Orphelin à 4 ans, il est élevé par une tante. En 1929, il épouse Monique Kerrien, née à Plouescat en 1908, couturière. Le couple aura 4 enfants, dont 3 d'entre eux, toujours vivants, résident à Brest ou dans les alentours.
 
Forgeron, Jules Lesven a travaillé à Plouescat, Landivisiau, Plounévez-Lochrist chez un réparateur de machines agricoles. Dès 1929, il est forgeron à l'arsenal de Brest.
Militant syndical - membre du Conseil d'Administration de la CGT (Confédération Générale du Travail) à l'arsenal - et militant politique - il adhère au Parti Communiste en 1935 - il doit faire face à une situation délicate en 1939 lorque le gouvernement Daladier interdit le Parti Communiste. Il participe à sa restructuration clandestine à l'arsenal.
Au sein de son syndicat, il s'oppose aux dirigeants réformistes de la CGT qui sont devenus majoritaires et qui lui demandent de renier son Parti et de condamner la politique de l'Union Soviétique.
Il est alors déchu de son mandat syndical mais s'oppose à cette mesure de déchéance qu'il juge arbitraire, tout comme les ouvriers de l'arsenal.
En novembre 1939, il est coopté au "triangle" de direction de l'organisation communiste clandestine brestoise. Ce triangle est composé de Jeanne Goasguen-Cariou, Eugène Kerbaul et Jules Lesven.
Ce triangle est une unité d'organisation du Parti communiste ; ce mode d'organisation sera ensuite utilisé au sein de la Résistance pour protéger ses membres. Chaque adhérent se situe à une des extrémités d'un triangle et ne connait que les deux autres camarades des deux autres sommets du triangle, ce qui permet d'assurer une certaine sécurité du réseau.
 
En 1940, lors du départ des Anglais, Jules Lesven, avec quelques camarades, récupèrent des armes et des munitions. Le groupe organise des sabotages, dès janvier 1941, sur les chantiers et à l'arsenal. Fin juin 1941, un triangle militaire est mis en place et comprendre Jules LESVEN, Pierre CORRE et Lucien KEROUANTON. Le Triangle militaire a pour but de coordonner l'action des groupes O.S. (Organisation Spéciale de Protection des membres du P.C. distributeurs de tracts et écrivains ruraux et des militants et de leurs familles) de la région brestoise.
Fin 1941, les réserves d'eau distillée destinées à alimenter les batteries des sous-marins allemands sont sabotées à l'arsenal de Brest.
 
Le 27 mars 1942, des sous-stations électriques de l'arsenal sont sabotées.
Fin avril - mai 1942, les groupes O.S. disparaissent : ils sont versés dans les formations de combat mises en place par "Le Front National de lutte pour la libération et l'Indépendance de la France" : ce sont les F.T.P.F (Francs-Tireurs et Partisans Français) pour lesquels compte avant tout l'action directe (propagande, lutte armée, sabotages).
Jules LESVEN devient responsable départemental des "F.T.P." puis interrégional de Bretagne.
 
"Grillés", recherchés par la police française et par les Allemands, les responsables brestois quittent la région de Brest.
Mais les actions continuent : sabotage à la gare de tirage du Mans (09.01.1943) et de la voie ferrée Le Mans - Rennes (26.01.1943), attentats à la bombe à l'arsenal de Brest.

Jules LESVEN, recherché, a quitté l'arsenal de Brest.
Devenu responsable politique de la SARTHE, il est arreté par des policiers français le 7 mars 1943 (jour du 1er anniversaire de son fils Pierre) au domicile d'un chef de train.
Livré au Allemands, torturé, jugé et condamné à mort, il sera fusillé au camp d'AUVOUR (à 15 km du Mans - Commune de CHAMPAGNE), le 1er juin 1943.
Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943 (deuxième page)

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943 (deuxième page)

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 19:47
Jorge Semprun

Jorge Semprun

Jorge Semprun: une personnalité d'exception et un grand écrivain dans le tumulte du XXe siècle

" Mémorialistes et chroniqueurs n'ont pas coutume d'entremêler tendresses, confidences et débâcles du corps à l'évocation de leurs hauts faits. Les romanciers, eux, c'est leur travail, depuis Fabrice à Waterloo. Semprun croise les rubriques et donne une dimension romanesque à l'évènement réel. Il privatise l'Histoire tout en historicisant sa vie. La mémoire, on le sait, est un drôle de réfrigérateur: elle fait fondre les grandes lignes et conserve les détails au frais... Avec sa mosaïque en pointillé, Semprun annexe l'histoire à la mémoire".

Quelques lignes très justes de Regis Debray en avant-propos d'Exercices de survie, le dernier livre, publié à titre posthume, de Jorge Semprun, énorme romancier, grand intellectuel, dont le vécu aura épousé les tragédies, les espoirs et les désillusions du siècle: la guerre d'Espagne, la Résistance, Buchenwald et l'univers concentrationnaire nazi, le Communisme et son action clandestine en Espagne, le retour à la démocratie après le franquisme en Espagne. 

Il faut lire et relire Jorge Semprun, le Marcel Proust de la mémoire douloureuse du XXe siècle et de Buchenwald, mêlant l'auto-fiction à l'exercice de remémoration et l'esthétique de l'existence à la méditation sur l'histoire. 

Un travail fascinant et obsessionnel sur les dédales de la mémoire et de l'oubli, la permanence et la beauté de l'instant, l'écriture et la vie, l'écriture ou la vie, la quasi impossibilité de traduire ce que fut l'expérience concentrationnaire, et qui fait qu'on s'arrête toujours au seuil.    

Appartenant à une grande famille madrilène, petit fils par sa mère d'un chef de gouvernement, Antonio Maura, et neveu d'un ministre républicain modéré, fils d'un gouverneur civil de province devenu diplomate pendant la guerre d'Espagne et représentant de la République Espagnole à La Haye, Jorge Semprun arrive à Paris en 1939, à quinze ans. Son père est chrétien, proche des animateurs de la revue « Esprit ». Jorge Semprun est un élève ultra-brillant, qui maîtrise déjà très bien le français.

« Je l'avais connue en 1939 (Claude-Edmonde Magny, professeur de philosophie de dix ans son aînée qu'il retrouve pendant l'occupation et après la libération des camps), à l'occasion d'un congrès d'Esprit. Avant l'été, mais après la défaite de la République espagnole. C'était à Jouy-en-Josas, si je me souviens bien. Mon père avait été correspondant général du mouvement personnaliste de Mounier en Espagne. Il assistait à ce congrès, je l'avais accompagné. J'avais quinze ans, j'étais interne à Henri IV depuis la chute de Madrid aux mains des troupes de Franco ». (L'écriture ou la vie).

Semprun obtient le deuxième prix au Concours Général de Philosophie. Il fera une grande classe préparatoire à Paris en Lettres supérieures puis intégrera la Sorbonne pour y faire des études de philosophie où il se passionne pour Heidegger, Lévinas, Saint Augustin, Marx, Lukas, Wittgenstein, mais lit surtout beaucoup de littérature (Faulkner, Malraux, Giraudoux, Sartre) et de poésie (il fera des causeries sur Rimbaud organisées par l'appareil clandestin du camp à Buchenwald, récite à haute voix des centaines de poèmes) . Il fréquente la « meilleure société » parisienne, la jeune bourgeoisie intellectuelle bohème, enchaînant les surprise-parties dans les quartiers de l'ouest parisien, mais sa maturité intellectuelle, son exigence morale et politique, le conduisent aussi à s'engager.

Il aide par exemple un résistant juif des FTP-MOI à se cacher en 1943 chez une amie organisant une fête chez elle après que celui-ci, de son pseudonyme Koba, surnom de Staline, ait tué dans sa chambre d'hôtel un officier allemand (avec la prostituée qui couchait avec lui).

Auparavant, le 11 novembre 1940, Semprun participe à la manifestation patriotique à Paris des lycéens et étudiants, véritable défi à l'occupant, organisée notamment par l'Union des Étudiants communistes et les Jeunesses communistes. Il adhère au Parti Communiste Espagnol en 1941 et côtoie une agent communiste du Komintern, autrichienne des FTP-MOI, qui le forme politiquement et parle avec lui de Heine, Bertold Brecht. Mais ses contacts avec l'organisation communiste de résistance se rompent et il s'engage finalement dans la résistance, au groupe « Jean-Marie Action », dépendant du réseau Buckmaster mis en place par les services secrets britanniques. Ce réseau dirigé par Henri Frager, un homme de droite nationaliste, opère en Bourgogne en réceptionnant les parachutages d'armes et en les répartissant en Côte-d'Or et dans l'Yonne mais en ayant consigne de ne pas livrer d'arme à la résistance communiste. Dans le cadre de ses opérations, il se force à tuer dans un bois de Semur-en-Auxois avec son compagnon de résistance Julien, un beau et romantique soldat allemand, qui descendu de sa moto pour pisser auprès de la rivière, chantait "La Paloma". Un des récits inouïs et si tristes de ces temps atroces. 

Semprun est arrêté par la Gestapo à Joigny en septembre 1943, dénoncé par un traître de la hiérarchie du groupe de résistance, et il est torturé pendant plusieurs semaines à la prison d'Auxerre. Il raconte cette expérience fondatrice de la torture dans son dernier livre, labyrinthique comme ses précédents, inachevé et posthume, « Exercices de survie », publié en 2012, alors que Semprun meurt en 2011 à l'âge de 88 ans.

Il est envoyé en déportation à Buchenwald depuis le camp de transit de Compiègne : quatre jours et trois nuits de voyage dans un wagon de marchandise cadenassé sans air et sans eau, avec cent vingt déportés à l'intérieur, expérience qu'il racontera, avec la libération du camp de Buchenwald, dans le « Grand Voyage » (1963), son premier écrit publié, son premier récit, à dimension philosophique, éthique et esthétique, sur l'expérience concentrationnaire. Il y raconte avec maestria presque les mêmes scènes, celles de sa vie, que dans « L'écriture ou la vie », que dans « L'écriture ou la vie » (1994) ou dans « Exercices de style » (2011), mais avec dans ces derniers cas des interprétations, des éclairages, des interpositions fictionnelles nouvelles.

A Buchenwald, quelques jours après la Libération du camp le 11 avril 1945, Jorge Semprun fait visiter le camp à des volontaires françaises candides de la « Mission France »:

« Les deux automobiles se sont arrêtées devant nous et il est descendu ces filles invraisemblables. C'était le 13 avril, le surlendemain de la fin des camps. Le bois de hêtres bruissait dans le souffle du printemps. Les Américains nous avaient désarmés, c'était la première chose dont ils s'étaient occupés, il faut dire. Ces quelques centaines de squelettes en armes, des Russes et des Allemands, des Espagnols et des Français, des Tchèques et des Polonais, sur les routes autour de Weimar, on aurait dit qu'ils en avaient une sainte frousse. Mais nous occupions quand même les casernes S.S., les dépôts de la division « Totenkopf » dont il fallait faire l'inventaire. Devant chacun des bâtiments il y avait un piquet de garde, sans armes. J'étais devant le bâtiment des officiers S.S. et les copains fumaient et chantaient. Nous n'avions plus d'armes, mais nous vivions encore sur la lancée de cette allégresse de l'avant-veille, quand nous marchions vers Weimar, en tiraillant sur les groupes de S.S. isolés dans le bois. J'étais devant le bâtiment des officiers S.S. et ces deux automobiles se sont arrêtées devant nous et il en est descendu ces filles invraisemblables. Elles avaient un uniforme bleu, bien coupé, avec un écusson qui disait « Mission France ». Elles avaient des cheveux, du rouge à lèvres, des bas de soie, des lèvres vivantes sous le rouge à lèvres, des visages vivants sous les cheveux, sous leurs vrais cheveux. Elles riaient, elles jacassaient, c'était une vraie partie de campagne. Les copains se sont tout à coup souvenus qu'ils étaient des hommes et ils se sont mis à tourner autour de ces filles. Elles minaudaient, elles jacassaient, elles étaient mûres pour une bonne paire de claques. Mais elles voulaient visiter le camp, ces petites, on leur avait dit que c'était horrible, absolument épouvantable. Elles voulaient connaître cette horreur. J'ai abusé de mon autorité pour laisser les copains sur place, devant le bâtiment des officiers S.S. et j'ai conduit les toutes belles vers l'entrée du camp.

La grande salle d'appel était déserte, sous le soleil du printemps, et je me suis arrêté, le cœur battant. Je ne l'avais jamais encore vue vide, il faut dire, je ne l'avais jamais vue réellement. Ce qu'on appelle voir, je ne l'avais pas encore vue vraiment. D'une des baraques, d'en face jaillissait doucement, dans le lointain, un air de musique lente joué sur un accordéon. Il y avait cet air d'accordéon, infiniment fragile, il y avait les grands arbres, au-delà des barbelés, il y avait le vent dans les hêtres, et le soleil d'avril au-dessus du vent et des hêtres. Je voyais le paysage qui avait été le décor de ma vie, deux ans durant, et je le voyais pour la première fois. Je le voyais de l'extérieur, comme si ce paysage qui avait été ma vie, jusqu'avant-hier, se trouvait de l'autre côté du miroir, à présent. Il n'y avait que cet air d'accordéon pour relier ma vie d'autrefois, ma vie de deux ans jusqu'avant-hier, à ma vie d'aujourd'hui. Cet air d'accordéon joué par un Russe dans cette baraque d'en face, car seul un Russe peut tirer d'un accordéon cette musique fragile et puissante, ce frémissement des bouleaux dans le vent et des blés sur la plaine sans fin. Cet air d'accordéon, c'était le lien à ma vie de ces deux dernières années, c'était comme un adieu à cette vie, comme un adieu à tous les copains qui étaient morts au cours de cette vie-là. Je me suis arrêté sur la grande place d'appel déserte et il y avait le vent dans les hêtres et le soleil d'avril au-dessus du vent et des hêtres. Il y avait aussi, à droite, le bâtiment trapu du crématoire. A gauche, il y avait le manège, où on exécutait les officiers, les commissaires et les communistes de l'Armée Rouge. Hier, 1é avril, j'avais visité le manège. C'était un manège comme n'importe quel manège, les officiers S.S. y venaient faire du cheval. Ces dames des officiers S.S. y venaient faire du cheval. Mais il y avait dans le bâtiment une salle de douche spéciale. On y introduisait l'officier soviétique, on lui donnait un morceau de savon et une serviette éponge, et l'officier soviétique attendait que l'eau jaillisse de la douche. Mais l'eau ne jaillissait pas. A travers une meurtrière dissimulée dans un coin, un S.S. envoyait une balle dans la tête de l'officier soviétique. Le S.S. était dans une pièce voisine, il vivait posément la tête de l'officier soviétique et il lui envoyait une balle dans la tête. On enlevait le cadavre, on ramassait le savon et la serviette éponge et on faisait couler l'eau de la douche, pour effacer les traces de sang. Quand vous aurez compris ce simulacre de la douche et du morceau de savon, vous comprendrez la mentalité S.S.

Mais ça n'a aucun intérêt de comprendre les S.S., il suffit de les exterminer.

J'étais debout sur la grande place d'appel déserte, c'était le mois d'avril, et je n'avais plus du tout envie que ces filles aux bas de soie bien tirés, aux jupes bleues bien plaqués sur des croupes appétissantes, viennent visiter mon camp... » (Le grand voyage, 1963)

Semprun finira par montrer l'empilement des cadavres sur la place derrière les baraques. On les entreposait là depuis que les fours crématoires s'étaient arrêtés de fonctionner, quelques jours avant que la majorité des bourreaux nazis ne quittent le camp devant la pression de l'avance alliée. Semprun raconte les survivants qui meurent d'avoir trop mangé avec leur organisme affaibli une fois le camp libéré par les Alliés. Il donne la main ainsi à un ancien de la guerre d'Espagne et du plateau des Glières, Morales, qui meurt "d'une dysentrie foudroyante provoquée par une nourriture redevenue trop riche" après avoir survécu à Auschwitz et à des mois de camp de concentration. 

Les fours crématoires, dont certains firent des jeux de mot douteux, par où partirent en fumée beaucoup d'amis de Semprun, dans le professeur Maurice Halbwachs, à qui Semprun avant l'instant de basculement dans la mort récita les vers de Baudelaire :

« O mort, vieux capitaine, il est temps,

levons l'ancre »

« Étrange odeur », a écrit Léon Blum.

Déporté en avriol 1943, avec Georges Mandel, Blum a vécu deux ans à Buchenwald. Mais il était enfermé en dehors de l'enceinte proprement dite du camp : au-delà de la barrière de barberés électrifiés, dans une villa du quartier des officiers S.S. Il n'en sortait jamais, personne n'y pénétrait que les soldats de garde. (…) C'est la rigueur de cette clôture qui explique son ignorance. Léon Blum ne savait même pas où il se trouvait, dans quelle région de l4allemagne il avait été déporté. Il a vécu deux ans dans une villa du quartier des casernes S.S. de Buchenwald en ignorant tout de l'existence du camp de concentration, si proche pourtant. « Le premier indice que nous en avons surpris, a t-il écrit au retour, est l'étrange odeur qui nous parvenait souvent le soir, par les fenêtres ouvertes, et qui nous obsédait la nuit tout entière quand le vent continuait à souffler dans la même direction : c'était l'odeur des fours crématoires. (…). Étrange odeur, en vérité, obsédante. »

- « Le crématoire s'est arrêté hier, leur dis-je. Plus jamais de fumée dans le paysage. Les oiseaux vont peut-être revenir !

Ils font la grimace, vaguement écœurés.

Mais ils ne peuvent pas vraiment comprendre. Ils ont saisi le sens des mots, probablement. Fumée : on sait ce que c'est, on croit savoir. Dans toutes les mémoires d'homme, il y a des cheminées qui fument. Rurales à l'occasion, domestiques, fumées des lieux-lares.

Cette fumée-ci, pourtant, ils ne savent pas. Et ils ne sauront jamais vraiment. Ni ceux-ci, ce jour-là. Ni tous les autres, depuis. Ils ne peuvent pas imaginer, quelles que soient leurs bonnes intentions.

Fumée toujours présente, en panaches, ou volutes, sur la cheminée trapue du crématoire de Buchenwald, aux abords de la baraque administrative du service du travail, l'Arbeitsstatistik, où j'avais travaillé cette dernière année.

Il me suffisait d'un peu pencher la tête, sans quitter mon poste de travail au fichier central, de regarder par l'une des fenêtres donnant sur la forêt. Le crématoire était là, massif, entouré d'une haute palissade, couronné de fumée.

Ou bien de flammes, la nuit.

Lorsque les escadrilles alliées s'avançaient vers le cœur de l'Allemagne pour des bombardements nocturnes, le commandement S.S demandait qu'on éteignît le four crématoire. Les flammes, en effet, dépassant de la cheminée, étaient un point de repère idéal pour les pilotes anglo-américains.

Krematorium, ausmachen ! Criait alors une voix brève, impatientée, dans le circuit des haut-parleurs.

« Crématoire, éteignez ! »

Nous dormions, la voix sourde de l'officier S.S. de service à la tour de contrôle nous réveillait. Ou plutôt elle faisait d'abord partie de notre sommeil, elle résonnait dans nos rêves, avant de nous réveiller. A Buchenwald, lors des courtes nuits où nos corps et nos âmes s'acharnaient à reprendre vie – obscurément, avec une espérance tenace et charnelle que démentait la raison, sitôt le jour revenu – ces deux mots, Krematorium, ausmachen ! qui éclataient longuement dans nos rêves, les remplissant d'échos, nous ramenaient aussitôt à la réalité de la mort. Nous arrachaient au rêve de la vie.

(…)

« S'en aller par la cheminée, partir en fumée » étaient des locutions habituelles dans le sabir de Buchenwald. Dans le sabir de tous les camps, les témoignages n'en manquent pas. On les employait sur tous les modes, tous les tons, y compris celui du sarcasme. Surtout, même entre nous, du moins. Les S.S et les contremaîtres civils, les Meister , les employaient toujours sur le ton de la menace ou de la prédiction funeste

Jorge Semprun, L'écriture ou la vie (1994)

Buchenwald, c'était aussi non loin des bourreaux Weimar, ses bois et ses douces collines, la maison de Goethe à deux pas de l'enfer et du mal radical, un lieu de sociabilité inouï dans les latrines où s'organisait la résistance du camp, les trafics, où l'on fumait à l'aise, un bordel et un groupe de jazz clandestin, le cinéma où les Allemands organisaient quelques projections à destination des déportés à base de films romantiques, une bibliothèque tenue par un communiste allemand sourcilleux sur le retour des livres, même après la libération du camp, où l'on trouve les livres de philosophie idéaliste allemande de Schelling et de Fichte. Ce sont les hauts-parleurs du camp d'où sort une chanson de Charles Trenet.   

« Il s'appelait donc Widerman, le jeune déporté français tellement doué, qui bouleversait ses camarades en leur chantant les succès de Charles Trenet.

Ménilmontant, mais oui, madame…

Un dimanche parmi les derniers dimanches de cet hiver-là, le dernier hiver, le plus rude hiver de toutes ces années-là, nous avons entendu la voix du jeune Français sur le circuit des haut-parleurs du camp. Sans doute, l'un des Lagerältester, des doyens de Buchenwald – poste le plus élevé dans la hiérarchie de l'administration interne des déportés – ou quelque vétéran communiste allemand, peut-être le kapo de l'Arbeit, Willi Seifert – il en était bien capable ! - avait dû convaincre l'officier SS, le Rapportführer , de laisser chanter Widerman, puisque tel était son nom.

Ce serait bon pour le moral des français, avait-il dû lui dire, d'entendre chanter dans leur langue, ça les changerait des sempiternelles chansonnettes allemandes de Zarh Leander ! Or ce qui était bon pour le moral était bon pour la productivité des déportés. (…) C'est probablement avec des arguments ou arguties de cette sorte, aussi spécieux, que le Lagerältester – peut-être Hans Eiden – avait réussi à persuader le Rapportführer de laisser Widerman chanter Ménilmontant sur le circuit des haut-parleurs. En tout cas, un dimanche, vers midi, alors que les déportés, par milliers, au garde-à-vous, se tenaient sur la place d'appel, soudain, l'un des derniers dimanches de ce terrible hiver, la voix du jeune Widerman avait éclaté : Ménilmontant, moi oui madame…

Une sorte de frémissement à peine perceptible, de halètement, de lourd sanglot de bonheur, a parcouru la foule des déportés. La plupart ne comprenaient pas la langue, certes : le sens exact des paroles leur échappait probablement. Mais c'était une chanson française : au rythme vif, entraînant, ça suffisait.

Aussi, soudain, pour ces milliers d'Européens, de toute origine – des russes, des polonais, des Tchèques, des Hongrois, des Espagnols, des Néérlandais, tous les Européens étaient là, en somme, il ne manquait que les Anglais, bien sûr, pour cause de liberté insulaire -, pour ces milliers de déportés, dans leur immense majorité combattant des maquis et des mouvements de résistance, la chanson de Trenet a soudain symbolisé la liberté : son passé de joie et de combats, son proche avenir victorieux ». (Jorge Semprun, Exercices de survie, 2012)

Plus qu'aucun autre, Semprun fait ressortir les éléments de sur-réalité ou d'irréalité d'un camp nazi. Peut-être à l'excès, comme quand il déclame des dizaines de poèmes à haute voix sur la place du camp ou à ses abords avec le lieutenant américain Rosenfeld, qui l'interroge sur le fonctionnement des S.S et l'administration du camp, car Semprun était affecté, grâce aux réseaux internationaux de la résistance communiste du camp, au bureau des entrées et sorties, ce qui lui permettait d'affecter par des inversions d'identité à des "bonnes places" des camarades prenant l'identité de prisonniers venant de mourir.

Semprun raconte aussi dans "L'écriture ou la vie" son difficile retour à la vie, à l'amour, sa volonté d'écrire et de faire oeuvre de ce vécu inouï et terrible, puis sa volonté d'oublier qui l'amènera à mettre presque quinze ans avant de commencer à raconter, la part de doute, de réinvention, de recomposition mémorielle dans la restitution de ce qui fut. 

Ses récits pleins de paradoxe, où la beauté côtoie l'horreur, et la poésie la brutalité, sont composés par des détours, des retours successifs, des sauts temporels, des cercles concentriques autour de l'événement, entre l'association d'idées, le libre jeu de la mémoire et l'art du conteur qui suggère en omettant et dissimule en disant. 

De 1945 à 1953, Semprun devient traducteur pour l'Unesco.

A partir de 1953, il coordonne les activités clandestines de résistance au régime de Franco au nom du Comité Central du Parti Communiste Espagnol en exil puis il entre au Comité Central et au bureau politique. De 1957 à 1962, il anime le travail clandestin du Parti Communiste dans l'Espagne de Franco sous le pseudonyme de Frederico Sanchez. En 1963, il publie "Le grand voyage". L'année suivante, il est écarté de la direction puis exclu du Parti Communiste par Santiago Carrillo en raison de divergences sur la ligne du parti. Il se consacre alors tout entier à son travail d'écrivain et de scénariste et en 1969, il reçoit le prix Fémina pour "La deuxième mort de Ramon Mercader" (l'assassin de Trotski), un livre d'espionnage à miroirs et à tiroirs où Semprun évoque aussi de manière détournée son rapport au communisme et son expérience de la vie clandestine. Dans "Exercices de survie", Semprun revient sur cette expérience de dirigeant clandestin du Parti Communiste espagnol avec un certain scepticisme, un jugement contrasté sur la portée effective des combats communistes et leur avenir. Son éloignement du communisme n'est pas non plus un reniement des idéaux humains, démocratiques du communisme et de la qualité de l'engagement des militants européens. Semprun restera attaché à un idéal démocratique de gauche jusqu'au terme de sa vie même s'il percevra le communisme comme un échec global et sans doute définitif. Après s'être rapproché du PSOE et de Felipe Gonzalez, il devient ministre de la culture du gouvernement espagnol de 1988 à 1991.  

 

 

     

   

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 09:07
Marcel Cachin avec Pierre Le Rose et Paul Le Gall dans le Finistère pour une fête du Parti Communiste à la Libération (archives Pierre le Rose)

Marcel Cachin avec Pierre Le Rose et Paul Le Gall dans le Finistère pour une fête du Parti Communiste à la Libération (archives Pierre le Rose)

Bretagne Ile-de-France, octobre 2016 - Jean Le Guillermic

Bretagne Ile-de-France, octobre 2016 - Jean Le Guillermic

Bretagne-Ile-de-France, novembre 2016 - Jean Le Guillermic

Bretagne-Ile-de-France, novembre 2016 - Jean Le Guillermic

Bretagne-Ile-de-France, décembre 2016 - Jean Le Guillermic

Bretagne-Ile-de-France, décembre 2016 - Jean Le Guillermic

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 05:03
L'Affiche rouge: "Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant" (numéro spécial de L'Humanité, février 2007- Jean de Leyzieu)

Le 21 février 1944, les nazis exécutaient au Mont Valérien les héros de l'Affiche rouge.  

Les avis placardés sur les murs prenaient, dans l'ombre, un ton blême. C'était l'hiver et la guerre basculait sur le front de l'Est où les nazis craquaient sous la pression de l'armée soviétique. La France, elle, assommée par les "couvre-feux" et la répression, commençait à ne plus être la même. Chaque jour plus efficace, l'armée des ombres s'installait dans ce pays occupé et préparait, de l'intérieur, ce débarquement qui, tôt ou tard, viendrait. Dans Paris, les passants regardaient, placardée sur les murs, la propagande s'exhiber. Notamment une, tristement célèbre. Trouble. Sombre à jamais. Mais symbolique pour toujours. On l'appelait "l'Affiche rouge". Et elle s'appellera toujours ainsi. Pour les générations d'après-guerre, ils furent un poème d'Aragon, puis une chanson quand Ferré y mit une musique. Pour les contemporains de la guerre, ils furent d'abord dix visages sur une affiche, fin février 1944.

Et sur cette affiche, on lisait "Des libérateurs? La libération par l'armée du crime!" Dix jeunes hommes inconnus que le propagandiste en chef s'appliquait à montrer étrangers, juifs surtout, mais aussi espagnol ou italien, arménien comme leur chef, Manouchian, poète à ses heures.

Tous communistes. Les nazis, ici, ne mentaient pas: car la résistance armée à Paris et dans la région parisienne, c'était eux et pas seulement eux. Etrangers et Français s'y côtoyaient, avec leurs camarades, et formaient un tiers des effectifs des Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d'oeuvre immigrée. Eux disparus, massacrés, les FTP-MOI étaient en partie démantelés. L'Affiche rouge n'en présente que dix, mais le "tribunal militaire allemand' jugeant pour la première fois des franc-tireurs en audience publique, les 17 et 18 février 1944, en avait condamné à mort vingt-trois. Vingt-deux furent exécutés au Mont Valérien le 21 février. A 15 heures. La vingt-troisième était une femme, la Roumaine Olga Bancic, et parce qu'elle était une femme, elle n'eut pas les "honneurs" de l'exécution avec ses camarades, indigne de mourir debout face à la mitraille des bourreaux. Envoyée à Stuttgart, de nouveau torturée, elle fut décapitée à la hache le 10 mai. Jour de son anniversaire.   

 

Olga Bancic, décapitée à 32 ans le jour de son anniversaire par les nazis à Stuttgart après avoir été traînée de prison en prison, torturée. Elle était juive, née en Bessarabie, étudiante à Paris. Ce fut elle qui amena les armes au groupe qui attaqua un autobus allemand à Clichy. Elle était mariée à Alexandre Jar, un des responsables des FTP-MOI.

Olga Bancic, décapitée à 32 ans le jour de son anniversaire par les nazis à Stuttgart après avoir été traînée de prison en prison, torturée. Elle était juive, née en Bessarabie, étudiante à Paris. Ce fut elle qui amena les armes au groupe qui attaqua un autobus allemand à Clichy. Elle était mariée à Alexandre Jar, un des responsables des FTP-MOI.

Torturés, bien sûr, ils l'avaient tous été. Plusieurs mois durant. Et sur cette Affiche rouge, c'est aussi cela que les Français lisaient dans leurs traits ravagés. La haine exprimée, on la retrouve aussi dans les propos du colonel allemand qui présidait la cour martiale. Il justifiait ainsi les condamnations: "De quels milieux ces terroristes sont issus? Dans la plupart des cas, ce sont des juifs ou des communistes qui sont à la tête de leurs organisations (...) Leur but étant l'avènement du bolchevisme international, le sort de la France et des Français ne les intéresse pas".

(...) Ces héros appartenaient aux détachements de FTP d'immigrés de la région parisienne, dont la direction avait été confiée à Manouchian par le haut commandement des Francs-Tireurs et Partisans français depuis deux ans. Or, les "prouesses" de cette armée dépassaient infiniment celles que le réquisitoire avait découvertes.

(...) Sur certains points, les Allemands disaient juste: Joseph Boczov, ingénieur chimiste et ancien volontaire des Brigades Internationales en Espagne, était bien le concepteur des techniques de déraillement ou de destruction par explosif d'éléments stratégiques qui délabraient les convois SS. Et Spartaco Fontano était bien communiste: mais ils l'étaient tous. Notamment Missak Manouchian, avant-guerre secrétaire du Comité de secours pour l'Arménie Soviétique, rédacteur en chef du journal Zangou destiné aux immigrés de son pays.

Les "juges" ignoraient que le jeune Hongrois Zangou avait aussi incendié seul et en plein jour une librairie allemande, boulevard Saint-Michel. Ils ne savaient pas non plus que Alfonso, Fontano et Marcel Rayman étaient les auteurs de l'attentat ayant pulvérisé, le 28 juillet 1943, la voiture bourrée d'officiers supérieurs du commandement du "Gross Paris".

Alors qui étaient-ils? Dans les années 30, environ 3 millions de travailleurs immigrés rejoignent la France, chassés par la misère ou par la répression raciale et politique. Il importe d'autant plus d'organiser leur défense, d'appeler à la solidarité, que des campagnes xénophobes se développent accusant les étrangers d'être responsable du chômage. A son 3e Congrès en janvier 1924, le Parti communiste appelle à "organiser politiquement et syndicalement les masses de travailleurs de langue étrangère. Politiquement, les prolétaires immigrés doivent être organisés en groupe de langue étrangère". Il sera précisé deux ans plus tard que les immigrés s'organisent essentiellement sur leurs lieux de travail, dans les entreprises, sans distinction de nationalité, tout en participant à ces groupes de langue rassemblés en une Commission centrale de main d'oeuvre étrangère (MOE) qui deviendra rapidement la célèbre MOI (Main d'oeuvre immigré). Dès le début de la guerre, ceux-ci s'engagent dans le combat, sans restriction. 132 000 se portent volontaires et des dizaines de milliers se battent dans les Ardennes, sur la Somme, sur la Loire. Parmi eux, un grand nombre ont déjà participé aux Brigades Internationales en Espagne: on les retrouvera dans les premiers groupes clandestins formés par le Parti communiste. Le sang-froid de ces hommes, exceptionnel, recouvrait une disponibilité de coeur non moins remarquable. Implacables face à l'ennemi, le récit de quelques-uns de leurs faits d'armes montre qu'ils étaient économes en vies humaines... Les rafles antisémites vont également faire affluer dans leurs rangs de jeunes communistes juifs déterminés, dont les familles ont été décimées ou le seront.

Au cours de l'année 1943, les actions des résistants se multiplient. Les polices allemandes, aidées par les services de Vichy, la milice, unissent leurs efforts pour les traquer. (...) On le sait mieux aujourd'hui, l'arrestation des FTP-MOI de la région parisienne fut le fait, notamment, des inspecteurs des renseignements généraux, fer de lance de la lutte anticommuniste. Longtemps la mémoire historique a sous-estimé le professionnalisme de cette police: en effet, à l'époque, on dénombre environ 200 membres de la brigade spéciale, expérimentés en matière de surveillance et de filatures...

Le 16 novembre, le groupe et celui qui en a pris la tête, Manouchian, sont arrêtés. Sur les 35 personnes repérées, 5 seulement pourront s'échapper. Pas Joseph Epstein, le célèbre "Colonel Gilles", chef de tous les FTP de la région. Avant d'aller au supplice le 11 avril 1944, lui aussi au mont Valérien, il est torturé pendant des mois. IL ne livre à ses bourreaux aucun nom. Pas même le sien.

Jean de Leyzieu           

 

Lire aussi dans le "Chiffon Rouge": 

Missak Manouchian, résistant mort pour la France (Guy Konopnicki, Marianne - avril 2015)

Joseph Epstein, dit colonel Gilles

Joseph Epstein, dit colonel Gilles

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 05:00
1936: la conquête des 40 heures! (institut d'histoire sociale de la CGT)... Et Fillon qui voudrait revenir 80 ans en arrière!
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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 15:43
Gotlib est parti - hommage de l'Humanité
Gotlib est parti, il nous avait appris à rire
LAURENCE MAURIAUCOURT
DIMANCHE, 4 DÉCEMBRE, 2016
HUMANITE.FR

L'auteur de BD, Marcel Gottlieb, dit Gotlib, est décédé ce dimanche à l'âge de 82 ans. Pif perd un ami.   

Né le 14 juillet 1934 à Paris (18e), enfant d'un père victime des Nazis, Gotlib n'en cultivait pas moins l'art de déclencher des éclats de rires. Il a pris la poudre d'escampette, en ce dimanche de décembre. Le père de Gai Luron et de tant d'autres personnages dont les gags parlaient à toutes les générations est entré dans le monde du travail dans les années 50, comme lettreur chez Opera Mundi-Edi Monde.

Gotlib est parti - hommage de l'Humanité

Il en gardera un talent fou pour remplir ses bulles d'onomatopées aux formes graphiques explosant tous les canons du genre. Dessiner en se jouant de la frontière des cases, c'était la marque de fabrique du créateur des Dingodossiers et de la Rubrique-à-Brac. Mais, d'abord, en 1962, il débute officiellement une carrière de dessinateur dans Vaillant, puis dans Pif Gadget jusqu'en 1971. Gai Luron, mai aussi Nanar, Jujube, Piette...

On savait Gotlib malade depuis plusieurs années. "La famille de Marcel Gotlib vient de nous apprendre le décès ce jour de Gotlib", a immédiatement réagi l'éditeur Dargaud, aux prises avec une "immense tristesse", face à la disparition ce cet « humoriste fascinant ». « Un dessinateur virtuose, un touche à tout iconoclaste et un ami cher qui parvenait à provoquer le rire à la moindre de ses pages", a ajouté l'éditeur.

Gotlib, qui a beaucoup appris de Goscinny, a marqué l'histoire de la bande dessinée française, en créant son propre journal, Fluide Glacia,l en 1975. Le premier numéro est paru un 1er avril. De quoi nourrir l'esprit de dérision de millions de lecteurs, et ça, ça n'est pas une blague ! 

http://www.humanite.fr/gotlib-est-parti-il-nous-avait-appris-rire-627704

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 20:55
Photo de Maurice Thorez et Ambroise Croizat sortant de l'hôtel Matignon en 1946

Photo de Maurice Thorez et Ambroise Croizat sortant de l'hôtel Matignon en 1946

La sécurité sociale, les retraites par répartition, les nationalisations, le statut des fonctionnaires, la reconstruction du pays dans un effort d'égalité et de justice sociale... C'était le gouvernement de la Libération, celui de De Gaulle, mais dans un contexte d'écrasement politique de la droite et de la grande bourgeoisie, trop compromises dans la collaboration, avec un Parti Communiste à 30% des suffrages et des ministres communistes d'extraction ouvrière et de courage qui ont remodelé le visage de la France et ont été à l'origine de la République Sociale, cette même république sociale que les Pompidou, Giscard, Mitterrand après 83,  Chirac, Sarkozy, Hollande, n'ont cessé de grignoter ou de pilonner à force de vénérer le veau d'or de la finance et de prendre leurs conseils, non chez les travailleurs, mais chez les technocrates aux ordres de la bourgeoisie. 

Aujourd'hui, c'est Fillon qui veut donner le coup de grâce à ce visage humaniste, social, égalitaire de notre démocratie en supprimant la Sécurité Sociale, développant les retraites par capitalisation, revenant sur la durée légale du travail, en privatisant à tour de bras et vidant les services publics de leur substance. Si vous voulez d'une société à l'américaine, ou revenir au XIX e siècle, votez pour cette droite de la revanche sociale et de la morgue des riches, ou faites tout pour lui laisser le champ libre! On s'en rapproche à grand pas, et certains ne pensent qu'à leurs petits intérêts de boutique ou d'égos!

Libération : quand les ministres communistes changeaient la vie
MICHEL ÉTIÉVENT, ÉCRIVAIN
VENDREDI, 23 NOVEMBRE, 2012
L'HUMANITÉ

1944-1946 : pour la première fois, les communistes participent au pouvoir. Pendant cette période, riche 
de changements politiques profonds, les cinq ministres communistes vont provoquer une véritable cassure dans la manière d’envisager une nouvelle politique au service de l’humain.

Le 31 août 1944, alors que les troupes alliées se battent encore sur le sol français, le général de Gaulle forme le premier gouvernement provisoire. Il compte deux communistes : François Billoux et Charles Tillon. Le 13 novembre 1945, le deuxième gouvernement du général de Gaulle est caractérisé par l’entrée de cinq ministres communistes : Maurice Thorez, Ambroise Croizat, François Billoux, Marcel Paul et Charles Tillon. Les ministres communistes vont devenir acteurs de l’invention sociale, provoquant une véritable cassure dans la manière d’envisager une nouvelle politique au service de l’humain.

Toutes les conditions sont réunies en 1945 pour une rupture : un programme inspiré du Conseil national de la Résistance sous-tendu par la volonté de mettre l’homme au centre de tous les choix ; un rapport de forces pour l’appliquer – 29,9 % des voix au PCF, 5 millions d’adhérents à la CGT ; une classe ouvrière grandie par sa lutte héroïque dans la Résistance ; un patronat déconsidéré par sa collaboration. S’y ajoutent des hommes issus du mouvement ouvrier et capables d’incarner ce mouvement. Des conditions repérables au fil des grands moments de notre histoire sociale et qui fondent tout changement majeur.

Dès la mise en place du deuxième gouvernement de De Gaulle, en novembre 1945, l’objectif est de mettre en application, dans un pays ruiné, les dispositions du programme du CNR. Son préambule résonne aujourd’hui d’une actualité brûlante : « Nous réclamons l’instauration d’une véritable démocratie sociale, impliquant l’éviction des féodalités financières de la direction de l’économie et le retour à la nation des moyens de production, de l’énergie, des richesses du sous-sol… » Empruntons, pour ce faire, le sillage de deux ministres à l’œuvre, sans doute deux des grands innovateurs sociaux du siècle : Ambroise Croizat et Marcel Paul.

Le soir même de sa nomination au ministère du Travail, Croizat, fils de manœuvre, secrétaire de la fédération CGT des métaux, donne le sens de son combat. Ses premiers mots sont pour le peuple : « Ministre du Travail, j’entends demeurer fidèle à mon origine, à mes attaches ouvrières, et mettre mon expérience syndicale au service de la nation. » Son discours signe la force du changement : « Nous mettrons l’homme à l’abri du besoin. Nous en finirons enfin avec les angoisses du lendemain ! » Il lance parallèlement un appel au peuple mobilisé, à l’irruption d’une dynamique sociale nécessaire au changement : « Il n’y a pas de politique efficace sans l’accompagnement d’un peuple vigilant. Rien ne pourra se faire sans vous. Le changement n’est pas qu’une affaire de lois. Il réclame votre participation dans la rue, la cité, l’entreprise. Il demande vos mains ! »

Cet appel s’accompagne d’une forte présence sur le terrain, qui rompt avec la politique clanique et électoraliste de la IIIe République. François Billoux le rappelle dans son livre, Quand nous étions ministres : « L’essentiel du temps de nos ministres se passait en réunions directes au cœur des entreprises, dans les hôpitaux, les municipalités. Il s’agissait de vraies discussions, où les gens apportaient leurs propositions, leurs solutions. » Les premiers pas d’une démocratie participative qui aboutit à la création de 138 caisses de Sécurité sociale gérées par les travailleurs.

Même exigence au ministère de la Production industrielle, où Marcel Paul, le jour de son investiture, s’adresse ainsi aux hauts fonctionnaires : « On ne vous paie pas pour que vous m’indiquiez les articles du Code m’interdisant de réformer, mais pour y trouver ceux qui vont me le permettre ! » Et les électriciens et gaziers, devenus par le biais de la nationalisation, selon les mots de Paul, « acteurs, citoyens, gérants de leur entreprise », redonneront à la France l’énergie qui lui manquait. « À développement économique à la hauteur des ambitions de la nation, il faut un statut social à la hauteur des besoins des hommes. » Cette phrase de Paul, étonnante de modernité, traverse la politique mise en place sous l’inspiration du CNR.

L’objectif est clair : allier l’essor économique au progrès social. D’où le statut des électriciens et gaziers du 22 juin 1946, celui des mineurs, ou, avec Croizat, l’institution d’une vraie « protection sociale » qui offre les moyens d’espérer des lendemains sereins. Là est l’innovation première de la pratique des ministres communistes à la Libération. Il faut y ajouter la capacité à mener de pair deux politiques : l’une faite de grandes idées transformatrices de la société à long terme (l’instauration de la Sécurité sociale, par exemple) ; l’autre, d’une politique de satisfaction immédiate des besoins des gens : doublement du montant des allocations familiales, institution de la retraite, lois sur les heures supplémentaires, augmentation des salaires, création de la fonction publique… Un corpus de lois sociales impressionnant donne au peuple français la dignité de son identité sociale…

(*) Auteur d’Ambroise Croizat ou l’invention sociale, 
suivi de Lettres de prisons 1939-1941.

La Sécurité sociale « Outre le fait qu’elle ouvre le droit à la santé pour tous, la Sécurité sociale a pour objectif de relever la France de ses ruines. Elle offre au salarié une tranquillité sociale qui lui permettra de reconstruire le pays à l’aune de ses besoins. » Ainsi s’exprime Ambroise Croizat, inaugurant le nouveau système de Sécurité sociale en 1945. « Nous bâtirons un plan de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence au cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail avec gestion des intéressés et de l’État. » Croizat reprend l’article 21 de la Déclaration des droits de l’homme 
de 1793 qui établissait le droit au travail et à la santé. Cent trente-huit caisses sont édifiées en moins de huit mois sous sa maîtrise d’œuvre par un peuple anonyme après le travail ou sur le temps des congés. Quatre principes charpentent l’institution. L’Unicité : tous les « risques sociaux » sont regroupés dans une seule caisse en proximité des assurés ; la Solidarité : pilier de l’édifice qui est financé par les richesses créées dans l’entreprise ; l’Universalité ; la Démocratie.

 

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 20:27
Che Guevara et Fidel Castro: deux frères de combat (José Fort, L'Humanité - 1er décembre 2017)
Che et Fidel : deux frères de combat
JOSÉ FORT
JEUDI, 1 DÉCEMBRE, 2016 - L'Humanité
Le billet de José Fort. J’entends tellement d’âneries en ce moment sur les relations entre Fidel Castro et Che Guevara que je me permets de publier à nouveau un de mes articles.

« J’ai toujours été fier de mon fils et je sais qu’il restera dans les mémoires comme un homme droit, courageux, défendant de nobles causes, des valeurs de justice et de liberté. Un vrai révolutionnaire. » Ainsi me parlait M. Guevara Lynch, le père de Ernesto Rafael Guevara de la Serna dit le « Che ».  Au quinzième étage de l’Hôtel Habana Libre dans la capitale cubaine, nous avions pris l’habitude de prendre le café. Enfin, moi le café et lui le maté , l’infusion stimulante et diurétique traditionnelle argentine lors de nos « matinales » où nous échangions nos opinions sur un film, un bouquin, l’actualité internationale, l’orage de la veille et … la vie du « Che ». Aujourd’hui disparu, M. Guevara Lynch dont je conserve le souvenir d’un homme chaleureux m’a permis de découvrir la vie de son fils qui restera une figure emblématique du XX eme siècle.

Ernesto Rafael Guevara de La Serna, né le jeudi 14 juin 1928 à Rosario, aurait pu vivre bourgeoisement dans son pays, l’Argentine. Fils de l’architecte Ernesto Guevara Lynch, de descendance espagnole et irlandaise, et de Celia de la Serna de la Llosa, fille de famille fortunée, le future Che, déjà asthmatique, a d’abord vécu dans les quartiers huppés  de Buenos Aires puis dans la région de Cordoba, avant de s’installer à nouveau dans la capitale argentine. En 1947, il commence ses études et montre peu d’intérêt pour la politique, alors que ses parents affichent leur hostilité au régime péroniste. C’est une jeune communiste argentine, Berta Gilda Infante, connue sous le nom de Tita, qui lui propose ses premières lectures marxistes.

"Les conditions dans lesquelles j’avais voyagé m’avaient fait entrer en contact avec la misère, la faim et la maladie"

Premier voyage au Chili, au Pérou, en Colombie en octobre 1950. A 23 ans, Il repart à la fin 1951 sillonner l’Amérique latine sur une Norton 500 cm3 baptisée « La Vigoureuse » avec son ami Alberto Granado qui vient de mourir à La Havane. La moto les lâche en cours de route et ils trouvent des petits boulots pour financer le voyage : marchands ambulants, dockers, plongeurs dans des restaurants et même entraîneurs de football. Ernesto rentre à Buenos Aires terminer ses études et devient médecin. Il reprend la route à la découverte du continent : Bolivie, Pérou, Equateur, Panama, Costa Rica, Honduras, Nicaragua, Salvador, pour finalement arriver au Guatemala. Il découvre la triste réalité du continent, la pauvreté, la surexploitation, la violence, l’arrogante colonisation nord-américaine. Plus tard, il déclara : «  les conditions dans lesquelles j’avais voyagé m’avaient fait entrer en contact avec la misère, la faim  et la maladie. J’ai eu sous les yeux la dégradation provoquée par la sous-alimentation et la répression. » Plus tard au Mexique, il rencontre Fidel Castro et décide de s’engager totalement dans le mouvement révolutionnaire aux côtés des rebelles cubains, qui lui donnent le surnom « El Che », che étant une interjection  dans le langage parlé argentin (comme hé) dont Guevara usait souvent. « Je passais toute la nuit à parler avec Fidel », écrira Che, poursuivant : « A l’aube, j’étais le médecin de sa future expédition. Il est vrai que, depuis la dernière expérience vécue au cours de mes voyages à travers l’Amérique latine, et finalement au Guatemala, il ne fallait pas beaucoup pour m’inciter à entrer dans n’importe quelle révolution contre un tyran. Fidel m’a impressionné. Je fus gagné par son optimisme. Il fallait passer à l’action, combattre et concrétiser. »

Che sera de tous les coups : le débarquement à Cuba du « Granma » en 1956, la guérilla dans la Sierra Maestra, la bataille de Santa Clara, la victoire de la révolution cubaine, l’entrée dans La Havane en janvier 1959. Un mois plus tard, pour service rendu à la patrie, Ernesto Guevara est déclaré citoyen cubain. Alors commence le deuxième chapitre de l’histoire.

Ernesto Guevara était médecin et révolutionnaire, pas économiste

Guevara n’était pas un spécialiste de l’économie. Il effectue pourtant ses premiers déplacements à l’étranger pour traiter de ces questions puis occupe successivement les postes de président de la Banque nationale de Cuba et de ministre de l’Industrie. Etait-il le mieux placé pour occuper de telles fonctions ? À l’époque les candidats ne se pressaient pas au portillon. Quoi qu’il en en soit, l’attitude des gouvernants étatsuniens allait radicaliser la révolution. C’est ainsi que le Che notait qu’à « chaque coup de l’impérialisme US nous devions riposter. Chaque fois que les Yankees prenaient une mesure contre Cuba, nous devions immédiatement prendre une contre-mesure, et la révolution se radicalisait ainsi progressivement. » La construction du socialisme «  ce drame étrange et passionnant », selon le Che, était à l’ordre du jour pour la première fois en Amérique latine. Entre 1963 et 1965, Guevara effectue de nombreux voyages dans le tiers-monde, en Chine et en URSS. Il critique « la bureaucratie du socialisme réel », affirmant que «la recherche marxiste avance sur une route dangereuse. Au dogmatisme intransigeant de l’époque de Staline a succédé un  pragmatisme inconsistant ». En février 1965, lors d’un discours prononcé à Alger, il critique les pays dits socialistes « complices dans une certaine mesure de l’exploitation impérialiste. » La goutte qui fait déborder le vase de la colère des dirigeants soviétiques contre celui qui déclare : «  Il faut fuir comme la peste la pensée mécanique. Le marxisme est un processus d’évolution. Le sectarisme à l’intérieur du marxisme crée un malaise, un refus de l’expérience. Le Che accepte aussi de reconnaître ses propres erreurs : l’excès de volontarisme, une politique souvent désastreuse en matière agricole, l’industrialisation à marche forcée ne prenant pas en compte les contraintes nationales et internationales fournissant une production de médiocre qualité à un prix élevé. Ernesto Guevara était médecin et révolutionnaire, pas économiste. Il en tirera les leçons. Une, particulièrement : il est impossible de construire le socialisme dans un seul pays,  qui plus est dans une petite île dépourvue de matières premières et d’énergie et obligée de se soumettre aux lois du marché. La seule solution, selon lui, est dans l’extension de la révolution, permettant des échanges économiques justes, équitables et empêchant toute mainmise étrangère sur le pays et sur sa politique nationale et internationale. Le prélude à son célèbre mot d’ordre : « il faut créer un, deux, trois, plusieurs Vietnam », alors que ce pays d’Asie mène un terrible combat pour son indépendance contre la première puissance économique et militaire mondiale. Pour le Che, « nous ne pouvons rester indifférents devant ce qui se passe dans le monde. Une victoire ans n’importe quel pays contre l’impérialisme est notre victoire. Une défaite de n’importe quelle nation est notre défaite ».

Le Che est toujours disponible. Il sillonne le pays, participe à la coupe de la canne à sucre, anime des débats là où on ne l’attend pas. On le voit dans les rues de la capitale jouer échecs. Pour lui, il s’agit d’un « jeu science » et s’inscrit fréquemment dans les tournois de classification. Il affirme que « le jeu d’échecs est un passe-temps, mais aussi un éducateur de raisonnement, et les pays qui ont des grandes équipe de joueurs d’échecs sont à la tête du monde dans d’autres domaines ».

Où est passé Guevara ?

Le Che quitte les allées du pouvoir et Cuba en 1965. Le monde s’interroge : où est passé Guevara ? L’ancien ministre a repris son treillis vert olive – et des costumes-cravate pour franchir clandestinement les frontières – avec pour objectif l’élargissement du front anti-impérialiste, avec le total accord et soutien de Fidel Castro. Entre ces deux hommes aux qualités complémentaires, contrairement à une légende, l’entente était totale. Pour le père du Che « ils se partageaient les taches ».

Ernesto Guevara part pour le Congo  « venger » Patrice Lumumba assassiné et soutenir le mouvement révolutionnaire dans sa lutte contre Moïse Tschombé. La guérilla composée de Cubains et de Congolais s’enlise au fil des mois. Au manque de moyens et des dissensions entre les différents groupes rebelles congolais s’ajoutent les pressions venues de Moscou et de Pékin. Le Che devra constater que « nous ne pouvons pas libérer tout seul un pays qui ne veut pas se battre » et quittera l’Afrique, voyagera clandestinement, avant de lancer une guérilla en Bolivie. Son dernier combat à forte valeur symbolique et stratégique.

"C’est la dernière fois que je vois le soleil se coucher"

Symbolique ? La Bolivie, dirigée à l’époque par le dictateur Barrientos, porte le nom de Simon Bolivar, leader des guerres d’indépendance contre la domination espagnole.
Stratégique ? La Bolivie se trouve au cœur du continent et dispose de frontières avec le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, le Chili et le Pérou. Après plusieurs mois, la guérilla s’enfonce dans l’échec. Pour plusieurs raisons : le manque d’un soutien populaire, une armée bolivienne bénéficiant d’une aide massive des Etats-Unis, la mobilisation de la CIA sur le terrain, le mauvais choix du lieu d’installation de la guérilla, l’absence de relais avec les villes, le rejet par les organisations syndicales et progressistes et l’hostilité des communistes boliviens inspirés par Moscou.

En ce début du mois d’octobre 1967, la plupart des compagnons du Che sont morts ou en fuite. Guevara tente d’échapper à la traque. En vain. Cerné, il est fait prisonnier au matin du 8 octobre à quelques kilomètres de La Higuera, une petite ville situé dans la précordillère andine. Blessé, il est installé sous bonne garde dans une classe d’une petite école. Les responsables de la CIA et les hommes du dictateur Barrientos consultent  La Paz et Washington. Et c’est au colonel Zentana que revient l’ordre de tuer Guevara. Le Che aura le temps d’écrire : «  c’est la dernière fois que je vois le soleil se coucher ». » Neuf ans plus tard, le colonel Zentana sera abattu dans une rue de Paris.

 

Au panthéon des mythes

Quarante cinq ans après sa mort, Ernesto Guevara est porté au panthéon des mythes de notre temps. Pourquoi les nouvelles générations choisissent-elles de porter  des tee-shirts à son effigie ? Pourquoi le Che apparaît si moderne et provoque tant d’admiration ? A chacun son Che. Mais n’est-ce pas les qualités de rebelle, de courage, de droiture, d’éthique qui emportent l’adhésion des jeunes du monde entier à ce personnage qui a préféré aux honneurs  la lutte anti-impérialiste au socialisme sclérosé, l’action internationaliste aux sirènes des apparats et des passe-droits, la simplicité et l’engagement total ?

José Fort est un internationaliste passionné du monde, journaliste, ancien chef du service monde de l’Humanité.
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