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11 décembre 2021 6 11 /12 /décembre /2021 09:02

 

Donnons nous 5 ans pour offrir la meilleure école du monde à nos enfants !!

L’école, l’éducation doivent être une priorité nationale ! La pandémie a montré ô combien nos enseignants et tous les personnels des écoles, ATSEM, AESH, la médecine scolaire, étaient indispensables, essentiels !

Pourtant, l’école va mal. Profs non remplacés, dévalorisés, sous payés, fracture numérique, temps d’enseignement réduit (on est passé de 27h par semaine en primaire à 24h aujourd’hui), manque d’ATSEM, d’AESH, de médecins et d’infirmiers, de conseillers en orientation, de psys, de surveillants (AED), formation des professeurs inadaptée...

Pour réduire les inégalités et permettre aux enseignants de mener à bien leur mission, nous proposons d’ allonger progressivement le temps d’enseignements (aller vers 27h en primaire avec plus de maîtres que de classe, 32h en moyenne au lycée et collège), sans augmenter le temps de travail des enseignants mais en formant et pré-recrutant 90 000 enseignants.

Nous voulons revaloriser le métier aussi en augmentant les salaires de 30% dès 2023.

Nous voulons donner plus de temps aux enseignants pour leur permettre de transmettre aux enfants tout ce qui est nécessaire à la réussite scolaire. Fini les devoirs à la maison. Le travail personnel des enfants sera fait à l’école, avec les enseignants.

Nous voulons mettre tous les moyens pour garantir l’égalité d’accès aux connaissances, quelque soit notre lieu d’habitation, notre classe sociale, nos difficultés, notre handicap.

C’est pourquoi nous augmenterons les moyens des équipes pédagogiques en reconstruisant des RASED, mais aussi la médecine scolaire, en recrutant des AED, des ATSEM (une ATSEM par classe) des AESH (à temps complet, sous statut de l’Education nationale et formés ), des CPE et du personnel administratif.

Nous programmerons en 5 ans la construction d’écoles, de collèges et de lycées, à taille humaine avec un objectif :

-  Pas plus de 15 élèves en petite section,

-  Pas plus de 20 élèves en maternelle et en élémentaire,

-  Pas plus de 25 au collège et au lycée.

Nous rétablirons un diplôme national avec le Bac avec la même épreuve pour toutes et tous.

Nous supprimerons PARCOURSUP et nous créerons des places en plus en université.

Nous ferons de l’enseignement professionnel une priorité en redonnant des moyens aux lycées pro, avec un Bac pro en 4 ans (au lieu de 3 aujourd'hui), en permettant l’alternance avec une indemnité pour les jeunes engagés dans cette voie, comme cela se fait pour les apprentis, en rétablissant des enseignements tels que la littérature ou la philo.

Nous voulons faire de l’école, de l’enseignement supérieur la priorité du quinquennat en y mettant les moyens : le budget de l’Education nationale et celui des universités augmentera de 45% en 5 ans.

Notre priorité, c’est de faire de l’école une grande cause nationale. C’est un choix de société : nos enfants d’abord !

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11 décembre 2021 6 11 /12 /décembre /2021 06:45

 

À rebours de ses voisins européens et des décisions de justice, l’exécutif français fait tout pour protéger les plateformes des risques de requalification des emplois de coursiers.

Apôtre de la start-up nation, le gouvernement français est un grand fan d’Uber et consorts. Les travailleurs précaires grâce auxquels ces plateformes font leur beurre œuvrent en tant qu’autoentrepreneurs. Ce faisant, ils ne sont donc pas comptabilisés parmi les « personnes ayant exercé une activité réduite » enregistrées par Pôle emploi. Aussi, l’exécutif s’évertue à protéger toutes ces donneurs d’ordres du numérique contre les risques de requalification de l’emploi de leurs coursiers et autres livreurs en salariat. Un travail pas de tout repos, tant les décisions de justice se multiplient, des prud’hommes à la Cour de cassation, pour reconnaître le lien de subordination.

Ainsi, par deux fois (loi de 2018, dite « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », et la loi d’orientation des mobilités de 2019), la majorité présidentielle a tenté de faire passer dans le droit les chartes unilatérales de bonne conduite, idée soufflée par les lobbyistes d’Uber. Ces documents non contraignants, écrits par les plateformes elles-mêmes, les auraient protégées des risques juridiques, à commencer par la requalification des contrats. Ces tentatives ont été à chaque fois censurées par le Conseil constitutionnel.

Profitant de l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement est retourné à l’assaut, cette fois par ordonnances. Une première s’est glissée en avril, en plein confinement, instaurant une forme de « dialogue social » entre les travailleurs considérés comme indépendants (le terme est répété huit fois, rien que dans l’article premier) et les plateformes. Les premières élections des délégués d’ubérisés devraient se tenir début 2022. Cette pseudo-avancée revient en fait à acter le fait que ces travailleurs ne sont pas salariés, que donc la relation qui les lie au donneur d’ordres relève bien d’un contrat commercial. Elle permet aussi d’évacuer des discussions des questions aussi fondamentales que la santé des travailleurs de plateformes, leur temps de travail, les mesures de sécurité ou encore le fonctionnement de l’algorithme qui détermine notamment à qui les tâches sont confiées et combien elles sont rémunérées.

Ce volet de protection sociale est renvoyé à une nouvelle ordonnance, évoquée pour 2022. On peut d’ores et déjà parier qu’elle se contentera de demander aux plateformes de sponsoriser un contrat d’assurance privée au rabais, du même type que celui proposé par Axa, qu’Uber finance déjà. On comprend dès lors la crainte du pouvoir macronien de voir l’Union européenne mettre fin à son pas de deux avec les plateformes prédatrices. 

 

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10 décembre 2021 5 10 /12 /décembre /2021 06:49

 

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9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 06:49

 

Souveraineté ou sécurité de l’alimentation? Production autocentrée ou commerce des denrées alimentaires ? Derrière les mots, des choix de société radicalement différents, c’est dire si la problématique concerne le monde tout entier.

*Julien Brugerolles est assistant parlementaire.

Avec l’arrêt momentané de certains échanges commerciaux, la crise de la covid-19 a remis pendant quelques semaines au centre des enjeux de sûreté pour notre pays la question de la production agricole et de l’approvisionnement alimentaire. Dans la foulée, de nombreux responsables politiques ou « experts » ont redécouvert et utilisé médiatiquement l’expression souveraineté alimentaire. Plus un jour ne passe sans que la recherche de cette souveraineté ne soit brandie, affichée… et surtout instrumentalisée. Car le terme, devenu « tendance », cache en réalité une intense bataille de détournement idéologique.

 

SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE CONTRE LA FAIM ET LA MALNUTRITION ?

En fait, on parle là d’un concept qui n’a pas surgi subitement tel un effet secondaire de la covid-19 pour esprits en mal d’éléments de langage. Il est en effet issu de la construction politique des mouvements agricoles progressistes et altermondialistes (et de Via Campesina en particulier), qui entendaient désigner par là le droit des peuples, des États ou groupes d’États régionaux de décider librement de leurs politiques agricoles et alimentaires comme des moyens publics d’assurer le développement de leur autonomie et de leurs modèles propres de production, de coopération et de distribution.

L’insécurité alimentaire, c’est-à-dire l’impossibilité d’avoir un accès régulier à une alimentation saine, équilibrée et nutritive, toucherait près de 2 milliards de personnes.

 Les pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est, mais aussi d’Amérique latine, sont les premiers concernés par le champ que recouvre ce concept, puisqu’ils concentrent l’essentiel des populations sujettes à la sous-alimentation et à la malnutrition. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) annonce ainsi dans son rapport annuel publié le 13 juillet 2020 que 690 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, un chiffre en augmentation de 10 millions en une année, et de 60 millions en cinq ans.

 

 

Les Signes de la qualité et de l’origine (SIQO) sont déclinés en différents labels.

 

L’insécurité alimentaire, c’est-à-dire l’impossibilité d’avoir un accès régulier à une alimentation saine, équilibrée et nutritive, toucherait près de 2 milliards de personnes, avec 21,3 % des enfants qui souffriraient de retards de croissance dans le monde en 2019. Avec la pandémie de covid-19, l’ONU alerte et table sur une hausse de 83 à 132 millions de personnes supplémentaires souffrant de sous-alimentation en 2020.

Mais nous aurions tort de penser que le risque de crise alimentaire ne menace que des centaines de millions de personnes dans les pays du Sud. Il concerne aussi des dizaines de millions de Français et d’Européens, dont un nombre croissant sont déjà dans l’incapacité, au regard de l’insuffisance de leurs revenus et/ou du niveau de leurs  dépenses contraintes, de subvenir à leurs besoins alimentaires élémentaires.

Alors que 17,3 % des Européens, soit 87 millions de personnes, vivaient déjà sous le seuil de pauvreté en 2015, selon Eurostat, le taux de pauvreté en Europe va progresser fortement avec la crise. Dans notre pays, les demandes d’aide alimentaire ont connu une progression de 20 % à 40 % ces derniers mois selon les différentes associations caritatives.

 

ALIMENTATION ET LIBRE-ÉCHANGE GÉNÉRALISÉ

Face à ces chiffres, l’ambition de nourrir correctement tous les Français, et les Européens, ne peut se résumer à une simple politique de sécurité des approvisionnements alimentaires et d’ajustement par la concurrence sur les marchés agricoles mondiaux. La crise alimentaire qui vient est révélatrice de l’impasse dans laquelle nous ont conduits les choix successifs de déréglementation et de libéralisation du secteur agricole depuis les années 1990.

L’inclusion « forcée » de l’agriculture dans les accords commerciaux inter-nationaux (GATT puis OMC), puis dans les accords d’association ou de libre-échange européens, tient un rôle particulier dans l’accroissement des déséquilibres et des dépendances. Les résultats de plus de trente années de politiques néolibérales mériteraient ainsi une véritable évaluation internationale, ce non seulement sur le strict plan de la problématique alimentaire, mais également sur les effets induits par les spécialisations agricoles et la compétition internationale vis-à-vis de la capacité d’agrosystèmes profondément transformés à répondre demain aux enjeux alimentaires, climatiques, sociaux et environnementaux dans chaque pays.

Le débat doit se centrer sur la question de savoir si les Français, et les Européens, seront en capacité de construire démocratiquement leurs choix agricoles et alimentaires permettant d’assurer durablement l’essentiel des productions sur le territoire national et européen, tout en respectant pleinement les choix des autres pays et régions du monde.

Une telle évaluation s’avérerait sans doute fort utile pour déconstruire toute une série de mythes économiques, et nourrir un peu plus la conviction d’une urgence : celle de reconquérir des garanties démocratiques quant à la capacité des peuples à décider librement de leurs choix et de leurs politiques publiques agricoles et alimentaires. Cette bataille-là est centrale. Elle conditionne, de mon point de vue, les possibilités de chacune des régions du monde, et de chaque peuple, à sortir durablement de la sous-alimentation et de la malnutrition, en développant leurs propres capacités productives et complémentarités locales ou régionales.

 

QU’EST-CE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ?

La souveraineté alimentaire seraient-ils donc désormais tous convaincus par cette nécessité ? On peut en douter. Car un rapide tour d’horizon des articles de presse titrant sur la souveraineté alimentaire donne plutôt à voir toute l’étendue des contradictions qui se cachent derrière l’utilisation de la notion. En particulier, les libéraux s’empressent systématiquement de relativiser : ce qu’il nous faut, c’est bien plus une « sécurité alimentaire » qu’une « souveraineté alimentaire ».

Une tribune de l’agro-économiste Jean-Marie Séronie intitulée « Souveraineté alimentaire : de quoi es-tu vraiment le nom? », publiée le 28 avril 2020 sur le site Terre-net, résume assez bien le fond des divergences idéologiques existantes et du travail « de réaction » à l’oeuvre : « Nous importons de plus en plus mais nous exportons, en valeur, largement plus que ce que nous importons, même si cet écart diminue. Deux secteurs sont emblématiques : la viande et les fruits et légumes. Alors que nous encourageons, depuis des années, la consommation de fruits et légumes pour des enjeux de santé publique, nous importons presque 50 % des légumes et 60 % des fruits. Certaines filières ont presque totalement déserté notre territoire principalement pour des raisons de compétitivité, de coûts salariaux en particulier. Corriger cette situation demandera beaucoup d’énergies et d’investissements. Il faudra agir à la fois sur le consentement à payer un peu plus des consommateurs, différencier davantage certains produits, baisser le coût du travail mais aussi que les agriculteurs gagnent en productivité dans leurs exploitations. […] Nous n’allons pas inventer les phosphates que nous n’avons pas dans notre sous-sol ! Nous ne serons donc jamais autonomes. À l’idée de souveraineté, d’autonomie, d’autosuffisance, préférons l’idée de sécurité alimentaire. Ce concept ne présente pas d’ambiguïté d’arrière- pensée de fermeture, de repli sur soi mais ouvre plutôt sur l’anticipation, l’organisation. »

La crise alimentaire qui vient est révélatrice de l’impasse dans laquelle nous ont conduits les choix successifs de déréglementation et de libéralisation du secteur agricole depuis les années 1990.

Avec Jean-Marie Séronie, nous touchons très directement au travail de détournement intellectuel de la dimension systémique et transformatrice du concept de souveraineté alimentaire, mais aussi des notions qui lui sont étroitement liées, comme la recherche de l’autosuffisance alimentaire et le principe d’un droit à l’alimentation.

 

 

En France, les demandes d’aide alimentaire ont connu une progression de 20 % à 40 % ces derniers mois selon les différentes associations caritatives.

 

Car le débat n’est précisément pas seulement de savoir si la France et l’Union européenne seront en capacité d’anticiper ou de s’organiser pour s’assurer des moyens de disposer de suffisamment de nourriture pour leurs populations. Le débat, pour nous, doit se centrer sur la question de savoir si les Français, et les Européens, seront en capacité de construire démocratiquement leurs choix agricoles et alimentaires permettant d’assurer durablement l’essentiel des productions sur le territoire national et européen, tout en respectant pleinement les choix des autres pays et régions du monde. Nous changeons là radicalement de perspective politique d’avec la version « allégée » de la seule sécurité alimentaire, soluble dans l’ouverture des marchés et qui ne s’intéresse jamais vraiment aux modèles de production ni à la coopération internationale.

 

LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE DES RICHES

Un autre exemple de cette bataille idéologique fondamentale tient à l’absence récurrente d’interrogation sur la mesure de la balance commerciale agricole française, et européenne, et sur les effets systémiques de son évolution ces trente dernières années. L’idée d’une « montée en gamme » de nos exportations pour compenser la croissance de nos importations semble être de plus en plus largement partagée.

Mais ce « recyclage qualitatif » de la théorie des avantages comparatifs ne s’accompagne pratiquement jamais d’une réflexion sociale sur la destination de ces productions, notamment celles sous signe d’identification de la qualité et d’origine (SIQO). Faut-il se féliciter d’exporter mieux en valeur que ce que nous importons, sans s’interroger sur les effets de ces importations sur les agrosystèmes et les populations locales? Peut-on s’extraire de tout examen sur l’intérêt et la pertinence alimentaire d’une politique commerciale visant à exporter plus de produits sous SIQO (IGP, AOP, AB, label Rouge) à destination des plus riches consommateurs américains, japonais ou chinois, plutôt que de soutenir les moyens concrets des ménages et des enfants français, et européens, les plus modestes d’accéder très régulièrement à ces produits ?

 

 

La « montée en gamme », uniquement pour les plus riches du monde, est-elle une politique alimentaire acceptable ? Je reprendrai enfin un dernier exemple, extrait de la même tribune de Jean-Marie Séronie (décidément !), et qui dénote toute l’hypocrisie qui accompagne le prêt-à-penser économique qui est servi avec les analyses libérales des politiques agricoles et alimentaires. M. Séronie avance que, pour que nous consommions plus de produits français, « il faut agir à la fois sur le consentement à payer un peu plus des consommateurs » tout en faisant « baisser le coût du travail ». Typique des contradictions permanentes de la réflexion des économistes libéraux, il déclare ainsi, dans la même phrase, que le salaire des de nos importations semble être de plus en plus largement partagée. Mais ce « recyclage qualitatif » de la théorie des avantages comparatifs ne s’accompagne pratiquement jamais d’une réflexion sociale sur la destination de ces productions, notamment celles sous signe d’identification de la qualité et d’origine (SIQO).

Faut-il se féliciter d’exporter mieux en valeur que ce que nous importons, sans s’interroger sur les effets de ces importations sur les agrosystèmes et les populations locales? Peut-on s’extraire de tout examen sur l’intérêt et la pertinence alimentaire d’une politique commerciale visant à exporter plus de produits sous SIQO (IGP, AOP, AB, label Rouge) à destination des plus riches consommateurs américains, japonais ou chinois, plutôt que de soutenir les moyens concrets des ménages et des enfants français, et européens, les plus modestes d’accéder très régulièrement à ces produits ? La « montée en gamme », uniquement pour les plus riches du monde, est-elle une politique alimentaire acceptable ?

La « montée en gamme », uniquement pour les plus riches du monde, est-elle une politique alimentaire acceptable?

Je reprendrai enfin un dernier exemple, extrait de la même tribune de Jean-Marie Séronie (décidément !), et qui dénote toute l’hypocrisie qui accompagne le prêt-à-penser économique qui est servi avec les analyses libérales des politiques agricoles et alimentaires. M. Séronie avance que, pour que nous consommions plus de produits français, « il faut agir à la fois sur le consentement à payer un peu plus des consommateurs » tout en faisant « baisser le coût du travail ». Typique des contradictions permanentes de la réflexion des économistes libéraux, il déclare ainsi, dans la même phrase, que le salaire des travailleurs (notamment de l’agriculture et de l’agroalimentaire) devrait donc baisser tout en souhaitant que ces mêmes travailleurs (ils mangent eux aussi !) consentent à payer plus cher pour manger français. « Gagner moins pour manger mieux» : voilà qui pourrait servir de joli slogan de campagne électorale à certains !

Assurément, la souveraineté alimentaire est d’abord un combat politique.

 

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9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 06:37

 

 

Perte de puissance économique de la France et ses conséquences sur la situation sociale et le pouvoir d’achat -

Madame le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, depuis trente ans, les gouvernements libéraux ont réduit les cotisations sociales et la fiscalité des entreprises pour garantir la compétitivité de l’emploi dans notre pays.

Depuis trente ans, au nom du fameux « coût du travail », les salariés ont dû faire des sacrifices en subissant les conséquences de la disparition des services publics et de la réduction de leurs droits sociaux. Pour quel résultat ? Les grandes entreprises continuent de délocaliser leur activité en Europe de l’Est et en Asie. Les dividendes des actionnaires ont explosé et les salaires ont stagné.

Alors que le niveau de chômage n’a jamais été aussi élevé et que l’emploi industriel est en baisse depuis 2019, Emmanuel Macron a annoncé un nouveau durcissement des critères de l’assurance chômage, qui s’ajoute à la réforme de septembre dernier et qui va faire perdre à près de 2 millions de demandeurs d’emploi le bénéfice de leur indemnité chômage.

Alors que de nombreux travailleurs ont déjà dû consentir de lourds sacrifices en raison de la pandémie de covid-19, le Gouvernement continue de faire des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes multinationales. Dans le même temps, il réduit les droits sociaux et rechigne à compenser l’augmentation du prix de l’énergie pour tous nos concitoyens.

Nous, parlementaires communistes, défendons un projet radicalement opposé, qui vise à permettre à chacun de vivre dignement de son travail, aux jeunes d’accéder à des emplois stables, aux populations de disposer partout de services publics de qualité, au pays de se doter de nouveau d’une industrie à la fois garante de notre souveraineté et à même de répondre aux besoins de la société.

Pour y parvenir, il nous faut réorienter radicalement les richesses vers la satisfaction des besoins des femmes, des hommes et des jeunes, plutôt que de toujours engraisser les plus riches et les marchés financiers, et confier de vrais pouvoirs de décision aux citoyens et au monde du travail.

Emmanuel Macron a multiplié les cadeaux fiscaux à une poignée d’ultra-riches et au capital : 358 000 familles, dont le patrimoine représente 1 000 milliards d’euros, soit l’équivalent de la moitié du PIB de la France, ont ainsi été exonérées du paiement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

De même, il a multiplié les exonérations de cotisations sociales au profit des grandes entreprises, en contrepartie d’un recrutement à temps partiel et à bas salaire. Il a ainsi aggravé la précarité des salariés, des personnes privées d’emploi, des jeunes, des retraités. Les femmes en sont les premières victimes.

Le prétendu « coût du travail » n’existe pas : le travail crée des richesses. Face aux libéraux et aux tenants de l’austérité budgétaire, nous voulons une économie au service de l’humain.

De 2008 à 2017, l’Union européenne a apporté 1 500 milliards d’euros au système financier, sans que cela ait modifié la courbe du chômage.

À l’inverse de ceux qui invoquent le défaitisme et la défaite morale de la France, nous prônons les jours heureux. Nous proposons une autre utilisation de l’argent pour produire autrement et partager les richesses.

Pour que chacun puisse vivre dignement, il faut augmenter les salaires. Pour donner du travail au plus grand nombre, il faut réduire le temps de travail hebdomadaire à 32 heures et recruter massivement dans la fonction publique.

M. Laurent Duplomb. Mais bien sûr !

Mme Cathy Apourceau-Poly. Nous avons besoin de développer les services publics, d’investir dans la santé et en faveur d’une autre industrie.

Face à l’urgence sociale, nous devons augmenter le SMIC de 200 euros net par mois, revaloriser les pensions et les minima sociaux, appliquer l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, rétablir les cotisations sociales du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), moduler l’impôt sur les sociétés selon la politique d’emploi et d’investissement des entreprises et taxer les 10 milliards d’euros de profits annuels des compagnies pétrolières.

Face à l’urgence sociale, il faut aussi baisser le prix des carburants et réduire de 30 % les taxes sur le gaz et l’électricité.

Le déclin de la puissance économique de la France est la conséquence des choix budgétaires des gouvernements successifs. Il est encore temps d’inverser la tendance en adoptant une politique orientée vers l’investissement et l’humain plutôt que vers l’austérité et le marché.

 

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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 06:51
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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 06:43

 

La filière laitière est en crise. On lui impose une course à l’industrialisation, au gigantisme, avec des effets néfastes pour l’environnement et les producteurs ; mais parmi ces derniers certains se battent pour la qualité de leurs produits. Les issues qui se dessinent ne sont pas équivalentes pour les éleveurs, les consommateurs et l’environnement.

*Gérard Le Puill est journaliste et auteur.

En France, et en Europe, les producteurs de lait ne gagnent plus leur vie. Pis encore, la concurrence entre les laiteries induit des investissements qui augmentent le prix de revient des produits laitiers tout en faisant croître leur bilan carbone, surtout quand ils sont exportés. Les incidences de ce productivisme sont désastreuses pour les humains comme pour l’environnement. Entre la fin de l’été 2020 et le 2 mars 2021, le prix de la tonne de tourteaux de soja importés pour nourrir les vaches laitières est passé de 320 € à 437 €. En 2019 et en 2020, les éleveurs laitiers ont été confrontés à deux étés successifs de sécheresse. Ils ont été contraints d’acheter du foin et de la paille, mais aussi davantage d’aliments composés riches en soja, ce qui augmente les coûts de production.  

La sortie des quotas avait été décidée dès l’année 2009 par les ministres européens de l’Agriculture. Six ans après, les conséquences sont les suivantes : une baisse sensible du revenu des producteurs de lait, bien que leur productivité ait augmenté; des importations croissantes de tourteaux de soja, favorisant la déforestation en Amazonie.

Mais le prix du lait payé par les laiteries n’a pas suivi l’évolution des coûts de production. Selon l’organisme parapublic FranceAgri – Mer, en novembre 2020 le prix payé aux producteurs de lait de vache en France était en recul de 2,6 % par rapport à no – vembre 2019. Selon le Comité national interprofessionnel des entreprises laitières (CNIEL), qui rassemble les producteurs et les transformateurs, le prix de revient de 1000 L de lait en zone de plaine, en intégrant une rémunération correcte des producteurs, s’élevait à 403 € en 2020. 

 

 

Les vaches prim’holstein représentent une part importante des cheptels de vaches laitières. 

 

Toujours en 2020, le prix payé, primes de qualité comprises, par les trois entreprises qui collectent les plus gros volumes, à savoir Lactalis, Sodiaal et Agrial-Eurial, plafonnait à 350 € dans le grand ouest du pays. Savencia et France Milk Board faisaient, elles, à peine mieux, avec 360 €pour1000 L. On reste sous les 370 € de prix moyen payé en 2014, juste avant la sortie des quotas. Ces derniers avaient régulé les volumes de production dans les pays membres de l’Union européenne entre le mois d’avril 1984 et le mois de mars 2015 inclus.  

Voilà donc une filière laitière qui a su allier la production de qualité avec une juste rémunération des producteurs de lait et un faible bilan carbone.

Dès l’été 2015, le prix moyen des 1000 L chutait à 320 €. Il tombait à 270 € en 2016, du fait de la montée des stocks de beurre et de poudre en France et en Europe. La sortie des quotas avait été décidée dès l’année 2009 par les ministres européens de l’Agriculture. La Commission leur proposait d’introduire plus de concurrence sur le marché européen et d’exporter davantage de produits laitiers vers des pays tiers. Six ans après, les conséquences sont les suivantes : une baisse sensible du revenu des producteurs de lait, bien que leur productivité ait augmenté; des importations croissantes de tourteaux de soja, favorisant la déforestation en Amazonie; des exportations accrues de produits laitiers européens vers des pays tiers, avec un bilan carbone désastreux et des investissements en capacités de transformation sous-utilisés dans les laiteries.

 

L’ÉCHEC DE LA FERME DES 1000 VACHES 

En 2015, la coopérative Les Maîtres laitiers du Cotentin investissait à Saint-Lô dans une unité de conditionnement de miniflacons de lait infantile que le groupe chinois Synutra promettait de commercialiser en Chine ; un contrat fut même signé. L’année suivante, à Carhaix, dans le Finistère, le groupe coopératif Sodiaal construisait une tour de séchage afin de produire du lait en poudre pour les bébés chinois. En août 2018, Synutra stoppait ses achats dans l’unité de Saint-Lô, mettant en avant des impératifs sanitaires ; l’année suivante, ses commandes de lait infantile à l’usine de Carhaix diminuaient sensiblement pour des raisons de prix de revient. Dans les deux cas, on avait découvert à Synutra que les produits laitiers de Nouvelle- Zélande revenaient moins chers que ceux de Bretagne et de Normandie. Du coup, le site de Saint-Lô mit sa chaîne de production à l’arrêt et celui de Carhaix tourne au ralenti, ce qui impacte le prix versé aux paysans qui livrent le lait. Avec la sortie des quotas, les firmes laitières européennes ont poussé les producteurs à surinvestir dans des grandes stabulations équipées de robots de traite. Le projet de la ferme des mille vaches en baie de Somme naquit en 2009, année de l’annonce de la fin des quotas laitiers pour 2015. La nouvelle ferme du patron en bâtiment qu’était Michel Ramery commença à produire du lait en 2014 et devait monter en puissance dès 2015. Mais cette concentration de vaches laitières connut de multiples problèmes sanitaires. La production, livrée en Belgique, ne fut jamais rentable et fut abandonnée en janvier 2021.

 

LE PRODUCTIVISME LAITIER ET SES EFFETS PERVERS

Cités en exemples au nom d’une « compétitivité » supposée sans égale en production laitière, les Pays-Bas – avec une superficie agricole de 2 millions d’hectares – sont passés de 10,5 milliards de litres de lait produits sur leur territoire en 2005 à 14,5 milliards en 2016. Avec 28 millions d’hectares de terres agricoles, la France est passée de 23 milliards de litres de lait de vache produits en 2005 à 25 milliards en 2015. Le lait des Pays-Bas est produit par le biais d’importations massives d’aliments pour le bétail. Sans même prendre en compte le bilan carbone imputable à la déforestation en Amazonie pour l’alimentation du bétail européen, un tableau comparatif publié par l’hebdomadaire Agra Presse du 4 janvier 2021 aboutissait à la conclusion qu’en France chaque hectare agricole consacré à l’élevage émettait moins de 3 t de gaz à effet de serre par an alors que les Pays- Bas frôlaient les 10 t.

 

 

Entre la fin de l’été 2020 et le 2 mars 2021, le prix de la tonne de tourteaux de soja importés pour nourrir les vaches laitières est passé de 320 € à 437

En France, comme en Europe, le productivisme laitier a multiplié les effets pervers via le coût des bâtiments d’élevage, le recul de l’accès des vaches au pré, le prix de revient élevé de la nourriture à l’auge, avec du maïs ensilé et de tourteaux de soja importés. Parallèlement, la sélection génétique d’un troupeau composé à plus de 70 % des vaches prim’holstein a fragilisé les laitières. Au point que, en moyenne, cette vache hollandaise fait naître moins de trois veaux avant d’aller à l’abattoir avant ses six ans. Il faut donc élever beaucoup de génisses pour renouveler le troupeau laitier. Or le coût de l’élevage d’une génisse est compris entre 1300 et 1600 € avant la première lactation, qui débute vers son 30e mois.

 

LA FILIÈRE DU COMTÉ PLUS PERTINENTE QUE JAMAIS

Six ans après la fin des quotas par pays, le bilan de cette dérégulation est donc catastrophique. En France, pourtant, la filière artisanale du comté démontre qu’il est possible et souhaitable de produire autrement. Une note d’Agreste, organisme dépendant du ministère de l’Agriculture, indique que le prix moyen des 1000 L de lait à comté était de 549 € en 2018 dans la zone d’appellation de ce fromage, contre un prix moyen de 362 € pour le lait conventionnel (non soumis au cahier des charges de ce fromage) produit dans cette même zone. Cette année-là, le prix payé aux producteurs de lait à comté avait progressé de 3,6 %, contre 0,6 % pour le lait conventionnel.

 

Pour la période qui va de 2021 à 2024, le Comité interprofessionnel de gestion du comté (CIGC) a adopté le 27 novembre 2020 ses règles de régulation de l’offre pour les trois campagnes à venir. Une ouverture de 2 % a été décidée, soit 1500 t supplémentaires par an. « Comme à l’accoutumée, ces volumes seront fléchés en priorité vers les jeunes agriculteurs, les nouveaux entrants dans la filière et encourageront aussi l’export et l’amélioration du taux de spécialisation des ateliers », précise le CIGC. 

 

UN CAHIER DES CHARGES POUR LA QUALITÉ

Le lait à comté devient un fromage dont l’affinage dépasse souvent les dix-huit mois, parfois même les trente mois. Les producteurs respectent un cahier des charges qui impose deux races bovines, dont la Montbéliarde, afin d’avoir un lait riche en protéines. S’y ajoute une alimentation à l’herbe et au foin, avec interdiction des aliments fermentés, comme le maïs issu de l’ensilage, ainsi qu’une limitation des tourteaux.

Les producteurs respectent un cahier des charges qui impose deux races bovines, dont la Montbéliarde, afin d’avoir un lait riche en protéines. S’y ajoute une alimentation à l’herbe et au foin.

Le volume annuel de lait que livre chaque producteur est également décidé d’avance. Mais comme le comté voit ses ventes progresser, le volume global de lait qui lui est destiné augmente un peu chaque année. Cela permet d’installer de jeunes agriculteurs et d’accueillir aussi des producteurs installés sur la zone d’appellation s’ils décident de quitter la filière conventionnelle pour adhérer au cahier des charges du comté. Ainsi, de 2009 à 2019, la surface agricole utile (SAU) des fermes en AOP (appellation d’origine protégée) Comté est passée de 250 000 à 290 000 ha. Voilà donc une filière laitière qui a su allier la production de qualité avec une juste rémunération des producteurs de lait et un faible bilan carbone. Mieux encore, la diversité des petites laiteries que l’on continue de nommer des « fruitières » assure aussi une diversité de goûts pour ce fromage régional issus de terroirs différents. Ce que constate Alain Mathieu, président du CIGC, qui, interrogé par les Nouvelles du comté, déclare : « La filière du comté est attachée au développement durable de son territoire. Elle s’appuie en cela sur la complémentarité de ses règles de régulation de l’offre et de son cahier des charges, offrant une promesse globale aux consommateurs intégrant à la fois l’environnement, le bien-être animal, le respect des traditions et la préservation d’un modèle artisanal de production. » Voilà un modèle à suivre dans d’autres régions, à commencer par la Normandie. Les producteurs normands livrent beaucoup de lait à Lactalis, qui le chauffe à 85 °C pour en faire des produits pasteurisés, dont le camembert Président. Ils seraient mieux rémunérés en privilégiant la vache de race normande et un cahier des charges précis pour produire du camembert au lait cru, du pont-l’évêque, du livarot, du neufchâtel, du beurre et de la crème sous des signes de qualité.   

Dernier ouvrage de Gérard Le Puill, Choses apprises en 2020, Souveraineté alimentaire, pour agir contre la faim, Éditions du Croquant, novembre 2020.

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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 06:37

 

Pour la cinquième et dernière fois du mandat, nous aurons la main sur l’ordre du jour de l’Assemblée nationale dans le cadre d’une journée d’initiative réservée, le 2 décembre prochain.
Nous avons souhaité mettre en débat des sujets qui sont au cœur des préoccupations de nos concitoyens. Sur le terrain, à leur écoute, nous savons à quel point l’avenir les inquiète. L’avenir de notre système de soins, l’avenir de notre planète, l’avenir de leurs enfants, telles sont leurs préoccupations premières, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire.

C’est donc à l’aune de besoins criants de notre société que nous avons choisi d’organiser l’ordre du jour de l’Assemblée nationale le 2 décembre.

La journée débutera par l’examen d’une proposition de loi pour l’accès à la santé et la lutte contre les déserts médicaux. Nous défendrons des mesures concrètes pour permettre, au plus vite, de remédier aux difficultés d’accès aux soins rencontrées par des milliers d’entre nous.
Nous avons aussi choisi d’inscrire à l’ordre du jour une proposition de loi qui, si elle était adoptée, permettrait enfin de déconjugaliser l’allocation aux adultes handicapés dont le versement aux bénéficiaires reste aujourd’hui conditionné aux revenus du conjoint. Il s’agit d’une mesure d’humanité et de justice que nous défendons ardemment depuis 2018.
Cette journée sera également l’occasion d’ouvrir d’autres débats sur l’inéligibilité des personnes condamnées pour incitation à la haine, sur les inégalités scolaires et le manque de transparence du dispositif Parcoursup, sur le financement de la transition écologique, sur les problématiques de gestion de l’eau par les communes ou encore sur les manières de protéger nos biens communs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 06:33

 

Avec la cinquième vague de la covid qui déferle sur le monde et un variant omicron qui présente un risque très élevé selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il est urgent de répondre à la pandémie sur le plan international, en réunissant tous les pays, comme l’a souligné hier au Sénat le professeur Yazdanpanah, directeur de l’ANRS Maladies infectieuses émergentes.

Les inégalités demeurent criantes à cause de l’égoïsme des grandes puissances : 60 % des personnes sont vaccinées dans les pays riches, contre seulement 3 % dans les pays pauvres. C’est une honte !

Monsieur le secrétaire d’État, allez-vous enfin entendre la demande de l’Inde et de l’Afrique du Sud, soutenue par 100 pays et de très nombreuses ONG, de lever les brevets et les droits de propriété intellectuelle, de partager non seulement les technologies sur les vaccins mais aussi les traitements et les tests anti-covid, afin de permettre à toutes et à tous d’être vaccinés ?

Cette demande a été défendue avec force hier lors des rassemblements dans toute l’Europe ; j’ai moi-même participé à un rassemblement à Paris à l’appel de nombreux syndicats, ONG et partis politiques. Allez-vous continuer à l’ignorer ? (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE, ainsi que sur des travées des groupes SER et GEST.)

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des affaires européennes.

M. Clément Beaune, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé des affaires européennes. Madame la sénatrice Cohen, il faut être extrêmement précis et clair sur l’action de la France et de l’Europe en la matière. Vous avez raison, nous ne viendrons pas à bout de cette pandémie, comme nous le constatons chaque jour, si le monde entier n’est pas vacciné, autrement dit si le vaccin ne devient pas un bien public mondial.

C’est le Président de la République, dès le mois d’avril 2020, et l’Europe, emboîtant le pas à la France, qui ont depuis le début porté très concrètement cette exigence au niveau international. Le Président de la République l’a dit dès le printemps 2020, la propriété intellectuelle ne sera pas un obstacle à la diffusion du vaccin.

Je le dis là aussi très précisément, la stratégie portée par la France et l’Europe est complexe, car il ne suffit pas d’ouvrir le débat sur la propriété intellectuelle.

D’abord, je le rappelle, nous sommes le seul pays et le seul continent, par rapport à nos voisins et partenaires britannique ou américain, qui clamaient pourtant la solidarité internationale, à ne pas avoir prévu d’interdiction d’exportation. J’insiste, nous n’y avons jamais eu recours. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle c’est l’Europe aujourd’hui qui a exporté dans le monde le plus de vaccins – un milliard de doses au total – et qui en a donné d’ores et déjà plus de 100 millions, dont 67 millions pour la France – et c’est tout à notre honneur.

Nous sommes devenus la pharmacie du monde. C’est l’Europe qui vaccine le monde entier grâce à cette solidarité. (Marques de désapprobation sur les travées du groupe CRCE.)

Nous sommes le continent – nous devrions le célébrer ensemble, madame la sénatrice – qui en fait le plus, et nous avons débloqué au niveau européen 1 milliard d’euros pour développer des hubs de production industrielle en Afrique, sur place. Trois projets sont déjà en cours, en Afrique du Sud, au Rwanda et au Sénégal.

Avec le soutien de l’OMS, nous sommes actuellement en négociation avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Nous sommes favorables au mécanisme que j’appelle de « licence obligatoire » afin que les pays qui en ont besoin, moyennant une rémunération minimale ou nulle, puissent avoir accès aux vaccins, car, pour être très clair, c’est la propriété intellectuelle qui est le véritable obstacle. Voilà ce que défend l’Europe.

Je vous rappelle que ceux qui ont parlé de la levée des brevets il y a déjà quelques mois – je pense aux États-Unis en particulier – n’ont jamais fait de proposition en ce sens. Pour notre part, nous sommes concrets : solidarité, livraison de doses, production locale et levée de la propriété intellectuelle chaque fois que cela est nécessaire.

Cette négociation à l’OMC est aujourd’hui bloquée, non par l’Europe mais par d’autres pays. Nous sommes cohérents et nous faisons concrètement du vaccin un bien public mondial. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à Mme Laurence Cohen, pour la réplique.

Mme Laurence Cohen. Monsieur le secrétaire d’État, vous êtes tellement cohérent que cela ne marche pas ! Il faudrait peut-être remplacer les paroles par des actes… Quand vous me répondez que nous exportons des vaccins, je vous redis que 75 % des doses de vaccin contre le covid sont uniquement utilisées dans dix pays. Il y a un problème : le dispositif Covax ne marche pas !

Je suis ravie d’entendre que, tout à coup, vous découvrez la licence d’office, car cela fait des mois et des mois que le groupe communiste républicain citoyen et écologiste vous fait cette proposition. Subitement, le Président de la République dit qu’il faut lever les brevets : tant mieux !

J’ai déjà posé cette question ici, en juin dernier. En attendant, la pandémie continue à se propager et cause des milliers de morts. Et que faites-vous ? Vous privilégiez les grands laboratoires. Il faut savoir que Pfizer, Moderna et BioNTech empochent 1 000 dollars de bénéfices par seconde : avec la troisième dose, ce sera le jackpot !

Alors, mettez en accord vos paroles et vos actes et faites vôtre la proposition d’un pôle public du médicament et des produits de santé : vous verrez, cela marchera mieux !

 

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7 décembre 2021 2 07 /12 /décembre /2021 06:42
Disparition. Rabhi, l’écologie spiritualiste et individualiste - par Jean-Baptiste Malet, L'Humanité, 6 décembre 2021
Disparition. Rabhi, l’écologie spiritualiste et individualiste
 
Lundi 6 Décembre 2021
 
Jean-Baptiste Malet
 
Saint laïc idolâtré par les libéraux, le fondateur des Colibris a su mobiliser l’imaginaire du paradis perdu et en faire un produit de consommation de masse. Il est mort à 83 ans.
 
En se répétant presque mot pour mot d’une apparition médiatique à une autre, Pierre Rabhi a ciselé durant plus d’un demi-siècle un récit autobiographique qui tient lieu à la fois de produit de consommation de masse et de manifeste articulé autour d’un choix personnel effectué en 1960 : celui d’un « retour à la terre ». Il est mort, samedi, à l’âge de 83 ans. Ses ouvrages centrés sur sa personne, ses centaines de discours et d’entretiens qui, tous, racontent sa vie ont abouti à ce résultat singulier : cet homme qui parlait continuellement de lui-même a incarné aux yeux de ses admirateurs et des journalistes la modestie et le sens des limites.
 
Né en 1938 à Kenadsa (région de Saoura), en Algérie, Rabah Rabhi perd sa mère vers l’âge de 4 ans et se retrouve dans une famille d’adoption, un couple de colons formé d’une institutrice et d’un ingénieur qui lui donne une éducation occidentale et bourgeoise. Fervent catholique, il adopte à 17 ans son nom de baptême, Pierre. Pendant la guerre d’Algérie, raconte-t-il, « (le) voici brandissant (son) petit drapeau par la fenêtre de la voiture qui processionne dans la ville en donnant de l’avertisseur : “Al-gé-rie-fran-çai-se” ».
 
Il gagne Paris à la fin des années 1950 et travaille chez un constructeur de machines agricoles dans les Hauts-de-Seine. Pierre Rabhi ne supporte ni la violence du monde industriel, ni les discours des syndicalistes de l’époque en faveur de la lutte des classes. Grâce au docteur Pierre Richard, ancien instructeur d’un chantier de la jeunesse près des mines de Villemagne (Gard), Pierre Rabhi rejoint, en Ardèche, une petite communauté de catholiques conservateurs plus âgés que lui et profondément influencés par le ruralisme du régime de Vichy. Il y fait la connaissance déterminante d’un écrivain d’extrême droite : Gustave Thibon. Entre le jeune néorural et le penseur conservateur se noue une relation qui durera jusqu’aux années 1990. Simultanément, Pierre Rabhi adopte les techniques agricoles pseudo-scientifiques de la biodynamie, puis débute une activité de conférencier dans les milieux tiers-mondistes.
 
Éloge de la pauvreté
 
Au cours des décennies suivantes, le fondateur du mouvement Colibris publie une trentaine d’ouvrages dont les ventes cumulées s’élèvent à 1,2 million d’exemplaires. Il dénonce les « excès de la finance », la « marchandisation du vivant » et l’opulence des puissants, mais ne prône comme solution qu’un retrait du monde, une ascèse intime, et se garde de mettre en cause les structures de pouvoir. Dans le Recours à la terre (éditions Terre du ciel, 1995), Pierre Rabhi fait l’éloge de la pauvreté, « le contraire de la misère » ; il la présente dans les années 1990 comme une « valeur de bien-être ». Quelques années plus tard, ce parti pris se muera en une exaltation de la « sobriété heureuse », expression bien faite pour cacher un projet où même la protection sociale semble un luxe répréhensible : « Beaucoup de gens bénéficient du secourisme social, a affirmé Pierre Rabhi. Mais, pour pouvoir secourir de plus en plus de gens, il faut produire des richesses. Va-t-on pouvoir l’ assumer longtemps ? »
 
Au cœur d’une société française en proie à un capitalisme destructeur et sans âme, le discours de Pierre Rabhi parvient à réconcilier grande distribution et sollicitude environnementale, grandes fortunes et spiritualité ascétique. En 2009, Pierre Rabhi participe à l’université d’été du Medef, puis rencontre des dirigeants de grandes entreprises comme Veolia, HSBC, General Electric, ainsi que le milliardaire Jacques-Antoine Granjon, le directeur général puis PDG du groupe Danone de 2014 à 2021 Emmanuel Faber et Jean-Pierre Petit, dirigeant de McDonald’s.
 
« En perdant Pierre Rabhi, la vie perd un de ses plus merveilleux avocats », a écrit Jacques Attali, à l’unisson sur ce point avec des figures politiques issues des rangs de la droite, de LaREM, du PS et d’EELV. En observant la procession de libéraux bigarrés pressés de rendre un dernier hommage à un auteur conservateur, d’aucuns songeront plutôt que, grâce à Pierre Rabhi, les analyses de Karl Marx à propos du rôle de la religion dans les sociétés industrielles n’ont jamais semblé si perspicaces.
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