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18 juillet 2022 1 18 /07 /juillet /2022 05:43

Un groupe d’associations et de collectifs de santé interpelle la Première ministre et menace pour la première fois de porter plainte pour carence fautive de l’Etat, tant la situation de l’hôpital public est dégradée. Les signataires appellent notamment à la fixation de ratios minimum soignants-soignés dans tous les services.

 

Le 22 juin, les maires de France s’alarmaient des fermetures de services hospitaliers car partout en France l’accès à l’hôpital public se réduit, alors que les conditions de travail des agents hospitaliers deviennent plus dures, accélérant leur fuite et donc augmentant les fermetures de lits par pénurie de personnel. En mars dernier, le Sénat relevait : «Vétusté des équipements, charge de travail excessive, manque de temps médical et soignant auprès des patients qui sont autant de facteurs à l’origine d’un profond sentiment de perte de sens qui provoque des départs de personnels en cours de carrière.» La situation est maintenant si dégradée que des préjudices directs sont avérés pour les patients, mais aussi pour les agents hospitaliers : perte de sens, épuisement professionnel, fuite des titulaires et perte d’attractivité pour les professionnels nouvellement diplômés. La «mission flash» du nouveau ministre n’a eu pour objet que les services d’urgence ignorant la dégradation de l’intégralité du système hospitalier.

Des droits qui ne sont plus garantis

D’après le code de la santé publique, il est de la responsabilité du gouvernement (article L 1411-1) de mener une politique de santé garantissant le droit fondamental à la protection de la santé au bénéfice de toute personne. Cette politique doit garantir le droit du patient et des soignants à la santé, le droit au respect de la dignité de la personne malade, le droit de recevoir les traitements les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques garantissant la meilleure sécurité sanitaire, le principe de continuité du service public hospitalier. Force est de constater que ces droits ne sont plus garantis.

Ainsi la littérature scientifique en matière de nombre de «patients par soignant» est unanime : plus il y a d’infirmières, moins il y a de patients par soignant, plus la chance de survie des patients est accrue. La présidente de la Haute Autorité de santé (HAS) le confirmait lors de son audition au Sénat «il existe un lien établi – par une littérature de très bon niveau – entre le niveau de personnes d’un établissement ou d’un service et la qualité des soins». En d’autres termes, l’objectif du droit à la santé et l’obligation de bénéficier des soins les plus appropriés ne sont remplis qu’à la condition que des ratios de sécurité et de qualité soient respectés.

Pourtant, en dépit de la littérature et de nombreuses alertes, l’Etat n’a jamais défini de ratios soignants-soignés hors domaines très restreints (dialyse, soins intensifs, néonatologie et réanimation). La sénatrice Catherine Deroche signalait au cours de la commission d’enquête sénatoriale, le 29 mars 2022, qu’aucun véritable suivi du ministère de la Santé n’est effectué en matière de pilotage de la politique hospitalière, sur des questions aussi importantes que les ressources humaines et les capacités d’hospitalisation.

Par ailleurs, comme le souligne le rapport du Sénat, la politique qu’a menée l’Etat en matière de financement hospitalier a «mis les établissements en difficulté». Dès lors, le principal poste de dépenses des hôpitaux, celui des dépenses de personnels, a été soumis à une gestion dégradant les conditions de travail et les investissements n’ont souvent pu être opérés que grâce à l’endettement.

Des effectifs inadéquats, la pénibilité accrue au travail, le manque de soignants, l’absence de ratios de sécurité définis, la fermeture de nombreux services d’urgence et de services d’hospitalisation, partiellement ou complètement, un financement décorrélé des besoins, une construction annuelle du budget des hôpitaux ne tenant pas compte des besoins documentés et des tendanciels avérés, des investissements hospitaliers non financés, l’absence de dialogue avec les élus territoriaux, représentants des usagers, représentants des personnels médicaux ou paramédicaux, signent les défaillances des politiques de santé dont l’Etat est responsable. Le comportement fautif de l’Etat et les préjudices causés à l’hôpital, aux patients et aux soignants sont avérés et perdurent.

C’est pourquoi les associations et collectifs que nous représentons enjoignent, par l’intermédiaire de leurs avocats maîtres Macouillard et Melin, la Première ministre à :

- Mettre sans délai un terme à l’ensemble des carences qui continuent d’engager la responsabilité de l’Etat ;

- Prendre des décisions réglementaires en urgence afin de définir des ratios d’effectif «patients par soignant» suffisants au regard des études internationales en la matière ;

- Renforcer significativement le nombre d’infirmiers et d’aides-soignants et en définissant des seuils critiques ajustés sur les activités des établissements ;

- Mettre en place un mécanisme d’alerte lorsque les seuils critiques susvisés sont atteints.

En l’absence de réponse et de réparations des préjudices causés, les associations et collectifs signataires porteront plainte pour carence fautive contre l’Etat.

Signataires : Marc De Kerdanet Pour Aide aux jeunes diabètiques (AJD), Stéphanie Fugain Pour l’Association Laurette-Fugain, Laure Dorey Pour l’Association maladies, foie, enfants (Amfe), Marie Citrini et Stéphane Dauger Pour le Collectif Inter-Hôpitaux (CIH), Pierre Schwob Pour le Collectif Inter-Urgences, Michèle Leflon Pour la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, Maîtres Macouillard et Melin Du cabinet Topaloff.

 

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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 20:08
Mairie de Morlaix, 17 juillet 2022 - Emouvante cérémonie en mémoire des victimes des persécutions antisémites de l'état français sous l'occupation et d'hommage aux Justes de France (photos Jean-Luc Le Calvez)
Discours de Marie-Noëlle Postic qui a travaillé sur les persécutions dont ont été victimes les Juifs du Finistère pendant l'occupation et qui a reconstruit leur histoire dans deux livres formidables - Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Discours de Marie-Noëlle Postic qui a travaillé sur les persécutions dont ont été victimes les Juifs du Finistère pendant l'occupation et qui a reconstruit leur histoire dans deux livres formidables - Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 16 juin 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 16 juin 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 16 juin 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 16 juin 2022, photo JL Le Calvez

Discours d'Yvon Laurans - Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Discours d'Yvon Laurans - Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez - réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez - réception en mairie

Photos de Jean-Luc Le Calvez, merci à lui!
 
Ce dimanche 17 juillet au matin nous commémorions à Morlaix la journée d'hommage et de mémoire pour les Justes et les juifs, tsiganes, homosexuels victimes des crimes contre l'Humanité dont s'est rendu complice l'état français pendant l'occupation nazie.
 
C'était le jour du 80e anniversaire de la terrible rafle du Vel d'hiver des 16 et 17 juillet 1942.
 
13 152 personnes dont 4 115 enfants ont été arrêtés ce jour-là, par la police française, sur ordre du gouvernement de Pétain et Laval, dans le cadre de la collaboration avec l'occupant nazi et sa politique de déportation et d'extermination des juifs.
 
La plupart ont péri dans des conditions épouvantables.
 
Marie-Noëlle Postic, sociologue et historienne qui a restitué l'histoire des juifs du Finistère pendant la seconde guerre mondiale, Yvon Laurans, adjoint au sport, aux relations internationales et aux cérémonies patriotiques, Jean-Paul Vermot, maire de Morlaix, ont rendu des hommages aux victimes juives de la barbarie antisémite nazie et du régime de Vichy, et aux Justes qui ont tenté de les sauver.
 
Plusieurs élu.e.s, des invités des comités et associations de mémoire de la seconde guerre mondiale, des gendarmes, anciens combattants, familles des victimes des rafles et persécutions antisémites. Notre camarade Lucienne Nayet aussi, enfant cachée à la naissance dont le père est mort à Auschwitz.
 
Nous avons rendu un hommage particulier très émouvant, devant la plaque d'hommage à Esther Levy et David Sellinger inaugurée en 2018, aux deux morlaisiens de confession juive déportés et assassinés en déportation en présence de la famille d'Esther Levy: Esther Levy, arrêtée à son domicile rue Gambetta, en octobre 1943, déportée en janvier 1944, et David Sellinger.
 
Leur histoire a été relatée dans deux livres passionnants (Sur les traces d'une famille juive morlaisienne, Les juifs du Finistère sous l'occupation) par la sociologue et historienne Marie-Noëlle Postic. La famille Le Quéré, des protestants de Tremel, juifs parmi les Nations, a permis de sauver les autres membres de la famille Levy. 
 
Alors que l'actualité politique française et internationale nous montre que "le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde", comme l'écrivait le dramaturge antifasciste allemand, Bertold Brecht, il est important de combattre résolument le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie sous toutes leurs formes, et de se souvenir qu'ils conduisent au pire.
 
En mairie de Morlaix, Jean-Paul Vermot a rendu un hommage appuyé à Marie-Noëlle Postic et à son travail de recherche historique avant de lui offrir le dernier livre de Christian Bougeard sur Tanguy Prigent chez Skol Vreizh au nom de la ville de Morlaix.
 
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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 07:33
Un superbe roman à lire: Zoli - du romancier irlandais Colum Mc Cann
 Zoli, de Colum Mc Cann (2006, Belfond):
 
Ses parents et sa famille ont été décimés par les milices fascistes de Slovaquie dans les années 30, et les Nazis ont continué le travail contre sa communauté, pendant que certains tziganes survivants rejoignaient les partisans communistes dans les montagnes.
Poétesse rom à la voix de feu, Zoli fascine ceux qui l'approchent mais reste insaisissable.
Élevée sur les routes par son grand-père, qui a bravé l'interdit tzigane en lui apprenant à lire et à écrire, Zoli découvre très jeune le pouvoir des mots.
Mais coucher sur le papier l'histoire de sa communauté, c'est livrer aux "gadze" une partie de l'âme tzigane.
A la fin de la guerre, Zoli devient l'idole de deux intellectuels communistes qui voient dans sa poésie et son charme sauvage des diamants bruts. Adulée par le régime communiste avant de devenir paria, bannie par les siens pour avoir transgressé les règles, Zoli paiera sa liberté au prix fort...
Superbe roman d'amour, plongée dans l'histoire et la culture des Roms de Slovaquie, parabole sur l'exil, éloge de la différence, Zoli est le voyage sans retour dans l'Europe des années trente à nos jours, d'une femme à la volonté impitoyable, et, à travers elle, un hymne aux «errants du monde» que l'on veut à toute force sangler à la terre.
Colum Mc Cann, né en 1965 à Dublin, a également écrit un autre roman d'une ambition magnifique, Apeirogon (2020, Belfond) plongée dans le conflit israélo-palestinien à travers l'histoire d'amitié de deux pères, l'un israélien, l'autre palestinien, qui ont perdu leurs filles tuées par "l'ennemi", et qui redonnent un sens à leur vie à travers une volonté de paix et de compréhension réciproque.  Ce roman qui fait mesurer le quotidien et la brutalité de la colonisation a été préparé par plusieurs années d'immersion de l'auteur en Israël-Palestine et est inspiré d'une histoire vraie.
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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 07:33

 

 

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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 05:54

 

Effet sans doute du surmenage lié à la révision du bac, deux éminents historiens, Olivier Dard et Fabrice Grenard, respectivement professeur à la Sorbonne et directeur à la Fondation de la Résistance, ont été pris la main sur une antisèche suspecte en répondant à Jean-Pierre Gratien, au cours de l’émission de LCP DébatDoc du 21 juin. Ils ont ainsi affirmé le fait que les députés communistes n’avaient pas voté contre les accords de Munich, en octobre 1938. « Tout le monde a été quasiment munichois, en dehors de trois ou quatre députés qui votaient contre », a expliqué Fabrice Grenard. « Non, ils ne votaient pas contre, bien sûr ! » s’est exclamé pour sa part Olivier Dard. Pas de chance, les 73 députés communistes, le 4 octobre 1938, ont bel et bien voté contre lesdits accords. L’information de l’antisèche avait sans doute été mal recopiée. Verdict de l’oral : recalés.

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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 05:40

 

Hier, la première ministre a prononcé le même discours à deux reprises devant les députés dans l’après-midi, puis devant le Sénat dans la soirée. Aujourd’hui, quelques mesures devraient être annoncées à l’issue du Conseil des ministres. Mais on sait déjà qu’elles ne seront pas de nature à inverser le recul du pouvoir d’achat sur l’ensemble de l’année 2022, tel que l’analyse une récente note de conjoncture de l’INSEE.

Le 24 juin, douze jours avant le discours prononcé hier par Élisabeth Borne devant les parlementaires, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publiait une note de conjoncture de 69 pages intitulée « Guerre et Prix ». Elle évoquait plus d’incertitudes que de certitudes sur l’évolution de l’économie du pays d’ici la fin de l’année en cours. Elle multipliait aussi les précautions de langage, comme en témoignent ces extraits :

« Fortement soutenu par des mesures budgétaires, le pouvoir d’achat des ménages se redresserait au second semestre 2022, mais baisserait tout de même en moyenne annuelle en 2022 (…) En prenant en compte l’évolution des prix à la consommation, le pouvoir d’achat du revenu brut disponible (RBD) des ménages se redresserait nettement au second semestre, mais baisserait sur l’ensemble de l’année 2022 (-0,6 % de prévu, soit -1 % par unité de consommation ».

Dans le paragraphe suivant de la page 4, l’INSEE indiquait que durant le second semestre 2022, « le contexte d’inflation très élevée et d’incertitude continuerait de peser sur les décisions d’achat des ménages et de favoriser l’épargne de précaution. Les ménages lisseraient par ailleurs l’effet sur leur consommation des fluctuations trimestrielles de leur pouvoir d’achat. Au total, avec une consommation progressant modérément au second semestre, le taux d’épargne resterait en 2022 à 16,3 %, assez nettement supérieur donc à son niveau d’avant a crise sanitaire (15 % en 2019) ». Les chiffres étaient précis, mais l’INSEE ne disait pas quel pourcentage sur la totalité des ménages aurait les moyens d’avoir une épargne de précaution dans les prochains mois.

Des perturbations à prévoir dans les entreprises

Évoquant les conséquences de la guerre en Ukraine cette note de conjoncture indiquait, qu’en mai 2022, « la part des entreprises de l’industrie manufacturière qui se disent limitées dans leur production par des difficultés d’approvisionnement reste globalement à son niveau très élevé du mois précédent à près de 45 %. Dans l’industrie du bâtiment, la part des entreprises concernées se replie, à 36 % après 40 % en avril, tout en restant à un niveau très supérieur à sa moyenne de longue période (…) Au sein de l’industrie manufacturière, en mai 2022, la part des entreprises affectées par les difficultés d’approvisionnement en lien avec la guerre en Ukraine varie selon les branches, entre 30 % environ et près de 40 % dans la fabrication de biens d’équipement ».

En page 15, la note de conjoncture indiquait que pour la France « les échanges d’énergie ont évolué de façon contrastée, les importations accélérant fortement et les exportations se repliant ». Signalons que cette note est parue quelques jours avant la publication par le Journal du Dimanche de la tribune signée par les PDG de TotalEnergies, EDF et Engie, suite aux sanctions économiques européennes prises contre la Russie et les mesures de rétorsion décidée par Vladimir Poutine.

Ces trois patrons, dont les entreprises font toujours beaucoup de publicité pour tenter de gagner des parts de marché les unes contre les autres, étaient en service commandé sur demande du chef de l’État et du gouvernement. Ils donnaient le conseil suivant aux consommateurs que nous sommes : « la meilleure énergie est celle que nous ne consommons pas. Nous devons, collectivement, agir sur la demande en énergie en réduisant notre consommation pour nous redonner des marges de manœuvre. Nous en aurons besoin pour gérer les futurs points de consommation et pour amortir les aléas techniques ou chocs géopolitiques que nous pourrions devoir affronter ». Un message à contre-courant de leurs stratégies patronales bien connues !

Vers 7 % d’inflation sur 12 mois en septembre

S’agissant enfin des futures hausses de prix, la note de conjoncture intitulée « Guerre et Prix », prévoit que l’inflation sur douze mois atteindra « un peu moins de 7 % en septembre, avant de se stabiliser globalement entre 6,5 % et 7 % en fin d’année (…) La hausse de l’inflation jusqu’en septembre résulterait majoritairement de celles des produits hors énergie. Ce serait notamment le cas des produits alimentaires et manufacturés, en lien avec les hausses marquées des prix de production agricoles (+31 % sur un an en avril) et industriels (+13 % pour l’industrie hors énergie). Le profil de l’inflation dans les produits manufacturés serait, en outre, marqué par le calendrier des soldes d’été, qui avaient exceptionnellement été décalés d’une semaine en 2021 du fait des mesures sanitaires. Les prix des services accéléreraient également dans le sillage des hausses récentes des prix des carburants et en lien avec les revalorisations successives du SMIC ».

En page 25, la note de l’INSEE montrait que tous les ménages ne subissent pas le même niveau d’inflation. Ainsi, « les ménages ouvriers et employés dépensent davantage en proportion de leur revenu pour le logement mais moins que les cadres en hébergement restauration. Les habitants des zones rurales ont quant à eux davantage de dépenses de carburants et d’énergie du logement ».

Des mesures concernant le pouvoir d’achat des ménages doivent être annoncées ce jeudi suite à un nouveau Conseil des ministres. Mais on sait déjà qu’elles ne couvriront pas la hausse des prix que subissent les actifs comme les retraités depuis le début de l’année.

 

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16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 08:56
PCF Pays Bigouden - Le retour de la Fête du Travailleur de la Mer au port de Lesconil le 23 juillet à 19h: demandez le programme!
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16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 08:42
Elisabeth Hauptmann

Elisabeth Hauptmann

Bertholt Brecht

Bertholt Brecht

Charlotte Lenya, interprète célèbre d'Alabama Song en 1930.

Charlotte Lenya, interprète célèbre d'Alabama Song en 1930.

Jim Morrison chantant Alabama Song avec The Doors

Jim Morrison chantant Alabama Song avec The Doors

L'étonnante histoire d'une chanson "mythique" du rock...
"Alabama song", une chanson à boire d'un des États les plus conservateurs et racistes des États-Unis? Malgré les apparences, vous n'y êtes pas du tout... Cette poésie est berlinoise!
Et provient du génie d'artistes que les Nazis considéreront comme décadents, des communistes.
Cette superbe chanson que beaucoup ont découverte dans l'interprétation de Jim Morrison et des Doors, qui ont adapté les paroles et la musique, mais qui a aussi fait l'objet d'une belle interprétation de David Bowie dans sa version originale, a été écrite au départ en anglais par Elisabeth Hauptmann en collaboration avec Bertholt Brecht, le grand écrivain et dramaturge communiste allemand. Elisabeth et Bertholt reviendront à Berlin-Est après leur exil pendant la période nazie et y finiront leur vie, Elisabeth en 1973, Bertholt Brecht en 1956.
 
Cette chanson a été mise en musique par Kurt Weill pour le jeu musical de l'opéra de Brecht et Kurt Weill "Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny" et c'est l'autrichienne Lotte Lenya (Charlotte Lenya), compagne de Kurt Weill, qui en fera le succès que l'on sait en l'interprétant en 1930, dans une version plus féministe que celle de Jim Morrison: "Whisky Bar, Moon over Alabama".
 
Les paroles de la chanson dans l'interprétation de Jim Morrison:
 
"Well, show me the way
To the next whisky bar
Oh, don't ask why
Oh, don't ask why
Show me the way
To the next whisky bar
Oh, don't ask why
Oh, don't ask why
For if we don't find
The next whisky bar
I tell you we must die
I tell you we must die
I tell you, I tell you
I tell you we must die
Oh, moon of Alabama
We now must say goodbye
We've lost our good old mama
And must have whisky, oh, you know why
Oh, moon of Alabama
We now must say goodbye
We've lost our good old mama
And must have whisky, oh, you know why
Well, show me the way
To the next little girl
Oh, don't ask why
Oh, don't ask why
Show me the way
To the next little girl
Oh, don't ask why
Oh, don't ask why
For if we don't find
The next little girl
I tell you we must die
I tell you we must die
I tell you, I tell you
I tell you we must die
Oh, moon of Alabama
We now must say goodbye
We've lost our good old mama
And must have whisky, oh, you know why"
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16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 07:58
Un roman à lire: Amours au temps du communisme - par Bessa Myftiu (Fayard, 2010)
Amours au temps du communisme - par Bessa Myftiu (Fayard, 2010)
 
Un roman plein de grâce, d'humour, de malice et de profondeur qui  rappelle l'ambiance des livres de Kundera.
 
Anila, Diana, et Monda, trois femmes se racontent leurs histoires et se découvrent pendant une nuit d'attente à l'aéroport de Rome liée à une grève avant de prendre l'avion qui les ramènera en Albanie et à Tirana.
 
Trois chapitres où les histoires s'emboîtent comme des poupées russes, avec une narration truculente et pleine de surprises, habitée par la nostalgie, et s'appellent les unes les autres comme dans les contes des mille et une nuits.
Histoires d'amours torrides, passionnées et contrariées sur fond de traditions d'honneur albanaises et de régime communiste stalinien en fin de course...
 
L'amour passionné d'Anila pour deux étudiants réfugiés kossovars, frères de sang, entre Tirana et Shkodra, deux étudiants qui vivront chacun à leur manière la guerre civile yougoslave, l'amour de Diana pour le beau albanais d'origine grecque, Thanass qui se coince la verge dans la fermeture éclair de son pantalon, l'amour fou de Monda pour son cousin, autant de matrices d'histoires à rebondissements évoquant souvent les drames et romances shakespeariennes où les interdits sociaux et les choix malheureux des personnages contrarient les aspirations personnelles et les sentiments.
 
Ce texte habité par la mélancolie et le rire, à la fois réaliste, lyrique et burlesque, exalte la vie, l'amour, plus fort que la mort, et est surtout une ode au désir et à la liberté.
 
Le tragique de l'existence est la toile de fond de ce roman qui exalte la fureur de vivre.
 
On y découvre avec intérêt aussi l'Albanie des dernières années de la dictature communiste, avec la paranoïa du régime et de la société, sa mise au ban des descendants de bourgeois, des groupes sociaux suspects, des étrangers, son contrôle politique, mêlés au poids de l'Islam et à l'oppression persistante des anciennes coutumes tribales et claniques. S'y esquisse aussi le chaos dans lequel la chute du régime a plongé le pays dans les années 90.
 
Bessa Myftiu, née à Tirana, est une romancière, poète, conteuse, essayiste, traductrice, scénariste, actrice, journaliste.
 
Fille de l'écrivain dissident Mehmet Myftiu, elle s'est s'établie à Genève en 1992 et a écrit en langue française:
 
-Des amis perdus, poèmes en deux langues, Éditions Marin Barleti [archive], Tirana
- Ma légende, roman, préface d'Ismail Kadaré, L'Harmattan, Paris
- Nietzsche et Dostoïevski : éducateurs!, Éditions Ovadia
- Confessions des lieux disparus, préface d'Amélie Nothomb, Éditions de l'Aube, sorti en 2008 en livre de poche
2010 : Amours au temps du communisme, Fayard, Paris
- Vers l'impossible, Éditions Ovadia, Nice
2017 : Dix-sept ans de mensonge
2018 : La dame de compagnie, Encre fraîche
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16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 05:36

 

Bien sûr, il se doutait qu’il ne parviendrait pas à rallier ce jour-là une majorité à sa cause, il avait dû se dire que cela servirait plus tard ; et, armé de cette conviction, il avait écrit son discours. » Ainsi Éric Vuillard raconte-t-il une séance à l’Assemblée nationale.

Mon discours pourtant ne renonce à rien. Il s’adresse à chacune et chacun d’entre vous qui exercez cette responsabilité singulière, à votre liberté de conscience. Il entend résonner bien au-delà de cet hémicycle. Je suis là pour ébranler, si possible, les certitudes et les habitudes, pour rendre justice à celles et à ceux qui m’ont envoyé, qui nous ont envoyés sur ces bancs, pour changer de cap dès que possible. Je suis là, en fin de compte, parce que « vous avez un peu trop pris la confiance », comme on dit chez moi. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES.)
Le 16 mai dernier, madame la Première ministre, vous avez tweeté : « Merci à Emmanuel Macron de sa confiance et de l’honneur qu’il me fait en me nommant Première ministre. » Quelques jours plus tard, vous vous êtes présentée avec votre gouvernement devant la représentation nationale, de façon un peu cavalière, sans nous demander notre confiance, laissant penser qu’elle allait naturellement de soi.

Afin de faire respecter le Parlement, nous n’avions par conséquent pas d’autre choix, avec nos alliés de la Nouvelle union populaire, écologique et sociale, que de déposer cette motion de censure. Vous en conviendrez, madame la Première ministre, nous ne pouvons pas commencer cette législature sur un malentendu. Il faut que se manifeste ici votre semblant, ou faux-semblant, de légitimité. Puisque vous ne l’avez pas fait, il nous revient d’engager votre responsabilité et la nôtre. Il s’agit donc d’un acte de clarification. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)

En ce qui nous concerne, nous n’avons pas été élus pour appliquer le programme d’Emmanuel Macron, mais au contraire pour combattre les choix libéraux qui abîment le pays. Or la stratégie du compromis que vous avez définie, si on écoute attentivement votre discours de politique générale, a pour unique matrice la feuille de route présidentielle. Je vous cite : « Nous nous inscrirons dans le cadre défini par le Président de la République et agirons selon les valeurs qu’il porte. » Vous demandez des compromis et vous affichez un plan sans concessions !

Vous mettez par exemple sur la table une attaque frontale contre le droit à la retraite dont une majorité ne veut pas. Vous ne tirez pas les leçons de la séquence électorale. Vous n’écoutez pas le pays. Nous vivons dans un pays qui va mal, un pays en colère où grandissent des pulsions dangereuses. Il y a une forte odeur de brûlé.

Dans son dernier album, Florent Marchet dit combien il se sent étranger à la montée des idées d’extrême droite qu’il compare à un incendie – son intensité a d’ailleurs, à la faveur de ce quinquennat, été multiplié par dix. Si on l’écoute bien, le choix est simple : l’éclaircie ou l’incendie. Il faut, madame la Première ministre, faire le choix de l’éclaircie et, pour cela, il faut changer de politique ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.) Or nous avons le sentiment que vous faites semblant, que vous bluffez – ce n’est pas nouveau, mais cela ne trompe personne. Vous confortez, avec vos choix, la domination des puissances d’argent. Ainsi se nourrit le drame qui nous guette.
Vous êtes en train de céder à une tentation dangereuse. Vous essayez, d’une certaine manière, un coup de poker qui consiste à faire de votre faiblesse un argument pour rejeter la responsabilité de vos échecs sur les autres. Vous inversez les rôles. En réalité, vous voulez continuer d’expliquer qu’il n’y a pas de droite et pas de gauche, mais simplement la macronie éclairée, avec sa politique de droite ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) Votre vertige est le résultat de la contradiction que vous prétendez abolir entre la droite et la gauche, entre les forces possédantes et le monde du travail au profit des premières.

Vous voulez continuer à expliquer qu’il n’existe que des décisions incontournables quand il s’agit de choix politiques. Je vous cite à nouveau : « Je crois fermement au dépassement entamé il y a cinq ans par le Président de la République. » Par la force des choses, vous entendez poursuivre votre action sous une forme différente, au coup par coup, au cas par cas. Ainsi, bien souvent, vous irez chercher à droite le consentement qui vous permettra de continuer votre chemin. Vous en avez d’ailleurs fait la promesse devant le Sénat, estimant que vous partagez avec sa majorité « bon nombre de priorités et même, sans aucun doute, de solutions ». Et, de temps en temps, vous nous présenterez une mesurette acceptable que vous nous demanderez de voter pour faire bonne mesure, bon poids, donner bonne conscience.

Votre proposition, ce n’est pas le compromis, c’est la continuation dans la confusion, c’est la mystification, l’enfumage.

Vous serez jugée sur vos actes. Comme nous l’avons toujours fait, nous soutiendrons ce qui nous semble aller dans la bonne direction mais nous ne vous aiderons pas à mettre en œuvre votre projet. Nous agirons dans l’intérêt général, nous ferons grandir des idées. Vous n’avez fait aucun geste hormis la promesse de déconjugaliser l’AAH, mesure inéluctable tant elle fait consensus au sein de la société. C’était d’ailleurs presque émouvant d’observer la majorité applaudir cette annonce, toute honte bue, après l’avoir tant de fois repoussée. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)
Vous devez revoir vos ambitions, madame la Première ministre : vous n’en avez pas les moyens. Vous devez adopter les mesures permettant de vivre bien et arrêter vos grandes réformes régressives de remastérisation libérale, qu’il s’agisse du droit à la retraite, de Pôle emploi, d’EDF ou encore de l’AAH. Vous devez tenir compte de votre affaiblissement. Il est de votre responsabilité de redéfinir un autre centre de gravité pour la politique de la nation, de renoncer à des projets qui ne passent pas. Saisissez la chance de revitaliser la place du Parlement et de la démocratie. N’essayez pas de faire malgré tout ce pour quoi vous n’avez pas de majorité.

L’extrême droite prétend représenter la seule opposition à Macron et voudrait manifestement être votre premier partenaire. Je vous le dis depuis le siège qui est le mien, celui de Gabriel Péri : pourvu que jamais ne soit servi à l’extrême droite ce qu’elle est venue chercher, les apparences de la respectabilité pour son funeste projet de société ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)
Pour le groupe Gauche démocrate et républicaine, pour ses députés communistes et ses députés d’outre-mer, c’est une motion de gauche. C’est une motion qui appelle d’autres pistes, qui propose une alternative. C’est une motion pour l’urgence de progrès sociaux, écologiques et démocratiques. C’est une motion qui vous appelle à des inflexions claires, non pas dans le but d’obtenir nos suffrages, mais afin de prendre en compte les points de vue qui ont part à la volonté populaire que nous représentons ici.

Vous continuez à contourner le salaire, à remettre en cause le principe de la cotisation sociale, à affaiblir la sécurité sociale, à proposer des augmentations de pouvoir d’achat qui sont en réalité autofinancées par leurs bénéficiaires. Vous renoncez à des ressources nécessaires, à la justice fiscale, à des investissements indispensables, par exemple dans la rénovation thermique des logements ou dans le développement des chemins de fer, et vous annoncez le retour de l’austérité budgétaire. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR-NUPES et LFI-NUPES. – M. Olivier Faure applaudit également.) Votre politique fiscale se fera au profit des actionnaires et des plus fortunés, au détriment du plus grand nombre et des services publics. Ainsi, l’audiovisuel public, désigné par le Président comme la honte de la République, est dans le viseur, et l’éducation nationale, maltraitée pendant cinq ans, traverse une crise qui ressemble furieusement à celle de l’hôpital public. Quant aux mesures que vous envisagez pour l’hôpital public, elles ne sont qu’un cautère sur une jambe de bois.

Vous annoncez un nouveau durcissement de la politique d’hospitalité. Ainsi, vous avez beau vanter les mérites de la République, les actes ne suivent pas pour lui permettre d’être au rendez-vous de sa promesse dans nos villes, nos villages, nos quartiers, sur le continent et dans les territoires d’outre-mer où l’on a le ferme sentiment d’être dans un lieu de seconde zone. (Mme Karine Lebon applaudit.)
Plutôt que l’effilochage des droits, plutôt que le recours à la chance, mettez au cœur de l’action publique la lutte résolue contre les inégalités et pour le respect de l’humain ; placez la question du climat au centre – la sécheresse gagne. Vous ne le ferez pas sans vous attaquer aux puissances d’argent, à la loi de l’argent. Ayez enfin ce courage plutôt que de vous placer du côté des patrons, d’Uber, de McKinsey et consorts ! Au lieu de favoriser la santé des actionnaires, agissez en faveur de la jeunesse tant malmenée ces dernières années.

.Vous avez dit vouloir faire du travail « un levier d’émancipation », vous qui, avec le Président, avez défendu et conforté le modèle économique et social de travail low-cost d’Uber. Vous avez pourtant contribué à précariser, dans le public comme dans le privé, vous avez attaqué le code du travail, abîmé le droit à l’assurance-chômage. Le mal-emploi et le mal-travail sont en progression constante dans notre pays sous les coups d’injonctions à la compétitivité et à la réduction du prétendu coût du travail. Au lieu de vous payer de mots, arrêtez la casse, attaquez-vous à la précarité, occupez-vous des métiers, exercés majoritairement par des femmes, qui sont si mal reconnus.

Je reviens à Éric Vuillard : « Il releva la tête. Regarda l’hémicycle. À ce moment, son grand visage s’écarquilla. Et il sembla que l’expression " élu du peuple " voulait parfois dire quelque chose. » Chaque fois que je monte à cette tribune, telle est ma seule intention.
C’est donc au nom des espoirs de celles et de ceux qui nous ont envoyés en ces lieux, afin de les défendre d’emblée et parce que vous-même semblez les ignorer, que les députés communistes et des territoires outre-mer du groupe Gauche démocrate et républicaine voteront la censure. (Les députés des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES se lèvent et applaudissent.)

 

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