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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 08:14
Léon Landini en 2013

Léon Landini en 2013

Un camarade du Finistère et lecteur du Chiffon Rouge, Roger Berthelot, fils de résistant brestois et membre de l'ANACR, nous a signalé ce texte important de Léon Landini qui fait le point sur la résistance communiste avant l'invasion de l'URSS par les Nazis en 1941. 
Roger Berthelot rencontre Léon Landini, ancien grand résistant de la branche militaire des FTP-Moi, qui témoigne de manière émouvante dans le film "Les jours heureux" de Gilles Perret,  à la fête de l'Huma presque tous les ans. Comme beaucoup, il se heurte souvent à des personnes qui affirment que la résistance communiste n'a commencé qu'après avril 1941, comme quoi la propagande anti communiste réécrit l'Histoire, pour camoufler que tous les partis ,sauf le PCF, ont voté à l'Assemblée nationale, leur approbation des accords de Munich. Ils se sont tous couchés devant Hitler et Mussolini
 
 Ce texte de Léon Landini a été publié d'abord dans "Le progrès humain" le 22 juin 2013. Il reprend une conférence de 2012. 
 
Les préjugés sur la Résistance qui veulent que les communistes aient commencé la Résistance qu’après l’invasion de l’URSS en été 1941, ont la peau dure, mais n’ont aucun fondement historique. ue les communistes aient commencé la Résistance qu’après l’invasion de l’URSS en été 1941, ont la peau dure, mais n’ont aucun fondement historique.

Le 23 octobre 1941, 4 mois après l’agression de l’URSS, Charles de Gaulle, lors d’un message radiodiffusé de Londres, déclare ouvertement qu’il ne faut « pas tuer d’Allemands » et attendre les ordres, alors que le Parti communiste avait déjà commencé depuis plusieurs mois, officiellement et ouvertement, la Résistance armée contre l’occupant. Reproche t-on ceci à de Gaulle ? Jamais ! Les communistes étaient en avance sur tout le monde, les plus actifs et les plus déterminés, il serait peut-être temps de le reconnaître. Les communistes furent les premiers à prendre les armes et c’est un communiste, le Colonel Fabien qui tira sur l’officier allemand le 21 août 1941 au métro Barbes et qui donna le signal de la lutte armée générale contre l’occupant. Mais l’objet de cet article ne concerne pas cette période, mais la période qui se déroula de l’été 1940 à l’été 1941, cible de la propagande bourgeoise.

Je vais commencer par citer une conférence de l’ancien Résistant Léon Landini avant d’entrer dans le vif du sujet.

Note : Tout ce qui n’est pas sourcé est tiré du livre de Pierre Maury La Résistance communiste en France, aux éditions Le Temps des Cerises, 2006.

 

Conférence de Léon Landini* le 20 octobre 2002 à Avignon :

Dès juin et juillet 1940 et bien que désorganisés par l’arrestation de nombreux dirigeants, les communistes conscients que les combats ne s’arrêteraient pas avec la capitulation de Pétain et l’occupation de la France, commencèrent à ramasser des armes abandonnées par l’armée française en déroute.

L’OS (Organisation Spéciale du PCF) qui avait pour charge de protéger les imprimeries clandestines, ainsi que les cadres du Parti pourchassés par la police française, fut au lendemain de la libération, officiellement reconnue et homologuée par les services du Ministère des armées comme « unité combattante » à partir d’octobre 1940.

Les FTPF et les FTP-MOI ont été à leur tour homologués « unité combattante » à partir du premier mai 1941.

Parmi les animateurs de l’OS se distingueront des hommes qui paieront de leur vie la gloire des premières armes.

CARRE, LOSSERAN, REBIERE, COQUILLET, KERNIEN, MARCHANDISE, MIRET-MUST, HEMMEN… tous fusillés en 1941 et 1942.

La liste des survivants artisans de l’OS est moins longue que celle des morts.

Quant à « l’action directe » contre l’occupant et ses valets, préconisé dès le début par les communistes et longtemps vilipendée par les « attentistes », démontre que les communistes n’attendirent pas l’invasion de l’URSS pour la mettre en pratique, en effet :

En juillet 1940 : A Nantes, une famille d’instituteurs communistes nommée Leroy, a saboté une centrale électrique qui a privé Nantes de lumière. Une amende importante a été infligée à la ville par les occupants. Le même jour les Leroy ont effectué une distribution de tracts appelant à la Résistance.

Début août 1940 : Dans le Nord, dans l’arrière salle d’un petit café de Dechy, une douzaine d’hommes sont réunis, qui se jurent d’agir contre l’occupant. Il y avait là Eusebio Ferrari, les frères Martel, les frères Camphin, Debarge, tous communistes.

Le lendemain, les habitants de Fenain virent flotter en haut d’un pylône de haute tension, un immense drapeau rouge avec l’inscription « COURAGE ET CONFIANCE ».

Toujours au mois d’août : Les mêmes incendient plusieurs véhicules de l’armée d’occupation et font sauter un train allemand.

En décembre 1940 : Ils dynamitent la génératrice et la sous station de Benory-Cumichy.

Toujours en décembre 1940 : à l’autre bout de la France, dans le Var, Roger Landini, secrétaire des jeunesses communistes et ses camarades, font dérailler en pleine gare de triage de Fréjus-Plage, 8 wagons de marchandise destinée à L’Allemagne alors que la Zone-Sud n’était pas occupée.

En mai 1941 : Ils abattent des soldats hitlériens à Lambersart.

Dans son livre « Les FTP » Charles Tillon écrit : « Dans une circulaire en date du 28 novembre 1940 le Préfet de l’Aube fait connaitre que le Parti Communiste aurait organisé le ramassage sur tout le territoire des armes abandonnées par l’armée française ». Et Tillon ajoute : « En Corrèze fin décembre 1940, vingt groupes de trois sont déjà formés et agissent ».

Ces pionniers de « L’action immédiate » y compris contre les troupes occupantes auront, bien avant l’invasion de l’Union Soviétique ET ALORS QUE LEUR ACTION DEMEURAIT LARGEMENT IMCOMPRISE PAR LE PEUPLE DE NOTRE PAYS, DEMONTRE PAR L’EXEMPLE ET PAR DE NOMBREUX SACRIFICES, que la violence devenait la plus grande école du patriotisme résistant.

Des chroniqueurs, des hommes politiques en mal de notoriété où pour de basses raisons politiciennes et malgré toutes les preuves, n’en continuent pas moins à falsifier la vérité historique en continuant à affirmer que les communistes ne se sont engagés dans la Résistance qu’après l’invasion de l’Union Soviétique.

Il est vrai que l’entrée en guerre de l’URSS redonna à toute la résistance confiance et conviction que la victoire serait au bout de leurs peines.

Désormais l’Angleterre n’était plus seule pour faire face à la puissante armée hitlérienne, les forces en présence s’équilibraient, la libération de notre pays n’était plus une vue utopique, cela devenait une réalité, il nous fallait redoubler de force et de combativité pour hâter ce jour tant espéré. Il n’en reste pas moins vrai que les communistes étaient engagés bien avant cette date, j’en veux pour preuve les écrits du Résistant et historien Henri Noguères et du Résistant Vercors qui eux n’étaient pas communistes.

Dans son livre, La vie quotidienne des résistants de l’Armistice à la libération l’historien-résistant Henri Noguères qui n’était pourtant pas communiste a écrit : « Je pense que c’est faire un injuste procès à un grand nombre de résistants et de faire insulte à de nombreux morts communistes que de propager cette idée reçue selon laquelle la résistance n’aurait commencé pour le Parti communiste qu’au lendemain de l’agression contre l’URSS. Tillon à Bordeaux, Marcel Paul en Bretagne, Romagon en Champagne, Ouzoulias à Paris, Lecœur dans le Nord et ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres, qu’il n’est ni convenable, ni simplement décent de prétendre, comme l’ont fait tant de mémorialistes à mémoire courte et sélective et tant d’historiens à vue basse plus soucieux d’atteindre leur objectif que de faire preuve d’objectivité, que seuls des communistes agissant à titre individuel ont participé au combats de la résistance pendant la toute première année, ont regroupé dès 1940 tant de militants communistes dans la résistance active […] Notamment en créant l’Organisation Spéciale (O.S.) qu’il n’est pas convenable ni même simplement décent de prétendre, comme l’ont fait tant de mémorialistes à mémoire courte et sélective et tant d’historiens à vue basse plus soucieux d’atteindre leur objectif que de faire preuve d’objectivité, que seuls des communistes agissant à titre individuel ont participé aux combats de la Résistance pendant toute la première année. »

Il continue en écrivant : « Singulièrement plus honnête est la démarche d’un Léo Hamon qui, sans jamais s’être comporté en compagnon de route des communistes, a reconnu loyalement avoir rencontré en Zone Sud dèsle mois d’avril 1941 le communiste Marrane que son Parti avait chargé de créer le Front National donc de contribuer à organiser la Résistance ».

Et il ajoute : « Il est toutefois, une supériorité que nul ne peut contester aux communistes : c’est la part dominante, déterminante, prise par la résistance communiste dans le domaine de l’action directe… Ils ont été, pendant très longtemps, pratiquement les seuls à frapper l’occupant, en multipliant les attentats individuels, les embuscades, les sabotages ferroviaires, les attaques des locaux. L’ensemble de la Résistance, en reconnaissant par la suite de donner la priorité à l’action immédiate, rendra hommage à la tactique de guérilla à outrance préconisée par les FTP. »

Il est indispensable de rappeler que ce n’est que le 15 mars 1944, que le Conseil National de la Résistance préconisât « la lutte armée à outrance » alors que les communistes l’a pratiquaient depuis plus de trois ans.

Toutefois, toujours sur la question de la date de participation des communistes à la Résistance, nous souhaitons également porter à votre connaissance les termes d’une lettre adressée le 11 février 1955 par Jean Brüller dit Vercors, au Général de Gaulle, après la lecture de « ses mémoires ».

Il écrit : « En abordant hier soir la page 231, pourquoi a-t-il fallu que je retrouve sous votre plume les calomnies ordinaires que l’on porte contre les communistes… car mon Général, je mentirais par omission en ne témoignant pas pour eux. La première lettre que j’ai reçue, en août 1940 qui m’appelait à la résistance était signée du communiste jean-Richard Bloch. La première réunion à laquelle j’ai assisté en octobre 1940 chez le poète Arcos, s’était faite à l’initiative du même, accompagné du communiste Frédéric Joliot-Curie du communiste Wallon, du communiste Maublanc et du communiste Francis Jourdain …. La première revue clandestine fondée en décembre 1940 « La pensée libre » était une revue communiste et c’est sur ces cendres que j’ai fondé plus tard « Les éditions de minuit ». Le premier organe clandestin des intellectuels résistants (Comité national des écrivains), fut fondé en avril 1941 par le communiste Jacques Ducour. Il y laissa la vie. L’un des tout premiers résistants, que j’ai « pratiqué » qui fut arrêté presque sous mes yeux, puis torturé à mort, c’était le communiste Holweg. La première « grosse affaire » découverte par la Gestapo fut celle du Musée de l’Homme, conduite par le communiste François Lescure … et qui mena (en compagnie de Francis Cohen tous deux dirigeants des jeunesses communistes) l’affaire du 11 novembre 1940 à l’Arc de Triomphe. [Le 11 novembre 1940, eut lieu une grande manifestation à l’Arc de Triomphe de Paris, organisée par des étudiants qui protestaient contre l’occupation allemande. Parmi les principaux organisateurs il y avait François Lescure et Francis Cohen tout deux dirigeants de la jeunesse communiste].

« C’est justement parce qu’il est évident que nos historiens futurs puiseront presque tout ce qui concerne cette période dans vos mémoires et probablement dans eux seuls, que je me suis attristé d’y trouver une erreur historique qui risque de se perpétuer » et plus loin il ajoute : « Je ne parlais que du court passage (quelques lignes) où vous reprenez contre les communistes français l’accusation courante de s’être abstenus de la Résistance jusqu’à l’entrée en guerre de l’U.R.S.S. Vous objectez à mon témoignage : c’étaient seulement quelques individualités. Mais c’est là justement que gît l’injustice à leur égard …. Cependant quel autre « Parti » a édité clandestinement une revue résistante dès 1940 ? Les radicaux, les socialistes, les modérés ? Quel « réseau » issu d’un « Parti » a fonctionné avant les réseaux communistes ? Penseriez-vous à reprocher aux autres ces longs mois passés à hésité, à se chercher, à s’organiser ? »

En ce qui nous concerne, nous ajouterons, que le premier numéro de « Libération » est daté de juillet 1941, le premier numéro de « Combat » ainsi que celui de « Franc-Tireur » sont datés de décembre 1941, alors que depuis juin 1940, « L’Humanité » avait déjà publié 90 numéros illégaux. La part primordiale prise par les communistes, dans la lutte armée contre le fascisme le nazisme et pour la reconquête de nos libertés. Comme l’a écrit Henri Noguères : « Il est toutefois une supériorité que nul ne peut contester aux communistes : c’est la part dominante, déterminante, prise par la résistance communiste dans le domaine de l’action directe… Ils ont été pendant longtemps pratiquement les seuls à frapper l’occupant ».

Mais il est incontestable que longtemps les frappes contre l’occupant furent vilipendées non seulement par Pétain mais également par le Général de Gaulle.
Le 23 octobre 1941, au lendemain de Châteaubriant, le chef de la « France libre » avait ordonné au nom du Comité de Londres : « La guerre doit être conduite par ceux qui en ont la charge … actuellement la consigne que je donne pour le territoire occupé, c’est de ne pas y tuer d’Allemands ».
Dire alors : « Il ne faut pas tuer d’Allemands » constituait un désaveu de la Résistance dans son irrépressible développement.

La lutte des F.T.P. était-elle donc prématurée ? Et que serait-elle devenue, si de Gaulle avait été obéi ? La résistance intérieure devait-elle se borner à un service de renseignements, jusqu’au jour J où les ordres seraient donnés ?

Charles Péguy avait écrit : « Demander la victoire et n’avoir pas envie de se battre, je trouve que c’est mal élevé. »

Nous, nous devons d’ajouter « qu’un peuple qui ne se bat pas pour sa liberté est un peuple indigne de la liberté ».

Les F.T.P-M.O.I. placés directement sous l’autorité du Parti communiste français demeurent avec « L’affiche Rouge » la figure emblématique de la Résistance française.

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* Léon Landini : Ancien officier des FTP-MOI – Officier de la Légion d’Honneur – Médaille de la Résistance – Grand Mutilé de Guerre – Décoré par l’Union Soviétique – Président de l’Amicale Carmagnole-Liberté des anciens Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI).

Ne pouvant assister sans réagir, aux abominations commises par les troupes fascistes, les communistes appellent alors à la création de « Brigades Internationales » destinées à aller combattre aux côtés des républicains espagnols. Des milliers de communistes répondirent à cet appel. 3.500 d’entre eux perdirent la vie en défendant la liberté. Bien des années plus tard, le gouvernement français reconnaissant le rôle héroïque joué dans la défense de la patrie par les « Brigadistes », leur accorde la « Carte de Combattant », reconnaissant implicitement qu’ils étaient les premiers combattants de la Résistance ayant fait front à l’ennemi, les armes à la main.

Sur la préparation de la résistance armée dès l’été 1940 alors que le Parti communiste, récemment dissous, était sévèrement désorganisé :

« Ainsi, durant l’été 1940, Jean Baillet fut mandaté par le comité central pour porter ses directives dans un certain nombre de départements, notamment l’Aube. Il s’agissait de constituer des groupes spéciaux chargé de récupérer les armes abandonnées et plus ou moins camouflées par l’armée française durant la débâcle. [1] »

Enfin, sur le début de la résistance armée communiste qui n’a pas attendu l’invasion du « grand frère » soviétique :

« Dès l’automne 1940, les groupes de l’OS commencèrent à s’attaquer à l’appareil militaire nazi en prenant pour premiers objectifs les câbles téléphoniques. [1] »

« ″La participation des communistes à de tels actes de sabotage a été démontrée de façon irréfutable″ note la Gestapo le 21 février 1941 (…) Luttes revendicatives et actions armées s’articulent parfois. Ainsi, le 7 avril 1941, à Issy-les-Moulineaux, le Comité populaire de l’usine La Raffia, à main-d’œuvre surtout féminine, fabriquant des filets de camouflage pour les canons, organise une grève et une manifestation à la kommandantur de Montrouge. La police arrête dix-sept manifestantes. A trois reprises, dont une immédiatement après la grève, l’OS tente, mais sans succès, d’incendier l’usine. [2] »

Le premier reseau de résistance universitaire a été fondé par les communistes Jacques Decour, Georges Politzer et Jacques Solomon en septembre 1940 ! Ils publient « l’Université Libre » et « La Pensée libre » qui sera la plus importante publication de la France occupée. Traqués par la police française, ils sont arrêtés en février 1942, torturés puis fusillés en mai 1942.

En réponse au théoricien nazi Rosenberg, qui vient à la chambre des députés le 28 novembre 1940 faire une conférence intitulée « Or et sang » pour liquider l’héritage de la France, son histoire, sa culture, la Révolution française de 1789, s’en prendre à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et exalter le racisme, le philosophe communiste Georges Politzer, seul intellectuel français à réagir à cette mascarade, écrit un pamphlet distribué clandestinement : « Révolution et contre-révolution au 20° siècle » et démonte les arguments du nazi Rosenberg. Cette brochure, véritable texte philosophique de haute portée dénonce cette mascarade : « Le culte du passé glorieux [la Révolution française de 1789] acquiert un contenu et un sens nouveau, à l’heure ou le capitalisme français livre la nation à l’oppression d’un impérialisme étranger… Le mythe du sang représente la trouvaille. En appelant à la guerre du sang contre l’or, M. Rosenberg fait croire que l’Allemagne capitaliste mène une guerre anticapitaliste. Hitler parle même de « deux mondes ». Mais est-ce l’Allemagne a supprimé la division de la société en exploités et exploiteurs ? Il a supprimé les classes par l’esprit, c’est-à-dire comme l’explique l’auteur du « Mythe du 20° siècle » en faisant prendre conscience aux hommes de « l’unité raciale » et de sa « force » supérieure à toutes les autres. C’est ce qu’il appelle le mystère du sang. »

Georges Politzer a écrit à ce sujet un autre texte vers la même période : L’obscurantisme au 20° siècle.

Le 6 juin 1940 le Parti communiste français a officiellement – quoiqu’interdit et persécuté – proposé au gouvernement de prendre des mesures radicales pour défendre l’existence de la patrie. Le communiste Georges Politzer, qui sera fusillé par les nazis deux ans plus tard, a remis, le 6 juin, au ministre Anatole de Monzie (qu’il connaissait personnellement pour avoir travaillé avec lui à « l’Encyclopédie française ») un texte en cinq points rédigé par Benoît Frachon, et quelques autres dirigeants communistes, parmi lesquels Arthur Dallidet et, sans doute Victor Michaut. Le Parti communiste propose :

1) Transformer le caractère de la guerre, en faire une guerre nationale pour l’indépendance et la liberté ; 2) Libérer les députés et les militants communistes ainsi que les dizaines de milliers d’ouvriers emprisonnés ou internés ; 3) Arrêter immédiatement les agents de l’ennemi qui grouillent dans les Chambres, dans les ministères, et jusque dans les états-majors, et leur appliquer un châtiment exemplaire ; 4) Ces premières mesures créeraient l’enthousiasme populaire et permettraient une levée en masse qu’il faut décréter sans délai ; 5) Il faut armer le peuple et faire de Paris une citadelle inexpugnable.

Il s’agit, en fait, du tout premier appel à la Résistance. On en trouve l’esprit – et parfois la lettre – dans les tracts clandestins que diffuse à l’époque le Parti communiste (il en existe des exemplaires au Musée de la Résistance nationale de Champigny).

Le témoignage de Mounette Dutilleul permet de se rendre compte que les propositions du Parti pour faire de Paris une « forteresse inexpugnable » sont dans la logique de positionnement du PCF. Contrairement à l’affaire de la demande de reparution légale de L’Humanité, qui est le fruit de la désorganisation du Parti, les propositions transmises par Politzer sont l’expression de la ligne politique.

« Parce que j’ai toujours pensé que cette lettre avait témoigné de la vigueur du Parti dans une époque de guerre et de répression difficile. Nous étions alors à Paris coupés de toutes liaisons avec nos camarades de Belgique, comme avec le Bureau de l’Internationale Communiste. Nous étions non seulement pourchassés mais encore à contre courant de l’opinion publique. Pourtant, comme nous disait Frachon, nous avions la chance, mûris à l’école du Parti, d’être assez forts, assez organisés, assez savants pour ne pas trébucher sur n’importe quoi ! Frachon, dans les circonstances les plus étonnantes, avait une réserve inépuisable d’enthousiasme. En vérité, la lettre du 6 juin, ne relevait ni de la « bombe » ni du « tournant ». Elle n’avait rien d’occasionnel. On en trouve témoignage dans les Humanités ronéotées de cette période. En avril 1940, il y a l’article de Maurice Thorez sur « les Pitt et Cobourg ». En mai 1940, avant que la demande de De Monzie nous parvienne, on écrit dans l’Humanité : « […] Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère et de la mort […] Face à l’ennemi de l’intérieur et de l’extérieur (il faudra) agir à l’exemple des révolutionnaires de 1793 et des héroïques Communards de 1871. » Et puis, pour remonter aux sources déjà jaillies, l’Humanité saisie du 26 août 1939 ne titrait-elle pas sur toute sa largeur : « Union de la nation française contre l’agresseur hitlérien » ? En janvier 1936, le Parti à son congrès de Villeurbanne ne lançait-il pas l’idée de réconciliation nationale sur le plan de sauvetage du pays ? En adressant la lettre du 6 juin 1940 à De Monzie, Frachon poursuivait sur la lancée. Il ne pensait certainement pas détourner, d’un revers de manche, le cours de l’histoire. Il avait surtout le souci de ne pas perdre une occasion de faire entendre le Parti dans le pays. Il voulait ce qui reste de cette lettre : appeler à redonner à la guerre son contenu de guerre antihitlérienne. Les propositions avancées dans cette lettre étaient-elles prématurées ? N’étaient-elles qu’un coup de clairon ? Je ne l’ai pas pensé. Je ne le pense toujours pas. En tous cas, si coup de clairon cela était, il sonnait déjà le rassemblement pour un front national de libération. Il jetait de la semence de Résistance armée. A la fin de cet épisode, je m’aperçois que j’ai fait avec la lettre du 6 juin 1940 comme on fait avec l’Arlésienne. On en parle tout le temps, mais on ne la voit jamais. Ci-après donc le texte tel que Maurice Thorez le redonne dans son édition de 1960 de Fils du Peuple page 193, et qu’il présente ainsi : « Alors que la menace allemande sur Paris grandissait d’heure en heure, notre Comité Central faisait transmettre au gouvernement, le 6 juin, les propositions suivantes [cf. plus haut] Et Maurice Thorez termine : « Nous proposions au gouvernement l’armement du peuple et la lutte à outrance. Il répondit par la capitulation. » »

Tous les éléments suivants sont tirés du livre de Pierre Maury cité, sauf si la source est indiqué directement.

Le premier rapport du commandement militaire allemand en France (MBF) fait état de l’activité communiste en août 1940 : « La population ouvrière des centres industriels, des localités minières, des grands ports et celle qui donne le plus son aide aux communistes dès juillet 1940 (…) La tendance communiste prédomine. »

Le rapport du 1° août de l’officier allemand de renseignement constate « Qu’une activité politique digne d’être retenue n’est développée nulle part en zone occupée, si on fait abstraction du communiste de plus en plus notable. »

Le 9 septembre 1940, le chef de la Sicherheitspolizei (Gestapo) écrit que « les communistes favorisent en pratique l’ambiance anti-allemande. »

Début octobre 1940, le SS Sturmbahfuhrer Karl Bomelburg, chef de la Gestapo à Paris, signale à ses supérieurs le danger important auquel l’occupant est confronté : « Quoiqu’interdit, le Parti communiste est le seul des anciens partis qui déploie encore une forte activité (…) et ait les masses derrière lui, c’est pourquoi la question est sans doute la plus importante pour les autorités allemandes et françaises. »

Le 5 octobre 1940, un rapport de la police de Vichy fait état que : « Le communisme est devenu le symbole de l’indépendance nationale par contraste avec la résignation générale. »

Le 14 septembre 1940, le colonel SS Heydrich, chef nazi au plus haut niveau de la Gestapo note : « Aujourd’hui le PC est bien en France l’unique organisation qui est en position d’organiser le peuple qui cherche une issue politique. »

Le 24 janvier 1941, Knochen signale que le PCF « orchestre systématiquement ces manifestations… »

Le préfet du Finistère en avril 1941, dans son rapport mensuel daté du 4 avril remarque : « Parmi les adversaires de la Révolution Nationale on peut distinguer : 1°) les communistes qui sont aussi actifs qu’irréductibles… doivent être considéré comme rebelles à toute propagande… »

On peut aussi citer le journal réactionnaire d’Amiens, qui, en avril 1941 écrit : « Alors que sous le poid de la défaite, en passant par les radicaux, tous ont renoncé à l’activité collective, les communistes seuls ont maintenus l’organisation. »

Le 16 juin 1940, les communistes brestois constituent leur premier dépôt d’armes au Bouguen, provenant d’armes abandonnées par l’armée anglaise. Trois jours plus tard, l’armée allemande arrive à Brest !

Le 17 juin 1940, c’est avec un jour d’avance sur celui du général de Gaulle que Charles Tillon, chargé de réorganiser le Parti communiste dans le sud-ouest, un des dirigeants du PCF et futur chef des FTPF, lance un appel à la résistance contre « le fascisme hitlérien » :

Mais le peuple français ne veut pas de l’esclavage, de la misère et du fascisme, pas plus qu’il n’a voulu la guerre des capitalistes. Il est le nombre, uni, il sera la force… – Pour un gouvernement populaire, libérant les travailleurs, rétablissant la légalité du Parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien. Peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins et aviateurs encore sous les armes, unissez-vous dans l’action. »

Il publiera un second texte le 18 juillet 1940 le « Manifeste de Bordeaux », au nom du PCF, invitant « à l’union pour chasser à la fois les capitalistes, leur tourbe de valets et de traîtes, et les envahisseurs. »

En Bretagne, le communiste Auguste Havez (ancien secrétaire du groupe parlementaire communiste à la Chambre des députés) sera encore plus percutant, le 22 juin 1940 : « Il n’y aura pas de répit avant d’avoir bouté les bottes hitlériennes hors de notre pays. »

Début juillet 1940, en Bretagne, le député communiste Marcel Paul rédige lui aussi un appel : « Il ne faut pas désespérer, il ne faut en aucun cas aider l’ennemi… »

Le 19 juin 1940, des groupes de jeunes communistes coupent les fils téléphoniques de la Kommandantur.

A Rennes, le 19 juin 1940, le jour même de l’arrivée des allemands dans la ville, Louis Coquillet (responsable régional de la Jeunesse communiste) diffuse un appel à la lutte contre l’occupant.

Le 20 juin 1940 a lieu un des tous premiers sabotages importants effectués par un groupe communiste, celui des ateliers de Vauzelles, prêts à être livrés aux Allemands.

Ce même jour à Brest, c’est-à-dire au lendemain de l’arrivée des allemands, plusieurs réunions de militants communistes ont lieu, à la question de savoir : « « Que faire maintenant qu’ils sont là ? » Partout la même réponse : « continuer ! » »

C’est en septembre 1940 que Georges Politzer et Jacques Solomon rédigent un appel aux « travailleurs intellectuels ».

L’Humanité clandestine, numéro spéciale du 30 octobre 1940 titre : « Pour que la France soit aux Français, Femmes de France, unissez-vous. »

Le 10 septembre 1940, l’Humanité clandestine titre : « Le blé français doit nourrir les français. »

Le 26 septembre 1940, l’Humanité clandestine titre : « Le gouvernement de Vichy n’est pas un gouvernement français. »

Le 1° mai 1941, l’Humanité titre Vive le premier Mai ! et dénonce les allemands.

Le 20 mai 1941, on peut lire dans l’Humanité : « Le PCF s’adresse à tous ceux qui pensent français et veulent agir français… Dans ce Front national pour l’indépendance il y a de la place pour tous les français sauf les capitulards et les traîtres au service de l’envahisseur, pour que la France soit la France et ne devienne pas une colonie nazie, l’unité nationale doit se faire… contre les envahisseurs et les traîtres, contre le gouvernement de Vichy qui obéit aux ordres des occupants allemands. »

Le 26 mai 1941, on pouvait lire dans l’Humanité : « A bas l’antisémitisme : les gouvernements de Vichy ne sont que de plats valets d’Hitler. Obéissant aux directives de Berlin, ils ont fait arrêter plus de 5 000 juifs et les ont envoyés dans des camps de concentration. »

L’appel dit « du 10 juillet 1940 » de Maurice Thorez et de Jacques Duclos (les deux principaux dirigeants du PCF) qui, s’il n’est pas un appel à l’insurrection armée – en juillet 1940, il ne faut pas rêver ! – incite à créer un « front de la liberté, de l’indépendance et de la renaissance de la France », proclamant qu’« il n’y a de paix véritable que dans l’indépendance des peuples ». Ce texte, qui a été diffusé à 600 000 exemplaires, est très souvent cité comme témoignant de l’engagement précoce du PCF dans la Résistance, le plus souvent avec cette seule phrase : « Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves ». On retrouve aussi dans ce texte les phrases : « Mais le Peuple de France ne se laissera pas faire. A la ville, dans les campagnes, dans les usines, dans les casernes doit se le front des hommes libres contre la dictature des forbans. A la porte le gouvernement de Vichy ! A la porte le gouvernement des ploutocrates et des profiteurs de guerre ! (…)  Mais rien ne pourra empêcher que les comptes soient réglés et les masses laborieuses en demandant que LA France SOIT AUX FRANÇAIS expriment à la fois LA VOLONTÉ D’INDÉPENDANCE DE TOUT UN PEUPLE et sa ferme résolution de se débarrasser à tout jamais de ceux qui l’ont conduit à la catastrophe. (…) La France ne veut pas être mise au pas par les aventuriers de Vichy (…) CELA NE DOIT PAS ÊTRE ; CELA NE SERA PAS ! La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé, la France au passé si glorieux ne s’agenouillera pas devant une équipe de valets prête à toutes les besognes (…) La France doit se relever, elle se relèvera, il le faut, dans l’intérêt même de la fraternité des peuples, que, de toutes façons nous voulons (…) Et c’est seulement autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage, parce que l’avenir lui appartient; c’est seulement autour de la classe ouvrière guidée par le Parti Communiste, Parti de propreté, d’honneur et d’héroïsme, que peut se constituer LE FRONT DE LA LIBERTÉ, DE L’INDÉPENDANCE ET DE LA RENAISSANCE DE LA FRANCE. »

Ce texte dit-on était peu convaincant face à l’appel prophétique du Général De Gaulle. Daniel Cordier qui fut secrétaire de Jean Moulin souligne cependant que cet appel comparé au silence des républicains de tous bords eu le mérite de « briser le consensus béat et contrit qui s’établissait autour de Pétain et de son gouvernement ». Daniel Cordier affirme « qu’en appelant les Français à prendre leur destin à bras le corps, en livrant la bataille des revendications sociales, les communistes ont contribué à arracher les Français à leur apathie » en les dressant contre le « mea culpa » et les résignation générale prônée par Pétain.

Ce même-mois, un tract du PCF parait sous le titre : « La France ne sera pas fasciste ».

Fin août 1940, le Comité Central donne les directives de lutte : « Créez des groupes clandestins de trois camarades, des dizaines et des trentaines, partout ou c’est possible, dans les usines, les mines, les localités. Augmentez la propagande du Parti. La presse nationale ne suffit plus, chaque organisation, à tous les niveaux doit se doter de moyens de propagande. Il faut récupérer les armes abandonnées à la débâcle, les stocker en lieu sûr. Donnez une formation militaire aux militants pour organiser l’action directe et le sabotage. Préparez les planques pour les militants obligés de passer dans l’illégalité. Prendre contact avec les résistants isolés ou groupes structurés pour essayer de mettre sur pied un front uni résistant. »

Dés le mois d’août, le PCF dénonce la politique antisémite de Vichy et de l’occupant. Les tracts du PCF flétrissent les mesures raciales de l’Etat français (rapport du SS Sturmbanh-Fuhrer du 24 août 1940).

Des tracts du PCF ont été saisis comme : « L’antisémitisme arme de la réaction »… et « Vive l’union de la nation française »… furent des écrits de première importance, ils furent diffusés par le PCF pendant l’automne et l’hiver 1940.

En août 1940, à Lille, un groupe du PCF et des JC attaque un centre de la Propaganda-Staffel.

Le 9 novembre 1940, au Havre, un groupe de l’OS jette un Feldgendarme à la mer.

En novembre 1940, le PCF impulse l’action dans les syndicats clandestins de la région parisienne par l’intermédiaire d’André Tollet qui crée les GDS, des syndicats clandestins, dont les responsables dès leur création est Joseph Epstein et Henri Rol-Tanguy.

Même période, le PCF dénonce l’annexion de l’Alsace-Lorraine et élève : « une protestation véhémente contre cette annexion arbitrairement effectuée (…) et qui (…) voue au même mépris de tous les français (…) le gouvernement de Vichy, d’esclavage et de trahison qui laisse indexer l’Alsace sans dire un mot (…). »

En décembre 1940, l’annexion de l’Alsace-Lorraine est pratiquement terminé. Une nouvelle fois le PCF s’élève contre cette annexion, en particulier dans l’Humanité clandestine du 10 décembre.

La police de Vichy s’inquiète et signale que : « La propagande communiste est un danger sérieux pour la jeunesse. »

En automne 1940, les allemands recrutent des ouvriers volontaires pour l’Allemagne. Le PCF réagit et dénonce cette déportation déguisée qui vise à donner des bras à l’industrie de guerre allemande. En ce mois d’octobre 1940, on peut voir par exemple une manifestation organisée par le PCF à Saint-Denis (93) contre ce recrutement pour l’Allemagne. Un rapport de l’administration allemande d’octobre 1940 signale : « Des tracts communistes en Bretagne, contre le travail en Allemagne… »

Le 29 septembre 1940, le commissaire central adresse un rapport au préfet de l’aube : « Activité du Parti communiste, j’ai l’honneur de vous signaler d’après un renseignement recueilli de bonne source, que le Parti communiste aurait organisé le ramassage sur tout le territoire des armes abandonnées par l’armée française pour en constituer des dépôts clandestins qui seraient utilisés en prévision d’une attaque ultérieure. »

C’est en janvier 1941 que Georges Wodli, cheminot membre du Comité Central du PCF, revient en Alsace avec les directives du Comité Central dont l’objectif principal était de : « (…) rassembler ceux qui sont opposés à la destruction des libertés populaires en France, tous ceux qui se dressent contre le gouvernement de Vichy (…). Pour réaliser le front unique à la base et rassembler autour de la classe ouvrière et du Parti tous ceux qui veulent que la France soit LIBRE et INDÉPENDANTE et non réduite à l’esclavage et la vassalité. »

La déclaration officielle du Comité central, toujours avant la rupture du pacte germano-soviétique, le 15 mai 1941 : « Guidé par le souci exclusif de réaliser l’union de la nation pour la cause, sacrée entre toutes, de l’indépendance nationale, le Parti communiste français, mettant au-dessus de tout l’intérêt du pays, déclare solennellement qu’en vue d’aboutir à la création d’un large front de libération nationale, il est prêt à soutenir tout gouvernement français, toute organisation et tous les hommes dont les efforts seront orientés dans le sens d’une lutte véritable contre l’oppression nationale subie par la France, et contre les traîtres au service de l’envahisseur. »

Le Parti communiste français installe, à partir de juillet 1940, dans de nombreuses usines, des comités populaires dans le but d’obtenir de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaires, de lutter contre les restrictions et de combattre l’influence des syndicats à la solde de Vichy. Ces comités donnent naissance, dans certaines entreprises, dès la fin 1940, à des groupes de destructions et de sabotages.

Par exemple, en octobre 1940, la délégation générale déclare : « A Boulogne-Billancourt, le comité populaire des usines Renault s’est doublé d’un comité des usines de Boulogne, sous prétexte de revendications diverses (salaires, congés payés, indemnités de toutes sortes). Le but de ce comité est de grouper le plus grand nombre d’ouvriers possibles sous l’égide du Parti communiste. »

Dès octobre 1940, la direction du P.C.F. met en place des « groupes spéciaux » (appelés « groupes de choc » par la Gestapo (cf le rapport de la Gestapo du 24 février 1941)) que l’on appelle aussi « groupes O.S. », constitués au départ d’éléments aguerris pour effectuer un certain nombre de tâches relevant du service d’ordre et des coups de main : récupération d’armes, d’explosifs, actions de sabotage contre les installations militaires allemandes, intimidation des traîtres, protection des militants qui prennent la parole sur les marchés, distribuent des tracts, collent des affiches, des papillons, participent à des manifestations patriotiques… Après la Libération, l’Organisation Spéciale a été reconnue, à partir d’octobre 1940, comme « unité combattante » par le Ministère de la guerre.

Concernant l’OS, voici un texte (tiré de Les chroniques de la Résistance) intéressant : « [Jean Chaumeil] raconte : « Dans le courant du mois de septembre 1940, nous avons commencé à recevoir comme directive de choisir les meilleurs camarades du Parti afin de constituer des groupes de l’OS… Qu’était-ce dons que l’OS ? Dès que ces deux lettres ont été connues, les journalistes collaborateurs ont prétendu qu’OS signifiait « Organisation soviétique »… En réalité, ça voulait, bien sûr, dire « Organisation spéciale »…Les groupes de l’OS que nous avons donc ainsi commencé à constituer avaient pour missiond’assurer leprotection des militants et le châtiment des traîtres, mais aussi d’entraîner les hommes aux futurs combats armés, de chercher des armes, de constituer des dépôts d’armes, de se préparer à s’en serviret puis, en attendant, de s’exercer par le sabotage des lignes téléphoniques allemandes, des poteaux indicateurs bilingues, par la destruction dans les usines de tout ce qui pouvait être détruit pour saper la production… Dans la banlieue Est de Paris, notre premier groupe OS a été constitué par cinq ou six camarades que dirigeait, tout d’abord, un militant d’origine serbe, le camarade Henri Coli. La première mission que ce groupe a eu à remplir fut de détruire, place Carnot, à Romainville, tous les panneaux indicateurs que les Allemands avaient installés dans toutes les directions afin d’orienter leurs convois vers Paris ou vers l’Est. A la Kommandantur de Montreuil, ils ont piqué une rage terrible quand ils se sont rendu compte qu’on avait détruit ces panneaux et ils ont même menacé de prendre des otages. En fait, ce fut un premier coup porté à l’ennemi. On en parla beaucoup dans la population et il exalta l’ensemble de nos camarades en nous permettant même de créer immédiatement d’autres groupes de l’OS pour notre région de Paris-Est… » (…) A Brest, nous dit [Eugène] Kerbaul, le premier sabotage communiste date de novembre 1940. C’est celui d’une locomotive. Dans la ville, alors, les gens ressentaient beaucoup le manque de beurre et de pommes de terre. D’autant plus que, tous les jours, ils en voyait partir pour l’Allemagne. C’est pourquoi ce premier sabotage qui visait la locomotive d’un train transportant des pommes de terre en Allemagne a eu immédiatement une répercussion extraordinaire. (…) [Maintenant, un commentaire de Madeleine Riffaud] : · »Une nuit de l’automne 1940, alors que sur le Nord (…) plane un silence terrible, soudain, des explosions. Une flamme éclatante, véritable aurore boréale, éclaire le pays minier du haut du plateau de Vimy (…) Hapiot, glorieux combattant des Brigades internationales (…) et Georges Capel, supérieur direct de Charles Debarge, ont incendié sur les hauteurs un parc de voitures allemandes… » Ces exemples sont caractéristiques de l’effet psychologique, et donc politique, que produisent les sabotages, dès les premiers mois de l’Occupation. Mais ces exemples ont aussi intéressants pour ce qui est de l’évolution même du nombre et de la nature de ces sabotages. En effet, si les câbles coupés sont largement majoritaires dans la toute première période, les voies ferrées endommagées vont vite les rejoindre avant de les dépasser. Cette évolution marquera d’ailleurs une aggravation de la lutte puisque, d’une part, les sabotages ferroviaires auront des conséquences plus directement sensibles sur le fonctionnement même de la machine de guerre allemande et que, d’autre part, alors qu’il n’y a pas besoin d’être postier pour sectionner un fil téléphonique, il est difficile de perturber la circulation des trains sans l’aide d’aucun cheminot et que ce seront les cheminots eux-mêmes qui mèneront la « bataille du rail »… Mais n’anticipons pas… Pour le moment, bornons-nous à noter avec Joseph Jacquet, auteur de Les cheminots dans l’histoire sociale de la France, que « les actes de sabotage des voies ferrées qui ont débuté par celui du 16 juillet 1940 près d’Epernay » vont se multiplier. « Dès lors, ajoute le même auteur, lentement au début, car il faut s’armer, s’approvisionner en explosifs, apprendre à choisir les lieux les plus propices, puis de plus en plus rapidement, l’action de sabotage se développe sur les lignes comme dans les dépôts ; c’est le 20 juillet 1940 au dépôt de La Plaine qu’une locomotive tombe dans la fosse de la plaque tournante. » (…). [3] »

Le 11 décembre 1940, les premiers groupes de l’O.S. dirigés par Jean Mahon, Chalon et Grillot, font dérailler un train de marchandise entre le poste 2 de Perrigny et le poste 2 de Longvic, détruisant quatre citernes de vin destiné aux Allemands et coupant la voie pendant 14 heures. Albert Ouzoulias mentionne encore deux autres déraillements, les 3 et 13 janvier 1941, puis, « de janvier à juin 1941, ces mêmes groupes (réalisent) des récupérations d’armes et d’explosifs, la remise en état des armes et la fabrication d’engins dans les ateliers du dépôt. » De septembre au 15 octobre, avec un effectif de 24 hommes, le groupe OS FTPF s’attaque aux locomotives par sablage des boîtes à huile.
La police militaire allemande soupçonne Jean Mahon, Jean Bouscand et Gabriel Lejard de coordonner les opérations de sabotage au dépôt de Perrigny, mais n’en possède pas de preuves.
À la fin juin 1941, tous les responsables communistes Côte-d’Oriens connus sont arrêtés.

Quelques actions de l’OS/BJ en 1940-1941.

Le 14 août 1940 : un groupe spécial du PCF abat un soldat allemand sur le port de Royan, acion probablement organisé par Charles Tillon.

Le 9 novembre 1940, au Havre, un soldat allemand est jeté à la mer par un groupe de l’OS.

Même mois de la même année : l’OS montre son efficacité en détruisant un char allemand à Wandignie-Hamage dans le Nord.

Même période : Un groupe de l’OS incendie un parc de camion allemand à Vimy dans le Pas-de-Calais.

Le 3 janvier 1941 : L’OS fait dérailler un train de marchandises allemand, près de Perigny en Côte-d’Or.

Le 13 de ce mois : L’OS recommence à Perigny.

Toujours en janvier : L’OS sabote des lignes à haute tensions à Vauzelles, et encore au Havre, à Brest, en région parisienne.

Février 1941 : l’OS sabote les lignes à haute tension de Pont-Saint-Ours et de Puy-De-Dôme.

Le 27 février 1941, un soldat allemand est retrouvé dans le canal de Saint-Denis (OS).

Vers le 10 mars 1941, un groupe de l’OS abat trois soldats allemands au port de commerce de Brest.

Toujours en mars : l’OS incendie douze wagons allemands à Champigny-sur-Marne. Elle sabote le réseau à haute-tension de Saint-Eloi.

Le 16 mars : l’OS incendie un moulin au service de l’ennemi, à Mantes-la-Ville, Yvelines.

Le 17 avril : l’OS sectionne les câbles téléphoniques de la Kommandantur du Havre.

Le 20 avril 1941, un cheminot allemand est abattu par les Bataillons de la Jeunesse (en quelque sorte la jeunesse de l’OS).

Le 30 avril 1941, un sous-officier allemand est abattu à Lambersard (Nord) par un groupe OS/BJ.

Le 1° mai : l’OS fait sauter les permanences des nazis français à Angers.

Le 5 mai : l’OS incendie les entrepôts Damoy à Vitry.

Encore en mai, l’OS détruit un parc à voitures allemands à Saint-Die dans les Vosges.

Courant juin 1941 : l’OS incendie un parc de camions allemands à Vincennes.

Le 28 juillet 1941, deux officiers nazis sont abattus à Lille par un groupe OS/BJ.

Le 8 août 1941, porte d’Orléans à Paris, un officier allemand un abattu par des jeunes communistes. (Le Berre et Manuel)

Le 14 août 1941, les BJ détruisent l’usine Les Isolants de Vitry qui travaillait pour les allemands.

Le 21 août 1941 : Charlet (OS) est arrêté dans le Douaisis (Nord) et tente de s’évader un abattant le chauffeur, l’interprète allemand et en blessant un Feldgendarme.

Le 28 août 1941, un groupe de l’OS incendie des camions allemands rue de la plaine, dans le 20°.

On le voit, les groupes armés communistes ont commencé bien tôt à attaquer l’intégrité physique des troupes hitlériennes. Et encore ceci ne tient pas compte des pertes nazies subies lors des déraillements de trains allemands ou lors d’attaques de convois motorisés comme à Périgny en Côte-d’Or le 3 et le 13 juillet 1941, le même mois entre Arras et Vimy, le 16 juillet près d’Epinay ou bien d’un convoi motorisé en novembre 1940 à Wandignie (Nord)…

Maurice Thorez, le secrétaire général du PCF est parti à Moscou pour des raisons de sécurité… en mars 1941, depuis Moscou il rédige un appel aux français intitulé :Sur la défaite de la France : « Le premier objectif de notre peuple, c’est sa libération nationale (…) Les communistes s’adressent à tous les français qui placent avant toute autre préoccupation l’indépendance de notre peuple et qui sont décidés à lutter dans ce but. Nous apellons à l’union et à l’action des travailleurs socialistes et radicaux… Nous appelons à l’action les travailleurs catholiques… Le Parti communiste de France, sûr de l’avenir qu’est capable de réaliser la puissance irrésistible des forces vives populaires, appelle à la classe ouvrière, le peuple de France à s’unir sur ce programme d’action. Il les appelle en créant leur unité à refaire : LA FRANCE LIBRE ET INDIVISBLE.

Le Parti communiste de France. »

En novembre 1940, les communistes Elie Péju et Jean-Jacques Soudeille fondent avec deux autres personnes le mouvement de Résistance Franc-Tireur, le mouvement fusionnera avec Libération-Sud et Combat pour donner les Mouvements unis de la Résistance (MUR).

« La Jeunesse Communiste toulousaine se réunissait chaque dimanche matin sous le couvert des Amis de l’Union soviétique […] C’est au cours de l’une de ces réunions que les jeunes communistes ont préparé la visite de Pétain à Toulouse le 6 novembre 1940. Nous avons lancé depuis plusieurs fenêtres de la rue d’Alsace des tracts antivichystes et antinazis. Cela a eu un écho formidable. Une foule immense attendait Pétain. Quand les tracts sont tombés sur le sol, beaucoup de gens les ont ramassés et les ont glissés dans leurs poches. Il n’y avait pas de directives précises. L’idée est venue de nous mêmes, entre copains de la JC. Nous nous sommes dit : on ne peut pas laisser venir Pétain sans rien faire. Puis l’engagement s’est poursuivi selon les affinités de chacun, de façon très individualisée localement. » (Georges Séguy, ancien Résistant, lors d’un entretien avec Jean-Paul Piérot)

Le 18 novembre 1940, les jeunes communistes de Lyon font la même opération pour les mêmes raisons. En décembre 1940, à Marseille, mêmes personnes (les JC), même opérations, mêmes raisons.

Rappelons aussi qu’au mois d’août 1940, dans La Relève, journal évidemment clandestin de l’Union des étudiants et lycéens communistes (UELC), on pouvait lire : « Étudiants, vous ne permettrez pas qu’un régime de dictature et d’oppression vous ôte toutes vos libertés et étouffe la pensée française ! Étudiants, lycéens de France ! Unissez-vous pour la défense de vos droits de jeunes et d’intellectuels ! Unissez-vous pour réaliser avec le peuple de France le front de la Liberté, du travail et de l’indépendance de la France ! »

Lorsque Paul Langevin (un antifasciste, physicien de renommée mondiale) est arrêté en octobre 1940 par la Gestapo, l’UELC (l’Union des étudiants et lycéens communistes) publie et diffuse très largement un tract où l’on peut lire : « L’arrestation du professeur Langevin est le signal de la lutte ouverte des puissances obscurantistes contre la culture et la pensée libre… Aujourd’hui, le vieux Pétain, Laval, Ripert et leur bande, avec la complicité des troupes allemandes, ne cachent pas leur dessein d’asservissement intellectuel de la France en même temps qu’ils livrent notre pays, économiquement, à l’impérialisme étranger […]. Alertez vos camarades, vos professeurs ! Exigez la libération immédiate du professeur Langevin !

Le soir du 8 novembre, la direction de l’Union des étudiants et lycéens communistes (UELC) se réunit en présence d’un représentant du PCF, Maurice Berlemont, pour préparer la manifestation communiste du 11 novembre 1940 (la grande et première manifestation antinazie, qui a eu lieu à Paris).

Le même 8 novembre, les communistes François Lescure, secrétaire national de l’UEC (Union des Etudiants Communistes) clandestine, Danielle Casanova, secrétaire générale de l’UJFF et Francis Cohen, organisent une manifestation devant le Collège de France, où Paul Langevin enseignait.

Un mois plus tôt, vingt et un étudiants communistes avaient été arrêtés. Ils seront jugés le 1er mars 1941, puis, après appel, condamnés, en mai, à différentes peines de prison. Parmi eux, Claude Lalet. Après dix mois de prison, il ne sera pas remis en liberté, mais expédié comme otage dans le camp de Chateaubriand. Il y sera fusillé, le 22 octobre 1941, avec vingt-six autres. Dont Guy Môquet. Arrêté un an auparavant, en octobre 1940, le fils du député déporté Prosper Môquet n’avait pu prendre part à l’action du 11 novembre. Une date qu’en zone interdite, 35 % des mineurs du bassin houiller du Nord – Pas-de-Calais célébrèrent en débrayant. On leur retint, dit-on, pour leur peine, deux jours de salaire. Mais, du 27 mai au 10 juin 1941, ils n’en menèrent pas moins leur grande grève patriotique, lancée notamment sous l’impulsion d’Auguste Lecour. Et le combat partout s’intensifia.

Fin mai – début juin 1941, le PCF organise, dans le Nord et le Pas-de-Calais une grève qui rassemble 100 000 mineurs et prive les nazis d’une partie du charbon produit. Plus de 200 mineurs sont déportés. Cette grève a fait perdre 510 000 tonnes de houille et 54 630 tonnes de fer à l’occupant. Le Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, qui deviendra membre du Conseil National de la Résistance (CNR) et l’un des plus gros mouvements de la Résistance française (voir LE plus gros), a été crée en mai 1941 par le PCF, plus d’un mois avant l’invasion de l’URSS.

Le 20 mai 1941, on peut lire dans l’Humanité : « Le PCF s’adresse à tous ceux qui pensent français et veulent agir français… Dans ce Front national pour l’indépendance il y a de la place pour tous les français sauf les capitulards et les traîtres au service de l’envahisseur, pour que la France soit la France et ne devienne pas une colonie nazie, l’unité nationale doit se faire… contre les envahisseurs et les traîtres, contre le gouvernement de Vichy qui obéit aux ordres des occupants allemands.

En août 1941, le rapport du MBF (commandement militaire allemand en France) note : « L’appel pour la formation d’un Front National a été distribué en grande quantité.

Pour citer un particulier, Georges Guingouin, souvent présenté par les historiens comme le « premier maquisard de France », il était secrétaire local du PCF et chef du plus gros maquis de France, celui du Limousin.

Tout le renseignement gaulliste du tournant de 1940 rend le même son, supputant « que les communistes gagnent du terrain en zone occupée par suite de leur attitude antiallemande ». En octobre 1940, l’Abwehr signala la distribution de « tracts communistes […] de caractère très anglophile » par deux communistes de Forges-les-Bains : ils sont probablement, commenta-t-elle, « payés par les Anglais, qui font distribuer leur matériel de propagande par les communistes ». La presse collaborationniste dénonçait régulièrement, telle L’Oeuvre du 28 décembre 1940, la communauté de vues croissante entre « gaullistes anglophiles » et communistes. L’avance communiste en la matière inquiéta d’ailleurs précocement (et durablement), Henry Hauck, le conseiller du Travail de De Gaulle, socialiste champion des cégétistes confédérés qui rêvait de donner à celui-ci une assise à la fois populaire (qui lui manquait) et anticommuniste (objectif évidemment plus aisé). « Les communistes », rapporta-t-il en avril 1941, « luttent de leur côté contre les Allemands et contre Vichy, et des arrestations nombreuses ont été opérées dans leurs rangs, soit en zone occupée, soit en zone non occupée. Le problème semble être pour nous d’éviter que leur influence, médiocre pour l’instant, ne s’accroisse. ».

Voici trois passages – choisis au hasard – d’un discours d’Anne Lacroix-Riz sur le PCF entre juin 1940 et juin 1941, historienne française, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VII, agrégée d’histoire, docteur és Lettres, spécialiste de la Collaboration, de l’Allemagne nazie et du Régime de Vichy :

« Entre « juillet 1940 » et la fin de 1941, les rapports hebdomadaires consacrés aux arrestations pour « menées communistes » ou « propagande communiste » emplissent de 9 à 16 p., précises et alertes sur les « prises ». Ceux qui recensent les arrestations pour « propagande gaulliste » (incluant tous les résistants non-communistes) occupent en général 1 p., très rarement 2, une fois seulement 10, le 11 août 1941 ; ils relèvent un nombre modeste d’arrestations, aucune certaines semaines, jamais plus de 23 – niveau unique et exceptionnel du dernier rapport cité -, l’éventail s’étirant de 0 à 10 : en moyenne 45 communistes par semaine « depuis juillet 1940 », et sur la base des seuls rapports hebdomadaires – je n’ai pas trouvé de document sur les arrestations totales de gaullistes – 2 à 3 pour les gaullistes.

Le rapport Cerny relève que « vers le début de septembre [1940] […] eurent lieu des manifestations communistes devant les mairies de banlieue exigeant le retour des municipalités dissoutes. Ces manifestations furent réprimées par la garde mobile et la police françaises avec l’autorisation des Allemands [4] (…) Le dernier rapport de la Préfecture de police destiné aux Allemands rédigé avant le lancement de l’opération Barbarossa, qui se flattait d’avoir procédé « depuis juillet 1940 » à un total de 2 411 arrestations, constata : « la propagande communiste attaque de plus en plus durement les autorités d’occupation et la “collaboration”, coïncide avec la propagande “gaulliste”, traite le gouvernement français d’“instrument dans les mains de l’impérialisme allemand” » et veut « convaincre la population que cette politique est particulièrement dirigée contre les travailleurs » [5] (…) Si l’on se fie aux deux premières années de la répression – le dernier rapport hebdomadaire de la Préfecture de police des volumes consultés date du 26 mai 1942 –, la police parisienne avait « depuis juillet 1940 » arrêté près de 2 500 militants communistes par an (2 411 avant Barbarossa, 4 461 au tournant d’avril 1942). Chiffres qui confirment que juin 1941 ne constitue pas une césure aussi décisive qu’on l’affirme : en tout cas, puisqu’il est exclu que l’association policière franco-allemande ait été plus clémente pour les communistes après le 22 juin 1941, ces chiffres prouvent qu’il n’y eut pas rupture du point de vue des forces de répression. [6] »

Voici des extraits de La Gestapo contre le Parti communiste, rapports sur l’activité du PCF, décembre 1940-juin 1941 publié en 1984 aux éditions Messidor. Dans la préface de l’ouvrage on peut lire page 30 :

« Une attention particulière est portée à ce qui constitue une menace directe pour l’occupant : les sabotages, dont il est dit que « la participation de communistes à de telles actions a pu être prouvée sans contestation possible » » ; l’action de démoralisation entreprise dans la Wehrmacht, et qui apparaît d’autant plus préoccupante qu’elle bénéficie d’appuis chez les Allemands, parmi les « anciens communistes ». Là encore, la Gestapo a tendance à grossir les faits, à la mesure de sa hargne (ne combat-elle pas le Parti communiste allemand depuis huit ans ?). Mais c’est effectivement à ce moment que se met en place le TA (Travail allemand) impulsé par les partis communistes français et allemand, et dont l’action à l’intérieur de l’armée allemande ne cessera de se développer. »

Dans un rapport de la Gestapo du 14 janvier 1941, l’auteur précise certains faits : Dans le département de la Saône-et-Loire, 3 personnes, et 5 dans le département de la Nièvre ont été appréhendées récemment pour activité clandestine de propagande communiste. A Saint-Viet, près de Besançon, plusieurs communistes ont été arrêtés pour s’être comportés de façon provocante vis-à-vis de personnels de la Wehrmacht, avoir chanté des chansons communistes subversives, et avoir fait montre d’une attitude de défi. Dans une autre localité, aux environs de Montbéliard, on a arrêté un homme qui avait tiré deux coups de pistolet contre des Allemands appartenant à la Wehrmacht. »

Dans un rapport de la Gestapo du 30 janvier 1941, j’ai retenu le passage suivant : « Le PCF illégal a consacré une attention particulière à l’acquisition d’armes et d’explosifs ainsi qu’a la mise en place de dépôts d’armes secrets. Il n’y a aucun doute qu’ils disposent d’un certain nombre de dépôts d’armes et d’explosifs. Il lui a été extrêmement facile de se procurer le matériel correspondant lors de l’effondrement militaire général de juin 1940. Mais dans cette opération, on a agi avec la plus grande prudence, les dépôts d’armes ne doivent en aucun cas se trouver dans les maisons de membres du parti, mais on a, à cet effet, recherché des endroits qu’il n’est pas facile de découvrir. En particulier, on a utilisé des souterrains situés à l’écart, aménagés et camouflés spécialement dans ce but. De fait, on a pas réussi jusqu’ici à découvrir des cachettes de ce genre. Dans un cas, dans le midi de la France, dans le département du Gard, on a trouvé chez des communistes 36 détonateurs et 3 pains de dynamite, dans un autre cas, quelques pistolets et quelques fusils.

De même, on a entrepris la constitution de groupes de choc communiste, unités militaires prévues pour le soulèvement armé et la guerre civile. Pour l’instant, voici quelles seraient leurs fonctions :

1) Police du parti, enquêtes auprès de tous les membres suspects dont on a quelque lieu de craindre qu’ils aient fait des déclarations à la police sur le PCF ou trahi leurs camarades ;

2) Surveillance de la propagande, de la distribution des tracts et du collage de papillons ;

3) Protection des groupes de propagande particuliers.

Pour ces diverses tâches, sont mis en place des équipes particulièrement entraînées, appelée « Équipes spéciales » [7] qui sont totalement responsables de l’exécution de l’action entreprise et de sa protection. »

____________________________________________________________________________________________

« La plupart des fusillés sont en prison ou au camp depuis un an, parfois plus. Et certains aujourd’hui ont l’audace de prétendre que les communistes ont commencé la Résistance en juin 1941 ! Ceux que nous pleurons seraient vivants s’il en avait été ainsi. Dire ou écrire ces infamies, c’est cracher sur les tombes des martyrs de Châteaubriant et de beaucoup d’autres lieux de la Résistance. » (Albert Ouzoulias, Les Fils de la Nuit, Grasset, 1975, p. 188-189)

« Mais si Hitler malgré tout, déclenche la guerre, alors qu’il sache bien qu’il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l’indépendance des peuples. » (Maurice Thorez, le 25 août 1939 au Parlement)

« C’est tout du même tonneau dans cette émission : éviter d’avoir à faire connaître le rôle qu’ont joué les communistes dès l’entrée des armées nazies en France. C’était aussi une façon d’éviter d’avoir à évoquer le rôle important des communistes juifs de la MOI (Main-d’oeuvre immigrée) dès le début de la guerre. Ils en ont payé le prix fort. Ce documentaire, tout à fait dans la ligne des campagnes qui ont visé à minimiser la résistance des communistes depuis de longues années, les reprend à son compte en la faisant partir de l’invasion hitlérienne de l’URSS. Je ne sache pas qu’il y ait eu un seul autre parti, en tant que tel, qui se soit engagé comme l’a fait le PCF. » (Max Weinstein, ancien résistant de l’Union de la Jeunesse Juive, le 28 février 2008)

« Je pense que c’est faire un injuste procès à un grand nombre de résistants et de faire insulte à de nombreux morts communistes que de propager cette idée reçue selon laquelle la résistance n’aurait commencé pour le Parti communiste qu’au lendemain de l’agression contre l’URSS. » (Henri Noguères, ancien résistant du Comité d’Action Socialiste et historien, dans son livre La vie quotidienne des résistants de l’Armistice à la libération)

« Dès la fin juillet 1940, le doute n’est plus permis quant à la volonté de l’immense majorité des communistes de combattre sans attendre, l’occupant hitlérien. » (Pierre Maury, in La Résistance communiste en France, éd. Le Temps des Cerises, 2006)

« Le communisme, encore, qui te fait choisir d’entrer dans la Résistance après la défaite de juin 1940. Et lorsque Pétain décide de signer « l’armistice » et de collaborer avec Hitler, c’est encore la fougue du jeune militant qui te fait saboter ton avion pour qu’il ne serve pas à l’occupant. Dans ce gigantesque effondrement de civilisation que fut cette guerre, tu as été de ceux qui choisirent au contraire de se battre (pour beaucoup de mourir) contre la barbarie, pour une société et un monde qui serait encore meilleur après la libération qu’au moment du Front Populaire. C’est cette foi inébranlable en ces idéaux qui te poussa à combattre dans les maquis, jusqu’à devenir l’un des commandants des FTP du Vaucluse, sous la direction d’un de tes vieux amis et Compagnon de la Libération, Louis Blésy. « Résistant, parce que communiste » disais-tu… » (Diego Chauvet lors d’un entretien avec l’ancien résistant René Gilli (Le Patriote du 21 mars 2008))

Notes :

[1] : Jacques DUCLOS, Mémoires, édition Fayard, 1970.
[2] : Roger BOURDERON et Germaine WILLIARD, La France dans la tourmente, 1939-1944, éditions sociales, 1982.
[3] : Alain GUERIN, Chronique de la Résistance, éditions Omnibus, 2000 (également éditée en 1972-1976 par le Livre-Club Diderot).
[4] : Rapport Cerny, février 1941, Londres-Alger, vol. 300.
[5] : Extrait du rapport du MBF à l’Ambassade d’Allemagne à Paris, 4 octobre 40, souligné dans le texte, AJ 40, vol. 882 , dossier 1.
[6] : Anne Lacroix-Riz : http://www.historiographie.info/menu.html

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 06:24

C'est dans le Canard Enchaîné, la semaine dernière, sous un titre potache qui masque l'intérêt et la gravité du contenu: 

 

Huy et non 

Il faut les imaginer, le 14 juin 1941, le dos courbé, grimper la pente abrupte à travers les broussailles, par colonnes de deux, sous les cris des SS et la menace de leurs armes. Tous mineurs de fond du Nord-Pas-de-Calais, tous communistes. 

Et tous grévistes contre les nazis. Ils sont 273 à avoir été déportés au fort de Huy, en Belgique.

Deux cent quarante-quatre périront, assassinés, au camp de Sachsenhausen. 

Héros oubliés

En dépit de ce que cette grève eut d'extraordinaire, dans tous les sens du terme, elle reste confidentielle, quasi inconnue. Ahurissant, quand, soutenus par les femmes des corons, 100 000 mineurs refusèrent, du 27 mai au 9 juin 1941, d'extraire le charbon destiné à l'Allemagne. 

C'est pour célébrer ces héros oubliés que Christian Champiré, le maire communiste de Grenay (Pas-de-Calais) organisait le 27 juillet, comme l'an dernier, une virée en car à Huy. 

"Nous ignorions aussi tout de cette grève et de ses suites dans notre ville, c'est vous qui nous l'avez apprise", a raconté le premier échevin du bourgmestre en recevant la troupe, d'environ 60 personnes. Parmi elles, Guy Patin, dont le grand-père, déporté à Huy, est mort à Sachsenhausen. Paralysé des jambes, Guy a parcouru, il y a trois ans, en chaise roulante, les 2 000 kilomètres séparant son Pas-de-Calais du camp de la mort, en passant par Huy. 

"Ils étaient des héros, qui se sont battus pour la liberté, déclare le maire de Grenay. Les mouvements sociaux sont souvent précurseurs, à l'avant-garde des luttes et de la résistance...". 

Appuyé sur sa canne blanche, l'historien Pierre Outerryck étreint Pierrot Rebouillat dont le père, François, résistant en 1941, gréviste en 1948, fut dégradé par l'armée et récemment réhabilité par François Hollande. "Il est temps que l'histoire de cette grève soit enseignée dans nos écoles..."

Pour tous les descendants des grévistes, la réponse est Huy. 

D.S

Le Canard Enchaîné, 2 août 2017 

 

La France travaille, photographie de François Kollar représentant l’acheminement du charbon vers le triage aux mines de Lens (Pas-de-Calais), durant les années trente. Photo : François Kollar/bibliothèque Forney/Roger-Viollet

La France travaille, photographie de François Kollar représentant l’acheminement du charbon vers le triage aux mines de Lens (Pas-de-Calais), durant les années trente. Photo : François Kollar/bibliothèque Forney/Roger-Viollet

Le scandale de la grève oubliée des mineurs de mai-juin 1941
HISTORIEN PIERRE OUTTERYCK,
VENDREDI, 27 MAI, 2016
L'HUMANITÉ
 

Au printemps 1941, les mineurs du Nord-Pas-de-Calais se mettent en grève. Un acte de résistance fondateur. Fruit d’une mobilisation animée par les communistes. Avec l’aide de la police française et des compagnies des mines, la Feldgendarmerie mène une répression féroce.

Novembre 2014 : sous l’impulsion de Christiane Taubira, garde des Sceaux, l’Assemblée nationale décide de valoriser les engagements et les valeurs des « gueules noires » lors des grèves de 1941, 1948 et 1952. Une commission est pour cela créée. Présidée par le maire de Grenay (Pas-de-Calais), Christian Champiré, elle prendra le nom de « Norbert Gilmez », héros de la lutte opiniâtre des mineurs, victime de la répression lors des grèves de 1948.

Le 27 mai 1941, au matin, le jeune militant syndicaliste et communiste Michel Brûlé fait stopper les compresseurs à la fosse du Dahomey de Montigny-en-Gohelle. Immédiatement, les marteaux-piqueurs s’arrêtent ; les abatteurs relèvent la tête… Puis des cris, l’Internationale, chantée au fond de la mine à gorge déployée, brise le silence. La grève vient de commencer ! Elle durera quinze jours et rassemblera de Bruay-sur-l’Escaut à Bruay-en-Artois, sur les 120 km du sillon minier, plus de 100 000 mineurs. Ce fut la plus importante grève dans l’Europe occupée.

En effet, depuis juin 1940, le nord de la France est occupé par la Wehrmacht. Le Nord-Pas-de-Calais et les Ardennes, devenus Zone interdite, sont directement administrés par les Allemands depuis Bruxelles (Oberfeldkommandantur), même si préfets, sous-préfets et administrations dépendant de Vichy demeurent présents. En juillet 1940, le directeur des mines de Lens est chargé par les Allemands de coordonner l’activité des différentes concessions et d’organiser le pillage du charbon extrait au profit de l’occupant.

En cet été 1940, le chômage est prégnant, la misère est importante, la classe ouvrière est fortement désorganisée après les vagues de répression de l’hiver 1938-1939, puis de septembre et octobre 1939, la mobilisation et l’évacuation devant l’avancée de la Wehrmacht n’ont fait qu’aggraver cette désorganisation. Pourtant, dans le bassin minier, des responsables syndicaux, des délégués mineurs et élus communistes déchus de leurs mandats demeurent sur le terrain. Ils deviendront les pivots d’une Résistance populaire qui, très vite, va naître.

En août 1940, Martha Desrumaux, dirigeante du PCF, réunit clandestinement plusieurs responsables communistes dans le Douaisis. L’objectif est clair : organiser la lutte des mineurs. En effet, le charbon était le pain de l’industrie. Malgré peurs et répressions, la corporation minière, forte de son expérience revendicative, pouvait être mobilisée. Ainsi, dès ce mois d’août, un cahier de revendications est rédigé, susceptible de remobiliser la corporation minière et les populations du bassin minier. Vingt mille exemplaires seront tirés clandestinement. Quinze mille parviendront dans les corons et les fosses. Le retour fin octobre 1940 du dirigeant Auguste Lecœur dans le Pas-de-Calais va accélérer la mobilisation.

Dès septembre 1940, des débrayages avaient eu lieu à la fosse du Dahomey après la mort d’un galibot ; le 11 Novembre est fêté dans le Douaisis. En janvier 1941, la compagnie de l’Escarpelle est en grève : les mineurs refusent l’allongement de la journée de travail sans augmentation de salaire. En février, des débrayages touchent les fosses autour de Lens. Le 1er mai 1941, drapeaux rouges et tricolores pavoisent terrils et chevalements ; faucilles, marteaux et croix de Lorraine ornent les murs… Le 27 mai 1941, c’est la grève ! 100 000 mineurs sur les 143 000 recensés arrêtent le travail.

Elle durera quinze jours. « Tout est calme », signalent les directeurs de compagnie. Refusant toute provocation, évitant d’occuper les carreaux et l’entrée des fosses, les mineurs restent dans les corons. Ce sont leurs femmes qui interpellent les « jaunes » à la sortie des cités pour les inciter à refuser le travail. Très vite, la grève est connue dans l’agglomération lilloise, où chaque matin des femmes venues des mines travaillent dans les filatures… Déjà le charbon manque et la production électrique est restreinte.

Le 4 juin, des centaines de femmes manifestent à Liévin, Sallaumines, Lens et Harnes. Police et gendarmeries françaises sont submergées. L’armée allemande doit intervenir. La répression commence. La Feldgendarmerie utilise des listes de « rouges » remises par les commissariats et les compagnies des mines. Plusieurs centaines de mineurs sont arrêtés et emprisonnés à Lille, Béthune, Douai et Valenciennes.

Le 13 juin, 273 mineurs sont déportés à la citadelle de Huy en Belgique. Le 23 juillet, 244 d’entre eux partent pour le sinistre camp de concentration de Sachsenhausen, le camp modèle des nazis. Cent trente-six mineurs n’en reviendront pas.

Cinq cent mille tonnes de charbon ne seront pas extraites durant cette grève. Après la répression, pour calmer les esprits, les autorités d’occupation décident une légère augmentation des salaires, des rations de viande et de savon supplémentaires ainsi que des vêtements de travail.

Mais cette grève du 27 mai au 9 juin 1941 témoigne de la capacité de la classe ouvrière et du peuple à refuser la violence de l’exploitation et la soumission à l’occupant.

 

Les mineurs à l’honneur ! 

Henri Martel, un mineur syndicaliste, élu du peuple. Né en 1898, il adhère avant 1914 à la CGT, et dès 1920, au Parti communiste. Il est élu député en 1936 et en 1940. Sénateur-mineur en 1946, responsable de la CGT dans le Douaisis, secrétaire général de la Fédération du sous-sol et de l’Union internationale du syndicat des mineurs (FSM), ce mineur de fond est devenu un véritable homme d’État (16 euros, franco de port). Magazine d’histoire, Mai-juin 1941, 100 000 mineurs en grève, 64 pages, éditorial de Julien Lauprêtre (4,30 euros, franco de port). S’adresser à l’association Cris, 166, avenue de Bretagne 59000 Lille ()

Repères 

  • Août 1940 La dirigeante communiste Martha Desrumaux organise une rencontre afin d’engager la lutte.
  • 1er janvier 1941 L’occupant allemand décide d’allonger d’une demi-heure la journée de travail sans augmentation de salaire.
  • 1er mai Des mouvements sociaux s’organisent autour des comités d’unité syndicale et d’action (Cusa).
  • 3 juin 80 % des mineurs du bassin minier cessent le travail.
  • 5 juin On compte déjà plus de 200 arrestations.
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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 08:32
libération de Morlaix (photo publié par Ouest-France)

libération de Morlaix (photo publié par Ouest-France)

Avec Jean-Pierre Hervet, on partage une commune passion d'amateurs pour l'histoire, et en particulier l'histoire locale de la seconde guerre mondiale.

Comme il a vu que j'avais déjà publié plusieurs articles sur "Le Chiffon Rouge" sur la résistance et la collaboration dans la région, et que nous nous connaissions déjà, ayant pris des cours de breton ensemble à KLT, il m'a fait lire son article pour le journal municipal de St Martin sur les semaines de la Libération à Saint-Martin des Champs et Morlaix et accepté que je le publie dans "Le Chiffon Rouge" car il est fort intéressant. 

Bonne lecture!

Ismaël Dupont   

 

Lire aussi: 

Les déportés morlaisiens dans les camps nazis pendant la seconde guerre mondiale

Résistance et répression des communistes brestois de 1939 à 1943 (à partir des souvenirs et des enquêtes d'Eugène Kerbaul, résistant communiste)

Persécutions et déportations des juifs du Finistère:"Sur les traces perdues d'une famille juive en Bretagne" par Marie-Noëlle Postic Coop Breizh, 2007)

 

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 07:22
Il y a 150 ans, le 17 juillet 1867, Karl Marx publiait "Das Kapital" à Londres, une oeuvre décisive de déconstruction du système de production, d'échange et d'exploitation capitaliste

17 juillet 1867 : Karl Marx publie Das Kapital

Le 17 juillet 1867, Karl Marx publie à Londres le premier tome de son oeuvre principale, Das Kapital (Le Capital). Les deux tomes suivants sont publiés par Engels après la mort de leur auteur, le 14 mars 1883. Cet ouvrage volumineux et indigeste va devenir pendant plus d'un siècle la référence obligée des socialistes et révolutionnaires du monde entier.

 

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

Il y a 150 ans, le 17 juillet 1867, Karl Marx publiait "Das Kapital" à Londres, une oeuvre décisive de déconstruction du système de production, d'échange et d'exploitation capitaliste
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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 07:08
17 juillet 1936: Coup d'Etat fasciste contre la jeune République espagnole (Robert Clément)

17 juillet 1936 : Coup d’État fasciste contre la jeune République espagnole.


C’est le début de la guerre civile en Espagne 1936-1939 et le prélude à la seconde guerre mondiale. L'Espagne est devenue une république parlementaire et démocratique depuis 1931. Mais le nouveau régime doit faire face à de nombreuses oppositions conservatrices hostiles aux réformes sociales et à la démocratie: le clergé catholique, les grands propriétaires fonciers, les cadres de l'armée.
En 1936, comme en France, les partis républicains (socialistes, radicaux, communistes et anarchistes) se sont unis dans un Frente popular. Ils gagnent les élections législatives de février 1936.
Refusant leur défaite les forces de l'opposition organisent un soulèvement militaire le 17 juillet 1936 sous la direction du général Franco. Bénéficiant dès l'origine du soutien de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste, les "nationalistes" de Franco occupent rapidement la moitié du pays.

Au total Allemagne et Italie fournirent près de 100.000 soldats, 1300 avions de combat, 350 blindés et quantité de canons, mortiers et munitions, sans compter les instructeurs militaires auprès des troupes franquistes. La guerre d'Espagne est ainsi pour l'Allemagne et l'Italie un terrain d'entraînement et d'expérimentation de leurs tactiques et de l'efficacité de leurs armes nouvelles. Par exemple les avions italiens et allemands expérimentèrent en Espagne les tactiques meurtrières des bombardements de terreur sur les populations civiles comme celui de Guernica (avril 1937), de Durango, ou de Barcelone (mars 1938).

Le Portugal du dictateur Salazar fournit aussi à Franco plusieurs milliers de soldats.
Alors que l'Allemagne et l'Italie accentuent ouvertement leur soutien aux nationalistes, les démocraties France et Royaume-Uni adoptent une lache politique de "non intervention".
Le gouvernement républicain organise pourtant la résistance et fait appel à la mobilisation populaire. Malgré de terribles bombardements et la faiblesse des moyens la capitale Madrid résiste.
 

Les Brigades internationales
 

Près de 35000 volontaires du monde entier, hommes et femmes, viennent combattre aux côtés des Républicains pour défendre la liberté, ils constituent les "Brigades internationales". Français, Tchèques, Américains, Italiens, Allemands, Cubains, Belges, Anglais, Irlandais... Ils sont venus du monde entier, en octobre 1936, pour défendre la République espagnole, attaquée par les troupes franquistes, les armées hitlériennes et mussoliniennes. Ils ont tout quitté, laissant derrière eux : travail, femmes et enfants, parents, frères et soeurs. Qui sont-ils ? Des intellectuels, des médecins, des travailleurs, des socialistes, des communistes, des anarchistes, des sans-parti, tous antifascistes. Quelles sont leurs motivations ? la plupart s'engageaient par internationalisme et solidarité. Ils avaient soif de liberté, conscients qu'en défendant l'Espagne ils protégeaient la liberté pour leur propre pays.
Par exemple les 2800 volontaires américains, étaient des marins de San Francisco, des étudiants et professeurs du Wisconsin ou de l'Illinois, des mineurs de Pennsylvania et de l'Ohio, des ouvriers, des poètes, ou des artistes-peintres de New York et du New Jersey. Ils venaient des quatre coins des Etats-Unis, ils ont constitué la "brigade Abraham Lincoln". 800 d'entre eux laisseront leur vie en Espagne pour défendre la liberté.
Il y a eu entre 9 000 et 10 000 volontaires français. A plus de 80 %, ce sont des ouvriers. Un sur deux vient de Paris et de sa banlieue. La moyenne d' âge est de trente ans, avec plusieurs centaines de vétérans de la guerre 14-18. 80 % sont des militants syndicaux ou politiques et plus de 50 % sont membres du P.C.F.
la défaite des républicains

Mais inférieurs en armes, isolés, les républicains faiblissent, et en avril 1938, les troupes de Franco réussissent à couper en deux le territoire républicain isolant Barcelone de Madrid. Malgré des combats opiniâtres qui dureront encore près d'un an, Barcelone tombe aux mains de franquistes en février 1939 , puis Madrid en mars 1939. Victorieux Franco instaura une dictature présentant de nombreux aspects fascistes.
Guerre cruelle, plus de 400 000 morts puis des dizaines de milliers qui seront exécutés après la victoire des franquistes, la guerre d'Espagne fut une guerre idéologique entre d'un côté la défense de la République et la lutte contre le fascisme et de l'autre la "croisade" conservatrice contre les "rouges". Prélude aussi à la guerre mondiale tout court, car face à la détermination des dictatures dans leur engagement militaires, il n'y eu que faiblesse et irrésolution des démocraties, refusant de s'engager de peur de compromettre la paix internationale.
 

Une dictature durable...
Bien qu'ayant renversé un régime légitime par la force et avec l'aide de l'Allemagne nazie, il parvint à rester au pouvoir après la victoire des Alliés en 1945. De 1939 à 1975, pendant plus de 35 ans, Franco maintint sa dictature et dirigea l'Espagne d'une main de fer. L'Espagne fut ainsi, jusqu' à sa mort en 1975, l'un des derniers pays de dictature totalitaire en Europe de l'Ouest.

17 juillet 1936: Coup d'Etat fasciste contre la jeune République espagnole (Robert Clément)
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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 07:40
Hors-série de l'Humanité: il était une fois la révolution d'Octobre: à se procurer de toute urgence!
Hors-série. Il était une fois la révolution d’Octobre
JEAN-PAUL PIÉROT
LUNDI, 19 JUIN, 2017
L'HUMANITÉ
russie, en février 1917, démolition d’un monument symbolisant l'empire, après la chute du tsar Nicolas II. SZ Photo/Scherl/Brigemanimages.com
russie, en février 1917, démolition d’un monument symbolisant l'empire, après la chute du tsar Nicolas II. SZ Photo/Scherl/Brigemanimages.com

2017 est l’année du centenaire des dix jours qui ébranlèrent le XXe siècle. L’Humanité lui consacre un numéro hors-série auquel ont contribué de nombreux historiens. Cette publication de 108 pages est disponible chez votre marchand de journaux ou sur commande directement à l’Humanité, au prix de 9 euros.

Il y a cent ans, la guerre n'en finissait pas de décimer les populations européennes, la vie de centaines de milliers de jeunes gens s'abîmait à Craonne, à Verdun ou sur la Somme. Dans ce contexte désespérant, le mouvement ouvrier, trahi par l’Internationale socialiste, qui n’avait pas empêché la tuerie européenne, tournait son regard et ses espoirs vers la Russie. Le vaste et archaïque empire de la dynastie tricentenaire des Romanov était entré en révolution depuis février, quand les ouvriers et les femmes de Petrograd avaient chassé Nicolas II. En cette fin d'octobre, une insurrection populaire renversait le gouvernement provisoire. Parvenu au pouvoir, le parti bolchevik de Lénine se fixait pour tâche la réalisation de la révolution socialiste.

Interroger le sens des révolutions d’aujourd’hui

Le vieux rêve du monde du travail d’en finir avec l’exploitation capitaliste allait-il se réaliser ? John Reed, dont le livre Dix Jours qui ébranlèrent le monde, tiré à des millions d'exemplaires, a fait connaître l'épopée de 1917, traduit l’enthousiasme qui s'empara des progressistes : « Il est encore de mode, écrit-il un an après la prise du palais d'Hiver, de parler de la révolution bolchevique comme d'une “aventure”. Eh bien, s'il faut parler d'aventure, ce fut l'une des plus merveilleuses où se soit engagée l'humanité, celle qui ouvrit aux masses laborieuses le terrain de l'histoire et fit désormais tout dépendre de leurs vastes et naturelles aspirations. (...) Quoi qu’on pense du bolchevisme, il est indéniable que la révolution russe est un des grands moments de l'histoire de l’humanité et que la venue au pouvoir des bolcheviks est un fait d’importance mondiale. »

C’est là le point de départ du numéro hors-série de l’Humanité auquel ont participé de nombreux historiens figurant parmi les meilleurs connaisseurs de cet événement fondateur du XXe siècle. Marc Ferro explique comment « les femmes, les ouvriers et les soldats du front ont réveillé les révolutionnaires ». Nicolas Werth relate cette année décisive de 1917 où « tout a basculé ». Jean-Jacques Marie montre combien la guerre civile déclenchée par les blancs et l’intervention militaire occidentale ont pesé sur le cours ultérieur de la politique bolchevique.

« La révolution d’Octobre comprend deux histoires entrelacées : son impact sur la Russie et son impact sur le monde », observait Eric Hobsbawm et d’ajouter : « Sans le second, peu de monde en dehors d’une poignée d’historiens spécialistes s’en serait jamais préoccupé. » Aucun autre événement de l’histoire n’a davantage polarisé les sociétés sur des critères de classe : haine et terreur chez les possédants, sympathie et solidarité dans le prolétariat. Jean Vigreux détaille « l’onde de choc en Europe ». Tous les pays européens et au-delà connurent une recomposition politique. Les partis socialistes se divisèrent durablement entre « révolutionnaires », qui adhérèrent à la nouvelle internationale communiste, et « réformistes », qui, selon l’expression de Léon Blum au congrès de Tours, en décembre 1920, « gardaient la vieille maison ».

Les rapports singuliers entre les héritiers de la Commune de Paris et les assaillants du palais d’Hiver sont soulignés dans plusieurs contributions. Sophie Cœuré exhume la mémoire de cette petite communauté de Français installée en Russie avant la révolution, qui choisit de s'engager aux côtés des bolcheviks et constitua le premier groupe communiste français à Moscou. Le modèle soviétique devait s’imposer pour longtemps au sein des partis communistes, d’abord par le biais de l’Internationale communiste, ce parti international pour une révolution mondiale dont traitent Serge Wolikow et Bernard Pudal.

Après un siècle écoulé, que reste-t-il du message d'octobre ? Les valeurs émancipatrices portées par les révolutionnaires ont-elles résisté au stalinisme, aux interventions militaires en Hongrie et en Tchécoslovaquie, à la conversion des élites au capitalisme ? « La mort de l’URSS était-elle fatale ? » questionne Andreï Gratchev, l’ancien conseiller de Mikhaïl Gorbarchev. Le XXe siècle fut un siècle de violents affrontements, de génocides, ensanglanté par le fascisme et le nazisme, lesquels furent heureusement écrasés grâce au sacrifice des peuples soviétiques. Ce siècle fut aussi celui de l’émancipation des peuples colonisés, qui trouvèrent leur inspiration dans la révolution de 1917, souligne Françoise Vergès. Mais c’est en invoquant ces mêmes principales valeurs que les dirigeants soviétiques ont prétendu justifier les interventions militaires à Budapest en 1956 et à Prague en 1968.

Au-delà des appréciations contradictoires sur la place qu’occupe octobre 1917 dans l’histoire contemporaine, l’occasion est donnée de questionner le sens des révolutions d’aujourd’hui et de demain. Le monde a-t-il toujours besoin de révolutions ? Sujet qui a nourri les réflexions de plusieurs personnalités du monde intellectuel et politique. Le débat n’est pas clos.

ils Ont contribué à ce numéro exceptionnel

Bertrand Badie, professeur des universités à Sciences-Po Paris, Alain Badiou, philosophe, Bernard Chambaz, écrivain, Maud Chirio,maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Sophie Cœuré,historienne, professeur à l’université Paris-VII Denis-Diderot, Alexandre Courban, historien, Pierre Dardot, philosophe, Jean-Numa Ducange, maître de conférences à l’université de Rouen, Jean-François Fayet,professeur d’histoire contemporaine à l’université de Fribourg (Suisse),Marc Ferro, historien, spécialiste de la Russie, Frédérick Genevée,historien, responsable des archives du PCF, Andreï Gratchev, écrivain, ancien conseiller de Mikhaïl Gorbatchev, Florian Gulli, professeur de philosophie, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, Christian Laval, professeur de sociologie, Olga Lipovskaïa, militante féministe russe, Patrick Kamenka, journaliste, spécialiste de la Russie, Naum Kleiman, historien, ancien directeur du musée du Cinéma de Moscou,Marco Di Maggio, historien, professeur à l’université La Sapienza de Rome, Jean-Jacques Marie, historien spécialiste de l’URSS, Roger Martelli, historien, codirecteur du mensuel Regards, Edgar Morin,sociologue et philosophe, Bernard Pudal, professeur de sciences politiques à l’université Paris-VI Nanterre, Michèle Riot-Sarcey,professeure émérite d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’université Paris-VIII Saint-Denis, Pierre Serna, historien, Institut d’histoire de la Révolution française, Bernard Stiegler, directeur de l’Institut de recherche et d’innovation, Alexandre Sumpf, maître de conférences à l’université de Strasbourg, Françoise Vergès, politologue et éditrice, Jean Vigreux, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne, Nicolas Werth, historien, directeur de recherche à l’Institut du temps présent, affilié au CNRS, Serge Wolikow,professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne.

aU FIL DES PAGES...

Nicolas Werth : « Ce coup d’État a pour toile de fond une vaste révolution sociale, multiforme, autonome ; celle-ci s’exprime sous des formes très diverses : une grande jacquerie, une décomposition de l’armée, un mouvement revendicatif ouvrier, une émancipation des nationalités et des peuples allogènes de l’ex-Empire russe. »

Olga Lipovskaïa : « Sous l’influence d’Alexandra Kollontaï et d’Inès Armand, la Russie se dote d’un ensemble de lois qui est le plus avancé en matière de droits de la femme : garantie de conserver son emploi pendant sa grossesse, égalité absolue des conjoints, congés de maternité. En 1920, le droit à l’avortement gratuit est voté. »

Marc Ferro : « Le drame, c’est que les paysans qui avaient des terres se sont vu confisquer leurs récoltes pour nourrir les villes, la classe ouvrière qui était privilégiée car elle devait construire le socialisme. Ce qui a satisfait la classe ouvrière et l’a ralliée au régime, c’est qu’il n’y avait plus de dominants, plus de patrons. »

Alexandre Sumpf : « Opposants politiques, militants révolutionnaires et soldats ont uni leurs forces lors des quelques jours qui ont suffi à faire chuter les Romanov en février. (…) Les grandes crises de 1917 sont toutes liées au conflit mondial. »

Edgar Morin : « La notion de métamorphose est plus riche que celle de révolution. Elle en garde la radicalité novatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, des cultures, des legs de pensées et de sagesse de l’humanité). »

Jean-Numa Ducange : « Les dirigeants bolcheviks sont persuadés que la première révolution socialiste du XXe siècle aura la même portée que la Révolution française au XVIIIe siècle. »

Alain Badiou : « Je voudrais insister sur un point qui aujourd’hui, depuis l’apparent triomphe du capitalisme à l’échelle mondiale, semble oublié : la révolution russe de 1917 est un événement sans précédent dans l’histoire de l’espèce humaine. »

Pierre Laurent : « La nouvelle révolution qui s’avance, ce n’est pas la renaissance d’un héritage glorieux, c’est surtout la conscience que notre monde change ­radicalement sous nos yeux. »

Bernard Pudal : « Ces militants (communistes français) sont profondément internationalistes. Ils le sont en pratique comme en témoignent les mariages blancs contractés avec des militantes immigrées souvent juives afin de les protéger d’une extradition pour cause de militantisme. »

Michèle Riot-Sarcey : « Les échecs révolutionnaires accumulés depuis 1917 ont rendu les militants sceptiques. Le mot même de communisme a perdu sa force émancipatrice telle qu’elle avait été forgée dès 1840. »

Françoise Vergès : « La révolution éclate dans un monde où les puissances européennes se sont enrichies après avoir mené des guerres meurtrières et dévastatrices, mis en place des politiques de dépossession massives, des codes juridiques qui légalisent les discriminations raciales, le travail forcé et la suprématie blanche. »

Roger Martelli : « Ce siècle est clos et, s’il est un modèle dont il faut s’abstraire, peut-être est-ce du bolchevisme, quelle qu’ait été sa grandeur. Non pas se débarrasser du communisme, mais de la forme que le XXe siècle lui donna. »

Andreï Gratchev : « La tentative de Lénine, à la fin de la guerre civile, de réformer le projet initial, à l’aide de la NEP, esquisse de la future perestroïka, a échoué après avoir été sabotée et rejetée par Staline et son entourage. »

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 07:00
1947, le plan Langevin-Wallon pour une école de justice et d’émancipation
PIERRE ROCHE HISTORIEN
VENDREDI, 16 JUIN, 2017
L'HUMANITÉ
Rentrée des classes en 1947. Le projet d’école unique pour tous visait à la formation du citoyen. Rue des archives/AGIP
Rentrée des classes en 1947. Le projet d’école unique pour tous visait à la formation du citoyen. Rue des archives/AGIP
 

Élaboré entre 1946 et 1947 par une commission présidée par Paul Langevin, puis, après la mort de ce dernier, par Henri Wallon, le plan remis en juin 1947 n’a jamais été appliqué, les communistes ayant été révoqués du gouvernement.

Le 19 juin 1947, une délégation de la Commission de réforme de l’enseignement que nous connaissons sous le nom de ses deux présidents successifs Paul Langevin (1872-1946) et Henri Wallon (1879-1962), tous deux membres du Parti communiste, pénètre au ministère de l’Éducation nationale. Elle est composée d’Henri Wallon, agrégé de philosophie et docteur en médecine, psychologue de l’enfance, professeur au Collège de France depuis 1937, de Fernande Seclet-Riou (1898-1981), inspectrice de l’enseignement primaire et maternel, de Roger Gal (1906-1966), agrégé de grammaire, animateur des classes nouvelles de lycées depuis 1945, et d’Alfred Weiler (1901-1961), professeur d’histoire et ­géographie, actif, lui aussi, dans la mise en place de ces classes. Ils présentent au ministre de l’Éducation nationale, le SFIO Marcel Naegelen, l’aboutissement de deux années de recherches et de consultations d’une commission composée de syndicalistes, résistants et universitaires représentants des différents ordres de l’enseignement. Pour comprendre la portée de l’événement, il faut donner quelques éléments permettant de replacer le projet en son temps et dans notre histoire. En 1947, le monde a entamé sa division en deux camps, avec deux champions : les États-Unis et l’URSS. La guerre d’Indochine, qui a débuté l’année précédente, continue. Au début du mois de mai, les ministres communistes ont été révoqués, le plan Marshall est en voie d’adoption.

L’enseignement reste compartimenté, les « trois types d’établissement, alimentés par des couches sociales distinctes, coexistent au-delà du cycle primaire : les lycées et collèges, qui donnent seuls accès aux facultés et aux grandes écoles, les écoles primaires supérieures, auxquelles se joignent les cours complémentaires et, en dernier lieu, les diverses écoles techniques » (1). Les voies de formation des enseignants demeurent distinctes et la pédagogie reste une affaire de transmission.

Le plan Langevin-Wallon fait suite aux différents projets conçus durant la Résistance et se place dans la continuité avec les réflexions et projets de réforme de l’entre-deux-guerres caractérisés par les principes de l’école unique et de la pédagogie nouvelle. Il s’appuie explicitement sur deux principes : celui de justice, qui consiste à mettre « chacun à la place que lui assignent ses aptitudes », et celui de développement, qui demande une « élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la nation ».

Il comporte les mesures suivantes. Un enseignement obligatoire passant de 16 ans à 18 ans, avec un premier cycle d’enseignement commun, un deuxième d’orientation et un troisième se terminant à 18 ans ouvrant sur trois voies d’études possibles : théoriques vers le baccalauréat, professionnelles vers les cadres de la production ou pratiques pour la préparation d’un métier.

L’enseignement comporte des programmes communs et spécialisés, des méthodes actives

L’enseignement du second degré comportera un enseignement propédeutique et une première orientation, un enseignement supérieur avec trois objectifs : la profession, la recherche, la culture.

La formation commune des enseignants se fera en deux années préuniversitaires dans les écoles normales, suivies par deux années de licence à l’université.

L’enseignement comportera des programmes communs et spécialisés, des horaires variables, des méthodes actives. Il n’y aura pas d’examen avant la fin de la scolarité obligatoire. L’éducation morale et civique préparera « l’enfant à prendre conscience du rôle qui sera le sien dans la vie sociale et de sa responsabilité de citoyen ».

Le plan aura une postérité dans des formes diverses. Il y aura d’abord le projet lui-même, qui a longtemps été le document mobilisateur pour les forces de progrès et reste encore aujourd’hui un modèle de démocratisation de l’enseignement, et trois principales réalisations au XXe siècle : les psychologues scolaires, la pédagogie et la psychopédagogie dans la formation des enseignants, et un cadre unifié de leur formation. Son histoire est celle du mot d’ordre de « démocratisation de l’enseignement », en tête des luttes sociales et politiques pendant des décennies, avant sa mise entre parenthèses en 1995 et l’épuisement de « son efficacité sociale » (2). Depuis, il nous reste comme un monument de hardiesse et d’unité nationale à visiter pour changer l’école ­aujourd’hui.

(1) Histoire de l’enseignement en France, Que-sais-je ?, d’Antoine Léon et Pierre Roche, éditions PUF, 2012. (2) Éducation, société et politiques, d’Antoine Prost, éditions du Seuil, 1997.
Un document de référence… au tiroir !

Dans la Pensée (avril 1969, n° 144), Fernande Seclet-Riou témoigne sur les travaux de la Commission Langevin-Wallon. Elle écrit notamment : « La rédaction étant terminée, une délégation de la Commission se rendit auprès du ministre pour lui remettre le document. Accueil courtois du ministre, qui, au cours d’une conversation rapide, rappela les buts proposés à la Commission, la remercia pour le travail accompli, exprima l’espoir d’un avenir heureux pour l’université réformée, adaptée à ses fins et à son époque. Puis, il saisit le document que lui remettait le président, il le déposa dans le tiroir central de son bureau, qu’il referma et verrouilla d’un geste sec. Ce geste, involontairement symbolique, est demeuré dans ma mémoire. » Depuis ce « classement », le document est un des textes de référence en matière d’éducation.

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 12:51
Juillet 1953, un portrait de Maurice Lurot est posé rue du Ruisseau à Paris, là où il vendait l'Humanité Dimanche. Mémoire d'Humanité/Archives dép. de la Seine-Saint-Denis

Juillet 1953, un portrait de Maurice Lurot est posé rue du Ruisseau à Paris, là où il vendait l'Humanité Dimanche. Mémoire d'Humanité/Archives dép. de la Seine-Saint-Denis

MAUD VERGNOL L’HUMANITE - MÉMOIRE

Le souvenir de cette journée sanglante, où sept militants algériens et français furent abattus par la police en plein Paris, refait surface depuis peu.

«Paris n'oubliera jamais la manifestation du 14 juillet 1953. » Ce 15 juillet de la même année, l'Humanité consacre sa une au véritable crime d'État qui s'est déroulé la veille, place de la Nation, où six indépendantistes algériens du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et un communiste et syndicaliste de la CGT ont été froidement abattus par la police française.

Mais Paris a oublié. Même les consciences militantes, pourtant plus vigilantes, ont effacé de leur mémoire ces balles du 14 juillet. Ce fut le cas dans nos propres colonnes, qui ont ignoré depuis plus de soixante ans cet épisode sanglant, qui coûta la vie à Abdelkader Draris, Mouhoub Illoul, Maurice Lurot, Amar Tadjadit, Larbi Daoui, Tahar Madgène et Abdallah Bacha. Leurs noms sont enfin sortis de l'oubli le 6 juillet dernier, grâce à l'initiative des élus communistes parisiens. Soixante-quatre ans plus tard, une plaque a finalement été inaugurée place de la Nation par Catherine Vieu-Charrier, adjointe à la maire de Paris, chargée de la mémoire. Présent au premier rang de cette commémoration : Guy Lurot, qui a découvert la veille en lisant l'Humanité Dimanche cet hommage tardif à son père et aux six autres victimes.

« LES ESCALIERS DU MÉTRO ÉTAIENT ENSANGLANTÉS »

Ce 14 juillet 1953, Guy a 17 ans. Il est apprenti imprimeur. À l'aube, avant d'enfourcher son vélo pour passer un jour férié au bord de la Marne, il jette un coup d'oeil à son père, qui somnole encore. « Cette dernière image de lui, souriant en dormant, me revient chaque 14 juillet. Car le lendemain, quand je l'ai revu, il dormait pour toujours, mais il ne souriait plus », nous raconte celui qui a aujourd'hui 80 ans. Ce jour-là, il aurait pu être aux côtés de son père, « qui ne manquait pas une occasion de l'emmener en manif ». Car ça aussi, beaucoup l'ont oublié, mais, avant de devenir l'apanage des défilés militaires, l'anniversaire de la prise de la Bastille fut longtemps un rendez-vous incontournable du mouvement ouvrier, l'occasion d'un défilé populaire et combatif.

Cette année-là, des milliers de militants algériens se joignent au cortège du PCF et de la CGT avec des mots d'ordre anticolonialistes. Un immense portrait d'Ahmed Mesli, dit Messali Hadj, père du nationalisme algérien alors emprisonné, ouvre le défilé du MTLD. De trop rares historiens (1) ont planché sur le déroulement précis de cette journée sanglante, avant que le cinéaste Daniel Kupferstein ne réalise un documentaire minutieux, puis un ouvrage paru en juin (2), riche en témoignages. Ces derniers ne laissent pas de place au doute : en fin de journée, alors que les derniers manifestants s'ébranlent place de la Nation, à proximité de la tribune officielle qui vient d'accueillir l'abbé Pierre et Marcel Cachin, la police provoque les manifestants algériens pacifistes en s'attaquant au portrait de Messali Hadj. « Ils ont tiré à balles réelles ! » s'écrient des militants. « Les escaliers du métro étaient ensanglantés », raconte un témoin. Cinquante manifestants sont blessés par balles. Sept resteront à terre. « Mon père a été tué à bout touchant, sa veste portrait des brûlures autour de l'impact », explique Guy Lurot, qui se remémore cette marche funèbre de milliers de militants communistes qui accompagna son père jusqu'au cimetière du Père-Lachaise, tout à côté du mur des Fédérés, après que les corps des sept victimes eurent été exposés à la Maison des Métallos pour un dernier hommage. « Les années qui suivirent ont été très difficiles. Heureusement que le Parti et le Secours populaire ont aidé ma mère, veuve avec trois enfants. Le plus dur, c'est qu'il n'y a jamais eu de procès. Les assassins n'ont jamais été inquiétés et nous n'avons pas pu faire notre deuil. »

LE « DOSSIER » EST CLOS EN CATIMINI EN 1957

À la tête de l'État, l'omerta s'organise. Le ministre de l'Intérieur, le radical Léon Martinaud-Déplat, va jusqu'à accuser les victimes. La presse de droite se déchaîne, accusant les Algériens d'avoir brandi des armes. Pourtant, les témoignages et archives recueillis par Daniel Kupferstein racontent une tout autre histoire. 210 douilles de la police seront retrouvées place de la Nation. La « main courante spéciale » de la préfecture, qui relate les événements heure par heure, ne fait état d'aucun tir adverse. Ce mensonge d'État, érigé dans les années qui suivront en mode de légitimation du maintien de l'ordre colonial, annonce les prémices d'une guerre qui ne disait pas encore son nom. Le « dossier » est clos en catimini en 1957, bientôt occulté par le terrible massacre d'octobre 1961 et la répression sanglante de février 1962.

«LES ASSASSINS N'ONT JAMAIS ÉTÉ INQUIÉTÉS ET NOUS N'AVONS PAS PU FAIRE NOTRE DEUIL.» GUY LUROT FILS DE MAURICE LUROT

Malgré quelques commémorations les années suivantes, le 14 juillet 1953 sera enfoui, en France et en Algérie, et même la mémoire militante sera frappée d'amnésie. En 1995, Guy Lurot écrit ce courrier à l'Humanité Dimanche : « Chaque année, alors que chacun danse, c'est les larmes aux yeux que je cherche un mot qui réchauffe dans l'Humanité. Chaque année, mon père est de nouveau assassiné par les camarades, par leur oubli. » Voilà aujourd'hui humblement réveillées les mémoires, pour ceux qui sont tombés et ceux dont la vie est encore encombrée par les non-dits de l'histoire.

(1) Entre autres, Emanuel Blanchard, Alain Ruscio, Maurice Rajsfus et Danielle Tartakowsky. (2) Les Balles du 14 juillet 1953, Daniel Kupferstein, La Découverte, 18 euros.

 

14 juillet 1953 à Paris : un massacre oublié ! Ce jour là, la police tire à balles réelles sur le cortège du Parti communiste auquel participent des militants anticolonialistes algériens : 7 manifestants sont tués !  https://archives.seine-saint-denis.fr/Un-massacre-oublie.html  Affiche à la mémoire des sept victimes du 14 juillet 1953. Paris (75), place des Fêtes, 19 juillet 1953. Correspondant l'Humanité non identifié. Droits réservés - Mémoires d'Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 35).

14 juillet 1953 à Paris : un massacre oublié ! Ce jour là, la police tire à balles réelles sur le cortège du Parti communiste auquel participent des militants anticolonialistes algériens : 7 manifestants sont tués ! https://archives.seine-saint-denis.fr/Un-massacre-oublie.html Affiche à la mémoire des sept victimes du 14 juillet 1953. Paris (75), place des Fêtes, 19 juillet 1953. Correspondant l'Humanité non identifié. Droits réservés - Mémoires d'Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 35).

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 11:58
Incorrigible optimiste, Henri Malberg est décédé
JEUDI, 13 JUILLET, 2017
HUMANITE
Photo Patrick NUSSBAUM
Photo Patrick NUSSBAUM

Au cours de ces dernières années, Henri Malberg s’est consacré largement à la défense de l’Humanité comme président puis président d’honneur de la société des lecteurs. Par ailleurs, il est intervenu régulièrement dans les débats et controverses au sein du PCF. Il semblait habité d’un optimisme à toute épreuve, mais il faisait preuve avant tout d’un refus du renoncement.

Il avait douze ans quand avec ses parents il parvient à échapper à la rafle du Vel d’hiv. Suivront deux ans d’errance, de cache puis d’internement dans le camp de Douadic (Indre), avant de retrouver Paris libéré, et l’appartement de Belleville, entre temps occupé. L’occupation nazie et les persécutions antijuives du régime de Pétain ont fait basculer la vie du jeune Henri Malberg, au moment où celui-ci entrait dans l’adolescence. On avait peine à croire en rencontrant cet homme cultivé, habité par la passion de convaincre, qui fut pendant un quart de siècle conseiller de Paris, dirigeant communiste de la capitale, qui dirigea l’hebdomadaireFrance Nouvelle puis la revue Regards et avant d’animer, ces dernières années, la Société des lecteurs de l’Humanité, que celui-ci n’était plus jamais retourné à l’école que le fascisme collaborationniste refusait aux enfants juifs. Sa voix se brisait quand il évoquait son copain avec qui il faisait les courses pour leurs familles terrées chez elles. Un flic plus zélé qu’un autre suivit l’enfant… dont le nom et celui de son petit frère figurent aujourd’hui sur le mur du mémorial de la Shoah.
 
Henri Malberg est né dans le 20ème  arrondissement de Paris en 1930. Ses parents étaient des immigrés juifs polonais arrivés en France après la première guerre mondiale. Son père, Ignace avait été mineur de fond. A Paris, il ouvrit un atelier de cuir et peaux dans le quartier de Belleville, où il s’était marié avec Fanny. Henri fut leur seul enfant. “Mon père était convaincu qu’en travaillant bien, qu’en étant un honnête homme, rien ne pouvait lui arriver”. Ces immigrés, juifs de Pologne, de Roumanie, de Hongrie qui parlaient yiddish, au milieu desquels évoluait la famille Malberg, aimaient passionnément la France. L’école était le moyen pour les enfants d’accéder véritablement au statut de citoyen , et Henri de rappeler l’immense fierté de son père assistant à la distribution des prix, de l’école de la rue du général Lassalle , et entendant appeler “Monsieur Malberg” (Nous étions des enfants, film de Jean-Gabriel Carasso).

L'enfant de Belleville

Dans ce Paris de la Libération, Henri Malberg devient ouvrier métallurgiste, adhère, comme une évidence, à la jeunesse communiste. Il n’avait pas lu Marx, mais les communistes avaient fait la Résistance, l’image de l’Union soviétique était au zénith. La bande de jeunes bellevillois partage le temps libre entre la vente d'Avant-Garde, les sorties au bal, au cinéma et au théâtre. Henri Malberg milite activement, prend des responsabilités au parti communiste. En 1949, il est condamné à un mois de prison pour sa participation à une manifestation contre la guerre coloniale en Indochine. “Ma génération, celle qui est venue très jeune au communisme au sortir de la guerre, a passé seize années de sa vie à mener le combat anticolonialiste”(Interview dans l’Humanité.fr 16 octobre 2011 par Sébastien Crépel). Après le Vietnam, ce furent les longues années de guerre en Algérie, le massacre de centaines d’Algériens le 17 octobre 1961, sous la houlette de Maurice Papon, passé de la traque des juifs dans le Bordeaux des années 40 à la préfecture de police de Paris deux décennies plus tard.
 
En 1961, Henri Malberg travaille au côté de Waldeck Rochet qui succèdera à Maurice Thorez au poste de secrétaire général du PCF en 1964. Un an plus tard, il est élu pour la première fois conseiller municipal de Paris. En 1972, Henri Malberg entre au comité central du PCF. En 1979, une  crise politique secoue la fédération parisienne sur fond de tensions entre communistes et socialistes qui ne parviennent pas à mettre sur pied l’actualisation du Programme commun de gouvernement. Henri Malberg remplace alors le secrétaire fédéral Henri Fiszbin, son cousin, qui a échappé comme lui à la rafle du Vel d’Hiv. Les rapports personnels entre les deux hommes resteront bons. Henri Malberg dirigera la fédération jusqu’en 1995.

Incorrigiblement communiste

Au cours de ces dernières années, Henri Malberg s’est consacré largement à la défense de l’Humanité comme président puis président d’honneur de la société des lecteurs. Par ailleurs, il est intervenu régulièrement dans les débats et controverses au sein du PCF. Il semblait habité d’un optimisme à toute épreuve, mais il faisait preuve avant tout d’un refus du renoncement. Le titre de son livre, paru en 2014, résume bien son état d’esprit: Incorrigiblement communiste. Il était fidèle à son engagement de jeunesse et avait conservé intacte sa capacité de révolte contre les injustices, contre les violences sociales exercées sur les plus fragiles. Lucide sur l’affaiblissement de son parti "C’est justement cette faiblesse qui autorise l’adversaire à porter tous les coups”, il refusait l’idée d’une quelconque obsolescence du communisme et le dénigrement des partis politiques comme cadre de l’engagement militant . Remplacer le PCF par une autre organisation “entraînerait une énorme déperdition d’intelligence et d’expériences accumulées. Une fois qu’on a tiré le rideau, il faut des générations pour reconstituer une force comme le PCF“ et j’ajouter: il y a mieux à faire, même si c’est réellement difficile”.( Réunion à Argenteuil en 2007)

"Poing levé et main tendue “ ou dit autrement combativité et ouverture aux autres: deux balises qui ont guidé toute sa vie durant l’enfant de Belleville, qui faussa compagnie à la maréchaussée un jour d’été de 1942.

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 06:36
L’hommage pluriel du lycée Voltaire à « Krasu »
JONATHAN LASNE
MARDI, 11 JUILLET, 2017
HUMANITE
L'hommage du lycée Voltaire à Henri Krasucki a attiré une diversité de personnes, communistes, anciens déportés, résistants ou simples curieux. Photo : Jacky Naegelen/Reuters
L'hommage du lycée Voltaire à Henri Krasucki a attiré une diversité de personnes, communistes, anciens déportés, résistants ou simples curieux. Photo : Jacky Naegelen/Reuters

Le lycée Voltaire, dans le XIe arrondissement de Paris, dévoilait, jeudi 6 juillet, une plaque à la mémoire du syndicaliste français. L’occasion de rassembler au-delà des âges, des convictions politiques et des histoires personnelles.

« Ca fait quinze ans qu’on réclame cette plaque. » Président des associations d’anciens combattants, Robert Fichtenberg ne cache pas son émotion. La salle la plus importante du lycée qu’il a fréquenté dans les années 1940 porte désormais le nom d’un « camarade », Henri Krasucki, lui-même ancien étudiant de l’établissement. Krasu, comme on l’appelait, savait rassembler. Jeudi dernier, il l’a fait à nouveau : l’événement a attiré une diversité de personnes, communistes, anciens déportés, résistants ou simples curieux. Il faut dire qu’Henri Krasucki était toutes ces choses à la fois. Une psychologue scolaire, dont le cabinet se situe en face de l’établissement, souligne l’importance de ce moment : « Je viens ici en tant que communiste. C’est bien, ça permet d’entendre l’histoire de Krasucki, qu’on a un peu oublié. Or Krasu, ce n’était pas n’importe qui ! »

Pas n’importe qui, en effet. Né en 1924 dans la banlieue de Varsovie, Henri Krasucki arrive à Paris à l’âge de quatre ans. Suivant les traces de son père, il intègre à la fin de l’année 1940 les Jeunesses communistes et participe à la résistance. Arrêté en mars 1943 puis déporté à Auschwitz, il continue le combat derrière les grilles, au milieu de l’horreur qui a pris la vie de son père. A son retour en France, il devient l’un des dirigeants du PCF et poursuit son engagement à la CGT, dont il devient secrétaire général en 1982. Il dira, à propos de sa vie : « Au fond, je ne suis jamais blasé, je demeure fidèle, comme au premier jour, à l’idéal et à l’élan de ma jeunesse. »

Des hommages de tous horizons

A sa mort en 2003, beaucoup déjà se souvenaient de sa modestie. Philippe Martinez l’a rappelé : « Henri Krasucki n’était pas forcément attaché aux honneurs, au sens des médailles, et pourtant nous avons toute légitimité à penser qu’il n’aurait pas pu être insensible à ce que son nom orne le mur d’une salle de l’établissement scolaire qui l’a accueilli. » L’hommage a été multiple. Aux côtés des syndicalistes, des communistes et du personnel enseignant, se trouvaient aussi des anciens déportés et enfants de déportés. Fanny Blachman Hochbaum, 79 ans, est venue d’Israël pour participer à une série de commémorations de la Shoah : « Je ne suis pas communiste, je ne l’ai jamais été. Mais je suis ici pour dire merci. Cette plaque, dans un lycée, c’est important : c’est ici que se forment les idées. Quand on est jeune, on n’a pas de préjugés, il faut préserver cette pureté d’esprit et le souvenir de la Shoah. »

Un lieu symbolique de la lutte contre les inégalités

Ce travail de mémoire est très important dans l’établissement. « A Voltaire, on s’investi dans la transmission de la mémoire, explique la CPE du lycée.L’objectif de cette transmission de la mémoire de la Shoah est de faire de ces futurs citoyens des êtres libres capables de porter des valeurs dignes. » Le nom de Krasucki a donc tout à fait sa place dans un établissement qui fait du souvenir de la Seconde Guerre mondiale une de ses spécificités, et dont la majorité des enseignants sont syndiqués. Mais le lien entre Krasucki et son ancien lycée est aussi d’une autre nature, sociale et historique. « Cet établissement est emblématique du Paris populaire qui ne rend peut-être pas assez hommage à ces grandes figures. On participe à l‘élévation des élèves qui viennent des classes populaires. Henri Krasucki vient d’un milieu populaire, il considérait la culture comme un moyen de s’élever. »

Le lycée Voltaire, fidèle à ses idéaux de justice sociale, dispose donc désormais d’une salle au nom de celui qui, selon les mots de Philippe Martinez, « a donné sans compter avec pour seule ambition d’offrir aux générations futures un monde meilleur fait de justice et d’humanité. »

Henri Krasucki (1943)

Henri Krasucki (1943)

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