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1 septembre 2022 4 01 /09 /septembre /2022 05:41
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1 septembre 2022 4 01 /09 /septembre /2022 05:38

 

Dans son intervention à l’Université d’été à Strasbourg, samedi 27 août, Fabien Roussel évoque longuement la situation internationale, la crise énergétique et la crise climatique, la question des transports aussi. Extraits ci-dessous de la dernière partie de son propos sur les enjeux politiques de la rentrée.

 

 

Notre projet de société, ce n’est pas seulement de résister en désobéissant au capital, à ses relais institutionnels ou économiques. Nous voulons que les travailleurs et les classes populaires comme les classes moyennes, les peuples, s’approprient les pouvoirs partout où c’est nécessaire pour imposer les changements indispensables. Vous savez ce que ça signifie. Il va falloir se mobiliser. Beaucoup. Car le camp libéral, majoritaire en France au Parlement, avec le soutien de l’extrême droite, prépare un tour de vis violent pour les Français. Violent pour les familles populaires, pour la jeunesse, violent pour les services publics dont nous avons pourtant un impérieux besoin, violent pour le monde du travail et de la création.

Le besoin de résistance à cette politique et le besoin d’espoir, d’alternative est plus urgent que jamais pour redresser le pays. Nous y parviendrons à la seule condition que toutes les forces vives du pays qui ont intérêt au changement se mettent en mouvement. Car là se trouve la majorité politique de demain.

Comme ils l’ont fait au plus profond des années noires, avec le programme des Jours heureux, les communistes engagent aujourd’hui toutes leurs forces pour rassembler toutes les forces sociales qui ont intérêt à rompre avec les logiques capitalistes autour de la perspective d’une nouvelle République, sociale, démocratique, laïque et universaliste, qui donne enfin les moyens à la majorité de la France de décider enfin de son avenir, grâce à de nouveaux pouvoirs d’intervention et de décision.

C’est pourquoi, en cette rentrée, je lance un appel à toutes ces forces, aux forces de gauche, aux forces syndicales et associatives. À toutes et tous, je dis : construisons ensemble ce grand mouvement populaire, social et écologique, dont la France a besoin. Regardez d’ores et déjà le mouvement des travailleurs britanniques qui grandit outre-manche. Un mouvement exceptionnel quand on sait les freins à la grève dans ce pays.

Une mobilisation qui montre la force de l’action collective avec l’engagement récent des dockers qui rejoignent les cheminots, les postiers, les éboueurs, les avocats, les employés de l’opérateur télécom BT ou encore de nombreux salariés de la logistique. Certains de ces secteurs n’étaient pas entrés en grève depuis plus de vingt ans.

En France aussi nous avons besoin que le peuple, les travailleuses et les travailleurs, s’en mêlent ! C’est pour cette raison que les communistes soutiennent fortement les journées de mobilisation des 22 et 29 septembre décidées par plusieurs organisations syndicales. J’appelle les communistes à s’investir pleinement pour la réussite de ces deux journées qui marqueront une première étape indispensable de la mobilisation.

Comme je l’ai dit hier, travaillons ensemble, force de gauche et mouvement social, à une réforme progressiste des retraites et obtenons un référendum pour que les Français puissent choisir entre une réforme des retraites justes, sociale, féministe, et une réforme des retraites dures, allongeant le temps de vie au travail, triste pour l’avenir de nos enfants.

L’heure est à la construction d’un mouvement populaire inédit pour l’éradication du chômage, pour un travail et un salaire digne, pour le déploiement de la République partout et pour toutes et tous, avec le développement des biens communs que sont le climat, la santé, l’éducation, la culture, par de grands services publics et la grande paix humaine.

Et si nous voulons qu’un tel mouvement obtienne des avancées, nous devons montrer que les richesses existent et nous voulons reprendre le pouvoir dessus, sur leur production, sur leur répartition. Nous voulons nous réapproprier nos moyens de production, reconquérir notre souveraineté économique et même politique en nous délivrant des règles terribles de la concurrence libre et non faussé imposée par les traités européens.

Le monde du travail, les salariés doivent participer aux décisions dans les multinationales, dans les banques, dans les secteurs stratégiques de l’économie de l’utilisation de l’argent, qu’il s’agisse des profits des entreprises, des dépenses publiques ou encore du crédit bancaire.

C’est aussi comme cela que nous serons terriblement efficaces pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscale qui continuent de piller notre économie. Exigeons toute la transparence dans la comptabilité de ces grands groupes, et battons-nous pour le prélèvement à la source de leurs impôts, avant que les bénéfices ne partent dans les paradis fiscaux !

C’est notre combat. Je veux m’adresser en particulier à mes camarades insoumis, socialistes et écologistes, à qui je rappelle notre responsabilité : C’est d’abord de permettre aux millions de Français qui veulent le changement de se mobiliser, quelles que soient leurs différences, quelles que soient nos différences.

Nous ne serons pas plus forts en effaçant notre diversité dans une fédération ou un parti unique, ou encore en tentant de chapeauter le mouvement social.

Nous serons plus forts en agissant aux côtés du peuple, des salariés et de leurs organisations syndicales, en contribuant aux mobilisations pour résister à la politique des droites et en menant ensemble, avec les Français, le débat sur les changements à opérer et l’action pour des avancées immédiates, concrètes, qui améliorent leur quotidien.

Ma candidature à l’élection présidentielle que nous avons portée collectivement est d’ailleurs riche d’enseignements. Prenons le temps d’en parler. J’en fais pour ma part un bilan très positif.

Cette campagne présidentielle, je l’entends auprès de vous, nous a permis de faire de grandes avancées, dans nos idées, dans nos rencontres avec les Français, dans notre organisation même. Nous avons enregistré 3 068 adhésions pendant la campagne de mai 2021 à avril 2022 ! La JC et l’UEC se sont renforcées avec plus de 250 adhésions et 13 fédérations créées.

Je croise tellement de Français qui me disent « continuez, tenez bon, vous êtes vraiment différent des autres à gauche ». D’autres encore qui me disent : « On n’a pas voté pour vous mais vous êtes vraiment sympathique ». Mais la prochaine fois, qu’ils votent ! Nous avons eu tellement d’échos positifs de notre campagne des jours heureux, de notre bienveillance, de notre souci de rassembler les Français, sans sectarisme, sans transiger non plus sur nos idées.

C’est cet esprit de rassemblement qui nous a poussés à bâtir cette coalition électorale aux élections législatives et qui nous a permis de gagner collectivement 151 députés dont 22 siègent au groupe communiste et GDR. Bien sûr, cet accord a laissé beaucoup de camarades et de députés potentiels sur le bord de la route. Mais regardons ce que nous avons réalisé pendant ces élections et surtout ce potentiel politique que nous avons gagné avec les Jours heureux !

Nous avons fait grandir dans les têtes l’utilité du Parti communiste, pour la construction d’une alternative politique en rupture avec le capital, autant que pour la construction d’une véritable union populaire !

Le Parti communiste a toujours été dans son histoire et continuera à être un acteur indispensable du rassemblement. C’est ça l’espoir à gauche et pour le monde du travail !

C’est pourquoi je vais proposer aux communistes d’engager un grand Tour de France pour aller à la rencontre des Français, des salariés, des classes populaires et des classes moyennes, des ruraux et des urbains, des salariés, des jeunes et des retraités, pour entamer un dialogue sans tabou, sans détour.

Entrons à nouveau en campagne ! Je vous propose d’organiser dans chaque région des rencontres ou je répondrai à toutes les questions qui me seront posées, en ayant la parole la plus libre qui soit, comme je l’ai fait durant la campagne. On y parlera de tout, surtout de tout ce que les Français veulent parler : travail, guerre, pouvoir d’achat, république, communisme, écologie, jours heureux… Tous les sujets pourront être abordés.

Une parole libre, pour parler de tout, pour parler de vous ! Avec une affiche, un tract pour organiser ces rencontres dont je présenterai le calendrier après la Fête de l’Huma. Je serai sur le gril le temps qu’il faut. Et comptez sur moi pour parler avec franchise et sincérité !

C’est comme cela que nous serons toujours plus forts, que la gauche sera plus forte : en agissant aux côtés du peuple, des salariés et de leurs organisations syndicales, en étant à l’écoute et en phase avec les Français.

Ce sera aussi, pour nous, pour moi, pour toute la direction du Parti, important d’être à l’écoute du cœur battant de la France, en même temps que nous préparons notre congrès.

Un congrès qui doit plus que jamais être tourné vers l’action et le rassemblement ! Dans lequel nous aborderons tous les sujets sans sectarisme et sans naïveté !

Nous devons construire un parti le plus populaire qui soit, le plus rassembleur du monde et le plus influent aussi pour que ça change en France ! Nous voulons gagner, nous voulons prendre le pouvoir au capital ! Alors il y a du boulot !

L’heure est donc à la mobilisation des communistes, partout dans le pays, dans cet objectif.

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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 19:14
Création d'un comité pour le logement à Morlaix appelant à la manifestation de Lannion du 10 septembre
Semons, semez partout des comités pour la justice sociale ! ✊🔥 Tregorrois.e.s, Leonard e.s RDV le 10/09 à 10h à Lannion pour la Manif pour le droit au logement et la Zone Tendue . Manifs le même jour à Douarnenez et Vannes selon votre localisation géographique.
 
Un comité local revendicatif pour le logement s'est créé en pays de Morlaix lundi dernier, 29 août, lors d'une réunion à l'initiative de la Gauche indépendantiste bretonne et de Fabris Cadou, à laquelle ont participé plusieurs citoyens engagés, des organisations, dont le PCF, représenté par Daniel Ravasio, le secrétaire de section du PCF Pays de Morlaix, Corentin Derrien, élu à Saint-Thégonnec et Gladys Grelaud, conseillère régionale.
Nous appelons à participer le samedi 10 septembre 2022 (11 h – Quai de l’Aiguillon – Lannion) dans le Trégor – Goelo – Argoat (Côte d’Armor).
 
1. Comité local créé sur les bases des 4 revendications de la manif de Lannion et le texte d'appel à la manifestation de Lannion du 10/9. Auquel s'ajoute la revendication du développement et de l'encadrement du logement public.
 
2. Le comité appelle à la manifestation de Lannion le 10/9 à 10h, quai de l'Aiguillon.
 
3. Les personnes ou organisations non-présentes ce jour sont toujours les bienvenues pour se joindre au comité et participer à la prochaine réunion. Manifestez-vous par retour de mail. Ce comité est ouvert à toutes et tous.
 
4. Les échanges ont permis rapidement de voir un consensus au niveau du constat de la crise du logement, ses enjeux sociaux et politiques, ses différences territoriales mais aussi des solutions que nous proposons. A savoir le classement des communes en zone tendue comme le permet la loi depuis 2012 et qui n'est appliqué nulle par part en Région Bretagne. Cela permettrait la surtaxe des résidences secondaires jusqu'à 60%, l'encadrement des loyers, la TLV (taxe sur les logements vacants), la régulation de la location courte durée type Air BNB. S'y ajoute, à la demande du PCF, la revendication du développement et de l'encadrement du logement public. Une revendication faisant l'unanimité.
 
5. Le but de la création du comité est multiple :
- appeler localement à la manifestation de Lannion au vu des similitudes territoriales sur la thématique du Logement avec le territoire de Guingamp-Lannion.
- interpeller et fédérer la population pour faire progresser la justice sociale.
- servir de courroie de transmission et de lanceurs d'alertes, mais aussi faire pression, auprès des élus pouvant aisément s'emparer du levier législatif qu'est le classement en zone tendue.
- mettre une pression populaire sur les députés alors que sera votée la loi des finance 2023 à l'automme 2022 et obtenir que ce classement en zone tendue soit inscrit dans la loi. Pour l'instant il doit être validé par le préfet. Pour rappel, ce classement dans la loi proposé par le député Molac en juillet 2022 a été rejeté à l'Assemblée Nationale ... par les députés LREM et LR. Dont Sandrine Le Feur, députée de Morlaix. C'est aussi un combat politique local à mener et à gagner. Ce dossier est l'affaire de toutes et tous épris de justice sociale.
- Pour rappel, le logement représente en moyenne 22% des dépenses des ménages.
 
6. Prochaine réunion le 27/9 : bilan de la manifestation de Lannion et organisation du comité. Lieu et heure à définir.
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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 07:00
Alice Zeniter : «Un roman de femme porte toujours la suspicion d’être un roman de “bonne femme”»

Dans « Toute une moitié du monde », Alice Zeniter fait une pause dans l’écriture romanesque pour questionner le « pays de la fiction » et réfléchir sur ses pratiques d’autrice et de lectrice.

 

Autrice de sept romans, Alice Zeniter a obtenu le prix du livre Inter pour « Sombre dimanche » (2013) et le Goncourt des lycéens pour « l’Art de perdre » (2017), où elle retrace sur trois générations l’histoire d’une famille de harkis. Après le monologue théâtral « Je suis une fille sans histoire », qu’elle a joué sur scène au printemps, elle poursuit sa réflexion théorique dans un essai stimulant, « Toute une moitié du monde ». Né d’un besoin de prendre le temps, ce livre se retourne sur vingt ans d’écriture, met au jour les carcans qui pèsent sur les autrices et lectrices, exprime une gratitude envers les romancières et penseuses féministes, de Toni Morrison à Virginie Despentes. Il contient aussi quelques saillies salutaires sur le patriarcat et les agressions sexuelles qui existent dans le milieu littéraire comme dans tous les milieux.

Quand vous êtes-vous rendu compte que les récits que vous aviez lus dans votre enfance et pendant vos études excluaient toute une partie du monde, à savoir les femmes, mais pas seulement ?

Je l’ai toujours su, mais je l’ai réalisé très tard. Ma pratique d’enfant lectrice m’a tout de suite montré qu’il n’y avait pas de personnages féminins auxquels je pouvais m’identifier. Si je voulais, dans la fiction, avoir une vie active et aventureuse, il fallait que je sois d’Artagnan et pas Constance Bonacieux, il fallait que je sois à la rigueur Claude dans le Club des cinq, Mick et François, mais certainement pas Annie. Le mouvement et l’agentivité étaient toujours du côté des garçons. Mais, comme il était facile de pratiquer le saut de genre dans l’identification, je n’avais pas forcément l’impression d’une restriction.

En tant que lectrices, les femmes ont été habituées depuis l’enfance à faire cette gymnastique du saut de genre. N’est-ce pas un avantage ?

Oui, au sens où cela nous donne accès à une bibliothèque plus vaste. Mais, au-delà de la question du saut de genre, on reste dans une société qui porte les séquelles d’un clivage très vieux entre une parole féminine limitée à la sphère du privé et une parole masculine qui peut être publique. L’idée que les femmes écrivent toujours pour les femmes continue à peser aujourd’hui. Ce qui fait qu’une partie de la bibliothèque n’est pas lue par les hommes parce qu’un roman de femme porte toujours la suspicion d’être un roman de « bonne femme ». Tant que les hommes ne se mettront pas à lire massivement les autrices et à les citer dans leur panthéon littéraire, l’idée que les femmes écrivent pour les femmes perdurera. De même que l’idée qu’il n’existe pas de génie femme. Dans son essai « Relire », Laure Murat remarque que, quand on demande à de grands lecteurs et lectrices quels auteurs ils relisent en permanence, ils ne citent pas de femmes. À la rigueur, s’ils en citent une, c’est une écrivaine morte. Remettre en question ces schémas va prendre du temps, car le poids de l’histoire littéraire joue contre nous.

Vous citez Laure Murat, Geneviève Brisac, Julia Kerninon, Sophie Divry, Virginie Despentes… Souhaitiez-vous justement rendre justice aux autrices vivantes ?

Je ne l’ai pas pensé comme un acte fort, mais, en effet, une manière de mettre les autrices à égalité avec les auteurs, c’est de les citer comme des références. Si je regarde mes dissertations d’étudiante en lettres, je me tournais vers des penseurs hommes dès qu’on abordait la théorie. J’ai voulu faire un livre foisonnant de références d’autrices qui m’ont nourrie, qui m’ont fait grandir, et envers lesquelles j’ai une immense gratitude. Tout livre est un livre de dette, ça fait partie du travail que de dire merci à celles qui sont arrivées avant, à celles qui arrivent maintenant et à celles qui produiront dans le futur des choses auxquelles je n’aurais jamais pensé.

Quand vous avez commencé à écrire, vous vouliez faire comme un homme. Comment est-ce que cela a changé ?

C’est très lié à une représentation de la figure de l’écrivain. Dans les textes que je voulais écrire, il y avait quelque chose de très fantasmatique attaché aux figures des Grands Mecs de la Littérature. Une approche à la Hemingway qui consistait à voir l’écriture comme un tour de force. Je me voyais ne dormant jamais, produisant des textes pendant mes nuits d’insomnies, jetant des pages en l’air ou balançant la machine à écrire par la fenêtre. J’avais peur d’être diminuée comme autrice si j’écrivais chez moi, à des horaires de bureau, si je ne faisais pas de grands voyages, si je ne revenais pas avec une balle dans la cuisse, si je ne déréglais pas tous mes sens par l’alcool et les drogues, je me disais que je serais forcément moins bien que les auteurs hommes. Puis j’ai lu Toni Morrison disant, calme et assurée, que cette manière d’écrire est la seule qui lui convient et que personne ne peut lui dire ce qu’elle doit faire. Quand je vois ce qu’elle a écrit, je me dis que tout va bien ! On n’est pas un écrivain moindre parce qu’on n’a pas coché toutes les cases de la parade virile. Je sais aussi de plus en plus quels sont mes outils et comment les manier : j’ai appris à accorder de la valeur au calme, à la patience, à la minutie et à la gratitude qui sont nécessaires pour que mes livres naissent.

Comment questionnez-vous l’équilibre entre le désir d’être lue et l’envie d’expérimenter ?

C’est une question que je me pose en permanence. Qu’est-ce qu’un texte difficile ? Comment est-ce que je peux sortir de schémas narratifs préconçus qui ont l’immense avantage d’être efficaces, rassurants. Comment m’en éloigner sans que ce que j’écris devienne un pensum pour le lecteur ? Je ne veux pas être élitiste au sens où j’écrirais un texte qui n’aurait de sens que dans une sorte de téléologie de la littérature, en me situant après le nouveau roman, par rapport à l’héritage du roman moderne, etc. Je veux utiliser ces outils mais réussir à faire une forme qui ne laisserait pas à la porte une partie de la population par un effet d’intimidation. C’est un tâtonnement et une recherche permanents.

Votre recherche passe aussi par une manière d’inclure les Non-Occidentaux, les dominés…

C’est une recherche qui aurait pu arriver plus tôt, puisque je suis une femme qui ne vient pas d’une famille de la bourgeoisie blanche. Cela aurait pu être évident pour moi d’écrire sur des gens qui n’existaient pas dans les livres que j’avais lus. Mais, pendant longtemps, je me suis dit que, si je voulais écrire un vrai roman, le personnage principal devait être un jeune homme blanc, probablement lancé dans la conquête de milieux sociaux considérés comme éminemment romanesques, à savoir la bourgeoisie, l’aristocratie. Aujourd’hui encore, je suis parfois obligée de m’arrêter et de contrer par mes réflexions théoriques des automatismes nés d’une longue fréquentation d’un certain type de romans.

Le tournant a-t-il eu lieu avec « l’Art de perdre » ?

Le premier tournant s’est fait au moment de « Juste avant l’oubli ». Alors que je raconte une histoire d’amour qui se délite principalement vue par l’homme, je lis « King Kong Théorie », de Virginie Despentes, et je réalise que j’ai créé mes personnages féminins pour qu’ils suscitent un amour chez le personnage masculin. J’ai retravaillé ce livre de manière beaucoup plus consciente. « L’Art de perdre » est un passage à une autre dimension : comment donner toute leur place à des figures qui ont été laissées à l’arrière-plan ? Dans des récits de l’Algérie que j’ai lus, il y a des Arabes comme il y a des palmiers.

Comment dépouiller la fiction de ses carcans sans pour autant censurer ou s’autocensurer, ce que les conservateurs reprochent aux études de genre ou aux « sensitivity readers » (les relecteurs chargés de détecter les erreurs ou les offenses envers les minorités)  ?

Autour de la question des « sensitivity readers », qui a fait pousser des cris d’orfraie à toute une partie de la presse française, j’ai l’impression que, depuis vingt ans que j’écris, j’ai toujours fait appel à des relecteurs ou relectrices quand je travaillais sur un sujet qui ne m’était pas familier, qu’il s’agisse d’avocats ou de hackers. Plus largement, je ne comprends pas qu’on puisse voir comme de la censure la volonté de produire des récits qui n’ont pas encore été faits. Dire qu’on aimerait des personnages plus riches, plus d’histoires qui échappent à ces carcans, c’est aller très gaiement dans un territoire de la fiction jusque-là laissé en friche. Pour moi, c’est le contraire de la censure, d’une absence de liberté ou de joie, le contraire d’une rigueur de bonne sœur ou de « moraline », comme on l’a entendu au moment de l’affaire Matzneff. Ces ouvertures de la fiction offrent la possibilité de mettre à bas les barrières. C’est un moment que je trouve extrêmement joyeux pour l’art.

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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 07:00
Le « CNR » du président a déjà du plomb dans l’aile

Démocratie Les annonces de boycott du Conseil national de la refondation, voulu par Emmanuel Macron, se multiplient.

Plus la date approche, moins les participants s’annoncent nombreux. Le Conseil national de la refondation (CNR) qu’Emmanuel Macron souhaite lancer, le 8 septembre, ne suscite pas l’enthousiasme parmi les forces politiques censées y prendre part. À son tour Gérard Larcher, le président LR du Sénat, vient de faire savoir son intention de boycotter, comme le reste de sa formation politique, l’instance censée incarner la « nouvelle méthode » promise par le chef de l’État. « Les mécanismes de démocratie participative peuvent contribuer à éclairer la représentation nationale, mais ils ne peuvent en aucun cas s’y substituer », a mis en garde le sénateur dans un courrier adressé vendredi 26 août au président de la République. Une missive, dévoilée lundi par le Figaro, dans laquelle il dénonce une « confusion des rôles ».

Le CNR version Macron devait réunir « les responsables des partis politiques, les responsables des groupes parlementaires, des représentants d’associations d’élus des territoires, des représentants des corps intermédiaires, les syndicats en partenariat avec le Conseil économique, social et environnemental » afin de « partager les diagnostics à l’échelle de la nation sur des grands enjeux », avait expliqué, mi-juillet, le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran.

Déjà un premier faux départ en juin

Mais l’invitation ne ravit pas davantage la gauche. «Chaque fois qu’il a été en difficulté, Emmanuel Macron a créé des instances dont il n’a tenu aucun compte», fustige le porte-parole du PCF, Ian Brossat. La France insoumise a aussi confirmé, ce week-end, dans la Drôme, qu’elle ne donnera pas suite à cette proposition, qualifiée dès son annonce de « saison 2 du grand bla-bla » par Jean-Luc Mélenchon. Cela « démontre le mépris de la démocratie parlementaire du président, qui, de nouveau, contourne le Parlement pour mieux le piétiner », explique Mathilde Panot, la présidente du groupe FI.

Du côté des écologistes, une position doit être arrêtée ce mardi, tandis que chez les socialistes, la décision officielle ne devrait pas être prise avant le début de la semaine prochaine. Mais le premier secrétaire du PS ne mâche pas ses mots. Emmanuel Macron « va chercher à mettre en scène la concertation, la discussion, montrer que lui est ouvert et que ce sont les autres qui bloquent. Mais la réalité, c’est qu’avec lui, avant même que la discussion ne commence, on connaît déjà le point d’arrivée », juge Olivier Faure. Un démarrage chaotique pour ce conseil, après un premier faux départ au mois de juin avec le report dans la précipitation de sa première séance.

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28 août 2022 7 28 /08 /août /2022 08:00
Avec le SPF, ils découvrent la mer pour la première fois

Solidarité Pour cette 43e édition de la Journée des oubliés des vacances du Secours populaire français, 3 800 enfants franciliens de 6 à 12 ans ont profité, le 24 août, de la plage de Deauville. L’Humanité a suivi les petits Montreuillois.

Inès Gacemi

 

Deauville (Calvados), envoyée spéciale.

À 6 h 30, Montreuil (Seine-Saint-Denis) se réveille doucement. Le ciel s’éclaircit au-dessus des quelques enfants encore endormis sur les épaules de leurs parents. Louise Champiré, une des bénévoles du Secours populaire français (SPF), et la responsable du comité du SPF de la ville, Catherine Deger, sont déjà sur place pour compter les premiers arrivés. Vingt-quatre ­petits Montreuillois – entre 6 et 12 ans – sont attendus pour cette 43e édition de la Journée des oubliés des vacances du Secours populaire. Cette année, ce sont les plages de Deauville (Calvados) qui accueillent les quelque 3 800 enfants venus de toute l’Île-de-France. Une première pour Montreuil. Catherine Deger explique : « Le comité s’est reformé il y a un an seulement. Depuis septembre 2021, on a pu emmener des familles en journée à la mer avec nous.  »

Crème solaire, lunettes, livres et casse-croûte

Sac sur le dos et bouée à la main, les enfants attendent le feu vert pour entrer dans le car. Pour la plupart, c’est la première fois qu’ils vont à la mer. Au sol, plusieurs cartons sont empilés les uns sur les autres. Des crèmes solaires, le petit déjeuner, des lunettes de soleil, mais aussi des livres jeunesse, ce qui occupe d’emblée les gamins. Reste à donner les dernières indications pour les parents. « Nous avons nos portables sur nous. Si on a un imprévu, on vous appellera », rassure Louise Champiré. Le car arrive, enfin. On se dit au revoir vite fait. Au milieu des cris et des rires, Aboubacar, 9 ans, est le seul à faire la moue. Sa petite sœur devait faire partie du voyage, mais elle s’est blessée à la cheville, la veille.

Avec les sept adultes bénévoles du SPF qui accompagnent le groupe, l’ambiance prend très vite un air de famille. Louise Champiré prend le micro. « On va où ? » ­lance-t-elle. « À la plage ! » répond-on en chœur. Catherine Deger connaît déjà certains passagers. « Ils viennent depuis longtemps au Secours populaire avec leurs parents lors des distributions alimentaires. » Cette situation de précarité que de plus en plus de personnes subissent, Henriette Steinberg ne s’y fera jamais. Déjà sur place à Deauville, la secrétaire générale du Secours populaire tempête : « Aujourd’hui, 13 % des familles vivent en dessous du seuil de pauvreté. On ne peut pas priver les enfants de leur innocence, les vacances c’est un droit pour tout le monde. »

« Je peux mettre mes pieds dans le sable ? »

Au bout de trois heures de trajet, c’est enfin Deauville, la plage la plus huppée de la Côte normande. « Elle est où, la mer ? » trépignent certains. Tous ont une casquette blanche estampillée du logo du SPF vissée sur la tête. Ça y est. Ils sont sur la promenade des Planches. Impossible de venir ici sans passer par ce chemin emblématique de la ville, paraît-il. La mer, palpable, est à deux pas. D’un bleu comme on l’a toujours imaginé. Aboubacar, déjà en maillot, demande : « Je peux mettre mes pieds dans le sable ? » Heureux, il y va pourtant doucement. Il faut dire que, pour la première fois de sa courte vie, il découvre la mer et tout ce qui va avec. Il se tourne vers les adultes, arborant un sourire jusqu’aux oreilles. Les soucis du matin sont oubliés. Sur la plage, des milliers d’autres enfants sont déjà là. Tous avec la même casquette aux couleurs de chaque département. Pour la Seine-Saint-Denis, elle est blanche. C’est un sacré brouhaha. Et les 1 300 bénévoles du Secours populaire ne chôment pas. Peu de temps après s’être installés, les enfants courent vers la mer, beaucoup se jettent à l’eau, certains, méfiants, préfèrent rester au bord. Les premières réactions ne tardent pas à se faire entendre : « Mais l’eau est salée ! » s’exclame Zaza, 7 ans. « Elle est froide », indique son voisin de jeu.

Depuis quarante-trois ans, l’organisation des Journées des oubliés des vacances est bien rodée. Pourtant, le Secours populaire n’est pas sans connaître des difficultés. Henriette Steinberg le rappelle : « Il faut 50 euros pour chaque enfant emmené à la mer. » Ça, c’était avant l’inflation galopante et ses conséquences délétères. Le coût de la logistique, celui des cars (1 500 euros chacun, soit 150 000 euros au total) sont maintenant tellement élevés (de l’ordre de 20 % en plus) qu’au final, « nous serons vraisemblablement en situation de devoir rajouter ce qui va manquer », soupire la secrétaire générale du SPF. À cela s’ajoute le nombre croissant de personnes en difficulté dans les permanences de l’association – entre 5 et 10 % en plus en Île-de-France. En attendant, durant tout l’été, le SPF s’est démené pour « faire découvrir le monde aux enfants, même près de chez eux ». Aboubacar a oublié ses craintes et affronte les vagues à coups de grands cris à chaque houle. Et tant pis si l’eau ne fait que 21 degrés. Il ne veut plus en sortir.

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28 août 2022 7 28 /08 /août /2022 05:36

 

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27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 08:00
Écologie. Été 2022, une répétition générale ?

Les catastrophes climatiques des dernières semaines ont mis en lumière les défaillances dans la gestion des crises. Des cataclysmes dont il faut tirer les leçons.

Le futur est déjà là, ou presque. Incendies à répétition, canicules à la chaîne, sécheresses durables, tempêtes imprévisibles, inondations soudaines, effondrement d’un glacier de l’autre côté des Alpes… L’été 2022 a été un avant-goût des prochaines décennies. « Les projections montrent que les températures pourraient augmenter de 1 degré d’ici à 2050 et que les événements climatiques extrêmes seront plus intenses, explique le climatologue Jean Jouzel. Un été comme celui qu’on connaît aujourd’hui sera un été moyen des années 2040. » Et, à l’heure actuelle, nous sommes loin d’être prêts à y faire face.

Les défaillances sont nombreuses sur l’ensemble de la chaîne d’intervention, de la prévention à l’adaptation en passant par la prévision et les secours. « L’État néolibéral entre en contradiction avec les nécessaires politiques d’adaptation et de lutte contre le réchauffement climatique. C’est la première des leçons à tirer », pense Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace. Et Jean Jouzel de renchérir : « J’espère que cet été a marqué un tournant, mais le risque est que tout soit oublié dans un mois et demi. » Or demain commence aujourd’hui, avec de prochains cataclysmes écologiques tels les épisodes cévenols, qui pourraient survenir dès le début de l’automne.

1. Les secours ont besoin d’aide

Les pompiers sont « au bord de la rupture », selon une tribune parue mi-août. Tout comme l’ensemble des services de secours (pilotes de Canadair, fonctionnaires hospitaliers…). « La sécurité civile repose sur le don de soi, avec 40 000 sapeurs-pompiers professionnels et environ 200 000  volontaires. Quand ils partent en renfort sur les incendies dans le Sud, c’est sur leur temps de vacances. Avec la généralisation du risque climatique, nous doutons de notre capacité à répondre sur le long terme, s’il n’y a pas d’embauches et de moyens supplémentaires, alors que, parfois, nous sommes en difficulté face aux risques courants », dénonce Peter Gurruchaga, secrétaire général CGT du service départemental d’incendie et de secours du Val-d’Oise.

D’ici à 2050, les mégafeux augmenteront de 30 % ; les sécheresses, de plus en plus fréquentes, continueront de favoriser les inondations soudaines. Bref, le risque s’accroît et les moyens ne suivent pas, voire rabougrissent. Côté effectifs, un gradé évoque un « problème d’attractivité » conduisant à « une baisse des vocations ». « Avec l’accumulation des sinistres, nous risquons d’atteindre une rupture capacitaire », ajoute-t-il. Côté matériel, ce n’est guère mieux : entre 2006 et 2020, le nombre de camions-citernes pour feux de forêt a diminué de 1 014 unités. Concernant les moyens aériens de la sécurité civile (12 Canadair et 7 Dash), trop peu nombreux et mal entretenus, la France a dû compter sur la solidarité européenne. Or le gouvernement ne semble pas avoir pris la mesure de l’ampleur du problème. Le ministre de l’Intérieur n’a, pour l’heure, annoncé que la création de « 3 000 postes de gendarmes verts ».

2. S’adapter ou continuer à subir

Quoi qu’il arrive, le réchauffement climatique produira ses effets « irréversibles », selon le Giec, et nous ne pourrons pas tout empêcher. C’est bien qu’il faut s’adapter, apprendre à vivre avec. L’été 2022 l’a montré : la France est loin d’être parée pour les catastrophes à venir. Face au manque d’anticipation et de changement des pratiques, les collectivités ont dû réagir dans l’urgence.

Pourtant, « des plans d’adaptation existent », rappelle Jean Jouzel. Le pays a déjà commencé à s’adapter mais trop lentement. « Ces plans ne sont pas vraiment déclinés au niveau régional. Les besoins ne sont pas les mêmes pour une ville côtière ou une station de ski. On ne va pas assez dans le détail », s’inquiète le climatologue, qui note que la végétalisation des villes – qui permet d’adoucir les canicules et de faciliter l’absorption de l’eau lors de pluies torrentielles – « n’est pas à la hauteur ». Là encore, l’exécutif est trop timoré avec ses 500 millions d’euros pour la « renaturation » des centres urbains.

« L’État doit être renforcé ; il n’est pas assez équipé. On le voit avec le démantèlement de l’Office national des forêts (lire page 4 – NDLR), par exemple. De même dans la santé, le système hospitalier est-il prêt à faire face à l’intensification des vagues de chaleur ? » alerte Clément Sénéchal, de Greenpeace.

3. Météo France pris dans la tempête

C’est l’un des contrecoups de la tempête meurtrière qui a ravagé la Corse, le 18 août. Pointé du doigt pour le déclenchement tardif de l’alerte orange, Météo France est depuis au centre des critiques. Premier maillon de la chaîne d’alerte, l’établissement public ne semble pourtant pas avoir failli dans sa mission. « Un système orageux d’une telle ampleur comporte par nature des éléments imprévisibles », rappelle ainsi Cédric Birien, prévisionniste et syndicaliste CGT à Météo France. « Au poste de prévision comme dans les autres services, l’ensemble de la chaîne a assuré, abonde José Chevalier, le prévisionniste, coporte-parole de Solidaires météo, et ce malgré la complète dégradation de nos moyens et de nos conditions de travail. »

Depuis plus d’une décennie, les salariés de Météo France travaillent au gré des réorganisations, au rythme des coupes budgétaires et des suppressions de postes. « On a de plus en plus de données à disposition, d’éléments d’expertise, de retours satellites, mais de moins en moins de monde pour les analyser », résume José Chevalier. « On perd chaque année 100 postes depuis dix ans », détaille Cédric Birien. Sur le pont de jour comme de nuit, les 2 500 salariés de l’établissement public – dont une part grandissante de contractuels – s’épuisent. D’autant plus que les semaines qui viennent de s’écouler ont été lourdes de pressions. « Avec la sécheresse, les canicules, les feux de forêt à répétition, les préfectures nous ont mis sous pression pour donner des informations ajustées, régulières. Nous sommes le premier interlocuteur lorsqu’une cellule de crise se met en place », détaille Cédric Birien. Las, les syndicats exigent d’avoir les moyens humains et financiers d’honorer leurs missions de service public. Les prévisions sont essentielles, elles le seront de plus en plus.

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27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 07:00
« L’insouciance à dénoncer, c’est celle des riches »

PCF À l’occasion d’une journée à la mer organisée par les communistes du Nord, le secrétaire national de la formation, Fabien Roussel, a défendu « un fonds pour le climat et le pouvoir d’achat ».

« L’insouciance à dénoncer, c’est celle des riches »

Dunkerque (Nord), envoyée spéciale

L’ « insouciance » est loin de refléter le quotidien des familles qui ont pu profiter jeudi, le temps d’une « journée à la mer solidaire », de la plage de Malo-les-Bains, à Dunkerque (Nord). Débarqués par milliers des cars affrétés dans tout le département du Nord par le PCF, ils sont nombreux à avoir dû se serrer la ceinture depuis des mois pour faire face à l’inflation. « C’est la deuxième année qu’on ne peut pas partir en vacances, c’est de plus en plus difficile, ne serait-ce que pour acheter à manger », raconte Amélie, qui a pris le bus tôt le matin depuis Saint-Amand-les-Eaux avec ses trois enfants. Pour la petite famille équipée d’un pique-nique, la journée est un bol d’air bien mérité.

C’est aussi l’occasion pour le secrétaire national du PCF de faire sa rentrée. Et cette année, le thème, déjà terrain de bataille à l’Assemblée avant la trêve estivale, est tout trouvé : le pouvoir d’achat. « Le président de la République ose nous dire que c’est “la fin de l’abondance et de l’insouciance” et qu’il faut “faire des efforts”. Mais dans quel pays vit-il, lui qui est de retour de son château de Brégançon avec jet-ski et piscine privée ? » lance Fabien Roussel depuis le palais des congrès Kursaal, où les vacanciers d’un jour sont accueillis par un petit pot.

Parmi eux, le discours d’Emmanuel Macron lors du Conseil des ministres, mercredi, ne passe pas mieux. « Des efforts ! ? On en fait déjà beaucoup. On travaille tous les deux avec mon mari, et on est obligés de faire de plus en plus de sacrifices, on veut nous priver du moindre petit plaisir », s’étrangle Anne-Sophie. Si pour cette maman de deux petites filles, une semaine de vacances en été était envisageable jusque-là, cette année elle a dû y renoncer.

Quant aux mesures votées par le Parlement en août avec le paquet sur le pouvoir d’achat, elles ne lèvent pas les inquiétudes. « On a une prime en septembre, c’est très bien. Mais après, comment on va faire ? » interroge Virginie, prête à rejoindre la mer avec ses jumeaux de 12 ans. Même eux ne connaissent pas vraiment la légèreté d’esprit à laquelle le chef de l’État appelle à renoncer : « C’est l’un de mes fils qui s’en est inquiété le premier quand il a vu que les 10 steaks hachés congelés sont passés de 5 à 9 euros… »

« L’insouciance que je veux dénoncer ce n’est pas celle des Français mais des super-riches qui continuent de vivre comme avant, voire mieux, alors que nous sommes en pleine crise », reprend Fabien Roussel. Il est venu avec le dernier classement Challenges sous le bras : « Après cinq années de présidence Macron, les 500 plus grandes fortunes ont augmenté de 75 % et dépassé les 1 000 milliards d’euros. » De quoi laisser songeur dans la salle, où Chantal explique qu’avec 1 200 euros de pension de retraite, entre ses charges et le soutien à son fils, elle a dû renoncer à la viande. « Avant, quand on faisait un plein de courses, c’était 50 à 80 euros, et maintenant c’est 120, 130, 150… » calcule, appuyée sur sa canne, son amie Thérèse.

Des mesures de « roussellement » contre la vie chère

Le risque, selon la responsable du PCF du Nord, Karine Trottein, c’est que « l’acceptation, la résignation gagnent du terrain ». « On en entend déjà, poursuit la communiste, qui se demandent si on va leur couper l’électricité cet hiver. » Alors, derrière son micro, Fabien Roussel fait feu de tout bois : « taxe sur les superprofits des grands groupes », « taxe antispéculation », « impôt de solidarité exceptionnel sur les grandes fortunes »… Autant de mesures de « roussellement » – soit l’inverse du ruissellement de Macron – que les parlementaires communistes défendront lors de l’examen du budget 2023 afin d’alimenter « un fonds pour le climat et le pouvoir d’achat ». « Nous proposons d’arracher au capital 50 milliards d’euros par an et que l’État et la Banque centrale européenne en mettent autant : ça fait 150 milliards. Voilà comment nous nous donnerons les moyens de répondre à nos besoins », martèle le député. Et alors que les prix du carburant continuent d’entamer le pouvoir d’achat, le député du Nord propose, pour allier justice sociale et climatique, « une carte de transport donnant accès gratuitement aux réseaux TER, de métro, de bus propres en France ainsi qu’à dix trajets gratuits en TGV ».

Augmentation du Smic, des salaires et des pensions figure aussi en bonne place des revendications affirmées ce jeudi. « Nous, Parti communiste, avec les autres forces de gauche et écologiste et les organisations syndicales, nous appellerons à la mobilisation jusqu’à ce que le gouvernement entende notre soif de justice, de progrès et de Jours heureux », assure Fabien Roussel, qui lancera à nouveau le message à l’université d’été du PCF ce week-end à Strasbourg. En perspective, les journées d’action syndicale des 22 et 29 septembre, mais aussi la « marche contre la vie chère » prévue début octobre et que du côté du PCF on espère « la plus large possible ». Il faudra bien ça pour ramener Emmanuel Macron à la réalité.

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27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 05:24

Les cahiers de santé publique et de protection sociale : Refonder le système de soins et de santé une incantation, tant que l’essentiel reste occulté ! (Omar BRIXI – Fondation Gabriel PERI)

 

L’auteur procède à une analyse du système de soins qu’il distingue du système de santé. Il plaide pour un changement d’approche qui ne soit pas basé uniquement sur la question des moyens financiers. Il propose 5 directions ou chantiers : renverser la pyramide des services de soins, contrôler la spirale des surconsommations, tous les médicaments ne sont pas utiles, l’équipe médicosociale de proximité comme meilleur spécialiste, et l’implication des concernés : une condition et exigence démocratique.

Réformer, refonder, renforcer « nos hôpitaux, voire nos systèmes de santé »… Confondant allégrement soins et santé, de telles déclarations et engagements reviennent régulièrement dans les agendas politiques, ici et ailleurs. Surtout pendant ou après chaque situation de « crises ». Sous la pression évidemment des événements et de leurs poids dans l’opinion et les médias. Nos vécus lors de cette pandémie liée au Covid 19 ont encore aiguisé ces incontournables exigences. On se rappelle les engagements d’un président français, solennel, nous promettant d’en faire un bien commun malgré ses vétos par la suite sur la levée du monopole sur les brevets et technologies autour des vaccins, pour en faire un bien partagé[1].

Les flots médiatiques ne peuvent nous faire oublier les cris de « faillite du système de soins » en Tunisie ou la course des citoyens affolés en Algérie pour secourir leurs proches, lors de la vague meurtrière de l’été dernier suite à l’accélération brutale de la circulation du variant Delta du Sars Covid-2[2]. Les scènes de panique et de solidarité au Sénégal n’ont pas échappé aux yeux curieux du reste du reste du monde. Plus récemment, les scènes et les alertes sur le débordement des services d’urgence hospitaliers publics en France ont de nouveau envahi nos écrans. Des promesses de changements ne sont pas seulement proclamées en  France, pays aux ressources appréciables, mais aussi dans la plupart des pays aux marges plus étroites, particulièrement ceux de la sphère francophone.

Réactions salutaires en ces circonstances ou vaines incantations quand on sait les déceptions en France après le Ségur de la santé[3], ou plus récemment la teneur du programme sommaire affiché par le président réélu. Réactions exemplaires en Tunisie où les plus convaincus du nécessaire redressement, au sein des institutions comme au sein de la société, avaient déjà lancé une vaste consultation, le dialogue sociétal sur la santé, recueillant les avis et propositions des citoyens[4], et élaboré un document porteur d’une vision et de stratégies de santé au profit de tous[5]. Réactions redondantes en Algérie où, à coup d’assises nationales et d’un énième plan, le pays est engagé in fine dans la réalisation d’un grand ensemble hospitalier dans la capitale[6]. Les résultats ou leurs projections débouchent toujours sur les mêmes logiques : un peu plus de moyens aux hôpitaux, bâtir, équiper, numériser et courir après des effectifs pillés aux autres[7] ou pousser à la privatisation.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Les raisons sont anciennes. Je les ai décrites dans Blouses Blanches colère noire. Les cliniques privées et les médecins libéraux participaient à leur prise en charge. Beaucoup ont fermé, les contraintes liées à une tarification insuffisante les en ont détournés. Cinq millions de Français n’ont plus de médecin traitant et affluent aux urgences pour le moindre bobo. La quasi-gratuité fait le reste. La complémentarité public/privé a été détruite depuis 1996. Les cliniques regroupées dans des chaines ne sont plus intéressées par les urgences à cause d’une tarification en moyenne quatre fois inférieure pour les actes non-programmés par rapport à l’hôpital. Elles s’orientent vers les soins les plus rentables pour ne pas disparaitre. En conséquence, les urgences affluaient de plus en plus à l’hôpital, leur nombre avait doublé en 10 ans. Il a dépassé en 2019 le chiffre effarant de plus de 25 000 000 passages. Les cliniques de taille humaine qui les assurent ont disparu, étouffées par les normes et les agences de santé. Compte tenu d’un numerus clausus trop serré, les médecins ne sont plus assez nombreux en ville pour assurer les urgences. Le rôle des médecins de ville est pourtant fondamental. L’avalanche de normes et la sous rémunération des actes les en ont détournés. Le défaut de formation participe à cette crise car les médecins généralistes ne sont plus formés à la petite chirurgie, comme les sutures, et ne veulent plus garder ouvert des cabinets le soir pour accueillir les urgences pour des consultations non-programmées et mal rémunérées. La réorganisation des services hospitaliers et leur modernisation n’ont pas été entreprises. Il n’y a eu aucune réorganisation des services d’urgences et trop peu d’adaptations des locaux. Les directeurs étaient trop heureux de la manne financière qu’elles rapportaient, soit plus de 5 milliards d’euros par an. En effet, une urgence aussi bénigne soit-elle rapporte plus de 200 euros à chaque passage. Elles ont quasiment disparu avec la pandémie, ce qui démontre les abus. Pourtant des solutions existent. Un premier pas sera fait avec le PLFS de 2021 en exigeant un reste à charge d’un peu moins de 20 euros pour toute urgence non suivie d’hospitalisation et en révisant la tarification en ville des soins non programmés. Ce n’est pas à l’hôpital, avec la création des bed managers (ou gestionnaire de lits) que viendra le salut[8].

Comme on le constate, même quand il y a une volonté, des ressources disponibles, ou la formulation d’une vision et de stratégies, les rapports de forces et d’intérêts, les contextes socioéconomiques, les imaginaires formatés, n’autorisent ni de réelles avancées ni des débats sur le fond. Nous nous heurtons à des résistances et à des difficultés multiples et répétées, comme face à des murs invisibles, de fait infranchissable.

Pourquoi et sur quoi buttons-nous ?

Ces limites sont-elles conjoncturelles ou structurelles, spécifiques à chaque pays ou communes ? Sont-elles surmontables ? Nécessités de plus de ressources ? Ou faut-il changer d’approche ?

Rappelons brièvement, pour la clarté des concepts, quelques savoirs acquis

On est de plus en plus d’accord sur le fait que le système de soins ne se confond pas avec le système de santé, même si des interrelations les relient fortement.

  • Le système de soins englobe l’offre et l’organisation des soins dont les pratiques, les techniques et techologies, les compétences et ressources, les filières et parcours de soins. Sans occulter les représentations sociales de la maladie et de la mort dans la tête des gens, institutionnels et autres. Et, bien sûr, la question centrale de l’accessibilité assurée ou non à toutes et tous et la solvabilité garantie par l’existence ou non d’un système de couverture médicale solidaire, durable et universelle.
  • Le système de santé est un ensemble plus vaste. Outre le système de soins, d’autres déterminants le façonnent : la disponibilité et l’accès à une eau saine et suffisante, à une alimentation en quantité et qualité, un revenu décent, un toit, la sécurité et la paix, un système de protection sociale et un environnement protecteur.

Ces notions, de base, sont connues depuis la déclaration d’Alma Atta en 1978 et la stratégie des soins de santé primaires[9] définie et prônée par une OMS multilatérale. Ressasser ces composantes peut apparaitre comme une litanie. Cela nous permet d’apprécier à la fois, les progrès accomplis, peu ou prou, dans nos pays. Mais aussi les reculs et les retournements enregistrés depuis maintenant plus de 4 décennies autour de ces conditions fondamentales ! C’est dire sur le fond, la persistance voire l’aggravation des inégalités de santé pour ne cibler que celles du fait du système de soins et de santé.

Rappeler ces distinctions et ces « bréviaires » de la santé publique nous obligent à reconnaitre les aspects politiques d’une approche pertinente de toute politique de soins : qui veut-on soigner et protéger, comment et à quelle hauteur ? Mais aussi d’une approche de santé publique, forcément multidimensionnelle et multisectorielle, si on en a une vision conséquente et globale. Où, dans nos pays, a-t-on vu une conception et une planification de santé comme on parle aujourd’hui en France et à juste titre, d’une planification écologique.

La charte d’Ottawa avait pourtant engagé les pays dit riches dès les années 1986, comme la déclaration d’Alma Ata avait engagé les pays du Sud, dés 1978. Les travaux et publications au Québec ont pourtant grandement vulgarisé dès les années fin1980, les contenus et démarches de la planification sanitaire[10]. La politique de soin engage tout au moins un secteur et quelques institutions dédiées. Une politique de promotion de la santé engage tous les secteurs c’est-à-dire le pays au plus haut niveau. On voit bien les différences de périmètres et d’ambitions et toute persistance dans la confusion soins/santé aboutit de fait à un manque de clarté et de vision politique. On doit et on peut réformer un système de soins, de façon plus ou moins pertinente. La dimension de « création de milieux favorables à la santé »,  pilier d’une approche de promotion de la santé, telle que prônée par la Charte d’Ottawa[11], suppose une approche globale. Forcément éminemment politique. Les approches écologiques nous ouvrent, aujourd’hui, un nouvel horizon.

Dans cet écrit, nous aborderons essentiellement les conditions d’une refonte d’un système de soins dans les pays partageant la même culture de santé. Même si les questions des déterminants en santé intéressent et mobilisent de plus en plus en faveur d’une approche touchant à nos conditions environnementales, de vie et de travail.

De quoi souffrent nos systèmes de soins ?

La doxa dominante tourne autour de la question des ressources (humaines, matérielles et technologiques. Ce n’est pas faux quand on sait les niveaux inégaux de dépenses consacrées aux soins. Surtout en ces temps où la gestion de la pandémie a ouvert des vannes de financements insoupçonnées, et plus gravement les milliards consacrés, de nouveau, à la course aux armements, ici et là. Mais, un argument bien connu : l’accessibilité et l’efficacité des systèmes de soins ne sont pas corrélées aux pourcentages des dépenses de santé par rapport aux richesses d’un pays. Les USA, avec plus de 17% de son PIB, consacré aux dépenses de santé en 20018 et aux inégalités connues en matière d’accès aux soins, en savent quelque chose[12].

Un autre argument tout aussi familier : il faut plus de moyens, vu les politiques de réductions, en France et les faibles ressources, comme en Tunisie ou au Sénégal, par exemple. Là aussi, ceci est bien vérifiable. Encore faut il regarder de plus près leurs répartitions, leurs usages et surtout leurs principaux bénéficiaires[13]. En fait la logique des moyens mobilisés ou à accroitre traverse depuis l’après-guerre nos raisonnements et choix. A juste titre, tout au moins en partie quand on regarde les systèmes bien dotés comparativement à ceux des pays aux ressources amputées ou limitées. Les progrès en matière d’espérance de vie, de santé maternelle et infantile, de soins en fin de vie dans nos différents pays en témoignent[14]. Comme on réalise encore mieux les conséquences des abondons et des réorientations de nos systèmes.  On en sait aussi un peu plus ce que le complexe médico industriel a réussi à en faire, dans le meilleur et dans le pire. Même là où les ressources dédiées aux soins et les investissements croissants, leurs impacts restent relativement limités. L’efficience n’est pas toujours aux rendez-vous de nos efforts. Et les inégalités de santé sont toujours là sans compter les inégalités sociales dans leurs rapports dialectiques.

C’est pour cela, que nous pensons, au vu de tous les travaux documentés, que la logique des moyens ne suffit pas, à elle seule, à assurer la pertinence de nos  systèmes de soins. Que la pertinence n’est pas corrélée aux seules sommes injectées. Ce constat est bien connu par les économistes en tous domaines.

Changer d’approche : des directions, décisives à nos yeux

Dans les pays dits développés, comme en France, la logique des moyens a connu un essor remarquable avec les accords historiques noués durant la Résistance et après-guerre. La rente coloniale, une partie des retombées de l’industrialisation et la solvabilisation d’une protection sociale arrachée de haute lutte, ont soutenu la poursuite de cette logique. Dans les pays du Nord et d’autres contrées, sous d’autres influences, un autre modèle a prévalu. De l’Angleterre, avec son NHS aux pays scandinaves et anglo-saxons aux orientations sociales- démocrates, d’autres logiques ont été choisies et mises en œuvre. Avec des résultats plus probants ou identiques. L’OMS, dans ses fondements et moments les plus engagés, a mis au point depuis les années 1970, des concepts et des stratégies que les pays du Sud ont éprouvés avant les retournements des fameux programmes d’ajustements prônés par le FMI et la BM. Ils sont toujours d’actualité et mon ami et collègue Tunisien, le Dr Abdelwahed Abassi, pionnier de cette approche, ne cesse de les revendiquer à travers l’exigence du « revenir à nos fondamentaux ». Nostalgique ou lucide ?

D’où nos 5 directions ou chantiers :

* renverser la pyramide des services de soins,

* contrôler la spirale des surconsommations,

* tous les médicaments ne sont pas utiles,

* l’équipe médicosociale de proximité : le meilleur spécialiste,

* l’implication des concernés : une condition et exigence démocratique.

On se contentera de les citer, pour ne pas charger cet écrit et d’en renvoyer les argumentaires et références dans les travaux cités ci-dessous.

 

  1. Renverser la pyramide des services de soins sur sa base

Cette proposition imagée nous a été longuement répétée par notre maitre et regretté, le Pr Pierre Chaulet. A coup de schémas et de flèches, il n’arrêtait pas de nous démontrer ce que d’autres travaux ont repris[15]. La pyramide des services est à l’envers, il faut la renverser, disait-il. Si plus de 80 % des pathologies, des recours et des demandes  relèvent des services ambulatoires, il est urgent d’organiser  prioritairement ces services utiles à la majorité des patients et citoyens. D’où la base de la pyramide. Les 20 % de soins complexes pour une faible partie des patients et malades, nécessitant une hospitalisation, relèveraient des établissements dédiés, en moins grand nombre. D’où la pointe de la pyramide.  Des services de base ( postes de santé, centres de santé, polycliniques, maternités ici, des maisons médicales, de santé et cabinets de groupes là-bas), pour accueillir en tous temps et tous lieux tout le monde.

L’Algérie, la Tunisie et le Maroc, tout particulièrement, disposent aujourd’hui encore de ce réseau public maillant tout le territoire. Ils ont été, des années 1960 à 1990, les principaux contributeurs décisifs à la prise en charge des citoyens enfin reconnus après les indépendances, et aux reculs significatifs de la mortalité et de la morbidité. Délaissées en grande partie, depuis la mise en œuvre des « réformes à la FMI et à la BM », ces structures de proximité sont devenues aujourd’hui des« centres dépourvus pour les démunis… Les plus débrouillards ou introduits s’ingéniant et s’épuisant à les contourner pour engorger les services d‘urgences et hospitaliers »[16]Étonnement, nous entendons les mêmes constats du directeur général de l’assistance publique des hôpitaux de Paris ou l’urgentiste débordé de l’hôpital de Cherbourg. En France et aujourd’hui ! Evidemment dans des proportions relatives aux contextes de ces pays. Mais n’y a-t-il pas en commun un modèle, fondé sur des politiques qui ont misé sur le tout hôpital, poussé à la privatisation au niveau des services ambulatoires au nom de prises en charges de pointe comme en France ou « modernes » dans les pays moins dotés. Mais soumis aux mêmes enseignants, experts et autres préconisations de bailleurs dits désintéressés ?

Les crises notamment de l’hôpital public, itératives et résistantes à toute réforme, ne sont-elles pas la résultante d’un engorgement du 3ème palier par défaut des premières lignes ? Jusqu’à quand l’hôpital, notamment public restera-t-il le lieu de tous les recours, des 1ers soins aux soins ultimes ? D’où la nécessaire réhabilitation des soins essentiels de 1ère ligne.

L’hôpital public ne peut être à l’aise dans ses fonctions que soulagé de la pression des soins et des urgences de premier recours. En aval de cette 1ère ligne, le renforcement du réseau hospitalier est effectivement plus qu’urgent. Non pas seulement avec plus de moyens mais avec une nouvelle logique de statut et de fonctionnement. Cela impose de rompre avec la T2A et les concepts et vocables du ‘‘Lean management’’ et du tout virtuel. Avec en appui des établissements privés repositionnés sur la base d’un conventionnement de missions de service public.

  1. Contrôler la spirale des surconsommations

L’offre de soins n’a pas besoin de plus de soins et d’examens, mais au contraire de soins appropriés et de maîtrise des logiques de surdiagnostics et de surprescriptions. Les surmédicalisation/sous médicalisation sont dommageables et ruineux pour nos systèmes de protection sociale solidaires. Confère pour développement sur cette thématique nos travaux, colloques et publications du collectif http://surmedicalisation.fr/

  1. Tous les médicaments ne sont pas utiles

L’ouverture d’un véritable chantier non pas seulement sur les contours d’un pôle public du médicament mais dans sa principale mission : promouvoir et négocier une liste prioritaire (ou nomenclature) des médicaments jugés essentielscomme en Suède et les pays qui ont suivi les préconisations de l’OMS.

  1. L’équipe médicosociale de proximité : le meilleur spécialiste

La valorisation prioritaire et significative des professions paramédicales dont principalement les infirmier(e)s et aide-soignant(e)s et des médecins généralistes au sein d’équipes pluri-professionnelle  de proximité. Les centres de santé et maisons médicales deviendraient ainsi les portes d’entrée et de régulation des autres niveaux de soins. Intégrés au sein d’un réseau revalorisé, un nouvel élan peut être donné  à la  de PMI, à la santé scolaire, à la médecine du travail et aux Maisons des adolescents. La promotion du salariat et d’autres formes d’exercice en équipe. La main mise moyenâgeuse de l’ambulatoire par « la médecine libérale à tarif libre» et l’exercice en solo depuis les années 1927/1947, ne peut être une fatalité.

  1. L’implication des concernés : une condition et une exigence démocratique

L’implication des citoyens, des patients et des malades peut s’entendre à différents niveaux et sous diverses formes. Regardons tout au moins : l’écoute, la prise en compte et les droits. L’écoute passe par la disponibilité,  intellectuelle et pratique, des soignants à savoir prendre le temps pour entendre, décrypter et composer avec les patients quant à leurs vécus, savoirs, ressources et marges de choix. Or c’est ce temps, cette formation et cette posture qui leur manquent le plus. La prise en compte de leurs conditions de vie et de travail et avant tout de leurs représentations, émotions, préjugés et croyances, est centrale dans les conditions de l’acceptabilité et la faisabilité de toute offre de soins et de prévention.

Leurs droits sont multiples et fondamentaux. Ils s’imposent de plus en plus dans les sociétés où les citoyens les ont arrachés. Ils restent à conquérir dans les sociétés où ces droits sont étouffés. Outre le respect de toute personne, le droit à intervenir auprès des soignants et au sein des services de santé et peser sur les politiques et les choix de soins et de santé reste à parachever ou à conquérir. La crise liée à la dernière pandémie a montré à quel point les droits des malades, la voix des associations, les cadres de concertations (commission, comité, conférences de santé et autres), ont été ignorés ou tout au moins peu pris en compte. En France, il a suffi de quelques mois pour balayer des années d’efforts et de petits pas en matière de démocratie sanitaire ou en santé. La loi sur les droits des malades a été occultée. Dans les pays du Maghreb, l’état de crise et d’urgence ont encore plus écrasé le long chemin vers la conquête des droits fondamentaux.

En conclusion

Comme on le note, refondre ou même reformer nos systèmes de soins et de santé, passe par plusieurs conditions. La première est conditionnée par le poids des opinions, des urnes, et des groupes de pression pour que le décideurs soient « sous pression » d’une commande sociale. Cet axe est au prix du temps d’expériences cumulées et de longs efforts. La deuxième dépend des capacités des lanceurs d’alertes et personnes indépendantes, d’institutions d’intérêt public, un tant soit peu vigilantes et de textes à force de lois, pour traquer et dénouer la nature des liens d’intérêts entre décideurs, experts et prescripteurs avec les profits et les profiteurs.

La troisième suppose un effort intellectuel et politique pour apprendre la nature et la force des modèles, ou des paradigmes et des processus de reproductions. Une approche hospitalo- centrée, emportée par la logique des soins à tout prix, et infiltrée par des liens d’intérêts dictés par le marché et les lois du profit est un modèle. Il a été façonné pour ce qui concerne la France après-guerre. Le CHU en aura été in fine la chapelle ardente et la matrice reproductive. La période coloniale a vu naturellement son extension dans les « anciennes colonies françaises », pour un peu de meilleur et beaucoup de pire. Une partie de nos élites, la densité des liens humains et marchands, ainsi que les démarcheurs et intermédiaires de toute sortes l’on installe et entretenu. La courte période des années post indépendance -1960/1990- leur ayant échappé, ont permis les trois décennies d’adoption d’un autre modèle, celui prôné par l’OMS, à côté de la persistance du modèle hérité. Depuis nos errements et égarements n’ont pas cessé.

Plus grave ici, comme là-bas, on ne se permet ni de penser ce modèle, ni encore moins de le repenser. L’autonomie, les indépendances, surtout de pensée, se débattent et se conquièrent. Comme d’ailleurs les défis autour du climat et de l’avenir de nos enfants.

 

[1] cf nos écrits dut ce sujet sur le site des www.descolibrisensanté.fr

[2] – Omar Brixi, Les pays du Maghreb face à la pandémie : épargnés ou encore plus éprouvés ?  Les Possibles, Revue du conseil scientifique d’Attac, 11 juin 202

– Omar Brixi, Les trois pays du Maghreb central face à la pandémie: rattrapés après avoir été épargnés ? Les Cahiers de santé Publique et de Protection sociale, 23 septembre 2021.

L’auteur avec ses contributeurs remet ici en cause les premières appréciations émises lors de la première vague, qui voulaient que les pays du Sud étaient protégés de l’épidémie de Covid 19. Aujourd’hui ces pays se retrouvent face au virus, seuls et avec des faibles ressources. Il n’y a pas d’autres choix que de se battre sur tous les fronts.

[3] François Béguin, « Ségur de la santé : sept semaines pour « refonder » le système de soins français », le 25 mai 2020, Le Monde.

[4] Pour une meilleure santé en Tunisie – Le dialogue sociétal ; http://www.hiwarsaha.tn ›09/ 2014

[5] La sécurité sanitaire à l’horizon 2025: vision et manœuvre : https://www.kas.de › 28/ 02/ 2022

[6] L’Algérie réalisera un hôpital moderne en partenariat avec l’Allemagne et le Qatar  28 févr. 2022

[7] Hôpitaux français : 1200 médecins algériens autorisés à exercer ; https://www.visa-algerie.com › hopitaux-francais-1200-…5 févr. 2022. Plus de 7% des médecins exerçant en France sont Tunisiens ; https://www. espacemanager.com › plus-de-7-des-medec…17 juin 2021.

[8] Bernard Kron, La crise des urgences s’étend dans les hôpitaux français, Contrepoints Santé 20 05  2022

[9] Conférence internationale sur les soins de santé primaires, AlmaAta (URSS), 6–12 septembre 1978. Publications – Déclaration d’Alma-Ata, 1978 – OMS/Europe ; https://www.euro.who.int › declaration-of-alma-ata,-1978

[10] Par l’aboutissement final du processus de planification sanitaire, les auteurs entendent surtout l’atteinte d’objectifs de santé. Raynald Pineault et Carole Daveluy, La planification de la santé. Montréal 03 09 2008 …https://www.pimido.com › … ›

[11] Promotion de la santé, Charte d’OTTAWA. La première Conférence internationale pour la promotion de la santé, réunie à Ottawa, a adopté le 21 novembre 1986 la présente “Charte” en vue de contribuer à la réalisation de l’objectif de la Santé pour tous d’ici à l’an 2000 et au-delà.

[12] En 2018, avec une DCSi représentant 17,8 % du produit intérieur brut (PIB), les États-Unis sont de loin en tête des pays de l’OCDE (graphique 1). Près de six points derrière, la Suisse dépense 11,9 % de son PIB pour la santé, devant l’Allemagne (11,5 %), et la France (11,3 %).

[13] 9 Comparaisons internationales de la dépense courante de …https://drees.solidarites-sante.gouv.fr › sites › files Les dépenses de santé en 2019 > édition 2020 > DREESComparaisons internationales de la dépense courante de santé et du reste à charge

[14] Omar Brixi, La Promotion de la santé sous les cieux du Maghreb. Document de travail à partir d’une publication dans le cadre d’un ouvrage collectif dirigé par l’EHESP Rennes. 03 02 2017.

[15] Redéfinir la première ligne de soins pour mieux la former ; https://www.maisonmedicale.org › … ›

La première ligne de soins a un problème d’identité. Très concrètement, elle voit ses prérogatives grignotées par les secondes lignes tandis que ses …

[16] Itinéraires Thérapeutiques en Tunisie, Enquête nationale qualitative, 2017-2018, O Brixi § S Kallel.   Vécus et pratiques en soins de santé de base ; Sous et Surmédicalisation relèvent des mêmes logiques, http://surmedicalisation.fr › uploads › 2020/03.

 

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