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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 06:16
LA MAIN MISE D'EMMANUEL MACRON SUR LES MÉDIAS EN FRANCE

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 06:03

 

La tentation autoritaire [article paru le 18/09/19]

 

On doit s’interroger sur cette démocratie libérale qui suscite un tel rejet et qui risque de nous entraîner, tôt ou tard, dans de désastreuses aventures. La démocratie, la vraie, ne peut pas être antisociale.

Voilà une enquête d’opinion comme on nous en propose régulièrement, qui dessine à gros traits un portrait robot du Français moyen, qui ne croit plus en ceci ou en cela, qui a le moral en berne, veut être mieux protégé, et juge son pays en déclin… L’exercice a évidemment ses faiblesses (1). Il brasse des généralités. « Les » députés, « les » médias, « les » syndicats subissent tous le même opprobre. Au diable les nuances et le pluralisme ! Le mort saisit le vif.

Mais ce prisme déformant nous permet tout de même d’apercevoir quelques réalités. L’urgence écologique, par exemple, est bien là, désormais installée dans la conscience collective. Même si la moitié des personnes interrogées ne veulent pas que le combat contre le réchauffement climatique se fasse au détriment du social. Mais une autre réalité, très inquiétante celle-là, se confirme d’année en année. Une remise en cause de la démocratie, et son corollaire, une fascination pour la figure chimérique du chef. Un Bonaparte ou un général Boulanger qui mettrait au travail les chômeurs, puisque ceux-ci, nous dit le sondage, ne font pas les efforts nécessaires pour retrouver un emploi, et qui fermerait nos frontières aux migrants, puisqu’on ne se sent plus vraiment « chez soi ».

Dans cet imaginaire glaçant, l’autorité et la répression finiraient par régler les effets de la crise sociale, faute de régler la crise sociale elle-même. On pense à la fameuse formule de Pascal : « Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » Et on est frappé au passage par la porosité entre ces réponses et une partie du discours macronien… Il paraît donc que 36 % des Français seraient dans cette disposition d’esprit. Ceux-là, nous dit-on, ne croient plus dans la démocratie. Face à ce constat, on peut s’en tenir à une condamnation morale de ces « mauvais citoyens ». Ce fut longtemps le choix de la gauche.

Inversement, on peut, comme l’extrême droite, flatter leur obscurantisme, au nom du « peuple-qui-a-toujours-raison ». La première attitude est contre-productive ; la seconde est criminelle. Ni ceci ni cela, donc. Mais on doit s’interroger sur cette démocratie libérale qui suscite un tel rejet et qui risque de nous entraîner, tôt ou tard, dans de désastreuses aventures. La démocratie, la vraie, ne peut pas être ce système menteur qui nous parle d’égalité et d’universel, quand toute une politique dit le contraire. Elle ne peut pas être antisociale. L’affaire des retraites illustre parfaitement cette contrefaçon. Tous les mots sont pipés. La notion de privilège n’est utilisée que pour diviser. Dans le schéma libéral, les privilégiés ne sont jamais les super-riches. Et que dire de l’égalité ? C’est Rousseau mal revisité par Macron.

On se pince quand deux mots révolutionnaires, comme égalité et universalité, sont au cœur de l’argumentaire gouvernemental pour justifier une réforme injusteComme si les régimes spéciaux n’avaient pas été conçus après-guerre pour corriger des inégalités inhérentes à la pénibilité des métiers, aux irrégularités d’horaires, et à la faiblesse des salaires. Comme si la retraite à 55 ans des conducteurs de métro ne venait pas en compensation d’une vie passée dans un tunnel, avec le stress de professionnels qui, chaque jour, ont la responsabilité de milliers de vies humaines.

Prétendre créer une égalité de traitement au travers du seul système de retraite alors que tout, par ailleurs, produit de l’inégalité relève de l’imposture. Si le gouvernement se mêlait vraiment d’égalité, il agirait sur d’autres leviers. Il n’aurait pas supprimé l’impôt sur la fortune. Il se préoccuperait d’imposer plus fortement les revenus financiers. Il relèverait les taux des tranches supérieures de l’impôt (solution notamment préconisée par Thomas Piketty). Il irait peut-être jusqu’à fixer un seuil de richesse, comme le suggère la Fondation Copernic (2). Nous sommes évidemment très loin de tout ça. Et lorsque Jean-Paul Delevoye promet des compensations salariales à ceux qui renonceront à leur régime de retraite, il demande grossièrement de lâcher la proie pour l’ombre. L’insincérité de cette réforme saute aux yeux. Comme l’insincérité du discours gouvernemental en général. Un discours entièrement déterminé par l’obsession de contraintes budgétaires qu’il faut tenir sans toucher à la répartition des richesses.

Rarement on a eu plus qu’aujourd’hui le sentiment qu’une politique n’avait pour objectif que de circonvenir l’opinion. À mesure que se profile la probabilité d’une mobilisation sociale qui pourrait égaler celle de l’hiver 1995, le gouvernement multiplie les subterfuges qui aggravent la crise de confiance. La réforme, nous dit-on, ne s’appliquerait qu’en 2040. En espérant que la lutte des classes sera soluble dans le temps. Et, plus grave encore, Emmanuel Macron ressort le joker sarkozyste de l’immigration pour embarquer l’opinion dans un combat douteux. Où l’on voit que la démocratie libérale entretient avec les idées antidémocratiques une intimité plus étroite qu’il y paraît. Il serait évidemment absurde, et même irresponsable, de faire de Macron un dictateur. Mais il n’est pas exagéré de dire que la crise de confiance qu’il provoque peut annoncer de sombres lendemains

 

par Denis Sieffert

(1) Enquête Ipsos Sopra-Steria avec la Fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne. Cf. Le Monde du 17 septembre.

(2) Lire Vers une société plus juste, un manifeste publié par la fondation Copernic, 110 pages, 10 euros.

Lien : https://www.politis.fr/articles/2019/09/la-tentation-autoritaire-40817/

 

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 02:31
NIVEAU DE VIE. PAR POINTS OU NON, LA RÉFORME N’ÉPARGNE PERSONNE (L’HUMANITE - Vendredi 27 Décembre 2019 - Pierric Marissal)

 

Si le passage à la retraite à points frapperait les plus jeunes, les autres seraient aussi touchés par le projet du gouvernement. Ce dernier exige de réaliser 30 milliards d’euros d’économies d’ici à 2030, qui se concentreront sur les personnes nées entre 1960 et 1975.

Vous pensiez être épargné par la réforme des retraites, car le passage au système à points ne vous concerne pas ? C’était sans compter la mise en place de l’âge pivot, la solution privilégiée par l’exécutif pour couper dans les dépenses. Parmi les grands enfumages du gouvernement, affirmer que les personnes nées avant 1975 ne seront pas concernées peut tenir la palme. Le premier ministre a ainsi affirmé sa volonté de mettre en place des « mesures d’équilibre » avant la généralisation du système à points (en 2037), lesquelles toucheront les personnes nées entre 1960 et 1975. En se basant sur les prévisions du Conseil d’orientation des retraites (COR), il entend réaliser 30 milliards d’économies à l’horizon 2030 à leurs dépens.

Un système de bonus/malus

« Voilà encore une preuve que le débat démocratique n’est pas clair du tout. Le gouvernement tente de faire croire aux gens qu’ils ne sont pas concernés par la retraite en refusant de donner des clés concrètes de compréhension, et ce, alors qu’une grève d’ampleur est en cours », dénonce Agathe, porte-parole de Nos retraites. Ce collectif citoyen vient de publier un rapport édifiant, dédié aux conséquences que la réforme aura sur les actifs nés avant 1975. La mesure qui a été présentée mercredi 11 décembre par Édouard Philippe vise à instaurer un âge pivot, aussi appelé « âge d’équilibre », à 64 ans. Son principe est d’inciter à partir plus tardivement en pénalisant les départs à 62 ans, et ce, quelle que soit la durée de cotisation, via un système de bonus/malus.

Le rapport du COR précise les contours d’une telle mesure, sous le nom d’ « âge minimal du taux plein ». C’est, parmi tous les scénarios possibles, celui que le gouvernement entend mettre en place progressivement, dès 2022, trimestre par trimestre, jusqu’en 2027. Le vice a été poussé jusqu’à demander aux syndicats de statuer eux-mêmes sur la progressivité de la mesure et des bonus/malus, alors que tous y sont fermement opposés. En moyenne, il faudra repousser l’âge de départ à la retraite de quatre mois par an entre 2022 et 2027. « Même mise en place sur cinq ans, la violence sociale de la mesure sera réelle. Il faudra travailler plus longtemps, sous peine de subir une perte sèche de la pension », assure Agathe. « Plus des deux tiers des personnes nées entre 1960 et 1975 seraient ainsi concernées : elles verraient leur décote s’aggraver ou leur surcote diminuer », a calculé le rapport.

Selon les cas types présentés par le collectif Nos retraites, il leur faudrait travailler de cinq à huit trimestres supplémentaires, sous peine de voir le montant de leur pension baisser de près de 10 %. Seules les personnes qui, à l’âge d’équilibre, n’atteignent pas encore le nombre de trimestres donnant droit à un taux plein, ou celles qui devaient déjà partir à la retraite à 67 ans, ne subiraient pas les effets négatifs de cette mesure. « La mise en place d’un âge pivot pénaliserait en outre les personnes disposant d’un petit salaire de référence (la moyenn e des salaires des vingt-cinq meilleures années – NDLR) et d’une carrière longue (à temps partiel par exemple), qui devront attendre non seulement une carrière complète, mais également l’âge de 64 ans pour bénéficier des minima de pension », poursuit le rapport.

Un étau d’austérité

Et puis la froide réalité des chiffres doit se confronter au vivant. À l’espérance de vie en bonne santé qui plafonne à 63 ans. Au fait qu’à peine un senior sur deux est encore en emploi lorsqu’il part à la retraite. « À partir d’un certain âge, on n’est plus les bienvenus dans les entreprises, on est poussés vers la sortie, remarque Agathe. Il faut réaliser que ceux qui sont partis dans des dispositifs de préretraite, comptant sur une indemnité et deux années de chômage, risquent de se retrouver aux minima sociaux, car, avec la mise en place de l’âge pivot, ils devront travailler six mois, voire un an de plus que ce qu’ils avaient calculé. Cela va générer toujours plus de précarité. »

Cet étau d’austérité qui entend corseter le système de retraite restera si la réforme passe. Par points ou non, tout le monde est concerné. C’était le but avoué de la commande passée par Matignon au COR, l’été dernier, de calculer « la contribution que pourrait apporter chacun des trois leviers que sont le montant de la pension moyenne, l’âge moyen de départ à la retraite et le taux de prélèvement, au redressement de l’équilibre financier en 2025 », dit l’ordre de mission. Le conseil a dû y répondre, tout en modérant ses propres conclusions : « Le fait que le système de retraite présente un déficit en 2025 n’implique pas nécessairement pour tous les membres du COR que celui-ci doive être résorbé à cette échéance par des mesures d’économies. De même, le fait que ce rapport présente l’impact chiffré de potentielles mesures ne signifie pas que celles-ci soient considérées comme opportunes par tous. »

Le COR n’avait pourtant pas oublié de rappeler que les réserves constituées au sein des régimes de retraite s’élevaient, au 31 décembre 2017, à 136,9 milliards d’euros. Mais aussi que la dette sociale, qui sera remboursée en 2025, dégagera 16 milliards d’euros par an pour les caisses de la Sécurité sociale. Deux autres scénarios ont été écartés d’emblée par l’exécutif. La hausse des cotisations – ou la fin des exonérations de cotisations patronales accordées ces dernières années – fâcherait trop les amis du pouvoir. Une désindexation des pensions aurait engendré immédiatement trop de précarité et de colère. Restaient donc les mesures d’âge.

Pierric Marissal

 

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27 décembre 2019 5 27 /12 /décembre /2019 04:25
PCF - Donnez vous les moyens de la victoire : Souscrivez aux caisses de grèves !

Cliquez sur le lien de votre choix

Caisse de grève de la CGT

Caisses de grève de Solidaires

Site internet FSU

Site internet FO

Tribune de soutien des artistes et intellectuels (avec liens sur les différentes cagnottes en ligne)

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27 décembre 2019 5 27 /12 /décembre /2019 04:21
FAITES A VOS ENFANTS LE PLUS BEAU DES CADEAUX (Info Com CGT)

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27 décembre 2019 5 27 /12 /décembre /2019 04:18
VOICI COMMENT LA RETRAITE MACRON SERT BLACKROCK ET L'ASSURENCE (InfoCom CGT)

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25 décembre 2019 3 25 /12 /décembre /2019 06:41

 

Des parlementaires de gauche avaient saisi les sages, protestant contre l’élaboration initiale du projet de la loi d’orientation des mobilités par un cabinet international d’avocats.

Une victoire pour les livreurs au service de plateformes électroniques, une défaite pour les parlementaires. Si le Conseil constitutionnel a partiellement censuré un article de la loi d’orientation des mobilités (LOM) qui aurait empêché un juge de requalifier en contrat de travail la relation entre une plateforme de type Uber ou Deliveroo et le travailleur, il a validé en revanche la manière dont s’est élaborée ladite loi.

Comment s’assurer que le texte est promulgué dans l’intérêt général ?

Or, pour la première fois dans l’histoire législative, le gouvernement a fait appel à un cabinet d’avocats international pour rédiger son argumentaire politique : l’exposé des motifs et l’étude d’impact. Comment s’assurer, en confiant cette mission non plus aux services de l’État mais à des intérêts privés, que la loi est bien promulguée dans l’intérêt général et non selon ceux de lobbys ? Saisi de cette question par des parlementaires de gauche, le Conseil constitutionnel estime que « la circonstance qu’un prestataire privé a participé, sous la direction et le contrôle du premier ministre, à la rédaction de son exposé des motifs et de son étude d’impact ne méconnaît pas l’article 39 de la Constitution ». Celui-ci stipule juste que « l’initiative des lois appartient concurremment au premier ministre et aux membres du Parlement ».

Le gagnant de l’appel d’offre était loin d’être un inconnu de LaRem

Le gouvernement a le champ libre désormais pour externaliser l’écriture de la loi. Deux candidats avaient répondu à l’appel d’offres, Espelia et Dentons. C’est ce dernier cabinet d’avocats international qui l’a emporté. En scrutant les MacronLeaks, le site Le vent se lève avait, en février 2019, repéré que Dentons, 9 000 avocats dans 78 pays, était loin d’être un inconnu de la République en marche. Y figure dans l’antenne française la sœur de Benjamin Griveaux, candidat LaREM à la mairie de Paris. Dentons a échangé avec l’équipe du candidat durant la campagne, mais souligne que son « cabinet ne s’est vu confier aucune mission ». Au ministère de la Transition écologique, on explique le recours au privé par les économies budgétaires. Appauvrir l’État pour confier au privé, la martingale est bien connue.

Lionel Venturini

 

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25 décembre 2019 3 25 /12 /décembre /2019 06:38

 

C’est un régime vraiment spécial que concocte le pouvoir pour ses chers « premiers de cordée ». Au-delà de 10 000 euros de salaire brut mensuel, la cotisation retraite descendrait à 2,8 %. Cette ignoble disposition recèle des effets pervers que nos gouvernants prétendent combattre pour mieux les faire fructifier. Cette exonération de cotisations va en effet amputer la caisse du régime unique qu’ils prévoient, de 4,8 milliards d’euros par an. Soit 72 milliards jusqu’en 2040, année prévue pour l’entrée en vigueur totale du nouveau système ! Une somme dont devront s’acquitter, pendant une longue période de transition, tous les salariés du pays.

Le scandale ne s’arrête pas là. Les employeurs, n’ayant plus de cotisations à verser au-delà de ce montant mensuel, économiseront 43 milliards d’euros en vingt ans. Comme sont rares les petites et moyennes entreprises qui rémunèrent leurs cadres au-delà de 10 000 euros, ce sont les très grosses entreprises qui bénéficieront de l’incroyable manne !

Les milieux patronaux et libéraux pousseront alors des cris d’orfraie devant le déficit et l’envolée de la dette publique qu’ils auront eux-mêmes aggravée pour mieux dérouler le tapis rouge aux fonds financiers et aux assureurs, qui pourront délivrer aux salariés qui le pourront le nouveau « plan d’épargne retraite » lancé en octobre dernier. La défiscalisation de celui-ci – comme inscrit dans la loi Pacte – va grever plus encore les finances publiques, de 1,2 milliard par an. Ce sont, en tout, 90 milliards d’euros que le saccage du système solidaire permettra de transférer dans les poches des puissances d’argent alors que l’âge de départ en retraite sera sans cesse repoussé et le niveau des pensions abaissé jusqu’à 55 % du dernier salaire.

Le système par points n’est donc que le cheval de Troie d’une intégration forcée des retraites à la violence des logiques du capitalisme financier. Et l’organisation de l’augmentation continue de la dette sert ce dessein. Les travailleurs ne s’y trompent pas. Ils n’ont pas besoin de pédagogie gouvernementale. Ils ont compris qu’il n’y a aucune trêve dans la guerre sociale qu’on leur livre derrière les mots totalement pervertis « solidarité », « universalité », « équité », crachés par les haut-parleurs de la Macronie. Seulement 19 % des employés et ouvriers soutiennent le funeste projet gouvernemental. Ils ont bien conscience des destinataires des cadeaux cachés.

Par Patrick Le Hyaric

 

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25 décembre 2019 3 25 /12 /décembre /2019 06:33

 

Chez Frustration, s’il y a bien une personne qui nous inspire et nous a inspiré, c’est la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Des Ghetto du Ghota en 2007 aux Présidents des ultra-riches en 2018, ses ouvrages, co-écrits avec son mari Michel, nous ont accompagné tout le long de nos parcours universitaires et engagés respectifs. Lorsqu’elle raconte son histoire de chercheuse avec son mari au CNRS, elle ne peut s’empêcher d’en parler d’une voix tremblotante. Ses yeux pétillent remplis d’ésperance quand elle évoque son expérience du mouvement insurrectionnel des gilets jaunes avec Michel posté sur les barricades. Evidemment, cela ne l’empêche pas de mâcher ses mots lorsqu’il s’agit de décrire la marche forcée néo-libérale que nous subissons de plein fouet ou de se montrer plutôt critique à l’encontre d’un marché du militantisme qui se complairait dans ses certitudes et ses acquis de niche, en pleine mobilisation contre la réforme des retraites. Deuxième partie de notre entretien (la première partie est ici), par Selim Derkaoui et Nicolas Framont. Portrait photo par Maxime Dufour. Photos en noir et blanc par Serge d’Ignazio.

 

N : En termes de classes sociales, il y a le groupe des ultra-riches. On voit comment il fonctionne, par quels canaux ils influencent. Mais il y a tout un groupe sous les riches et les ultra-riches qui, quand même, fait le travail pour maintenir leur domination. Comment vous le distinguez, ce groupe ? On voit bien quel est l’intérêt des ultra-riches et des riches. Au milieu, il y a cette espèce de classe, pour lesquels les vocables ne sont d’ailleurs pas toujours clairs. Les gens disent “classe moyenne supérieure”, moi je dis la bourgeoisie au sens large, on va dire la moyenne bourgeoisie. Comment la définirais-tu ?

M : La vraie fracture, le vrai rideau de fer, c’est entre ceux qui détiennent les titres de propriété et les autres. Les  traders, les banquiers, les salariés de très haut niveau, ce sont en quelque sorte leurs domestiques, leurs chiens de garde. Ils ont le même statut que les journalistes qui servent la soupe du néo-libéralisme. 

 

S : François Bégaudeau l’a décrit dans « Histoire de ta bêtise” : c’est la bourgeoisie culturelle de gauche, qui n’a pas forcément les capitaux économiques mais culturels. Et c’est elle aussi qui permet que la jonction ne se fasse pas entre eux et les ouvriers/employés, les couches populaires.

M : C’est vrai, on a déjà parlé des « journalistes » mais il y a aussi un problème avec les intellectuels et les sociologues beaucoup trop nombreux à avoir renoncé aux analyses en termes de classes sociales. Mais on peut espérer un basculement, à l’heure du dérèglement  climatique, qui pourrait entrainer les gens de la finance,  et bien d’autres, comme des hauts fonctionnaires, des intellectuels et tous ceux qui  ne font pas partie de cette classe oligarchique. Notre intérêt, en tant que sociologues et en tant que militants, c’est évidemment de favoriser cette solidarité anti-oligarchique.

 

S : Mais est-ce que ça marche et est-ce que c’est possible ?

M : Je pense que c’est possible. L’un de mes indicateurs est le succès de nos conférences dans les grandes écoles, organisées par des étudiants des IEP en province, l’ENSAE sur le plateau de Saclay, à la Sorbonne ou dans les classes préparatoires du lycée Lakanal à Sceaux dans les Hauts-de-Seine, et à chaque fois il y a eu un accord sur le fond de notre constat d’une guerre de classe qu’une petite oligarchie mène contre les classes salariées, populaires moyennes et supérieures. Je pense vraiment qu’il faut travailler main dans la main avec ceux qui ont fait de brillantes études et qui sont très inquiets. Le dérèglement climatique  va permettre cette solidarité et peut-être de mettre à bas le système capitaliste incompatible avec la survie de tous.

Contrairement au Parti communiste, à la CGT, même peut-être au NPA ou à Lutte Ouvrière, dès la première manifestation, les gilets jaunes sont allés directement sur les lieux du pouvoir pour indiquer qu’il s’agissait d’une révolte populaire

 

N : Est-ce qu’il y a une remontée de la conscience de classe de la part du reste de la population, de conscience de la lutte des classes, de conscience de l’existence de ces riches ?

M : Le principal indicateur c’est le surgissement du mouvement des gilets jaunes. On aurait fait cet entretien il y a un an pile, je n’aurais pas eu de réponse à cette question, j’aurais dit que la propagande néo-libérale était trop forte, qu’on était foutus. En participant aux manifestations des gilets jaunes, nous avons été surpris par la conscience de la violence des rapports de classe que nous pensions devenue impossible, compte tenu des manipulations en cascade dont sont victimes ceux et celles qui n’ont pas les moyens de lire et d’avoir accès au savoir.

 

N : On a vu les gilets jaunes saccager une partie du 8e arrondissement de Paris. Est-ce que ça n’illustre pas une forme de haine des riches (ce qui ne nous pose pas spécialement problème) ? 

M : Ce n’est pas une haine des riches, c’est une conscience de classe, c’est-à-dire une démarche profondément anticapitaliste et pas sur le registre de la psychologisation du social. Mais eux, contrairement au Parti communiste, à la CGT, même peut-être au NPA ou à Lutte Ouvrière, dès la première manifestation, ils sont allés directement sur les lieux du pouvoir pour indiquer qu’il s’agissait d’une révolte populaire.

 

S : Et pourquoi eux et pas les autres ?

M : Parce qu’ils étaient dans la fraîcheur de leur conscience de classe. Leur mouvement n’était pas encore institutionnalisé, donc sans autre enjeu que de se retrouver sur les ronds-points dans l’émerveillement d’une solidarité sans hiérarchie et drôlement roborative. Les gilets jaunes étaient en quelque sorte hors du marché de la contestation sociale tel qu’il s’est institué, notamment après la seconde guerre mondiale.  Avec des syndicats, des partis politiques des associations multiples, des journaux, des écrivains, des sites, des blogs sur internet etc…qui se sont peu à peu intégrés et institutionnalisés dans une opposition au système capitaliste qu’ils revendiquent contester, sans toujours se rendre compte qu’ils aident indirectement les capitalistes à rebondir de leurs échecs et à affiner l’exploitation du travail grâce aux critiques sociales. Cela me fait penser à la déclaration d’un conseiller spécial de Georges W Bush à La Maison Blanche, Karl Rove, lorsqu’il a déclaré, en 2004, à un journaliste de Wall Street Journal : « Nous sommes un empire maintenant et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudiez également, et c’est ainsi que les choses se passent. Nous sommes les acteurs de l’Histoire (…) Et vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étudier ce que nous faisons. » C’est glaçant mais tellement vrai !

Si je prends l’exemple de la fraude fiscale, qui est un sujet très documenté, avec plein d’intellectuels, de politiques, de fonctionnaires qui travaillent dessus : eh bien, plus tu travailles sur la fraude fiscale, plus la fraude fiscale s’opacifie. En réalité, tu aides ceux qui fraudent à toujours mieux frauder. Nous mêmes nous avons peut-être contribué à légitimer les familles les plus fortunées. Par contre, là où on les dérange, c’est quand nous partons dans tous les coins de France pour transmettre les connaissances que nous acquises grâce à notre statut de chercheur au CNRS. Les gilets jaunes et de très nombreux militants nous disent que nos recherches les aident. La vulgarisation des critiques concernant les turpitudes de la classe des capitalistes est une des manières de ne pas se faire récupérer.

 

S : Ce qui contribue à transformer les connaissances en actes ?

Oui car c’est ainsi que la fraîcheur de la révolte des gilets jaunes les a affranchis de la courtoisie militante en leur donnant le courage d’attaquer le pouvoir là où il est, jusqu’à faire fuir Benjamin Griveaux de son ministère par une petite porte dérobée, pour se retrouver rue de Grenelle et demander asile à Edouard Philippe qui travaillait dans son bureau de l’Hotel Matignon ! Tout ça est quand même drôlatique. Et c’était quoi qui leur a permis de pénétrer dans l’hotel de la rue de Grenelle où se trouvait Benjamin Griveaux avec des journalistes du  magazine du Monde? Juste un engin de chantier, conduit par un gilet jaune, qui a enfoncé la porte, et voilà. Dès le premier acte des gilets, Macron a été leur cible privilégiée. 

Et pourquoi je dis que les gilets jaunes sont bien dans la lutte de classe ? Parce que souvent, il y a eu des militants politiques ou des syndicalistes qui disaient : « Mais ils ne s’en prennent pas à leurs  patrons, ils ne se mettent pas en grève dans leurs entreprises, ils ne sont pas dans le rapport capital/travail ». Eh bien cela n’est pas exact, parce que le rapport capital/travail a beaucoup changé. Nous ne sommes plus dans la phase du capitalisme industriel de type paternaliste avec le face à face visible entre le patron et les ouvriers. Aujourd’hui, le capitalisme s’est collectivisé dans un actionnariat invisible, de sorte qu’aux yeux du peuple et à juste titre, le capitaliste  en chef, c’est Macron. C’est lui qui est le fondé le pouvoir de l’oligarchie, c’est lui qui organise la destruction d’un Etat qui était au service des travailleurs, de la solidarité, avec la Sécurité Sociale et l’ensemble des services publics. Macron a été  en effet chargé par les puissances d’argent d’achever la mise en place d’un  Etat néo-libéral au service des plus riches. Et cette révolution ultra  conservatrice est maquillée par le “progressisme” de la Grande Marche en Avant !

La désobéissance civile pour alerter sur la gravité du dérèglement climatique fait fi du calendrier néolibéral des échéances électorales et de la pseudo-démocratie représentative, nécessaire à l’Etat néolibéral pour poursuivre sa guerre de classe pour défendre l’intérêt des plus riches

 

S : La rentrée sociale est assez importante, avec la réforme des retraites et la réforme de l’hôpital public par exemple. Malgré justement la fraîcheur des gilets jaunes, j’ai un peu peur qu’on revienne un an en arrière, quand tout le monde militait dans son coin, comme s’il ne s’était rien passé entre temps. Quel héritage peut-on espérer avoir des gilets jaunes et de leur manière d’envisager le rapport de force ?

M : Les gilets jaunes n’ont pas cette responsabilité de l’héritage, ils font partie de notre combat, ils font partie de ce qu’on peut appeler le marché de la contestation sociale, et ce sont toutes les forces sociales et politiques qui doivent s’engager en toute conscience dans la guerre de classes. Les gilets jaunes ont été blessés par des armes létales, avec mutilation de leurs yeux, de leurs mains ou de leur mâchoire. Il y a eu un nombre de blessés important. Nous-mêmes pour avoir participé aux manifestations,  on a parfois vraiment eu peur à cause des masses impressionnantes de policiers et de gendarmes en tenue de combat. Hélicoptères, chars d’assaut, boucliers, armes diverses, LBD 40, Gaz lacrymogènes particulièrement nocifs, étaient la confirmation que l’Etat défendait les intérêts des habitants des beaux quartiers qui sont incompatibles avec les revendications des gilets jaunes et de tous ceux qui les ont rejoint dans ces manifestations historiques de l’hiver 2018-2019. 

Alors, pour rebondir sur ta question, il y a en France des tas de formes de contestation contre les capitalistes, mais qui sont mal et peu relayées par les grands médias puisque les capitalistes en sont les propriétaires. Demain, nous irons au procès de 9 décrocheurs de portraits de Macron dans les mairies. Ils comparaitront  devant la 33è chambre correctionnelle du tribunal de Paris pour « vols en réunion ». Une table ronde est organisée par ANV COP21 sur la légitimité de la désobéissance civile face à l’urgence climatique et sociale, non violente et assumée car les portraits sont décrochés à visage découvert et photos à l’appui. Ces militants donnent l’exemple d’un grand courage car ils doivent affronter des procès et les risques de sanctions. Ces décrocheurs inscrivent leur combat dans une forme de résistance qui ne peut être stigmatisée de populiste, car les acteurs de cette désobéissance sont pleinement conscients de leur responsabilité et des risques encourus. Il n’y a donc pas de remise de soi à un quelconque leader en quête de voix pour sa carrière politique. La désobéissance civile pour alerter sur la gravité du dérèglement climatique fait fi du calendrier néolibéral des échéances électorales et de la pseudo-démocratie représentative nécessaire à l’Etat néolibéral pour poursuivre sa guerre de classe pour défendre l’intérêt des plus riches.

Si la désobéissance civile pouvait être reconnue légitime par le plus grand nombre, y compris les magistrats et les forces de l’ordre, il me semble qu’un pas important aurait été franchi pour mettre à mal ceux qui sont en train de détruire la planète et de menacer l’avenir de l’humanité avec le dérèglement climatique. Car les capitalistes avec l’évolution des technologies dans les domaines de l’informatique, de la robotique ou de l’intelligence artificielle, n’ont plus besoin de la moitié la plus pauvre de l’humanité qui constitue pourtant des bouches à nourrir. Le dérèglement climatique, par l’imbrication de toutes les inégalités sociales et économiques qu’il réalise, constitue, pour tous ceux qui souhaitent la solidarité entre les humains, un rendez-vous avec l’Histoire, un vrai rendez-vous comme jamais, jamais ça ne s’est produit, même pendant la seconde guerre mondiale !

 

S : Pourquoi ?

Car avec les bouleversements induits par l’atroce crise écologique qui est déjà là mais n’est due qu’à la folle recherche des profits par une toute petite minorité affamée d’argent, ce seront des centaines de millions, voire des milliards d’êtres humains, parmi les plus pauvres qui risquent de mourir. Jamais nous n’aurions pu imaginer un tel rendez-vous avec une telle violence de la part d’une classe sociale solidaire dans la défense de ses intérêts à l’échelle mondiale. Face à cela les égos surdimensionnés des hommes politiques qui prétendent représenter le monopole de la contestation contre Macron,  fondé de pouvoir de l’oligarchie, n’ont plus aucune légitimité à mes yeux. L’humilité doit être notre dignité, la solidarité, notre force, le respect des différences de sensibilité, notre seul credo. La contestation doit prendre des formes différentes, ce qui est normal. Seule la solidarité permettra de les fédérer. Que les spécialistes de la démocratie pseudo-représentative, nécessaire pour l’acceptation de la violence du néolibéralisme, fassent leur boulot en se battant pour la reconnaissance du vote blanc dans les suffrages exprimés, voire pour les prochaines municipales en créant des communes libres et autogérées ! Il faut  que chacun trouve sa place dans un combat collectif qui fédère les initiatives, sans avoir pour seul centre d’intérêt de gagner des élections dont les résultats, s’ils ne sont pas conformes aux intérêts des oligarques, ne seront pas respectés comme ce fut le cas avec le référendum de 2005. Imitons les riches qui eux sont solidaires !   

N : Comment le changement doit-il se faire ? Peut-on encore compter sur la politique institutionnelle, malgré toutes nos déconvenues ? Les partis de gauche radicale sont-ils assez vindicatifs pour mener ce combat ?

M : Pour lire L’Humanité et L’Humanité Dimanche régulièrement – je ne me prononce pas sur la France Insoumise – je pense qu’il y a un changement considérable. Dans les éditoriaux de Patrick Le Hyaric ou les manifestations avec les communistes, il y a aujourd’hui des slogans anticapitalistes. A Arras le 1er mai dernier, où nous étions présents pour le salon du livre de Colères du présent, la manifestation qui regroupaient toutes les sensibilités de la gauche dont   des communistes aux slogans anticapitalistes, vraiment assumés. Nous sommes allés les voir en leur disant : « Nous avons assistés à 5 ou 6 manifestations à Arras le 1er mai, mais c’est la première fois que nous entendons des slogans anticapitalistes. ». Le militant nous regarde droit dans les yeux : « Ben oui vous avez tout compris, avant on n’osait pas le dire, maintenant, ça y est. »

Un marché de la contestation sociale contribue à permettre au système capitaliste de rebondir en intégrant, dans sa logique propre, la critique sociale. Les marxistes qui disaient que le capitalisme s’effondrerait de sa belle mort  avaient tort car ce qui est fascinant, c’est au contraire la façon dont les capitalistes se nourrissent de la critique pour mieux rebondir

 

N : Tu étais invitée à l’université d’été du Medef. C’était comment ?

M : Pourquoi ai-je été invitée à participer à une table ronde  avec Laurent Dassault, un autre grand patron issu de l’immigration, le vice-président du MEDEF, la secrétaire d’Etat à l’économie et aux finances à Bercy, un journaliste de Radio Classique, la radio dont le propriétaire est la première fortune de France, Bernard Arnault. J’étais la seule avec des idées en contradiction complètes avec les 5 autres participants à cet échange matinal. 

L’invitation était généreuse avec taxi depuis Bourg La Reine jusqu’à l’hippodrome de Longchamp dans le 16è arrondissement,  petit déjeuner commun pour mettre au point le déroulé de la table avec l’engagement du journaliste chargé de l’animation du même temps de parole pour chacun ( engagement respecté) Lorsque ce fut mon tour de parole, j’ai tenu les mêmes propos que ceux que je vous tiens avec ce long entretien pour Frustration. Je sentais des réactions mitigées dans la salle, mais avec un effet de surprise face à la franchise de mes propos en décalage complet avec les « entrepreneurs » qui constituaient la majorité du public. Mais finalement les quelques applaudissements ou compliments qui m’ont éré adressés saluaient plus mon courage que l’intérêt de mes propos ! Cette invitation s’inscrivait dans un contexte de manipulations idéologiques diverses des puissants mettant en scène leur volonté de lutter contre les inégalités. Je l’ai accepté, comme nous l’avons toujours fait Michel et moi, en cherchant le plus de contacts possibles avec les dominants pour tout simplement poursuivre notre travail de sociologues sur la violence des rapports de classe.

 

Est-ce qu’ils étaient un peu inquiets du contexte ?

M : Très ! En effet, leur mise en avant de la lutte contre les inégalités est bien un indicateur de leur inquiétude !

Il faut donc calmer la colère du peuple.  Il y a donc eu l’intervention de Macron en juin 2019, à l’ Organisme International du Travail (OIT)  où il a dit que le capitalisme est devenu fou et les inégalités abyssales.  Il y a eu l’université d’été du MEDEF dont le thème était une réflexion sur la lutte contre  les inégalités, le G7 à Biarritz prétendait également faire de même. L’initiative de 34 multinationales qui ont donné un milliard de dollars pour la planète, à l’initiative du  PDG de Danone a confirmé une inquiétude, d’ailleurs tout à fait justifiée.

Je voudrais redire l’importance qu’a pour nous cette idée d’un marché de la contestation sociale qui contribue à permettre au système capitaliste de  rebondir en intégrant, dans sa logique propre, la critique sociale. Les marxistes qui disaient que le capitalisme s’effondrerait de sa belle mort  avaient tort car ce qui est fascinant, c’est au contraire la façon dont les capitalistes se nourrissent de la critique pour mieux rebondir. Et là, ils sont en train de se nourrir du dérèglement climatique qu’ils ont provoqué, dont ils sont les responsables, pour rebondir dans un capitalisme qui va être débarrassé de 3 milliards 500 millions d’êtres humains parmi les plus vulnérables et les plus pauvres. On ne peut pas laisser faire ça, c’est un crime contre l’humanité, c’est un crime contre la nature, c’est un crime contre le vivant.

 

N : Par rapport au marché de la contestation, tu disais qu’on en fait partie. Mais du coup, il faudrait qu’on travaille à en sortir ?

M : À en parler déjà du moins, c’est déjà bien ! Ne pas se prendre pour des militants, des révolutionnaires alors qu’en réalité, mais sans en avoir conscience, on contribue malgré nous, avec la participation à des élections dont les puissants contrôlent tous les rouages et toutes les roueries, avec l’écriture de livres sur la prédation des richesses et des pouvoirs par une petite oligarchie, avec des articles, des émissions, des journaux , des éditeurs qui contestent sans relâche un système inique dont nous ne viendrons à bout que si nous y associons d’autres formes de lutte comme la désobéissance civile. Si possible non violente, car elle serait partagée par le plus grand nombre, de manière collective, solidaire et à la hauteur de l’enjeu de la mort des plus pauvres avec le dérèglement climatique entretenu par les puissances d’argent.

Dernier ouvrage paru avec Michel Pinçon ; Le Président des ultra-riches, chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron, Zones 2019.

A paraître le 8 novembre aux éditions La Ville Brûle, avec Michel Pinçon et Etienne Lécroart, Kapital, qui gagnera la guerre des classes ?, le premier jeu de sociologie critique.

 

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24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 06:33

 

Le message des manifestants et des grèvistes...

Mouvement À trop entendre la langue de la gestion comptable et financière, celle des managers de l’entreprise France rompus (sinon vendus) aux canons anglo-saxons pour lesquels la relation client a remplacé un à un les services publics, nous nous autorisons un état récapitulatif des pertes et profits, côté salut public et nobles causes. Pas une démarche romantique. Mais politique. Programmes déchirés, confiances déçues, fraternités brisées : nous en étions là, certains d’entre nous imaginant même avoir perdu la guerre et pas seulement une bataille. Et puis, un an après le « choc » durable des gilets jaunes, qui a secoué les consciences et les habitudes, voilà qu’une forme de lutte des classes resurgit, signant cette singularité française toujours vivante telle une flamme sacrée. Sans savoir ce qu’il adviendra d’historique ou non de ce mouvement social majeur, il semble bien que le « monde syndical » – après avoir été enterré par Mac Macron et tant d’autres – ait repris la main. Comme le disait le philosophe et écrivain Régis Debray la semaine dernière dans l’Obs : « Quand le mouvement ouvrier est central, la caste nihiliste est marginale. Le point de retraite a joué en point d’accroche, pour une colère plus profonde et légitime. On comprend l’exaspération de ceux et celles qui gagnent autour de 1 500 euros par mois et sont taxés de privilégiés par ceux qui gagnent dix fois plus. Surtout quand les premiers, professeurs des écoles, sapeurs-pompiers, cheminots, infirmières, étudiants, conducteurs de métro, vont sacrifier des jours de salaire dans le froid, et que les seconds restent au chaud. » Parvenu à ce point de notre histoire contemporaine, ce que Régis Debray appelle « l’increvable exigence d’égalité », en tant qu’idéal absolu capable d’élever les foules, mérite sourire, enthousiasme et salves d’honneur. Pour le dire autrement : tout n’est pas foutu. Et si, dans le temps-long, toutes les tentatives pour inventer un contre-pouvoir dans la société, voire une contre-société face à l’Argent-maître ont échoué ou se sont parfois révélées pires que le mal, n’oublions pas le principal message des manifestants et des grévistes depuis quinze jours : « Nous pensons d’abord à l’à-venir, à ceux qui viendront après nous », fidèle à nos aïeux du CNR qui, à la Libération, dans un pays ruiné, se tournaient résolument vers l’horizon en imaginant une France meilleure pour les futures générations. Nous sommes non seulement les héritiers de cette philosophie politique, mais également les dépositaires…

Classe Notre ennemi reste la pensée cloisonnée qui tue le feu de la raison. Puisque toute pensée authentiquement politique, comme l’affirme Edgar Morin, « doit se fonder sur une conception du monde, de l’homme, de l’histoire, de la société », n’attendons rien des enfants de la finance à la connaissance morcelée, réductrice, manichéenne. Mac Macron et ses affidés en sont la caricature, bien au-delà, admettons-le, de ce qu’on pouvait penser. Et nous ne sommes pas les seuls à le constater. Un étonnant article du journal britannique The Guardian épingle Mac Macron et « sa dernière tentative de détruire le filet de protection des Français ». Nous pouvons lire ces mots étonnants : « Les autorités ont défendu leurs ambitions avec le langage du républicanisme français, promettant de mettre en place un “système universel” dans lequel tout le monde est traité de manière égale. Mais ce qu’elles oublient de mentionner est que le nouveau système serait pire que celui en vigueur. Depuis sa prise de fonction, le président n’a cessé de tailler sur les avantages de l’assurance-chômage et a facilité le licenciement aux entreprises tout en contrôlant le coût des services publics. » Ajoutons la conclusion du journaliste du Guardian, qui pourrait vite remplacer le bloc-noteur s’il n’y prenait garde : « Les gens dans les rues transporteront plus de sagesse que l’Assemblée nationale ou l’Élysée. L’État providence de la France est un succès de classe internationale qui devrait être protégé et qui ne devrait pas être creusé au profit de l’épargne. » Au pays de Thatcher et de Blair, on nous envie encore…

 

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