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28 mars 2020 6 28 /03 /mars /2020 06:00
Ordonnances, aides au patronat, chômage partiel… Ce que Philippe Martinez compte bien dire à Emmanuel Macron (L'Humanité, 27 mars
Vendredi, 27 Mars, 2020
Ordonnances, aides au patronat, chômage partiel, prime de 1 000 euros… Ce que Philippe Martinez compte bien dire à Emmanuel Macron

Entretien. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, analyse la stratégie du gouvernement pour faire face à la crise et avance ses propositions, comme par exemple que « les salariés forcés de rester chez eux ne perdent pas un centime de salaire ». Emmanuel Macron doit réunir ce vendredi les organisation syndicales et patronales.

 

Augmentation de la durée hebdomadaire du travail dans certains secteurs, réduction du temps de repos… que pensez-vous des ordonnances prises par le gouvernement pour « faire face à la crise » ?

Philippe Martinez. Nous n’en pensons que du mal. Il est scandaleux de prendre ce type de mesures, qui dérogent très largement au droit du travail. Le gouvernement nous explique qu’il s’agit de faire face à la crise, mais nous avons appris que ces ordonnances devaient être appliquées jusqu’à fin décembre : en réalité, ce sont bien des mesures d’après crise ! Cela fait dix jours que nous bataillons avec le gouvernement pour qu’il dissocie activités essentielles – qui doivent continuer de fonctionner – et activités secondaires. Or, la plupart des ministres, Bruno Le Maire en tête, considèrent que cette distinction n’a pas lieu d’être. C’est absurde. Nous continuons de fabriquer des avions, des navires de croisière… En avons-nous un besoin urgent pendant la période ?

Appelez-vous à interrompre ces activités ?

Philippe Martinez. Oui. Il faut stopper d’urgence toutes les activités non essentielles à la survie du pays. C’est ce que nous réclamons au gouvernement depuis des jours. Maintenir coûte que coûte ces entreprises ouvertes pose un double problème : cela met en danger les salariés et cela accapare du matériel de protection qui fait cruellement défaut aux soignants, et à l’ensemble des travailleurs en première ligne, comme la grande distribution, par exemple. La loi du marché ne doit pas primer sur la santé. Dans un entretien récent à l’Humanité, le philosophe Roland Gori disait en substance : « Nous sommes en guerre, mais ceux qui sont en première ligne n’ont pas de munitions. » Cela résume malheureusement très bien la situation.

Les mesures de soutien économique mises en place par le gouvernement (chômage partiel, prêts aux entreprises, report du paiement de cotisations sociales, etc.) vous paraissent-elles à la hauteur ?

Philippe Martinez. Que l’on vienne en aide aux entreprises pendant la période me semble normal, mais il ne faut pas le faire n’importe comment. S’il s’agit d’aider les grands groupes à rattraper les profits qu’ils ne pourront pas engranger pendant la crise, cela ne va pas. J’ai eu des retours de petits employeurs qui ont du mal à accéder aux aides gouvernementales. Ce sont pourtant les petites entreprises qui en ont le plus besoin.

Il y a d’autre part un décalage entre les montants mis sur la table pour les entreprises et pour les salariés. Le gouvernement insiste sur l’effort fait pour le chômage partiel, mais je rappelle que les salariés ne sont toujours indemnisés qu’à hauteur de 84 % de leur salaire net : c’était déjà le cas avant, il n’y a donc pas d’effort supplémentaire. Nous sommes en état d’urgence sanitaire : nous réclamons que tout soit mis en œuvre pour que les salariés forcés de rester chez eux ne perdent pas un centime de salaire. Nous pouvons tout à fait mettre à contribution les assurances privées pour cela.

Des primes de 1 000 euros commencent à être distribuées à des salariés en première ligne, comme dans la grande distribution. Est-ce une bonne chose, selon vous ?

Philippe Martinez. Je comprends parfaitement que des salariés mal payés ne crachent pas sur des primes qui, souvent, doublent leur salaire ! Mais on voit bien que l’enjeu est plus important. Le gouvernement « redécouvre » ces millions de travailleurs essentiels au pays, mais qui sont d’ordinaire invisibles. En général, ils sont payés au SMIC. C’est pourquoi, au lieu de se contenter de primes, nous appelons à une revalorisation urgente du salaire minimum. On a été capables de faire voter une loi de finances rectificative dans l’urgence, on pourrait tout à fait procéder de même pour le salaire minimum.

Quel est le rôle d’un syndicat comme la CGT dans une telle crise ?

Philippe Martinez. Il est encore plus fondamental dans ce genre de période. On reçoit tous les jours des appels de salariés, pas forcément syndiqués, qui nous demandent des informations. Ils se renseignent sur les possibilités de droit de retrait, sur la nature des protections disponibles… Nous devons aussi leur expliquer le contenu des ordonnances, les règles pour les arrêts maladie, etc. Nous continuons par ailleurs à épauler les salariés qui se mobilisent dans les entreprises.

Le pouvoir a annoncé un plan d’investissement « massif » pour l’hôpital, sans en préciser le montant, ni les modalités. Comment faire pour tirer toutes les leçons de la crise actuelle ?

Philippe Martinez. Le président de la République l’a en effet annoncé, mais il reste à savoir quelle forme prendra ce plan. Les soignants se bagarrent depuis des mois pour obtenir des moyens supplémentaires : créations d’emplois, arrêt des fermetures de lits, revalorisation salariale… C’est terrible qu’il faille en passer par une crise d’une telle ampleur pour entendre des engagements de la part du gouvernement. Mais nous restons vigilants. Les promesses formulées en temps de crise s’envolent parfois très vite après. Nous avons en mémoire les conséquences de la crise de 2008. Les peuples ne devront pas payer la note, une fois encore.

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 14:43
Fabien Roussel - photo L'Humanité, 23 mars 2020

Fabien Roussel - photo L'Humanité, 23 mars 2020

Ordonnances gouvernementales : "Le pouvoir profite de la crise sanitaire pour s'attaquer aux droits des salariés » (Fabien Roussel - PCF)

Les ordonnances adoptées par le conseil des ministres confirment ce que laissait craindre le projet de loi sur l'état d'urgence sanitaire que les parlementaires communistes n'ont pas voté.

Alors que tout appelle à protéger les salariés, du public comme du privé, à confiner les salariés qui risquent la contamination dans des secteurs non indispensables, le gouvernement décide de s'en prendre à leurs droits et à leurs conditions de travail. Il encourage notamment les employeurs à recourir massivement aux heures supplémentaires, à remettre en cause les congés payés, à l'indemnisation partielle du chômage technique.

Pire, Le Président Macron et son Premier ministre Edouard Philippe laissent au patronat le pouvoir de gérer la crise selon ses seuls critères, en laissant à des négociations de branche la mise en œuvre de ces dispositions. Et ils ne mettent aucune limite de durée aux dispositions annoncées comme dérogatoires, mais dont le risque est qu'elle devienne la règle avec la crise économique qui s'annonce.

Des années de politiques d'austérité contre les services publics, et particulièrement contre l'hôpital public, de cadeaux à la finance et aux grandes fortunes ont lourdement affaibli notre pays au moment où il doit affronter l'épidémie de Covid-2019. On en voit chaque jour les effets sur notre système de santé publique, dont les personnels doivent aujourd'hui assumer toutes les carences, comme à travers les difficultés que rencontre notre appareil de production pour répondre au défi de la crise actuelle.

Face à la crise sanitaire, face à la catastrophe économique qui se dessine, c'est à une toute autre logique qu'il faut immédiatement mettre en oeuvre. Les recettes du passé, celles qui ont permis aux
banques de reprendre leurs activités spéculatives après la crise de 2008 et aux actionnaires des grands groupes de se goinfrer en désintégrant notre tissu industriel, n'ont que trop duré.

Le PCF demande le paiement des salaires à 100 %, le maintien des congés des salariés, l'indemnisation à 100 % du chômage partiel et le recours à l'embauche plutôt qu'au développement des heures supplémentaires. Pour financer ces mesures exceptionnelles, le PCF propose de mettre à contribution les multinationales, les assurances, le secteur bancaire et les moyens de la BCE.

Comme l'ont fait ses parlementaires dans les deux Assemblées, le PCF propose ainsi que tous les moyens nécessaires soient dégagés orientés vers la protection de la population, la défense des droits
des salariés, l'emploi et le soutien à l'activité économique utile au pays, vers le renforcement de nos services publics, à commencer par nos hôpitaux.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,

Paris, le 26 mars 2020.

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 14:36
Adieu Michel Hidalgo, entraîneur mythique de l'équipe de France des Platini, Giresse, Tigana, Rocheteau, Bossis

Merci Michel ...

Pour les femmes et les hommes de ma génération, il représentait le football à visage humain.
Michel Hidalgo nous a quittés. Je suis triste. Pendant neuf années, de 1975 à 1984, il fut celui qui dirigea l'équipe de France de football et sut patiemment la faire progresser, la mener au plus haut niveau européen, jusqu'à ce titre de champion d'Europe en 1984, le premier grand titre de notre sélection nationale.
Des images affluent... Celle de la demi-finale de la coupe du monde 1982 à Séville, celle de la demi-finale de l'Euro 1984 contre le Portugal à Marseille...
Bien sûr, ces années furent marquées par l'immense talent des Giresse, Tigana, Platini, Rocheteau, Bossis et tous les autres.
Mais comment oublier l'apport décisif de Michel Hidalgo, son sens du dialogue, son respect des joueurs, son intelligence du jeu. Il compte parmi les grands sélectionneurs de notre sélection nationale, celui, en tout cas, sans lequel rien de ce qui advint ensuite n'aurait été possible.
Chapeau bas Michel. Et merci....

Pierre Laurent

 

MICHEL HIDALGO EST MORT...
TOUTE NOTRE JEUNESSE
Ce jeudi 26 mars, en début d'après-midi, Michel Hidalgo est mort à l'âge de 87 ans, à Marseille. Il avait entraîné l'équipe de France pendant huit ans, guidant notamment les Bleus vers le titre à l'Euro, en 1984, avec Platini et les autres. Il était une sorte d'Amis de l'Humanité, il venait souvent à la Fête pour participer à des débats. Hidalgo, c'était le foot "à l'ancienne", avec une haute conception du sens collectif. Il aimait former des hommes, pas seulement des sportifs... 

Jean-Emmanuel Ducoin - écrivain, journaliste à L'Humanité

***

Article du Ouest-France, 26 mars 2020

[ Michel Hidalgo : Le sport est un vaccin social.]
Brillant sélectionneur de l’équipe de France de foot, Michel Hidalgo est la fierté des normands.
Salarié de l’usine de sidérurgie de la (SMN) à Colombelles (14) il sera aussi un sportif de haut niveau. Il signera son À 1er contrat pro au Havre.
Au moment où il nous quitte, son sourire profondément chaleureux et humain restera une belle image.

Décès de Michel Hidalgo. L’enfant du Plateau rêvait « encore de France – Allemagne 82 »

Michel Hidalgo est décédé ce 26 mars à Marseille, à l’âge de 87 ans. En septembre 2013, à l’occasion de son retour sur le Plateau, l’emblématique sélectionneur des Bleus des années 80 nous avait confié sa joie de lui donner son nom, s’était souvenu avec émotion de son enfance au pied de la SMN, et nous avait confié « rêver encore de France – Allemagne 82 », ce fameux match entré dans la légende du foot aux dépens des Bleus.

On habitait le plateau, rue des Marguerites, à Giberville. Lors du Débarquement, la maison a été détruite par un obus. On s’est exilé en Mayenne. Mon père est resté. Dans un jardin, il a construit une baraque en bois à Mondeville, à côté de la nouvelle église. On est revenus en 1946. J’ai chaussé mes premiers crampons dans l’équipe du patronage paroissial et à l’US Normande avec mon frère jumeau Serge, hélas disparu.

À 18 ans, vous signez votre premier contrat au Havre AC…

Oui, on venait de les battre 6-4 en finale de la Coupe de Normandie juniors. J’avais marqué 5 buts et Serge le 6e. Le lendemain, le président du HAC est venu me recruter. Mon père lui a répondu : « Mes deux fils ou rien ».

J’y ai joué deux ans avant de rejoindre le Reims de Kopa et Jonquet. On avait sept joueurs de l’équipe de France. Trois ans magnifiques sous les ordres d’Albert Batteux, le meilleur entraîneur de tous les temps selon moi. On a manqué de gagner la Coupe d’Europe 1956. On perd 4-3, j’avais marqué de la tête le 3e but, on menait 3-2.

« Après France – Allemagne, 90 % de l’équipe voulait arrêter »

Ça rappelle un peu ce fameux France – Allemagne de 1982…

Ma plus grosse déception ! On la méritait cette finale. J’en rêve encore… Après ce match, 90 % de l’équipe voulait arrêter. Heureusement qu’il y avait l’Euro qui se profilait deux ans après. C’était une génération magnifique : Platini, Giresse, Tigana, Trésor… On a décroché deux ans plus tard le premier titre de l’histoire des Bleus. Là, j’ai décidé de rendre mon tablier. J’ai refusé de repartir pour trois ans.

1982, c’est aussi votre grosse colère contre le Koweit lors de ce Mondial…

Descendu sur la pelouse, le frère de l’émir fait annuler un but tout à fait valable. La police espagnole m’a repoussé. Le soir, l’émir m’a appelé en me disant que ce n’était pas de sa faute. Il m’a invité avec toute l’équipe chez lui. On est devenus amis.

« Le sport est un vaccin social, c’est parler avec ses tripes, mais écouter avec son cœur »

Pourquoi avoir refusé le ministère des Sports en 1984 ?

Un samedi soir, la police m’attendait chez moi avec un téléphone sécurisé. Laurent Fabius m’a fait cette proposition et voulait une réponse pour lundi. Je lui ai dit « non » avec « un grand merci » le lendemain à 10 h. Aujourd’hui, je regrette. C’est une expérience que j’aurais aimé connaître.

Que dîtes-vous aux enfants qui vont fréquenter la salle qui porte votre nom ?

Le sport est un vaccin social. C’est parler avec ses tripes, mais écouter avec son cœur. Le bonheur, il faut aller le chercher. L’extraordinaire se trouve sur le chemin de gens ordinaires comme moi.

Chemin qui vous a fait passer de la SMN au rang de légende du foot…

La SMN, c’est tout un symbole. J’y ai travaillé un an après mon diplôme d’ajusteur à la cartoucherie à Mondeville, dans l’atelier d’essai sur moteurs électriques. Mon père y a œuvré toute sa vie, il était chef de charge aux fourneaux.

 

 

 

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 14:25
Ces 17 années qui ont mis l’hôpital public à genou - L'Humanité, 27 mars 2020
Vendredi, 27 Mars, 2020
Ces 17 années qui ont mis l’hôpital public à genou

Le « plan d’investissement massif » du chef de l’État constitue un aveu d’échec des politiques d’austérité. La crise sanitaire révèle les failles du système hospitalier, sous pression depuis plus d’une décennie et sommé de se transformer en entreprise.

 

«   C’est dramatique, violent et douloureux qu’il ait fallu une crise de cette ampleur pour espérer un simple geste du président de la République. » En première ligne dans l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, le neurologue David Grabli accueille avec amertume le discours d’Emmanuel Macron. Aux personnels essorés, lessivés, le chef de l’État a promis, mercredi, depuis l’hôpital militaire de Mulhouse, qu’ « à l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital ». Sans préciser les contours et le montant, il s’est engagé à « majorer les heures supplémentaires sous forme d’une prime exceptionnelle ».

Des mesures à appliquer d’urgence pour affronter l’épidémie

À l’écoute de ces annonces, le corps médical oscille entre prudence et colère. « Nous n’avons pas besoin d’un beau discours compassionnel, il faut des actes, estime Christophe Prudhomme (CGT), porte-parole de l’Association des médecins urgentistes (Amuf). Or, les promesses sont floues, non chiffrées, elles ne sont pas à la hauteur de la crise. Le chef de l’État promet des primes alors que nous réclamons une hausse des salaires pour tous les personnels. » Hugo Huon, président du Collectif Inter-Urgences, nuance de son côté : « C’est positif. Mais après tous les plans que l’on nous a proposés et qui étaient en deçà de ce qui était nécessaire pour les soins, on attend de voir. » Tous martèlent leurs revendications : une augmentation des salaires des paramédicaux de 300 euros, des effectifs suffisants pour maintenir et rouvrir des lits. Soit une augmentation de 5 % du budget des hôpitaux correspondant à une enveloppe de 4 milliards d’euros.

Des mesures à appliquer d’urgence pour affronter l’épidémie, qui aggrave la situation des établissements devenus de vraies Cocotte-Minute. Depuis plus d’un an, le monde hospitalier est secoué par une crise sans précédent. Parties des services d’urgences, des grèves très suivies, d’une longévité historique, se sont ensuite diffusées à tous les étages des établissements. Pour la première fois, la colère a fédéré toutes les catégories de l’hôpital. Infirmières, aides-soignantes, médecins, psychiatres, chefs de service… tous ont alerté sur l’état catastrophique de l’hôpital public. En vain. Raison pour laquelle, en janvier dernier, 1 100 médecins ont démissionné de leurs responsabilités administratives pour ne plus participer à la gestion du manque de moyens. Silence radio du gouvernement Macron, toujours. Qui n’est d’ailleurs pas l’unique responsable des politiques de santé mortifères. Celles de ses prédécesseurs ont bien préparé le terrain.

La loi HPST de 2009 a été une catastrophe

Car le traitement de choc prescrit à l’hôpital remonte à plusieurs années. En 2009, la loi hôpital, patients, santé, territoire (HPST) a bousculé la gouvernance des établissements au détriment des soignants. Le directeur s’est alors retrouvé dans une position de patron. « C’était la première fois qu’il y avait des manifestations aussi importantes de médecins, rappelle Christophe Trivalle, chef de service de gériatrie à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif (Val-de-Marne), membre de la Commission médicale d’établissement (CME) centrale de l’AP-HP, l’instance où siègent les représentants élus des médecins. Cette loi a été catastrophique. Tous les pouvoirs ont été donnés au directeur. Son seul objectif, c’est d’assurer l’équilibre financier. Or, l’hôpital est d’abord là pour soigner. » Ce membre du Collectif inter-hôpitaux ajoute : « L’autre catastrophe, ce sont les regroupements en pôles, qui ont entraîné des destructions de services, une diminution des lits, donc des effectifs. Sans oublier une souffrance du personnel soignant et médical. »

Depuis des années, les budgets hospitaliers sont asphyxiés

Pris dans des plans d’économies, le secteur se transforme en hôpital-entreprise. C’est d’ailleurs l’esprit de la tarification à l’activité (T2A), votée fin 2003. Ce système obéit à une volonté de rationaliser les modes de financement des établissements. « La T2A a été un instrument pervers : les hôpitaux sont rémunérés en fonction des activités effectuées en leur sein, précise David Grabli, médecin. Ce qui incite à augmenter la productivité. Or, les tarifs hospitaliers baissent, notamment en raison d’un Ondam (Objectif national des dépenses d’assurance-maladie – NDLR) fermé », voté chaque année au Parlement. Frédéric Pierru, sociologue de la santé, relève qu’ « en 1990, la part hospitalière était de 46,6 % dans les dépenses courantes de santé, contre 38,3 % en 2017. On a perdu 8,3 %, quand l’Allemagne ne perd que 3 % » .

Alors que l’épidémie menace aujourd’hui de faire s’écrouler le système hospitalier, tous exigent un investissement massif dans l’hôpital. Comme l’assène le sociologue, « à force d’avoir réduit les capacités hospitalières, en particulier en soins intensifs, particulièrement coûteux, nous sommes désormais à la merci de la moindre pandémie ». Pour lui, « on voit le désastre de ces choix budgétaires à court terme devant nos yeux. Et de cela, nos élites devront rendre des comptes, une fois la pandémie passée. »

Lola Ruscio
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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 06:55

 

Notre pays, comme le reste du monde, fait face à une épreuve majeure. 

Le nombre de personnes mortes des suites du coronavirus augmente de jour en jour de manière exponentielle. 

Nous avons affaire à un défi historique, qui appelle la mobilisation de la nation tout entière.

 

 

C'est d'ailleurs dans cet esprit que le PCF a d'emblée proposé la création d'un comité d'urgence nationale, où se réuniraient des représentants du gouvernement, du comité scientifique, des partis politiques, des associations d'élus locaux, des organisations syndicales, du monde économique.

Quoi qu'ils subissent, les Français font face. Ceux qui travaillent dans nos services publics, souvent maltraités, sont aux avant-postes, dans les hôpitaux, dans les communes, dans les collectivités ou encore pour assurer la sécurité. Dans le privé aussi, ils sont nombreux à monter au front, dans les supermarchés, dans les Ephad, dans l'agriculture, dans les transports... Oui, de belles solidarités s'organisent dans tout le pays car le monde du travail est solidaire.

Les communistes et leurs élu·e·s, dans le même état d'esprit, se sont mis à la disposition du pays. Partout, ils s'emploient à construire les actions d'entraide et de solidarité que requiert la situation, à apporter l'aide indispensable aux personnes les plus fragiles comme aux professions en première ligne. 

Nos parlementaires ont demandé que tous les salariés au contact avec du public puissent bénéficier de tous les moyens de protection dont ils ont besoin : masques, gel, gants... Ce qui suppose que tout soit mis en oeuvre pour permettre à l'industrie de les produire en quantité suffisante.

Ils ont aussi appelé à un confinement général bien plus strict que celui mis en place par le gouvernement, puisque c'est le seul moyen, en l'état actuel, de lutter contre la propagation du virus, préconisé l'Organisation mondiale de la santé. Les entreprises qui ne sont pas indispensables à l'activité du pays doivent s'arrêter. Il n'est pas admissible que 45% des salariés continuent de travailler dans des secteurs non essentiels à la gestion de l'urgence sanitaire. 

L'état d'urgence sanitaire que le gouvernement vient de faire adopter par les assemblées ne répond pas à ces exigences d'intérêt général. C'est pourquoi nos parlementaires n'ont pas voté les projets de loi qui l'instauraient.

Non seulement notre appel à une mobilisation des forces vives du pays n'a pas été pris en compte, mais le gouvernement s'est arrogé tous les pouvoirs. Il s'est affranchi du contrôle du Parlement afin d'agir par ordonnances pour déréglementer le droit du travail. Les premières décisions viennent de tomber et elles sont édifiantes : les entreprises pourront faire travailler leur salariés jusqu'à 60 heures par semaine au lieu du seuil maximum légal de 48 heures !

Enfin, notre pays doit aussi faire appel à la mobilisation de toute la société, y compris les multinationales, les compagnies d'assurances, les géants du numérique ou les grandes fortunes. A ce jour, rien n'est prévu de ce côté-là. C'est pourtant là que nous trouverons les ressources nécessaires pour surmonter cette crise inédite. Si les forces du travail sont aujourd'hui mobilisées, celles du capital doivent l'être aussi !

La bataille des « jours d'après » commence maintenant. Faisons monter de toutes parts l'exigence que l'intérêt de l'humain et celui de la planète passent avant ceux de l'argent et des logiques de profit.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 06:49

 

Jusqu'ici méconnue du grand public, la coopération médicale internationale cubaine se révèle, dans la lutte mondiale contre la pandémie du Covid-19, une actrice incontournable de la solidarité internationale.

 

 

Face aux replis nationaux et l'hétérogénéité de stratégies des pouvoirs publics qui caractérisent pour l'heure la situation et les actions des gouvernements des pays membres de l'Union européenne, plusieurs pays comme la Chine et Cuba font figure d'exception en s'engageant sur le plan international.

La coopération médicale internationale est un axe essentiel de la politique internationale de Cuba depuis les années 1960. Elle a permis de former à La Havane des milliers de praticiens de nombreux pays, de porter assistance aux populations de pays ravagés par la guerre ou privés d'infrastructures sanitaires. En 2016, Cuba comptait plus de médecins et personnels médicaux en mission dans le monde que la seule Organisation mondiale de la santé (OMS). Déployés au Brésil jusqu'à l'arrivée de Jaïr Bolsonaro qui les a expulsés, au Venezuela, au Nicaragua ou en Bolivie, là aussi jusqu'à la prise de pouvoir de l'extrême droite en novembre dernier, les missions médicales cubaines ont permis de renforcer la solidarité régionale latino-américaine sans pour autant délaisser les autres continents, l'Afrique notamment, et de sauver des millions de vie.

L'expertise médicale cubaine mais aussi ses équipes de recherche scientifique comptent aux premiers rangs internationaux et ont contribué à assurer au peuple cubain l'accès gratuit et universel à un système de soins performant. Cela a - au passage - permis à Cuba d'atteindre quelques-uns des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) énoncés par l'ONU dans la lutte mondiale contre les inégalités sociales et économiques entre les peuples. Longtemps cet état de fait a été minimisé en Occident; à présent il s'avère que ce choix de la santé pour tous était le bon... pour tous.

« La solidarité internationale, la situation l'illustre avec force, est indispensable »

Aujourd'hui et malgré le blocus américain imposé par Washington depuis 1962 qui entrave Cuba dans son développement, c'est en Italie que se sont déployés, à la demande des autorités italiennes, les personnels médicaux de l'Île afin d'aider les Italiens qui vivent un cauchemar.

À Cuba même, dont les frontières n'ont pas été fermées par les autorités, la situation est maîtrisée malgré l'embargo économique et commercial, et 10 cas étaient recensés au 18 mars et suivis (pour l'essentiel, des touristes ou des Cubains revenant d'Espagne ou des États-Unis), le pays déplorant son premier mort, un touriste italien. Tout en maintenant la priorité de sa politique à la protection de sa population, Cuba répond aux demandes de solidarité et aide internationales.

À côté de l'Italie, c'est encore la Grande-Bretagne, dont la stratégie du Premier ministre Boris Johnson a livré à eux-mêmes ses concitoyens pendant des semaines, qui appelle elle aussi à l'aide la coopération médicale cubaine. Ainsi, c'est Cuba qui, il y a quelques jours, a autorisé l'entrée au port d'un bateau de croisière de plus de 1000 passagers, et plusieurs cas de contaminés, alors qu'il avait été refoulé par La Barbade et les Bahamas.

Alors, combien de temps, encore, faudra-t-il attendre, combien et quelles épreuves pour le peuple cubain et les peuples du monde entier pour décider de lever immédiatement et définitivement le blocus contre Cuba qui répond présent à toutes les demandes d'aide, y compris des pays industrialisés. La solidarité internationale, la situation l'illustre avec force, est indispensable pour aider ici à produire ou pour acheminer masques, tests, appareils respirateurs, denrées de première nécessité à toutes les populations touchées par la pandémie.

La solidarité internationale est un engagement réciproque et c'est le moment de mettre fin au blocus de Cuba dont le rôle dans l'éradication du virus s'avère crucial. Il en est de même, dès aujourd'hui, quant aux sanctions économiques et embargos qui frappent des populations d'Iran ou du Venezuela comme pour les territoires palestiniens. Comme à l'échelle nationale, on ne sort pas d'une épidémie en sacrifiant froidement une part de la population. Nous ne sortirons pas de cette pandémie mondiale si des peuples entiers subissent la double peine des sanctions et du Covid-19.

Collectif Amérique latine

 

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 06:45

 

En février 2020, 25 experts internationaux envoyés par l’OMS pour enquêter sur la situation en Chine ont déclaré dans leur rapport : « L’histoire de l’utilisation sans compromis et rigoureuse par la Chine de mesures non pharmaceutiques pour contenir la transmission du virus Covid-19 dans de multiples contextes fournit des leçons essentielles pour la réponse mondiale. Ce sont les seules mesures dont il est actuellement prouvé qu’elles interrompent ou minimisent la chaîne de transmission chez l’homme. »

 

 

Le gouvernement Macron a tardivement pris la mesure de l’ampleur de la crise sanitaire induite par le Covid-19 et a annoncé, en conséquence, des mesures de confinement indispensables pour ralentir la propagation du virus. Devant l’urgence de la situation, nous avons accompagné cette décision dont la logique est de diminuer le nombre de contaminé·e·s et la prolifération du virus. D’autres choix, comme le dépistage systématique et le confinement sélectif des contaminé·e·s ont été choisis par d’autres pays (Chine, Corée du Sud) avec des résultats encourageants. Cette autre stratégie de gestion de crise sanitaire ne peut se réaliser dans le cadre d’une politique néolibérale d’austérité vis-à-vis des besoins humains, dans le cas présent de la santé des populations, comme l’ont fait la majorité des gouvernements européens dont la France.

Afin d’éviter la saturation du système sanitaire, l’objectif est de diminuer les arrivées de flux de patient·e·s atteint·e·s par le Covid-19 pour ne pas déborder les capacités de prise en charge des hôpitaux. Tout cela va devoir se réaliser dans un contexte de forte dégradation de notre système public hospitalier, dénoncé unanimement par tous les acteurs de la santé depuis plus d’un an, mais aussi dans l’incapacité à répondre à la mise en sécurité des soignant·e·s et des patient·e·s par du matériel adapté. Hallucinant dans un pays qui se considère comme une des 7 plus grandes puissances avancées du monde ! Certes les professionnels de santé ont un devoir de soins, mais la société, l’État a un devoir de les protéger et d’adopter une politique adaptée pour fournir les médicaments et matériels (gants, masques, blouses, respirateurs…) nécessaires à leurs missions et à leur sécurité.

Si le confinement est aujourd’hui essentiel, il faut réunir d’urgence les conditions pour en sortir le plus rapidement possible ; cela passera par un dépistage intensif de tous les soignant·e·s, de toutes les personnes en contact avec du public, de tous les patient·e·s présentant des symptômes même atypiques. Encore faudrait-il qu’une mise à disposition massive de tests de dépistage soit réalisée, mais comme pour les masques on nous dit : « ça va arriver ! »

La saturation des moyens sanitaires, tant redoutée, déjà effective en Italie et dans certains de nos hôpitaux, va immanquablement orienter les choix des traitements. Les professionnel·le·s ne pourront plus prendre des décisions que sur des critères médicaux mais aussi sur des pratiques dégradées avec un nombre restreint des respirateurs en réanimation.

Déjà épuisés, confrontés à un manque intolérable de moyens, voilà qu’ils vont devoir faire des priorités d’accès à la guérison, à la vie. Alors, E. Macron peut toujours les nommer « les héros en blouse blanche », aujourd’hui les mots ne suffisent pas et le « quoiqu’il en coûte » non plus. Les personnes âgées dans les Ehpad vont être abandonnées à leur sort.

Il s’agit aujourd’hui de faire des propositions concrètes et immédiates envers les hôpitaux en termes de moyens humains, matériels et financiers, afin de couvrir les besoins Covid-19, mais aussi les autres cas sévères ou urgents. Le PCF fait des propositions d’urgence :

  • Mettre à disposition immédiate du matériel en quantité nécessaire à la sécurité des soignant·e·s et des patient·e·s, des tests biologiques et des respirateurs en réanimation. Nous demandons une clarification des politiques de production de ces matériels et de la politique de réserve matérielle sanitaire en France.
  • Arrêt immédiat de toutes les restructurations hospitalières en cours, des fermetures de services et la réouverture de lits.
  • Paiement de toutes les heures supplémentaires des personnels hospitaliers qui se cumulent et s’amplifient dans la période et revalorisation immédiate du point d’indice dans la fonction publique hospitalière (pas question de primes catégorielles).
  • Lors d’un collectif budgétaire, rectifier l’ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance maladie) à hauteur de 5 % avec au moins 4 milliards d’euros pour répondre aux besoins urgents de l’existant. La LFR (loi des finances rectificative) prévoit immédiatement 2 milliards d’euros pour l’hôpital (pour payer les arrêts maladie, l’achat de masques et le soutien au personnel soignant), c’est-à-dire le montant des rallonges budgétaires prévues sur le quinquennat. Tout laisse à croire que les sommes prévues pour les 3 prochaines années seront mobilisées en une seule fois. C’est d’autant plus probable que cette LFR n’inscrit aucun budget supplémentaire pour les dépenses publiques et les services publics. C’est une LFR qui s’inscrit dans les politiques d’austérité ! Des gens vont mourir, malades et personnels soignants, mais le gouvernement fait ses comptes pour rassurer les marchés !
  • Annulation de la dette des hôpitaux.
  • Plan d’embauche ambitieux immédiatement et 30 000 places supplémentaires dans les écoles d’infirmières dès la rentrée de septembre 2020.

Ne laissons pas la France et l’Union européenne continuer, malgré cette crise sanitaire sans précédent, à démanteler notre système public de santé et rappelons-leur qu’il est aujourd’hui urgent de penser à « l’humain d’abord ».

Maryse Montangon, membre du CEN.

 

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 06:44

 

Ce texte a été publié sur le réseau Linkedin le 13 mars 2020. Nous le reproduisons avec l’autorisation de son auteur.

YVES BRÉCHET est membre de l'Académie des sciences et ancien haut-commissaire à l’énergie atomique.

La crise engendrée par un nouveau coronavirus nous rappelle quelques évidences de la rationalité politique qui dépassent largement les questions de santé publique.

Le bien individuel dépend du bien commun : la santé personnelle dépend de la santé publique  l’éducation des individus, indépendamment de leurs revenus, de la capacité de la société à entretenir un système éducatif robuste  la sécurité individuelle, de l’existence d’une police et d’une armée bien équipées, bien entraînées et soutenues par sa population. On pourrait allonger la liste, et il ne serait pas inutile de se donner comme grille de lecture des interventions d’un État les situations ou le bien individuel dépend du bien commun. C’est cette conscience qui « fait société », et qui distingue une assemblée d’êtres sociaux d’une horde d’animaux sauvages.

Ceci accepté, il en découle naturellement trois règles qui rendent possible la rationalité politique.

 

LES TROIS RÈGLES

La première est le sens du bien public : l’intérêt collectif ne doit pas être pensé comme une entrave à l’intérêt personnel mais comme sa condition d’existence. Il faut que l’on accepte de renoncer à une liberté totale (de déplacement, de réunion…) pour pouvoir avoir une liberté garantie. Sinon, pour reprendre le mot de Jaurès, c’est le « renard libre dans le poulailler libre ».

La seconde est le sens des priorités : en cas de crise, on ne peut agir qu’avec les outils déjà opérationnels. En cas de crise sanitaire, en l’absence de vaccin, il faut bien avoir recours aux mesures de confinement. En cas de crise climatique, on doit déployer les solutions qui effectivement décarbonent notre économie, même si d’autres moins matures auraient notre préférence. En cas de crise internationale, la diplomatie ou l’intervention militaire, si elles ne résolvent pas les problèmes de fond, permettent de « parer au plus pressé ».

La troisième est le sens de la durée : les mesures de confinement en cas de crise sanitaire permettent d’avoir le temps de rechercher un vaccin  les solutions énergétiques actuelles, en maintenant une économie décarbonée, permettent le temps de développer les modes de productions autres avec les techniques de stockage nécessaires  les interventions diplomatiques ou militaires contre des agressions terroristes ne dispensent pas de réfléchir à la racine du mal.

Le sens du bien public suppose une intégrité sans faille. Le sens des priorités suppose la lucidité technique. Le sens de la durée implique qu’on maintienne des compétences, des moyens, en particulier dans le domaine de la recherche, y compris dans les périodes où l’on croit ne pas en avoir besoin.

 

UNE DÉRIVE QUI FRAPPE LES SOCIÉTÉS OCCIDENTALES

On a vu, au moins dans les sociétés occidentales, une constante dérive éloignant de ces règles simples. Sans même parler de la règle d’intégrité, le sens des priorités et le sens de la durée ont progressivement disparu de l’horizon politique.

Les analyses techniques solides qui permettent d’évaluer la validité de solutions à déployer ou la nécessité de se mettre en état de les déployer dans un certain délai ont cédé le pas à une agitation désordonnée qui essaie de suivre les exigences de la communication (« ce qu’on veut dire ») plutôt que celles de l’action (« ce qu’on doit faire »). Le sens des priorités s’y perd.

La conscience de la temporalité des actions et du nécessaire développement de socles de connaissances, de compétences, d’investissements pour pouvoir développer dans le long terme les solutions de substitution, s’est progressivement dissoute dans l’obsession du court terme. On peut relire la transition du capitalisme patrimonial vers le capitalisme industriel, puis du capitalisme industriel vers le capitalisme financier, comme le triomphe du court terme sur le long terme. Les programmations excessives des activités de recherche relèvent de la même dérive. On croit voir ces fils de bonne famille des romans du xixe siècle qui flambaient l’argent à papa. Quand on achète le présent sans se préoccuper de préparer le futur, on est à peu près certain de faire deux mauvaises affaires.

 

FAIRE FACE À TROIS CRISES MAJEURES

Nous sommes face à trois crises majeures (au moins, car on pourrait ajouter la crise du système éducatif…) : la crise sanitaire, la crise climatique, et la crise sociale et politique. La crise sociale a conduit au mouvement des Gilets jaunes, la crise climatique nous apparaît comme de plus en plus présente dans ses manifestations les plus spectaculaires, et la crise sanitaire nous frappe de plein fouet avec le coronavirus. Dans ces trois cas, nous pouvons voir de façon limpide le caractère délétère de l’individualisme forcené qui nous est souvent donné comme modèle, comme fin ultime. Dans les trois cas, on voit à quel point la transition de la horde vers le groupe d’êtres sociaux – transition que ce sens du bien public a rendu possible – est fragile, à quel point la violence sauvage affleure quand le besoin de « faire ensemble » se dissout.

Mais la crise sociale se traduit d’abord par une lente dégradation des conditions de vie de ceux que les dirigeants ne voient jamais, dégradation que l’on pense soigner par des gadgets, des commissions et des rapports. Quant à la crise climatique, elle mine depuis des années notre écosystème, et les alertes répétés du monde scientifique n’y font rien : on se contente de mesures emblématiques dont on n’évalue jamais le réel impact, de décisions symboliques dont l’effet de communication est largement supérieur à leur efficacité réelle, comme si on ne savait pas que les symboles sont des courts-circuits de cervelle.

Et voilà que survient la crise sanitaire, majeure, l’épidémie, la situation où on ne peut plus se contenter de gadgets de communication parce que le problème est là, sous nos yeux. Situation amplifiée par la panique complaisamment entretenue par les médias, qui libère, quand elle ne les induit pas, les comportements hallucinants que nous avons pu voir. Et on ne peut plus se contenter de dire, il faut faire, parce que le résultat de vos actes est là, tout de suite. Parce que l’urgence exige d’agir et que s’agiter ne suffit plus. Et on est bien forcé de travailler avec les moyens existants : les mesures de confinement. Et on est bien obligé de constater que la préparation d’un vaccin prend du temps, et qu’elle n’est possible que si on a conservé un socle de compétences en recherche médicale. Et on voit bien que l’on n’en peut sortir que si le sens du bien public reprend le dessus.

C’est ce que j’appelle l’« effet bénéfique de la douche froide » : la crise sanitaire nous remet brutalement face aux trois règles de la rationalité politique : le sens du bien public, le sens des priorités et le sens de la durée. Elle nous rappelle ce qui fait que nous ne sommes pas une horde de bêtes sauvages mais un groupe d’êtres sociaux. Elle nous montre à quel point il est facile de revenir à un comportement de horde de bêtes féroces dans ces situations de crises.

L’évidence immédiate de cette crise et des mesures nécessaires doit nous faire réfléchir sur les crises plus « distantes », celles où on a cru pouvoir se contenter de gadgets pour amuser la galerie et alimenter les services de communication.

Le discours du président Macron sur la crise sanitaire, justement motivé par l’urgence de la situation, et d’une haute tenue, doit aussi nous rappeler, à nous citoyens aussi bien qu’à la classe dirigeante, que ni la crise climatique, ni la crise sociale, ni les autres crises ne trouveront de solutions pérennes si on ne remet pas au centre du processus de décision le sens du bien public et l’exigence d’intégrité, le sens des priorités et l’exigence d’analyses techniquement solides, et le sens de la durée pour préparer l’avenir.

Revue Progressistes | 23 Mar 2020 à 11:09 | URL : https://wp.me/p3uI8L-1Xv

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 06:41

 

Une crise financière et économique s’annonçait. Le coronavirus l’a accélérée et a révélé qu’il s’agit d’une crise de civilisation. La pandémie a disloqué les chaînes de production structurées par les multinationales au cours des vingt dernières années, mis au grand jour la suraccumulation consécutive au gonflement démesuré des capitaux relancé après la « grande récession » de 2009, et précipité le krach financier.

 

 

Sentant la situation leur échapper, les dirigeants occidentaux font mine de répudier le néolibéralisme. Les 27 gouvernements de l’UE ont suspendu les normes européennes de déficits budgétaires. Mais ils envisagent de financer ces dépenses, soit par le Mécanisme européen de solidarité qui ne les prête qu’en contrepartie de plans d’austérité meurtriers, soit par l’émission de Coronavirus Bonds, des obligations « européennes » placées sur les marchés : ce serait donner à la domination du capital financier le renfort d’un fédéralisme européen, aux dépens des services publics, de l’emploi et des salaires !

Pourtant, le moyen de se passer des marchés financiers est sous nos yeux. La Banque centrale européenne veut injecter 1 050 milliards sur les marchés d’ici à la fin de l’année. Mais les services publics, l’industrie du matériel médical verront-ils la couleur de cet argent ? En France, la loi de finances rectificative se contente de faire allusion à une « réserve » indigente de 2 milliards pour les dépenses de santé, alors qu’il en faudrait immédiatement au moins cinq fois plus ! Une gifle aux professionnels de la santé et aux salariés envoyés au front de la production pour préserver les profits.

Bien plus, nos dirigeants saisissent l’occasion pour allonger la durée du travail et pour préparer le terrain à une régression durable des droits sociaux. De bons esprits annoncent déjà que, la crise passée, il faudra redoubler d’austérité budgétaire pour éponger les déficits.

En un mot, au moment où la crise sanitaire fait éprouver à tous les habitants de la planète le besoin immédiat d’une tout autre mondialisation, le mot d’ordre reste le même : l’argent pour le profit, pas pour les êtres humains ! La domination du capital nous pousse au bord de la barbarie.

C’est pourquoi les mesures efficaces pour vaincre l’épidémie sont celles qui amorcent tout de suite une remise en cause radicale des logiques inspirées par la rentabilité financière, et leur remplacement par d’autres critères. Il faut :

  • Mobiliser les filières industrielles pour produire médicaments et matériels médicaux, ainsi que les biens et services indispensables à la population pendant la période de confinement. La protection des travailleurs de ces secteurs contre le virus est la première priorité. Cet effort doit être planifié et pouvoir passer par des réquisitions, des nationalisations ou la création d’entreprises publiques. Il devrait s’appuyer sur la mobilisation des moyens nécessaires à l’échelle européenne et intégrer de nouveaux accords de coopération internationaux, de partage des technologies.
  • Rendre effectif l’arrêt temporaire de la production dans les autres secteurs en en tirant les conséquences : interdire les licenciements et maintenir 100 % du salaire, y compris pour les plus précaires, première étape dans la construction progressive d’une sécurisation de l’emploi et de la formation pour toutes et tous.
  • Obliger les banques, les grandes entreprises et les propriétaires bailleurs à décaler le paiement, par les ménages qui le demandent, des charges d’emprunts bancaires et des factures pré-engagées et vitales (téléphonie, loyer, électricité…).
  • Mettre en place un dispositif de prêts bancaires de trésorerie à taux nul ou négatif, refinancés par la BCE, strictement réservés aux entreprises qui s’engageront à maintenir l’emploi et les salaires.
  • Démocratiser : en cas de non-respect des engagements pris par les entreprises ou les banques, les représentants des salariés (CSE) doivent avoir le pouvoir de saisir des comités régionaux de mobilisation constitués sous l’égide des conseils régionaux et des CESER.
  • Créer un fonds d’urgence sanitaire et de sécurisation pour le financement de ces différents dispositifs, alimenté par une contribution des grandes entreprises, des banques et des compagnies d’assurances, ainsi que par le rétablissement de l’impôt sur la fortune et l’abrogation du plafonnement à 30 % de l’impôt sur les revenus financiers (flat tax).
  • Mettre en place un programme de prêts à taux négatif de la Caisse des dépôts pour les investissements dans les hôpitaux et les services publics (embauches, formation, achats d’équipements, création de nouveaux établissements). La Banque de France déclarerait ces prêts éligibles au refinancement par la BCE au taux le plus faible pratiqué pour ses opérations (actuellement, -0,75 %), et le dispositif pourrait être étendu à l’ensemble des États membres de l’UE.

Nous pouvons vaincre l’épidémie : il faut pour cela s’attaquer tout de suite à la domination du capital. µ

Denis Durand, membre du CN.

 

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 06:41

 

L’arrivée officielle du printemps a lieu ce vendredi 20 mars et le beau temps  succède depuis quelques jours  aux pluies  qui ont beaucoup arrosé le pays ces dernières semaines,  sans toutefois causer  de gros dégâts saufs en certains endroits limités  géographiquement.  Dimanche  22 mars, se déroule la journée mondiale de l’eau. Un sujet  que l’épidémie du coronavirus risque d’occulter cette année. Il reste que  l’accès à l’eau potable n’existe toujours pas  pour près d’un milliard  d’habitants sur terre. En France,  la quasi-totalité  des départements  ont été soumis à des restrictions d’eau  durant l’été  2019 du fait de la longue sécheresse  estivale. Avec le réchauffement  climatique, la gestion de l’eau  mérite  un débat national. Il faudra bien l’avoir un jour en France  afin de déboucher sur des mesures préventives

A  l’occasion de la journée mondiale de l’eau,  « Vision du monde », une association  de solidarité internationale  « tient à rappeler son engagement auprès des enfants les plus vulnérables au sein des contextes fragiles pour faire face à la crise de l‘eau» dans une déclaration  accompagnée d’un bilan chiffré de ses activités. L’association nous rappelle  qu’aujourd’hui dans le monde  « ce sont encore 844 millions de personnes  qui sont privées  d’accès à l’eau».

 Les populations  auxquelles « Vision du Monde » vient en aide par la coopération  « vivent souvent dans des zones rurales et doivent alors marcher en moyenne  6 kilomètres chaque jour pour se rendre à un point d’eau. Une eau souvent impropre à la consommation  et porteuse   de bactéries  qui rend les enfants malades   et les éloigne de l’école. Dans le monde, chaque jour, près de 1.000 enfants  de moins de cinq ans  meurent de maladies liées à l’eau. De nombreux ménages, centres de santé et écoles, ne disposent toujours pas  d’eau, ni de savon pour le lavage des mains, constituant  ainsi  un facteur aggravant quant à la propagation  d’épidémies», précise  cette association.

Des puits en bon état 20 ans après leur construction

On imagine que les rencontres  et travaux prévus à l’occasion de cette journée  mondiale de l’eau vont être gravement perturbés par  les dispositions prises  un peu partout dans le monde  pour contenir le coronavirus. Mais, «Vision du Monde » insiste sur l’idée que « la crise de l’eau peut être résolue. En travaillant main dans la main avec les communautés locales », l’ONG humanitaire   développe  « des projets  « WASH » impliquant  eau  potable, assainissement  et hygiène  au sein de ses programmes de développement. Son approche basée sur les transferts   de compétences lui permet non seulement d’assurer la construction de puits  mais également  de former les populations pour qu’elles puissent à leur tour en prendre soin. Nous études prouvent  que les puits construits par Vision du Monde sont toujours en état de marche 20 ans après», indique le dossier de presse publié   à l’occasion de cette journée de l’eau.

Avec l’accélération d’un réchauffement climatique et ses multiples conséquences  observables aussi chez nous ces dernières années, une gestion rationnelle de l’eau doit aussi être débattue désormais en France. Au cours  de l’été  2019, des arrêtés préfectoraux ont imposé  des restrictions d’eau  dans au moins  87 département  métropolitains. Paradoxalement,  les départements  les plus épargnés par ces restrictions furent ceux de l’Ile-de-France  alors qu’ils concentrent  12 millions d’habitants  et une multitude d’activités   économiques sur une superficie relativement restreinte  par rapport à la plupart  des régions  de ce pays.

Quand l’Ile-de-France  échappe  presque seule aux restrictions  d’eau

 Il n’y a là aucun miracle.  Pour protéger Paris et sa banlieue des crues de la Seine,  des grands barrages de rétention ont été  édifiés voilà plus d’un demi-siècle sur les cours  des principaux affluents de la Seine  que  sont l’Aube, la Marne et l’Yonne.  Ils  permettent, en cas  de fortes  précipitations   prolongées dans le temps,  de stocker de l’eau  en nous évitant les inondations que provoquerait souvent  la Seine autour du goulot  d’étranglement  qu’est  l’agglomération parisienne.  Inversement,   les milliards  de m3 d’eau en stock  à la fin du printemps dans les barrages ont permis, durant  l’été 2019,  de soutenir le débit de la Seine à hauteur  de 60% , mais aussi de disposer ainsi d’un eau d’assez bonne qualité pour être purifiée par les usines de traitement qui nous fournissent l’eau potable au robinet.

La France  est un pays où le débat sur la gestion de l’eau  est trop passionnel  pour être positif depuis trop d’années, et plus encore depuis la mort de Remi Fraisse,  victime d’une grenade lancée par un policier le 26 octobre  2014, sur le chantier  du barrage de Sivens  dans le Tarn. Deux visions inconciliables  s’affrontent trop souvent : les partisans d’une agriculture  productiviste  et exportatrice veulent toujours plus d’eau pour irriguer le maïs,  les céréales à paille et des oléagineux comme le tournesol. Face à eux, des citoyens, majoritairement citadins  et se réclamant  de l’écologie, ne veulent rien changer dans le milieu naturel ce qui revient à mettre la nature sous cloche, fut-ce  au détriment de notre souveraineté  alimentaire.

En raison même des enjeux liés à une indispensable  gestion de l’eau  en lien  avec les conséquences du réchauffement climatique, il est temps de regarder la réalité en face. Le manque d’eau à certaines périodes de l’année  sera de nature à mettre en cause notre souveraineté  alimentaire. Trop de pluies  sans dispositifs de stockage  pour écrêter les crues dans des zones subitement inondables  feront de plus en plus de morts dans les villes et villages de France.

Cela ne veut pas dire  qu’il convient  de faire des grands barrages de la dimension du Lac de Der en Champagne, ou celui de Pannecière-Chaumard   dans le département   de la Nièvre sur le cours de l’Yonne. Mais posons-nous  cette simple question : comment   seraient  alimentés  en eau de nombreux habitants de la région PACA aujourd’hui  s’il n’y avait pas le lac de Serre-Ponçon  sur le cours de la rivière Vaucluse  dans les Alpes ? Posons-nous  cette autre question : combien de rivières seront à sec en été dans les prochaines années si, faute de réserves  de différents volumes mises en place quand il pleut beaucoup, les sécheresses  estivales seront de plus en plus fréquentes en France, comme c’est le cas  en Australie aujourd’hui ?

Débattons d’une politique  raisonnée du stockage de l’eau

Dans les prochaines décennies une politique raisonnée sur  stockage de l’eau va prendre beaucoup d’importance pour deux raisons aussi simples que vitales. Elle permettra de limiter les dégâts et le nombre de victimes lors des inondations que provoqueront  des pluies intenses de plus en plus fréquentes. Elle permettra aussi d’avoir de l’eau au robinet  et d’irriguer un certain nombre de cultures, maraîchères et arboricoles notamment,  permettant aussi d’assurer notre  souveraineté alimentaire.

 

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Les chiffres clés de  Vision du Monde

 3 personnes sur 10 dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable en toute sécurité

Près de la moitié  des personnes  qui puisent  leur eau directement dans les eaux de surface vit en Afrique  subsaharienne

6 personnes sur 10 n’ont pas accès à des installations sanitaires gérées en toute sécurité

4 milliards de personnes doivent faire face  à une grave pénurie d’eau   au moins un mois par an

En 2018, à travers son partenariat  avec World Vision, Vision du Monde  a fourni de l’eau potable à 4 millions de personnes, amélioré les installations sanitaires  pour 2, 8 millions de personnes, délivré des formations sur les bonnes pratiques d’hygiène  à 5 millions de personnes 

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