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25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 06:45
Le camp de concentration pour femmes de Ravensbrück

Le camp de concentration pour femmes de Ravensbrück

Message pour la journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation

Dimanche 25 avril 2021

76 ans après le retour des derniers déportés libérés, le souvenir de la déportation demeure dans notre mémoire collective et ne doit pas s’effacer. Ce que furent les camps d’extermination et de concentration nazis et l’horreur vécue par les millions d’êtres humains qui en furent victimes, n’est pas une simple page documentaire de l’histoire du XXe siècle.

L’humanité y a été atteinte dans ce qu’elle a de plus sacré. Des êtres humains étaient catégorisés en surhommes et sous-hommes, leurs vies jugées «dignes ou indignes d’être vécues» sur décision d’un État qui avait érigé en programme politique sa conception raciste et eugéniste du monde et l’a portée à son paroxysme dans l’univers concentrationnaire.

Des hommes, des femmes et des enfants ont été envoyés dans des centres d’extermination ou dans des camps de mort lente, par un système qui niait leur appartenance à l’espèce humaine et s’employait à leur faire perdre conscience de leur propre humanité.

Pourtant,dans les pires circonstances, beaucoup ont su résister à la terreur et à la déshumanisation par la force de l’esprit et la solidarité. Leur engagement et leur combat sont un exemple à suivre. Il nous faut aujourd’hui encore résister à de nouvelles formes de fanatisme et de barbarie qui entendent promouvoir une vision raciste de l’humanité et détruire la liberté et la démocratie par la terreur.

De nouvelles menaces nous rappellent la communauté de destin qui unit l’humanité au-delà des différences culturelles, ethniques ou religieuses et des antagonismes idéologiques,politiques ou économiques.

Face à ces périls, l’espoir réside dans l’engagement de tous et en particulier des jeunes générations, à l’exemple des déportés, au service de la liberté et vers des formes nouvelles de résistance et de solidarité.À tous les déportés, victimes des génocides ou de la répression, nous rendons aujourd’hui un hommage solennel, et nous saluons respectueusement leur mémoire.

Ce message a été rédigé conjointement par La Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), La Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) et les Associations de mémoire des camps nazis, L’Union Nationale des Associations de Déportés Internés de la Résistance et Familles (UNADIF-FNDIR)

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25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 06:44
la famille Perper arrêtée à Plounéour-Menez: Ihil, Roza, Odette, Sonia, un destin tragique parmi les 76 000 déportés Juifs déportés de France reconstitué par Marie-Noëlle Postic.

la famille Perper arrêtée à Plounéour-Menez: Ihil, Roza, Odette, Sonia, un destin tragique parmi les 76 000 déportés Juifs déportés de France reconstitué par Marie-Noëlle Postic.

Lire aussi: 

Les déportés morlaisiens dans les camps nazis pendant la seconde guerre mondiale

 

Persécutions et déportations des juifs du Finistère

« Sur les traces perdues d'une famille juive en Bretagne » (Coop Breizh, 2007)

Marie-Noëlle Postic, dans un livre rare et attendu, une enquête passionnée et méticuleuse, reconstitue dans cet essai paru chez Coop Breizh en 2012 le destin terrible d'Ihil Perper, médecin juif d'origine roumaine, 34 ans, exerçant à Plounéour-Ménez, avec sa femme Sonia, originaire de Bessarabie aussi, leurs filles Roza et Odette, et leur nourrisson Paul, arrêtés par la gendarmerie de Morlaix sur ordre des autorités allemandes dans la nuit du 9 au 10 octobre 1942. M. Diebolt sur initiative de la Gestapo de Paris donna l'ordre d'arrêter 11 juifs, dont Ihil Perper. Ce sont huit familles qui sont arrêtées les 9 et 10 octobre dans le Finistère : Adolphe et Rosa Menner, ainsi commerçants brestois, réfugiés à La Roche-Maurice, la famille Perper, Benjamin et Ella Segaler de Plouénan, David Selinger, ancien propriétaire du magasin de fourrure « L'Ours Blanc » à Morlaix, Ella Fried, artiste peintre résidant à Beuzec-Conq, Eugénie Krouto, la famille Sternlicht, domiciliée à Huelgoat.

Ces arrestations font suite à la rafle du Vel'd'Hiv des 16 et 17 juillet 1942 planifiée par le secrétaire général de la police au ministère de l'Intérieur, Bousquet : 8 160 arrestations à Paris (13 152 pendant tout le mois de juillet 1942). Le 22 août 1942, Bousquet adressait un télégramme aux préfets de région : « Le chef du gouvernement tient à ce que vous preniez personnellement en main le contrôle des mesures décidées à l'égard des israélites étrangers (…) D'autre part dans les jours qui suivront l'opération projetée, je vous demande de faire procéder à des vérifications d'identité extrêmement sévères afin de libérer totalement votre région de tous les Juifs étrangers ».

Le 8 juillet 1942, le sous-préfet de Brest avait adressé un télégramme « confidentiel » au préfet du Finistère : « J'ai l'honneur de vous informer qu'au cours de la conférence tenue ce matin à mon cabinet, M. Guillet, commissaire de police, chef de la sûreté à Brest, m'a fait connaître qu'il avait été avisé par la police des Autorités d'Occupation que tous les Juifs de 16 à 45 ans, des deux sexes, seraient arrêtés dès demain ».

L'horreur dissimulée dans la langue policée de l'administration. Marie-Noëlle Postic nous fait redécouvrir à partir des archives la complicité de l'administration, de la police et de la gendarmerie, de l'ordre des médecins, des maires désignés par Vichy, des journalistes de la presse collaborationniste (Dépêche de Brest en tête), dans les persécutions antisémites.

Les persécutions contre les Juifs en France ont procédé par étapes, selon une logique inexorable de progression dans l’infamie, elles procèdent autant d'un plan de l'extrême-droite française qui parvient au pouvoir avec le Maréchal Pétain, et qui était déjà violemment xénophobe et antisémite dans les années 20-30, que d'une commande nazie.

Le 16 août 1940, l'exercice de la médecine est interdit aux étrangers. Cette mesure vise aussi et peut-être d'abord les juifs d'origine étrangère, comme Ihil et Sonia Perper, juifs roumains qui ont fuit les persécutions antisémites du régime fasciste en place en Roumanie en 1927 et ont étudié la médecine à la faculté de Nancy avant qu'Ihil s'installe à Brasparts comme médecin en 1935. Dans le Finistère, le docteur Max Garfinkel, d'origine russe mais français par mariage, qui dirige le Sanatorium de Guervenan à Plougonven, ne sera interdit d'exercice qu'en août 41, où les Juifs de nationalité françaises sont aussi interdits de profession médicale. Le docteur Garkinkel est défendu par le Sénateur qui préside le conseil de surveillance de l'hôpital qui proteste de ses bons états de service pour mater le personnel syndiqué à la CGT échauffé par les élus du Front Populaire et remettre de l'ordre dans l'établissement !

Le 27 septembre 1940 commence le recensement des juifs, c'est à dire, selon ce statut raciste, tous ceux qui ont deux grands-parents juifs au moins.

Le 28 février 1941, on recense les juifs étrangers et on établit un fichier qui sera très utile plus tard pour arrêter et déporter les juifs étrangers.

Le 26 avril 1941, les juifs sont interdits d'exercer toute profession commerciale et des administrateurs provisoires sont chargés d'aryaniser les affaires et commerces des Juifs. David Selinger qui a un magasin de vêtements dans la rue Gambetta à Morlaix (« L'ours blanc ») verra ainsi son magasin vendu de manière contrainte à vil prix, récupéré par un profiteur, un commerçant brestois, tandis que ses avoirs et son argent en banque sera bloqué quelques semaines plus tard (loi du 22 juillet 1941 sur le gel des avoirs des juifs). Tout est fait pour affamer les Juifs de France, les réduire à la misère avant de les déporter.

Le 7 février 1942, interdiction est faite aux Juifs de sortir de leur domicile entre 20 h et 6 heures du matin.

Et le 29 mai 1942, la 8e ordonnance allemande rend le port de l'étoile jaune obligatoire. A cette occasion, le vicaire de l'église Saint-Mathieu à Morlaix intervient en faveur d'Emeric Korn, juif d'origine hongroise, peintre en bâtiment, très bon ailier au Stade Morlaisien, en le défendant en ces termes : « M. Korn, jeune marié et père de deux enfants, appartient à une catégorie d'artisans (…) dont l'existence humble et droite se passe en dehors de toutes les ambitions et combinaisons plus ou moins douteuses. Mobilisé au 71e régiment d'infanterie, il a accompli son devoir avec modestie et courage et ne mérite aucunement d'être assimilé à des coreligionnaires avec lesquels il a perdu tout contact et dont il n'a jamais pratiqué la religion ». Le commissaire général aux questions juives refusera d'exempter Emeric Korn du port de l'étoile jaune et finalement, le 10 septembre 1943, Emeric Korn quittera Morlaix pour une destination inconnue.

Il ne fera donc pas parti des Juifs finistériens déportés à la suite d'une arrestation dans le département où après l'avoir quitté. 46 Juifs finistériens au moins selon Marie-Noëlle Postic ont été déportés : 14 hommes, 19 femmes, 3 jeunes de moins de 19 ans, et 10 enfants de moins de 15 ans, parmi eux 1/3 de déportés juifs de nationalité française, 2/3 de déportés juifs de nationalité étrangère. Sur ces 46 déportés, deux survivront seulement : Judith Segoura et Hedwig Arnstein.

Pour l'année 1942, 14 Juifs finistériens sont déportés à Auschwitz à partir de Drancy : Ella et Benjamin Segaler, David Selinger, le fourreur de Morlaix, Jacob et Eugénie Krouto, Rosa et Adolphe Menner, Ella Fried, Jeanne et Marylise Khan arrêtés à Angers, Herta Zand, coiffeuse à Brest, Feigel et Liliane Bernstein, Joseph Levy, jeune brestois de 17 ans.

Toutes les personnes arrêtés en même temps que les Perper seront déportés par le convoi 40, du 4 novembre.

En 1943, ce sont 14 Juifs finistériens qui sont déportées, 8 à Auschwitz, et 6 à Sobidor, dont la famille Perper.

Dans les premiers mois de 1944, 18 personnes, Juifs finistériens, seront déportées à Auschwiz , d'abord le 20 janvier, dont la jeune Esther Levy, née à Constantinople, couturière à Morlaix, les marchands ambulants Jacques et Judith Signura (nés à Smyrne en Turquie grecque) d'Ergue Armel, Carmona Gerson de Landerneau, la commerçante brestoise Marie Rosenbaum, la famille Hervé de Treboul et la famille Gabaï de Quimper.

« Ces adultes déportés, commente Marie-Noëlle Postic, sont commerçants, marchands, ambulants, coiffeuses, horloger, architecte, fourreur, tricoteur, artiste peintre, comptable, couturières, antiquaire, ouvrière en fourrure, médecin, ils n'occupent pas « des postes assez importants dans le commerce, la banque pou l'industrie » comme l'écrit le rédacteur de l'Heure bretonne, (le journal des autonomistes collaborateurs bretons), ils sont simplement représentatifs de la société urbaine française de l'époque ».

« Il est frappant de noter, ajoute plus loin Marie-Noëlle Postic, que l'on retrouve pour le Finistère, département comptant fort peu de Juifs, environ les mêmes pourcentages d'arrestations et de déportations (un peu plus d'un quart de la communauté) et de survivants des camps (environ 4 % des déportés) qu'à l'échelle nationale ».

La famille Perper sera gazée au camp d'extermination de Sobibor après avoir été gardée 5 mois à partir du 15 octobre 1942 à Drancy, qui servit de camp de transit et de concentration pour 67 000 juifs de France avant leur déportation.

Quelque temps avant son arrestation, le fils de gendarme et résistant Jean Kerdoncuff avait tenté d'alerter le docteur Perper sur les risques d'arrestation qu'il encourait, lui indiquant des caches à Commana et Saint-Sauveur. Mais le docteur Perper se sentait relativement à l'abri et en sécurité dans le bourg excentré de Plounéour-Ménez.

« Ces mêmes 9 et 10 octobre 1942, plusieurs personnes sont arrêtées à Brest, Plouénan, Morlaix, Beuzec, Douarnenez ; seize selon le chef d'escadron Sauts, commandant de la gendarmerie du finistère, rompant compte au préfet du département de l'exécution de sa mission ».

En 1939, selon les recherches de Marie-Noëlle Postic, les français ou étrangers d'origine juive étaient au nombre de 142 dans le Finistère : 6 dans l'arrondissement de Châteaulin, 16 dans celui de Morlaix, 80 dans l'arrondissement de Brest. Le journal collaborationniste de Yann Fouéré La Bretagne de juillet 1942 avance le chiffre de 151 pour le Finistère, celui des cinq départements bretons (Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Morbihan et Loire-Inférieure) s'élevant à 1437.

Coop Breizh, 2007, 12,50€

Coop Breizh, 2007, 12,50€

Une enquête remarquable et plus exhaustive de Marie-Noëlle Postic, publiée en 2013 (13,90€ chez Coop Breizh)

Une enquête remarquable et plus exhaustive de Marie-Noëlle Postic, publiée en 2013 (13,90€ chez Coop Breizh)

Emeric Korn, juif hongrois du Stade Morlaisien persécuté pendant l'occupation mais qui parviendra à s'enfuir (Marie-Noëlle Postic, Ouest-France - Hors-série Guerre et Libération dans le Finistère, 2014)

Emeric Korn, juif hongrois du Stade Morlaisien persécuté pendant l'occupation mais qui parviendra à s'enfuir (Marie-Noëlle Postic, Ouest-France - Hors-série Guerre et Libération dans le Finistère, 2014)

Interview de Marie-Noëlle Postic, Ouest-France - Hors-série Guerre et Libération dans le Finistère, 2014

Interview de Marie-Noëlle Postic, Ouest-France - Hors-série Guerre et Libération dans le Finistère, 2014

Alfred Le Guellec et Augustine Le Guellec, justes de Douarnenez (Ouest-France - Hors-série Guerre et Libération dans le Finistère, 2014)

Alfred Le Guellec et Augustine Le Guellec, justes de Douarnenez (Ouest-France - Hors-série Guerre et Libération dans le Finistère, 2014)

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25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 06:42
Morlaix - la rafle du 26 décembre 1943 et la déportation des Otages - racontée dans le Télégramme de Brest et de l'0uest un an plus tard, à partir du 26 décembre 1944
Morlaix - la rafle du 26 décembre 1943 et la déportation des Otages - racontée dans le Télégramme de Brest et de l'0uest un an plus tard, à partir du 26 décembre 1944
Morlaix - la rafle du 26 décembre 1943 et la déportation des Otages - racontée dans le Télégramme de Brest et de l'0uest un an plus tard, à partir du 26 décembre 1944
Morlaix - la rafle du 26 décembre 1943 et la déportation des Otages - racontée dans le Télégramme de Brest et de l'0uest un an plus tard, à partir du 26 décembre 1944

Dans les exemplaires des Télégramme de Brest et de l'Ouest du mardi 26 décembre 1944 et du mardi 27 décembre (archives Pierre Le Rose), un journal départemental de deux pages recto verso (40 cm sur 30 cm) avec des articles et annonces bien tassées, toutes les nouvelles du département réunies en même temps, avec le sport au verso, voici un article en feuilleton que nous faisons redécouvrir au lecteur du Chiffon Rouge sur l'épisode tragique de la détention des otages morlaisiens un an plus tôt, le 26 décembre 1943, otages qui étaient toujours déportés à Buchenwald et dans les camps de concentration des régions contrôlées par le Reich alors que notre région était libérée de l'occupant.

Cet article est d'autant plus poignant que les familles, amis des Otages et les Morlaisiens ne savent pas où ils se trouvent ni s'ils sont encore vivants. Bien sûr, nous laissons à l'auteur de l'article son appréciation sur l'inutilité de l'attentat, c'était aussi l'avis de la presse collaboratrice et conservatrice avant la Libération, et d'une grande partie des Morlaisiens, évidemment, surtout compte tenu du prix exorbitant payé avec la violence de la répression, mais la lutte armée et le harcèlement contre l'occupant avaient aussi une utilité dans la Résistance, évidemment, même si le prix à payer fut très lourd, pour les résistants, les otages. 

 

Le 26 décembre 1944, Télégramme de Brest et de l'Ouest:

Anniversaire d'un Noël Tragique:

Il y a un an, les Allemands prenaient 60 otages à Morlaix et les déportaient

Heureux ceux qui vont pouvoir passer chez eux, en famille, ce premier Noël à la Libération. Que ces privilégiés pensent aux absents: aux soldats qui sont tombés pour leur pays, aux prisonniers, aux combattants de tous les fronts, aux déportés civils qui, souvent, sans raison, ont été arrachés à leurs foyers; aux infortunés sinistrés de nos villes martyres.

Nous ne saurions laisser passer ce Noël 1944 sans évoquer le sort malheureux des otages morlaisiens que les boches arrêtèrent le 26 décembre 1943, après avoir semé la terreur dans toute notre ville.

UNE GRENADE EXPLOSE

On se souvient que le 24 décembre 1943, vers 20h30, un inconnu lança de la rue Gambetta une grenade qui fut jetée dans les salons Quiviger, rue de Brest, siège du "Soldatenheim". Six militaires allemands furent blessés.

C'était un attentat absolument inutile, qui fut et qui est encore sévèrement critiqué.  

Il amena de la part des boches, des représailles tout à fait disproportionnées avec la gravité des faits. Ne pouvant découvrir le coupable de l'attentat, qui se réduisait, somme toute, à peu de chose, les nazis, selon leur méthode habituelle, s'en prirent à toute la population; ils frappèrent des innocents. 

Le 26 décembre, au matin, de nombreux S.S et parachutistes allemands, armés jusqu'aux dents, se répandirent dans les rues de Morlaix. Ils opéraient sous les ordres du capitaine Kruger, chef de la Gestapo de Rennes.

Dès 7 heures, les soldats teutons se firent ouvrir à coups de crosses de fusils et à coups de bottes les portes des maisons de la rue de Brest. Les soudards perquisitionnèrent ainsi dans toutes les maisons, emmenant les hommes et les jeunes gens de 16 à 40 ans, avec leur poste de TSF, lorsqu'ils en possédaient un.

Vers 8h30, les soldats allemands s'introduisirent chez Me Le Hire, avocat, rue Gambetta. Ils prétendirent, dit-on, y avoir trouvé quelques cartouches de chasse. En spécialistes, ils mirent le feu à l'immeuble, sans permettre à ses occupants d'emporter le moindre objet. Ils interdirent aux pompiers de combattre le sinistre et arrêtèrent Me Le Hire, Mlle Le Hire et son fiancé. 

Le fiancé de Mlle Le Hire fut relâché, mais Me Le Hire, bien que malade, et sa fille, furent emprisonnés: l'un pendant, près de deux mois, l'autre, durant quelques semaines.

Pendant ce temps, la rafle se poursuivait dans le centre de la ville: rue Gambetta, rue Carnot, rue du Mur, rue d'Aiguillon, Grand'Rue, rue de Paris, rue Basse, rue Haute, Place Emile Souvestre, Thiers, Cornic, de Viarmes, etc.

LA RAFLE

Dans toute la ville, c'était un défilé continuel d'otages, se rendant avec leurs appareils de TSF au lieu de rassemblement, place Thiers, sous la garde de soldats armés de mitraillettes ou de fusils, baïonnette au canon. 

Prévenus à temps, des jeunes gens, des hommes susceptibles d'être arrêtés, réussirent à s'enfuir ou se cacher.

Vers midi, près de 600 hommes se trouvaient entassés dans les abris de la place Thiers. Il était interdit de s'approcher d'eux.  (à suivre)

Le 27 décembre 1944, Télégramme de Brest et de l'Ouest:

Tous les hommes arrêtés passèrent alors individuellement devant le capitaine Kruger qui, après les avoir interrogés et après avoir examiné leur identité, les répartit en trois groupes: à droite, ceux qui allaient être libérés; à gauche, les otages, et au centre, ceux qui étaient tenus en réserve comme otages supplémentaires, en cas de besoin. 

L'officier de la Gestapo fixait son choix avec une brutalité et une morgue révoltantes. Il désigna M.Petit, parce qu'il n'était pas rasé et qu'il exerçait la proffesssion de coiffeur! Il relâcha tous les hommes qui étaient employés dans des entreprises travaillant pour l'armée allemande. 

60 OTAGES INNOCENTS

Finalement 60 jeunes hommes furent retenus comme otages. Il y avait parmi eux 30 ouvriers ou employés appartenant à des entreprises privées et 30 étudiants, commerçants, fils de commerçants, etc. Deux de ces otages, les jeunes Caën et du Rusquec, étaient des enfants de 16 ans. 

Le capitaine Kruger pris encore cinq autres otages qui classa à part et à qui il fit mettre les menottes.

Les appareils de TSF des otages furent confisqués. Tous les autres hommes arrêtés furent relâchés et remportaient leurs postes.

Parmi les otages, se trouvait M. le docteur Mostini, ancien prisonnier de guerre libéré. C'est à lui que nous avons demandé de nous relater les évènements qui vont suivre: 

A 13h30, nous dit le docteur Mostini, on nous a fait mettre en rangs pour monter au terrain d'aviation de Ploujean. Rendus au camp, on nous a mis dans une baraque, sur deux rangs, gardés par des Allemands armés de mitraillettes. Nous sommes restés debout trois heures durant. On nous avait prévenus que nous étions prisonniers et que toute tentative d'évasion serait sévèrement punie. J'ai alors été désigné comme responsable du groupe. En ma qualité de médecin, j'ai demandé que soit libérés 4 ou 5 otages qui étaient malades et dont l'un d'eux avait eu une crise d'asthme, en venant à l'aérodrome, mais ma proposition a été rejetée. (...)"   

 

 

 

 

Louis Le Gros  Morlaix a payé un très lourd tribut au nazisme et à la politique de collaboration de Vichy, avec la déportation dans les camps de concentration et d'extermination d'un peu plus de 100 morlaisiens, dont 57 qui y trouvèrent la mort, souvent à un très jeune âge, qu'ils aient été résistants ou otages raflés au hasard.

Louis Le Gros Morlaix a payé un très lourd tribut au nazisme et à la politique de collaboration de Vichy, avec la déportation dans les camps de concentration et d'extermination d'un peu plus de 100 morlaisiens, dont 57 qui y trouvèrent la mort, souvent à un très jeune âge, qu'ils aient été résistants ou otages raflés au hasard.

La mémoire de Morlaix retient le souvenir des cinquante-neuf otages raflés le 26 décembre 1943 et déportés par les Allemands après l'attentat contre le foyer du soldat allemand dans les salons Quiviger rue de Brest dans la nuit du 24 décembre 1943.

Voici à propos de ce sinistre événement le récit d'Yves Tanné, un des déportés morlaisiens survivants, recueilli par Danielle Ropars:

« Le soir de Noël 1943, j’ai voulu me rendre chez des amis à Morlaix et partager avec eux, pour célébrer cette fête comme il se doit, la charcuterie confectionnée avec le cochon que nous venions de tuer au Kermeur. J’étais donc à Morlaix le 24 décembre, lorsqu’un attentat eut lieu contre le Foyer du Soldat, situé dans les anciens salons Quiviger, rue de Brest. Une grenade, jetée de la rue Gambetta, traversa la verrière et explosa au milieu de la piste de danse. En représailles, le 26 décembre au matin, les Allemands organisent une rafle et arrêtent tous les hommes valides, âgés de 15 à 40 ans. Parmi les 500 personnes arrêtées, ils choisissent, au hasard, 60 otages. Comme je n’avais pas de papiers, j’ai tout de suite été retenu. Nous avons été parqués entre la Mairie et le port de Morlaix, conduits à pied vers le terrain d’aviation, où nous avons été enfermés dans un grand hangar. Le docteur Mostini est nommé par les Allemands responsable du groupe, ce qui nous retient de nous échapper, car il serait immédiatement fusillé. Le 2 janvier 1944 au matin, des camions nous conduisent à la gare, par la rue Gambetta, où toute la population s’est rassemblée pour nous dire au revoir. Nous sommes jetés dans des wagons à bestiaux, une vingtaine par wagon, les portes sont poussées et fermées, le train siffle et c’est le départ pour une destination inconnue »

(Morlaix Tu-pe-tu, http://www.danielleropars.com/la_rafle.html).

On est début 1944, un an et quelques mois plus tard (trois ou quatre) seront libérés les prisonniers suppliciés des camps de concentration nazis. Mais chaque semaine est une épreuve dans les conditions de vie infernales où ils ont été plongés par les nazis et trente-quatre déportés de cette rafle sur cinquante-neuf ne reviendront pas des camps de concentration.

Cinq otages morlaisiens déportés étaient parvenus à s'enfuir le 22 janvier 1944 lors du transport vers l'Allemagne dans un convoi qui amenait 2005 prisonniers de Compiègne vers Buchenwald. Au cours de ce transport, quatorze prisonniers en tout parvinrent à s'enfuir à Vitry-le-François (51), Blesme (51) et Revigny (55).

Les évadés finistériens du transport parti le 22 janvier 1944 de Compiègne étaient le docteur Georges Mostini, 33 ans, Marcel Bricaud, 21 ans, Jean Cozanet, 27 ans, François Le Bail, 22 ans, Jacques Le Flamand, 20 ans.

Voici le récit, publié par Danielle Ropars, que Yves Tanné fait de ce voyage atroce entre le camp de transit de Compiegne et Buchenwald dans un wagon à bestiaux :

« Le train nous conduit à Compiègne, où convergent les trains venant de toute la France et d’où partent ceux qui emmènent les déportés vers les camps de concentration. Là, j’ai demandé le motif de mon arrestation. Réponse : élément anti-allemand, nuisible à l’Allemagne. On nous fait monter dans des wagons à bestiaux. Nous sommes 110 par wagon, à moitié debout, à moitié assis, appuyés les uns aux autres, constamment bousculés. De la paille comme litière. Un bidon de 200 litres pour les besoins naturels. Très vite le bidon se remplit et dégorge sur la paille. Une secousse le renverse et nous voilà sur du fumier pour le reste du voyage, qui va durer deux jours et deux nuits. Nous prenons peu à peu conscience de ce qui nous attend.

Nous avons une boule de pain et un saucisson pour toute nourriture. Rien à boire. Or, la soif est plus difficile à endurer que la faim. Nous en sommes à lécher la buée des parois. Nous changeons de place à tour de rôle pour pouvoir soulager la souffrance provoquée par la soif. A Trèves, on nous donne une espèce de bouillie, faite avec de l’eau et de la farine, mais de toute façon, il nous est impossible d’avaler quoi que ce soit.

Nous sommes comptés. Dans un wagon, il y a des absents. Ils se sont évadés. Parmi ceux-ci, Marcel Bricaud, Jean Cozanet, Jacques Le Flamand, François Le Bail, Georges Mostini, qui nous avait auparavant déliés de notre engagement envers lui, et nous avait encouragés à nous sauver. Furieux, les SS maltraitent ceux qui sont restés, leur enlèvent leurs vêtements et les répartissent avec brutalité, tout nus, dans les autres wagons. Nous sommes donc encore plus à l’étroit. La promiscuité rend les hommes angoissés, nerveux et prêts à se battre entre eux. Quand le train s’arrête enfin, nous sommes fatigués à l’extrême, hébétés, assoiffés. Nos vêtements sont maculés d’excréments. On relève cinq morts étalés sur le fumier de notre wagon. Deux hommes ont perdu la raison. Si, en plus, nous avions eu la chaleur de l’été, c’eut été une hécatombe. La dégradation psychologique et physique a été très rapide ».

Cinquante-quatre otages morlaisiens arrivent donc à Buchenwald le 26 janvier 1944 et sur ces cinquante-quatre raflés, souvent jeunes (la plupart ont entre 18 et 24 ans) seuls vingt reviendront des camps de concentration.

Morts à Buchenwald : neuf otages

Bizien Guéguen

Georges Le Coz, né le 28 août 1925, décédé le 9 février 1945 (à Buchenwald?)

Michel Martin, né le 28 avril 1924 à Morlaix, décédé le 9 février 1945 (à Weimar)

Roger Marzin (Weimar)

Henri Le Rumeur, né le 30 octobre 1920, 24 ans, y meurt le 29 août 1944.

Jean Nédelec, né le 6 décembre 1922 à Morlaix, décédé le 19 mars 1944 à l'âge de 21 ans.

Paul Rumen, né à Morlaix le 8 janvier 1988, y décède à 56 ans le 8 mars 1944.

Guy Pape, né le 22 juillet 1925 à Morlaix, 18 ans, « un magnifique athlète », meurt un mois après son arrivée à Buchenwald le 9 février 1944.

Joseph Plassart, né le 13 avril 1919 à Plourin les Morlaix, passé par Ravensbrück

Morts à Flossenbürg : 10 otages morlaisiens meurent dans ce camp de concentration.

Théophile Chauvel, né le 5 mai 1924 à Plourac'h, y décède le 27 novembre 1944 à 20 ans.

François Créach, né le 16 juillet 1925 à Morlaix

Joseph Huet, né le 21 août 1923, y décède le 14 août 1944

Jacques Kerné, 18 ans, y meurt le 6 mars 1945 après être passé par Hradischko.

Roger Larher, 21 ans, le 9 mars 1944

Marcel Lemaire, otage morlaisien de 19 ans né le 14 septembre 1924 à Paris, décède le 8 mai 1944 à Flossenbürg, probablement assassiné froidement après avoir été blessé par un wagon dans une carrière, selon le témoignage glaçant d'Yves Tanné:

« Flossenburg Le 15 février 1944, nous partons pour Flossenburg, entassés à trente prisonniers dans un wagon, par un froid glacial. Sur les conseils des anciens prisonniers, nous avons dansé toute la nuit, sans nous arrêter, dos à dos, pour nous réchauffer et aussi pour rester éveillés, car celui qui s’écroulait pour dormir, ne se relevait pas.
A Flossenburg, nous avions à travailler dans une carrière dans laquelle les Allemands faisaient sauter les mines, sans nous prévenir de nous mettre à l’abri. Il y a donc eu des morts, à la suite des explosions. Nous devions charger un wagon, placé sur un plateau, au bord d’un ravin. Travail inutile et éreintant, qui aurait pu être évité, car il suffisait de jeter directement nos pelletées de sable dans le ravin. Trop simple. L’ordre était de remplir le wagon, puis de le vider dans le ravin. Il arrivait souvent que le wagon descende dans le ravin. Il fallait alors le remonter à la force des poignets sous les coups des kapos. L’expérience nous avait appris qu’il ne fallait pas entourer les bras ou les mains de la corde qui tirait le wagon. Le risque était d’être emporté avec le wagon dans sa descente. Marcel Lemaire avait négligé ce conseil, il fut entraîné derrière le wagon qu’il voulait retenir et eut les os brisés. Il fut relevé, emmené au camp. Il hurlait de douleur. Le lendemain matin, deux Morlaisiens l’aidèrent à se lever pour aller au comptage avant d’aller au chantier. A l’appel, Marcel avait du mal à se tenir debout, malgré le soutien de ses deux camarades. Le kapo passe et bastonne le groupe. Marcel tombe. Nous ne l’avons plus revu. Pour survivre, il fallait essayer de ménager ses forces, et être sur ses gardes à tout instant.

Georges Le Roy, décède à 24 ans le 21 juillet 1944 dans le Kommando du camp de Flossenbürg, (usines Messerschmit).

Jean Simon, 32 ans, y décède le 13 juillet 1944 après être passé par Ravensbrück, Flossenbürg.

Paul Tanguy, né le 30 août 1919 à Morlaix, décède à 24 ans le 26 mars 1944

Jean Therene, né le 6 juillet 1917 à Brest, décède le 15 novembre 1944 à 27 ans

 

A propos du camp de concentration de Flossenburg en Bavière (sud de l'Allemagne) : camp construit par un Kommando de Dachau en 1938, 96 000 prisonniers y transitèrent, dont 30 000 y trouvèrent la mort. On estime à 5 344, dont 965 femmes, le nombre de Français passés par ce camp avant avril 1945. Parmi les 4475 hommes recensés, au moins 2400 sont décédés. Le travail imposé tourne toujours autour de deux grands axes : d’une part l’industrie de l’armement, et en particulier de l’aéronautique avec des usines Messerschmitt (le Kommando du camp de Flossenbürg qui fait travailler les esclaves des nazis pour l'usine d'aviation Messerschmit s'appelle Johanngeorgenstadt), et d’autre part les travaux dans les carrières de granit, le forage de tunnels et d’usines souterraines.

Mort à Dachau (premier camp de concentration nazi ouvert dès 1933 près de Munich en Bavière : 30 000 personnes y périrent): un otage morlaisien y meurt

André Féat, né le 20 octobre 1916 à Morlaix, pasteur assistant, membre du Parti Socialiste clandestin, décède à 29 ans le 3 avril 1945 à Dachau après être passé par Flossenbürg.

Morts à Hradischko/Moldau (Kommando de travail en Tchécoslovaquie): six otages y succombent

Jean Cabon né le 4 février 1919 à Brest, mort le 3 ou 5 mai 1945

Jean Guyader, né le 26 septembre 1918 à Morlaix, a été tué le 11 avril 1945 par les jeunes hitlériens à Hradishko après être passé par Flossenburg et Janowitz.

Marcel Hingant né le 25 avril 1924 à Rouen, meurt du typhus le 26 juin 1944, 6 mois après son début de déportation, à Hradischko, camp de concentration à 20 kilomètres de Prague, où il avait été envoyé en mars après Flossenbürg en même temps que Yves Tanné.

Louis Houel, né le 25 août 1909 à Morlaix, à 34 ans, le 21 avril 1945, « a été tué d’une balle dans la nuque, dès qu’il est tombé, sans pouvoir se relever, dans une tranchée anti-chars, sous le poids d’un bloc de pierre qu’il transportait sur le dos » (Yves Tanné).

Michel Penther, né le 16 novembre 1924 à Morlaix, y décède le 7 ou le 10 janvier 1945 à 24 ans.

René Petit, né le 23 septembre 1911 à Rochefort en terre, y décède le 3 ou le 30 mai 1944 à 33 ans.

Morts à Dora (sud de l'Allemagne) :

François Le Gall, otage morlaisien né à Plougonven le 9 janvier 1922, y décède le 23 mars 1944, à l'âge de 22 ans.

Mort à Nordhausen, annexe de Dora (sud de l'Allemagne) :

Pierre Huon, né le 19 juin 1925 à Paris, décédé le 8 avril 1944 (Nordhausen)

Bernard Ravazet

Auguste Traon, né le 15 octobre 1910, y meurt à 34 ans le 31 mars 1945

Mort à Theresienstadt (Terezin) en Tchécoslovaquie:

François Le Jeune

Otages décédés dans d'autres camps:

Louis Castel, né le 24 mai 1923 à Morlaix, décède à Janowitz ou Olbramovice 21 ans le 4 mai 1945 après être passé avant par le camp de Flossenbürg.

Georges Le Roy décède à Johanngeorgenstadt

Louis Maltret décède à Johannegeorgenstadt

Daniel Pinaquy: décède à Wittstock

 

 


Les déportés morlaisiens qui ont survécu aux camps nazis:

Parmi les otages (22) :

Jean Ambroise, né le 1er décembre 1924 à Morlaix (19 ans lors de son arrestation), libéré à Hradiskko le 8 mai 1945.

Claude Bervoas, né le 18 novembre 1926 à Morlaix (17 ans lors de son arrestation)

Yves Bescam, né le 8 août 1922 à St Thégonnec (matricule 43 173). Autres lieux de déportation : Jena et Leitmeritz où il est libéré en mai 1945.

Jean Bourbigot : né le 13 février 1923 à Beuzec-Conq (29). (matricule 42615). Autres lieux de déportation : Dora, Ravensbrück. Il est libéré le 30 avril 1945.

Emile Cadiou : né à Morlaix le 1er mai 1914 (29 ans lors de son arrestation). Domicilié à Morlaix. Déporté de Morlaix le 2 janvier puis transféré de Compiègne vers le KL Buchenwald le 22 janvier 1944.

Georges Caën, le plus jeune des otages morlaisiens, 16 ans, dont Louis Le Gros fera le portrait à partir d'une photo d'identiré donnée le 22 mai 1945 dans le train de Paris à Morlaix, de retour des camps.

Gilles Cam, né le 25 septembre 1924 à Plourin-les-Morlaix (19 ans lors de son arrestation). Libéré le 8 mai 1945 à Kaplice.

Pierre Collober née le 11 avril 1919 à Plouyé. Déporté à Compiègne le 22 janvier 1944 vers le KL Buchenwald (Matricule 43 043). Autres lieux de détention : Laura, Dachau et Allach où il est libéré le 30 avril 1944.

Albert Guichen : né le 12 mai 1925 à Morlaix. (Matricule 42 886). Autres lieux de déportatio : Dora, Ravensbrück. Il est libéré en mai 1945

François Herrou, né le 29 juillet 1925 à Morlaix. Déporté de Compiègne le 22 janvier 1944 vers le KL Buchenwald (matricule 42 952). Autres lieux de déportation : Dora, Ravensbrück, Machow. Il est libéré début 1945 à Plau.

Henri Kerinon né le 21 novembre 1924 à Douarnenez (Matricule 43 042). Revenu des camps.

Louis Kervellec né le 17 juilet 1926 à Morlaix (Matricule 42 134). Revenu des camps

Raoul de l'estang du Ruquec (Duresquec), né le 30 septembre 1927 à Morlaix (16 ans lors de son arrestation). Déporté à Buchenwald, Mauthausen.

Victor Le Goff né le 23 octobre 1920 à Brest (Matricule 42 698). Autre lieu de déportation : Dora, Ravensbrück. Revenu des camps

Louis Le Gros né le 20 août 1916 à Plougasnou (27 ans lors de son arrestation). Auteur d’œuvres d'art représentant les camps nazis, réalisées en déportation et après.

Jacques Mazé : né le 26 avril 1923 à Sizun. Revenu des camps

Jean Moreau né le 4 novembre 1924 à Morlaix (19 ans lors de son arrestation. Buchenwald, Langenstein.

Jacques Quintin, né le 30 décembre 1925 (18 ans au moment de son arrestation). Buchenwald, transféré à Ravensbrück le 3 juin 1944.

Léon Picart, né le 12 avril 1903 à Plouvorn. (matricule 41 507). Autres lieux de déportation ; Ravensbrück, Dora, Bergen-Belsen où il est libéré le 15 avril 1945.

Léon Rivoalen

Albert Sénéchal, né le 9 décembre 1910 à Brest (matricule 42 081). Autre lieu de déportation : Dachau. Revenu des camps.

Paul Simon, né le 20 août 1912 à Brest (matricule 42 390). Revenu des camps

Yves Tanné, né le 4 octobre 1924 à Plougonven (matricule 43 011). Autres lieux de déportation : Flossenburg, Hradischko/moldau. Revenu des camps. Il décède le 26 octobre 2011.

Théophile Thomas : né le 2 février 1924 à Plourin. (matricule 42 462). Autre lieu de déportation : Flossebbürg. Revenu des camps

Jean Trolez : né le 2 juin 1922 à Beuzec-Conq (29). Autres lieux de déportation : Dora, Dachau. Il est libéré le 29 avril 1945 à Dachau.

 

Lire aussi:

Les déportés morlaisiens dans les camps nazis pendant la seconde guerre mondiale

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25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 05:46
Marie Salou

Marie Salou

Marie Miry

Marie Miry

Paulette Sarcey

Paulette Sarcey

Rose Blanc

Rose Blanc

Danielle Casanova

Danielle Casanova

Marie-Claude Vaillant-Couturier

Marie-Claude Vaillant-Couturier

En ce jour de commémoration de la déportation, et alors que le ventre de la bête immonde du racisme et du fascisme est encore fécond, nous voulons rendre un hommage tout particulier à la mémoire de la souffrance et des luttes pour la survie, la dignité et l'entraide de tous les déportés, femmes et hommes, et faire connaître aussi ce que fut la vie et les combats de nombre de résistantes communistes déportées à qui le Chiffon Rouge a pu consacrer des portraits.

Vous pouvez ici retrouver des liens avec quelques portraits de résistantes communistes déportées, de France et du Finistère, plus ou moins célèbres, dont certaines sont revenues, et d'autres non. Nous leur rendons hommage ainsi qu'à tous les déportés, victimes de la haine raciale et du nazisme, mais aussi de la bêtise, de la lâcheté et de la cruauté humaines, des déportés qui au cœur de l'enfer concentrationnaire, nous ont bien souvent donné des leçons de courage, d'obstination, de fraternité et d'humanité.

 

" Yvonne Picard est morte

qui avait de si jolies seins.

Yvonne Blech est morte

qui avait les yeux en amande

et des mains qui disaient si bien

Mounette est morte

qui avait un si joli teint

Une bouche toute gourmande

et un rire si argentin

Aurore est morte

qui avait des yeux couleurs de mauve.

Tant de beauté tant de jeunesse

Tant d'ardeur tant de promesses...

Toutes un courage des temps romains.

Et Yvette aussi est morte

qui n'était ni jolie ni rien

et courageuse comme aucune autre.

Et toi Viva

et moi Charlotte

dans pas longtemps nous serons mortes

nous qui n'avons plus rien de bien"

Charlotte Delbo, Une connaissance inutile

 

Dernière lettre de Danielle Casanova depuis le fort de Romainville avant le départ pour Auschwitz:
Demain, 5 heures lever, 6 heures fouille, puis départ en Allemagne.
Nous sommes 231 femmes, des jeunes, des vieilles, des malades et même des infirmes. La tenue de toutes est magnifique, et notre belle Marseillaise a retenti plus d’une fois.
Nous ne baisserons jamais la tête ; nous ne vivons que pour la lutte. Les temps que nous vivons sont grandioses.
Je vous dis au revoir ; j’embrasse tous ceux que j’aime. N’ayez jamais le cœur serré en pensant à moi.
Je suis heureuse de cette joie que donne la haute conscience de n’avoir jamais failli et de sentir dans mes veines un sang impétueux et jeune.
Notre belle France sera libre et notre idéal triomphera »

Communist'Art: Charlotte Delbo

Charlotte Delbo, rescapée des camps de la mort, immense écrivain, militante communiste anti-colonialiste : l'écriture comme ultime moyen de résistance (L'Humanité, Violaine Gelly - décembre 2013)

Portrait. Danielle Casanova, la déterminée (Claude Pennetier, historien - L'Humanité, vendredi 8 février 2019)

Portrait de résistante communiste: 13. Rose Blanc, la catalane révolutionnaire (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste : 4 - Marie-Claude Vaillant-Couturier (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste - 3 - Maï Politzer 1915-1943 (100 ans d'engagements communistes)

Décès de la militante communiste Paulette Sarcey, résistante de la M.O.I, juive, survivante de la déportation et militante de l'humanité et de la mémoire

Martha Desrumeaux: syndicaliste et communiste résistante et déportée. Pour que la classe ouvrière rentre au Panthéon!

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28/ Raymonde Vadaine, née Riquin (1914-2001)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

Marie Salou, résistante communiste brestoise - De Brest à Mathausen, itinéraire d'une déportée (1942-1945) - Témoignage recueilli par Jean Nédélec

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes: 98/ Rosine Kersulec (1894-1985)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 96/ Germaine Le Lièvre, Geneviève dans la résistance brestoise (1911-1945)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 94/ Marie Miry née Calvarin (1905-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 95/Simone Bastien (1921-2006)
 

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24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 07:12
Roland Weyl (photo Mouvement de la Paix:

Roland Weyl (photo Mouvement de la Paix:

C'est avec une immense tristesse que le Mouvement de la Paix, ses responsables et ses militants ont appris le décès de notre ami et camarade Roland Weyl, dans sa 103ème année. Nous adressons à sa famille, ses proches et ses nombreux amis dans le monde entier, nos sincères condoléances.
 
Roland, doyen au barreau de Paris, a encore exercé son métier d’avocat après ses 100 ans, comme il a poursuivi jusqu’à récemment ses activités militantes en tant que membre du Conseil national du Mouvement de la Paix, Mouvement dont il était membre depuis sa création.
 
Ancien directeur de la revue de droit international contemporain, il a fait bénéficier le Mouvement de la Paix de ses compétences en droit international et de toutes ses expériences militantes accumulées au sein du Parti Communiste Français, du Secours Populaire et de l’Association Internationale des Juristes Démocrates (AIJD) dont il était l’un des membres fondateurs.
 
Pour Roland Weyl, la Charte des Nations Unies constitue un acte novateur, révolutionnaire et fondateur du droit international par lequel la grande majorité des peuples du monde - proclamant leur égale souveraineté et leur droit inaliénable à disposer d’eux-mêmes - se sont unis pour déclarer la guerre hors la loi. Mais, pour Roland Weyl, encore faut-il que les peuples se battent pour se réapproprier l’organisation des Nations-Unies afin que les règles de droit y prévalent sur les rapports de force.
 
Il a aussi exprimé à travers une quinzaine de livres coécrits avec son épouse Monique, la nécessité incontournable pour les peuples de lutter pour un monde de justice et de paix, un monde de coopérations pacifiques réglant les conflits par la négociation et non par la force en s'appuyant sur les principes et valeurs de la Charte des Nations Unies. Leur livre « Sortir le droit international du placard » a été et est toujours un outil de référence pour toutes les personnes qui luttent pour la démilitarisation des relations internationales, pour la diminution des dépenses militaires et pour la paix. Tous deux, membres du Mouvement de la Paix, ont été des militants actifs de la solidarité avec les peuples en lutte pour leur libération tant sur le terrain judiciaire que politique.
Comme beaucoup des fondateurs du Mouvement de la Paix, il a été résistant et après la guerre solidaire des militants anti-impérialistes dans le monde entier - et en particulier avec les opposants à la guerre d’Indochine et aux côtés de ceux qui ont agi pour la paix en Algérie et l’indépendance de ce pays. Dans ce contexte, il a défendu « les combattants de la Paix » qui, à Nantes, Saint Brieuc, Bordeaux, Nîmes, etc. s’opposaient au transfert d’armements vers l’Indochine ou ils étaient traînés devant les tribunaux et emprisonnés pour atteintes au moral de l’armée parce qu’ils éditaient des journaux pour la paix.

Il soulignait sans cesse que les armes de destruction massive, dont les armes nucléaires, sont illégales par nature. Il demandait le retrait de la France de l’Otan, organisation guerrière qu'il considérait illégale au regard de la Charte de l'ONU. Aussi, il s'engagea avec détermination contre les sales guerres de l'Otan contre les peuples en Afghanistan, en Irak, en Libye, et dénonça le bombardement de Belgrade en 1999. Avec toujours la même détermination. Il s'opposa aux blocus inhumains contre le peuple irakien (pétrole contre nourriture de 1995 à 2003) et le peuple cubain, et affirma sa solidarité avec les peuples palestinien et sahraoui.

 
Au-delà de ses activités internationales et nationales, il a consacré beaucoup de temps pour des conférences locales et pour des rencontres avec les jeunes tant dans les universités que dans les lycées d'enseignement secondaire et professionnel, pour les initier au droit international et en particulier à la connaissance de la Charte des Nations Unies.

Le meilleur hommage que nous avons pensé pouvoir lui rendre est de donner à connaître le fond de sa pensée à travers la diffusion d’une conférence donnée dans le cadre de l'Association Internationale des Juristes Démocrates. Dans cette conférence, l’actualité de sa réflexion sur la relation entre droit et luttes des peuples s’exprime quand il souligne la nécessité de lutter contre les logiques financières dictées par les trusts pharmaceutiques, car ces logiques sont incompatibles avec le droit à la santé affirmé par le droit international.

Nous appelons tous les militants à honorer la mémoire de Roland Weyl en écoutant ce plaidoyer et en le diffusant largement à travers les réseaux sociaux: Lien vers la vidéo de sa conférence.

Au revoir Roland, le combat continue pour la paix et la justice.
 
Paris, 21 avril 2021
Mouvement de la Paix
 
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21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 18:30
Quand Roland Weyl était candidat aux législatives à Morlaix avec Alphonse Penven en 1973
 
Roland Weyl, avocat communiste, ancien résistant, militant de la paix et anticolonialiste, disparu hier à 102 ans, était le suppléant d'Alphonse Penven dans la circonscription de Morlaix-Huelgoat (16,75%; 5381 voix). Une élection remportée au second tour par Pierre Lelong, sortant UDR, face à Marie Jacq (PS), avec 49,85%.
 
Il avait une maison à Terenez, à Plougasnou.
 
La même année, il avait animé une conférence-débat à la fac de Brest dans un amphithéâtre archi-comble à l'initiative de l'UEC, introduite par Michel Lespagnol qui m'a raconté cette anecdote aujourd'hui...
 
Disparition. Roland Weyl, une robe pour mille combats
Mercredi 21 Avril 2021 - L'Humanité

Le grand avocat communiste est décédé mardi matin, à Paris, à l’âge de 102 ans, après une vie foisonnante à défendre les causes justes.

 

Il venait d’avoir 102 années. Toujours actif et alerte jusqu’à ces huit derniers mois. Gagné par la fatigue et la lassitude, Roland Weyl nous a quittés mardi matin. À 100 ans, cela faisait 80 ans qu’il tenait la barre. L’avocat fait partie d’une lignée entière d’hommes et de femmes de loi, sur quatre générations, depuis le grand-père juge de paix jusqu’à ses enfants, avocats. Chez Roland Weyl, la profession se confond avec l’engagement. Il a exercé son métier, aussi assidûment que passionnément. Une vocation et un combat.

Né le 18 mars 1919 à Paris, il finit son droit en 1939, mais, en raison de sa judéité, il ne peut exercer qu’à la Libération. Il commence à militer au mouvement des auberges de jeunesse à Lyon, puis, en 1946, il adhère au PCF, qui lui apparaît alors comme « le seul outil d’action pour un changement de société ». Il rejoint, dès lors, tous azimuts, plusieurs organisations, dont les incontournables Secours populaire français et Mouvement de la paix. La même année, Roland Weyl cofonde l’Association internationale des juristes démocrates (AIJD), dont il est le premier vice-président. Très vite, sa fibre communiste et internationaliste se traduit par des actions en faveur des causes anticoloniales, pour la paix, le désarmement et les droits humains.

En 1951, il est au côté des militants qui avaient déchargé un train d’armes en partance pour le Vietnam. Dès 1957, rapporte l’universitaire Vanessa Codaccioni dans la note qu’elle lui consacre dans le Maitron, il est l’un des avocats de « l’affaire Speidel », du nom des inculpations qui touchent de jeunes communistes, fils de fusillés, ayant refusé de servir sous les ordres du général allemand Hans Speidel, nommé en avril 1957 à la tête de l’Otan. Il obtint un non-lieu. Il fut aussi un ardent défenseur de la cause indépendantiste algérienne. Il prit part, avec une trentaine d’autres avocates et avocats – dont Gisèle Halimi –, au pont aérien avec l’Algérie, organisé par le Secours populaire pour aller défendre les militants algériens opprimés. Il se trouvait à Alger, en juin 1957, au moment de l’arrestation d’Henri Alleg et de l’enlèvement de Maurice Audin. Il en laisse un témoignage poignant dans son livre Mon vécu d’Algérie. Plus récemment, du 15 au 19 février 2010, c’est lui que l’AIJD a choisi pour la représenter dans une mission d’information auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha, en Tanzanie.

Infatigable dans sa quête de paix et de justice, ce passeur de savoirs a dirigé la Revue de droit contemporain de 1954 à 1991, il a été l’un des animateurs du Centre d’études de recherches marxistes et du comité de rédaction de la revue Nouvelle critique. Roland Weyl a publié de nombreux ouvrages de référence pour les étudiants et les juristes, la plupart coécrits avec son épouse, Monique Picard-Weyl, rencontrée au barreau en 1948. Après son décès en 2009, au terme de 60 années de vie et de combats communs, Roland Weyl nous confiait lui « survivre difficilement ».

Pourtant, il a continué à aller de l’avant. Fidèle à ses convictions et toujours prompt à défendre avec un talent rare, les exclus du droit au logement, les syndicalistes réprimés, les victimes de violences et d’injustice, la liberté d’expression ou la cause palestinienne. En 2017, il décrochait encore une victoire en faveur du maire de Stains (Seine-Saint-Denis), assigné en justice pour une banderole en soutien au militant palestinien Salah Hamouri. « Il est d’une grande inventivité pour faire triompher le droit contre la loi du plus fort », résumait alors Azzedine Taïbi, l’édile communiste de la ville.

Lorsque nous avions rencontré Roland Weyl à son cabinet parisien, rue du Temple, en juin 2017, pour une interview pour l’Humanité Dimanche, Roland Weyl était en pleine forme. Élégant, pétillant, une mémoire infaillible. Et intarissable d’anecdotes sur son incroyable parcours, et de commentaires éclairants sur l’actualité et l’état du monde. Son esprit de révolte intact. Point de résignation chez lui. « La corruption de la pensée publique, le désarmement citoyen, c’est le commun dénominateur de la destruction de l’essentiel des clés de l’avenir », analysait-il, ajoutant : «Notre boulot est de redonner espoir et de conquérir le pouvoir citoyen » ( l’Humanité Dimanche du 8 juin 2017).

Avec sa disparition, notre journal perd un soutien précieux et indéfectible. Roland Weyl le nourrissait de réflexions et d’analyses pertinentes : « Comment revitaliser la démocratie » ; « La gauche et le monde ont besoin d’idées novatrices » ; « Pourquoi défendre la Charte de l’Onu et le multilatéralisme » etc. De mille manières Roland Weyl s’est attaché à défendre l’Humanité. Lorsqu’elle fut interdite, ou censurée, pendant les guerres d’Algérie ou du Vietnam, en la vendant les dimanches au coin des rues. Tous les jours, Roland Weyl se rendait à son cabinet en métro. Il lisait l’Humanité et laissait son exemplaire sur un siège : « Ça fait partie de la bataille », nous confiait-il, l’œil malicieux.

Roland Weyl sera inhumé la semaine prochaine (1) au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, auprès de son épouse Monique. « Avocat communiste engagé pour la paix et la liberté », en guise d’épitaphe.  L’Humanité présente à ses enfants France, Danielle et Frédérick, ses condoléances les plus attristées.

 
 
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21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 12:45
Fernand Grenier

Fernand Grenier

Le 21 avril 1944, le communiste Fernand Grenier dépose l'amendement qui donne le droit de vote et d'éligibilité aux femmes

Le 21 avril 1944, le communiste Fernand Grenier dépose l'amendement qui donne le droit de vote et d'éligibilité aux femmes.

21 octobre 1945: les femmes obtiennent concrètement le droit de vote.


De tous temps, les communistes ont porté le progrès et l'émancipation ... présentant des femmes aux élections alors qu'elles n'avaient pas encore le droit de vote, dès 1925.

Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre et qui nous pousse encore à nous battre encore aujourd'hui, au service d'une société plus juste et d'un monde meilleur! Et pour étendre l'égalité femmes-hommes, et les droits des femmes.

Fernand Grenier est décédé le 12 août 1992

Voici un article paru dans l’Humanité en avril 2014:


Fernand Grenier, ce communiste qui a permis le droit de vote des femmes !

"Si l’ordonnance donnant le droit de vote aux femmes a été prise il y a 70 ans jour pour jour par le Général de Gaulle, cette avancée, on la doit à un Tourquennois.

Fernand Grenier rédigera l’amendement, un mois plus tôt, lors de l’assemblée constituante provisoire, installée à Alger : « Les femmes seront électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Un texte sans ambiguïté mais qui suscita le débat. Un amendement adopté par 51 voix sur 67 votants.

En janvier 1943 pourtant, lorsque se constitue l’assemblée consultative provisoire, « les débats sur l’organisation des pouvoirs publics ne prévoyaient pas le vote des femmes », relate Fernand Grenier dans un article de L’Humanité (18/04/1991). En 1943, le Tourquennois, au nom du parti communiste rejoint à Londres le Général de Gaulle. « C’est ainsi que je fus amené à poser la question du vote des femmes pour la première fois quand le Général de Gaulle me proposa de faire partie d’une commission de réforme de l’État, écrit-il encore. Je pensais qu’il serait injuste de continuer à considérer les femmes comme incapables de se servir du bulletin de vote ».


Mais comment ce Tourquennois a-t-il gravi les échelons ?

Pour le comprendre, il faut remonter à la jeunesse de Fernand Grenier. Et cette figure du père qui va le marquer profondément. Édouard Grenier, marié à Léontine Ghesquière, tous deux belges, va donner naissance à Fernand le 9 juillet 1901. « Mon père arrivé illettré de sa Wallonie, va apprendre à lire et écrire par les cours du soir », raconte Fernand Grenier dans Ce Bonheur là.* Un père livreur, militant socialiste, organisateur du syndicat des transports de Tourcoing. En raison de son action syndicale, il sera licencié plusieurs fois.

C’est durant cette période que Fernand découvre l’univers socialiste : les lectures du père, l’achat du pain à la coopérative La solidarité ouvrière, les dimanches à la maison du peuple, siège du parti ouvrier, alors qu’il n’a que 11 ans. Cette figure paternelle va disparaître en 1917. Arrêté par les Allemands, il décédera dans une compagnie disciplinaire des travailleurs. « C’est une épreuve qui devait marquer ma jeunesse, j’avais 16 ans ». Et il était orphelin. Fernand Grenier avait perdu sa mère alors qu’il n’avait que 9 ans. « J’étais fier de mon père. À chaque événement marquant de ma propre vie de militant, le souvenir de mon père s’imposera », écrit Fernand Grenier.

Apprenti mouleur à la fonderie, apprenti boulanger où il sera licencié car syndiqué, Fernand est ensuite embauché comme aide comptable à l’école des Mutilés de Tourcoing. Il habite alors Neuville – où il épousera en 1926 Andréa Beulque – et, en février 1922, adhère à la section communiste. « J’avais sans m’en rendre compte découvert le chemin de la vie : la joie de servir le peuple auquel on appartient ».

Après le service militaire, Fernand Grenier intégrera l’école centrale du Parti et en sortira instructeur pour le Roubaisis et le Valenciennois. Élu au comité exécutif régional en 1925, Fernand sera dépêché à Halluin, comme employé de mairie pour « aider la municipalité communiste contre laquelle le puissant patronat de Roubaix Tourcoing concentrait tous ses moyens ».

Au début des années 30, Fernand Grenier est appelé à Paris, non sans hésitation. « À Neuville, en adhérant au parti, j’avais commencé à ouvrir les yeux aux réalités sociales. L’âpreté de la lutte sociale contre la bourgeoisie, Halluin me l’avait apporté », raconte-t-il.

Président des amis de l’URSS, Fernand Grenier bataillera à Saint-Denis où il sera élu conseiller municipal en 1937, puis en deviendra le député jusqu’en 1968. « C’était quelqu’un de très attaché à sa région, raconte Claudie Gillot-Dumoutier, fille d’Auguste Gillot, ancien maire de Saint-Denis. Il chantait tout le temps Le P’tit Quinquin ».

Arrêté en 1940, il s’évadera de Châteaubriant. En1943, il partira à Londres représenter le parti communiste clandestin auprès du Général de Gaulle. Il décédera en 1992 à Saint-Denis".

Ce bonheur Là, de l’horizon d’un homme à l’horizon de tous », Fernand Grenier, Éditions sociales, 1974

Le 21 avril 1944, le communiste Fernand Grenier dépose l'amendement qui donne le droit de vote et d'éligibilité aux femmes
Le 21 avril 1944, le communiste Fernand Grenier dépose l'amendement qui donne le droit de vote et d'éligibilité aux femmes

 

Fernand Grenier, à l’origine du droit de vote des femmes

La question du vote des femmes fut posée au mois de mars 1944 par le député Fernand Grenier. Se référant aux déclarations du général de Gaulle pendant la guerre, Fernand Grenier souhaitait que l’Assemblée Consultative reconnaisse le droit de vote et d’éligibilité des femmes « afin que nous lui manifestions notre solidarité et notre volonté de ne plus la traiter en mineure, en inférieure ».

Cependant, malgré la volonté affichée par le Général de Gaulle dès 1942, un grand nombre de réticences virent le jour lors des débats sur le vote de l’amendement défendu par le député Grenier du 24 mars 1944 à l’Assemblée consultative provisoire.

Les interventions de Monsieur Paul Giacobbi « Pensez-vous qu’il soit très sage dans une période aussi troublée que celle que nous allons traverser que de nous lancer ex abrupto dans cette aventure que constitue le suffrage des femmes ? » ou encore de Monsieur Bissagnet : « L’amendement Grenier amènera un déséquilibre très net, car il y aura deux fois plus de femmes que d’hommes qui prendront part au vote. Aurons-nous donc une image vraie de l’idée du pays ? En raison de ce déséquilibre, je préfère que le suffrage des femmes soit ajourné jusqu’à ce que tous les hommes soient rentrés dans leurs foyers, et c’est pourquoi je voterai contre l’amendement » étaient représentatives des positions de certains des membres de cette Assemblée Consultative provisoire.

On entendit beaucoup d’arguments spécieux de procédure pour faire obstacle aux droits de vote et d’éligibilité des femmes. Heureusement, le courage et la détermination d’autres délégués permirent de contrebalancer ces résistances.

« Quand il s’agit de jeter les femmes dans le creuset de la guerre, est-ce que nous attendons ? Sera-t-il dit toujours que l’on exigera de nos compagnes l’égalité devant l’effort de la peine, devant le sacrifice et le courage, jusque devant la mort sur le champ de bataille et que nous mettrons des réticences au moment d’affirmer cette égalité ». (Robert Prigent, syndicaliste chrétien, membre du parti démocrate populaire)

L’amendement sur le droit de vote et d’éligibilité fut fermement défendu par le député Grenier et grâce à sa ténacité, l’article 16 de l’amendement fut adopté le 24 mars 1944 à la majorité de 51 voix contre 16 sur 67 votants et devient l’article 17 de l’ordonnance du 21 avril 1944 signée par De Gaulle.

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21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 06:14
Hommage à Roland Weyl, communiste, doyen des avocats de France, décédé à 102 ans
Roland Weyl avait une maison dans le secteur de Plougasnou. Il est venu faire une intervention pour le PCF Morlaix le 29 octobre 2014 sur le thème « Communiste plus que jamais ». qui a été très appréciée sur ses activités d'avocat international, engagé dans la lutte contre le colonialisme, l'apartheid, pour l'égalité des droits et des peuples.
 
Roland Weyl : l'engagement révolutionnaire, pour la justice, la Paix et l'émancipation humaine (Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, Député du Nord)
Notre camarade Roland Weyl vient de nous quitter à l'âge de 102 ans.
Issu d'une grande famille de juriste et Doyen du Barreau de Paris, Roland fut d'abord un grand avocat après avoir prêté serment à la veille de la Seconde guerre mondiale sans pouvoir exercer durant les années d'Occupation, pendant lesquelles il s'engagea dans la Résistance.
Après la Libération, convaincu que le Parti communiste était le « seul outil d'action pour un changement de société », il y prit sa carte directement au siège du PCF. Mais Roland voulait faire bien plus de son engagement communiste qu'un bulletin d'adhésion. Pour lui,« il ne suffit pas d'avoir signé un bulletin d'adhésion pour devenir communiste. L'adhésion est un choix, c'est par l'enseignement combiné que fournissent l'expérience tirée des luttes et l'approfondissement théorique des motivations et des critères d'orientations qu'on apprend à être le communiste qu'on a voulu être ».
C'est aussi pour cela qu'il décida de politiser son activité professionnelle.
Parce qu'il considérait que le droit devait servir la Justice et protéger les peuples et les individus des répressions des puissances de l'argent et des Etats impérialistes.
Il décida alors d'adhérer à l'Association Internationale des Juristes démocrates dès sa fondation en 1946 – dont il était aujourd'hui le premier vice-Président.
Roland fut aussi un défenseur des mineurs dans le Nord-Pas de Calais, victimes de la répression après les grandes grèves de 1947. Il plaida aussi pour défendre les militants et journalistes communistes, réprimés pour leur activité militante contre la guerre d'Indochine, et compta parmi les courageux avocats qui assumèrent d'aller défendre les patriotes algériens, de l'autre côté de la Méditerranée.
Roland Weyl a aussi beaucoup apporté dans ses activités au sein du PCF, comme militant à Paris ou à la section de Créteil, qu'il rejoint en 1988 avec son épouse Monique, autant que comme « militant d'entreprises » puisqu'il contribua à faire vivre la cellule du PCF du Palais de Justice de Paris. Il contribua parallèlement au rayonnement de l'activité intellectuelle du PCF en devenant éditeur de la Revue de droit contemporain de 1954 à 1991, comme en participant aux activités du Centre d'études et de recherches marxistes, des comités de rédaction de Nouvelle Critique, de France nouvelle et de L'Information municipale.
Pas de justice sans égalité, pas de Justice sans Paix. C'est aussi au nom de ces principes que Roland s'était engagé avec le Secours Populaire, comme avec le Mouvement de la Paix, dont il fut membre du Conseil national, en menant une bataille résolue pour le respect de la Charte des Nations Unies. Et Roland, pour qui la paix ne se concevait que dans la justice, fut un ardent militant du respect des droits du peuple palestinien à vivre libres, dans un Etat respecté par tous.
Le Parti communiste perd une de ses grandes figures.
Je veux dire à ses enfants, France, Danielle et Frédérick, notre profonde reconnaissance pour l'engagement de Roland, pour son parcours au service de la justice, pour son courage et sa clairvoyance politique.
Je leur adresse mes plus sincères condoléances et veux leur témoigner la fierté des communistes d'avoir été des combats de Roland.
Fabien Roussel
Secrétaire national du PCF
Député du Nord
 
***
 
"Ma tristesse, que je tiens à partager avec vous, se mêle à un immense respect pour l’infatigable parcours militant qui fut celui de Roland, tout au long de ses 102 années de vie. C’est tout une page de l’histoire du mouvement communiste et progressiste en France au 20e siècle qui se tourne certes, mais sur laquelle nous continuerons de nous appuyer dans nos combats du quotidien.
Il est impossible de résumer en quelques lignes les actions de Roland, de la Résistance à la défense des mineurs en 1948, de l’action anticoloniale à celle pour l’émancipation de tous les peuples. Intellectuel, avocat, Doyen de l’ordre des avocats de Paris, Roland fut avant tout un militant qui consacra toutes ses forces et toutes ses immenses compétences à la défense des opprimés, à la lutte contre toutes les injustices. Il a su faire avec votre mère, Monique du droit une arme de lutte pour les salariés et des militants pourchassés, ainsi que pour les droits des peuples : nous n’oublierons pas sa lutte, leur lutte pour le respect de la Chartes des Nations Unies et du droit humanitaire par les États en conflit, pas plus que nous n’oublierons qu’il fit partie de la trentaine d’avocats parisiens qui prirent part au « pont aérien » organisé par le Secours populaire pour aller défendre en Algérie les indépendantistes réprimés. Toutes actions qu’il prolongea par celle, inlassable, pour les droits du peuple palestinien.
Juriste éminent, Roland était aussi un homme de cœur, qu’il exprima dans de nombreuses associations comme le secours populaire ou le mouvement de la paix, et en fondant lui même l’association « droits et solidarité » avec Monique. Ses nombreux ouvrages témoignent de ces engagements sans faille, tout au long de nombreuses décennies. Adhérent de notre parti de 1946 jusqu’à son dernier souffle, participant jusqu’au bout à tous ses débats, il a contribué à faire du parti communiste un outil irremplaçable pour la transformation sociale. Il a façonné durablement le mouvement progressiste en France.
Son apport est inestimable et nous sommes fiers de l’avoir compté parmi nous. Au moment de son adhésion notre parti lui apparut, je le cite, comme le « seul outil d’action pour un changement de société ». La moindre des justices à rendre à Roland est de dire qu’il y a fortement contribué. Roland c'était pour moi un homme attachant et sensible, d'une grande culture qui menait tous ses combats par la force de la conviction parce que militant communiste".
Pierre Laurent, président du Conseil national du PCF
Sénateur de Paris
 
***
ROLAND WEYL, UNE VIE AU SERVICE DES AUTRES
"Nous avons appris la disparition de Roland Weyl, l'immense avocat, le résistant, le militant communiste de toujours et l'acteur historique du Mouvement de la paix français. Il s’est éteint à l’âge de 102 ans et fut l'avocat de toutes les causes humaines, notamment au service des militants politiques, syndicaux, anti-colonialistes. Il était l'homme incarné de l'engagement révolutionnaire et de la justice, de la paix et de l'émancipation.
Inscrit au barreau de Paris dès 1939, interdit d'exercice pendant l'Occupation, il était doyen de l'ordre des avocats de Paris depuis 2010. Parmi ses grands livres, je me permets de citer "Révolution et perspectives du droit : de la société de classes à la société sans classes", publié en 1974, qui fut une lecture marquante dans ma jeunesse.
Nous n'oublierons pas sa bienveillance de camarade, sa chaleur, sa compétence pour aider au bien commun. Profonde tristesse. Et fierté d'être de ses combats... "
Jean-Emmanuel Ducoin
 
Roland Weyl vient de s'éteindre à 102 ans. Doyen des avocats de France, il était communiste, juif, résistant.
 
 
MAITRON: https://maitron.fr/spip.php?article178687, notice WEYL Roland [WEYL Roland, Léonce] par Vanessa Codaccioni
 
"Roland Weyl est né en 1919 à Paris dans une famille de juristes où l’on portait la robe depuis trois générations. Si sa mère, Suzanne Lévy de Souza, était la fille de commerçants, son arrière grand-père était huissier, son grand-père juge de paix et son père, André Weyl, avocat depuis 1908. Ce fut avec lui que, très jeune, il monta pour la première fois les marches du Palais de Justice et qu’il se familiarisa avec le métier d’avocat. Hormis les « bagarres » avec les « fascistes » au lycée, les fêtes pour célébrer la victoire du Front populaire en 1936 ou la participation deux ans plus tard à une réunion organisée par les Jeunes Radicaux qui ne le convainquit pas, Roland Weyl se politisa peu durant sa jeunesse et se consacra à ses études. Docteur en droit, il prêta serment le 12 juillet 1939 mais, en raison de sa judéité, ne put exercer avant 1945. Sous l’Occupation, sa famille se réfugia en Auvergne et Roland Weyl, qui ne souhaitait pas résister au sein du mouvement communiste, s’engagea en revanche sous un faux nom d’abord au sein du réseau Combat dont il se désengagea en 1943 en raison de « l’attitude diviseuse, anticommuniste et suspecte de certains de ses membres » selon ses dires, puis dès 1944 au sein du Mouvement des Auberges de Jeunesses de Lyon qui, entre autres activités résistantes, hébergeait des enfants juifs. Toujours à cette date, il se rapprocha des FTP et intégra le groupe franc de Riom où, sous les ordres du « lieutenant J. Thomas », il mena des enquêtes à Vichy dans le cadre de la future épuration.
Aussi, après la Libération, le Parti communiste lui apparut comme le « seul outil d’action pour un changement de société ». Il adhéra ainsi au PCF en janvier 1946 et, comme tous les militants du Parti, multiplia les adhésions dans des organisations dites « satellites ». Il fut ainsi très rapidement membre du Secours populaire, dont il intégra le bureau national dès 1950, du Mouvement national judiciaire et de l’association France-Tchécoslovaquie. Il devint également membre du bureau de Peuple et Culture qui prônait l’éducation populaire, du comité de Travail et Culture, et devient secrétaire général de Santé-Loisir-Culture qui entendait répandre la culture dans les sanas et organiser les loisirs culturels des tuberculeux. Tout en prenant des responsabilités dans le Parti (bureau de section du XVIIIe arrondissement de 1947 à 1950 ; comité de section de Paris 1er de 1950 à 1952), Roland Weyl milita à la cellule Hajje du Palais de Justice, au sein de laquelle il côtoyait de nombreux avocats engagés, comme le socialiste Pierre Stibbe et surtout Marcel Willard, figure-type de l’avocat militant communiste dont il suivait les cours sur « la défense politique ».
Dans un contexte de radicalisation de la répression anticommuniste qu’attestait la gestion étatique des grandes grèves des mineurs de 1947-1947, et comme la cinquantaine de jeunes avocats qui adhérèrent au parti après la Libération, il dut dès lors apprendre à devenir un « avocat révolutionnaire » et à politiser ses pratiques professionnelles. « Tout à apprendre, écrit-il dans ses mémoires, car l’enseignement de Marcel Willard est une véritable rupture avec ce que la faculté, la profession, et, plus généralement, l’ordre bourgeois peuvent enseigner ». Cette défense politique, consistant en la défense d’une cause dans les prétoires, Roland Weyl la mit en œuvre dans tous les cas judiciaires qui lui furent confiés à partir de cette date. Dès 1948, il participa à l’organisation collective de la défense des mineurs inculpés et plaida à Béthune, Douai, Arras ou encore à Alès. En décembre 1948, lors de l’un de ses aller-retour entre Paris et Béthune, il rencontra Monique Picard, elle aussi avocate, avec laquelle il se maria l’année suivante et eut trois enfants dont deux seront aussi avocats. Puis au moment des « pics de répression » de la guerre d’Indochine, il plaida dans de nombreuses affaires de distribution de tracts qui impliquaient des membres de l’UJRF ou dans des affaires de propagande où étaient impliqués des journalistes et des organes de presse du PCF. En 1952 par exemple, il devint l’avocat de Georges Morand, directeur de la publication du Ralliement depuis 1946 et député de Maine-et-Loire, et Pierre Dessite, journaliste, tous deux accusés « d’injures » et de « diffamations » pour avoir dénoncé un verdict prononcé contre un membre du parti. Lors de leur procès, qui se déroula en janvier devant le tribunal de grande instance d’Anger, il mena une véritable défense politique typique des stratégies communiste de politisation de la répression : il déclama une longue plaidoirie politique entièrement axée sur la liberté d’opinion et sur le devoir d’information et de critique des journalistes, dénonça le procès d’intention et « d’hérésie » fait au PCF et, pour souligner l’absence d’indépendance de la magistrature, lut quelques passages de L’État et la Révolution (Lénine), de Matérialisme historique et matérialisme dialectique (Staline) ou encore de La Défense accuse (Marcel Willard) sur « le contenu de classe du banc des prévenus dans le procès politique ».
Prolongeant cet engagement militant pendant la guerre d’Algérie, Roland Weyl fit partie de la trentaine d’avocats parisiens qui prirent part au « pont aérien » organisé par le Secours populaire pour aller défendre en Algérie les indépendantistes réprimés. Il y défendit notamment un jeune homme accusé du meurtre d’une jeune fille de son village et condamné à mort. Pour lui éviter la guillotine, Roland Weyl rencontra alors le général de Gaulle pour lui demander la grâce et l’obtint. Dans un contexte où le PCF luttait également contre le réarmement allemand, Roland Weyl devint aussi à cette date l’un des avocats de « l’affaire Speidel », du nom des inculpations qui touchent de jeunes communistes ayant refusé de servir sous les ordres du général allemand Hans Speidel, nommé en avril 1957 à la tête de l’OTAN. Devant la large mobilisation en faveur des militants, son client Victor Beauvois, comme les autres inculpés, obtint un non-lieu.
Parallèlement, Roland Weyl était très actif dans les activités intellectuelles du PCF puisqu’il devient éditeur de la Revue de droit contemporain de 1954 à 1991, intégra le bureau du Centre d’études et de recherches marxistes et devient également membre du comité de rédaction de la revue Nouvelle Critique, de France nouvelle et de L’Information municipale. Mais c’est surtout son engagement pour la paix et la solidarité internationale qui dominèrent dans l’engagement de l’avocat militant. Membre du Mouvement de la paix dont il intégra le conseil national, Roland Weyl s’engagea activement dès cette période au sein de l’Association internationale des juristes démocrates pour laquelle il assista à de nombreux procès, comme en 1959 où il fut observateur du procès d’un dirigeant communiste au Portugal, ou, plus récemment, lorsqu’il fut chargé par l’association d’une mission d’information au Tribunal Pénal International pour le Rwanda à Arusha (Tanzanie) du 15 au 19 février 2010. Parallèlement à cet activisme dans les prétoires, Roland Weyl écrivit de nombreux ouvrages, dont la plupart co-signés avec sa femme. Hormis son autobiographie militante, Une robe pour un combat. Souvenirs et réflexions d’un avocat engagé, publié en 1989 et préfacée par elle, citons : La Justice et les hommes en 1961 ; La Part du droit dans la réalité et dans l’action en 1968 ; Divorce, libéralisme ou liberté en 1975 ; Démocratie, pouvoir du peuple en 1996 ; Se libérer de Maastricht pour une Europe des Peuples en 1999 ou encore Nous, peuples de Nations unies. Sortir le droit international du placard en 2008.
Dans les années 2000, Roland Weyl continua son engagement en donnant de multiples conférences ou en intervenant dans la presse pour défendre de nombreuses causes comme la solidarité avec le peuple palestinien, le respect de la Chartes des Nations Unies et du droit humanitaire par les États en conflit, ou encore l’instauration d’une VIe République. Vice-président de l’AIJF et doyen du barreau de Paris, il se rendait toujours à son cabinet, repris par ses enfants, rue du temple, à Paris."
POUR CITER CET ARTICLE :
 
https://maitron.fr/spip.php?article178687, notice WEYL Roland [WEYL Roland, Léonce] par Vanessa Codaccioni, version mise en ligne le 24 avril 2016, dernière modification le 16 septembre 2017.
SOURCE : Roland Weyl, Une robe pour un combat. Souvenirs et réflexions d’un avocat engagé, Paris, Messidor Éditions sociales, 1989, 185 p.
SOURCES : Arch. du PCF dossier « Roland Weyl ». — État civil, Paris (VIIIe arr.). — Vanessa Codaccioni, Punir les opposants. PCF et procès politiques (1947-1962), Paris, CNRS Éditions, 2013, 423 p.

JUSTICE. ROLAND WEYL, CENT ANS DE COMBATS… ET ÇA CONTINUE ! - L'Humanité, Alexandre Fache,

JUSTICE. ROLAND WEYL, CENT ANS DE COMBATS… ET ÇA CONTINUE !
Vendredi, 22 Mars, 2019

L’avocat communiste a fêté cette semaine ses 100 ans et 80 ans de robe. Des mineurs grévistes de 1948 aux exclus du droit au logement, ils sont nombreux à lui devoir beaucoup.

Il faut avoir croisé le regard vert de Roland Weyl, en train de raconter un calembour, pour savoir ce que sont des yeux pétillants. Devenu centenaire lundi dernier, car sa mère avait eu « le bon goût de (le) livrer – et de se délivrer – un 18 mars, jour anniversaire de la Commune de Paris », l’avocat a profité des honneurs qui lui ont été rendus – trop discrètement sans doute – au Palais de justice, mardi, ou à la mairie du 3e arrondissement de Paris, mercredi, pour en raconter quelques-uns, revenant sur ses 100 ans de vie. « J’ai l’impression en vous parlant de prononcer mon éloge funèbre. Au moins, comme ça, je l’aurai entendu ! » a-t-il confié, le sourire aux lèvres, devant ses amis, militants, élus, syndicalistes, membres du Secours populaire, du Mouvement de la paix ou de l’Association internationale des juristes démocrates, venus lui rendre hommage.

De fait, il faut avoir un sacré sens de la synthèse pour résumer la trajectoire unique de ce petit bout d’homme, aux costumes bien mis et à la repartie cinglante, né dans une famille plutôt bourgeoise de juristes, qui le destinait incontestablement à porter la robe. « Mon père était avocat, peut-être parce que son père était juge de paix, sans doute parce que le sien était huissier. Mais s’il était huissier, c’est parce que son grand-père était serrurier en Alsace. Donc, si je suis avocat, c’est parce que j’avais un aïeul serrurier ! » s’amuse encore Roland Weyl. Cet environnement l’assignait moins à l’engagement communiste, qu’il embrassa pourtant en 1947, après avoir vu, pendant la guerre, la pièce tomber toujours du bon côté. « J’ai eu beaucoup de veine : juste avant le conflit, une tuberculose m’a valu d’être réformé. En 1943, en Auvergne, des gendarmes reçoivent l’ordre de m’envoyer au STO. Ils ont la gentillesse de me prévenir, et j’ai pu leur échapper. En 1944, les miliciens de Paul Touvier m’arrêtent, mais, juste à ce moment, il y a une percée anglaise en Normandie, ils prennent peur et me libèrent ! »

Entre-temps, le jeune homme a fait de la résistance « en amateur ». Dans le réseau Combat (gaulliste) plutôt qu’au Front national (communiste), jusqu’à ce que le premier le charge… de « repérer les communistes ». « Je leur ai transmis une démission motivée », raconte-t-il. Dans le Mouvement des auberges de jeunesse, à Lyon, il découvre l’internationalisme, qui, mâtiné du sentiment patriotique inculqué par son père, allait fonder son adhésion prochaine au PCF. Sur son premier bulletin, cet esprit libre prend toutefois la peine d’inscrire : « À condition de pouvoir démissionner si je le désire ! »

Une insatiable volonté d’aller toujours de l’avant

Ce militantisme, nourri par l’enseignement du célèbre avocat communiste Marcel Willard, n’allait pas faciliter la carrière de Roland Weyl. Mardi soir, c’est dans la bibliothèque de l’ordre des avocats, au Palais de justice, là même où sont organisés les concours d’éloquence de l’institution, que le jeune centenaire a raconté comment il avait été systématiquement écarté de la finale desdits concours, en 1947, 1948 et 1949, parce que communiste. « Cela a ulcéré une jeune femme que je croisais alors dans les couloirs du Palais. C’était Monique Picard. Quelques semaines plus tard, nous étions mariés. Et l’histoire a duré soixante ans. »

Une histoire faite de multiples combats communs pour la justice sociale et les droits des opprimés. Combat pour défendre les mineurs grévistes de 1948, soumis à la répression acharnée par le pouvoir ; combat pour les militants de la paix en 1951, ceux qui avaient déchargé un train d’armes en partance pour le Vietnam, ou ceux qui avaient appelé à manifester contre Eisenhower, nouveau patron de l’Otan ; combat pour les fils de fusillés qui avaient refusé, en 1957-1958, de servir ce même Otan, dirigé par l’ex-nazi Speidel ; combat enfin pour les militants de l’indépendance algérienne, traqués par les tribunaux militaires… « Nous étions à Alger en juin 1957, quand Henri Alleg et Maurice Audin ont été arrêtés. Je me souviens encore de Josette Audin, qui venait nous voir tous les jours, ou de ce coup de fil passé par le procureur aux parachutistes fachos, qui s’était vu répondre : “mêlez-vous de vos affaires”… »

Plus encore que sa mémoire d’éléphant ou ses talents d’orateur, c’est l’insatiable volonté d’aller de l’avant qui fascine chez Roland Weyl, toujours prompt, par exemple, à défendre la charte des Nations unies, ce texte majeur, violé quotidiennement. « On oublie vite qu’il est centenaire, confirme Élise Taulet, 37 ans, une des avocates du cabinet WTA, où officient aussi Frédéric et France, deux des trois enfants du couple Weyl. Il fait plus de choses que moi, alors que j’ai 63 ans de moins ! La semaine prochaine, il part en mission en Malaisie, le mois suivant en Corée… Et surtout, il met autant d’application sur un grand contentieux international que sur un petit dossier local. » Sa principale bataille, depuis quelques années : celle menée avec plusieurs villes communistes de Seine-Saint-Denis, comme Stains ou Aubervilliers, contre les expulsions locatives. « Il est d’une grande inventivité pour faire triompher le droit contre la loi du plus fort », résume Azzédine Taïbi, le maire (PCF) de Stains, qui se souvient aussi avec délectation de la façon dont il avait défendu la banderole réclamant la libération de Salah Hamouri. « Les juges, qui avaient qualifié Salah de “terroriste franco-palestinien”, n’avaient pas vu que Salah était dans la salle à ce moment-là. Roland Weyl leur a rappelé brillamment ! »

L’infatigable avocat se rend au moins un jour sur deux à son cabinet. En métro. « Il viendrait plus s’il n’y avait pas des travaux à la station de Créteil », raconte sa fille, France. Lui sait ce qu’il doit à cette belle famille, endeuillée par la disparition brutale de Monique, il y a dix ans. « Sans cette vie affective, je serais une espèce de squelette désossé qui continuerait son travail par habitude », assure le fringant centenaire.

Disparition. Roland Weyl, une robe pour mille combats
Mercredi 21 Avril 2021 - L'Humanité

Le grand avocat communiste est décédé mardi matin, à Paris, à l’âge de 102 ans, après une vie foisonnante à défendre les causes justes.

 

Il venait d’avoir 102 années. Toujours actif et alerte jusqu’à ces huit derniers mois. Gagné par la fatigue et la lassitude, Roland Weyl nous a quittés mardi matin. À 100 ans, cela faisait 80 ans qu’il tenait la barre. L’avocat fait partie d’une lignée entière d’hommes et de femmes de loi, sur quatre générations, depuis le grand-père juge de paix jusqu’à ses enfants, avocats. Chez Roland Weyl, la profession se confond avec l’engagement. Il a exercé son métier, aussi assidûment que passionnément. Une vocation et un combat.

Né le 18 mars 1919 à Paris, il finit son droit en 1939, mais, en raison de sa judéité, il ne peut exercer qu’à la Libération. Il commence à militer au mouvement des auberges de jeunesse à Lyon, puis, en 1946, il adhère au PCF, qui lui apparaît alors comme « le seul outil d’action pour un changement de société ». Il rejoint, dès lors, tous azimuts, plusieurs organisations, dont les incontournables Secours populaire français et Mouvement de la paix. La même année, Roland Weyl cofonde l’Association internationale des juristes démocrates (AIJD), dont il est le premier vice-président. Très vite, sa fibre communiste et internationaliste se traduit par des actions en faveur des causes anticoloniales, pour la paix, le désarmement et les droits humains.

En 1951, il est au côté des militants qui avaient déchargé un train d’armes en partance pour le Vietnam. Dès 1957, rapporte l’universitaire Vanessa Codaccioni dans la note qu’elle lui consacre dans le Maitron, il est l’un des avocats de « l’affaire Speidel », du nom des inculpations qui touchent de jeunes communistes, fils de fusillés, ayant refusé de servir sous les ordres du général allemand Hans Speidel, nommé en avril 1957 à la tête de l’Otan. Il obtint un non-lieu. Il fut aussi un ardent défenseur de la cause indépendantiste algérienne. Il prit part, avec une trentaine d’autres avocates et avocats – dont Gisèle Halimi –, au pont aérien avec l’Algérie, organisé par le Secours populaire pour aller défendre les militants algériens opprimés. Il se trouvait à Alger, en juin 1957, au moment de l’arrestation d’Henri Alleg et de l’enlèvement de Maurice Audin. Il en laisse un témoignage poignant dans son livre Mon vécu d’Algérie. Plus récemment, du 15 au 19 février 2010, c’est lui que l’AIJD a choisi pour la représenter dans une mission d’information auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha, en Tanzanie.

Infatigable dans sa quête de paix et de justice, ce passeur de savoirs a dirigé la Revue de droit contemporain de 1954 à 1991, il a été l’un des animateurs du Centre d’études de recherches marxistes et du comité de rédaction de la revue Nouvelle critique. Roland Weyl a publié de nombreux ouvrages de référence pour les étudiants et les juristes, la plupart coécrits avec son épouse, Monique Picard-Weyl, rencontrée au barreau en 1948. Après son décès en 2009, au terme de 60 années de vie et de combats communs, Roland Weyl nous confiait lui « survivre difficilement ».

Pourtant, il a continué à aller de l’avant. Fidèle à ses convictions et toujours prompt à défendre avec un talent rare, les exclus du droit au logement, les syndicalistes réprimés, les victimes de violences et d’injustice, la liberté d’expression ou la cause palestinienne. En 2017, il décrochait encore une victoire en faveur du maire de Stains (Seine-Saint-Denis), assigné en justice pour une banderole en soutien au militant palestinien Salah Hamouri. « Il est d’une grande inventivité pour faire triompher le droit contre la loi du plus fort », résumait alors Azzedine Taïbi, l’édile communiste de la ville.

Lorsque nous avions rencontré Roland Weyl à son cabinet parisien, rue du Temple, en juin 2017, pour une interview pour l’Humanité Dimanche, Roland Weyl était en pleine forme. Élégant, pétillant, une mémoire infaillible. Et intarissable d’anecdotes sur son incroyable parcours, et de commentaires éclairants sur l’actualité et l’état du monde. Son esprit de révolte intact. Point de résignation chez lui. « La corruption de la pensée publique, le désarmement citoyen, c’est le commun dénominateur de la destruction de l’essentiel des clés de l’avenir », analysait-il, ajoutant : «Notre boulot est de redonner espoir et de conquérir le pouvoir citoyen » ( l’Humanité Dimanche du 8 juin 2017).

Avec sa disparition, notre journal perd un soutien précieux et indéfectible. Roland Weyl le nourrissait de réflexions et d’analyses pertinentes : « Comment revitaliser la démocratie » ; « La gauche et le monde ont besoin d’idées novatrices » ; « Pourquoi défendre la Charte de l’Onu et le multilatéralisme » etc. De mille manières Roland Weyl s’est attaché à défendre l’Humanité. Lorsqu’elle fut interdite, ou censurée, pendant les guerres d’Algérie ou du Vietnam, en la vendant les dimanches au coin des rues. Tous les jours, Roland Weyl se rendait à son cabinet en métro. Il lisait l’Humanité et laissait son exemplaire sur un siège : « Ça fait partie de la bataille », nous confiait-il, l’œil malicieux.

Roland Weyl sera inhumé la semaine prochaine (1) au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, auprès de son épouse Monique. « Avocat communiste engagé pour la paix et la liberté », en guise d’épitaphe.  L’Humanité présente à ses enfants France, Danielle et Frédérick, ses condoléances les plus attristées.

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20 avril 2021 2 20 /04 /avril /2021 05:56
Yolande Mukagasana, née au Rwanda le 6 septembre 19541, est une infirmière et écrivaine rwandaise de langue française. Sa famille a été assassinée durant le génocide des Tutsis au Rwanda et, depuis lors, elle se consacre à faire connaître le génocide, à rendre aux victimes leur honneur et à militer pour une coexistence pacifique.

Yolande Mukagasana, née au Rwanda le 6 septembre 19541, est une infirmière et écrivaine rwandaise de langue française. Sa famille a été assassinée durant le génocide des Tutsis au Rwanda et, depuis lors, elle se consacre à faire connaître le génocide, à rendre aux victimes leur honneur et à militer pour une coexistence pacifique.

La faillite morale, politique et militaire de la France

Par Yolande Mukagasana Écrivaine, survivante du génocide contre les Tutsis, chercheuse indépendante sur le génocide

L'Humanité, lundi 19 avril

J’ai lu avec attention la tribune d’Alain Juppé publiée dans le journal daté du 7 avril 2021, jour de la commémoration du génocide contre les Tutsis. Texte désolant. Car, même lorsqu’il fait des efforts de contrition, Alain Juppé semble inaccessible à la souffrance des victimes.

D’entrée de jeu, que fait sans ambages l’ancien patron du Quai d’Orsay ? Saluer en préambule la mémoire de toutes les victimes du génocide ? C’est au-dessus de ses forces : Juppé préfère rendre hommage exclusivement à l’ancien président de la Cour constitutionnelle. Simple maladresse d’un storytelling concocté dans un cabinet de communication, ou mépris instinctif de toutes les autres victimes du génocide ? Provocation ou signes annonciateurs d’un mal plus grave : la maladie de la mémoire ?

« Nous n’avons pas compris que le génocide ne pouvait supporter des demi-mesures », affirme ensuite Juppé. Début d’un demi mea culpa, ou nouvelle tentative de réécrire l’histoire du génocide en atténuant la faillite morale, politique et militaire de la France au Rwanda mise en lumière par le rapport Duclerc ?

Car, qu’est-il reproché à la France au Rwanda avant, pendant et après le génocide ? Ce qu’elle a fait ou ce qu’elle n’a pas fait ? Ses demi-mesures ou plutôt son engagement ? La timidité de sa politique ou son soutien des auteurs du génocide ? Car, qui s’est chargée de la formation de la garde présidentielle ? Qui entraînait les forces de la gendarmerie ? Qui, durant quatre longues années, a fourni armes, munitions et conseils au gouvernement, qui préparait le génocide ?

Les mots ont un sens : parler de demi-mesure, c’est insinuer que ne serait regrettable, tout compte fait, non pas le compagnonnage avec les tueurs, mais la tiédeur d’une politique trop timorée. Donc, sous-entendue bonne, au fond.

Nous autres, victimes du génocide, nous nous souvenons de tout.

Puis, il y a ces trous de mémoire assez prodigieux de Juppé. Rien, pas un mot de regret sur la réception, le 27 avril 1994, du ministre des Affaires étrangères du gouvernement génocidaire, Jérôme Bicamumpaka, et de son directeur des affaires politiques, l’idéologue extrémiste Jean-Bosco Barayagwiza.

Rien non plus sur le refus d’arrêter les suspects du génocide, et cette note du Quai d’Orsay datée du 15 juillet 1994 : « Si, comme il est probable, certains membres du gouvernement sont déjà présents dans la zone, il est souhaitable de les en faire partir dans les plus brefs délais : leur présence ne sera pas longtemps cachée ; nous n’aurons pas la possibilité de les remettre aux Nations unies, qui n’ont à ce stade créé qu’une commission d’enquête sur le génocide, sans pouvoir de contrainte de type policier. Nous risquons aussi, dès la formation d’un nouveau gouvernement par le FPR, d’être invités à remettre les intéressés aux nouvelles autorités. Mieux vaut prévenir ce risque en faisant partir les intéressés… »

Juppé a peut-être des problèmes de mémoire, mais nous autres, victimes du génocide, nous nous souvenons de tout, y compris de ce qui s’est passé après le génocide.

Alain Juppé a menti en connaissance de cause. Froidement. Avec méthode, détermination et acharnement.

Qui oubliera les appels récurrents, répétitifs, agressifs de Juppé, lors des commémorations du génocide, à défendre l’honneur de la France contre tous ceux qui demandaient la vérité sur l’implication de l’État français au Rwanda, tous accusés au passage de tentative de falsification de l’histoire ?

Le fait est que ces appels indécents et annuels ont alimenté le discours négationniste en jetant le soupçon sur la parole des victimes. Des années durant, Alain Juppé a menti en connaissance de cause. Froidement. Avec méthode, détermination et acharnement.

Sa vie n’a pas été bouleversée par le génocide. Par contre, celle de nombreux Rwandais en a été chamboulée. La vérité est que, si la France ne s’était pas engagée auprès du gouvernement raciste de Habyarimana à partir de 1990, je ne serais pas aujourd’hui, comme beaucoup d’autres Rwandais, seule au monde.

La France a soutenu ceux qui ont tué les miens avant, pendant et après le génocide.

L’année du génocide, j’étais une femme comblée, j’avais une famille, j’avais 40 ans, et soudain, ma vie a été brisée : je suis devenue une survivante et en grande partie à cause des décisions prises par Juppé et d’autres grands messieurs qui détenaient les rênes du pouvoir en France.

Si la France ne s’était pas engagée au Rwanda, j’aurais encore aujourd’hui mes enfants auprès de moi, ainsi que le reste de ma famille, je serais entourée de mes amis. Si la France ne s’était pas engagée en 1990 aux côtés des assassins de ma famille, je serais grand-mère aujourd’hui comme les autres femmes de mon âge.

La France a soutenu ceux qui ont tué les miens avant, pendant et après le génocide. Et Juppé était le chef de la diplomatie française. Aurait-il déjà oublié tout cela ? Aurait-il oublié que le gouvernement génocidaire a été formé à l’ambassade de France à Kigali ? Aurait-il oublié que la France a évacué les génocidaires en laissant les victimes à la merci de leurs bourreaux, y compris les employés de la mission de coopération française ?

L’homme semble dans son propos heureux que le rapport Duclert n’ait pas prononcé le mot complicité. Et là, je ne peux m’empêcher de m’interroger : l’ancien ministre des Affaires étrangères et actuel membre du Conseil constitutionnel serait-il à ce point incapable de faire la différence entre un rapport élaboré par des historiens et un rapport rédigé par des juges ? L’histoire advient et ensuite le droit passe, tôt ou tard.

Avec son demi-mea culpa tordu, Juppé vient de perdre, une fois de plus, l’occasion de se taire lors d’une journée consacrée à la mémoire des rescapés. Oui, il faut évidemment avancer vers une réconciliation entre la France et le Rwanda. Mais cette réconciliation ne saurait être fondée sur des demi-vérités, mais sur l’acceptation de ce qui s’est passé.

Au Rwanda, on trouve encore de grands génocidaires qui ont parfois sauvé un enfant tutsi. Et que répondent-ils lorsqu’on leur demande la raison de leur geste ? Que c’était par mesure de précaution : en cas de victoire du FPR, ils pourraient ainsi se présenter devant tout le monde en affirmant qu’ils n’avaient pas tué les Tutsis puisqu’ils en avaient sauvé un.

Génocide des tutsis, dénis de Juppé - La faillite morale, politique et militaire de la France, par Yolande Mukagasana, L'Humanité, page Débats, 19 avril,
Génocide des Tutsis : quel travail de mémoire, pour quelle réparation ?
Lundi 19 Avril 2021

Après la remise du rapport de la commission dirigée par Vincent Duclert sur le rôle effectif de la France au Rwanda, entre 1990 et 1994, de nombreuses questions subsistent. Pour en débattre : les historiens Sébastien Jahan et Alain Gabet, et Yolande Mukagasana, écrivaine, survivante du génocide contre les Tutsis et chercheuse indépendante.

 

Du déni rwandais à l’impensé françafricain

Par Sébastien Jahan et Alain Gabet Historiens

Le 26 mars, la commission dirigée par Vincent Duclert a rendu son rapport au président Macron sur le rôle joué par la France dans le génocide tutsi au Rwanda en 1994. Cette somme d’un millier de pages a été saluée comme une étape essentielle vers la reconnaissance par l’État français de ses fautes.

Mais les critiques qui ont été exprimées doivent également être entendues comme une opportunité pour ouvrir plus largement le champ de conscientisation de notre passé postcolonial et du potentiel mortifère de notre système politique.

Commençons par les acquis incontestables de ce travail. Le rapport conclut à la « responsabilité lourde et accablante » des autorités françaises de l’époque, loin du travail euphémisant de la mission d’information parlementaire de 1998.

Ce texte tord le cou aux théories négationnistes et complotistes qui ont fleuri sur les tombes des plus de 800 000 victimes du génocide.

Le rapport déconstruit en effet les mécanismes qui ont conduit la France à se compromettre toujours plus avec un régime en voie de radicalisation extrême, dont il n’était pas possible de ne pas voir le plan génocidaire. Le dépouillement minutieux des archives permet de pointer les responsables de cette dérive et apporte des pistes d’explications intéressantes pour comprendre la focalisation hexagonale sur cette ancienne colonie belge longtemps hors des « pays du champ ».

Ce texte, qui a valeur officielle, tord le cou aux théories négationnistes et complotistes qui ont fleuri sur les tombes des plus de 800 000 victimes du génocide. Ainsi, la thèse du « double génocide » est définitivement enterrée et le rapport confirme par ailleurs qu’il n’existe aucun début de preuve que le FPR (Front patriotique rwandais) soit responsable de l’attentat contre Habyarimana.

Tout cela, des journalistes, des chercheurs et des associations l’ont dit depuis longtemps, mais le rapport en apporte la confirmation à partir de sources qui étaient cruciales et inaccessibles : les archives des corps de l’État en charge du dossier rwandais. Mais, reconnaissons-le : si c’est la boîte des fautes françaises que le rapport Duclert ouvre, alors il ne faut surtout pas la refermer sur ces acquis.

 

Le texte de la commission Duclert n’est, en effet, pas exempt de lacunes. Nous en retiendrons trois.

On peut se demander ce qui distingue l’« aveuglement » de la complicité.

La première porte sur les conclusions et l’usage du terme « aveuglement », préféré à celui de « complicité ». En évitant ce dernier mot, il est possible que les membres de la commission aient répondu, consciemment ou non, à une commande politique. Il semble clair, en effet, que ce rapport, voulu par le président et chef des armées, n’ait pu franchir une telle ligne rouge, sauf à provoquer une crise majeure avec l’institution militaire.

Lorsque Vincent Duclert dit qu’il n’y a pas complicité, si on entend par là un partage de l’intention génocidaire, il est difficile de lui donner tort. Toutefois, à la lecture de certaines pages du rapport, on peut se demander ce qui distingue l’« aveuglement » de la complicité. Cette dernière, en outre, selon la jurisprudence des tribunaux pénaux internationaux (TPI), n’a pas besoin de se manifester par l’aide directe et intentionnelle d’un tiers pour être qualifiée, ce qui laisse donc la porte ouverte à d’éventuelles suites judiciaires.

La deuxième limite du rapport tient à sa critique inachevée des institutions. Des pages saisissantes et d’une indéniable rigueur analytique mettent en évidence l’existence d’une chaîne de commandement parallèle, par laquelle François Mitterrand ou son chef d’état-major particulier faisaient transmettre les ordres sur le terrain, ce qui leur permettait de mettre en application, sans obstacle, des idées inspirées d’une vision passéiste et raciste de la société et de la géopolitique des Grands Lacs.

D’autres passages montrent aussi que certains, dans l’appareil d’État, ont tenté de s’opposer à ce que le rapport considère comme des « dérives institutionnelles » graves. Mais ne faudrait-il pas s’inquiéter plutôt de l’impuissance de ces rouages importants de l’État à contrecarrer l’obsession présidentielle ? Que dire de ces institutions qui permettent à un homme et à son entourage de décider que la défense d’un pré carré contre des ennemis fantasmés compte plus qu’un génocide ?

La troisième limite permet de mettre le point précédent en perspective. Elle tient moins au contenu du rapport qu’à son périmètre initial, tel qu’il a été défini par le président Macron. La période choisie (1990-1994) focalise en effet l’attention sur le contexte étroit dans lequel s’intègre le génocide : les relations entre la France et le gouvernement du Rwanda au moment du conflit qui oppose ce dernier à la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR).

Il faut être conscient de tout ce que l’opacité mitterrandienne dans la gestion de l’affaire rwandaise doit à la Françafrique.

Replacer le génocide des Tutsis dans le temps long des relations franco-rwandaises permet de comprendre que l’assistance militaire au profit d’une dictature aux fondements racistes s’est mise en place sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing et que le soutien aux génocidaires s’est de fait poursuivi avec Jacques Chirac, le dernier dirigeant occidental à lâcher Mobutu et ses alliés hutus radicaux qui rêvaient de prendre leur revanche sur le FPR.

Il faut donc être conscient de tout ce que l’opacité mitterrandienne dans la gestion de l’affaire rwandaise doit à la Françafrique, la politique souterraine visant à maintenir les anciennes colonies africaines dans l’aire d’influence de la France. Comme le rappelle l’ association Survie, le rôle de la France au Rwanda est bel et bien l’aboutissement monstrueux d’une pratique criminelle inscrite dans les gènes de la V e République .

Une future commission fera peut-être un jour le bilan de ces années de complicité de la France avec d’autres régimes assassins. Toutefois, et pour terminer sur une note positive, remarquons que le rapport Duclert aura sans doute des effets bénéfiques à court terme. En invalidant ce qui fut trop longtemps la version officielle de l’État, il proclame la légitimité de l’histoire à se saisir de ce sujet de recherche, pavant ainsi la route à de nouveaux travaux universitaires.

En soulevant la chape du déni, il apaise aussi la douleur et l’incompréhension des rescapés de cette immense tragédie qui espèrent maintenant non seulement des gestes symboliques forts, mais aussi que justice leur soit rendue.

A l'époque, l'Humanité avait été un des rares quotidiens français à ne pas désinformer sur le génocide des tutsis par le pouvoir extrémiste hutu et la responsabilité de la France de Mitterrand, Balladur, Léotard et Juppé:


"Un guide rwandais montrant une photo de l'armée française à Bisesero durant le génocide. © Thomas Cantaloube/Mediapart Des documents militaires inédits, dont Mediapart et France Inter ont pris connaissance, montrent que l’armée française a laissé se perpétrer en connaissance de cause des massacres contre la minorité tutsie pendant le génocide au Rwanda en 1994, alors même que sa mission confiée par les Nations unies était de les empêcher. Ces documents sont aujourd'hui entre les mains de la justice."

Envoyé spécial de « l’Humanité », Jean Chatain a été l’un des rares journalistes européens à couvrir les événements au Rwanda.
 
En 2014, 20 ans après  le génocide, il dénonçait encore le rôle de la France. Extraits.
 
Durant les quatre années de guerre civile, l’armée française n’a cessé de voler au secours du criminel système en place à Kigali. Avant “Turquoise” (juin-août 1994), il y a eu les opérations “Noroît”, “Chimère”, “Amaryllis”, révélatrices des relations entretenues par la présidence et le gouvernement français avec leurs homologues rwandais de l’époque. Présent au Rwanda fin avril 1994, j’avais pu circuler dans la zone déjà libérée par le FPR et interviewer son dirigeant, Paul Kagame. Cette rencontre se passait au pont de Rusumo, qui franchit l’Akagera (...), charriant dans ses flots jaunâtres un interminable cortège de cadavres venus de la région de Butare. Revenant sur le comportement plus qu’ambigu et tâtonnant des Nations unies, Paul Kagame avait notamment ce mot : “J’ai l’impression que, dans ses rangs, il y a des puissances, surtout les Français (...), qui voudraient bien influer sur l’issue du conflit. Le gouvernement français a toujours eu une attitude négative. Même lorsque les atrocités de ce régime étaient évidentes.” Quand, fin 1990, elles envoyaient des soldats participer au combat contre le FPR, “pensez-vous sérieusement que les autorités françaises s’imaginaient lutter pour la démocratisation de notre pays” ? Question : à quoi attribuer ce comportement effectivement de longue date ? “Je crois que la France a commencé sur un faux pas et qu’elle ne veut pas admettre qu’elle a eu tort. Je ne comprends pas cette obstination. C’est vrai, la France n’a pas chez nous d’intérêts spécifiques. Alors peut-être sommes-nous une pièce, un rouage dans sa politique générale en Afrique. Sur ce continent, le gouvernement français a soutenu beaucoup de régimes incroyables. Y compris, donc, au Rwanda, avec un gouvernement qui a massacré tant de gens.” »
JEAN CHATAIN, 8 AVRIL 2014

Lire aussi:

Jean Hatzfeld à la rencontre des Justes au Rwanda - par Muriel Steinmetz, L'Humanité, 25 février 2021

Rwanda. Les conclusions du rapport Duclert constestées - entretien entre Rosa Moussaoui et François Graner, L'Humanité, samedi 10 avril

Rwanda: les preuves d'un mensonge français (Médiapart)

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19 avril 2021 1 19 /04 /avril /2021 20:25
Niuta Titelbaum résistante, juive, communiste née à Lodz.

Niuta Titelbaum résistante, juive, communiste née à Lodz.

"En ce jour anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie, voici la belle histoire de Niuta Titelbaum résistante, juive, communiste née à Lodz.
Zakhor. תזכרי.
Niuta était une militante communiste de l'Organisation de combat juive (Żydowska Organizacja Bojowa, connue sous le nom de ŻOB) dans le ghetto de Varsovie et de la Garde populaire communiste (Guardia Ludowa) à Varsovie dans son ensemble. Elle est connue pour avoir tué plusieurs officiers et policiers nazis.
Son apparence, paraissant plus jeune que son âge réel, et ses cheveux clairs, son teint clair et ses yeux bleus, l'ont aidée à accéder à des nazis que d'autres juifs auraient eu du mal à accomplir. Dans son opération la plus célèbre, elle a tué deux agents de la Gestapo et en a blessé un troisième.
Après que l'agent blessé ait été emmené à l'hôpital, elle s'est déguisée en médecin, est entrée à l'hôpital et a tué à la fois l'agent de la Gestapo et le policier qui le gardait. Pendant la révolte du ghetto de Varsovie, elle a participé à un raid sur une position de mitrailleuse allemande qui avait été placée au sommet des murs du ghetto. Une fois, elle est entrée dans un poste de commandement allemand habillée comme une fille de ferme polonaise.
Elle a enlevé le mouchoir qui couvrait ses cheveux et un soldat SS qui était fasciné par ses yeux bleus et ses tresses blondes s'est adressé à elle, pensant qu'elle était Polonaise, en disant: "Y a-t-il d'autres Lorelei comme vous parmi votre peuple?"
Niuta a sorti son pistolet et a tué le nazi.
Elle est devenue une cible très recherchée des nazis en raison de ses activités partisanes et était connue d'eux, car ils ne connaissaient pas son vrai nom, sous le nom de «Petite Wanda aux tresses».
Niuta Teitelbaum a réussi à survivre à la destruction du ghetto de Varsovie et au meurtre de presque tous ses habitants. Cependant, elle a été retrouvée cachée à Varsovie environ deux mois après la chute du ghetto. Elle a été capturée, torturée et assassinée par les nazis en 1943. Elle avait 25 ans.
Niuta aurait déclaré: «Je suis juive. Ma place est dans la lutte contre les nazis pour l'honneur de mon peuple et pour une Pologne libre!"
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