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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 18:47
Une conférence sur le festival Wattstax le 22 novembre au local du PCF Morlaix, avec Guy Darol (article Ouest-France, 15 novembre 2022)
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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 09:30

La pandémie porte à son point le plus haut la contradiction entre les cadeaux faits aux laboratoires et l’austérité imposée au secteur de la santé. Engagée pour l’accès au médicament, Gaëlle Krikorian décrit les enjeux de la réinvention d’un autre type d’intervention publique dans ce domaine.

 

Des dizaines de millions de doses de vaccin, arrivant à péremption, en passe d’être détruites, des centaines de millions encore à livrer jusqu’à fin 2023… Après avoir, comme les autres pays riches, préempté quasiment toute la production, à prix d’or, dans le cadre de contrats largement opaques avec les multinationales, l’Union européenne croule sous les excédents… Comment se fait-il que cela ne suscite pas plus d’interrogations ?

 

GAËLLE KRIKORIAN

Docteure en sociologie à l’Ehess

C’est saisissant, en effet : au niveau national, il n’y a de discussions nulle part. Le seul espace où un débat s’est noué, c’est au Parlement européen, où une commission spéciale sur le Covid a été mise en place. Sur le papier, son objectif est nécessaire : il s’agit de tirer les leçons de la gestion de la pandémie pour l’avenir. Mais dans les faits, je suis les échanges d’assez près pour constater que ça ne se passe pas bien du tout. À l’exception de quelques voix chez les écologistes ou à gauche, la dynamique politique est abandonnée à l’extrême droite ; ses représentants, très excités, portent un paquet de demandes qui ne sont pas toutes farfelues. En vue des élections européennes de 2024, la majorité des ­eurodéputés, du centre gauche à la droite, refusent d’apparaître critiques des institutions. Du coup, pour nous, c’est la double peine : les questions sur la faillite ­démocratique, sur l’absence de transparence ou sur les superprofits des multinationales ne sont pas posées par les bonnes personnes – ce qui permet de les délégitimer – et aucune réponse n’est apportée…

Devant le potentiel gâchis de toutes ces doses, la Commission est aux abonnés absents. « Affaire des États membres », évacue-t-elle. À Paris, les autorités évoquent une « renégociation » avec les producteurs. Qui porte la responsabilité de ce fiasco en gestation ?

Au printemps, plusieurs États membres ont demandé à renégocier les contrats car ils n’avaient pas besoin de nouvelles livraisons. Après une discussion entre la Commission, Pfizer et Moderna, ils ont obtenu un échelonnement, avec un report des livraisons à la fin de l’année. Mais les volumes potentiellement excédentaires n’ont pas été annulés, à ma connaissance. C’est sans doute ce qui se passe en France, dans le flou et l’opacité la plus totale. La règle, dans ces affaires, c’est de ne pas faire trop de bruit, d’agir dans l’ombre, en espérant trouver un arrangement avec les laboratoires… Mais rien ne va dans ce fonctionnement. Les problèmes proviennent de l’absence de transparence dans les négociations et les contrats avec les laboratoires : la Commission a discuté pour le compte des États, et les détails cruciaux sont couverts par le secret des affaires… S’il y a aujourd’hui des stocks à détruire, ce n’est pas que l’affaire des États membres, mais bien aussi celle de la Commission, qui a accepté le calendrier des livraisons, leurs volumes et leurs prix, ainsi que les conditions d’utilisation de ces vaccins, en matière de responsabilités notamment.

Plus globalement, quels enseignements tirer de la gestion des vaccins contre le Covid par la Commission et les États membres de l’UE ?

Tout cela révèle d’abord le rapport très problématique entre les secteurs public et privé. Pour les contrats de préachat de vaccins avec les laboratoires, par exemple, les trous noirs ne sont pas que dans la suppression des passages clés… En amont, on ne sait même pas vraiment qui a participé à la négociation. C’est très symptomatique : les États comme la Commission sont persuadés qu’en agissant dans le secret, l’issue ne pourrait être que plus favorable. Or, dissimuler les CV des membres de l’équipe de négociation, qu’est-ce que cela donne comme avantage ? C’est pour ne pas qu’ils subissent les pressions de l’industrie pharmaceutique ? Allons bon : les représentants des Big Pharma ont le moyen de savoir qui sont les négociateurs européens puisqu’ils les ont face à eux dans la discussion ! En réalité, les seuls qui ne savent rien, ce sont les citoyens… Et quand on a fini par apprendre qui étaient certains des membres de la délégation de l’UE, on constate que ce sont des hauts fonctionnaires qui ne connaissent rien à la santé, aux vaccins ou aux produits pharmaceutiques. Ils maîtrisent peut-être le commerce international, mais, désolée, on est dans un contexte de santé publique, on n’est pas en train d’acheter des canettes de soda ! C’est important d’être un peu affûté sur les produits, leurs conditions de fabrication et d’approvisionnement, leurs potentiels effets et la responsabilité juridique, etc. Mais, de toute façon, au bout du compte, c’est un dirigeant politique et un patron de laboratoire qui, sur un coin de table à la fin du repas ou alors par échanges par texto, s’entendent sur un accord qui engage des dépenses publiques faramineuses et garantit des profits spectaculaires pour la multinationale…

Tout ça se produit alors que, comme je l’explique dans mon livre (1), des alternatives existent : la puissance publique, au niveau des États ou de l’UE, pourrait agir différemment dans la production pharmaceutique, dans ses politiques de financement de la recherche, mais aussi à travers ses relations avec l’écosystème de petites entreprises sous-traitantes des multinationales. Est-ce mieux de signer un contrat couvert par le secret des affaires avec Pfizer, en lui abandonnant toutes les manettes et en lui garantissant d’énormes sommes d’argent ? Ou ne vaudrait-il pas mieux développer un autre modèle de collaboration entre le public et le privé, contrôlé démocratiquement et transparent ? Au fil des décennies, les institutions publiques se sont délestées de leurs capacités d’expertise et d’organisation de la production pharmaceutique en s’appuyant sur les conseils émanant du secteur privé et sur des politiques façonnées par les grands groupes industriels. Dans les ministères en France, on aurait besoin d’avoir de véritables spécialistes de la propriété intellectuelle au service de la santé publique ; cela permettrait d’éviter qu’à la première difficulté, ils ne se tournent machinalement vers le Leem, le patronat de l’industrie pharmaceutique en France.

Difficile de protéger l’intérêt général, en effet, dans le cadre de tels échanges. Ou à travers les SMS entre Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, et Albert Bourla, le PDG de Pfizer, lors de la négociation de leur 3e contrat pour 1,8 milliard de doses…

Exactement. Un autre problème mis en lumière dans la crise actuelle, c’est l’utilisation totalement opaque des ressources publiques… Sur ce point, deux récits antinomiques sont en concurrence. D’un côté, tout s’est passé parfaitement, nous serine-t-on : on a bien géré, on a eu les volumes de vaccins, on a eu de bons prix, l’industrie a été à la hauteur, on est tous contents ! De l’autre, ce que nous décrivons, c’est une ponction gigantesque des ressources publiques par les multinationales, que ce soit par l’absorption de la recherche publique menée depuis des décennies, par le mécanisme des préachats, par le financement direct des chaînes de production, etc.

Ce raisonnement vaut pour les prix que l’Union européenne a accepté de payer : alors que Pfizer laisse entendre que les doses pourraient passer à 130 euros l’unité dès l’année prochaine, les négociateurs européens se gargarisent de ne pas les avoir payées 100 euros, mais « seulement » 19,50 euros… En l’occurrence, des chercheurs peuvent rétorquer : « C’est 2 euros qu’il aurait fallu les payer ! » Même à ce prix-là, les laboratoires feraient encore des profits, et ça ne serait pas du tout une arnaque pour eux !

Là aussi, cette discussion a été complètement évacuée. Au plus fort de la pandémie, on peut concevoir que la peur et l’angoisse rendaient ces éléments inaudibles pour les dirigeants… Mais, aujourd’hui, ça devrait être différent ! En France, nous sommes en pleine discussion sur les lois de finances (PLF et PLFSS), avec de nouvelles réductions budgétaires pour le système de santé : les laboratoires d’analyses dénoncent une coupe de l’ordre de 250 millions d’euros, alors que la France verse, sans discussion possible, 3 milliards d’euros à Pfizer… Quand on regarde à l’échelle de l’Union européenne, les sommes d’argent public déversées sur les laboratoires ont de quoi donner le vertige. Mais, à la différence de la discussion ouverte autour des « superprofits » de Total, aucun débat n’est, pour l’heure, lancé sur ceux de l’industrie pharmaceutique… C’est incroyable parce que nous avons tous les éléments pour l’organiser !

Comment sortir du cycle infernal où les États ne regardent pas à la dépense pour Big Pharma, alors qu’ils rabotent toujours les systèmes publics de santé ?

Tout est sous nos yeux et on ne peut plus laisser faire : nous sommes confrontés dans la même temporalité à l’austérité infligée aux professionnels de santé et à la fuite dans la captation des ressources par les grands laboratoires. Il est plus que temps de faire un peu les comptes. D’un côté, des contributions publiques engagées dans la recherche et la production, des achats de produits de santé à des tarifs exorbitants, un monopole accordé par les États via la propriété intellectuelle, des bénéfices monstrueux des multinationales qui, j’en parle dans mon ouvrage, sont escamotés via l’évasion fiscale… De l’autre, des professionnels de santé qui, après avoir été applaudis pour leurs efforts pendant la pandémie, dénoncent dans le désert la destruction des services publics, l’effondrement du système hospitalier, la dégradation de leurs conditions de travail…

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 07:22
Mardi de l'éducation populaire - Guy Darol: Wattstax, une fierté noire - 22 novembre à 18h au local du PCF Morlaix

HISTOIRE. L’ÉTÉ 1972, WATTSTAX CHANTE LA FIERTÉ NOIRE ET CLAME LA COLÈRE (L’HUMANITE - Jeudi, 30 Juillet, 2020)

Avec son remarquable livre Wattstax, l’essayiste Guy Darol narre l’épopée du fameux rassemblement musical et politique de 1972 et analyse le violent contexte de l’oppression raciale. Entretien.

Dans son livre, Wattstax (2020), sous-titré 20 août 1972, une fierté noire, Guy Darol narre la journée où le festival Wattstax a commémoré le 7 e anniversaire de la révolte réprimée dans le sang à Watts, en 1965. Outre son passionnant récit qui détaille le concert initié par le label de soul Stax au Los Angeles Coliseum, l’écrivain et journaliste à Jazz Magazine contextualise le fameux rassemblement musical et politique. Plus de 100 000 spectateurs assistèrent aux performances scéniques ponctuées de discours enflammés. Se relayèrent sur scène de nombreuses figures de la soul, du funk, du blues, du gospel et du rhythm’n’blues, Rufus et Carla Thomas, The Staple Singers, Otis Redding, Kim Weston, Isaac Hayes…

Avec pertinence et profondeur, l’auteur développe une analyse aussi sensible que politique, reliant l’asservissement de l’esclavage et l’exploitation capitaliste, les insurrections qui se sont succédé du début du XX e siècle à nos jours, l’avènement du Black Power, le rôle de l’art et la culture au service de la lutte, le mouvement Black Lives Matter… Un travail remarquable, porté par une écriture lucide jusqu’à l’os, éclairée par l’intelligence du cœur.

 

Pouvez-vous rappeler les origines du soulèvement de Watts, écrasé au prix d’un massacre à l’instar des tragédies analogues qui ont jalonné l’histoire des États-Unis ?

Guy Darol L’embrasement du quartier de Watts dans la soirée du 11 août 1965 était la réponse furieuse des habitants de ce ghetto, majoritairement africains-américains, à la suite de l’interpellation brutale de Marquette Frye par la police autoroutière de Los Angeles, sous les yeux épouvantés de riverains. Les incendies et les pillages dénonçaient autant l’invariable série de violences qu’avait subies la communauté noire depuis des décennies que le système mercantile vanté par la publicité et que les populations toujours plus démunies regardaient sans y accéder. L’occasion se présentait de briser des vitrines, d’envahir des commerces et d’en sortir ces cuisinières et réfrigérateurs dont on avait le plus grand besoin.

 

D’autant que beaucoup d’habitants de Watts vivaient difficilement…

Guy Darol Oui, particulièrement éprouvés par le chômage, ils manquaient de tout. Ce qui faisait de cette révolte autre chose qu’une émeute épidermique, après la contestation de l’oppression raciale par les marches pacifiques de Selma, sévèrement réprimées, début 1965, mais un moment d’insurrection classe contre classe ciblant la conception de marchandisation – et son application – qui voyait l’Africain-Américain comme un rebut, une « chose » que l’on pouvait réduire en la martyrisant dès lors qu’elle était d’une matière valant zéro. Watts compta ses morts, au nombre de 34, tandis que les prisons s’emplirent de près de 4 000 protestataires. Une page venait donc de s’ouvrir, qui abandonnait la stratégie de l’engagement non violent prôné par le pasteur Martin Luther King.

 

Avec votre livre, souhaitez-vous aussi interpeller la France sur la répression policière exercée contre les personnes « non blanches » et sur les meurtres commis par certains gardiens de l’ordre ?

Guy Darol Dans mon ouvrage, je présente Black Lives Matter comme une continuité des actions musico-politiques menées par Al Bell (vice-président du label Stax), Jesse Jackson (candidat du Parti démocrate aux élections présidentielles de 1984 et 1988), mais également avec les soutiens du cinéaste Melvin Van Peebles et du « Black Moses » Isaac Hayes. Ce mouvement est brusquement entré en résonance avec la mort de George Floyd à Minneapolis et celle d’Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise, dans des circonstances qui révèlent à chaque fois les violences policières visant des individus noirs.

Black Lives Matter implique désormais le réveil des consciences dans toutes les régions du monde, y compris en France, afin de dénoncer la banalisation de l’horreur. Il est important de souligner que les deux victimes sont décédées après un placage ventral en ayant prononcé ces mêmes mots : «  Je ne peux plus respirer. » Cette phrase partout reprise, comme pour expulser des poitrines un air irrespirable, définit désormais un combat global. Le réseau Black Lives Matter ignore les frontières. Il veille sur les opprimés du monde entier, dont la parole, on l’espère vivement, ne pourra plus être étouffée, en tout cas plus jamais comme avant.

 

Avec Memphis (2017), Dee Dee Bridgewater a rendu hommage à sa ville natale, où le label Stax avait vu le jour. Dans ce disque puis en tournée, en reprenant Why (Am I Treated so Bad), elle a braqué à nouveau les projecteurs sur cette chanson-manifeste et son auteur, Roebuck « Pops » Staples, qui avait participé à Wattstax…

Guy Darol Oui. D’ailleurs, on n’aurait pas été surpris de retrouver Dee Dee à Wattstax. Mais, en 1972, elle chantait dans l’orchestre jazz de Thad Jones et Mel Lewis. Peut-être songeait-elle déjà à graver son album enregistré en 1974 et récemment réédité, Afro Blue, si parfumé de saveurs soul. Pourquoi imaginer sa présence au Los Angeles Coliseum ? Parce qu’elle n’aurait certainement pas dépareillé au côté de Carla Thomas, et que le programme était largement ouvert aux femmes. Kim Weston avait été la première à donner le ton du concert, en interprétant , l’hymne sacré des Africains-Américains dont la poétesse Maya Angelou avait fait un des symboles de la lutte pour les droits civiques.

 

Lors des soulèvements de 1919, les lynchages perpétrés par dizaines marquèrent funestement le début du XX e siècle…

Guy Darol Oui. Le retour sur le sol américain des soldats noirs de la Première Guerre mondiale pouvait laisser penser qu’il serait l’occasion d’un accueil célébrant leur bravoure. Tel ne fut pas le cas. Le Ku Klux Klan, nouvellement reformé, saisit cette opportunité pour se livrer à ses pratiques routinières qu’étaient le lynchage et l’immolation. Ce fut, en été 1919, l’origine du Red Summer qui allait allumer une trentaine de feux à travers le pays. Le 27 juillet, des suprémacistes blancs avaient violemment attaqué de jeunes Noirs venus se baigner dans le lac Michigan en leur jetant des pierres. L’un d’eux se noya sans que la police ne trouvât rien à redire. Les bourreaux étaient toujours exonérés.

Les cinq jours qui suivirent cette envolée de lapidations donnèrent lieu à de violentes échauffourées à l’issue desquelles 23 Africains-Américains perdirent la vie. Et, à la fin de l’été, 83 protestataires avaient été liquidés par le recours à la torture, jusqu’à la pendaison. Le chemin qui menait à Wattstax était rougi de sang. Le nombre incalculable des victimes de la terreur blanche pourrait recouvrir les artères de Washington. Sur une avenue menant à la Maison-Blanche, Muriel Bowser, la maire de Washington, a demandé, en juin dernier, à des artistes urbains de peindre le slogan Black Lives Matter en lettres capitales, pour réprouver la longue cohorte des brutalités policières.

Mardi de l'éducation populaire - Guy Darol: Wattstax, une fierté noire - 22 novembre à 18h au local du PCF Morlaix
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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 07:09
Mondial au Qatar, l'odieux du stade - L'Humanité, 5 novembre 2022
Mondial au Qatar, l’odieux du stade

Enquête La Coupe du monde de football débute le 20 novembre. Face à un événement que beaucoup dénoncent comme une aberration écologique bâtie sur un charnier d’esclaves, des voix contestataires s’élèvent en France et dans le monde et pour certaines, jusqu’au boycott.

Publié le
Samedi 5 Novembre 2022
Bilan carbone déplorable, droits humains et des travailleurs bafoués avec plus de 6 500 ouvriers morts, criminalisation des personnes homosexuelles, soupçons d’achats de voix pour obtenir le Mondial… le Qatar cristallise toutes les critiques, et le débat sur l’opportunité de regarder ou non la compétition ne cesse de se poser dans la société.

« Un scandale humanitaire ! »

Le témoignage d’Abdeslam Ouaddou, ancien international marocain ayant entre autres joué pour le SC Lekhwiya au Qatar, est à ce sujet édifiant. Ce petit émirat, il le connaît et sous ses plus mauvais côtés. Privé de visa de sortie, interdit de disputer un match, non payé, obligé de s’entraîner sous près de 50 degrés parce qu’il ne voulait pas rompre son contrat sans toucher des indemnités, le Franco-Marocain sait de quoi il retourne. Ce Mondial, « c’est un scandale humanitaire ! Quand j’étais là-bas, il y avait des morts presque tous les jours. Des ouvriers venaient à la mosquée pour avoir de l’eau, alors qu’il faisait une chaleur infernale. Les Qataris dépensent des milliards pour améliorer leur image et pour construire des stades, mais ils versent des salaires de misère, quand ils les versent, à des immigrés qu’ils font trimer sans se soucier des normes de sécurité et qu’ils logent dans des taudis. Ce n’est rien d’autre que de l’esclavage » ! Qu’a fait la Fifa pendant toutes ces années pour faire bouger les lignes ? s’est-il interrogé. Pas grand-chose.

Éteindre ma télévision pendant toute la Coupe du monde

En France, selon un sondage Odoxa pour Winamax et RTL, seulement 46 % des personnes interrogées ont l’intention de suivre le Mondial 2022 au Qatar. Un chiffre en net repli par rapport aux 66 % avant la Coupe du monde 2018 en Russie. Selon ce même sondage, 78 % se disent préoccupées par la situation locale en matière de droits de l’homme et 77 % sont choquées par l’organisation de la compétition sous ce climat.

Fans de football, ils sont nombreux à dire non. Fabien Bonnel, membre fondateur des Irrésistibles Français, le groupe de supporters qui suit l’équipe de France, indique qu’une centaine de membres seulement feront le déplacement et beaucoup ne regarderont pas le tournoi. « C’est six fois moins qu’en Russie », dit-il et d’expliquer pourquoi : « Si j’y allais, je me suis dit que je célébrerais des buts dans un endroit où des ouvriers sont morts. J’ai donc décidé de condamner cette coupe. Mon action vise surtout la Fifa, afin que les enjeux sociétaux, environnementaux et humains soient bien pris en compte par la suite. Ma seule solution pour aller au bout de mes convictions, c’est d’éteindre ma télévision pendant toute la Coupe du monde. »

Mettre en avant les événements alternatifs au Mondial

Un acte citoyen loin d’être isolé. De nombreuses villes ont décidé de ne pas diffuser les matchs sur écrans géants. Besançon, Brest, Bordeaux, Clermont-Ferrand, La Courneuve, Limoges, Lyon, Marseille, Nancy, Paris, Reims, Rennes, Rodez, Saint-Étienne, Strasbourg, Tours, Lille et tant d’autres disent stop. Dans la capitale nordiste, Martine Aubry n’y va pas par quatre chemins : « C’est un non-sens au regard des droits humains, de l’environnement et du sport. » Un non-sens partagé par de jeunes Lillois, qui ont créé un site, Ramener la coupe à la raison, recensant tous les bars qui ne diffuseront pas les rencontres : « L’objectif n’est pas d’appeler ouvertement au boycott, mais de mettre en avant les événements alternatifs au Mondial, organisés par ceux et celles qui ont choisi que nos valeurs soient respectées », précise Antonin Lefebvre, porteur du projet.

Dans le monde politique, des voix très critiques se font entendre au sein des principaux partis de la Nupes (EE-LV, PS, FI et PCF), certaines appelant même au boycott, contrairement à la droite et l’extrême droite qui estiment que c’est désormais trop tard. « Si j’étais footballeur professionnel, je ferais le choix de ne pas aller à la Coupe du monde au Qatar », a déclaré Fabien Roussel, mi-septembre, rappelant qu’« il y a des milliers de morts sous les chantiers de la Coupe du monde au Qatar ; une gabegie de dépenses pour avoir des stades climatisés alors que nous parlons d’environnement, et (que) le Qatar est un pays qui criminalise toujours l’homosexualité ».

Les responsabilités de la Fifa et des États

L’équipe de foot et association les Dégommeuses, majoritairement composée de lesbiennes et de personnes trans, dont l’objectif est de lutter contre les discriminations dans le sport et par le sport, préfère, elle, dénoncer la responsabilité de la Fifa, plutôt que d’appeler au boycott. « On est évidemment contre l’organisation de ce Mondial, étant donné le contexte des droits des travailleurs et des droits humains, la question écologique ou la criminalisation des personnes LGBT au Qatar, explique Veronica Noseda. Mais, pour nous, ce qui importe, c’est de pointer les responsabilités de la Fifa et des États, je pense notamment à la France qui a bien œuvré pour que le Qatar soit le pays hôte. On ne veut pas culpabiliser les fans de foot. » D’autres voix commencent à s’élever dans le milieu sportif. « Je trouve déplorable que le sport passe au-dessus de toutes ces considérations humaines, politiques et environnementales ! » lance le cycliste français Romain Bardet, qui ne regardera pas la Coupe du monde.

Des artistes prennent position

Dans « la Nouvelle République », David Giguet, entraîneur de Contres, club du Loir-et-Cher de Régional 1, estime pour sa part que ce Mondial sort « du cadre footballistique. Il y a des problèmes écologiques mondiaux. Ça ne ressemble à rien, ça n’a aucun sens. Je ne sais même pas si je vais le regarder ».

Certains artistes prennent également position. « Je ne vais pas le suivre, évidemment », a fait savoir l’écrivaine interviewée dans « So Foot », Virginie Despentes, s’indignant du cynisme de la Fifa : « Comment ont-ils pu imaginer que personne ne remarquerait rien ? » Le rappeur Médine n’en sera pas non plus. « D’habitude, je suis toutes les Coupes du monde, mais celle-ci a un petit goût amer, a- t-il expliqué sur RMC Sport. (…) Je ne vais pas faire semblant, comme si de rien n’était, alors que je sais qu’il y a des Indiens, des Philippins, des Sri-Lankais qui ont versé du sang pour le plaisir de l’humanité. C’est assez glauque, quand même. »

Un site Facebook Boycott Qatar 2022

Sur les réseaux sociaux, les initiatives ne manquent pas. Fan de football, abonné à l’OM, l’avocat Alain Baduel, basé à Aix-en-Provence, a créé la page Facebook Boycott Qatar 2022. Véritable baromètre de ce mouvement de fond qui monte dans la société, elle est suivie par près de 10 000 personnes et son audience ne cesse de grimper. « L’argument qui consiste à dire : “C’est trop tard pour le boycott” n’est pas valable ! Le spectateur ne décide pas d’aller voir un spectacle douze ans avant qu’il soit à l’affiche, gronde-t-il. C’est lorsqu’il est à l’affiche qu’il se décide, et c’est donc maintenant que les téléspectateurs ont une décision à prendre. » Sa page, ouverte à tout le monde, même ceux qui n’ont pas de compte Facebook, met à disposition les enquêtes de journalistes et des documents. « Je n’ai pas l’ambition d’être le porte-parole du boycott mais un catalyseur, dit-il. J’invite les gens à réfléchir en partageant des outils qui permettent la réflexion. Une vraie conscience citoyenne est en train de se développer. On parle quand même de 6 500 travailleurs morts. Ça fout la nausée. »

« Saint Nicolas plutôt qu’Adidas, pain d’épice plutôt que Fifa »

À l’étranger aussi, le boycott prend de l’ampleur. Chez nos voisins allemands, sur le site boycott-qatar, qui a réuni les signatures d’une centaine d’associations sportives et de milliers de supporters, la devise est la suivante : « Saint Nicolas plutôt qu’Adidas, pain d’épice plutôt que Fifa. » En Belgique, Bruno Ponchau, « écœuré par la dérive totale du football menée par la Fifa », a créé son groupe Facebook au nom évocateur « Hérésie Qatar », dont certaines pages comptabilisent plus de 10 000 vues. Sa commune, Tournai, a annulé la fan-zone et ne retransmettra pas les matchs des Diables rouges, comme plus d’une dizaine de villes, dont Bruxelles, à travers le pays.

Reste une question : que vont faire tous ces fans de foot à travers l’Europe au lieu de suivre la compétition ? Bruno Ponchau a la solution : « Plutôt que de s’ennuyer chacun dans son coin les soirs de match, on a décidé de favoriser la convivialité. À chaque rencontre, on va organiser des apéros, des fêtes, pour que ce soit militant et festif en même temps ! »

Agir autrement : Le camp des pragmatiques

Ils veulent utiliser la mise en lumière du Mondial au Qatar pour décrire la réalité sur place et susciter ainsi des avancées sociétales. Rencontre avec celles et ceux qui ne croient pas à l’efficacité d’un boycott.

Dans le débat passionné sur le boycott autour de la Coupe du monde au Qatar, ils n’occupent pas vraiment la place la plus confortable. Pour eux, qu’importe, il ne s’agit pas de la meilleure solution pour protester contre les conditions d’organisation de cette compétition. « C’est une mauvaise réponse, explique le philosophe, journaliste et auteur Thibaud Leplat. En philosophie, on appelle les belles âmes ceux qui détournent le regard, qui préfèrent l’éthique de conviction à l’éthique de responsabilité. C’est une position maximaliste et pour ne pas dire naïve sur ce qu’est le réel des grandes organisations sportives et de la géopolitique. Le boycott est une sorte de fuite. Je préfère l’éthique de responsabilité qui consiste à regarder la réalité en face et avoir un effet dessus. »

Un pragmatisme que défend aussi Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale. « Il y a eu des progrès incroyables, dit-elle. L’application de ces progrès reste un défi pour le gouvernement qatari, pour l’Organisation internationale du travail ainsi que pour nous, mais les lois existent. Notre message aux fans est : allez à la Coupe du monde et voyez par vous-même. Si vous voyez quelque chose de préoccupant, signalez-le. Et aidez-nous ensuite à faire pression sur les autres États du Golfe pour qu’ils se conforment aux mêmes standards. »

À l’image d’Amnesty International, les ONG n’appellent d’ailleurs pas au boycott. « Notre choix est de nous servir de l’attention suscitée par la Coupe du monde pour chercher à obtenir des changements pour la protection et le respect des droits des travailleurs migrants, indique l’ONG. Le Qatar veut profiter de cet événement sportif pour redorer son image et vendre un paysage de rêve aux supporters et au monde entier. Il est essentiel de combattre cette image en dénonçant l’envers du décor de l’organisation du Mondial. »

L’ancienne ministre des Sports Marie-George Buffet va plus loin. « Bien sûr qu’il faut dénoncer tous les problèmes que soulève l’organisation de cette Coupe du monde, mais c’est insuffisant, souligne-t-elle. On assiste à une instrumentalisation du sport par des États rétrogrades et totalitaires qui se portent candidats pour des raisons de rayonnement géopolitique et ça va se multiplier. Je fais une proposition : pourquoi ne pas imaginer que, demain, ce soit une fondation indépendante, cogérée et cofinancée comme l’Agence mondiale antidopage par le mouvement sportif international et par les États, qui décide de l’attribution des grands événements sportifs ? Une fondation avec des principes intangibles sur les droits humains, sociaux, l’environnement, etc. Ayons le courage de promouvoir cela ! »

JOEL SAGET / AFP

« Il faut s’attaquer à ceux qui attribuent ces grands événements »

Pour Vikash Dhorasoo, ancien joueur de l’équipe de France, il est temps que les footballeurs s’unissent et soient représentés afin de devenir les acteurs de l’attribution des coupes du monde. De l’importance de jouer également collectif hors du terrain.

Une partie de la société se mobilise à l’heure actuelle pour demander le boycott de la Coupe du monde qui va avoir lieu au Qatar. Cela peut-il avoir un impact ?

Il y a eu des positions politiques ces derniers temps que je trouve bien tardives. Depuis 2010, on sait que ce sera là-bas et c’est seulement maintenant que l’on s’affole sur les problèmes écologiques, sur les droits sociaux non respectés et toute autre forme de discriminations. Mais je le dis et le répète en permanence : il faut s’attaquer à ceux qui attribuent ces grands événements sportifs.

Parlons des joueurs. Quels types d’actions peuvent-ils mener de leur côté ?

Je sais que c’est difficile pour eux, mais il est possible de prendre position, en le faisant de manière collective. À chaque fois que les footballeurs s’organisent, ils obtiennent gain de cause. Lorsque les joueuses américaines portent plainte pour obtenir l’égalité des salaires, elles gagnent contre leur fédération. Lorsque les joueurs de l’équipe de France demandent collectivement la révision des droits à l’image, ils remportent leur combat contre la Fédération française de football (FFF). Les footballeurs sont importants dans ce système. Ce sont eux qui travaillent et apportent de la valeur au spectacle. Si ces derniers avaient la possibilité d’être consultés, ils pourraient ne plus avoir à se retrouver dans cette position où on leur demande individuellement de dire s’ils sont pour ou contre le boycott. S’ils veulent agir, à eux d’aller truster les postes influents. Il faut monter des listes pour être dans le débat des fédérations, des instances internationales. Il faut qu’ils soient représentés.

Ne le sont-ils pas ? N’existe-t-il pas des syndicats ?

Je pense qu’il ne faut pas compter sur celui qui est en place en France – UNFP – et en créer un autre. J’ai moi-même été syndiqué toute ma carrière et, au moment où j’ai été licencié, il n’y avait plus personne. Ce syndicat ne soutient pas les footballeurs, ne les protège pas. On l’a vu récemment sur les propos racistes et homophobes, je n’ai pas entendu une seule prise de parole de sa part.

Mais alors, comment réformer ces instances et avec qui ?

On ne peut pas réformer ces instances. La seule chose à faire est d’en sortir et de créer autre chose pour bousculer ce vieux monde qui ne bouge pas. Dans les statuts de la FFF, l’un des premiers points est la lutte contre toutes les discriminations et les inégalités. Mais quand on pose une question au président Noël Le Graët sur l’homophobie, le racisme ou le sexisme, ses réponses sont nulles. Sur les droits sociaux au Qatar, c’est mauvais aussi. Ce monsieur aurait dû partir depuis longtemps face à de telles positions ou non-dits. Gagner la Coupe du monde est finalement un détail dans tout cela. La FFF gère le football de masse, pas seulement l’équipe de France. Enfin, quand on voit au niveau international que les présidents de la Fifa ou de l’UEFA sont réélus sans opposition, cela interroge. Gagner beaucoup d’argent est plus important pour eux que de développer le football ou de créer du lien social.

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 07:00
Qatar. À la rencontre de ces travailleurs Népalais qui ont connu l'enfer sur les chantiers du Mondial (Pierre Barbancey, L'Humanité, 14 novembre 2022)
Qatar. À la rencontre de ces travailleurs Népalais qui ont connu l'enfer sur les chantiers du Mondial

Pour tenter de s’extraire de la pauvreté, des centaines de milliers de Népalais partent travailler à Doha, capitale du Qatar. Ils s’endettent, rançonnés par des intermédiaires sans scrupule qui exigent des sommes colossales. Un business lucratif, « le plus gros au monde » selon le patron d'un agence de recrutement qui, pour l’Humanité, décortique ce système. Du mirage de l'eldorado aux portes de l'enfer. Reportage

Publié le Lundi 14 Novembre 2022
Som Bahadur Rahadi et Yamuna, son épouse, à Thulo Lumpek. En l’absence de son mari, parti à Doha, elle a dû tout assumer le quotidien, les enfants, l’exploitation agricole...

Banganga, Katmandou, Thulo Lumpek (Népal), envoyé spécial.

Som Bahadur Rahadi n’est pas du genre rêveur mais, depuis quelque temps, il voit la vie d’un autre œil. Il redécouvre Thulo Lumpek, son village, un chapelet de hameaux qui court sur la ligne de crête, à 2 000 mètres d’altitude, face à la chaîne himalayenne et ses sommets éternellement enneigés. En cette fin de mois d’octobre, la saison de l’après-mousson, le ciel n’en finit pas d’être bleu, le soleil rutilant et l’air, frais et pur. Rien à voir avec le Qatar plat et sablonneux où il a passé quatre années. Un cauchemar. Et un pays qu’il a quitté à tout jamais. C’est en tout cas ce qu’il espère.

Som Bahadur Rahadi cultivait du blé, ce qui lui permettait de nourrir la famille – un fils et deux filles. Parfois, il prenait ses outils et se faisait embaucher sur de petits chantiers. « Mais chaque jour qui passait, j’étais de plus en plus inquiet pour les enfants, se souvient-il. Je me demandais comment j’allais pouvoir leur assurer un avenir. À cette époque, nous étions aidés par les voisins, souvent en nourriture, parfois en argent. »

Le début d’un endettement terrible

Comme il l’explique, non sans euphémisme, pour conjurer cette « vie difficile », il lui fallait trouver une solution. Celle-ci s’est présentée presque naturellement : partir au Qatar. Là-bas, les chantiers de la Coupe du monde de football et la construction des infrastructures annexes (routes, hôtels…) emploient des millions de migrants parmi lesquels plus de 350 000 Népalais. Une main-d’œuvre dont se repaissent les pétromonarchies du Golfe. Seuls 5 % sont des travailleurs qualifiés, tandis que 74 % sont non qualifiés et 21 %, semi-qualifiés.

En accord avec son épouse, Som Bahadur prend sa décision. Le parcours du combattant commence. C’est le début d’un endettement terrible. Pour prétendre à un emploi au Qatar (mais cela vaut pour tous les pays du Golfe), il faut d’abord s’adresser à une agence spécialisée dans le recrutement. Il en existerait 854 au Népal. Un business lucratif –  « le plus gros au monde », prétend l’un de ces patrons d’agence qui tient à rester anonyme mais qui, pour l’Humanité, décortique le système.

Banganga, Katmandou, Thulo Lumpek (Népal), envoyé spécial.

Som Bahadur Rahadi n’est pas du genre rêveur mais, depuis quelque temps, il voit la vie d’un autre œil. Il redécouvre Thulo Lumpek, son village, un chapelet de hameaux qui court sur la ligne de crête, à 2 000 mètres d’altitude, face à la chaîne himalayenne et ses sommets éternellement enneigés. En cette fin de mois d’octobre, la saison de l’après-mousson, le ciel n’en finit pas d’être bleu, le soleil rutilant et l’air, frais et pur. Rien à voir avec le Qatar plat et sablonneux où il a passé quatre années. Un cauchemar. Et un pays qu’il a quitté à tout jamais. C’est en tout cas ce qu’il espère.

Som Bahadur Rahadi cultivait du blé, ce qui lui permettait de nourrir la famille – un fils et deux filles. Parfois, il prenait ses outils et se faisait embaucher sur de petits chantiers. « Mais chaque jour qui passait, j’étais de plus en plus inquiet pour les enfants, se souvient-il. Je me demandais comment j’allais pouvoir leur assurer un avenir. À cette époque, nous étions aidés par les voisins, souvent en nourriture, parfois en argent. »

Le début d’un endettement terrible

Comme il l’explique, non sans euphémisme, pour conjurer cette « vie difficile », il lui fallait trouver une solution. Celle-ci s’est présentée presque naturellement : partir au Qatar. Là-bas, les chantiers de la Coupe du monde de football et la construction des infrastructures annexes (routes, hôtels…) emploient des millions de migrants parmi lesquels plus de 350 000 Népalais. Une main-d’œuvre dont se repaissent les pétromonarchies du Golfe. Seuls 5 % sont des travailleurs qualifiés, tandis que 74 % sont non qualifiés et 21 %, semi-qualifiés.

En accord avec son épouse, Som Bahadur prend sa décision. Le parcours du combattant commence. C’est le début d’un endettement terrible. Pour prétendre à un emploi au Qatar (mais cela vaut pour tous les pays du Golfe), il faut d’abord s’adresser à une agence spécialisée dans le recrutement. Il en existerait 854 au Népal. Un business lucratif –  « le plus gros au monde », prétend l’un de ces patrons d’agence qui tient à rester anonyme mais qui, pour l’Humanité, décortique le système.

Pour se faire connaître, ces agences développent leur marketing dans les pays d’embauche comme le Qatar. Lorsque l’une d’entre elles obtient un marché, elle diffuse les offres d’emploi dans les médias. Mais certaines sous-traitent l’embauche à des agences moins regardantes, qui envoient des rabatteurs dans les villages. Dans les zones rurales et montagneuses éloignées du monde moderne, les arnaques sont faciles. Les « recruteurs de la ville » font miroiter un eldorado. Ces populations pauvres concluent des accords injustes avec ces agences qui, le plus souvent, exigent des sommes exorbitantes. Le plafond légal du Népal de 10 000 roupies (76 euros) sur les frais de recrutement est pulvérisé.

Le travailleur doit tout payer de sa poche

Le pillage orchestré par les agences peut alors commencer. Tout est facturé, de l’assurance au visa, du stage censé apprendre aux travailleurs les us et coutumes du pays de destination jusqu’au fonds de prévoyance ! La somme de 20 000 roupies (152 euros) – un plancher – est vite atteinte. Dans un pays où un habitant sur cinq vit avec moins de 2 euros par jour, ce montant est déjà astronomique.

Ce n’est pas tout. « Lorsque le visa a été obtenu et payé 300 riyals (soit 80 euros), on les envoie au Qatar Visa Center (QVC) pour des examens médicaux (analyses de sang, contrôle respiratoire, urine) et tests biométriques », précise le patron de l’agence, toujours sous couvert d’anonymat. « Normalement, ce QVC est gratuit. Mais certaines compagnies basées à Doha le facturent au fournisseur népalais de main-d’œuvre. Le paiement se fait ainsi au Népal, puis est transféré au Qatar. » Selon lui, seules 10 % des entreprises installées dans l’émirat prennent en charge tous les frais inhérents au recrutement. Dans 90 % des cas, le travailleur doit tout payer de sa poche. Des données difficilement vérifiables, mais que corroborent les témoignages que nous avons pu recueillir.

Le « meter interest »

« Pour payer, les Népalais contractent des prêts avec des intérêts exorbitants, de 48 % à 60 % », nous explique Rameshwar Nepal, directeur exécutif d’Equidem Research Nepal, une organisation de défense des droits de l’homme et de ceux des travailleurs. Krishna Neupane, secrétaire général du Réseau national de soutien aux migrants (NNMS), basé à Katmandou, déplore lui aussi l’attitude des banques qui refusent de prêter de l’argent. « Alors, les candidats au départ vont voir les riches de leur village, hypothèquent leur terrain et doivent rembourser en deux ou trois ans. »

Il dénonce également ce qu’on appelle au Népal le « meter interest », littéralement l’intérêt au compteur. « Si on vous fait un prêt à 36 % d’intérêt et qu’au bout d’un an, vous n’êtes pas parvenu à rembourser, alors l’année suivante, la somme de base due est augmentée de 36 % et les intérêts seront calculés à partir de ce montant. » Un puits sans fond, en quelque sorte. Une procédure qui peut durer toute une vie.

Poussés au désespoir ultime

Raj (un nom d’emprunt), qui travaille au Qatar, dénonce « la corruption du gouvernement qui permet à cette mafia des agences de recrutement de se développer ». On parle d’un brassage d’un milliard de roupies par mois (7,6 millions d’euros). Raj a lui-même été grugé une première fois en 2005. Après avoir versé 300 000 roupies (aujourd’hui 2 200 euros), il est parti d’abord à Delhi, en Inde, pour, lui avait-on promis, travailler en Afghanistan. Il est rentré bredouille au Népal, aucun job ne l’attendait à Kaboul.

Selon lui, « 15 % des travailleurs qui arrivent au Qatar n’ont, en réalité, pas d’emploi et doivent rentrer. Ceux qui sont malins ou éduqués arrivent à se faire rembourser par l’agence. Mais la très grande majorité ne fait rien et se retrouve dans une situation très difficile. »

Ce qui peut pousser certains migrants au désespoir ultime. « Un de mes amis s’est suicidé au Qatar, le mois dernier, témoigne Keshav, qui occupe un poste de superviseur depuis 2006 dans une grande entreprise pétrolière de l’émirat. Il était très endetté et ne savait plus comment s’en sortir. Certains ont mis fin à leur vie à cause des salaires retardés ou impayés, ce qui aggravait leur dette, d’autres à cause d’une embrouille et de peur d’aller en prison. »

Les congés ? Tous les deux ans, seulement

Som Bahadur Rahadi, lui, a dû payer 80 000 roupies (600 euros), somme qui n’englobe pas les coûts occasionnés par les déplacements et les logements à Katmandou, à huit heures de bus de son village. Un « beau » jour, il a enfin embarqué dans un avion qui l’amenait à Doha. Il s’est retrouvé à décharger les marchandises dans les supermarchés du Qatar. Réveil à 3 heures du matin et trajet d’une heure pour embaucher à 4 heures. Il ne sera de retour dans sa chambrée de quatre personnes qu’à 19 heures. Quatorze heures payées douze, « parce que le patron ne prend pas en compte le temps passé entre deux points de livraison ». Pas un seul jour de repos hebdomadaire. Les congés ? Tous les deux ans, seulement.

Sous la pression des syndicats internationaux et des organisations de défense des droits de l’homme, le Qatar a initié, à partir de 2017, une réforme du système du travail. Dans ce pays où les syndicats sont interdits, on se vante maintenant de la mise en place de « comités mixtes » (joint committees) censés porter la parole des salariés. Une structure que l’organisation népalaise General Federation of Nepalese Trade Unions, la Fédération générale des syndicats népalais (Gefont) qualifie d’« inutile et incapable d’aborder réellement les problèmes ».

Son représentant syndical (clandestin) au Qatar, que nous avons pu rencontrer à Katmandou (appelons-le Saurav), reconnaît qu’ « il n’y a plus de kafala (système qui soumettait le travailleur à son patron avec retenue du passeport – NDLR), plus d’obligation de fournir un certificat dit de non-objection (NOC) lorsqu’on veut changer d’employeur. Ce qui ne veut pas dire que tous les problèmes sont réglés. Il y a tellement de conditions à remplir que c’est beaucoup plus difficile qu’ils le disent ».

Quant aux comités mixtes, non seulement ils sont loin d’être mis en place par les patrons, mais aucune mesure de coercition n’est prévue. « Le 14 août, nous étions près de 4 000 manifestants dans la rue pour réclamer le paiement des retards de salaire », rappelle Saurav. Nombre d’entre eux ont été arrêtés puis expulsés.

Priés de disparaître du paysage

« Changement » encore, avec la mise en place d’un salaire minimum de 1 800  riyals (477 euros). Mais, en l’absence de véritables contrôles – que même l’Organisation internationale du travail est dans l’incapacité d’effectuer –, « des compagnies trichent et ne paient pas ce qu’elles doivent », dénonce Smritee Lama, responsable du syndicat Gefont.

Le mécanisme est le suivant : « Les cartes de retrait d’argent de chaque travailleur sont en réalité dans les mains de l’employeur, qui ponctionne 800 riyals » (212 euros). Ces retenues arbitraires couvriraient les frais de nourriture (300 riyals, 80 euros) et de logement (500 riyals, 133 euros). Comme les employeurs n’en parlent pas, « la plupart des travailleurs ne s’en rendent même pas compte ! s’insurge la syndicaliste. Et ceux qui le savent se taisent par peur d’être licenciés pour une raison ou pour une autre. Être licencié, cela signifie retour au pays où il y a un prêt à rembourser. Donc, ils se disent mieux vaut 1 000 riyals (265 euros) que rien du tout ». 

Rameshwar Nepal relève qu’« il y a eu des annonces à l’intention du reste du monde, mais je ne vois pas de changements significatifs dans la vie des travailleurs migrants. Ils restent sous la coupe des recruteurs et les décès sont toujours nombreux. Malgré les promesses des autorités qataries, les attaques contre ces migrants se poursuivent ».

La preuve aussi par l’expulsion de centaines, voire de milliers de travailleurs étrangers, ces dernières semaines, priés de disparaître du paysage pour laisser place nette à l’arrivée des supporters de la Coupe du monde, qui débute le 20 novembre. Cachez ces migrants que je ne saurais voir, en quelque sorte.

« Retour à la case départ »

Une pratique honteuse qui se traduit aussi par des ruptures de contrat sans indemnisation. « On avait déjà vu ça pendant la pandémie, rapporte Rameshwar Nepal. Leurs salaires n’étaient pas payés et, contrairement à ce qu’exige la loi au Qatar, les employeurs n’ont pas pris en charge le billet de retour. »

Il ajoute : « Officiellement, il n’y a plus de kafala. Mais il y a d’autres lois qui placent les travailleurs dans des situations où ils ne peuvent pas changer d’employeur ou même rentrer chez eux. Parce qu’ils ont des dettes qui s’accumulent, ils ne sont pas libres de faire ce qu’ils veulent. Ils se retrouvent dans une situation de travail forcé. » De l’esclavage moderne.

Après avoir réclamé une augmentation de salaire de 300 riyals (80 euros), qui lui a été refusée, Som Bahadur, âgé aujourd’hui de 40 ans, est rentré chez lui, au Népal. « Je ne supportais plus d’être loin de ma famille. Avec l’argent gagné, j’ai pu payer les études de mes enfants. Maintenant, c’est retour à la case départ. On fait de notre mieux pour arriver à couvrir les frais. »

Son épouse, Yamuna, ajoute en baissant les yeux : « Le plus difficile pendant ces quatre années a été de tout gérer seule. Il fallait préparer à manger, s’occuper des enfants avant leur départ à l’école, nourrir les animaux, cultiver les champs. Au début, mon mari ne pouvait pas nous envoyer d’argent, alors j’ai dû à nouveau emprunter ». Som Bahadur et Yamuna se serrent l’un contre l’autre. Comme pour faire face à l’adversité.

 

À savoir

  • Les envois de fonds des travailleurs migrants au pays représentent environ 25 % du produit intérieur brut du Népal.
  • Sur près de 2,7 millions d’habitants du Qatar, les Népalais représentent environ 432 000 personnes, soit 16 % de la population totale, selon les données de l’ONU de juillet 2022. La plupart d’entre eux sont employés sur des chantiers de construction.
  • Une campagne mondiale, #PayUpFIFA, a été lancée par Human Rights  Watch, appelant l’instance dirigeante du football international, la Fifa, à fournir un remède adéquat à la situation des migrants et éviter une « Coupe du monde de la honte ».

Témoignages

« Les menaces de nous conduire à la police »

Icon TitrePramina Saru, employée d’une entreprise de nettoyage

Pramina Saru, 35 ans, est arrivée au Qatar en 2017, après avoir payé 120 000 roupies (913 euros actuels). Son contrat était clair : elle devait être embauchée dans une entreprise de nettoyage affectée aux écoles. Huit heures par jour, pour 800 riyals par mois (212 euros). Ce n’est pas exactement ce qui s’est passé. « À la fin de mon service, je devais travailler de 16 heures à 22 heures pour 400 riyals par mois (106 euros) chez un particulier, souvent différent. Si je refusais, la compagnie retirait ces heures de mon salaire. » Tous les matins, elle quittait le camp d’hébergement à 5 h 30 et n’était de retour qu’à 23 heures : 14 heures de travail quotidien. La jeune femme parle des harcèlements subis, des insultes pour un rien. « Le pire, quand on travaille dans une maison, ce sont les menaces de nous conduire à la police si quelque chose ne va pas. » Elle raconte qu’une jeune Népalaise, très peu instruite, venue d’une zone reculée du pays, employée de maison, a été battue parce qu’elle avait rangé les chaussures de son employeur dans le réfrigérateur.

Le gouvernement népalais interdit aux femmes, officiellement pour les protéger, de partir travailler à l’étranger comme domestiques. « Mais, en réalité, des milliers partent sans aucun document de travail et sont d’autant plus la proie des trafiquants et des violences sexuelles », dénonce Manju Gurung, cofondatrice de l’ONG Pourakhi, qui s’occupe des migrantes qui rentrent au pays. P. B.

« Il s’est endormi et ne s’est jamais réveillé »

Icon TitreHira Devi, veuve de Dilbahur Pulami

Hira Devi était enceinte quand, en 2014, elle a appris la mort de son mari, Dilbahur Pulami, 31 ans. « De retour du travail, il s’est endormi et ne s’est jamais réveillé. » Le corps est arrivé à Katmandou. Hira Devi ne le confie pas elle-même, mais, faute de moyens, il a été incinéré dans la capitale et non au village, à 8 heures de route de là. Trente ans et déjà veuve, elle élève ses quatre enfants grâce à la retraite de son beau-père, ancien de l’armée indienne : 100 000 roupies par an (760 euros). « La compagnie pour laquelle il travaillait m’a seulement versé son dernier salaire. Et aucune indemnité car, nous a-t-on dit, il est mort en dehors de ses heures de travail », explique- t-elle. Pour payer les études des enfants, chaque année elle contracte un nouveau prêt…

Entre 2008 et 2019, au moins 1 095 travailleurs migrants népalais sont morts au Qatar, ce qui représente près d’un tiers du total des décès de migrants survenus dans les pays du Golfe, selon l’Office népalais de l’emploi à l’étranger. Officiellement, les familles des défunts reçoivent une indemnisation de 700 000 roupies (5 300 euros) du Fonds de protection de l’emploi étranger. Mais, comme dans le cas de Hira Devi, beaucoup ne sont pas indemnisées. Faute d’informations ou parce qu’éloignées des centres administratifs, les familles n’en font pas la demande. P. B.

« Pour se nourrir, il fallait emprunter »

Icon TitreGobinda Thapa, agriculteur et électricien

Au Népal, il cultivait des tomates et des brocolis et était embauché parfois comme électricien. Impossible de s’en sortir. En 2004, Gobinda Thapa cherche à partir. « On m’a d’abord envoyé à Bombay en me disant que je travaillerais au Koweït mais en fait, je suis arrivé au Qatar. Je n’avais pas le choix, sinon on me renvoyait à Katmandou. On m’avait promis un salaire de 800 riyals (212 euros) ; en réalité, il était de 600 riyals (160 euros) et encore, on n’était pas payés tous les mois. Pour se nourrir, il fallait emprunter. » En 2006, il rentre au Népal, mais sa situation étant inchangée, il repart au Qatar en 2011. « J’avais un bon salaire au départ mais, après, ils ont embauché plus de travailleurs et ont réduit nos heures et nos salaires. On avait le droit à deux mois de vacances tous les deux ans. Mais, à l’époque, il y avait encore la kafala (subordination du salarié à son employeur qui lui confisquait son passeport – NDLR). On ne nous laissait partir qu’un mois en congés. En 2015, alors qu’on était sur un chantier, un de mes amis en train de visser des fenêtres est tombé de l’échafaudage. Il a été conduit à l’hôpital mais il est mort. Il n’y a pas eu de rapport et la compagnie n’a pas payé l’assurance à la famille. Chacun d’entre nous a donné une journée de salaire qu’on a envoyé à la famille. » Il raconte également le cas d’un autre ouvrier, tombé lui aussi. C’était en 2020. Il est maintenant sur une chaise roulante, paraplégique mais resté au Qatar, car il n’a pas encore perçu l’indemnisation de l’assurance. P. B.

BTP. Vinci mis en accusation de traite d’êtres humains au Qatar

Mondial 2022. La filiale qatarie du géant français du BTP devrait être mis en examen, ce mercredi 9 novembre, pour des pratiques esclavagistes sur certains chantiers d’aménagements de l’émirat pour la compétition sportive. Une plainte a été déposée par deux ONG et six ex-ouvriers.

Publié le
Mardi 8 Novembre 2022
 

À quinze jours de l’ouverture de la Coupe du monde de football, Vinci, le fleuron tricolore du BTP, est rattrapé par la justice française dans le cadre de ses investissements qataris. Il devrait être mis en examen, ce mercredi 9 novembre, pour des pratiques esclavagistes sur certains des chantiers d’aménagements de l’émirat pour la compétition sportive.

Une plainte a été déposée depuis 2015 contre la filiale qatarie de Vinci baptisée Qatari Diar Vinci Construction (QDVC) par l’ONG Sherpa, rejointe ensuite par le Comité contre l’esclavage moderne (CCEM) et par six ex-employés indiens et népalais de la firme.

Le chantier d'un métro et d'un hôtel  Sheraton

Chefs d’accusation : travail forcé, réduction en servitude, traite des êtres humains, travail incompatible avec la dignité humaine, mise en danger délibérée, blessures involontaires et recel. L’enquête judiciaire engagée par un juge d’instruction de Nanterre, en 2019, devrait se traduire par une mise en examen du groupe et de sa filiale ce mercredi 9 novembre.

L’ONG Sherpa, qui traque depuis vingt ans les crimes économiques commis par les multinationales dans le cadre d’une globalisation sans frein, a pu recueillir des témoignages accablants de personnes ayant travaillé sur trois chantiers pilotés par la filiale de Vinci : celui d’un métro dit léger ralliant Doha à Lusail, ville nouvelle qui accueillera la finale de la Coupe du monde ; celui des parkings souterrains de Lusail ; ainsi que ceux de l’hôtel de luxe Sheraton, au cœur de Doha.

Dans le dossier d’accusation, on retrouve toutes les caractéristiques d’un véritable système qatari d’exploitation esclavagiste de la main-d’œuvre immigrée, venue du Népal, de l’Inde, du Pakistan ou du Bangladesh : les passeports des ouvriers sont confisqués à l’entrée dans le royaume, puis utilisés comme moyen de chantage pour les obliger à accepter de travailler entre 66 et 77 heures par semaine, dans des conditions terribles, entassés dans des chambres exiguës aux sanitaires insuffisants.

Des conditions de travail dantesques

« J’ai signé un contrat dans une langue que je ne connaissais pas. Et sans mon passeport, confisqué. Je savais que je n’avais pas (d’autres) choix » que d’accepter les conditions de travail, témoigne ainsi l’un des plaignants, soutenu par l’ONG Sherpa.

Il y a quelques jours, une enquête diligentée par l’Organisation internationale du travail (OIT) confirmait l’ampleur de ce système d’asservissement qatari en rendant publique une enquête établissant qu’au moins 34 000 migrants employés sur les chantiers de la Coupe du monde avaient porté plainte pour non-versement de leurs rémunérations.

Les conditions de travail en extérieur par des températures qui, durant six mois de l’année, dépassent les 45 degrés, sont dantesques et ont alimenté un énorme taux de mortalité sur les chantiers. Une enquête très fouillée, réalisée par le quotidien britannique The Guardian, a pu chiffrer au moins en partie le nombre de vies humaines ainsi volées par les magnats locaux et multinationaux du BTP. Grâce à des recoupements et à des informations émanant des services consulaires des pays d’origine des migrants, le journal a pu chiffrer à 6 500 le nombre d’ouvriers disparus corps et biens dans la chaleur insupportable de leurs lieux de travail.

Une défense classique

La direction de Vinci, qui semble s’être résolue à une mise en examen, dit « réfuter vigoureusement » les allégations portées contre elle. « Nous avons vainement tenté de convaincre le magistrat qu’il n’était pas spécialement opportun après sept ans et demi d’enquête d’envisager une mise en examen dans la quinzaine d’ouverture de la Coupe du monde de football», a curieusement regretté, lundi 7 novembre, auprès de l’AFP, l’avocat de Vinci Jean-Pierre Versini-Campinchi.

Le géant français du BTP essaye de se dédouaner de toute responsabilité en s’abritant maladroitement derrière l’autonomie qu’aurait sa filiale, contrôlée, il est vrai, majoritairement par des capitaux de l’émirat. Mais bien mal nommée pourtant Qatari Diar Vinci Construction.

C’est une défense classique dans ce genre d’affaires, relève pour l’Humanité Laura Bourgeois, chargée de contentieux et de plaidoyer à Sherpa. « Les multinationales, dit-elle, font valoir systématiquement qu’elles ne seraient pas responsables de ce qui se passe dans leurs filiales. » Il reste que l’enclenchement de poursuites judiciaires aujourd’hui va rendre cette procédure bien plus compliquée.

Les forçats du Mondial, éditorial de Maud Vergnol, L'Humanité, 14 novembre 2022

« Où sont les victimes ? Avez-vous des noms ? » a osé le ministre qatari du Travail, en réponse aux appels d’ONG à la création d’un fonds d’indemnisation pour les travailleurs tués ou blessés sur les chantiers. Oui, nous avons leur nom, leur visage, leur histoire. Et nous continuerons de les publier chaque jour jusqu’à la fin de la Coupe du monde de football (lire page 6). Nous sommes aussi allés rencontrer ceux qui en sont revenus, sur la route de Doha à Katmandou, où s’organise cette exploitation infernale. Près d’un demi-million de Népalais partiraient travailler au Qatar dans des conditions épouvantables pour des salaires de misère. Chaque semaine, plusieurs d’entre eux reviennent dans leur pays dans des cercueils. En plus d’être privées de leur droit à une indemnité, les familles endeuillées doivent rembourser les frais de leurs proches décédés. Car la chaîne d’exploitation implacable de ces travailleurs, décrite dans notre reportage, comprend l’arnaque d’agences de « recrutement » qui facturent, à des montants exorbitants, assurances et autres visas que les ouvriers doivent payer de leur poche, alors qu’un Népalais sur cinq vit avec moins de 2  euros par jour.

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 06:49

 

Le gouvernement vient de confirmer la mise en place des zones à faibles émissions, avec l’interdiction des véhicules de Crit’Air 3, 4 et 5 au 1er janvier 2025 sur le territoire de 43 métropoles.

 

 

Il est indispensable d’améliorer la qualité de l’air. C’est une urgence en matière de santé publique, alors que 40 000 décès prématurés sont constatés chaque année. Mais la mise en œuvre de cette mesure sans mesures d’accompagnement revient à allumer une vraie bombe sociale !

14 millions de véhicules sont concernés, c’est énorme. Or, la plupart des propriétaires sont des ménages à bas revenus, qui n’ont pas les moyens de changer de voiture. Pour nombre d’entre eux qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour travailler, l’instauration d’une ZFE sans un accompagnement de qualité pour changer de voiture pourrait être dramatique.

Les aides actuelles accordées par l’État sont très insuffisantes. La prime de 7 000 euros ne concerne que l’achat de véhicules électriques neufs, qui sont encore beaucoup trop chers pour un ménage à bas revenu.

Il faut des aides ciblées pour acheter des véhicules abordables. Le PCF propose qu’une aide de 10 000 euros soit offerte comme prime à la conversion pour les propriétaires de vieux véhicules pour acheter des véhicules moins polluants, y compris des véhicules d’occasion de Crit’Air 1. Cela nécessite évidemment un budget de l’État pour ces aides beaucoup plus important. Mais c’est indispensable pour que les ZFE n’entraînent pas de drames humains.

Le système d’aide prévu actuellement par l’État est tellement insuffisant que les ZFE risquent d’être complètement inapplicables au 1er janvier 2025. Pour l’amélioration de la qualité de l’air, pour sauver des milliers de vies, il y a urgence à offrir des aides à un bon niveau, et à dégager les budgets nécessaires, d’au moins 5 milliards supplémentaires par an.

Enfin, en même temps que le gouvernement et les métropoles mettent en place des ZFE, la SNCF supprime des TER, des trains et prive nos concitoyens de transports doux, non polluants.

La mise en place des ZFE doit s’accompagner d’un vrai plan Marshall en faveur du train, du TER, des transports collectifs. C’est le sens du projet du PCF.

Fabien Roussel

Secrétaire national du PCF, député du Nord

Paris, le 25 octobre 2022

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 06:48

Avec le collectif NousToutes et d’autres associations comme le Collectif trans en Finistère sud (Ctefs) les communistes finistériens appellent à manifester pour « en finir avec les violences sexistes et sexuelles » dans le Finistère. Vendredi 25 novembre 2022, date de la Journée mondiale de lutte contre les violences à l’égard des femmes, un rassemblement aura lieu à Brest, à 18 h 30

Deux manifestations contre les violences sexistes et sexuelles à Brest le vendredi 25 novembre et à Quimper le samedi 26 novembre
Deux manifestations contre les violences sexistes et sexuelles à Brest le vendredi 25 novembre et à Quimper le samedi 26 novembre
Finistère. Deux manifestations contre les violences sexistes et sexuelles

Deux manifestations contre les violences sexistes et sexuelles seront organisées dans le Finistère : l’une à Brest, ce vendredi 25 novembre 2022, date de la Journée mondiale de lutte contre les violences à l’égard des femmes, et l’autre, à Quimper, samedi 26 novembre.

En novembre 2021, 250 personnes ont
              défilé au centre-ville de Quimper, hier, contre les
              violences sexistes et sexuelles.
En novembre 2021, 250 personnes ont défilé au centre-ville de Quimper, hier, contre les violences sexistes et sexuelles. | ARCHIVES OUEST-FRANCE
Ouest-France Publié le 12/11/2022 à 11h51

Le collectif NousToutes et d’autres associations comme le Collectif trans en Finistère sud (Ctefs) appellent à manifester pour « en finir avec les violences sexistes et sexuelles » dans le Finistère. Vendredi 25 novembre 2022, date de la Journée mondiale de lutte contre les violences à l’égard des femmes, un rassemblement aura lieu à Brest, à 18 h 30.

« Une marche aux flambeaux »

Le lendemain, samedi 26 novembre, sera organisée « une marche aux flambeaux », à Quimper. Les associations donnent rendez-vous à 18 h, plateau de la déesse (au pied du Frugy) avec « vos téléphones, lampes frontales, lampes de poches, pour dire stop aux violences sexistes et sexuelles et rendre hommage aux victimes ».

 

Le collectif NousToutes et d’autres associations comme le Collectif trans en Finistère sud (Ctefs) appellent à manifester pour « en finir avec les violences sexistes et sexuelles » dans le Finistère. Vendredi 25 novembre 2022, date de la Journée mondiale de lutte contre les violences à l’égard des femmes, un rassemblement aura lieu à Brest, à 18 h 30.

 

 

 

« Une marche aux flambeaux »

Le lendemain, samedi 26 novembre, sera organisée « une marche aux flambeaux », à Quimper. Les associations donnent rendez-vous à 18 h, plateau de la déesse (au pied du Frugy) avec « vos téléphones, lampes frontales, lampes de poches, pour dire stop aux violences sexistes et sexuelles et rendre hommage aux victimes ».

Elles ajoutent : « Avec cette manifestation, nous dirons notre exigence d’un monde dans lequel les violences n’ont pas leur place. Avec cette manifestation, nous rappellerons que vivre à l’abri des violences est un droit fondamental, et que ce droit est chaque jour bafoué dans une indifférence qui nous sidère. […] Avec cette manifestation, nous porterons la voix des milliers d’enfants victimes ou co-victimes de violences. »

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 06:43

 

L’héritage de Marcel Paul nous rend plus forts dans la bataille pour la reconstruction d'un grand service public de l’énergie

Voici quarante ans, disparaissait Marcel Paul à l’âge de 82 ans.

L’ancien président de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) revenait de la cérémonie du 11 novembre 1982 à l’Arc de Triomphe, où il s’était entretenu avec le président de la République François Mitterrand, quand il décédait dans son appartement de Saint-Denis, en début d’après-midi.

Rescapé du camp de concentration de Buchenwald, Marcel Paul se consacrait depuis 1963 à entretenir le souvenir des combattants de la liberté pendant la Seconde Guerre mondiale. Il avait été, à Buchenwald, l’un des principaux artisans du « comité des intérêts français », organisation créée dans ce camp de concentration à l’image du Conseil national de la Résistance, et présidée par le colonel Henri Manhès.

Quand la Deuxième Guerre mondiale éclata, cela faisait déjà plus de quinze ans que Marcel Paul s’était engagé, d’abord à sein de la CGT, puis dans les rangs du Parti communiste.

Enfant de l’assistance publique, Marcel Paul était devenu ouvrier électricien au lendemain de la Première Guerre mondiale, grâce à la formation qu’il avait reçue en s’engageant dans la Marine nationale.

Embauché en 1923 à la Compagnie Parisienne de Distribution de l’Electricité – dont on peut lire le sigle CPDE encore aujourd’hui sur quelques trottoirs parisiens –, Marcel Paul travaillait d’abord à la production d’électricité à la centrale de Saint-Ouen, puis à la distribution dans l’un des arrondissements du centre de Paris.

Le jeune militant s’engagea alors progressivement dans la bataille pour un statut unique des personnels des sociétés électriques de la région parisienne.

En parallèle, il contribua à mettre sur pied, au début des années 1930, un premier réseau d’œuvres sociales pour le personnel des services publiques comprenant un dispensaire, un service juridique et un groupement d’achats en commun.
C’était l’époque où les syndicalistes de la CGTU mettaient en pratique la théorie du syndicalisme à bases multiples qui connaitra son apogée après la victoire électorale du Front populaire (avec la création de colonies de vacances pour les enfants, de centres de formation professionnel pour les chômeurs, de maisons de repos pour les travailleurs convalescents, etc.).

Conseiller municipal de Paris de 1935 à 1938, Marcel Paul défendit à l’Hôtel de Ville la vie quotidienne des habitants des quartiers populaires ou encore les revendications du personnel des services publics.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il était désigné secrétaire général de la fédération CGT réunifiée de l’éclairage. Il y défendit entre autres la constitution d’un syndicat de cadres affilié à la CGT. Par ailleurs, il s’intéressait de plus en plus aux questions de politiques énergétiques.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Marcel Paul devint ministre de la Production industrielle. Son nom allait définitivement être attaché à cette grande réalisation directement inspiré du programme du Conseil national de la Résistante : la nationalisation du gaz et du l’électricité et la création d’EDF – GDF.

 

Considérant l’incapacité du marché du gaz et de l’électricité à satisfaire les besoins de la population, Marcel Paul s’employa à la nationalisation d’un maximum d’entreprises, sans pour autant faire disparaître toutes les compagnies privées.

En parallèle, il accompagna cette nationalisation d’une politique sociale ambitieuse, offrant à l’ensemble des électriciens et des gaziers un statut national du personnel imaginé à partir de tous les statuts existants jusqu’alors.

Pour finir, il avait prévu de donner aux usagers une place au sein du conseil d’administration, mais la Guerre froide eut raison de ce projet.

C’est alors que Marcel Paul redevint secrétaire de la fédération CGT de l’éclairage, après un passage à la tête du Conseil central des œuvres sociales (CCOS).

C’est cet héritage si précieux, garant de l’indépendance de la France et du droit à l’énergie pour tous, qui est aujourd’hui fragilisé par plus de deux décennies de libéralisation européenne accompagnée par les gouvernements français successifs.
Pire, ces politiques nourrissent la grave crise énergétique en France et en Europe en désarmant notre pays face aux mécanismes spéculatifs mondialisés.

Avec la création d’un « marché de l’énergie » et la mise en concurrence des opérateurs publics, avec la loi NOME de 2010 et la création de l’Arenh, avec les projets de démantèlement de notre opérateur public intégré, les gouvernements libéraux s’attaquent pierre par pierre à cet édifice, imaginé, construit sous l’impulsion de Marcel Paul et des travailleurs de l’énergie.

Les communistes de 2022 sont quant à eux fidèles à cet héritage en s’opposant aux logiques capitalistes et en rassemblant les usagers, les travailleurs de l’énergie, les acteurs économiques et les collectivités publiques autour d’un projet : la reconstruction d’un grand service public de l’énergie, de la production à la distribution, adossé à un opérateur public intégré au nom d’EDF, et l’abrogation de la loi NOME et de l’ARENH.

C’est cette voie, initiée par Marcel Paul dans les conditions de son époque, qui permettra aujourd’hui de résoudre la crise énergétique, source de pénuries et de restrictions pour les familles, d’explosion des prix pour les collectivités publiques, des coûts pour les entreprises et de perte de souveraineté pour notre pays.

C’est donc ce combat que le PCF, ses parlementaires, ses élus et militants, vont amplifier dans les prochaines semaines, avec la même détermination que celui qui nous a quittés il y a 40 ans, et à qui nous rendons aujourd’hui hommage, notre camarade Marcel Paul.

 

Fabien Roussel

Secrétaire national du PCF

 

 

 

 

 

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14 novembre 2022 1 14 /11 /novembre /2022 09:29

 

Tandis que l’on discute à Charm El-Cheikh des différentes manières de réduire les émissions de CO2, la population mondiale devrait passer à 8 milliards de personnes avant la séance de clôture de la Cop 27. On apprend en même temps que la production mondiale de riz est en baisse sensible cette année en raison des aléas climatiques. La hausse des prix alimentaires devrait donc perdurer dans les prochains mois.

 

Avec l’ouverture le dimanche 6 novembre de la Cop 27 sur le climat à Charm El-Cheikh, en Égypte, la presse écrite et les médias audiovisuels multiplient les articles, les reportages et les débats sur cet enjeu majeur du XXIe siècle. Dans un document remis à la presse, Agnès Pannier-Runacher affirme que « l’Union européenne vient à Charm El-Cheikh avec le programme le plus ambitieux du monde : une trajectoire contraignante de réduction des gaz à effet de serre (GES) qui touche tous les secteurs d’activité. Elle doit permettre de réduire d’au moins 55 % les émissions de GES d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone en 2050. En dépit de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique la plus grave depuis cinquante ans, nous ne lâchons rien de cette ambition et notre continent continue de baisser ses émissions », affirme la ministre.

Les doutes de Thierry Breton sur la voiture électrique

Mais en page 23 du Figaro daté du 5 novembre, on pouvait lire que « le prix du charbon australien n’a jamais été aussi élevé. Il s’échange actuellement à 383 dollars américains la tonne, un prix record, deux fois plus élevé qu’il y a un an ». Ce prix élevé est tiré par une augmentation de la demande, tandis que le manque de main-d’œuvre dans les mines ne permet pas d’y répondre totalement. En page 22 dans le même journal, sous le titre « Automobiles : Thierry Breton sème le doute sur 2035 », on apprenait que le commissaire européen en charge du marché intérieur, doute fortement de la possibilité de respecter la date de 2035 pour interdire en Europe la vente des voitures neuves équipées d’un moteur thermique. Il entend mettre en place un groupe de travail dont l’objectif sera « d’identifier et de traiter les difficultés pour mettre en œuvre cette méga transformation ».

Des doutes sur la conversion au tout électrique

La conversion à la voiture électrique nous est présentée comme une recette miracle pour réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre des transports sur route. Mais dans la mesure où on ne cherche pas à réduire la circulation en Europe, la conversion à la voiture électrique, au-delà d’être désastreuse pour l’emploi, sera aussi très émettrice de CO2 dans sa phase de construction en raison d’une consommation massive de métaux en voie de raréfaction. Et si on accroît le recours au charbon pour produire de l’électricité le bilan carbone ne va pas beaucoup reculer. Nous reviendrons demain sur ce sujet.

Dans le document du gouvernement français transmis aux journalistes, Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, y va aussi de son argumentaire dont voici le dernier paragraphe : « La France est à la pointe de la lutte convergente contre le réchauffement climatique et la perte de biodiversité. Elle porte sous l’impulsion du président de la République, un objectif clair : celui d’une protection mondiale de 30 % des terres et de 30 % des mers à l’horizon 2030. C’est nécessaire pour stopper la perte de biodiversité, c’est nécessaire pour respecter la trajectoire de l’accord de Paris et limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. C’est le message que je vais porter à la COP27 ».

8 milliards de personnes à nourrir dès ce 15 novembre 2022

Tous les observateurs sérieux et compétents disent que cette limitation à +1,5°C est devenue inatteignable en 2100 et que ce chiffre sera probablement dépassé avant 2035. Ce 7 novembre, à 3 h 45, une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) débutait ainsi : « La population mondiale passera symboliquement le cap des 8 milliards le 15 novembre, selon l’ONU, un jalon qui interpelle à l’heure de l’adaptation au réchauffement climatique et des interrogations autour de la consommation des ressources de la terre (…). L’Inde, pays de 1,4 milliard d’habitants devrait connaître une explosion de sa population urbaine ces prochaines décennies, alors qu’elle est déjà confrontée aux problèmes de surpopulation de ses mégalopoles, qui manquent d’infrastructures essentielles et où les conditions de vie seront de plus en plus pénibles en raison du changement climatique ».

Le cap des 8 milliards d’habitants sur notre planète sera donc franchi trois jours avant la clôture officielle de la Cop 27. Cette nouvelle arrive tandis que l’hebdomadaire « La France Agricole » du 4 novembre livre, à propos du riz, cette information recueillie auprès du cabinet Agritel qui observe l’évolution des marchés : « Cette année, l’Inde a connu des difficultés de récolte en raison des températures extrêmement élevées. Il en était de même au Pakistan, avant que les inondations ne prennent le relais. Par ailleurs, un déficit hydrique marqué aux États-Unis a aussi fait baisser la production ».

Quand une denrée vient à manquer, la spéculation à la hausse intervient rapidement dans les salles de marché. L’Inde a commencé à taxer ses exportations de riz à hauteur de 20 %. Mais un riz plus cher peut se traduire par une demande accrue de blé tendre et de blé dur dans les pays importateurs nets de céréales. Ce n’est donc pas le moment de mettre 30 % des terres agricoles sous cloche, comme le propose Christophe Béchu.

 

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14 novembre 2022 1 14 /11 /novembre /2022 07:25
Quimper, vendredi 2 décembre de 18h à 20h: Amar Bellal en conférence débat salle Saint François: Réchauffement climatique, crise énergétique, envolée des factures… Quelles causes? Quelles solutions? Parlons-en ensemble!

Les Conférences de Quimper rouge

Prézégennou Kemper ruz

 

INVITATION A UNE CONFÉRENCE-DÉBAT

VENDREDI 2 DÉCEMBRE de 18h à 20H

SALLE DES HALLES SAINT-FRANÇOIS A QUIMPER

entrée par la rue Astor

avec AMAR BELLAL

Professeur agrégé

Rédacteur en chef de la revue « Progressistes »

Spécialiste des questions de l’environnement et de l’énergie.

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE, CRISE ENERGETIQUE, ENVOLÉE DES FACTURES…

QUELLES CAUSES? QUELLES SOLUTIONS? PARLONS-EN ENSEMBLE.

 

Les conférences à venir de Quimper rouge – prézégennou Kemper ruz:

Bernard Vasseur, philosophe, écrivain, questionnera la sortie du capitalisme, l’avenir du communisme

Gérard Le Puill, journaliste, parlera des questions agricoles et alimentaires, et de l’environnement

Patrick Le Hyaric, journaliste, ancien directeur de « L’Humanité », vice-président de la Gauche unitaire européenne et Verte nordique au Parlement européen de 2009 à 2019 abordera la guerre en Ukraine à partir de son dernier livre

Marie-Aline Lagadic, auteure avec sa fille Klervi du « Chant des sardinières », évoquera les luttes des ouvrières des conserveries de poissons dans le pays bigouden et en Cornouaille

Le bureau de la section du Pays de Quimper du PCF

pcf.quimper@orange.fr

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