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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 19:13
Le PCF demande le confinement général et la mise à l’arrêt les secteurs non indispensables (Fabien Roussel)
Publié le 23/03/2020 par PCF
Le PCF demande le confinement général et la mise à l’arrêt les secteurs non indispensables (Fabien Roussel)

16 018 cas recensés, 1 746 cas graves et 674 décès, soit 112 morts supplémentaires en seulement 24 heures... Le bilan en France de l'épidémie de Covid-19 est terrible. Son évolution rapide exige d'intensifier le confinement des populations, premier rempart à la propagation de l’épidémie.

Les ministres Le Maire, Véran et Pénicaud demandent aux entreprises et à leurs salarié-es de travailler. C'est inadmissible ! Airbus envisage de réouvrir ses lignes de productions tandis que des entreprises du BTP ne savent plus quoi faire ! Le gouvernement devrait concentrer ses efforts sur la mobilisation des cliniques privées pour la prise en charge des malades.

La seule solution pour stopper l'épidémie, freiner sa propagation, c'est le confinement général. Pourtant 45 % des salarié-es sont aujourd'hui contraint-es de travailler dans des secteurs non indispensables à la gestion de l'urgence sanitaire.

Il est donc urgent que le gouvernement, en lien avec les organisations syndicales et patronales, décide de mettre à l’arrêt des secteurs non indispensables au fonctionnement du pays dans les conditions actuelles. Cette décision ne peut pas relever du bon vouloir des employeurs.

Nous demandons le confinement général et le maintien des rémunérations des salarié-es concerné-es par cette suspension et la prise en charge des indépendants tel que les livreurs.

Pour les salarié-es actuellement en 1ere ligne, personnels soignants, force de l'ordre et de sécurité, auxiliaires de santé, et autres professions nécessaires au fonctionnement du pays dans cette période, nous demandons toutes les mesures de protection et l'arrivée rapide de matériel de protection (masques, gants, gel, ou encore désinfection des locaux collectifs…).


Fabien Roussel, secrétaire national du PCFdéputé du Nord

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 18:06
Lucien Sève disparu : la pensée communiste en deuil. Par Patrick Le Hyaric (Lundi 23 mars - L'Humanité)
Lundi, 23 Mars, 2020
Lucien Sève disparu : la pensée communiste en deuil. Par Patrick Le Hyaric
 
C’est un choc. Une douleur. Un monument vient de tirer sa révérence. La peine des militants communistes et progressistes est à hauteur du legs que nous laisse Lucien Sève : immense. Il était un authentique ami de L’Humanité, avec la volonté de toujours la porter plus haut pour qu’elle soit toujours plus utile. C’est lui qui inventa lors d’une rencontre alors qu’il en était le rédacteur en chef d’un jour le concept de « Cortex » devenu une rubrique chaque vendredi. 
 
 
Lucien aura consacrée sa longue et riche existence à faire vivre obstinément la pensée communiste. Le communisme originel. Récemment encore, du haut de ses 90 années, Lucien s’attaquait à une somme colossale, « Penser avec Marx aujourd’hui ». Une tétralogie laissée inachevée pour remettre la pensée de Marx sur ses pieds et penser le communisme au futur.
En révolutionnaire convaincu, il faisait preuve d’une abnégation exemplaire à remettre sur le métier l’ouvrage d’une vie pour faire vivre l’idée selon laquelle « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous », comme l’écrivait Marx et Engels dans le Manifeste du parti communiste
L’âge ne lui faisait pas peur et nous avions l’impression déroutante que toute année de plus signifiait pour lui, plus d’audace, plus de courage, plus d’engagement. La quête du communisme était en somme son bain de jouvence. Il parlait ces derniers mois et années avec un appétit insatiable des sujets de recherche qui mobilisaient ses journées pour éclairer encore et toujours le mouvement transformateur. Il ne loupait rien de l’actualité et de ses ressorts pour nourrir, en rapprochant dans son dernier livre Jaurès de Marx, une « évolution révolutionnaire » à visée communiste.
Sa vie, Lucien la traça au cœur du phénomène communiste français, endossant très jeune, dès l’après-guerre, d’importantes responsabilités au sein des instances du Parti communiste. Très actif dans les différentes régions de France où il s’établissait par nécessité, le jeune professeur, normalien et agrégé de philosophie, fit face à l’opprobre et la censure des administrations qui voyaient d’un mauvais œil ce militant communiste, sagace et impertinent. Il a été en quelque sorte victime « d’interdit professionnel » et des avancements qui lui aurait ouvert les portes des plus grands centre de recherches universitaires. 
Mobilisé dans le comité Maurice Audin 1959, il s’engagea dans les luttes anticoloniales et contre les dérives bonapartistes du gaullisme. Parallèlement il intégra la rédaction en chef de la Nouvelle Critique où il se saisit des questions relatives à l’histoire de la philosophie. Entré au comité central du PCF lors du XVIe congrès en 1961, Lucien Sève fit valoir ses compétences et son intelligence dans les débats qui secouaient alors le mouvement communiste. Travaillant ardemment à sortir le parti communiste du stalinisme, il fut néanmoins très attentif à son ancrage théorique et à la fidélité aux concepts issus du marxisme. Il tint alors, contre vents et marées, une position originale et solidement argumentée entre l’humanisme de Roger Garaudy et le structuralisme de Louis Althusser. Sa position fut théorisée dans un ouvrage au fort retentissement publié en 1969 Marxisme et théorie de la personnalité qui se fixait pour objectif d’exposer une conception marxienne de l’individu, à rebours d’une conception désincarnée du socialisme alors en vogue.  
A la tête des Éditions sociales dès 1970, Lucien contribua à faire rayonner la maison d’édition au croisement des nouvelles disciplines en sciences sociales. L’indépendance acquise par Lucien lui permit d’ouvrir les Editions sociales à l’ébullition intellectuelle propre à cette décennie, tout en poursuivant un travail d’édition remarquable des œuvres de Marx et de ses héritiers. 
Nommé en 1983 par le Président Mitterrand au Comité consultatif national d’éthique, Lucien prit la tâche avec son sérieux coutumier pour laisser quelques ouvrages importants sur les questions, ô combien actuelles, relatives à la bioéthique. Bien qu’il ait assumé dès les années 80 des désaccords avec le parti communiste, il restait très attentif à son évolution et indéfectiblement fidèle à ses militants – ses camarades. 
Récemment encore, Lucien nous témoignait de son attachement viscéral à l’Humanité qu’il jugeait indispensable à tout combat commun. « La prise de la bastille aujourd’hui, c’est la prise conscience » disait-il en février dernier pour soutenir l’Humanité dans ses difficultés. Régulièrement invité par notre journal- le sien- et à la fête de L’Humanité, il épatait par son agilité, ses idées qui s’entrechoquaient à une vitesse surprenante sans jamais perdre de leur cohérence. 
Sa disparation nous plonge dans une infinie tristesse. Souhaitons que l’œuvre qu’il aura patiemment construite, avec sa rigueur,  ses audaces, ses intuitions et ses fulgurances, et parmi elle ces deniers ouvrages offerts à la postérité pour penser le communisme,  puisse être abondamment partagée et commentée. L’Humanité s’y consacrera car son œuvre est féconde. Porteuse d’avenir et d’espoir au moment ou trébuche les thèses du capitalisme. Lucien nous manquera, mais son immense œuvre le fera vivre.  
 
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 17:57
Lucien Sève : son œuvre, gigantesque et plurielle, restera une contribution majeure et précieuse (Fabien Roussel)
Lucien Sève : son œuvre, gigantesque et plurielle, restera une contribution majeure et précieuse (Fabien Roussel)

Le Covid-19 aura donc emporté Lucien Sève, à 93 ans. On redoutait le jour où cet infatigable communiste achèverait sa course. Mais, malgré les années, il avait une telle détermination, il conservait une telle vigueur intellectuelle qu’on ne pouvait croire ce jour imminent. Il y a quelques mois encore, il était venu au siège national du Parti communiste français présenter le beau film que Marcel Rodriguez lui a consacré avec la Fondation Gabriel-Péri. Fidèle à lui-même, il avait à nouveau frappé l’auditoire par la force et la clarté de son propos.

Brillant intellectuel, il intègre l’École normale supérieure en 1945 avant d’être reçu à l’agrégation de philosophie en 1949. Résolu à changer ce monde, il rejoint le Parti communiste en pleine Guerre froide et en paie l’âpre prix : carrière barrée, bataillons disciplinaires en guise de service militaire… Cela ne détournera pas le jeune professeur du combat communiste. Militant très actif, il prend des responsabilités dans les fédérations de la Haute-Marne, de la Gironde ou des Bouches-du-Rhône, au gré des postes auxquels il est affecté. Il entre au Comité central comme membre suppléant en 1961 puis titulaire en 1964. Là, il s’affirme comme un des dirigeants importants du PCF, jouant un rôle majeur lors du comité central d’Argenteuil organisé en 1966 autour des questions culturelles et idéologiques, prenant bientôt la direction de la maison d’édition communiste, les Éditions sociales.

Communiste désireux de transformer effectivement le monde, il lie indissociablement le combat politique à une haute exigence théorique. Aussi, il ne cessa de mener un lourd et scrupuleux travail intellectuel autour de Marx mais aussi de Lénine qu’il tiendra, jusqu’à la fin de sa vie, comme une référence de tout premier plan. Déterminé à marier rigueur conceptuelle et accessibilité, il multiplie, avec une disponibilité jamais prise en défaut, les initiatives pour faire connaître au plus grand nombre, les élaborations théoriques les plus pointues.

En 1969, il publie un ouvrage très novateur, Marxisme et théorie de la personnalité, vite traduit en plus d’une dizaine de langues. Suivent des décennies de réflexions partagées au travers de livres mais aussi d’articles dans La Nouvelle Critique ou La Pensée. Quelles qu’aient été les controverses sur tel ou tel aspect de son œuvre, Lucien Sève s’affirme, sans conteste, comme un acteur majeur de débats intellectuels de très haute qualité, sans jamais sacrifier à la polémique dégradante, y compris dans ses oppositions vives à Louis Althusser.

 À l’écart des grandes structures universitaires, Lucien Sève, un temps directeur adjoint de l’Institut de recherches marxistes, paie aussi dans l’univers académique et éditorial l’orientation révolutionnaire maintenue de ses recherches, à l’heure où le marxisme n’était, disait-on, plus de saison. Longtemps minoré par l’Université et les maisons d’édition non communistes, la qualité de ses travaux a fini par avoir raison de cette guerre froide sans fin. Membre du Comité consultatif national d’éthique dans les années 1980, il publie alors chez Odile Jacob des ouvrages remarqués avant, plus récemment, de livrer des Écrits philosophiques de Marx chez Flammarion.

Pourtant, sa fidélité et son combat seront consacrés jusqu’à la fin de sa vie aux Éditions sociales, maison d’édition pour laquelle il dépensa sans compter son énergie quand la faillite emporta le groupe Messidor, participant à la création de La Dispute avec son ami et complice Richard Lagache. C’est à cet éditeur qu’il confie la grande tétralogie « Penser avec Marx aujourd’hui » initiée en 2004 et qui devait s’achever prochainement par un ultime volume. C’est encore à La Dispute qu’il œuvre, avec son épouse Françoise, à la redécouverte du psychologue Vygotski. C’est avec les Éditions sociales recréées qu’il travaille si durement à ce que les francophones disposent d’une Grande Edition Marx-Engels en français, soutenant de jeunes chercheurs et traducteurs avec cette bienveillance, cette exigence et cette générosité qui le caractérisaient si profondément.

Assurément, dès les années 1980, les relations avec le Parti communiste ne seront pas toujours simples et Lucien Sève quittera notre parti au début du XXIe siècle. Pour autant, il demeurera jusqu’à son dernier souffle un communiste résolu, toujours disposé au dialogue. Son œuvre, gigantesque et plurielle, restera une contribution majeure et précieuse pour les femmes et les hommes décidés à faire grandir cette ambition communiste qui était la sienne et qui demeure la nôtre. Une ambition dont l’urgence, aujourd’hui, se fait sentir plus que jamais.

 

Fabien Roussel, Secrétaire national du PCF, Député du Nord 

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 16:00
Lucien Sève : « Oui, le communisme vient à maturité objective »
Vendredi, 9 Novembre, 2018

En finissant la rédaction de la dernière partie, sur « le communisme », de sa grande tétralogie Penser avec Marx aujourd’hui, le philosophe parachève l’œuvre capitale de sa vie. Il dévoile, avant la parution en 2019, plusieurs grands partis pris de ce travail théorique et politique.

Le communisme est le sujet du dernier volume de votre tétralogie Penser avec Marx aujourd’hui , à paraître chez la Dispute en 2019. En quoi est-ce un travail d’ordre philosophique, historique et politique ?

Lucien Sève C’est quoi, « le communisme  » ? Dans le parler médiatique, c’est l’Union soviétique et les pays de même sorte au XXe siècle, les partis de même orientation. Mais la question se repose : en quoi est-ce « le communisme » ? En ceci, dit-on, qu’ils se réclament d’un avenir social ainsi nommé et qui ne s’est nulle part réalisé. On est ainsi renvoyé à la vaste anticipation historique exposée dans le Manifeste du parti communiste. En parler est donc d’abord nécessairement affaire de théorie, y compris philosophique. Mon livre commence par un long chapitre sur la formation de cette vue par Marx et Engels, et sa complexe évolution dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Si on ne tire pas bien au clair ce qu’on met sous le mot communisme – et sous le rapport terriblement équivoque qu’a avec lui le mot socialisme –, on s’expose aux pires malentendus, à moins qu’on ne cherche à en jouer. Ce que faisait le fameux Livre noir du communisme, où sur 800 pages il n’y a pas même un paragraphe pour dire ce qu’on est en droit de nommer communisme – « le communisme », ce serait Staline et Pol Pot… Partant d’une analyse approfondie du communisme marxien et de ses conditions de possibilité historique, je vais à sa recherche attentive dans un autre long chapitre consacré au XXe siècle et, disons-le en bref, je ne le trouve nulle part. Donner l’URSS pour un « pays communiste », ou même « socialiste », c’est ce que son grand historien Moshe Lewin appelle une complète « erreur d’étiquetage ». L’objet de mon livre, écrit aux trois-quarts, c’est l’histoire critique de cette visée communiste. Il est donc historique et politique du même mouvement que théorique.

Des enquêtes d’opinion publiées par l’Humanité en 2017 et 2018 ont montré que le mot communisme est décrié aujourd’hui. Comment, selon vous, lui redonner du sens ?

Lucien Sève Décrié est peu dire. Ce que montrent ces sondages, c’est que communisme est le terme le plus discrédité de tout le vocabulaire politique. Si on ne prend pas le fait avec un total sérieux, comment espérer inverser la tendance ? Or, c’est quoi, un total sérieux ? C’est revenir sans lésiner sur le pire : le stalinisme. Comment être crédible en donnant le communisme pour ce qui va nous faire sortir du capitalisme et inaugurer une civilisation supérieure sans s’expliquer en clair sur ce qui a pu faire s’ensuivre de la révolution d’Octobre tant d’horreurs sanglantes puis d’aberrations navrantes ? Se croit-on quitte avec l’immense affaire qu’est le stalinisme pour l’avoir condamné ? Mais qui va s’en satisfaire ? Quand c’est tout le sens de ce qui s’est passé depuis le Manifeste jusqu’à l’implosion de l’URSS qu’il faut donner à comprendre, donc d’abord comprendre soi-même. C’est la question centrale de mon deuxième chapitre, où je m’occupe longuement du stalinisme. Le faire en toute exigence disqualifie radicalement la vulgate qui proclame : « Le communisme est mort pour toujours, Dieu merci ! » Pour nous, qui nous réclamons plus que jamais du communisme et voulons commencer de faire bouger les lignes à son sujet, il est crucial, en cette époque des centenaires de 1917 et 1920, que nous éclairions bien davantage cette histoire. Sans faire toute la lumière sur notre passé, comment apparaître porteurs de futur ?

Vous parlez de la « visée communiste marxienne ». Pourquoi ce terme de visée, et quel est son contenu essentiel?

Ce n'est pas un tic de langage mais un choix fondamental. J'entends dire parfois que visée serait une révision en baisse de projet. Je soutiens le contraire. Projet est un terme programmatique, qui décide d'avance des contenus et formes de la société future. C'est utopique. Marx refusait de faire du communisme un "idéal" sur lequel l'histoire devrait se régler, à quoi il opposait le "mouvement réel" qui tend vers un au-delà radical de l'état de choses actuel. C'est ce que dit visée. De plus, projet est purement subjectif - on peut projeter ce qu'on veut, mais au risque terrible de vouloir forcer l'histoire, et c'est tout le drame du stalinisme. Visée est au contraire à la fois subjectif et objectif, comme l'action politique même: c'est nous qui visons, mais il y a une cible et des conditions pour l'atteindre auxquelles il est impératif de se plier. Oui, vraiment, visée communiste, et non pas projet. Quant à l'essentiel de cette visée, on peut le dire en trois mots: sortir de l'aliénation historique, au grand sens que prend l'aliénation dans le Capital, c'est-à-dire l'écrasement général des humains par les immenses puissances sociales qu'ils créent, et qui faute d'être appropriées par tous ne sont maîtrisables par personne. Ce que suggère assez bien une formule populaire: l'humanité va dans le mur. 

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 15:02
Table-ronde à l'Agora de la fête de l'Humanité: Lucien Sève - Jean Quétier - Bernard Vasseur - Isabelle Garo: le communisme pour dépasser le capitalisme (L'Humanité, 27 septembre - Pierre Chaillan)
Table ronde. Le communisme pour dépasser le capitalisme
Vendredi, 27 Septembre, 2019

Sur fond de crise du capitalisme et face aux menaces environnementales, le communisme, avec le recours à Marx, est pleinement d’actualité. Extraits de la rencontre organisée le 14 septembre à l’Agora de la Fête de l’Humanité.
Avec la participation des philosophes Lucien Sève Philosophe et auteur de Communisme ? (Éditions sociales) , Isabelle Garo  autrice de Communisme et stratégie (Éditions Amsterdam), Bernard Vasseur Philosophe et auteur de Communiste ! Avec Marx (Éditions PCF 93) et Jean Quétier Doctorant en philosophie, traducteur de Karl Marx et de Friedrich Engels.

 

En quoi le communisme de Karl Marx nous est-il utile pour penser un monde nouveau ?

 

-

JEAN QUÉTIER

Depuis une dizaine d’années, la référence à Marx a fait un retour sur la scène intellectuelle notamment. On peut même parler d’un recours nouveau à Marx. Les publications le concernant se multiplient dans différentes disciplines. L’an dernier, le bicentenaire de sa naissance a eu un rayonnement international. Cela montre que l’œuvre de Marx est incontournable. Ce n’est pas un hasard si cette réémergence de la pensée de Marx date de la crise financière de 2008. Dans ce retour à Marx, on a mis en avant la pertinence de ses analyses des contradictions qui traversent le mode de production capitaliste. En philosophie, on y revient pour penser l’aliénation. Plus récemment, on a mis en lumière le caractère précurseur de ses analyses sur l’environnement en lien avec la problématique écologique. Toutes ces directions de recherche sont décisives, mais je dirais qu’il y a un autre apport de sa pensée qui fait le lien avec le thème de ce débat et qui devrait être davantage mis en avant. C’est ce que l’on appelle le Marx politique : le Marx communiste pour le dire en une expression. Le film de Raoul Peck le Jeune Karl Marx lui donne d’ailleurs la part centrale. On peut alors s’interroger : en quoi la conception de communisme chez Marx est-elle novatrice ? On le sait, le philosophe n’est pas l’inventeur du communisme, ni du mot ni de la chose.

 

Quel est alors son apport singulier ?

JEAN QUÉTIER Avec Marx, le communisme cesse d’être une utopie, au sens d’une recette toute faite, pour devenir le nom d’un engagement au cœur de la pratique réelle de la classe des travailleuses et des travailleurs. Le communisme devient chez Marx, au cours des années 1840, une question d’organisation. Cela va le conduire à participer à l’émergence pratique et théorique de la forme moderne de l’organisation du mouvement ouvrier : le parti politique. En rompant avec un communisme de nature utopique, Marx rompt également avec une forme d’organisation de la société secrète ou de la secte, liée au communisme archaïque et utopique dont le caractère était fondamentalement antidémocratique. Cette intervention sur le terrain stratégique ouvre alors un nouveau champ du possible pour le communisme. On aurait intérêt à réinvestir cette direction de recherche.

Bernard Vasseur, vous venez de publier Communiste ! Avec Marx. Pourquoi faut-il être communiste aujourd’hui ?

 

-

BERNARD VASSEUR

En 2020, ce sera le centenaire du Parti communiste, et ce sera l’occasion de parler à la société. Je vois bien ce que l’on pourra dire du passé : Jaurès, la tuerie de la guerre de 1914-1918, le Front populaire, la Résistance, etc. Mais sur l’avenir ? Les médias ne vont pas manquer de nous envoyer à la figure : « 100 ans, c’est un bel âge pour mourir. Il faudrait songer à renoncer et à faire autre chose. Par exemple, devenez le parti du commun ou des communs, ou encore le parti du peuple ou le parti de la planète, ou tout simplement un parti de gauche un peu plus à gauche. » Nous répondrons, je l’espère : « Nous devons être communistes, mais l’être d’une manière nouvelle. » Le Parti communiste est très fier de s’appeler ainsi, mais ne parle pratiquement jamais du communisme. On en parle au moment du congrès. Le problème est de parler du communisme et de le faire vivre dans des batailles, dans des pratiques politiques, dans ce qui est en quelque sorte l’aliment du combat. C’est au nom du pour quoi on se bat qu’on est bien plus fort que dans le contre quoi on agit. La conscience du contre est impuissante à secréter la conscience du pour. C’est en partant de là qu’on peut lire Marx de manière nouvelle, car il est un acteur du communisme. Lorsque Marx avec Engels écrivent le Manifeste du Parti communiste, ils sont des penseurs et des acteurs du communisme. De l’autre côté existe un mouvement ouvrier où ceux qui sont majoritaires portent l’appellation de socialisme. Cette distinction entre communisme et socialisme se poursuit au XXe siècle, notamment lors de la révolution d’octobre 1917 pour d’autres raisons. Ce que nous a légué l’histoire des deux siècles derniers, c’est cette idée que le communisme ne pouvait jamais être à l’ordre du jour des luttes sociales du présent, parce qu’il y a toujours eu un préalable : le socialisme. Le communisme a toujours été repoussé dans un horizon lointain. Pour moi, il faut mettre à jour cela afin de le détricoter pour enfin accéder à la pensée de Marx telle qu’elle a été formulée et revenir au communisme : la critique de l’exploitation du capitalisme dans le travail, mais aussi celle de l’aliénation dans tous les domaines, la dépossession des leviers de sa propre vie. Le but de la société communiste est « le développement humain comme fin en soi », ce que Marx appellera aussi l’émancipation.

 

Isabelle Garo, dans Communisme et stratégie, vous affirmez que l’enjeu stratégique peut ouvrir une nouvelle voie alternative au capitalisme ?

 

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ISABELLE GARO

Il est frappant de voir ressurgir le terme de communisme, alors que les alternatives subissent une crise aussi profonde que le capitalisme lui-même. De fait, ce retour est surtout théorique, voire rhétorique : le communisme comme concept, ou comme idéal, reste séparé d’un véritable projet politique incluant la question des conditions pour y parvenir. Parler du communisme, c’est donc commencer par se confronter à l’état désastreux du mouvement ouvrier, organisations politiques et syndicales comprises, à la montée d’un néolibéralisme autoritaire qui fait le lit de l’extrême droite : il y a urgence. Face à cette urgence, une visée communiste grandiloquente, mais sans consistance politique, nous condamne à une stratégie qui se résume aux accords électoraux par en haut, les yeux braqués sur les élections et qui conduisent à perdre et à perdre encore. Elle entretient aussi et par contrecoup le dégoût de la politique institutionnelle, dont se nourrissent l’abstention, le désespoir et le fascisme. Une stratégie digne de ce nom doit rendre au mot de communisme son sens politique au présent. Pour autant, l’arracher au monde des songes creux ne veut pas dire renoncer à la théorie, cela signifie penser ensemble les conditions concrètes de la construction du grand soulèvement social et politique dont nous avons besoin.

 

Comment alors y parvenir ?

ISABELLE GARO Le propre de la stratégie ne consiste pas à définir les moyens d’un but prédéfini, mais à relier une finalité (un projet de société non capitaliste) et des conditions concrètes (la situation sociale et politique). L’utilisation du mot socialisme est de ce point de vue à reconsidérer. Sur un terrain où l’intervention ne peut être que collective et concertée, je voudrais surtout insister sur ce constat : l’éclatement présent des projets et des perspectives. Il s’agit alors de se préoccuper des moyens de nous mobiliser et d’organiser les classes populaires autour de la construction d’un projet commun, rompant radicalement, de façon globale et concertée, avec un capitalisme toujours plus mortifère et violent, irréformable. Marx lu comme stratège nous aide à penser ce que peut être non le communisme comme idéal, mais une politique communiste, comme moyen et médiation pour parvenir à ce qui est le plus gigantesque effort de l’humanité consciente, le communisme. Il s’agit d’un processus long et conflictuel, qui s’invente à mesure qu’il s’incarne. Ainsi, le communisme n’est pas seulement un autre mode de production et d’autres rapports sociaux, mais un mode de dépassement et d’invention historique, permettant de sortir du capitalisme et de l’emporter face à des classes dominantes. C’est bien la construction d’un bloc populaire émancipateur et anticapitaliste qui est la condition de la réélaboration progressive et collective d’une alternative radicale viable, face à l’urgence sociale et environnementale. Bref, toutes les luttes, bien distinctes, sont à considérer ensemble, à relier sans les réduire. Le mot de communisme, et surtout l’adjectif communiste, en incluant les organisations qui s’en réclament, mais bien au-delà d’elles, désignent ce long combat et la nécessité de faire le bilan de nos victoires autant que de nos échecs, d’utiliser les structures existantes, mais aussi de les réinventer radicalement. Un avenir humain en dépend.

Lucien Sève, vous présentez le quatrième tome « Le communisme ? » de votre grande œuvre Penser avec Marx aujourd’hui, où vous insistez sur le communisme en tant que mouvement ?

 

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LUCIEN SÈVE

En effet, je viens juste de publier ce livre de près de 700 pages auquel j’ai travaillé quatre ans, et qui n’est pourtant que sa première partie, le second volet, à paraître, abordera la question cruciale de « Quel communisme pour le XXIe siècle ? ». J’ai voulu d’abord exposer la genèse et le contenu de ce que j’appelle la visée communiste marxienne. C’est une affaire complexe, bien trop peu approfondie à mon sens, et de capitale importance pour comprendre ce qui s’est produit de si grandiose et si terrible à la fois au XXe siècle. À ce sujet, passionnante est déjà la formation première de cette visée entre 1843 et 1848, à Paris d’abord, au contact de ce prolétariat français qui a plébiscité en 1840 le mot communisme, et à laquelle Marx, à moins de 30 ans, va donner un contenu d’une richesse et d’une clairvoyance impressionnantes. Mais aux chances ainsi ouvertes se lie souterrainement un grave risque ensuite. Non que Marx se soit trompé sur le fond, bien au contraire : il a entrevu juste, mais avec une énorme avance sur le mouvement de l’histoire. Car passer du capitalisme au communisme comporte de drastiques conditions de possibilité sociales et humaines. Et au XXe siècle, même dans les pays les plus avancés, elles sont encore trop peu rassemblées, à plus forte raison dans des pays en lourd retard comme la Russie. Ainsi se noue une redoutable contradiction entre maturité de la révolution politique et immaturité de l’immense transformation sociale visée. Il y a du drame dans l’air…

 

Comment qualifieriez-vous ce « drame » ?

LUCIEN SÈVE Je résume d’une phrase : au XXe siècle, le communisme aurait été essayé, et ce fut le plus effroyable des échecs – disqualification définitive et sans appel ! Ici se joue donc la réponse à la question qui nous assaille avec violence : allons-nous pouvoir sortir du capitalisme avant qu’il nous ait conduits à des catastrophes écologiques et anthropologiques définitives ? Et ce n’est là rien d’autre que l’incontournable question renaissante du communisme. Oui, mais ça, se disent la plupart, on a vu au siècle dernier que c’est le pire de tout. On n’a donc aucune chance de rendre à nouveau crédible et même désirable le communisme si l’on ne tire pas radicalement au clair pour tous la question apparemment rebattue et en vérité entièrement mystifiée du stalinisme. Peut-on oser, la tête haute, se réclamer encore du communisme après Staline ? Oui, si ce qui a été vécu sous Staline fut le contraire même du communisme. Par là, tout le communisme du XXe siècle, malgré ses mérites et plus d’une fois son héroïsme, va se trouver dévoyé, paralysé, disqualifié. Par-delà la légende qu’entretiennent soigneusement ses adversaires et que partagent naïvement même des marxistes, la vérité pure et simple est que le communisme n’a jamais nulle part été mis en œuvre jusqu’ici. Conclusion politique capitale : il n’est pas derrière nous comme le pire des échecs, il est devant nous comme la plus précieuse des chances. À condition que nous ayons la lucidité et le courage de sa repensée fondamentale et de sa reconstruction novatrice. Le fait nouveau crucial est que le passage à une société sans classes n’est enfin plus une chimère, le capitalisme est d’évidence en bout de course historique, les déjà-là de communisme se multiplient – leur mise en relief sera une part centrale de la deuxième partie du livre dont j’ai commencé la rédaction. L’heure est à engager sans attendre le dépassement communiste d’un capitalisme qui nous tue. Énormément de travail nouveau est à faire, de débats à mener. Le communisme est et doit être le « mouvement réel d’aujourd’hui ». C’est vital, et c’est urgent. Allons-y !

Compte rendu et animation de la table ronde par Pierre Chaillan
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:26
Fabien Roussel (L'Humanité, 23 mars 2020)

Fabien Roussel (L'Humanité, 23 mars 2020)

Lundi, 23 Mars, 2020
Fabien Roussel : « L’exécutif s’arroge les pleins pouvoirs »

Assemblée nationale. Le secrétaire national du PCF et député du Nord, Fabien Roussel, dénonce un gouvernement « obnubilé par la poursuite de l’activité économique ». Entretien.

 

Vous vous êtes opposé, ce week-end à l’Assemblée nationale, à l’adoption de la loi du gouvernement qui crée un état d’urgence sanitaire. Ce nouvel état d’exception pose-t-il un problème démocratique ?

Fabien Roussel La démocratie pourrait être un outil au service de la lutte contre l’épidémie parce qu’elle permet de prendre des décisions partagées dans la transparence et de construire une sorte de concorde nationale. Mais ce n’est pas le choix qu’a fait ce gouvernement. Nous avons proposé de créer un comité d’urgence nationale réunissant des membres de l’exécutif, le comité scientifique, les associations d’élus locaux, les syndicats, pour régulièrement prendre les décisions qui s’imposent. Non seulement cette proposition a été rejetée mais, avec l’état d’urgence sanitaire qu’il crée, le gouvernement s’arroge les pleins pouvoirs. Nous n’avons pas voté ce texte qui prévoit, en outre, 43 ordonnances sur des mesures économiques et sociales très importantes.

Parmi ces ordonnances, figurent les autorisations à déroger au Code du travail. Est-ce un précédent dangereux ?

Fabien Roussel C’est une menace, d’autant que ces dérogations sont prévues pour une durée indéterminée. Pas seulement pendant l’état d’urgence mais jusqu’à la sortie de la crise sanitaire qui se poursuivra au-delà de cette période. Lors d’une telle crise, avec une partie de l’économie à l’arrêt total, qu’il y ait des mesures exceptionnelles à prendre peut se comprendre. Les Français sont prêts à faire des efforts. Le monde du travail est d’ailleurs en première ligne, 40 % des travailleurs sont au front et 45 % sont obligés de travailler alors que leur activité n’est pas indispensable. Nous demandons que cet élan de solidarité soit celui de toute la société. Qu’il associe les multinationales, les banques, les assurances…

Le Parlement a également validé un projet de loi de finances rectificative. Ses dispositions sont-elles à la hauteur de l’urgence et du « quoi qu’il en coûte » lancé par le chef de l’État ?

Fabien Roussel Même s’il est insuffisant, nous avons voté ce texte qui débloque 45 premiers milliards d’euros parce que ces mesures sont attendues. Mais le gouvernement aurait dû aller plus loin pour soutenir les salariés et l’économie, pour préparer le jour d’après. Nous avons notamment demandé que tous les salariés en chômage partiel perçoivent 100 % de leur salaire. Avec l’absence des primes ou pourboires et les dépenses supplémentaires en nourriture, eau, électricité, la baisse du pouvoir d’achat va déjà être très importante. Nous attendons aussi les 2 milliards promis pour les hôpitaux publics qui ne savent toujours pas sur quel budget ils vont pouvoir se financer. Nous avons également proposé de mettre à contribution les compagnies d’assurances comme les grandes fortunes, de contraindre les banques à prêter à taux zéro, d’obtenir des injections de liquidité par la Banque centrale européenne… Sans succès. Ce gouvernement et l’Union européenne restent dans leur logique libérale. Mais ces questions demeurent à l’ordre du jour.

Lors de ses allocutions, Emmanuel Macron a estimé qu’il faut interroger le « modèle de développement (…) qui dévoile ses failles au grand jour ». Qu’en pensez-vous ?

Fabien Roussel Emmanuel Macron découvre enfin les services publics et leur utilité. Il n’est jamais trop tard. Mais, en réalité, le gouvernement ne discute pas de ces ruptures à opérer. Il est obnubilé par la poursuite de l’activité économique alors que les mesures de confinement les plus strictes doivent être prises, comme l’ont fait d’autres pays. Des milliers de vies sont en jeu, chaque heure compte. La France ne doit pas attendre plus longtemps. En parallèle, il faut bien sûr débattre dès maintenant de la sortie de crise. Mais l’avenir devra se construire en rupture avec le modèle économique sur lequel nous vivons depuis tant d’années. Car à la crise économique qui se profile va s’ajouter une crise financière annoncée dès avant le coronavirus. C’est une France qui permette à chacun de vivre dignement, de répondre au défi écologique, qu’il faut reconstruire.

Les conditions dans lesquelles le second tour des élections municipales a été reporté vous satisfont-elles ?

Fabien Roussel Nous avons pu trouver des solutions permettant d’entériner les résultats des listes ayant gagné au premier tour et d’organiser au plus vite les seconds tours, en juin si les circonstances le permettent. Reste qu’avec ses 35 000 communes, la France est le seul pays d’Europe doté de 500 000 élus locaux. Ils sont indispensables dans la lutte contre le virus pour organiser les solidarités et le confinement, faire vivre le service public… Nous demandons que les communes bénéficient d’une aide financière le plus rapidement possible.

Vous avez lancé un appel à faire vivre la solidarité. Quel rôle les communistes ­entendent-ils y jouer ?

Fabien Roussel Avec nos élus et nos militants, nous avons décidé de rester un parti mobilisé dans cette période de crise. Nous avons fait appel à tous nos adhérents pour mettre en place les solidarités nécessaires dans chaque ville et chaque village. Tout comme nous avons mis en ligne une plateforme pour recenser, partager et démultiplier toutes les belles initiatives organisées par les élus.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui
Fabien Roussel : L'exécutif s'arroge les pleins pouvoirs (L'Humanité, lundi 23 mars 2020)
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:24
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:19
Elsa Faucillon, députée communiste, revient sur les responsabilités de la crise de l'hôpital public et sur les dispositions législatives prises par rapport à la crise sanitaire du Coronavirus

Elsa Faucilllon, députée communiste, 21 mars 2020:

Depuis quelques jours, chaque soir, de plus en plus nombreux, des personnes ouvrent leur fenêtre pour applaudir l’ensemble du corps soignant mobilisé, une façon de dire notre immense gratitude. Aux mains se joignent aussi des cris, mots sur les maux dénoncés depuis tant d’années par les soignants : des moyens pour l’hôpital, des masques pour les personnels !

Cette crise sanitaire met en lumière pour beaucoup la folie qu’est la destruction organisée de notre système solidaire de santé, des dizaines de milliers d’emplois supprimés, près de 70 000 lits fermés en quinze ans, du management plutôt qu’une organisation du soin humain.

Cette crise interroge notre modèle sanitaire d’urgence, révélant la profondeur de l’impact de décennies de politiques ultra-libérales sur notre système de santé, pourtant considéré en 1995 comme le meilleur au monde.

Les pensées, le soutien va aussi vers toutes celles et tous ceux qui continuent à travailler pour l’intérêt général, derrière une caisse de supermarché ou une benne à ordure, apportant des repas aux plus âgés... La colère monte pour celles et ceux qui, sous la contrainte de leurs employeurs et sans caractère essentiel, doivent se rendre la boule au ventre sur leurs lieux de travail. Sidération devant l’indécence de la Ministre du Travail qui ordonne de ne pas arrêter les chantiers du BTP. L’objectif de rentabilité ne peut primer sur l’objectif sanitaire, celui qui vise tout simplement à sauver des vies.

Les parlementaires sont réunis ces derniers jours à l’Assemblée nationale et au Sénat pour examiner les propositions du gouvernement face à la grave crise sanitaire que nous traversons.

Pour l’heure, il nous faut donc réagir, trancher et prendre des décisions dans l’urgence. Ce sont bel et bien des décisions politiques. Légiférer en période de crise c’est à la fois prendre les décisions adaptées au moment, chercher à anticiper et dire quelque chose de l’avenir.

Le texte proposant la mise en place de l’état d’urgence sanitaire aborde plusieurs domaines, le report du second tour des élections municipales, des décisions nécessaires aussi en matière de santé et des mesures économiques d’urgence….Si des dispositions inscrites dans ce texte vont permettre des décisions utiles, d’autres m’inquiètent profondément pour aujourd’hui et pour l’après. Ici, les plein-pouvoirs sont donnés au Premier ministre et aux préfets. Si j’entends la nécessité pour le gouvernement de prendre des décisions rapides, la séparation des pouvoirs doit garder de sa vigueur lors de périodes comme celle que nous vivons.
Le respect de la démocratie politique et sociale est une des conditions essentielles à l’adhésion par les citoyens aux mesures d’urgence et aux comportements adaptés pour vaincre cette épidémie.

Lors de son discours dimanche dernier E. Macron, lyrique, prédisait que « beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner, agissons avec force, mais retenons cela, le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant ».

Chacun interprétera à sa guise, à ses espoirs. Pourtant à la lumière du texte qui nous est soumis, c’est l’inquiétude qui m’anime. Le sentiment qu’ici la majorité se saisit de ce temps de crise pour casser un peu plus encore le code du travail. Dans ce texte, des ordonnances permettront à certaines entreprises de revenir sur la durée légale du travail, sur l’acquisition et les prises de congés payés, de RTT, sur la généralisation du travail du dimanche et sur les réunions des instances représentatives du personnel. Et ces mesures ne sont pas circonscrites dans le temps !

Très concrètement, en l’état actuel du texte, les employeurs pourront – et ce même après la crise - contraindre les employés à poser leur RTT, congés payés ainsi que leurs jours de repos affectés sur le compte-épargne temps.

Cela revient à faire payer la situation actuelle à celles et ceux qui la subissent déjà plus durement, à celles et ceux qui aujourd’hui vont au front chaque jour.

Nous savons que des mesures dites exceptionnelles prises dans des moments graves peuvent ensuite être inscrites durablement dans la loi.

Le Président de la République parle d’effort national post crise, on entend, dans le choix de ce terme les convulsions de son monde, effort toujours pour les mêmes, effort au profit d’un modèle qui les dépossède.

Je préfère donc parler de solidarité nationale post-crise. La solidarité est nécessaire aujourd’hui et le sera à n’en pas douter à l’issue de cette dramatique séquence. Séquence qui semble-t-il n’a pas encore montrée toute sa dureté. Cette solidarité ne se décrétera pas dans l’autoritarisme et l’injustice, certainement pas non plus en revenant à la normalité d’un monde financiarisé, productiviste, consumériste, écrasant toujours plus celles et ceux qui créent la richesse au quotidien.

Nous avons travaillé à des amendements pour revenir sur ces propositions injustes car en l’état nous ne pouvons voter ce texte.

Il n’est ici pas l’heure de la polémique mais bien de la responsabilité politique, celle de protéger et de construire l’avenir.

Elsa Faucillon, députée communiste, revient sur les responsabilités de la crise de l'hôpital public et sur les dispositions législatives prises par rapport à la crise sanitaire du Coronavirus
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 06:58
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!

Laurence Cohen

Sénatrice communiste

😡 "Monsieur le ministre, avec tout le respect que je vous dois, c'est de l'enfumage! Y'a combien d'euros débloqués aujourd'hui pour la santé? Y'en a pas! Y'a combien de lits ouverts? On ne sait pas! Dans nos hôpitaux, on manque de masques, de gants, de gels... vos belles paroles amusent la galerie mais ne règlent pas le problème! On veut des actes!"

➡️ 2 milliards annoncés par le gouvernement contre le coronavirus? C'est insuffisant! Pourquoi ne pas rendre les 5 milliards volés lors du #PLFSS2020, dont 1 milliard pour l'hôpital public?

➡️ Pourquoi ne pas rouvrir 100 000 lits fermés en 20 ans?

➡️ Pas de confinement des moyens financiers et humains! Pas de belles paroles mais des actes, en urgence!

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 06:43

 

Membre des Économistes atterrés, professeur à la Paris School of Business publie les Délaissés, dans lequel il fustige les politiques néolibérales. Tel un rouleau compresseur écrasant les plus défavorisés, le système à bout de souffle accroît les inégalités, détruit la planète et se voit remis en cause par la crise du coronavirus.

Au regard du contexte actuel, quel va être l’impact économique du Covid-19 ?

Nous faisons face aujourd’hui à une triple crise. Sanitaire, financière et économique. En plus des raisons de santé publique évidentes, il faut tout mettre en œuvre pour la stopper le plus vite possible afin de limiter l’impact économique. Plus elle s’inscrit dans la durée, plus les répercussions seront sévères. À mon sens, nous aurions dû prendre bien plus tôt les mesures drastiques comme le confinement, la fermeture des frontières, le couvre-feu, etc. Elles auraient permis d’atteindre le plateau de contamination plus rapidement, mais aussi de permettre aux populations de prendre dès le début la mesure de l’importance du risque épidémique. À la place, nous avons été dans une situation d’entre-deux avec les gestes barrières, nécessaires mais insuffisants, et, de l’autre, une communication gouvernementale qui nous incitait à sortir pour, par exemple, aller voter aux élections municipales. Le message n’était pas très clair. Les crises financières et économiques sont directement liées à l’urgence sanitaire. Un contrôle rapide de la contamination aurait permis de lever les doutes des marchés financiers sur les incertitudes des États européens à endiguer le Covid-19. Les pertes des petits commerces auraient été rattrapées les trimestres suivants, comme c’est déjà le cas lors des perturbations comme des grèves importantes. L’État aurait alors pu agir pour soutenir les secteurs les plus impactés. Aujourd’hui, nous sommes face à une épidémie qui prend une ampleur inédite et dont les conséquences économiques sont à l’heure actuelle difficilement mesurables.

Et qui risque d’en faire les frais ?

Si, dans les semaines à venir, notre économie enregistre une baisse conséquente de l’activité, comme lors de la crise de 2008, tous les secteurs d’activité seront touchés. Les différentes réformes du Code du travail menées par Hollande puis poursuivies par Macron permettent de licencier plus facilement. À cela, il faut aussi ajouter la réforme de l’assurance-chômage qui rend plus difficile l’accès aux prestations chômage et diminue les montants alloués. Les catégories des ouvriers et des employés seront ainsi les premières à en subir les conséquences. Dans une moindre mesure, les cadres pourraient être également touchés. On peut dès lors s’attendre à une diminution des embauches, un gel des augmentations et une hausse des cadences. Tout va dépendre en fait des moyens que le gouvernement sera prêt à mettre en œuvre pour soutenir l’activité, une fois le problème sanitaire réglé. Le président a parlé d’un soutien à l’activité, il faut voir comment cela se traduira dans les actes.

Le coronavirus semble mettre en lumière les défaillances du système capitaliste ?

En effet, le coronavirus montre la fragilité de notre système. Tant dans la rapidité de la propagation, qui montre une perte de contrôle des flux, que dans la dépendance de nos économies, en particulier dans la fabrication de produits aussi importants que les médicaments. Il ne faut pas non plus éluder la logique austéritaire et managériale mise en œuvre depuis des années et qui a organisé des coupes budgétaires dans les services publics, et notamment dans le secteur de la santé. Aujourd’hui, les personnels en première ligne dans la lutte contre le coronavirus sont ceux des hôpitaux, de la petite enfance, de l’éducation. Ces mêmes travailleurs qui manifestent depuis plus d’un an dans l’indifférence générale alors qu’ils réclament simplement des conditions de travail décentes, qui passent notamment par une augmentation de moyens humains et financiers.

D’où un chapitre entier de votre dernier livre dans lequel vous appelez à la sauvegarde des services publics ?

Depuis de nombreuses années, on assiste à un travail de sape médiatique pour dénigrer non seulement le service public, mais aussi les agents qui y travaillent. Ils sont souvent taxés de « fainéants », « improductifs », « toujours en arrêt maladie », etc. Pourtant, de nombreuses études montrent que le service public est plus efficace que le secteur privé. D’une part car il n’y a pas d’actionnaires à rémunérer, mais aussi parce que l’État, en tant qu’investisseur, bénéficiera toujours des taux d’emprunt les plus avantageux. Il y a également un effet rarement mis en avant, il s’agit de « l’effet multiplicateur de l’investissement public », théorisé par Keynes et maintes fois vérifié. La politique du Royaume-Uni en est un très bon contre-exemple. Le gouvernement a voulu cesser certains partenariats public-privé. Un rapport accablant du National Audit Office (l’équivalent britannique de la Cour des comptes) a montré que, ce faisant, la construction d’écoles coûterait 40 % de plus en cas de délégation au privé, un chiffre qui passerait même à 70 % pour les hôpitaux. Autre exemple, le système de santé aux États-Unis. Essentiellement privé, il représente 17 % du PIB, contre 11,7 % chez nous. En plus d’être inégalitaire, il est plus cher.

Il n’y a donc pas d’intérêt « économique » à casser les services publics ?

C’est une nouvelle fois encore une histoire de gros sous. Il y a une énorme manne financière, je rappelle qu’en France, les retraites représentent 300 milliards d’euros par an, sur laquelle le secteur privé souhaite mettre la main. La libéralisation du rail ou la réforme des retraites, pour ne citer qu’eux, s’inscrivent dans cette logique de privatisation de l’ensemble des secteurs de l’économie à laquelle on assiste depuis une trentaine d’années en France. Nous avons face à nous des élites très dogmatiques. La stratégie d’Emmanuel Macron consiste à mettre en concurrence l’un et l’autre, et faire en sorte que le privé cannibalise le public. On les oppose alors que les deux sont essentiels. Plutôt que de les mettre en concurrence, il faudrait montrer les bienfaits d’une économie mixte avec un secteur public fort qui réglemente le privé.

Avec notamment le tournant libéral pour l’agriculture dans les années 1980 ?

Au début, l’ouverture à la mondialisation a été plutôt bénéfique pour les agriculteurs. Ils pouvaient exporter leurs biens vers le monde entier, mais avec le revers de la médaille : une plus forte concurrence. Pour y faire face, ils ont dû augmenter leur productivité, avec le recours à la mécanisation. Toutefois, les denrées agricoles sont des biens très particuliers. Par exemple, un individu qui mange des pommes ne va pas se mettre à en manger deux fois plus si elles sont deux fois moins chères. En réalité, plus l’ensemble du secteur agricole se mécanise, plus il augmente sa productivité, et plus il voit ses revenus diminuer. L’économiste David Cayla, qui a beaucoup travaillé sur cette question, utilise d’ailleurs l’expression « la malédiction des agriculteurs ». À cela il faut aussi prendre en compte l’extrême financiarisation et tout particulièrement celle des matières premières au début des années 2000. Pour faciliter la vie des investisseurs, les banques ont conçu de nouveaux produits financiers tels que le Goldman Sachs Commodity Index (GSCI). Cet indice sert d’unique référence pour fixer les prix de 24 composantes à l’échelle mondiale. Il mélange à la fois les prix du blé, du sucre ou du soja, mais aussi de certaines énergies comme le pétrole ou le gaz, ainsi que d’autres biens comme les métaux industriels (zinc, aluminium, nickel) ou encore l’or et l’argent. Ces biens, qui pourtant ont des modes de production et de consommation très différents, se retrouvent liés entre eux. Ainsi, la moindre fluctuation sur l’un de ces produits aura un impact immédiat sur tous les autres. Ajoutez à cela l’extrême volatilité des cours. On se retrouve alors avec un système de prix totalement déconnecté de l’économie réelle et du quotidien des agriculteurs. Comment, dès lors, un agriculteur peut-il réaliser des investissements qu’il remboursera sur plusieurs années sans un minimum de visibilité sur les prix ?

Cette extrême financiarisation de l’économie a ensuite conduit à l’explosion des Bourses mondiales en 2008, que vous analysez comme la genèse du mouvement des gilets jaunes…

À la suite de la crise dite des subprimes, le taux de chômage a explosé partout en Europe. Les plus touchées ont été les catégories des ouvriers et des employés, principalement dans les territoires et dans les banlieues. Au lieu de pratiquer une stratégie de relance de l’économie, les gouvernements européens ont opté pour l’austérité budgétaire dès 2011. Leur seul objectif étant la réduction du déficit public. D’importantes coupes ont été faites sur les collectivités territoriales. L’effet sur les populations fut immédiat. Les Français ont subi la dégradation de leurs services publics, qui s’est traduite par moins de moyens pour les crèches, les écoles, les loisirs ou encore les associations qui animent la vie locale, créant ainsi le sentiment d’être lâchés par les pouvoirs publics. Ensuite, comme dans toute révolution, il faut un déclencheur. Dans le cas des gilets jaunes c’est la taxe sur les carburants qui a joué ce rôle. Il faut bien comprendre que ce type de taxe doit avoir pour but d’inciter un changement des comportements. Dans les grandes villes, cet effet peut fonctionner parce que l’arbitrage entre véhicule et transport en commun est possible. À Paris, par exemple, le taux d’utilisation de la voiture est de 14 %. En revanche, dans les territoires, il est autour de 85 %. Tout simplement parce qu’aucune alternative n’est possible. La taxe perd alors son caractère incitatif et devient punitive. Une taxe sur les carburants est justifiée au nom de l’impératif écologique, mais elle doit s’accompagner de toute une batterie de mesures comme le développement des transports publics partout en France ou une fiscalité plus juste à l’égard des grosses entreprises comme Total.

Le secteur privé a donc aussi un rôle à jouer ?

Il est normal que dans un pays où une grosse entreprise est implantée, l’État donne son avis. Au moins sur les grandes orientations de politique économique afin que le privé s’inscrive dans un projet de société de plus grande envergure. L’État fixe le cap et les entreprises doivent s’y insérer. Si le but est la transition énergétique, la rénovation des bâtiments et les renouvelables, les entreprises peuvent trouver des opportunités à s’engouffrer dans ce projet. Le problème en France, c’est qu’on a l’impression que ce sont les entreprises qui décident à la place de l’État, et que la seule stratégie de ce dernier consiste à libéraliser l’économie et baisser la fiscalité pour faciliter la vie des grands patrons.

Alors, quelle est la solution ?

Mon rôle, en tant qu’économiste, est de jeter les bases d’un nouveau modèle en mesure d’apporter une réponse aux enjeux sociaux et environnementaux. Mais le nerf de la guerre, c’est la politique. Mon livre les Délaissés a pour objectif de montrer qu’une très grande majorité de Français subit les effets négatifs de l’économie néolibérale. Qu’ils soient gilets jaunes, banlieusards, agriculteurs ou cadres, tous sont victimes du néolibéralisme. La société civile doit dépasser les clivages d’opposition de classes, souvent instrumentalisés par le jeu politique, et réclamer un véritable changement de paradigme économique.

 

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