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8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 05:12

Par Francis Vergne 
 

Face au modèle d’école néolibéral qui met en concurrence les élèves et les établissements scolaires, transforme l’éducation en marchandise et les institutions scolaires en entreprises prestataires de services individualisés et de valorisation du « capital humain », Francis Vergne nous invite à réinventer, en réactivant un principe d’espérance et un imaginaire émancipateur, la nouvelle école démocratique. Celle-ci aurait pour axe principal la réduction des inégalités et la production culturelle de l'égalité et comme nouvel esprit la logique du commun.


De quoi l’affichage satisfait du technocratisme scientiste et autoritaire de l’actuel ministre de l’Éducation nationale est-il le nom ? Peut-être avant tout de la volonté de signer la fin de tout échange démocratique dans l’école, autour de l’école et pour l’école. Se trouve d’abord confisquée toute la réflexion didactique et pédagogique des enseignants. Lesquels deviendraient de simples exécutants enjoints d’appliquer un recueil de bonnes méthodes concoctées par des experts parés de l’autorité de la science. Laquelle serait réduite à celle que le ministre connaît et impose comme seule légitime. Mais, pas davantage que les enseignants, les citoyens n’ont voix au chapitre. Ignorance de l’histoire sociale et haine des révolutions aidant, disparaît la réalité sociale et politique de la question scolaire, fruit pourtant de plusieurs siècles de débats passionnés et d’héritages progressistes essentiels.

Ce néolibéralisme décomplexé constitue un triste marqueur de l’avancée de l’école et de la société néolibérales. Car Jean-Michel Blanquer fait plus que vouloir diriger l’entreprise éducation nationale les yeux rivés sur les comparaisons internationales pour les premiers de cordée et la calculette à la main pour diminuer les postes et les moyens. De parcours sup à la frénésie évaluatrice annoncée en cette rentrée, en passant par le démantèlement de la filière professionnelle au profit de l’apprentissage patronal, il installe davantage encore la compétition à outrance et la concurrence au cœur d’un monde scolaire qui devient chaque jour plus inégalitaire, plus ségrégatif et plus stressant pour les élèves comme pour les enseignants, avec pour seule fin la fabrique de l’employabilité (Louis-Marie Barnier, Jean-Marie Canu, Francis Vergne, La Fabrique de l’employabilité, Éditions Syllepse, 2014).

 

L’humain devient capital

En publiant, il y a quelques années déjà, La Nouvelle École capitaliste (Pierre Clément, Guy Dreux, Christian Laval, Francis Vergne, La Découverte, 2011), nous avions pleinement conscience que l’école n’est pas à l’écart des grandes mutations imposées par un capitalisme qui prétend régir tous les aspects de la vie sociale et de la culture. La subordination de l’enseignement et de la recherche à la logique de marchandisation et de financiarisation est directement liée à son évolution depuis trois décennies. Ce qui s’ouvre, c’est une ère nouvelle de l’école. Les savoirs et la culture ne sont ni recherchés comme vecteurs d’émancipation ni valorisés pour eux-mêmes, mais dans la seule mesure où ils peuvent être source de profits. Ce nouveau modèle tend à relativiser en outre deux dimensions historiquement constitutives de l’école : sa fonction d’intégration culturelle et sa fonction de formation du citoyen. Le constat empirique rejoignait pour nous l’essai de caractérisation. La nouvelle école capitaliste, disions-nous, est l’école dans laquelle les objectifs et les modes de fonctionnement sont ordonnés aux exigences de la compétition économique. De la maternelle à l’université, l’école est formatée par la rationalité néolibérale au point d’épouser de façon intime le mouvement du capital ainsi que sa conception de l’homme et de la société. L’humain devient capital.

« Ignorance de l'histoire sociale et haine des révolutions aidant, disparaît la réalité sociale et politique de la question scolaire, fruit pourtant de plusieurs siècles de débats passionnés et d'héritages progressistes essentiels. »

Ce processus est au cœur de la mise en marché de l’école. L’éducation s’achète et se vend de plus en plus ouvertement. L’argent des familles et des étudiants (cf. l’explosion de l’endettement étudiant et ses effets délétères) devient un facteur de plus en plus direct de différenciation scolaire et les marchandises les plus diverses pénètrent progressivement l’espace scolaire. Et, dans le même temps, l’on assiste à une transformation profonde du fonctionnement, du contenu, des pédagogies et de la finalité des études.
L’autonomie relative de l’institution scolaire se réduit ainsi par l’imposition de tout un dispositif managérial qui entend standardiser pratiques et comportements. Les institutions scolaires et universitaires deviennent ces entreprises prestataires de services individualisés et de valorisation du « capital humain ». Il y a donc quelque logique à vouloir garantir la mesure permanente de la plus-value apportée à chaque unité du système éducatif engagée dans « l’économie de la connaissance ». D’où l’importance des classements d’établissements, d’où la compétition entre tous et d’où l’idée que les moyens doivent dépendre des résultats et non l’inverse. Chaque établissement doit se positionner sur un grand marché de la formation et y adapter ses contenus et ses pratiques. Chaque enseignant ou chercheur doit apprendre à évoluer dans un environnement où la valeur économique devient le critère ultime de légitimation. Et chaque élève/étudiant, enfin, doit penser sa formation et son orientation en se sentant responsable de son employabilité.

« Les institutions scolaires et universitaires deviennentces entreprises prestataires de services individualisés et de valorisation du “capital humain”. »

 

Tristes topiques

Mais en même temps que nous dressions ce constat et proposions cette grille de lecture, nous insistions sur le caractère stratégique des luttes sociales dans le champ scolaire et universitaire. Nous avions particulièrement en vue le pouvoir d’entraînement des mouvements étudiants touchés de plein fouet par les inégalités sociales accrues, l’assujettissement pesant au mécanisme de l’endettement, la marchandisation de la culture et des savoirs, susceptibles de déboucher sur une contestation plus globale. Nous pensions la jonction possible avec les résistances d’enseignants heurtés dans leur conscience professionnelle par l’incroyable bric-à-brac managérial qu’une hiérarchie inféodée aux nouvelles normes mettait en œuvre avec zèle. Nous les savions désireux d’empêcher que le métier d’enseignant ne soit détruit par la taylorisation de leur travail. Nous les savions soucieux de préserver une certaine collégialité dans l’exercice de leur métier pour n’avoir pas à se renier. L’urgence de restaurer la signification morale et politique de l’école, celle de l’émancipation et de l’égalité, nous semblait devoir être au rendez-vous.
Constatons que l’insurrection des consciences et la convergence ne se sont pas produites. Il ne s’agit pas de mettre quiconque en accusation, mais plutôt de comprendre quels mécanismes de fabrication de l’impuissance ont opéré. Ils doivent pour une large part leur efficience à la systématisation et à la radicalisation de l’entreprise néolibérale sur tous les terrains. Ne sous-estimons pas ses effets désagrégateurs dans les établissements qui concentrent un maximum de jeunes en difficulté sociale et culturelle. Lorsque s’installe un mixte de violence et d’anomie qui semble devoir tout submerger se trouve abolie la possibilité même d’une démarche partagée d’acquisition des savoirs. La cécité et le déni affichés par les gouvernements successifs en matière éducative depuis plusieurs décennies quant aux déterminants sociaux et politiques de la difficulté scolaire et de son traitement sont proprement insupportables. Comme le sont les reniements d’une certaine « gauche » qui ont pesé lourd dans la désorientation voire la démoralisation de beaucoup au point parfois d’engendrer des formes paradoxales de consentement à la servitude. D’une façon plus générale, l’horizon semble aujourd’hui borné par l’effondrement ou l’émiettement des alternatives. La sphère éducative n’y échappe pas.

 

 

 

Vers une « nouvelle école démocratique »

Répétons-le : on ne saurait séparer un certain modèle d’école et une conception de la société. La question de l’école, comme celle de la santé, de la justice, de la culture et des arts, a partie liée avec notre capacité collective à imaginer et réaliser un destin commun. Redéfinir l’éducation du XXIe siècle dans l’optique d’un monde débarrassé du capitalisme destructeur de l’humain, tel est l’enjeu qui devrait mobiliser aujourd’hui les chercheurs, les professionnels de l’enseignement, les étudiants, les citoyens. Adossée à un principe d’espérance et à un imaginaire émancipateur réactivés, l’école alternative, la nouvelle école démocratique qu’il nous faut réinventer, serait ordonnée à une démocratie réelle. Elle aurait pour axe principal tout à la fois la réduction des inégalités et la production culturelle de l’égalité.

« Contre la concurrence généralisée pour les meilleures filières, les meilleurs établissements, les meilleures classes, etc., posons le commun comme le nouvel esprit de l’institution. »

L’hypothèse dont nous partons, sur ce que l’on peut attendre d’une politique éducative alternative, pourrait tenir en une formule : dans tous les domaines, cette politique doit remettre du commun au cœur de la société. Contre la concurrence généralisée pour les meilleures filières, les meilleurs établissements, les meilleures classes, etc., posons le commun comme le nouvel esprit de l’institution. Comment promouvoir un nouveau système de normes sociales, de formes d’existence et de modèles d’institution dans le champ éducatif permettant de passer de la logique de la compétition à la logique de la mise en commun ? Dans cette optique, quatre chantiers nous semblent devoir être rouverts :

  • Le premier concerne la relance de la démocratisation de l’école. Pas de transformation progressiste de l’école sans reprise d’un réel mouvement de démocratisation de l’accès au savoir ;
  • Le second touche à la réinvention d’une culture commune, à une reformulation de ses contenus et à leur articulation avec des savoirs émancipateurs ;
  • Le troisième tient dans l’émergence d’une nouvelle pédagogie favorisant le passage d’une pédagogie individuelle de la compétition à une pédagogie sociale de la coopération ;
  • Se pose enfin la perspective d’une démocratisation autogestionnaire de l’organisation scolaire autorisant une refondation laïque et institutionnelle de l’école.
     

Il n’est certainement pas trop tôt pour y travailler.

 

Francis Vergne participe à l’équipe d’animation de l’Institut de recherches de la FSU.

Cause commune n°9 • janvier/février 2019

 

 

 

 

 

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 06:16
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Prise de parole de Christian Collimard, animateur du Mouvement de la paix dans le Sud Finistère et du CIAN 29

Prise de parole de Christian Collimard, animateur du Mouvement de la paix dans le Sud Finistère et du CIAN 29

Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
COLLECTIF  29 (cian29*) Pour l'Interdiction des Armes Nucléaires
Le cian29 initié par le mouvement de la paix et l'université européenne de la paix regroupe une quinzaine d'associations et organisations syndicales et politiques du département dont la fédération 29 du PCF.
 
En 1945, les bombardements d'HIROSHIMA et NAGASAKI ont fait la preuve de la barbarie de l'usage des bombes atomiques. Crimes contre l'Humanité qui ont fait plus de 300 000 victimes.
 
Ce MARDI 6 AOÛT, ils s'en sont souvenus et ont dit : STOP AU PÉRIL CRIMINEL
 
Il y a mieux à faire que de financer le gâchis des militarisations de nos territoires et d'en faire des cibles oh combien dangereuses
 
Ni en Presqu'île de Crozon
Ni en rade de Brest
Ni ailleurs...
PLUS UNE SEULE BOMBE NUCLÉAIRE
 
La France doit signer le traité d'interdiction des armes nucléaires voté le 7 juillet 2017 à l'ONU
 
Ils se sont retrouvés à 10h face à la stèle de la résistance au Menez Hom près de la chapelle Sainte-Marie du Menez Hom puis ont entrepris l'ascension du Menez Hom. Christian Collimard a pris la parole au sommet pour le CIAN 29 et un pique-nique avec des chansons de Claude Couamme a eu lieu au retour près de la chapelle.
Bravo à ces résistants contre le péril extrême des armes nucléaires et de la politique de prolifération nucléaire cautionnée et mise en œuvre par la France. Au côté de militants du Mouvement de la Paix, de l'Université européenne de la paix, régionalistes, écologistes, plusieurs militants finistériens du PCF étaient présents, comme d'habitude, dont Daniel Laporte, militant bien connu de Carhaix, qui nous a livré ce beau reportage photo.
 
Merci à lui!
 
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 05:37

Christophe RAMAUX Membre du Collectif les Économistes atterrés

Le mois prochain, le gouvernement présentera les grandes lignes de son projet de « réforme » des retraites. Engageons dès aujourd’hui la contre-offensive avec Christophe Ramaux, pour comprendre la nouvelle régression qui s’annonce. La bataille pour les retraites est lancée, et c’est aussi une guerre des idées.Et maintenant, les retraites ! Après la casse du code du travail et de la SNCF, la suppression des cotisations salariales et de l’impôt de solidarité sur la fortune, la prochaine grande régression sociale que nous propose Emmanuel Macron consiste à « réformer », une nouvelle fois, notre système de retraites. Ou plutôt, à l’affaiblir, afin de préparer l’entrée des compagnies d’assurance privées. Vous savez comment privatiser un service public ? « First, defund it. » (« d’abord, arrêtez de le financer », Noam Chomsky) [1].

Les caisses d’assurance vieillesse constituent un pactole monumental qui échappe encore à l’État et au capital grâce au principe de la cotisation : 320 milliards d’euros, le poste le plus important de la Sécurité sociale. Un budget excédentaire depuis 2016 [2]. Et une véritable réussite sociale, enviée partout dans le monde : en France, le taux de pauvreté chez les retraités est plus de deux fois inférieur à celui de la population globale [3]. Même s’il y a trop de trop petites retraites à cause d’une redistribution inégalitaire, le système fonctionne globalement.

Pourquoi alors modifier quelque chose qui fonctionne ? Évidemment, pour saper les bases de la répartition et tenter de faire entrer la capitalisation. « Le patronat ne désarme jamais », nous avait avertis le ministre communiste Ambroise Croizat, l’un des fondateurs de notre système de retraites après guerre. Voici comment le patronat compte procéder cette fois-ci.

La retraite par points

Emmanuel Macron n’en a pas fait mystère lors de sa campagne : il souhaite modifier le mode de calcul des pensions de retraites. Aujourd’hui, les salariés du privé calculent leurs pensions en faisant la moyenne de leurs 25 meilleures années, tandis que ceux du public le font sur les six derniers mois.

Demain, Macron veut remplacer ces modes de calcul par un système unique par points. Toute votre vie, vous cotisez des points, et à la fin de votre carrière, vous soldez votre compte de points : tel nombre de points ouvre le droit à tel niveau de pension de retraite. Une mesure d’apparence technique et indolore, mais qui cache en fait un changement énorme : le « point » n’aura pas de valeur définie, mais celle-ci fluctuera en fonction de la démographie, de la croissance, ou d’autres critères.

En somme, vous ne serez jamais assuré de votre niveau de retraite, même si vous cotisez généreusement toute votre vie. Quelles conséquences ? « Le système par points, ça permet en réalité une chose qu’aucun homme politique n’avoue : ça permet de baisser chaque année la valeur des points et donc de diminuer le niveau des pensions. [4] ». C’est le candidat François Fillon qui le disait (et on lui sait gré d’avoir été si franc – il faut dire qu’il s’adressait alors au patronat).

Et que remarque-t-on dans les pays qui ont déjà un système par points, comme la Suède ? Et bien qu’à force de baisser chaque année, les points cotisés ne suffisent plus à assurer une vie digne aux retraités [5]. Dans ces pays, on introduit donc un volet capitalisation obligatoire. Une aubaine pour les assureurs !

Voilà, en deux mots, ce que nous prépare Emmanuel Macron. Et ce n’est pas un dangereux révolutionnaire qui le dit, c’est l’Économiste Atterré Christophe Ramaux, maître de conférences en sciences économiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Christophe Ramaux formule des contre-propositions, avec un mot d’ordre : pour mettre fin à cette casse de la Sécu, cotisons dans la bonne humeur !

 

 

 

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 05:32

 

Par Alain Pagano 


L’écologie est devenue une des préoccupations principales de nos concitoyens. Au sein de l’électorat de gauche, elle arrive en troisième position des priorités après les questions d’emploi-pouvoir d’achat et les services publics.

.La crise environnementale est planétaire. La pollution n’a pas de frontière ! L’Europe est un échelon pertinent pour agir. La crise écologique est multiforme : crise de la biodiversité, usage des phytosanitaires, du plastique, pollution de l’air aux microparticules, pollutions en tout genre…

 

Incompatibilité de la transition écologique et du capitalisme

 Le caractère capitaliste de l’Union européenne structure la définition des orientations environnementales. Dans ce domaine aussi, les traités constituent la colonne vertébrale du contenu des directives élaborées par la commission. Pas question de s’en écarter, même si cela aboutit à des échecs flagrants.
À cet égard, compte tenu de l’urgence, les enjeux liés à la « transition » écologique doivent mobiliser d’énormes moyens financiers inconciliables avec la politique de réduction des déficits publics prônée par Bruxelles. De plus, les projets de déréglementation, de mise en concurrence et/ou de privatisation de secteurs déterminants comme ceux du rail et de l’énergie pour une politique environnementale et sociale durable sont une catastrophe écologique. De même, la politique européenne du tout routier, dérégulant ce secteur, favorise les émissions de CO2.

« Modifier radicalement les modes de transport en réduisant fortement le tout routier (voitures et surtout camions), gros émetteur de CO2.  »

Par ailleurs, le marché carbone – attribuant aux entreprises des quotas d’émissions de CO2 échangeables – a été un échec et n’a pas permis d’atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) prévus. Cette réponse affairiste de l’Union européenne, la cotation en bourse de « droits à polluer », s’avère incapable de relever le défi d’une diminution des gaz à effet de serre. Pourtant, il s’agit là d’une urgence mondiale pour limiter le dérèglement climatique. Il est urgent de fixer par voie réglementaire des objectifs contraignants de réduction des GES.

Enfin, la nouvelle autorisation pour cinq ans de l’herbicide glyphosate au sein de l’UE a démontré le poids des groupes de pression et notamment leur influence sur les agences scientifiques de l’UE, qui s’appuient trop sur des données fournies par l’industrie.

Malgré les bonnes intentions souvent affichées par la commission européenne ou le parlement européen, la nécessaire transition écologique apparaît bien incompatible avec l’ultralibéralisme européen.

 

La lutte contre le réchauffement climatique : une priorité

Aborder les enjeux écologiques de manière efficace et responsable, c’est être capable de montrer à nos concitoyens où sont les priorités ! S’il y a une priorité qui fait consensus dans la communauté scientifique, c’est l’urgence d’une réaction vis-à-vis du réchauffement climatique. En 2017, les émissions de CO2 ont bondi de 1,8 % en moyenne dans les vingt-huit pays européens, et même de 3,2 % en France.
Quels sont les principaux émetteurs de gaz à effet de serre ?

Selon les derniers chiffres du ministère de l’écologie, dans l’UE, l’utilisation d’énergie est la principale source d’émission de GES (78 %), suivie de l’agriculture à environ 10 %, des procédés industriels et solvants à 8,7 % et des déchets à 3,2 %.

Au niveau de l’utilisation d’énergie fossile, le secteur le plus émetteur est celui de l’industrie de l’énergie (29 %) devant celui des transports (21 %), l’industrie manufacturière et construction (11,2 %), le résidentiel tertiaire (12,8 %), autres 4,1 %.

En France, comme dans l’ensemble de l’UE, l’utilisation d’énergie est la principale source d’émissions de GES avec près de 70 % des émissions. En revanche, à la différence de la moyenne européenne, le secteur le plus émetteur en France est celui des transports (29 %), tandis que celui de l’énergie est relativement peu émetteur (9 %), en raison de l’importance de la production électrique nucléaire.
À l’échelon européen persiste une utilisation massive de charbon et de lignite, notamment en Allemagne. Les hydrocarbures (pétrole et gaz) restent la source d’énergie largement majoritaire. Lutter contre le réchauffement implique de proposer des solutions de réduction des émissions dans les secteurs les plus polluants. Elles sont de deux ordres : d’une part le piégeage du CO2 pour lequel le besoin de recherche se fait sentir et qui nécessite des financements importants et d’autre part la diminution des émissions de CO2. Pour cela, nous pouvons proposer des solutions de court et de moyen terme.

 

Un plan d’urgence contre le réchauffement climatique global

Sortir du tout routier

Pour réduire les gaz à effet de serre, les augmentations de taxes (qui pèsent sur les populations les moins aisées) ne peuvent être une solution ; le premier angle d’attaque, c’est de modifier radicalement les modes de transport en réduisant fortement le tout routier (voitures et surtout camions), gros émetteur de CO2.

Pour cela, voici trois propositions complémentaires :


• Le développement du fret ferroviaire, beaucoup plus écologique que les camions dont l’usage devrait être limité à la desserte de proximité. Nous devrions proposer un new deal écologique européen, un paquet ferroviaire novateur tablant sur la relance du ferroviaire, un plan de grands travaux européens pour créer ou rénover les lignes de chemin de fer nécessaires à ce changement de braquet. Cela devrait être un des enjeux majeurs portés aux élections européennes, en haut des priorités pour donner une identité forte, une proposition écologique crédible à notre liste. Par ailleurs, c’est créateur d’emplois.
• L’Europe doit favoriser les circuits courts agricoles et industriels pour réduire les besoins de transport. C’est une relocalisation des productions qui est nécessaire, relocalisation favorable à l’emploi ! C’est d’un changement des modes de production qu’il s’agit : de la proximité comme une vertu écologique !
• La gratuité des transports en commun a trois mérites : la baisse des émissions de GES par la baisse du trafic voiture, la lutte contre la pollution de l’air, et in fine, des gains de pouvoir d’achat pour les usagers. Cette proposition est de la compétence des communautés de communes. Mais l’Europe pourrait participer de manière volontariste au financement en subventionnant l’investissement nécessaire à la construction de lignes de bus, de tram, et de métros nécessaires à la mise en œuvre de cette proposition.  

 

Favoriser les économies d’énergie

Le deuxième angle d’attaque, c’est de prendre des mesures aidant à l’économie d’énergie par un plan rapide et ample de rénovation thermique du logement (qui représente 16,5 % des émissions de GES), là encore favorable au pouvoir d’achat de nos concitoyens sur leurs factures d’électricité ou de gaz… à condition que les aides à la rénovation soient importantes. C’est sur ce point que l’Europe peut jouer un rôle complémentaire des États. C’est une mesure qui peut être prise très rapidement.
Le poids de la consommation d’énergie dans les émissions de GES est loin d’être négligeable à l’échelle européenne. Il faut une politique volontariste pour aller vers un abandon rapide des centrales à charbon et d’une manière générale des énergies carbonées. Pour cela, il faut une compensation crédible par la montée en puissance des énergies décarbonées (les énergies renouvelables en priorité). Là encore, cela implique des financements plus vigoureux pour la recherche, afin d’obtenir des avancées significatives sur le stockage de l’énergie par exemple.

Et pourtant, plusieurs listes de gauche aux élections européennes vont faire de la sortie du nucléaire une priorité. Outre le fait que ce n’est pas de la compétence de l’UE, l’abandon de cette énergie aurait un effet nul, en étant optimiste, ou, plus vraisemblablement, négatif sur le  climat ! C’est ce que montre l’expérience allemande. C’est aussi l’avis des experts clima­tologues du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui prennent le contre-pied en plaidant pour un essor du nucléaire dans leurs solutions pour contrer le réchauffement !

Ces quelques propositions sont de nature à permettre de tenir les objectifs de l’accord de Paris (2015), voire d’aller plus loin. Pour réenclencher une dynamique vertueuse en Europe mais aussi dans le monde. 
Sauvegarder la biodiversité.

C’est aussi un des moyens de contribuer à la bataille pour la sauvegarde de la biodiversité, fortement menacée par de multiples causes mais pour laquelle le changement climatique très rapide est un facteur fortement aggravant.

Avec Natura 2000, l’Europe a eu une action positive : recensement de la biodiversité, mesures de protection, nouvelles aires de réserves naturelles… Elle peut poursuivre dans ce sens :
• En soutenant plus fortement la recherche sur la biodiversité, sur la restauration écologique (la science qui « répare » les écosystèmes) ;

• En bonifiant les subventions aux projets d’aménagement du territoire respectueux de la biodiversité.
Elle doit montrer un autre visage, en étant étanche aux groupes de pression de l’agro­business, en soutenant vigoureusement une  alternative rapide aux pesticides, dont le glyphosate, et en promouvant l’agroécologie et le bio.

 

Alain Pagano est responsable de la commission Écologie du conseil national du PCF.

Cause commune n°9 • janvier/février 2019

 

 

 

 

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À propos de « Cause commune »

La revue « Cause Commune » est la revue d'action politique du PCF.

Aller au-delà des apparences pour mieux comprendre et agir plus efficacement ; suivre les élaborations et les décisions du Parti communiste ; préparer des initiatives militantes efficaces : Cause commune, c'est tout cela et plus encore.

La revue donne la parole aux communistes mais aussi aux chercheurs et artistes de tous horizons. Ils font le point des débats et nous emmènent au-delà des sentiers battus de l'idéologie dominante.

Cette revue paraît tous les deux mois.

Au cours de ce mois d’août notre Blog vous propose quelques articles de « Cause Commune » parus entre novembre 2018 et août 2019.

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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 07:11
Rassemblement au Menez Hom en 2015 pour l'interdiction des armes nucléaires  (photo Le Chiffon Rouge)

Rassemblement au Menez Hom en 2015 pour l'interdiction des armes nucléaires (photo Le Chiffon Rouge)

Rassemblement au Menez Hom en 2015  pour l'interdiction des armes nucléaires (photo Le Chiffon Rouge)

Rassemblement au Menez Hom en 2015 pour l'interdiction des armes nucléaires (photo Le Chiffon Rouge)

COLLECTIF  29 (cian29*) Pour l'Interdiction des Armes Nucléaires
 
En 1945, les bombardements d'HIROSHIMA et NAGASAKI ont fait la preuve de la barbarie de l'usage des bombes atomiques.
 
Ce MARDI 6 AOÛT, SOUVENONS NOUS et REDISONS: STOP AU PÉRIL CRIMINEL !
 
Aujourd'hui, soutenons les acteurs du progrès humain qui veulent que les richesses disponibles soient consacrées au bonheur de toutes et tous.
 
Il y a mieux à faire que de financer le gâchis des militarisations de nos territoires et d'en faire des cibles oh combien dangereuses
 
Ni en Presqu'île de Crozon
Ni en rade de Brest
Ni ailleurs...
PLUS UNE SEULE BOMBE NUCLÉAIRE
 
La France doit signer le traité d'interdiction des armes nucléaires voté le 7 juillet 2017 à l'ONU.
 
CLAMONS CE MESSAGE
 
MARDI 6 AOUT
à partir de 10h au MENEZ-HOM
Au programme :
10h : RDV à la stèle de la résistance
face à la chapelle de Sainte-Marie du Menez-hom
Départ de la montée pour la paix 
11h : Rassemblement et prise de paroles au sommet
12h30 : Pique-nique partagé, animations...
 
Le cian29 initié par le mouvement de la paix et l'université européenne de la paix regroupe une quinzaine d'associations et organisations syndicales et politiques du département dont la fédération 29 du PCF.
 
Lire aussi:
Collectif finistérien pour l'interdiction des armes nucléaires:  rassemblement du 6 août, 10H, au Menez Hom en souvenir des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki
Collectif finistérien pour l'interdiction des armes nucléaires:  rassemblement du 6 août, 10H, au Menez Hom en souvenir des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 16:47
Decès de Steve: une affaire de trop (communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme)

Communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme

Décès de Steve : une affaire de trop .

Le 21 juin dernier à Nantes, lors de la soirée de la fête de la musique plusieurs personnes ont été contraintes de se jeter dans l’eau suite à une intervention très violente de la part des forces de l’ordre.

Ces dernières n’ont pas hésité à utiliser sans discernement des gaz lacrymogènes, grenades de désencerclement alors que le lieu où se déroulaient les faits étaient dangereux.

Depuis plus d’un mois la disparition de Steve tombé dans la Loire était passée sous silence de la part des autorités.

La découverte de son corps 29 juillet a malheureusement conforté ce que tout le monde craignait.

Il est l’heure aujourd’hui de faire le bilan de cette triste soirée.

La Ligue des droits de l’Homme dénonce une fois de plus les conditions d’intervention des forces de l’ordre qui ont à l’évidence manqué totalement de discernement démontrant que le pouvoir choisit la répression comme méthode face aux contestations de toutes sortes qu’elles soient revendicatives ou simplement… festives.

Elle demande que toute la lumière soit faite par le biais d’une enquête judiciaire impartiale, claire et complète.

Le rapport de l’IGPN sorti le jour même de la découverte du corps de Steve et ses conclusions selon lesquelles « Il ne peut être établi de lien entre l’intervention de police et la disparition ». laissent pour le moins interrogatif devant ce simulacre d’enquête Même le premier Ministre semble ne pas vouloir se contenter de ce rapport ,

La Ligue des droits de l’Homme constate que l’IGPN est saisie de centaines de plaintes depuis de nombreux mois sans qu’il y ait de suite, ce qui démontre que cette institution rattachée au Ministère de l’Intérieur n’est plus crédible . Etant à la fois juge et partie l’IGPN ne peut par sa fonction même que mettre à mal la confiance que la société devrait avoir avec la police.

La nécessité d’une autorité indépendante comme cela existe dans la plus part des pays européens devient une évidence car cela pose la question du lien de confiance entre les forces de l’ordre et les citoyens, socle fondamentale de notre démocratie.

La Ligue des droits de l’Homme mènera ce combat nécessaire.

La Ligue des droits de l’Homme présente ses condoléances à la famille de Steve et les assure de sa solidarité.


 


 

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 05:58

Rappelant les écrits et les combats de Jaurès, qui ont traversé les âges, Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité, a commémoré le 105e anniversaire de la disparition de Jean Jaurès au café du Croissant à Paris, ce 31 juillet 2019

Hommage à Jean Jaurès

Café du croissant

31 juillet 2019.

Patrick le Hyaric

Mesdames, Messieurs les élus,

Chers amis,

Chers camarades,

Merci à chacune et chacun d’entre vous d’honorer par votre présence, comme chaque année, ce rendez-vous d’hommage à Jean Jaurès, à l’endroit même où son assassin fanatisé par la propagande chauvine l’exécuta d’une balle en pleine tête il y a tout juste 105 ans, précipitant ainsi le carnage de la Grande Guerre.

Rassemblés ici, nous tissons les liens d’une histoire longue, celle des révoltes et des révolutions en France, celle de la classe ouvrière et des noces qu’elle célébra avec la République pour fortifier chacune de ses conquêtes et celle du combat pour la paix et le désarmement.

Nous cultivons la mémoire des combats menés par le mouvement ouvrier dans le sillon de la Grande révolution française et pour élargir la démocratie jusqu’aux chasses gardées de la propriété privée et lucrative.

Nous le faisons en entretenant le souvenir de la vie et de la pensée de Jean Jaurès, cette admirable figure dont les écrits et les combats ont traversé les âges et les modes, léguant à la France entière et bien au-delà l’héritage flamboyant et fertile des luttes pour la grande paix humaine, pour la liberté de conscience, l’égalité sociale et politique.

Ce rassemblement permet également à chacune et chacun d’entre nous de consolider la digue posée par le mouvement ouvrier et Jaurès lui-même entre le nationalisme purulent, qui aura finalement eu raison de sa vie, et la solidarité internationaliste ; entre la réaction et le progrès social et humain ; entre l’obscurantisme et la pensée rationnelle et émancipatrice.

Si Jaurès a pu faire l’objet de toutes les récupérations, jusqu’aux plus absurdes et cyniques, c’est qu’il aura laissé une trace indélébile dans les consciences et la mémoire populaires. Une trace aussi forte que problématique pour le parti de l’ordre et ses affidés des puissances d’argent, mais une trace aussi profonde que féconde pour tous les militants de l’émancipation humaine.

Aujourd’hui, plus d’un siècle après son assassinat, les analyses de Jaurès résonnent au cœur d’une actualité brulante et troublante, de fer et de feux.

La guerre aujourd’hui menace sur chacun des continents. Les forces nationalistes attisent les rancœurs, enveniment les querelles historiques, géographiques, culturelles. « Misérables patriotes, lançait Jaurès aux nationalistes de son temps, qui, pour aimer et servir la France, ont besoin de la préférer ».

Ces forces apparaissent désormais comme des forces de cogestion du capital, garantissant son déploiement tout en flattant les instincts les plus archaïques.

Les coalitions des droites extrêmes et des extrême-droites gagnent partout des positions décisives accentuant les guerres commerciales, affaiblissant partout les protections collectives conquises par le mouvement social et ouvrier, intensifiant comme le font Etats-Unis, Brésil, Autriche ou encore Hongrie l’exploitation des deux sources de toute richesse : le travail humain et la nature au point aujourd’hui de menacer notre humanité commune.

Les guerres de proie comme les nommait Jaurès menacent aujourd’hui au Moyen Orient, où le détroit d’Ormuz, chemin stratégique de l’approvisionnement mondial en hydrocarbures, fait l’objet de toutes les convoitises.

Le conflit historique et civilisationel entre l’Iran et ses voisins sunnites des monarchies théocratiques du Golfe a bon dos quand se joue, dans les faits, la recomposition politique sous l’égide des Etats-Unis et de ses alliés régionaux d’un Moyen Orient laissé en ruine après trente longues années de guerres et de déstabilisations.

Les incidents s’accumulent et se répètent dans le Golfe persique. Avant-hier des troupes iraniennes étaient accusées de monter à l’abordage d’un tanker pétrolier japonais, hier le Président nord-américain envoyait ses avions de chasse dans l’espace aérien iranien pour y jeter des bombes avant de se raviser. Aujourd’hui un navire anglais et son équipage sont saisis par les autorités iraniennes.

« Aucune des parties n’a intérêt à la guerre » nous dit-on. Mais qui sait pourquoi et comment l’étincelle viendra allumer le braiser et nourrir le feu régional ? Qui peut prédire quand et comment s’arrêtera la volonté des faucons nord-américains de s’adonner au fameux « changements de régime » dont tant de peuples ont eu à subir les conséquences ? Comment garantir que les franges les plus fanatisées du régime iranien ne profiteront pas de l’occasion pour affirmer leurs positions politiques dans la société iranienne et alentours ?

Nul doute que ce conflit autour de la rente pétrolière s’insère dans un dispositif global de guerre économique au moment où la Chine s’affirme comme l’une des principales puissances d’un monde multipolaire et réclame pour son développement des ressources énergétiques absentes de son sol.

« Dans ce siècle de concurrence sans limite et de surproduction, avertissait Jaurès, prémonitoire, dès 1895, il y a aussi concurrence entre les armées et surproduction militaire : l’industrie elle-même étant un combat, la guerre devient la première, la plus excitée, la plus fiévreuse des industries ».

Cette phrase percute de plein fouet notre époque.

Une époque de tensions où le capital, dans l’incapacité de régler ses propres contradictions, sape d’une main la demande intérieure par des mesures drastiques d’austérité imposées à des Etats dociles et complices, nourrissant pauvreté et précarité, et multiplie de l’autre les traités de libre-échange pour dégager de nouveaux terrains de profitabilité et offrir de nouveaux débouchés à l’océan de marchandises produites dans des conditions qui heurtent les besoins sociaux et écologiques.

Cette dynamique morbide du capital financiarisé a pour exact corolaire une croissance phénoménale des budgets militaires sur l’ensemble de la planète.

4,9 % de hausse générale des budgets consacrés à l’armement militaire ont été constatés en 2018, essentiellement porté par l’OTAN et en son sein la puissance états-unienne.

La dépense globale de défense suit cette courbe folle depuis 20 ans, dépassant largement la proportion de dépenses militaires lors de la guerre froide.

L’intensification de la guerre économique produit bel et bien, comme le pressentait Jaurès, l’excitation de la plus « fiévreuse » des industries : l’industrie militaire.

Le monde a aujourd’hui sur ses bras fragiles le poids lourd d’un arsenal militaire d’une incroyable puissance, et au cœur de celui-ci, un arsenal nucléaire aux capacités dévastatrices à peine concevables.

Les deux principales puissances nucléaires se désengagent petit à petit des traités encadrant la production d’armes. Les traités bilatéraux signés entre les Etats-Unis et la Russie dit START, censés freiner la prolifération nucléaire vont arriver à échéance en 2021 et rien ne permet aujourd’hui de prédire leur reconduction. D’autant que la Russie vient de suspendre sa participation au traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire après que M. Trump l’ait brutalement déchiré il y a plusieurs mois.

Comment comprendre que les armes chimiques et bactériologiques aient été interdites et que perdure cette tolérance à l’armement nucléaire, lui aussi, et plus encore, de destruction massive.

Il y a deux ans, 122 Etats ont courageusement adopté aux Nations-Unies le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Le chemin est encore long mais la volonté progresse pour que l’humanité renonce à ces engins d’apocalypse.

Les sommes colossales englouties par l’armement nucléaire pourraient être dégagées vers les besoins humains et répondre à cet enjeu fondamental de notre temps : la lutte contre le réchauffement climatique dont, nous aurons encore plus que les jours derniers à subir les terribles conséquences.

Les centaines de milliards alloués à l’entretien et la modernisation du parc nucléaire pourraient abonder des fonds pour une urgente transition écologique des modèles productifs industriels ou agricoles.

L’humanité se hisserait ainsi à hauteur des terribles enjeux auxquels elle doit faire face en conjurant les deux principaux périls qui la guettent, nourris l’un et l’autre par la guerre économique et l’exploitation capitaliste : l’affrontement nucléaire et la destruction de notre environnement.

« Nous disons qu’aujourd’hui l’affirmation de la paix est le plus grand des combats : combat pour refouler dans les autres et en soi-même les aspirations brutales et les conseils grossiers de l’orgueil convoité ; combat pour braver l’ignominie des forces inférieures de barbarie qui prétendent, par une insolence inouïe, être les gardiennes de la civilisation française » disait Jaurès dans une adresse à la jeunesse, quelques mois avant que le fracas des armes ne vienne engloutir la civilisation européenne.

Oui, la paix est le plus grand des combats : un combat politique qui ne se satisfait pas des formules creuses ou abstraites mais appelle à l’action, à l’unité populaire, au dépassement du système de prédation qui porte en lui, telle la nuée, l’orage meurtrier des guerres. Elle est la condition première du développement social et démocratique des sociétés sans laquelle ne peut advenir « l’évolution révolutionnaire » chère à Marx repris par J Jaurès.

Jaurès prévenait en effet lucide que : « La guerre rendrait impossible la régulière évolution sociale. Les hommes qui poussent la volonté de paix sont les serviteurs du progrès social. »

Propos prémonitoires quand aujourd’hui est proposé aux populations du continent, comme seul projet d’avenir, celui d’une militarisation de l’Europe, elles qui attendent plutôt de l’Union européenne, progrès démocratique, progrès social, progrès environnemental.

Chers amis,

Jaurès avait à cœur de montrer par ses actes et ses écrits la cohérence des combats pour l’émancipation humaine.

Il aura mené de front le combat pour fortifier la République et faire advenir le socialisme ; pour l’unité du prolétariat et la défense du capitaine Dreyfus ; pour la séparation des Eglises et de l’Etat et la paix civile ; pour sa patrie et pour la solidarité internationaliste.

De cette intransigeance à lier les engagements, Jaurès eut à pâtir sa vie durant, nourrissant inimitiés, rancunes, jusqu’à la haine de ses adversaires les plus résolus : « Il y a, dans le voyage de l’esprit à travers la réalité, une part d’aventure dont il faut d’emblée accepter le risque » se plaisait-il à dire.

Jaurès tient cette cohérence de l’enseignement du grand événement qui fit bifurquer l’histoire universelle : cette Révolution française, fille des Lumières et mère du socialisme dont la France célèbre cette année le 230ème anniversaire malgré le silence assourdissant  de son chef de l’Etat.

Alors que les gouvernements successifs cherchent à effacer les enseignements de cette grande rupture politique et philosophique dont le souvenir s’évanouit dans un défilé militaire rituel où l’on exhibe son armement comme dans une vente aux enchères, souvenons-nous de l’intérêt que portait Jaurès à, je le cite, la « flamme tourmentée, mais immortelle, que despotisme et contre-révolution s’acharneront à éteindre, et qui, toujours ranimée, s’élargira en une ardente espérance socialiste. »

Lorsqu’il s’attèle à la rédaction de ce qui restera l’une de ses plus grandes œuvres, son « Histoire socialiste de la Révolution française », Jaurès se trouve à un moment charnière de son parcours politique et intellectuel. La France vit également des moments critiques.

L’Affaire Dreyfus affleure dans un climat d’antisémitisme fétide et alors que les conquêtes républicaines vacillent sous les coups de boutoir d’une réaction qui refuse de dire son dernier mot.

Tout un courant politique et idéologique s’échine à dénier aux classes populaires toute légitimité à faire l’Histoire. Fleurissent alors les pamphlets hostiles aux mouvements populaires, définis par les Barrès, Maurras, et autres Gustave le Bon, autant d’intellectuels réactionnaires alors lus et commentés, comme des névroses sociales par essence chaotiques, vecteurs de désordre et de chaos.

Jaurès ne singe pas l’historien perché sur son Aventin, contemplant l’histoire en refusant d’en tirer parti. Il effectue au contraire ce geste éditorial comme un geste politique qu’il place, selon ses mots, sous le triple patronage de « Plutarque, de Michelet, et de Marx », autrement dit d’une histoire des hommes appelés aux commandes des événements, du peuple en mouvement, qui ne peut faire l’économie d’une analyse des conditions économiques et sociales qui fondent le réel.

Cette Histoire est l’occasion pour Jaurès d’user des outils conceptuels puisés dans la lecture des œuvres de Marx qu’il dévore dans la décennie précédente, notamment d’une théorie matérialiste de l’histoire encore balbutiante mais qui trouvera au cours du 20ème siècle un puissant retentissement.

Bourgeoise, la Révolution française l’est assurément constate-t-il. Mais elle a fait naître des contradictions exprimées dès l’instauration de la République en 1792 que seul le socialisme pourra surmonter en redéfinissant le rôle de la propriété. « Je n’ai jamais négligé l’œuvre de réforme, et toujours je m’efforçais de donner à nos projets de réforme une orientation socialiste. Je n’y voyais pas seulement des palliatifs aux misères présentes, mais un commencement d’organisation socialiste, des germes de communisme semés en terre capitaliste. » disait Jaurès en 1901, au moment même de la rédaction de son histoire socialiste.

Pour Jaurès, si la Révolution aura signé ce qu’il appelle l’avènement de la pleine démocratie politique », elle aura tout autant révélé dans son développement, précise-t-il, « l’incapacité de la bourgeoisie française à gouverner seule, parce qu’elle ne peut se défendre contre les forces subsistantes du passé sans faire appel aux forces de l’avenir ». La Révolution est ainsi mère du socialisme et du mouvement ouvrier, d’une part parce que « la grande lumière de l’Encyclopédie », a nourri « la pensée socialiste héritière des audaces extrêmes du 18ème siècle qui commence à pénétrer les instituteurs de la Nation », et, d’autre part, parce qu’elle aura concouru à « subordonner théoriquement le droit de propriété au droit supérieur de la nation » par l’effort des classes populaires représentées par les fractions jacobines.

Le mouvement ouvrier est ainsi appelé à défendre la République en prolongeant la démocratie, à fortifier les libertés conquises en y puisant les ressources pour gagner de nouveaux combats.

Créer la démocratie en la dépassant a été, durant un grand siècle tourmenté et fécond, l’œuvre de la classe ouvrière. Diriger la démocratie en la dépassant et l’obliger enfin à se hausser au socialisme ; ce sera sa grande œuvre de demain» concluait magistralement Jaurès dans son Histoire socialiste de la Révolution française

Chers amis,

Comment ne pas penser à ce retour d’une mémoire révolutionnaire enfouie, quand le mouvement des gilets jaunes s’est élargi au pays entier lors de cette irruption des colères qui a irrigué la France, quand se sont déployés des dizaines de mouvements sociaux dans les hôpitaux, les écoles, les EHPAD, dans ces sites industriels sacrifiés à l’autel du grand Monopoly mondial et dont les noms, Alsthom, Ascoval, Ford, Argowiggins, Conforama sonnent à l’oreille comme autant de trahisons.

« Ceux qui regardent au fond des esprits, au fond des âmes, s’aperçoivent que dans la conscience ouvrière l’idéal révolutionnaire survit secrètement, et à la moindre ouverture des évènements, la lumière jaillit de nouveau. Grande leçon pour tous les gouvernements de répression, quels qu’ils soient, et de quelque nom qu’ils s’appellent » écrivait Jaurès.

Oui les privilèges de la noblesse furent abattus en 1789 et 1793 par la mise en mouvement de la société française.

Ce sont désormais ceux du capital, de la finance, maintenus grâce au sacro-saint droit de propriété sur les moyens de production et d’échange, qu’il convient de faire choir afin que la République renoue enfin avec sa promesse de liberté, d’égalité, de fraternité, et prolonge ainsi le combat révolutionnaire pour, comme le disait Jaurès, que les citoyens cessent d’être « serfs dans l’entreprise ».

Notre gouvernement s’affirme aujourd’hui comme un « gouvernement de répression », liguant autour de lui l’ensemble des classes possédantes pour conjurer le sceptre de l’égalité sociale et politique. Les moyens déployés pour brider les mouvements sociaux, le dévoiement des doctrines de maintien de l’ordre républicaines à des fins coercitives dans les banlieues populaires allant jusqu’à mettre un groupe d’enfants à genoux dans la cour de leur école, comme sur les ronds-points tenus par des citoyens en gilet jaune, ou tuant une dame qui vient à sa fenêtre ou encore l’innommable tragédie du  jeune Steve qui vient danser le soir de la fête de la musique et qu’on retrouve 38jours plus tard dans les eaux saumâtres de La Loire ;  devraient inquiéter beaucoup plus. Il ne faut jamais s’habituer à l’intolérable !

M. Macron ajoute à sa politique de défense exclusive des plus riches et à la répression policière une attitude résolument monarchique, sacrifiant le Parlement et contournant la souveraineté populaire par la grâce d’une élection présidentielle au mode de scrutin désuet conférant des pouvoirs exorbitants.

Les lois de restriction des libertés qui se multiplient avec le développent du capital financier  ne sont pas sans rappeler celles qui accablèrent la France à la fin du 19ème siècle sous le nom de « lois scélérates ».

« Votre loi, s’insurgeait Jaurès, voudra, d’un regard aigu, continu, profond, surveiller constamment toutes les consciences, et alors, sous prétexte d’hygiène morale, vous aurez installé dans ce pays la plus étrange tyrannie qu’on ait jamais pu rêver ! ».

Face à ce retour sans équivoque du parti de l’ordre sous de nouveaux oripeaux, l’on comprend aisément le soin pris à taire le 230ème anniversaire du soulèvement révolutionnaire qui fonda la Nation française et auquel Jaurès travailla à en faire vivre l’écho dans la classe ouvrière.

Chers amis,

Des combats que mena Jaurès celui pour que vive et se développe  l’Humanité lui aura coûté heures et années de travail acharné et épuisant. « Faire vivre un grand journal sans qu’il soit à la merci d’autre groupe d’affaires est un problème difficile» prévenait-il dans son premier éditorial.

115 ans plus tard, le journal qu’il fonda est toujours là, vivant, à l’affut de l’actualité, des luttes pour la justice sociale et le progrès humain, offrant son regard sur les événements du monde à toutes les intelligences libres. Il le fait dans des conditions rendues extrêmement difficiles qui dépendent de multiples facteurs.

Informer en toute indépendance, en assumant le regard communiste sur l’évolution du monde est devenu chose ardue.

Mais, c’est, nous en sommes persuadés, chose au combien essentielle, pour nous, mais pour la société toute-entière qui a besoin du point de vue communiste pour contrer la double offensive du capital et des extrême-droites.

A l’heure où les impasses du système capitaliste apparaissent comme autant de menaces pour la survie de l’humanité, comment concevoir que puisse disparaitre les journaux qui, avec rigueur, sans tronquer les faits ni abaisser le débat public, cherche dans le mouvement même du monde les voies de l’alternative ?

L’Humanité traverse à l’heure actuelle une zone de turbulence qui n’est pas sans rappeler celle qu’il traversa dans les années qui suivirent sa naissance, avant qu’il ne soit adossé à la grande et belle espérance communiste.

C’est avec douleur que nous avons été contraints de concéder au tribunal de commerce à une réduction du nombre de salariés, tout en procédant à des économies drastiques sur notre fonctionnement.

Pour autant, nous perpétuons chaque jour et chaque semaine l’œuvre d’informer que Jaurès considérait avec sagacité comme essentielle au mouvement transformateur.

« C’est parfois de l’extrémité du péril que vient le salut » écrivait Jaurès en 1906, alors que le journal était au bord du gouffre. Cette phrase d’un optimisme lucide est la nôtre. Faire advenir le salut est l’affaire de chacune et chacun d’entre nous, en s’abonnant à nos titres, en relayant nos contenus, en participant aux campagnes de souscriptions populaires qui supplées à l’argent des grands capitalistes dont profitent l’ensemble de nos confrères. Nous avons un besoin vital de votre engament pour que vive l’Humanité.

C’est une des conditions pour que « se réalise enfin l’Humanité »

Je vous remercie de votre attention.

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 05:29

 

Pour un service public ferroviaire de qualité. Texte collectif

En cette période de départs en vacances, les encombrements routiers sont éclipsés dans les médias par d’autres files d’attente démesurées, observées aux guichets des gares, pour ceux qui ont échappé au programme de fermeture à grande vitesse ordonné par la direction de la SNCF. Les effets de la contre-réforme ferroviaire imposée contre les cheminots sont là : selon les diktats ultralibéraux du gouvernement et de l’Union européenne, il faut préparer le rail à la concurrence, l’« assainir » financièrement, dégraisser ses effectifs, afin de rendre ses activités, du moins celles qui n’auront pas été abandonnées, rentables pour des actionnaires, comme cela fut fait – l’actualité nous rappelle douloureusement à quel prix – pour France Télécom devenue Orange. Contrairement à ceux qui dénonçaient les prétendus privilèges des cheminots en grève l’an passé, la Convergence nationale rail (CNR) n’est guère étonnée par ce triste constat. Les usagers payent plein tarif la libéralisation du rail. Les nouvelles cartes de réduction de la SNCF n’ont d’ailleurs pas fait illusion : la baisse de leur coût masque mal le durcissement des conditions d’échange ou de remboursement des billets et la grande disparité des réductions auxquelles elles donnent droit, selon les régions, qui préfigure la balkanisation tarifaire totale que l’ouverture à la concurrence engendrera si l’on ne parvient pas à l’arrêter.

Les fermetures de lignes, dégradations d’infrastructures ferrées et les entraves aux régénérations de « petites lignes » demandées par des régions se multiplient également. Mais comment pourrait-il en être autrement dans le cadre de la poursuite de la saignée des effectifs cheminots et du désengagement financier de l’État du rail ? Les files d’attente aux guichets ne doivent pas non plus nous faire oublier que les traditionnels embouteillages routiers estivaux (alors que le réseau routier a bénéficié d’une extension massive ces dernières décennies, à l’inverse du réseau ferroviaire) ont aussi à voir avec la politique antiferroviaire : le sacrifice du fret, qu’illustre actuellement l’arrêt de fait, en dépit des manipulations verbales de la ministre des Transports, du train des primeurs Perpignan-Rungis, engorge nos routes et asphyxie notre air par le report modal massif vers les camions. Rappelons aussi que la SNCF prévoit l’arrêt du service auto-train en décembre prochain… mais le gouvernement ose se prétendre attaché à la lutte contre le changement climatique ! En réalité, détruire les services publics pour les livrer aux actionnaires constitue son principal credo, qu’importent pour lui les conséquences pour les salariés, usagers et citoyens.

La CNR et ses collectifs ont récolté près de 20 000 signatures sur la pétition contre la déshumanisation des gares et des trains, multiplié les rencontres de terrain avec les usagers, les interpellations aux directions SNCF, organisé un rassemblement devant le siège de la SNCF le 4 juin dernier. Nous appelons à amplifier la mobilisation. Nous ne renoncerons pas et continuerons à réclamer la réouverture des gares et guichets, des contrôleurs dans tous les trains, une tarification de service public transparente et accessible à tous, la sauvegarde ou la réouverture puis le développement de toutes les lignes menacées, le développement du fret ferroviaire, le maintien et le développement de l’auto-train ou le retour d’un vaste réseau de trains de nuit. Nous refusons les mesurettes et l’enfumage des « nouvelles mobilités » qui font diversion du report modal du rail vers la route voulu par le gouvernement, ou des « innovations » comme la vente de billets de train chez les buralistes ou les guichets ambulants pendant que ferment les gares ! L’avenir des transports est au rail public avec des embauches de cheminots pour conduire, accompagner, entretenir les trains et les voies ou vendre les billets.

La Convergence nationale rail : Didier Le Reste, Aurélien Djament, Laurent Russeil, Francis Portes, Vincent Jouille.

 

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 05:27

L’aboutissement de la commission mixte paritaire sur ce texte de loi entérine le bouleversement du modèle sportif français. C’est avec amertume que je constate que le Parlement a été mis, une nouvelle fois, complètement de côté pour la création de l’Agence nationale du sport. En l’introduisant au dernier moment dans un projet de loi portant sur un autre sujet, le Gouvernement a empêché toute réflexion de fond sur la nature du service public du sport que nous voulons pour notre pays.

Depuis deux ans, la réforme de la gouvernance du sport est menée dans un flou total, déstabilisant l’ensemble du mouvement sportif. Nous avons tout d’abord appris le projet de création d’une agence par la presse, puis, en décembre dernier, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2019, la majorité a décidé de supprimer le Centre national pour le développement du sport – CNDS – en fléchant ses taxes affectées vers la future structure, alors que nous ne connaissions ni ses missions, ni sa composition.

Cet amateurisme s’est de nouveau manifesté avec la création de l’Agence sous forme de groupement d’intérêt public. Le Conseil d’État a clairement démontré que la structure de l’Agence ne correspondait pas au GIP tel qu’il est défini par la loi, l’État étant pour l’instant le seul financeur parmi les codécisionnaires. Enfin, pour donner une base légale à l’Agence, le Gouvernement a décidé de manière cavalière de l’introduire dans un projet de loi qui n’a rien à voir. Le Parlement n’est pas une simple chambre d’enregistrement devant subir les tâtonnements du Gouvernement.

Sur le fond, les députés communistes ne soutiennent pas non plus sa création. Les collectivités territoriales et le mouvement sportif doivent évidemment être étroitement associés aux politiques sportives de notre pays. Cependant, ce n’est pas en affaiblissant le rôle de l’État que nous augmenterons les capacités des autres acteurs à agir. Au contraire, l’État doit retrouver sa place centrale, renouer avec des politiques sportives ambitieuses et trouver les outils législatifs pour casser les barrières à la pratique, par exemple.

En creux, c’est l’avenir du ministère des sports qui se joue. L’Agence le remplace dans l’exercice de ses missions principales que sont le développement du sport pour tous et le soutien au haut niveau. Son administration est très affaiblie et ses services déconcentrés, notamment, ne possèdent plus l’autonomie nécessaire pour assurer leurs missions. Quant à ses moyens, ils sont faméliques, après deux ans de baisse drastique de son budget.

La transformation progressive du ministère des sports en simple direction des sports est une erreur stratégique grave. Le sport est un service public à part entière, qui a besoin d’un ministère fixant les grands axes et se posant en garant de l’intérêt général. Sans ministère des sports, les petites fédérations seraient encore plus en difficulté, et la France n’aurait pas pu mener la bataille qu’elle a conduite pour l’éthique et contre le dopage. Sans ses fonctionnaires, nos résultats dans les grands événements sportifs seraient médiocres.

La volonté du Gouvernement de transférer les conseillers techniques sportifs aux fédérations n’est que la simple traduction de ce désengagement. En se privant des fonctionnaires déployant les politiques publiques du sport partout dans le pays, l’exécutif entérine définitivement la disparition de celles-ci. Imagine-t-on une seule seconde les politiques publiques culturelles ainsi abandonnées ? Pourquoi réserver un tel traitement au sport, quand on connaît ses bienfaits et ses valeurs, portées par les millions de bénévoles et de salariés dont l’ambition quotidienne est de donner accès à la pratique sportive au plus grand nombre ?

Les députés communistes soutiendront la ratification des ordonnances, afin de préparer au mieux les Jeux olympiques et paralympiques de 2024. S’agissant des voies réservées, nous nous félicitons que la rédaction du Sénat ait été conservée, car elle précise que la mise en service de ces voies doit être strictement proportionnée aux objectifs de sécurité et de fluidité. En effet, l’impact sur les populations locales doit être le plus faible possible, les voies réservées se situant le plus souvent dans des zones au trafic déjà extrêmement dense.

Enfin, nous invitons le Gouvernement à ratifier dès la rentrée les deux ordonnances de décembre 2018 et de mars 2019 relatives à la lutte contre le dopage et la mise en conformité avec le code mondial antidopage. C’est une condition sine qua non pour accueillir les Jeux olympiques et paralympiques, et je regrette que l’amendement de Marie-George Buffet permettant cette ratification n’ait pu être examiné lors de la première lecture. Il y va de la crédibilité de la France, qui a toujours été pionnière dans la lutte antidopage. (M. Ugo Bernalicis applaudit.)

Si nous soutenons la ratification des ordonnances relatives à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques, nous ne pourrons voter en faveur de ce texte consolidant l’Agence nationale du sport. Les députés communistes appellent le Gouvernement à entamer avec le Parlement un travail de fond sur l’avenir du service public du sport, débouchant, enfin, sur une loi ambitieuse qui le consolide. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et FI.)

 

 

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4 août 2019 7 04 /08 /août /2019 05:44

 

La canicule, avec ses longues sécheresses et ses orages dévastateurs, rappelle que la souveraineté alimentaire n’est pas acquise. Il y a urgence à adapter nos pratiques agricoles et réduire la taille des exploitations pour améliorer la qualité des sols et nourrir les générations futures.

À Mâcon, lors de son 50 e congrès en juin 2016, le syndicat Jeunes Agriculteurs avait mis en exergue ce mot d’ordre : « Des fermes plutôt que des firmes. » Le syndicalisme paysan des moins de 35 ans soulignait, via ce slogan, les difficultés qu’il rencontrait pour favoriser l’installation de jeunes paysans quand leurs aînés partaient en retraite. Souvent, les terres appartenant à différents propriétaires vont désormais agrandir des fermes déjà grandes. Nous sommes dans une Europe où les dirigeants des États membres de l’Union comme le collège des Commissaires agissant depuis Bruxelles semblent totalement incapables de proposer une politique agricole qui donnerait enfin la priorité à la coopération et à l’écologie. Le réchauffement climatique nous en montre pourtant l’urgence. Mais l’accord de libre-échange que la Commission européenne vient de conclure avec les pays du Mercosur est de nature à mettre en cause notre souveraineté alimentaire, tout en favorisant la croissance des émissions de CO 2 de l’agriculture au niveau mondial.

Il devient urgent de promouvoir, au niveau communautaire, une politique qui favorise la souveraineté alimentaire tout en réduisant le bilan carbone de l’assiette de 500 millions d’Européens. Une nouvelle réforme de la politique agricole commune (PAC) viendra en débat au cours des prochains mois. Il faudrait la fonder sur la promotion de l’agroécologie dans tous les pays membres. Car il s’agit de la seule voie possible pour freiner le réchauffement climatique. Et pour y parvenir, il nous faut des fermes plutôt que des firmes, gérées par des exploitants ayant une vision à long terme de leur métier.

Réduire le bilan carbone de chaque litre de lait de vache et de chaque kilo de viande bovine passe par une exploitation rationnelle de l’herbe composée d’un mélange approprié de graminées et de légumineuses, tout en réduisant progressivement les importations de soja comme les apports d’engrais azotés sur nos prairies, qui sont aussi des puits de carbone. En France, cela suppose qu’on garde un fort réseau d’exploitations familiales et sociétaires à taille humaine. Dans ces fermes, les vaches continueront d’aller au pré de mars à novembre. Il ne faut surtout pas développer l’antimodèle de la ferme dite des 1 000 vaches, en plus grand encore. Car, cela se traduirait forcément par une alimentation avec un bilan carbone désastreux.

Promouvoir sans attendre l’agroforesterie

Compte tenu du retard et des incohérences qu’on perçoit au niveau planétaire face au réchauffement climatique, il apparaît que la plupart des régions françaises seront durement impactées par ce phénomène d’ici à 2050. Notre agriculture peut encore limiter les effets négatifs de ce réchauffement. Voilà pourquoi l’agroforesterie doit être mise en place sans attendre. Il s’agit ici de planter des arbres dans les prairies comme dans les champs cultivés en rangs bien alignés, à raison d’une cinquantaine de troncs par hectare. Avec une multitude d’objectifs aux effets positifs cumulés, offrant de l’ombre aux animaux, captant plus de carbone, favorisant l’évapotranspiration par les feuilles, produisant des fruits, du bois à pellets, mais aussi du bois d’œuvre dans un horizon de 50 ans et plus…

Oliviers, noyers et noisetiers

Plus immédiatement, disposer de davantage d’oliviers, de noyers et de noisetiers pour produire de l’huile permettrait un moindre recours aux oléagineux comme le colza et le tournesol, cultivés annuellement pour cet usage. De même, relancer les châtaigneraies sur les terres pauvres et acides de certaines régions nous permettrait de consommer moins de céréales annuellement par habitant.

Il est également impératif de favoriser la conversion progressive d’un plus grand nombre d’exploitations françaises à l’agriculture biologique, tant pour répondre à une demande croissante des consommateurs que pour réduire le recours aux intrants chimiques. Cela implique que les paysans redeviennent des observateurs vigilants de la nature, ce qui n’est possible que par la pratique de l’agroécologie sur des fermes à taille humaine. Car, la France, comme l’Europe, doit relever en même temps les trois défis que sont la souveraineté alimentaire, la lutte contre le réchauffement climatique et l’amélioration de la qualité des sols.

Il est impossible de relever de tels défis en soumettant notre agriculture à des distorsions de concurrence. L’agroécologie est incompatible avec les accords de libre-échange comme celui que la Commission européenne, en toute fin de mandat, a signé avec les pays du Mercosur, le 29 juin 2019. S’il entre en vigueur, il permettra à quatre pays d’Amérique du Sud d’exporter chaque année en Europe 99 000 tonnes de viande bovine à tarifs douaniers réduits, en plus des 60 000 tonnes résultant d’un accord précédent. À cela s’ajouteront 100 000 tonnes de blanc de poulet, 180 000 de sucre et 450 000 d’éthanol. La contrepartie se traduirait notamment par une baisse des tarifs douaniers sur les voitures et les produits pharmaceutiques exportés sur le continent sud-américain par les industriels européens.

Mais cela se ferait sur le dos de nos paysans, donc au détriment de notre souveraineté alimentaire avec, de surcroît, des risques pour notre santé. Qu’il s’agisse du soja, du maïs ou de différentes viandes, les produits exportés par ces pays d’Amérique du Sud proviennent surtout de fermes géantes. Certaines pratiquent deux récoltes par an sur les mêmes parcelles de soja OGM résistant au glyphosate. Mais comme les mauvaises herbes y résistent aussi de mieux en mieux, au fil des ans les épandages de pesticides par avion sont en progression constante, provoquant des maladies aux abords des zones de cultures, ainsi que de nombreuses malformations chez les nouveau-nés.

Au Brésil, dans le Mato Grosso, le groupe agricole Bom Futuro, situé à Campo Verde, à une centaine de kilomètres de la capitale régionale, est passé en quelques années de 2 500 à 420 000 hectares de soja cultivés par an. Mais, au Brésil, 242 nouveaux pesticides, dont 42 dans la seule journée du 24 juin 2019 (1), ont été autorisés depuis l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro et son équipe.

Lourd impact européen sur la déforestation

Ces chiffres sont révélateurs. Ils montrent que, sil était ratifié par le Parlement européen et les pays membres de l’Union, cet accord relancerait la déforestation en Amazonie et conduirait l’Europe à importer des produits toxiques dont elle peut se passer via la mise en place d’une agriculture plus autonome, plus diversifiée et plus écologique – pour peu que la prochaine réforme de la PAC soit orientée en ce sens.

Consommateur trompé

Prenant connaissance de la conclusion de cet accord, le président Macron a déclaré, le 29 juin, depuis le G20 qui se tenait Osaka au Japon : « Je l’ai toujours dit, un bon accord commercial est bon pour nos entreprises et nos emplois, et cet accord permettra d’ouvrir les marchés agricoles et industriels, et de protéger nos indications géographiques. Cet accord à ce stade est bon. »

Tous les syndicats paysans sont d’un avis opposé et l’ont fait savoir. Fait inhabituel, les syndicats majoritaires que sont la FNSEA et Jeunes Agriculteurs ont, dès le 1 er juillet, adressé au chef de l’État une lettre ouverte dans laquelle ils expliquent que cet accord « est inacceptable pour les agriculteurs français et européens car non seulement il menace des filières sensibles et stratégiques, mais en plus il nous place en porte-à-faux vis-à-vis des consommateurs. (…) Au-delà des producteurs, c’est le consommateur qui est trompé par cet accord ».

Il reste à voir si une pression de plus en plus forte en direction de l’Élysée, de Matignon, des assemblées parlementaires peut déboucher sur la non-ratification de cet accord mortifère pour notre agriculture et la santé des consommateurs.

(1) Article de Claire Gatinois, correspondante à S ão Paulo, dans « le Monde » du 28 juin 2019.

Gérard Le Puill

 

 

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