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20 août 2018 1 20 /08 /août /2018 05:34

 

L’argent est en effet un outil économique fondamental de la société, un bien commun qui doit être mis au service de tous et non confisqué par quelques-uns. Il ne s’agit pas seulement de morale, mais aussi d’efficacité. Car le rôle de l’argent est d’irriguer les circuits économiques, et le problème actuel est que trop souvent sa circulation et sa distribution sont entravées, que l’argent se trouve dérivé et piégé dans les circuits annexes stériles de la spéculation ou dans des poches d’accumulation où il est retenu et empêché d’irriguer l’économie. Les circuits économiques sont alors asséchés et l’économie s’en trouve étouffée. La demande, qui existe toujours, n’est alors plus solvable, et l’offre ne trouve plus de débouchés suffisants, suscitant pressions sur les salaires, réductions d’effectifs, fermetures d’entreprises, et chômage, avec comme conséquence une réduction accrue de la demande solvable, et un étouffement accru de l’économie, selon une spirale dangereuse.

Pour maximiser les flux économiques, il faut donc maximiser la demande solvable et s’assurer que l’offre peut suivre. Et pour maximiser la demande solvable, il faut rendre solvable le maximum du potentiel de demande existant. Or, ce potentiel repose en fait sur les ménages et les collectivités publiques. Les ménages sont en effet les consommateurs finaux de toute filière de production de biens et de services marchands, et les collectivités publiques sont chargées de fournir les biens et les services publics partagés : routes, rues, trottoirs, parcs, hôpitaux, police, justice, armée, etc. Les entreprises, elles, ne consomment des biens et services marchands que pour produire d’autres biens et services qui en bout de chaîne sont toujours consommés soit par les ménages, soit par les collectivités publiques. Les entreprises ne peuvent donc consommer qu’en fonction de ce que les ménages et les collectivités publiques sont en mesure de consommer, et globalement, la maximisation des flux économiques repose exclusivement sur celle de la demande des ménages et des collectivités publiques. Quant à elles, les collectivités publiques fournissent des biens et services qui sont « consommés » par les entreprises, dont les clients en bout de chaîne sont les ménages et les collectivités publiques, et par les ménages, en tant qu’usagers ; et elles sont financées pour cela par l’impôt. On voit donc qu’en fin de compte la demande globale repose exclusivement sur les ménages, soit en tant que consommateurs dans le secteur marchand, soit en tant qu’usagers de biens et services publics et de contribuables pour les financer.

Pour maximiser le flux économique, il faut maximiser la solvabilité de la demande potentielle. Et pour maximiser la demande solvable, il faut donc maximiser le nombre de ménages pouvant satisfaire leur demande potentielle. Cela suppose que l’argent soit distribué de la manière la plus homogène possible. Chaque ménage n’a en effet qu’un potentiel limité de consommation, et ne peut que stocker, ou faire circuler dans des circuits annexes improductifs comme ceux de la spéculation, l’argent qu’il ne peut pas consommer.

On peut se poser la question de la limite de l’extensibilité de la demande d’un ménage. De fait, il y a une limite physique à la quantité d’aliments, de vêtements, de véhicules, de logements, de services divers qu’un ménage peut raisonnablement et effectivement consommer. C’est du côté de la qualité qu’il peut y avoir une bonne marge : épicerie fine, vêtements, véhicules et résidences de luxe, voyages en première, personnel de maison, etc. Mais on peut faire trois remarques sur ce point de l’extensibilité de la capacité d’un ménage à dynamiser les flux économiques par sa consommation :

1. Le système économique produit des biens et des services de toutes sortes, mais majoritairement destinés au plus grand nombre : des biens et services de qualité moyenne, dont la capacité de consommation effective (manger, porter un vêtement, conduire une voiture, voyager, etc.) par un ménage donné est physiquement limitée. On ne peut donc pas compter sur quelques ménages à très haut revenu pour consommer les biens et services produits par la majorité des flux économiques.

2. On constate que plus le revenu d’un ménage est élevé, plus la proportion du revenu qu’il consacre à l’épargne croît, au détriment de la consommation. On peut objecter que cette épargne alimente notamment le marché des actions, et augmente la capacité d’investissement des entreprises. Mais on revient ici à l’exposé ci-dessus : une entreprise n’investit pas si son carnet de commandes est vide. Avoir une capacité d’investissement est intéressant, mais ne sert à rien s’il n’y a pas de consommation en bout de chaîne.

3. Un certain niveau de disparité de revenu est un facteur parmi d’autres (culturels, géographiques, etc.) de diversification des biens et services, et la diversité est en général facteur de robustesse et d’adaptabilité ; mais la concentration des revenus réduit aussi la solvabilité de la demande potentielle de la majorité des ménages. Ce serait intéressant de réfléchir à une manière de formaliser cela.

Éric Chenin

Coordinateur du système d’information sur la biodiversité, chercheur Unité mixte internationale de modélisation mathématique et informatique des systèmes complexes

Contrairement à ce que serine à l’envi la litanie libérale, la France n’a aucun rapport « traumatique » (1) avec l’argent. Simplement elle ne souffre pas, comme beaucoup d’Anglo-Saxons, d’un rapport hypnotique à l’argent, et elle souhaite au contraire majoritairement qu’il n’y ait pas de secret, mais de la transparence, sur sa circulation : transparence sur les revenus et sur les patrimoines.

(1) Selon une formule utilisée en début d’année 2015 par Emmanuel Macron, formule qui a motivé la rédaction de ce texte.

 

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19 août 2018 7 19 /08 /août /2018 05:48

 

La proposition de remplacer les retraites à prestations garanties par des retraites à cotisations bloquées (retraites à points), qui va réduire les ressources des retraités et en pousser plus d’un vers la pauvreté, la suppression des retraites par réversion, la politique de restriction dans le système de santé, qui casse le progrès en termes de qualité et de durée de vie, la fin du caractère universel des politiques familiales, qui appauvrira in fine les enfants, la démolition des services publics, la remise en cause des statuts (fonctionnaires, cheminots), qui déstabilise la société, la suppression de la médecine du travail et des CHSCT, la réduction des aides aux plus pauvres (APL, minima sociaux), la culpabilisation des chômeurs, la sélection d’une jeunesse à qui le système n’offre aucune perspective de vie sociale à travers l’emploi, la baisse générale des salaires, la paupérisation, l’arrêt progressif des cotisations patronales à la Sécurité sociale, la perspective de la suppression de l’aide médicale pour les étrangers, la politique anti-immigration, le refus même d’accueillir les naufragés de la mer et demain les camps de rétention pour immigrés, tout cela va rayer de la carte des décennies de progrès social. C’est l’individualisme poussé à fond. C’est le court-termisme. C’est l’explosion des inégalités.

Et à la fin ? Un effondrement économique. La protection sociale dans sa globalité assure à la fois la cohésion sociale et la richesse économique du pays parce qu’elle investit dans l’humain. Or ce sont les humains qui créent la richesse. Ce sont eux qui alimentent les investissements et qui consomment ce qui est produit.

En oubliant cette règle fondamentale, Macron ouvre la porte des tempêtes. Il y aura toujours quelqu’un pour proposer plus de sévérité envers les pauvres, plus de rigueur pour les travailleurs. Il y aura toujours quelqu’un pour proposer plus de transgression, plus de populisme, plus de nationalisme. Plus d’extrême droite. Le glissement s’opère déjà en Europe comme aux États-Unis. Les barrières morales tombent tandis que les barrières poussent sur les frontières. Et l’on voit un président américain séparer les enfants des parents pour faire pression ; il finira par justifier la torture. Cette politique ne réduira pas le chômage. Elle ne traitera pas de la question écologique. Elle accentuera les politiques de domination et les guerres.

Il faut mettre fin à cette dynamique mortifère. Par la lutte sociale. Par la lutte politique. Et d’abord par la prise de conscience de ce qui se passe, de ce qui se joue aujourd’hui. C’est cette convergence des consciences qui ouvrira une alternative. Le libéralisme est une théorie qui n’a aucun fondement scientifique prouvé et donc c’est un simple habillage d’intérêts. Le capitalisme est dans l’incapacité de résoudre les problèmes de l’humanité.

Dr Michel Limousin

Rédacteur en chef des Cahiers de santé publique et de protection sociale

 

 

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19 août 2018 7 19 /08 /août /2018 05:38

 

Le premier maire adjoint de Jean-Claude Gaudin, pourfendeur de la fraude « sociale » lorsqu’il était député, a été reconnu coupable de fraude fiscale. Et il est toujours en place.

Le charme discret de la bourgeoisie marseillaise n’est plus ce qu’il était. Et l’un de ses enfants les plus en vue s’est fait rattraper par un climat nouveau qui, petit à petit, jette une lumière sur les zones d’ombre de l’argent dissimulé ou soustrait au fisc. Un député de surcroît, celui des beaux quartiers : Dominique Tian (« Les Républicains »).

Pourtant, la fraude, il en avait fait un cheval de bataille politique. La « fraude sociale », s’entend. En 2011, droit dans son costume toujours bien mis, il avait présenté un rapport sur le sujet, estimant que la fraude aux prélèvements et aux prestations en France s’élevait à 20 milliards d’euros. À ce moment-là, Dominique Tian était un fraudeur fiscal depuis plus de quinze ans… Personne ne le savait encore. Tout le monde le saura bientôt. L’affaire Cahuzac est passée par là et la vigilance a redoublé. En 2015, la déclaration de patrimoine du député présente une anomalie : 2 millions d’euros « oubliés ». La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) transmet au parquet de Paris. La justice est en route. Elle mènera l’élu jusqu’au procès.

Lui feint la bonne foi : en janvier 2014, il a lui-même demandé, via son avocat, la régularisation de sa situation fiscale. La veille du dépôt de sa déclaration d’intérêts patrimoniale… Se sachant pris, il prend les devants. Bercy le lui permet : les fraudeurs « repentis » ne subiront pas de poursuite pénale. Il déclare deux portefeuilles d’actions en Suisse. La régularisation se passera par un redressement à hauteur de 664 394 euros, soldé en juin 2016. Affaire réglée… momentanément.

Il est condamné à un an de prison avec sursis, trois ans d’inéligibilité et une amende de 1 450 000 euros

Pour l’élégant premier adjoint au maire de Marseille, les soucis volent pourtant en escadrille. En juin 2017, dans un fief de la droite, il est battu par une candidate macroniste. Peu après, la HATVP jette un œil sur sa déclaration de patrimoine de 2012, dans laquelle il avait certifié ne détenir à l’étranger aucun bien mobilier, immobilier, ni compte. Or, depuis 1996, il est bien l’un des bénéficiaires d’un compte à la banque Pictet de Genève. Cette année-là, son père, Marius, un chef d’entreprise, décède. Un banquier se déplace alors à Marseille et rencontre Dominique et ses deux frères pour les informer de la réalité du compte ouvert par le père vingt ans plus tôt, dont l’origine des fonds restera inconnue. Les trois décident de laisser les choses en l’état. Les droits de succession manqueront aux caisses de l’État.

Dans les mois qui suivent, celui qui est alors maire du 4e secteur de Marseille ouvre deux autres comptes : l’un chez UBS, l’autre chez Lombard Odier. En 2005, afin de contourner une directive européenne sur la levée du secret bancaire suisse en cas de soupçon de fraude fiscale, les deux comptes changent d’ayant droit : ce sont désormais deux sociétés domiciliées au Liechtenstein et au Panama qui font écran. Mais c’est toujours Dominique Tian qui en profite, échappant ainsi à l’impôt de solidarité sur la fortune.

Au terme de son procès devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Dominique Tian a été reconnu coupable, début 2018, de « blanchiment de fraude fiscale » et d’« omission dans sa déclaration de patrimoine ». Il est condamné à un an de prison avec sursis, trois ans d’inéligibilité et une amende de 1 450 000 euros. Il a décidé de faire appel. Il y a quelques semaines, il a annoncé qu’il ne serait pas candidat aux municipales de 2020. Mais il restera jusque-là premier adjoint de Jean-Claude Gaudin. Personne n’a officiellement demandé sa démission. Et lui-même n’en discerne pas l’évidence.

Demain Patrick Drahi, le loup des télécoms s’ouvre un canal avec le Panama.

Christophe Deroubaix

LE GUIDE TOURISTIQUE DE LA FRAUDE : Canada

« Un bon endroit pour créer des structures d’optimisation fiscale afin de minimiser les impôts. » Le brevet est décerné par l’impayable cabinet panaméen Mossack Fonseca, au cœur du scandale révélé par les Panama Papers, nom donné à la fuite gigantesque de documents confidentiels en 2016. Mais le pays auquel il décerne ce satisfecit peut sembler plus surprenant que des incontournables Bahamas ou une peu surprenante île de Man. Il s’agit en effet du Canada. On apprend ainsi que le pays, dirigé par le très « cool » Justin Trudeau, est une destination privilégiée pour la création de sociétés-écrans. De très officiels cabinets spécialisés font leur œuvre, pour quelques milliers d’euros, de la création de ces sociétés fictives. Le quotidien le Monde a pointé, au moment de la révélation des fameux Papers, « la fiscalité avantageuse proposée par différentes provinces », ainsi que « l’opacité juridique et fiscale ». Ultime « atout » du Canada : son image de pays bien propre sur lui. Créer une Limited Partnership en Ontario ne met la puce à l’oreille de personne… ou presque. Mais ça, c’était avant. Désormais, tout le monde sait. On a même appris, depuis, que des proches de Justin Trudeau avaient trempé dans ces montages légaux qui organisent l’illégalité.

 

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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 06:32
Dans la série: cachez ces cocos que je ne saurais voir, le Parisien oublie l'Université d'été du PCF à Angers dans son récapitulatif tout en n'omettant pas les groupuscules

Alors Le Parisien, on zappe l' Université d'été du PCF des 24, 25 et 26 août à Angers ? Une bonne raison d'aller y faire un reportage pour se rattraper, non ? Et pour les militants communistes, d'y participer nombreux : plus que quelques jours pour s'inscrire sur https://2017.pcf.fr/universite

de Jérémie Giono

🛎 Question pour un champignon :

Je suis un Parti de 60.000 adhérents-cotisants, ce qui fait de moi le 3ieme parti de France (derrière LR et LREM) en nombre de cotisants ;

Je suis un Parti de plusieurs milliers d'élus locaux, ce qui fait de moi le 4ème parti de France (derrière LR, le PS et l'UDI) en terme d'implantation locale ;

Je suis un Parti qui dispose de 22 parlementaires et deux groupes des plus actifs dans les deux Assemblées législatives ;

Je suis un Parti qui réuni plus de 1000 participants à mes Universités d'été, ce qui en fait le 2nd événement le plus important du genre (derrière la FI - pour l'année postélectorale de 2017) ;

Pourtant, je suis le seul Parti dont les Universités d'été sont boycottées par une grande majorité des médias.

Je suis, je suis...

Université d'été du PCF à Angers les 24, 25, 26 août - Politique française, européenne, internationale, société, culture, art et littérature - demandez le programme de ce rendez-vous de rentrée du PCF avec un millier de participants prévus

Dans la série: cachez ces cocos que je ne saurais voir, le Parisien oublie l'Université d'été du PCF à Angers dans son récapitulatif tout en n'omettant pas les groupuscules
Dans la série: cachez ces cocos que je ne saurais voir, le Parisien oublie l'Université d'été du PCF à Angers dans son récapitulatif tout en n'omettant pas les groupuscules
Dans la série: cachez ces cocos que je ne saurais voir, le Parisien oublie l'Université d'été du PCF à Angers dans son récapitulatif tout en n'omettant pas les groupuscules
Dans la série: cachez ces cocos que je ne saurais voir, le Parisien oublie l'Université d'été du PCF à Angers dans son récapitulatif tout en n'omettant pas les groupuscules
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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 05:33

 

Les géants de l’internet sont connus pour leur recours aux paradis fiscaux, mais, chez ces multinationales, l’évitement de l’impôt est plus la règle que l’exception. Le scandale des Panama Papers puis celui des Paradise Papers nous l’ont rappelé.

Uber fait-elle partie de ces nombreuses firmes transnationales (FTN) qui s’enrichissent en trichant ? Pas vraiment, et c’est là tout le problème. Le droit est, disons, complice. La plupart de ces entreprises transnationales pratiquent à l’envi « l’optimisation fiscale », qui n’est pas illégale à proprement parler. Cela prouve assez le manque de volonté politique de certains États, dont la France, pour lutter sérieusement contre ce fléau plus connu sous le nom d’évasion fiscale.

Qui est Uber, si répandue dans les rues de nos villes ? Uber est une plateforme technologique américaine créée en 2009. Elle met en relation passagers et voitures de transport avec chauffeur (VTC). Elle s’est rapidement exportée à travers le monde et opère à Paris depuis 2012. Uber est devenue l’entreprise phare, l’emblème même, de la société mondialisée, un acteur majeur de l’économie freelance. Beaucoup d’économistes et de responsables politiques n’hésitent plus à parler d’« ubérisation » de l’économie. Uber est d’abord et surtout le symbole du travail précaire et de l’évasion fiscale.

UN CHIFFRE D’AFFAIRES DE 2 MILLIARDS DE DOLLARS ENVIRON EN 2015

D’après le calcul réalisé par le Canard enchaîné, 27 000 chauffeurs Uber roulent en France et réalisent, en moyenne, 60 000 euros de chiffre d’affaires annuel. Sur le nombre incalculable de trajets effectués par ses chauffeurs, Uber touche 400 millions de commissions par an. À l’échelle mondiale, le montant des courses perçues par les chauffeurs d’Uber atteint 10,84 milliards (la Tribune) de dollars en 2015. Soit, pour l’entreprise, un chiffre d’affaires de 2 milliards environ, perçu via les 20 % de commission qu’elle s’octroie sur chaque course.

Le système d’optimisation fiscale d’Uber n’est pas différent de celui adopté par les grandes multinationales de la high-tech (type Gafa). En mai 2013, le géant américain a créé Uber International CV, domiciliée aux Pays-Bas mais dont le siège correspond à l’adresse d’un cabinet d’avocats dans les Bermudes. Cette société n’emploie aucun salarié tout en restant à la tête d’un réseau complexe de filiales basées hors des États-Unis.

Pour parfaire ce montage financier, la filiale Uber International CV a conclu des accords avec sa société mère, Uber Technologies Inc, dont le siège social se trouve quant à lui à San Francisco. La seconde filiale clé du système, baptisée Uber BV, compterait 48 salariés et se trouve également domiciliée… aux Pays-Bas. Le revenu généré par une course (quel que soit le pays) est envoyé à Uber BV, qui reverse 80 % du montant de ladite course au chauffeur – qui, lui, payera des impôts dessus – via une autre société écran nommée Rasier Operations BV. Sur les 20 % restants, seulement 1 % des revenus est déclaré et taxé à hauteur de 25 %. Le reste est partagé entre les filiales locales (comme Uber France) et Uber International CV. Cette dernière reverse 1,45 % de royalties à Uber Technologie Inc, qui seront taxés aux États-Unis. Une grande partie des 20 % qui ne vont pas au chauffeur échappe donc librement à l’impôt.

Les Pays-Bas sont classés comme le troisième « pire paradis fiscal » par l’ONG Oxfam, derrière les Bermudes et les îles Caïmans. Il s’agit du paradis fiscal préféré des entreprises européennes. Selon Oxfam toujours, l’évasion fiscale des multinationales coûte au moins 100 milliards de dollars par an, autant d’argent qui ne profite pas aux pays pauvres, à la lutte contre les injustices et les inégalités. Le sociologue Pierre Bourdieu nous avait pourtant avertis : « Le néolibéralisme reprend les plus vieilles idées du patronat, sous un message chic et moderne. C’est une “révolution” conservatrice qui veut imposer un retour à une forme de capitalisme sauvage et cynique, qui organise l’insécurité et la précarité, qui se réclame du progrès mais qui glorifie l’archaïque loi du plus fort. »

le guide touristique de la fraude - SAINTE-LUCIE

Sainte-Lucie est un petit État insulaire situé dans la mer des Caraïbes, au sud de la Martinique. Le pays est membre de la Communauté caribéenne et utilise le dollar des Caraïbes orientales comme monnaie légale. L’île a été tour à tour gouvernée par les Anglais et les Français jusqu’en 1814, puis les Britanniques en ont pris définitivement le contrôle. En 1979, Sainte-Lucie est devenue un État indépendant du Commonwealth associé au Royaume-Uni. Sainte-Lucie propose des garanties très importantes en termes d’anonymat et de confidentialité. La loi sur les sociétés commerciales internationales assure la confidentialité aux actionnaires, administrateurs et dirigeants. La société International Business Company (IBC) incorporée à Sainte-Lucie est populaire car elle offre un double avantage : la confidentialité et l’anonymat du client, sans exigences d’audit ou de rapports. Le gouvernement propose en outre de faibles taux annuels et des possibilités flexibles d’organisation des entreprises. En 2017, l’Union européenne a adopté une liste noire de 17 paradis fiscaux incluant Sainte-Lucie. En mars 2018, trois pays initialement sur la liste noire en sont retirés : Bahreïn, les îles Marshall et Sainte-Lucie. Ils ont basculé dans la liste grise des pays ayant pris des engagements de bonne conduite en matière fiscale, font et feront l’objet d’un suivi.

Xavier Derrac

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17 août 2018 5 17 /08 /août /2018 05:29

 

Il y a 73 ans, les 6 et 9 août 1945, les populations d'Hiroshima et de Nagasaki au Japon étaient bombardées à l'arme atomique par les États-Unis d'Amérique provoquant la mort dans d'atroces souffrances de près de 250 000 femmes, hommes et enfants, près de 270 000 blessés survivants (les « hibakushas »), et des pathologies lourdes et cancers pour des dizaines de milliers de leurs descendants.

Ce crime de guerre massif demeure pour longtemps une des plus profondes atteintes à l'humanité tout entière.

73 ans plus tard, non seulement nous n'oublions pas, non seulement nous dénonçons comme froids, gratuits et inhumains ces bombardements alors que les autorités japonaises avaient déjà décidé leur reddition, mais nous joignons notre voix à celles et ceux qui exigent l'élimination complète des armes nucléaires et de toutes les armes dites de destruction massive.

Le 7 juillet 2017, 122 pays franchissaient un pas historique en adoptant, sous l'égide l'ONU, le Traité d'interdiction des armes nucléaires (TIAN).

La France, 6e puissance mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, n'a pas seulement refusé de s'inscrire dans ce mouvement mais l'a même brocardé par la voix du président de la République et du ministre des Affaires étrangères.

Ce n'est pourtant pas la véritable voix de la France que les représentants de l’État ont exprimée puisque 67 % de Français-es sont favorables à ce que la France « s'engage et ratifie le Traité d'interdiction des armes nucléaires » comme l'a mis en évidence un sondage initié par le Mouvement de la paix, et publié dans La Croix,le 5 juillet dernier.

Les puissances nucléaires, parmi lesquelles la France, pèsent de toute leur influence pour stopper ce processus puisqu'à ce jour seuls 59 des 122 États votant pour le traité l'ont signé et seulement 11 d'entre eux l'ont ratifié. Pour leurs parts, les États-Unis présidés par Donald Trump relancent la course aux armements nucléaires via la construction annoncée en février dernier de nouvelles armes nucléaires tactiques destinées à être utilisées pour des objectifs limités. Ces bombes dites « mini-bombes » ont une puissance égale ou supérieure aux bombes lancées sur Hiroshima et Nagasaki.

L'arme nucléaire ne constitue pas un moyen d' « empêcher les guerres » ou de « se défendre d'agressions militaires extérieures » ; l'arme nucléaire est au contraire facteur de tensions comme l'illustrent les décisions de Donald Trump dans les relations états-uniennes avec la Corée du Nord ou sur le nucléaire civil iranien.

Ensemble, les peuples du monde peuvent mettre un terme à ces ambitions destructrices. Le prix Nobel de la paix 2017 attribué à l'ONG ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) est un encouragement à se mobiliser plus largement. La lutte pour l'interdiction des armes nucléaires peut être victorieuse

Le Parti communiste français appelle les femmes et hommes de notre pays à se faire entendre en signant la pétition lancée par le Mouvement de la paix : https://www.mvtpaix.org/wordpress/petition-pour-un-traite-dinterdiction-des-armes-nucleaires/ et en participant largement le samedi 22 septembre prochain aux marches pour la paix qui se dérouleront partout en France à l'occasion de la Journée mondiale pour la Paix et à l'appel de 15 organisations dont le PCF.

 

 

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17 août 2018 5 17 /08 /août /2018 05:27

 

La famille propriétaire du célèbre vignoble a fait le choix, comme des milliers de riches, d’échapper aux taxations européennes. Jusqu’à ce que ses méthodes soient révélées et rendues publiques.

Chaque année, la Fête de la fleur célèbre les grands crus bordelais. Les propriétaires de châteaux viticoles prestigieux, si chers au patrimoine français, s’y retrouvent pour trinquer à leurs bénéfices. Sur la photo souvenir où sont alignés ces élégants viticulteurs, que Paris Match prend soin de publier chaque année sur une double page, on découvre des visages affables. Au premier rang, une jeune femme au grand sourire et à la robe bleue électrique, portant un petit sac à main rose fuchsia, détonne. C’est Alexandra Petit-Mentzelopoulos, l’héritière du Château Margaux. C’est elle qui dirige ce premier grand cru classé du Médoc avec sa mère Corinne Mentzelopoulos, elle-même héritière de Château par son richissime père, André, qui l’achète et le rénove en 1977.

La famille Mentzelopoulos figure dans la liste des 3 000 Français qui ont, entre 2006 et 2007, dissimulé leurs biens via des sociétés offshore gérées par la banque suisse HSBC. Révélés par les documents SwissLeaks et un consortium de journalistes du monde, des centaines de noms d’artistes, de sportifs, de politiques mais aussi des industriels ont ainsi été publiés pour avoir voulu échapper à la taxation européenne. Elle aurait aussi été retrouvée dans les documents d’Hervé Falciani, ce lanceur d’alerte franco-italien salarié d’HSBC par qui les données confidentielles ont été portées à la connaissance du grand public. Si le montant qui a transité par la Suisse est resté inconnu, on sait en revanche que des avoirs ont été placés bien au chaud dans les îles Caïmans. Cette ancienne colonie britannique située dans les Caraïbes abrite des centaines de compagnies d’assurances, elles-mêmes installées là par des multinationales, des sociétés écrans et des fonds spéculatifs. La famille possédant Château Margaux ne s’est pas trompée de paradis. C’est un excellent port d’attache pour qui souhaite préserver son patrimoine à long terme, sans être démasqué par le fisc. Depuis, la famille assure avoir procédé à une régularisation de ces avoirs avec l’administration fiscale.

Reste tout de même la provenance de cette fortune immense accumulée par le patriarche d’origine grec, André Mentzelopoulos. On évoque le plus souvent, à travers le mythe familial, le succès des magasins Félix Potin. Mais si cet homme d’affaires a pu racheter cette enseigne, c’est parce que son patrimoine avait déjà été constitué. Il s’installe à Karachi à la fin des années 1940 et se spécialise dans la revente des surplus militaires de l’armée britannique. Son capital se consolide dans les années 1950, lorsqu’il devient un intermédiaire incontournable pour la société des avions Marcel Dassault, ce dernier étant lui-même propriétaire d’un château à Saint-Émilion, le bien nommé Château Dassault. En 1960, André Mentzelopoulos permet à l’industriel français de décrocher son premier contrat d’exportation d’avions de chasse Mirage 3 pour le compte du gouvernement pakistanais. Riche à millions, il rentre en France et rachète la chaîne de magasins Félix Potin en 1958, et se constitue un patrimoine immobilier de taille, avec notamment la construction d’un immeuble avenue Montaigne à Paris…

Félix Potin fait faillite en 1996 mais l’homme d’affaires monnaye avec brio ses biens immobiliers. Aujourd’hui, le nom de cette famille est associé à Château Margaux, mais les héritières ne sont pas restées les bras croisés. Outre les 82 hectares de margaux et une holding du nom de Soparexo qui détient de nombreux biens mobiliers et immobiliers, la famille continue à investir dans des fonds dits de « leveraged buy out » (LBO, rachat d’entreprise par endettement) américains. Il faut bien ça pour se maintenir au 147e rang des 500 plus grandes fortunes de France.

Demain Les Ouaki, de gros sous cachés sous les bas prix.

Le guide touristique de la fraude - Les Emirats arabes unis

Lorsque les Émirats arabes unis ont été ajoutés à la liste des paradis fiscaux par l'Union européenne en 2017, ils ont été à « surpris et déçus ». Après tout, ils ne

font rien de mal. Ils offrent un excellent système fi scal doublé d’un magnifi que secret bancaire, protégé par la loi, qui permetd’échapper à tous les contrôles de la terre. Ce royaume pétrolier, composé de sept émirats, propose l’accueil de sociétés offshoreavec une panoplie d’avantages économiques : exonération

d’impôt sur les sociétés, pas de TVA, possibilité de rapatrier les bénéfices et les capitaux de la société sans limites, création d’un compte bancaire offshore personnel et professionnel,absence de registre public des actionnaires ou bénéficiaires,confi dentialité totale dans les zones franches. En France, les sociétés offshore domiciliées dans la ville de Dubaï, auxÉmirats, ne sont pas considérées comme illégales à partirdu moment où elles sont déclarées au fisc. Sauf que les Émirats arabes unis ne diront jamais rien au fisc, secret bancaire oblige.Il existe d’ailleurs une loi qui punit quiconque s’aventurerait à briser le secret bancaire à de la prison ferme. N’en jetez plus, pour les évadés fiscaux en quête de discrétion, les garanties sont à leur maximum.

Ixchel Delaporte

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17 août 2018 5 17 /08 /août /2018 05:25

 

Ce serait une erreur de considérer l’affaire Benalla en la limitant à un plan purement factuel. Comme souvent, les « affaires d’État » ne sont que les symptômes de dysfonctionnements institutionnels graves. C’est donc d’un diagnostic complet et de remèdes que nous avons besoin, car notre Ve République est gravement malade.

Cette affaire n’est pas la première secousse que le pouvoir présidentiel traverse depuis trente ans pour s’être impliqué intimement dans l’action des services de sécurité publique et de l’institution judiciaire. Mais elle est d’une amplitude inédite car elle remet directement en cause et la personnalité du président et l’institution présidentielle. Elle nous confronte aux limites de l’État de droit en France, qui suppose que le droit prime sur le pouvoir politique. Elle révèle le caractère antidémocratique du pouvoir présidentiel et le danger qui pèse sur nos droits fondamentaux et l’équilibre des pouvoirs. Dans cette affaire, on voit un chef de l’État, par le truchement d’individus qu’il investit de « pouvoirs exécutifs », de manière totalement discrétionnaire, intervenir et compromettre l’expression libre et légale du peuple qui conteste sa politique. Nous avons constaté ces dernières années la présence croissante de groupes que nous qualifierons de « parapoliciers ». Sans pour autant appartenir au corps professionnel, ils intègrent les dispositifs de maintien de l’ordre public, avec pour dessein antagoniste de le troubler, ou d’influer de manière indue sur le déroulement de la manifestation.

Le président exerce de plus une emprise politique croissante sur le ministre de l’Intérieur, ce qui induit un problème d’indépendance au sein même de l’exécutif. Enfin, les décisions du président échappent à tout contrôle du pouvoir du juge, qu’il soit administratif, judiciaire ou encore constitutionnel.

Cette immixtion rampante du pouvoir présidentiel précarise le fonctionnement de la police. L’un des symptômes les plus visibles des dysfonctionnements réside dans l’absence totale de communication et de confiance entre les divers corps de la police nationale (CRS, PJ, DGSI et IGPN). Cela occasionne pour les fonctionnaires un sentiment d’insécurité qui trouve sa source dans l’absence de transparence des « ordres » émanant de pouvoirs qui se télescopent et qui parfois se situent en dehors de tout cadre juridique. Ce type d’intervention du politique ­introduit l’arbitraire dans un système en théorie éminemment juridique. La chaîne hiérarchique, non remise en cause, devient une sorte de courroie de transmission de décisions émanant d’« autorités supérieures ». Imaginons dans le cas Benalla qu’un gardien de la paix présent sur les lieux soit intervenu pour dire « Monsieur, vous n’avez rien à faire ici, disparaissez ! » ou ait tenté une interpellation. Il aurait purement et simplement été « satellisé » par une hiérarchie trop aux ordres du politique.

Il est donc urgent que les « baïonnettes redeviennent intelligentes », et qu’elles soient protégées de façon efficace par un texte spécifique. D’autant que l’impact de cette affaire sur les conditions de travail des policiers et leur place dans la société est réel. Leur image est altérée. La crise de confiance du peuple en sa police, de plus en plus placée en fusible, est renforcée. La santé des femmes et des hommes derrière l’uniforme s’en voit mise en péril. Si les missions d’ordre public justifient que l’on puisse imposer obligations et contraintes, rien ne justifie les décisions politiques qui mettent en danger de manière disproportionnée des agents, qui restent des êtres humains, et jouissent du droit à l’intégrité physique et psychique garanti par l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Cette affaire soulève aussi la problématique de l’usage de la violence par les forces de police en manifestation, et de leur « impossible » contrôle par le pouvoir judiciaire. Au-delà de la question de la légitimité des individus ayant violenté les manifestants se pose celle de pourquoi les autorités policières n’ont pas saisi le parquet au sujet des violences commises à la fois par d’authentiques CRS et par les hommes usurpant les insignes de la fonction. Cette carence grave révèle que les violences sont considérées comme inhérentes à ces interventions, tolérées, et pire : couvertes. Or, l’usage systématique de la violence par les forces de police entrave sérieusement le droit à manifester et à se rassembler, à tel point que c’est devenu dangereux. Les familles n’osent plus y amener leurs enfants, et ceux qui s’y risquent se munissent d’écharpes et de sérum physiologique pour parer à l’usage systématique et disproportionné des gaz irritants.

L’immixtion constante du politique est aussi perceptible dans le domaine judiciaire. Elle est favorisée par le fait que les officiers de police judiciaire (OPJ) sont seuls comptables de l’exécution de leur mission, en plus d’être majoritairement des personnels du corps des gardés et gardiens placés sous l’autorité de chefs de service et directeurs. Cela facilite les interventions politiques au détriment du bon déroulement des opérations de justice, et place le pouvoir judiciaire sous contrôle de l’exécutif par le biais des pesanteurs politiques s’exerçant sur la hiérarchie policière.

Partant de ces constats, nous formulons des recommandations : soumettre le pouvoir présidentiel à la règle de droit, prévoir un contrôle juridictionnel des décisions du président (notamment sur la nomination de son cabinet), mettre un terme à la théorie des « actes du gouvernement » échappant à tout contrôle du juge. Un cadre de contrôle efficace et indépendant en cas de violences policières en manifestation doit être créé. En cas de manifestant blessé, dès un jour d’incapacité temporaire de travail, la saisine d’un organe d’enquête sui generis et indépendant est indispensable. Cet organe pourra se voir transmettre toutes les informations nécessaires, dont les vidéos enregistrées par les caméras placées sur les agents des forces de police. En cas de versions divergentes entre manifestants et policiers, les deux devront être présents aux audiences judiciaires, les confrontations en commissariat n’étant pas propres à satisfaire les objectifs de vérité. Il conviendrait également que de réelles statistiques officielles puissent être réalisées sur l’ampleur des violences en manifestation.

Ce n’est qu’à travers de telles évolutions qu’il sera possible de sortir de l’affaire Benalla par le haut.

Anthony Caillé

Secrétaire général de la CGT police Île-de-France

Le ministre de l’Intérieur n’a pas reçu de représentants de la CGT police. Par ailleurs, le syndicat attend toujours d’être auditionné par la commission mise en place au Sénat.

 

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17 août 2018 5 17 /08 /août /2018 05:13

Le salaire du futur PDG d'Air France ? 
➡️ 3,3 millions d'euros par an. 
C'est-à-dire : 
➡️ 3 fois plus que son prédécesseur 
➡️ Tout cela avec l'aval de l'État actionnaire.

Ian Brossat 

La nomination du patron d'Air France scandalise les syndicats (Médiapart, Mathilde Goanec, 16 août 2018)
La nomination du nouveau patron d’Air France scandalise les syndicats
 PAR 

Air France-KLM s’est doté jeudi 16 août d’un nouveau patron, le Canadien Benjamin Smith, un choix salué par le gouvernement. Les syndicats sont scandalisés par les conditions de sa nomination, comme par l’augmentation spectaculaire de sa rémunération en plein conflit sur les salaires. Ils s'inquiètent aussi de sa méconnaissance du terrain social français.

« Faire une consultation sur le nom du nouveau dirigeant d’Air France un 16 août, avec une partie des administrateurs à la plage, et dans le même temps annoncer un triplement de son futur salaire, c’est totalement scandaleux… » L’heure n’est pas, d’après ces propos de Karine Monsegu, cosecrétaire générale du syndicat CGT Air France, au chaleureux « welcome » pour Benjamin Smith. L'ancien numéro deux d’Air Canada arrive à la tête de la compagnie aérienne française, à l'issue d'un conseil d'administration extraordinaire ce jeudi.

Sa nomination comme nouveau directeur général d’Air France-KLM est même jugée« inconcevable » par la plupart des syndicats, hormis la CFDT, premier syndicat pour le personnel au sol, qui ne s'est pas encore exprimée. « À la veille d’une intersyndicale, tout ceci n’est évidemment pas de nature à nous calmer », met en garde Karine Monsegu. Une réunion intersyndicale est prévue le 27 août à Paris et l’hypothèse d’une grève semble à nouveau sur la table, après plusieurs semaines d’une contestation déjà très âpre dans l’entreprise ce printemps.

Tout en haut de la pile des mécontentements, le salaire du futur directeur général fait figure de symbole : Benjamin Smith devrait toucher 3,3 millions d’euros chaque année, soit trois fois plus que son prédécesseur Jean-Marc Janaillac, qui a démissionné de son poste en mai dernier. Un gros coup de pouce qui passe mal, alors que les salariés réclament depuis des mois une augmentation de salaire de 6 % pour simplement suivre, selon eux, l’inflation. En vain.

La note gonfle même encore un peu, car le conseil d’administration d’Air France-KLM a également décidé de conserver Anne-Marie Couderc (présidente par intérim après le départ de Jean-Marc Janaillac) dans ses fonctions, pour une rémunération de près de 100 000 euros par mois. Soit au bout du compte, pour deux dirigeants au lieu d’un, un coût presque quatre fois plus élevé que sous Janaillac.

Pour Benjamin Smith, il s’agira d’une hausse de près d’un quart de son salaire canadien, comme le calcule Libération, obtenue en compensation de la perte de ses stock-options. L’homme semble avoir l’habitude de gérer ce type de paradoxe. En 2012, alors que la compagnie demandait à tous ses salariés une baisse de la rémunération pour compenser des pertes colossales, la quasi-totalité des actionnaires d’Air Canada avait augmenté les dirigeants de 10 %, Benjamin Smith compris.

La méthode choisie pour cette nomination du nouveau patron d'Air France ne paraît pas faire davantage consensus. Un conseil d’administration extraordinaire s’est réuni le lendemain du 15 août, soit au plus fort de la torpeur estivale, sans que l’ensemble de ses membres ne soit présent. Les administrateurs vacanciers ont donc été joints par téléphone, « les pieds dans l’eau », ironise Karine Monsegu, qui ne comprend pas une telle urgence alors que la compagnie est engluée depuis des semaines dans ces histoires de nominations.

Restent le profil de Benjamin Smith et, surtout, sa nationalité canadienne. Selon l’intersyndicale, « il est inconcevable que la compagnie Air France tombe dans les mains d’un dirigeant étranger ». Le fait est bel et bien inédit, le groupe Air France-KLM, constitué en 2004, ayant toujours eu à sa tête un dirigeant français.

Se défendant de toute xénophobie mal placée, les syndicats soulignent que tous les pays font, pour leurs compagnies aériennes nationales, preuve « de protectionnisme acharné », dans un contexte de « guerre économique ». Et que le dialogue social à la française ne s’apprendra pas « en trois jours ». Philippe Evain, responsable du puissant et controversé syndicat des pilotes d’Air France, interrogé jeudi sur Europe 1, redoute surtout son « peu de connaissances juridiques ne serait-ce que sur le droit du travail, peu de connaissances économiques sur l'état du marché et de la concurrence et peu de connaissances sur les relations et le dialogue social ».

En clair, les syndicats craignent l’arrivée d’une gestion « à l’anglo-saxonne » pour dynamiter la compagnie aérienne française, encore paralysée au printemps par treize jours de grève, en conflit depuis le mois de février sur les salaires et depuis décembre pour le personnel de la maintenance. « Qu’il soit canadien, américain ou martien, ce n’est pas le problème, assure Karine Monsegu. Mais le modèle social vendu outre-Atlantique ne nous fait pas rêver. Et nous en avons assez des directions hors-sol, qui ne comprennent pas ce qui se passe sur le terrain. Le départ de Janaillac en a fait l’éclatante démonstration. »

Bon connaisseur de l’aérien, il pourrait s’attaquer au modèle social d’Air France

Le 4 mai, les salariés d’Air France avaient voté contre l’accord proposé par leur PDG par référendum à plus de 55 %, en plein cœur d'un conflit social houleux. Jean-Marc Janaillac, pensant l’emporter, avait tenté un coup de poker en mettant sa démission dans la balance. Il a quitté Air France la queue entre les jambes, entraînant dans sa défaite le gouvernement, qui s’était prononcé pour l’accord, et même la CFDT, qui avait appelé à soutenir le plan du PDG.

Cependant, peu de choses relient l’ancien patron français à Benjamin Smith, choisi pour lui succéder. Jean-Marc Janaillac, énarque et haut fonctionnaire, a fait comme nombre de grands dirigeants français une bonne partie de sa carrière en politique, multipliant les allers-retour à la tête d’agences publiques ou d’entreprises variées, allant de l’Office de tourisme et des congrès de Paris au groupe Pierre & Vacances-Center Parcs. Avant d’arriver à la tête d’Air France, il n’avait à son CV qu’une expérience de trois années à la direction de la compagnie AOM French Airlines, disparue en 2003.

Benjamin Smith connaît lui très bien l’univers des compagnies aériennes, il n’a fait quasiment que ça toute sa vie : après plusieurs années passées à travailler comme agent au sein du service clientèle d’Air Ontario, il a fondé une agence de voyages, avant d’entrer chez Air Canada pour y gérer successivement deux compagnies aériennes à bas coût, Tango puis Rouge, des filiales low cost d’Air Canada. Comme nombre de dirigeants canadiens de haut niveau, il maîtrise le français en plus de sa langue maternelle, l’anglais.

Malgré ce CV plutôt flatteur sur le plan technique, des doutes planent quant aux motifs de son transfert en France. L’intersyndicale y voit l’ombre « d’un groupe industriel concurrent », Delta Airlines, compagnie américaine actionnaire à hauteur de 9 % du groupe Air France-KLM depuis un an.

Delta Airlines, selon La Tribune, a fortement soutenu la candidature de Benjamin Smith, au détriment d’autres noms sur la table, comme l’ancien directeur financier de Veolia Philippe Capron, néanmoins néophyte en matière d’aviation, Thierry Antinori, ancien d’Air France passé chez Lufthansa et Emirates, ou encore Fabrice Brégier, ex-président d'Airbus Commercial Aircraft.

C’est un secret de polichinelle : KLM, l’entité néerlandaise du groupe dont fait partie Air France, pousse depuis des années pour une réforme profonde de la compagnie française, lui reprochant des marges beaucoup trop faibles, notamment en raison de son modèle social. Selon le représentant des pilotes actionnaires au conseil d’administration du groupe, Paul Farges, interrogé par BFM, la mainmise de KLM sur Air France par le biais de Delta Airlines présente le « risque de détournement des flux de clientèle d’Air Francevia l’aéroport d’Amsterdam pour des raisons de coûts ».

L’État, toujours actionnaire à plus de 14 % du groupe, ne semble pas s’être particulièrement ému d’un possible cheval de Troie au sein d’Air France. Selon l'AFP, il a voté en faveur de la nomination de Benjamin Smith lors du conseil d'administration extraordinaire du 16 août. Bruno Lemaire, ministre de l’économie, interrogé jeudi lors d’un déplacement au Pays basque, a estimé que le Canadien avait un « excellent profil »et remplissait les trois « conditions » que le gouvernement avait posées en préalable à la« fiche de poste » du futur dirigeant : la bonne connaissance du secteur aérien, la connaissance de la compétition internationale et de l’expérience dans une grande compagnie.

Dans la biographie de Benjamin Smith, déployée depuis que son nom circule dans le cénacle français, reviennent également à la fois son savoir-faire et son appétence pour le low cost, ce que redoutent fortement les syndicats, mais également sa capacité à gérer les conflits sociaux. En effet, il a participé, en 2015 et 2016, à la signature d’accords d’entreprise pour les 6 500 agents de bord d’Air Canada et 700 agents d’Air Canada Rouge, les salariés consentant à des efforts en échange d’une révision des salaires et de leur participation si les objectifs financiers étaient atteints par la compagnie.

 

Mais cet accord a une histoire, qui débute en 2012. À cette époque, Air Canada est au plus mal, les chiffres sont désastreux. La direction prévoit de baisser drastiquement les salaires des pilotes, s’engageant dans un bras de fer féroce avec ces derniers. Elle menace même d’un lock-out, pratique assez courue au Canada comme aux États-Unis, sorte de “grève patronale” qui consiste à fermer une entreprise sous la menace d’un mouvement de grève des salariés.

Le conflit a pris une telle ampleur que le parlement canadien, sous la houlette du gouvernement fédéral dirigé à l’époque par le très conservateur Stephen Harper, fait voter en urgence une loi spéciale qui interdit toute grève au sein de la compagnie aérienne nationale, qualifiée pour l’occasion de secteur économique « essentiel ».

En vertu de cette loi, direction et syndicats sont désormais appelés à régler leurs différends devant un “arbitre fédéral” qui a donné, en 2012, raison à Air Canada sur la négociation salariale, affaiblissant de fait durablement la position des salariés de l'aérien canadien. Point d’arbitre en cas de nouvelle grève chez Air France, ce qui risque fort d'arriver puisque aucune négociation n'a repris depuis le départ de Jean-Marc Janaillac. Benjamin Smith va devoir s'y habituer : en France, on joue encore sans filet.

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16 août 2018 4 16 /08 /août /2018 11:58

Voici ce que l'on lit dans l'Humanité ce 16 août sous la plume de Sébastien Crépel: 

Quinze mille postes supprimés ou menacés à court ou moyen terme chez les entreprises du CAC 40. C’est, a minima, le recensement effectué par l’Humanité pour les 34 sociétés sur 40 qui ont publié à ce jour leurs comptes semestriels.

Ceux-ci sont au beau fixe : plus de 47 milliards de profits sur les six premiers mois de l’année. Tous ces groupes sont bénéficiaires, à l’exception de Carrefour.

Pourtant, un tiers d’entre eux ont annoncé ou procèdent à des coupes dans leurs effectifs en France (Airbus, 470 postes ; Axa, 160 ; BNP Paribas, 5 000 ; Engie, 2 500 ; Michelin, 1 500 ; PSA, 2 200 ; Sanofi, 657 ; Schneider Electric, 150 ; Société générale, 2 135 ; Solvay, 160 ; Veolia, 572).

Cherchez l'erreur! 

Mais peut-être qu'il n'y en a pas, le fonctionnement normal du capitalisme financier étant d'adosser les profits pour les actionnaires à l'exploitation des salariés, que l'on parle salaires, délocalisations pour aller chez des coûts de main d'oeuvre plus élevé, licenciements, externalisations d'activités en demandant toujours au travailleur une productivité plus forte.   

Quand les entreprises du CAC 40 font son beurre en supprimant les emplois à la pelle
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