Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 20:34
Higelin. Marchais. Krasucki. Concert de solidarité pour les 10 de Billancourt. Prestation gratuite d'un chanteur très engagé ! Photo Jean-Luc Villin

Higelin. Marchais. Krasucki. Concert de solidarité pour les 10 de Billancourt. Prestation gratuite d'un chanteur très engagé ! Photo Jean-Luc Villin

« Pourra-t-on un jour vive sur la Terre sans colère, sans mépris... » Des milliards d’étoiles pour Jacques Higelin.‬

JACQUES HIGELIN, L'ADIEU A UN AMI 
Nous venons de perdre un ami, un grand ami de l'Humanité et de la Fête de l'Humanité, alors que la France, elle, perd une figure artistique cardinale. Nous sommes tous sous le choc et très attristés par la disparition de Jacques Higelin. Depuis les années 60, il a marqué le monde de la chanson et plus largement le champ artistique avec une créativité toujours renouvelée et sur le qui-vive, avec une audace rare, une liberté totale d'esprit au service de son art. De la chanson artisanale au rock français aux accents contestataires, il a été un immense inventeur de la création contemporaine engagée. Ses héritiers sont nombreux...

Jean-Emmanuel Ducoin, journaliste à l'Humanité

 

Le chanteur Jacques Higelin est mort
LORENZO CLÉMENT AVEC AFP
VENDREDI, 6 AVRIL, 2018
HUMANITE.FR
 

Le chanteur Jacques Higelin, un des pionniers du rock français, est décédé vendredi matin à Paris à l'âge de 77 ans, a annoncé sa famille.

Jacques Higelin, est l'auteur-compositeuir d'une vingtaine d'albums et quelques chansons inoubliables, parmi lesquelles "Pars", "Champagne" ou encore "Tombé du ciel". Il est le père de trois enfants artistes, le chanteur Arthur H, la chanteuse Izia Higelin, et le réalisateur Kên Higelin.

Artiste attachant aux airs d'éternel adolescent, cet "enchanteur", auteur, compositeur et interprète, a rassemblé un public de fidèles autour de ses chansons et de ses concerts incarnés, durant desquels il improvisait sans relâche, passait du piano à l'accordéon ou la guitare et apostrophait les spectateurs Homme de coups de gueule et de coups de coeur, toujours révolté, Higelin évoque dans certaines de ses chansons la société, les sans-papiers ou les difficultés économiques, et s'engage à plusieurs reprises aux côtés des sans domicile fixe. Alternant ballades aériennes, rock énergique et envolées lyriques, jonglant avec le texte en amoureux des mots. Né le 18 octobre 1940 à Brou-sur-Chantereine (Seine-et-Marne), d'une mère belge et d'un père alsacien, Jacques Higelin quitte l'école à 14 ans. Il grandit en écoutant du jazz et de la chanson, Léo Ferré ou Jacques Brel, et rencontre à la fin des années 50 Henri Crolla, guitariste d'Yves Montand, figure familière de son adolescence.

Mais c'est comme comédien qu'il commence sa carrière. Au début des années 60, il s'inscrit au Cours Simon. Il débute au théâtre en 1959 avec "Bon week-end, Monsieur Bennett", mis en scène par Michel Vitold, et se lance aussi au cinéma avec "Le bonheur est pour demain" d'Henri Fabiani (1961), "Bébert et l'Omnibus" d'Yves Robert (1963) ou "Elle court, elle court, la banlieue" de Gérard Pirès (1972). Il jouera au total dans une trentaine de films.
Son destin bascule avec une double rencontre décisive au milieu des années 60, celle des musiciens Areski et Brigitte Fontaine, avec lesquels il se produit en trio sous la houlette de Pierre Barouh. C'est l'époque de ses débuts dans la chanson, des communautés et des expériences. En 1965, il sort l'album "Douze chansons d'avant le déluge", enregistré en duo avec Brigitte Fontaine.

En 1974, il amorce un virage rock, avec l'album "BBH 75". Enfant de Charles Trenet et des Rolling Stones, il est l'un des premiers chanteurs à tenter la synthèse entre le rock et la chanson, deux genres a priori antagonistes. Il sort ensuite "Irradié" (1975), "Alertez les bébés" (1976) et "No man's land" (1978). Devenu chanteur rock populaire, il connaît en 1979 un grand succès avec l'album "Champagne pour tout le monde" et son jumeau "Caviar pour les autres...".
En 1988, il remporte à nouveau l'adhésion du public avec l'album "Tombé du ciel", pour lequel il s'entoure de musiciens comme Didier Lockwood et William Sheller. L'album, qui se vend à plus de 300.000 exemplaires, est son plus grand succès. Suivent "Aux héros de la voltige" (1994) et "Paradis païen" (1998), qui marque ses retrouvailles avec Areski. En 2005, il reprend des chansons de Charles Trenet lors d'une tournée, en héritier déjanté et lunaire du "fou chantant". En 2006, après huit ans sans album de chansons originales, il sort "Amor Doloroso", suivi de "Coup de Foudre" en 2010. Ces albums, pour lesquels il travaille avec l'ex-leader de Kat Onoma, Rodolphe Burger, sont tous deux salués par la critique. Après "Beau Repaire" paru en 2013, il sort son 20e et dernier album, "Higelin 75", à l'automne 2016. Plus libre que jamais sur cet opus, le chanteur installé à Pantin, aux portes de Paris, se permet un morceau-fleuve final de plus de... 21 minutes et, dans "J'fume", clame continuer à "fumer" en attendant "que le fossoyeur me creuse une tombe au Père-Lachaise" et que "le temps s'arrête et que le ciel me tombe sur la tête".

Lire aussi : Jacques Higelin, mémoires d’un libre chanteur

C’est avec une grande tristesse que nous apprenons la disparition de Jacques Higelin. Il disparait au moment du cinquantième anniversaire des mouvements de 1968 alors qu’il fut l’une des figures les plus marquantes de l’élan artistique né de la révolte de la société, de la jeunesse, des femmes. On se souvient de sa collaboration avec Brigitte Fontaine qui marqua l’avant-garde musicale au début des années 1970, tout comme de sa formidable capacité de réinvention pendant toute sa carrière, son talent hybride, sa passion si communicative et les liens intenses qu’il avait noué avec un public fidèle.
Jacques Higelin aura été l’un des fers de lance du renouvellement de la chanson populaire française dans le pas de Charles Trenet dont il avait perpétué l’allure du « fou chantant » ou de Boris Vian auquel il empruntait l’impertinence et l’humour. Sa chanson mettait en avant la poésie avec des textes qui empruntait à la tradition surréaliste alliés à une musique ouverte sur les nouvelles sonorités. Il était quelque part aussi beau poète que grand musicien, sans oublier ses talents d’acteurs prêtés à de nombreux rôles de cinéma.
Homme au grand cœur, engagé à gauche, mobilisé aux cotés de la fondation Abbé Pierre pour le droit au logement, dans les luttes ouvrières, antiracistes, internationalistes ou écologiques, il était en permanence concerné par le sort des plus humbles. Jacques Higelin aura enchanté le public fervent de la Fête de l’Humanité à cinq reprises, de 1975 à 1999. Il lègue un héritage musical riche et fécond aux nouvelles générations d’artistes. Il nous laisse une immense œuvre.
C’est une voix aussi populaire qu’exigeante que nous pleurons aujourd’hui en gardant en tête ses inépuisables mélodies qui appartiennent désormais au bel et grand patrimoine populaire.

Hommages de l'Humanité et du PCF à Jacques Higelin: Patrick Le Hyaric - Jean-Emmanuel Ducoin

COMMUNIQUE DE PRESSE du PCF

Higelin : "Les communistes perdent un ami, la France perd une figure artistique cardinale" (Pierre Laurent)

Je suis choqué et très attristé de la disparition de Jacques Higelin. Depuis les années 60 il a marqué profondément le monde de la chanson et plus largement le champ artistique avec une créativité toujours renouvelée et sur le qui-vive.
Promoteur d’une chanson artisanale, puis d’un rock français aux accents libertaires, inclassable inventeur de formes métissées et hybrides, il a nourri l’oreille de plusieurs générations et laisse une marque profonde et durable dans la création contemporaine. Sa descendance artistique est riche. Homme de cœur et d’engagement il a toujours conservé une grande proximité avec les gens ordinaires et a su rester attentif au monde qui l’entoure ce dont ont témoigné ses nombreuses participations à des concerts de solidarité avec le monde ouvrier, les sans-papiers ou de soutien aux causes de la justice, de l’écologie et de la liberté.
Les communistes perdent un ami, la France perd une figure artistique cardinale, une des belles incarnations de cet esprit français généreux et audacieux que nous célébrons en cette année anniversaire de mai 68, dont l’œuvre de Jacques Higelin garde à jamais l’irrévérence rieuse.

Je m’incline devant sa mémoire et adresse mes plus vives condoléances à ses proches et à ses enfants Arthur, Isïa et Kên.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF,
Paris, le 6 avril 2018.

Partager cet article
Repost0
4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 11:51

« L’INTÉRÊT GÉNÉRAL À LA CASSE » – dossier du Monde diplomatique, avril 2018

 

Propageant la plus grande confusion entre rentabilité à des fins particulières et efficacité au bénéfice de tous, le gouvernement français veut délégitimer un peu plus l’État social qui fut pourtant gage d’émancipation pour de nombreuses générations. Après avoir multiplié les cadeaux fiscaux aux vrais privilégiés, il tente de dévier l’attention sur la fonction publique.

 

 

Les fonctionnaires, voilà l’ennemi

 

Par Anicet Le Pors *

Début février, le premier ministre Édouard Philippe a livré les premières décisions du gouvernement concernant la fonction publique : plans de départs volontaires, recrutement accéléré de contractuels, rémunérations dites « au mérite », multiplication des indicateurs individuels de résultat… Il inaugurait ainsi une croisade contre les statuts : d’abord celui des cheminots, puis les autres, en particulier la pièce maîtresse du « statut général des fonctionnaires », qui concerne quelque 5,5 millions de salariés, soit 20 % de la population active.

Dans ce domaine comme dans les autres, le président Emmanuel Macron entend aller vite. Mandaté par les dominants – la finance internationale dont il émane, les cercles dirigeants de l’Union européenne, le patronat, la technocratie administrative, les flagorneurs du show-business, la quasi-totalité des médias –, le jeune dirigeant sait que le temps ne travaille pas pour lui.

Durant la campagne pour l’élection présidentielle, M. Macron a jugé le statut des fonctionnaires « inapproprié » et prévu la suppression de 120 000 emplois. Il a stigmatisé les insiders[1], ceux qui se seraient construit un nid douillet à l’intérieur du « système » et dont les privilèges barreraient la route aux moins chanceux. Le 13 octobre 2017, le premier ministre s’est adressé aux ministres pour leur annoncer la création d’un Comité action publique 2022 (CAP 22) prévoyant « des transferts au secteur privé, voire des abandons de missions », et présenté comme la pièce centrale du chantier de réforme de l’État. La réforme du code du travail – priorité répondant aux vœux du Mouvement des entreprises de France (Medef) – a par ailleurs élevé le contrat et, plus spécifiquement, le contrat individuel d’entreprise au rang de référence sociale susceptible d’être généralisée à l’ensemble des salariés des secteurs privé et public. Et, ce faisant, permis de fourbir les armes qui permettront de s’attaquer directement aux statuts des personnels du secteur public, qui se situent dans la filiation de celui élaboré au lendemain de la Libération, puis en 1983. En rappeler la genèse éclaire la situation présente.

L’histoire de la fonction publique française révèle deux lignes de force : une conception autoritaire donnant la primauté au pouvoir hiérarchique, et une autre fondée sur la responsabilité du fonctionnaire, quelle que soit sa place dans la hiérarchie – la conception du fonctionnaire-citoyen. Adopté en 1944, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) ne prévoyait pas de réforme spécifique dans ce domaine. Le général de Gaulle souhaitait toutefois pouvoir s’appuyer sur une administration loyale et efficace. Sous l’impulsion de Michel Debré[2], chargé d’une mission dans ce domaine, un premier train de reformes est adopté par ordonnance le 9 octobre 1945. Elles donnent naissance à l’École nationale d’administration (ENA), à la Direction de la fonction publique, aux corps interministériels d’administrateur et de secrétaire d’administration, au Conseil permanent paritaire de l’administration civile ainsi qu’aux Instituts d’études politiques (IEP).

Nommé ministre d’État chargé de la fonction publique le 21 novembre 1945, Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français (PCF), se heurte à plusieurs difficultés dans l’élaboration d’un statut propre. À commencer par les réserves de la Fédération générale des fonctionnaires (FGF-CGT), qui demeure campée sur sa revendication d’un « contrat collectif », associant l’idée de statut à celle de « carcan ». Jacques Pruja, l’un des dirigeants de la fédération, prendra toutefois le contrepied de la position de son organisation, qu’il finira par convaincre. De leur côté, la Confédération générale du travail (CGT) et la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) – les deux seuls syndicats de l’époque – divergent sur le mode de représentation des syndicats.

Le premier projet de loi essuie de vives critiques, dont beaucoup s’articulent autour de la création d’un poste de secrétaire général de l’administration, suspectée de refléter une volonté de placer l’administration sous contrôle politique. Thorez transige sur ce point, mais tient bon sur le reste. Son entreprise se trouve encore contrariée par le rejet, le 5 mai 1946, d’un premier projet de Constitution, qui contraint à de nouvelles élections législatives. Après la formation du gouvernement, Thorez – alors vice-président d’un conseil des ministres présidé par Georges Bidault – obtient que son projet soit discuté le 5 octobre à l’Assemblée. Il est adopté à l’unanimité, sans discussion générale, après seulement quatre heures de débat. Pour Thorez, la loi du 19 octobre 1946 constitue un premier pas vers « la libération” du fonctionnaire, enfin considéré comme un homme et non comme le rouage impersonnel de la machine administrative[3] ».

Le statut alors créé ne concerne que les fonctionnaires de l’État, un effectif de 1 105 000 agents dont seulement 47 % sont titulaires. Il instaure de nombreuses garanties en matière de rémunération, d’emploi, de carrière, de droit syndical, de protection sociale et de retraite. L’innovation la plus surprenante est la définition d’un « minimum vital » : « La somme en dessous de laquelle les besoins individuels et sociaux de la personne humaine considérés comme élémentaires et incompressibles ne peuvent plus être satisfaits » (Art. 32, 3e al.). Cette mesure constitue la base d’une disposition prévoyant qu’aucun traitement de début de carrière ne soit inférieur à 120 % de ce minimum vital. Le agents des collectivités territoriales devront attendre la loi du 28 avril 1952 pour obtenir de nouvelles dispositions statutaires ; ceux des établissements hospitaliers, le décret-loi du 20 mai 1955.

Lors de l’avènement de la Ve République, l’ordonnance du 4 février 1959 abroge la loi du 19 octobre 1946, mais les dispositions essentielles du statut sont conservées. À la suite du mouvement social de 1968, les fonctionnaires bénéficient des retombées des événements (comme la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise), avant que l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, le 10 mai 1981, n’ouvre un nouveau chantier statutaire…

Ayant fait de la décentralisation l’une de ses priorités, Mitterrand avait chargé son ministre de l’intérieur et de la décentralisation, le maire de Marseille Gaston Defferre, d’élaborer un projet de loi sur le sujet. J’occupais alors le poste de ministre de la fonction publique, et la question des garanties statutaires à accorder aux personnels des collectivités territoriales m’opposa rapidement à la logique de Defferre. Il envisageait un simple renforcement des dispositions existantes ; je souhaitais au contraire une unification statutaire globale au niveau des garanties de carrière prévues pour les fonctionnaires de l’État.

Avant même l’arbitrage du premier ministre, Pierre Mauroy, j’intervins à l’Assemblée nationale, le 27 juillet 1981, en faveur de la « mise en place pour les personnels locaux d’un statut calqué sur celui de la fonction publique de l’État, c’est-à-dire sur le statut général des fonctionnaires ». On pouvait craindre la coexistence de deux types de fonction publique : celle de l’État, fondée sur le système de la carrière, et celle de la fonction publique territoriale, soumettant l’emploi aux aléas du métier, peu mobile et plus sensible aux pressions de toute nature. À terme, la seconde pouvait l’emporter sur la première, au préjudice de la neutralité de l’administration, des garanties des fonctionnaires, de la mobilité des effectifs et de l’efficacité du service public. M. Olivier Schrameck, alors conseiller technique de Gaston Defferre, radicalisera plus tard ma position, écrivant à mon sujet : « Jacobin de tempérament et tout particulièrement méfiant à l’égard des tentations clientélistes des élus, il était résolu à n’accorder à l’autonomie des collectivités locales que ce qui leur était constitutionnellement dû. » Après bien des péripéties, Mauroy arbitra en ce sens. « Ce compromis fut ainsi la traduction d’un rapport de forces », conclura M. Schrameck[4].

Le statut unifié fut inauguré par la loi du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations de tous les fonctionnaires, suivie de trois lois concernant respectivement la fonction publique de l’État, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière, caractérisant un système « à trois versants ». Le nouveau statut intégra des droits qui ne s’y trouvaient pas (droit de grève, liberté d’opinion, capacité de négociation des organisations syndicales, garantie de mobilité, droit à la formation permanente, etc.) et étendit son champ d’application aux agents territoriaux et hospitaliers. Après quelques hésitations de certaines d’entre elles, les organisations syndicales soutinrent la réforme. Les associations d’élus se montrèrent réservées, voire hostiles, craignant que ce statut ne limite leurs prérogatives. Mais, au Parlement, l’opposition se découragea vite.

Au départ, François Mitterrand ne s’intéressait guère à ces questions. Il était beaucoup plus vigilant concernant les réformes administratives, craignant sans doute qu’on lui reproche de laisser un ministre communiste s’intéresser de trop près à l’appareil d’État. Dès la composition du gouvernement et ma nomination, il n’avait accepté qu’avec réserve que les attributions du ministre de la fonction publique soient étendues aux réformes administratives. Il multiplia ensuite les objections à nos propositions en la matière. Il ne pouvait cependant manquer de douter des réformes en cours après son « tournant libéral » de 1983. M. Jacques Fournier, alors secrétaire général du gouvernement, le raconte : « Le président s’interrogea à haute voix, le 29 mai 1985, sur l’utilité de l’ensemble législatif concernant le statut de la fonction publique. (…)Passait ce jour-là en conseil des ministres le projet de loi sur la fonction publique hospitalière, dernier volet de cet ensemble. Le commentaire de Mitterrand est en demi-teinte. L’adoption de ce texte s’inscrit dans la logique de ce que nous avons fait. À mon sens, ce n’est pas ce que nous avons fait de mieux. Il évoque une rigidité qui peut devenir insupportable et des solutions discutables. On ne peut plus recruter un fossoyeur dans une commune sans procéder à un concours”. Il est vrai que j’ai présidé moi-même à l’élaboration de ces lois. Peut-être n’ai-je pas été suffisamment informé. Tout ceci charge l’administration et conduit à la paralysie de l’État. Il reste que c’est la quatrième et la dernière partie d’un ensemble. Je ne suis pas sûr, en définitive, que ces lois auront longue vie[5]. » C’était il y a trente-trois ans…

La séquence libérale étant ouverte, on aurait tort de s’étonner de l’obstination des partisans de la marchandisation de la vie publique et du « détricotage » des statuts législatifs ou réglementaires (et tout spécialement du statut général des fonctionnaires), soit sous la forme d’offensives brutales, soit par l’action de « transformations souterraines » plus insidieuses. Ainsi, la loi Galland du 13 juillet 1987 (sous le gouvernement de M. Jacques Chirac) changeait pour le symbole les corps des fonctionnaires territoriaux en cadres et rétablissait le système dit des « reçus-collés », soit la substitution, à l’issue d’un concours, de la liste des candidats admis par ordre alphabétique à la liste présentée par ordre du mérite dans la fonction publique territoriale. Elle nuisait à la comparabilité des fonctions publiques et, par là, à la mobilité des fonctionnaires, que le statut a érigée au rang de « garantie fondamentale » (article 14 du titre Ier su statut). Mais aussi : faux pas du Conseil d’État préconisant dans son rapport annuel de 2003 de faire du contrat une « source autonome du droit de la fonction publique ». Proclamation imprudente de M. Nicolas Sarkozy appelant en septembre 2007 à une « révolution culturelle » et déclarant son intention de promouvoir le « contrat de droit privé négocié de gré à gré », mais forcé d’y renoncer face à la crise financière de 2008, l’opinion reconnaissant que la France disposait d’un précieux atout anticrise dans l’existence d’un important secteur public, efficace « amortisseur social ».

Les attaques frontales ayant échoué, s’est développée une stratégie plus sournoise : d’une part, l’expansion du paradigme de l’entreprise privée dans le service public sous la forme du new public management (« nouvelle gestion publique ») ; d’autre part, un « mitage » du statut : 225 modifications législatives en trente ans, la plupart des dénaturations, démontrant, malgré tout, à la fois sa solidité et son adaptabilité.

La conception française du service public et la traduction juridique qu’en donne le statut général des fonctionnaires expriment une logique inacceptable aux yeux d’oligarchies qui s’efforcent de faire « ruisseler » leur idéologie libérale dans la société. Y compris lorsqu’elle se voit disqualifiée sur le plan théorique et contredite par le mouvement du monde.

« On empêchera plutôt la Terre de tourner que l’homme de se socialiser », aurait déclaré Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), paléontologue et jésuite, homme de science et prophète[6]. Il n’est au pouvoir d’aucun gouvernement d’inverser des tendances lourdes qui portent l’évolution des sociétés. Depuis la fin du Moyen Âge, on assiste à une sécularisation du pouvoir politique qui s’accompagne d’une autonomisation de l’appareil d’État et d’une expansion administrative constante. La socialisation des financements répondant à des besoins fondamentaux apparaît irréversible : en France, les prélèvements obligatoires ne dépassaient pas 15 % du produit intérieur brut (PIB) avant la première guerre mondiale ; ils s’élèvent désormais à 45 %. Il n’y avait pas plus de 200 000 agents de l’État au début du XXe siècle ; le secteur public (administrations, entreprises, organismes publics) approche les sept millions de salariés en 2018.

Pour autant, la France n’est pas « suradministrée ». Elle se situe au contraire en haut de la moyenne des pays développés, comme l’a démontré une récente étude de France Stratégie : on y compte 89 agents publics pour 1 000 habitants, loin derrière les pays scandinaves, derrière le Canada et juste devant le Royaume-Uni[7]. Ce n’est ni l’ampleur des effectifs ni leur évolution qui distinguent la France des autres pays, mais le fait que les agents y sont protégés par la loi, dans le cadre d’un statut regardé comme la condition d’une administration neutre et intègre.

Les libéraux ont cru pouvoir annoncer la victoire définitive de leur doctrine, la fin de l’histoire, et consacrer l’horizon indépassable d’un capitalisme hégémonique sur la planète. En ce début de XXIe siècle, le monde tel qu’il est dévoile leur erreur. Comme sous l’effet d’une nécessité, une forme de socialisation objective se développe, quand bien même elle s’exprime dans des contextes capitalistes. Dans une crise qu’Edgar Morin analyse comme une « métamorphose[8] », des valeurs universelles émergent et s’affirment : les droits humains, la protection de l’écosystème mondial, l’accès aux ressources naturelles indispensables, le droit au développement, la mobilité des personnes, l’égalité hommes-femmes, le devoir d’hospitalité, la sécurité. D’autres sont en gestation, qui exacerbent les contradictions. La mondialisation n’est pas seulement celle du capital ; elle touche toutes les formes d’échange et de formation de la citoyenneté : révolution informationnelle, coopérations administratives et scientifiques, conventions internationales, floraison de créations culturelles. Bref, ce siècle sera peut-être celui des interdépendances, des interconnexions, des coopérations, des solidarités, toutes formules qui se condensent en France dans le concept de service public. On ne s’en rend peut-être pas compte tous les jours en écoutant M. Macron, mais, contrairement aux espoirs et aux proclamations des thuriféraires du libéralisme, le XXIesiècle pourrait annoncer l’âge d’or du service public* 

 

Anicet Le Pors Ancien ministre de la fonction publique et des réformes administratives, conseiller d’État honoraire.

 

 

 

[1] Le Point, Paris, 31 août 2017.

[2] Michel Debré inaugurera le poste de premier ministre prévu par la Constitution de la Ve République, à la rédaction de laquelle il avait pris une part importante.

[3] Cité par René Bidouze, Fonctionnaire, sujet ou citoyen, Éditions sociales, Paris, 1979.

[4] Olivier Schrameck, La Fonction publique territoriale, Dalloz, coll. « Connaissance du droit », Paris, 1995.

[5] Jacques Fournier, Itinéraire d’un fonctionnaire engagé, Dalloz, 2008.

[6] Cité par Gérard Donnadieu, « Comprendre Teilhard de Chardin », Saint-Léger Productions, 2013.

[7] Florence Deschard et Marie-Françoise Le Guilly, « Tableau de bord de l’emploi public », France Stratégie, Paris, décembre 2017, http://www.strategie.gouv.fr

[8] « Edgar Morin : “L’idée de métamorphose dit qu’au fond tout doit changer” »,L’Humanité, Saint-Denis, 19 juillet 2013. Dans le même esprit : Anicet Le Pors, Pendant la mue le serpent est aveugle, Albin Michel, Paris, 1993.

[9] Gérard Aschieri et Anicet Le Pors, La Fonction publique du XXIe siècle, Éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2015.

Partager cet article
Repost0
2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 20:51
Décès de Winnie Mandela, grande figure de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud pendant 25 ans
Winnie Mandela et Nelson Mandela

Winnie Mandela et Nelson Mandela

ll y a aujourd'hui 28 ans, après 27 ans 6 mois et 6 jours d'emprisonnement, Nelson Mandela était libéré. Ici avec Joe Slovo président du Parti communiste sud-africain (SACP) et Winnie Mandela (photo Page Facebook de Philippe Bouvier) ​​​​

ll y a aujourd'hui 28 ans, après 27 ans 6 mois et 6 jours d'emprisonnement, Nelson Mandela était libéré. Ici avec Joe Slovo président du Parti communiste sud-africain (SACP) et Winnie Mandela (photo Page Facebook de Philippe Bouvier) ​​​​

Winnie Mandela, figure de la lutte anti-apartheid durant 25 ans, personnalité tempétueuse des townships d’Afrique du Sud et ancienne épouse de Nelson Mandela est décédée lundi 2 avril à l’âge de 81 ans.

Le Congrès national africain (ANC), fer de lance de la lutte contre le régime ségrégationniste, a salué une femme qui "symbolisait la force, la résistance et une âme éternelle de la liberté". "Elle s'est battue sans relâche pour que nous ayons une société juste et égalitaire. Elle a consacré sa vie au service du peuple africain", a-t-il insisté...

Lettre de Nelson Mandela à Winnie Mandela, 1er août 1970 « L’espoir est au combattant de la liberté ce que la bouée de sauvetage est au nageur: la garantie qu’il ne se noiera pas, qu’il restera à l’abri du danger ».

Une vie pleine de sacrifices, de pleurs et enfin une lueur d’espoir pour l’humanité! 

Mandela : la grande bataille.

Lu sur le site de la fédération PCF de l'Hérault, un article de 2013 qui remet un certain nombre de choses en perspective

 

Retour sur le formidable mouvement qui a porté le prisonnier de Robben Island à la présidence de la République d’Afrique du Sud.
La montée des luttes populaires antiapartheid en Afrique du Sud fut décisive dans les années 80. Le combat contre le système colonial et de discrimination raciale sud-africain a cependant marqué toute la seconde moitié du XXe siècle.
 
On ne peut réduire le mouvement anti-apartheid à l’antiracisme tellement sa portée fut globale. Cette lutte s’inscrivit en effet dans les enjeux de la décolonisation, de la guerre froide, de la montée de l’exigence démocratique et du besoin d’une voie de développement nouvelle porteuse d’égalité, de justice et de progrès humain. Ce sont toutes les grandes questions du XXe siècle qui se cristallisèrent ainsi, dans cette grande bataille, en particulier au moment des bouleversements en Europe de l’Est (dont les régimes ont soutenu l’ANC). C’est toute la donne internationale qui est en train de changer. Des aspirations populaires et un monde nouveaux s’annonçaient.
 
Le PCF va s’engager intensément et au plus haut niveau aux côtés du peuple sud-africain parce qu’il mesure alors la dimension de l’enjeu, parce qu’il veut faire du refus de l‘asservissement d’un peuple un moteur de conscience politique.
 
La nécessité de la destruction du système d’apartheid a mûri au cours des années. L’ONU elle-même, dès la décennie 60, y contribua en légitimant les sanctions. En 1973, son Assemblée générale reconnaissait explicitement la nécessité « d’éliminer et de réprimer l’apartheid ». A juste titre, les Nations unies liaient la libération pour le peuple d’Afrique du Sud à celle des autres peuples d’Afrique australe, notamment la Namibie.
 
Un système criminel et obsolète
 
Il faut souligner à quel point ce système colonial sud-africain était à la fois obsolète et criminel. La violence faisait partie de sa nature : massacres de Sharpeville en mars 1960, de Soweto en juin 1976 ; assassinat de Dulcie September en 1988… Le régime s‘appuyait sur un arsenal sévère de dispositions et de forces de répression qui n’épargnaient aucun opposant, y compris les Blancs, Métis ou Indiens qui osaient la critique. Le système se présentait comme le rempart du monde libre face au danger communiste sur le continent africain.
C’est probablement ce mythe idéologique qui servit à justifier tant de livraisons d’armes occidentales, en particulier françaises, à un régime pourtant si contraire aux principes et aux buts de la Charte des Nations unies et aux valeurs humaines universelles.
 
Il est vrai que les intérêts en jeu étaient considérables. Les banques et les multinationales du monde capitaliste, notamment celles à base française, y défendaient leur implantation et leurs profits. Peu importait alors la défense d’intérêts capitalistes injustifiables dans un niveau d’exploitation intolérable… Jusqu’au moment où la lutte populaire et la solidarité internationale imposèrent les sanctions qui contribuèrent à de premiers reculs du régime, à la libération des prisonniers politiques puis à la chute du système lui-même.
 
L’engagement des communistes
 
Cette bataille ne fut pas si simple à conduire. Quelques années avant sa libération, qui

connaissait Nelson Mandela en France ? Certes, lors du procès de Rivonia (1963-1964), qui envoya le chef de l’ANC et ses camarades au bagne, Marie-Claude Vaillant-Couturier, pour le groupe communiste, intervenait à la tribune de l’Assemblée en faveur des inculpés. Mais en 1984, un sondage IFOP pour l’Humanité Dimanche révélait que 68 % des Français n’avaient jamais entendu parler de Nelson Mandela. Seulement 20 % le savaient victime d’atteinte aux libertés.
Il en a fallu des initiatives, des rassemblements énormes, des manifestations, des interventions, des affiches, des articles dans l’ensemble de la presse du PCF, dont l’Humanité, pour nourrir ce mouvement populaire et une très large solidarité qui finirent par l’emporter dans l’opinion publique et contre toutes les complicités.

 
Lors de la Fête de l’Humanité de 1985, tandis qu’un grand concert est donné pour le peuple sud-africain, Roland Leroy et une délégation se rendent à Matignon pour exiger le boycott du régime d’apartheid. En 1988, Georges Marchais propose le Prix Nobel pour Nelson Mandela et le 31 janvier 1989 il se rend à Oslo pour présenter cette candidature pour laquelle 2 500 personnalités françaises et étrangères avaient signé avec le Comité de défense des droits de l’homme et des libertés présidé par le secrétaire général du Parti.
 
Un petit badge métallique est édité par le PCF, dont la vente permit d’alimenter l’aide financière à l’ANC. On se souvient aussi de la bataille pour la libération du jeune Français Pierre-André Albertini, accusé d’avoir transporté des armes pour l’ANC. Mais le régime de Pretoria est en train de perdre ses soutiens. François Mitterrand refusa les lettres de créance du nouvel ambassadeur sud-africain en France en s’appuyant sur l’affaire Albertini. Déjà, en 1985, le gouvernement Fabius finit par décider d’arrêter les importations de charbon en provenance d’Afrique du Sud et de suspendre tout investissement dans ce pays.
 
L’ambassadeur de France sera rappelé. C’est le début de la fin grâce à une mobilisation populaire qui ne cessa de se renforcer et de s’élargir, notamment avec la création de Rencontre nationale contre l’apartheid (RNCA) dirigée par Marcel Trigon et Jacqueline Derens, avec la mise en place du Comité Nelson Mandela libre qui rassembla 71 organisations politiques, syndicales, associatives, avec le soutien de mouvements chrétiens, d’artistes, de musiciens, d’écrivains, de personnalités connues comme Breyten Breytenbach qui s’y associa. Le PCF et le Mouvement de la jeunesse communiste s’y engagèrent pleinement. La diversité de ce Comité fit sa force et sa représentativité au-delà des débats et des divergences d’approches sur le sens et la nature du combat à mener.
 
La libération de Nelson Mandela et des prisonniers politiques cristallisa l’ensemble de la lutte solidaire contre le système d’apartheid. La jeunesse, et en particulier la jeunesse communiste, y puisa une formidable énergie, au point qu’on parlera ensuite de la génération Mandela.
 
Un évènement d’une portée mondiale.
 
Lorsque celui-ci, le 11 février 1990, sort de prison, l’émotion est immense. L’événement est mondial. La chute définitive du régime d’apartheid se dessine. C’est une avancée décisive, à la fois politique, sociale, morale, profondément démocratique et porteuse d‘un immense espoir d’égalité et de justice pour le peuple sud-africain, pour l’Afrique, pour toutes les forces d’émancipation humaine dans le monde.
 
Le 7 juin suivant, Nelson Mandela est à Paris. Il est reçu par les autorités françaises. Il est accueilli notamment au siège du Parti communiste français, accompagné de Thabo Mbeki et Solly Smith, représentant de l’ANC en France.
L’arrivée de Mandela dans le hall du Comité central est un moment exceptionnel, une explosion d’émotion et de joie… dans un enthousiasme collectif inénarrable. Georges Marchais et Nelson Mandela s’étreignent longuement. Winnie Mandela tient Georges Marchais par la taille… Tout le monde sait, alors, que le combat n’est pas terminé. Loin de là. Mais quelle victoire !
 
Mandela restera comme le symbole d’une légitimité démocratique universelle qui continue à imposer le respect à tous, à rassembler le peuple sud-africain dans sa mémoire et dans l’espoir d’une Afrique du Sud capable, dans notre temps de crise, de répondre aux profondes attentes sociales et populaires… Mais ceci est une autre histoire.
 
Jacques Fath
CommunisteS juin 2013.
Partager cet article
Repost0
2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 09:12
Fête du Viaduc 2012

Fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

fête du Viaduc 2012

Fête du Viaduc 2013

Fête du Viaduc 2013

fête du Viaduc 2013

fête du Viaduc 2013

fête du Viaduc 2013

fête du Viaduc 2013

fête du Viaduc 2013

fête du Viaduc 2013

fête du Viaduc 2013

fête du Viaduc 2013

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2014

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

Fête du Viaduc 2015

Fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2015

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2016

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

fête du Viaduc 2017

54 ANS DE COMBAT COMMUN

 

DES LIENS FORTS AVEC LA POPULATION

 

Cette année nous tenons la 54 ème Fête du Viaduc du nom du journal de la section PCF du pays de Morlaix.

Cette durée en dit long sur la qualité des liens que les communistes et leurs amis (car ils ont toujours été présents sur la Fête) ont su tisser avec la population. En témoigne aussi la fidélité des annonceurs qui sont pour beaucoup dans le succès financier.

 

UNE FETE NOMADE

 

Le souci de rencontrer la population et différentes contraintes ont conduit à chercher des implantations diverses. La première fête s’est déroulée le 5 septembre 1965 à Kernéguès. Mais très rapidement le 1er mai, la fête des travailleurs, devint le rendez-vous incontournable des communistes avec la population du pays de Morlaix. Jusqu’en 1978 elle se déroula autour du terrain de foot de la Madeleine ; terrain où se déroulait une rencontre corpo très suivie. En 1979 la fête s’installa aux Jacobins pour une mémorable édition, très riche artistiquement… mais qui ne dégagea pas beaucoup de bénéfices. A partir de 1980 s’ouvre une longue période dans la vallée de Ty-Dour. Elle va durer jusqu’en 2004 à ce carrefour du quartier du plateau nord-est. Je fus à l’origine de son départ en décidant, en tant qu’adjoint à l’urbanisme, de la construction de la résidence étudiante sur le terrain qui servait de parking. S’en suivirent 2 ans à Ploujean où la salle mettait les stands à l’abri des intempéries puis le déplacement, par souci de visibilité, place Allende pendant 3 années. Un essai fut fait en 2010 à la Boissière, Place de la Commune de Paris, dont le nom nous plaisait évidemment. Mais l’année suivante nous rejoignîmes la place Allende.

 

POLITIQUE, CULTURE ET CONVIVIALITE

 

Organisée par le PCF, la Fête du Viaduc n’est évidemment pas une simple kermesse. La politique y tient une grande place. Par l’intervention politique assurée par un dirigeant national, départemental ou local, par un élu ou un candidat. Nous lui avons substitué depuis plusieurs années un débat avec les participants à la fête qui peuvent ainsi échanger avec le dirigeant présent et les militants. Mais la politique est aussi présente par les affiches , les livres, la presse, les revues, les pétitions, les expos… et les discussions informelles toujours passionnées. S’y ajoute la présence d’associations amies et de nos partenaires. Tous les ans, nous y enregistrons plusieurs adhésions.

 

La culture a toujours été présente à la fête du Viaduc. Expositions de peinture, dessins, photos avec toujours la diversité, la qualité…et le contenu. Spectacles : chansons françaises, rock, chants de marins ; musique, jazz, musique et danse bretonnes, fanfare, musique baroque, percussions, spectacle de magie, théâtre, littérature…sans oublier la dimension sportive.

 

La fête est aussi un moment de rencontre et de convivialité. Aux jeux, stands, loteries, concours s’ajoute bien évidemment la restauration. Aux casse-croûtes et grillades des premières années se sont ajoutés la crêperie et le restaurant où militant-e-s et ami-e-s font tous les ans merveille permettant ainsi d’ajouter aux plaisir des papilles ceux des retrouvailles et des discussions.

 

LA SOLIDARITE EN ACTION

 

Beaucoup de partis politiques ont organisé des fêtes …qui parfois ont disparu. Nous ne sommes pas peu fiers de tenir cette année la cinquantième fête du Viaduc. Ce n’est possible que grâce à l’investissement des militants et des amis qui d’année en année y mettent toute leur énergie dans les différentes tâches à assurer. Que grâce aussi à toutes celles et à tous ceux qui y participent chaque année.

 

Longue vie à la Fête du Viaduc et succès à tous les combats que nous mènerons ensemble !

Alain David (édito du Viaduc pour l'annonce de la 50 ème fête du Viaduc légèrement remanié) 

 

 

A partir de ce travail de restitution d'archives de Jean-Luc Le Calvez, et du dépouillement de quelques exemplaires du Journal du PCF, on peut restituer quelques moments forts de l'histoire de la section PCF de Morlaix ces 50 dernières années, tour à tour dirigée par Michel Derrien, Alain David, Jean-Yvon Ollivier, Stephane Mayer, François Bourven, Daniel Ravasio. 

 

La Fête du Viaduc est née non pas le 1er Mai mais en septembre 1964.

Elle avait lieu d'abord au Stade de Kernéguès et était déjà une grande fête populaire. L'entrée était payante (2 francs). Il n'y avait pas encore de partie musicale et artistique mais on pouvait y entendre l'allocution d'un membre du comité fédéral du PCF (Gabriel Paul en 1965), y participer ou y assister à des tournois de foot (entre des équipes coporatives: Ameublement, Renault, Hôpital...), des concours de Palais, de Luttes Bretonnes.

Plus tard,  à la fin des années 1960 et jusqu'en 1978, la Fête du Viaduc s'est déplacée au Terrain de la Madeleine. La Musique s'est invitée, comme le Radio-Crochet, la Course à l'Oeuf, la Course Humoristique, les Floralies, les Concours de Dominos.    

Dans les années 1980 et jusqu'en 2004, la Fête du Viaduc avait lieu dans la Vallée du Ty-Dour. Puis à Ploujean en 2005 et 2006, place Allende de 2007 à 2009, place de la Commune en 2010 à La Boissière, puis à nouveau place Allende.      

 

La naissance de cette fête du Viaduc témoigne d'un renforcement et d'une ambition nouvelle du PCF dans le Pays de Morlaix et coïncide avec la création du journal Le Viaduc, organe de la section du Parti Communiste de Morlaix.

Ce journal naît fin 1963 avec pour directeur de publication Louis Ollivier. On y lit aussi des articles de Michel Derrien, le secrétaire de section du PCF Morlaix, qui sera adjoint au maire pendant plusieurs mandats, et de François Paugam, le très estimé dirigeant de la CGT des Cheminots, responsable à l'organisation du PCF.

Alain David, qui sera secrétaire de section du PCF Morlaix de 1968 à 1976, devient à la fin des années 1960 et pour plusieurs décennies le directeur de publication et la plus brillante plume duViaduc.

 

Le premier éditorial du Viaduc commence ainsi, donnant le ton à la fois populaire, impertinent et bien senti du journal :

 

"Travailleurs morlaisiens, vivez-vous au dessus de vos moyens? C'est du moins l'avis de notre Ministre des finances qui entend ajouter un cran à votre ceinture. Toute la propagande gaulliste de la presse, de la radio et de la télévision, est insuffisante pour démontrer que les vessies sont des lanternes. En effet, depuis 1958, les prix ont augmenté de 42,50%, les taxes de vie chère de 78% et les profits des grosses sociétés de 85%. Mais depuis 5 ans, bien des yeux se sont ouverts sur la nature du pouvoir des financiers dont les méfaits pèsent de plus en plus sur la population laborieuse de notre ville.

- Les salaires et traitements sont en retard sur les prix

- Les vieux vivent dans la misère

- Les logements neufs sont inabordables

- Notre zone n'a d'industriel que le nom. Pourquoi?

La main d'oeuvre qualifiée manque, mais le pouvoir et la municipalité laissent dormir dans les cartons le projet de collège technique...

Nous voulons combattre avec vous sur tous les plans la politique néfaste du gaullisme, du patronat et de leurs représentants à la municipalité".

 

Au delà de ces déclarations politiques générales, le 1er Viaduc fait aussi la part belle aux revendications locales: mieux équiper pour les besoins des sportifs la salle du Poulliet, datant d'un an, et que l'on détruit cette année, 50 ans après, prévoir une école pour le quartier Saint Augustin, dont la population a cru avec les nouveaux immeubles de la Rape Saint Augustin.

 

L'édito du Viaduc n°2, publié en janvier 1964, a un titre et des propositions que l'on ne renierait pas aujourd'hui:

 

" Pour une démocratie véritable.

Le remplacement du pouvoir gaulliste par une république démocratique est à l'ordre du jour. De part, la constitution actuelle, le pouvoir sert les banquiers, les marchands de pétrole, les trusts: il faut que ça cesse. Il faut remplacer le pouvoir d'un seul homme par celui de tout le peuple et non par celui d'un autre homme. Le PCF propose à tous les démocrates comme base d'un programme commun:

- élection à la proportionnelle d'une assemblée constituante qui dotera le pays d'une constitution démocratique.

- par l'intermédiaire de l'Assemblée Nationale, le gouvernement doit être l'émanation de la volonté populaire.

- transfert du pouvoir des Préfets aux conseils généraux élus à la proportionnelle

- laïcité de l'Etat et de l'Ecole et réforme démocratique de l'enseignement

- réforme de la fiscalité permettant de faire payer les grosses sociétés

- nationalisation des monopoles pour permettre une véritable politique sociale

- abandon de la force de frappe, signature des accords de Moscou et politique de désarmement" 

 

Suite une présentation de François Paugam, "sympathiquement connu de notre population", candidat du Parti aux Cantonales. 

 

Au verso du journal qui ne compte que feuille A4 recto verso jusqu'en 1970, on trouve des articles locaux truculents sur la nécessité de nettoyer les abords de l'école du Calvaire - en l'occurence la promenade ombragée par les peupliers qui offre un magnifique panorama sur la ville mais où s'entassent les boîtes de conserve qui servent aux jeux de "foot boîtes" des enfants. On demande à brancher les eaux de ruissellement de future école Corentin Caer au tout-à-l'égoût et à installer des bancs en contrebas sur la promenade. On apprend que les crédits pédagogiques dont bénéficient les écoles publiques morlaisiennes sont insuffisants, comme leurs systèmes de chauffage sont défaillants. A l'inverse, on nous présente une école maternelle et primaire modèle de Moscou où le taux d'encadrement et les conditions pédagogiques sont optimales: "dans l'Etat socialiste, l'ENFANT EST ROI". 

 

Viaduc n°3 - Mars 1964 - sous le titre ironique "Les arguments frappants des patrons", une charge contre Tilly qui fait tabasser les militants de la CGT à Guerlesquin: "La direction "TILLY" à GUERLESQUIN, n'aime pas les défenseurs des ouvriers. F. PAUGAM, responsable CGT en a fait l'expérience. Aux tracts qu'il distribuait à GUERLESQUIN pour dénoncer l'exploitation dont sont victimes les ouvriers de cette entreprise, le beau-frère de Mr Tilly a opposé les coups de poing. La classe ouvrière ne peut tolérer de telles méthodes. Pour parer cette méthode fasciste dont notre camarade F.PAUGAM a déjà été victime, tous les travailleurs doivent faire preuve d'une vigilante solidarité à l'égard de leurs responsables, prévoir et assurer leur défense dans tous leurs déplacements intéressant leur travail de militant".

 

Sur le plan local, diatribe contre les voitures qui encombrent l'allée du Poan Ben, jadis "réservée aux jeunes enfants et aux vieillards qui y trouvaient une paisible retraite, loin de l'agitation de la ville": "leur gaz d'échappement n'a rien de comparable avec l'air pur des sommets" et la mairie ne finance pas de classe de neige pour les enfants, "la pétarade des moteurs crée dans les classes une ambiance défavorable aux études et sensibilise des organismes déjà fortement éprouvés par les trépidations de la vie moderne".

Cette attaque contre l'invasion de l'allée du Poan Ben par la voiture ne s'arrête pas là: "Le moins dangereux n'est pas le gymkana des voitures parmi les enfants aux heures d'entrée et de sortie des écoles. Attend-on un accident grave pour remédier à cet état de chose? Qu'a cela ne tienne des mesures sont envisagées: un agrandissement du parking par la couverture de la rivière! pas moins...

Ce qui, parait-il coûterait plus cher que la couverture du bassin. Ce serait, avouez-le, porter beaucoup d'estime aux quatres roues et bien peu à nos enfants qui n'ont, il est vrai, que deux jambes à garer. Pourquoi ne pas transformer les cours d'écoles en parking? ..."

 

Toujours dans ce Viaduc n°3, le PCF, dans son programme pour les cantonales, plaide pour le rattachement de Morlaix à St Martin des Champs, précise sa conception du soutien public au développement économique du territoire: "l'expansion économique ne signifie pas pour nous, des cadeaux aux capitalistes sous forme de terrains et d'installations gratuites (zone de Kerivin aménagée aux frais du contribuable)".

 

En fin, au bas de la page 2, ce qui deviendra une tradition dans le journal des communistes morlaisiens, on peut lire une mise en cause du Télégramme:

 

"LES SILENCES ... DU TELEGRAMME"

Le télégramme a omis d'informer ses lecteurs des raisons pour lesquelles il n'a pu paraitre vendredi 21 février:

Les linotypistes ont fait grève pour soutenir un de leur camarade mis à pied injustement. Bravo pour cet exemple

LOUABLE DE SOLIDARITE OUVRIERE!".

 

Dans le Viaduc N°4 (juin 1964), les rédacteurs qui militent pour l'installation d'un centre médico-pédagogique à Morlaix s'offusquent que la Salle Omnisports de Morlaix soit retenue pour la célébration du messe à l'occasion de la fête Diau tandis que le 7 juin, le stade de Kernéguez est également retenu pour la célébration d'une messe: "Décidément le pouvoir encourage au maximum le clergé et celui-ci en profite. Après la radio et la télé, la réaction monopolise les installations sportives".   

 

Dans Le Viaduc n°6 (novembre 1964), le PCFMorlaix justifie la constitution d'une liste indépendante au 1er tour des élections Municipales tout en se montrant partisan d'une union avec les socialistes au second tour sur la base d'un programme commun. "Une liste d'union au 1er tour consisterait à passer sous silence les grandes réalisations des élus communistes, notamment à SCAER, LEUHAN, SCRIGNAC, HUELGOAT etc... où ils détiennent la municipalité depuis 20 ans... En présentant une liste d'union au 1er tour comme en 1959 nous créerons la confusion et faciliterons ainsi l'élection des représentants du pouvoir... Notre Parti, qui arrive en tête des partis de gauche à MORLAIX, ne peut accepter  d'être une force d'appoint. Pour avoir la confiance des travailleurs, il faut que chaque Parti détermine le niveau de ses forces...

Quand nous aurons mis en échec les défenseurs du Pouvoir Gaulliste, au soir du 1er tour, les Communistes feront tout, à Morlaix, pour former une liste d'union pour le 2e tour; sur la base d'un programme commun et compte-tenu des forces de chaque organisation.

Les Communistes ont prouvé leur discipline républicaine en votant en masse pour élire les camarades PRAT et TANGUY PRIGENT. Il est temps de cesser la polémique et de passer au travail de masse, c'est à dire à l'explication aux électeurs des malfaisances du régime gaulliste et de l'équipe du docteur Le Duc".

 

Lors des Municipales de 1965, les communistes affirment le caractère politique des élections locales:

"Nous proclamons que les élections municipales ont un caractère politique.

Pour qui réalise t-on?

Qui paie?

Répondre à ces deux questions, c'est faire un choix politique.

Nous, Communistes, avons choisi. Nous voulons réaliser pour les travailleurs, pour les classes les plus deshéritées; nous voulons faire payer les riches et avant tout les gros patrons.

Toutes les municipalités communistes ont toujours appliqué ces deux principes.

Le rôle d'une municipalité ouvrière est de réaliser avant tout pour alléger la peine des travailleurs, de défendre l'enfance, d'organiser les loisirs de la jeunesse, d'aider les vieux".

Pour les enfants, le PCF de Morlaix propose la création de trois nouveaux patronages laïques (Madeleine, centre-ville, Rampe Saint Augustin) et le soutien au départ en vacances en colonies des enfants de famille modeste. Pour les mères qui travaillent à la Manufacture, à l'hôpital, aux PTT, il propose une crèche municipale. Pour les vieux, la création d'un Foyer, la création d'une aide aux travailleurs. La création aussi d'un office municipal d'HLM et l'achat par la ville des terrains nécessaires à la construction de logements accessibles aux bourses modestes. Le gros chantier du mandat parait-être celui de l'aissinissement: "le docteur Le Duc, maire de Morlaix depuis 18 années, écrit: "il convient d'améliorer les conditions d'hygiène et de ne plus utiliser la rivière comme exutoire naturel". Bravo, Monsieur le Maire, il eut fallu penser plus tôt et commencer par construire un épurateur et un collecteur central et ensuite étendre à toute la ville le tout-à-l'égout".    

 

Dans le Viaduc de juin 1965, c'est une pétition pour demander l'implantation d'un STOP à l'intersection de la Bellevue de la Madeleine et de la Venelle de la Madeleine à cause des collisions de voitures à répétition. "Attend t-on un autre accident, peut-être mortel, celui-là? La vie d'un homme vaut-elle moins qu'un panneau? Les habitants du quartier de la Madeleine, lorsqu'ils entendront un crissement strident et si un malheur arrivait sauront accuser les responsables de cette négligence que l'on pourra qualifier de criminelle".   

 

Après une interruption,  en 1970, Le Viaduc, qui a a désormais comme directeur de publication Alain David, secrétaire de section du PCF Morlaix depuis quelques mois, s'étoffe, gagne en quantité d'articles, à qualité de mise en page, et en ambition: notamment celle d'établir un dialogue avec les lecteurs. Il parait toujours tous les deux mois.

En novembre 70, le journal qui coûte 30 centimes, auquel on s'abonne, a

Pourquoi ce journal?

 

AMIS LECTEURS, 

 

En France, l'écrasante majorité des journaux appartient à un petit nombre de groupes financiers. Quant à la radio-télévision, elle demeure un instrument de propagande au service du gouvernement. Et ce n'est pas parce qu'un dirigeant communiste ou syndical peut faire de temps à autre une apparition sur le petit écran que cela change quelque chose à l'essentiel. L'information est unilatérale, dirigée, partiale. 

C'est pourquoi la section de Morlaix du PCF a décidé de publier un journal local afin de faire connaître à la population de Morlaix et de ses environs le point de vue des communistes sur quelques questions internationales, nationales et locales. 

Il est évident que, dans une publication modeste comme la nôtre, il nous sera impossible d'aborder ou de développer tous les problèmes de l'actualité. D'autre part, les auteurs des différents articles de ce journal sont des militants de base de la section de Morlaix du Parti Communiste, ce sont des ouvriers, des paysans, des artisans, des enseignants et ils n'ont pas, pour rédiger, la facilité des journalistes professionnels.

Nous espérons cependant que vous lirez avec intérêt ce journal que vous recevrez tous les deux mois.

C'est avec plaisir que nous accepterions de dialoguer avec vous en répondant, dans nos prochains numéros, aux questions que vous nous auriez posées en écrivant au siège de notre parti, situé 5, rue Haute à Morlaix.

Le Comité de rédaction".

 

Signent leurs articles dans ce journal Renée Deroux (la place de l'EPS dans l'éducation nationale), François Paugam (luttes sociales aux Combustibles Morlaisiens), Daniel Crassin (Regards sur la RDA: réaction argumentée à un article du Télégramme), Janine Tardivel qui fait le compte rendu d'une conférence où Alain David et Louis Le Roux, membre du Comité Cental du PCF, ont parlé de la situation prometteuse du Chili.

 

En juin 1971, Le Viaduc relate une conférence débat avec le grand résistant communiste ROL-Tanguy, né en gare de Morlaix, ouvrier metallurgiste, ancien des Brigades Internationales et libérateur de Paris. "150 personnes étaient venues assister à la conférence-débat que donnait Rol-Tanguy dans la salle des conférences de la mairie de Morlaix. Aux côtés de Rol-Tanguy avaient pris place au bureau les camarades Alain David, secrétaire de section, Louis Aminot, membre du comité fédéral et Le Nagar de Plougonven". 

 

En mai-juin 1972, il est question de la 8e fête du Viaduc. Louis Ollivier commente: "Le 1er mai 1972, malgré son temps incertain, a apporté sur le terrain de la Madeleine, un millier de personnes. Notre "Fête du Viaduc" devient la kermesse la plus importante de notre ville. En effet, le grand nombre de stands, leur décoration, leur qualité et surtout le match de football ont contribué à son succès en créant une ambiance gaie, joyeuse et sportive". Alain David écrit un article anti-colonialiste de circonstance:

Halte à l'agression américaine au Vietnam:

 "Depuis plus d'un quart de siècle, les peuples d'Indochine sont contraints à défendre leur existence et leur dignité, leur indépendance et leur liberté. En minant les ports de la République Démocratique du Vietnam, en reprenant les bombardements intensifs sur les objectifs civils, le gouvernement américain fait un pas de plus dans l'escalade de la guerre. Il faut en finir avec cette "sale guerre". Comme tous les peuples du monde, les peuples indochinois ont un droit imprescriptible: le droit à la paix. Cette paix ne pourra voir le jour tant que l'envahisseur américain occupera l'Indochine"...

Comme d'habitude François Paugam se fait écho des luttes sociales dans la région de Morlaix, aux PTT et aux Imprimeries. Michel Derrien écrit sur les implantations d'école à La Vierge Noire et à La Boissière, et sur le manque d'espaces de vie collective dans le nouveau quartier HLM de La Vierge Noire. Son texte, toujours d'actualité, mérite d'être cité:

"Le vendredi 19 mai, la première chaîne de télévision présentait une dramatique: "Un dimanche volé". C'est le drame réel d'un ouvrier vaincu par la fatigue du travail, les bruits de la rue et de l'immeuble filtrant à travers les cloisons et les fenêtres de l'appartement, le manque de sommeil accumulé. Au-delà de cette existence, on peut trouver une condamnation des logements construits au rabais, véritables usines à névroses, des cadences de travail, de l'absence de terrains de jeux pour les enfants des HLM, condamnés à jouer au milieu des voitures ou dans les escaliers. Allez vous promener dans la rue de La Vierge Noire à Morlaix. Voyez ces clapiers humains qui montent, les espaces libres sont chichement mesurés. Dans quelques années, des centaines d'enfants y habiteront. Ce décor de béton vous fera immanquablement penser au film de Gérard Chouchan. Existe t-il une solution? Certes oui. Les constructions de ce quartier sont en place, on n'y peut plus rien. Mais il existe encore, tout à côté, du terrain. Il faut d'urgence que la ville de Morlaix achète, si ce n'est déjà fait, le "petit bois de Coat Serho", ainsi que les prés et les terrains qui bordent la route de Lanmeur. A cet endroit, il est possible, sans de trop grandes dépenses, d'aménager une part de promenade et de loisir. L'aménagement d'un bassin ne pose aucune difficulté. En outre, il faut des terrains de jeux pour les enfants. Ne serait-il pas possible de prévoir un tel espace entre la Boissière et la Vierge Noire? L'erreur serait d'attendre que les constructions soient terminées pour penser à un tel problème..."    

 

En décembre 1972, Le Viaduc s'ouvre sur un article d'Alain David sur le Programme Commun:

 

"Le programme... c'est le vôtre.

Le programme commun signé par le Parti Communiste, le Parti Socialiste, et les Radicaux de Gauche ouvre au peuple des perspectives nouvelles.  

Ce programme n'est pas un simple accord électoral conclu entre les dirigeants des trois partis; ce programme commun que les travailleurs ont attendu si longtemps c'est une arme que nous mettons entre leurs mains pour qu'ils puissent se libérer des quelques monopoles parasites qui sucent le fruit du travail de tout un pays.

Le programme commun est le programme de tous ceux qui ont intérêt à l'avènement d'une démocratie véritable. C'est le programme des ouvriers dont l'exploitation est sans cesse accrue, des employés et des fonctionnaires dont le pouvoir d'achat est sans cesse menacé par la hausse des prix, des artisans et des commerçants de plus en plus victimes du secteur monopoliste, des paysans que l'on force à quitter la terre pour grossir les rangs des chômeurs ou des O.S, des femmes surexploitées qui bouclent de plus en plus difficilement leur budget, des jeunes à qui ce régime n'offre aucun espoir et des personnes âgées qu'il oblige à vivre dans la misère.

En un mot le programme commun que nous vous appelons à acheter, à étudier, à populariser et à soutenir, c'est le VOTRE.

A.DAVID"     

 

(Suite au prochain numéro...)

Partager cet article
Repost0
30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 05:46
PUR, 2018, 25€

PUR, 2018, 25€

Cet ouvrage se propose d’analyser l’impact du Front populaire sur le Finistère, département rural fortement marqué par la question religieuse. Évitant une approche surplombante, le cadre choisi permet d’appréhender au plus près les fractures de la société finistérienne, entre villes et campagnes, entre blancs et bleus, entre dominants et dominés. La pénétration des idées sociales est faible dans les campagnes. Un puissant syndicalisme agricole s’y développe en s’arrogeant le rôle d’un contre-État. En face, la société urbaine vit ses propres antagonismes. L’Église catholique, présente dans les deux mondes, tente de conforter son emprise sur l’ensemble de la société et se retrouve de fait en concurrence avec les élites agrariennes. L’arrivée des gauches au pouvoir radicalise les positions. L’irruption d’une séquence gréviste inédite oblige les uns et les autres à s’adapter. Les forces adverses mettent en place des stratégies mimétiques qui cherchent à accompagner plutôt qu’à affronter le réveil ouvrier. Les changements d’échelle permettent d’étudier tous les moyens utilisés, du consentement jusqu’à la coercition. Loin d’une histoire fractale, nous avons privilégié une histoire mosaïque. Pour autant, le Finistère du Front populaire, avec ses particularités, s’inscrit dans le cadre national. Cet ouvrage est une contribution à l’histoire de cet événement majeur dans un département catholique et rural

Partager cet article
Repost0
23 mars 2018 5 23 /03 /mars /2018 07:30
Communistes de Beuzec (Finistère Sud) dans les années 30 - photos archives Pierre Le Rose

Communistes de Beuzec (Finistère Sud) dans les années 30 - photos archives Pierre Le Rose

Manifestation du Front Populaire à Concarneau - photos archives Pierre Le Rose

Manifestation du Front Populaire à Concarneau - photos archives Pierre Le Rose

Conflit social de la fabrique de galoches à Rosporden - photo archives Pierre Le Rose

Conflit social de la fabrique de galoches à Rosporden - photo archives Pierre Le Rose

Le Parti communiste: de l'espoir au doute

En Bretagne, le Parti communiste a longtemps dû se contenter de la "portion congrue" à gauche. Sauf au lendemain de la Libération. Ces dernières années, il avait amorcé une remontée intéressante. Mais cet espoir a été détruit par la crise d'identité qui le traverse et a fait place au doute, y compris dans les fiefs anciens, comme les monts d'Arrée. 

Au moment du congrès de Tours, le socialisme commençait à connaître une implantation non négligeable en Bretagne, surtout dans les zones qu'André Siegfried avait déjà recensées comme favorables, dans sa remarquable autant que minutieuse étude publiée en 1913 ("Tableau politique de la France de l'Ouest sous la IIIe République"). 

Les socialistes dirigeaient alors les mairies de Brest, Lambézellec, Saint-Marc dans la banlieue brestoise, Morlaix, Douarnenez, Concarneau, Audierne dans le Finistère, Lanester dans le Morbihan et Trignac en Loire-Atlantique. 

Aux élections législatives de 1919 les socialistes avaient eu trois élus en Bretagne: Goude, le premier député socialiste breton élu dès 1910, et Masson dans le Finistère, Aubry en Illle-et-Vilaine. Tous les trois resteront à la SFIO après Tours. 

Plusieurs délégués bretons participent à ces débats de Tours. Marcel Cachin, le directeur de "L'Humanité" auteur de la motion d'adhésion de l'Internationale Communiste, avec Fossard, ne représentait pas sa Bretagne natale mais la Seine dont il était élu, le Lot et la ... Corse.

Le syndicaliste brestois Jean-Marie Guibant et le métallurgiste nantais René Gomichon se firent remarqués par leurs vigoureuses interventions en faveur de la Troisième Internationale au cours du Congrès. Guibant donnait aussi une précision intéressante, à savoir la création d'une section entièrement acquise à l'Internationale Communiste à La Feuillée, près de Huelgoat, dans les Monts d'Arrée, que Siegfried avait qualifiés de "démocratie radicale" . Radicale au sens étymologique et non partisan du terme. 

Douarnenez chantait rouge 

Dès 1921, le jeune Parti communiste, issu de la majorité du Congrès de Tours, mettait de nouvelles structures en place. Louise Bodin pour l'Ille-et-Vilaine, René Gomichon pour la Loire-Atlantique, le Treis pour le Finistère et Soufflet pour le Morbihan en furent les premiers secrétaires fédéraux. Par contre les débuts du parti furent plus difficiles dans les Côtes-du-Nord, alors assez fermées à l'influence révolutionnaire. 

Ce Parti communiste des premières années, on a quelques peines à l'imaginer. Tant par ses actions que ses querelles intestines, il se rapprochait plutôt des formations gauchistes de l'après mai 68 que du PC tel qu'on le connaît aujourd'hui. Les "nouveaux rouges" faisaient preuve d'un activisme sans borne, portant aux quatre coins de la péninsule bretonne la parole révolutionnaire et le grand espoir né d'octobre 1917. 

Charles Tillon a raconté comment le jeune syndicaliste et communiste rennais qu'il était participait alors aux grandes luttes des ports du Sud-Finistère de Douarnenez à Concarneau ("On chantait rouge", éd. Laffont, 1977). 

Douarnenez fut la première ville de France à se donner un maire communiste. Ce ne fut pas, comme on le croit à tort, le célèbre Daniel Le Flanchec, mais un tapissier nommé Sébastien Velly, qui succédait, après bien des palabres, au socialiste Fernand Le Goïc au mois de juillet 1921.

Velly mourait subitement le 9 juillet 1924. Il fut alors remplacé par le secrétaire fédéral du PC, Daniel Le Flanchec, une personnalité complexe, mais d'une popularité extraordinaire. Le Flanchec fut le héros de la longue et sanglante grève des pen-sardines douarnenistes, les ouvrières des conserveries de poisson, à la fin de l'année 1924. Il fut victime d'un attentat où il faillit laisser la vie. 

En 1936, Le Flanchec devait rompre avec le PC, mais il resta maire de Douarnenez jusqu'en 1940, avant de mourir en déportation. 

Le rôle des émigrés   

Mais, mis à part ces quelques zones d'influence, le PC n'avait encore qu'une audience limitée en Bretagne. En 1924, il ne réunissait que 13 000 voix aux législatives. 

Dans les années trente pourtant, le PC commença à "décoller", à la faveur du Front populaire. Le rôle de l'émigration fut important. Une grande partie de la classe ouvrière bretonne formait en effet les gros bataillons prolétariens dans la banlieue parisienne, notamment à Saint-Denis. 

Beaucoup de ces travailleurs, revenus au pays avec les congés payés, contribuèrent à faire connaître les idées communistes dans les campagnes bretonnes, certaines s'avérant trs réceptives, du côté d'Huelgoat et de Callac. 

Aux élections législatives de 1936, le PC dépassait 10% des voix dans trois circonscriptions bretonnes: Lannion, Guingamp et surtout Quimper, qui englobait alors Pont-l'Abbé et Concarneau. 

Pierre Guéguin, maire de Concarneau depuis 1935, futur martyr de Châteaubriant, obtenait 23% des voix au premier tour. Il manquait de peu le siège de député, le radical sortant se maintenant au second tour, contrairement aux accords du Front populaire. Dans la montagne huelgoataine, les scores communistes approchaient déjà les 20%. Mais à ces mêmes élections de 1936, la SFIO avait huit élus en Bretagne. 

Des lendemains qui chantent 

La Résistance, où son rôle fut considérable, permit au PC d'acquérir une implantation nouvelle en Bretagne. Charles Tillon devenait même ministre. 

 

Pierre Guéguin, élu maire communiste de Concarneau en 1935

Pierre Guéguin, élu maire communiste de Concarneau en 1935

Charles Tillon, ministre de l'Armée, à Carhaix à la libération (photo des archives Alain et Jean-Claude Cariou)

Charles Tillon, ministre de l'Armée, à Carhaix à la libération (photo des archives Alain et Jean-Claude Cariou)

Congrès du PCF - la délégation du PCF à Strasbourg en 47, photo Archives Pierre Le Rose (avec Daniel Trellu, Gabriel Paul, Pierre Le Rose, Marie Lambert)

Congrès du PCF - la délégation du PCF à Strasbourg en 47, photo Archives Pierre Le Rose (avec Daniel Trellu, Gabriel Paul, Pierre Le Rose, Marie Lambert)

Jeunes communistes à la Libération (archives Pierre Le Rose)

Jeunes communistes à la Libération (archives Pierre Le Rose)

Marcel Cachin dans le sud-Finistère, avec Pierre Le Rose, alors secrétaire départemental (archives Pierre Le Rose)

Marcel Cachin dans le sud-Finistère, avec Pierre Le Rose, alors secrétaire départemental (archives Pierre Le Rose)

Des lendemains qui chantent 

La Résistance, où son rôle fut considérable, permit au PC d'acquérir une implantation nouvelle en Bretagne. Charles Tillon devenait même ministre. La proportionnelle aidant, des députés communistes étaient élus dans les départements bretons pendant toute la IVe République. 

En novembre 1946, les listes communistes recueillaient 341 793 voix dans les cinq départements bretons. En pourcentage, cela faisait 22,34% des suffrages exprimés avec des pointes à 31,5% dans les Côtes-du-Nord et 27,8% dans le Finistère. Scores supérieurs à ceux de la SFIO, jamais retrouvés par le PC en Bretagne. 

En 1951 et en 1956, le PC se maintenait à un excellent niveau électoral. Dans la dernière législature de la IVe République, les députés communistes bretons étaient au nombre de cinq: Marcel Hamon et Guillaume Le Caroff dans les Côtes-du-Nord, Gabriel Paul et Alphonse Penven, le maire de Huelgoat, dans le Finistère, Gravoille en Loire-Atlantique, auxquels il faut ajouter Emmanuel d'Astier de la Vigerie, élu en Ille-et-Vilaine sur une liste commune progressiste communiste. 

Fer de lance de l'union 

Malgré la "guerre froide", le PC maintenait de fortes positions en Bretagne et gardait tout son pouvoir d'attraction politique et culturelle. Son pouvoir d'attraction sociale aussi comme en témoignent les luttes de l'époque, notamment à Brest en 1950. De même, l'opposition du PC aux guerres coloniales, en Indochine et en Algérie, lui valait le soutien d'éléments jeunes et combatifs. 

L'arrivée du général de Gaulle au pouvoir en 1958 portait un coup sévère au PC. Le nouveau mode de scrutin mis en place par la Ve République naissante (majoritaire à deux tours et non plus la représentation proportionnelle) écartait pour vingt ans les communistes bretons du Parlement. 

Politiquement ce fut la période de rapprochement avec les socialistes, c'est-à-dire avec le PSU surtout. Le PC contribua largement aux victoires municipales de la gauche à Saint-Brieuc en 1962 et à Lorient en 1965. 

Fer de lance de l'unité des forces de gauche le PC conservait en Bretagne de solides positions dans ses bastions traditionnels: les Monts d'Arrée, bien sûr, la Montagne Noire, le sud du pays Bigouden, le Trégor rouge, la région de Guingamp, Hennebont, Lanester, Trignac... 

Douarnenez, perdue en 1951, lui faisait certes défaut, mais en 1971, le communiste Michel Mazéas retrouvait un fauteuil de maire qui a valeur historique pour son parti.

C'était alors une période assez exaltante pour les communistes. Sous l'impulsion de Waldeck-Rochet, le PC s'efforçait de se dégager des pesanteurs thoréziennes. Aux élections présidentielles de juin 1969, Jacques Duclos obtenait un excellent score, y compris en Bretagne. Avec 257 818 voix, et 15,75%, le candidat du PC devançait largement, dans les cinq départements bretons, le PSU de Michel Rocard (4,19%) et le socialisme de Gaston Defferre (3,98%). 

C'était voici treize ans à peine! 

Cette nouvelle progression communiste allait pourtant piétiner à partir de 1972. Le nouveau Parti socialiste occupait rapidement un terrain sociologiquement favorable et laminait le centrisme en Bretagne. 

Pour l'heure, le PC recueillait quand même les fruits de l'unité avec les socialistes, lors des cantonales de 1976 et surtout des municipales de mars 1977. Le PC gagnait de nouvelles mairies (Concarneau qu'il avait perdu en 1947, Carhaix, Guingamp..) et entrait dans les conseils municipaux de plusieurs grandes villes bretonnes. 

 

- A suivre   

Rentrée scolaire catastrophique - tract du PCF en 1962 (archives Pierre Le Rose)

Rentrée scolaire catastrophique - tract du PCF en 1962 (archives Pierre Le Rose)

Les candidats du Parti Communiste aux cantonales dans le Finistère en septembre 1967 (Bretagne Nouvelle)

Les candidats du Parti Communiste aux cantonales dans le Finistère en septembre 1967 (Bretagne Nouvelle)

Partager cet article
Repost0
18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 18:14
Le Comité du Tregor des Amies et amis de la Commune - 1871 organise une visite du Château du Taureau où fut enfermé Blanqui le 18 avril 2018
Inscription pour la visite du Château de Taureau le 18 avril et réservation pour le concert du 3 juin à Lannion de la chorale "Peuple et chansons" ouvertes sur le site.
Nombre de places pour la visite : 30 maximum (Tarif = 50 euros).
Nombre de places pour le concert : 300 (PT = 10 euros).
 
Exposition à la Médiathèque ; Les Décrets de la Commune du 3 au 8 avril.
 
 

Blanqui "l'Enfermé", selon le surnom que lui donne son biographe Gustave Geffroy, ami de Monet, critique et théoricien d'art de l'impressionnisme, proche de Jaurès, qui fréquenta assidûment la région de Morlaix (sa biographie de Blanqui date de 1892). 

Blanqui (février 1805- janvier 1881) , théoricien et homme politique socialiste ou communiste (à l'époque, ces concepts sont souvent interchangeables) naît à Puget-Théniers dans les Alpes-Maritimes où son père est sous-préfet. Il fut élevé à Paris dans une institution où enseignait son frère aîné Adolphe (futur économiste libéral).

Etudiant en droit et en médecine, il adhéra en 1824 à la Charbonnerie autrement appelée la société secrète des Carbonari (organisation subversive qui complotait contre la monarchie); il fut blessé en 1827 dans les manifestations d'étudiants au Quartier Latin... 

En 1830, lors des barricades de juillet, il prend le fusil et arbore la cocarde tricolore révolutionnaire contre Charles X. 

Deux ans plus tard, il entra au journal "Le Globe", mais sa vie militante se partagea entre conspirations et emprisonnements... (1832, 1836-1837, condamné à mort en 1840, il fut finalement emprisonné au Mont-Saint-Michel puis à Tours jusqu'en 1844). 

En 1848, après avoir fondé la Société Républicaine Centrale que fréquente Baudelaire. Il prône une"République égalitaire" qui fera "disparaître la dernière forme d'esclavage, le prolétariat". Il s'oppose au gouvernement provisoire bourgeois de la IIe République, réclame l'ajournement des élections qui pourraient donner une majorité au camp réactionnaire en organisant des manifestations en mars et avril 1848.   

Il est de nouveau arrêté et passe dix ans en prison à la citadelle de Belle-Ile...

A la prison de Sainte-Pélagie, en 1861, il reçoit de nombreux jeunes dont Gambetta, Clémenceau. Certains de ses disciples vont l'aider, après son évasion et son exil à Bruxelles, à jeter les bases d'un parti clandestin, véritable armée secrète composée de professionnels de la révolution.  

Après la chute de Napoléon III, il revient à Paris pour créer le journal: "La Patrie en danger". Son organisation révolutionnaire compte en septembre 1870 entre 2000 et 3000 membres et recrute dans tous les milieux, inspirée par la figure charismatique du Vieux.  

Sa filiation: la Révolution Française, le Manifeste des Egaux de Babeuf et Philippe Buonarotti qu'il côtoie. Mais Blanqui se méfie des constructions échafaudées par le socialisme utopique. Si la dictature révolutionnaire qui doit naître de la révolution a pour but ultime d'instaurer le "communisme", celui-ci ne saurait être le produit d'un système conçu d'avance: "Le Communisme est une résultante générale et non un oeuf pondu et couvé dans un coin de l'espace humain par un oiseau à deux pieds". 

Thiers le fait arrêter dans le Lot où il se repose... le 17 mars 1871 à la veille du début de la Commune.

Il était en fuite, pourchassé après sa participation aux émeutes du 30 octobre 1870 à Paris. 

Il est enfermé dans la prison de Cahors, puis au château du Taureau où il occupe une pièce voûtée appelée "salle de discipline".

C'est là que Blanqui rédige L'Eternité par les astres, un essai philosophique sur l'univers et la condition humaine, le seul livre publié de son vivant. 

Blanqui est élu membre du comité d'honneur de la Commune de Paris pendant qu'il est au château du Taureau mais Thiers, chef du gouvernement de Versailles, refuse de le rendre contre 74 otages de la Commune, dont l'archevêque Darboy. 

En 1872, Blanqui est condamné par le Conseil de guerre et enfermé à la centrale de Clairvaux, sa dernière prison, pendant sept ans. Finalement amnistié, il se consacrera jusqu'à sa mort à son journal Ni Dieu, ni maître fondé en 1840. 

Blanqui passera en tout dans sa vie 37 ans en prison. Il sort de prison à 74 ans après avoir été élu député de Bordeaux sous les barreaux, mais le scrutin a été invalidé. 

A sa mort, une foule de plus de 100 000 personnes se présente au père Lachaise.  

 

Extrait de l'Eternité par les astres de Blanqui qui nie la nécessité d'un progrès irréversible et rejoint ainsi, en dépit de l'exotisme de la thèse de la pluralité des mondes, des perspectives très contemporaines sur l'histoire:   

" Et puis, jusqu'ici, le passé nous représentait la barbarie, et l'avenir signifiait progrès, science, bonheur, illusion! Ce passé a vu sur tous nos globes-sosies les plus brillantes civilisations disparaître sans laisser une trace, et elles disparaîtront encore sans en laisser davantage. 

L'avenir reverra sur des milliards de terres les ignorances, les sottises, les cruautés de nos vieux âges! (...).

Ce que nous appelons le progrès est claquemuré sur chaque terre, et s'évanouit avec elle. Toujours et partout, dans le champ terrestre, le même drame, le même décor, la même scène étroite, une humanité bruyante, infatuée de grandeur, se croyant l'univers et vivant dans sa prison comme dans une immensité, pour sombrer bientôt avec le globe qui a porté dans le plus profond dédain, le fardeau de son orgueil.

Même monotonie, même immobilisme dans les astres étrangers. L'univers se répète sans fin et piaffe sur place. L'éternité joue imperturbablement dans l'infini les mêmes représentations".  

Extrait de la défense de Blanqui en Cour d'Assise en 1832:

"Oui, Messieurs, c'est la guerre entre les riches et les pauvres: les riches l'ont voulu ainsi; ils sont en effet les agresseurs. Seulement, ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance; ils diraient volontiers, en parlant du peuple: cet animal est si féroce qu'il se défend quand il est attaqué". 

Autre extrait de l'oeuvre de Blanqui qui prône la voie révolutionnaire et la grève générale par opposition à l'idéal d'une transformation progressive par la voie des coopératives de production: 

"Jamais le capital ne consentira à l'abandon de la moindre parcelle de sa puissance. Moins traitable et moins résigné que les rois absolus, il ne veut pas, il ne peut pas faire des concessions. Il entend ne connaître que la loi de son bon plaisir. 

Désarmer la bourgeoisie, armer le peuple, c'est la première nécessité, le seul gage de salut de la révolution (...)

La grève, malgré ses inconvénients, est le moyen naturel, à la portée de tous, auquel tous participent. La coopération n'est qu'un moyen accessible seulement aux plus instruits, suspects ou indifférents, ou même inconnus de tout le reste. La grève est la seule arme vraiment populaire dans la lutte contre le Capital. Appuyées provisoirement sur la grève comme moyen défensif contre l'oppression du Capital, les masses populaires doivent concentrer tous leurs efforts vers les changements politiques, reconnus seuls capables d'opérer une transformation sociale et la répartition des produits selon la justice.

L'état social étant gangrené, pour passer à un état sain, il faut des remèdes héroïques; le peuple aura besoin, pendant quelques temps, d'un pouvoir révolutionnaire".    

Et encore cet "Avis au peuple, le toast de Londres" (25 février 1851): 

"Le devoir d'un révolutionnaire, c'est la lutte toujours, la lutte quand même, la lutte jusqu'à l'extinction. " Qui a du fer, a du pain" (...) Pour les prolétaires qui se laissent amuser par les promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la liberté, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau bénite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la misère toujours" 

 

Sources: 

Article de Bernard Duraud dans le numéro spécial de L'Humanité "1871-2011: Ils étaient les Communards"

Revue de la Bibliothèque du Travail (BT 2), décembre 1973: "Utopistes et précurseurs du communisme"

Le Taureau Forteresse Vauban- Baie de Morlaix - Guillaume Lécuillier, avec les dessins du dessinateur de BD Pellerin (chez Skol Vreizh)

Le Comité du Tregor des Amies et amis de la Commune - 1871 organise une visite du Château du Taureau où fut enfermé Blanqui le 18 avril 2018
Partager cet article
Repost0
18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 16:47
Amoco Cadiz: ce qu'en disait le PCF en mars 1978 - des documents collector des archives de Jean-Yvon Ollivier !

En cette période de commémoration des 40 ans de la marée noire de l'Amoco Cadiz, merci à notre ami Jean-Yvon Ollivier de nous avoir communiqué ces archives précieuses sur les positions du PCF à l'époque et l'analyse qu'on faisait des causes structurelles, capitalistes, de cette marée noire dont le cinéaste militant communiste finistérien René Vautier allait tirer le chef d'oeuvre de documentaire militant "Marée noire, colère rouge" !   

Le département du Finistère comptait alors plusieurs centaines d'élus communistes et des dizaines de mairies à direction communiste, à Douarnenez, Concarneau, plusieurs ports et communes du Pays Bigouden, Le Relecq Kerhuon, Scaër, le Centre-Finistère autour de Carhaix, Huelgoat, Scrignac, Berrien.

Et la fédération, très forte et organisée, comptait des milliers d'adhérents.   

Partager cet article
Repost0
18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 16:36
18 mars 1871: Début du soulèvement de la Commune de Paris: un gouvernement et un mouvement émancipateur par le Peuple, pour le Peuple!
18 mars 1871: Début du soulèvement de la Commune de Paris: un gouvernement et un mouvement émancipateur par le Peuple, pour le Peuple!

18 mars 1871 : Début du soulèvement de la Commune de Paris
Il y a 147 ans, au printemps de 1871, les quartiers populaires parisiens se soulèvent pour s’engager dans une forme inédite de gouvernement démocratique : la Commune de Paris.
PARIS ASSIÉGÉ, PARIS RÉSISTE
En septembre 1870, la Prusse écrase la France de Napoléon III à Sedan. La République est proclamée, mais la moitié nord de la France est envahie et la capitale est assiégée. Alors que Paris connaît la famine et le froid, le peuple de Paris résiste, combat et s’organise dans la Garde nationale.
Le 18 mars 1871, Paris se rebelle. L’Assemblée nationale, élue en février, est dominée par des notables hostiles à la République. Se méfiant de Paris, qui a voté massivement républicain, elle choisit de s’installer à Versailles. Le gouvernement d’Adolphe Thiers entend mettre fin à la fronde de la capitale et de sa Garde nationale. Le 18 mars, il veut récupérer les canons installés à Montmartre. Il se heurte à la résistance du peuple de Paris. La ville se couvre de barricades. Le soir, le Comité central de la Garde nationale s’installe à l’Hôtel de Ville. La Commune commence! 

 


UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE
La Commune a rêvé d’un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. L’idéal de démocratie directe la porte vers « l’intervention permanente des citoyens dans les affaires communales ».
Les politiques mises en œuvre par la Commune sont diverses : un logement pour tous, constituer une « République démocratique et sociale » en se souciant du respect du travailleur, et de la dignité au travail, octroyer une place aux femmes dans la société, en amorçant notamment leur droit au travail, l’égalité des salaires avec les hommes, et la promotion de l’instruction des filles. La Commune a pour principe absolu la liberté, elle prône l’éducation et la laïcité.
L’expérience est brève et s’achève dans un bain de sang. Mais sa mémoire marque en longue durée la double histoire du mouvement ouvrier et de la République.

18 mars 1871: Début du soulèvement de la Commune de Paris: un gouvernement et un mouvement émancipateur par le Peuple, pour le Peuple!
18 mars 1871: Début du soulèvement de la Commune de Paris: un gouvernement et un mouvement émancipateur par le Peuple, pour le Peuple!
Partager cet article
Repost0
16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 20:29
Le 16 mars 2007, Lucie Aubrac, héroïne de la Résistance nous quittait: Résister doit toujours se conjuguer au présent
Le 16 mars 2007, Lucie Aubrac, héroïne de la Résistance nous quittait: Résister doit toujours se conjuguer au présent

Le 16 mars 2007, Lucie Aubrac, héroïne de la Résistance nous quittait.
Sa phrase "le verbe Résister doit toujours se conjuguer au présent" a marqué mes engagements et mes combats. Et aujourd'hui plus que jamais, s'engager, c'est résister..Résistons, et agissons.

 

Lucie AUBRAC (Fondation de la Résistance)

http://www.fondationresistance.org/


(1912-2007)

 

Née le 29 juin 1912, Lucie Bernard a 17 ans lorsqu'elle réussit le concours d'entrée à l'École normale d'institutrices du boulevard des Batignolles à Paris. Déjà d'un caractère bien trempé, elle refuse l'uniforme de l'internat et décide de s'installer à Paris où elle vit de petits boulots.

Très vite elle prend conscience de la montée des fascismes en Europe et rapidement elle adhère aux Jeunesses communistes. En 1936, elle se rend à Berlin à l'occasion des Jeux olympiques et découvre la réalité du nazisme.

Tout en militant activement, elle entreprend alors des études d'histoire et, en 1938, elle est reçue à l'agrégation d'histoire géographie.

 Lorsque la guerre éclate, elle est en poste à Strasbourg où elle fait la rencontre de Raymond Samuel, ingénieur des Ponts et Chaussées, mobilisé comme officier du génie. Ils se marient le 14 décembre 1939.

Fin juin 1940, Raymond est fait prisonnier par l'armée allemande. Alors qu'il est détenu à Sarrebourg, Lucie parvient à le faire évader, fin août 1940, profitant de la confusion générale.

À l'automne 1940, l'université de Strasbourg est repliée à Clermont-Ferrand où Lucie doit se présenter pour avoir une affectation. Dans cette ville, elle forme avec Jean Cavaillès, Emmanuel d'Astier de la Vigerie et Georges Zérapha un premier noyau de Résistance, la « dernière colonne » préfiguration du mouvement Libération-Sud.

À partir de 1941, le couple Aubrac s'installe à Lyon. Raymond exerce son métier d'ingénieur tandis que Lucie est nommée professeur au lycée de jeunes filles Edgar Quinet.

Militante et membre du cercle des dirigeants de Libération-sud, elle s'adonne alors, entre ses cours, à de multiples activités clandestines : en juillet 1941, elle contribue à la parution du premier numéro du journal Libération, elle fabrique des faux papiers et aide des résistants à franchir la ligne de démarcation. En mai de la même année, elle donne naissance à son premier enfant Jean-Pierre.

Le 15 mars 1943, son mari, adjoint au général Delestraint, chef de l'Armée secrète est arrêté à Lyon par la police de Vichy et incarcéré à la prison Saint-Paul. Avec un aplomb incroyable, Lucie Aubrac fait pression sur le procureur de la République et parvient à le faire libérer.

Étant devenue une spécialiste des évasions, elle organise peu de temps après, l'enlèvement par des faux Gestapistes, de trois résistants détenus à l'Hôpital de l'Antiquaille (dont Serge Ravanel) puis de quatre détenus à l'hôpital de Saint-Étienne.

Le 21 juin 1943, c'est l'arrestation à Caluire de Jean Moulin et de plusieurs responsables de la Résistance, dont Raymond Aubrac. Incarcérés au fort Montluc, ils sont interrogés sous la torture par Klaus Barbie dans les bâtiments de l'École de santé militaire, devenue siège de la Gestapolyonnaise. Lucie, enceinte, monte un coup de main audacieux. Le 21 octobre 1943, en plein jour, les armes à la main, à la tête d'un groupe franc des MUR pour qui elle est « Catherine », elle mène l'attaque de la camionnette de la Gestapo dans laquelle sont transférés Raymond Aubrac et une dizaine d'autres résistants.(1)

Désormais identifié et recherché par toutes les polices allemandes et vichystes, le couple erre de cachette en cachette dans l'attente d'un avion qui les emporte finalement à Londres avec leur petit garçon le 8 février 1944. Quatre jours plus tard, elle accouche d'une  fille qu'elle prénomme Catherine.

En juillet 1944, elle participe à la mise en place des Comités de libération dans les zones libérées puis rejoint son mari commissaire régional de la République à Marseille. En janvier 1945, Raymond Aubrac doit quitter son poste et s'installe à Paris avec Lucie qui siège désormais à l'Assemblée consultative.

Puis, Lucie Aubrac reprend son métier d'enseignante sans pour autant mettre un terme à son action militante. La décolonisation, l'évolution de la condition féminine, les problèmes de société sont des combats qui la mobilisent à la Ligue des Droits de l'Homme.

À la retraite Lucie Aubrac, infatigable, s'emploie, notamment par d'innombrables conférences dans les établissements scolaires à travers toute la France, à communiquer aux nouvelles générations le sens des valeurs de solidarité, de fraternité et de justice qui firent la grandeur du combat de la Résistance.

Lucie Aubrac qui était vice-présidente d'honneur de la Fondation de la Résistance, s'est éteinte le mercredi 14 mars 2007. Les honneurs militaires lui ont été rendus dans la cour d'honneur de l'Hôtel national des Invalides. Devant Raymond Aubrac, ses trois enfants, ses dix-huit petits enfants, des membres du gouvernement, de nombreux résistants et la foule nombreuse de ses amis, le président de la République Jacques Chirac a prononcé son éloge funèbre. « Lucie Aubrac, nous n'oublierons pas votre message » a dit le chef de l'Etat rappelant que « la cohésion nationale est un combat de tous les jours » et que nous devions « garder vivante dans nos cœurs la flamme des luttes de la République pour la Liberté ».

Frantz Malassis

(1) Cet extraordinaire épisode de la Résistance française est relaté dans son ouvrage Ils partiront dans l'ivresse, qui a été porté à l'écran par Claude Berri avec comme acteurs principaux Carole Bouquet et Daniel Auteuil.

La sortie du film Lucie Aubrac fut l'occasion pour certains milieux d'orchestrer une campagne odieuse d'insinuations envers le couple Aubrac. Dans ce contexte, Raymond et Lucie Aubrac portèrent plainte contre Gérard Chauvy, auteur de Aubrac, Lyon 1943, qui fut condamné pour diffamation en 1998. Les dommages et intérêts versés par ce dernier et son éditeur furent intégralement versés à la Fondation de la Résistance, (dont Lucie Aubrac était vice-présidente d'honneur) à charge pour elle d'offrir chaque année un prix spécial à plusieurs lauréats nationaux du concours scolaire de la Résistance et de la Déportation.

Lucie Aubrac : une incarnation de la Résistance
VENDREDI, 16 MARS, 2007
L'HUMANITÉ

Disparition . L'épouse de Raymond, l'une des figures de la Résistance, s'est éteinte mercredi soir à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans. Elle était restée une militante inlassable.

«Convaincre les jeunes qu'ils sont capables de résister. » À l'heure où la triste nouvelle (hélas attendue) a assombri la nuit de mercredi à jeudi, cette phrase récente de cette grande dame aux cheveux neigeux et au regard droit a surgi en notre mémoire, phrase à la saveur familière frappée du sceau de l'insoumission, une phrase comme une évidence, une injonction, un testament philosophique. Lucie Aubrac s'est éteinte, mercredi soir, à l'Hôpital Suisse de Paris d'Issy-les-Moulineaux. Elle avait quatre-vingt-quatorze ans et « était hospitalisée depuis deux mois et demi », a expliqué sa fille, Catherine.

L'âme vagabonde, nous avons alors fermé les yeux pour respirer bien fort. Mesurer le temps parcouru. Le chemin arpenté. Le legs universel. Puis, nous avons pensé à Raymond, figure indissociable, fusionnelle. Les voilà l'un sans l'autre désormais, quelle drôle d'idée. Impossible défi, enchâssés qu'ils sont dans la mémoire collective. Improbable réalité, pour eux tout simplement mais aussi pour l'histoire qui leur doit tant... Mon Dieu qu'il est difficile de « dire » ces deux êtres en leur ampleur et, au plus près, sans rien travestir ni réduire, raconter ce parcours hors du commun.

une inlassable ferveur

Si le XXe siècle n'avait pas connu le nazisme, Vichy, la Résistance, les lois antisémites et la nécessité vitale, absolue, d'échapper aux persécutions en changeant d'identité, Lucie Aubrac n'aurait jamais existé. Elle serait restée Lucie Bernard jusqu'au 14 décembre 1939, jour de ses noces avec Raymond Samuel, puis, comme ce fut le cas brièvement, elle se serait appelée Lucie Samuel. Monsieur et Madame Samuel. Elle, jeune communiste, fille de vignerons du Mâconnais, née en juin 1912, agrégée d'histoire, réputée « sévère » mais « brillante » (1). Lui, enfant de Vesoul, fils d'une famille juive polonaise, ingénieur des Ponts et Chaussées, licencié en droit à Paris et diplômé d'une université américaine. Seulement, ces époux-là au nom juif n'étaient pas libres de s'aimer. Et leurs vies se trouvaient menacées.

En plongeant dans la nuit noire de l'Occupation et en entrant dans la Résistance, Lucie et Raymond devinrent Aubrac. Ils le resteront pour jamais. En quelque sorte. Des héros ? Lucie se fâchait toujours en entendant ce mot. « Les héros, sont d'abord ceux qui sont morts. » Inlassable ferveur d'une certaine idée de la France et de l'engagement, toujours prête à bousculer la posture de l'icône. Car depuis la Libération, on dit « les Aubrac » et rien d'autre, comme si, par la simple évocation de ce nom mythifié par la France, on voulait aussi dire une présence commune et convoquer par ce nom une source inépuisable d'élévation, une urgence aussi, partout où l'homme est blessé. Célébrité ou pas, chez les Aubrac, on n'a jamais transigé avec les principes ni avec les engagements fondamentaux. Cette « règle », cette forme d'idéal humain, ce souci d'une liberté inaliénable, tout cela remonte loin.

Ils s'étaient rencontrés à Strasbourg en 1939, quelques mois avant leur mariage, et dès l'année suivante, à peine Raymond était-il fait prisonnier qu'elle l'aidait (déjà) à s'évader d'une prison de Sarrebourg (Moselle). À l'automne 1940, en zone libre, Lucie rencontra, à Clermont-Ferrand, le journaliste Emmanuel d'Astier de la Vigerie qui organisait un petit groupe clandestin, La dernière colonne, et faisait paraître un journal clandestin. Raymond et Lucie s'installèrent ensuite à Lyon, et, avec une pléiade de jeunes qui refusaient la bête immonde et la croix gammée, ils fondèrent le mouvement Libération-Sud et se lancèrent, tous à corps perdu, dans les premières actions de l'ombre. C'est de ces années-là que datent les coups d'éclat qui feront de leur patronyme l'un des symboles de la France debout.

entre passion et patience

Jusqu'en novembre 1943, Lucie Aubrac enseigne au lycée de jeunes filles Edgard-Quinet de la capitale des Gaules. À cette date, elle reçoit sa révocation en raison de ses engagements trop visibles contre l'occupant. Depuis novembre 1942, elle dirige en effet dans toute la région un corps franc. Rôle essentiel : les évasions. Celle de Raymond en personne fut la plus célèbre. Le 21 juin 1943, à Caluire, Raymond, sous le pseudonyme de François Vallet, est arrêté par les sbires de Klaus Barbie. Avec lui, Jean Moulin, chef du Conseil national de la Résistance (CNR), bientôt massacré, et une dizaine de résistants. Lucie, enceinte, n'a qu'une obsession : revoir Raymond, le sauver d'une mort certaine. Avec un mélange d'inconscience et de courage, elle se jette dans la gueule de la Gestapo pour le faire évader, en échafaudant un judicieux stratagème. Lors d'un audacieux coup de main durant un transfert de prisonniers, avec ingéniosité et sang-froid, les armes à la main, elle réussit à libérer son mari et treize autres résistants. Recherchés activement par la Gestapo, le couple gagne Londres le 8 février 1944, avec leur petit garçon, Jean-Pierre. Lucie accouche quatre jours plus tard d'une fille, Catherine.

À la Libération, Lucie Aubrac rejoignit son mari, nommé commissaire de la République (préfet) à Marseille, puis représenta le Mouvement de libération nationale à l'Assemblée consultative de Paris (2). Le retour à la vie « normale » est alors marqué au fer rouge : les affaires du monde leur importent plus que la glorification de ce qu'ils firent. Valeurs aux coeurs et aux tripes, intactes, le couple fit corps. À lui le recul, la mise à distance, le sang-froid pour balayer d'un revers de main les défroqués du Kremlin qui l'accusèrent d'avoir été un agent du KGB, et en voulaient pour preuve que Ho Chi Minh avait séjourné un temps dans le pavillon familial des Aubrac. À elle la repartie quand on lui suggérait que son engagement antinazi avait pu être dicté par sa sympathie avec le PCF, eux les compagnons de route : « Être communiste sous l'Occupation, est-ce que ça ne voulait pas dire d'abord qu'on se battait contre Hitler ! » (3). Lui, travailla aussi en Afrique et lutta contre la famine avec la FAO. Elle, féministe (« Sans les femmes, disait-elle, la Résistance ne pouvait rien faire »), reprit son métier d'enseignante. Et ne cessa plus, dès lors, de militer en faveur de la paix et de livrer, à travers de nombreuses conférences et dans d'innombrables classes, le témoignage de son engagement dans la Résistance. Il faut avoir vu une fois dans sa vie le lien quasi charnel qu'elle nouait avec les élèves, pour comprendre la générosité de la pédagogue et l'éloquence de son humanité, entre passion et patience.

« Madame conscience »

En 1997, le réalisateur Claude Berri porte à l'écran l'histoire du couple quand les cinéphiles, eux, continuent d'aduler (à juste titre) l'Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville (1969), dont l'architecture fait directement référence aux propres souvenirs de Lucie. Un malheur n'arrive jamais seul. En avril 1998, après une polémique absolument indigne, les époux obtinrent que l'historien Gérard Chauvy et son éditeur Albin Michel soient condamnés pour « diffamation publique » après la publication d'un torchon, Aubrac, Lyon 1943, qui mettait en doute leur rôle dans la Résistance. Un pic d'émotion vite atténué par le retour à la dignité des faits. Alors, avec un infatigable enthousiasme, drôle ou grave, elle continuait de raconter, de se confesser aussi parfois (4), de commenter, de s'emporter, d'alerter sur l'état du monde, de s'indigner des inégalités galopantes. Avec les sans-papiers par exemple. Contre la résurgence d'idées glauques et fascisantes. Surtout contre la bêtise. Emmanuel d'Astier de la Vigerie l'avait d'ailleurs surnommée « Madame Conscience ». Et c'est peu dire. En mars 2004, avec plusieurs figures de la Résistance, comme Georges Séguy, Jean-Pierre Vernant, Maurice Kriegel-Valrimont, Germaine Tillion, Georges Guingouin, Lise London, etc., elle avait signé avec son mari un appel aux jeunes générations pour qu'ils réagissent devant la remise en cause du « socle des conquêtes sociales de la Libération ».

Le XXIe siècle, enfanté dans l'incertitude, était aussi le sien. Tout début 2007, elle appelait à « résister à l'ordre établi, au libéralisme et à une classe politique ayant le plus grand intérêt à ce que rien ne change ». Résister c'est réfléchir. Réfléchir c'est penser. Et penser c'est agir. À ceux qui prétendent définir l'« identité nationale » en dressant des barbelés, nous préférerons, toujours, « être avec » Lucie Aubrac, et continuer de parler de bien commun, de justice, d'égalité des droits et de cet imaginaire français dont on rêve qu'il reste universel. Il y a quelques années, elle déclarait : « Aubrac, aujourd'hui, ça sonne Résistance. Au fond, ça a peut-être été bénéfique, pour nous. Ça nous a obligés à nous engager, et dans le bon sens. Car le mot résister doit toujours se conjuguer au présent. »

(1) Simone Signoret, qui l'eut pour professeur, rappela souvent la figure de ce professeur « absolument fabuleux ».

(2) Elle fut candidate sur la liste de Waldeck Rochet aux législatives de novembre 1946, présentée en troisième position.

(3) Entretien avec Gilles Smadja

dans l'Humanité (février 1997).

(4) Grand officier de la Légion d'honneur, elle était l'auteur de plusieurs livres, parmi lesquels :

Ils partiront dans l'ivresse, (1984), Cette exigeante liberté, (1997),

la Résistance expliquée à mes petits enfants, (2000).

Jean-Emmanuel Ducoin

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011