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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 06:19

 

Des vaches qui s’écroulent, un prion dévastateur transmissible à l’Homme... Il y a trente ans, la crise sanitaire partie d’outre-Manche a semé la panique en Europe, notamment en France où le psychodrame a pris un tour très politique. Retour sur un scandale dont toutes les leçons n’ont pas été tirées. 

Depuis le milieu des années 1980, l’encéphalopathie spongiforme bovine (EBS) frappe les vaches laitières au Royaume-Uni. C’est la conséquence d’une baisse de la température de cuisson des farines de viande et d’os introduites à hauteur de 2 % dans les aliments concentrés servis au bétail. Les importations de farines et d’animaux vivants ont fait entrer la maladie en France, où un premier cas est découvert début 1991.

L’encéphalopathie spongiforme bovine est le nom scientifique de la maladie de la vache folle. Elle se traduit par une infection dégénérative du système nerveux central des bovins. Elle est causée par un agent infectieux moléculaire d’un type particulier appelé « protéine prion », nous disent les scientifiques. L’EBS affecte le cerveau et la moelle épinière des bovins et des autres ruminants. Elle provoque des lésions cérébrales qui se caractérisent par des altérations à allure spongieuse visibles au microscope. Chez les animaux malades, les symptômes apparaissent quatre à cinq ans après le début de la contamination, généralement sur des bêtes de 5 à 7 ans, et se traduit par des changements de comportement. La production laitière d’une vache atteinte d’EBS décroît tandis que l’évolution de la maladie débouche sur des troubles de la locomotion. Nous nous souvenons d’avoir vu à la télévision ces vaches tremblantes, peinant à tenir debout, dérapant dans la stabulation et finissant par tomber sans parvenir à se relever.

La maladie a infecté des vaches laitières du Royaume-Uni, au début des années 1980

C’est l’époque où Margaret Thatcher dirige le gouvernement et mène une politique économique ultralibérale. Outre-Manche, comme en France et dans d’autres pays européens, on collecte depuis des décennies les graisses, les os et autres déchets d’abattoirs, mais aussi les carcasses d’animaux morts dans les fermes pour produire ces « farines animales ». Ces protéines entrent à hauteur de 2 % en moyenne dans les aliments concentrés, également composés de maïs, d’orge, de protéines végétales comme les tourteaux de soja, de colza ou de tournesol destinés aux animaux d’élevage que sont les poules pondeuses, les volailles de chair, les porcins, mais aussi les herbivores ruminants que sont les bovins.

Des années durant, cela s’est fait sans conséquences négatives sur la santé des vaches laitières. Initialement, ces farines étaient stérilisées, cuites à une température d’environ 120 °C. Dans le processus de fabrication, une étape d’extraction des graisses par des solvants organiques permettait de détruire d’éventuels prions pathogènes, sans que leur présence dans les tissus ainsi traités soit soupçonnée à l’époque. Mais, en 1981, le procédé de production des farines animales est modifié au Royaume-Uni. On baisse leur température de cuisson à 90 °C. Cette méthode a le double avantage d’obtenir un taux de protéines plus élevé dans ces farines et de réduire le coût énergétique sur les chaînes de production.

Mais la maladie de la « vache folle » est venue de là. Quatre ans plus tard, en septembre 1985, le laboratoire vétérinaire du secrétariat d’État britannique de l’Agriculture signale l’apparition d’une maladie nouvelle aux symptômes étranges sur les bovins du pays. Il faut attendre novembre 1986 pour que la nouvelle maladie soit identifiée sous le nom d’encéphalopathie spongiforme bovine. Mais c’est seulement en 1987 que l’on découvre que la maladie de la « vache folle » provient de l’incorporation dans l’alimentation des vaches laitières de ces farines d’origine animale dont la température de cuisson a été baissée pour réduire leur prix de revient tout en les rendant plus nourrissantes. Entre-temps, dans le cadre des échanges intracommunautaires en Europe, des farines animales britanniques et des génisses de races laitières nées au Royaume-Uni ont été exportées en France et dans les autres pays membres de l’Union européenne. C’est la course au profit qui a tué des vaches et des humains en Europe

La France, avec Henri Nallet au ministère de l’Agriculture, interdit les importations de farines produites au Royaume-Uni en 1989. Mais le mal est fait. Au début de l’année 1991, on découvre un premier cas de « vache folle » dans une ferme laitière des Côtes-d’Armor. À partir de ce moment, le gouvernement ordonne l’abattage de tout le troupeau dans toute exploitation où un cas d’ESB est découvert.

Les choses vont s’accélérer tout au long des dernières décennies

La maladie de la « vache folle » atteint son point culminant au Royaume-Uni durant l’année 1993, avec près de 800 cas par semaine. En 1994, l’Union européenne interdit les protéines issues des tissus de bovins dans l’alimentation des ruminants. En 1995, plusieurs agriculteurs britanniques sont victimes de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et les médias annoncent la possible transmission de l’EBS à l’homme à partir de la consommation de certaines pièces de viande bovine, à commencer par les abats et la moelle épinière. En 1996, la France, suivie par d’autres pays européens, décrète un embargo sur les importations de viande bovine en provenance du Royaume-Uni. Prise de court face à l’émotion grandissante en ­Europe, la Commission de Bruxelles n’ose plus ramer à contre-courant et impose à son tour un embargo total en Europe sur tous les bovins et les produits dérivés provenant d’outre-Manche.

Des mois durant, le dossier de la « vache folle » fait les gros titres des médias et la consommation de viande bovine chute sensiblement en Europe, de même que les cours des bovins sur les champs de foire et les marchés au cadran. Dès 1995, la consommation a diminué de 11 % en Allemagne et de 15 à 25 % au Royaume-Uni. En France, la consommation de viande bovine chute de 25 % en 1996 par rapport à la moyenne des années précédentes. Celle des abats, réputés plus à risques, baisse de 45 %. En Allemagne, la consommation de viande bovine baisse à nouveau de 32 % entre avril 1995 et avril 1996. En Italie, elle baisse de 36 % sur un an. En France, du coup, les débouchés des broutards, ces jeunes bovins de races charolaise, limousine et autres, vendus en Italie, en Espagne, en Grèce et dans d’autres pays pour l’engraissement, se réduisent et les cours s’affaissent.

En 1996, dans l’optique de rassurer les consommateurs sur la traçabilité de la viande bovine, l’Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev), avec l’appui de Philippe Vasseur, ministre de l’Agriculture dans le gouvernement Juppé, crée la marque collective VBF (viande bovine française) indiquant qu’un animal est né, a été élevé et abattu en France. L’année suivante est rendue obligatoire l’apposition sur les étiquettes de la provenance de l’animal ainsi que de son type et de sa race afin de mieux informer le consommateur.

Une nouvelle crise éclate en octobre 2000

Un animal suspect est découvert en France à l’entrée d’un abattoir. Du coup, des viandes d’animaux provenant du même élevage et abattus une semaine plus tôt sont rappelées pour être détruites sur décision du distributeur Carrefour, ce qui fait les grands titres des journaux. Le 5 novembre suivant, la télévision diffuse une enquête intitulée « Du poison dans votre assiette » avec le témoignage d’une famille dont un membre est atteint de la forme humaine de la maladie de la « vache folle ». Deux jours plus tard, le président Chirac intervient à la télévision, toutes affaires cessantes, en fin de matinée. Il demande au gouvernement dirigé par Lionel Jospin d’interdire les farines animales dans tous les aliments du bétail en France. On l’avait informé d’une décision imminente du gouvernement dans ce sens. Chirac pensait déjà à la présidentielle de 2002 face à son premier ministre.

Dès 1996, deux jeunes Britanniques de 19 et 25 ans sont morts de ce qui semble être la maladie de Creutzfeldt-Jakob, transmise par le prion de la « vache folle ». En juillet 2012 est publiée une estimation qui fait état de 214 victimes humaines de cette maladie dans le monde, dont 173 au Royaume-Uni, 27 en France, 5 en Espagne, 4 en Irlande, 3 aux Pays-Bas et 2 au Portugal. Le Japon, l’Arabie saoudite, le Canada et l’Italie font état d’un seul cas.

S’agissant des troupeaux de bovins contaminés depuis le début de l’épidémie, leur nombre s’élèverait à 4 950 au Royaume-Uni, 1 488 en Irlande, 954 au Portugal, 951 en France, 538 en Espagne, 369 en Allemagne. Il y en eut 457 en Suisse, un pays qui n’est pas dans l’Union européenne mais qui commerce avec elle. La maladie de la « vache folle » aurait pu être contenue beaucoup plus tôt si le gouvernement conservateur britannique dirigé par John Major entre novembre 1990 et mai 1997 avait informé la Commission européenne et les pays membres de l’Union de la situation réelle dans son pays.

L'accord de libre-échange ratifié en juillet 2019 par Macron

Partout en Europe, on continue à produire des farines de viande et d’os. Il faut bien recycler les déchets des abattoirs et collecter les cadavres d’animaux morts dans les fermes. L’interdiction de ces farines dans l’alimentation des herbivores ruminants est une précaution salutaire – même si, de l’avis des scientifiques, un chauffage de ces farines à 133 °C écarte tout risque de survie du prion.

En revanche, et contrairement à d’autres pays européens qui les servent aux animaux monogastriques (non ruminants), la France continue de les interdire dans l’alimentation des volailles, lesquelles consomment toutes les protéines animales qui leur tombent sous le bec quand elles vivent en liberté, qu’il s’agisse des vers de terre ou des insectes. Et, en même temps, la majorité parlementaire fidèle au président Macron a ratifié en juillet 2019 le Ceta, cet accord de libre-échange qui permet au Canada d’exporter en Europe et en France des bovins qui mangent ces farines. Parallèlement, nos 600 000 tonnes annuelles de farines animales servent désormais de combustibles dans les cimenteries.

Nous vivons depuis un an avec la pandémie du coronavirus que des animaux sauvages auraient transmis aux humains. De temps à autre, on nous informe aussi que des préparations culinaires provenant d’un business porté par des firmes souhaitant développer des élevages industriels d’insectes pourront bientôt nous fournir les protéines d’origine animale que nous donnent aujourd’hui les herbivores ruminants que sont les bovins et les ovins. En attendant, on brûle les farines qui pourraient entrer sans le moindre risque dans le menu des volailles, lesquelles consomment beaucoup de soja, ce qui contribue à la déforestation de l’Amazonie. Ce n’est pas le meilleur chemin pour atteindre la neutralité carbone que l’Europe nous promet pour 2050.

Icon Education Dernier ouvrage paru : « Choses apprises en 2020 pour agir contre la faim », Éditions du Croquant, novembre 2020.

 

 

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27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 06:14

 

1937/1938 : Alors que l’Espagne du Front populaire est victime de la non-intervention, lâchée par Paris et Londres, les communistes mettent sur pied une compagnie maritime pour nourrir et armer les Républicains

 

 

Avant de poursuivre notre récit sur la livraison d’armes par France-Navigation à la République espagnole, il faut évoquer une séquence particulièrement dramatique de l’histoire de la compagnie : l’évacuation de réfugiés de Bilbao. En juin 1937, la capitale du pays basque tombe aux mains des fascistes. Pour fuir, les réfugiés, femmes, enfants, malades, n’ont que la mer. France-Navigation dispose de bateaux (notamment le Ploubazlanec) qui pourraient évacuer une partie de cette population mais ils risquent de subir les attaques des franquistes. Solution ? il faudrait le soutien de la marine de guerre française.

Aussi, une nuit de juin 1937, une délégation du Comité international pour l’aide à l’Espagne se rend chez le premier ministre Léon Blum pour demander l’aide des militaires. Blum et son gouvernement, on le sait, ont opté pour « la non-intervention ». Telle est l’orientation officielle mais celle-ci, on va le voir, se heurte, au sein même de l’administration, à des réticences, des résistances. La délégation est composée du physicien Paul Langevin, d’Émile Dutilleul, trésorier du PCF, et de Giulio Ceretti, alias Pierre Allard. « À 22 heures, on tirait la sonnette Quai Bourbon au domicile du Président du Conseil. » Léon Blum les reçoit en compagnie de Max Dormoy, ministre de l’Intérieur du Front populaire. Blum écoute Langevin qui se fait l’avocat, avec beaucoup de force, d’une intervention de nature humanitaire à Bilbao. À la suite de Langevin, Ceretti intervient, il explique en détail le plan de sauvetage. Le ministre de l’Intérieur déclare alors : « Comme par le passé, le gouvernement n’ordonnerait pas d’enquête sur ces mouvements clandestins de bateaux ». Ce qui est déjà un signe. Ceretti apprécie mais il rappelle que ce qui est demandé, c’est une aide militaire de la France pour accompagner les bateaux de France-Navigation jusqu’au port basque.

Blum hésite. Dans ses Mémoires, Ceretti décrit le premier ministre marchant de long en large dans le salon. Paul Langevin insiste : « Il s’agit de sauver des enfants, Monsieur le Président. » Blum demeure encore tout un temps indécis, puis il assure qu’il va parler au ministre de la Marine et demande à la délégation d’aller tout de suite voir ce dernier. C’est le radical César Campinchi qui reçoit la même nuit le trio dans son ministère. Blum vient de lui téléphoner. Ceretti raconte : « Il ne posa aucune question mais il appela son chef de cabinet et l’ordre fut donné à tous les bâtiments se trouvant au large de Bordeaux d’appareiller et de se diriger rapidement sur Bilbao pour prendre sous protection de la France les bateaux de tout genre chargés de réfugiés basques. (…) Pour une fois, un ministre prenait ses responsabilités.»

Sur cette opération, la marine (l’amiral Tavera notamment) joue le jeu ; elle fait prévenir les bâtiments de guerre espagnols qu’elle attaquerait tout navire qui intercepterait les bateaux en provenance de Bilbao et transportant des enfants, des femmes, des malades.

« Nous avions gagné, écrit Ceretti. La caravane flottante, escortée par la marine militaire française, put rejoindre les ports les plus rapprochés de la côte atlantique. »

Cette séquence montre que si la volonté avait été là, dès 1936, une autre politique que la « non-intervention » aurait été possible, efficace. Elle indique aussi que la position communiste d’aide à la République espagnole est alors largement partagée à gauche (les meetings de l’époque, communistes mais aussi socialistes, résonnent du mot d’ordre « Des canons, des avions pour l’Espagne ! ») ; cette position a l’oreille de toute une partie de l’opinion, elle trouve un écho dans certains milieux dirigeants de l’État. Comme le dit le ministre de l’Intérieur, l’État n’ordonna pas d’enquête sur « ces mouvements clandestins de bateaux ». On peut ajouter que l’aide discrète d’une partie de l’administration française, même de la haute administration, on pense notamment aux douanes, aux transports, sera importante pour permettre d’acheminer à travers tout le territoire, sans trop de complications, de l’armement militaire vers l’Espagne. 

Gérard Streiff

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26 février 2021 5 26 /02 /février /2021 06:08

1937/1938 : Alors que l’Espagne du Front populaire est victime de la non-intervention, lâchée par Paris et Londres, les communistes mettent sur pied une compagnie maritime pour nourrir et armer les Républicains.

 

 

Trouver des bateaux, des capitaines avertis, des équipages motivés, cela ne s’improvise pas ; et puis cela coûte cher. En temps ordinaire, il faudrait prendre conseil, s’adresser aux autorités portuaires, jusqu’à Londres ou Amsterdam, pourquoi pas, suivre un protocole très précis, et surtout, pour pouvoir sortir des cargos, payer des assurances d’un montant pharamineux à la fameuse société britannique « Lloyd’s ».

Mais les temps ne sont pas ordinaires, il faut faire très vite, avec assez peu de moyens. Ceretti explique dans son livre (À l’ombre des deux T) comment l’aventure commence. « France-Navigation », qui aura son siège respectivement carrefour Richelieu-Drouot, rue Lamennais dans le 8e arrondissement parisien et 1 boulevard Haussmann, recrute des capitaines à la retraite, des commandants de sous-marins en chômage, « de véritables loups de mer ». Les marins viennent de différents ports, certains arrivent de Tunisie. La compagnie débute avec un, deux navires, qui prennent la mer sans être assurés. L’avantage, c’est qu’en évitant de payer des primes exorbitantes, elle fait de grosses économies qui lui permettent « d’acheter un bateau tous les trois voyages ». Pour déjouer les contrôles des douanes d’ici, des militaires franquistes là-bas, des espions de tout poil qui pullulent ces années-là, les navires de « France-Navigation » n’hésitent pas à user de méthodes de pirate, de la piraterie pour la bonne cause. Les bateaux de la compagnie sont capables durant leur trajet de changer d’identité et de se transformer du tout au tout. « Toutes les ruses étaient bonnes », dit Ceretti : par exemple, si un navire à une seule cheminée se savait signalé aux franquistes, il arrivait dans les eaux territoriales espagnoles avec deux cheminées, un autre nom, une immatriculation différente et peint d’une autre couleur… « Une fois il nous arriva même de changer de bateau en pleine mer et, en raison du danger de plus en plus menaçant, les transbordements furent désormais fréquents. »

Dans les cahiers de Georges Gosnat (cf. numéro précédent), qui est alors sans conteste le plus jeune dirigeant de compagnies maritimes au monde, on voit comment ce commerce avec l’Espagne se développe. Madrid a besoin de tout, et les échanges croissent à grande vitesse, la taille de la compagnie aussi puisqu’elle a, de fait, le monopole du ravitaillement.

On peut lire des brèves comme « 2/10/37, Bonifacio part ce soir 18h30, pièces détachées, tracteurs », ou « 12/4/38, Smith veut voir Pierre entre 5 et 6h » : on peut parier que Smith est un pseudo (pour un patronyme qui aurait peut-être un accent d’Europe centrale ?) et Pierre, c’est Pierre Allard, ou Giulio Ceretti, on l’a vu.

Si les méthodes de « France-Navigation » ne sont pas toujours très orthodoxes, la compagnie prend soin de se présenter sur le marché comme une société « normale ». Elle a le fonctionnement d’une société capitaliste, c’est une entreprise comme une autre.

On lit avec émotion, dans les cahiers en question, entre deux infos sur les transports des bateaux, les recommandations de Gosnat, écrites à la hâte, sur la marche à suivre : France-Navigation est une société par actions ; l’identité des actionnaires est régulièrement mentionnée : « Penser à la répartition des actions, à l’entrée de nouveaux administrateurs », est-il écrit. Il faut un conseil d’administration, des réunions régulières, des jetons de présence, une périodicité des réunions de direction (elles se tiennent le premier et troisième vendredi du mois…). Une bonne tenue de livres de compte est importante. On peut même lire cet avis : « Bien timbrer les délibérations des Assemblées générales ». C’est dire si on est méticuleux.

« France-Navigation » est donc juridiquement irréprochable. Dans ces années d’extrême tension, d’anticommunisme virulent, où la presse d’extrême droite (Action française, Gringoire) est à l’affut, cet aspect est tout à fait important et va expliquer - en partie - pourquoi cette société, on y reviendra, guettée de toutes parts, convoitée, jalousée, saura traverser (osons la métaphore) les pires tempêtes.

Bref, une compagnie rouge aux allures marchandes. On retrouve cette ambivalence dans certains papiers à en-tête de « France-Navigation ». Officiellement, son logo est un drapeau rouge bordé de bleu avec l’inscription Compagnie France Navigation. Mais un autre logo a aussi existé ; il ressemble un peu à la lettre grecque « phi » (oublions vite toute référence à l’actualité…), plus exactement il s’agissait d’un I majuscule traversant un O où les initiés pouvaient lire Internationale Ouvrière.

Gérad Streiff

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 06:57
Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda - par Muriel Steinmetz, L'Humanité, 25 février 2021
Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda - par Muriel Steinmetz, L'Humanité, 25 février 2021
Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda - par Muriel Steinmetz, L'Humanité, 25 février 2021
Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda
Jeudi 25 Février 2021
Poursuivant son analyse du génocide, l’écrivain donne la parole, dans un livre de grande valeur éthique, aux rares Hutus qui ont sauvé la vie de Tutsis au péril de la leur.
 
Après Dans le nu de la vie (2000) , récits de quatorze rescapés du génocide des Tutsis au Rwanda, et Une saison de machettes (2003), paroles de dix tueurs, le grand reporter Jean Hatzfeld publiait la Stratégie des antilopes (2007), où il évoquait la cohabitation sur les collines des victimes et des bourreaux, libérés après avoir purgé de lourdes peines. Depuis 1998, il se rend au Rwanda plusieurs fois par an.

Il y parle souvent avec les mêmes personnes et retranscrit des dialogues qu’en France il couche par écrit, ce qui l’amène à de nouvelles questions, qu’il note avant de repartir là-bas. Là où tout se tait signe son retour, en 2019, sur ces collines de Nyamata, pour donner voix aux rares Hutus qui, au péril de leur vie, ont sauvé des Tutsis du génocide. Une brève présentation nous plonge dans le contexte de la rencontre, puis le témoin raconte. Parfois, sa voix s’échappe ou se mêle à d’autres, dûment identifiées. La folie génocidaire a duré du 11 avril 1994, à 11 heures, au 14 mai à 14 heures, tous les jours « même le dimanche», de 8 à 15 heures. Les horaires ne « différaient pas tellement de ceux des travaux agricoles ». On « coupait » du Tutsi à « s’en casser les bras ». À Nyamata, 51 000 Tutsis sur une population d’environ 59 000 ont été massacrés. Au total, 800 000 et plus ont péri en moins de cent jours dans le pays. Les tueurs y allaient « en rangs chantants ».

Les sauveurs ne bénéficient d’aucune vraie reconnaissance

Le geste de la poignée de sauveurs « imperméables aux déchaînements de haine », qui choisirent le bien plutôt que le mal, était donc d’une infinie richesse à préserver dans ce livre à haute valeur éthique. Ceux qui sont pourtant appelés là-bas « abarinzi w’igihango », gardiens du pacte de sang, ou parfois les Justes, comme le furent ceux qui cachèrent les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, demeurent peu diserts et ne bénéficient d’aucune vraie reconnaissance. Beaucoup sont morts, abattus par les tueurs. Autour d’eux, partout, la méfiance. Pour les Tutsis, il reste difficile d’ « inviter un Hutu dans les souvenirs de deuil». Le soupçon demeure. Quant aux Hutus, ces Justes suscitent en eux de l’embarras, voire un sentiment de trahison, ou pire, un double inversé insupportable. Ne renvoient-ils pas aux génocidaires (si nombreux puisque « huit à neuf victimes sur dix » ont été tuées « à la main » par des civils : cultivateurs, fonctionnaires, enseignants, commerçants, même un vicaire et un pasteur) l’image de ce qu’ils auraient pu être sans l’avoir été.

Jean Hatzfeld s’interroge : l’espace de repli a-t-il manqué pour que puisse s’organiser une contre-offensive, de la part de « personnalités moins soumises à la force du communautarisme ethnique » ? Face à ces questions qui le cisaillent, le voilà doublement attentif à ces « très rares épisodes de sauvetage ou de mains tendues». Il y a celui qui cache pendant trois jours des Tutsis, malgré les menaces des « interahamwes » (milices extrémistes hutues). Cette mère qui apporte de la « bouillie aux fuyards des marais ». Cet homme qui choisit d’être fusillé à côté de son épouse. Cet autre qui dissimule un « petit avoisinant et son papa tutsi ». Jean-Marie Vianney Setakwe a caché trois Tutsis dans ses champs de sorgho. « J’ai refusé la mort chez moi, j’ai choisi la traîtrise ethnique. » Son épouse, Espérance Uwizeye, elle aussi est une Juste. Le militaire prénommé Silas préviendra les habitants d’une « expédition très risquante » avant de participer au « sauvetage » d’une jeune femme qui comptera pour lui. Joseph Nsengiyomva a caché deux familles qu’il a dispersées dans la brousse au péril de sa vie. « Aucune parole ethnique ne l’a jamais accroché. Il m’a dit qu’il avait épousé une Tutsie sans même y penser », témoigne Sylvie Umubyeyi. Voilà un homme qui a donné la « priorité à son courage ou sa compassion ». «Partout, à Nyamata, on remarquait des bosses de terre mal tassées. » « On savait ce qui se trouvait dessous. » « Le trou de chez Eustache », nom du dernier chapitre, en comptait 70. Des enfants y avaient été jetés vivants. « Ce s trous perpétuent le sentiment de dégoût qui imprègne sans fin la narration de ce génocide. »

Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda - par Muriel Steinmetz, L'Humanité, 25 février 2021
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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 06:41

Après son vote, le 21 juin 1936, par le Front populaire, sa remise en question sous la pression patronale et son retrait par le régime vichyste, la durée hebdomadaire du travail est rétablie le 25 février 1946.

Le 2 mars 1946, un court article publié dans le Peuple, l’organe de la CGT, annonce le « retour à la loi de 40 heures ». Le rétablissement de l’une des principales conquêtes du Front populaire aurait mérité plus d’éclat. Mais s’agit-il bien de cela ?

À y regarder de plus près, la loi du 25 février 1946 se réfère, certes, aux 40 heures, mais restaure, d’abord, la majoration des heures supplémentaires : 25 % jusqu’à la 48e heure et 50 % au-delà. Elle limite, par ailleurs, leur nombre à 20 heures par semaine et les subordonne à l’autorisation de l’inspection du travail après consultation des syndicats.

Là s’arrête la similitude avec 1936. À cette date, les 40 heures visaient à lutter contre le chômage. Dix ans plus tard, le pays, exsangue, manque de bras pour se reconstruire. Dans un contexte de « réaccumulation primitive » du capital, la réduction de la durée du travail n’est pas à l’ordre du jour. En mars 1944, déjà, le programme du CNR n’en disait rien. En juillet 1945, les états généraux de la renaissance française, censés en prolonger les ambitions, déclarent bien leur « attachement à la semaine de 40 heures », mais s’empressent de lier « la diminution progressive de la durée du travail » aux « progrès techniques et (aux) nécessités nationales ». Dans l’immédiat, elle préconise un retour aux majorations de 1936. La CGT, elle-même, ne demande pas autre chose.

Ministre du Travail, Ambroise Croizat se tient sur cette ligne, convaincu que son projet « favorisera le redressement du pays en stimulant l’effort des producteurs ». Les travailleurs ont-ils vraiment d’autre choix que de se « retrousser les manches », alors que le pouvoir d’achat des salaires horaires est inférieur d’un tiers à son niveau de 1938 ? Sur-le-champ, la nouvelle loi entraîne une hausse de 15 à 20 % des rémunérations. En cela, elle permet à Croizat de contourner le choix gouvernemental de la rigueur salariale.

La France penche pourtant à gauche. Plus nettement qu’en 1936. Après les élections d’octobre 1945, les deux « partis ouvriers » disposent d’une majorité absolue, avec un avantage au PCF – 159 députés –, qui devance la SFIO. Le tripartisme prévaut, cependant, en compagnie du MRP, centriste, au nom de l’union sacrée qu’exige la reconstruction, surtout après le départ du général de Gaulle, en janvier. L’ancrage à gauche se retrouve néanmoins dans la réalisation, en sept mois, de l’essentiel des réformes économiques et sociales de la Libération. Elles sont la contrepartie durable d’un quotidien de privations et d’efforts. Au risque de déceptions qu’attise maintenant la critique gaulliste et qu’enregistrent, en mai, le rejet du projet de Constitution, et, en juin, le recul de la gauche aux élections suivantes.

Partie prenante de la « bataille de la production », la CGT peine à contenir la montée du mécontentement ouvrier. Résolue à « peser sans casser », elle écarte le recours à la grève. En 1946, le rapport des forces sociopolitiques ne s’évalue plus sur le mode rugueux de la conflictualité ouverte, mais sur les terrains plus balisés, ordonnés et indirects de l’audience électorale, des effectifs organisés, des responsabilités exercées dans les entreprises et les institutions.

Texte de circonstance autant que de compromis, la loi du 25 février 1946 n’a donc pas le caractère de franche conquête que revêtent les 40 heures érigées en norme, le 21 juin 1936, à l’issue d’une mobilisation sociale inédite. La question de la durée du travail, domaine par excellence des contre-offensives patronales, est de celles où l’affrontement de classes a toujours été rude. Les 40 heures n’y dérogeront pas. D’emblée, les employeurs ciblèrent alors les heures supplémentaires, réclamant l’« assouplissement » simultané de leur autorisation, de leur nombre et de leur majoration. Au printemps 1938, Daladier ouvrit les premières brèches dans les usines d’armement avant de prétendre « remettre la France au travail ». Le 12 novembre 1938, tandis que son ministre des Finances déclarait la fin de « la semaine des deux dimanches », trois décrets permirent de travailler 50 heures par semaine, interdisant le refus d’heures supplémentaires, dont la majoration, limitée à 10 %, ne commençait qu’à partir de la 49e heure. Après de nouvelles dégradations allant jusqu’à la taxation d’heures supplémentaires obligatoires, la loi vichyste du 25 mars 1941 fixa la durée légale à 48 heures, avec un maximum de 54 heures. En dépit de situations très contrastées d’une entreprise ou d’une branche à l’autre, la durée moyenne du travail s’accrut. Sur ce plan, la loi du 25 février 1946 n’inversa pas la tendance, mais renchérit les heures supplémentaires calculées en référence aux 40 heures, dont le retour effectif attendra encore longtemps. 

Repères

1906 Adoption de la loi instituant la semaine de 6 jours en établissant un jour de repos hebdomadaire.

1919 Adoption de la loi instituant la semaine de 48 heures et la journée de 8 heures.

1982 Instauration par ordonnance des 39 heures hebdomadaires et de la 5e semaine de congés payés.

1998-2000 Les lois de réduction du temps de travail établissent la durée hebdomadaire à 35 heures.

Et les salariés agricoles ?

À l’instar des fonctionnaires, mais avec des conséquences plus dommageables, les salariés agricoles échappent, en 1946, au droit commun. En 1936, déjà, leur durée légale de travail avait été annualisée, à raison de 2 400 heures pour 300 jours, soit une moyenne discriminatoire de 48 heures par semaine. Deux ans seront nécessaires avant que la loi du 10 mars 1948 rétablisse les majorations antérieures, calculées sur une base mensuelle ou saisonnière, nettement moins favorable.

 

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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 06:47

 

De 1998 à 2005, malgré de multiples pressions, le courageux juge chilien Juan Guzman a poursuivi et tenté de faire condamner l’ex-dictateur Augusto Pinochet. En apprenant la nouvelle de son décès, le 22 janvier dernier, à Santiago, à l’âge de 81 ans, toute l’équipe de production d’un film documentaire qui lui fut consacré, Le Juge et le Général, a souhaité exprimer sa solidarité, son soutien et son affection à sa famille. « Juan Guzmán était un homme d’honneur, courageux et généreux. Nous estimons qu’il mérite une reconnaissance nationale. » A titre de contribution et d’hommage, dans l’espoir que son labeur soit amplement connu, et afin d’inciter l’ensemble des medias à mieux faire connaître « son engagement et sa droiture », cette équipe propose le documentaire en libre accès.

 

 

En 1990, après 17 ans de dictature, le général Augusto Pinochet est contraint de passer la main à un président élu démocratiquement. Il n’accepte néanmoins de le faire qu’en échange d’un accord tacite lui assurant l’impunité. Demeuré chef de l’armée et sénateur à vie, il bénéficiera de fait d’une immunité parlementaire et c’est lui-même qui a nommé la plupart des juges en exercice à ce moment.
Après quelques années de rémission, les efforts acharnés des familles des victimes et des disparus porte ses fruits. Le pouvoir judiciaire cherche à retrouver un minimum d’autonomie. Début 1998, Juan Guzmán Tapia, juge plutôt conservateur de la Cour d’appel de Santiago, accepte d’instruire les premières plaintes déposées contre l’ex-dictateur. Il l’inculpe pour « séquestre permanent » et « homicide qualifié » dans le cadre de l’affaire dite de la « Calle Conferencia », qui porte sur la disparition de plusieurs dirigeants du Parti communiste en 1976. Dans les mois qui suivent, plusieurs centaines de plaintes sont déposées, dans différentes affaires, contre Pinochet.

Le 16 octobre 1998, alors qu’il se trouve à Londres pour raisons médicales, le général Pinochet est placé en état d’arrestation à la requête des juges de la « Audiencia nacional » espagnole Manuel García Castellón et Baltazar Garzón, qui instruisent deux plaintes parallèles concernant des disparitions et des assassinats de citoyens espagnols, au Chili et en Argentine, à l’époque des régimes militaires. La Chambre des lords refusant de concéder l’immunité diplomatique au général, le président chilien Eduardo Frei et son gouvernement de centre gauche ne vont cesser de réclamer le rapatriement de l’ancien dictateur dans son pays. Ministre des affaires étrangères socialiste, José Miguel Insulza justifie cette insistance : « En Espagne, Augusto Pinochet n’aurait pas, en raison du contexte trop politisé, un procès serein », alors qu’au Chili il pourrait être « plus efficacement jugé [1] ». De son côté, qualifiant la détention de « cruelle » et d’« injuste », l’ex-première ministre britannique Margaret Thatcher accuse le juge Garzón d’« être conseillé par un groupe de marxistes [2] ». 

Lorsque, en octobre 1999, la Cour suprême britannique ratifie l’extradition vers Santiago plutôt que vers Madrid, un discret « comité de crise » impliquant Washington (Bill Clinton), Londres (Tony Blair), Santiago (Eduardo Frei) et Madrid (José Maria Aznar) trouve une porte de sortie : un rapport de trois médecins britanniques désignés par le Royaume-Uni conclut à l’incapacité de Pinochet de comparaître en justice, en raison « de son délicat état de santé ». Le monde assiste donc, le 3 mars 2000, à une scène hors du commun : sur la piste de l’aéroport de Santiago du Chili, le « mourant », descendu de l’avion sur une chaise roulante, se lève avec vigueur pour saluer ses vieux camarades venus l’accueillir.

Quelques jours après ce retour, le juge Guzmán persiste et signe : refusant de se laisser abuser, il interroge l’ancien dictateur et décide de l’inculper pour les assassinats commis par la « Caravane de la mort », une escouade de militaires qui a parcouru le pays en exécutant une centaine d’opposants après le coup d’Etat de septembre 1973. Un général a révélé les tortures infligées aux victimes de cette opération : les membres du commando « leur arrachaient les yeux avec des couteaux de combat à lame courbe, ils leur brûlaient les mâchoires, les jambes [3] »

On ne s’attaque pas impunément à l’ancien tyran. Les pressions sur le nouveau président, Ricardo Lagos, sont considérables. Si le pouvoir politique met fin aux poursuites judiciaires, les forces armées se déclarent « susceptibles d’accepter une réforme de la constitution » léguée par Pinochet. Plus ou moins discrètement et depuis des horizons divers, de la droite au Parti socialiste, les « conseils de modération » en direction de Guzman se multiplient. Des injonctions parfois… modérément modérées. Le 3 décembre 2000, des pinochetistes manifestent à Providencia, devant sa maison, le traitant de « honte nationale ». Début 2001, après l’avoir traité de « désaxé », Jacqueline, la fille cadette de Pinochet, demandera aux forces armées de faire preuve d’une « détermination plus énergique et forte » face aux poursuites dont son père est l’objet. Courageux, Guzman ne se laisse pas intimider. Mais sa sécurité doit être assurée en permanence par dix inspecteurs de la police judiciaire, qui constituent sa garde rapprochée.

Jamais Guzmán n’a perdu l’espoir de voir Pinochet jugé. Toutefois, après avoir soumis l’ancien dictateur à des expertises médicales, la Cour suprême décide le 1er juillet 2002 que l’ancien chef de l’Etat, censé souffrir de « démence sénile », ne peut plus être poursuivi. « J’aurais pu partager la décision de la Cour suprême, déclarera ultérieurement Guzman lors d’une interview, mais ayant vu Pinochet et étudié sérieusement les rapports médicaux, je ne pouvais qu’estimer qu’il avait des facultés mentales normales. »

Fort de cette certitude, il réussira à inculper à nouveau Pinochet en 2005 dans un autre dossier, celui de l’ « Opération Condor », un plan concerté qui a permis aux dictatures sud-américaines d’éliminer leurs opposants. La « justice » prononçant en septembre la relaxe de l’ex-dictateur, le magistrat échouera à aller plus loin.

Ayant pris sa retraite début mai 2005, après avoir dénoncé de nombreuses pressions, Guzman a raconté son parcours dans un ouvrage, Au bord du monde, les mémoires du juge de Pinochet [4]En apprenant la triste nouvelle de son décès, le 22 janvier dernier, à Santiago, à l’âge de 81 ans, toute l’équipe de production d’un film documentaire qui lui fut consacré, Le Juge et le Général, a souhaité exprimer sa solidarité, son soutien et son affection à sa famille. « Juan Guzmán était un homme d’honneur, courageux et généreux. Nous estimons qu’il mérite une reconnaissance nationale. » A titre de contribution et d’hommage, dans l’espoir que son labeur soit amplement connu, et afin d’inciter l’ensemble des medias à mieux faire connaître « son engagement et sa droiture », cette équipe [5] propose le documentaire en libre accès.

Version Française

[1 Le Monde, Paris, 3 décembre 1998.

[2 El País, Madrid, 7 octobre 1999.

[3 Le Monde, 31 janvier 2001.

[4 Les Arènes, Paris, 2005.

[5 Elizabeth Farnsworth et Patricio Lanfranco (direction et réalisation), Maria Isabel Mordojovich et Jac Forton (traducteurs de la version française).

Maurice LEMOINE

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16 février 2021 2 16 /02 /février /2021 06:42

 

 

Gilles Manceron, historien, est vice-président de la Ligue des droits de l'homme. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont avec Hassan Remaoun, D'une rive à l'autre. La guerre d'Algérie de la mémoire à l'histoire ( avec Hassan Remaoun, Syros, 1993) et Marianne et les colonies. Une introduction à l'histoire coloniale de la France (La Découverte, 2003).

Les 40 exécutions capitales de militants indépendantistes algériens qui ont eu lieu à la prison Barberousse¹, en pleine ville d’Alger, en haut de la Casbah, entre le 11 février et le 4 décembre 1957, sont l’un des éléments constitutifs de la « bataille d’Alger ». 40 hommes, après une condamnation à mort lors d’un procès expéditif devant un tribunal militaire², ont marché dignement jusqu’à la guillotine, accompagnés par des chants patriotiques comme « Min Djibalina », les cris de « Vive l’Algérie ! » (« Tahia El Djezaïr ! »), « Vive l’Algérie libre ! » de l’ensemble des détenus de la prison. Ces chants, ces slogans et les youyous des femmes détenues, repris par les youyous des femmes et les cris de tout le haut de la Casbah, ont résonné, avant la fin de la nuit, entre 3 heures et 4 heures du matin, dans une ville d’Alger qui s’éveillait à peine. « Les youyous nous revenaient » dira, par exemple, l’une des détenues à Barberousse, Louisette Ighilahriz³. A dix-sept reprises, puisque les exécutions avaient souvent lieu « en série », durant cette année terrible de la « Grande répression d’Alger », la Casbah et une partie de la ville a partagé les explosions sonores de la prison de Barberousse. Des moments d’intense émotion qui ont à la fois bouleversé et indigné la grande majorité des habitants de la capitale. Comme l’a dit Abdelkader Guerroudj, l’un des responsables de la branche armée du Parti communiste algérien, les Combattants de la Libération (CDL), lui-même condamné à mort : « On peut fusiller, mais pas guillotiner. Parce que fusiller, c’est presque comme si vous étiez au combat. Quand on est fusillé on est debout, c’est une grande différence. La guillotine, c’est le mépris, la hogra, portés au premier degré. C’est un terme intraduisible en français. C’est quand un homme qui connaît sa puissance s’acharne contre un autre homme dont il connaît l’impuissance. Il faut comprendre : guillotiné, vous êtes sans défense. Vous n’êtes pas debout »(4). Leur souvenir a laissé des traces durables dans les mémoires et les clameurs tragiques venues de Barberousse reprises par une partie de la ville deviendront par la suite un thème récurrent de nombreux films et téléfilms algériens évoquant cette époque.

Le recours massif à la guillotine avait commencé en juin 1956, trois mois après le vote, en mars, par le Parlement, des « pouvoirs spéciaux » au gouvernement Guy Mollet, et marqué le lancement de la politique de répression massive en Algérie. Pierre Vidal-Naquet a considéré que la date de la première des exécutions à la guillotine, le 19 juin 1956, était une « date cruciale »(5). Durant ce gouvernement qui a été le plus long de la IVe République et qui a fait basculer la France dans la guerre d’Algérie, la décision d’y recourir n’a pas été prise tout de suite. La demande venait des ultras d’Algérie. L’hebdomadaire France Observateur, peu après la « Journée des tomates » du 6 février qui avait conduit Guy Mollet à céder devant les manifestations des ultras d’Alger et à nommer Robert Lacoste comme ministre résidant en Algérie — nouvelle dénomination du Gouverneur général —, faisait état, le 16 février 1956, d’une « rumeur persistante » : « Plusieurs ministres, impressionnés par la campagne qui se développe à Alger, pousseraient le gouvernement à faire exécuter tout ou partie de la soixantaine d’insurgés faits prisonniers et condamnés à mort par les tribunaux militaires… Les ministres ont été l’objet d’une série de pressions, toutes orientées dans le même sens : “Si vous n’exécutez pas les condamnés à mort, vous n’obtiendrez jamais le retour au calme des Français d’Algérie”. Ce point de vue a impressionné certains ministres. »6 Cette décision était demandée par les ministres en accord avec les ultras d’Alger, autour de Robert Lacoste, du secrétaire d’État aux Forces armées (Terre), chargé des Affaires algériennes, Max Lejeune, et du ministre de la Défense nationale et des Forces armées, Maurice Bourgès-Maunoury, et elle était contestée par d’autres, comme Pierre Mendès France, qui a démissionné le 23 mai 1956 de son poste de ministre d’Etat sans portefeuille, avant qu’elle ne soit prise, et Alain Savary, qui le fera en octobre, quand Max Lejeune prendra sur lui de faire un acte de piraterie internationale en détournant un avion marocain entre Rabat et Tunis pour capturer les quatre dirigeants du FLN à son bord, sans en prévenir le président du conseil.  Ce groupe au sein du conseil des ministres était en liaison étroite avec les chefs de l’armée en Algérie, et seront tout particulièrement proches du commandant en chef des armées en Algérie nommé le 1er décembre 1956, Raoul Salan. Pour mener cette série d’exécutions à la guillotine, ils ont obtenu, le 5 juin 1956, le soutien de Guy Mollet, chef du gouvernement jusqu’au 21 mai 1957, et de son garde des Sceaux François Mitterrand. Et, après la chute du ministère présidé par Guy Mollet, ils seront soutenus encore plus nettement par le gouvernement qui lui a succédé du 16 juin au 30 septembre 1957, présidé par Maurice Bourgès-Maunoury, plus répressif encore que le précédent.

L’emballement de la guillotine en 1957

Les 40 exécutions capitales de l’année 1957 à Alger ont, en effet, été rendues possibles — après des condamnations prononcées par des tribunaux militaires dont les audiences ne duraient souvent qu’une vingtaine de minutes(6), qui avaient conduit à ce qu’une centaine d’indépendantistes algériens condamnés à mort se trouvaient détenus dans des prisons algériennes —, par la décision de Guy Mollet, suite au conseil des ministres du 5 juin 1956, de demander au Président de la République, René Coty, de refuser d’accorder la grâce des condamnés(7). C’est à lui que revenait ce droit, mais le rôle du garde des Sceaux et ministre d’Etat chargé de la Justice, qui est le vice-président du Conseil supérieur de la magistrature chargé d’examiner les dossiers de recours en grâce, était prépondérant. Le président de la République qui le préside et assiste aux débats sur les cas évoqués, ne se prononce pas sur les avis concernant les grâces, disant simplement qu’il prendra sa décision. Mais il suit presque toujours l’avis du garde des Sceaux. Quand François Mitterrand quittera cette fonction le 21 mai 1957, 45 condamnés à mort auront été exécutés en moins d’une année durant son ministère. Et la série va continuer. Au total, 222 indépendantistes algériens ont été guillotinés pendant la guerre d’Algérie, jusqu’à ce que le général de Gaulle, après avoir accepté l’exécution de 80 condamnés FLN — à partir de l’été 1959, par fusillade, procédure moins infamante pour les Algériens, qui, d’une certaine façon, reconnaissait ces hommes comme des combattants —, mette fin, en février 1961, à ces exécutions capitales. A Barberousse, 7 hommes seront fusillés de juillet 1959 à octobre 1960, sous sa présidence. Ensuite, les condamnés à mort seront transférés en métropole —­ notamment pour les protéger contre les assassinats des ultras —, il n’y aura plus d’exécution de condamné à mort à partir de février 1961 et plus de 1 500 d’entre eux seront libérés à l’indépendance. Mais, en 1957, après la chute du ministère Guy Mollet, sous l’autorité du successeur de François Mitterrand au sein le gouvernement de Maurice Bourgès-Maunoury jusqu’en septembre 1957, Édouard Corniglion-Molinier, le rythme des exécutions s’est accéléré puisqu’il y en a eu 29 en trois mois.

Après les trois premières exécutions à la guillotine de militants indépendantistes en Algérie, effectuées en 1956 dans cette prison de Barberousse — Ahmed Zabana et Abdelkader Ferradj, le 19 juin, et Mohamed Tifroune, le 9 août 1956 — qui avaient été un premier signal de l’accélération de la répression, la première des 40 exécutions de l’année 1957 a été celle, « pour l’exemple », d’un militant d’origine européenne du parti communiste algérien (PCA), Fernand Iveton. Conformément à l’orientation adoptée par ce parti au cours du premier semestre de 1955, il avait choisi de participer à la lutte armée du peuple algérien pour son indépendance. Il était né à Alger en 1926 de père français et de mère espagnole et avait milité dans le quartier populaire du Clos-Salembier, habité en majorité par des « musulmans ». Il avait pour ami d’enfance un autre jeune communiste d’origine européenne, Henri Maillot, qui a participé au début d’avril 1956 au détournement d’une cargaison d’armes de l’armée française pour en remettre une partie à l’ALN et garder l’essentiel pour la branche armée du PCA, les Combattants de la Libération (CDL). Fernand Iveton a participé pour les CDL, le 14 novembre 1956, au dépôt d’une bombe dans l’usine où il travaillait, réglée pour exploser à une heure où elle ne pouvait faire de victime. Ayant été repéré, la bombe a été désamorcée, Iveton a été arrêté et torturé par la police d’Alger, en dépit de l’interdiction émise par le secrétaire général de la préfecture, Paul Teitgen, ancien résistant et déporté, d’utiliser ces méthodes qu’il avait lui-même subies de la part des nazis. Le 24 novembre 1956, Iveton est condamné à mort par le tribunal permanent des forces armées d’Alger, et, alors qu’il n’y avait pas eu d’exécution judiciaire à Alger depuis six mois, sa grâce est refusée. Il est guillotiné le 11 février 1957 dans la prison Barberousse, porté par les cris de soutien des Algériens emprisonnés comme lui. Jean-Luc Einaudi, dans son livre Pour l’exemple, l’affaire Fernand Iveton, enquête, préfacé par Pierre Vidal-Naquet, suggère que son exécution était avant tout un message destiné à dissuader les communistes du PCA de prendre part à la guerre d’indépendance algérienne et ceux du PCF de la soutenir.

Les avis du garde des Sceaux François Mitterrand ont été le plus souvent favorables aux exécutions. « Sur quarante-cinq dossiers d’exécutés lors de son passage place Vendôme, François Mitterrand ne donne que huit avis favorables à la grâce (cinq autres avis étant manquants). On peut dire autrement : dans 80% des cas connus, il a voté la mort », écrivent François Malye et Benjamin Stora(8). Son successeur a été encore plus répressif, on est passé d’une moyenne de quatre exécutions par mois sous le gouvernement de Guy Mollet, avec Mitterrand, à près de dix par mois sous celui de Bourgès-Maunoury et de son garde des Sceaux, Corniglion-Molinier. L’un des membres du CSM de l’époque, Jean-Claude Périer, témoignera : « Ça donnait l’impression d’une loterie. Dès lors qu’on avait arrêté quelqu’un, il fallait qu’il soit coupable. Quand une bombe avait éclaté, si on attrapait un type et qu’il avait la tête du client, on ne s’embarrassait pas plus. […] Les séances ne devaient pas durer plus d’une heure et demie. A 17 heures, c’était terminé et l’on avait entretemps procédé à des dizaines de nominations et passé trois à quatre dossiers de recours en grâce. Et chaque mercredi soir, un avis d’exécution partait. » Pourtant, ce magistrat le reconnaîtra plus tard : « qu’on le veuille ou non, les tribunaux d’Algérie avaient comme clientèle des gens qui se déclaraient être des résistants. Or ces tribunaux offraient beaucoup de similitudes avec les juridictions de Vichy qui avaient poursuivi des Français, résistants eux aussi. »(9) Le fait est que cette série d’exécutions capitales a incité les membres du FLN à Alger à se lancer dans une série d’attentats en représailles. « En trois jours, du 20 au 24 juin, 21 attentats sont commis à Alger ; on compte 10 tués, dont 7 Européens ». L’un de leur chef, Yacef Saadi, racontera : « J’étais comme un fou. J’ai pris des feuilles de papier où j’ai écrit : “Frère Zabana, vous êtes vengé”. Et j’ai donné un ordre à mes gars : “Sur chaque type que vous tuez, vous jeter ces feuilles” (10) »

Iveton a donc été, en 1957, le premier d’une série de 40 guillotinés. Tous étaient jeunes. Moyenne d’âge : 28 ans. Le plus jeune est un mineur de 19 ans, Boualem Rahal, guillotiné le 20 juin 1957, veille du jour probable de l’assassinat de Maurice Audin. Pour certains comme Fernand Iveton, aucun crime de sang, aucune victime, ne leur étaient imputés. C’était le cas des deux premiers guillotinés. Ahmed Zabana, 30 ans, était un ancien militant du PPA-MTLD, qui faisait partie de l’Organisation spéciale (OS), sa structure destinée à préparer la lutte armée. Il avait participé, à 23 ans, avec les jeunes Hocine Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella, au hold up manqué de la poste d’Oran du 5 avril 1949, et avait été condamné pour cela le 24 mai 1951 à trois ans de prison et trois mois d’interdiction de séjour. II avait été arrêté le 4 novembre 1954, lors de la répression ayant suivi une attaque de ferme, à laquelle il n’avait pas participé, alors qu’il était grièvement blessé, caché dans une grotte refuge d’un groupe de maquisards. Torturé puis condamné à mort, sa peine avait été confirmée le 21 avril 1956 par le tribunal militaire d’Alger. Toujours grièvement blessé, son avocat, Me Sportes, avait plaidé sa grâce devant le CSM en faisant valoir qu’« il n’est pas dans la tradition de notre pays d’achever des blessés ». L’argument n’a pas suffi. Il est devenu un héros national en Algérie où de nombreuses rues portent son nom, la lettre qu’il a envoyée à sa famille avant d’être guillotiné est aussi célèbre en Algérie que celle de Guy Môcquet en France. Lui non plus, Abdelkader Ferradj, guillotiné le même jour, n’avait tué personne et il n’avait même tiré aucun coup de feu. Âgé de 35 ans, c’était un goumier affecté au groupe mobile de police rurale, l’une des unités supplétives de l’armée française, à Palestro, et il avait participé à l’attaque d’une ferme durant laquelle il n’y avait eu que des dégâts matériels mineurs. Mais peu importe si les condamnés étaient les auteurs des actes qui leur étaient reprochés, s’ils avaient tué ou non. Selon les partisans de cette répression à outrance, ces hommes étaient des militants indépendantistes, ou bien avaient seulement des idées indépendantistes, donc ils étaient des « éléments anti-français », des « hors-la-loi », et il fallait « faire des exemples ». Parmi les 40 guillotinés de l’année 1957, d’autres n’avaient pas plus de sang sur les mains que Zabana et Ferradj.

Dans le mois qui a suivi la chute du gouvernement de Guy Mollet, qui est aussi celui où Maurice Audin a été enlevé et assassiné, où les « hommes d’Alger », Lacoste, Salan et Massu, avaient les mains libres, il y a eu pas moins de dix exécutions capitales. Pour éviter que se multiplient ces moments où toute la ville vibrait à l’unisson de la clameur des détenus de Barberousse, l’heure des exécutions a été avancée et elles ont été regroupées par série de trois ou quatre, auxquelles il était procédé à la va-vite : le 20 juin 1957, quatre condamnés ont été guillotinés en quatre minutes ; le 22 juin 1957, le lendemain de l’assassinat de Maurice Audin, quatre autres l’ont été en cinq minutes. On doute que les règles mêmes qui régissent la sinistre procédure de ces exécutions ait pu être respectées.

L’échec de la répression à outrance

La conséquence de cet emballement funeste de la guillotine a été inverse à ce qu’il recherchait. Certes, cela a radicalisé la majorité de la population algéroise d’origine européenne — frappée par les bombes du FLN — de plus en plus favorable aux ultras ; certes, les organisations algéroises du FLN, comme celle du PCA — et de sa branche armée, les Combattants de la Libération (CDL) — ont été décimées par la répression, mais la popularité de la cause de l’indépendance n’a fait que s’accroître au sein de la population autochtone de la capitale. En témoigneront les manifestations populaires pour l’« Algérie algérienne » des 10 et 11 décembre 1960, lors du dernier voyage en Algérie du général de Gaulle — devenu la cible de plusieurs tentatives d’assassinats par des extrémistes pieds-noirs qui lui reprochaient, quant à eux, de rechercher désormais une indépendance négociée de l’Algérie. Et la petite frange d’européens favorables à l’indépendance — dont les communistes du PCA et des chrétiens progressistes —, certes durement frappée, n’a pas disparu pour autant. Nombre d’entre eux ont continué à prendre leur part, en Algérie ou en métropole, à la guerre d’indépendance algérienne.

es 40 guillotinés de l’année 1957 à Barberousse11

  • Fernand Iveton, 30 ans (né le 12 juin 1926, à Alger), guillotiné le 11 février 1957, à 5h10 du matin.
  • Mohamed Lakhnèche, 25 ans (né en 1931, à Biskra), guillotiné le 11 février 1957, à 5h12 du matin.
  • Mohamed Ouennouri, 31 ans (né en 1927, à Bejaïa), guillotiné le 11 février 1957, à 5h13 du matin.
  • Mohamed Mazira, 25 ans (né en 1931, à Tizi Ouzou), guillotiné le 19 février 1957, à 4h55 du matin.
  • Amar Ben Med. Mammri, 38 ans (né en 1918, à Tizi Ouzou), guillotiné le 8 avril 1957, à 4h40 du matin.
  • Saïd Ben Med. Badouche, 36 ans (né le 9 février 1921, à Yaskiène T.O .), guillotiné le 8 avril 1957, à 4h45 du matin.
  • Arezki Ben Saïd Louni, 32 ans (né le 26 août 1924, à Makouda T.O .), guillotiné le 8 avril 1957, à 4h46 du matin.
  • Saïd Ben Bachir Aïzouz, 32 ans (né en 1924, à Tizi Ouzou), guillotiné le 23 mai 1957, à 3h du matin.
  • Hamida Radi, 32 ans (né le 23 avril 1935, à Alger), guillotiné le 20 juin 1957, à 3h25 du matin.
  • Mohand Belamine Med., 25 ans (né le 24 février 1932, à Yakourène), guillotiné le 20 juin 1957, à 3h25 du matin.
  • Boualem Rahal, 19 ans (né le 30 décembre 1937, à Alger), guillotiné le 20 juin 1957, à 3h27 du matin.
  • Saïd Ben Bey Touati, 28 ans (né le 14 décembre 1928, à Alger), guillotiné le 20 juin 1957, à 3h28 du matin.
  • Mohamed Benalloula, 22 ans (né le 5 juin 1935, à Souman-Bejaïa), guillotiné le 22 juin 1957, à 3h15 du matin.
  • Makhlouf Ferradji, 23 ans (né en 1933, à Palestro), guillotiné le 22 juin 1957, à 3h33 du matin.
  • Abderazak Hahad, 28 ans (né le 26 décembre 1928, à Alger), guillotiné le 22 juin 1957, à 3h36 du matin.
  • Djaffer Ben Abdelkader Labdi, 23 ans (né le 10 juin 1934, à Alger), guillotiné le 22 juin 1957, à 3h37 du matin.
  • Mohamed Seghir Gacem, 27 ans (né le 28 février 1930, à Alger), guillotiné le 22 juin 1957, à 3h38 du matin.
  • Boualem Hasni, 27 ans (né le 26 juillet 1936, à Boufarik), guillotiné le 25 juillet 1957, à 3h32 du matin.
  • SNP Bidèche Ben Hamid, 26 ans (né en 1930, à Bou Saâda), guillotiné le 25 juillet 1957, à 3h49 du matin.
  • Tayeb Ben Lakdari Laab, 27 ans (né le 13 janvier 1929, à Zéralda), guillotiné le 10 août 1957, à 3h19 du matin.
  • Mohamed Sidi Ikhlef, 30 ans (né en 1927, à Blida), guillotiné le 10 août 1957, à 3h20 du matin.
  • Ben Mekki Belaredj Med., 24 ans (né le 23 septembre 1932, à Sétif), guillotiné le 12 août 1957, à 3h12 du matin.
  • Belkacem Ouziri, 27 ans (né en 1937, à Blida), guillotiné le 12 août 1957, à 3h13 du matin.
  • Hacène Madani, 27 ans (né en 1930, à Aumale), guillotiné le 12 août 1957, à 3h14 du matin.
  • Mohamed Ait Ali Oudalha, 27 ans (né en 1930, à Alger), guillotiné le 17 août 1957, à 3h30 du matin.
  • Ben Bachir Aoussi Med., 34 ans (né en 1923, à Aïn Boucif), guillotiné le 7 septembre 1957, à 4h06 du matin.
  • SNP Saïd Ben Belkacem, 33 ans (né en 1924, à Aïn Aïcha-Bou Saada), guillotiné le 7 septembre 1957, à 3h19 du matin.
  • Abderrahmane Ben Ali Kab, 24 ans (né le 28 mars 1933, à Alger), guillotiné le 9 octobre 1957, à 3h24 du matin.
  • Chafik Melzi dit Mazi, 28 ans (né le 24 mars 1929, à El Biar, Alger), guillotiné le 9 octobre 1957, à 3h26 du matin.
  • Med. Ben Abdelkader Bournane, 21 ans (né le 24 décembre 1935, à Alger), guillotiné le 9 octobre 1957, à 3h28 du matin.
  • Bachir Ben Med. Lanes, 32 ans (né le 19 février 1925, à El Biar, Alger), guillotiné le 10 octobre 1957, à 3h11 du matin.
  • Rabah Larabi dit Begonia, 32 ans (né le 16 février 1925, à Alger), guillotiné le 10 octobre 1957, à 3h13 du matin.
  • Mohamed Barfouchi, 32 ans (né le 10 juin 1925, à Alger), guillotiné le 10 octobre 1957, à 3h15 du matin.
  • Ahmed Sahel, 30 ans (né le 4 novembre 1927, à Foudouk), guillotiné le 12 novembre 1957, à 3h23 du matin.
  • Mohamed Ben Ali Ferhat, 26 ans (né le 17 juin 1931, à Azzefoum T.-O.), guillotiné le 12 novembre 1957, à 3h25 du matin.
  • Mohamed Ben Belkacem Boussadia, 27 ans (né le 9 mars 1930, à Kouba, Alger), guillotiné le 12 novembre 1957, à 3h28 du matin.
  • Saïd Behloul, 36 ans (né en 1921, à Fort-National), guillotiné le 13 novembre 1957, à 3h16 du matin.
  • Achour Chenene, 28 ans (né le 16 mars 1926, à Fort-National), guillotiné le 13 novembre 1957, à 3h17 du matin.
  • Maâmar Sahli, 28 ans (né le 21 mai 1934, à la Ferme, Chleff), guillotiné le 4 décembre 1957, à 3h13 du matin.
  • Abdelkader Mekkaoui, 28 ans (né le 27 mai 1930, à la Ferme, Chleff), guillotiné le 4 décembre 1957, à 3h14 du matin.

NOTES

¹ Qui a pris le nom de Serkadji après l’indépendance de l’Algérie.

² Sylvie Thénault, Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie, La Découverte, 2001.

³ Entretien de Louisette Ighilariz à Alger, le 30 mars 2010, avec l’un des auteurs de François Malye, Benjamin Stora, François Mitterrand et la guerre d’Algérie, Calmann-Lévy, 2010.

4 Entretien de Abdelkader Guerroudj à Alger, le 3 avril 2010, avec l’un des auteurs de François Malye, Benjamin Stora, op. cit.

5 Pierre Vidal-Naquet, préface de Pour l’exemple, l’affaire Fernand Iveton, enquête de Jean-Luc Einaudi, l’Harmattan, 1986.

6 Cité par François Malye, Benjamin Stora, op. cit.

6 Juger en Algérie 1944-1962, Revue Le genre humain, Seuil, septembre 1997.

7 François Malye, Benjamin Stora, op. cit.

8 Ibid.

9 Entretien avec les auteurs, le 3 juillet 2009, François Malye, Benjamin Stora, op. cit.

10 Entretien avec les auteurs, le 30 mars 2010, François Malye, Benjamin Stora, op. cit

11 D’après Mostefa Boudina, Rescapé de la guillotine, éditions ANEP, Alger, 2008

 

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 17:08
Jean Kervision (photo publié par le Télégramme le 15 février 2021)

Jean Kervision (photo publié par le Télégramme le 15 février 2021)

Très engagé politiquement, Jean Kervision est décédé à l’âge de 93 ans. Né en 1928 au Guilvinec, l’homme avait adhéré aux Jeunesses communistes en septembre 1944 puis, en mars 1945, au PCF. Il fut ensuite militant communiste dans la section de Plozévet. À partir de 1961, il milita dans la section communiste du Guilvinec et en fut le secrétaire à partir de 1972. Puis, il fut secrétaire de la section communiste du Pays bigouden, qui regroupait les différentes sections des cantons du Guilvinec et de Pont-l’Abbé. Il fut le directeur et le rédacteur en chef du Travailleur bigouden, mensuel puis trimestriel des sections bigoudènes du PCF, de sa fondation en 1966 à sa disparition en 1993.

Conseiller municipal et adjoint au maire du Guilvinec de 1983 à 1989

Jean Kervision s’était aussi investi dans les luttes laïques du département. Secrétaire général du Comité départemental d’action laïque, il fut directeur de la revue Action laïque Bretagne. Il s’était présenté comme candidat au Conseil général dans le canton de Pont-l’Abbé en 1979. Il fut élu conseiller municipal et adjoint au maire du Guilvinec de 1983 à 1989. Toujours militant, il avait poursuivi son engagement au sein du comité du Secours populaire Treffiagat-Plomeur jusqu’au milieu de l’année 2010.

Jean Kervision avait fait toute sa carrière professionnelle en tant qu’instituteur. Il avait débuté en 1949, à Guiller-sur-Goyen, puis était devenu, en 1961, directeur de l’école de Plomeur où il était resté jusqu’à sa retraite en 1983.

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 16:57
Jean Kervision

Jean Kervision

Gaston Balliot et Jean Kervision en 2019 lors d'une conférence sur la résistance en pays bigouden qui avait réuni 250 personnes à l'initiative du PCF Pays Bigouden

Gaston Balliot et Jean Kervision en 2019 lors d'une conférence sur la résistance en pays bigouden qui avait réuni 250 personnes à l'initiative du PCF Pays Bigouden

 Jean Kervision (au centre) en 2019 lors d'une conférence sur la résistance en pays bigouden qui avait réuni 250 personnes à l'initiative du PCF Pays Bigouden

Jean Kervision (au centre) en 2019 lors d'une conférence sur la résistance en pays bigouden qui avait réuni 250 personnes à l'initiative du PCF Pays Bigouden

Les communistes du Pays Bigouden et les communistes finistériens ont l'immense tristesse de perdre un camarade extraordinaire: Jean Kervision, militant communiste depuis 1945 et fils de militant communiste engagé dans la guerre d'Espagne avec France Navigation, les combats du Front Populaire et la Résistance, instituteur laïque, directeur d'école, militant et responsable syndical au SNI, secrétaire de section du PCF à Guilvinec dans les années 1970,  rédacteur en chef du"Travailleur Bigouden", le journal de la section PCF du Pays Bigouden (tiré entre 10 000 et 20 000 exemplaires à partir de 1966, et ceci pendant 35 ans), ancien secrétaire du comité de Guilvinec-Treffigiat-Plomeur du Secours populaire français, adjoint communiste au Guilvinec dans les années 80. 
 
Jean Kervision est décédé à 93 ans. Il est resté un militant communiste jusqu'au bout, attaché à transmettre la mémoire du parti communiste, de la résistance et du mouvement ouvrier dans le Pays Bigouden, avec son ami et complice Gaston Balliot. Il avait transmis la collection complète du "Travailleur Bigouden" à Gaston Balliot pour qu'il soit numérisé, puis confié au PCF, ainsi que de nombreux autres documents d'archives.
 
Le 14 juin 2019, Jean Kervision avait présenté avec Gaston Balliot à l'initiative de la section PCF du Pays Bigouden une conférence sur la Résistance dans le pays bigouden qui avait été suivie par 250 personnes.
 
Nous rendons un hommage vibrant à l'homme et au militant et transmettons toute notre sympathie à son épouse, sa famille, ses amis, ses proches, ses camarades.
 
Retrouvez les numéros du Travailleur Bigouden;
 
 
KERVISION Jean, Yves, Marie
Né le 29 janvier 1928 au Guilvinec (Finistère) ; instituteur ; militant syndical ; militant communiste dans le Finistère, adjoint au maire du Guilvinec.
 
Son père, marin de la Marine marchande, membre de la CGT, adhéra au Parti communiste en 1934 et en resta membre jusqu’à son décès en 1981. A la demande de la direction du Parti communiste, il navigua sur deux navires de la compagnie France-Navigation et participa au transport maritime des armes acheminées pour les troupes républicaines espagnoles depuis Mourmansk en URSS à Bordeaux et à Honfleur. Engagé dans les FTPF, il participa au siège puis à la libération de la poche de Lorient en 1944. Sa mère était aussi membre de la CGT. Jean Kervision reçut les premiers sacrements catholiques. Élève du lycée de Quimper (1939-1940) puis du cours complémentaire du Guilvinec (1940-1945), il entra à l’Ecole normale d’instituteurs d’Angers (Maine-et-Loire) en 1945. Titulaire du baccalauréat, il commença sa carrière d’instituteur en 1949 à Segré puis revint dans le Finistère en 1950 après son mariage uniquement civil en septembre 1950 à Treffiagat
(Finistère) avec Marianne Quéffelec, fille d’un marin pêcheur, institutrice, future adhérente du Parti communiste français. Le couple eut deux enfants. Il enseigna à Guiller-sur-Goyen dans le canton de Plogastel-Saint-Germain, puis en 1961 devint directeur de l’école de Plomeur dans le canton de Pont-l‘Abbé. Il y resta jusqu’à sa retraite en 1983. Face à la concurrence de l’école catholique, l’école publique passa de deux à huit classes sous sa direction.
 
Kervision adhéra au Syndicat national des instituteurs en 1948. Secrétaire du SNI dans le canton de Plogastel-Saint-Germain (1954-1961) puis dans celui de Pont-l‘Abbé (1962-1981), il fut membre du conseil syndical de la section départementale du SNI de 1956 à 1981, secrétaire-adjoint de la section de 1967 à 1969. Il était aussi secrétaire-adjoint de la sous-section cantonale de la Fédération de l’Éducation nationale. Il fut de 1958 à 1982 élu à la Commission administrative paritaire départementale et au Comité technique paritaire.
 
Kervision adhéra aux Jeunesses communistes en septembre 1944 puis à l’Union de la jeunesse républicaine de France. Il fut secrétaire du cercle de l’école normale. En mars 1945, il adhéra au PCF à l’école normale et fut membre de la cellule communiste de l’école jusqu’en 1949. Il fut par la suite militant communiste dans la section de Plozevet. Il participa en 1955 au stage central organisé par le PCF pour les instituteurs communistes. A partir de 1961, il milita dans la section communiste du Guilvinec et en fut le secrétaire à partir de 1972. Par la suite, il fut secrétaire de la section communiste du Pays bigouden qui regroupait les différentes sections des cantons du Guilvinec et de Pont-l’Abbé. Il entra au comité de la fédération communiste en 1974, y resta jusqu’en 1982 puis présida la commission fédérale de contrôle financier. Il fut le trésorier de l’Association des élus communistes et républicains du Finistère de 1983 à 1989. Il fut
le directeur et le rédacteur en chef du Travailleur bigouden, mensuel puis trimestriel des sections bigoudènes de PCF de sa fondation en 1966 à sa disparition en 1993.
 
Kervision s’investit dans les luttes laïques du département par l’intermédiaire des amicales laïques dans les localités successives où il milita activement avec son épouse. Secrétaire général du Comité départemental d’action laïque, il fut directeur de la revue Action laïque Bretagne. En outre il fut le secrétaire de l’association des parents d’élèves du lycée de Pont-l’Abbé de 1961 à 1968.
 
Kervision fut candidat au Conseil général dans le canton de Pont-l’Abbé en 1979. Il fut élu conseiller municipal et adjoint au maire du Guilvinec de 1983 à 1989.
 
En 2010, Kervision habitait Treffiagat. Toujours militant, il n’eut plus de responsabilités dans le PCF après 2005. Il fut le secrétaire du comité de Guilvinec-Treffigiat-Plomeur du Secours populaire français de 1990 au milieu de l’année 2010. Son épouse en était une des membres actives.
 
Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107837, notice KERVISION Jean, Yves, Marie par Jacques Girault, version mise en ligne le 18 novembre 2010, dernière modification le 21 février 2013.
 
 
Jean Kervision raconte sa guerre:
 
 
 
KERVISION Jean, Yves, Marie
Né le 29 janvier 1928 au Guilvinec (Finistère) ; instituteur ; militant syndical ; militant communiste dans le Finistère, adjoint au maire du Guilvinec.
 
Son père, marin de la Marine marchande, membre de la CGT, adhéra au Parti communiste en 1934 et en resta membre jusqu’à son décès en 1981. A la demande de la direction du Parti communiste, il navigua sur deux navires de la compagnie France-Navigation et participa au transport maritime des armes acheminées pour les troupes républicaines espagnoles depuis Mourmansk en URSS à Bordeaux et à Honfleur. Engagé dans les FTPF, il participa au siège puis à la libération de la poche de Lorient en 1944. Sa mère était aussi membre de la CGT. Jean Kervision reçut les premiers sacrements catholiques. Élève du lycée de Quimper (1939-1940) puis du cours complémentaire du Guilvinec (1940-1945), il entra à l’Ecole normale d’instituteurs d’Angers (Maine-et-Loire) en 1945. Titulaire du baccalauréat, il commença sa carrière d’instituteur en 1949 à Segré puis revint dans le Finistère en 1950 après son mariage uniquement civil en septembre 1950 à Treffiagat
(Finistère) avec Marianne Quéffelec, fille d’un marin pêcheur, institutrice, future adhérente du Parti communiste français. Le couple eut deux enfants. Il enseigna à Guiller-sur-Goyen dans le canton de Plogastel-Saint-Germain, puis en 1961 devint directeur de l’école de Plomeur dans le canton de Pont-l‘Abbé. Il y resta jusqu’à sa retraite en 1983. Face à la concurrence de l’école catholique, l’école publique passa de deux à huit classes sous sa direction.
 
Kervision adhéra au Syndicat national des instituteurs en 1948. Secrétaire du SNI dans le canton de Plogastel-Saint-Germain (1954-1961) puis dans celui de Pont-l‘Abbé (1962-1981), il fut membre du conseil syndical de la section départementale du SNI de 1956 à 1981, secrétaire-adjoint de la section de 1967 à 1969. Il était aussi secrétaire-adjoint de la sous-section cantonale de la Fédération de l’Éducation nationale. Il fut de 1958 à 1982 élu à la Commission administrative paritaire départementale et au Comité technique paritaire.
 
Kervision adhéra aux Jeunesses communistes en septembre 1944 puis à l’Union de la jeunesse républicaine de France. Il fut secrétaire du cercle de l’école normale. En mars 1945, il adhéra au PCF à l’école normale et fut membre de la cellule communiste de l’école jusqu’en 1949. Il fut par la suite militant communiste dans la section de Plozevet. Il participa en 1955 au stage central organisé par le PCF pour les instituteurs communistes. A partir de 1961, il milita dans la section communiste du Guilvinec et en fut le secrétaire à partir de 1972. Par la suite, il fut secrétaire de la section communiste du Pays bigouden qui regroupait les différentes sections des cantons du Guilvinec et de Pont-l’Abbé. Il entra au comité de la fédération communiste en 1974, y resta jusqu’en 1982 puis présida la commission fédérale de contrôle financier. Il fut le trésorier de l’Association des élus communistes et républicains du Finistère de 1983 à 1989. Il fut
le directeur et le rédacteur en chef du Travailleur bigouden, mensuel puis trimestriel des sections bigoudènes de PCF de sa fondation en 1966 à sa disparition en 1993.
 
Kervision s’investit dans les luttes laïques du département par l’intermédiaire des amicales laïques dans les localités successives où il milita activement avec son épouse. Secrétaire général du Comité départemental d’action laïque, il fut directeur de la revue Action laïque Bretagne. En outre il fut le secrétaire de l’association des parents d’élèves du lycée de Pont-l’Abbé de 1961 à 1968.
 
Kervision fut candidat au Conseil général dans le canton de Pont-l’Abbé en 1979. Il fut élu conseiller municipal et adjoint au maire du Guilvinec de 1983 à 1989.
 
En 2010, Kervision habitait Treffiagat. Toujours militant, il n’eut plus de responsabilités dans le PCF après 2005. Il fut le secrétaire du comité de Guilvinec-Treffigiat-Plomeur du Secours populaire français de 1990 au milieu de l’année 2010. Son épouse en était une des membres actives.
 
Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107837, notice KERVISION Jean, Yves, Marie par Jacques Girault, version mise en ligne le 18 novembre 2010, dernière modification le 21 février 2013.
Hommage à notre camarade Jean Kervision, décédé à 93 ans, ancien rédacteur en chef du Travailleur Bigouden et adjoint communiste au Guilvinec
L'équipe de rédaction du Travailleur Bigouden dans les années 70 avec Jean Kervision, son rédacteur en chef

L'équipe de rédaction du Travailleur Bigouden dans les années 70 avec Jean Kervision, son rédacteur en chef

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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 07:56
Antisémitisme - Ilan Halimi - 15 ans déjà, mais c’est encore hier pour nous - par Pierre Laurent, président du Conseil National du PCF, sénateur
15 ans déjà, mais c’est encore hier pour nous.
Il y a quinze ans, le calvaire d'Ilan Halimi, enlevé et torturé pendant 24 jours parce que juif se concluait tragiquement par sa mort. A l’époque nous étions consternés par les actions du « gang des barbares », nourries par la haine du juif et des stéréotypes que l’on croyait d’un autre âge.
Nous sommes de celles et ceux qui refusent de concéder tout terrain à la haine du judaïsme et des juifs dans notre pays. L'antisémitisme est un fléau, un délit, qui peut devenir, l'histoire l'a montré, le moteur d'un indicible crime contre l'humanité. Nous l'avons combattu hier pour libérer notre pays du nazisme hitlérien, nous le combattons aujourd'hui et nous le combattrons demain avec la même détermination.Depuis des siècles, la haine des Juifs fait des ravages dans notre pays. Depuis 2006, de l'école Ozar Hatorah à Toulouse jusqu'à l'Hypercacher de la Porte de Vincennes, onze hommes, femmes, enfants ou personnes âgées ont été tuées en France parce que Juives.
Les actes antisémites et les violences racistes sont en augmentation, ici et ailleurs dans le monde. La mort tragique d'Ilan Halimi nous obligent à une détermination sans faille contre l'antisémitisme et contre toute forme de racisme.
Ce drame et ceux qui ont suivis, nous rappellent constamment que nous devons rester mobilisés contre les résurgences de l'antisémitisme et du négationnisme.
Toute violence aujourd'hui faite aux croyant.e.s et faite à celles et ceux d'entre nous qui sont juifs, ou à celles et ceux d'entre nous qui sont musulmans, chrétiens, hindous... demeure pour nous un affront fait à toutes et tous. Nous refusons toute banalisation de l'antisémitisme, du négationnisme, de la haine de l'islam ou de toute croyance, de toute culture ou origine, comme nous refusons de hiérarchiser les racismes, xénophobies, atteintes à la dignité, à la vie, les discriminations dont chacune et chacun d'entre nous peut être la cible.
Nous combattons fermement cette conception monolithique infondée qui classe et hiérarchise les êtres humains, qui reste hermétique aux réalités sociales, aux processus historiques qui font que les cultures se forment et se reforment sans cesse au contact les unes des autres. Il y a quelque chose de profondément morbide chez ceux qui croient que la culture n'est que tradition, alors qu'elle n'est qu'invention.
L'antiracisme nous a construit et a construit le meilleur pour la France. Nous sommes fidèles à cette histoire. L'heure n'est pas à construire des murs qui se retourneront contre toutes et tous.
Au contraire, le meurtre d’Ilan Halimi qui a succombé de ses blessures, il y a 15 ans, nous oblige à rester vigilant pour sa mémoire, pour lutter contre l’antisémitisme, pour une société qui respecte celui qui croit en Dieu (et peu importe son Dieu) comme celui qui n’y croit pas.
🔷 L'UJRE vous invite à vous joindre à l'hommage qui sera rendu à Ilan Halimi, le Dimanche 14 Février, à 14h, au Jardin Ilan Halimi, 54 rue de Fécamp, 75012, Paris 🔷
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