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13 août 2022 6 13 /08 /août /2022 05:28

 

Alors que se succèdent les journées de canicule avec une multiplication des incendies en France et en Europe, nous avons, au matin du 15 juillet, lu attentivement et sélectionné quelques dépêches diffusées de très bonne heure par l’Agence France Presse (AFP). Leur analyse permet de mettre en exergue les contradictions qui poussent à la croissance des émissions de gaz à effet de serre en cet été 2022.

On dit que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Pour les journalistes, lire les informations les plus matinales de l’AFP valide ce dicton. À 4H45 le 15 juillet, une dépêche de l’Agence expliquait qu’au Brésil 830.000 km2 de la forêt amazonienne sont des « terres de personne », à savoir sans propriétaires attitrés et soumises de ce fait à la déforestation permanente. À titre de comparaison, cette superficie est égale à une fois et demie celle de la France métropolitaine qui est de 530.000 k2. L’AFP indiquait que « selon les données de l’Institut de recherche environnementale de l’Amazonie (IPAM), entre 1997 et 2020, 87 % du déboisement a eu lieu dans ces zones sans cadre juridique, occupées illégalement ou enregistrées de manière frauduleuse comme propriétés privées… ».

L’agence publiait plusieurs témoignages. Daniel Viegas, spécialiste des questions environnementales, observait que « quand une terre est non réglementée, elle est soumise à tous types de crimes et la population se retrouve sans accès aux services de base, tels la santé et l’éducation ». Christine Mazetti, de Geenpeace Brésil, expliquait que l’absence de cadre juridique est un sujet « délaissé par le gouvernement fédéral actuel et même par les gouvernements des Etats ». L’AFP ajoutait que « depuis son arrivée au pouvoir en 2019, le président d’extrême droite Jair Bolsonaro est régulièrement accusé par les défenseurs de l’environnement d’encourager la déforestation par ses discours en faveur de l’exploitation commerciale de la forêt. Ils dénoncent aussi les projets soutenus part les alliés du chef de l’Etat au Parlement, dont certains visent à assouplir les critères pour la cession à des particuliers des terres publiques occupées illégalement », ajoutait l’Agence. Tandis que le feu détruit les forêts en France et en Europe, le stockage du carbone par les arbres va donc continuer de décroître dans le monde.

La course d’obstacles des roses qui voyagent en avion

Publiée à la même heure, une autre dépêche de l’AFP portait en titre « La course d’obstacles des roses équatoriennes pour arriver sur les étals du monde ». On y apprenait que l’Equateur est le troisième producteur mondial de roses après les Pays Bas et la Colombie. Il en a exporté dans le monde entier pour 927 millions de dollars en 2021. Mais des semaines de blocage de l’économie par « une grève indigène contre la vie chère » ont perturbé ce commerce cette année en Equateur. Dans cette dépêche, un producteur dénommé Eduardo Letort indiquait qu’en 2021, « la Russie était le deuxième grand marché pour les fleurs équatoriennes (20 %) derrière les Etats Unis (40 %). Mais après l’invasion de l’Ukraine, les achats russes sont tombés à 10 % » selon ce producteur.

Qu’elles soient produites aux Pays Bas, en Colombie, en Equateur ou dans certains pays africains, le marché mondialisé des fleurs coupées présente un bilan carbone désastreux. La production de ces fleurs consomme et pollue beaucoup d’eau, utilise des pesticides, de l’énergie pour chauffer les serres tandis qu’à l’issue de la récolte, la marchandise est transportér par avion vers une multitude de pays. Prétendre agir pour la neutralité carbone à l’horizon 2050 tout en favorisant ce type de commerce est une aberration. C’est également vrai concernant les accords de libre-échange pour faire circuler la nourriture sur des milliers de kilomètres. Là encore, l’accord de libre-échange que la Commission européenne vient de conclure avec la Nouvelle-Zélande à la fin du mois de juin dernier est un non-sens dans un monde en phase de réchauffement climatique accéléré. Il aboutira, s’il est validé, à accroître les importations françaises de viandes bovines et ovines, de produits laitiers, de fruits et de vins que nous savons produire chez nous.

Une réunion en Indonésie pour punir Poutine

Publiée à 5H09 ce même 15 juillet, la troisième dépêche de l’AFP indiquait que « les grands argentiers du G20 ont entamé vendredi une réunion en Indonésie qui devrait être dominée par les répercussions de l’invasion de l’Ukraine par la Russie sur l’économie mondiale au moment où l’inflation accélère et où les perspectives de croissance s’assombrissent (…) Les discussions devraient refléter une ligne de fracture entre les Occidentaux qui veulent isoler économiquement Moscou et les grands pays en développement opposés aux sanctions contre la Russie, avec la Chine dans une position clé (…) Si les ministres de Finances de l’Italie, du Canada, de l’Inde et de l’Afrique du Sud se sont déplacés, de nombreux pays ont envoyé des représentants de moindre niveau. La France est représentée par le directeur général du trésor et par le gouverneur de la Banque de France. La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde participera à distance ainsi que les ministres chinois et brésilien, tandis que le président de la Banque mondiale David Malpass sera absent (…) Les grands argentiers doivent discuter des solutions pour alléger l’impact de l’inflation et des crises alimentaire et énergétique sur les pays les plus fragiles », relevait encore la dépêche. Mais ce sommet ne semblait guère passionner les décideurs des grands pays capitalistes. Durant le week-end, aucun média audiovisuel n’a parlé en France des débats de ce G20 en Indonésie.

Quand Joe Biden courtise MBS pour avoir du pétrole

Pendant ce temps-là, après un passage éclair en Israël, le président des Etats Unis arrivait le 15 juillet au soir en Arabie saoudite pour rencontrer Mohammed Ben Salman dit « MBS ». Il veut le convaincre de produire plus de pétrole afin d’approvisionner les pays occidentaux qui souhaitent réduire leurs achats en Russie. Mais comme la hausse du prix du pétrole a augmenté des recettes de l’Arabie saoudite de 20,4 % sur le premier trimestre de 2022, rien ne prouve que le prince héritier voudra augmenter sa production dans le seul but de faire baisser le prix de vente du pétrole pour les pays de l’OTAN, dont les dirigeants veulent punir Poutine depuis l’invasion de l’Ukraine.

Le Figaro notait à ce propos dans son édition du 15 juillet : « Joe Biden a renoncé à faire de l’Arabie - dirigée de facto depuis la dégradation de l’état de santé du roi Salman par son fils Mohammed Ben Salman- un Etat « paria », pour l’implication du prince héritier dans l’horrible assassinat du dissident Jamal Khashoggi, en 2018, au consulat saoudien d’Istanbul (…) La crise ukrainienne et la flambée des cours du pétrole qui s’ensuit ont rendu les pétromonarchies du Golfe encore plus riches et incontournables que précédemment ». Ce lundi 18 juillet, en recevant au château de Versailles le nouveau président des Émirats Arabes Unis Mohammed Ben Zayed, le président Macron entreprend la même démarche de Joe Biden pour tenter de se passer du gaz et du pétrole russe. Mais il est quasi certain qu’en important plus de pétrole et de gaz en provenance de ces monarchies, les pays occidentaux ne pourront empêcher la Russie de conquérir d’autres marchés dans la mesure où la demande mondiale restera plus importante que l’offre.

Dans ce contexte, il apparaît que la courbe des émissions de CO2 ne va pas s’inverser au niveau planétaire. Ainsi, le prix de charbon livré au port de Rotterdam a augmenté de 30 % en un mois en raison de l’augmentation de la demande en Europe. La encore, la volonté des pays occidentaux de moins dépendre du gaz et du pétrole russe débouche sur la relance des centrales à charbon pour produire de l’électricité !

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12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 05:43

 

Les dégâts cumulés de la sécheresse du printemps et de l’été vont réduire les rendements agricoles et augmenter les coûts de production dans des filières comme les fruits et légumes, le vin, le lait et la viande bovine. Ils mettent aussi en exergue les dangers de la mondialisation libérale et spéculative face à laquelle il convient d’opter pour la souveraineté alimentaire.

Dans un précédent article, nous rappelions que la production de graines de moutarde en Bourgogne était passée de 12 000 tonnes annuelles en 2016 à 4 000 tonnes en 2021 alors que les besoins annuels de l’industrie locale sont estimés à 16 000 tonnes. 2016 était l’année de l’entrée en vigueur du CETA, l’accord de libre échange signé entre la Commission européenne et le Canada. À partir de cette date, les industriels français produisant de la moutarde ont augmenté les importations de graines en provenance du Canada au détriment de la production régionale qui coûtait un peu plus cher. Nous citions les propos d’un producteur de graines de moutarde en Bourgogne selon lequel « la filière française n’a pas droit aux insecticides utilisés au Canada » pour protéger cette plante contre les ravageurs, ce qui diminue les rendements en Bourgogne et fait subir aux producteurs français une distorsion de concurrence au profit des canadiens.

Suite à deux années de sécheresse au Canada, le prix des graines importées de ce pays ne cesse d’augmenter pour producteurs de moutarde de Dijon. Dans le Loiret, à Fleury-les-Aubrais, la petite entreprise Martin-Pouret qui produit aussi de la moutarde transforme des cornichons a fait le choix depuis 2015 de conclure des contrats sur trois ans avec des paysans locaux pour parvenir à un approvisionnement 100 % en graine de moutarde avec un prix garanti pour ceux qui la cultivent. Ces derniers mois, la part de la moutarde dans le chiffre d’affaires de l’entreprise et passé de 30 % à 50 %. Du coup, il est question d’augmenter les contrats avec les producteurs locaux.

Donner du sens à la souveraineté alimentaire

On doit aussi promouvoir ce genre de contrat pour réduire les importations d’autres graines à commencer par le sarrasin, la lentille, le pois chiche, le haricot sec et les fèves dont la production reste déficitaire en volume, faute de prix tenant compte des coûts de production. C’est aussi la meilleure manière de renforcer notre « souveraineté alimentaire », laquelle figure désormais en toutes lettres dans la fonction officielle du ministre de l’Agriculture.

Alors que la réduction de la consommation annuelle de viande par habitant doit aussi intervenir pour freiner le réchauffement climatique, se fixer un objectif annuel de consommation de 7 à 8 kg de légumes secs par an et par habitant contre moins de 2 kg actuellement doit aussi déboucher sur une production croissante de protéines végétales. Inciter les consommateurs à manger des légumes secs deux à trois fois par semaine et contractualiser la production dans leurs zones de culture traditionnelle aurait de double avantage de renforcer notre souveraineté alimentaire et de réduire le bilan carbone de notre assiette en réduisant progressivement la consommation moyenne de viande par habitant. Ajoutons que la sécheresse qui frappe tout de pays cette année va renchérir durablement le prix de revient de chaque kilo de viande et de chaque litre de lait faute d’herbe dans les prés comme en raison de la hausse du prix des céréales dont les rendements sont en baisse.

Dans les pages « Vie pratique » de l’hebdomadaire « La France Agricole » daté du 17 juin, un article de Catherine Yverneau était titré « Les légumineuses s’invitent à table ». En voici quelques extraits : « Inciter le consommateur à cuisiner des légumes secs autrement que dans le traditionnel cassoulet ou les saucisses aux lentilles, tel est le défi de la campagne « Une idée légumineuse ! ». Lentilles, haricots secs, pois cassés, fèves etc. devraient selon le « Programme national nutrition santé », trouver leur place deux fois par semaine dans nos assiettes », ajoutait notre consœur en faisant état d’une campagne de promotion à l’initiative de la Fédération nationale des légumes secs.

Réduire le bilan carbone de notre assiette

Le mois de juin 2022 nous a laissé des images d’orages de grêle qui montrent à quel point le réchauffement climatique est devenu un danger majeur pour les générations futures. Les incendies en cours en Gironde et ailleurs, en sont une autre illustration. Manger plus de légumineuses riches en protéines végétales permet de réduire le bilan carbone de notre assiette au quotidien. Ces légumineuses ont aussi la particularité de capter l’azote de l’air par leurs racines pour en faire un fertilisant, ce qui réduit le recours aux engrais azotés dont la production est gourmande en gaz. Les herbivores ruminants émettent beaucoup de méthane au moment de la digestion, tandis que les porcs et les volailles consomment beaucoup de céréales. La mise en culture de ces céréales est précédée de labours émetteurs de CO2 et coûteux en carburants.

Certes, il est plus simple de commander sur internet un hamburger-frittes avec du steak haché, le tout livré par un coursier sous-payé, que de cuisiner chez soi un plat de lentilles aux lardons ; surtout quand on passe beaucoup de temps à échanger sur les réseaux sociaux. Mais le bilan carbone de notre assiette au quotidien n’est pas du tout le même. Mieux vaut en avoir conscience dès à présent.

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12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 05:38

 

 

 

 

 

 

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11 août 2022 4 11 /08 /août /2022 05:32

 

 

Sources : Projections COR – juin 2021, INSEE-DGI et INSEE, modèle DESTINIE.

 

Alors que la question d’une réforme des retraites est relancée par la campagne présidentielle, le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), publié en juin dernier, donne plusieurs éléments importants pour contextualiser le sujet.

Le premier est que, malgré la poursuite du vieillissement de la population en France, les dépenses de retraites ne devraient pas exploser en France dans les prochaines années. Au contraire, elles pourraient même être amenées à diminuer assez fortement. Selon les différents scénarios de projection, elles pourraient passer d’environ 14 % du PIB actuellement à 13 %, voire moins de 12 % dans les scénarios les plus optimistes. La raison de cette maîtrise des dépenses est simple : les dernières réformes ont eu l’effet escompté et non seulement l’âge de départ moyen va continuer d’augmenter, mais les pensions vont diminuer par rapport aux revenus d’activité. Alors que le niveau de vie des retraités est actuellement légèrement supérieur à la moyenne, il pourrait diminuer jusqu’à 80 % de la moyenne d’ici 2070. Au-delà des seules dépenses, le COR donne aussi une perspective pour l’ensemble de la branche vieillesse, en regardant l’équilibre de celles-ci avec les recettes. Et là aussi, les prévisions sont plutôt bonnes dans le système actuel : dans la plupart des scénarios, le solde du système deviendrait positif, autour de 2040 ou 2050.

Il est donc clair que la question de l’âge de départ à la retraite, et celle de notre système de retraite en général ne sont dé­sormais plus des questions financières liées à la prise en compte du vieillissement. Il s’agit plutôt aujourd’hui d’aller gratter quelques points de croissance sur le dos des seniors, ou de se conformer à des cibles européennes d’emploi qui ne tiennent aucunement compte des spécificités nationales sur le sujet de la fin de carrière.

D’autres publications récentes rappellent d’ailleurs que la question de l’âge de départ à la retraite dépasse largement celle des enjeux financiers ou de l’adaptation aux transformations démographiques. L’état de santé au moment de la cessation d’activité est par exemple un élément fondamental du débat. D’après une enquête de la DREES, déjà pour plus d’une personne sur quatre partie à la retraite en 2019 et 2020, des conditions de santé qui rendaient le fait de travailler plus difficile ont joué sur la décision de partir à la retraite. Des projections réalisées pour le compte du COR montrent également que les dépenses d’invalidité augmenteraient fortement en cas de décalage de deux ans de l’âge de départ, en partie à cause d’une augmentation de la part de personnes en situation d’invalidité.

Cause commune • mars/avril 2022

 

 

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11 août 2022 4 11 /08 /août /2022 05:25

 

 

 

 

 

 

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10 août 2022 3 10 /08 /août /2022 07:00
Israël met le feu à Gaza de façon « préventive »

L’opération militaire lancée vendredi sans aucune raison a fait déjà 32 morts, dont 6 enfants. Elle se poursuivra « aussi longtemps que nécessaire », selon le premier ministre israélien, Yaïr Lapid.

Pierre Barbancey

Sans scrupule, Israël a lancé vendredi une offensive aérienne contre la bande de Gaza. Il ne s’agissait pas de répliquer à des tirs en provenance du territoire palestinien, comme l’ont expliqué les autorités israéliennes, mais de procéder à une « attaque préventive », après l’arrestation, en début de semaine dernière, en Cisjordanie occupée, du responsable du Djihad islamique, Bassem Saadi. Le Djihad islamique a confirmé la mort d’un de ses chefs, Tayssir Al Jabari. « L’ennemi sioniste a commencé cette agression et doit s’attendre à ce que nous nous battions sans relâche. (…) Il n’y aura aucune trêve après ce bombardement », a déclaré le secrétaire général de l’organisation, Ziad Al Nakhala.

Dimanche, plus de 30 Palestiniens avaient été tués, dont 6 enfants. De son côté, le Djihad islamique, directement visé, a déclenché plusieurs salves de roquettes vers Israël et plus précisément Tel-Aviv et Jérusalem. La plupart auraient été interceptées par le système « Dôme de fer ». Selon des sources israéliennes, samedi, une vingtaine d’Israéliens ont été légèrement blessés, alors qu’ils fuyaient vers des abris. L’unique centrale électrique de Gaza a fermé samedi, en raison d’un manque de carburant au troisième jour du bouclage complet de l’enclave palestinienne. Ce qui n’a pas empêché le premier ministre israélien, Yaïr Lapid, d’avertir dimanche que l’opération militaire dans la bande de Gaza se poursuivra « aussi longtemps que nécessaire ».

Icon TitrePourquoi Israël frappe maintenant ?

Les raids menés contre la bande de Gaza ne sont pas isolés. Ils se produisent alors que, depuis plusieurs mois maintenant, les opérations de répression de toute résistance palestinienne s’intensifient, notamment en Cisjordanie. La politique israélienne d’occupation s’amplifie, voire s’aggrave, avec la tenue prochaine d’élections générales. Dans un pays où le curseur n’est plus simplement à droite mais largement à l’extrême droite, le vainqueur sera celui qui se montrera le plus déterminé à faire taire les Palestiniens. « Toute personne qui essaye de faire du mal à Israël doit le savoir : nous vous trouverons », a lancé Yaïr Lapid.

Israël s’est clairement lancé dans une fuite en avant qui a deux aspects. Le premier est bien sûr l’occupation elle-même avec son corollaire, la colonisation, qui s’alimentent l’une et l’autre et, de fait, renforcent le poids des colons dans la société israélienne et surtout dans la vie politique. Protégés par l’armée, ces derniers se déchaînent contre toute présence palestinienne. À Jérusalem-Est occupée et annexée, ces mêmes colons multiplient les provocations sur l’esplanade des Mosquées. À la Knesset (le parlement), ils sont de plus en plus puissants.

L’occupation se renforce donc. La signification politique est sans équivoque et c’est le deuxième aspect de cette fuite en avant : malgré les déclarations, Israël ne veut pas de la création d’un État palestinien. Il considère, de fait, la Palestine historique comme son propre territoire. Il doit donc mettre en place un système de gestion des populations dont les droits ne seront pas les mêmes selon qu’elles soient juives ou non. En Cisjordanie, les colons dépendent des lois civiles israéliennes, les Palestiniens des lois militaires. En Israël même, depuis l’instauration de la loi État-nation, devenue une des lois fondamentales faisant office de constitution du pays (qui n’en possède pas), le droit à l’autodétermination n’est garanti qu’au peuple juif comme il est inscrit. De plus, les Palestiniens d’Israël ne peuvent acquérir des terres. Ce qui a amené de nombreuses organisations internationales (Human Rights Watch et Amnesty International) et israélienne (B’Tselem) à dénoncer un régime d’apartheid mis en place en Israël. C’est un mode d’organisation de l’État, donc, qui n’est pas consubstantiel à l’existence même de cet État.Cette nouvelle phase de l’occupation israélienne, couplée à un manque de perspectives politiques côté palestinien, peut ouvrir la voie à de multiples scénarios.

Icon Titre Quelles sont les réactions internationales ?

Si la rapporteure spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese, a qualifié l’opération militaire israélienne d’ « illégale, immorale, irresponsable », l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Tom Nides, considère, lui, qu’«  Israël a le droit de se défendre ». De son côté, l’Union européenne (UE) dit suivre avec une «  vive inquiétude » les événements dans la bande de Gaza, mais se garde bien de prendre position, renvoyant dos à dos l’occupant et l’occupé, l’armée israélienne et le peuple de Gaza sous blocus israélien depuis quinze ans, appelant une fois de plus toutes les parties à un «  maximum de retenue » afin d’éviter une nouvelle escalade.

« Israël a le droit de protéger sa population civile, mais tout doit être fait pour empêcher un conflit plus large, qui affecterait avant tout les populations civiles des deux côtés et entraînerait de nouvelles victimes et davantage de souffrances », a même insisté Peter Stano, porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. Ce qui ne l’empêche pas d’ajouter : « Ces derniers événements soulignent une fois de plus la nécessité de restaurer un horizon politique et d’assurer une situation durable à Gaza. » Comment ? La question ne sera pas posée, il n’y aura donc pas de réponse.

Icon TitreQue peut-il se passer dans les semaines  à venir ?

Au mois de mai, l’année dernière, Israël avait cru pouvoir mater la révolte dans les territoires palestiniens qui se cristallisait autour du quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, et l’opposition à l’éviction des habitants pour y installer des colons. Une véritable étincelle qui s’était propagée dans l’ensemble de la partie orientale de la ville occupée puis en Cisjordanie, à Gaza et dans les zones peuplées par ceux qu’on appelle, à tort, les Arabes israéliens, c’est-à-dire les Palestiniens qui sont restés sur place lors de la création de l’État d’Israël, en 1948. Pour la première fois en plusieurs décennies, les Palestiniens brisaient les murs, les frontières et tout ce qui les séparait pour retrouver leur histoire commune. Leur passé mais aussi leur avenir. D’autant que la jeune génération, celle qu’on appelle « génération Oslo » puisque née au moment des accords, cherche sa propre voie. Là se trouve peut-être la clé de la solution au Proche-Orient.

L’émotion suscitée par les derniers bombardements sur Gaza pourrait aboutir à un même mouvement qui, de protestation, se muerait en une véritable exigence politique. Ce qui ne serait pas sans conséquences. On n’en est pas là, d’autant que le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, est, pour l’heure, dans la modération. Le mouvement islamiste a appelé, dimanche, la communauté internationale à prendre des mesures urgentes pour « arrêter l’agression israélienne en cours contre la bande de Gaza » tout en mettant en garde contre ce qui pourrait mener à une situation « incontrôlable ». De son côté, la présidence de l’Autorité palestinienne demande à la communauté internationale de forcer Israël à « mettre fin à son agression contre notre peuple partout, en particulier à Gaza, et à lui fournir une protection internationale ». Une frappe sur un site du Hamas, et la retenue serait reléguée au rayon des accessoires, permettant à Israël de se présenter comme agressé par des forces soutenues par l’Iran.

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10 août 2022 3 10 /08 /août /2022 05:21

 

 

 

 

 

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10 août 2022 3 10 /08 /août /2022 05:10

 

Le 11 décembre 1964, en pleine guerre froide, le commandant de la révolution cubaine dénonce à la tribune des Nations unies l’interventionnisme des puissances occidentales, frein à toute « coexistence pacifique des peuples ».

Vêtu de son treillis vert olive, Ernesto Guevara est à la tribune de l’Assemblée des Nations unies. Ce 11 décembre 1964, le palais de verre de New York tremble. Rarement un dirigeant s’est livré dans cette enceinte à un tel réquisitoire contre l’impérialisme des puissances occidentales, particulièrement des États-Unis qui ensanglante l’Amérique latine, le Congo de feu Patrice Lumumba, le Vietnam, etc.

Le commandant de la révolution cubaine en sait quelque chose. Depuis l’avènement de la révolution en 1959, Cuba, autrefois bordel de la mafia et des États-Unis, est la cible d’attaques de la Maison-Blanche, comme l’illustre l’invasion de la baie des Cochons, en 1961, par des mercenaires entraînés par la CIA. Depuis, le pays est soumis à un terrible blocus toujours en vigueur. En 1962 encore, la Grande Île a été le point névralgique de la guerre froide avec la crise des missiles.

Dans son adresse à l’ONU, en porte-voix des pays non alignés, le Che dénonce « la bande de chacals et de hyènes » que « la civilisation occidentale dissimule derrière sa façade somptueuse ». Et de plaider pour la libération des peuples, seule condition d’une véritable coexistence pacifique. 

Extrait du discours

La dernière heure du colonialisme a maintenant sonné, et des millions d’habitants d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine se lèvent à la recherche d’une nouvelle vie et imposent leur strict droit à l’autodétermination et au développement indépendant de leur nation. (…)

Notre pays est un des points constants de friction, un des lieux où les principes qui fondent les droits des petits pays à leur souveraineté sont mis à l’épreuve jour après jour, minute après minute, et, en même temps, il est une des tranchées de la liberté du monde située à petite distance de l’impérialisme nord-américain.

La coexistence pacifique doit s’exercer entre tous les États...

De tous les problèmes brûlants qu’il faut traiter dans cette Assemblée, un de ceux qui ont pour nous une signification particulière (…) est celui de la coexistence pacifique entre États de régimes économico-sociaux différents. Le monde a fait de grands progrès dans ce domaine, mais l’impérialisme – surtout l’impérialisme nord-américain – a prétendu faire croire que la coexistence pacifique était réservée à l’usage exclusif des grandes puissances de la Terre. (…) La coexistence pacifique doit s’exercer entre tous les États, indépendamment de leur taille, des rapports historiques antérieurs qui les ont liés et des problèmes qui se sont posés parmi certains d’entre eux à une époque donnée (…).

Nous considérons qu’une conférence dont l’objectif serait la destruction totale des armes thermonucléaires, avec pour première mesure l’interdiction totale des essais, est nécessaire. Dans le même temps doit être clairement établie l’obligation pour tous les pays de respecter les frontières actuelles des autres États, de n’exercer aucune action agressive même menée avec des armes conventionnelles.

En unissant notre voix à celle de tous les pays du monde qui demandent le désarmement général et total, (…) nous croyons nécessaire que l’intégrité territoriale des nations doit être respectée et que le bras armé de l’impérialisme doit être arrêté car, pour n’utiliser que les armes conventionnelles, il n’en reste pas moins dangereux. (…)

Nous déclarons une fois de plus que les vices coloniaux qui empêchent le développement des peuples ne s’expriment pas seulement dans des rapports de type politique : la fameuse détérioration des termes de l’échange n’est autre que le résultat de l’échange inégal entre pays producteurs de matières premières et pays industriels qui dominent les marchés. (…)

Tant que les peuples économiquement dépendants ne se libéreront pas des marchés capitalistes (...), il n’y aura pas de développement économique solide ; on reculera...

Tant que les peuples économiquement dépendants ne se libéreront pas des marchés capitalistes pour imposer, fermement unis aux pays socialistes, nos rapports entre exploiteurs et exploités, il n’y aura pas de développement économique solide ; on reculera, et dans certains cas, les pays faibles retomberont sous la domination politique des impérialistes et des colonialistes. (…)

Nous ne pouvons nier notre sympathie envers les peuples qui luttent pour leur libération et nous devons remplir l’obligation de notre gouvernement et de notre peuple en exprimant catégoriquement devant le monde que nous soutenons moralement les peuples qui, n’importe où dans le monde, luttent pour que les droits de pleine souveraineté proclamés dans la Charte des Nations unies deviennent une réalité. » 

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9 août 2022 2 09 /08 /août /2022 07:15
Bella Ciao, juive, tzigane, patriote et altermondialiste

Il y a longtemps, il y eu un doute sur le fait que l’hymne de la résistance italienne, entonné dans le monde entier, l’ait bien été par les partisans. Des preuves le confirment désormais…

L’air n’a rien d’un chant de messe. Et pourtant, c’est un curé du centre de l’Italie qui a rédigé un opuscule qui apporte la preuve que Bella Ciao, qui a fait le tour du monde, a bel et bien été chanté par les résistants. En juillet 1945, quelques mois après la Libération, don Otello Marcaccini publie la brochure les Représailles allemandes à Poggio San Vicino, un hameau des Marches . Il y raconte le massacre, le 1er juillet 1944, de quatre habitants par les nazis. Père Otello écrit que les villageois « assistent comme ils peuvent les partisans ». Et que leurs enfants « sont toujours au milieu des résistants, leur rendent de petits services, s’enthousiasment et répètent leurs chansons de bataille : “Et si je meurs en patriote/Bella ciao, ciao, ciao”  ».

Voilà la première trace écrite de Bella Ciao, dont les origines demeuraient troubles. Elle a été exhumée par l’historien communiste Ruggero Giacomini dans son livre non traduit Bella Ciao. L’histoire définitive de la chanson partisane qui, des Marches, a conquis le monde entier. Car, même à gauche, certains estimaient que l’hymne était né dans l’immédiat après-guerre, qu’il avait peu de liens avec la résistance. D’autres historiens n’en faisaient qu’un chant marginal clamé uniquement par les brigades actives dans les zones bolognaises et modénoises, ou par des anarchistes dans les Abruzzes. En tout cas, on n’en décèle nulle trace dans les anthologies de chants de la résistance publiées dans les années 1940.

La première trace écrite a été exhumée par l’historien communiste Ruggero Giacomini.

Les paroles de cette version ne sont pas celles d’aujourd’hui « Et si je meurs en partisan/Je suis prêt à mourir ». Dans l’Humanité Dimanche du 5 août 2021, Ruggero Giacomini expliquait que c’est la brigade Maiella qui a diffusé le chant. Ce bataillon « vient des Abruzzes », plus au sud. Ensuite, il « passe dans la zone des Marches à l’été 1944, participe à la libération de Cingoli, de Pozzo San Vicino et se mêle à la population locale. Elle reprend la chanson, l’adapte d’une certaine manière et l’amène plus au nord, en Émilie », autour de Bologne . Ainsi, selon l’auteur, la chanson qui clame l’histoire de cet homme qui, « un matin, (s’est) levé et a trouvé l’envahisseur » et en a informé sa belle à qui il a dit « ciao » pour rejoindre les partisans a connu une première extension.

L’histoire ne dit pas si l’un des enfants observés par don Otello a participé au Festival mondial de la jeunesse, à Prague, en 1947, où se rassemblaient communistes et progressistes venus de partout. Car on sait que d’anciens résistants y ont entonné Bella Ciao. De là, le chant est parti à la conquête du monde. Mais, avant la découverte de Ruggero Giacomini, il fallait jusqu’alors attendre 1953 pour en observer la première trace écrite, dans la revue la Lapa. Elle n’est pas encore une chanson à succès. Le très complet recueil de Chants politiques italiens, publié en 1962 par les Editori riuniti, la maison d’édition du Parti communiste italien, n’en fait pas mention.

Des rizières du pô à l’anti-G8 de gênes

À l’époque, c’est encore Fischia il vento, « le vent souffle », chanté sur l’air soviétique de Katiouchka, qui est plus populaire. Mais en promettant de partir à la « conquête du printemps rouge » pour faire advenir le « soleil de l’avenir », c’est-à-dire le socialisme, elle est trop clivante. Bella Ciao, moins politique, qui s’en prend à « l’envahisseur » nazi, interprétée en 1963 par un Yves Montand aux origines toscanes, s’imposera peu à peu, car acceptée par les démocrates-chrétiens et socialistes qui, eux aussi, participèrent à la résistance.

Elle résonne dans les luttes de la péninsule. Chant de manifestation, chant des femmes dans les rizières du Pô, elle est réinterprétée dans les années 1990 comme une ballade irlandaise par le groupe italien Modena City Ramblers. Avec cette version, elle séduit par son effet d’entraînement dans les rassemblements altermondialistes de Gênes et de Florence, au début des années 2000, et revêt une dimension internationale.

Dans une chanson, les paroles ne sont pas tout. Il faut une mélodie. En 2006, un quidam, Fausto Giovannardi, flâne dans le Quartier latin. Il achète pour 2 euros l’album Klezmer Yiddish Swing Music, enregistré en 1919 à New York par un accordéoniste tzigane, Mishka Ziganoff. Quelques notes du titre Koilen attirent son oreille : ce sont celles de Bella Ciao. Il fait des recherches, confie-t-il au quotidien la Repubblica en 2008, et découvre, en interrogeant Rod Hamilton, de la British Library de Londres, que c’est une version de Dus Zekele Koilen, un chant yiddish – la culture des juifs d’Europe de l’Est – dont existent deux enregistrements dans les années 1920. Pour résumer : une mélodie juive, jouée par un tzigane, certainement ramenée des États-Unis en Italie par un migrant rentré au pays, entonnée par des résistants, propulsée sur les cinq continents par le mouvement altermondialiste. L’air est œcuménique.

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9 août 2022 2 09 /08 /août /2022 07:00
Climat. Le carnage écologique des ultrariches

Dans un monde où la sobriété s’impose aux plus pauvres du fait de la hausse des températures, les milliardaires continuent, eux, de polluer sans compter. Jets privés, yachts, tourisme spatial : leurs activités de luxe hypothèquent notre futur.

Ils prennent un jet privé, un yacht, un hélicoptère comme on prend un train, un bus, un vélo. Ils voient le monde comme leur terrain de jeu, les frontières n’existent plus et monter à 12 500 mètres d’altitude pour une demi-heure de vol est leur quotidien. Avec un kérosène moins taxé que l’essence de M. et Mme Tout-le-Monde, s’il vous plaît. « Ils », ce sont les ultrariches.

Ceux qui, au mépris de l’urgence climatique et parce qu’ils en ont les moyens, se comportent comme si l’humanité ne vivait pas déjà à crédit, ayant consommé, dès le 28 juillet cette année, l’ensemble des ressources que la Terre peut régénérer en une année. « Ils » s’appellent Bernard Arnault, Xavier Niel, Vincent Bolloré, Jeff Bezos, Elon Musk ou encore Mark Zuckerberg et composent une élite capitaliste s’affichant en une des magazines financiers comme un modèle de réussite. Leur fortune pourrait sauver la planète (et l’espèce humaine avec), mais ils passent leur temps à la saccager. L’équation est des plus simple : plus on est riche, plus on pollue.

D’après une étude du Laboratoire des inégalités mondiales de décembre 2021, les 1 % les plus fortunés émettent plus de dioxyde de carbone (CO2) que les 50 % les plus modestes. Les premiers sont à l’origine de 17 % des gaz à effet de serre (GES) quand les seconds n’en sont responsables que de 12 %. Sans parler de la destruction de la biodiversité, terrestre comme marine, qu’implique leur mode de vie. Et si leurs luxueuses vacances nous coûtent cher, ce n’est rien comparé au bilan carbone de leurs investissements et de leurs entreprises dans des secteurs polluants. À l’échelle de la France, lorsque est inclus au calcul le poids climatique du patrimoine financier, les ONG Oxfam et Greenpeace trouvent une donnée effrayante : 63 milliardaires émettent autant de CO2 que la moitié de la population hexagonale. À elle seule, la famille Mulliez, derrière le groupe Auchan, détruit le climat dans les mêmes proportions que la totalité des habitants de Nouvelle-Aquitaine.

Pour autant, ce n’est pas aux plus gros pollueurs que le gouvernement macroniste demande de la « sobriété ». Peu importe que les émissions des 1 % les plus aisés seront trente fois supérieures, en 2030, à ce qu’il faudrait pour respecter l’accord de Paris et limiter le réchauffement sous les 1,5 °C, c’est aux simples quidams qui pratiquent déjà une sobriété forcée du fait de leurs revenus que l’on demande de faire des « petits gestes du quotidien » qui, seuls, ne sauveront personne de la catastrophe . Les ministres donnent du « débrancher son WiFi la nuit », du « baisser la climatisation », du « éteindre la lumière » à longueur de plateaux sans oser s’attaquer à la racine du problème : les milliardaires et le système qui leur permet de perdurer. En 2018, Emmanuel Macron préférait instaurer une taxe carbone pesant sur tout un chacun plutôt qu’un ISF climatique tel que le proposent aujourd’hui la Nupes (lire page 5) ainsi que plusieurs associations écologistes.

« Ils » sont les vrais criminels climatiques.

Icon TitreQuand les plus fortunés planent…

À ce rythme, ils finiront par survoler les ruines du monde qu’ils sont censés bâtir. Les canicules, les inondations, les incendies, les disparitions d’espèces s’amplifient mais les milliardaires n’en ont cure. Eux veulent voyager dans le plus grand des luxes, quand bon leur semble, sans avoir à emprunter de vols commerciaux. Encore moins un métro ou un taxi, même pour un Londres Ouest-Londres Est. Parce que le temps, c’est aussi de l’argent… Le 25 mai, Bernard Arnault préférait grimper dans son jet afin de traverser la capitale anglaise plutôt que de rester sur la terre ferme. Résultat de cette folie : 200 kg de dioxyde de carbone (CO2) rejetés pour dix minutes de vol. Soit autant d’énergie qu’il faut à une voiture pour rouler 1 000 kilomètres. Le PDG de LVMH, proche d’Emmanuel Macron, affectionne aussi les allers-retours Paris-Bruxelles – quinze en deux ans malgré un Thalys reliant les deux villes en 1 h 30 –, émettant au passage 2,7 tonnes de CO2 à chaque fois.

Au fil des ans, le réchauffement climatique s’intensifie. Alors qu’on pourrait s’attendre à assister au déclin souhaitable de l’aviation privée, l’inverse se produit : elle est en plein boom, notamment boostée par… le télétravail que les cadres fortunés peuvent faire depuis leur lieu de villégiature.

En France, un avion sur dix quittant une piste est un jet, parfois pour des distances et des escales très courtes. Exemple parmi d’autres, celui de Vincent Bolloré. L’un de ses avions faisait l’aller-retour entre Paris et la Côte d’Azur dans la journée. Son bilan carbone dominical ? Six tonnes de CO2. Ces fastueux appareils sont pourtant le moyen de transport le plus polluant : ils émettent, en moyenne, dix fois plus de gaz à effet de serre que les déjà peu vertueux avions de ligne classiques.

Terrible nouvelle pour le climat : la tendance n’est pas à la sobriété. Les locations d’avions d’affaires bondissent depuis quelques années, les carnets de commandes des fabricants sont pleins. Entre 2005 et 2019, les émissions de dioxyde de carbone des jets ont augmenté de 31 % en Europe, d’après un rapport de l’ONG Transport & Environment. Et, selon le quotidien le Figaro, 40 % de ces voyages se feraient à vide. 

Icon TitreLes  superyachts superpolluants

L’ Azzam, l’ Éclipse, le Dubaï. Des navires qui, à eux trois, s’étalent sur plus de 500 mètres. Ces monstres marins font partie des cinq plus grands yachts du monde, ceux qu’on appelle les « super­yachts ». Des embarcations luxueuses de 40 à 180 mètres de long accueillant Jacuzzi, salles de sport, héliports, cinémas, discothèques, parfois même des sous-marins. Et des équipages prêts à recevoir sur ces terrains de foot flottants des familles d’oligarques russes, de rois du pétrole qataris ou de magnats de la Silicon Valley.

Un bond de 25 % en un an

Bien qu’ils ne naviguent que très peu, ou en tout cas pas très loin, ces super­yachts ont un impact écologique désastreux. « Un côté pollution totale », pour Grégory Salle, qui leur a consacré un ouvrage entier, Superyachts.  Luxe, calme et écocide, en 2021. Pourtant, l’industrie se porte bien. L’édition 2021 du « Global Order Book », publié par le magazine Boat International, montre que le Covid a eu un effet de relance pour le secteur : plus de 1 000 vaisseaux de luxe ont été commandés ou sont en construction cette année-là. Un bond de 25 % en un an.

Chercheur en sciences sociales au CNRS, Grégory Salle rappelle que « la seule flotte des 300 plus gros superyachts en activité émet tous les ans 285 000 tonnes de dioxyde de carbone, autant voire davantage que des pays entiers ». Pour les ultrariches qui polluent le plus, posséder un tel palace flottant, c’est l’assurance de voir leur empreinte carbone tripler. À ce triste jeu, l’ex-propriétaire du club de football Chelsea FC et oligarque russe Roman Abramovitch est numéro 1. En 2018, il a émis 22 440 tonnes de CO2 avec son imposant vaisseau sur un bilan carbone total équivalant à près de 34 000 tonnes.

En sus des émissions pharaoniques, des rejets massifs d’eaux souillées et des nuisances sonores et lumineuses, le « superyachting » dégrade les fonds marins. Grégory Salle s’est intéressé à la posidonie : une plante à fleur maritime, véritable lieu de vie et d’alimentation pour les poissons. Espèce protégée en Méditerranée, elle capte le carbone et amortit la houle pour ralentir l’érosion du littoral. Lors du mouillage, l’ancre et les chaînes des bateaux viennent balayer les sols marins et mettre ainsi à mal ce poumon de la mer.

Icon TitreUne très carbonée guerre des étoiles

Pour les milliardaires, le ciel n’est plus une limite. Le 11 juillet 2021, Richard Branson (Virgin Group) devenait le premier milliardaire à voler dans sa propre fusée, SpaceShipTwo. À peine neuf jours plus tard, Jeff Bezos (Amazon) l’imitait avec Blue Origin. Et en septembre, Elon Musk (SpaceX, Tesla) allait plus haut avec un vol de trois jours à plus de 500 kilomètres d’altitude avec Falcon 9. La course au tourisme spatial est lancée. Richard Branson ambitionne de faire décoller 400 vols par an et la fusée de Jeff Bezos a déjà effectué son cinquième vol touristique de l’année en juin. Mais à quel prix climatique ?

« L’équivalent de 1 220 tonnes de TNT »

D’après le rapport d’évaluation environnementale de SpaceShipTwo, les émissions de CO2 d’un vol complet représentent l’équivalent d’ « un tour de la Terre seul dans une voiture moyenne » (27,2 tonnes de CO2), alarment les chercheurs Roland Lehoucq, Emmanuelle Rio et François Graner dans une étude publiée par The Conversation. Même constat pour SpaceX, chez qui la recyclabilité des fusées permet surtout à l’entreprise d’augmenter sa fréquence de lancement. D’après le rapport cité plus haut, la fusée Falcon 9 utilise en kérosène « l’équivalent de 1 220 tonnes de TNT ». Une énergie comparable à celle de l’explosion au port de Beyrouth.

Des vols plus fréquents, et donc des billets moins chers. Pour Blue Origin, la place est aujourd’hui estimée à 12 années de Smic (200 000 dollars), loin des 28 millions d’euros déboursés par un Néerlandais de 18 ans pour participer au vol inaugural. D’abord réservé aux ultrariches, le tourisme spatial ne sera alors plus qu’un loisir de riches.

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