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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 17:57
Lucien Sève : son œuvre, gigantesque et plurielle, restera une contribution majeure et précieuse (Fabien Roussel)
Lucien Sève : son œuvre, gigantesque et plurielle, restera une contribution majeure et précieuse (Fabien Roussel)

Le Covid-19 aura donc emporté Lucien Sève, à 93 ans. On redoutait le jour où cet infatigable communiste achèverait sa course. Mais, malgré les années, il avait une telle détermination, il conservait une telle vigueur intellectuelle qu’on ne pouvait croire ce jour imminent. Il y a quelques mois encore, il était venu au siège national du Parti communiste français présenter le beau film que Marcel Rodriguez lui a consacré avec la Fondation Gabriel-Péri. Fidèle à lui-même, il avait à nouveau frappé l’auditoire par la force et la clarté de son propos.

Brillant intellectuel, il intègre l’École normale supérieure en 1945 avant d’être reçu à l’agrégation de philosophie en 1949. Résolu à changer ce monde, il rejoint le Parti communiste en pleine Guerre froide et en paie l’âpre prix : carrière barrée, bataillons disciplinaires en guise de service militaire… Cela ne détournera pas le jeune professeur du combat communiste. Militant très actif, il prend des responsabilités dans les fédérations de la Haute-Marne, de la Gironde ou des Bouches-du-Rhône, au gré des postes auxquels il est affecté. Il entre au Comité central comme membre suppléant en 1961 puis titulaire en 1964. Là, il s’affirme comme un des dirigeants importants du PCF, jouant un rôle majeur lors du comité central d’Argenteuil organisé en 1966 autour des questions culturelles et idéologiques, prenant bientôt la direction de la maison d’édition communiste, les Éditions sociales.

Communiste désireux de transformer effectivement le monde, il lie indissociablement le combat politique à une haute exigence théorique. Aussi, il ne cessa de mener un lourd et scrupuleux travail intellectuel autour de Marx mais aussi de Lénine qu’il tiendra, jusqu’à la fin de sa vie, comme une référence de tout premier plan. Déterminé à marier rigueur conceptuelle et accessibilité, il multiplie, avec une disponibilité jamais prise en défaut, les initiatives pour faire connaître au plus grand nombre, les élaborations théoriques les plus pointues.

En 1969, il publie un ouvrage très novateur, Marxisme et théorie de la personnalité, vite traduit en plus d’une dizaine de langues. Suivent des décennies de réflexions partagées au travers de livres mais aussi d’articles dans La Nouvelle Critique ou La Pensée. Quelles qu’aient été les controverses sur tel ou tel aspect de son œuvre, Lucien Sève s’affirme, sans conteste, comme un acteur majeur de débats intellectuels de très haute qualité, sans jamais sacrifier à la polémique dégradante, y compris dans ses oppositions vives à Louis Althusser.

 À l’écart des grandes structures universitaires, Lucien Sève, un temps directeur adjoint de l’Institut de recherches marxistes, paie aussi dans l’univers académique et éditorial l’orientation révolutionnaire maintenue de ses recherches, à l’heure où le marxisme n’était, disait-on, plus de saison. Longtemps minoré par l’Université et les maisons d’édition non communistes, la qualité de ses travaux a fini par avoir raison de cette guerre froide sans fin. Membre du Comité consultatif national d’éthique dans les années 1980, il publie alors chez Odile Jacob des ouvrages remarqués avant, plus récemment, de livrer des Écrits philosophiques de Marx chez Flammarion.

Pourtant, sa fidélité et son combat seront consacrés jusqu’à la fin de sa vie aux Éditions sociales, maison d’édition pour laquelle il dépensa sans compter son énergie quand la faillite emporta le groupe Messidor, participant à la création de La Dispute avec son ami et complice Richard Lagache. C’est à cet éditeur qu’il confie la grande tétralogie « Penser avec Marx aujourd’hui » initiée en 2004 et qui devait s’achever prochainement par un ultime volume. C’est encore à La Dispute qu’il œuvre, avec son épouse Françoise, à la redécouverte du psychologue Vygotski. C’est avec les Éditions sociales recréées qu’il travaille si durement à ce que les francophones disposent d’une Grande Edition Marx-Engels en français, soutenant de jeunes chercheurs et traducteurs avec cette bienveillance, cette exigence et cette générosité qui le caractérisaient si profondément.

Assurément, dès les années 1980, les relations avec le Parti communiste ne seront pas toujours simples et Lucien Sève quittera notre parti au début du XXIe siècle. Pour autant, il demeurera jusqu’à son dernier souffle un communiste résolu, toujours disposé au dialogue. Son œuvre, gigantesque et plurielle, restera une contribution majeure et précieuse pour les femmes et les hommes décidés à faire grandir cette ambition communiste qui était la sienne et qui demeure la nôtre. Une ambition dont l’urgence, aujourd’hui, se fait sentir plus que jamais.

 

Fabien Roussel, Secrétaire national du PCF, Député du Nord 

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 16:06
"Octobre 1917: Une lecture très critique de l'historiographie dominante" par Lucien Sève (éditions sociales, 14€)

Octobre 1917. Une lecture très critique de l’historiographie dominante (éditions sociales, 14 €)

Sous ce titre, Lucien Sève, philosophe et militant communiste bien connu, pourfend la flagrante partialité des auteurs actuels de référence sur l’histoire d’octobre 1917 au nom de ce qu’il appelle une prétendue « dé-idéologisation ».

Il estime que la pensée dominante veut cultiver l’idée et accréditer la thèse selon laquelle Saline était inévitablement déjà contenu dans Lénine, ramenant ce dernier au rang de « terroriste », et que par conséquent, selon eux, rien ne serait « sauvable » dans la visée marxienne du communisme. D’où la réécriture, sous la pensée dominante, de la première phase de l’histoire soviétique (1917/1923) comme essentiellement faite de « crimes, terreur et répression » et de repeindre tout en noir le personnage de Lénine.

Non historien, mais russophone averti, pratiquant l’œuvre de Lénine depuis plus de 60 ans, texte russe en main (« les traductions françaises sont bien souvent médiocres, voire plus d’une fois fautives » dit-il), Lucien Sève décortique l’entreprise de « dé-idéologisation » qui repose souvent sur des citations approximatives, parfois de seconde main fort peu probantes, parfois même avec rajouts inventés par les auteurs eux-mêmes.

Il montre clairement, textes originaux à l’appui, et dans une démarche empreinte d’une grande rigueur, que contrairement à ce que tente de faire croire l’historiographie dominante, Staline n’était pas déjà contenu dans Lénine, mais, au contraire bien loin de là !

 

Mettant à mal l’image repoussante que l’on tente de donner du léninisme, Lucien Sève termine en disant : « Voilà pourquoi 1917, un siècle seulement plus tard, est bien de l’histoire ancienne, et pourquoi il faut sans hésitation dire périmé le léninisme, qui fut pourtant ce qu’il y eut de mieux dans le mouvement révolutionnaire de jadis. Mais demeure tout à fait juste son inspiration la plus essentielle : oui, nous pouvons transformer notre monde et par là changer la vie !...Le pire est aujourd’hui possible. Mais non pas fatal, si nous savons nous montrer capables d’invention stratégique, qui commence par celle de la pensée. Comment faire de la politique en sachant allier audace révolutionnaire et respect rigoureux des possibles ? C’est sur cette chose archi-précieuse qu’on apprend encore beaucoup à lire Lénine. »

Roger Héré

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 06:36

L'histoire des retraites, des régimes pionniers au régime général, a commencé en France il y a plus de 300 ans. Ce sont alors les premiers régimes "spéciaux" qui apparaissent, puis pointent les notions d'assistance, au temps de la révolution française, puis se développent les pensions dans les mines ou dans les compagnies de chemins de fer, au temps des révolutions industrielles. Les notions de cotisations, de répartition, de capitalisation pointent aussi. Parallèlement à l'Etat, au patronat, à l'église, apparaissent de nouveaux acteurs, sociétés de secours mutuels, syndicats, sociétés d'assurance... Des lois se succèdent, 1853, 1905, 1910, 1930... jusqu'aux ordonnances de 1945.

Ce fut une longue histoire, sur des périodes somme toute assez brèves. Appréhender cette histoire, c'est aussi mieux comprendre les enjeux qui se posent aujourd'hui.

Documentaire en deux parties de 52 mn produit par le centre d'histoire sociale des mondes contemporains. Réalisation : Jeanne Menjoulet Les historiens interviewés sont : Michel Margairaz, Michel Pigenet, Laure Machu, Claude Didry, Manuela Martini, Michel Dreyfus (bref extrait d'un précédent film du CHS, "histoire de l"économie sociale et solidaire").

Ce documentaire a été réalisé à l'occasion de la publication du "prix du travail" (ouvrage collectif coordonné par Michel Margairaz et Michel Pigenet, paru en 2019).

Remerciements à l'anthropologue Armelle Faure et aux archives départementales de la Corrèze et du Cantal (à Frédéric Bianchi) pour l'autorisation d'utilisation d'extraits de témoignages oraux recueillis dans le cadre du projet "barrages et habitants"

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 07:32
Les idées et les livres - Enzo Traverso - Mélancolie de gauche: la force d'une tradition cachée - Morceaux choisis

Enzo Traverso, né en 1957 dans le Piémont en Italie, a fait des études d'histoire à Gênes puis à Paris. Il a enseigné à Paris, en Picardie, il a été membre du collectif éditorial de "La Fabrique" de 1998 à 2008 (maison d'édition de la gauche critique dirigée par Eric Hazan ) et désormais il assure un cours sur l'histoire intellectuelle à l'université Cornell d'Ithaca à New-York. Il est l'auteur de nombreux ouvrages mêlant la philosophie, la réflexion politique et l'histoire, parmi lesquels A feu et à sang (Stock), L'Histoire comme champ de bataille ou La Fin de la modernité juive (La Découverte).

Mélancolie de gauche - La force d’une tradition cachée (XIXe-XXIe siècle) (La Découverte 2016, 20€)

Ce livre très cultivé, un brin désenchanté, pessimiste et mélancolique, est une promenade historique, philosophique et littéraire passionnante, où l'on suit les évolutions du rapport à la défaite, au temps, passé et avenir, du mouvement révolutionnaire, dans le lien avec l'évènement et les incidences sur la conscience commune et la réalité historique présente.

Note de l'éditeur:
Depuis le XIXe siècle, les révolutions ont toujours affiché une prescription mémorielle : conserver le souvenir des expériences passées pour les léguer au futur. C’était une mémoire « stratégique », nourrie d’espérance. En ce début de XXIe siècle, cette dialectique entre passé et futur s’est brisée et le monde s’est enfermé dans le présent. La chute du communisme n’a pas seulement enterré, une fois pour toutes, la téléologie naïve des « lendemains qui chantent », elle a aussi enseveli, pour un long moment, les promesses d’émancipation qu’il avait incarnées.
Mais ce nouveau rapport entre histoire et mémoire nous offre la possibilité de redécouvrir une « tradition cachée », celle de la mélancolie de gauche qui, comme un fil rouge, traverse l’histoire révolutionnaire, d’Auguste Blanqui à Walter Benjamin, en passant par Louise Michel ou Rosa Luxemburg. Elle n’est ni un frein ni une résignation, mais une voie d’accès à la mémoire des vaincus qui renoue avec les espérances du passé restées inachevées et en attente d’être réactivées.
Aux antipodes du manifeste nostalgique, ce livre – nourri d’une riche iconographie : des tableaux de Courbet aux affiches soviétiques des années 1920, des films d’Eisenstein à ceux de Théo Angelopoulos, Chris Marker ou Ken Loach – établit un dialogue fructueux avec les courants de la pensée critique et les mouvements politiques alternatifs actuels. Il révèle avec vigueur et de manière contre-intuitive toute la charge subversive et libératrice du deuil révolutionnaire.

 

Introduction

"Cet ouvrage se propose d'explorer la dimension mélancolique de la culture de gauche, du XIXe au XXI e siècle... La gauche dont il sera ici question sera définie en termes ontologiques : les mouvements qui, dans l'histoire, se sont battus pour changer la société en plaçant le principe d'égalité au centre de leurs projets et de leurs luttes.

(...) La conception marxiste de l'histoire impliquait une prescription mémorielle: il fallait inscrire les évènements du passé dans la conscience historique afin de se projeter vers l'avenir. Il s'agissait d'une mémoire "stratégique" des luttes du passé, une mémoire orientée vers le futur. La fin du communisme a brisé cette dialectique entre passé et futur, et l'éclipse des utopies qui accompagne notre époque "présentiste" a conduit a une quasi extinction de la mémoire marxiste... Ce contexte a favorisé la redécouverte d'une vision mélancolique de l'histoire comme remémoration (Eingedenken) des vaincus - Walter Benjamin en fut l'interprète le plus significatif - qui appartient à une tradition cachée du marxisme.  

(...) Le passage d'un âge de feu et de sang, qui, en dépit de ses innombrables défaites, demeurait intelligible, à une époque nouvelle de menaces globales sans issue prévisible s'est teinté d'une coloration mélancolique. Cela ne signifie pas nécessairement le repli dans un univers clos de chagrin et de souvenirs; il s'agit plutôt d'un ensemble d'émotions et de sentiments qui enveloppent la transition vers une ère nouvelle. C'est la seule manière de faire coexister la recherche d'idées et de projets pour demain avec le deuil et la tristesse qui accompagnent la disparition des expériences révolutionnaires du passé. C'est la mélancolie d'une gauche, ni archaïque ni impuissante, qui ne veut pas se délester du fardeau du passé bien qu'il soit souvent lourd à porter. C'est la mélancolie d'une gauche qui, tout en s'engageant dans les luttes du présent, ne se soustrait pas au bilan des défaites accumulées. Une gauche qui ne se résigne pas à l'ordre global dessiné par le néolibéralisme mais ne peut aiguiser ses armes critiques qu'en procédant par identification empathique avec les vaincus de l'histoire, cette large multitude qui a été rejointe, à la fin du XXe siècle, par la dernière génération des révolutions défaites.

(...) A la différence du discours humanitaire dominant qui sacralise les victimes tout en ignorant sinon en rejetant leurs engagements, la mélancolie révolutionnaire porte son regard sur les vaincus.  Elle voit les tragédies liées aux batailles perdues du passé comme un fardeau et une dette qui contiennent aussi une promesse de rachat. 

(...) Ce livre essaie de restituer un visage à cette tradition cachée, d'en saisir quelques moments marquants et d'en indiquer les principaux interprètes, dans la théorie comme dans la peinture et le cinéma. La tristesse et le deuil, le sentiment écrasant de l'échec, des amis et des camarades perdus, des occasions ratées, des acquis détruits, du bonheur volé ont accompagné l'histoire du socialisme depuis ses débuts, comme la doublure dialectique de l'extase révolutionnaire où tout devient possible, lorsqu'on éprouve le plaisir d'agir ensemble et de s'épanouir dans l'action collective, lorsqu'on a l'impression de flotter dans le ciel, délesté de tout poids, et d'être capable de donner un sens à l'histoire. Cette mélancolie de gauche a été occultée, refoulée ou sublimée par des représentations qui la surmontaient en dessinant l'image d'un futur libéré. Ainsi, elle irrigue l'histoire des mouvements révolutionnaires comme un fleuve souterrain, comme un flux puissant mais invisible, exorcisé ou neutralisé par des récits édifiants, réconfortants.

(...) Le philosophe marxiste Ernst Bloch distinguait entre les rêves chimériques, prométhéens qui hantent une société historiquement incapable de les réaliser (les utopies abstraites, visionnaires, comme les objets volants fantasmés à la Renaissance) et les espérances anticipatrices qui inspirent les transformations révolutionnaires dans le présent (les utopies concrètes, telles que le socialisme au XIXe siècle et XXe siècles). Aujourd'hui, nous pouvons aisément observer l'extinction des unes et la métamorphose des autres. D'une part, sous des formes variées allant de la science-fiction à l'écologie, les visions dystopiques d'un avenir cauchemardesque ont remplacé le rêve d'une humanité libérée et confiné l'imaginaire social à l'intérieur de frontières étriquées. D'autre part, les utopies concrètes de l'émancipation collective se sont majoritairement muées en pulsions individuelles alimentant l'inépuisable processus de consommation marchande. Après avoir congédié les "courants chauds" de l'action de masse libératrice, le néolibéralisme a introduit le "courant froid" de la raison économique. Les utopies ont été détruites par leur privatisation dans un monde réifié.  Aujourd'hui... il n'y a plus d'"horizon d'attente" visible. L'utopie semble devenue une catégorie du passé - le futur imaginé dans un temps révolu - car elle a déserté le présent... Il y a vingt-cinq ans, la fin du socialisme réel a paralysé et en quelque sorte interdit l'imagination utopique, en suscitant le succès éphémère d'une vision eschatologique du capitalisme comme "horizon indépassable" des sociétés humaines. Le capitalisme était censé assurer le meilleur des avenirs. Il est devenu, selon la définition donnée par Walter Benjamin, une "religion", la religion de l'argent, la principale croyance séculière de notre époque... Aujourd'hui, cette religion est entrée en crise et ne crée plus l'illusion: confier aux banques le destin de l'humanité ne rassure pas, au contraire, cela effraie. Depuis la crise de 2008, le néo-libéralisme a certes montré son visage hideux, mais il ne s'est pas effondré. Il s'est même radicalisé: aucune utopie libératrice nouvelle n'a encore vu le jour. 

(...) Pendant ces street fighting years (1960-1975) comme les a définies Tariq Ali, qui en fut l'un des protagonistes en Grande-Bretagne, la mémoire n'était pas un objet de culte; elle était plutôt intégrée dans les luttes. En France, le souvenir d'Auschwitz a joué un rôle significatif dans l'engagement anticolonial de nombre d'intellectuels et d'activistes. Pendant la guerre du Vietnam, le procès de Nuremberg fut une sorte de paradigme pour le Tribunal Russel, qui réunit un très grand nombre d'intellectuels à Stockholm, en 1967, pour dénoncer les crimes de guerre américains. Jean-Paul Sartre, Noam Chomsky, Isaac Deutscher, Herbert Marcuse et Peter Weiss inscrivaient leur combat dans le sillage de la lutte antifasciste des années 1930 et 1940. Pour le mouvement contre la guerre, la comparaison entre la violence nazie et celle de l'impérialisme américain fut un lieu commun. La mémoire des crimes nazis ne servait pas à commémorer les victimes du passé mais à combattre les injustices du présent. Lors de la rencontre internationale de Stockholm sous l'égide du Tribunal Russel, Sartre qualifia les opérations antiguérilla de "génocide total"... En Occident comme dans le tiers monde, la mémoire n'était entretenue qu'en rapport à un engagement politique dans le présent. Comme l'a rappelé Michael Rothberg en citant Aimé Césaire, elle devait produire un "choc en retour". En Europe, les luttes anti-impérialistes se sont inscrites dans la continuité des mouvements de résistance contre le nazisme; dans le Sud, ce dernier était perçu comme une forme d'impérialisme radical - c'est ainsi par exemple qu'Aimé Césaire le présente dans Discours sur le colonialisme

Cette vague puissante s'est épuisée dans les années 1980. Son épilogue fut la révolution nicaraguayenne en juillet 1979, qui coïncida avec la découverte traumatique des charniers cambodgiens. En Europe, l'Holocauste a peu à peu occupé le centre de la mémoire collective. L'antifascisme a commencé à être marginalisé dans les commémorations officielles, désormais réservées au souvenir des victimes. La mémoire des luttes a cédé la place aux témoignages et aux commémorations visant à célébrer les droits de l'homme. En France, Mai 68 fut de plus en plus interprété sous l'angle de la "mutation culturelle" comme un carnaval dans lequel, en jouant une comédie révolutionnaire, la jeunesse avait fait basculer la société du gaullisme vers le libéralisme. En Italie et en Allemagne, les années 1970 sont devenues les "années de plomb" au cours desquelles la révolte d'une génération s'est trouvée ramenée au seul terrorisme".

 

Chapitre 1 - La mélancolie des vaincus       

(...) "L'histoire du socialisme  forme une constellation de défaites qui l'ont façonné pendant près de deux siècles. Au lieu de détruire les idées et les aspirations, ces débâcles tragiques et souvent sanglantes les ont consolidées et légitimées. Tomber après s'être battu donne au vaincu un sentiment de dignité et peut même renforcer ses convictions. Les révolutionnaires exilés et bannis ont souvent connu la misère et les privations, la douleur de la perte, mais rarement l'isolement au sein de leur entourage. De Heinrich Heine, Karl Marx et Alexandre Herzen dans le Paris du XIXe siècle aux antifascistes émigrés à New-York au siècle suivant, les exilés furent toujours accueillis par la gauche et le mouvement socialiste qui leur accordèrent une place d'honneur.

La défaire de 1989, cependant, est d'une autre nature: elle ne survint pas après une bataille acharnée et n'engendra aucune fierté; elle mit fin au XXe siècle et, bien au-delà de l'effondrement du socialisme réel, clôtura le cycle de révolution qui s'était ouvert en 1917. Cette défaite fut si lourde que beaucoup préfèrent la fuit plutôt que d'y faire face. Ce qui restait d'un siècle de soulèvements n'était plus qu'une montagne de ruines et l'on ne savait pas comment déblayer les décombres ni où commencer à reconstruire, ni même si l'on en serait capables ou si cela en valait la peine. La mélancolie qui surgit d'une telle défaite historique - elle dura une génération  - était probablement la prémisse nécessaire pour réagir, faire son deuil et préparer un nouveau commencement. La réaction la plus répandue fut d'abord l'évitement, avec une "incapacité à faire son deuil"... le communisme fut refoulé de différentes façons: en changeant de nom ou bien en "oubliant", en se reniant ou en choisissant entre les innombrables exutoires offerts par la réification universelle du capitalisme néolibéral... 

Héritée d'un siècle et résultant d'un cycle historique dans lesquels la révolution prit la forme du communisme, cette mélancolie crépusculaire pourrait se comparer à d'autres qui l'ont précédée et qui, avec elle, composent une inépuisable collection de figures du chagrin.

(...) En 1872, une année après la répression sanglante de la Commune de Paris, un évènement qu'il avait observé depuis sa prison dans le château du Taureau, (Blanqui) écrivit son texte le plus énigmatique, L’Éternité par les astres. Au bout d'une méditation parfois naïve sur la finitude de l'univers malgré son immensité apparente, il décrivait le cosmos et l'histoire comme les résultats d'une répétition perpétuelle, d'un mouvement immuable; c'était la même structure qui emprisonnait les êtres humains dans une sorte d'enfer inéluctable. Après avoir présenté le progrès comme une idée fausse, chimérique, et affirmé sa méfiance à l'égard des êtres humains, il évoquait implicitement la répétition éternelle de la défaite. Ce caractère inaltérable de la nature et de la vie n'avait d'autre effet qu'une reproduction ininterrompue de la barbarie. L'émancipation était illusoire et sa propre vie semblait engloutie dans le naufrage des révolutions dans lesquelles il s'était inlassablement impliqué. Adoptant alors une conception cyclique de l'histoire, Blanqui trouva refuge dans la mélancolie et abandonna tout espoir dans l'avenir. Les derniers mots de son texte sonnent comme l'aveu désespéré d'un échec: "Toujours et partout, dans le camp terrestre, le même drame, le même décor, sur la même scène étroite, une humanité bruyante, infatuée de sa grandeur, se croyant l'univers et vivant dans sa prison comme dans une immensité, pour sombrer bientôt avec le globe qui a porté dans le plus profond dédain, le fardeau de son orgueil. Même monotonie, même immobilisme dans les astres étrangers. L'univers se répète sans fin et piaffe sur place. L'éternité joue imperturbablement dans l'infini les mêmes représentations".  

Ce texte obscur fascinait Walter Benjamin, qui le lut dans une conjoncture historique tragique, après le pacte germano-soviétique de 1939, le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale et la capitulation de la France, le pays où il vivait en exil. Écrit dix ans avant  Ainsi parlait Zarathoustra le livre de Blanqui lui apparut comme une vision puissante de l'"éternel retour", d'un effondrement fatal tout à fait frappant par ses accents nietzschéens. "Cette résignation sans espoir c'est le dernier mot du grand révolutionnaire", observait Benjamin, en concluant que le leader charismatique des révolutions françaises du XIXe siècle avait finalement renoncé à contester l'ordre établi. Formulé avec "une extrême puissance d'hallucination", son réquisitoire contre la société prenait la forme d'"une soumission sans réserve à ses résultats". La révolte contre la domination avait été vaine."      

 

(...) "Dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, écrit en 1852 juste après le putsch de Napoléon III, Marx soulignait une différence cruciale entre les révolutions bourgeoises et les révolutions prolétariennes. Alors que les premières passaient "rapidement de succès en succès", écrivait-il, les secondes se "soumettent elles-mêmes à une critique permanente, ne cessent d'interrompre leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà avoir été acquis, pour le recommencer une fois de plus, raillent sans complaisance les velléités, faiblesses et misères de leurs premières tentatives". Elles apprennent de leurs propres défaites et cela leur permet de mieux connaître leurs ennemis, de sélectionner leurs alliés, de choisir leurs armes et de définir leurs projets. En même temps, elles ne peuvent être anéanties par ces défaites puisque l'avenir leur appartient: "La révolution sociale ne peut puiser sa poésie dans le temps passé, mais seulement dans l'avenir". Marx n'avait ni ignoré ni banalisé la défaite de juin 1848 qui, dans ses termes, paralysa les travailleurs de Paris et les rendit, "pour les années, impropres à la lutte". Le résultat fut l'impuissance et la passivité - "le processus historique devait de nouveau se poursuivre par-dessus leurs têtes" - mais un tel effondrement ne pouvait être définitif. 

En mai 1871, immédiatement après la répression sanglante de la Commune de Paris, Marx écrivit La Guerre civile en France, un rapport dans lequel cette dialectique de la défaite était encore plus clairement et fortement réaffirmée: "Le sol sur lequel (le socialisme) pousse est la société moderne même. Il ne peut en être extirpé, fût-ce au prix de la plus énorme effusion de sang. (...). Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d'une société nouvelle. Le souvenir de ses martyrs est conservé pieusement dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l'histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, et toutes les prières de leurs prêtres n'arriveront pas à les en libérer" ("La guerre civile en France"). La Commune de Paris se solda par un massacre. Durant la "semaine sanglante", 35 000 personnes furent exécutées dans les rues de la capitale française. Plus tard, 10 000 combattants furent envoyés au bagne en Nouvelle-Calédonie. Presque un Parisien sur trente fut tué ou déporté. Une campagne visant à criminaliser les travailleurs insurgés suivit la répression. Dans le sillage de Zola et Lombroso, plusieurs écrivains et intellectuels décrivirent la Commune comme une éruption criminelle ou une résurgence atavique de barbarie au milieu de la société civilisée. L'ampleur d'une telle défaite fut accablante mais n'ébranla pas la foi de Marx dans le développement historique du socialisme. Trois décennies plus tard, des partis socialistes de masse existaient dans tous les pays d'Europe".  

(...) "Dans le sillage des communards, Rosa Luxemburg esquissa un bilan similaire à celui de Vallès et Louise Michel dans un article célèbre écrit en janvier 1919, à la fin du soulèvement spartakiste, peu avant de devenir elle-même une martyre et un symbole de la révolution écrasée. Son dernier message - écrit la veille de son assassinat par les Freikorps - célébrait la défaite des ouvriers de Berlin avec des mots qui annonçaient une victoire à venir. Elle était consciente que le soulèvement de janvier était condamné à l'échec: la capitale allemande était isolée et la social-démocratie avait abandonné les travailleurs insurgés (Gustav Noske devint le symbole de leur répression sanglante). Rosa Luxemburg s'était opposée à cette insurrection prématurée, désespérée, mais en reprit la direction lorsqu'elle comprit qu'elle ne pouvait être stoppée. Dans son article, elle rappelait les échecs cuisants de tous les mouvements révolutionnaires du XIXe siècle - des tisserands de Lyon en 1831 aux chartistes britanniques; des révolutions de 1848 à la Commune de Paris - afin de souligner que le socialisme ressuscitait toujours sur des bases plus fortes et plus larges. La débâcle des spartakistes appartenait à cette longue lignée de défaites  et, comme celles qui l'avaient précédée, elle promettait une renaissance inéluctable. Sa dernière phrase est révélatrice de cette vision consolatoire et pédagogique à la fois: "La route du socialisme - à considérer les luttes révolutionnaires - est pavée de défaites. Et pourtant cette histoire mène irrésistiblement, pas à pas, à la victoire finale! Où en serions-nous aujourd'hui sans toutes ces "défaites", où nous avons puisé notre expérience, nos connaissances, la force et l'idéalisme qui nous animent? Aujourd'hui que nous sommes tout justes parvenus à la veille du combat final de la lutte prolétarienne, nous sommes campés sur ces défaites et nous ne pouvons renoncer à une seule d'entre elles, car de chacune nous tirons une portion de notre force, une partie de notre lucidité".

(...)    

 

 

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 11:18

Merci à Karo Berardan et Mikaël Theng pour leur très beau travail de présentation de ma conférence du 11 février sur Jean Jaurès pour les Mardis de l'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix: Pourquoi ont-ils tué Jaurès? Une introduction à la vie, à l'action politique et à l’œuvre du grand tribun.

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8 mars 2020 7 08 /03 /mars /2020 20:09
La chronique cinéma d'Andréa Lauro - Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance, Partie 3

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance

Premières parties de l'article Andréa Lauro sur Visconti:

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance, partie 1 - la chronique cinéma d'Andrea Lauro

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance - partie 2 La guerre et le Néoréalisme : Ossessione

 

Partie 3

La fin de la guerre et le retour de Verga: La terra trema


Ossessione est reconnu comme la pierre angulaire du néoréalisme, et il est aussi l’un des films appartenant au genre qui en respectent moins les canons (si de genre et canons on peut parler, étant donné les divergences entre les différents auteurs), et qui poursuit moins les objectifs de pur témoignage social, malgré l’impact et le tumulte politique provoqués. Cependant, à la fin de la guerre, la résistance et l’engagement communiste sont le moteur des efforts cinématographiques de Visconti.

En 1945, il participe à Giorni di Gloria, documentaire collectif dirigé avec De Santis et autres cinéastes. Giorni di Gloria est un film à mi-chemin entre objectivité et célébration, dédié "à la lutte partisane et à la renaissance nationale", un collage de films et de photographies né pour rendre l’image de l’Italie de 1943 à 1945, parmi des incursions de brigades de partisans, les massacres nazis, les rafles dans les villages, les fosses Ardeatine, les procès, la rage populaire. Visconti s’occupe du segment sur le procès et l’exécution de Pietro Caruso (chef de la police fasciste), qui reprend lui-même sans renoncer à son propre registre, notamment en se concentrant sur les visages et les lieux, l’espace et les figures humaines, comme si les hommes encadrés étaient des acteurs à son service.

La situation du cinéma italien n’est pas rose : manque d’argent, d’équipements, d’espaces de tournage, tout ce qui avait rendu possible l’existence d’une florissante, aussi discutable soit-elle, industrie du spectacle - dont le manque se révèle être l’étincelle du "mouvement" néo-réaliste. Visconti et ses collègues cinéastes doivent faire face au refus des producteurs de financer des projets ambitieux : "Pensione Oltremare", inspiré de son emprisonnement; un films sur les partisans, librement tiré de Maupassant; un écrit avec Pietrangeli et Antonioni; d’autres inspirées par les œuvres de Stendhal, Steinbeck, Shakespeare, ...

Le repli sur le théâtre est une exigence, et Visconti signe pendant deux ans la mise en scène de plusieurs représentations importantes. Puis, en 1947, le Parti Communiste lui commande un documentaire de propagande décliné par Carlo Lizzani (qui préfère aller à Berlin avec Rossellini pour "Germania anno zero"), en vue des élections de 1948, dans le but de filmer les conditions des travailleurs siciliens en plaçant syndicats et socialisme comme seule issue à la pauvreté et aux injustices des classes.

« La terra trema » (1948), deuxième long métrage de Visconti, naît donc encore, comme Ossessione, de prémisses politiques, en les franchissant. Visconti et une toute petite troupe de non-professionnels (dont Francesco Rosi et Franco Zeffirelli) s’installent en Sicile, à Acitrezza et il y reste sept mois. Le rêve d’une transposition de "I malavoglia" de Verga prend forme et le travail perd au fur et à mesure les contours du documentaire, ou mieux, il est contaminé avec une structure narrative qui a comme toile de fond le roman de Verga et comme étoile polaire le style de l’écrivain, en effaçant l’intention initiale propagandiste, en prenant une valeur artistique.

C’est ainsi que prend forme la saga malheureuse des Valastro, famille pauvre de pêcheurs exploitée par les grossistes de poisson. Elle est dirigée par le jeune inquiet « Ntoni » qui tente de changer les choses en allant contre le joug, en se mettant à son compte. Une petite révolution d’abord réussie, puis échouée à cause du destin et de l’isolement auquel les autres pêcheurs de Acitrezza condamnent les Valastro, finalement contraints de se soumettre aux chantages des "patrons". Dans le résultat final, la combinaison de moments idéologiques et de moments poétiques est parfaite et la méthode de travail de Visconti est gagnante.

Sans un véritable scénario, sans instruments techniques sinon quelques mètres de chariot, sans acteurs qui ne soient pas les vrais pêcheurs du pays, Visconti ouvre largement sur La terra trema sa vision de ce que doit être la fonction du cinéma face à la réalité : celle du lieu où faire « se produire », pas de la fenêtre à partir de laquelle « regarder ». L’instantané social et géographique est de nouveau une réinterprétation, avec une étude esthétique accompagnée d’une structure narrative où au centre les tourments existentiels surmontent les difficultés économiques.

Un rendu issu d’une préparation épuisante et des théories exposées dans un écrit de Visconti, "Cinéma anthropomorphique". Le réalisateur passe beaucoup de temps avec eux, les interpelle sur les répliques à prononcer et sur le développement de l’histoire, les fait répéter pendant des heures avant de tourner, à la recherche de l’assonance définitive entre "homme-acteur et homme-personnage", en tirant une authenticité absolue, mais remodelée et cousue à la forme-film. Le dialecte sicilien incompréhensible dans lequel s’expriment les pêcheurs est contrebalancé par une voix-off didactique et par une bande sonore jamais intrusive - presque absente, au moins dans la première partie - qui participent à une fusion inégalable de témoignage et de spectacle âprement critiquée par les puristes du néoréalisme, qui lancent ponctuellement des accusations de formalisme, de snobisme, d’inutile et nuisible dramatisation.

Même le Parti Communiste n’a pas une bonne opinion du résultat, surtout parce que dans la chute inexorable, pessimiste, fataliste de la famille Valastro n’intervient aucun des organismes et des idéaux qu’il aurait fallu élever aux yeux du public, et qui étaient à la base de l’idée du documentaire original. Au secours de Ntoni et les autres Valastro, il n’y a pas de syndicats, il n’y a pas de politique socialiste, la cohésion et la solidarité entre les exploités sont un mirage. Comme dans Ossessione, Visconti est contesté sur deux fronts bornés, à gauche pour trahison esthétique-idéologique et pour avoir manqué l'objectif, à droite, entre conservateurs et démocrates-chrétiens, parce qu’il était coupable d’avoir traîné - en s'engageant - les problématiques socio-économique dans un domaine impropre et neutre, le cinéma de fiction. Peut-être les deux factions ont-elles tort et raison, mais le fait est que La Terra trema est sifflé au Festival de Venise de 1948 et ne commence vraiment à circuler dans la salle qu’en 1950.

Andréa Lauro
 

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8 mars 2020 7 08 /03 /mars /2020 09:59
Clara Zetkin

Clara Zetkin

8 mars: pour l'égalité femmes-hommes, pour un monde plus juste, plus humain

Cela fait plus d’un siècle que la première journée internationale pour les droits des femmes eut lieu à l’initiative de Clara Zetkin, militante révolutionnaire et féministe allemande. C’est à son propos qu’Aragon écrivit dans Les cloches de Bâle : « La femme des temps modernes est née, et c’est elle que je chante. Et c’est elle que je chanterai.»

Chaque année, quand vient le 8 mars, on constate que les inégalités professionnelles et salariales perdurent, au point que l’on estime qu’à partir de 15h40, les femmes ne sont plus payées.


Mais ce 8 mars 2018 a un écho particulier en raison de la libération de la parole des femmes qui témoignent sur les violences, les agressions sexuelles, le harcèlement, le mépris dont elles sont victimes.
Le combat contre ce système patriarcal mondialisé et pour les droits des femmes est partie prenante des luttes pour l’émancipation humaine, pour une société d’égalité et de plein épanouissement pour toutes et tous.
Clara Zetkin disait à Paris en 1889 lors de la 1ère conférence de l’Internationale ouvrière « L'émancipation de la femme comme celle de tout le genre humain ne deviendra réalité que le jour où le travail s'émancipera du capital. »
Nathalie Lemel, héroïne de la Commune, révolutionnaire et féministe née à Brest et qui vécut à Quimper, à qui une bande dessinée a rendu un juste hommage, faisait elle aussi le lien entre la révolution sociale et la conquête des droits des femmes.

Aujourd’hui encore on ne peut les dissocier.
Les femmes paient un lourd tribut au chômage, à la précarité, au temps partiel subi, aux horaires décalés, fragmentés, au travail du dimanche non choisi.
Et la déréglementation du travail, de la loi El Khomri aux ordonnances Macron, précarise encore plus leur situation.
Petits salaires, petites retraites, se déclinent plus souvent au féminin.
Les personnels des hôpitaux, des EHPAD, de l’aide à domicile, confrontés à la dégradation de leurs conditions de travail, au burn-out, ce sont majoritairement des femmes, comme les aidants familiaux. La majorité des personnes isolées, abandonnées par les politiques publiques, ce sont des femmes.

Mais ici et ailleurs des femmes relèvent la tête.
Celles qui trouvent le courage de révéler les violences qu’elles ont subies.
Celles qui luttent pour de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail, et font reculer leurs employeurs, comme les femmes de chambre des grands hôtels, ou les salariées des EHPAD et de l’aide à domicile.
Celles qui défendent le droit à l’avortement, en Pologne, en Hongrie.
Celles qui se battent pour les droits de leur peuple, comme ces Palestiniennes engagées dans une lutte pacifique contre l’occupation de leur pays par Israël : cette toute jeune fille, Ahed Tamimi, qui vient d’avoir 17 ans dans les prisons israéliennes, et qui a bouleversé le monde entier ; ou encore Khalida Jarrar, députée au parlement palestinien, qui vient une nouvelle fois d’être l’objet d’une mesure de détention administrative, sans procès, en contradiction avec le droit international.
Comment ne pas évoquer aussi à ce sujet Elsa Lefort, qui se bat avec courage contre la détention de son mari, notre compatriote Salah Hamouri, emprisonné depuis le mois d’août dans les mêmes conditions, sans que cela émeuve notre président ?
Et bien sûr, ces femmes Kurdes qui ont combattu Daech en Syrie, pour nos libertés, et que nos dirigeants abandonnent à leur sort sous les bombes d’Erdogan ?
Ou ces artistes, écrivaines, militantes progressistes, féministes, enfermées en Turquie dans les prisons du même Erdogan ?

Notre solidarité va à toutes ces femmes, ces femmes des temps modernes, comme disait Aragon, et à toutes les autres qui travaillent à rendre notre monde plus juste, plus humain.

Yvonne Rainero

Nathalie Le Mel

Nathalie Le Mel

En ce 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, je voudrais évoquer la Finistérienne Nathalie Le Mel, grande figure féminine et féministe de la Commune de Paris, dont on commémorera l'année prochaine le centenaire de la mort.
Une rue de Quimper porte son nom, ainsi que la médiathèque de Pluguffan.

Cette bretonne, née à Brest en 1826, fille d’un ouvrier corroyeur, s’installe en 1849, à 23 ans, à Quimper où elle tient avec son mari une librairie rue Kéréon et où ses idées avancées heurtent la bourgeoisie bien-pensante.

En 1861 elle part pour Paris où elle travaille comme ouvrière-relieuse et adhère à l'Internationale.

Avec Eugène Varlin, ouvrier-relieur lui aussi et représentant de l’Internationale, elle crée « La Marmite », coopérative ouvrière qui fut une sorte de préfiguration des restaurants et épiceries du cœur.

Elle joue un rôle important à la tête de l’Union des femmes de la Commune de 1871, cette Commune de Paris qui avait prévu pour les filles un enseignement laïque, gratuit et obligatoire et proclamé l’égalité des salaires entre instituteurs et institutrices.

Elle y côtoie Louise Michel et d’autres femmes extraordinaires comme Elisabeth Dmitrieff, fille d’un officier tsariste qui avait rejoint elle aussi l’Internationale, ou Sonia Kovalevskaïa, jeune Russe amie de Dostoïevski, qui fut par la suite la 1ère femme à soutenir une thèse de mathématiques et la 1ère titulaire d’une chaire de mathématiques à l’Université.

Lors de la « Semaine sanglante », du 22 au 28 mai 1871, Nathalie Le Mel se bat sur la barricade de la place Pigalle.

Après l'écrasement de la Commune de Paris, elle est arrêtée le 21 juin 1871 et déportée en 1873 avec son amie Louise Michel en Nouvelle-Calédonie.

Les femmes de la Commune qui avaient survécu à la Semaine Sanglante subirent elles aussi une dure répression, parfois le bagne comme Louise Michel et Nathalie Le Mel.
Devant le tribunal militaire qui jugea en septembre 1871 plusieurs d'entre elles, le Commissaire du gouvernement prononça cet incroyable réquisitoire :

« Et voilà où conduisent toutes les dangereuses utopies, l’émancipation de la femme, prêchée par des docteurs qui ne savaient pas quel pouvoir il leur était donné d’exercer…N’a-t-on pas, pour tenter ces misérables créatures, fait miroiter à leurs yeux les plus incroyables chimères ? Des femmes magistrats ? Membres du barreau ? Oui des femmes avocats, députés peut-être et, que sait-on, des commandants ? Des généraux ? On croit rêver en présence de telles aberrations ».

Nathalie Le Mel ne sera libérée qu'après la loi d'amnistie de 1880, ayant refusé toute mesure de grâce.

Elle trouve du travail au journal l'Intransigeant et continue à se battre pour les droits des femmes.

Elle meurt dans la pauvreté en 1921 à l'hospice d'Ivry.

Yvonne Rainero

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6 mars 2020 5 06 /03 /mars /2020 17:07
Samedi 7 mars, 10h30: hommage à Brest à Pierre Sémard, le dirigeant cheminot cégétiste et communiste assassiné par les Nazis le 7 mars 1942

Alors qu’il coule dans les veines du continent européen un venin de couleur brune comme si aucune leçon n’avait été retenue de l’histoire, que l’Allemagne vient de subir une des attaques racistes et xénophobes parmi les plus meurtrières depuis 1945, il est important de rendre hommage à ceux qui se sont battus contre le fascisme.

Samedi 7 mars à 10 h 30, jour anniversaire de son assassinat les communistes participeront à l’hommage rendu à Pierre Semard qui fut secrétaire général du PCF puis de la CGT Cheminots devant la stèle de la gare de Brest.

Samedi 7 mars, 10h30: hommage à Brest à Pierre Sémard, le dirigeant cheminot cégétiste et communiste assassiné par les Nazis le 7 mars 1942
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5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 05:47
 Fanon : hier, aujourd’hui   - Ciné – discussion en présence du réalisateur, Hassane Mezzine, à Ti an Oll Plourin-les-Morlaix le dimanche 15 mars à 15h

"Le film d’Hassane Mezzine présenté à Ti an Oll ce dimanche 15 mars à 15h parle de décolonisation et de liberté de tous les Hommes. Ça parle aussi des luttes en Côte d’Ivoire, en Palestine, en Algérie, mais aussi en France dans les quartiers populaires. " (Ronan Pérot)

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=3zTaQRG0VRA

 

« Fanon : hier, aujourd’hui »     Ciné – discussion en présence du réalisateur, Hassane Mezzine.

Ti an Oll propose dans le cadre du Festival de Lutte contre les Discriminations « L’autre c’est toi, c’est moi » un ciné – discussion le dimanche 15 mars.

Nous présenterons le film documentaire « Fanon : hier, aujourd’hui » de et en présence d’Hassane Mezzine.

 

Ce film présente qui était Frantz Fanon, le « guerrier-silex » selon la belle formule d’Aimé Césaire, cet engagé pour la « libération de tous les Hommes ». La vie de l’auteur de Peau noire, masques blancs et des Damnés de la terre a été courte : né à Fort-de-France en 1925, le psychiatre, intellectuel et militant, est décédé en 1961. Elle n’en aura pas moins été intense. Engagé dans l'armée française pour libérer la France du nazisme, Fanon y découvre racisme, discrimination et mépris. « Je me suis trompé », écrira-t-il à ses parents, lettre de désillusion, poignante, et qui semble marquer une rupture. Il prend la direction d’un hôpital psychiatrique à Blida (Algérie), puis s’engage pour l’indépendance de l’Algérie. Il y sera inhumé à sa demande.

 

Pour Hassane Mezzine, la vision de Fanon est « humaniste, inclusive : Fanon parle d'amour. Il propose sur cette base de recommencer sur des bases renouvelées et assainies une humanité nouvelle ». Le film donne la parole à des femmes et des hommes qui ont connu et partagé avec Frantz Fanon des moments privilégiés au cours de la lutte mais aussi dans l’intimité familiale et amicale. Puis le réalisateur s’attache à explorer le monde d’aujourd’hui pour trouver quel est l’héritage actuel de Fanon, dans les luttes en Côte d’Ivoire, Palestine, France, Algérie…. Car s’il est mort en décembre 1961, sa pensée irrigue de nombreux terrains de lutte à travers la planète. Et comme ces paroles sont galvanisantes !

 

Dimanche 15 Mars / à 15h / à Ti an Oll, Plourin-lès-Morlaix

Ouvert à tou.te.s / Gratuit

Renseignement : 02 98 72 54 27

 

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 06:00
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère:

57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)

Résistance et répression des communistes brestois de 1939 à 1943 (à partir des souvenirs et des enquêtes d'Eugène Kerbaul, résistant communiste)

Né le 5 août 1917 à Brest (Finistère), mort le 12 août 2005 à Paris ; apprenti typographe puis facteur auxiliaire aux PTT, puis journaliste, et de nouveau typographe ; militant des Jeunesses communistes puis du Parti communiste dans le Finistère et à Paris ; résistant, membre de l’Organisation spéciale de combat (OSC) en Bretagne, interrégional des JC en région parisienne puis dans le Nord ; historien du mouvement ouvrier breton.

Fils d’un charpentier en bois syndiqué à la CGT avant 1914 et d’une mère paysanne puis couturière à domicile, Eugène Kerbaul, à douze ans, fut employé de mairie à Saint-Marc (Finistère), apprenti typographe, enfin facteur auxiliaire à Brest.

Il adhéra aux Jeunesses communistes en décembre 1935 puis au Parti communiste en janvier 1936 et fut un des fondateurs du cercle Henri Barbusse des Jeunesses communistes de Brest. Il en fut le secrétaire jusqu’en septembre 1939. Secrétaire adjoint de la Région bretonne (Finistère, Morbihan), en fait premier secrétaire, il fut envoyé en novembre 1936 à l’école nationale d’un mois des Jeunesses communistes. L’année suivante, il fit partie de la délégation nationale des Jeunesses présente au IXe congrès national du parti tenu à Arles du 25 au 29 décembre. Membre du comité de section du PCF de Brest dès sa création en mai 1936, il fit partie de son bureau en 1937 ainsi que du comité régional du parti de 1937 à 1939. Il appartenait également au comité de rédaction de l’hebdomadaire régional communiste La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime.

En juillet 1939, il fut désigné, à son insu, membre d’un « triangle de direction » de la cellule de Brest, avec Jeanne Goasguen-Cariou, qui en était responsable, et Roger Chaigneau.

Clandestin de septembre au 27 novembre 1939, date de son départ aux armées, il fut militaire jusqu’en août 1940. Fait prisonnier, il réussit à s’échapper et, le 1er septembre 1940, il fut de retour à Brest et aussitôt reprit son activité clandestine au PC. Il participa notamment au premier sabotage d’une locomotive en novembre 1940.

À la demande de Robert Ballanger, l’interrégional du Parti pour la Bretagne, Eugène Kerbaul créa et structura l’organisation spéciale à partir de janvier 1941 pour la région brestoise. Il participa et organisa de nombreux sabotages qui retarderont l’installation de l’état-major de la Luftwaffe pour le nord de la Bretagne. En mars, il organisa une imprimerie clandestine, en avril il rentra dans une société de récupération de métaux non-ferreux opérant à l’arsenal, ce qui permit d’autres sabotages et des opérations de propagande, y compris auprès des soldats allemands, qui ne suivirent pas. Arrêté à Brest le 5 juillet 1941, Eugène Kerbaul fut interné au camp de Choisel à Châteaubriant, où il fit partie des JC clandestins détenus. Ce camp fut transféré en mai 1942 à Voves (Eure-et-Loir), où il fit partie de la direction des JC clandestins et d’où il réussit à s’évader, déguisé en gendarme, le 10 janvier 1943. Muté dans la région parisienne par le PCF, il devint responsable de l’interrégion des Jeunesses communistes (Paris, Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne), à nouveau sous la direction de Robert Ballanger. Puis il fut muté dans le Nord à la plus forte interrégion de France de la Jeunesse communiste comme officier FTP. Il réorganisa cette interrégion décimée par les arrestations. À la Libération, l’interrégion Nord des Jeunesses communistes regroupait 2 000 jeunes hommes et jeunes filles essentiellement dans le Nord et le Pas-de-Calais. Il y était connu sous le pseudonyme de « Devos » ou d’ « Arthur Devos ». Eugène Kerbaul participa à des sabotages et à des attentats. Il prit part à la libération de Lille avec deux cents jeunes communistes englobés dans l’ensemble des unités FTP. Pour ses actions de résistant et de combattant, il reçut la médaille de la Résistance et la Croix de Guerre avec palmes.

À la Libération, il devint membre du bureau national des Jeunesses communistes et, après avoir été mobilisé de février à août 1945 avec le grade de sergent dans l’armée, il retourna à Paris en août 1945, pour aussitôt participer comme « instructeur » aux tournées des cadres des jeunes communistes à travers la France, destinées à convaincre les différents groupes à accepter la transformation des Jeunesses communistes en Jeunesses républicaines (UJRF) selon le principe d’ouverture alors en vigueur. En novembre, il épousa Odette Moke, une dirigeante nordiste de l’Union des Jeunes Filles de France, qu’il avait connue quand il dirigeait l’interrégion Nord, et le couple s’installa à Paris. Eugène Kerbaul fut alors membre du bureau national de l’Union de la Jeunesse républicaine de France, bien qu’il fît partie des nombreux militants qui auraient préféré garder l’appellation communiste ; il fut d’abord pendant quelques mois responsable de l’école des Jeunesses à Villejuif, puis rédacteur en chef de l’hebdomadaire L’Avant-Garde (1946-1947) en remplacement d’Henri Kesteman. De février à août 1948, il fut délégué de la Fédération mondiale de la Jeunesse démocratique en Amérique latine : Mexique, Venezuela, Panama, Cuba. Emprisonné en Colombie, il fut finalement libéré sur intervention de l’ambassade de France. Parti pour un mois, ces mésaventures l’avaient coupé de son groupe ; il resta cinq mois Outre-Atlantique et manqua la naissance de son fils aîné.

D’août 1948 à février 1951, il fut muté comme journaliste à l’Humanité, d’abord rédacteur parlementaire, puis en politique étrangère. Il préféra reprendre alors son métier de typographe à l’Humanité, au regret du directeur Étienne Fajon qui aurait préféré garder son « seul journaliste ouvrier » ; mais le salaire de typographe était quasiment double, et un deuxième enfant était né. Il était secrétaire de cellule à l’imprimerie du journal, et, habitant un petit appartement du Faubourg-Saint-Antoine, il fut en 1951-1952 secrétaire de la section du XIe arrondissement du Parti communiste.

De 1953 à 1958, Eugène Kerbaul fut secrétaire puis secrétaire général de l’Association France-Roumanie ; il en démissionna en 1958, quand fut nommé un nouvel ambassadeur dont il ne supportait pas les manières bureaucratiques. Il fut aussi dès leur fondation membre de l’ANACR et de la FNDIRP, avec des responsabilités au Comité fédéral. Resté très attaché à sa culture bretonne natale, bien qu’il n’en parlât pas la langue, il se montra encore actif dans les mouvements bretons de la capitale et devint membre du bureau de l’Union des sociétés bretonnes de l’Île-de-France, orientée à gauche, puis secrétaire et vice-président en 1966. Il participait aussi à la Société d’Archéologie de son département d’origine, en très bons termes avec le prêtre qui la présidait, et à l’Association des Amis de la Commune de Paris.
En 1970, après avoir pris sa retraite de l’imprimerie du journal communiste, il prit la responsabilité du secrétariat d’une commission pour un musée national de la Résistance, celui qui devait voir le jour à Champigny-sur-Marne, puis, en 1971 il devint membre correspondant de l’Institut Maurice Thorez, rédigeant plusieurs articles sur l’histoire du mouvement ouvrier en Bretagne. À parti de 1980, il s’attela à la rédaction d’un Dictionnaire biographique de Militants ouvriers du Finistère, deux fois mis à jour, qui rassemble 1640 notices, et pour lequel il fut en relation avec Jean Maitron. Il publia encore une biographie de la militante communarde d’origine bretonne Nathalie Le Mel.

Habitant dans une HLM à Bagnolet depuis 1967, il s’y montra également actif, contribuant notablement à l’érection du Mur des Souvenirs au nouveau cimetière, en hommage aux victimes de la dernière guerre, lieu des cérémonies municipales du 8 Mai. Il continua jusqu’à un âge très avancé à porter témoignage des luttes du mouvement ouvrier ou de la Résistance, en région parisienne, en Bretagne ou dans le Nord - Pas-de-Calais, toujours apprécié de ses auditeurs pour ses dons d’élocution claire et persuasive. Mais sous la direction de Robert Hue, il fut tellement déçu de l’évolution de son parti qu’il finit par ne plus renouveler son adhésion. À son décès le 12 août 2005, l’Humanité publia une notice nécrologique, tout comme beaucoup d’autres journaux et revues locaux ou régionaux, associatifs ou syndicaux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114756, notice KERBAUL Eugène, Marie par Odette Hardy-Hémery, Georges-Michel Thomas, Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 20 janvier 2016.
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)
Jeudi, 1 Octobre, 1992
Eugène Kerbaul est un militant communiste qui joua un rôle important dans la Résistance
 

Eugène Kerbaul est un militant communiste qui joua un rôle important dans la Résistance. Dirigeant de la Jeunesse communiste à Brest dès les années qui précédèrent le Front populaire, du Parti communiste, en Bretagne notamment, durant la guerre, arrêté et interné à Châteaubriant, évadé, il a été le témoin et l'acteur de maints combats. Passionné d'histoire, il a recherché et trouvé de précieuses archives relatives à l'activité de la section du Parti communiste de Brest entre 1935 et 1943. Il en a tiré une «Chronique» dans laquelle, sans jamais mettre en avant son propre personnage (mais sans l'effacer non plus), il retrace avec minutie les faits et gestes - pour ne pas dire la geste - des communistes brestois (et de quelques autres) durant ces huit années décisives. Il n'existe à notre connaissance aucune autre monographie de ce genre. Elle est passionnante. C'est toute l'histoire du PC à l'époque considérée qui est ainsi mise en lumière, en partant de la base.

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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