À l’heure où j’écris ces lignes, plus de 800 000 ha de forêt ont été brulés en Europe. En Gironde, nous avons à faire à une grande catastrophe écologique ; près de 40 000 personnes ont dû être évacuées. La dune du Pilat est menacée. Son écosystème est bouleversé. Il a fait 40°C à Dieppe ; 39,3°C à Brest. Au lieu de faire le lien avec le réchauffement climatique et d’aider aux débats et aux mobilisations pour y faire face et faire cesser cette course à l’abime, pouvoir et télévisions se contentent de constater « un record triste d’incendies » comme l’a benoitement dit le porte-parole du gouvernement à la sortie du Conseil des ministres.
Le pays et le monde battent des records de chaleur, mais il n’y a personne pour expliquer les bouleversements que subit notre planète parce que les grandes sociétés multinationales et les pouvoirs à leur service refusent de mettre en œuvre la transition écologique de nos appareils productifs. C’est parce que le chemin de la bifurcation est long qu’il faut s’y prendre dès maintenant. Seulement une question se pose à toutes et tous : la métamorphose écologique est-elle possible dans un système qui promeut d’abord la rente financière, les profits pour des actionnaires dont la seule motivation est d’accumuler du capital ? Or, il faut beaucoup investir pour rechercher et développer de nouvelles formes d’énergie non polluantes, pour développer le transport fret–rail au lieu du camion, pour de nouveaux véhicules propres, pour une nouvelle agriculture, pour rénover les bâtiments, etc. Au lieu de cela, le pouvoir nous parle de débrancher des prises électriques, de fermer la lumière, de baisser le chauffage cet hiver, de couper le wifi. Très bien. Cela ne fait pas un projet politique, social et écologique à la hauteur des forts enjeux auxquels l’humanité est confrontée
Ajoutons que les pouvoirs ne sont pas à une contradiction près pour embobiner les citoyens. Ainsi, un jour ils expliquent que Poutine va voir ce qu’il va voir avec les sanctions qui lui seront imposées. Plus de pétrole, de gaz russe, proclame-t-on en cœur dans les couloirs sombres de Bercy jusqu’aux vastes corridors silencieux et mystérieux de la Commission européenne. Puis le lendemain, tout ce beau monde se met à pleurnicher parce que le même Poutine menace de fermer le robinet de gaz. Il vient de ré-entrouvrir le robinet du gazoduc Nord-Stream 2. Et nos généraux des sanctions demandent l’ouverture complète du robinet après avoir montré les dents sur nos écrans de télévision.
Et puis, il y a cette sinistre farce : de grandes sociétés de transport ou des géants du pétrole, souvent à base américaine, vont chercher du pétrole en Inde ou en d’autres pays. Ce pétrole provient de Russie. La Russie la vend à prix cassé à l’Inde. L’Inde nous le revend au prix cher. Quelle intelligence de cette classe dirigeante décadente. Qui n’a pas vu que les dirigeants américains poussent l’Europe a multiplier les sanctions pour nous vendre leurs produits ? Ainsi, les mêmes qui de temps en temps, l’air sombre et pénétré, nous expliquent qu’il faut quatre ministres de la transition écologique et autant d’autres à qui ils ont ajouté le mot « souveraineté » au bout de l’intitulé de leurs ministères, achètent le gaz de schiste nord-américain, reçoivent les rois, princes et sous princes des pétromonarchies du golfe pour leur acheter plus de pétrole en échange de plus d’armes sophistiquées.
Pas de hasard à tout ceci ! Les affaires sont les affaires et le capitalisme ne fait pas dans la dentelle ; la sinistre et injustifiable guerre de Poutine lui donne des arguments. Les profiteurs de guerre qu’ils soient américains, russes, européens, qataris qui ensemble sirotent leur apéritif frais sur la Costa Del Sol ou dans un yacht sur la Méditerranée pendant que les soldats se font trouer la peau et qu’on prépare les peuples à « la sobriété », autre terme pour dire qu’on va se serrer la ceinture, sont aux anges !
C’est pour protéger tous ceux-là que le gouvernement ne veut en aucun cas relever les salaires des travailleurs. Le pouvoir macronien veut bien des compromis. Mais la limite de ceux-ci est qu’ils ne touchent pas au capital. On vient de le voir avec force au cours du débat prétendument pour le pouvoir d’achat. Le pouvoir a dû concéder une légère augmentation des retraites et des prestations sociales de 4%, et enfin accepté la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé après l’avoir refusé à six reprises lors du précédent quinquennat. Mais sa loi n’est pas une loi pour le pouvoir d’achat ; aucune mesure ne compense les pertes de ces dernières années, ni ne couvre l’inflation actuelle et à venir. C’est plutôt une loi actant la baisse du pouvoir d’achat qu’ont voté ensemble les députés macronistes, de droite et d’extrême-droite ; trois forces qui en aucun cas ne veulent l’augmentation des rémunérations du travail par un peu de partage des richesses que créent les travailleurs.
Leur obsession : maintenir le règne de la captation de la plus-value créé par le travail. Il y avait pourtant une disposition de « compromis » défendue par nos amis Pierre Dharéville et François Ruffin en séance : réindexer les salaires sur les prix. Cela ne fait pas augmenter le pouvoir d’achat, mais empêche que les salaires perdent en pouvoir d’achat. Le combat doit continuer.
La fête de l’Humanité, les 10 -11- 12 septembre prochain, va être un des lieux uniques pour qu’ensemble les forces de gauche et écologistes puissent dialoguer avec les participants à la fête, des combats à mener pour une vie meilleure et un processus de transition écologique. Avec une multitude d’activités culturelles, de rencontres diverses à l’agora de l’Humanité, à l’espace des amis de l’Humanité, au village du monde, au village solidaire, au forum social, sur les différentes scènes, au stand du Parti communiste et ceux des autres forces de gauche et de l’écologie politique, chacune et chacun apportera son expérience, ses idées et propositions, ses aspirations dans les débats et rencontres. Faisons-en un grand lieu de l’Unité populaire pour la transformation sociale, démocratique et écologique. Un lieu de l’Unité pour la Paix et un monde commun où tous les êtres humains sont égaux et libres
Nous y sommes. Malheureusement ! C’est la fournaise. Des immensités de forêts, poumons de notre nature, sont avalées par des méga-feux. Sans le courage, l’abnégation et le savoir-faire de nos pompiers, ce serait encore pire. Ces feux obligent des centaines de milliers de familles à laisser leur maison ou leur camping. La terre est toute craquelée et les murs se fissurent sous l’effet des gonflements et des dégonflements des terres argileuses. Les champs jaunissent à vue d’œil sous le regard incrédule des animaux étreints par le stress, tenaillés par la faim et la soif. Les fleurs de maïs qui crament sous le soleil ne donneront pas de grains. Les cours d’eau s’assèchent et les poissons étouffent. Les glaciers semblent se consumer. Quand le soleil ne brûle pas, la grêle massacre les cultures et les maisons. Nos corps s’épuisent. Nos poumons sont atteints par des pollutions de l’air dont on connaît encore peu les effets secondaires. Tout juste sait-on déjà que celle-ci provoque 48 000 morts en France par an.
Oui, c’est la fournaise ! Elle est mondiale. Des États-Unis à la Chine, de l’Inde au cœur de l’Afrique, du Pakistan à l’Ukraine, le dérèglement climatique ne choisit pas sa patrie. Il fait mal. Très mal. Après la pandémie de Covid 19, puisse-t-il nous faire comprendre que nous vivons sur une même planète. Nous sommes de la même humanité. Quels que soient nos couleurs de peau, nos genres, nos religions, nos opinions politiques ou philosophiques, nos lieux d’habitations, nous sommes entrés ensemble dans une nouvelle ère. Un moment de notre histoire commune où la combinaison des activités humaines sur la nature (l’anthropocène) et du système politique - qui a pour seul crédo, la concurrence, la compétition, le productivisme capitaliste débridé, l’organisation par les mastodontes du commerce d’une consommation prédatrice (le capitaloscène) - saccage, détruit, menace l’avenir de notre humanité commune. À continuer ainsi, les villes deviendront inhospitalières, les campagnes improductives. Les forêts sont réduites en cendre, l’eau se raréfie, les glaciers s'évanouissent à l’état de souvenirs. Des espèces animales s'éteignent et la santé est affectée. Comme pour la pandémie, celui qui habite une grande ville, comme celui qui habite la campagne, est tout autant à la peine. La question est de savoir quelles orientations politiques seront prises pour mettre à la disposition des uns et des autres les moyens de faire face au péril qui s’avance. Quels services publics ? Quelle politique de l’eau ? Quels choix nouveaux pour les paysans - travailleurs ? Quels systèmes productifs nouveaux ? Quels systèmes de transports inventer avec les travailleurs et les scientifiques ? Quel type de logements ? Quelle ville demain ?
Fondamentalement, il n’y a pas d’autres choix que de mettre toutes ces questions sur le tapis et de permettre un débat argumenté et les actions nécessaires avec toutes les populations, pour agir radicalement sur deux fronts : diminuer les émissions de gaz carbonique et lutter contre les effets dévastateurs de leur concentration.
Or il faut une surdose de cynisme et être imbibé des pires dogmes ultra-libéraux pour qu’aux États-Unis – le territoire le plus pollueur par habitant - une Cour suprême à la botte du sinistre Trump puisse décider de restreindre l’action de l’Agence américaine de protection de l’environnement. Et ici, dans un mélange d'imprécisions et d’improvisations, de calculs politiciens et d’espoirs en de juteuses affaires, on réhabilite des centrales à charbon et on va supplier les monarchies du golfe d’ouvrir en grand les robinets du pétrole, tout en s’agenouillant devant l’oncle Sam pour lui acheter son pétrole et son gaz de schiste.
Les mêmes viennent discourir devant les caméras la larme à l’œil sur les effets du réchauffement climatique. Quelle honte ! Leurs traités de libre-échange, comme le dernier signé le 30 juin avec la Nouvelle-Zélande qui permet le transport de viande de moutons et de bovins par grands bateaux, comme leurs incitations à la circulation des camions contre le rail, ne les rendront jamais crédibles. L’énergie est partie intégrante de la guerre mondiale au sein de laquelle celle de M. Poutine contre l’Ukraine.
D’autres foyers de conflits tout aussi dangereux couvent en Méditerranée pour l'accaparement et l’extraction des réserves de gaz qui s’y trouvent. Ils impliquent Israël, la Turquie, Chypre, Syrie, Liban, Égypte, Libye. Que du beau monde qui n’a que faire du soleil brûlant.
Les multinationales de l’énergie n’ont que faire de l’avenir humain. Leur souci est de sécuriser l’avenir de leurs profits. La guerre en Ukraine est pour eux une « opportunité » comme on dit dans les salons huppés et les conseils d’administration des majors du pétrole et du gaz.
Ils nous font trembler d’inquiétude pour les générations à venir. Les enjeux civilisationnels sont énormes : diversifier nos productions d’énergie en investissant avec les chercheurs et les salariés dans le nucléaire de demain et les énergies renouvelables, de l’hydraulique au solaire, de l’hydrogène à la marémotrice. Développer le rail contre les camions, rénover des centaines de milliers de logements, impulser un programme européen de plusieurs années pour l’agro-écologie et l’adaptation de la production agricole aux modifications climatiques, modifier les processus industriels avec les salariés, les cadres et les chercheurs.
L’objectif d’une telle métamorphose doit viser à améliorer le bien-être, la qualité de vie, la santé humaine, animale et améliorer la biodiversité. Bien loin de cette fameuse « sobriété » qui sert de programme au chef de l'État.
Ce mot n’a qu’une fonction : tenter d’imposer une nouvelle cure d’austérité pendant que les super profits de Total ne cessent de battre des records, comme ceux des grandes compagnies internationales du transport. Notre monde a besoin d’un grand projet humain de paix, de justice sociale, de démocratie et de métamorphose écologique. Il a besoin d’inventer dans le débat et dans l’expérimentation, un grand projet d’avenir. Un projet sécurisant le monde et l’avenir des générations futures.
Voici un processus à construire : celui allant vers une sécurité humaine globale, loin des divisions, loin de la minorité des affairistes, loin des dogmes capitalistes. C’est un autre monde qu’il faut inventer. Un monde dans lequel enfin les êtres humains, la nature, les animaux priment en toute chose. La fournaise nous appelle à l’action. Une action internationale unie, comme ont commencé à la faire les jeunes pour le climat. Une action qui doit changer d’échelle pour porter « l’après-capitalisme ». Après le féodalisme, puis le capitalisme, vient le temps du commun.
L’auteur donne une analyse politique de la situation de l’hôpital public et avance des solutions structurées et radicales de nature à régler les problèmes au moment où la France va choisir ses nouveaux députés.
En mai 2020, nous écrivions : Plus que jamais à l’ordre du jour ! Un plan d’urgence pour les hôpitaux publics et les Ehpad! Et nous avions réactualisé notre plan d’urgence de 2018. Deux ans plus tard, l’hôpital public est en détresse vitale. On est bien donc toutes et tous d’accord qu’il faut que ça bouge et vite. Après la grande claque du Covid et l’objectif programmé de l’effacement de l’hôpital public, nous devons apporter des réponses à court et moyen termes.
Avant même de repenser la globalité de notre système de santé, en incapacité aujourd’hui de répondre à l’ensemble des besoins de santé, il faut stopper l’acharnement mis depuis plus de trente ans à détruire l’hôpital public et les mensonges de Véran/Macron ! Et, il ne suffit pas de changer de ministre pour changer de politique ! La séquence que nous vivons à la veille de congés d’été, risque de donner le coup de grâce à l’hôpital public : par plusieurs milliers, les soignants et les soignantes, les médecins hospitaliers, quittent leur établissement, entraînant la fermeture de centaines de lits et de services entiers, tels que les urgences.
La commission des affaires sociales du Sénat a lancé, le 17 novembre 2021, une mission d’enquête sur la situation de l’hôpital et le système de santé en France. Le constat dressé par les représentants des personnels soignants et des praticiens auditionnés est un constat de désastre. Selon le Syndicat national des professionnels infirmiers, 7 500 postes vacants d’infirmiers étaient recensés en juin 2020, en septembre 2020, ils étaient 34 000 Aujourd’hui, ce sont 60 000 postes qui manquent. Après la Covid-19, 10 à 20 % des postes infirmiers sont vacants, 10 % des effectifs en maladie, burn-out, dépression. Ils parlent d’une spirale infernale : « Plus les conditions de travail se dégradent, plus vous avez de départs ! Et plus la charge de travail augmente pour ceux qui restent, plus vous avez de nouveaux départs ». Les hôpitaux publics fonctionnent aujourd’hui avec la moitié du personnel paramédical (IDE et AS) en intérim ou vacations afin de remplacer les absences. Ce qui pose le problème de la précarité, avec en filigrane la remise en cause du statut, mais aussi d’une réelle difficulté de fonctionnement des services. L’expertise s’en va, avec des difficultés d’accompagnement des nouveaux arrivants. Une équipe, c’est un collectif de travail, ce n’est pas une somme d’individus.
Côté médecins, c’est la même chose, avec des plannings de travail éreintants, avec le cumul des heures, le manque de contacts avec les patients, il y a un accroissement de la perte d’intérêt au travail notamment chez les jeunes médecins. Beaucoup de services et particulièrement les urgences, fonctionnent aujourd’hui avec des médecins à diplôme hors Union européenne (les PADHUE) qui, malgré la reconnaissance de leur diplôme (pour près de 5 000 d’entre eux), et en exercice dans les hôpitaux sur tout le territoire, attendent un poste, un contrat pérenne tandis que les fermetures de lits et de services d’urgence se multiplient, faute de personnels.
Et pendant ce temps-là, sournoisement les grands groupes de la santé privée se restructurent, se substituent au secteur public avec la bénédiction des ARS et l’argent de la Sécurité sociale ! Vendredi 27 mai, sur France info, Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée a d’ailleurs lancé un appel: « Nos services d’urgences ne sont pas saturés, on demande que le 15 nous envoie des patients ». Le privé entre en scène : « on peut vous aider, nous on sait gérer».
À l’origine de ce dysfonctionnement, les politiques publiques des vingt dernières années, qui ont privilégié les restrictions budgétaires, au détriment de la qualité des soins, des conditions de travail des personnels, des investissements dans le matériel, du maintien des établissements de santé de proximité, des capacités d’accueil des hôpitaux et plus globalement de la démocratie sanitaire. Le quinquennat d’Emmanuel Macron a poursuivi méthodiquement cette politique d’affaiblissement de la santé et de l’hôpital public avec l’amplification du virage ambulatoire entraînant des suppressions de lits – au nombre de lits que le ministère a fait fermer pour réaliser des économies (5 700 en 2020, 3 400 en 2019, 4 000 en 2018), s’ajoutent les 69 000 places d’hospitalisation à temps complet qui ont disparu entre 2003 et 2017 – le maintien de la T2A qui asphyxie financièrement les établissements, la fermeture d’hôpitaux de proximité et de maternités, ou encore les fusions d’établissements au sein des groupements hospitaliers de territoires (GHT) qui assèchent l’offre de soins au plus près des populations.
Comment fait-on aujourd’hui pour s’en sortir ? Les salaires, les recrutements, la formation sont au cœur des solutions !
Les revendications d’hier et d’aujourd’hui sont vitales : elles doivent faire l’objet d’une négociation nationale, dès juillet2022, avec les représentants des personnels hospitaliers et des usagers. Le plan d’urgence pour l’hôpital proposé par le PCF bien avant la crise sanitaire est plus que jamais d’actualité : son fil rouge reste l’humain pour restaurer les missions del’hôpital public, avec au cœur la place des personnels, leur bien-être au travail, leur reconnaissance et le respect de leur éthique de soin.
A court terme :
Les rémunérations :
Les salaires bloqués depuis 12 ans participent à l’hémorragie du personnel. Les 183 euros mensuels du Ségur de la Santé en plus sur la feuille de paye restent encore décalés par rapport au salaire moyen des infirmières en Europe, malgré ce qu’a osé déclarer le 12 mai 2022 l’ex-ministre de la santé O. Véran : « Non, ce n’est pas un problème salarial, ce n’est pas un problème d’effectif, c’est un problème d’organisation ». Revaloriser les salaires en relevant le point d’indice à 6 € (pour la CGT) est une des priorités pour donner envie de rester ou d’intégrer l’hôpital public, comme l’est autant la titularisation de tous les contractuels. Au-delà et simultanément, il est indispensable de réaliser une refonte des grilles indiciaires pour que celles et ceux qui sont sur la brèche voient les rémunérations enfin réévaluées en compensation de leur place indispensable dans la société… Dans le même temps, il faut moduler et réglementer les revenus des médecins du privé ; c’est le marché qui fixe le financement des médecins dans les cliniques à but lucratif ; il faut mettre fin à ce « mercato » pour enrayer la fuite des médecins du public, tentés par des salaires mirobolants.
Les recrutements et formations paramédicales et médicales
L’estimation d’un besoin de 100 000 emplois est largement dépassée ! La situation exige de faire le compte des besoins par établissement, par département (ou bassin de vie) : les emplois soignants et non-soignants qui peuvent faire l’objet d’embauches immédiates avec la reconnaissance par les salaires, le financement et l’encouragement aux formations promotionnelles continues qualifiantes, permettant à des professionnels exténués de reprendre goût au soin à travers de nouvelles qualifications, un nouveau métier ; des pré-recrutements salariant des jeunes pendant leur formation en échange d’un engagement dans le public doivent être financés dans un vaste plan de formation national. Le secteur de la santé et du social est un remarquable terrain de mise en application des propositions de Sécurité Emploi Formation, un investissement pour notre santé. Les moyens des facultés et instituts de formation doivent être revus à la hausse dès cette rentrée 2022. Enfin, il faut donner envie aux personnels de rester, d’y venir, en reconstituant les équipes, le travail concerté dans les services, revaloriser les services rendus, notamment des médecins hospitaliers, dont les médecins étrangers non-européens dont l’avenir est menacé, en restaurant des instances démocratiques à l’hôpital. L’urgence est bien de redonner la parole aux soignants et à l’ensemble des hospitaliers ! Autre exigence non négociable, stopper les restructurations, la fermeture des lits et en ré-ouvrir tout de suite afin d’éviter le casse-tête des urgences aujourd’hui, pour trouver des lits d’aval disponibles pour leurs patients en voie d’hospitalisation. Revoir avec la médecine de ville (généralistes et spécialistes) et les établissements privés la permanence des soins la nuit et les week-ends. Le nouveau ministère de B. Bourguignon consacré exclusivement à la santé et à la prévention sera impuissant si les cordons de la bourse, le contrôle de la Sécurité sociale sont toujours à Bercy, dans les mains des émissaires des marchés financiers ! La nouvelle Assemblée nationale devra d’urgence voter une loi rectificative à la loi de financement 2022 de la Sécurité sociale pour donner enfin aux hôpitaux les moyens financiers nécessaires pour répondre aux besoins des populations, pour redonner espoir au personnel en des jours heureux et arrêter l’hémorragie des soignants. Dans la perspective du PLFSS 2023, il faudra en finir avec la T2A et restaurer des budgets de fonctionnement permettant la sécurisation des activités et leur évolution. Ces dotations de financement pourraient s’opérer en fonction des besoins des bassins de population facilement identifiables par la CPAM qui recense tous les actes médicaux, en lien avec des instances démocratiques départementales, régionales et nationales réunissant tous les acteurs (professionnels et leurs représentants, élus, usagers, directions d’établissement). Et ceci en remplacement à terme des ARS (agences régionales de santé). Des mesures financières fortes doivent être prises, comme la suppression de la taxe sur les salaires qui pénalise les embauches hospitalières (estimée à 4 Md€) et le remboursement à l’Etat de la TVA qui freine l’investissement et les achats indispensables. Ces 2 mesures, qui ne coûteraient rien à la Sécurité sociale, dégageraient immédiatement plus de 10 %de marge de manœuvre pour le budget hospitalier. Les 30 Md€ de dettes cumulées par les établissements doivent faire l’objet d’une reprise totale par l’État. Cette dette peut être refinancée par la BCE dans le cadre de prêts à taux très bas delong terme.
Relance de l’investissement
Les 19 milliards d’investissement annoncés à grand coup de communication lors du Ségur et étalés sur 10 ans vont, on ne peut en douter, constituer un levier pour restructurer encore et encore l’hôpital public et le système de santé. Nous pensons que la France a les moyens de réorienter le pôle public financier autour de la CDC. Ce pôle financier public pourrait devenir l’acteur pivot d’une nouvelle politique de financement, notamment de leurs investissements lourds. Dans l’immédiat, il pourrait effacer les emprunts toxiques, renégocier les autres via la BCE. Ainsi, notre proposition d’un fonds européen prend toute sa crédibilité, tout en libérant les ressources de la Sécurité sociale. C’est le choix ultra-libéral de baisse des dépenses de santé remboursées qui détruit l’hôpital public sciemment et méthodiquement, au profit du privé… Penser à l’avenir de l’hôpital public, remettre à flot notre système de soins, tout en répondant à l’urgence sanitaire exige un plan massif de soutien aux hôpitaux, accompagné d’une grande loi de santé publique, loi programmatique sanitaire et budgétaire pluriannuelle.
Avec les travaux des JOP 2024, la Fête est contrainte de déménager, mais nos équipes tout comme les collectivités du Cœur d’Essonne mettent tout en œuvre pour accueillir les quelque 600 000 personnes qui, comme chaque année, viendront rejoindre les allées de la Fête de l’Humanité pour partager un moment festif, culturel et politique.
La Fête de l’Humanité, qui se tiendra les 9, 10 et 11 septembre, sur un nouveau terrain, au cœur de l’Essonne, sur l’ancienne Base aérienne 217, sera un moment unique de la rentrée sociale et politique.
Construite par les équipes de l’Humanité, des milliers de militantes et de militants communistes, politiques, syndicaux et associatifs, elle est ouverte à toutes celles et ceux qui veulent venir y partager un moment, entre amis ou en famille, participer à un débat, assister à un concert, découvrir un film ou un livre ou simplement faire la fête dans les nombreux stands militants ou du Village du monde.
La Fête, notre bien commun
Pendant trois jours, les espaces de débats, de l’Agora, de l’Humanité, du Forum social, du Village du livre, du nouvel Espace des territoires et du tourisme, mais aussi ceux de nombreux stands militants, donneront à entendre les réponses aux besoins urgents d’augmentation des salaires, du pouvoir d’achat et de la nécessaire bataille pour la réindustrialisation et notre souveraineté énergétique.
Dans les allées de la Fête de l’Humanité résonneront aussi les combats pour la paix en Ukraine, mais également partout dans le monde, en Palestine, au Yémen, pour les Kurdes, les Sahraouis, les combats antiracistes, écologistes, féministes.
On peut affirmer modestement qu’inscrite dans le paysage politique et social depuis des décennies, la Fête de l’Humanité l’est au patrimoine populaire de notre pays, singulièrement pour les progressistes et leurs amis. Elle est un bien commun qui dépasse nos frontières nationales, qui traverse des générations qui ont construit l’événement, y ont des souvenirs impérissables et heureux. C’est tout cela qui en fait un lieu si important.
La mobilisation populaire qui nous porte
L’an dernier, lors de l’édition 2021 de la Fête de l’Humanité – après les vagues de Covid, de confinements et de couvre-feux –, le bonheur de se retrouver était palpable, visible dans les larges sourires des visiteurs, sensible dans l’atmosphère conviviale, détendue et enthousiaste tout à la fois.
Comme nous avons su le faire par le passé, notre Fête est marquée par sa capacité de résilience et d’adaptation. Les dernières crises ont eu des impacts sur notre organisation auxquels s’ajoutent les difficultés économiques. Nous les avons surmontées à chaque fois par la mobilisation populaire qui nous porte et nous permet de réussir le rendez-vous.
Nous sommes aussi précurseurs et novateurs comme dans notre démarche pratique pour vous accueillir en essayant d’intégrer les exigences écologiques, de prendre en compte les évolutions et les manières de faire la fête à notre époque, de sécuriser notre site et de faire vivre les acteurs locaux par les pratiques les plus socialement ambitieuses.
Nous devons mesurer que cette Fête se déroulera alors que des crises successives s’accumulent et font planer des menaces inédites sur le genre humain. Il ne faut pas sous-estimer ce qu’il se déroule chaque jour. Les ruptures qui s’exacerbent quotidiennement sont le signal d’un système à bout de souffle qui ne répond plus aux besoins humains.
Le 26 juillet 2022, Thibault Camelli, Chargé d’affaires à la Délégation de l’Union européenne auprès des Nations unies au nom de l’Union européenne et de ses États membres au Conseil de sécurité, a rappelé lors du débat public du Conseil que l’UE était opposée à la politique de colonisation d’Israël et préoccupée par l’expansion des colonies illégales et les violences contre les civils ; que l’UE condamnait la violence des colons et demandait une nouvelle fois une enquête approfondie sur le meurtre de la journaliste Shireen Abu Akleh, que l’UE réaffirmait l’impératif d’un cessez-le-feu à Gaza.
Lire l’intégralité de la déclaration de M. Thibault Camelli traduite par l’AFPS :
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,
J’ai l’honneur de prononcer cette déclaration au nom de l’Union européenne et de ses États membres.
Les pays candidats, la Macédoine du Nord et le Monténégro, se rallient à cette déclaration.
L’UE est préoccupée par les tendances négatives persistantes sur le terrain, notamment l’expansion des colonies illégales, les violences contre les civils commises par toutes les parties, les attentats terroristes et la multiplication des démolitions et des expulsions, qui menacent gravement la solution à deux États. L’UE réaffirme son attachement à un règlement juste et global du conflit israélo-palestinien, fondé sur la solution des deux États, avec l’État d’Israël et un État de Palestine indépendant, démocratique, d’un seul tenant, souverain et viable, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité et dans la reconnaissance mutuelle, et avec Jérusalem comme future capitale des deux États.
L’UE condamne tous les actes de violence et demande que les responsables rendent des comptes. L’UE déplore l’augmentation de la violence qui non seulement entraîne des pertes tragiques en vies humaines, mais alimente également les tensions et l’animosité. L’UE condamne fermement les attentats terroristes perpétrés récemment en Israël et reste attachée à la prévention et à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. L’UE condamne fermement l’augmentation de la violence des colons et demande que les responsables rendent des comptes. L’UE est profondément préoccupée par le nombre de plus en plus élevé de victimes, y compris des enfants. L’UE rappelle que tout recours à la force doit être proportionné et conforme au droit international, y compris le droit international des droits de l’homme et le droit humanitaire, et ne doit être appliqué qu’en dernier ressort, lorsqu’il est strictement inévitable pour protéger des vies. L’UE demande une nouvelle fois qu’une enquête approfondie soit menée sur le meurtre de la journaliste Shireen Abu Akleh, qui couvrait une opération de sécurité israélienne en Cisjordanie occupée, et que les responsables soient traduits en justice.
L’opposition de l’UE à la politique de colonisation d’Israël et aux mesures prises dans ce contexte, y compris à Jérusalem-Est, et en particulier dans les zones sensibles telles que E1, est bien connue. L’UE réaffirme que les colonies sont illégales au regard du droit international et demande l’arrêt de toutes les activités de colonisation. Des actions telles que la construction de la barrière de séparation au-delà de la ligne de 1967, les démolitions et les confiscations - y compris de projets financés par l’UE -, les expulsions, les transferts forcés, y compris de Bédouins, les avant-postes illégaux, la violence des colons et les restrictions en matière de circulation et d’accès menacent gravement la solution des deux États et ne feront qu’aggraver un climat déjà tendu. L’UE est préoccupée par l’augmentation des démolitions et des expulsions, y compris à Jérusalem-Est. Il sera important de ne pas procéder aux démolitions et expulsions prévues.
L’UE rappelle l’importance particulière des lieux saints et demande le maintien du statu quo mis en place en 1967 pour le Mont du Temple / al-Haram al-Sharif, conformément aux accords antérieurs et compte tenu du rôle particulier de la Jordanie. Soulignant la nécessité de respecter le statu quo également pour les lieux saints chrétiens, l’UE rappelle qu’il importe de maintenir la coexistence pacifique des trois religions monothéistes. L’UE suivra de près l’évolution de la situation et ses conséquences sur le terrain et reste prête à contribuer davantage à la protection et à la viabilité de la solution des deux États.
L’UE réaffirme qu’il est impératif de consolider le cessez-le-feu à Gaza et rappelle sa position sans équivoque selon laquelle les tirs de roquettes, les lancements d’engins incendiaires et les autres attentats commis par le Hamas et d’autres groupes terroristes sont inacceptables. L’UE appelle à une nouvelle levée des restrictions, en soulignant la nécessité d’un accès humanitaire sans entrave à Gaza. L’UE demande à toutes les parties de prendre les mesures nécessaires pour apporter un changement fondamental à la situation politique, sécuritaire et économique dans la bande de Gaza, y compris la fin du bouclage et l’ouverture complète des points de passage, tout en répondant aux préoccupations légitimes d’Israël en matière de sécurité.
L’UE demande une nouvelle fois à l’Autorité palestinienne d’organiser sans plus tarder les élections nationales qui ont été reportées et engage toutes les factions palestiniennes à s’engager de bonne foi dans le processus de réconciliation, à adhérer aux accords antérieurs, à renoncer à la violence et au terrorisme, à reconnaître le droit d’Israël à exister et à s’engager à respecter les principes démocratiques, y compris l’État de droit. Les institutions palestiniennes démocratiques fondées sur le respect de l’État de droit et des droits de l’homme sont essentielles pour le peuple palestinien et, en définitive, pour la solution à deux États.
La société civile palestinienne doit être autorisée par toutes les parties à s’acquitter librement de son importante mission, tandis que la liberté d’expression doit être préservée. L’UE rappelle la nécessité de faire en sorte que les responsables de la mort de Nizar Banat rendent des comptes. L’UE est fière du soutien qu’elle continue d’apporter à la société civile, qui contribue aux efforts de paix et à l’instauration d’un climat de confiance entre Israéliens et Palestiniens. L’UE demande instamment aux parties de s’abstenir d’utiliser la législation antiterroriste pour porter atteinte à la société civile et à son précieux travail et à ses contributions à la recherche de la responsabilité.
Jusqu’à ce qu’une solution juste, équitable, convenue et réaliste soit trouvée à la question des réfugiés, conformément au droit international, l’UNRWA reste indispensable pour fournir la protection nécessaire et les services essentiels aux réfugiés palestiniens, soutenant ainsi la paix et la stabilité dans la région. L’UE continuera à soutenir l’UNRWA dans tous ses domaines d’activité, y compris à Jérusalem-Est. Nous nous félicitons de l’annonce faite récemment par le Comité ad hoc de l’Assemblée générale concernant les contributions volontaires à la conférence de l’UNRWA du 23 juin et nous appelons tous les partenaires à augmenter leurs contributions à l’UNRWA.
L’UE encourage la poursuite du dialogue entre les parties afin de rétablir un horizon politique et d’ouvrir la voie à la relance du processus de paix dans les meilleurs délais. L’UE se félicite des mesures visant à améliorer les moyens de subsistance des Palestiniens et demande que soient mis en œuvre les engagements pris lors de la réunion du comité de liaison ad hoc qui s’est tenue à Bruxelles le 10 mai. À cette fin, l’UE rappelle l’importance d’un dialogue approfondi entre les parties et encourage l’assouplissement des restrictions aux déplacements des Palestiniens. Parallèlement à la nécessaire réforme de l’Autorité palestinienne, cela contribuera également à améliorer sa situation budgétaire désastreuse.
Les chants de la révolte. Un poème de la fin du XIXesiècle devient l’hymne de la révolution de 1905. Il consacre le peuple martyr qui entend rester libre, et résonnera aux funérailles de Lénine.
Àune trentaine de kilomètres de Saint-Pétersbourg, sous le soleil, un groupe de soldats, armes à la main, se tiennent en ligne. Le vent venu du golfe de Finlande souffle dans leurs vêtements. Face à eux, des marins de Kronstadt, débraillés, attendent le visage livide. Sur l’île-forteresse dans le fort d’artillerie Grand-Duc Constantin qui sert de base navale à l’Empire russe, ils entonnent : « Mais l’heure a sonné et le peuple vainqueur/S’étire, respire, prospère/Adieu, camarades, adieu, nobles cœurs/Adieu, les plus nobles des frères. »
Quelques instants plus tard, la vingtaine de militaires de la puissante flotte de la mer Baltique est exécutée, en cet été 1906. À l’avant-garde du processus révolutionnaire qui a éclaté en Russie depuis janvier 1905, une partie de la flotte a participé à un nouveau mouvement d’insurrection en ce mois de juillet. Cette nouvelle révolte s’avère mal organisée par les mouvements bolcheviques et socialistes révolutionnaires, et se solde par une défaite des insurgés et une répression brutale de l’empire.
De multiples hypothèses existent sur leur auteur.
La strophe entamée par les militaires de la puissante flotte russe est issue de Nous sommes tombés victimes(en russe,my stahly zhertvami). En France, elle a pris le nom duChant des martyrs, une marche funèbre devenue un hymne révolutionnaire. Au départ, il s’agit de poèmes publiés au XIXesiècle. De multiples hypothèses existent sur leur auteur.« Le texte se composerait initialement, aux alentours de 1875-1885, de deux poèmes. La plus sérieuse (des hypothèses) mène à Arkady Arkhangelsky qui écrit aussi sous le nom d’Anton Amosov. Une seule version reste et devient populaire », explique l’historien Naum Kleiman àl’Humanité.
Pourquoi une complainte s’impose-t-elle comme le ralliement de la révolution de 1905-1906 et se veut chantée par la plupart des camarades dans leur dernier souffle ? Les paroles évoquent la mort tragique, pour« un amour fatal et désintéressé » : le peuple. Quoi de plus beau pour des milliers de révolutionnaires :« Tu as tout donné ce que tu pouvais pour lui, pour sa vie, son honneur et sa liberté. »
Jamais une œuvre n’a collé aussi bien à un événement historique
La mélodie, composée probablement par Nikolaï Ikonnikov, possède un rythme lent, typique d’une marche funèbre. Elle est souvent chantée par des chœurs pour renforcer la force tragique de l’œuvre. Malgré cette sévérité, les paroles simples s’imposent dans la première révolte russe. Jamais une œuvre n’a collé aussi bien à un événement historique. Car, ces dizaines de marins de Kronstadt qui chantent avant leur exécution ne sont pas les seuls.
Dans ses mémoires, Nadejda Kroupskaïa écrit sur les nombreux cimetières où les chœurs russes ont entonné ce chant et« même Lénine avec un groupe de camarades l’ont chanté spontanément quand ils ont appris la répression du Dimanche rouge à Saint-Pétersbourg (janvier 1905) ». De ce drame, Vladimir Ilitch retient :« Au moment du soulèvement, une lutte physique pour l’armée est également nécessaire (…) tous les travailleurs du parti durant la révolution devront être guidés par la nécessité d’une offensive audacieuse et d’une attaque les armes à la main, dans le but d’anéantir les autorités. »
Le poème contient une référence biblique autour de la fête du roi Balthazar dans Babylone assiégée.« Et le despote festoie dans un palais luxueux/Comblant l’angoisse de vin/Mais des lettres formidables sont depuis longtemps sur le mur/Une main fatale dessine. »Une forme de parallèle se dégage avec la brutalité du tsar Nicolas II et sa future chute. Après avoir mis fin au servage, l’Empire russe reprend un visage autocratique sous Alexandre III et son fils.
La crise économique qui frappe le pays et la défaite lors de la guerre contre le Japon (1904-1905) avec ses milliers de morts déclenchent un fort mécontentement. Des révoltes paysannes se multiplient contre l’exploitation, la faim et la privatisation des terres. Même combat chez les ouvriers qui travaillent plus de quatorze heures dans des conditions déplorables. Avec l’industrialisation du pays et les premières grandes usines, leur poids devient important.
Cette colère retentit avec le souffle des chœurs et leur lyrisme. Le peuple qui se soulève dans la chanson est bien celui de 1905 : grèves, manifestations et révoltes s’enchaînent dans tout le pays. La capitale impériale, Saint-Pétersbourg, en devient le cœur où des réformes sont réclamées avec la remise d’un manifeste au tsar Nicolas II. En tirant sur la foule pacifique – le Dimanche rouge – devant le palais d’Hiver, les troupes précipitent la révolution. Un premier soviet d’ouvriers est créé à Saint-Pétersbourg.
Des militaires rejoignent le mouvement, dont le cuirassé Potemkine qui dresse le drapeau rouge. Si le manifeste est finalement signé en octobre 1905, la répression s’abat violemment dans les mois qui suivent. Véritable répétition de celle de 1917, la révolte etNous sommes tombés victimene s’éteindront jamais. En 1924, ce chant résonne aux funérailles de Lénine. Les carillons de la tour Spasskaïa du Kremlin ont joué la mélodie de 1918 à 1932. L’illustre compositeur Dmitri Chostakovitch glisse lui aussi le thème dans son 3emouvement de la 11esymphonie :l’Année 1905.
Dans cette prise de parole historique, devant l’ONU en 1984, le jeune président burkinabé expose avec éloquence les défis qui guettent une planète en guerre et un continent africain ravagé par l’exploitation capitaliste.
Lorsqu’il s’adresse, le 4 octobre 1984, lors de sa 39 e session, à l’Assemblée générale des Nations unies, Thomas Sankara dirige le Burkina Faso depuis à peine un an. Le jeune capitaine, « mandaté par le Conseil national de la révolution », avance vers la tribune, vêtu de son treillis militaire, pour « parler au nom d’un peuple qui a choisi de s’affirmer et d’assumer son histoire, sans complexe aucun ».
Pendant près d’une heure, il livre un réquisitoire accablant sur l’état d’un monde « où des nations, se soustrayant à la juridiction internationale, commandent des groupes hors la loi, vivant de rapines et organisant d’ignobles trafics, le fusil à la main ». Il y pose, surtout, les conditions indispensables pour parvenir à une paix durable, en fustigeant notamment les choix des pays dits développés d’investir massivement dans des programmes d’armement au lieu d’œuvrer à extraire l’humanité du sous-développement et de la pauvreté. Un réquisitoire, hélas, toujours d’une brûlante actualité, comme l’illustre sa violente charge contre la politique menée par les autorités israéliennes, avec le soutien du « protecteur américain », à l’encontre du peuple palestinien.
Extrait du discours
Il faut, à notre avis, des études sérieuses prenant en compte tous les éléments qui ont conduit aux calamités qui ont fondu sur le monde. À ce titre, le président Fidel Castro, en 1979, a admirablement exprimé notre point de vue à l’ouverture du sixième sommet des pays non alignés lorsqu’il déclarait : “Avec 300 milliards de dollars, on pourrait construire en un an 600 000 écoles pouvant recevoir 400 millions d’enfants ; ou 60 millions de logements confortables pour 300 millions de personnes ; ou 30 000 hôpitaux équipés de 18 millions de lits ; ou 20 000 usines pouvant employer plus de 20 millions de travailleurs ou irriguer 150 millions d’hectares de terre qui, avec les moyens techniques adéquats, pourraient alimenter un milliard de personnes…”. En multipliant aujourd’hui ce chiffre par 10, je suis certainement en deçà de la réalité, on réalise ce que l’humanité gaspille tous les ans dans le domaine militaire, c’est-à-dire contre la paix.
On perçoit aisément pourquoi l’indignation des peuples se transforme rapidement en révolte et en révolution devant les miettes qu’on leur jette sous la forme ignominieuse d’une certaine “aide”, assortie de conditions parfois franchement abjectes. On comprend enfin pourquoi, dans le combat pour le développement, nous nous désignons comme des militants inlassables de la paix. Nous faisons le serment de lutter pour atténuer les tensions, introduire les principes d’une vie civilisée dans les relations internationales et les étendre à toutes les parties du monde. Ce qui revient à dire que nous ne pouvons assister, passifs, au trafic des concepts. Nous réitérons notre résolution d’être des agents actifs de la paix ; de tenir notre place dans le combat pour le désarmement ; d’agir enfin dans la politique internationale comme le facteur décisif, libéré de toute entrave vis-à-vis de toutes les grandes puissances, quels que soient les projets de ces dernières.
La recherche de la paix va de pair avec l’application ferme du droit des pays à l’indépendance, des peuples à la liberté et des nations à l’existence autonome.
Mais la recherche de la paix va de pair avec l’application ferme du droit des pays à l’indépendance, des peuples à la liberté et des nations à l’existence autonome. Sur ce point, le palmarès le plus pitoyable, le plus lamentable – oui, le plus lamentable – est détenu au Moyen-Orient en termes d’arrogance, d’insolence et d’incroyable entêtement par un petit pays, Israël, qui, depuis, plus de vingt ans, avec l’inqualifiable complicité de son puissant protecteur les États-Unis, continue à défier la communauté internationale.
Au mépris d’une histoire qui, hier encore, désignait chaque juif à l’horreur des fours crématoires, Israël en arrive à infliger à d’autres ce qui fut son propre calvaire. En tout état de cause, Israël, dont nous aimons le peuple pour son courage et ses sacrifices d’hier, doit savoir que les conditions de sa propre quiétude ne résident pas dans sa puissance militaire financée de l’extérieur. Israël doit commencer à apprendre à devenir une nation comme les autres, parmi les autres.
Pour l’heure, nous tenons à affirmer du haut de cette tribune notre solidarité militante et agissante à l’endroit des combattants, femmes et hommes, de ce peuple merveilleux de la Palestine, parce que nous savons qu’il n’y a pas de souffrance sans fin. »
L’auteur retrace ici l’histoire de la médecine ambulatoire et montre comment les corporatismes et les décisions politiques ont créé la pénurie de médecins et bloqué la réponse aux besoins des populations. Il avance des solutions, particulièrement l’idée d’un réseau national territorial de centres de santé avec un maillage national avec des équipes de soins primaires pluriprofessionnelles, de proximité. L’augmentation du nombre de professionnels de santé reste une urgence.
Le système français de santé repose schématiquement sur une double dualité :
a) Un système hospitalier
Public fortement structuré par les lois Debré, qui représente 60 % des places, avec un maillage national organisé et des missions d’enseignement, renforcé par les ESPIC (établissement de santé privé d’intérêt collectif, les ex PSPH) qui représentent environ 15 % des établissements.
Privé à but lucratif porté par des professionnels de santé libéraux qui représente environ 25 %, dont l’intervention est très variable selon les disciplines.
b) Un système ambulatoire de soins
Libéral, massivement majoritaire qui représente 94% de l’offre plutôt en baisse
Salarié, surtout en centre de santé, représente 6 % de l’offre plutôt en hausse
Attention aux faux cousins
Sous la présidence de François Hollande, la ministre de la santé Marisol Touraine a lancé en 2016 une vaste stratégie ayant pour thème « la révolution de l’ambulatoire » (rien que ça). Président de la Fédération Nationale des Centres de Santé à l’époque, j’avais été invité avec le Président de la Fédération Française des Maisons de Santé au lancement de cette stratégie de « virage ambulatoire ». Nous attendions une vraie stratégie pour relancer et dynamiser une organisation du système de santé qui réponde aux besoins des habitants dans tous les territoires de France, dans les villes et les campagnes en souffrance de médecins, au plus près des habitants, combattant efficacement les déserts médicaux qui gagnaient tous les départements du pays. Il ne s’agissait de fait que de traiter de l’accélération de la conversion des services, principalement de chirurgie, à l’hospitalisation de jour, pratique qui consiste à réaliser une intervention chirurgicale dans la journée, le patient ressortant le soir même, avec en objectif annoncé de passer de 43% de patients en 2013 traités en hôpital de jour à 62% en 2020, sans passer la nuit à l’hôpital, donc en « ambulatoire » mais à l’hôpital.
Cet abus de langage n’était qu’une des escroqueries de cette annonce. La ministre s’indignait du « procès d’intention » qui lui était fait de ne faire cette réforme que pour supprimer 16 000 lits d’hôpital. L’histoire nous a appris qu’il y a eu de fait 17 500 lits de fermés pendant cette période. Le directeur associé de l’Agence Nationale d’Appui à la Performance (ANAP) disait candidement à cette époque que l’atteinte de l’objectif fixé par le ministère de la santé d’être à 62% d’hospitalisation de jour entrainait mécaniquement une baisse de 35 000 lits dont 20 000 dans le public. Objectif presqu’atteint pour le secteur public !!!
De l’origine des déserts médicaux
Notre sujet ne concerne que le système de soins ambulatoire, ce que l’on appelle par ailleurs la « médecine de ville », (mais qui concerne également la médecine en zone rurale) qui concerne les gens en consultation dans les cabinets médicaux ou en visite à leur domicile, ce qui actuellement fait angoisser et courir de plus en plus de gens au quotidien. Ceci fait que les élus locaux, sous la pression des habitants de leur territoires sont obligés d’inventer des solutions, seuls parfois, bricolant souvent avec des professionnels, des habitants, des réponses qu’ils portent sans capacité technique ni accompagnement. La réflexion politique est souvent lapidaire : les médecins ne veulent pas spontanément venir dans certains territoires, il faut donc les contraindre à le faire, après tout c’est la société qui paie leurs études en grande partie, c’est la solidarité nationale qui, avec la Sécurité sociale, finance et garanti leurs revenus. Ils ont donc des comptes à rendre à la société et doivent en retour répondre aux besoins des territoires. Ce n’est pas aussi simple.
Cette situation des déserts médicaux est une construction progressive qui résulte de décisions corporatistes, politiques, économiques et scientifiques depuis plus de 100 ans.
Décisions corporatistes :
La révolution française avait décidé de mettre en place une médecine sociale de proximité prenant en charge gratuitement tous ceux qui en avaient besoin, s’appuyant sur des médecins et une catégorie de professionnels de santé intermédiaire entre infirmière et médecin créé en 1793 : les Officiers de santé. De formation plus courte, ils ne pouvaient pas effectuer la totalité de l’activité médicale (sauf sous contrôle d’un docteur) et ne pouvaient exercer que dans les départements qui leur délivrait leur diplôme. Les docteurs en médecine n’ont eu de cesse de combattre cette pratique jugée concurrente à la leur pour l’obtenir par la loi du 30 novembre 1892: « Nul ne peut exercer la médecine en France s’il n’est muni d’un diplôme de docteur en médecine ». Cet épisode a sacralisé le monopole d’exercice de la médecine et structuré l’ensemble du système de santé, avec le « syndrome du tout médecin », expliquant que de nombreux actes soient aujourd’hui réservés en France aux médecins alors qu’ils sont pratiqués dans d’autres pays par des professionnels ayant une formation moins complète, faisant perdre au passage plus de 130 ans à la France dans l’organisation des soins ambulatoires, jusqu’à la création des « infirmières en pratique avancée » par la loi Touraine de 2016. À cette occasion les docteurs ont une nouvelle fois, à l’unanimité des organisations syndicales, refusés la création des professions médicales intermédiaires et continuent de le faire.
Décisions politiques :
Lors du retour des 3 départements d’Alsace et Moselle au sein de la mère patrie en 1918, la France dû faire face à leur intégration avec les acquis du système bismarckien de santé et protection sociale qui repose sur une délégation de service public avec indépendance administrative et financière, l’État n’intervenant que comme régulateur et contrôleur financier, avec des cotisations assises sur les salaires qui ouvrent droit à remboursement. Elles sont collectées par des organismes indépendants de l’Etat : les caisses, qui assurent également le paiement des soins reçus par les assurés. Cette organisation est en opposition au système beveridgien de Grande Bretagne où l’État assure la collecte des recettes et la prise en charge du système de santé dans le cadre d’un service public.
Le système de 1921 nécessitait une entente entre les Caisses et les professionnels de santé sur une tarification homogène au plan national, les médecins étant payés par les Caisses et sur une base d’une liste de prescriptions autorisées prise en charge intégralement. Plutôt que de limiter ce système aux seuls départements réintégrés, la Loi sociale de 1921 organisait sa généralisation à toute la France, le prix à payer pour les 1,650 million de morts et les 4,250 millions de blessés et « gueules cassées » de la première guerre mondiale. Les médecins se sont soudés en un « front du refus » bloquant pendant 7 ans le débat parlementaire pour aboutir une loi adoptée en 1928 complètement vidée de sa substance progressiste.
Les médecins sont sortis une nouvelle fois renforcés dans leur toute puissance, ayant réussi à faire reculer les différents gouvernements qui se sont succédés et le peu qui avait été maintenu a été réduit à néant pas la deuxième loi sociale de 1930. Les médecins ont pu se fédérer au sein du premier syndicat national, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), et autour d’un socle revendicatif la « charte de la médecine libérale de 1927 ».
Lors de la mise en place de la Sécurité sociale en 1945, celle-ci visait le rétablissement du projet initial et donc nécessitait également un partenariat avec les professionnels de santé dans le cadre d’une contractualisation conventionnelle et d’une « co-gestion ». Au même projet les mêmes problèmes, les médecins ont bloqués les négociations conventionnelles jusqu’en octobre 1971, date de la signature de la 1ère convention médicale nationale. Cette négociation n’a pu aboutir que dans le cadre d’un abandon par l’État de son rôle de décideur politique, laissant les médecins et l’Assurance Maladie organiser l’ambulatoire, avec les « Principes de la charte libérale » sanctuarisés par la loi (création dans le code de la Sécurité Sociale en juillet 1971 de l’article qui deviendra le L.162-2), qui grave dans le marbre de la loi ces exigences des libéraux : « Dans l’intérêt des assurés sociaux et de la santé publique, le respect de la liberté d’exercice et de l’indépendance professionnelle et morale des médecins est assuré conformément aux principes déontologiques fondamentaux que sont le libre choix du médecin par le malade, la liberté de prescription du médecin, le secret professionnel, le paiement direct des honoraires par le malade, la liberté d’installation du médecin ». Ce dernier « principe » a été négocié en échange de l’abandon de l’entente directe.
Ces mêmes « principes » sont inscrits dès le Préambule de la 1ère convention nationale, en échange de l’abandon par les médecins de la liberté de décision de leurs honoraires (entente directe), avec l’engagement exigé en complément de ne permettre aucune autre forme d’exercice de la médecine que l’exercice libéral dans l’article 18 de cette convention :
Les parties signataires conviennent qu’en ce qui concerne les malades relevant de la médecine praticienne, le système de soins de santé doit être tel que les assurés sociaux et leurs ayants droit puissent avoir recours facilement pour les soins de toute nature dont ils ont besoin, à des praticiens placés sous le régime de la présente convention…
Les caisses d’assurance maladie acceptent de ne pas créer, développer ou subventionner des centres de soins et de diagnostic sans avoir reçu préalablement l’accord des syndicats médicaux les plus représentatifs et adhérant à l’une des organisations syndicales médicales signataires. Les dispensaires et centres existants ne pourront, sous réserve de l’avis motivé des parties signataires, recevoir les prêts des caisses que pour maintenir leur valeur technique au niveau nécessaire afin de garantir la qualité des soins donnés dans ces établissements »
L’État a mis entre les mains des seuls libéraux l’organisation des soins ambulatoires et s’est privé du seul outil qui permettait de contre balancer la toute-puissance médicale, les centres de santé. Cette année là, l’État s’est tiré une balle dans le pied.
A) Décisions économiques :
La création d’un concours très sélectif en début des études de médecine, est revendiquée par les dirigeants syndicaux libéraux depuis les années trente et surtout dès le lendemain de la guerre avec la création de la Sécurité sociale, avec le soutien du Conseil National de l’Ordre des Médecins et de la Fédération des médecins de France (FMF, syndicat ultralibéral des médecins) qui souhaitaient préserver le « prestige » de la profession médicale et voulaient éviter qu’une « armée de médecins aux pieds nus en viennent à accepter une étatisation de la médecine ».
Le contre coup de mai 68 : Du fait de l’augmentation importante des étudiants en 1ère année de médecine (+ 68% entre 1962 et 1968), pour faire face aux besoins du pays, ceux-ci ont revendiqué et obtenu que tous les étudiants de 2ndcycle soient formés à l’hôpital (ce qui n’était le cas que pour les étudiants ayant passé le concours de l’externat). Face à l’arrivée importante de ces étudiants dans les services hospitaliers, les « patrons » hospitaliers et les directeurs d’hôpitaux ont demandé pour éviter une « baisse de la qualité et une fuite vers les cliniques » que leur nombre soit réduit.
La maitrise des dépenses de santé : L’augmentation importante des étudiants entraine une augmentation du coût de la formation avec « l’externat pour tous » et les médecins formés détiennent le pouvoir d’engager les dépenses de la Sécurité sociale : plus leur nombre augmente plus les dépenses croissent… Ceci est favorisé par un paiement des médecins exclusivement à l’acte, système très inflationniste.
La convergence de ces causes a abouti à la mise en place d’un Numerus Clausus, de fait concours en fin de première année, qui n’a jamais été remis en cause jusqu’en 2020. La réduction par ailleurs du nombre de lits et de services dans les hôpitaux, qui sont la base de la détermination des places de formation possible ne permettra qu’un effet limité de « l’ouverture » du nombre de place au concours.
B) Décisions scientifiques :
En 1971 Abdel OMRAN, épidémiologiste Nord-Américain, décrit des modifications des profils des pathologies observées en 3 étapes, l’âge des « épidémies et des famines » avec une moyenne d’âge à 30 ans, l’âge de la régression des maladies infectieuses et des épidémies grâce aux progrès de l’hygiène et de la pharmaco chimie avec une durée moyenne de vie qui passe à 60 ans et le 3ème âge des maladies chroniques, dégénératives et sociétales, dans laquelle nous sommes et qui se caractérise principalement par la modification de la prise en charge des patients qui sont suivis par une équipe pluri-professionnelle non pour être guéris mais pour vieillir avec leurs maladies le plus longtemps possible dans les meilleures conditions possibles.
Cette analyse, largement partagée dans le monde, oblige à revoir l’organisation des soins ambulatoires traditionnels qui ne doivent plus être fondés sur le seul colloque singulier avec un paiement à l’acte mais sur une prise en charge par des équipes de soins primaires, rémunérés pour une prise en charge populationnelle en lien avec un territoire donné et les professionnels des champs sanitaires, médico-sociaux et sociaux.
Les organisations scientifiques, professionnelles et politiques pointaient que le système ambulatoire devait profondément être réformé. Les syndicats libéraux, ignorant les alertes des scientifiques, sont restés campés sur leurs principes et leur toute puissance politique et n’ont porté comme objectifs de négociation que la seule valorisation de leurs actes et avantages corporatiste. L’État n’a pas joué son rôle de régulateur et de pilote et n’a pas assumé son rôle politique de projection et d’anticipation. Une telle évolution percutait complètement le modèle libéral dominant et aurait conduit les élus à s’affronter aux médecins à qui ils avaient remis les clés de l’ambulatoire. La lâcheté politique était plus confortable.
Quelles solutions ?
À l’analyse des causes, il est aisé de comprendre qu’une simple décision organisationnelle visant à contraindre des médecins à s’installer dans des territoires déficitaires est inopérante. Les médecins se battront pour ne pas aller sous la contrainte dans des territoires de « relégation », les habitants de ces territoires se sentiront méprisés et déconsidérés. Ce ne sont pas les discours de certains élus ou technocrates qui changeront les choses comme ceux qui demandent aux territoires d’être « plus attractifs », alors que leurs habitants y sont heureux ! La décision de contrainte à l’installation ne pourrait se mettre en place qu’à partir de la première année d’étude et donc ne sera opérationnelle que dans 10 ans. Rallonger l’internat d’un an pour contraindre à faire de la 4ème année un « service public de santé » dans les territoires déficitaires aboutit à une médecine instable avec des médecins qui tourneront tous les ans, ne concourant pas à la qualité du suivi des patients, et pourquoi là et pas ailleurs ? Qui définira les territoires le nécessitant ? Tous les élus considèrent que leurs besoins sont prioritaires. Les différentes solutions basées sur la contrainte ont enfin le « mérite » de dédouaner l’État de son obligation de définir un projet politique, pérenne, qui réponde aux besoins de tous les habitants dans tous les territoires du pays et qui ne soit pas des rustines prises par défaut pour des territoires déficitaires en attendant que se réalise le mythe « demain ça ira mieux ».
Face à un construit politique, une seule réponse : un autre construit politique.
L’État doit définir un projet politique d’organisation de l’ambulatoire. Lors de la seconde guerre mondiale, le Conseil National de la Résistance (CNR) a élaboré un programme « Les jours heureux » qui donnait une claire vision politique d’une France à reconstruire après la destruction du pays par l’occupant allemand assisté par la droite la plus réactionnaire et collaborationniste française. Dans son programme le CNR créait le système français de Sécurité sociale qui a été mis en œuvre par Ambroise Croizat. Dans ce même programme le Pr Robert Debré avait contribué par la définition de la réforme de l’hospitalisation, qui a donné lieu aux Ordonnance Debré (son fils) de 1958. Pour faire simple, l’hôpital public a une obligation de mailler le territoire national avec les hôpitaux de proximité, des hôpitaux généraux dans tous les départements avec les services de médecine et de chirurgie pour les besoins les plus courants, des hôpitaux régionaux avec des plateaux techniques et spécialisés de pointe, couplés à l’enseignement universitaire au sein de CHU.
À côté du service public hospitalier (ou des hôpitaux privés participant au service public hospitalier) les établissements privés à but lucratif pouvaient continuer d’exister et de se créer, l’État devant garantir à toute la population l’accès aux soins hospitaliers. Robert Debré avait ébauché de la même façon un projet de réforme de l’ambulatoire, s’appuyant sur des centres de santé de proximité, travaillant avec une équipe pluri-professionnelle et s’appuyant sur un petit plateau technique ambulatoire (radio et biologie) avec des spécialités essentielles à l’époque, en lien étroit avec les services sociaux car la santé était déjà considérée comme un « état de complet bien être physique, mental et social ». Cette partie du projet n’a pas pu être portée, les freins contre la réforme de l’hospitalisation et la mise en place de la Sécurité sociale étaient déjà immenses. Toutes ces décisions étaient essentiellement de nature politique, visant un projet de société, mettant en place une médecine sociale qui priorisait l’humain avant les finances.
De même le projet de modernisation du système de santé ambulatoire que nous portons doit résolument être politique. Il s’agit de décider d’un maillage national avec des équipes de soins primaires pluriprofessionnelles, de proximité, s’appuyant sur des centres de santé, dans tous les territoires dons la maille est à définir (canton ?, pour un bassin de vie de 50 000 habitants ?). À ces centres, s’adossent des antennes pour rapprocher les équipes de soins des populations isolés. Ils devront répondre aux besoins des territoires, embarquant les missions de médecine de santé publique, comme la protection maternelle et infantile (PMI), santé sexuelle, handicap, personnes âgées, à définir avec les différents partenaires des territoires.
La rémunération de ces centres ne se fera plus sur la base de l’activité, système pervers qui modifie la structure de l’activité des équipes comme le démontre la pratique libérale qui favorise la sélection des patients et le fonctionnement des établissements de santé privés dont la « tarification à l’activité » a contribué à la désorganisation de notre système hospitalier. Le financement de ces centres de santé devra s’appuyer sur une rémunération d’équipes pluri-professionnelles, adaptée à la population prise en charge et embarquant les missions de prévention, de promotion de la santé adaptée au bassin d’implantation, construit avec les autres professionnels de santé, les établissements publics d’hospitalisation, les établissements médicaux sociaux, les habitants et les élus du territoire.
Il faudra lancer un vaste plan de recrutement pour couvrir les besoins en professionnels de santé de ces centres, dans le cadre d’un statut de Praticien ambulatoire territorial, avec garantie de mobilité, avec une rémunération alignée sur la grille de la Fonction publique hospitalière et permettant des passerelles entre les carrières hospitalières et ambulatoires. Une telle stratégie nécessite une volonté politique, portée par une majorité qui considère le rôle essentiel de la médecine sociale, dans une pratique d’équipe pluriprofessionnelle, coordonnée.
L’augmentation du nombre de professionnels (médecins, infirmières, etc) est une urgence. La mise en place de ce projet politique national permettrait de laisser aux professionnels qui souhaitent de maintenir leur activité libérale, la possibilité de conserver leur liberté d’installation.
Il faut définir un projet politique positif plutôt que reposant sur la contrainte d’une catégorie de personnes ; c’est plus acceptable et cela relève plus de choix politiques que seule une majorité progressiste peut mettre en place.
Le chancelier social-démocrate est le concepteur de l’Ostpolitik allemande, l’ouverture au camp socialiste. Les coopérations qu’il proposa en 1971 favorisèrent la détente.
Le discours que prononça Willy Brandt à Oslo, le 11 décembre 1971, après avoir reçu le prix Nobel de la paix ne vaut pas seulement pour sa dimension salutaire dans l’Histoire. Brandt, premier chancelier ouest-allemand venu de l’exil et de la résistance au nazisme, fut l’un des grands orchestrateurs de la détente sur le Vieux Continent.
Son œuvre résonne très fort aujourd’hui, tant elle est mise en péril par l’agression russe contre l’Ukraine et la réhabilitation des logiques de blocs de la guerre froide. L’Ostpolitik du dirigeant social-démocrate était marquée par un souci majeur : empêcher que l’humanité ne sombre dans l’apocalypse nucléaire. Elle misait sur le dialogue et l’instauration de relations dans tous les domaines, politique, économique ou culturel. Elle déboucha sur des traités de paix avec les capitales du « camp » socialiste. Elle impulsa le lancement de la conférence qui préludera à la création, à Helsinki, en 1975, de la si précieuse Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE).
Un embrigadement dans l’offensive surarmée de Washington et de l’Otan contre Moscou et Pékin fait resurgir le spectre d’un anéantissement atomique. Allemagne et Europe se doivent d’une autre géopolitique. Un nouvel âge du pacifisme de Brandt est nécessaire.
Extraits du discours
Je voudrais relever sur quoi reposent mes principes fondamentaux : la guerre ne doit pas être un moyen de la politique. Il s’agit d’abolir les guerres, pas seulement de les limiter. Aucun intérêt national ne se laisse plus dissocier aujourd’hui de la responsabilité globale pour la paix. Toute politique étrangère doit servir cette idée. En tant qu’instrument d’une politique de sécurité européenne et mondiale, elle doit réduire les tensions et promouvoir la communication au-delà des frontières (…).
La guerre n’est plus l’ultima ratio, mais l’ultima irratio. Même si ce point de vue n’est toujours pas communément admis : je conçois une politique pour la paix comme la véritable realpolitik de cette époque (…).
Sous la menace d’une autodestruction de l’humanité, la coexistence est devenue la question de l’existence elle-même. La coexistence n’est pas une parmi plusieurs options acceptables, elle est la seule chance de survie (…).
La prise de conscience des abîmes de la guerre mondiale a suivi la conscience que des problèmes d’ampleur planétaire nous assaillent : famine, explosion démographique, risques environnementaux, diminution des stocks naturels. Ces dimensions ne peuvent être ignorées que de ceux qui acceptent le naufrage de ce monde ou même l’accueillent avec une certaine jubilation.
Je conçois une politique pour la paix comme la véritable realpolitik de cette époque.
À notre époque, les savants nous fournissent des livres excellents, caractérisés par l’approfondissement objectif de la connaissance. Désormais, il ne s’agit plus de cerner les contradictions entre idéologies et systèmes de société, mais de l’avenir de l’humanité, et de savoir si elle a un avenir. Désormais, il s’agit de tâches qui dépassent les frontières de chaque État et de chaque continent (…).
Nous avons besoin de la paix, pas seulement dans le sens d’un état non violent. Nous en avons besoin comme condition préalable à l’établissement de coopérations salvatrices. Tout comme celles-ci supposent la paix, elles peuvent aussi aider à créer la paix (…).
Résoudre les problèmes communs, c’est créer des liens et des relations par une coopération pleine de sens entre les États par-delà les frontières des blocs. Cela signifie une transformation du conflit. Cela signifie démonter des barrières réelles ou imaginaires pour prendre mutuellement le risque de la paix. Cela signifie créer la confiance par le biais de réglementations pratiques. Et cette confiance pourrait alors devenir la nouvelle base sur laquelle d’anciens problèmes non résolus pourraient l’être. Se saisir de cette chance peut être l’occasion pour l’Europe de s’affirmer dans un monde dont il est prouvé qu’il ne peut être dirigé seul par Washington, Moscou ou Pékin (…).
Pour les travaux pratiques de la politique, deux défis émergent dans un proche avenir : une conférence sur la sécurité et la coopération en Europe et des négociations sur la réduction des troupes. Dans le même temps, les États d’Europe doivent commencer à développer leurs coopérations sur les plans économique, technique et culturel, qu’ils soient ou non lié
:
Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.