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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 14:50
André Moat à la tribune d’un meeting de la CGT en 1978 ou 1979 (fonds A. Moat, CRBC) - Photo présentée dans le Maitron en ligne

André Moat à la tribune d’un meeting de la CGT en 1978 ou 1979 (fonds A. Moat, CRBC) - Photo présentée dans le Maitron en ligne

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère:

12/ Andrée Moat (1920-1996)

UNE CITOYENNE ENGAGEE DANS LE MILITANTISME

Il est de bon ton aujourd'hui dans certains milieux d'opposer citoyenneté et engagement politique et syndical. Andrée MOAT, au contraire fut une immense citoyenne militante communiste, CGT et culturelle.

1 - SYNDICAL

La première fois que j'ai vu Dédée MOAT c'est en 1968. Jeune enseignant je venais de prendre ma carte au Parti à la cellule de St Martin-des-Champs. Avec la fougue des néophytes je ne ratais pas une des nombreuses réunions. En alternance avec Emile LE FOLL, responsable cheminot, Dédée assurait la prise de parole de la CGT. Avec un talent d'oratrice certain nourri de la culture et de son expérience politique et syndicale. Il fallait voir comment elle enflammait les salles. Plus tard je la croiserai dans bien des manifs avec ses camarades de la CGT de Saint-Pol.

2 - POLITIQUE

Dès 1945 elle adhère au parti communiste et en sera membre jusqu'à sa disparition. Je la retrouverai au comité fédéral puis au bureau fédéral du Finistère Nord où le jeune responsable que j'étais,  apprit beaucoup de sa participation à la réflexion collective, de sa capacité à prendre du recul et de la hauteur sans jamais oublier ni les enjeux ni la réalité concrète. Mais l'apport de Dédée dépassait largement cette dimension "institutionnelle". Sa porte était toujours ouverte et ses oreilles attentives aux réflexions et aux interrogations face à des situations politiques toujours plus complexes. Je sais que, comme moi, nombreux furent les dirigeants qui bénéficièrent de ses réflexions et de ses conseils.

Dirigeante de premier ordre donc mais aussi militante de terrain. Il faut avoir participé avec elle à des campagnes électorales dans ce Léon si fermé aux idées communistes pour savoir ce que cela impliquait comme engagement et comme énergie. Que ce soit pour assurer les réunions , pour distribuer des tracts ou pour vendre la presse, elle était toujours présente et active.

Sans parler évidemment de son immense  activité autour des livres, Dédée fut vraiment de celles et de ceux qui contribuèrent à faire du PCF et de son entourage un incomparable intellectuel collectif.

3 - CULTUREL

En plus de sa passion pour les livres pour laquelle elle sillonna au volant de sa 2CV les routes du Finistère, d'une fête ou d'une réunion à l'autre, embauchant un camarade chauffeur lorsque la conduite devenait plus difficile pour elle. Dédée s'investissait dans la vie culturelle et associative locale que ce soit le cinéma, l'amicale laïque  ou la défense de l'école. Sa forte personnalité, ancrée au milieu de camarades très soudés de sa cellule/section de Saint-Pol/Roscoff, ont fortement marqué la vie sociale et politique de ce coin de Léon. En témoigne la popularité qui fut la sienne dans toute la population , dans tous les milieux des chercheurs en biologie marine comme des emballeurs de Saint Pol , des élus roscovites comme des dockers du port .

C'est un cadeau de la vie pour moi que d'avoir pu connaître et militer avec quelqu'un de la qualité de Dédée. Alain DAVID

 

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère

31/ François Paugam  (1910-2009)

FRANCOIS PAUGAM : L'HUMAIN AU COEUR

par Alain David

J'ai rencontré François lors de mon adhésion au Parti Communiste lors du grand mouvement de mai-juin 1968. La Maison du Peuple , dont il était un pilier, était alors une véritable ruche bruissant au gré des nombreuses réunions et assemblées générales  qui s'y tenaient. Son autorité, sa présence y était remarquables.

Cheminot, conducteur de locomotives, François avait pu, encore jeune, prendre sa retraite bénéficiant d'un statut que la droite y compris dans de variante macroniste n'a eu de cesse de remettre en cause. Il aurait pu, à partir de ce moment, couler des jours tranquilles. C'était mal connaître l'homme. Il déroula au contraire une carrière militante de plusieurs décennies au Parti Communiste, à la CGT et au Secours Populaire.

A l'U.L.-CGT de Morlaix, pendant plus de 25 ans, il fut quasiment permanent accueillant les salariés, les syndicalistes, se rendant dans les entreprises chaque fois que s'y déroulait un conflit ou que s'y perpétrait une injustice. Faisant respecter le droit du travail sans jamais manifester aucune crainte alors que les échanges étaient parfois houleux. S'y ajoutait en plus tout le temps consacré à l'entretien  des nombreux locaux de cette immense Maison du Peuple. Je le vois encore, à 80 ans passés, gravir une échelle pour décrocher sur la façade une enseigne de la CGT que le vent avait malmenée.

Il fut aussi un militant actif du Secours Populaire qu'il a présidé pendant des années. Là aussi il ne comptait ni son temps ni son énergie pour apporter son soutien à ceux que la vie avait malmenés. Pour cet engagement il a reçu la Légion d'Honneur des mains de Julien Lauprêtre lors d'une cérémonie émouvante où se sont retrouvés nombreux, beaucoup de celles et ceux avec qui il avait milité.

J'ai beaucoup vu François au Parti Communiste Français   après 1971.

Déjà secrétaire de section ,j'avais quitté Saint-Martin pour descendre à Morlaix et adhérer à la cellule Thorez dite "du Pouliet" dont François était l'un des animateurs. Je me souviens de tout ce que François apportait à ses débats et à son activité, comme à la section dont il était membre du comité.

En ces temps-là ça discutait ferme au Parti... ferme et parfois longtemps. François apportait dans ces débats la richesse de sa longue expérience. Veillant toujours à ce que les discussions ne s'éloignent pas de la réalité du terrain et du vécu de la population. Veillant aussi, car nous n'étions pas toujours exempts de la tentation de jargonner, à ce que dans notre expression nous soyons toujours compréhensibles par toute la population.

Ses multiples activités militantes donnaient à François une large , riche et fine connaissance de la réalité de la vie du pays de Morlaix. Elle nourrissait les nombreux articles qu'il donnait à chaque parution du journal "Le Viaduc". Les actions syndicales, les brimades et injustices dans les entreprises, trouvaient ainsi un écho public qu'elles n'avaient pas souvent dans la presse.

Comme à la CGT, François prenait en charge les locaux du parti. Le 5 rue Haute d'abord puis le 2 Petite rue de Callac. L'entretien courant bien sûr, mais aussi des tâches de plus grande envergure que son indéniable, compétence lui permettait de mener à bien. C'est ainsi qu'il réalisa le monumental escalier de la Maison du Parti. On se souvient aussi de l'exploit qu'il a mené avec son ami; Louis Olivier, quand ils se sont mis en tête de décrépir toute la façade du bâtiment et d'en rejointoyer toutes les pierres.

Plus tard, l'état de santé de son épouse rendant difficile son maintien à domicile, François décida de l'accompagner au Foyer Logement de la Boissière à Morlaix. Il y agit immédiatement pour la prise en compte des avis des résidents. François continuait à participer à nos réunions de cellule. D'y participer pleinement. Je l'ai vu souvent pester lorsque l'horaire des repas du soir au foyer l'obligeait à écourter sa présence.

François Paugam était représentatif de cette génération de militants qui, dans tous les domaines, ont voulu bâtir ces "jours heureux" du Conseil National de la Résistance. Tous les acquis qu'ils ont contribué à conquérir ont façonné la réalité française qui est aujourd'hui si gravement menacée par le pouvoir. La reconnaissance que nous leur devons nous engage à continuer leur combat.C'est le sens de " L'HUMAIN D'ABORD " pour lequel nous nous battons .

Alain DAVID - le 30.01.2020

2020 - Alain David rend hommage aux militants communistes du Pays de Morlaix: Dédée Moat, François Paugam, Alphonse Penven

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère:

35/ Alphonse Penven (1913-1994)

Témoignage de Alain David sur Alphonse Penven: 

"Je garde en mémoire de nombreuses réunions électorales avec Alphonse ... et son talent d'orateur alors qu'il n'avait pas besoin de lire son discours. Me revient particulièrement ma première candidature aux législatives où , bien que déjà affaibli , Alphonse m'avait passé le flambeau tout en acceptant d'être suppléant.

L'autre jour, en faisant un peu de rangement, j'ai retrouvé une photo où nous apportions notre soutien aux salariés de Kaolins de Berrien qui occupaient l'entrepôt de la gare de Pleyber-Christ . On y remarque l'aisance d'Alphonse devant les travailleurs. La foule qui assista à ses obsèques à Huelgoat suffit à démontrer (mais bien sûr il n'en est pas besoin ) l'empreinte dont il a marqué ce coin de l'Arrée . En ces temps où les responsables politiques semblent souvent préparés et élevés en batterie, un témoin d'une autre époque où les valeurs étaient chevillées au corps" .

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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 13:56
Piero Rainero; secrétaire fédéral, membre du comité central, Jean Dréan; membre du comité fédéral et animateur du réseau des cheminots communistes de la fédé, André Lajoinie, Alain David; membre du secrétariat fédéral en charge des élus communistes et de la formation militante, Daniel Créoff; maire de Berrien et conseiller général du canton d'Huelgoat. Piero Rainero

Piero Rainero; secrétaire fédéral, membre du comité central, Jean Dréan; membre du comité fédéral et animateur du réseau des cheminots communistes de la fédé, André Lajoinie, Alain David; membre du secrétariat fédéral en charge des élus communistes et de la formation militante, Daniel Créoff; maire de Berrien et conseiller général du canton d'Huelgoat. Piero Rainero

Voici une photo sur laquelle figure Alain David qui a été prise lors de la fête départementale du parti au Parc de Penfeld à Brest en 1987 au stand de la section de Morlaix dans lequel stand était organisé un débat sur le thème de la défense et du développement du transport ferroviaire avec André Lajoinie qui était candidat à l'élection présidentielle de 1988.
De gauche à droite sur la photo :
Piero Rainero; secrétaire fédéral, membre du comité central, Jean Dréan; membre du comité fédéral et animateur du réseau des cheminots communistes de la fédé, André Lajoinie, Alain David; membre du secrétariat fédéral en charge des élus communistes et de la formation militante, Daniel Créoff; maire de Berrien et conseiller général du canton d'Huelgoat.
Piero Rainero
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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 06:23
Barricade rue de Castiglione, photographiée par Bruno Braquehais. © Musée d'art et d'histoire de Saint-Denis/I. Andreani

Barricade rue de Castiglione, photographiée par Bruno Braquehais. © Musée d'art et d'histoire de Saint-Denis/I. Andreani

La Commune, une œuvre politique et sociale qui a marqué l’histoire
Jeudi 18 Mars 2021 - L'Humanité

Il y a cent cinquante ans, la révolution parisienne fut l’initiatrice d’une République sociale, laïque et démocratique inédite. Récit de ces 72 jours d'une expérience sans précédents dans l'histoire de la France, et des riches débats qui leur succédèrent.

 

Soixante ans après le début de la Révolution française, le second Empire avait, sur les cendres des journées de Juin 1848 et le coup d’État du 2 décembre 1851, instauré la dictature de la grande bourgeoisie financière et industrielle sur la France.

Face au régime libéral, plébiscitaire et autoritaire de Napoléon III, une force sociale nouvelle n’avait cessé de s’affirmer avec la transformation du système de production autour de l’industrie, de la machine à vapeur et du travail salarié, dont celui des enfants. Elle avait obtenu, en 1864, la reconnaissance de son droit de coalition et, la même année, s’était organisée politiquement sous la forme d’une Association internationale des travailleurs (AIT).

Le fiasco militaire de Sedan et la capitulation de l’empereur

Confrontée à la montée en puissance de la Prusse, la France avait déclaré la guerre au royaume de Guillaume Ier et d’Otto von Bismarck, le 19 juillet 1870. À peine un mois et demi après, le 2 septembre, la campagne de « Napoléon le Petit », selon l’expression de Victor Hugo en 1852, se soldait, après une série d’autres, par le fiasco militaire de Sedan et la capitulation de l’empereur.

Les événements, fait significatif, seront annoncés au Palais-Bourbon par Eugène Schneider, maître du Creusot et président du corps législatif impérial, président de la Société générale et fondateur, avec Charles de Wendel, du Comité des forges, la veille de la proclamation de la République, le 4 septembre.

Autre fait significatif, c’est dans la galerie des Glaces de Versailles que sera proclamée la naissance de l’État allemand, le 18 janvier 1871, date à laquelle les armées du Kaiser assiègent Paris et tiennent sous leur coupe le nord-est du territoire de la France métropolitaine.

Un armistice honteux, le 28 janvier

La République proclamée le 4 septembre 1870, celle du gouvernement de la défense nationale puis, après les élections législatives du 8 février 1871, celle placée sous l’autorité d’Adolphe Thiers et d’une Assemblée nationale à majorité royaliste installée à Versailles, organisera, sous la pression de l’Empire allemand et des milieux d’affaires français, l’écrasement de la Commune de Paris.

Elle avait promis une mobilisation acharnée avec à l’esprit les souvenirs des batailles de la Révolution française de Valmy (1792) et de Fleurus (1794). Elle signera – malgré l’opposition de Gambetta et de Garibaldi – un armistice honteux, le 28 janvier, et bientôt un traité préliminaire de paix, le 26 février. Après une série de trahisons, elle entérinera, entre autres humiliations, la perte de l’Alsace-Lorraine, avant de se réarmer, avec l’appui des nouveaux maîtres de l’Allemagne, contre Paris.

Le Paris populaire résiste

Le 7 janvier 1871, l’affiche rouge signée notamment par Édouard Vaillant et Jules Vallès demandant la naissance de la Commune de Paris, à l’image de la Commune insurrectionnelle de Paris de 1792, avait eu peu d’écho. Le 22 janvier, les tirs de la troupe sur les manifestants opposés à la capitulation rassemblés devant l’Hôtel de Ville, le jour où Louise Michel prend pour la première fois les armes, lancent l’alarme. La décision du gouvernement de février d’imposer le règlement des loyers et des échéances impayés, de supprimer la solde des gardes nationaux et de s’emparer des canons de Montmartre mettra le feu aux poudres.

Le 18 mars 1871, l’idée de la Commune ressurgit avec la claire prise de conscience de la trahison du gouvernement de défense nationale puis du gouvernement de février et l’engagement des manœuvres de ce dernier pour écraser définitivement la résistance parisienne. Le 28 mars, à la suite des élections municipales du 26, un Conseil de la Commune est proclamé. La Commune de Paris de 1871, du 18 mars au 28 mai, date de la fin de la « semaine sanglante », durera soixante-douze jours (soixante-treize avec la prise du dernier fort à Vincennes, le 29 mai).

« Ceux qui tiennent la matraque exigent l’amnésie historique », écrit Noam Chomsky dans l’Ivresse de la force (Fayard). La Commune de Paris de 1871, clé de l’histoire contemporaine, non seulement française mais mondiale, ce « sphynx » selon l’expression de Karl Marx (1), trop souvent biffé d’une censure tenace dans notre mémoire, sera, malgré l’adversité, d’une intensité politique inouïe.

Le rôle des Parisiennes est décisif

Stimulée par l’action des clubs, journaux, comités, assemblées, cercles, syndicats, associations, unions dont, en particulier, l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, fondée par Nathalie Le Mel et Élisabeth Dmitrieff, militante de l’AIT, ou le Comité des femmes de la rue d’Arras, organisant des ateliers collectifs « afin de préparer l’organisation du travail des femmes par elles-mêmes ». Le rôle des femmes du peuple de Paris est décisif. Les « mains de Jeanne-Marie » comme l’écrivait Arthur Rimbaud, mais aussi leurs voix, leurs plumes et leurs cœurs battants entraîneront, dans le cours des événements, un bouillonnement de projets et d’idées inédit.

De par son œuvre économique et sociale tout d’abord, la Commune répond à l’urgence d’une situation hautement critique et dessine les linéaments d’une nouvelle organisation de la société. Entre autres mesures, elle promulgue l’interdiction de l’expulsion des locataires, un moratoire sur les loyers, la réquisition des logements vacants pour les donner aux sans-logis et aux victimes des bombardements.

Elle transforme huissiers, notaires, commissaires-priseurs et greffiers des tribunaux en fonctionnaires pour les plus pauvres, elle promulgue la suspension de la vente des objets du Mont-de-piété et le dégagement gratuit pour certains d’entre eux. Elle met en place les éléments d’une protection sociale, avec la création de pensions, de cantines, de dispensaires, d’orphelinats ainsi que de soins médicaux gratuits.

Salaire minimum, journée de dix heures et réglementation du travail de nuit

Dans le champ du travail qu’elle commande directement, elle limite la journée de travail à dix heures, journée de travail qui était le plus souvent de quinze, voire de dix-huit heures par jour. Elle réglemente le travail de nuit et l’interdit dans les boulangeries. La Commune prend des mesures d’augmentation des salaires pour les travailleurs communaux, dont les postiers et les instituteurs. Elle contraint les entreprises qui travaillent pour elle de fixer un salaire minimum.

Elle interdit la pratique des amendes et des retenues sur les salaires opérée par le patronat. Elle assimile l’abandon d’un atelier par un patron à une désertion et légalise la remise aux travailleurs, constitués en société coopérative, des ateliers abandonnés avec une journée de travail maximale de dix heures et la désignation de leurs cadres par élection. Elle supprime les bureaux de placement privés et stimule la création de chambres syndicales qui se multiplient, et accroissent leurs actions.

Déconcentration du pouvoir et démocratie ouvrière

Inédite par son œuvre sociale et économique, la Commune de Paris de 1871 le sera également par son œuvre politique. Constitué de républicains de gauche, jacobins, blanquistes et indépendants ainsi que de socialistes, proudhoniens, internationalistes communistes ou radicaux, le Conseil de la Commune tire son inspiration politique des revendications démocratiques de la Convention montagnarde (1793-1794), de la Constitution de l’an I ainsi que de celles nées pendant et après la révolution de 1848, mettant en avant la démocratie directe – question agitant également les rangs de l’AIT –, la déconcentration du pouvoir d’État ainsi que le contrôle des représentants par le peuple.

Elle fait aussi écho aux revendications de la démocratie ouvrière impliquant la démocratisation de l’organisation des unités de production, usines, manufactures, ateliers et services publics. Entre autres mesures, elle promulgue le principe de séparation de l’Église et de l’État et la suppression du budget des cultes.

Révolution culturelle

Elle met en place, contre l’enseignement traditionnel imprégné d’obscurantisme, de préjugés inégalitaires de race, de sexe et de classe, une commission de l’enseignement avec pour mission la création d’une école laïque, gratuite et obligatoire incluant les arts, le sport et la culture pour tous ainsi que la promotion de l’enseignement professionnel polytechnique et l’égalité des sexes.

Elle met en place une commission fédérale des artistes dans laquelle se retrouvent notamment Corot, Courbet, Daumier et Manet pour faire ouvrir au public les musées de la ville, le jardin des Tuileries aux enfants et les bibliothèques aux travailleurs. Une révolution en matière culturelle pour l’époque.

« Les théâtres s’ouvrent », raconte Prosper-Olivier Lissagaray (2) : « Le Lyrique donne une grande représentation musicale au profit des blessés. ­L’Opéra-Comique en prépare une autre. Les artistes abandonnés par le directeur de la Gaieté dirigent eux-mêmes leur théâtre. Le Gymnase, le Châtelet, le Théâtre-Français, l’Ambigu-Comique ouvrent leurs portes à la foule. Des concerts sont organisés aux Tuileries, pour les veuves et les orphelins de la Commune.  »

Un pouvoir municipal élargi

Dans le domaine politique au sens institutionnel, la Commune, fonctionnant sur la base d’un dialogue ouvert permanent avec le peuple parisien par le biais des commissions, est placée sous le principe de la révocabilité des élus et des magistrats ainsi que l’idée du mandat impératif.

Patriotique mais dans un sens universaliste, elle ouvre la citoyenneté aux étrangers, qui seront nombreux parmi ses militants et combattants. Soucieuse de rompre avec le centralisme du Paris impérial, elle envisage la mise en place d’une République décentralisée fondée sur un pouvoir municipal élargi.

Mais la Commune de Paris de 1871 ne fut pas seulement un ensemble d’organes politiques et civiques dont l’action, d’une teneur extraordinaire pour les deux mois de son existence, pourrait être considérée comme un « arrêt sur image ». Comme telle, malgré ses audaces, sous la menace constante de son écrasement militaire et de son effondrement politique, isolée par l’échec des Communes provinciales, entre autres, de Lyon, Marseille ou Saint-Étienne, elle souffre nécessairement de nombre d’imperfections, de limitations et de contradictions soulignées, notamment, par la critique marxienne et marxiste.

L'espérance du « temps des cerises »

Elle fut, comme la Révolution française ou la révolution soviétique de 1917, un mouvement social en acte porteur, dans ses interstices mêmes, de principes dépassant sa lettre et traversant les époques.

Portant en elle l’espérance de ce « temps des cerises » qui, depuis la révolte de Spartacus contre le régime de l’esclavage romain, ne cesse de renaître au printemps d’une humanité productrice et créatrice s’émancipant de ses tutelles politiques, économiques, sociales et imaginaires, elle ne cesse de nous interpeller et de nous convier à la découvrir et à la redécouvrir, à l’image du hors-série exceptionnel, « Un espoir mis en chantier », que l’Humanité consacre à son cent cinquantième anniversaire.

Sur ses branches de mai 1871 ensanglantées par l’égoïsme armé des classes et des castes dominantes, comme au sortir de l’Occupation et de la Collaboration, ombrageant le mur des Fédérés témoignant de l’héroïsme des titis et des grisettes de la Commune de Paris, « à l’assaut du ciel », les fleurs de cerisier des « jours heureux ».

(1)  La Guerre civile en France, dans  Sur la Commune de Paris, textes et controverses. Éditions sociales, 2021.

(2) Histoire de la Commune de Paris 1871, de Prosper-Olivier Lissagaray. La Découverte, 2005.

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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 06:16
Tous témoins, Ouvrage collectif sous la direction de Farouk Mardam Bey, Actes Sud, et l'Association, Pour que l'esprit vive, 143 p., 25€

Tous témoins, Ouvrage collectif sous la direction de Farouk Mardam Bey, Actes Sud, et l'Association, Pour que l'esprit vive, 143 p., 25€

Livre collectif. Dessins sortis de l’enfer des prisons de Syrie
Jeudi 18 Mars 2021

Incarcéré et torturé, Najah Albukaï témoigne par l’encre et le crayon dans un livre enrichi de très nombreuses contributions écrites.

Le Syrien Najah Albukaï est né en 1970. Il est artiste peintre. Il s’est jeté éperdument dans la révolution syrienne, dès les débuts, en 2011. Il a été emprisonné et torturé à plusieurs reprises dans les geôles de Damas. En 2011 d’abord, pour une journée, puis en 2012 (« un mois de torture en continu »), puis en 2014. Là, « ça a été l’enfer ». Au centre « 227 », dans les sous-sols, il fait partie de ceux que l’on appelait les « dénudés », parce que dévêtus et chargés du « labeur macabre » qui consiste à transporter les cadavres des codétenus dans des couvertures maculées de crasse, de pus et de sang. « Je n’ai pas arrêté, écrit Najah Albukaï, l’un des premiers cadavres que j’ai vus était marqué au gros feutre 5535 et l’un des derniers 5874. Ces chiffres, gravés dans ma mémoire, indiquent que trois cent quarante et un prisonniers sont morts pendant mon séjour, du 3 septembre au 11 novembre 2014. » Sa famille a pu le faire sortir, en payant une fortune en pots-de-vin : « Le tribunal du terrorisme était un véritable tiroir-caisse pour les services corrompus du régime. » Il se voit enfin accorder, par l’ambassade de France à Beyrouth, un visa de réfugié. Il se met à dessiner sans trêve au crayon et à l’encre sèche. Cela représente « des corps encagés dans des cachots » (Samar Yazbek), des figures de momies creuses, des hommes nus, pressés comme des moutons, devant la matraque des sbires d’Assad, des scènes de torture au trait fissuré, des têtes effarées, des détenus contraints de maintenir des corps suppliciés criblés de coups. On sent l’étouffante asphyxie de la page, engorgée sous l’amoncellement figuré des corps, la dissolution à grande échelle d’une « masse compacte et inidentifiable » (Sinan Antoon).

Des œuvres nées de l’horreur

Ces dessins semblent « croqués sur le vif » (Elias Sanbar), pour « témoigner de l’entreprise génocidaire menée par le pouvoir » (idem). Ils font l’objet d’une exposition à la galerie Fait & Cause tandis que le livre, sous la direction éditoriale de Farouk Mardam-Bey, les reproduit et les accompagne d’une vingtaine de textes, sous le titre générique de Tous témoins. La Maison de la poésie a prévu une soirée autour de l’ouvrage, le 20 mars. Des contributions poignantes (entre autres, de Sinan Antoon, Santiago Alba Rico, Habib Abdulrab Sarori, Djaïli Amadou Amal, Mohamed Berrada, Laurent Gaudé, Farouk Mardam-Bey, Wajdi Mouawad, James Noël, Olivier Py, Samar Yazbek) légendent, en quelque sorte, ces œuvres nées de l’horreur. Certains auteurs évoquent leur propre pays, en lien avec ce que Farouk Mardam-Bey nomme la « syrianisation du monde ». Samar Yazbek n’a pas oublié les jeunes Syriens dans les rues, à l’époque qu’on avait baptisée comme étant celle des printemps arabes. « C’étaient des corps frais qui se libéraient, élancés, bouillonnants de colère. » Et puis, poursuit-elle, « J’ai vu ces mêmes corps piétinés par les miliciens, assassinés par des snipers, conduits brutalement en prison », devenus « nourriture du néant ».

Tous ces presque cadavres griffonnés à la main, entourés du silence de l’impensable, possèdent l’ « intensité de choc » propre au dessin, que le témoignage photographique n’atteint pas. Selon Elias Sanbar  : « L’émotion qui sort par tous les pores » surpasse et bouleverse davantage.

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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 06:08
Olivier Souêtre, communard morlaisien, cheminot, officier fédéré, chansonnier révolutionnaire
Nous empruntons ce juste hommage à un communard morlaisien à notre ami Claude Bonnard, co-fondateur du Théâtre de la Corniche à Morlaix:
 
"En ce premier jour de commémoration des 150 ans de la Commune de Paris, on peut évoquer "le communeux" local SOUÊTRE Olivier, dit Souvestre
"Né le 27 décembre 1831 à Plourin-lès-Morlaix (Finistère), mort le 30 décembre 1896 ; cheminot ; chansonnier révolutionnaire ; officier fédéré pendant la Commune de Paris.
Son nom primitif de Souvestre avait été modifié en Souêtre, en 1800, par un secrétaire de mairie étourdi. Son père était meunier et voulait faire de lui un prêtre. Le curé de Plourin lui enseigna le latin et lui insuffla l’amour de la poésie et de l’histoire ; Pierre Le Scour, greffier au tribunal de Morlaix (Finistère), le poussa vers le séminaire en payant son trousseau. Il entra au séminaire de Quimper (Finistère), écrivit des vers bretons et s’enthousiasma pour Lamennais ; puis, au cours de vacances à Locquirec (Finistère), il s’éprit d’une jeune fille et renonça à la prêtrise. À vingt ans, il fut incorporé dans l’infanterie de marine, à Rochefort (Charente-Inférieure) ; il fut libéré après deux ans comme fils aîné de veuve.
En 1858, il gagna Paris et occupa un emploi de bureau à la compagnie du chemin de fer d’Orléans ; il vivait médiocrement, fulminait contre la société et la religion : « La soutane, écrit-il, fait la nuit sur le monde » ; on le connaissait alors sous le nom de Souvestre, plutôt que de Souêtre.
Il se jeta avec enthousiasme dans les luttes de la Commune ; officier-payeur au 151e bataillon fédéré, il fut blessé à la gorge, au fort d’Issy, par une balle qui le laissa aphone.
La compagnie d’Orléans ne le reprit pas ; il devint correcteur d’imprimerie, puis employé au Comptoir d’escompte. Il écrivit de nombreux poèmes révolutionnaires ; il mourut à Paris, 2, rue Pascal (Ve arr.) et fut enterré le 1er janvier 1897 au cimetière de Bagneux.
Un de ses poèmes les plus célèbres, La Marianne, débutait ainsi :
 
« Mon nom à moi, c’est Marianne,
Un nom connu de l’univers,
Et j’aime à porter d’un air crâne
Mon bonnet rouge de travers »
 
Mise en musique par Léon Trafiers, popularisée par Fernande d’Erlincourt, la Marianne ne fut détrônée que par l’Internationale.
 
Souêtre groupa un certain nombre de ses poèmes, en 1896, sous le titre de La Cité de l’Égalité. Parmi ces poèmes, la Question de l’Amnistie qui, en 1879, lui valut le premier prix au concours de la Muse républicaine d’Évreux et La Commune ressuscitée, dans lequel il stigmatise Thiers, « sinistre vieillard » qui
 
« À fait signe à Bismarck, l’implacable vainqueur,
Et le Rhin allemand, pour la guerre civile,
Lui vomit ses captifs, par centaines de mille !
Mais la Commune reviendra, car elle est la Raison, la Justice et la Fraternité. »
 
« Jusque-là soyez fiers, heureux et triomphants,
Glorieux assassins de femmes et d’enfants :
Dormez sur vos lauriers sans souci d’autre chose,
Pourvoyeurs des poteaux hideux de Satory :
Votre éternelle apothéose
Sera le pilori !
......
Vous êtes des mourants ! et lorsque, sous les fleurs,
Vous riez, après boire.
Et vous chantez victoire,
J’entends, derrière vous, le pas des fossoyeurs ! »
 
Souêtre écrivit aussi, en 1885 Le Chant d’un soldat (La Crosse en l’air !) et, en 1890, Pendeurs et Pendus sur les martyrs de Chicago"
Article tiré du Maitron (https://maitron.fr/spip.php?article8750, notice SOUÊTRE Olivier, dit Souvestre, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 9 février 2020."
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18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 06:40

 

Ce 18 mars marque le début de la Commune de Paris, qu’il nous revient de fêter allégrement pour ce qu’elle fut, une expérience unique où le peuple de Paris a pris en main son destin pour vivre l’expérience d’une République démocratique, égalitaire et sociale, une République pour le peuple, par le peuple.

 

 

Et puisqu’il s’agit du 150e anniversaire de cette séquence essentielle, constitutive de l’Histoire de la Capitale pendant les 72 jours qu’a duré la Commune, de mars à fin mai de cette année 2021 la ville de Paris va vivre au rythme de la mémoire de ces événements. Une programmation riche soutenant une multitude d’initiatives associatives et culturelles invite les Parisiennes et les Parisiens à mieux connaitre, ou même à découvrir cette histoire, dans les arrondissements, dans les rues où l’insurrection fut vécue intensément.

Si nous en doutions, au regard des crispations et vociférations de la droite parisienne à l’annonce de cette commémoration par la Ville, la prise de pouvoir du peuple, pendant ces journées de 1871, par sa transformation radicale du rapport de classe, reste une brèche révolutionnaire encore d’une puissante actualité.

Forts de l’énergie de leur désespoir à la suite d’un siège qui les a affamés, meurtris, les plus humbles des Parisien·ne·s, les ouvriers, le monde du travail, refusant la représentation nationale monarchiste, ont réussi à faire naître et vivre un projet politique organisé et collectif, un espoir au service de l’amélioration de leurs conditions de vie, avec des décrets d’une telle modernité qu’ils sont en total résonance avec beaucoup de nos revendications d’aujourd’hui.

Le projet de société des communardes et communards s’appuyait sur l’aspiration à une démocratie directe avec des élus légitimes, associant des femmes en responsabilités, l’égalité entre femmes et hommes, égalité des salaires aussi. Les femmes furent d’ailleurs très impliquées dans la Commune de Paris. Louise Michel, bien sûr, mais de nombreuses autres que cet anniversaire un peu partout mettra à l’honneur. La Commune de 1871, c’est aussi des expériences d’autogestion, la santé accessible à toutes et tous, l’école gratuite et laïque, la séparation de l’Église et de l’État, ou encore la réquisition des logements vacants pour les plus démunis, la citoyenneté offerte aux étrangers, etc.

Alors oui ce fut bien sûr - les conservateurs d’aujourd’hui s’en effraient encore - aussi des épisodes violents, des édifices brûlés, des membres du clergé tués. Mais violences et exactions s’exprimèrent autant et même plus dans la répression. On le sait, les communardes et communards, les meneuses et meneurs comme les anonymes ont payé cher, au terme des 72 jours, avec les exécutions de la « semaine sanglante », sans compter toutes celles et tous ceux arrêtés et déportés.

La Commune, aussi brève fut-elle, laminée au final par la revanche meurtrière des réactionnaires tous unis contre le peuple de Paris, a néanmoins donné à espérer pour des générations un possible d’un collectif révolutionnaire. Elle a nourri, et nourri encore, l’imaginaire du mouvement ouvrier en France et bien au-delà. À l’époque déjà les gouvernants espagnols s’inquiétaient que des villes comme Barcelone ou Madrid ne s’en inspirent, et bien sûr la République espagnole s’est nourrie de cette inspiration. On put voir ensuite, dans les Brigades internationales, fièrement engagé un bataillon Louise-Michel, un bataillon de La Commune rassemblant des communistes français avec Rol-Tanguy à sa tête et montrant combien la Commune était notre héritage. La libération de Paris en août 1945, dans son engagement populaire, se souvenait encore du courage des communards… Alors, la Commune de Paris, en 2021 plus que jamais, alors que nous vivons l’agonie d’un capitalisme moderne même plus capable d’assurer la survie de toutes et tous pour les exploiter, fêtons-la, oui, pour mieux nous en inspirer !

Tout le programme des 150 ans de la Commune de Paris est accessible sur https://quefaire.paris.fr/ Et, au final, retrouvons-nous pour une grande manif convergeant vers le mur des Fédérés le 28 mai prochain.

Laurence Patrice, adjointe PCF à la Maire de Paris, en charge de la mémoire et du monde combattant

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12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 06:33

 

1937/1938 : Alors que l’Espagne du Front populaire est victime de la non-intervention, lâchée par Paris et Londres, les communistes mettent sur pied une compagnie maritime pour nourrir et armer les Républicains.

 

 

1940 : Les nazis occupent le pays, Vichy s’installe, l’extrême droite pavane. France-Navigation a été mise en gérance, trois concurrents se partagent ses navires, la Transatlantique, les Chargeurs et Worms. La direction de la compagnie passe en procès en août, à Toulon. Il s’agit en fait de quatre de ses responsables dont Auguste Dumay et Simon Pozner (Georges Gosnat a été fait prisonnier sur le front belge par les Allemands en mai 40 et Allard/Ceretti a pu échapper à la police).

La presse collabo couvre largement le procès, elle parle de « compagnie étrange » qui se livrait à une « étrange activité ». Pourtant la justice a du mal à trouver la faille, et l’argent. Les preuves manquent, et l’avocat (Maître Moro-Giafferi, vedette du barreau et homme politique fameux) est bon. Les quatre dirigeants sont acquittés le 27 août 1940, et France-Navigation la rouge est blanchie, si l’on peut dire.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. La société suscite bien des appétits. Nombreux sont ceux qui veulent mettre la main sur les fonds de France-Navigation, des aventuriers en tout genre, trafiquants d’armes ou aigrefins, des affairistes vichystes et l’occupant allemand. Tous sont à la recherche des actions (30 000) et des actionnaires. Tous multiplient les enquêtes, les procédures. La Gestapo veille.

Dans les archives de France-Navigation, on peut lire les commentaires de l’administrateur judiciaire de la société, ces années-là ; il y est beaucoup question des investigations d’un officiel allemand, un certain Rosenchaft, gestapiste. Chargé de suivre le dossier, il se montre très actif ; pourtant, de procès en procès devant le tribunal de commerce de Paris, les choses n’avancent pas. « Rien ne semble pouvoir résoudre l’affaire », écrivent les auteurs de l’ouvrage Les brigades de la mer. Puis, coup de théâtre : les Allemands s’aperçoivent que Rosenchaft est en fait un rouge infiltré, un juif hollandais qui travaille pour l’Internationale ; il est arrêté, déporté. Le dossier de France-Navigation est au point mort. On bute sur des questions juridiques, de propriété, d’identité des actionnaires, de secret bien gardé.

Juin 44 : Paris se libère. Le même administrateur, qui tient toujours une sorte de journal de bord, décrit l’ambiance parisienne : « ça tire de partout ». Paniqué, et prudent, il s’enfuit.

1945, Georges Gosnat rentre du camp disciplinaire nazi de Lübeck. Il se retrouvera bientôt, on l’a dit, secrétaire d’État à l’Armement. Il récupère la société, re-identifie petit à petit les différents actionnaires (qu’on retrouve jusqu’en Suède…), remet la main sur les 30 000 actions (volées par un patron de presse indélicat). Et France-Navigation repart. Mais sur un mode marchand plus traditionnel. La compagnie sera vendue en 1953 ; celui qui s’occupe de cette transaction s’appelle Raymond Aubrac.

Pas de conclusion mais une remarque : lorsque les deux livres mentionnés plus haut sur l’histoire de « France-Navigation » sont sortis, dans les années 70, les médias de droite ou de gauche, du Figaro de Giscard au Matin de Mitterrand, ont réservé à ces ouvrages des critiques assez hargneuses. On ne discutait pas les faits, avérés, on traitait le dossier avec mépris. Pourquoi cette attitude ? Sans doute qu’il ne fallait pas créditer les communistes de cette histoire puissante. Ainsi fonctionnait à l’époque l’anticommunisme ambiant. N’empêche, les faits sont là, il reste une formidable histoire rouge.

Gérard Streiff

 

Cette série sur France-Navigation a été proposée par Yann Le Pollotec qui, le premier, en a eu l’idée.

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 06:20

  LCP – Débat Doc – Matha Derumeaux : syndicaliste, féministe et oubliée

Dans "Débatdoc", le documentaire réalisé par François Perlier : Le souffle de Martha. Un film qui retrace le parcours de Martha Desrumaux une enfant du Nord à la destinée romanesque. Ouvrière à neuf ans, analphabète, elle deviendra à force de révolte et d'engagement une des premières femmes élues du peuple français. Première femme députée, personnage emblématique de la lutte sociale dans le film « La vie est à nous » de Jean Renoir, Martha Desrumeaux est tombée dans l'oubli à sa mort en 1982.

Nos invités : Elsa Faucillon, député communiste des Hauts-de-Seine. Maryse Dumas, ancienne secrétaire confédérale de la CGT. Aujourd'hui membre du bureau de l'institut CGT d'histoire sociale. Rachel Silvera, économiste, maîtresse de conférences Université Paris-Nanterre - Co-directrice du réseau de recherche MAGE.

LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales…autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 12:53
Résistant finistérien communiste de région parisienne - René Le Gall, fusillé le 7 mars 1942 à Clairvaux
Résistant finistérien communiste de région parisienne - René Le Gall, fusillé le 7 mars 1942 à Clairvaux

René Le Gall est  fusillé le 7 mars 42 à Clairvaux, le même jour que Pierre Semard.

Chaque 7 mars,  les communistes du 13e et l'UL CGT  avec la section d'entreprise du PCF et syndicats des cheminots le matin à 11h30 commémorait la mémoire de Pierre SEMARD et le soir à 17h00 liaient son assassinat à celui de René LE GALL (d'autant que les deux ont été candidats et élus de l'arrondissement) en fleurissant soit le monument soit la plaque au square.

Durant l'occupation, comme pour Pierre Semard, sa mémoire sera honorée chaque année par ses camarades durant toute l'occupation avec des débrayages (risquant pour cela la peine de mort) et manifestations  sur les chantiers en Région Parisienne.

Ce 27 mai, même si nous ne pourrons pas occuper le square qui porte son nom comme nous l'espérions pour la Journée Nationale de la Résistance, Il va être au centre de la Journée Nationale de la Résistance 2021 dans le 13e de Paris.

Guy Hervy

René Le Gall -

(sa notice dans le Maitron)

 

Né le 13 janvier 1899 à Edern (Finistère), fusillé comme otage le 7 mars 1942 à Clairvaux (Aube) ; ouvrier terrassier ; secrétaire de la Fédération CGTU du Bâtiment (1933-1935) ; conseiller municipal communiste de Paris (XIIIe arr.).

 

Fils d’Alain Le Gall, cultivateur, et d’Isabelle Toulhoat, ménagère, René Le Gall, venu de sa Bretagne natale pour travailler comme ouvrier terrassier dans les chantiers de Paris dès 1921, adhéra aussitôt au syndicat général des ouvriers terrassiers et y resta après l’adhésion à la CGTU. Son rôle fut particulièrement important en 1925 lorsqu’il se prononça contre le passage à l’autonomie préconisé par les éléments anarcho-syndicalistes particulièrement influents dans cette corporation.

Suivi par la majorité des adhérents parisiens, il devint délégué permanent appointé. Auguste Lemasson, qui fit sa connaissance cette même année, affirme que ses camarades de travail « appréciaient sa détermination car il payait toujours de sa personne, il avait une constitution et une santé robuste qu’il ne ménageait pas ».

Son courage physique, conforme à la tradition du syndicalisme du Bâtiment, lui valut d’être condamné à deux mois de prison avec sursis, en août 1925, pour coups et violence, et à nouveau à la même peine, en octobre 1926, pour entraves à la liberté du travail. Ce n’était que le début d’une longue série d’interpellations pour sa participation musclée à des conflits sociaux. Son arrestation en juillet 1929 provoqua une intense mobilisation : « Des milliers de travailleurs employés aux chantiers des grands boulevards quittèrent le travail et manifestèrent dans la rue pour exiger sa libération qui ne tarda pas » (témoignage de Lemasson).
Membre du Parti communiste depuis 1926, Le Gall continua à se consacrer essentiellement au syndicalisme. Secrétaire adjoint du syndicat national en 1926, trésorier en 1928, il en devint secrétaire général en 1929 et fut réélu à plusieurs reprises. Le Gall eut également des responsabilités confédérales, particulièrement comme membre de la commission exécutive de la CGTU de 1929 à 1935. Il représenta à ce titre la CGTU au conseil d’administration de l’Humanité.
Il affronta pour la première fois le suffrage universel lors des élections municipales de mai 1935 dans le quartier Croulebarbe (XIIIe arr.) où il habitait depuis 1923. Il fut élu au second tour avec 1 643 grâce au désistement du socialiste SFIO Henri Vergnolle. C’est sur sa proposition qu’un grand jardin dépendant de la Manufacture des Gobelins devint un square public qui, après la Libération, prit son nom. Il fut vice-président de la commission du métropolitain et vice-président du conseil général (1937-1938).
Présenté comme fondateur des Bretons émancipés, il était président d’Honneur de la section du XIIIe arrondissement.
Responsable à l’organisation de la Région communiste Paris-Ville en 1938, il fut chargé en octobre 1939 de mettre à l’abri la caisse de la Fédération CGT du Bâtiment. La police l’arrêta le 15 novembre 1939 alors qu’il dirigeait un centre clandestin d’impression du Parti communiste. Il fut déchu de son mandat municipal le 21 janvier 1940 et condamné, le 14 mai 1940, par le 3e tribunal militaire de Paris, à cinq ans de prison, 5 000 francs d’amende et cinq ans d’interdiction de ses droits civils et politiques pour infraction au décret interdisant le Parti communiste français. Emprisonné à Bourges (Cher) (15 novembre 1939-11 juillet 1941) puis à Clairvaux (Aube) (11 juillet 1941-7 mars 1942), il y a été fusillé comme otage le 7 mars 1942, suite aux attentats de Dijon des 28 décembre 1941 et 10 janvier 1942. Les témoignages des détenus attestent qu’il fit preuve jusqu’aux derniers instants du courage qui avait marqué sa vie militante. Son corps repose au cimetière du Père-Lachaise près du Mur des Fédérés aux côtés de ceux des autres élus communistes parisiens fusillés.
Il fut en effet un des six conseillers municipaux et conseillers généraux de la Seine à être fusillé avec Jules AuffretCorentin CariouLéon FrotMaurice GardetteJean Grandel.
René Le Gall laissait une veuve, Marie-Louise, cultivatrice puis ouvrière confiseuse, née le 12 juin 1900 à Edern (Finistère), épousée le 16 janvier 1923 à Edern. Leur seul enfant, né en 1926, n’avait pas survécu
.

Roseraie du square René Le Gall dans le 13 e arrondissement de Paris

Roseraie du square René Le Gall dans le 13 e arrondissement de Paris

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 07:02

 

1937/1938 : Alors que l’Espagne du Front populaire est victime de la non-intervention, lâchée par Paris et Londres, les communistes mettent sur pied une compagnie maritime pour nourrir et armer les Républicains

 

(Illustration : un Polikarpov I-16 aux couleurs des Républicains espagnols)

Dans l’histoire de France-Navigation s’amorce bientôt ce que Ceretti appelle la « deuxième période » où la compagnie pour l’essentiel va transporter de l’aide soviétique à l’Espagne. Paradoxalement cette phase est la moins risquée. Les navires de France-Navigation en effet montent s’approvisionner dans l’extrême nord russe, à Mourmansk, port important sur la mer de Barents, la plus grande ville au nord du cercle arctique. Là, ils embarquent des techniciens, des tankistes, des pilotes d’avion, des officiers, mais aussi du matériel de guerre : avions démontés, tanks, canons.

Ces cargaisons sont déchargées au Havre ou à Bordeaux puis acheminées par la route ou par le train vers Puigcerda et la Catalogne : « un flux continu qui dura des semaines et des mois ». Au troisième trimestre 1938, France-Navigation transfère ainsi 200 avions (en pièces détachées).

L’armée républicaine disposera au total de 276 exemplaires du Polikarpov, l’avion de chasse le plus rapide de l’époque. Il était surnommé « Mosca » (mouche) par les Républicains et les fascistes l’appelaient « Rata » (rat).

« Malheureusement cette aide précieuse venait avec un an de retard », constate Ceretti. Si la livraison d’armes tarde, c’est en raison, semble-t-il, de divergences entre républicains espagnols mais surtout, répétons-le, par la faute de la politique de « non-intervention », une politique de capitulation qui va conduire, en septembre 1938, aux accords de Munich.

Janvier 1939 : Barcelone tombe, le ravitaillement par la Catalogne est désormais impossible. Dans les cahiers de Georges Gosnat, une brève annotation, comme toujours écrite dans un style télégraphique, raconte en quelques mots ce drame. À Bordeaux, en effet, le navire Winnipeg, le plus gros des bateaux de France-Navigation, arrive de Mourmansk bourré d’armes. Mais on fait comprendre au capitaine qu’il ne faut pas débarquer le matériel ; il arrive trop tard, la frontière franco-espagnole est impraticable. L’équipage ne comprend pas, il y a de la castagne dans l’air ; finalement le matériel est réembarqué et Winnipeg repart vers le grand nord.

Au printemps, des navires de France-Navigation qui se trouvent en Méditerranée (ils font le trajet Marseille-Espagne-Oran) vont pouvoir aider l’évacuation de républicains à Valence, mais ils seront en échec à Alicante.

Été 1939 : Suite au pacte germano-soviétique, le PCF est dissout, la société France-Navigation est dans le collimateur des autorités ; elle est l’objet d’une perquisition dès le mois d’août. Pourtant on retrouve le Winnipeg en septembre 1939 à Bordeaux (Alain Ruscio raconte cet épisode dans l’Humanité du 3/9/2019). Ce navire va transporter 3 000 républicains vers le Chili du Front populaire, grâce à l’entremise du consul chilien à Paris, chargé de l’émigration espagnole : Pablo Neruda.

Gérard Streiff 

« France Navigation » disposera jusqu’à 22 navires (certaines sources parlent de 25 bâtiments) ; en dépit des dangers, aucun ne sera coulé. Un seul est arraisonné à Ceuta (Maroc espagnol) et un autre séquestré à Constanta, en Roumanie. Voici les noms de certains de ces navires : Lézardrieux, Ploubazlanec, Perros-Guirec, Cassidaigne, Trégastel, Daissiguernec, Nemours, Mostaganem, Île Rousse, Guilvinec, Lola, Biscarosse, Grand-Quevilly, Gravelines, Paimpol, Saint-Malo, Boujaroui, Aine El Turk, Navarissou, Cap Pinède, Winnipeg.

 

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