/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_deae7a_cc-29-ete-2022-page-01.jpg)
/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_f388a4_cc-29-ete-2022-page-21.jpg)
/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_665a45_cc-29-ete-2022-page-22.jpg)
/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_9dd050_cc-29-ete-2022-page-23.jpg)
/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_48d2bf_cc-29-ete-2022-page-24.jpg)
commenter cet article …
/image%2F1489059%2F20230703%2Fob_d3a7c7_capture-d-ecran-2023-07-03-a-19-07.png)
/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_deae7a_cc-29-ete-2022-page-01.jpg)
/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_f388a4_cc-29-ete-2022-page-21.jpg)
/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_665a45_cc-29-ete-2022-page-22.jpg)
/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_9dd050_cc-29-ete-2022-page-23.jpg)
/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_48d2bf_cc-29-ete-2022-page-24.jpg)
/image%2F1489059%2F20220725%2Fob_3ec976_huma.jpg)
Le 14 février 2003, le ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac fait entendre une France indépendante au Conseil de sécurité de l’ONU face à des États-Unis menteurs pour justifier leurs menées bellicistes.
«Saddam Hussein et ses fils doivent quitter l’Irak dans les 48 heures. » L’ultimatum est fixé par le président des États-Unis, Georges Bush, le 18 mars 2003, au dictateur irakien. Deux jours plus tard, 250 000 GI et 45 000 soldats britanniques déferlent sur l’Irak, à la tête d’une coalition internationale. Mais, sans mandat de l’ONU. Un discours de Dominique de Villepin a convaincu le Conseil de sécurité de ne pas voter en faveur du recours à la force.
L’origine de cette intervention remonte au 11 septembre 2001. À la suite de l’attentat du World Trade Center, les États-Unis s’attellent à combattre un « axe du mal » composé de la Corée du Nord, de l’Iran et de l’Irak. Dans un rapport remis aux Nations unies en septembre 2002, l’administration américaine accuse le régime baasiste de détenir des armes de destruction massive. Des affirmations « exagérées ou non étayées », confirmera un rapport du Sénat américain en 2004. Le 8 novembre 2002, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1441, confiant à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) les soins de réaliser des inspections. Mais Washington fait le forcing. En janvier 2003, le secrétaire américain de la Défense, Donald Rumsfeld, qualifie de « vieille Europe » la France et l’Allemagne, qui s’opposent à un conflit armé. Le 5 février, Colin Powell, secrétaire d’État, pense remporter l’adhésion du Conseil de sécurité en exhibant une fiole censée prouver la possession d’armes biochimiques par l’Irak. Le 14 février, la France fait entendre une voix singulière par son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin.
Extrais du discours
« Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d’intention. Soyons clairs : aucun d’entre nous n’éprouve la moindre complaisance à l’égard de Saddam Hussein. (…)
La France a deux convictions : la première, c’est que l’option des inspections n’a pas été conduite jusqu’à son terme et peut apporter une réponse efficace à l’impératif du désarmement de l’Irak ; la deuxième, c’est qu’un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu’il ne saurait être envisagé qu’en dernière extrémité. (…)
L’option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l’unité de l’Irak, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l’intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a l’alternative offerte par les inspections qui permet d’avancer de jour en jour dans la voie d’un désarmement efficace et pacifique de l’Irak. (…)
Nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience.
Personne ne peut donc affirmer aujourd’hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu’il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d’un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ? Donnons par conséquent aux inspecteurs des Nations unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. (…)
Il y a dix jours, le secrétaire d’État américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre al-Qaida et le régime de Bagdad. En l’état actuel de nos recherches et informations menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d’établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l’impact qu’aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d’aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ? (…)
La France l’a toujours dit : nous n’excluons pas la possibilité qu’un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l’impossibilité pour les inspections de se poursuivre. (…)
Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix.
Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’Occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur. »
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_b34812_huma.jpg)
La résistante lance un appel depuis Londres, le 20 avril 1944, sur les ondes de la BBC et, parlant au nom des Françaises, dénonce la barbarie nazie.
Photo de la carte d'identité de Lucie Aubrac (1912-2007) pendant la Seconde Guerre Mondiale. © Florence Bochoire/editingserver.com
Comment résumer une vie aussi riche, intense et digne que celle de Lucie Aubrac ? Quand elle prononce ce discours, le 20 avril 1944, à 21 h 25, au micro de la BBC, voici deux mois qu’elle est arrivée à Londres, après déjà plusieurs années de résistance. L’année précédente, en 1943, elle a organisé l’évasion de son mari, Raymond Samuel – qui prendra le pseudonyme « Aubrac » dans la clandestinité –, à Caluire, près de Lyon, où il avait été arrêté avec Jean Moulin. Lucie Bernard, de son nom de naissance, était arrivée à la fin des années 1920 à Paris, menant des études d’histoire et militant aux Jeunesses communistes.
Depuis juillet 1940, l’émission Honneur et Patrie est diffusée quotidiennement par la BBC, et Lucie Aubrac veut mettre en lumière le rôle des femmes dans l’ensemble des actions de la Résistance : le soutien, la solidarité, mais aussi la lutte, qu’elle soit logistique ou parfois armée. Et les déportations, citant les « 347 du camp d’Auschwitz ». Pour que ne soit jamais rabaissé ou oublié leur combat pour la paix. La guerre n’est jamais une seule « affaire des hommes ».
Extraits du discours
Le Conseil national de la Résistance a lancé un appel à la conscience mondiale pour que soient connues les terribles conditions de vie et de mort que l’Allemagne fait subir aux patriotes français. Il signale dans son appel les 270 femmes françaises mortes au camp d’Auschwitz, en Silésie ; 270 sur 347 qui y furent déportées en janvier 1943, 270 femmes françaises dont certaines paient le crime d’être veuves d’otages fusillés à Paris. À cette longue liste il faut ajouter toutes celles qui, en France même, dans les prisons de Vichy et dans les prisons allemandes, connaissent souvent le même sort. “La guerre est l’affaire des hommes.” Mais les Allemands, qui ont menacé des femmes et asphyxié des enfants, ont fait que cette guerre est aussi l’affaire des femmes. Mais les Allemands et la police de Vichy ne connaissent pas le droit international, et cette guerre est aussi l’affaire des femmes.
Nous, les femmes de France – je dis “nous” car il y a deux mois seulement que j’ai quitté mon pays, nous, les femmes de France, avons dès l’armistice pris notre place dans ce combat. Notre foyer disloqué, nos enfants mal chaussés, mal vêtus, mal nourris ont fait de notre vie depuis 1940 une bataille de chaque instant contre les Allemands. Bataille pour les nôtres, certes, mais aussi bataille de solidarité pour tous ceux qu’a durement touchés l’occupation nazie.
Arrêtées, torturées, déportées, exécutées, vous restez dures et pures, sans confidences pour le bourreau.
La grande solidarité des femmes de France : ce sont les petits enfants juifs et les petits enfants de patriotes sauvés des trains qui emmènent leurs parents vers les grands cimetières d’Allemagne et de Pologne ; ce sont dans les prisons et les camps de concentration en France les colis de vivres, les cigarettes, le linge nettoyé et raccommodé, qui apportent aux patriotes entassés derrière les murs un peu d’air civilisé et d’espoir ; ce sont les collectes de vêtements et de vivres qui permettent aux jeunes hommes de gagner le maquis ; ce sont les soins donnés à un garçon blessé dans un engagement avec les Allemands.
Et puis maintenant que tout le pays est un grand champ de bataille, les femmes de France assurent la relève des héros de la Résistance. Dans la grande armée sans uniforme du peuple français, la mobilisation des femmes les place à tous les échelons de la lutte : dactylos, messagères, agents de liaison, volontaires même dans les rangs de groupes francs et de francs-tireurs, patiemment, modestement, les femmes de France menèrent le dur combat quotidien.
Vous n’êtes qu’un prénom, Jeannette ou Cécile, mais arrêtées, torturées, déportées, exécutées, vous restez dures et pures, sans confidences pour le bourreau. N’est-ce pas vous, héroïne anonyme, qui, arrêtée par la Gestapo, frappée au visage, défigurée, un œil perdu, vous évanouissant aux terribles coups de cravache sur le haut des cuisses, êtes restée silencieuse ? Ils vous ont enfermée avec les prostituées, sans soins pour vos plaies infectées.
C’est peut-être dans la cellule voisine que mourut Thérèse Pierre, les reins brisés par la torture, que Mme Albrecht attendit la hache du bourreau… Battues, méprisées, toutes seules devant la souffrance et la mort, si notre martyrologe est long, nous savons, nous, femmes de France, nous qui connaissons le prix de la vie, qu’il faut nos pleurs, nos souffrances et notre sang pour que naisse le beau monde de demain. »
/image%2F1489059%2F20220731%2Fob_e37340_huma.jpg)
/image%2F1489059%2F20220731%2Fob_bb1ea4_le-hyaric-patrick-4.jpg)
Au Parlement, ces derniers jours, au cours de la discussion d’une loi prétendument « pour le pouvoir d’achat », se sont agités une cohorte de députés aux couleurs de la macronie, de la droite et de l’extrême-droite, pour défendre ce qu’ils appellent « la valeur travail ».
Ils le font évidemment pour soutenir celles et ceux qui leur soufflent à l’oreille : les grands actionnaires et détenteurs de capitaux.
« Nous voulons que le travail paye ! » s’écrient-ils en cœur, sous leur air fourbe. Ils n’ont évidemment aucune intention de considérer le travail à sa juste valeur et de le rémunérer en conséquence, puisqu’ils le considèrent comme « un coût ». Un comble, le travail est le seul créateur de biens et de richesses. Le problème des représentants de la haute bourgeoisie et de la finance mondialisée est justement de trouver le moyen de rétribuer le moins possible le travail salarié pour augmenter d’autant ce qu’il rapporte à ceux qui l’exploitent. Problème de vases communicants qui commence par le refus d’augmenter les salaires, à commencer par le salaire minimum. Pour cela, ils dupent nos concitoyennes et nos concitoyens, toutes les travailleuses et tous les travailleurs. Ils inventent donc une prime versée selon le bon vouloir de l’employeur. Celle-ci n’est pas assujettie aux cotisations sociales patronales, mais automatiquement à l’impôt pour les salariés. D’une pierre, les forces dominantes font deux coups : elles bloquent toute augmentation des salaires et assèchent les recettes de la Sécurité sociale. Demain, elles expliqueront que les déficits des caisses de la protection sociale sont tels qu’il faudra transférer ses missions aux assurances privées. Une triple peine : chaque mois sur la feuille de paye, à chaque accroc de santé et sur la future pension de retraite. La prime, au bon vouloir de l’employeur, une fois l’an n’est qu’un morceau de sucre pour atténuer le goût de la pilule amère avalée douze mois de l’année.
À cette disposition, s’en ajoutent d’autres, comme la défiscalisation des heures supplémentaires alors que plus de la moitié des travailleurs les plus modestes ne paient pas d’impôt sur le revenu. En revanche, ces derniers paient très cher en ce moment la TVA et les taxes sur les carburants ou l’électricité.
Cependant, depuis des années, les grandes entreprises et les plus fortunés touchent sans contrôle un crédit « impôt-compétitivité » équivalent à 40 milliards d’euros, un crédit « impôt-recherche », et bénéficient d’une réduction de la taxation des revenus du capital avec la fameuse « flat-tax » et de l’abolition de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). On voit ici que le souci des droites n’est pas que le travail paye, mais que le capital rapporte. Or, c’est la rente qui détruit du travail pour faire monter les cours des actions en bourse, et donc la valeur du capital, dont les seuls bénéficiaires sont ses propriétaires. Les marchés financiers et les propriétaires du capital ne sont pas des défenseurs de la rémunération du travail. Tout au contraire, ils défendent d’abord la rémunération du capital !
La valeur du travail n’est donc ni une proclamation ni une donnée naturelle. Elle a toujours été le résultat d’un rapport de forces entre les détenteurs de capitaux et les travailleurs. C’est la définition, honnie des puissants et de leurs porte-voix, de la lutte des classes.
Un pouvoir qui ne cesse de renforcer le pouvoir des dominants, n’est pas du côté du travail et de la création. Il l’a amplement démontré avec ses contre-réformes du droit du travail, sa loi-pacte, son abaissement de la fiscalité sur le capital. Aujourd’hui, il cherche des artifices pour ne pas augmenter le salaire minimum et s’exonérer de toute action durable, pour une pression à la baisse sur les prix à la consommation. Il se moque éperdument des travailleurs de première ligne et des sacrifices des travailleuses et travailleurs aux corps usés dans les usines, les chantiers, derrière les bennes de ramassage des ordures, aux caisses et aux rayons des supermarchés ou dans les hôpitaux, en voulant les obliger de partir toujours plus tard en retraite.
Même l’urgence de la situation de celles et ceux qui exercent des travaux pénibles est mise de côté. Sinon, la petite avancée que constituait le compte professionnel de prévention, voté sous le quinquennat de M. Hollande, n’aurait pas été supprimée
Rien non plus n’est encore envisagé pour mettre en œuvre l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Quand seront pris réellement en compte les drames au travail ? 539 833 accidents du travail en 2020. 40 219 maladies professionnelles. 79 428 accidents de trajets. Y a-t-il un mot, un acte, une décision pour réduire ces drames ? Aucun.
L’utilisation par les privilégiés qui nous gouvernent de ces mots « valeur-travail » n’a pour objectif que de culpabiliser les chômeurs afin de préparer une nouvelle contre-réforme de l’allocation chômage et de conditionner le revenu de solidarité active à un travail obligatoire.
On parle ici de 6 millions de chômeurs et de près de 4 millions de travailleurs précaires. Tous des fainéants ? Allons donc ! L’objectif est de diviser les citoyens entre eux pour que les puissants soient tranquilles, à l’abri de mouvements populaires.
C’est aussi le moyen de créer les conditions d’un nouvel abaissement des rémunérations de tous les travailleurs. L’ennemi d’un privé d’emploi n’est pas celui qui a un travail et l’ennemi d’un salarié ou d’un paysan n’est pas celui qui touche le RSA, pas plus que le travailleur dont les parents étaient immigrés, mais bien ceux qui favorisent le capital au détriment d’un travail utile, intéressant, correctement rémunéré.
Ne pas se diviser et agir pour une nouvelle répartition des richesses et une nouvelle manière de les produire permettrait réellement de commencer à parler du respect de « la valeur travail ». Le reste est un leurre ! L’ambition de notre époque devrait être d’engager un processus pour libérer le travail de la domination qu’exercent sur lui les détenteurs de capitaux privés. Il est temps que les citoyens, les travailleurs puissent exercer leur pleine souveraineté sur le travail. C’est un combat de l’heure !
/image%2F1489059%2F20220728%2Fob_e4438b_huma.jpg)
Le 20 juillet, dans le cadre de la loi sur le pouvoir d’achat, les députés ont voté une augmentation de 4% des pensions de retraite versées par la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV). Cette hausse concerne 13,8 millions de personnes dont 11,8 millions attendent aussi une revalorisation des complémentaires AGIRC-ARRCO pour lesquelles aucune décision ne sera prise avant l’automne, alors que la hausse des prix devrait atteinte 8% en 2022.
Le 6 juillet, soit deux semaines avant le vote en première lecture par les députés d’une augmentation de 4 % des pensions de retraite payées par la CNAV, l’Union confédérale des retraités CGT publiait une déclaration dont voici un extrait : « Avec une annonce au 1er juillet de 4 % d’augmentation uniquement sur les retraites du régime général, 0 % pour les retraites complémentaires, le gouvernement se moque de nous ! Le compte n’y est pas. Si on ajoute la perte cumulée de janvier 2008 à décembre 2021, malgré une augmentation de 1,1 % pour cette même année, cela représente une baisse équivalente à un mois de pension (perte d’un mois de pension sur douze en 13 ans, ndlr), ce qui est insupportable pour l’ensemble des retraités, en premier lieu les plus fragiles et les femmes ».
Sur douze mois, entre juillet 2021 et juin 2022, la hausse des prix atteignait 5,8 % selon l’INSEE. Elle pourrait atteindre 8 % entre janvier et décembre 2022. En juin, dans la grande distribution, la hausse des « produits de grande consommation » était de 5 % sur 12 mois, mais de 7,2 % pour la viande. En face, la hausse de 4 % des retraites de base cet été, en plus du 1,1 % en début d’année, ne préservera pas le pouvoir d’achat. D’autant que cette revalorisation ne concerne, en moyenne, que la moitié de la pension perçue.
Rien d’ici novembre pour les retraites complémentaires
Les complémentaires Agirc -Arrco seront revalorisées en novembre, mais de seulement 2,9 % laissent entendre les gestionnaires des organismes paritaires. Or elles concernent 11,8 millions des retraités de la CNAV et portent en moyenne sur près de 50 % de la somme totale des pensions mensuelles. L’AGIRC-ARRCO dispose actuellement de 68 milliards d’euros de réserves, soit l’équivalent de 9 mois de pensions alors que ces réserves doivent couvrir 6 mois de pensions, selon le système de gestion de cet organisme. Cité par le Figaro du 26 juin, Didier Weckner, membre du conseil d’administration de l’AGIRC-ARRCO au nom du MEDEF, déclarait que « le paritarisme n’est pas soumis à la pression politique permanente. Nous verrons en octobre quel est le niveau d’inflation et d’évolution des salaires », avant de décider du niveau d’augmentation des complémentaires en toute fin d’année !
À la perte du pouvoir d’achat des pensions s’ajoute aussi celles de l’épargne de précaution. Concernant la rémunération du Livret A, Bruno Le Maire a fait savoir qu’elle passera à 2 % en août. Précisons à ce propos que le gouvernement avait fait tomber cette rémunération à 0,5 % en avril 2018 et le relèvement à 1 % ne date que de février dernier. À s’en tenir à la proposition du ministre des Finances, la rémunération de cette épargne ne couvrira que le quart de l’inflation, si elle atteint 8 % sur l’ensemble de l’année 2022.
Ne pas confondre la prime Macron …
Le 14 juillet, soit deux semaines après la mise en place du second gouvernement dirigé par Elisabeth Borne, le président Macron promettait encore plus d’austérité aux Français lors d’un entretien accordé à TF1 et à France 2. Selon lui, nous serions entrés dans « une économie de guerre », ce qui nécessite selon lui d’augmenter le budget militaire en priorité. Concernant l’emploi, les salaires et les retraites, ses propos furent particulièrement préoccupants. Après avoir affirmé qu’il ne regrettait pas d’avoir dit en 2018 à un jeune titulaire d’un CAP de paysagiste qu’il suffisait de « traverser la rue » pour trouver du travail dans la restauration, il a ajouté le 14 juillet 2022 : « il n’y a pas un endroit aujourd’hui en France où ne me dise pas j’ai besoin de mains d’œuvre. On doit réussir à produire et ouvrir tout ce qui peut être ouvert », a-t-il ajouté. Il a aussi suggéré qu’il convenait de réduire les droits des privés d’emploi afin de les obliger à prendre des postes sous payés afin que pas un seul chômeur ne puisse se dire selon le chef de l’État : « je vais bénéficier de la solidarité nationale pour pouvoir réfléchir à la vie ».
En ce début de second mandat, le président Macron continue de défendre le sous-statut esclavagiste d’auto-entrepreneur mis en place par Uber quand il était ministre de l’Économie tandis que l’on a appris récemment que cette firme américaine avait participé en 2017 au financement de sa première campagne pour l’élection présidentielle. Mise en place en 2018, ce que l’on nomme désormais la « prime Macron » avait été versée à 5 millions de salariés gagnant moins de trois fois le SMIC. Mais son montant moyen ne fut que de 450 € par salarié cette année-là.
…avec les primes perçues par Macron
La même mesure vient d’être votée pour 2022 avec le concours de la droite au Parlement. Cette prime est exonérée de l’impôt sur le revenu comme des cotisations à la Sécurité sociale, aux caisses de retraites et la l’Assurance chômage. Cela fait faire des économies aux employeurs réduisant la protection sociale pour tous.
Mais ne confondons pas cette « prime Macron » avec les primes perçues par le même Macron quand il fut embauché par de la banque Rothschild pour négocier des fusions-acquisitions entre firmes multinationales. Selon BFM Business et pour la seule année 2011, la prime perçue par Macron au titre des « bénéfices industriels et commerciaux » s’élevait à 706 300 €. À cette somme s’ajoutaient 291 300 € provenant de « parts de dividendes dans les sociétés du groupe Rothschild ». À ces 997 600 € de primes sur la seule année 2011, s’ajoutait le salaire de 403 600 € perçu par le même Macron cette année-là. Le cumul des trois sommes lui assurait ainsi un revenu mensuel de 117 350 € avant impôt, soit environ 100 fois le SMIC mensuel de l’époque.
Il est facile de dire aux jeunes qu’il suffit de traverser la rue pour trouver du travail quand on a été gavé de fric pour aider les spéculateurs à spéculer. Surtout que cette embauche à la banque Rothschild fut aussi la récompense offerte au rapporteur de la Commission Attali. De bout en bout, ce rapport rédigé par Emmanuel Macron préconisait de piller les paysans et les PME de l’industrie agroalimentaire pour augmenter les profits des grandes enseignes comme Auchan, Carrefour, Casino et Leclerc.
Ce rappel du parcours de l’actuel président des riches donne aux salariés, comme aux retraités et retraitées de ce pays, de bonnes raisons de se remobiliser dès cet automne 2022 pour défendre une politique économique et sociale qui satisfassent leurs revendications. Pour les neuf syndicats et associations de retraités (1) qui mènent des actions revendicatives communes depuis plusieurs années, « les petites pensions doivent être portées au niveau du SMIC, le minimum pour vivre. Il est inacceptable qu’une personne âgée survive en dessous du SMIC après avoir travaillé toute sa vie ! ».
1. CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, FSU, Solidaires, Retraités de la fonction publique, Ensemble et Solidaires, Loisirs sport retraite (LSR)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_689fa9_cc-29-ete-2022-page-01.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_efd52d_cc-29-ete-2022-page-17.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_bd99f8_cc-29-ete-2022-page-18.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_097a10_cc-29-ete-2022-page-19.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_d27771_cc-29-ete-2022-page-20.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_97a41d_huma.jpg)
L’Incorruptible démontre comment la guerre contre les royaumes d’Europe qui enthousiasme les Girondins affairistes et la royauté revancharde est une entreprise contre-révolutionnaire. Il le dit et le répète à la tribune du club des Jacobins, le 18 décembre 1791, puis le 2 janvier 1792. C’est à cette occasion qu’il s’écrie : « Personne n’aime les missionnaires armés. »
Janvier 1792. Maximilien Robespierre à la tribune du Club des Jacobins. © API/Gamma-Rapho/Getty Images
À partir de l’automne 1791, la question de la guerre se pose de manière aiguë. La Révolution est confrontée aux menaces des puissances européennes et une partie des révolutionnaires voit dans le conflit une manière de résoudre la crise. Mais les partisans de la guerre forment en réalité une coalition bien plus vaste, dont les différents membres ont des objectifs différents avec une finalité commune : en finir avec la Révolution. La Fayette espère rétablir l’ordre dans l’armée, obtenir la neutralité de la Prusse, puis retourner les militaires contre Paris pour mater les Jacobins.
Le roi et la Cour misent sur une défaite pour restaurer Louis XVI dans son pouvoir absolu. Le député Brissot et ses amis jugent qu’« elle (la guerre) renverse l’aristocratie, consomme la Révolution, cimente notre indépendance, ramène le crédit et la prospérité ». « Consommer » la Révolution, c’est-à-dire l’arrêter et faire taire les revendications croissantes des « floués » de la révolution bourgeoise. Robespierre comprend que la guerre représente un grand danger pour la Révolution d’autant que les plus enragés se refusent à mettre en œuvre les moyens de la gagner. La guerre n’est qu’un piège tendu à la Révolution et une menace mortelle pour la liberté. Robespierre monte à la tribune des Jacobins pour le démontrer.
Extrait du discours
La guerre est toujours le premier vœu d’un gouvernement puissant qui veut devenir plus puissant encore. (…) C’est pendant la guerre que le pouvoir exécutif déploie la plus redoutable énergie, et qu’il exerce une espèce de dictature qui ne peut qu’effrayer la liberté naissante ; c’est pendant la guerre que le peuple oublie les délibérations qui intéressent essentiellement ses droits civils et politiques pour ne s’occuper que des événements extérieurs, qu’il détourne son attention de ses législateurs et de ses magistrats pour attacher tout son intérêt et toutes ses espérances à ses généraux et à ses ministres, ou plutôt aux généraux et aux ministres du pouvoir exécutif. C’est pour la guerre qu’ont été combinées, par des nobles et par des officiers militaires, les dispositions trop peu connues de ce code nouveau qui, dès que la France est censée être en état de guerre, livre la police de nos villes frontières aux commandants militaires et fait taire devant eux les lois qui protègent les droits des citoyens.
C'est pendant la guerre que le pouvoir exerce une dictature qui ne peut qu'effrayer la liberté naissante. Robespierre
C’est pendant la guerre que la même loi les investit du pouvoir de punir arbitrairement les soldats. C’est pendant la guerre que l’habitude d’une obéissance passive, et l’enthousiasme trop naturel pour les chefs heureux, fait des soldats de la patrie, les soldats du monarque ou de ses généraux. Dans les temps de troubles et de factions, les chefs des armées deviennent les arbitres du sort de leur pays et font pencher la balance en faveur du parti qu’ils ont embrassé. Si ce sont des César ou des Cromwell, ils s’emparent eux-mêmes de l’autorité. Si ce sont des courtisans sans caractère, nuls pour le bien mais dangereux lorsqu’ils veulent le mal, ils reviennent déposer leur puissance aux pieds de leur maître, et l’aident à reprendre un pouvoir arbitraire, à condition d’être ses premiers valets. (…)
La guerre, habilement provoquée et dirigée par un gouvernement perfide, fut l’écueil le plus ordinaire de tous les peuples libres. Ce n’est point ainsi que raisonnent ceux qui, impatients d’entreprendre la guerre, semblent la regarder comme la source de tous les biens, car il est bien plus facile de se livrer à l’enthousiasme que de consulter la raison. Aussi croit-on déjà voir le drapeau tricolore planté sur le palais des empereurs, des sultans, des papes et des rois : ce sont les propres expressions d’un écrivain patriote qui a adopté le système que je combats. D’autres assurent que nous n’aurons pas plutôt déclaré la guerre que nous verrons s’écrouler tous les trônes à la fois.
Pour moi, qui ne puis m’empêcher de m’apercevoir de la lenteur des progrès de la liberté en France, j’avoue que je ne crois point encore à celle des peuples abrutis et enchaînés par le despotisme. (…) Quand je fixe les yeux sur les circonstances réelles où nous sommes ; lorsque, à la place de ce peuple, je vois la Cour, et les serviteurs de la Cour ; lorsque je ne vois qu’un plan imaginé, préparé, conduit par des courtisans ; lorsque j’entends débiter avec emphase toutes ces déclamations sur la liberté universelle, à des hommes pourris dans la fange des cours, qui ne cessent de la calomnier, de la persécuter dans leur propre pays ; alors je demande au moins que l’on veuille bien réfléchir sur une question de cette importance. »
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_1112fd_pcf-0-logo-couleur-largeur-copie.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_7c7def_boccara-frederic.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_bd1000_note-cen-remontee-taux-f-boccara-202.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_6a0b4c_note-cen-remontee-taux-f-boccara-202.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_9f7d3f_note-cen-remontee-taux-f-boccara-202.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_7de950_note-cen-remontee-taux-f-boccara-202.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_d6a517_note-cen-remontee-taux-f-boccara-202.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_5a07d1_note-cen-remontee-taux-f-boccara-202.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_4c5b23_note-cen-remontee-taux-f-boccara-202.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_39302d_note-cen-remontee-taux-f-boccara-202.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_4c8b09_note-cen-remontee-taux-f-boccara-202.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_10a534_note-cen-remontee-taux-f-boccara-202.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_7b391c_fondation-gabriel-peri-2.jpg)
L’auteur propose une analyse détaillée des conditions nécessaires pour que la médecine du travail devienne une véritable médecine de la santé au travail. Ces propositions font suite à une interpellation de l’association nationale de médecine du travail et d’ergonomie du personnel des hôpitaux durant la campagne des élections présidentielles. Le Dr Khayi élargit la réponse à l’ensemble des travailleurs. Cette réponse met en cause la loi du profit.
Pendant la campagne des présidentielles, face aux sollicitations de l’ANMTEPH (association nationale de médecine du travail et d’ergonomie du personnel des hôpitaux) nous avons été conduits à préciser nos positions sur la question de la santé au travail des personnels hospitaliers. Ce questionnement a été élargi à la protection de la santé de l’ensemble des salariés.
L’état des lieux
Les personnels des services de prévention de la santé au travail de la fonction publique hospitalière expriment une profonde colère et un réel désarroi face à l’abandon de l’hôpital par les pouvoirs publics. Nous partageons cette colère. Cet abandon conduit à la fermeture de services, à la difficulté pour la population de se soigner et donc à l’aggravation de l’état de santé de nos concitoyens. C’est déjà un drame en soi mais c’est économiquement un contresens puisque cela alourdit les dépenses de santé du pays. Mais cet abandon concerne également les personnels qui, en nombre insuffisant et en manque de matériel sont obligés de s’en tenir à l’indispensable dans les soins et même à l’indispensable qui se voit, abandonnant à leur tour le travail, invisible mais pourtant indispensable, de lien social. Ceci plonge ces personnels dans un malaise profond qui se traduit par des réactions de défense bien connus (retrait, isolement, pathologies diverses autant physiques que psychiques, etc). Ceci peut aller jusqu’à la déshumanisation dans un secteur qui ne devrait avoir que le bien-être des personnes comme boussole. Ce scandale, vécu quotidiennement dans leur métier par les personnels des services de santé au travail, autant en tant que salariés maltraités qu’en tant que témoins du malaise des salariés de l’hôpital, fait irruption dans l’espace public avec la mise en lumière de la gestion révoltante des EHPAD du groupe ORPEA, mais dont on s’aperçoit qu’il est comparable dans tout ce secteur privé qui fait de l’argent sur ce qu’ils osent appeler «l’or gris».
Si cette situation de l’ensemble du secteur du soin et du médico-social est particulièrement révoltante, la situation des salariés des autres secteurs de la vie économique suit la même logique. Les médecins du travail et les infirmières en santé au travail des SST (services de santé au travail devenus récemment services de prévention et de santé au travail) font les mêmes constats. Les salariés doivent faire plus avec moins, sont privés des moyens de faire correctement leur travail ; ceci les conduit aux mêmes souffrances et aux mêmes altérations de leur santé avec toutes les difficultés (parfois insurmontables dans certaines régions) d’accès aux soins.
Ceci doit cesser, notre pays a les moyens de soigner sa population, de protéger sa santé, de créer des conditions de travail qui respectent l’intégrité des travailleurs et leur permette même de s’épanouir dans le travail. L’hôpital doit avoir les moyens de soigner tout le monde, l’État doit y pourvoir, d’autant que la protection de la santé est un droit constitutionnel. Cette colère des salariés de la santé est relayée dans les deux chambres parlementaires à travers les actions des députés, des sénatrices et sénateurs. Après avoir fait «un tour de France des Hôpitaux et des EPHAD», au cours duquel ils ont visité 150 établissements aux quatre coins de l’hexagone et dans les territoires d’outre-mer, et rencontré des milliers de personnes (agentes et agents hospitaliers, chefs de services, syndicalistes, usagers, membres des directions), les élus des groupes communistes du Sénat et de l’Assemblée nationale ont déposé le 7 octobre 2019 une proposition de loi ( n°2330) «portant mesures d’urgence pour la santé et les hôpitaux». Cette proposition a été construite avec les professionnels et les usagers car ce sont eux les experts de leurs besoins. Ces élus alertent aussi sur les maladies professionnelles et les accidents du travail; cependant un grand travail reste à faire pour œuvrer à promouvoir la santé au travail. Au-delà du travail nécessaire pour faire en sorte qu’il n’y ait plus de morts au travail ou que les malades soient bien pris en charge et les maladies professionnelles évitées, que les dégâts du travail soient réparés, il faudra travailler à un système qui porte la santé de tous, y compris les salariés, comme priorité absolue. Non pas la santé comme absence de maladie, mais en tant qu’épanouissement de l’être, qui se construit en grande partie dans le travail qui doit donc devenir source de développement et de santé.
Les causes
Mais pour trouver une solution à ces problèmes, il faut faire le bon diagnostic. Or la cause de ces dysfonctionnements (au regard de ce que nous estimerions être un fonctionnement normal!) est la recherche du profit par tous les moyens et dans tous les domaines de la vie. Rien n’échappe à la prédation du capital et des actionnaires. Le secteur des EHPAD est actuellement la partie la plus visible de l’iceberg grâce à la médiatisation du livre « Les fossoyeurs ». Mais la gestion de l’hôpital sur le modèle d’une entreprise, à but lucratif par nature, dénature l’activité de soin, déshumanise l’hôpital et induit une souffrance éthique chez les professionnels qui conduit certains à abandonner un métier qui n’a plus de sens pour eux. Mais le même phénomène s’observe dans de nombreuses branches professionnelles. L’éducation nationale rencontre de la même manière une difficulté extrême pour recruter des enseignants ; les média se font également l’écho du manque de personnels dans la restauration, du manque de bras dans la construction. Tous ces secteurs sont désertés en raison des conditions de travail qui empêchent le salarié de construire sa vie en pleine santé. Comme à l’hôpital, les salariés sont alors en souffrance.
Certains se sont penchés sur ce malaise ressenti par les travailleurs, aussi bien à l’hôpital que dans le reste du monde du travail. A ce titre, les salariés de l’hôpital, comme les salariés des services de santé au travail, sont soumis à des conditions de travail semblables avec des contraintes équivalentes; tous les travailleurs souffrent de la même chose mais chacun à leur façon en fonction de leur métier. Pour apporter une solution, certains ont inventé le terme de RPS (risques psychosociaux !) mais quand les salariés ont commencé à le traduire par «malaise lié aux conditions de travail», on est passé à l’appellation QVT (qualité de vie au travail). Mais la QVT n’est qu’une illusion, un mirage destiné à détourner les yeux de la cause réelle du problème. La qualité de vie au travail sous-entend que le travail est extérieur à la vie, qu’il est seulement un lieu où une partie de la vie se déroulerait. Or le travail c’est beaucoup plus que cela, le travail est la vie elle-même, c’est un moment et un moyen de se construire, autant sur le plan physique que psychique ou social. La qualité de vie dans le travail ce n’est pas simplement de veiller à dire bonjour au collègue, de surveiller qu’il ne s’effondre pas quand la situation devient intenable, de rajouter un baby-foot dans la salle de pause ou l’intervention d’un coach sportif ou d’un kiné dans l’entreprise; tout ceci peut être sympathique mais ne s’attaque pas au fond du problème. Lorsqu’on voit comment les situations se répètent et se ressemblent quel que soit le secteur professionnel, il devient évident que cela fait système. La racine du problème vient du système économique néolibéral qui nous gouverne actuellement. Il n’y aura pas de solution sans changement de système, c’est-à-dire sans une révolution qui donne toute sa place aux travailleurs et aux citoyens. Il n’y a pas de qualité de vie au travail sans qualité du travail comme élément déterminant de la vie des gens.
Le rôle des SST
Et pour cela, les services de santé au travail (SST), à l’hôpital comme ailleurs, doivent pouvoir prendre toute leur place. Les services de santé au travail doivent retrouver, pour toutes les entreprises, leur mission essentielle qui doit redevenir exclusive, de surveiller afin de protéger la santé des salariés : prévenir l’altération de la santé des salariés du fait de leur travail; dans cette phrase chaque mot a du sens et ne peut être substitué, chaque mot est pesé et mesuré. Or les différentes réformes noient cette mission au milieu de bien d’autres telles que le « maintien dans l’emploi ». Or l’action pour le maintien dans l’emploi, que l’on désigne par «prévention de la désinsertion professionnelle» ne peut pas commencer au moment où un salarié a des problèmes de santé, il commence dès l’entrée dans le monde du travail. Améliorer les conditions de travail qui cassent les travailleurs est la seule façon de lutter contre la survenue des problèmes de santé qui conduisent à l’inaptitude et donc à l’éviction du poste et souvent du monde du travail. C’est un énorme gâchis à titre individuel pour ces personnes qui n’arrivent pas le plus souvent à la retraite mais c’est aussi un gâchis économique en raison du coût pour la société mais aussi de la perte de capacité de production pour le pays. La prévention primaire, à ce niveau, prend tout son sens. La prévention primaire dans le travail c’est déjà pouvoir faire son travail dans de bonnes conditions, avec les moyens adéquats et en adaptant le travail à l’homme et non l’homme au travail.
Pour pouvoir intervenir efficacement dans le monde du travail, aussi bien à l’hôpital que dans l’industrie ou dans les autres secteurs d’activité, les services de santé au travail doivent avoir les moyens nécessaires. En personnel médical pour pouvoir assurer une surveillance annuelle de la santé des salariés par le médecin secondé par des IDEST, ces infirmières en santé au travail, qui, comme les médecins et les autres professionnels, doivent être formées sur les risques en entreprise et sur la signification profonde de ce que représente le travail pour les salariés qu’ils ou elles reçoivent. Ils doivent comprendre les effets sur les corps et sur les interactions dans le collectif de travail. Ces IDEST doivent être reconnus dans leurs compétences spécifiques; ils ou elles doivent avoir le temps de coopérer réellement avec les médecins du travail en construisant avec lui ses actions; il ne peut être question de remplacer les médecins par les IDEST pour pallier à la pénurie que les gouvernements ont construite depuis cinquante ans. Car la pénurie de médecins est une réalité pesante que les médecins du travail de l’hôpital connaissent à double titre: par les difficultés à recruter dans tous les SST autant que dans les services hospitaliers de soin où elle sert de prétexte à la fermeture des services et donc au malaise des personnels qu’ils suivent. La formation de ces personnels médicaux devra être relancée et élargie. Les textes prévoient la mise en place d’une pluridisciplinarité. Ce terme désigne effectivement une diversité de métiers non limitée par la loi; en fait il s’agit à l’origine d’apporter au médecin du travail l’aide nécessaire pour comprendre le monde du travail qui se complexifie énormément et pouvoir ainsi agir plus efficacement. Les plus fréquemment rencontrés sont les ergonomes, les toxicologues et les psychologues. Mais leur mission est détournée et ces professionnels peuvent se trouver partagés entre la mission d’aide aux médecins dans la surveillance et la protection de la santé des salariés et la mission de conseil à l’employeur dans le seul but de satisfaire à ses obligations réglementaires qu’ils limitent souvent à la prévention des accidents. L’adjonction de ces nouvelles missions d’aide aux employeurs par les précédentes réformes sert à détourner une partie des moyens des services de santé au travail de l’unique mission qu’ils devraient avoir: la protection de la santé des salariés. Afin de mettre ces professionnels de la santé au travail à l’abri des pressions des employeurs (ou des directeurs de service des SST) et afin de garder les moyens pour l’action en direction de la prévention pour la santé, il serait nécessaire de renforcer l’indépendance de tous les professionnels en leur accordant le statut de salarié protégé, au même titre que les médecins du travail.
La gouvernance des services doit être réformée mais dans le but de donner de nouveaux pouvoirs aux salariés (que ce soit les salariés des SST ou les salariés surveillés par les SST) pour la gestion et l’orientation des services; si la participation des employeurs à la gestion des services peut s’entendre (du fait qu’ils doivent assurer le financement de la réparation et de la prévention des risques qu’ils occasionnent), elle ne peut justifier d’un droit moral de décider seuls des moyens et actions à mettre en place ; si les entreprises (qui sont des structures englobant employeurs et salariés) apportent les moyens financiers à la santé au travail, les salariés suivis par les services apportent à l’entreprise leur santé et parfois leur vie.
Pour améliorer le quotidien de nos concitoyens il faut des propositions concrètes pour aider les gens à vivre mieux; il faut également en définir les moyens financiers et affirmer une volonté politique de les mettre en œuvre. Notre ennemi n’est pas la finance en soit mais parce qu’elle est au service du capital et de la prédation financière. Notre premier objectif sera donc de la mettre au service du bien commun ; c’est un outil que nous devons nous réapproprier.
Les propositions
Le programme des jours heureux a pour ambition d’apporter des solutions pour améliorer le quotidien de la population. Les salariés de l’hôpital sont d’abord des salariés et ils bénéficieraient des mesures destinées à améliorer la situation de tous les salariés.
Proposition 1 : Ce programme propose un mouvement général d’augmentation des salaires (le SMIC à 1500 euros net par mois), des pensions de retraites (à 1200 euros minimum par mois).
Proposition 28 : Les salaires de la fonction publique seraient revalorisés de 30% pour rattraper 10 ans de gel du point d’indice. Les grilles de salaires seraient revues pour tenir compte des qualifications, en même temps des possibilités nouvelles de formation permettraient aux professionnels d’évoluer dans leur carrière.
Proposition 2 : Les CE et CHSCT seraient rétablis avec leurs prérogatives et de nouveaux droits
Proposition 4 : concernant les orientations stratégiques de l’entreprise et sa gestion. Les salariés pourraient ainsi agir sur les conditions de travail et la définition de ce que doit être leur travail, sa qualité et son utilité. Armés de ces droits nouveaux ils pourraient s’épanouir dans le travail en mettant pleinement en œuvre leur créativité, ce qui est la spécificité d’un travail émancipateur.
Proposition 5 : La mise en place de conférences permanentes pour l’emploi, la formation, la transformation écologique des productions aurait pour but de définir, au plus près des territoires, des objectifs de création d’emploi, de formation, de progression de l’égalité homme femme, de production de biens et de services et de transformation écologique.
Proposition 9 : Si pour nous le travail doit devenir un moment d’émancipation et de développement personnel, il ne résume pas la vie à lui seul: nous avons besoin d’autres temps pour vivre pleinement, pour nous-même, avec nos familles et dans la société, que ce soit à travers les associations ou dans la vie de la cité. Chacun a besoin de se nourrir de cette diversité d’activité et de centres d’intérêt pour nourrir également en retour sa vie au travail. C’est pourquoi nous proposons de porter la semaine de travail à 32h sans diminution de salaire et de rétablir la retraite à 60 ans pour une carrière complète de 18 à 60 ans (avec prise en charge des cotisations pour les périodes de non emploi : études, formation, chômage, congé parental, maladie, invalidité) comme l’ont défendu les députés communistes.
Au-delà des mesures concernant tous les salariés et portant sur les rémunérations et les carrières, il faut donner aux salariés de l’hôpital de meilleures conditions pour accueillir correctement les patients. Effectivement le malaise des personnels soignants vient de l’impossibilité de faire correctement leur travail et donc de la crainte (ou la honte) de devenir de mauvais praticiens, l’angoisse de devenir maltraitants.
Proposition 13 : Les mesures pour permettre l’accès au soin pour tous en luttant contre les déserts médicaux, libérerait les urgences de tout ce qui relève de la médecine générale ; les moyens donnés aux universités auraient l’objectif de permettre la formation de 12000 médecins par an avec un système de pré-recrutement pour libérer les étudiants des problèmes financiers; les quotas plus ou moins officiels sur les formations médicales et paramédicales seraient supprimées.
Proposition 14 : Un plan global de développement de l’hôpital public serait mis en place avec création de 100 000 emplois pour l’hôpital (infirmières, aides-soignants, auxiliaires de vie) et titularisation des contractuels. Les équipes soignantes seraient reconstituées pour faciliter la coopération autour du patient et le respect de l’éthique professionnelle. Les privatisations et restructurations seraient stoppées y compris en psychiatrie. Le financement par la T2A serait remplacé par un financement par un budget global tenant compte des besoins et couvrant l’ensemble des charges et obligations des établissements sur la base de l’obligation de moyens; des hôpitaux de proximité seraient organisés pour permettre un maillage suffisant dans le cadre de l’aménagement du territoire.
Proposition 15 : Une loi-cadre serait proposée pour la psychiatrie pour lui redonner toute sa place dans le soin. Pour faciliter l’autonomie des personnes âgées, un service public de l’autonomie serait créé, un plan sur 3 ans assurerait la création de 300 000 emplois en EHPAD et 100 000 pour l’aide à domicile, avec une revalorisation conséquente de ces métiers; les groupes gérant les EHPAD privés seraient mis sous tutelle; les établissements seraient modernisés en associant aux décisions les personnels, les résidents et leurs familles. L’encadrement des résidents devrait obligatoirement atteindre un rapport de 1 soignant pour 1 résident. Les moyens financiers seraient alimentés par une contribution solidarité prélevée sur les actionnaires.
Proposition 17 : D’autres mesures sont de nature à améliorer le fonctionnement de l’hôpital en limitant les dépenses qui paraissent actuellement incompressibles. La mise en place d’un pôle public du médicament en agissant sur le prix des médicaments contribuerait à alléger ce poste de dépense et devrait rapidement assurer les approvisionnements pour tous les produits nécessaires même s’ils ne sont pas rentables pour l’industrie pharmaceutique.
Ces mesures nécessiteraient beaucoup d’argent mais les moyens existent; il n’y a pas de raison que l’on puisse dégager plus de moyens pour sauver les banques que pour sauver l’hôpital. La création d’un pôle public bancaire permettrait de sortir de la logique spéculative. Cette institution bancaire qui peut être créée immédiatement permettrait de réorienter les fonds créés par la Banque européenne vers l’économie réelle en finançant les activités qui servent au développement du pays et à la satisfaction des besoins de chacun. Ceci permettrait de se débarrasser des charges financières qui pèsent sur les entreprises sans créer de richesses. La taxation des bénéfices réalisés durant la pandémie sur le dos des malades et de la Sécurité sociale ne serait que justice. De même pour ceux qui spéculent sur les difficultés liées à la guerre en Ukraine.
En ces jours sombres où la crainte d’un élargissement de la guerre nous rattrape, le combat pour la paix, en tout point de la planète, qui a toujours été le nôtre nous permet de condamner sans réserve l’intervention en Ukraine et à demander que tout soit fait pour arrêter cette guerre. Il n’est pas de dépenses plus inutiles que celles qui conduisent à la destruction des biens et des êtres humains. Toutes ces dépenses d’armement et de mort seraient plus utilement dépensées pour satisfaire les besoins des populations.
Ce catalogue de mesures est loin d’être exhaustif car l’ensemble du programme a pour ambition de créer les conditions pour que les jours heureux reviennent. Des sujets n’ont sûrement pas de réponse encore, beaucoup reste à construire et notamment pour réinventer les services de surveillance et de prévention pour la santé des salariés. Il faudra que nous puissions y travailler tous ensemble, salariés des services de santé au travail, salariés des entreprises avec l’appui des institutions qui œuvrent dans ce domaine.
Conclusion
Toutes les propositions présentées dans le programme de la France des jours heureux sont cohérentes, elles constituent un système nouveau, un modèle de développement qui s’oppose au modèle actuel devenu obsolète car il aboutit à l’épuisement des personnes et de la planète. Leur mise en œuvre nécessitera le travail acharné de députés décidés à se battre à l’assemblée nationale et le soutien des salariés mobilisés pour exiger la prise en compte de leur parole. À l’issue de l’élection présidentielle, les négociations entre les différentes composantes de la gauche ont permis de construire le programme de la nouvelle union populaire écologique et sociale. Ce programme partagé, défendu par les quatre familles de la gauche, peut permettre d’élire une majorité de députés qui défendront des avancées substantielles pour les salariés. Les propositions de la France des jours heureux ont fait leur chemin ; il appartiendra aux députés de les faire vivre à l’assemblée nationale et aux citoyens de s’en saisir pour les porter et les enrichir. Notamment pour la santé au travail : il n’existe pas encore de projet élaboré de reconstruction de la santé au travail.
Il est pourtant capital de la repenser non pas comme la médecine générale sur le lieu de travail mais plutôt comme la mise en œuvre de modalités de travail permettant de construire sa santé.
/image%2F1489059%2F20220731%2Fob_b0ce2b_progressiste.png)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_0d5c83_limat-7.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_6ef8da_progressistes-34-et-35-mai-2022-je.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_bb0641_progressistes-34-et-35-mai-2022-je.jpg)
/image%2F1489059%2F20220724%2Fob_9aacb0_progressistes-34-et-35-mai-2022-je.jpg)