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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 14:44

 

L'éditorial de Christophe Deroubaix. 

La convergence des consciences est avancée : l’analyse qu’un même système broie la nature et les hommes devient un bien partagé. 

« Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes. » Il n’est pas tout à fait certain que ces paroles de l’Internationale résonnent dans les défilés de France et du monde qui auront lieu samedi 21 septembre, à l’occasion de la Marche mondiale pour le climat. Mais c’est bien cet esprit qui va dominer l’événement. Au terme d’une semaine où on a appris que le réchauffement climatique pourrait atteindre la toise vertigineuse de 7 degrés, 4 500 actions vont constituer autant de signaux pour un message choral adressé aux chefs d’État et de gouvernement qui se réuniront lundi à New York dans le cadre d’un sommet spécial de l’ONU : « Agissez ! »

La marche ne constituera pas la seule et unique forme de mobilisation de millions de citoyens. Dès ce vendredi, un outil forgé dans le « vieux monde » de la révolution industrielle sera utilisé : la grève. Les méthodes s’additionnent, elles ne soustraient pas. À l’instar de la « fin du mois » et de la « fin du monde » qui ne s’annulent plus mais se conjuguent. Greenpeace lie la dénonciation de l’inaction climatique et l’exigence de justice sociale. Les forces syndicales et sociales (CGT, FSU, Solidaires, gilets jaunes), qui préparent une implication sans précédent, ne disent pas autre chose. Les barrières entre militants environnementaux et militants sociaux se lèvent petit à petit.

La convergence des consciences est avancée : l’analyse qu’un même système broie la nature et les hommes devient un bien partagé. La convergence des actions s’avance : ce week-end sera, à n’en pas douter, à marquer d’une pierre blanche (ou verte). Cela suffira-t-il ? Sans doute pas. Déjà, des organisations de jeunesse – la nouvelle génération constitue la force motrice de cette émergence politique – envisagent de passer à l’étape suivante : la désobéissance civique. Tous les acteurs mobilisés ont en vue le cap qu’ils veulent prendre : un projet alternatif commun. « Citoyens, sauvons-nous nous-mêmes », n’est-ce pas ?

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:19

Immigration. Emmanuel Macron prend le relais de Marine Le Pen

Mercredi, 18 Septembre, 2019

Devant les parlementaires de sa majorité, le chef de l’État a estimé qu’il fallait s’atteler au « détournement » du droit d’asile. Dans la droite ligne du Rassemblement national, qu’il désigne par commodité seul « opposant sur le terrain ».

 

Les prestidigitateurs vous le diront, détourner l’attention est tout un art. Une fois de plus, invité lundi à la réunion de rentrée des parlementaires de sa majorité dans les jardins du ministère des Relations avec le Parlement, le président de la République disruptive s’y est plié. Bien qu’ayant décliné quatre priorités, il est vaguement passé sur les trois premières pour s’intéresser à la dernière seulement. Il faut dire qu’en matière d’écologie, de retraites, de travail, le gouvernement accumule échecs et déconvenues. Ne lui restait plus que le « régalien », dernier terme abordé, selon les participants de cette réunion à huis clos. Par régalien, il faut comprendre sécurité et immigration, selon une distribution qui rappelle plus les années Sarkozy que le « nouveau monde ».

Raccoler dans l’électorat RN

« Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face », a-t-il martelé. C’est en réalité ce seul sujet, l’immigration, qui scandera la prochaine séquence politique macronienne. Le chef de l’État a ainsi appelé sa majorité et son gouvernement à la fermeté sur le « détournement » du droit d’asile pour éviter d’être « un parti bourgeois » qui ignore l’opinion de classes populaires séduites par l’extrême droite. Double détournement : il faut d’abord se rappeler les conditions de naissance de la République en marche, ses accointances avec les milieux d’affaires et la figure de son chef, symbole de la réussite bourgeoise ; ensuite, il faut considérer que les couches populaires ne sont pas vouées à être les captives électorales d’une extrême droite profitant d’un discours « tous contre tous ». C’est pourtant cet épouvantail que le président de la République agite, pour mieux remettre en selle son duel avec Marine Le Pen. « Vous n’avez qu’un opposant sur le terrain : c’est le Front national, a-t-il ainsi expliqué. Il faut confirmer cette opposition, car ce sont les Français qui l’ont choisie. »

À quinze jours d’un débat parlementaire sans vote sur l’immigration, prévu les 30 septembre et 2 octobre, la sortie présidentielle ne doit rien au hasard. « Les flux d’entrée n’ont jamais été aussi bas en Europe et les demandes d’asile jamais aussi hautes en France », a-t-il surligné… ce qui est un mensonge. À l’échelle européenne, Eurostat confirme que, après les pics de 2015 et 2016, les 638 000 demandes d’asile reçues dans l’Union européenne en 2018 représentent une baisse de 10 % par rapport à 2017 (712 000). Qu’importe : en parlant du droit d’asile, Emmanuel Macron laisse s’opérer, à dessein, la confusion qu’effectue le Rassemblement national entre réfugiés pour cause de guerre ou pour cause économique (et au-delà, immigration illégale, légale, étudiante, rapprochement familial…). Or, « les demandeurs d’asile et les réfugiés ne sont ni des sans-papiers ni des migrants économiques », s’échine régulièrement à rappeler France Terre d’asile.

Ce n’est pas la première fois que le président de la République fait de l’immigration un thème politique. En juin 2018, il déclarait lors d’un discours à Quimper : « Je le dis à tous les donneurs de leçons, allez m’expliquer qu’il faudrait accueillir tout le monde ! » C’est à peu près ce qu’il a répété lundi : « Je crois en notre droit d’asile mais il est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent. Si nous ne le regardons pas en face, nous le subirons. Cela donne quoi ? Des quartiers où le nombre de mineurs non accompagnés explose. » Mais, à lire la suite de l’intervention du chef de l’État, ce que cache cette sortie est moins guidé par une recherche de fermeté envers ces « gens qui manipulent » ou de bienveillance pour les habitants des « quartiers » qui « subissent », que par un pur calcul électoraliste et comptable : « La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n’ont pas de problème avec cela : ils ne la croisent pas (l’immigration – NDLR). Les classes populaires vivent avec. » Celles-ci sont un marché électoral qu’Emmanuel Macron aimerait bien récupérer.

Faire dévier le débat

Alors que la rentrée sociale s’annonce difficile pour lui, le chef du couple exécutif a donc tout intérêt à faire dévier le débat social qui s’annonce avec la réforme des retraites. Il l’avait déjà fait lors du grand débat national, pour lequel l’immigration n’avait pas été un des thèmes retenus, mais que le président de la République avait tenu à intégrer. La teneur de la discussion qui s’est ensuivie lundi avec les parlementaires de la majorité montre en creux cette volonté, mue par la peur d’affronter un climat social dégradé. Pendant plus d’une heure, le président leur a rappelé que le mouvement des gilets jaunes, « une crise politique sociale profonde », est encore devant eux. « Plusieurs catégories de la population restent nerveuses », prévient-il. Sans pour autant donner permission aux parlementaires de la majorité d’appuyer sur d’autres leviers que la mise en concurrence des malheurs, comme l’a démontré la sortie de la députée marcheuse des Yvelines Aurore Bergé, évoquant les « failles sur le détournement du droit d’asile ». Ou pire encore celle du député LaREM de l’Hérault Patrick Vignal : « Je ne veux pas laisser ce sujet au Front national, ce n’est pas un problème de ligne ferme, les gens qui sont là sont très bien traités » mais « ceux qui arrivent là, Albanais et Géorgiens, n’ont rien à faire là parce que leurs pays ne sont pas en guerre ». C’est oublier que, selon les chiffres de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides compilés par la Cimade, le taux d’accord du droit d’asile, sur 120 000 demandes annuelles, est non seulement en léger fléchissement, mais que l’Afghanistan est de loin la première nationalité, devant le Soudan et la Syrie. Trois pays en guerre.

Drôle de rempart à l’extrême droite

L’opération n’est pas restée sans réaction – c’est le but de propos tenus lors d’une réunion censée être à huis clos mais qui ont largement fuité dans la presse. Passons sur la réaction d’un Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR, qui pointe une absence d’« actes » malgré les « clins d’œil à la droite ou à la droite de la droite ». La gauche, à l’instar de la députée insoumise de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain, souligne le paradoxe à « se prétendre rempart à l’extrême droite (pour) reprendre ses thèses sur l’immigration ». Le « rempart » est « devenu passerelle », ironise sur Twitter le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure. La présidente du groupe d’élus communiste, républicain, citoyen et écologiste du Sénat, Éliane Assassi, a également jugé « regrettable », sur Public Sénat, que le chef de l’État et sa majorité utilisent « l’immigration comme drapeau pour faire peur à la population. In fine, les gens préfèrent l’original à la copie », a-t-elle mis en garde. « On l’a déjà vu lors des élections européennes », où, malgré une campagne qui a parfois flirté avec ses thèmes de prédilection, la République en marche a laissé la première place au Rassemblement national.

Marine Le Pen n’a eu qu’à relever les filets de cette pêche miraculeuse, dès mardi sur BFMTV. La députée du parti d’extrême droite rappelle qu’il y avait eu un précédent débat sur l’immigration, « (lui) semble-t-il », au moment du grand débat national à l’Assemblée nationale et que « toutes les propositions que nous avons mises sur la table pour empêcher ce détournement » du droit d’asile avaient été « blackboulées par les députés En marche ». Elle anticipe sur les conclusions d’un futur débat : « Est-ce que ce n’est pas plus clair de demander aux Français, s’interroge-t-elle, oui ou non le droit du sol, oui ou non le regroupement familial, oui ou non la maîtrise à nouveau de nos frontières ? »

Grégory Marin et Lionel Venturini

Un nouveau centre de rétention dans le Loiret

Alors que les associations locales dénoncent, depuis plusieurs années, la situation déshumanisée subie par les mineurs isolés (lire notre édition du 8 août), les pouvoirs publics répondent par une solution hors-sol : la construction d’un centre de rétention administrative (CRA) destiné à « accueillir » les migrants avant leur possible expulsion. Cette décision politique, qui portera à 26 le nombre de CRA sur le territoire métropolitain, provoque la colère des syndicats et associations historiquement aux côtés des sans-papiers (Cojie, Solidaires, PCF, CGT…) qui promettent de tout mettre en œuvre pour les en empêcher.

Immigration. Emmanuel Macron prend le relais de Marine Le Pen (Grégory Marin et Lionel Venturini, L'Humanité, 18 septembre 2019)

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:05

 

«Action climatique, action pour la paix» est la thématique portée à l'occasion de ce 21 septembre, Journée internationale de la paix. Comme l'a affirmé Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, en juin dernier, «l'urgence climatique mondiale menace la sécurité collective et la stabilité du monde». C'est pourquoi, à l'occasion de ce 21 septembre 2019, à l'initiative des près de cent organisations membres du collectif "En marche pour la paix", dont le PCF, et à l'appel de la Grève mondiale pour le Climat, de grands rassemblements convergents sont organisés dans de nombreuses villes en France. Fidèle à son engagement pour la paix et la solidarité internationale, le PCF appelle à participer et à contribuer au succès de ces marches pour la paix et pour le climat.

21 septembre 2019: Marches Pour un Climat de Paix

Réchauffement climatique, sécheresse, famines, catastrophes naturelles, épuisement des ressources naturelles: notre planète, la flore, la faune et les êtres humains de tous les continents souffrent comme jamais de l'exploitation à outrance des matières premières par les multinationales, de la course à la rentabilité des exploitations agricoles, de l'agressivité des accords de libre-échange, de la pollution des écosystèmes, des terres, des mers, de l'air! Autant de facteurs qui vont aggraver les tensions, les conflits, les risques de nouvelles guerres.

La civilisation humaine a pourtant les capacités intellectuelles et techniques de surmonter tous ces défis, mais il faut pour cela une volonté politique forte et une solidarité internationale, des coopérations renforcées, démocratiques et centrées sur les besoins humains, sociaux et écologiques.
Pour relever les défis climatiques et écologiques, celui du développement et du combat contre les inégalités et injustices sociales, le monde, chacun de nos pays a besoin d'envisager de nouveaux modes de production, de développement, de consommation.

 

Urgence pour le désarmement nucléaire et la paix

Les relations internationales sont soumises comme jamais aux rapports de domination économique et de conquête des marchés, aux chantages, aux menaces militaires et aux sanctions. L’OTAN est mise au service de cette logique d’exploitation et de mise en concurrence entre les peuples et participe activement à la relance de la course aux armements: en 2018, les ventes d’armes ont progressé pour attendre 1800 milliards de dollars et dont la moitié provient des seuls pays membres de l’OTAN!
Les perspectives pour 2019 et 2020 sont encore plus alarmantes après la fin du Traité sur les armes nucléaires intermédiaires (INF) entre les États-Unis et la Russie: L’annonce par les États-Unis de nouvelles armes nucléaires de moyenne portée, le développement de nouveaux types d’armes utilisant les drones ou les satellites et le renforcement général des capacités militaires dans le monde et le processus en cours en France visant au quasi doublement des crédits pour les armes nucléaires dans le cadre de la loi de programmation militaire en cours.

Faire reculer la guerre, agir pour la coopération entre les peuples et promouvoir un modèle de développement partagé et solidaire en utilisant autrement l’argent gaspillé dans la course aux armements, c’est aussi répondre à la crise climatique.

 

Urgence climatique et écologique

Les politiques libérales et de libre-échange ne sont pas compatibles avec la préservation des écosystèmes, la préservation des ressources, la profonde transformation des modes de production, d’échanges et de consommation qu’appelle l’urgence climatique. Ce que les sociétés humaines ont besoin, c'est d'abord de coopérations économiques et d'échanges commerciaux dont les finalités servent le développement économique, social et humain et non la finance. Le 4 novembre, le CETA passera devant le Sénat. La mobilisation du mois de juillet est parvenue à mettre ses partisans en difficulté, nous pouvons maintenant gagner la bataille et un vote de rejet du traité.

 

Urgence sociale

Les politiques austéritaires menées en France, en Europe et partout où règne le capitalisme mondialisé remettent en cause le pouvoir d’achat, les droits démocratiques et sociaux conquis, et les libertés. Tout de suite, il est possible de faire autrement: en récupérant l'argent versés aux actionnaires au détriment des salariés ou des investissements, en récupérant les sommes astronomiques planquées dans les paradis fiscaux et «optimisés» à bon frais, en privilégiant la rémunération du travail, l'investissement dans les services publics.

L’action pour la paix, l’action pour le climat, l’action pour la justice sociale sont indissociables. Elles sont l’affaire de toutes et de tous. Soyons nombreuses et nombreux à être présents et visibles samedi dans tous les rassemblements.

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:04

 

Devant des investisseurs « responsables » et philanthropes, le ministère a relancé les contrats à impact social pour financer le tiers-secteur.

Il y avait bien longtemps que le ministère de la Transition écologique et solidaire n’avait pas organisé un petit quelque chose au sujet de l’économie sociale et solidaire (ESS). Autant dire donc que c’était fête, au 246, boulevard Saint-Germain, ce mardi matin, pour la présentation par le haut-commissaire à l’ESS et à l’innovation sociale de son plan consacré aux investissements à impact social, d’autant que ces mesures annonçaient « une nouvelle ambition pour la France ».

De fête, il n’y en eut pas vraiment, du moins pour les quelques représentants des réseaux de l’ESS qui se risquent encore dans ce genre de raout. Les grandes nouvelles étaient réservées à d’autres : aux représentants des investisseurs dits éthiques ou responsables, à ceux du mécénat et de la philanthropie, ainsi qu’aux intermédiaires inventeurs de mécanismes financiers sophistiqués avides de transformer les actions sociales et environnementales des associations, coopératives, mutuelles, fondations et entreprises sociales en nouvel eldorado, au pays des taux d’intérêt à 0 %. Pour un peu, on se serait cru à Bercy.

Grande relance des contrats à impact social

Fier de souligner que 15 fonds d’investissement avaient rejoint la bannière du « French Impact » (le terme ESS est banni depuis longtemps des discours officiels) et disposaient d’ores et déjà de 375 millions d’euros à investir ou déjà investis dans les « entreprises à impact » (sic), le haut-commissaire Christophe Itier a sonné la grande relance des contrats à impact social (CIS) et annoncé le prochain lancement d’un nouveau mécanisme de partenariat public-privé avec la création du premier fonds de paiement au résultat en France.

Pour l’heure, il s’agit d’ambitions limitées. Voilà six ans que les finances et la Caisse des dépôts, soutenue par BNP Paribas, tentent d’imposer les CIS, ces contrats abondés par des investisseurs pour financer des programmes sociaux innovants d’associations ou d’entreprises sociales en mal de subventions, dont les retombées positives, mesurées par un certificateur tiers et rémunéré, donnent lieu à un retour sur investissement jusqu’à présent limité à un chiffre, voire à des bonus, payés par la puissance publique. Jusqu’ici, ces contrats n’ont que peu trouvé preneurs en France : moins d’une dizaine ont vu le jour, pour des projets et sommes limitées et des intérêts faibles.

« élargir les sources de revenus » des banques

Quant au fonds de paiement au résultat, qui partage le même mécanisme de financiarisation des actions sociales et environnementales, il ne devrait atteindre que 30 millions d’euros lors de son lancement au premier semestre 2020. Pas de quoi révolutionner la « lutte contre le sans-abrisme », l’aide à la garde d’enfants et le réemploi et la réduction des déchets, les trois objectifs que lui ont assignés ses trois ministères bailleurs : Emploi, Cohésion sociale et Transition écologique.

La nouvelle ambition affichée pour ce genre de produits financiers n’est cependant pas à négliger. Car ses soutiens sont puissants, au vu des grandes entreprises et organismes financiers présents hier au ministère. « Quand on est une banque, il est essentiel d’élargir nos sources de revenus », prévenait ainsi Raphaèle Leroy, de la BNP. D’autant que, comme le soulignait Marie-Pierre Peillon (Groupama), « nos clients recherchent performance financière et utilité sociale et environnementale, notamment les jeunes ». Mais les motivations sont plus profondes. « Ces fonds à impact ont pour vertu de réhabiliter la confiance vis-à-vis des secteurs financiers », soulignait Laurence Laplane (Amundi).

Stéphane Guérard

 

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:00
Dilma Roussef: Lula est en prison car il incarne l'idée qu'un autre Brésil est possible (entretien avec Cathy Dos Santos, L'Humanité, 17 septembre 2019)

Dilma Rousseff « Lula est en prison car il incarne l’idée qu’un autre Brésil est possible »

Mardi, 17 Septembre, 2019

Amérique latine. L’ancienne présidente, Dilma Rousseff, était l’invitée d’honneur de la Fête de l’Humanité. Après une intervention sur la Grande Scène, elle a électrisé l’Agora de l’Humanité, pleine à craquer. Entretien.

 

Madame la présidente, cela fait neuf mois que l’extrême-droite gouverne le Brésil. Le rapporteur spécial pour la liberté d’expression de la cour interaméricaine des droits de l’homme de l’Organisation des États américains, Edison Lanza, a fait part de ses inquiétudes en parlant d’« une attaque au Brésil ouvert, démocratique et pluriel construit depuis la Constitution de 1988 ». Quelle est la nature de ces agressions ?

Dilma Rousseff Elles couvrent un large spectre. Ces agressions touchent les femmes d’une manière extrêmement misogyne, comme l’ont démontré les déclarations du président Jair Bolsonaro contre Brigitte Macron et la responsable des droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet. Le président traite de la torture, des assassinats politiques, de la dictature des militaires de façon préoccupante. Il défend clairement la haine et la violence. Il menace la Constitution lorsqu’il déclare qu’il suffit d’un chef et d’un général pour fermer le Parlement brésilien. Il dit que le grand problème du Brésil a été de ne pas avoir tué 100 000 prisonniers politiques. Quant aux droits sociaux, il a une posture très claire. Lui et son gouvernement disent ressentir de la peine pour les entrepreneurs car, à leurs yeux, ce serait eux les exploités de l’État. Ils défendent la réduction des droits des travailleurs, alors que leur précarisation est déjà importante. La protection de l’environnement, de l’Amazonie, des peuples indigènes est une absurdité pour Jair Bolsonaro. Toutes ces agressions témoignent de leur immense mépris pour le débat et les opinions différentes. Le gouvernement croit que la Constitution citoyenne de 1988 est responsable des « absurdités », selon son expression, des réalisations des gouvernements du Parti des travailleurs (PT). L’homophobie est très importante car Bolsonaro et son exécutif n’ont aucune considération pour les différences. Ils n’envisagent pas la société de manière égalitaire.

Le 4 septembre, vous avez participé à un colloque où étaient présents le PT, le Parti communiste du Brésil, le Parti socialisme et liberté. À cette occasion, vous avez déclaré que « le Brésil et sa souveraineté sont attaqués ». Quels secteurs sont visés ?

Dilma Rousseff Ce jour-là, nous avons lancé un manifeste pour la défense de la souveraineté au Brésil. Elle est menacée, comme le sont les droits sociaux. Or, la souveraineté est la base de la nation brésilienne. Trois questions me paraissent fondamentales. D’abord, il y a la privatisation des entreprises nationales. La plus grande entreprise brésilienne, Petrobras, est la septième compagnie pétrolière au monde. Elle a développé sa propre technologie afin d’exploiter le pétrole en eaux profondes. Ses ressources garantissent l’indépendance énergétique du pays. Elles permettent des financements significatifs de la santé et de l’éducation. La vente de Petrobras va d’abord bénéficier aux grandes entreprises pétrolières privées. Sa privatisation compromet le futur de notre pays. Je pourrais aussi parler des privatisations de la Poste, du système électrique ou encore des grandes banques publiques.

L’autre attaque à la souveraineté est stratégique : il s’agit de l’environnement et des peuples indigènes. Le Brésil possède la plus grande forêt tropicale au monde. Durant des décennies, et particulièrement sous les gouvernements du PT, l’idée de nation brésilienne était intimement liée à la défense de l’environnement et à la protection de l’Amazonie. Nous avons destiné des ressources importantes pour lutter contre la déforestation, en mettant en place une opération de commandement de contrôle pour défendre l’Amazonie. Sans l’armée, la police fédérale, les patrouilles vertes, les ONG, il n’y a pas de combat effectif contre la déforestation. Chaque discours de connivence avec la destruction de l’environnement encourage la pollution des rivières, des forêts, ainsi que les violences faites aux peuples indigènes. On ne connaît le Brésil qu’en survolant l’Amazonie, en voyant ses immensités de vert et de bleu.

Enfin, lors de ce colloque, j’ai mis l’accent sur la question de l’éducation et ce pour trois raisons. Le Brésil est l’un des pays les plus inégalitaires au monde. Nous sommes le dernier pays à avoir aboli l’esclavage, après 350 années d’existence de système. Nos gouvernements se sont engagés à réduire les inégalités : 36 millions de personnes sont sorties de la pauvreté grâce au programme Bolsa Familia. À la fin de mon mandat, le Brésil ne figurait plus sur la carte de la faim élaborée par l’ONU. Nous savions que cela ne suffisait pas, comme il ne suffit pas non plus de garantir de bons salaires, comme nous l’avons fait, pour réduire les inégalités.

Pour pérenniser la lutte contre les inégalités et maintenir les conquêtes obtenues, il est indispensable de garantir à la population exclue une éducation de qualité. Si vous voulez entrer dans l’économie des connaissances, le pays doit promouvoir les sciences basiques, les technologies, la recherche et l’innovation qui sont assurées par les universités fédérales. Or le gouvernement de Bolsonaro veut privatiser l’université publique fédérale, celle-là même qui permet aux pauvres d’accéder à l’éducation. Durant la dernière année de mon mandat, 37 % des étudiants étaient les premiers membres de leur famille à accéder à l’enseignement supérieur. Privatiser les universités est un crime pour le futur du pays. Troisième raison : sans la culture, un pays n’a pas de fondements. Sans culture, il n’y a pas de citoyenneté. Sans citoyenneté, il n’y a pas de démocratie.

Le président Jair Bolsonaro est un admirateur du président des États-Unis, Donald Trump, et privilégie ses relations avec Washington. Cette posture tranche avec vos mandats et ceux de votre prédécesseur, Lula, durant lesquels vous avez mis l’accent sur le multilatéralisme. Quelles sont les conséquences de ce rapprochement avec la première puissance mondiale ?

Dilma Rousseff J’aime à rappeler que le coup d’État parlementaire qui m’a renversée en 2016 avait un objectif : insérer le Brésil dans le néolibéralisme tant sur les plans social, économique, que géopolitique. Le néolibéralisme et le néofascisme sont des frères siamois. Au cours de nos gouvernements, le Brésil est passé de la place de douzième puissance mondiale à septième. Nous avons toujours favorisé l’élargissement des structures économiques.

Pour nous, le multilatéralisme était fondamental car lui seul prend en compte la diversité du monde. Pour nous, il ne fallait pas s’amarrer à n’importe quelle puissance développée et encore moins à cette traditionnelle soumission aux États-Unis. Nous avons priorisé l’Amérique latine, nos pays frères. Nous avons accéléré nos relations avec l’Afrique, assumant ainsi notre identité noire puisque le Brésil est la deuxième nation qui compte le plus de population noire, après le Nigeria. Nous avons participé à la création des Brics. Nous avons établi des relations d’égal à égal avec le Japon, l’Union européenne, les États-Unis. Personne ne respecte un pays qui s’incline devant un autre. Personne ne pardonne à celui qui, au nom d’intérêts étrangers, porte préjudice aux intérêts nationaux. Le fait de transférer l’ambassade du Brésil à Jérusalem est désastreux pour nos relations avec les pays du Moyen-Orient et pour notre position défendant l’existence de deux nations : Israël et Palestine. Traiter avec mépris notre partenaire argentin est inadmissible.

Croire que dans un monde si complexe, on pourrait ne pas développer des relations harmonieuses avec de nombreux pays, et je pense particulièrement à la Chine, est également une grave erreur. Nous ne pouvons pas « traiter avec brutalité la Bolivie et parler avec finesse aux États-Unis », selon la phrase du très grand compositeur brésilien Chico Buarque.

Cet été, le site en ligne The Intercept a révélé l’échange de messages entre le juge Sergio Moro, désormais ministre de la Justice, et les magistrats en charge de l’enquête Lava Jato. Ils démontrent que Lula a été condamné pour des raisons politiques et non juridiques. Comment expliquez-vous que le nécessaire combat contre la corruption soit devenu un levier de déstabilisation politique ?

Dilma Rousseff Après le coup d’État qui m’a écartée du pouvoir, il fallait emprisonner Lula pour que Jair Bolsonaro remporte la présidentielle. On l’a même empêché de s’exprimer. Jusqu’à il y a peu, il ne pouvait pas donner des entretiens car, s’il parlait, il aurait aidé le candidat du PT, Fernando Haddad, à gagner des voix. Nous avons également assisté à la création d’un climat de haine, de mensonges propices aux putschistes. L’opération Lava Jato de combat contre la corruption a été le principal outil contre l’ennemi. Le lawfare (guerre judiciaire – NDLR) consiste à utiliser la loi pour détruire des citoyens, mais également des candidats.

Je suis pleinement favorable au combat contre la corruption et je l’ai démontré durant mon dernier mandat. Mais l’opération Lava Jato est devenue un instrument politique pour ôter toute possibilité à la gauche de se maintenir au pouvoir et d’y revenir. Les révélations de The Intercept Brésil l’ont démontré. Le juge Sergio Moro n’a pas été impartial. Il a agi en faveur de l’accusation. Il a formulé des accusations à l’encontre de Lula alors qu’il n’avait pas de preuves. Il a incité des témoignages à charge. Il a poussé le tribunal supérieur fédéral à utiliser des enregistrements de conversations privées entre Lula et moi, en sachant qu’il n’en avait pas le droit. Il a cherché à démontrer que je protégeais Lula. Il a incité la Cour suprême à adopter une attitude incorrecte.

Malgré ces révélations, pourquoi Lula est-il encore en prison ?

Dilma Rousseff Lula reste en prison car, s’il sort, il modifiera l’actuel rapport de forces. Lula représente la lutte pour la démocratie. Il représente l’idée qu’un autre Brésil est possible, qu’un autre gouvernement peut exister. Un gouvernement qui aurait de la considération pour les mouvements sociaux, les organisations des femmes et des Noirs. Un gouvernement qui porterait les questions sociales, démocratiques, mais également celles liées à la souveraineté, en préservant nos ressources économiques, environnementales et la défense de l’éducation.

La loi dite de combat aux organisations criminelles comporte deux articles importants. L’un protège davantage celui qui corrompt que le corrompu. L’autre privilégie la dénonciation récompensée. Le ministre de la Justice, qui était juge lorsqu’il a fait condamner Lula, a utilisé cette loi, qui devait être modifiée. Elle est une arme de destruction politique et non une arme de justice. Ce recours à la justice est désormais une pratique courante dans toute l’Amérique latine. Il est aujourd’hui difficile de maintenir les accusations formulées contre Lula. Mais ils le gardent en prison. Cette situation est révélatrice de mon point de vue de la crise que connaît la justice au Brésil. L’opération Lava Jato a provoqué la destruction de l’un des ciments de la démocratie. Nous sommes tous censés être égaux devant loi. C’est la base de n’importe quelle Constitution. S’il est possible de condamner et de maintenir en prison un ex-président qui a le leadership de Lula, alors tout est possible. La situation est très critique. D’où l’importance de la solidarité.

Entretien réalisé par Cathy Dos Santos

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 09:27

Ian Brossat, porte parole du PCF était l'invité de la matinale de RFI le mardi 10 septembre

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 09:25

 

Un patrimoine augmenté de quelque 35 milliards de dollars et une place de deuxième fortune mondiale, ça vaut bien un petit renvoi d'ascenseur. 

L'enseignante Brigitte Macron veut reprendre du service auprès des « grands décrocheurs scolaires » ? Qu'à cela ne tienne, l'ami Bernard Arnault et son groupe LVMH sont là pour financer un projet d'établissement privé tout droit sorti de la « start-up nation ».  Implanté à Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis et à Valence dans la Drôme, le « Live » propose non pas un programme mais un « challenge » à 53 adultes sans emploi, âgés de 25 à 48 ans : suivre  35 heures d'atelier par semaine, avec à la clé, si l'assiduité est au rendez-vous, une prime de 1000 euros. Des cours contre de l'argent, bienvenue dans le nouveau monde ! Celui qui prévoit un enseignement voulu par le prince, financé par des ultra-riches et agrémenté de quelques pièces jetées au fil d'une action de patronage.
Mais aux gestes de bienfaisance, nous préférons la République de l'égalité des droits et de la solidarité pour tous. Départements en souffrance, injustement sous-administrées, la Seine-Saint-Denis, la Drôme et leurs habitants ne réclament sûrement pas la charité. Ils exigent des moyens suffisants pour vivre dignement de leur travail et des services publics pour tous. Et c'est à l'État de remplir ce devoir, pas à quelques nantis qui sauront toujours faire payer la note au monarque. La République, rien que la République, voilà ce que nous voulons. Et surtout pas la charité.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord,

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 19:43

 

Il faut partir de l’égalité


Paul Ariès  Politologue et auteur

 

Le débat qui secoue en France les insoumis et en Espagne Podemos dépasse la situation de ces deux mouvements, car il interroge le rapport des gauches et de l’écologie aux milieux populaires. Rien ne serait plus faux que de croire que le populisme à la Chantal Mouffe, qui fonde les stratégies d’une partie des forces alternatives depuis quelques années, serait la continuation du vieux populisme, celui de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, notamment en Russie et aux États-Unis. Ce populisme historique était, avant tout, fondé sur la conviction que les milieux populaires seraient porteurs d’une réelle autochtonie, que les modes de vie précapitalistes, préindustriels, donc aussi les valeurs partagées, constituaient un déjà-là indispensable pour construire une autre civilisation. Le populisme d’aujourd’hui, à la Chantal Mouffe, rompt totalement avec ces vieux courants, dans la mesure où il se définit comme une méthode pour « construire un peuple » et accéder au pouvoir.
Ce populisme négatif prend ses racines dans l’Argentine péroniste lorsque Esnesto Laclau, qui s’éloigne alors du marxisme, théorise la rencontre du peuple et d’un chef au moyen d’une idéologie molle. Cette position est toujours celle de sa compagne, Chantal Mouffe, et de ses nombreux épigones, c’est pourquoi la politologue belge écrit que « le populisme est une manière de construire le politique et n’est pas associé à des contenus idéologiques spécifiques ou à des pratiques de groupes spécifiques », avant d’ajouter : « Quand je parle de populisme de gauche, c’est évidemment en me référant à une forme de la politique conçue comme une guerre de positions et comme construction d’une volonté politique à partir de chaînes d’équivalences et de mobilisations des passions. » Tout (ou presque) est dit dans ces quelques mots : ce nouveau populisme n’est en rien une adhésion à des cultures populaires, à des modes de vie, nécessairement multiples et contradictoires, mais porteuses d’une altérité positive possible. Marx rappelait déjà qu’une classe sociale existe en soi avant d’exister pour soi (consciente d’elle-même). Celles et ceux qui expliquent, aujourd’hui, avec Clémentine Autain (députée FI) et Elsa Faucillon (députée PCF), l’échec historique de la France insoumise par le choix du ressentiment et de la haine, celles et ceux, également, qui, avec Charlotte Girard (ancienne responsable du programme de la FI), considèrent que cette défaite s’expliquerait, au contraire, par le fait que la France insoumise n’aurait pas été assez loin dans son « dégagisme » et aurait abandonné cette stratégie en rase campagne ne pourront pas faire l’économie d’une réflexion sur tout ce qui distingue ces deux populismes.
Cette question est essentielle non seulement pour construire une stratégie politique mais pour comprendre ce qui se jouait (au moins en partie) dans le mouvement des gilets jaunes et au-delà. Cette bataille n’est pas gagnée d’avance car nous avons trop accepté une définition purement négative des milieux populaires, une définition toujours en termes de manque, en économie, le manque de pouvoir d’achat, en culture, le manque d’éducation, en politique, le manque de participation, etc. Tout cela est en partie vrai mais masque l’essentiel, à savoir que les milieux populaires ne sont pas des riches auxquels ne manquerait que l’argent ! Ce n’est pas parce que nous sommes démunis que nous n’achetons pas de montre de luxe, contrairement à ce que pense Séguéla, mais parce que nous entretenons d’autres rapports au travail, à la consommation, à l’argent, au temps, à l’espace, à la nature, aux loisirs, à la maladie, au vieillissement, à la mort, donc à la vie.
Ce populisme positif n’est pas mort mais il faut en finir avec une vision désenchantée et revisiter l’école de Francfort (Horkheimer, Adorno, Fromm, Benjamin), les situationnistes (Debord, Vaneigem), mais aussi Lefebvre, Clouscard et, bien sûr, Castoriadis… Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons rompre avec la logique du ressentiment et de la haine et être fidèles à l’appel d’Arthur Rimbaud invitant au XIXe siècle à redevenir des voyants, car existe la même urgence à rendre visible l’invisible, c’est-à-dire pas seulement les gens de peu individuellement mais leur mode de vie. Parler de cultures populaires ne suppose en rien de céder à un quelconque angélisme ou essentialisme, les gens de peu peuvent se conduire comme des salauds mais ils constituent néanmoins des réservoirs d’autres modes de vie, comme le pensaient déjà Paul Lafargue, Ivan Illich, André Gorz… On doit à Jacques Rancière d’avoir initié la réflexion sur l’importance de l’autodéfinition dans le passage de la classe en soi à la classe pour soi. Il montre que qui part de l’inégalité est certain de la retrouver à l’arrivée, c’est pourquoi il faut partir de l’égalité, de ce minimum d’égalité déjà existant et travailler à l’élargir indéfiniment.
Traduction : l’agenda des gauches ne doit pas tant être 2022 que 2020, il s’agit d’inventer un écosocialisme (écommunisme) municipal capable de regagner le peuple qui s’abstient, plutôt que de croire pouvoir mener un blitzkrieg électoral en direction des électeurs du RN. Pour construire une majorité, réaliser des alliances, notre dissensus est dans cet acte positif et non pas dans une addition de révoltes.

Quel Projet pour refonder la gauche? Populisme de gauche ou ... partir de l'égalité - par Paul Ariès (L'Humanité, 10 septembre 2019)

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 19:41

 

Un projet commun porteur d’espoir


Ian Brossat  Porte-parole du PCF
La gauche française est-elle rayée de la carte ? Non. Les dernières élections européennes ont montré qu’elle réunit un électeur sur trois. Néanmoins, c’est peu. Et c’est même encore moins si l’on tient compte de l’abstention. « Gauche : année zéro », titrait l’an dernier un quotidien du soir. Force est de constater que, depuis, le malade est loin d’être remis.
Et pourtant ce ne sont pas les chantiers qui manquent. Partout, la contestation du capitalisme prend de l’ampleur. L’urgence sociale comme la crise environnementale appellent plus que jamais l’émergence d’un nouveau monde de développement qui s’affranchisse de la loi du profit maximum. En cette rentrée, les foyers de contestation sont nombreux : la bataille contre la privatisation d’Aéroports de Paris, la mobilisation dans les services d’urgences des hôpitaux publics, le débat sur les retraites, les manifestations sur le climat qui rythmeront le mois de septembre.
Pour autant, aux yeux de la grande majorité de nos concitoyens et tout particulièrement de ceux qui souffrent le plus des ravages du capitalisme, les partis de gauche sont loin d’être la réponse adaptée à leurs problèmes.
Alors, que faire ? Certains ont la réponse. Il suffirait d’abandonner toute référence à la gauche. C’est la tentation populiste. Discréditée pour avoir trahi lorsqu’elle était au gouvernement, la gauche devrait se cacher. Et à la lutte des classes il faudrait substituer une opposition entre peuple et élite. D’aucuns ont tenté d’emprunter cette voie. A-t-elle été productive ? À regarder l’expérience italienne, il y a de quoi nourrir quelques doutes. Non seulement le Mouvement 5 étoiles n’a pas permis d’endiguer la poussée de l’extrême droite mais il a puissamment contribué à sa progression. Cette voie est à la fois dangereuse et contre-productive. Le populisme est un opportunisme, et ceux qui s’y aventurent finissent dans l’impasse.
J’en suis donc convaincu : il n’y a pas de raccourci possible, pas de chemin de traverse. Il nous revient aujourd’hui de reconstruire une perspective à gauche. Et ce n’est pas parce que la gauche (ou plus exactement ceux qui s’en revendiquaient) a déçu lorsqu’elle était au pouvoir qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain.
Ce travail de reconstruction est possible à deux conditions. La première, c’est le contenu. Pas de gauche digne de ce nom qui ne s’attaque frontalement aux logiques libérales. Au moment où le capitalisme est contesté de toutes parts, la gauche ne peut pas en rester à une stratégie d’aménagement du système. Le travail de reconstruction doit partir du contenu. C’est le sens de l’appel lancé par Fabien Roussel lors des universités d’été du PCF. Alors que le débat sur les retraites va être l’un des sujets brûlants de la rentrée, il a appelé les différentes forces de gauche à plancher sur un projet commun. Plutôt que de multiplier les appels rituels au rassemblement qui ne débouchent sur rien, parlons du fond, confrontons publiquement les propositions avancées par les uns et les autres et faisons émerger sur cette base des convergences porteuses d’espoir.
La seconde, c’est la renonciation à toute forme d’hégémonie. Les faits sont là. À gauche, personne ne peut aujourd’hui prétendre gagner seul. Nul ne peut jouer les fiers-à-bras. Même les écologistes qui sont sortis renforcés du dernier scrutin européen ne sauraient avoir une telle prétention. Cela n’empêche pas leur ancienne tête de liste de multiplier les déclarations fracassantes. Pourtant, la réalité est là : nous sommes condamnés à travailler ensemble. Le calendrier des mois à venir nous donne deux occasions de le faire. D’abord avec la riposte à la politique de Macron. Si les différentes forces de gauche, en lien avec le mouvement social et citoyen, pouvaient porter des propositions communes, elles en sortiraient grandies. Ensuite avec les élections municipales de mars prochain. Elles revêtent un enjeu majeur pour notre pays. Nos concitoyens sont attachés à leurs communes, à leurs maires et à leurs services publics de proximité. Faisons la démonstration à cette occasion que nous sommes capables de travailler ensemble pour améliorer la vie quotidienne du plus grand nombre !
 

Quels chantiers pour rassembler la gauche? - Page débat de L'Humanité, 10 septembre: un projet porteur d'espoir, répond Ian Brossat

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 19:37

Fabien Roussel : « Nous pouvons récupérer 30 milliards pour les retraites »

Lundi, 9 Septembre, 2019

Le secrétaire national du PCF invite les forces de gauche à montrer, dès maintenant, ce qu’elles seraient « capables de mettre en œuvre demain si (elles étaient) au gouvernement ensemble ». À commencer par une réforme des retraites alternative.

 

Avec sa réforme des retraites, le gouvernement promet un système universel qui en réalité ouvre la voie à un recul de l’âge de départ, à une diminution des pensions et à la capitalisation. Pour préserver la solidarité du système par répartition, faut-il en rester au statu quo ?

FABIEN ROUSSEL La réforme Delevoye, comme toutes celles des dernières années, n’a qu’un seul mot d’ordre : travailler plus, cotiser plus. Nous ne pouvons l’accepter mais nous ne pouvons pas non plus en rester au statu quo. Car notre système de retraite par répartition a été affaibli. La contribution du monde du travail est toujours plus importante, tandis que celle du capital n’a cessé de diminuer. S’il y a une réforme à mettre en œuvre, c’est celle qui rééquilibre le financement de la protection sociale et qui impose au capital de participer à relever le défi de l’allongement de la durée de la vie. Pour nous, c’est une chance, pas un problème. Permettre à ceux qui ont travaillé toute une vie de partir dès 60 ans, c’est leur permettre de profiter de cette deuxième partie de la vie et, aux plus jeunes, de trouver du travail. Les revenus financiers, les dividendes, les placements… ces centaines de milliards aujourd’hui perçus comme des salaires par les familles les plus riches doivent être soumis à cotisations au même titre que le revenu de chaque salarié sur sa fiche de paie. Nous pourrions ainsi récupérer tout de suite 30 milliards d’euros. Nous voulons mettre en discussion ces propositions avec les forces syndicales, les forces de gauche et écologistes, et voir ce sur quoi nous pouvons nous mettre d’accord pour répondre à cette aspiration d’une retraite garantie à 60 ans. On ne pourra pas se contenter d’être contre.

Le PCF s’est également engagé pour un référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris. Le compteur a atteint, sur les 4,7 millions nécessaires, 700 000 signatures, mais à un rythme moins soutenu qu’en juin. Le mouvement s’essouffle-t-il ?

FABIEN ROUSSEL Près de 200 000 signatures supplémentaires en plein été, ce n’est pas rien. Et nous allons prendre rapidement, avec d’autres, de nouvelles initiatives. Dès ce week-end, ce sera un thème important de la Fête de l’Humanité. Il faudra aussi que le gouvernement le reconnaisse : le principe de pétition tel qu’il est organisé par le ministère de l’Intérieur n’est pas à la hauteur. Le président de la République parle de « start-up nation » et nous fait vivre à l’époque du Minitel ! Et l’État n’a mis aucun moyen de communication en œuvre pour informer les citoyens. Emmanuel Macron s’est engagé à ce que la voix d’un million de citoyens suffise à obtenir un référendum, il doit être cohérent avec son discours.

La gauche se retrouvera ce week-end à la Fête de l’Humanité. Vous l’avez appelée, lors de votre université d’été, à travailler à un « projet », un « débouché politique », quel est votre objectif ?

FABIEN ROUSSEL Aucune force de gauche ne gagnera seule aujourd’hui. Chacun en a à peu près conscience. Beaucoup appellent à l’union, au rassemblement. Tant mieux. En revanche, il faut travailler sur des engagements concrets pour montrer que des forces de gauche et écologistes peuvent répondre aux problèmes de ce siècle et faire de nouveau rêver, pour montrer ce que nous serons capables de mettre en œuvre demain si nous sommes au gouvernement ensemble. Est-on capables de proposer ensemble la retraite à 60 ans, l’augmentation du Smic et des pensions de 20 %, de développer et moderniser les services publics, d’engager 100 milliards d’euros par an pour une véritable révolution écologique, ou encore de jouer un rôle nouveau en faveur de la paix ? Ce sont de grandes questions que nous mettons sur la table.

Comment un tel projet pourrait être de nature à convaincre les abstentionnistes que vous, comme d’autres à gauche, souhaitez convaincre, de renouer avec la politique ?

FABIEN ROUSSEL Tout est fait pour décrédibiliser les mouvements sociaux, les partis politiques, les parlementaires… À tel point que le gouvernement veut faire croire qu’on aura plus de démocratie en diminuant le nombre de députés et de sénateurs. Je demande aux salariés, au monde du travail d’imaginer cela un instant : une vie sans députés, sans sénateurs, sans organisations syndicales tant qu’on y est. Comment fait-on ? On instaure une monarchie, une dictature, on laisse Google, Facebook, Amazon, les marchés financiers régenter nos vies ? Aujourd’hui, le peuple est divisé, 23 millions d’électeurs ne vont plus voter, et la finance gouverne. En deux ans, le patrimoine des 500 plus grandes fortunes a augmenté de 22 %, le monde du travail, lui, a eu des clopinettes. C’est le fruit de la politique de Macron. Nous voulons inviter tous ces citoyens à lutter, à s’engager, à s’investir. Notre rôle est d’éveiller les consciences, de montrer que c’est possible. On y arrivera mieux si les forces politiques de gauche et écologistes s’y mettent ensemble.

Pour les municipales, des rassemblements se discutent localement. Le paysage politique ne risque-t-il pas de devenir illisible avec des alliances différentes d’une commune à l’autre ?

FABIEN ROUSSEL Les forces de gauche et écologistes unies dès le premier tour, sur des projets construits avec les habitants, peuvent créer des dynamiques et gagner ces élections municipales. Oui, les attentes, les besoins sont différents d’une ville à l’autre, mais pour ce qui est du rassemblement des citoyens, des associations, des forces de gauche, nous souhaitons que partout il soit le plus large possible. En gagnant ces élections locales, nous pouvons montrer qu’il y a de nouveau un espoir à gauche. Est-ce que chaque responsable politique est prêt à partager cette ambition ? Au-delà des grandes villes, 35 000 communes en France comptent moins de 5 000 habitants. Et là, ce n’est pas une histoire d’alliances politiques, et c’est pour nous tout aussi important. Car, la commune, c’est l’échelon le plus important pour faire vivre la République dans notre pays, partout, dans les grandes zones urbaines comme à la campagne.

Quelles seront vos lignes rouges pour les municipales ?

FABIEN ROUSSEL Nous ne participerons pas à des rassemblements dont le principe serait de privatiser des services publics, d’augmenter des tarifs ou de réduire les services rendus aux populations… Nous avons la passion de l’égalité et du respect de chaque citoyen. Nous nous battons pour faire vivre des services publics de proximité accessibles à tous ou pour que les villes participent à relever le défi climatique. Mais un grand combat est aussi à mener pour redonner à nos communes les moyens dont l’État les prive depuis de nombreuses années. Nous voulons défendre la commune et lui redonner des moyens, des compétences. Nous proposerons cet automne un plan ambitieux dans le budget de l’État en leur faveur et une réforme de la fiscalité locale.

L’écologie occupe une place toujours plus grande parmi les préoccupations des Français. De droite à gauche, toutes les formations s’en réclament. Quel est l’apport spécifique du PCF ?

FABIEN ROUSSEL L’idée que l’écologie ne serait ni de gauche ni de droite est plutôt en recul, et le capitalisme est de plus en plus montré du doigt. Relever le défi climatique nécessite un investissement public massif, un nouveau modèle de production et une autre redistribution des richesses. On ne va pas faire de surenchère, tout est sur la table : la part du PIB à y consacrer – 6 points, contre 1,5 aujourd’hui –, la trajectoire de réduction des gaz à effet de serre à respecter d’ici à 2030… Notre contribution, ce sont les moyens à mettre en œuvre pour parvenir à ces objectifs avec un nouveau modèle économique qui réponde à la fois aux urgences climatiques et sociales, indissociablement liées.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui

 

Fabien Roussel :  Nous pouvons récupérer 30 milliards pour les retraites  (L'Humanité, 9 septembre 2019)

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