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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 09:32

 

Édouard Philippe et Agnès Buzyn ont présenté un plan d’urgence a minima pour l’hôpital, qui est moins centré sur les besoins du secteur que sur les priorités politiques et les obsessions réformatrices du gouvernement.

La mise en scène est parfaite. Le premier ministre Édouard Philippe et la ministre de la santé Agnès Buzyn n’ont pas fait l’économie des superlatifs pour leur plan de réponse à la crise de l’hôpital ce mercredi 20 novembre. Il s’agissait pas moins, selon la ministre, de sauver un « trésor national » et, pour cela, a rajouté l’hôte de Matignon, le gouvernement a voulu donner un « signe inédit de confiance du gouvernement envers l’hôpital public ». Car, a ajouté avec lyrisme l’ancien maire du Havre, « nous portons tous en nous cette part d’histoire intime qui nous lie à nos médecins, nos infirmières et nos aides-soignants et qui nous oblige » et « nous savons tous ce que nous devons à l’hôpital public ». Beaucoup de belles paroles auxquelles sont adjoints des chiffres qui claquent : « 10 milliards d’euros de reprise de dettes »« 1,5 milliard d’euros de moyens supplémentaires »« des primes pour le personnel ».

L’opération de communication était donc fort bien rodée. Mais derrière ce paravent idyllique, il y a un plan qui, non seulement est loin d’être à la hauteur, mais encore sert avant tout les vraies priorités du gouvernement, celle d’une « managérialisation » du système hospitalier par le truchement du plan « Ma santé 2022 ».

 

Plus de moyens, mais toujours trop peu de moyens

Le gouvernement annonce donc une hausse de 1,5 milliard d’euros sur trois ans de l’objectif national des dépenses d’assurances maladie (Ondam). Cette hausse est en réalité une somme cumulée. En 2020, le gouvernement acceptera un relèvement des dépenses hospitalières de 300 millions d’euros par rapport à 2019. Puis, en 2021, la hausse par rapport à 2020 sera de 200 millions d’euros. Puis, en 2022, elle sera encore de 200 millions par rapport à 2021. Il y a alors deux façons de calculer. La première ne prend en compte que les augmentations de crédit d’une année sur l’autre, autrement dit l’argent nouveau mis dans le système chaque année. On obtient alors 700 millions d’euros. C’est ainsi que l’on calcule habituellement. Et puis, il y a une autre façon de voir, celle du gouvernement, qui cumule les sommes nouvelles par rapport à 2019 pour parvenir à 1,5 milliard d’euros. Mais cette version donne une vision déformée parce qu’elle suppose que l’on puisse revenir sur les augmentations de crédit du passé, ce qui n’est jamais le cas.

En revanche, en aucun cas, ces crédits nouveaux ne représentent un « effort massif », comme le prétend Bercy. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2020 prévoyait un Ondam hospitalier en hausse de 2,1 %. Cette hausse n'était pas suffisante pour faire face aux besoins des établissements de santé. Il fallait donc, avec cette hausse, faire néanmoins 850 millions d'euros d'économies. Le gouvernement accepte simplement de réduire cet effort d’économies pour l’hôpital à 550 millions d’euros, soit, donc, tout de même un demi-milliard d’euros. C’est sans doute mieux que le PLFSS initial, mais on est très loin du compte pour donner de « l’oxygène » au secteur hospitalier comme l’a prétendu Édouard Philippe.

Pour les années 2021 et 2022, le gouvernement s’engage à une « hausse de l’Ondam » global (en ajoutant les dépenses de médecines de villes, etc.) de 2,4 %. C’est un chiffre un peu flou, calculé par rapport à une « trajectoire initiale » qui ne correspond pas à des besoins du secteur, mais à des choix comptables gouvernementaux d’autant plus sujets à caution que Bercy ne présentera qu’au printemps sa trajectoire financière pluriannuelle. Autrement dit, la visibilité sur les finances publiques d’ici à 2022 est floue. S’engager sur un chiffre dans un tel flou est donc le signe d’une fragilité. Mais il est essentiel de rappeler que ce que l’exécutif annonce comme étant une concession immense correspond à un niveau classique de l’Ondam. Dans le PLFSS initial pour 2020, il était de 2,3 % (il sera finalement, avec les nouvelles mesures, de 2,45 %). Or ce sont des niveaux de dépenses qui supposent des économies massives. Pour 2020, selon la Commission des comptes de la Sécurité sociale, la dynamique naturelle des dépenses était de 4,1 %. Il faudra encore en 2020 économiser 3,9 milliards d’euros sur les dépenses de santé. Un niveau qui sera sans doute celui des deux années à venir.

On est donc loin d’un changement de logique. Bien au contraire. Les crédits nouveaux permettront de saupoudrer quelques primes ciblées pour acheter le retour au calme. Mais il s’agit bien de primes et non de salaires, autrement dit de rémunérations pouvant être supprimées ou modulées. Pour le gouvernement, l’objectif est clair : il s’agit d’obtenir l’adhésion au plan de réformes « Ma santé 2022 », qui reste la priorité. Une fois ce plan mis en place, les dépenses devront à nouveau être sous pression. L’idée du gouvernement est donc de gagner du temps pour réaliser un plan qui s’appuie sur sa conviction que l’hôpital ne souffre pas d’un manque de moyens, mais d’un manque d’organisation…

L'évolution de l'Ondam depuis 20 ans. © Bercy

L'évolution de l'Ondam depuis 20 ans. © Bercy

Une reprise partielle de dette pour faire davantage pression sur les hôpitaux

De fait, le deuxième grand pilier de ce plan annoncé ce 20 novembre, la reprise de la dette hospitalière, va dans le même sens. C’était une revendication des grévistes. Et pour cause. Les établissements publics de santé ont accumulé une dette de 30 milliards d’euros qui pèse assez lourd dans leurs comptes. Selon la Drees, la Direction de la recherche et des études statistiques du ministère de la santé, le résultat financier de l’ensemble des hôpitaux est négatif à hauteur de 970 millions d’euros en 2016. Comme le résultat net de ces établissements était à cette date négatif de 190 millions d’euros, on conçoit donc le poids de cette dette dans le désinvestissement massif dont souffre l’hôpital : de 2009 à 2016, l’investissement est passé de 11 % à 6 % des recettes.

Libérer l’hôpital de cette dette permettrait donc de libérer immédiatement des moyens à bon nombre d’établissements. Dimanche 17 novembre, le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire avait, pour la première fois, accepté le principe d’une reprise de dette par l’État si cette solution « se traduisait par une amélioration rapide » de la situation de l’hôpital. La méthode la plus évidente était alors une reprise globale de la dette hospitalière, permettant de faire revenir dans le vert la majorité des établissements et, partant, de favoriser concrètement l’investissement. De fait, rien ne s’opposait à une telle reprise. Déjà comptabilisé dans le ratio d’endettement public au sens de Maastricht, le coût annuel de la dette hospitalière pouvait largement être financé par la baisse attendue de 4 milliards d’euros du service de la dette d’État en raison de la baisse des taux. Bref, cette reprise intégrale ne posait pas de risque de solvabilité au pays. Bien au contraire puisqu’il permet de faire repartir l’investissement hospitalier, donc la consommation d’équipements et la qualité des soins, deux éléments favorables à la croissance.

Ce n’est pourtant pas le choix qui a été fait. Le gouvernement a décidé de ne reprendre qu’un tiers du stock de dettes sur trois ans. Le détail des modalités de cette reprise est encore très flou et devra donner lieu à une loi l’an prochain. Mais l’essentiel est déjà connu : les établissements devront solliciter une demande de reprise partielle de dettes. Cette reprise se fera donc en trois temps. Sur le plan global, cela reviendra à alléger les comptes des hôpitaux de 100 millions d’euros chaque année. C’est finalement assez peu puisque, si l’on s’en tient au déficit 2016, cette mesure ne permettrait que de dégager un faible excédent en 2022, à structure de coûts et de dépenses équivalente. Dès lors, non seulement l’austérité hospitalière n’a aucune raison de s’arrêter, mais il n’y a là aucune raison de voir l’investissement rebondir. Bref, la solution de la reprise partielle ne répond pas aux priorités affichées par Bruno Le Maire.

Mais c’est que la priorité du gouvernement n’est pas là. Son but est de contraindre les hôpitaux à réformer et donc à économiser davantage. En effet, les hôpitaux qui demanderont une reprise de dette devront s’engager, en retour, par contrat avec l’État « dans une trajectoire de désendettement et/ou dans un plan de transformation », indique l’exécutif. On applique donc aux établissements hospitaliers la stratégie que le FMI applique aux pays en crise : pour bénéficier d’une annulation partielle de leur dette, les établissements devront accélérer l’austérité et les mesures d’économies. Et cela n’est possible que si la reprise est partielle. Si elle eût été totale, on aurait fait basculer dans le vert les hôpitaux et on aurait fait disparaître le besoin et donc l’incitation à réformer. On comprend donc mieux pourquoi Bercy a fini par céder sur ce point : c’est pour mieux « tenir » les hôpitaux, les réformer plus vite et in fine mieux encore maîtriser les dépenses de santé.

Comme toujours avec le gouvernement Philippe, les cadeaux n’ont pas d’autres objets que ceux-ci : obtenir l’acceptation des réformes. Du côté des hôpitaux, la méthode est en réalité assez brutale. Du côté des personnels, on espère que les primes saupoudrées et les petites mesures de soutien au secteur feront leur effet et dissuaderont les personnels en grève de rejoindre la mobilisation prévue le 5 décembre. Ce plan d’urgence dans lequel, après huit mois de grève, le gouvernement se rend subitement compte des besoins de l’hôpital n’a pas d’autre fonction. Il s’agit d’abord d’un but politique de désamorçage.

Mais l’exécutif atteint là les limites de son exercice consistant à feindre les concessions pour mieux imposer sa « transformation » néolibérale. Car d’une part ce plan « massif et inédit », pour reprendre l’antienne chantée à Bercy, n’a rien de massif, ni d’inédit (il n’est pas nouveau de fixer l’Ondam à 2,4 %), mais il n’a pour autre fonction, de l’aveu même du premier ministre, que d’accélérer le plan « Ma santé 2022 » qui vise à faire beaucoup plus avec des moyens réduits. La faible quantité d’oxygène que le gouvernement accorde à l’hôpital pendant les trois prochaines années ne vise donc qu’à lui permettre de vivre davantage en apnée à l’avenir. La communication et le lyrisme auront bien du mal à dissimuler cette rude vérité.

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 09:12
INÉGALITÉS. PLUS DE 5 MILLIARDS DISTRIBUÉS POUR LES PLUS RICHES (L’HUMANITE - Mercredi 20 Novembre 2019 - Clotilde Mathieu)

 

Dans son portrait social, l’Insee confirme que les réformes fiscales faites en 2018 ont profité pleinement aux plus riches, qui ont gagné 790 euros par an de niveau de vie, contre 130 euros à 210 euros pour les autres.

Un coup de pouce de plus de 10 000 euros par an aux plus aisés. En multipliant les cadeaux fiscaux en 2018, le président des riches n’a pas déçu, a confirmé l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) lors de la publication de son portrait social de la France.

Balayant les effets de l’ensemble des mesures fiscales et sociales appliquées l’an dernier, sans toutefois inclure les mesures gilets jaunes, l’institut est formel : « Les 10 % de personnes les plus aisés (dont les revenus sont supérieurs à 57 120 euros – NDLR) bénéficient d’un gain en niveau plus important que les autres. » Pour cette catégorie, le gain moyen est de 790 euros par an, contre 130 euros pour les personnes vivant avec moins de 8 400 euros, et 260 euros pour l’ensemble de la population. Et ce, grâce à la transformation de l’impôt sur la fortune par l’impôt sur la fortune immobilière. Une faveur présidentielle qui a permis à 350 000 foyers d’augmenter leur revenu disponible de « 3,44 milliards d’euros », soit une hausse moyenne de 9 770 euros. Un gain près de 4 fois plus important que feu le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. À cela s’ajoute 1,4 milliard d’euros de la mise en place du prélèvement forfaitaire unique qui vise à plafonner la fiscalisation des revenus de placement à 30 %. Avec à la clé un gain moyen de 270 euros par an pour les 10 % les plus aisés et de 460 euros pour ceux faisant partie des 5 % les plus riches. « Cet effet serait même concentré au sein du 1 % les plus aisés », note l’Insee dans ses références, sans toutefois pouvoir communiquer le montant du cadeau.

Si ces deux mesures calibrées pour les détenteurs de capitaux ont donc fait flamber les revenus des plus riches, il en va tout autrement des autres mesures fiscales ou des prestations sociales censées rendre du pouvoir d’achat et de vivre aux plus pauvres. La baisse de la taxe d’habitation de 30 % (gain annuel moyen de 170 euros), la revalorisation de la prime d’activité, des minima sociaux (220 euros) ou encore les baisses de cotisations sociales (80 euros), le chèque énergie (30 euros), sont venus compenser la réforme de l’aide au logement (perte moyenne de 60 euros) et celle sur les prestations familiales, notamment avec les modifications apportées à l’allocation de base de la prestation d’accueil du jeune enfant (– 270). Avec, au total, « un effet limité sur les inégalités ».

Reste que le gouvernement osera sans doute s’en tenir à un seul chiffre. Celui d’une augmentation de 1,4 % du niveau de vie tout en bas et en haut de l’échelle des revenus. Cependant, si les très bas revenus ont été épargnés, les mesures prises ont laissé de côté les classes moyennes. Ces dernières catégories voient leur niveau de vie augmenter dans une bien moindre mesure, passant de + 1,3 % pour les mieux lotis à 0,7 % pour ceux dont le revenu est compris entre 28 060 et 33 720 euros. L’exécutif retiendra également la hausse de 1,1 % du niveau de vie globale en 2018. Mais ces mesures font 8 millions de perdants, au premier rang desquels les retraités, dont l’effet moyen se limite à 120 euros, contre près de 350 euros pour les actifs.

L’effet global est toutefois « important », relève Michaël Sicsic, chargé d’étude à l’Insee et auteur de l’étude. « À titre de comparaison, celui-ci était nul en 2017. » Un chiffre qui nécessite d’être nuancé, alerte l’Insee. Celui-ci ne prend pas en compte la hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et celles des droits sur le tabac. Or, calcule l’Insee, « les réformes de ces prélèvements indirects entraînent une perte globale de 4,51 milliards d’euros pour les ménages ». « Une hausse de la fiscalité indirecte qui affecte les personnes les plus modestes et vivant en zone rurale et périurbaine ». Ainsi, précise l’institut, la perte moyenne pour les 20 % les plus modestes est de « 60 euros ». Celle-ci est aussi comprise entre 70 et 50 euros pour les « personnes vivant dans une commune rurale ou une unité urbaine de moins de 20 000 habitants », contre 30 euros pour ceux de l’agglomération parisienne. En intégrant ces prélèvements indirects, le gain de niveau de vie tombe pour les 10 % les plus modestes à 0,4 %. Soit 30 euros au lieu des 130 euros promis par les mesures gouvernementales. Dès novembre 2018, les gilets jaunes avaient bien compris que le compte n’y était pas.

Les mesures « Gilets jaunes » ne compensent pas les cadeaux aux plus riches

Les nouvelles mesures socio-fiscales annoncées en urgence par le gouvernement en décembre puis janvier – annulation des hausses prévues de taxe carbone (3 milliards d’euros rien que pour 2019), retour à un taux de CSG de 6,6 % pour certains retraités (1,3 milliard), défiscalisation des heures supplémentaires (plus de 3 milliards), revalorisation et élargissement de la prime d’activité (2,3 milliards), pour un total de 10 milliards d’euros – ne devraient pas inverser la tendance consistant à favoriser les plus riches. Ainsi, selon les calculs de l’OFCE, ces mesures représenteraient un gain moyen de « 440 euros par ménage ». Mais ce rééquilibrage vers les classes moyennes, avec un effet potentiel de « 200 euros à 640 euros par an », ne pourra jamais compenser les cadeaux faits aux plus riches au tout début du quinquennat avec la fin de l’ISF additionnée au prélèvement forfaitaire unique. Selon une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP), le gain attendu en 2020 en raison des mesures prises dans les budgets 2018, 2019 et 2020 devrait être de 284 euros par an pour un ménage disposant de 1 149 euros par mois, de 822 euros pour les revenus de 1 537 euros et de 4 462 euros pour un ménage disposant d’un revenu supérieur à 11 713 euros par mois.

Clotilde Mathieu

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 17:15

Les revendications du MJCF face à la précarité étudiante

Après la vague d’indignation provoquée par la tentative de suicide d’un étudiant lyonnais, la question de la précarité étudiante est apparue sur le devant de la scène.

La précarité étudiante n’est pas quelque chose de nouveau

Depuis les années 80, la population estudiantine ne cesse de croître. Pour autant, les investissements dans l’enseignement supérieur et pour les étudiants ne suivent pas et ne sont pas à la hauteur. La précarité étudiante est de plus en plus forte, obligeant un grand nombre d’étudiants à se salarier en dépit de leurs études. La démocratisation de l’enseignement est une bonne chose, mais ouvrir les portes de l’enseignement supérieur ne suffit pas, il faut également investir dedans pour permettre à tout le monde d’étudier dans de bonnes conditions.

Aujourd’hui, un étudiant sur quatre vit avec moins de 500€ par mois. 14 % des étudiants disent ne pas pouvoir se restaurer au CROUS (ticket à 3€30). Un étudiant sur deux est obligé de se salarier à côté de ses études. Le salariat étudiant est la première cause d’échec à l‘université. L’inaction des gouvernements successifs n’a fait que creuser encore plus cette précarité.

Depuis son arrivée au pouvoir, Macron n’a rien fait pour lutter contre la précarité étudiante, bien au contraire. L’une de ses premières mesures a été la diminution de 5€ des APL, alors même que le logement est le premier poste de dépenses chez les étudiants. Aujourd’hui, seuls 11 % des étudiants ont accès à un logement CROUS. Parmi ces logements, nombreux sont vétustes et méritent une rénovation complète.

Il y a plus de 2,7 millions d’étudiants dans notre pays et Macron ne s’en préoccupe pas. Il est temps que le gouvernement mette en place des politiques ambitieuses pour que les jeunes et les étudiants puissent sortir de la précarité.

Face à la précarité étudiante, le gouvernement regarde ailleurs

Depuis la semaine dernière, les vidéos de la barrière détériorée devant le ministère de l’Enseignement supérieur et de la conférence de Hollande perturbée tournent en boucle dans les médias. Alors que sont abordés les problèmes sociaux, qui touchent une majorité d’étudiants, les caméras sont braquées sur un acte minoritaire fait par une poignée d’individus, initiative peut être regrettable, mais n’ayant rien de dramatique.

De nombreux rassemblements ont eu lieu partout en France pour exiger une réponse politique de la part du gouvernement. Sa seule réponse a été de dénoncer des actes isolés. Les médias ont suivi. Et d’un problème qui touche une écrasante majorité d’étudiants, on en est venu à débattre de la liberté d’expression sur les universités. Pourtant, la question de la liberté d’expression est loin d’être le principal problème que rencontrent les étudiants. Les revendications du MJCF pour sortir de la précarité étudiante.

Pour sortir de la précarité étudiante, le MJCF revendique un revenu étudiant issu d’une branche de la Sécurité sociale dédiée qui soit financé sur les cotisations sociales. Ce revenu étudiant doit être fixé au-dessus du seuil de pauvreté pour permettre à tous les étudiants de pouvoir vivre dignement pour étudier dans de bonnes conditions. Ce revenu est la seule solution pour permettre de sortir l’ensemble des étudiants du salariat.

Les étudiants ont aujourd’hui de plus en plus de mal à se loger. Dans les grandes villes les logements étudiants à tarification sociale se font rares. C’est particulièrement vrai pour la capitale qui compte pas loin de 650 000 étudiants pour seulement 6 500 logements CROUS. Le faible nombre de logement à tarification sociale, le prix exorbitant des logements dans le privé obligent les étudiants à se loger dans des logements vétustes loin de leur lieu d’études. Le MJCF revendique ainsi la création de logements à tarification sociale pour les étudiants, ainsi que la nationalisation de l’ensemble des logements étudiants aujourd’hui gérés par le privé. 

Léon Deffontaines, secrétaire général du MJCF.

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 06:38

 

A la hausse ou à la baisse, on ne cesse de spéculer sur le blé et les autres céréales dans les salles marché. Comme la récolte mondiale de 2019 confirme celles des quatre années précédentes, permettant depuis cinq ans de répondre à la demande solvable, on spécule tantôt à la baisse et tantôt en légère hausse dans les salles de marché. Mais, dans un monde où très peu de pays disposent de stocks de sécurité, une récolte mondiale réduite par des aléas climatiques pourrait vite déboucher sur des pénuries et des émeutes de la faim comme en 2007-2008.

Sommes nous condamnés à dépendre en permanence d’un marché mondialisé et toujours spéculatif quand il s’agit, entre autre chose, de notre pain quotidien ? La question se pose quand on analyse, chiffres à l’appui, le point de presse mensuel de FranceAgriMer concernant les cours du blé du maïs et de l’orge. Ainsi, le blé français serait «compétitif» cet automne sur les marchés internationaux. Néanmoins, rendu au port de Rouen pour l’exportation, son prix était en recul de 21,9% en septembre dernier par rapport à celui de septembre 2018, en dépit d’une meilleure qualité. Si cela peut consoler les producteurs français, les prix des blés russes et ukrainiens exportés depuis les ports de la mer Noire sont en recul de 22,5% sur ceux de 2018, ceux de l’Argentine sont en baisse de 26,1% et ceux qu’exporte l’Australie ont chuté de 27,8%.

L’explication de cette chute des cours en début de campagne est simple. En 2019, on a produit dans le monde 762 millions de tonnes de blé tendre pour une demande solvable estimée à 524 millions de tonnes. Comme le stock de report promet d’être conséquent, on a spéculé à la baisse dans les salles de marchés dès le début de l’été et jusqu’au début du mois de septembre. Surtout que des pays importateurs de gros volumes comme l’Arabie saoudite et l’Algérie ne se sont pas pressés pour faire connaître leurs appels d’offres. Parallèlement, la Russie a fait un peu de rétention, ce qui a contribué à faire remonter les cours de 7% en octobre par rapport à septembre en moyenne concernant les ventes au jour le jour.

 

Moins 11% pour un blé livrable en mars 2020

 

S’agissant du «marché à terme», le producteur français de blé tendre qui s’engage à livrer sa marchandise en mars 2020 se voit proposer un prix de 180,75 € la tonne au moment de la livraison, contre 202 euros l’an dernier à la même époque, pour le même type de contrat. La baisse du prix est de 11% pour un blé de meilleure qualité que celui de l’an dernier. La note de conjoncture de FranceAgriMer nous donne l’explication suivante : « Suite aux bonnes récoltes de blé tendre estimées avant l’été, puis confirmées ensuite chez la plupart des pays producteurs, les prix du blé sur Euronext se sont affichés en nette baisse durant tout l’été. L’inversement de la tendance au cours du mois de septembre s’est poursuivi par une hausse en octobre également, soutenu par une forte demande (notamment de l’Egypte) et les inquiétudes par rapport aux récoltes de l’hémisphère sud». On sait que la production de l’Australie est annoncée en baisse de plus de 20%  du fait de la sécheresse et que celle de l’Argentine baisserait de 5%.

A l’inverse du blé tendre utilisé pour faire du pain et des biscuits, le blé dur que l’on transforme en pâtes alimentaires et en semoule à couscous a vu sa récolte baisser sensiblement en France du fait de la sécheresse. Du coup, son prix est de 250 euros la tonne une hausse sensible par rapport à l’an dernier. Les cours risquent encore de fluctuer du fait de la baisse de volumes disponibles en France mais aussi au Canada. Dans ce pays, la quantité n’est pas à la hauteur des attentes tandis que la qualité médiocre de certains blés durs va les rendre invendables pour la consommation humaine du fait des aléas climatiques de la fin de l’été. 

 

Prix en baisse et coûts de production en hausse pour le maïs

  

S’agissant des céréales fourragères comme le maïs et l’orge, les prix  2019 sont en repli sur ceux de 2018. Le recul de la production porcine en Chine suite aux dégâts causés par la peste porcine africaine a conduit à réduire le cheptel de 40%. Cette baisse du cheptel porcin chinois réduira les débouchés de deux céréales durant encore quelques mois. Pour des livraisons à échéance de janvier 2020, le prix de la tonne de maïs se négociait dernièrement à 165,5  euros  contre 172 euros l’an dernier à pareille époque. Or, du fait de conséquences de la sécheresse, le rendement du mais grain français est en baisse en 2019 par rapport à 2018. Le prix est en baisse alors que les coûts de production sont en hausse. S’agissant de l’orge fourragère, le prix de la tonne rendue au port de Rouen pour l’exportation était de 158 euros la semaine dernière contre 200 euros l’en dernier à la même époque. 

 

La France gagnerait à produire davantage de protéines végétales 

 

On sait que la France exporte bon an mal an 50% du blé tendre qu’elle produit. La moitié de ce blé exporté est acheté par des pays non membres de l’Union européenne. Ces pays font jouer la concurrence sur les prix et privilégient aussi les achats de blés avec un taux de protéines élevé que les blés français ont souvent du ma à atteindre, bien que ce ne soit pas le cas cette année. La France gagnerait donc à cultiver moins de blé. Surtout que sa culture en rotations courtes demande de gros apports d’engrais azotés tout en appauvrissant les sols en matière organique.

 Comme d’autres pays membres de l’Union européenne, la France gagnerait à cultiver davantage de protéines végétales comme le soja, la féverole, le lupin pour le bétail ; le pois chiche, le haricot sec, la lentille pour l’alimentation humaine. Cela suppose aussi une nouvelle orientation des aides européennes en faveur de ces productions. Ce serait enfin la meilleure façon de ne plus contribuer à la déforestation de l’Amazonie en réduisant progressivement les importations de soja qui dépassent chaque année les 40 millions de tonnes dans les pays membres de l’Union européenne. 

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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 06:42

 

Ian Brossat invité de Public Sénat jeudi 7 novembre 2019

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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 06:40

La mobilisation des personnels de l’hôpital public de ce jeudi 14 novembre a été exceptionnelle. Elle exprime la très grande souffrance des personnels soignants et leur attachement à trouver des solutions rapidement pour sauver l’hôpital public, revaloriser les métiers, réouvrir les lits, des unités de soins, des services d’urgence, des maternités, des hôpitaux de proximité

 

 

De manière exceptionnelle, le Président de la République a tenu à réagir avant la fin de la manifestation pour annoncer un nouveau train de mesures, confirmant ainsi que sa ministre n’a pas su être à la hauteur jusqu’à maintenant.

Comment peut on en effet répondre aux besoins de l’hôpital public en poursuivant les politiques d’austérité et la baisse, année après année, du budget de la santé et de la Sécurité Sociale ?


Ces déclarations du chef de l’État ont percuté l’étude du Projet de loi de finance de la sécurité sociale (PLFSS) au sénat. Les sénateurs de tous bords ont décidé, sur initiative du groupe communiste, de suspendre ces travaux. Ils ont ensuite refusé de voter le volet "recettes" ! A cette heure, l’étude du PLFSS est bloquée. C’est inédit ! Mais compréhensible logique : car ce budget, contraint, réduit, sera remis en cause la semaine prochaine à l’issu du conseil des ministres par les nouvelles mesures du gouvernement.


Cette situation n'est pas seulement un grand cafouillage ou un bricolage d'État. C'est la démonstration que ce pouvoir ne parvient plus à imposer sa politique au pays.


Un an après le surgissement du mouvement des « Gilets jaunes », les Français ne sont pas en attente de « pédagogie » ou de « progressivité » dans la mise en œuvre des réformes. Ils supportent plus des choix budgétaires consistant à réduire la dépense publique, faire des cadeaux aux plus riches, alléger le capital. La colère grandit également dans le pays contre une réforme des retraites qui met à mal la sécurité sociale. Rien de tout cela ne permet de répondre à l'urgence sociale qui s'exprime depuis des mois !

Bien au contraire ces politiques aggravent les inégalités !


Ce gouvernement doit changer de politique, de dogme économique, desserrer les cordons de la bourse pour répondre aux besoins de notre pays. En matière de dépenses de santé, l’ONDAM exige une hausse d’au moins 4,5% au lieu des 2,2 annoncés : il faut ajouter 4 milliards d’euros pour répondre aux besoins de notre système de santé. C’est la seule issue pour s’en sortir.

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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 06:35

 

La cour d’appel de Rennes a cassé les deux mandats d’arrêt européens émis par l’Italie à l’encontre de l’ex-manifestant contre le G8 de Gênes.

Un seul être manquait, et tout était dépeuplé à Rochefort-en-Terre (Morbihan)… Interpellé début juillet sur la base de deux mandats d’arrêt européens émis par l’Italie et incarcéré depuis, Vincenzo Vecchi, condamné à douze ans de prison pour « saccage et pillage » lors du contre-G8 de Gênes en 2001 et d’une manifestation antifasciste à Milan en 2006, a été remis en liberté vendredi. Et dans son bourg d’élection, au café associatif de La Pente, où le comité de soutien rassemblant ses amis et ses voisins a ses habitudes, la fête a, entre vivats et embrassades, duré jusqu’à l’aube, samedi matin.

La cour d’appel de Rennes a jugé dénué d’objet le premier mandat d’arrêt à l’encontre du militant italien : sa défense avait produit plusieurs pièces établissant qu’il avait déjà purgé la peine visée. Sur le second, pour des faits imputés à Vincenzo Vecchi lors des manifestations de Gênes en 2001, la justice française a constaté « l’irrégularité de la procédure d’exécution ». « C’est une décision juste, se félicite Me Catherine Glon, une des avocates de Vincenzo Vecchi. Cette procédure, depuis le début, était irrégulière ; elle était aussi inexacte : les autorités italiennes avaient menti à l’État en évoquant des décisions de justice qui n’existaient pas ou n’étaient plus exécutoires. » Pour l’écrivain Éric Vuillard, très engagé dans le comité de soutien (lire l’Humanité du 21 octobre), la remise en liberté de Vincenzo Vecchi est une « victoire » qui « s’inscrit dans un paysage plutôt sinistre en Europe. Il y a une dégradation progressive des libertés publiques, une atteinte progressive aux droits fondamentaux et, finalement, on s’en accommode, dénonce-t-il. Là au moins, voilà une décision positive. La liberté, ce n’est pas qu’un mot, il y a toujours quelqu’un derrière la liberté. Le sort de cette personne irradie sur tous ». Également membre du comité de soutien, Pierre Laurent salue lui aussi la décision : « L’extradition demandée par l’Italie n’aura pas lieu, se réjouit le sénateur PCF. Après la Grèce, un tribunal français indique que les militants politiques ne sont ni des criminels ni des terroristes. Nous ne pouvons qu’être heureux que Vincenzo retrouve les siens. »

Après que l’avocat général s’était déclaré favorable à l’extradition lors des audiences, le procureur général de Rennes ne lâche pas l’affaire, avertissant dans un communiqué qu’il étudie l’éventualité d’un pourvoi en Cassation. Selon le parquet, la décision n’affecte pas la validité et la régularité du mandat d’arrêt européen délivré par les autorités italiennes, mais uniquement la procédure de notification en France.

Thomas Lemahieu

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 13:52

 

Une adolescente de 15 ans a été tuée et plusieurs personnes sont "probablement" disparues après l'effondrement d'un pont, le 18 novembre, enjambant le Tarn à Mirepoix-sur-Tarn, en Haute-Garonne dans le sud-ouest de la France. Une catastrophe qui remet en lumière un rapport du Sénat réalisé à la suite de la tragédie de l’effondrement du pont Morandi à Gênes le 14 août 2018, qui avait provoqué la mort de 43 personne. Selon ce rapport, rendu public en juin 2019, 25 000 ponts routiers en France nécessitent d’être rénovés dans les dix ans. En cause, le désengagement de l’État. Toutes les informations sur la catastrophe dans l'Humanité du 19 novembre.  

Un pont routier sur dix serait, en France, « en mauvais état structurel » et poserait « des problèmes de sécurité pour les usagers ». Lancée au lendemain de la tragédie de l’effondrement du pont Morandi à Gênes le 14 août 2018, qui a provoqué la mort de 43 personnes, la mission sénatoriale qui vient de rendre son rapport met au jour que, de ce côté-ci des Alpes aussi,l’inquiétude est de mise. Vingt ans après la dernière grande catastrophe en France, celle du tunnel du Mont-Blanc en 1999, les sénateurs font d’abord le constat que « le nombre exact de ponts routiers en France n’est pas connu » – il y en aurait entre 200 000 et 250 000. Surtout, qu’aucune politique globale n’est à l’œuvre, entre les ponts dont l’entretien dépend soit de l’État, des départements ou des communes et de leurs groupements.

Pire, quelque 1 750 ponts gérés par l’État présentent « un risque d’effondrement ». Le viaduc autoroutier de Gennevilliers, dont un remblai s’est écroulé en mai 2018, a mis dix mois à rouvrir pleinement. En Seine-et-Marne, deux ponts communaux sont fermés à la circulation depuis… 2014.

« Sous-investissement chronique  et insuffisance de l’action publique»

Si les sénateurs pointent « le vieillissement du patrimoine », avec 2 800 ponts gérés par l’État arrivant en fin de vie, ils soulignent aussi « un sous-investissement chronique (…) et les insuffisances de l’action publique ». Surtout, l’État, en visant l’austérité budgétaire, ne peut que se concentrer sur les ponts les plus dégradés. « Le problème est plus inquiétant encore, s’agissant des communes et des intercommunalités, écrivent les auteurs, qui pour certaines méconnaissent l’état de leurs ponts, voire parfois leur nombre, ne sont pas équipées pour en assurer la gestion et se heurtent à d’importantes difficultés financières pour les entretenir ».

Pour le sénateur centriste Hervé Maurey, qui préside la mission, l’État mesure mal l’impact de ses décisions. « Certains petits ponts peuvent être fragilisés par la multiplication des poids lourds. » On songe à la suppression du « train des primeurs Perpignan-Rungis » voulue par la SNCF, risquant d’être remplacé par 250 camions quotidiens. Les sénateurs pointent aussi l’impact d’applications GPS sur la fréquentation d’ouvrages d’art non conçus pour cela. Ou les effets du dérèglement climatique sur des ouvrages an-ciens, mettant à l’épreuve leur résistance.

La mission dénonce les restructurations à l’équipement

La mission formule dix propositions, dont la première est un plan Marshall consistant à tripler les moyens consacrés par l’État à ses ouvrages, 120 millions d’euros par an, contre 45 millions aujourd’hui. Pour ceux dépendant des communes, elle préconise « un fonds d’aide aux collectivités territoriales doté de 130 millions d’euros par an pendant dix ans ».

En creux, la mission dénonce aussi, au-delà de l’absence de moyens, les effets des restructurations intervenues dans les services de l’équipement, et pointe le besoin de recréer « une ingénierie territoriale accessible », la « mise en place d’une programmation pluriannuelle des travaux ». Il n’y a plus assez d’agents, ce que le ministère des Transports reconnaît pudiquement comme « une tension sur les effectifs ».

La mission s’est concentrée sur les ponts routiers, laissant de côté murs de soutènement et tunnels, « bien que ces autres catégories d’ouvrages puissent également poser des problèmes de sécurité », met en garde le rapport. Pour Hervé Maurey, « le gouvernement qui écarterait ce constat d’un revers de la main prendrait un vrai risque ».

Lionel Venturini

 

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 13:00
Rouge Finistère n°5 à sortir pour la fête de l'Humanité Bretagne le 30 novembre - Une interview exclusive de Fabien Roussel: l'homme de Béthune

"L'homme de Béthune", Fabien Roussel en invité vedette du cinquième numéro de Rouge Finistère, le journal de la fédération PCF du Finistère, qui sortira dans 10 jours, sous la direction graphique de l'atelier Caradec.

Avec une très belle interview décalée de nos amis et camarades Ernest Gahan et Adèle Ajonc.

Fabien Roussel sera à Lorient dans le cadre de la fête de l'Huma Bretagne le dimanche 1er décembre pour le meeting et un débat sur la gauche.

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 11:02

Logement. Nouveau coup de rabot sur les APL

Vendredi, 15 Novembre, 2019

La réforme du calcul des allocations logement sera appliquée début janvier. Objectif : 1,2 milliard d’euros d’économies sur le minimum social le plus efficace contre la pauvreté.

Les aides personnelles au logement (APL) sont encore dans le collimateur du gouvernement. Votée dans la loi de finances 2019 mais repoussée à plusieurs reprises pour des raisons techniques, la « contemporanéisation » devrait cette fois s’appliquer à partir du 1er janvier 2020

Derrière ce mot compliqué se cache un principe qui relève en apparence de la justice. Au lieu d’être calculées, comme c’est le cas actuellement, sur les revenus perçus deux ans auparavant, ces allocations, qui aident 6 millions de personnes à payer leur loyer, seront désormais versées en fonction de la situation actuelle des allocataires. Cette dernière sera recalculée automatiquement tous les trois mois par les CAF, qui recevront les informations de la base de ressources mensuelles (BRM), concoctée à partir des données transmises par les employeurs dans le cadre du prélèvement à la source. « Cette réforme va permettre à chacun d’avoir ce dont il a besoin et, surtout, de l’avoir au bon moment et non pas deux ans après, comme c’est le cas aujourd’hui », s’est récemment félicité Julien Denormandie, ministre du Logement, dans un entretien accordé à 20 minutes.

Une étude d’impact aussi bien gardée qu’un secret-défense

« Je vois des perdants et pas de gagnants », s’inquiète Camille Giraudet, de la Confédération syndicale des familles. Derrière l’argument d’une meilleure adéquation des APL aux besoins des personnes, le gouvernement ne cache pas que son objectif est de faire 1,2 milliard d’euros d’économies par an. Selon les chiffres diffusés par le Canard enchaîné, 600 000 allocataires verront leur APL disparaître à la suite de la réforme, et 1,2 million auront des prestations à la baisse. À l’exception de l’hebdomadaire satirique, personne n’a eu accès à l’étude d’impact réalisée par la CAF, qui semble aussi bien gardée qu’un secret-défense. Malgré leurs nombreuses demandes, les associations de défense de locataires n’ont pas pu l’obtenir. Pas plus que les représentants des syndicats qui ont participé, le 5 novembre dernier, au conseil d’administration de la CAF au cours duquel elles ont toutes voté contre le projet de décret entérinant la réforme.

Garantir aux moins de 25 ans un  reste à vivre décent

Les jeunes actifs entrant sur le marché du travail devraient être les premiers à faire les frais de la réforme. En raison de leurs salaires plus faibles et de leur précarité dans l’emploi, les APL sont un outil indispensable pour leur permettre de se loger, dans le marché restreint et coûteux des petites surfaces dans les grandes métropoles. « Pour préserver l’accès au logement des moins de 25 ans, leur garantir un “reste pour vivre” décent et une sécurisation de la première année d’installation, nous demandons un aménagement de l’application du principe de contemporanéité des revenus pris en compte pour le calcul des APL », avaient d’ailleurs plaidé, dès novembre 2018, les associations travaillant sur le logement des jeunes. Les étudiants bénéficieront d’un régime de dérogation : leurs revenus seront calculés en fonction d’un forfait, ce qui rend l’impact de la réforme complexe à évaluer. « Cette réforme va installer de l’instabilité budgétaire », observe aussi Camille Giraudet. Au-delà des jeunes, la réforme entérine l’alignement des allocations sur une précarisation croissante du monde du travail, alors que l’accès au logement est de plus en plus difficile.

Cette nouvelle coupe s’inscrit dans une politique qui a fait du logement en général, et des APL en particulier, les principales victimes des coupes budgétaires de l’ère Macron. En même temps qu’il supprimait l’ISF, le gouvernement fait 400 millions d’euros d’économies annuelles avec la très décriée baisse de 5 euros des APL, décidée à l’été 2017. Au moins 900 millions annuels de plus ont été récupérés, en diminuant de 60 euros celles versées aux locataires de HLM. Dans sa dernière étude, l’Insee a souligné que, même en prenant en compte les réductions de loyer, consenties par les HLM pour compenser la ponction du gouvernement, la baisse des APL expliquait la hausse en 2018 du nombre de ménages dont les revenus sont passés sous la barre du seuil de pauvreté.

Camille Bauer
Logement: nouveau coup de rabot sur les APL (Camille Bauer, L'Humanité, 15 novembre 2019)

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