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6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 07:06
Le souffle de Martha Desrumaux sur LCP le 8 mars à 20h30 (Télérama)- Journée internationale de lutte pour les droits des femmes
Le souffle de Martha Desrumaux sur LCP le 8 mars à 20h30 (Télérama)- Journée internationale de lutte pour les droits des femmes

Le 8 mars a 20h30 sur LCP, "Le Souffle de Martha", donc voici une critique très positive dans Télérama. Enfin la reconnaissance publique pour cette grande dame et militante communiste qu'était Martha Desrumaux.

 
🔴🔴🔴 DOCUMENTAIRE
Lundi 8 mars 2021 à 20 heures 30 sur LCP
La vie militante de l’ouvrière Martha Desrumaux
Un film de François Perlier
Martha Desrumaux est une enfant du Nord à la destinée romanesque. « Petite bonne », puis ouvrière à neuf ans, elle deviendra, à force de révolte et d'engagement, une pionnière dans les combats pour les droits sociaux dans l’entre-deux guerres. Personnage féminin emblématique du Front Populaire, Jean Renoir la met en scène dans le film La « vie est à nous » en 1936.
Instigatrice de la lutte des mineurs contre l'occupant nazi, elle est déportée en 1942 et participe à la résistance au sein même du camp de Ravensbrück.
Dès 1945, elle est désignée pour être l'une des premières femmes députées de l'Histoire de France, avant de tomber dans un relatif oubli.
...
 

Martha la solidarité populaire au cœur

Martha naquit à Comines (59) en 1897. À 9 ans, elle doit travailler comme bonne à tout faire, son père ayant été écrasé par la pompe à eau des pompiers. Parmi les domestiques règne la précarité, la misère et la peur... Aucune solidarité ! Très vite, elle décide de devenir ouvrière ; le monde ouvrier construit à cette époque des solidarités de classes face à un patronat qui se croit roi absolu. À 13 ans, elle adhère à la CGT, puis aux jeunesses socialistes d’avant 14.

Évacuée à Lyon, elle y vit la fin de la guerre et participe à la solidarité envers les populations de la Volga, victimes de la famine après la guerre 14/18 et la guerre civile.

Engagée dans le PC et la CGTU, elle va animer les luttes ouvrières de l'entre-deux-guerres et particulièrement la grève des dix sous à Halluin de septembre 1928 à avril 1929. Elle parvient à convaincre les mamans à accepter de laisser leurs enfants rejoindre pendant plusieurs mois des familles d'accueil ; les enfants échappent ainsi à la misère liée au refus de toute négociation.

En 1936, Martha est une des figures de proue du mouvement ouvrier et du Front populaire. Dès septembre, elle organise dans les Hauts-de-France et en Champagne, la solidarité avec la République espagnole menacée par le coup d'État de l'extrême droite franquiste... Solidarités multiformes : impulsion des Brigades internationales en choisissant les jeunes susceptibles de partir en Espagne se battre aux côtés de l'armée républicaine, collecte de couvertures, de chaussures, de produits alimentaires et envoi d'ambulances pour aider les Républicains , accueil dans des familles du Nord Pas -de- Calais de plus de 500 enfants espagnols victimes du conflit. Notre ami Gilbert Avril, futur dirigeant du SPF du Nord, se souviendra de l'arrivée de ces enfants dans le bassin minier. Martha est présente à de nombreux meetings organisés par le SPF naissant pour favoriser la solidarité envers l'Espagne. Enceinte, Martha se rendra à plusieurs reprises en Espagne et deviendra l'amie de la Passionaria dirigeante du Frente popular espagnol.

Durant l'Occupation, le SPF aide des familles de mineurs déportés après la grande grève de mai/juin 1941. Plusieurs dirigeants du SPF seront arrêtés et déportés comme l'instituteur Résistant Willy Dubois.

Arrêtée le 26 août 1941, Martha est déportée au camp de Ravensbrück. Ici encore, elle y organise la solidarité. En décembre 1943 elle aide Charlotte Rosenberg et ses trois très jeunes enfants à survivre dans cet enfer. Aujourd’hui encore, Lili Rosenberg Leignel témoigne auprès de la jeunesse de cette solidarité qui lui a permis de survivre. Rescapée de Ravensbrück, redevenue responsable de la CGT, Martha organise avec le SPF la solidarité pour les enfants des mineurs grévistes de 1948 (aide alimentaire, aide vestimentaire, accueil des enfants dans la région parisienne, aide juridique pour les mineurs jugés pour fait de grève). En 1965, elle est présente lors de l'inauguration du premier local du SPF à Lille Wazemmes. Nous la retrouvons à Toulon dans les années 70 entre autres auprès du SPF piloté dont la cheville ouvrière sera Jo Séguy. Grande figure du mouvement ouvrier et de la solidarité, Martha est au centre de la campagne "Ouvrir le monde ouvrier au Panthéon, Martha Desrumaux, pour une ouvrière au Panthéon, campagne à laquelle participe, notre ami, symbole de la Résistance, Julien Lauprêtre.

Laurence Dubois
Présidente des Ami.e.s de Martha Desrumaux
Janvier 2019

 

Martha Desrumaux: syndicaliste et communiste résistante et déportée. Pour que la classe ouvrière rentre au Panthéon!

Une conférence passionnante de l'historien Pierre Outteryck sur Martha Desrumaux, grande dirigeante cégétiste et communiste, actrice de premier ordre de la solidarité avec l'Espagne républicaine, ouvrière, féministe, résistante, déportée - Mardi de l'éducation populaire, Morlaix, 5 février 2019

Vidéo - 5 février 2019: Pierre Outteryck raconte Martha Desrumaux, ouvrière, cégétiste, communiste, résistante, déportée aux Mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix

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6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 07:00
Aux origines du 8 mars - publication de l'Institut d'histoire sociale CGT du Finistère
Aux origines du 8 mars - publication de l'Institut d'histoire sociale CGT du Finistère

Un écrit de L'Institut d'Histoire Sociale de la CGT - Section du Finistère- sur les origines du 8 mars : Journée internationale de lutte pour les droits des femmes

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6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 06:59
Née à Brest en 1826, morte en 1921 dans un hospice d’Ivry-sur-Seine, Nathalie Lemel a vécu à Quimper entre 1849 et 1861, où elle a tenu une librairie et un atelier de reliure rue Kéréon et rue Saint-François. (DR)  - Le Télégramme, 5 mars 2021

Née à Brest en 1826, morte en 1921 dans un hospice d’Ivry-sur-Seine, Nathalie Lemel a vécu à Quimper entre 1849 et 1861, où elle a tenu une librairie et un atelier de reliure rue Kéréon et rue Saint-François. (DR) - Le Télégramme, 5 mars 2021

Le Télégramme, 5 mars 2021

La Quimpéroise Nathalie Lemel, féministe de la première heure

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, et du 150e anniversaire de la Commune de Paris de 1871, le PCF organise un hommage à Nathalie Lemel, qui vécut à Quimper de 1849 à 1861. Retour sur l’histoire de cette communarde, féministe de la première heure.

À Quimper, Nathalie Lemel a le droit à une petite allée à son nom, dans la zone de Cuzon, même si elle n’est pas passée à la postérité, contrairement à son amie Louise Michel. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes et de la commémoration des 150 ans de la Commune de Paris dont elle fut une image marquante, le PCF a choisi de mettre à l’honneur cette pionnière bretonne des luttes sociales et féministes. « Les combats émancipateurs de Nathalie Lemel sont d’une grande modernité », note la conseillère municipale communiste Yvonne Rainero.

Ils fuient la misère à Quimper pour Paris

Fille de bistrotiers républicains brestois, la demoiselle Duval épouse, à 18 ans, un collègue relieur, Adolphe Lemel. En 1849, la famille quitte Brest pour s’installer à Quimper et ouvre un atelier de reliure et une librairie, rue Kéréon, puis rue Saint-François. Le couple aura trois enfants. « Fuyant la misère, ils déménagent en 1861 pour Paris, où l’Empereur Napoléon III règne dix ans après son coup d’État », écrit Serge Rogers dans un article du Télégramme. « Alors que son mari est au chômage et sombre dans l’alcoolisme, Nathalie Lemel, qui travaille en tant qu’ouvrière relieuse, s’engage dans les luttes sociales. Opposée à la politique du Second Empire, elle se fait rapidement remarquer par son exaltation et son combat pour le droit des femmes et la parité des salaires hommes/femmes », explique l’historien Jacques Arnol lors d’une conférence. En 1865, Nathalie Lemel adhère avec ses camarades à la première Internationale ouvrière. « Elle est même élue déléguée syndicale, ce qui, à l’époque, pour une femme, est une première », note l’historien.

« Des combats d’une grande modernité »

En 1868, elle quitte le domicile conjugal. « Le 11 avril 1871, Nathalie Lemel met en place l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins à donner aux blessés et, avec une centaine de citoyennes, elle nourrit, soigne et dirige la construction et la défense de la barricade de la place Pigalle », poursuit Serge Rogers. Elle est arrêtée le 21 juin 1871 alors que la révolte s’est terminée dans un bain de sang.

« Dès leur séjour quimpérois, Nathalie Lemel a manifesté une personnalité anticonformiste. Cela pourrait lui venir de sa mère, Catherine Hardy, qui semblait avoir, elle aussi, une forte personnalité. Restée veuve, celle-ci se remarie avec un second maître au port marchand de Brest, à près de 65 ans. Et son mari en a 47. Pour une femme, à l’époque, se remarier à 65 ans était très rare. Et encore plus rarissime de se remarier avec un homme de 18 ans son cadet ! C’était faire preuve d’une rare indépendance d’esprit. La première féministe de la famille était vraisemblablement la mère de Nathalie Lemel », estime l’historien Serge Duigou. Et de rappeler que, lors de son procès, en 1872, un gendarme témoigne que Nathalie Lemel était « exaltée, avec des allures d’indépendance qui n’étaient pas goûtées à Quimper », ce qui la faisait passer pour une femme de mœurs légères. « Il faut dire que les voisins immédiats du couple, rue Kéréon, étaient de prospères commerçants soucieux de respectabilité et de paix sociale », indique-t-il.

À l’âge de 46 ans, elle est condamnée à la déportation à vie en Nouvelle-Calédonie. Amnistiée en 1879, Nathalie Lemel regagne la métropole, où elle travaille au journal « L’Intransigeant » en tant que plieuse, tout en continuant de défendre ses convictions. Elle décède à l’âge de 94 ans, dans la plus extrême pauvreté. En 2016, elle est réhabilitée par l’Assemblée nationale avec l’ensemble des victimes de la répression de la Commune de Paris.

Pratique

Le PCF appelle à un rassemblement, ce samedi 6 mars, en hommage à Nathalie Lemel, à 14 h 30, place Saint-Corentin.

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6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 06:53
Il y a 150 ans naissait Rosa Luxemburg, figure spartakiste - par Nicolas Offenstadt, L'Humanité, 5 mars 2021
l y a 150 ans naissait Rosa Luxemburg, figure spartakiste
Vendredi 5 Mars 2021, L'Humanité

Le 5 mars 1871 à Zamosc, alors en Pologne russe, dans la petite bourgeoisie juive, naissait la militante qui allait fonder avec Karl Liebknecht et Clara Zetkin le Parti communiste allemand. La biographie de référence de Gilbert Badia est rééditée à l'occasion des 150 ans de sa naissance. Retour sur la vie et la postérité de « Rosa la Rouge ».

 

« Née polonaise, Rosa Luxemburg est un grand écrivain allemand », note l’historien et germaniste Gilbert Badia en ouverture de son imposante thèse (1975) sur la figure fondatrice du communisme allemand, publiée aux Éditions sociales. Il ajoute : « C’est sans doute aussi le plus remarquable polémiste que l’Allemagne ait connu dans les vingt premières années de ce siècle. » Avec ces quelques mots choisis, Badia suggère déjà toute la richesse et la complexité de la figure de Rosa Luxemburg, née il y a cent cinquante ans, le 5 mars 1871 à Zamosc, alors en Pologne russe, dans la petite bourgeoisie juive.

Rosa Luxemburg se bat contre ce ralliement à l’union sacrée

Militante de la social-démocratie allemande, elle s’affirme comme une grande figure de son aile gauche, se dressant avec vigueur et intransigeance contre le militarisme et ses pratiques, défendant toujours une perspective révolutionnaire. Le vote des crédits de guerre par la social-démocratie, le 4 août 1914, est un événement central dans l’histoire de la gauche allemande. Avec Karl Liebknecht et quelques autres, Rosa Luxemburg se bat contre ce ralliement à l’union sacrée, cette « trahison », et contre l’immense conflit destructeur.

Icon QuoteC’est alors une révolution économique et c’est par là qu’elle devient une révolution socialiste. 

Rosa Luxemburg (fin décembre 1919)

Ces minoritaires, les spartakistes, finissent par sortir de la social-démocratie majoritaire et contribuent à la fondation du Parti communiste allemand. Ils entendent que la révolution allemande de novembre 1918 ne s’en tienne pas au changement de structures politiques, mais bouleverse les fondements même de l’ordre social, en s’appuyant sur et déployant derrière la Révolution russe les conseils d’ouvriers et de soldats. « C’est alors une révolution économique et c’est par là qu’elle devient une révolution socialiste », écrit Rosa Luxemburg fin décembre 1919. En janvier, une insurrection, dont les spartakistes sont un des moteurs, échoue devant la répression. Rosa Luxemburg en périt, assassinée, avec Karl Liebknecht, par des militairescontre-révolutionnaires.

Le germaniste est l’auteur d’une ample production autour de Luxemburg

Le lecteur français qui veut se plonger dans cette histoire ne dispose guère de travaux récents. Les œuvres de Gilbert Badia restent ainsi précieuses. Militant communiste, résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, le germaniste est l’auteur d’une ample production autour de Luxemburg et des spartakistes. Il a non seulement écrit des études toujours utiles, mais aussi traduit et publié de nombreux textes, trop peu disponibles. Pour cet anniversaire, les Éditions Otium rééditent son Spartakisme (lire encadré ci-dessous).

Dans sa Rosa Luxemburg, Badia analyse, avec bienveillance, tour à tour la militante, la journaliste, la polémiste, l’oratrice, l’écrivaine et l’épistolière, dont il souligne la diversité des registres, au-delà des enjeux politiques. Il s’interroge sur des aspects plus personnels et intimes, avec le regard de son époque et de son milieu : « Quand elle arrive à Berlin, elle a non seulement la fraîcheur de la jeunesse, la vivacité de l’intelligence, mais l’éclat de son regard, sa voix, son élégance font qu’elle plaît. »

« Rosa la Rouge », une icône des mouvements étudiants et gauchistes

En ces années 1960 et 1970, Gilbert Badia est pris dans un contexte où « Rosa la Rouge » est une icône des mouvements étudiants et gauchistes. Très lié à la RDA, dont il favorise la connaissance en France, Badia bénéficie de ses ressources documentaires ; il y rencontre les témoins de l’épopée spartakiste. Il cherche à répondre, appuyé sur d’amples recherches, aux interprétations qui lui semblent erronées et qu’il combat politiquement, en particulier, celles des « gauchistes », trotskistes, luxemburgistes ou « libertaires », qui accentuant l’opposition et les divergences avec Lénine, s’appuient sur Rosa Luxemburg pour leur critique du socialisme soviétique. Il ne voit, ainsi, contrairement à un Daniel Guérin dans sa Rosa Luxemburg et la spontanéité révolutionnaire (1971), « nulle identité » entre Trotski et Rosa. Selon Gilbert Badia, il ne faut pas surévaluer la part de la « spontanéité » des masses dans les analyses de Rosa Luxemburg face à l’action du parti révolutionnaire, un point clé dans l’interprétation communiste. L’historien sait aussi se faire critique des lectures qui minimisent les apports de Rosa Luxemburg.

Figure féminine du mouvement ouvrier allemand

Badia s’est encore consacré à une autre figure féminine centrale du mouvement ouvrier allemand, proche de Luxemburg, Clara Zetkin. Il lui consacre, avec de nouvelles sources, une biographie parue en 1993 aux Éditions ouvrières – vite traduite en allemand chez Dietz –, soucieux de valoriser son engagement pour le droit des femmes et l’émancipation des travailleuses, comme il l’explique dans l’avant-propos, et de discuter aussi de son féminisme, trop peu commenté à ses yeux.

Près de Berlin, à Birkenwerder, dans le jardin de ce qui fut la maison de Zetkin, le visiteur peut encore voir une sculpture des deux héroïnes de Badia, Clara et Rosa, ensemble.

 

« Le spartakisme » réédité. Les Spartakistes, ces révolutionnaires de la Grande Guerre, ont joué un rôle crucial dans l’Allemagne nouvelle de 1918, et dans la mémoire des gauches autour de leurs martyrs Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. Et pourtant, il n’y a aucune synthèse récente en français pour saisir ce qui se joue alors. Le livre de Gilbert Badia, enrichi nombreux documents, publié en 1967, est encore indispensable.

Icon Education Le Spartakisme. Les dernières années de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, de Gilbert Badia. Éditions Otium, réédition.
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5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 07:48
Un Essai de Roger Martelli: "Commune 1871. La révolution impromptue" (entretien avec Aurélien Soucheyre, L'Humanité,

Commune 1871. La révolution impromptue

Roger Martelli

Aux éditions Arcanes 17, 107 pages, 18€

Il y a cent cinquante ans, Paris s’engageait dans une expérience inédite de gouvernement populaire, visant à réaliser concrètement les valeurs révolutionnaires et républicaines d’égalité, de liberté et de fraternité. Cette expérience de la Commune de Paris a servi de moteur symbolique pour tout le mouvement ouvrier et pour l’ensemble de la gauche politique.

Rédigé par un des co-présidents de l’association des Amies et amis de la Commune, ce livre fait le point de ce que l’on sait de cette Commune et de ce qui permet de la comprendre dans sa richesse et sa complexité. Conscient de la diversité des regards possibles sur l’événement, il suggère que la pluralité nécessaire des mémoires ne devrait plus obscurcir ce qui peut unir les héritiers actuels de la Commune de Paris. C’est à cette condition, pense-t-il, que la chanson aura raison en redisant que « la Commune n’est pas morte »

Roger Martelli est historien. il est directeur de la rédaction du magazine Regards

18.00€
Essai. La Commune républicaine et révolutionnaire
Jeudi 4 Mars 2021

L’historien Roger Martelli publie un essai dédié à la révolution de 1871, ses causes, son déroulement, ses inventions et son héritage jusqu’à nos jours.

 
Commune 1871. La révolution impromptue
Roger Martelli
Arcane 17, 107 pages, 18 euros

Roger Martelli a été élève au lycée Thiers, à Marseille. En mai 1968, il fait partie des étudiants qui le rebaptisent un temps « lycée de la Commune de Paris ». Ce n’est donc pas d’hier que l’historien s’intéresse à cette période passionnante. « Jamais sans doute événement aussi court – soixante-treize jours – n’a laissé tant de traces dans les représentations collectives », écrit-il dans son dernier ouvrage. Avec cet essai baptisé Commune 1871. La révolution impromptue, celui qui est aussi coprésident de l’association des Amies et Amis de la Commune de Paris dresse un regard à la fois scientifique et ­citoyen sur la révolution de 1871.

« Jamais sans doute événement aussi court – soixante-treize jours – n’a laissé tant de traces dans les représentations collectives. Roger Martelli

Il se livre bien sûr à un résumé précis des faits, dans toute leur complexité, permettant de comprendre toujours plus comment est née la Commune, comment elle a gouverné, ce qu’elle a réalisé, comment elle a été massacrée et pourquoi son souvenir est aussi fort au moment de commémorer son 150 e anniversaire.

D’où vient que le souffle de la Commune est toujours dans notre dos ?

En 1980, les étudiants coréens de Gwangju se constituent en commune, tout comme les mexicains d’Oaxaca en 2006 et les universitaires d’Oakland en 2011. Les Kurdes installent aussi une commune du Rojava en 2014. En France, son nom refleurit lors de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, pendant Nuit debout puis lors du mouvement des gilets jaunes. D’où vient que le souffle de la Commune est toujours dans notre dos ? Roger Martelli nous raconte qui sont les communards : en 1870, 45 % des Parisiens sont des ouvriers, pour beaucoup pauvres, et hostiles à un Napoléon III qui vient de tomber. Paris est aussi la ville des révolutions : 1789, 1830, 1848. Éreintés par le siège de l’armée prussienne, les habitants de la capitale sont scandalisés par le risque croissant de voir la III e République sombrer, après la victoire des monarchistes lors d’élections commandées par l’Empire allemand pour traiter du prix de la défaite.

« Jamais révolution n’avait plus surpris les révolutionnaires. Benoît Malon, communard

La Commune débouche sur le gouvernement le plus ouvrier de l’histoire du pays

Paris se soulève quand Thiers tente de lui prendre ses canons. « Jamais révolution n’avait plus surpris les révolutionnaires », écrit le communard Benoît Malon, tant le scénario des années 1870-1871 paraît inimaginable d’un rebondissement à l’autre. Paris est pourtant en ébullition depuis des mois, traversée par une très forte politisation et les prémices du mouvement ouvrier. À l’analyse ­sociologique de la ville, Roger Martelli ajoute la vitalité du débat démocratique, dans les quartiers, dans les clubs, la presse, entre hommes et femmes et au sein même de la garde nationale. La Commune débouche sur le gouvernement le plus ouvrier de l’histoire du pays, quand l’assemblée de Versailles est la plus aristocratique jamais connue en France…

La lutte des classes devient guerre civile

Les tentatives de médiation échouent. La lutte des classes devient guerre civile. Sur les 42 millions de francs dépensés par la Commune, 33 millions sont attribués à la délégation à la guerre. Ce qui ne l’empêche pas de procéder aussi à des « basculements sociaux et parfois même civilisationnels », note Roger Martelli, en ouvrant la porte à l’égalité hommes-femmes, à l’encadrement des salaires, à l’école gratuite et laïque… Le martyre de la Commune a achevé de la propulser dans les mémoires. D’horribles procès lui sont pourtant faits, alors que c’est elle qui a été noyée dans le sang. Mais l’essai de Roger Martelli démontre une fois de plus que « l’horizon de la Commune n’est rien d’autre que celui de la République ». Sociale et non conservatrice.

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5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 07:00
Alexandra Kollontaï et d’Inès Armand sont loin d’être les seules à avoir été partie prenante des mouvements révolutionnaires russes.

Alexandra Kollontaï et d’Inès Armand sont loin d’être les seules à avoir été partie prenante des mouvements révolutionnaires russes.

Par

L’histoire a retenu les noms de figures exceptionnelles telles que celles d’Alexandra Kollontaï ou d’Inès Armand mais elles sont loin d’être les seules à avoir été partie prenante des mouvements révolutionnaires russes.
 

Une longue histoire de l’engagement des femmes dès 1850
À partir des années 1850 un certain nombre de femmes rejoignent les rangs des populistes russes. Leurs revendications portent sur l’accès aux études universitaires mais elles seront également nombreuses à s’engager dans le milieu rural pour y mener des campagnes d’alphabétisation. C’est en 1859 que Natalia Korsini, la première étudiante russe, fait son apparition à l’université de Saint-Pétersbourg. Son militantisme la mènera également à la Commune de Paris. Par la suite, des centaines de jeunes femmes firent leurs entrées dans d’autres grandes universités. Parmi elles, certaines deviendront des membres d’organisations radicales, et/ou terroristes comme Terre et liberté (Zemlia i volia).

En 1870, les populistes russes (narodniki) mettent en place une organisation anarchiste et terroriste, Volonté du peuple (Narodnaia volia). Leur but est de faire plier le régime d’Alexandre II pour laisser place à une assemblée nationale constituante démocratique. Parmi les narodniki se recrutent des femmes issues des plus hautes classes de la société. Elles y exercent un rôle dirigeant, comme Vera Zassoulitch, connue pour avoir tiré en 1878 sur un chef de la police. Elle est ensuite devenue l’une des cadres des mencheviks.

« L’émergence du prolétariat urbain a créé une rupture avec le cadre patriarcal de la société rurale et permet une première émancipation des femmes avec l’accès à l’alphabétisation. »

Après la scission de Zemlia i volia en 1879, Vera Figner devient membre du comité exécutif de Narodnaïa volia. Vera Figner et Sofia Perovskaïa ont participé à la planification du premier attentat raté contre le tsar Alexandre II en 1880. Vera Figner fera vingt ans de prison. C’est Sofia Perovskaïa qui prendra les dispositions pour tuer le tsar Alexandre II le 1er mars 1881. Elle sera la première femme pendue en Russie pour attentat politique. Entre 1880 et 1890, sur quarante-trois révolutionnaires condamnés aux travaux forcés et à la prison à vie, on compte vingt et une femmes.
En 1890, l’industrialisation engendre un prolétariat venu des campagnes. Pour les femmes qui travaillent à l’usine, les conditions y sont insoutenables. Le salaire est en moyenne inférieur de 50 % à celui des hommes. La journée de travail varie entre 14 heures et 16 heures. Les femmes enceintes quittent le travail lors des premières contractions et doivent le reprendre dès le lendemain, sous peine d’une amende ou d’un licenciement. Les fausses couches sont nombreuses. Les mauvaises conditions d’allaitement entraînent la mort d’un tiers des nourrissons avant l’âge d’un an. L’émergence du prolétariat urbain a créé une rupture avec le cadre patriarcal de la société rurale et permet une première émancipation des femmes avec l’accès à l’alphabétisation. Ouvrières et ouvriers commencent à se mobiliser, notamment dans les usines de textile.

« Le retour généralisé du patriarcat sous Staline, marque la fin d’un processus original d’émancipation. »

En 1903, le tsar accepte la création d’une Assemblée des travailleurs de Saint-Pétersbourg, réservée aux hommes, russes et orthodoxes. Son but est de mettre les ouvriers à distance des révolutionnaires afin que son règne ne soit pas mis en danger. C’est l’association du pope Gapone. Toutefois, malgré l’interdiction faite aux femmes d’y occuper des responsabilités, Vera Karelina, bolchevik, réussit dès 1904 à se hisser au rang de dirigeante de l’assemblée. Elle est connue pour tenir tête à Gapone qui voit en elle « une femme au pouvoir spirituel capable de se tenir à la tête du prolétariat féminin ». Vera Karelina parvient, en effet, à organiser une section qui, en décembre 1904, compte près de deux mille femmes.
C’est à partir du licenciement de quatre ouvriers adhérents à l’association et travaillant pour l’usine de munitions Poutilov qu’une grève est déclenchée. Celle-ci débouchera sur la grève générale d’octobre 1905. Alexandra Kollontaï écrit : « Pendant les années révolutionnaires de 1905 et 1906, l’ouvrière était partout. […] En 1905, il n’y eut aucun endroit où on n’entendait pas la voix d’une femme qui parlait de sa vie et qui revendiquait de nouveaux droits. »

« En 1908, l’Union des femmes parvint à organiser un congrès rassemblant 1 000 déléguées, appartenant à toutes les tendances de l’opposition, de la bourgeoisie libérale, jusqu’aux bolcheviks. »

Pour la première fois, des meetings sur les droits des femmes se tiennent à Moscou, Saint-Pétersbourg, Minsk, Yalta, Saratov, Vilnius, Odessa…
Selon Kollantaï, les paysannes également se mobilisent : « Au cours des derniers mois de 1904 et tout au long de l’année 1905, il y eut de continuelles “émeutes de femmes” dans les campagnes. Pour la première fois, les paysannes laissèrent leurs maisons, leur passivité et leur ignorance derrière elles, et se précipitèrent vers les villes pour arpenter les couloirs des institutions gouvernementales […]. »
Cette montée en puissance des femmes se traduit par la création en février 1905 d’un premier mouvement féministe russe, l’Union des femmes pour l’égalité des droits. En 1908, l’Union des femmes parvient à organiser un congrès rassemblant mille déléguées appartenant à toutes les tendances de l’opposition, de la bourgeoisie libérale jusqu’aux bolcheviks.
Sur proposition de Konkordia Samoïlova et d’Inès Armand (française, adhérente au parti bolchevique) sont publiés dans la Pravda en 1912 des articles sur la question des femmes. Le journal reçoit tant de lettres qu’il ne peut toutes les publier. Cela incite Konkordia Samoïlova à demander la création d’un journal destiné aux femmes salariées.
Inès Armand propose la publication du journal Rabotnitsa (La Travailleuse) qui est adopté et lancé à l’occasion de la journée internationale des femmes de 1914.

« Les femmes ont joué un rôle décisif dans la fraternisation avec les soldats pour les inciter à tourner leurs armes vers l’ennemi commun. »

En 1914, on compte plus d’un million de travailleuses et de travailleurs en grève pour des revendications politiques. Le mouvement socialiste international s’écroule avec le déclenchement de la guerre. Les femmes représentent alors un quart de la main-d’œuvre industrielle et environ 40 % en 1917. Au début de janvier 1917, les réserves de vivres sont insuffisantes. Les organisations ouvri­è­res sont en partie démantelées, terriblement affaiblies par les départs au front et par l’arrestation de leurs cadres. Aucun tract n’est distribué pour la journée internationale des femmes du 23 février (8 mars dans le calendrier grégorien).
Seules les ouvrières du comité interarrondissement du POSDR de Saint-Pétersbourg, fort d’environ trois mille membres, distribuent au nord de la ville un tract qui décrit aux « camarades ouvrières » la situation insupportable dans laquelle les plongent le gouvernement tsariste et la guerre au profit des capitalistes. Le 22 février, le comité du parti bolchevique du quartier ouvrier de Vyborg déconseille toute grève pour le lendemain.
Le 23, en dépit de toutes les directives, les ouvrières du textile quittent le travail dans plusieurs fabriques et envoient des déléguées aux métallurgistes pour leur demander de soutenir leur grève. Contre toute attente, une grève de masse éclate. Un soviet est mis en place à Petrograd. La chute du tsarisme devient un état de fait à partir du moment où l’armée rejoint la révolution.
Les femmes ont joué un rôle décisif dans la fraternisation avec les soldats pour les inciter à tourner leurs armes contre l’ennemi commun.

Une avancée considérable des droits des femmes entre 1917 et 1930
Entre 1917 et 1920, avec l’arrivée des bolcheviks au pouvoir, les femmes russes obtiennent le droit au divorce, à l’avortement, le suffrage universel. Le code civil est réformé, avec la suppression de l’autorité du chef de famille et la possibilité pour un couple marié d’adopter le nom de l’époux ou celui de l’épouse. Les femmes obtiennent de nouveaux droits sociaux (congé maternité, pause de trente minutes pour allaiter, congés menstruels, égalité salariale et professionnelle, etc.). Les codes civil et pénal sont totalement réécrits, l’adultère comme l’homosexualité ne sont plus considérés comme des délits. Disparaît également l’interdiction faite aux homosexuels d’occuper des emplois publics. Gueorgui Tchitcherine, assumant publiquement son homosexualité, devient commissaire du peuple aux Affaires étrangères de 1918 à 1930. Concernant les personnes transgenres, notons qu’en 1926 il devient possible de faire changer librement la mention du sexe sur les passeports, et de servir dans l’armée. Les bolcheviks font reconnaître le travail ménager dans la nouvelle Constitution soviétique en menant une politique de socialisation du travail domestique. Alexandra Kollontaï et Inès Armand promeuvent une libération des relations amoureuses, refusant toute forme de possession du corps des femmes. Alexandra Kollontaï deviendra commissaire du peuple à la Protection sociale dans le premier gouvernement bolchevique. Elle sera la première femme ministre au monde.
L’avancée considérable des droits des femmes avec l’arrivée des bolcheviks au pouvoir en 1917 s’explique donc par une longue histoire de l’engagement des femmes dans les mouvements révolutionnaires. Les figures de révolutionnaires connues – Alexandra Kollontaï ou Inès Armand – ont certes à nos yeux un caractère exceptionnel mais elles sont loin d’être les seules à avoir alimenté les mouvements révolutionnaires. Si, à la fin du XIXe siècle, ces femmes se recrutent d’abord dans les classes dominantes, le développement du prolétariat russe produira à son tour des figures d’ouvrières révolutionnaires.
Toutefois si, à partir de 1917, les avancées en termes d’évolution du droit des femmes sont remarquables, il convient de ne pas tomber dans une vision idyllique de la situation. La guerre civile sera un obstacle majeur à la mise en place des droits réels des femmes. De plus, à partir de 1933, l’homosexualité est de nouveau réprimée en Union soviétique et, dès 1936, l’avortement de nouveau interdit. Le retour généralisé du patriarcat sous Staline marque ainsi la fin d’un processus original d’émancipation.

Cynthia Pedrosa est masterante en sociologie.

Cause commune n° 4 - mars/avril 2018

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 09:06

 

Programmée au printemps, décalée à l’automne, cette exposition installée en novembre 2020 n’a pas pu être accessible au public en raison du deuxième confinement et des mesures sanitaires en vigueur en décembre 2020.

Pour lui donner toute la visibilité qu’elle mérite, la Fondation Gabriel Péri avec les deux commissaires de l’exposition, Guillaume Roubaud-Quashie et Corentin Lahu, a décidé d’en proposer une balade filmée. Un film réalisé par Nicolas Bertrand (les Nouveaux Messagers) sur une idée de Louise Gaxie. Ecrit par Guillaume Roubaud-Quashie et Corentin Lahu. Avec par ordre d'apparition, Louise Gaxie, Alain Obadia, Guillaume Roubaud-Quashie, Corentin Lahu, Fabien Roussel et C215.

Un immense merci au secteur Archives du PCF, aux archives départementales de la Seine-Saint-Denis, à Mémoires d'Humanité, aux Archives municipales d’Aubervilliers, à Ciné-Archives, à C215 et au Parti communiste français.

Vous pouvez consulter les sources de cette exposition en suivant ce lien :

https://gabrielperi.fr/centenaire/cre...

Merci également à BendOver pour son concours musical et aux Productions Alléluia–Gerard Meys pour leur autorisation d’utiliser « Ma France » de Jean Ferrat pour le générique.

Pour commander le catalogue de l’exposition: https://editionshelvetius.com/boutiqu...

Pour en apprendre davantage sur l'histoire centenaire du PCF: https://gabrielperi.fr/centenaire-pcf/​

En partenariat avec le secteur archives du PCF, les archives départementales de la Seine-Saint-Denis, Mémoires d'Humanité, Ciné-Archives et l'Espace Niemeyer.

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 07:07

Michel Etiévent est écrivain, historien, journaliste.
Auteur d’une quarantaine d’ouvrages (documentaires, essais, contes…).

 

A deux pas du 8 mars (et pas seulement) moi je n'oublie pas ce qu'on souffert les femmes qui DEPUIS TOUS TEMPS nous ont donné la force de vivre et la dignité....Ma mère, mes sœurs et tant d'autres anonymes en étaient...

Au cœur des bagnes-usines de femmes…

On sait beaucoup de choses sur les migrations masculines au temps des grandes errances montagnardes. De Blaise Cendrars à Stendhal, frotteurs de parquets, écaillers, cochers de fiacres écument la littérature. Peu de documents en revanche sur le travail féminin en usine lors de la guerre de 1914 ou sur l’émigration des femmes qui affectait à la fin du 19ème siècle de nombreux villages. Outre bonnes à tout faire, domestiques en tous genre, gardiennes ou nourrices qui partaient vers Paris depuis les hautes vallées des Alpes, l’impasse est souvent faite sur ces jeunes filles enrôlées très tôt dans les bagnes-usines de la soie lyonnaise.

A peine âgées de douze ans, les voilà parties vers ces pôles soyeux qui enrégimentent des colonies de petites mains prêtes à tout pour gagner quelques sous. Elles viennent de partout. De nombreux bourgs de Haute Savoie, Thonon, Evian particulièrement. Le site industriel est une véritable caserne avec longs ateliers, réfectoires, dortoirs. On estime à plus de trois mille le nombre de ces jeunes filles embauchées au bobinage dans ces « usines-pensionnats » à Bourgoin, Vizille, Valence, Voiron. Jules Godard, chroniqueur attentif de l’époque décrit ainsi leur quotidien : « Avant d’entrer en usines, les filles doivent présenter un certificat de bonne conduite. A l’atelier, elles respirent 13 à 14 heures par jour l’atmosphère confinée des hangars et sont surveillées comme des soldats par des contremaîtresses. Au réfectoire et au dortoir, elles sont soumises à la plus grande sévérité de ceux qui en ont la garde. Quant à la nourriture, elle se limite à une soupe par jour et aux provisions que les ouvrières ramènent de chez elles ».

Beaucoup d’orphelines ou de jeunes handicapées corvéables à merci couleront des vies entières dans ces fabriques. D’autres ne retournent en leurs feux familiaux qu’une fois l’an. Le règlement intérieur s’apparente à celui des « Maisons de correction » qui se développent à la même période. Ainsi chez Giraud à Beaurepaire : « Les internes qui ne sortent qu’escortées par les sœurs de Saint Vincent de Paul, doivent suivre avec rigueur le catéchisme et se confesser régulièrement. Toute désobéissance est sanctionnée par une lourde amende ». Les archives établissent le salaire de la journée à 1,70 F (le kilo de pommes de terre coûte à l’époque 2,50F). Ces pensionnats ne fermeront leurs portes que très tard, au cœur du 20ème siècle. En 1925, dans le Nord Isère, on compte encore 25 « dortoirs » enregistrant chacun 20 filles en pension.

Malgré de nombreuses plaintes portant sur les conditions de vie et de travail, on enregistra peu de mouvement de protestation mise à part la grève de Voiron de 1906 qui mobilisa plus de 500 femmes. La justice acquiesçait régulièrement aux méthodes patronales de ces usines. Ainsi le procureur de la République de Lyon déclarait-il lors d’un jugement en 1892 : « Ces pratiques et la surveillance qui les accompagnent sont des obstacles efficaces au dévergondage des filles et n’ont rien de plus excessif que celles usitées dans les maisons de redressement de l’Etat… »

Michel Etiévent

 

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3 mars 2021 3 03 /03 /mars /2021 06:47

 

Gérard Araud, ancien ambassadeur aux États-Unis, et Étienne de Poncins, qui représente la France en Ukraine, s’en prennent à la révolution de 1871 sur Twitter, au plus grand mépris de l'histoire. Cent-cinquante ans après, l'esprit versaillais est toujours là...

La Commune de Paris reste une période méconnue. Même les plus hauts diplomates en ont une vision, disons, erronnée. Pour les 150 ans de cette révolution, voilà que l’ancien ambassadeur de la France aux États-Unis, Gérard Araud, la qualifie d’« insurrection armée contre une Assemblée qui vient juste d’être élue au suffrage universel, qui incendie par esprit de destruction les monuments de la ville, le tout sous l’œil de l’ennemi qui sable le champagne ».

 

Un tweet que notre ambassadeur en Ukraine, Étienne de Poncins, commente ainsi : « La Commune est aussi une préfiguration du totalitarisme communiste soviétique par la terreur et les massacres accomplis. Sur le plan politique, c’était une référence permanente de Lénine pour 1917. »

Seule la dernière phrase tombe juste. Pour le reste, il conviendrait de traiter cette période avec plus de rigueur et moins de mépris.

  • Un : la Commune s’est insurgée le 18 mars 1871 car Thiers tentait de s’emparer des 227 canons de la garde nationale.
  • Deux : l’Assemblée élue en février l’a été lors de législatives réclamées par l’Empire allemand, dont l’armée occupait plus de 40 départements français et retenait près de 400 000 prisonniers. Le Journal officiel ne publie d’ailleurs ni le nombre d’inscrits, ni celui de votants. Et les monarchistes remportent l’élection non pas car les citoyens adhèrent à leur régime, mais parce qu’ils apparaissent comme les garants de la paix (en échange de 5 milliards de francs-or, et de la session de l’Alsace-Moselle).
  • Trois : Paris se révolte, et la Commune adopte en 72 jours toute une série de mesures progressistes.
  • Quatre : Thiers la fait massacrer, après avoir demandé à Bismarck la libération de soldats uniquement dans ce but. L’ennemi peut sabler le champagne !
  • Cinq : les versaillais font bombarder la capitale et liquider plus de 17 000 personnes. Dans le chaos, des communards, sans l’aval de leur gouvernement, exécutent une centaine d’otages et brûlent des monuments. C’était une faute. Mais que dire des versaillais…

 

L'Humanité vous propose un hors-série exceptionnel pour célébrer les 150 ans de la Commune de Paris.

Revivez ces 72 jours de révolution, l’histoire de leurs acteurs et la richesse des débats qui leur succédèrent.

Un magazine de 124 pages à commander ici

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2 mars 2021 2 02 /03 /mars /2021 07:58
Une rue Rosa Luxemburg à Brest pour le 150e anniversaire de la naissance de la grande militante révolutionnaire
Il y a 150 ans, le 5 mars 1871, naissait Rosa Luxemburg, révolutionnaire, militante communiste et théoricienne marxiste allemande.
La section du pays de Brest du PCF se félicite que la municipalité brestoise vienne de lui rendre un juste hommage en nommant une rue sur proposition des communistes .
 
En 1910 à Copenhague elle sera au coté de son amie Clara Zetkin, rédactrice en chef de la revue féministe L’Egalité ,qui menait une campagne internationale, pour que la journée du 8 mars soit retenue comme "Journée internationale de la femme", pour commémorer la lutte des femmes en particulier pour le droit de vote et de meilleures conditions de travail, lors d’une conférence des femmes socialistes.
Profondément internationaliste, et farouchement opposée à la Première guerre mondiale qui vient d'éclater, elle fonde notamment avec Karl Liebknecht et Clara Zetkin le "Gruppe Internationale", qui deviendra par la suite la Ligue Spartakiste, et ensemble ils appellent les socialistes du SPD à ne pas voter les crédits de guerre à l'Allemagne. Cependant les sociaux-démocrates comme la plupart de leurs homologues européens voteront ces crédits de guerre.
Rosa Luxemburg sera emprisonnée pour ses prises de positions contre la guerre.
En janvier 1917, alors qu'elle est encore en prison, elle est exclue du SPD ainsi que tous les socialistes opposés à la guerre.
En 1918 éclate la Révolution allemande, des conseils de soldats puis des conseils ouvriers se forment. En octobre la constitution est modifiée et l'Allemagne devient un régime parlementaire. Rosa Luxemburg est libérée le 10 novembre 1918.
Alors au pouvoir, les socialistes du SPD optent pour une stratégie réformiste. Les Spartakistes menaient par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht s'y opposent fermement revendiquant le pouvoir au Conseils ouvriers et souhaitent que se forme une République des conseils.
En janvier 1919, les spartakistes avec d'autres révolutionnaires organisent un congrès qui aboutit à la formation du Parti communiste d'Allemagne (KPD).
Le 5 et 6 janvier, les ouvriers berlinois s'insurgent suite à la décision du ministre-président Paul Hirsch (SPD), le 4 janvier, de congédier le préfet de police de Berlin Emil Eichhorn proche des révolutionnaires.
L'insurrection est écrasée dans le sang par les corps-francs, militaires envoyés par le ministre social-démocrate Gustav Noske pour réprimer durement les ouvriers insurgés.
Arrêtée le 15 janvier 1919 pour avoir organisé l'insurrection, Rosa Luxemburg sera assassinée d'une balle dans la tête dans la voiture qui était censée l'amener en prison.

Pour accompagner l'hommage qui est rendu à Rosa Luxemburg par la ville de Brest, retrouvons la saine et réjouissante colère de Rosa Luxemburg écrivant de prison le 28 décembre 1916 cette lettre au vitriol à une dirigeante socialiste et femme de dirigeant, ralliés tous deux à l'Union Sacrée: Mathilde Wurm.  Cette lettre a fait l'objet d'une interprétation théâtrale au Quartz par Anouk Grimberg dans son magnifique spectacle sur les lettres de prison de Rosa Luxemburg, où l'on voit toute la profondeur, l'intelligence et la spiritualité vraie de la militante communiste.   

 

La lettre de Noël de Rosa Luxemburg

 

" Ma chère Tilde!

Je tiens à répondre sur le champ à ta lettre de Noël, avant que ne retombe la colère qu'elle a fait naître en moi. Oui ta lettre m'a mise en rage, parce que si courte soit-elle, chaque ligne montre à quel point tu es retombée sous l'emprise de ton milieu. Ce ton geignard, et ces jérémiades à propos des "déceptions" que vous auriez subies, imputables aux autres soi-disant, alors qu'il vous suffirait de vous regarder dans une glace pour voir la réplique la plus parfaite de ce que l'humanité a de pitoyable!

Voilà maintenant que tu dis "nous" pour parler de ce tas de grenouilles nauséabondes, alors qu'autrefois, quand tu étais avec moi, "nous" désignait ceux de mon bord. Alors attends voir, je vais t'en donner moi, du "vous"!

Vous avez "trop peu d'élan" à mon goût, dis-tu mélancoliquement. "Trop peu" ne serait pas si mal! Vous n'avez pas d'élan du tout, vous rampez. Ce n'est pas une différence de degré, mais de nature. Au fond, "vous" êtes d'une autre espèce zoologique que moi, et vos personnes chagrines, moroses, lâches et tièdes ne m'ont jamais été aussi étrangères, je ne les ai jamais autant détestées qu'aujourd'hui. Çà vous dirait bien d'"avoir un peu d'élan", écris-tu, seulement après, on se retrouve au trou, "et là on ne sert plus à grand chose". Ah! quelle misère que vos âmes d'épiciers! Vous seriez prêts à la rigueur à montrer un peu d'"héroïsme", mais seulement "contre monnaie sonnante", et tant pis si on ne vous donne que trois pauvres sous moisis, pourvu que vous voyiez toujours le "bénéfice" sur le comptoir. 

Ils n'ont pas été dits pour vous les mots tout simples de cet homme honnête et droit: "Je suis là, je ne puis faire autrement, que Dieu me vienne en aide"*. C'est une aubaine qu'à ce jour, l'histoire du monde n'ait pas été faite par vos semblables, sinon, nous n'aurions pas eu la Réforme, et nous en serions sans doute encore à l'Ancien Régime.

Pour ce qui est de moi, qui n'ait jamais été tendre, je suis devenue ces derniers temps comme de l'acier poli, et plus jamais je ne ferai la moindre concession, ni en politique ni dans mes relations personnelles. Il suffit que je me rappelle la galerie de tes héros pour que ça me flanque un cafard noir: le gentil Haase, Dittmann, avec sa jolie barbe et ses jolis discours au Reichstag, Kautsky, le pâtre vacillant, suivi fidèlement, comme de bien entendu, par ton Emmanuel, - pour le meilleur et pour le pire, Arthur le magnifique - ah, je n'en finirai!

Je te le jure: j'aimerais mieux rester enfermée - et je ne dis pas ici, où je suis à tous les points de vue comme au paradis, mais même dans le salle trou de l'Alexanderplatz, où dans ma cellule de 11 m3, sans lumière le matin ni le soir, coincée entre le WC (sans W!) et le lit de fer, je déclamais mon Mörike, plutôt que de "lutter" - si l'on peut dire - aux côtés de vos héros, ou simplement d'avoir affaire à eux... Je te le dis, dès que je pourrai mettre le nez dehors, je prendrai en chasse et harcèlerai votre bande de grenouilles, à son de trompe, à coup de fouet, et je lâcherai sur elle mes chiens - j'allais dire comme Penthésilée, mais pardieu, vous n'êtes pas des Achille.

Ça te suffit, comme vœux de nouvel an?

Et puis... Fais donc en sorte de rester un être humainC'est ça l'essentiel: être humain. Et ça, ça veut dire être solide, clair et calme, oui, calme, envers et contre tout, car gémir est l'affaire des faibles. Être humain, c'est s'il le faut, mettre gaiement sa vie toute entière "sur la grande balance du destin" tout en se réjouissant de chaque belle journée et de chaque beau nuage. Je ne sais pas, hélas, donner de recettes, je ne sais pas dire comment on fait pour être humain, je sais seulement comment on l'est, et tu le savais toi aussi, chaque fois que nous nous promenions quelques heures dans la campagne de Südende, et que les rougeoiements du soir se posaient sur les blés. Le monde est si beau malgré toutes les horreurs, et il serait plus beau encore s'il n'y avait pas des pleutres et des lâches. Allez va! Je te fais un baiser, car tu es, malgré tout, un brave petit gars. Bonne année!

R. "

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