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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 05:28

 

Le rapport que le gouvernement avait demandé à Serge Papin, ancien président de la chaîne des magasins « Système U », a été remis le 25 mars au ministre de l’Agriculture. Il devait donner des pistes pour parvenir à un meilleur partage de la « valeur ajoutée » entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs. L’Europe étant une zone de libre-échange, la lecture de ce rapport ne prête pas à l’optimisme chez les paysans français, grands perdants de la loi EGAlim.

Du temps où il présidait « Système U », Serge Papin eut le mérite de dire à de nombreuses reprises que les paysans, fournisseurs de matières premières pour les industriels de la transformation, étaient, et de loin, les plus mal servis concernant la répartition de la valeur ajoutée dans la chaîne alimentaire. Il observait que faire du paysan la variable d’ajustement en ne lui laissant que la portion congrue de la valeur créée était un jeu dangereux. Car en cédant aux exigences illimitées de prix bas exigées des distributeurs, les transformateurs hexagonaux aboutissaient aussi à remettre en cause la souveraineté alimentaire du pays et la qualité de notre production agricole en privant les paysans d’un juste revenu pour leur travail.

Dans la présentation de son rapport, Serge Papin écrit que l’agriculture est « un bien commun. Tous ceux qui mettent en marché ont désormais la responsabilité de réconcilier l’agriculture avec leur modèle commercial. Notre agriculture a trop longtemps été considérée comme un simple sourcing de sous-traitance alors qu’elle est au cœur de la finalité de l’acte de se nourrir », précise-t-il encore. Il veut que « la France se batte pour l’origine de tous les produits et ingrédients ». Il ajoute que « sur ce dossier, l’Europe ne reflète pas l’évolution sociétale », ce qui l’a conduit à citer l’affaire Lactalis sur l’origine du lait au moment de remettre son rapport.

Et le Conseil d’Etat vint au secours de Lactalis

Mais son propos ne nous dit pas tout sur cette affaire. Il faut savoir ici que, saisi par la multinationale Lactalis, première entreprise laitière au monde, c’est notre Conseil d’Etat, en France, qui a jugé « illégal d’imposer l’étiquetage géographique du lait car il n’y a pas de lien avéré entre son origine (UE ou pas UE) et ses propriétés », ont décrété le 15 mars les membres de cette instance dans leur bureau parisien. Au diable le cahier des charges et les bonnes pratiques d’élevage. Le lait reste un produit identique partout dans le monde, quelle que soit la conduite du troupeau, dès lors qu’il sort du pis d’une vache, selon les membres du Conseil d’Etat !

Pour revenir à Serge Papin, son rapport fait le constat d’une carence, quant aux résultats de la loi EGAlim, 30 mois après avoir été votée par la majorité parlementaire. Mais le rapporteur se contente de recommandations floues, dont voici un échantillon : « tendre vers davantage de transparence dans les relations commerciales en expérimentant un outil de transparence ; améliorer la perception de la valeur de l’alimentation en précisant le rôle des promotions ; renforcer la médiation ; accélérer la transformation des coopératives ».

Les gestionnaires de coopérative interpelés

Les coopératives sont nombreuses dans la transformation des produits agricoles,  notamment dans la filière laitière et celles des fruits et légumes. Elles ont, selon Serge Papin, «un grand rôle à jouer dans l’accompagnement  d’un nouveau leadership  agricole. Elles doivent prendre davantage en compte la demande du consommateur citoyen (…) Elles doivent, avec leurs adhérents, imaginer le futur souhaitable de la ferme France ».

Sous le titre « Encourager les agriculteurs à se regrouper », Serge Papin écrit dans le point 7 de ses recommandations : « il faudrait encourager la création d’entités plus fortes d’agriculteurs par le regroupement d’entités existantes. L’éclatement de la représentation affaiblit les agriculteurs lors de la négociation. Ensemble, les agriculteurs arriveront à s’ouvrir d’autres modes de distribution ou de valorisation de leurs produits et ainsi sortir de la sous-traitance ».

Tout en élargissant le propos, il reprend en partie l’argumentaire utilisé par Emmanuel Macron dans son discours de Rungis le 11 octobre 2017. Ce jour-là, après avoir déclaré « nous modifierons la loi pour inverser cette construction du prix qui doit pouvoir partir des coûts de production », le chef de l’Etat ajoutait aussitôt : « Mais cette nouvelle approche ne saurait suffire parce qu’elle ne sera efficace que si les agriculteurs se regroupent véritablement en organisations de producteurs pour peser plus dans la négociation en tirant profit de possibilités du droit de la concurrence ».

Ces importations qui font chuter les prix agricoles en France

Voilà qui est plus facile à dire qu’à faire dans un pays ou les entreprises de collecte fixent annuellement le prix du lait sans tenir compte de l’évolution des coûts de production. On sait, par ailleurs, que les acheteurs de fruits et légumes et d’animaux vivants peuvent accroître sans limite leurs importations pour faire chuter les cours en réduisant la demande en produits français. En France, dans les salles de cotation, les prix des animaux, comme ceux des végétaux que sont les fruits et légumes, sont fixés lors d’enchères descendantes. Avec ce système de cotation au cadran, le paysan, vendeur d’un lot de porcs charcutiers ou d’un lot de tomates, doit céder son lot au prix proposé par l’acheteur - lequel appuie sur la touche achat de son pupitre dans le cadre d’une enchère descendante partie du prix de départ donnée par l’enchérisseur -. Le paysan peut certes refuser la transaction et remettre la vente à plus tard, mais sans avoir la certitude de d’être mieux payé. S’il s’agit d’un lot de tomates, il risque d’en perdre une bonne partie entre temps. S’il s’agit d’un lot de cochons, il faut continuer de le nourrir.

Il ne suffit donc pas de se regrouper en organisations de producteurs mieux structurées pour gagner le bras de fer imposé quotidiennement par les acheteurs qui sont aussi des importateurs. A ce titre, ils savent depuis longtemps que le premier intérêt des importations est de faire chuter les cours sur le marché intérieur en faisant de sorte que l’offre dépasse la demande.  La grande faiblesse du rapport de Serge Papin se trouve dans l’occultation de cette réalité quotidienne.  

 

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5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 08:15
C'est à Rostronen, à midi, demain, mardi 6 avril, place du Marché.
 
Soutien à la liberté de la presse et à une journaliste de RKB, Morgan Large, qui subit des menaces et des pressions intolérables.
 
Le PCF Finistère appelle à participer nombreux au rassemblement de soutien à la journaliste Morgan Large qui a subi des intimidations et des violations de propriété, des menaces, comme d'autres journalistes de la part du milieu des ultras de l'agriculture productiviste indisposés par ses recherches. Morgan Large est une des journalistes qui a travaillé à réunir la documentation d'Inès Léraud pour sa BD sur les algues vertes.
 
La section du PCF Morlaix organise un co-voiturage pour ce rassemblement à Rostronen.
 
Soutien à Morgan Large, journaliste intimidée par le milieu agri productiviste: Rassemblement à Rostronen, mardi 6 avril, 12h, place du Marché

L'Union Locale CGT de Rostrenen s'associe à l'appel à se rassembler en soutien à

Radio Kreiz-Breizh et ses salarié·e·s, ce mardi 6 avril à midi au Square de la Fontaine à Rostrenen.

Morgan Large a subi des intimidations, des appels anonymes, et maintenant un acte de malveillance qui aurait pu être très grave. Une journaliste allemande venue faire un reportage sur elle a été agressée par un agriculteur de Glomel.

C'est une honte pour le Centre-Bretagne.

La liberté d'informer, le rôle de la presse et des medias, notamment locaux, sont essentiels : en tant que syndicalistes, nous le savons fort bien. Personne ne devrait être mis en danger, terrorisé dans l'exercice de son métier.

C'est pourquoi l'Union Locale CGT de Rostrenen appelle l'ensemble de ses syndiqué·e·s à rejoindre le rassemblement de mardi midi. https://www.humanite.fr/journalistes-menacees-en-bretagne...

Journalistes menacées en Bretagne : l’alarme de trop

Vendredi 2 Avril 2021 - L'Humanité

Marie-Noëlle Bertrand

Morgan Large, reporter basée dans les Côtes d’Armor, dénonce l’acte de malveillance dont elle aurait été victime. Depuis la diffusion d’un reportage sur l’agroalimentaire en Bretagne régional, elle et la radio pour laquelle elle travaille ont essuyé plusieurs menaces. Un appel à la grève est lancé pour le mardi 6 avril.

Fait-il mauvais vouloir tout dire dans les Côtes d’Armor ? Morgan Large, journaliste à Radio Kreiz-Breizh (RKB) dénonce un acte de malveillance dont elle aurait été victime ce mercredi 31 mars à Glomel, la commune où elle habite, a priori en lien avec l’exercice de son métier.

Sur le point de prendre sa voiture, la reporter s’est rendu compte qu’il manquait des boulons à l’une de ses roues. Un acte grave, dénonce aujourd’hui Reporter sans frontière (RSF) et qui ne serait pas le premier, en outre, que subit Morgan Large. « Depuis qu’elle enquête sur les subventions accordées à l’agro-industrie en Bretagne, elle et son média ont déjà fait l’objet de pressions et d’actes d’intimidation à plusieurs reprises », avance RSF. À Glomel, toujours, et cette même semaine, une autre journaliste, « a été insultée, bousculée et suivie jusque chez elle par un agriculteur », explique dans un communiqué l’équipe de RKB. Tous les salariés de la radio appellent, en protestation, à une grève ce mardi 6 avril ainsi qu’à un rassemblement de soutien à Rostrenen. À midi, ce jour-là, il y aura un blanc sur les ondes du média, dont les trois émetteurs ne diffuseront, le reste du temps, rien d’autre que de la musique.

« Les appels anonymes ont commencé peu après… »

« Ce n’est tout simplement pas possible de se voir menacés, en tant que journalistes, simplement parce que nous faisons notre métier », explique à l’Humanité Virginie Bauterel, coordinatrice de la radio. « Les pressions existent depuis longtemps, mais cette fois, on franchit un cap qui n’est pas admissible. »

Elles se sont intensifiées, singulièrement, depuis novembre dernier et la diffusion d’un documentaire sur France 5. Réalisé par Aude Rouaux et Marie Garreau de Labarre, Bretagne, une terre sacrifiée décrypte le poids économique que représente le secteur agroalimentaire dans la région, mais aussi son impact environnemental et sanitaire et la pression politique qu’il y exerce.

Morgan Large, correspondante installée dans les Côtes d’Armor depuis plus de vingt ans et qui a longuement enquêté sur la filière volaille, y témoigne d’une politique agricole offrant matière à questions. « Les appels anonymes ont commencé peu après », raconte-t-elle aujourd’hui à l’Humanité. Des coups de fil la nuit, sans rien d’autre que le silence au bout, et qui se poursuivent encore actuellement.

« Cette fois, je compte porter plainte »

Sur les réseaux sociaux et le messenger (messagerie instantanée de Facebook) de la radio, les propos ont dans le même temps commencé à se faire plus virulents, menaçants pour certains. « Conasse, il ne faudra pas s’étonner si l’on vient chez toi !», cite la journaliste en exemple . En décembre, RKB constate pour sa part une tentative d’effraction dans deux de ses locaux. « Nous avons également reçu plusieurs commentaires pas très agréables », reprend Virginie Bauterel. Là encore, le ton est à la menace : «  Continuez avec votre agribashing, mais il ne faudra pas venir pleurer quand certains agriculteurs viendront s’en prendre à des gens comme vous », cite la coordinatrice de la radio .

En décembre toujours, Morgan Large retrouve ouverte la clôture du champ où paissent d’ordinaire ses deux chevaux, les animaux errant dehors. Plus tard dans l’hiver, sa chienne est victime une intoxication. « Je ne veux pas être paranoïaque, peut-être avait-elle mangé quelque chose qu’il ne fallait pas… Mais tout cela mis bout à bout, je ne peux pas m’empêcher d’envisager un empoisonnement. »

Morgan Large s’était jusqu’à présent contentée de déposer une main courante. Le déboulonnage du pneu est le geste de trop. « Je ne suis pas procédurière, mais cette fois, je compte porter plainte. » Le geste, cette fois, touche son intimité et sa famille, explique-t-elle, remontant le fil des évènements. « Mercredi, j’étais rentrée chez moi pour déjeuner avec mes enfants. C’est en repartant que j’ai vu un boulon dans l’allée. » Elle ne pense pas immédiatement qu’il vient de sa voiture, mais finit par y jeter un œil, et constate qu’il en manque deux à l’une des roues. « C’est un voisin à moi qui a trouvé le second, plus tard, en dehors de chez moi », reprend-elle. « Cela signifie que j’ai roulé avec des boulons desserrés. J’ai pris la départementale, j’ai eu ma fille avec moi… je ne comprends pas que l’on puisse mettre des personnes en danger à ce point. »

RSF  demande aux élus de dénoncer les pressions de l’agro-industrie

N’étant pas encore saisie par une plainte, ni la gendarmerie de Glomel et ni celle des Côtes d’Armor ne sont, pour l’heure, en mesure de commenter l’affaire.

RSF, pour sa part, dit étudier «  avec la journaliste les suites judiciaires qui pourront être apportées ». L’organisation prend les choses très au sérieux, et « demande d’ores et déjà aux élus locaux de dénoncer ce fait et de se mobiliser contre la tentation d’imposer une omerta médiatique sur les questions liées à l’agriculture intensive en Bretagne.» Le cas de Morgan Large n’est pas une première, rappelle RSF. « La journaliste indépendante Inès Léraud qui a enquêté sur les retombées négatives de l’agriculture intensive dans la région a également fait l’objet de pressions. » Elle et Morgan Lelarge ont d’ailleurs travaillé ensemble.

Le syndicat national de Journaliste (SNJ) a également réagi, et tâcle au passage l’inaction politique face aux menaces répétées que subissent les journalistes – toujours des femmes – en Bretagne. «  Malgré les discours lénifiants des autorités, enquêter sur l’agroalimentaire, en 2021, en Bretagne, c’est s’exposer à des représailles qui n’ont pas grand-chose à envier aux méthodes des organisations criminelles. »

Article Télégramme Publié le 02 avril 2021 à 16h03

Acte de malveillance à l’encontre d’une journaliste de RKB

Qui en veut à Morgan Large, journaliste à Radio Kreiz Breizh ? Elle dénonce un nouvel acte de malveillance grave à son encontre. Un rassemblement est organisé à Rostrenen le 6 avril pour défendre la liberté d’informer.

Les journalistes de Radio Breizh, le portail des radios en breton, seront en grève le mardi 6 avril et appellent à un rassemblement ce même jour, à 12 h, place du Marché, à Rostrenen « pour défendre la liberté d’informer ». Ils entendent dénoncer les actes d’intimidations dont est victime une journaliste de Radio Kreiz Breizh, Morgan Large. Une radio qui avait déjà été la cible d’actes malveillants en décembre 2020. Les portes des studios de RKB avaient été endommagées à Saint-Nicodème et Rostrenen.

Mercredi 31 mars, la journaliste a constaté que deux boulons avaient été retirés d’une roue de sa voiture. « Ce geste malveillant aurait pu causer un grave accident », pointent les journalistes de Radio Breizh.

Une plainte va être déposée

Interrogée, Morgan Large fait part de son intention de porter plainte tout en précisant que ce n’était pas la première fois qu’elle était victime de tels actes. En décembre 2020, une entrée de champs où se situent ces chevaux avait été ouverte et elle affirme avoir reçu des appels téléphoniques anonymes.

Ces tentatives d’intimidations sont liées à son travail journalistique estiment les membres de Radio Breizh. Reporters Sans Frontières a décidé de suivre cette affaire de près et « étudie avec la journaliste les suites judiciaires qui pourront être apportées ». De son côté, la gendarmerie annonce qu’une enquête est en cours.

Le rassemblement prévu le mardi 6 avril à Rostrenen aura lieu à midi sur la place du Marché. Le collectif Kelaouiñ, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et l’Union régionale Solidaires de Bretagne appellent également à manifester. Le NPA « apporte son total soutien à Morgan Large ainsi qu’à sa radio »

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5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 08:02

 

Le ministre de l’Économie affirme que la dépense publique est trop élevée et veut faire croire que les Français en auraient plus pour leur argent en la diminuant.

Bruno Le Maire a « peur ». Sa grande angoisse est que les Français viennent lui « demander des comptes ». Mais que craint-il ? Une révolte contre l’injustice fiscale et les cadeaux fait aux plus riches ? Une insurrection face à la casse planifiée des services publics ? Non ! Le ministre de l’Économie a « peur » que les citoyens viennent lui reprocher le niveau « élevé » de la dépense publique en France. « Les Français en ont-ils pour leur argent ? », interroge l’hôte de Bercy. À ses yeux, la réponse est non. Et il en tremble ! Tels ont été les propos du ministre lors du débat organisé fin mars sur la question de la dette à l’Assemblée nationale. Mais pour la Macronie, il ne faut surtout pas supprimer ou renégocier une part de dette française, même les 570 milliards détenus par la Banque centrale européenne. Il ne faut pas non plus augmenter l’impôt des plus fortunés. Surtout pas, au moment même où la France est championne d’Europe des dividendes versés aux actionnaires ! Non, il faut « maîtriser la dépense publique ». Comprendre la diminuer. Mais alors, les Français ne risqueraient-ils pas d’en avoir encore moins pour leur argent ? Car notre modèle de société, grâce à la cotisation, permet à tous d’être normalement soigné, éduqué et protégé selon ses besoins, sans distinction de moyens. Une journée d’hospitalisation coûte environ 1 370 euros en service de médecine, 1 700 en chirurgie et 3 000 en soins intensifs. Une chimiothérapie peut monter à 10 000 euros. Les Français n’en ont-ils pas pour leur argent à l’hôpital ? Mieux vaudrait-il que chacun paie pour sa pomme ? Aurions-nous plus facilement accès aux savoirs, en payant soi-disant moins pour mieux si l’école publique venait à péricliter ? La réponse est non. Les centaines de milliards d’euros qui partent en fraude fiscale et en cadeaux à la finance, dont le montant est supérieur à notre dette annuelle (hors covid), voilà ce qui nuit à la qualité des services publics. Quant à la dépense publique, comment ne pas l’augmenter pour assurer la transition écologique, désormais vitale ?

Aurélien Soucheyre

 

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5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 05:25

Ce texte est le premier d’une série de cinq à paraître ici entre le 29 mars et le 2 avril. Il part de la lecture des notes publiées la semaine dernière par L’INSEE sur la situation économique et sociale de la France. Parallèlement, les aides promises par la Banque centrale européenne (BCE) aux pays membres de l’Union, notamment ceux de la zone euro, tardent à se concrétiser, sans que l’on informe les citoyens des raisons de ce retard.

Par Gérard Le Puill

 

 

Le 17 mars 2020 débutait en France le premier confinement pour tenter de contenir la Covid-19. Douze mois plus tard, la situation sanitaire, mais aussi économique et sociale du pays, ne cesse d’empirer. Face à cette aggravation, le président de la République prétend avoir eu raison bout en bout dans sa manière très solitaire et très autoritaire de décider ce qu’il convenait de faire pour tenter contenir la pandémie. Depuis douze mois, il continue de privilégier la course au profit comme critère unique de la gestion du pays.

Le 26 mars 2021, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publiait plusieurs notes de conjoncture sur la chute de l’activité économique du pays et la montée de son endettement. La note 081 nous apprenait que pour la France, à la fin du quatrième trimestre 2020, « la dette publique de Maastricht s’établit à 2.650,1 milliards d’euros, soit 115,7 % du Produit intérieur brut (PIB). Après les augmentations des deuxième (+ 199,9 Md€) et troisième trimestres (+ 36,1 Md€), la dette publique diminue de 23,7 Md€, ce quatrième trimestre ». Car explique l’INSEE, « l’endettement des trois premiers trimestres est venu alimenter en partie la trésorerie des administrations publiques. Lors de ce quatrième trimestre, les administrations publiques ont utilisé une fraction de leur trésorerie pour financer leur besoin de financement… ».

211,5 milliards d’euros de déficit en 2020

Au regard de ce qui vient de se passer entre janvier et mars 2021, et en tenant compte de ce qui risque de se produire entre avril et juin, on peut penser que l’on s’achemine vers une nouvelle dégradation de la situation sanitaire, économique et sociale du pays, en dépit des fanfaronnades du président de la République. Dans une seconde également publiée le 26 mars sous le numéro 082, l’INSEE précise que « le déficit public pour 2020 s’établit à 211,5 milliards d’euros, soit 9,2 % du PIB, après 3,1 % en 2019. Les recettes diminuent de 63,1 Md€, soit -5 %. Leur baisse est un peu moins prononcée que celle du PIB en valeur (-6,1 %). Ainsi, en proportion du PIB, elles augmentent de 0,6 point, de 52, 3 % en 2019 à 52,9 % en 2020. Le taux de prélèvements obligatoires augmente de 0,9 point et s’établit à 44,7 % du PIB ».

De plus en plus de ménages en situation de précarité

Arrive ensuite un autre texte de l’INSEE, en complément de la note 082. On y précise que les « allocations d’activité partielle s’élèvent à 27,4 Md€ pour l’ensemble de l’année 2020. Elles sont prises en charge pour deux tiers par l’État et pour un tiers par l’UNEDIC dont les dépenses d’allocation-chômage augmentent aussi nettement (+4,1 Md€). Les aides de solidarité aux ménages et aux jeunes en situation de précarité (aide de 150 euros aux jeunes de moins de 25 ans éligibles et de 100 euros par enfant à charge aux bénéficiaires de certaines prestations), s’établissent au total à 2,1 millions d’euros en 2020. Les dépenses au titre de la prime d’activité augmentent de nouveau après une très nette croissance en 2019, suite à une nouvelle revalorisation et à la poursuite de la croissance des effectifs des allocataires. La croissance des arrêts maladie sous l’effet de la pandémie de Covid-19 conduit à un bond des indemnités journalières versées par la Caisse nationale d’assurance maladie (+ 2,1Md€). Enfin, les prestations vieillesse continue de progresser ». La lecture de ces chiffres montre que de toutes petites sommes sont consacrées à la lutte contre la précarité.

À la lecture de ce paragraphe, on se souvient aussi que la Banque centrale européenne, présidée par Christine Lagarde, promettait de mettre 750 milliards d’euros à la disposition des pays de la zone euro dès le printemps 2020. Le chiffre de 1.850 milliards fut même avancé plus tard. On nous disait aussi qu’une partie de ces prêts pouvait se transformer en dons non remboursables pour les pays les plus endettés de la zone euro. À ce titre, la France pouvait bénéficier de 40 milliards d’euros non remboursables, nous disait-on.

La propagande mensongère de Thierry Breton

Au regard des difficultés dans lesquelles l’augmentation du chômage et de l’emploi précaire met la Sécurité sociale, l’UNEDIC et la Caisse Nationale des Allocations Vieillesse (CNAV), on pourrait raisonnablement revendiquer que ces 40 milliards d’euros non remboursables soient attribués à ces trois organismes au prorata de leur budget. D’autant que la contribution de la France « au budget de l’Union Européenne progresse de 2,7 Md€ en 2020 », indique l’INSEE. Cette note complémentaire nous apprend aussi qu’en France, en 2020, « les impôts courants sur le revenu du patrimoine baissent de 14, 1 Md€ (- 4,4 %). La contribution sociale généralisée (CSG) baisse de 2,7 Md€ du fait de la baisse de la masse salariale et d’un taux réduit appliqué aux revenus de remplacement ».

Bref, dans la mesure où les salariés français se sont appauvris en 2020, l’INSEE constate que « les recettes de cotisations sociales effectives diminuent de nouveau nettement ». Alors que ce bilan est en train de s’aggraver en 2021, on peut se poser bien des questions sur la compétence, mais aussi l’honnêteté intellectuelle de nos gouvernants en France comme sur celle des membres de la Commission européenne. À Bruxelles, le Français Thierry Breton est chargé de la politique industrielle, du marché intérieur, du numérique, de la défense et de l’espace. Comme il passe souvent ses week-ends à Paris, il en profite pour faire une propagande mensongère sur les plateaux de la télévision et sur les radios. Au point de prétendre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes grâce à la Commission, tandis que l’on manque de masque et de vaccins sur le plan sanitaire. Il occulte aussi le fait que les chaînes d’approvisionnements de nombreux secteurs industriels sont confrontées à des ruptures consécutives aux délocalisations de productions dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre.

À regarder les choses de près, la Commission européenne, en contact permanent avec des lobbyistes potentiellement corrupteurs, est progressivement devenue un foyer d’incompétence car totalement déconnectée des réalités du terrain. Nous y reviendrons demain concernant ses préconisations pour atteindre la neutralité carbone en 2021.

 

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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 13:03
Dulcie September

Dulcie September

La France s’honorerait de permettre des avancées décisives pour connaître la vérité
Assassinat de Dulcie September à Paris -
Par / 4 mars 2021

Lettre au Ministre de la Justice

Monsieur le Ministre,
Je me permets d’attirer votre attention sur un nouvel élément d’actualité concernant le dossier de l’assassinat de Dulcie September, représentante du Congrès National Africain (ANC) le 29 mars 1988 à Paris.
Ce meurtre, exécuté sans doute par un professionnel, avait suscité une grande émotion populaire. Beaucoup d’éléments indiquent une implication des services secrets du régime d’apartheid. Pourtant le 17 juillet 1992, une ordonnance de non-lieu est rendue par la justice française suite à un abandon précoce de la procédure, ouverte par le Procureur de la République le 11 avril 1988. Tous les observateurs s’accordent à dire que des moyens particulièrement faibles avaient été affectés à cette affaire et que cette procédure était marquée par un défaut très sérieux dans la collecte d’informations élémentaires. Il est à noter par ailleurs que le ministère public pouvait à l’époque recevoir des instructions individuelles de la part du Garde des Sceaux sur la base la loi du 31 décembre 1957 instituant le code de procédure pénale (article 36). Pourriez-vous m’indiquer si cela a été le cas pour le dossier de Dulcie September ?
En tout état de cause sa famille a saisi le 16 février dernier le tribunal judiciaire de Paris sur le fondement de l’article 141-1 du code de l’organisation judiciaire qui prescrit expressément que l’État est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service de la justice.
Je partage les préoccupations exprimée par la famille de Dulcie September et de tous ceux qui depuis des décennies veulent que la vérité apparaisse au sujet de ce meurtre et de son traitement par l’institution judiciaire. La France s’honorerait de permettre des avancées décisives en la matière. Par conséquent je vous serais reconnaissant, Monsieur le Ministre, de suivre ce dossier avec toute l’attention nécessaire.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations les plus distinguées.

 

https://senateurscrce.fr/activite-des-senateurs/les-courriers-officiels/article/la-france-s-honorerait-de-permettre-des-avancees-decisives-pour-connaitre-la

 

Lire aussi:

Apartheid. Meurtre de Dulcie September à Paris : enfin la vérité et la justice ? - par Jacqueline Dérens (L'Humanité,, 29 mars 2021)

Saint-Brieuc : une plaque éphémère en l’honneur de la militante anti-apartheid Dulcie September (Le Télégramme, 29 mars 2021)

29 mars 1989: Assassinat de Dulcie September sur le sol français par des tueurs du régime d'apartheid d'Afrique du Sud

Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris, président du Conseil National du PCF

Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris, président du Conseil National du PCF

Et la réponse du garde des sceaux Dupont - Moretti

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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 08:00

 

Une phrase que l’on n’entend pas beaucoup depuis un an, tous les restaurants étant fermés. La semaine dernière, la commission des Finances du Sénat auditionnait M. Jean Arthuis, mandaté en décembre dernier par le gouvernement pour présider une commission chargée de réfléchir à « la définition d’une nouvelle trajectoire des finances publiques crédible et nécessaire pour donner de la visibilité sur notre stratégie de redressement des comptes publics ». Oui, je sais, l’intitulé est particulièrement long et alambiqué, sans doute a-t-il été pondu par les mêmes technocrates de Matignon qui avaient imaginé la mort-née et ubuesque attestation de sortie, il y a deux semaines !

L’un des chapitres du rapport nous dit : « l’endettement de la France s’explique par la succession de déficits ». Ça vaut cette lapalissade : « le jour de sa mort fut le dernier jour de sa vie ». On pourrait en rire mais au fond, c’est une façon claire d’éluder d’emblée la question des recettes car, évidemment, un budget ce sont des dépenses mais aussi les recettes.

Or, des recettes en nombre ont disparu ces dernières décennies, ISF, CICE, exonérations de cotisations, Crédit Impôt Recherche (6 milliards par an) et puis, bien sûr, l’évasion fiscale (80 à 100 milliards par an). Mais ce gouvernement l’a dit, on ne créé pas d’impôt !

J’ai eu un très bref espoir à la lecture du rapport, oh, quelques secondes, rassurez-vous… Le rapport préconise un moment « d’écarter l’austérité » et de confirmer plus loin : « Il ne faut pas s’engager dans un programme de réductions des dépenses » … jusque-là, tout va bien, mais très vite tout se gâte, la chute est terrible « …dès maintenant ».

Après avoir éliminé rapidement les alternatives sur la façon de gérer la dette (nous reviendrons sur le fond de ce sujet dans les prochains mois), M. Arthuis nous dit : « Dès lors, la seule voie possible est la maîtrise des dépenses ». Tout cela est dit en langage fort diplomatique : « Nous devons veiller à ce que la progression des dépenses n’excède pas celle des recettes » … Rien de nouveau sous le soleil, nous voilà revenus aux années 80 avec le « TINA » de Thatcher, il n’y a pas d’alternative…

Au fait, en décembre dernier, dans un billet précédent, j’avais fait un pari à 2 600 milliards. Je m’étais amusé à anticiper les conclusions de la commission qui venait de se mettre en place. La proposition 5 disait : « Il est impératif de réduire la dépense publique » !

 

 

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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 06:23
Georges Ibrahim Abdallah : pourquoi la France s'acharne sur le plus ancien prisonnier d’Europe (Parti communiste, Pierre Barbancey dans L'Humanité, AFPS)

Ce 2 avril, dans une prison française, Georges Ibrahim Abdallah aura 70 ans, il aura passé dans cette prison de Lannemezan 37 années de sa vie, ce qui en fait le plus ancien prisonnier politique d’Europe.

Chaque année avec de nombreuses associations, le PCF dénonce ce déni de justice : après avoir purgé une peine de sûreté de quinze ans, il devait bénéficier d’une liberté conditionnelle. La justice française, sous la pression des États-Unis et d’Israël, n’a pas accédé à cette demande plus de dix fois déposée et bien que le tribunal d’application des peines l’ai approuvée.

Georges Ibrahim Abdallah, communiste libanais, avait choisi de défendre les droits du peuple palestinien, s’il n’a pas choisi la lutte non-violente, ce choix il l’a assumé et payé de trente-sept années de détention, trente-sept ans de sa vie.

Maintenant il souhaite retourner au Liban, son pays qui souhaite l’accueillir, comme l’a confirmé le ministre libanais venu lui rendre visite la semaine dernière.

Le PCF demande Justice, que cesse cet arbitraire, que la France fasse preuve d’indépendance et libère immédiatement Georges Ibrahim Abdallah en respect des règles de droit et de la défense de la justice française.

Parti communiste français,
Paris, le 2 avril 2021

Georges Ibrahim Abdallah : pourquoi la France s'acharne sur le plus ancien prisonnier d’Europe
Vendredi 2 Avril 2021

Ce 2 avril marque les 70 ans de Georges Ibrahim Abdallah, enfermé en France depuis trente-six ans. Défenseur du droit des Palestiniens et plus ancien prisonnier d’Europe, il est libérable depuis 1999. Il suffirait pourtant d’un arrêté d’expulsion pour que les portes de sa cellule s’ouvrent.

 

Georges Ibrahim Abdallah fête ses 70 ans ce vendredi. Ses yeux de nouveau septuagénaire apercevront le monde comme ils les voient depuis plus de trente-six ans maintenant : derrière les barreaux d’une prison. C’est ce monde justement qu’il rêvait de changer quand, dans sa jeunesse au nord du Liban, il a commencé à comprendre l’injustice faite aux paysans et aux ouvriers libanais, aussi bien qu’à ces centaines de milliers de Palestiniens, réfugiés au pays du Cèdre. Un rêve qu’il n’a jamais abandonné, qui illumine l’obscurité lorsqu’il clôt ses paupières pour que la persistance ne soit pas que rétinienne.

Georges Ibrahim Abdallah a toujours été un résistant. Un combattant. Y compris lorsque, après des études à Beyrouth, il est devenu instituteur dans la plaine de la Bekaa. Comment apprendre la justice et la fraternité aux enfants lorsque la partie sud du pays est envahie par Israël ? La force du mot n’est pas toujours suffisante lorsqu’il s’agit d’affronter des commandos militaires. Alors, Georges, issu d’une famille chrétienne maronite, qui a troqué les Évangiles pour Marx et Lénine, va s’engager et suivre des entraînements militaires dans divers pays progressistes de la région. Il est alors proche du Mouvement nationaliste arabe (MNA) et du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Puis, il participe à la création des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), organisation communiste et anti-impérialiste.

Avec d’autres militants, il est envoyé en France pour poursuivre le combat. Le contexte d’alors est terrible. La guerre civile fait rage au Liban et l’armée israélienne se déchaîne dans le sud du pays. Les assassinats politiques se multiplient de tous les côtés. Survient alors, en janvier 1982, l’assassinat de l’attaché militaire adjoint de l’ambassade des États-Unis à Paris. Trois mois plus tard, un diplomate israélien est également abattu. Les deux hommes auraient en commun leur appartenance à la CIA et au Mossad.

Georges Ibrahim Abdallah est arrêté en 1984. Il est condamné en 1986 à quatre ans de prison pour détention d’arme et usage de faux papiers. Il est de nouveau jugé le 28 juillet 1987, malgré ses dénégations, pour complicité d’assassinat et condamné à la perpétuité à une époque où la peine de sûreté n’existe pas (lire l’entretien avec Jean-Louis Chalanset).

À titre de comparaison, on rappellera que plusieurs dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ont été assassinés à Paris, vraisemblablement par les services israéliens, sans qu’aucune arrestation ait lieu. La représentante de l’ANC (le parti de Nelson Mandela), Dulcie September, a elle aussi été abattue dans la capitale française mais aucun assassin n’a été retrouvé. Quant à l’enlèvement et à la disparition de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka, on en est encore aux supputations.

Chape de plomb sur les raisons de l’acharnement français

C’est dire le caractère éminemment politique de l’affaire et de l’acharnement des autorités françaises. Georges Ibrahim ­Abdallah est aujourd’hui le plus vieux prisonnier d’Europe. Il a déjà passé plus de temps en prison que Nelson Mandela. Or, il est libérable depuis 1999. Toutes ses demandes de libération ont été rejetées. Et si un tribunal accède finalement à la demande, il y a toujours une cour ou un ministre pour faire appel.

Que peuvent invoquer les dirigeants français pour expliquer cet acharnement ? Il y a d’abord eu une chape de plomb. Puis, petit à petit, grâce aux comités de soutien qui se sont formés en France et dans le monde, un voile a été levé sur le sort de ce prisonnier politique. Mais les pressions états-uniennes et israéliennes (évoquées par l’ancien patron des services secrets français Yves Bonnet) restent fortes et sont partagées par des hommes comme Manuel Valls. Celui-ci, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, avait la possibilité de mettre fin à ce calvaire en signant un arrêté d’expulsion. Il s’y est refusé. Paradoxalement, cet arrêté, qui est demandé par l’avocat de Georges Ibrahim Abdallah devant le tribunal administratif de Paris, s’il était émis, ouvrirait la porte de la prison. Il pourrait alors rentrer chez lui, au Liban.

Georges Ibrahim Abdallah est incarcéré sous le numéro d’écrou 2388/A221 au centre pénitentiaire de Lannemezan, au pied des Pyrénées. « Calme et déterminé, l’homme semble indestructible par sa prestance et la solidité de ses convictions renforcées au fil des ans et des soubresauts du monde. Embrassades et mots d’accueil avec un brin de malice, involontaire sans doute quand ses premiers mots sont pour nous demander comment nous avons supporté les deux mois de confinement. » Voilà ce qu’écrivait dans nos colonnes Alain Raynal, collaborateur de l’Humanité, qui lui avait rendu visite en août de l’année dernière. Un journal, l’Huma, qui parvient à Georges Ibrahim Abdallah, dans sa cellule.

Animateur du collectif des Hautes-Pyrénées, Daniel Larregola va aussi le voir régulièrement. Des visites plus espacées à cause de la pandémie. Il confirme son état d’esprit lucide et combatif en faveur des Palestiniens, des migrants et de toutes les causes progressistes dans le monde.

Ce 2 avril marque les 70 ans de Georges Ibrahim Abdallah. Demander sa libération, dénoncer l’acharnement des gouvernements français successifs, porter son nom en une de notre journal, c’est aussi lui dire : « Bon anniversaire Georges ! »

Une carte-pétition adressée à Emmanuel Macron

De nombreuses personnalités à travers le monde ont apporté leur soutien à Georges Ibrahim Abdallah. Parmi celles-ci, Angela Davis, qui sait ce qu’être pourchassé et emprisonné veut dire lorsqu’on est anti-impérialiste. Mais c’est sans doute le collectif des Hautes-Pyrénées (4, rue des Haras, 65000 Tarbes) pour la libération de ce militant libanais qui a su le mieux maintenir la flamme pour qu’il ne soit pas oublié. Des manifestations sont régulièrement organisées devant la prison de Lannemezan. Les parlementaires de tous bords, interpellés, ont saisi le garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur. Il y a une dizaine de jours, l’ambassadeur du Liban en France et la ministre libanaise de la Justice ont rendu visite à Georges Ibrahim Abdallah en prison.

Le collectif vient d’éditer une carte-pétition « 37 ans, Stop ! » à adresser à Emmanuel Macron, demandant un arrêté d’expulsion pour que Georges puisse retrouver son pays natal. Enfin, il est possible de lui écrire directement : Georges Ibrahim Abdallah, 2388/A221, CP de Lannemezan, 204, rue des Saligues, BP 70166 65307 Lannemezan.

Georges Ibrahim Abdallah, 70 ans ce 2 avril, militant communiste, engagé pour la cause palestinien est emprisonné depuis 37 ans.
Il est libérable depuis 1999, plus de 20 ans. Il est devenu l’un des plus anciens prisonniers politiques du monde. Georges a reçu dernièrement la Ministre de la Justice libanaise accompagnée de l’ambassadeur du Liban.
Pour qu’il soit enfin libre, et puisse rentrer dans son pays natal , il suffit à la France de signer un arrêté d’expulsion pour le Liban.
Imprimez et signez la carte pétition "37 ans, Stop" demandant au Président de la République de signer l’arrêté d’expulsion
Pour l’envoyer il n’est pas nécessaire de timbrer la carte et/ou l’enveloppe.
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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 06:19

 

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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 06:11
Face au délabrement idéologique de la scène politique. L’indispensable affirmation du communisme - par le philosophe Yvon Quiniou, L'Humanité, 2 avril 2021
Face au délabrement idéologique de la scène politique. L’indispensable affirmation du communisme
Vendredi 2 Avril 2021 - L'Humanité
 

Yvon Quiniou Philosophe

La situation politique est compliquée pour les communistes, alors que des élections importantes approchent, et ce pour une raison de fond, à la fois historique et médiatique. Car ce qui pèse sur la conscience collective est le discrédit de l’idée communiste, dont l’origine se trouve dans ce qui s’est fait en son nom dans l’Union soviétique, qui n’était pas du communisme. Je rappelle que Marx assignait, pour le passage à celui-ci, des conditions matérielles et sociales liées au capitalisme développé, sans quoi on virait à l’utopie et son échec inévitable, ce qui s’est révélé exact. D’où une identification erronée de l’expérience soviétique avec le projet marxien, qui est entretenue scandaleusement par les médias et qui empêche de souhaiter un dépassement du capitalisme.

Il n’empêche que ce qu’il se passe aujourd’hui dans le monde le rend impératif : un capitalisme transnational s’impose aux peuples dans tous les domaines, les appauvrit, creuse les inégalités, crée du chômage, attaque les services publics, nous impose une « civilisation » du fric et de la consommation marchande, pollue la culture et abîme les rapports interhumains en fractionnant la société et en générant une violence inédite, y compris interreligieuse. À quoi s’ajoute une crise écologique planétaire dont tous les scientifiques affirment qu’elle menace à terme notre vie et dont la source ne se trouve pas dans les seuls comportements de consommation, mais dans la logique libérale du profit qui, par un productivisme mercantile, abîme la nature et donc l’homme qui en est une partie.

Face à cela, que devient la gauche non communiste ? Une partie s’est convertie au libéralisme économique, perdant tout ce qui pouvait lui rester d’identité progressiste. Quant aux insoumis, ils surfent sur un populisme peu clair dans divers domaines. C’est pourquoi, face à ce délabrement idéologique de la scène politique, il nous faut revenir à l’inspiration communiste, quitte à l’enrichir, la moderniser ou même la rectifier, mais sans modifier ses principes directeurs. Je pense en priorité à la propriété collective d’une grande partie de la production, parce que c’est le seul moyen de maîtriser notre économie, de l’orienter vers des fins utiles à tous et de garantir à ses agents des conditions de travail gratifiantes et qui n’aliènent pas leur personnalité : car il ne suffit pas de supprimer l’exploitation, il faut aussi abolir l’aliénation qui les mutile. D’où le rôle que peut jouer la culture pour tirer les êtres humains vers une vie riche en besoins de qualité . Mais aussi l’éducation : il s’agit de transmettre des valeurs centrées sur l’universel, le bien de tous et le vivre-ensemble harmonieux, et, comme l’entendait Gramsci, de constituer un nouveau « sens commun » à teneur éthique.

Dans cette perspective exigeante, quelle stratégie électorale les communistes doivent-ils adopter ? L’union « à gauche » me paraît indispensable dans les élections locales et, s’agissant de la présidentielle, faute malheureusement d’une unité face à la droite, il faudra voter pour un candidat communiste, en pensant à l’avenir.

Face au délabrement idéologique de la scène politique. L’indispensable affirmation du communisme - par le philosophe Yvon Quiniou, L'Humanité, 2 avril 2021
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3 avril 2021 6 03 /04 /avril /2021 06:16

 

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