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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 10:07
Covid 19 - Soignants, avec les malades, au prix de leur santé (Alexandre Fache, L'Humanité, 9 avril 2020)
Jeudi, 9 Avril, 2020

Soignants. Avec les malades, au prix de leur santé

Comme des milliers de personnels de santé depuis plusieurs semaines, ils ont bataillé contre le virus, au chevet des patients atteints. Et ont eux-mêmes contracté la maladie. Témoignages.
 

Combien de soignants, chargés de lutter pied à pied contre le Covid-19, ont-ils contracté eux-mêmes la maladie ? Cette information capitale, nul ne la détient visiblement. Mardi, Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique chargé de conseiller l’exécutif, évoquait le chiffre flou – et optimiste – de « plusieurs milliers », justifiant ainsi le fait que les masques FFP2, les plus performants, étaient toujours donnés en priorité aux personnels de santé. Le 23 mars dernier – il y a une éternité –, on dénombrait cinq médecins morts du Covid. Depuis, rien. L’Humanité a donné la parole à des soignants infectés par le virus. Ils racontent les symptômes physiques, les angoisses, mais aussi la culpabilité de devoir laisser leurs collègues seuls face à la vague.

Nabila Hamza-Baibou, 44 ans, médecin généraliste à Strasbourg : « J’ai senti que la maladie était plus forte que moi »

« J’ai eu tous les symptômes du Covid-19, sauf la détresse respiratoire : perte de goût, d’odorat, courbatures et une fatigue vraiment intense. J’avais l’impression d’avoir fait un marathon et, à chaque effort, j’étais essoufflée. C’était le week-end du 21-22 mars. Depuis la fin février, j’ai eu énormément de patients venus consulter pour des symptômes grippaux : 30 à 40 par jour, c’était beaucoup plus que d’habitude. Je me suis doutée qu’il y avait quelque chose d’anormal. Par précaution, je ne suis pas allée voir mes parents. Je me contentais de les appeler. Je ne pensais pas vraiment tomber malade, mais j’avais peur d’être porteur sain du virus. C’était le discours ambiant à l’époque : “Si vous l’attrapez, ça sera bénin.” En fait, ce virus m’a complètement cassée. Une fois touché, on ne peut plus rien faire, on est couché au lit, on n’a même pas la force de se faire à manger. J’ai eu peur de contaminer mon mari et mes deux enfants, de 11 et 14 ans. Il a fallu leur faire comprendre la nécessité de ne plus faire de câlins, de ne plus manger ensemble… Ce n’était pas évident.

Avec tous les patients que j’ai vus, je savais que je ne passerai pas entre les gouttes. Car des masques, on n’en a eu qu’à la troisième semaine de mars. Une toute petite boîte de 50. Je les ai donnés à mes patients qui avaient des symptômes. Et en un jour et demi, la boîte était vide. Je trouve qu’on a trop tardé à réagir face à ce virus. Et cette absence de masques pour les professionnels, c’est un vrai scandale. On nous a envoyés à la guerre sans armes, sans rien. Je suis vraiment en colère. Parce que j’ai eu peur aussi. Quand vous arrivez vous-même au pic du 8e jour, et qu’à ce moment-là, vous entendez que cinq médecins sont morts à cause du virus, vous avez les boules… Heureusement, j’avais un saturomètre pour mesurer mon taux d’oxygène dans le sang, je pouvais vérifier que je n’étais pas trop prise. Mais j’ai senti clairement que cette maladie était plus forte que moi. »

Nicolas, 35 ans, infirmier en réanimation dans l'est de la France : « Un choc quand j’ai appris que j’étais positif »

« Pour moi, ça a commencé par de la toux et de la fatigue, sans température. Malgré tout, je me sentais apte à travailler. Quand on m’a dit que j’étais positif, ça m’a fait un choc, mais ça m’embêtait de rentrer chez moi, de ne plus être utile, de laisser mes collègues. Bien sûr, la priorité était de ne pas participer à la contagion. J’ai été mis en arrêt 14 jours à partir du début des symptômes, soit à partir du 18 mars. Petit à petit, la fatigue s’est accentuée, avec des courbatures, des maux de tête, et, au moment du pic, j’ai vraiment eu deux jours compliqués. Le moindre effort, même marcher quelques mètres, provoquait un essoufflement, j’étais étourdi, avec de grosses douleurs abdominales, comme un point de côté, à droite, qui m’obligeait à rester coucher. Une fois ce sommet passé, l’amélioration a été très rapide. J’ai pu reprendre deux jours plus tôt que prévu, pour compenser l’indisponibilité de collègues, eux aussi touchés. Et c’est reparti.

Pendant le pic, je me suis demandé comment ça allait tourner. On manque de recul sur ce virus, qui est assez bizarre. Les symptômes fluctuent beaucoup. Et, surtout, j’avais vu dans mon service de réanimation des personnes jeunes, sans antécédents, être frappées durement, voire décéder. Deux jours avant mon arrêt, on avait eu un cas de ce type. On ne peut s’empêcher d’y penser, une fois arrêté. Être soignant, dans ce genre de situation, est à la fois un avantage et un inconvénient : on comprend mieux les symptômes, la maladie, on a accès aux études… Mais, en réanimation, on voit aussi ce que peut donner ce virus sur les patients les plus atteints. C’est à double tranchant. En reprenant, j’étais donc partagé : à la fois anxieux d’y retourner, car les journées sont très dures, je me demandais si j’avais assez récupéré pour faire face à ce rythme ; et, d’un autre côté, j’étais content de retrouver mes collègues, de repartir à la bataille face à cette maladie. »

Giovanna Melica, 44 ans, médecin immunologue à l'hôpital Henri-Mondor (Créteil) : « On se sent vulnérable, malgré nos connaissances médicales »

« J’ai commencé à tousser le 22 mars et, le lundi, j’ai pu être testée. J’étais positive. J’ai immédiatement été confinée chez moi. Ma réaction a été double : mon côté rationnel me disait “ça va aller, ça restera bénin, comme dans la grande majorité des cas” ; mais, d’un autre côté, parce que j’avais vu beaucoup de malades graves dans mon service, j’ai aussi commencé à paniquer. On se sent vulnérable, et malgré nos connaissances médicales, on ne peut pas s’empêcher de penser au pire. D’autant que ce virus touche aussi, et parfois lourdement, des patients jeunes, sans antécédents. Je ne sais pas si je l’ai contracté dans mon service, ou chez moi, par le biais de mes enfants. Le virus a circulé dans leur école. J’ai eu la chance de ne pas avoir de fièvre, mais j’ai en revanche perdu le goût et l’odorat. D’ailleurs, celui-ci n’est toujours pas revenu.

Être soignant et malade, ça suscite des réactions ambivalentes. On sait qu’il faut absolument s’arrêter pour ne pas contaminer les autres. Mais on se sent aussi coupable de ne pas être sur le terrain. Alors que ça n’a pas de sens : l’infection ne va pas disparaître du jour au lendemain, et il va falloir tenir sur la durée. Faire des roulements. Se reposer. Aurait-on pu mieux se préparer à cette épidémie ? L’anticipation a fait défaut, c’est sûr. L’Italie nous avait pourtant montré ce qui allait arriver. Malgré des moyens comparables à la France, c’était une véritable poudrière. Et pourtant, on a temporisé, attendu… Le confinement est arrivé bien tard, le 17 mars. Je ne m’explique pas cette inertie. »

Alexandre Fache

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 06:54
Fabien Roussel en meeting à la fête de l'Humanité Bretagne, décembre 2019 à Lanester

Fabien Roussel en meeting à la fête de l'Humanité Bretagne, décembre 2019 à Lanester

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF : L’idéal communiste est plus que jamais d’actualité - Fabien Roussel, interviewé par Julia Hamlaoui, L'Humanité, 10 avril 2020
Vendredi, 10 Avril, 2020

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF : « L’idéal communiste est plus que jamais d’actualité »

Toute la semaine, l’Humanité a interrogé les responsables de gauche sur leur vision du « jour d’après ». Dernier entretien avec Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, qui estime possible de « financer tout de suite la reconquête des services publics ».

 

Le jour d’après la crise sanitaire s’annonce comme celui de la crise économique. Le gouvernement a évoqué d’éventuelles nationalisations, la relocalisation de certaines productions ou encore des dispositifs d’aide. Est-ce à la hauteur ? Quelles politiques proposez-vous pour éviter chômage et précarisation de masse ?

Fabien Roussel. Emmanuel Macron fait mine de découvrir le rôle de l’État et des services publics ! Cette crise sanitaire révèle en fait tout ce qui nous manque pour faire face à une telle pandémie : une industrie puissante, des services publics et un État forts avec des marges budgétaires pour agir. Le capitalisme a considérablement réduit le rôle de l’État, affaibli nos services publics et en même temps encouragé la délocalisation des entreprises, notamment dans la production de médicaments. Il faut donc rompre avec ces logiques d’austérité et de rentabilité financière, et préparer dès maintenant un nouveau modèle économique, social, écologique. L’idéal communiste est plus que jamais d’actualité. Nous voulons une société dans laquelle l’État joue tout son rôle, avec des services publics renforcés et une vie démocratique rénovée jusque dans les entreprises, avec de nouveaux pouvoirs pour les salariés. Par la relocalisation de notre industrie, nous devons retrouver la maîtrise des grands secteurs stratégiques du pays, aujourd’hui vendus au privé, relancer la recherche, bref, retrouver notre souveraineté économique. Chaque citoyen doit être protégé tout au long de sa vie, de l’école jusqu’à la retraite, avec un travail et un salaire digne. Chacun doit pouvoir trouver sa place dans la société. L’être humain, c’est la priorité !

L’Union européenne a suspendu sa règle d’or budgétaire. Craignez-vous le retour d’une austérité accrue ensuite et quelles ruptures faut-il opérer à l’échelle de l’Union ?

Fabien Roussel. La situation montre le besoin de coopération à l’échelle du monde et de l’Europe. L’Union européenne a certes suspendu provisoirement ses normes de déficits budgétaires, mais elle ne change pas de logique. Il y a donc urgence à imposer un autre rôle à la Banque centrale européenne et à notre monnaie : au lieu de nourrir le capital, elle devrait servir un modèle social ambitieux, développer les services publics, l’emploi et les salaires, pour organiser, à l’échelle du continent, un vaste plan de reconquête industrielle. C’est possible en mobilisant les liquidités de la BCE sur des fonds dédiés à l’emploi, aux services publics, au développement de filières, plutôt que sur les marchés financiers comme c’est aujourd’hui le cas.

Les services publics sont en première ligne pour lutter contre l’épidémie. Quelles leçons en tirer pour le « jour d’après » ? Comment les financer ?

Fabien Roussel. Aujourd’hui, de nombreux services publics montrent toute leur utilité. Heureusement qu’ils sont là. Il est possible, tout de suite, de financer leur reconquête : 15 milliards par an de cadeaux fiscaux ont été accordés aux plus riches et aux multinationales. Rétablir l’ISF, supprimer la flat tax, revenir sur les exonérations de cotisations accordées sans contrepartie, c’est possible tout de suite. Cela permettra de financer l’hôpital public à hauteur de 10 milliards d’euros. Nous proposons aussi de taxer les dividendes du CAC 40 à 75 % pour dissuader les entreprises de les verser. Cela pourrait alimenter un fonds en faveur des PME-TPE.

L’état d’urgence sanitaire a conféré de nombreux pouvoir à l’exécutif et les experts ont pris une place prépondérante. Quels changements démocratiques faut-il concevoir ?

Fabien Roussel. La mobilisation indispensable de la nation appelle au contraire un grand élan démocratique, permettant au Parlement, aux forces sociales et politiques de jouer pleinement leur rôle jusque dans les territoires. Nous appelons depuis longtemps à l’émergence de nouveaux pouvoirs des salariés dans les entreprises et dans les services publics. Si, dans les régions, les ARS étaient démocratiques, si dans leur entreprise les salariés étaient écoutés et disposaient de vrais pouvoirs, croyez-vous qu’on aurait pu supprimer 100 000 lits d’hôpitaux, que des délocalisations aussi nombreuses auraient pu être opérées pour le seul profit des actionnaires ?

Vous avez appelé, ces derniers mois, au rassemblement de la gauche, contre la réforme des retraites comme pour les élections municipales. Les défis à relever face à cette crise rendent-ils plus prégnante cette exigence ?

Fabien Roussel. Pour imposer de grands changements, le rassemblement de toutes les forces disponibles est toujours une nécessité. Il doit toutefois reposer sur des contenus exigeants, non sur les plus petits dénominateurs communs, sous peine de grands échecs. Et il ne doit pas se concevoir comme une construction de sommet, réduite aux dirigeants des partis. La mobilisation de l’ensemble des forces sociales, politiques, intellectuelles est indispensable. Les ruptures nécessaires pour sortir du modèle actuel font encore l’objet de débats, voire de désaccords. Il convient de les aborder franchement et publiquement, en faisant en sorte que notre peuple, et particulièrement le monde du travail et de la création, s’en empare. Aujourd’hui, nous souhaitons qu’un large débat s’ouvre sur les exigences mises immédiatement à l’ordre du jour par la crise sanitaire, ainsi que sur le nouveau modèle de production et de consommation dont l’humanité a le plus urgent besoin.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF : L’idéal communiste est plus que jamais d’actualité - Fabien Roussel, interviewé par Julia Hamlaoui, L'Humanité, 10 avril 2020

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 07:31
Maryam Madjidi à Dialogues Morlaix en avril 2019 pour parler de "Marx et la poupée" (photo I.Dupont)

Maryam Madjidi à Dialogues Morlaix en avril 2019 pour parler de "Marx et la poupée" (photo I.Dupont)

Maryam Madjidi à la Petite Librairie rue Danton à Brest en avril 2019 (photo I.Dupont)

Maryam Madjidi à la Petite Librairie rue Danton à Brest en avril 2019 (photo I.Dupont)

Jeudi, 9 Avril, 2020 - L'Humanité

Le contre-journal de confinement de Maryam Madjidi

Prix Goncourt du premier roman pour « Marx et la poupée », professeure de français pour mineurs étrangers isolés, Maryam Madjidi raconte une histoire qui illustre, entre grandeur et lâcheté, comment la période met l’humanité à nu.

 

Je vous écris pour vous raconter une histoire. Une histoire simple qui s’est passée le 31 mars 2020.

C’est l’histoire d’une femme âgée de 60 ans qui travaille dans un Ehpad à Bagnolet. Elle est infirmière.

Chaque jour, elle se lève tôt, prend sa voiture et va au travail. Là-bas, elle soulage la douleur des personnes âgées dépendantes. En ce moment, il s’agit plus de soulager la douleur mentale de ces personnes vulnérables que leur douleur physique.

Souvent quand elle entre dans une chambre, la personne alitée à la peau ridée et au corps frêle lui demande doucement de lui prendre la main. L’infirmière hésite un instant mais ne peut refuser une telle demande. Elle a le cœur qui se serre et s’approche du lit. Elle enlève son gant, et prend cette main dans la sienne. Elle rassure, soulage, panse avec un seul remède : son humanité.

Ensuite elle va scrupuleusement se laver les mains et remet ses gants pour retourner travailler. Elle sourit derrière son masque. On le voit à ses yeux qui se plissent légèrement et se mouillent d’émotion.

Les résidents de cet Ehpad ne reçoivent plus de visites depuis environ un mois. Ces personnes sont totalement isolées, confinées dans leur chambre individuelle, dans une solitude et une détresse qui grandit jour après jour.

Une solitude pire que le virus

Depuis le début de la pandémie, il y a eu une quinzaine de morts atteints du Covid-19 dans cet établissement.

Ces morts ne sont même pas comptabilisés. On ne les compte pas. Ils ne comptent pas. Ils ne comptaient pas avant. Ils sont les invisibles de cette société.

Mais l’infirmière qui les accompagne dans cette dernière étape de la vie connaît chaque visage, retient chaque nom, appelle chaque famille, trouve toujours quelques mots doux à leur dire.

Elle fait son travail. C’est tout.

D’ailleurs, depuis quelques semaines, elle ne travaille plus en Ehpad mais dans une morgue à retardement. Les couloirs de cet établissement sont des couloirs où la mort plane dans chaque chambre, s’allonge dans chaque lit et attend patiemment en caressant les cheveux blancs d’une tête qu’elle fauchera méthodiquement un peu plus tard.

Elle ne se plaint pas. Elle ne l’a jamais fait. Elle fait son travail. C’est tout. Elle le fait depuis des années. Les conditions n’ont jamais été bonnes. Mais le travail doit être accompli avec la plus grande douceur, la plus grande compassion, la plus grande vigilance.

Elle n’est pas une héroïne. Elle est une infirmière en Ehpad en Seine-Saint-Denis. Elle ne supporte pas le mot « héroïsme ».

Un jour de repos, mardi 31 mars 2020, l’infirmière sort de chez elle pour faire ses courses. Elle pense à mille choses dans sa tête. Elle pense à ses parents dans un autre pays durement frappé aussi par la pandémie. Elle pense à ses petits-enfants et à cet avenir inquiétant que nous leur avons fabriqué à coups d’aveuglement, de cupidité et d’ignorance. Elle pense à ces résidents et au nombre de décès qu’elle va découvrir en retournant au travail jeudi. Elle est prise d’un vertige en pensant au nombre de morts en Italie, en Espagne, en France, tous ces chiffres qui grossissent les rangs de la mort dans le monde entier. Elle imagine Azraël, l’ange de la mort, particulièrement affairé en ce moment, débordé par tous les morts qu’il faut enlever à la vie. Elle n’aurait jamais imaginé une crise sanitaire de cette ampleur en France. La France, ce pays qu’elle a choisi comme refuge en 1986, ne lui assure plus la protection dont elle a besoin aujourd’hui, non plus comme réfugiée politique (elle ne l’est plus depuis longtemps) mais simplement comme infirmière, simplement comme citoyenne.

Elle oublie même qu’elle est en train de marcher sur un trottoir. Elle oublie de mettre un pied devant l’autre. Et elle tombe.

Elle tombe sur le trottoir, se déchire le jean et saigne du genou.

Devant elle, sur le même trottoir, avant qu’elle ne tombe, elle avait vu deux hommes qui marchaient et une femme derrière elle également.

Après sa chute, les deux hommes et la femme ont couru sur le trottoir d’en face et ont déguerpi, la laissant seule, par terre, avec ses courses étalées sur le sol et son genou qui saigne.

Madame, vous allez bien ?

Elle a éclaté en sanglots. Elle a pleuré non pas parce qu’elle avait mal à son genou. Elle n’a même pas senti la douleur. Elle a pleuré parce que personne n’est venu vers elle, même en se tenant à distance, la distance sociale, la distance de sécurité, juste pour lui poser à 1,50 m de distance sociale, 1,50 m de distance de sécurité, cette simple question : madame, vous allez bien ?

Non, ils ont fui. Ils ont fui parce qu’ils ont eu peur. Ils ont fui parce que la peur les rend inhumains.

L’infirmière s’est relevée. Elle a ramassé ses courses. Elle est rentrée chez elle.

Puisque aujourd’hui les premiers de cordée sont devenus invisibles et parfaitement inutiles à la nation, puisque aujourd’hui toutes celles et ceux que le gouvernement méprise maintiennent debout ce pays, alors je te nomme toi, l’infirmière de Seine-Saint-Denis, pour te faire sortir de l’ombre : Mithra Madjidi, ma mère.

Mercredi 1er avril 2020

Maryam Madjidi

L’auteure a publié  « Marx et la Poupée », le Nouvel Attila, collection « Incipit » (2017). « Je m’appelle Maryam », l’École des loisirs, collection « Mouche », (2019).

Le contre-journal de confinement de Maryam Madjidi (L'Humanité, jeudi 9 avril 2020)

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 07:13
Budget de la recherche: la montagne accouche d'une souris - Pierre Ouzoulias, sénateur communiste

Budget de la recherche : la montagne accouche d’une souris !

Lors de leur visite à l’Institut Pasteur, le 19 mars 2020, le Président de la République et la ministre chargée de la recherche ont annoncé que 25 milliards d’euros supplémentaires seraient consacrés à la recherche. Par le dossier de presse diffusé le 25 mars, on apprend que les cinq milliards supplémentaires constituent un objectif budgétaire qui devrait être atteint en une décennie. L’effort serait progressif pour atteindre un montant annuel de 600 millions, à partir de 2028…

https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid150594/un-effort-de-25-milliards-d-euros-pour-relever-les-defis-de-la-recherche.html

L’actuel Gouvernement transfère donc aux Gouvernements des deux prochaines mandatures la mission d’honorer l’essentiel de cet engagement budgétaire, pourtant bien modeste. En ce qui le concerne, il consent à une augmentation de 400 millions d’euros du budget du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (MESRI) pour l’année 2021, la dernière année budgétaire complète du présent quinquennat.

Comme le précisait la ministre lors de son audition par la commission du Sénat, le 6 avril, cette enveloppe budgétaire supplémentaire serait destinée à l’abondement de la totalité des missions de son ministère. Cette augmentation comprendrait donc aussi les mesures de revalorisation salariale, dont celles destinées à compenser la baisse des pensions, consécutive à l’adoption de la loi de réforme des retraites dont l’examen est pour l’instant reporté.

http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20200406/cult.html

Pour le budget de l’année 2020, les programmes budgétaires du MESRI et les montants des autorisations d’engagement sont les suivants :

150

Formations supérieures et recherche universitaire

13,7 Md€

172

Recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires

7 Md€

193

Recherche spatiale

2 Md€

231

Vie étudiante

2,7 Md€

Total

 

25,4 Md€

Ces données budgétaires sont tirées du rapport de la commission des finances du Sénat sur le projet de budget 2020 :

https://www.senat.fr/rap/l19-140-323/l19-140-3231.pdf

L’annonce d’un accroissement de 400 millions d’euros du budget global du MESRI pour l’année 2021 représente donc une augmentation d’environ 1,5 %.

Pour bien comprendre ce qu’elle représente, en euros constants, il faut la comparer à celle du budget des programmes du MESRI pour l’année 2020 :

 

Programmes

2019

2020

Variation

150

Formations supérieures

13,59 Md€

13,77 Md€

1,3 %

172

Recherches scientifiques

6,9 Md€

6,9 Md€

0 %

193

Recherche spatiale

1,82 Md€

2,03 Md€

11,7 %

231

Vie étudiante

2,70 Md€

2,77 Md€

2,5 %

Total

 

25,01 Md€

25,47 Md€

1,83 %

L’effort « inédit depuis la période de l’après-guerre » annoncé par le Président de la République, le 19 mars 2020, commencera donc par une hausse du budget 2021 du MESRI inférieure à celle de 2020 ! Il est en effet historique qu’un Président décrive une baisse du soutien à la recherche comme un engagement massif en sa faveur.

Pour rappel, le crédit d’impôt « recherche » a représenté une dépense fiscale évaluée à 6,2 Md€ en 2018 et à 6,5 Md€ en 2019. Soit une augmentation de 4,8 %. Elle était de 4,4 Md€ en 2009. La véritable augmentation est là !

Le 10 avril 2020,
Pierre Ouzoulias 
 
Budget de la recherche: la montagne accouche d'une souris - Pierre Ouzoulias, sénateur communiste

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 07:00
Les députés PCF démandent une commission d’enquête sur la gestion de la crise par le gouvernement (L'Humanité, 8 avril 2020)
Mercredi, 8 Avril, 2020

Les députés PCF déposent une commission d’enquête sur la gestion de la crise par le gouvernement

De l’affaiblissement des capacités de soins au non-respect des recommandations de l’OMS, l’objectif est de faire la lumière sur la gestion de la crise du coronavirus.

 

Ils veulent aller plus loin, beaucoup plus loin que la simple participation à la mission d’information Covid-19 chapeautée par le président de l’Assemblée, Richard Ferrand. Hier, les députés PCF ont demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire « visant à identifier les dysfonctionnements dans la gestion sanitaire de la crise du coronavirus ». « Nous voulons lever la chape de plomb démocratique. Nous sommes dans une démarche constructive : il faut pointer ce qui a conduit à l’ampleur de cette crise, pour tirer les conséquences et limiter les pandémies futures », explique André Chassaigne, président du groupe GDR.

« Nous déposons cette commission car nous n’excluons pas que la mission d’information en cours soit une mission d’enfumage. Il pourrait s’agir d’une démarche occupationnelle des députés, alors qu’il faut de l’action. Nous ne sommes pas dans une volonté polémique : nous voulons pointer les dysfonctionnements pour les résoudre véritablement », précise Sébastien Jumel. Les députés PCF ne se satisfont pas de la proposition de Richard Ferrand de transformer la mission en cours en commission d’enquête plus tard, lors d’une « seconde phase ». Le président de l’Assemblée insiste : « Nous cherchons des solutions, pas des coupables. Seul le virus est coupable ! »

« Pour trouver des solutions, l’analyse des erreurs du passé est précieuse. D’autant que des dysfonctionnements majeurs ne sont toujours pas réglés. Il y a urgence sur les masques, les tests, les médicaments, les bouteilles d’oxygène et le gouvernement botte en touche sans vouloir remédier à l’origine de la pénurie », observe André Chassaigne. Le député entend ainsi nationaliser l’usine Luxfer en France, dernier site de fabrication de bouteilles d’oxygène d’Europe, fermée l’an dernier et toujours inactive alors que les salariés sont prêts à relancer la production. L’exécutif refuse aussi de reprendre le site Famar. « Mais peut-on réellement se priver de la fabrication sur le territoire de douze médicaments d’intérêt majeur ? Il faut changer de logiciel au plus vite », alerte Pierre Dharréville.

Le député PCF appelle à « abandonner au plus vite les suppressions de postes et de lits programmées à l’hôpital », et craint que la création de la commission ne soit empêchée. « Nous allons utiliser notre droit de tirage. Mais il existe un précédent : une enquête sur la réforme des retraites a été bloquée par la majorité il y a peu. Nous verrons, mais cela sera révélateur d’un état d’esprit », prévient-il. « Je ne vois pas les raisons d’un refus. Notre commission ne télescope aucune autre. Il faut respecter le droit des parlementaires, d’autant plus sur une crise aussi grave sur laquelle il faut faire la lumière », insiste André Chassaigne.

Dans leur texte, les communistes s’interrogent notamment sur les milliards d’euros enlevés à l’hôpital public, les 100 000 lits supprimés en vingt ans, mais aussi sur le non-respect des recommandations de l’OMS par la France concernant l’arrivée du coronavirus. « Nous n’aurons pas une mémoire de poisson rouge. Cette crise est un accélérateur de la révélation de ce que nous dénonçons depuis des années. Affaiblir l’hôpital public, découper notre appareil productif et industriel, c’est abîmer l’État, sa souveraineté sanitaire et sa capacité d’action au service des citoyens », prévient Sébastien Jumel, qui appelle à repartir dans le bon sens. « En petit comité, le gouvernement prépare les mesures d’après, nous ne sommes pas dupes. Ils vont essayer de conforter leur modèle. Nous en avons un autre et nous allons présenter, mercredi, 74 mesures d’urgence pour le présent et pour les jours heureux d’après », annonce André Chassaigne.

Aurélien Soucheyre
Les députés PCF démandent une commission d’enquête sur la gestion de la crise par le gouvernement (L'Humanité, 8 avril 2020)

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 06:41
Députés communistes - Alternative. 74 mesures d’urgence pour que tout change vraiment (L'Humanité, Jeudi 9 avril 2020)
Jeudi, 9 Avril, 2020 - L'Humanité

Alternative. 74 mesures d’urgence pour que tout change vraiment

Les députés communistes présentent leurs propositions pour mieux faire face à l’épidémie de coronavirus aujourd’hui et préparer demain des jours meilleurs.

 

Emmanuel Macron n’a pas voulu d’un « comité d’urgence nationale », associant l’ensemble des forces politiques, syndicales et patronales, comme le proposait le PCF. Malgré ce refus, les députés communistes ont dévoilé hier leur plan d’urgence pour faire face à l’épidémie de coronavirus, à travers une série de 74 propositions. Obstinés, ils appellent à la création d’un « comité de suivi sanitaire » en remplacement de l’instance écartée par l’exécutif. Et ils invitent d’emblée à ­débloquer un plan de soutien de dix milliards d’euros pour l’hôpital public. « Nos soignants sont applaudis tous les soirs mais il y a quelques semaines encore les agences régionales de sa nté refusaient les budgets et voulaient fermer des lits et supprimer des postes », alerte Sébastien Jumel, qui exclut tout statu quo. « Il faut non seulement abandonner la découpe de l’hôpital mais surtout se doter d’un plan très ambitieux », abonde Pierre Dharréville, qui souhaite « l’annulation intégrale de la dette des hôpitaux », l’augmentation des salaires, la réquisition des cliniques privées et la création d’un pôle public du médicament.

« Un État fort qui protège les biens communs contre la loi du marché » 

André Chassaigne défend des nationalisations afin de sauvegarder et développer la souveraineté sanitaire du pays. Luxfer, qui fabrique des bouteilles d’oxygène, et Famar, qui produit 12 médicaments d’intérêt majeur, sont citées alors qu’elles sont sur le point de disparaître. L’occasion, aussi, de sauver des emplois… Sur le front social, les parlementaires ­demandent le retrait total et définitif des réformes des retraites et de l’assurance-chômage, ainsi que l’indemnisation du chômage partiel à 100 %. Ils plaident pour l’interdiction de toute rupture de contrat de travail fondée sur l’épidémie, l’arrêt du travail dans les secteurs non essentiels où le télétravail est impossible, le rétablissement des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail en entreprise et le respect de la durée maximale de travail de 48 heures hebdomadaires, au lieu des 60 imposées par l’exécutif.

« Nous avons passé notre temps à alerter sur la crise à l’hôpital, celle dans les Ehpad, celle de la remise en cause permanente du droit du travail et de la protection des travailleurs. Aujourd’hui, nous devons être entendus. Et tous les premiers de corvée qui sont en première ligne doivent bénéficier de matériel pour se protéger face au virus », insiste Sébastien Jumel. Afin de relever le défi économique du confinement, les élus PCF demandent de prévoir la fermeture des Bourses européennes, la possibilité de contraindre les banques à prêter à une entreprise lorsqu’elle est éligible au crédit d’État, la modification des statuts de la Banque publique d’investissement afin qu’elle prenne une part importante dans la sauvegarde du tissu économique et la mise en place d’un audit permettant d’identifier les entreprises stratégiques qu’il faut nationaliser. « Nous sommes pour un État fort, un État stratège qui protège les citoyens et les biens communs de la loi du marché », argumente Sébastien Jumel.

La refonte d’un modèle démocratique et citoyen

La suspension des factures d’eau, électricité, gaz et des loyers est aussi prévue pour les plus démunis, avec la mise en place d’un moratoire. La gratuité des péages et des transports en commun, la réquisition des logements vacants, la réouverture des structures d’accueil pour les réfugiés et la sauvegarde de la distribution alimentaire pour les associations d’entraide sont autant de mesures de bon sens en temps de pandémie, mais pas seulement. « Nous proposons des dispositifs d’urgence pour le présent qui préparent aussi les jours heureux d’après », mesure André Chassaigne. L’identification proposée de toutes les familles qui ont des difficultés d’accès à Internet et à l’école à distance pourra aussi servir demain. Les mesures de soutien à la culture, aux prisonniers et aux sans-papiers tracent également un parallèle avec tout ce qui était déjà inacceptable avant le coronavirus. Celles de refonte de notre modèle démocratique et citoyen tout autant.

Et parce qu’ils voient plus loin que la situation hexagonale, les députés PCF appellent enfin au développement d’une couverture de santé mondiale et universelle avec l’ONU et l’OMS, à l’augmentation de l’aide au développement, l’annulation de la dette des pays les plus fragiles, en plus d’un cessez-le-feu international et de la levée des embargos économiques.

Aurélien Soucheyre
Députés communistes - Alternative. 74 mesures d’urgence pour que tout change vraiment (L'Humanité, Jeudi 9 avril 2020)

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 06:01

Chaque jour, nous publions des points de vue et des tribunes de personnalités analysant la crise du Covid19 et son impact social et économique. Il s’agit de préparer un « jour d’après » qui aille dans le sens d’un progrès général, tirant les leçons de cette expérience et qui ne soit pas synonyme d’une nouvelle régression. Aujourd’hui, nous donnons la parole à Julien Brugerolles qui est militant sur les questions d’agriculture et d’alimentation

 

 

La crise épidémique que nous vivons agit comme un révélateur. Révélateur de la faillite des injonctions libérales visant à couper systématiquement dans nos dépenses publiques, nos services publics, et en particulier nos services de santé. Révélateur aussi des risques inhérents à notre dépendance agricole, et de la fragilité de nos systèmes d’approvisionnement alimentaire. Ce contexte inédit peut-il servir à reprendre les bonnes directions politiques ? C’est ce que beaucoup attendent et demandent. Nous en faisons partie.
Mais c’est aussi ce que défendent depuis 15 jours les plus zélés promoteurs de la concurrence libre et non-faussée, de la compétitivité, des accords de libre-échange, du tout marché et les premiers de la cordée des dividendes. Ils se découvrent tous de soudaines passions pour la souveraineté française ou européenne. Certains se baladent même de département en département pour aller débusquer les dernières usines de produits de première nécessité. Le locataire de l’Elysée tient comme il se doit la tête de la cordée des hypocrites. Le bon soldat politique du capitalisme français prônait, il y a 12 ans déjà, la dérégulation la plus complète de tous les secteurs économiques comme rapporteur de la Commission Attali « pour la libération de la croissance française ». L’agriculture française et notre indépendance alimentaire en ont fait lourdement les frais. Le sinistre rapport Macron – Attali, rendu le 23 janvier 2008, préconisait de « restaurer complètement la liberté des prix et de l’installation de tous les acteurs de la distribution » (Décision fondamentale n°13, décisions 202 à 204). Ce fut chose faite quelques mois plus tard dans la loi de modernisation de l’économie, dite « LME », avec l’instauration de la liberté de négociation des prix entre les centrales d’achat des grandes surfaces et leurs fournisseurs, paraphée par une certaine Christine Lagarde. La grande distribution n’avait jamais eu de si grand cadeau pour alimeter ses marges en boostant pendant plus d’une décennie ses importations de produits alimentaires à bas coût. Mais qui s’en souvient ? 
Si je dis cela, c’est qu’il ne faut se faire aucune illusion. En matière agricole et alimentaire, ceux qui nous rejoignent subitement aujourd’hui, qui nous feraient presque des « papouilles » pour garantir des prix minimum d’achat garantis (si si !), sont bien les mêmes qui nous accusaient hier d’être de dangereux dirigistes, des crypto-bolchéviques menaçant le pays d’une économie agricole « administrée ». Depuis quelques jours, ils vont si loin  dans leurs actes de contrition que cela prête à croire à une véritable transsubstantiation idéologique !Mais le vernis n’est que de façade. Dans quelques semaines, ils feront tous machine arrière sous la pression de ceux qui tiennent les cordons de la bourse… et les vraies rênes du pouvoir. Une fois le plus dur de la crise sanitaire passée, la cordée des actionnaires de l’agroalimentaire et de la grande distribution va se remettre en marche. Les Nestlé, Danone, Carrefour, Crédit Agricole, Sodexo, Lactalis, Leclerc et consorts, champions toutes catégories du dividende, de l’évasion et de l’optimisation fiscales, vont vite remettre de l’ordre dans les têtes des brebis libérales égarées. Les passions soudaines pour la souveraineté alimentaire et le secours aux producteurs s’envoleront aussi vite qu’elles sont arrivées. 
Nos deux champions nationaux de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, n’ont, eux, pas abandonné aussi rapidement la bonne vieille école : ce qu’il nous faut, c’est un « nouveau capitalisme » (Bruno Le Maire sur BFM TV le 30 mars 2020) ! Et faire preuve d’un peu de générosité et de charité avec « un grand appel à la solidarité nationale » avec l’ouverture « d’un plateforme de dons » (Gérald Darmanin, le 30 mars 2020 lui aussisic) ! Tout est dit. Ces deux-là ont au moins le mérite de ne jamais faire semblant d’être autre chose que ce qu’ils sont. Dans quelques semaines, une fois le plus dur de la crise sanitaire passée, ils continueront d’être en première ligne de la guerre néolibérale. Ils nous proposeront une « nouvelle compétitivité », une « nouvelle concurrence »… et de nouveaux sacrifices budgétaires imposés à la société comme au secteur agricole. 
On me répliquera sans doute que je suis un peu dur. Qu’il faut voir ce qui sortira de bon de la crise, notamment pour notre agriculture et notre alimentation. Je répondrai simplement par une série de questions ouvertes : le Président de la République a-t-il fait quelque proposition que ce soit dans ces interminables discours pour enrayer le massacre de 30 années de compétitivité-prix imposée à l’agriculture ? A-t-il envisagé d’encadrer les prix d’achat et de vente dans la grande distribution avec l’application de coefficients multiplicateurs ? A t’il prévu d’augmenter fortement le SMIC, et tous les salaires, pour permettre à chacun de se fournir en produits français et sous signe de qualité ou d’origine ? Les ministres de l’Agriculture et de l’Economie ont-ils dans leur tiroir le moindre décret pour interdire dès demain sur les étals les importations qui entrent en concurrence directe avec les viandes de nos éleveurs, les fruits et légumes de nos producteurs ? Ont-ils ordonné l’interdiction du versement de dividendes aux transnationales de l’agroalimentaire, de la distribution ou du secteur bancaire et assurantiel lié à l’agriculture ? Ont-ils ces derniers jours mieux chuchoté à l’oreille de la Présidente de la Commission européenne, l’ultralibérale Ursula Von der Leyen, en lui parlant de l’impérieuse nécessité de stopper immédiatement tous les accords de libre-échange ratifiés et en cours de ratification qui priveront les Européens et les Français de toute souveraineté alimentaire ? Sont-ils disposés à élaborer un régime public et solidaire efficace contre les risques en agriculture incluant les nouveaux risques sanitaires et épidémiologiques ? 
Non, l’importance stratégique de notre souveraineté agricole et alimentaire n’est pas l’affaire des néolibéraux. La relocalisation ? Le partage de la valeur ajoutée ? La déconcentration du capital au service d’une agriculture familiale, transmissible et riche en emplois ? La transformation de nos productions ? Vous n’y pensez pas ! Çà ne rentre pas dans les modèles financiers ces trucs là ! Et puis, de toute façon, les faux-nez du « Green New Deal » de la Commission de Bruxelles et de la « verte » communication du Palais de l’Elysée seront là pour faire oublier les grandes orientations qui sont prises. L‘unique objectif, c’est la baisse du budget de la PAC et des moyens consacrés à l’agriculture et à l’alimentation de 500 millions d’Européens. L’unique objectif, c’est de laisser les agriculteurs « s’ajuster » à des marchés ouverts aux quatre vents. Quoi qu’il en coûte en matière de dépendance agricole et alimentaire.  

 

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 06:30
 SANOFI à l'heure du Covid-19: LA SANTE OU LES PROFITS ? - Communiqué de presse de la coordination CGT de Sanofi

Communiqué de presse Le 6 avril 2020


SANOFI : LA SANTE OU LES PROFITS ?

En pleine crise pandémique mondiale : Sanofi va verser plusieurs milliards de dividendes aux actionnaires.

SANOFI, l’une de première entreprise du CAC 40 est aussi un bon soldat, appliquant avec zèle les ordonnances du gouvernement Philippe : RTT imposés, droit syndical bafoué, etc…

Mi-mars, des centaines milliers de masques FFP2 étaient stockés sur certains sites de Sanofi.

L’intervention de la CGT a permis qu’une partie des stocks de masques soit enfin envoyée dans les usines du groupe pour les milliers de salariés qui n’en ont pas depuis le début de la crise sanitaire. Nous n’arrivons pas à comprendre l’inertie qui prévaut dans la protection des salariés, en particulier en production.

Dans le même temps, SANOFI ne s’est pas porté aux côtés des soignants qui ont des besoins en urgence de masques et de surblouses. Pour un acteur de santé, comme aime à se présenter la société, ce n’est pas à la hauteur.

L’opacité est une fois de plus de mise côté production : Sanofi n’a jamais répondu clairement sur le niveau des stocks des principes actifs et médicaments produits sur les sites. Ainsi pas moyen de connaître
les fabrications essentielles !

Conséquences : les salariés de fabrication sont maintenus en activité, donc exposés, ainsi que leurs familles alors qu’ils ne travaillent pas tous sur des fabrications urgentes.

Ce 6 avril, la direction de Sanofi annonce une prime de 15% du salaire de base pour les salariés de production et de R&D venant travailler sur site. C’est clairement une prime d’incitation, d’un montant ridicule mais qui ne vise qu’une chose faire venir travailler les salariés quel que soit le danger existant.
Ce groupe, riche à milliards, préfère la protection de ses actionnaires à celle de ses salariés !
Pour mémoire, en 12 ans, ce sont près de 3000 emplois de R&D et plusieurs milliers dans le groupe que Sanofi a supprimés en France.

Des axes thérapeutiques fondamentaux comme la recherche de nouveaux médicaments anti-infectieux (antibiotiques entre autres) ont été arrêtés en 2018. De quel traitement disposerons-nous demain en cas de virus ou de bactérie plus agressifs ?

A la sortie de cette crise sanitaire, Sanofi devra choisir entre la finance ou la santé des populations.
La CGT a choisi son combat depuis longtemps et continuera la lutte pour un accès aux soins pour toutes et tous, selon les besoins des populations et non la recherche effrénée des profits.

CGT SANOFI

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 05:57

Proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête visant à identifier les dysfonctionnements dans la gestion sanitaire de la crise du Covid 19

 

 

Exposé des motifs

 

Mesdames, Messieurs,

L’épidémie de coronavirus est « la plus grave crise sanitaire qu’ait connue la France depuis un siècle. » a déclaré le Président de la République lors de sa première intervention télévisée sur le Covid-19, le 12 mars dernier.

« La pandémie est la pire crise mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale, la pire crise depuis que l’ONU a été fondée » a estimé le Secrétaire général de l’ONU ce 31 mars.

Si la dimension historique de cette pandémie sera documentée en temps voulu, ses conséquences sociales, économiques, éducatives ou encore environnementales doivent, au-delà des mesures immédiates, faire l’objet d’une réflexion approfondie de laquelle les Français ne devront plus être exclus. Les auteurs de cette proposition de résolution y prendront évidemment toute leur place.

L’objet de leur présente contribution vise spécifiquement les aspects sanitaires de cette crise. Tous les jours, la France confinée écoute avec effroi la litanie vespérale du Directeur général de la Santé où s’allonge la liste des victimes.

La France constate avec stupeur que son système de santé, classé, il y a encore vingt ans, comme le « meilleur du monde », n’est plus capable d’accueillir tous les malades, cela en dépit de la mobilisation et des efforts souvent héroïques des personnels soignants.


Des mises en garde constantes

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Groupe de la Banque mondiale avaient décidé, en mai 2018, de la création d’un Conseil mondial de suivi de la préparation aux urgences sanitaires, visant à renforcer la sécurité sanitaire mondiale au moyen d’un suivi indépendant rigoureux et de l’établissement de rapports réguliers.

Pour le Président du Groupe de la Banque mondiale, le Dr Jim Yong Kim, l’objectif était de faire en sorte que « la préparation aux pandémies demeure une priorité de l’action au niveau mondial » compte tenu des risques que font peser à la fois l’augmentation des échanges, les voyages incessants, le réchauffement climatique, la perte de biodiversité ou les manipulations de souches virales en laboratoire...

Dans son rapport annuel, publié en septembre dernier, le Conseil mondial de suivi de la préparation avait alerté sur le fait que le monde n'était pas prêt à faire face à une pandémie mondiale, telle que la grippe meurtrière de 1918, alors qu’en se basant sur les récurrences statistiques de l'apparition de souche virale virulente le risque de survenue d’une crise majeure était élevé.  

Le rapport énumérait sept mesures urgentes pour préparer le monde aux situations d’urgence sanitaire, parmi lesquelles l’exigence pour les chefs de gouvernement de consacrer une part prioritaire des ressources nationales et des dépenses courantes à la préparation pour garantir la sécurité nationale et mondiale, de construire des systèmes de santé plus effectifs, à même d'envisager et de prévenir la majorité des risques de contaminations, de renforcer les mécanismes de coordination internationaux.

Dans le Livre blanc fixant la stratégie française de défense et de sécurité nationale approuvé et présenté par le Président de la République le 29 avril 2013, les auteurs avaient également estimé qu’« en matière sanitaire, la circulation des personnes et des marchandises, la concentration de populations dans des mégalopoles et la défaillance des systèmes de santé dans certaines zones favorisent la survenue de crises majeures. Le risque existe notamment d’une nouvelle pandémie hautement pathogène et à forte létalité résultant, par exemple, de l’émergence d’un nouveau virus franchissant la barrière des espèces ou d’un virus échappé d’un laboratoire de confinement. »

Le risque d’une nouvelle pandémie était donc connu des pouvoirs publics et documenté scientifiquement depuis des années.

L’apparition d’un nouveau coronavirus et l’extension de l’épidémie à l’échelle planétaire ne peuvent, on le voit, être qualifiées de "cygne noir", comme on le lit parfois. La pandémie n’était pas totalement inattendue. Le risque a été en revanche durablement méconnu ou sous-estimé, en France comme dans de nombreux autres pays.

Dégradation continue du système de santé public et réactions tardives des pouvoirs publics.

La France faisait originellement figure de « bon élève ». Elle s’était dotée dès 2007 d’un dispositif de protection très ambitieux contre des pandémies, avec la mise en place de l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), chargé de gérer à la fois la réserve sanitaire et les stocks stratégiques de produits de santé. L’établissement public sera toutefois progressivement désarmé, jusqu’à sa dissolution en 2016.

Sans doute les responsables politiques et sanitaires ont-ils jugé, à la lumière des épidémies précédentes, que les risques revêtaient désormais une dimension essentiellement régionale.

La pandémie actuelle apporte un terrible démenti à ces projections hasardeuses et met en relief la négligence et l’idéologie de ceux des responsables publics qui ont oeuvré avec obstination à l’affaiblissement de notre système de santé et des infrastructures publiques de soin. De ceux qui ont mis à mal notre souveraineté sanitaire comme le révèlent dramatiquement les difficultés de notre industrie pharmaceutique à éviter les ruptures de stocks de médicaments. De ceux encore qui ont pensé profitable de soumettre à la logique du marché la production française et européenne de matériel médical.

Il faut le rappeler : cinq milliards d’euros ont été supprimés du budget de la santé dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2020, dont un milliard au détriment de l’hôpital public. En vingt ans, 100.000 lits ont été supprimés, dont 17.500 au cours des six dernières années.

Au-delà des conséquences désastreuses des politiques d’austérité budgétaire sur notre capacité à proposer une réponse sanitaire adaptée aux crises, la situation actuelle met en exergue l’impréparation des pouvoirs publics, qui se sont manifestement laissés dépasser par les évènements. La chronologie des faits, des déclarations et des décisions est éclairante et impitoyable.

Le 24 janvier, alors que deux cas du nouveau coronavirus chinois étaient confirmés en France, sur des patients hospitalisés à Paris et Bordeaux, Agnès Buzyn, alors Ministre de la santé, jugeait que « le risque d’importation depuis Wuhan est pratiquement nul » et que « le risque de propagation est très faible ». « Notre système de santé est bien préparé », affirmait-elle encore.


Estimait-on alors que la chaîne de contamination n’était pas encore incontrôlable ? L’OMS avait pourtant alerté dès le 13 janvier sur la possibilité que des cas surviennent dans d’autres pays que la Chine et appelait à ce que des efforts de surveillance active et de préparation soient mis en œuvre dans tous les pays.

Le 17 mars, l’ancienne ministre de la Santé déclarera au journal Le Monde que, dès le mois de janvier, elle avait prévenu le Premier ministre de la gravité potentielle de l’épidémie de nouveau coronavirus. Cette déclaration est grave. Elle interpelle au moins sur deux points : d’une part elle laisse supposer que le Gouvernement, pourtant informé du danger, n’aurait pas agi à la hauteur du risque,  d’autre part, elle atteste que la ministre de la Santé aurait délibérément menti sur la gravité de l’épidémie.

Le 30 janvier, le Comité d’urgence convoqué par le Directeur général de l’OMS s’adressait à tous les pays en ces termes : `

« On peut s’attendre dans n’importe quel pays à l’apparition de nouveaux cas exportés de Chine. Par conséquent, tous les pays doivent être prêts à prendre des mesures pour endiguer l’épidémie, notamment par une surveillance active, un dépistage précoce, l’isolement et la prise en charge des cas, la recherche des contacts et la prévention de la poursuite de la propagation de l’infection par le 2019-nCoV, et à communiquer l’ensemble des données à l’OMS. ».

L’annonce est jugée tardive par une partie de la communauté scientifique. La maladie s’était en effet propagée alors à 18 pays, infectant près de 8000 personnes et provoquant la mort de 170 d’entre elles.

Il faudra encore attendre le 29 février pour que le Gouvernement français, lors d’un Conseil des ministres exceptionnel, prenne les premières mesures sanitaires de lutte contre la propagation du virus, en interdisant des rassemblements se tenant en milieu confiné. Cette mesure est présentée conjointement à la décision de faire usage de l’article 49.3 de la Constitution afin d’adopter sans vote la réforme des retraites. Un mélange des genres qui trahit ou une impréparation du Gouvernement ou un manque d’engagement à mettre en œuvre, en urgence, une action collective et solidaire face à une pandémie devenant incontrôlable. Un mélange des genres à l’image également des injonctions contradictoires qui se succèdent au fil des déclarations des membres du Gouvernement et plongent les Français dans l’inquiétude, voire la peur.

Une succession de messages contradictoires

Concernant les tests de dépistage, la communication ministérielle insistera dans un premier temps sur l’utilité des tests: « Nous bénéficions en France d’un test rapide qui va être disponible de plus en plus largement  sur le territoire dans les prochains jours" expliquait, le 27 janvier, le directeur général de la santé.

Le 23 février, Olivier Véran, qui vient de succéder à Agnès Buzyn, annonce : « Dans les hôpitaux de Paris, nous allons pouvoir être largement en mesure de répondre aux demandes, quelles qu’elles soient, de réalisation de tests »

En dépit des pressions de l’OMS, qui invitera à plusieurs reprises à tester massivement les populations, le nombre de tests réalisés chaque jour n’évoluera par la suite que faiblement, passant de 2 000 à 4 000 par jour, puis à 9 000 par jour fin mars, avant que le ministre n’annonce, à l’issue de près de deux semaines de confinement de la population, un changement de stratégie avec la commande massive de tests sérologiques afin de pouvoir en réaliser 100 000 par jour en mai ou en juin. Au moment de cette annonce, l’Allemagne réalisait déjà chaque semaine un demi-million de tests.

La question du stock de masques ne sera abordée de son côté que le 23 février. Le ministre de la santé annonce alors « faire le nécessaire pour que (les professionnels de santé) puissent disposer de masques adaptés à chaque situation, dans un marché qui s’est tendu au plan international ». Il ajoute : « Nous allons travailler avec les entreprises productrices de masques FFP2 sur le sol français, et nous passons une commande de masques en quantité »

Un mois plus tard, le 21 mars, le ministre affirme: « C’est parce que nous avons dès le début considéré que la disponibilité en masques allait être une difficulté, qu’il a été décidé, dès le mois de janvier, de recourir à l’importation de masques, avant même l’apparition de premiers cas sur notre territoire national. »

Malgré l’annonce de commandes réalisées en janvier, la pénurie de masque est flagrante. Aucune information ne filtre sur leur livraison. Les experts se bousculent en revanche sur les plateaux de télévision pour en affirmer l’inutilité et ce n’est finalement que le 28 mars qu’interviendra l’annonce de commandes massives de masques à la Chine et la mise en place d’un pont aérien.


Le feuilleton de la « chloroquine » aura de même mis l’accent sur les dysfonctionnements dans la chaine de décision. Dès le 26 février, le professeur Didier Raoult, directeur de l’Institut Méditerranée Infection à Marseille, explique les raisons pour lesquelles il estimait que la chloroquine pouvait agir efficacement sur la variété de coronavirus en cause. Il annonçait mettre en place un protocole thérapeutique dont les résultats encourageants seront publiés le 17 mars. Alors qu’il n’existe aucune alternative thérapeutique, et que l’usage de cette substance est très documentée, il faudra néanmoins attendre le 24 mars pour que le ministre de la Santé autorise l’utilisation de l’hydroxychloroquine pour traiter des malades infectés par le Covid-19, en restreignant toutefois le traitement aux patients présentant des formes graves de la maladie, pris en charge à l’hôpital.

Des pesanteurs analogues seront pointées du doigt par d’autres praticiens. C’est ainsi qu’un généticien à la tête d'un important laboratoire de recherche du CHRU de Lille, dénoncera en ces termes la rigidité des autorités quand les laboratoires français pourraient développer rapidement les amorces et enzymes nécessaires à un dépistage massif : « Si on nous avait autorisés, nous les gens de la recherche, j’aurais mon congélateur plein d’enzymes, on aurait fait le protocole et on travaillerait à fond pour le CHU aujourd’hui. C’est comme ça dans toute la France. »

De fait, au fil des jours, de nombreux professionnels de santé et un collectif d’une centaine de médecins ont saisi le Conseil d’Etat ou porté plainte au pénal contre des membres du gouvernement, au motif qu’ils « avaient conscience du péril et disposaient des moyens d’action, qu’ils ont toutefois choisi de ne pas exercer ».

Au regard de la gravité de ces accusations et en vertu de sa mission de contrôle de l’action du gouvernement, la représentation nationale a le devoir d’examiner au plus vite les dysfonctionnements dans la gestion sanitaire de la crise pour comprendre comment notre pays n’a pu être en mesure de prévenir la propagation du virus et la multiplication des cas mortels comme en Allemagne ou en Corée du Sud , pays qui semblent s’être mis en situation de mieux juguler l’épidémie. 

Sans esprit partisan, une telle commission permettrait de faire la lumière sur les dysfonctionnements et leur origine, d’identifier les responsabilités et de mieux appréhender les moyens efficaces de lutte contre la pandémie qui nous frappe, qui risque de perdurer et éventuellement se reproduire.

Cette commission d’enquête devra ainsi, notamment, établir :

- les raisons qui ont justifié des prises de décisions tardives voire contradictoires, notamment en matière de confinement ;
-pourquoi les pouvoirs publics n’ont pas été en mesure de définir clairement quels étaient les personnels qui devaient impérativement se rendre sur leurs lieux de travail ;

- pourquoi notre pays n’a pas été en mesure de fournir des masques en quantité suffisante, pour protéger les soignants, les travailleurs contraints de se rendre sur leurs lieux de travail, et protéger la population dans son ensemble ;

- pourquoi notre pays se trouve confronté à une pénurie de médicaments essentiels au traitement d’autres pathologies et ce en plein cœur de la crise ;

- pourquoi notre pays n’est pas en situation de faire face à un afflux de malades et d’apporter les soins nécessaires à chacun d’entre eux malgré le dévouement sans faille des personnels soignants ;

- les raisons qui ont conduit le gouvernement à décider de ne pas réaliser de dépistage massif de la population et si ce dépistage aurait permis d’endiguer l’épidémie ;

- les raisons qui ont conduit le gouvernement à décider d’autoriser l’hydroxychloroquine à l’hôpital, uniquement dans la prise en charge des formes les plus graves ;

 

Article unique

En application des articles 137 et suivants du Règlement de l’Assemblée nationale, est créée une commission d’enquête de trente membres, chargée  d’identifier les   dysfonctionnements dans la gestion sanitaire de la crise du Covid 19 en France, de les évaluer et d’en tirer les conséquences pour permettre à notre pays d’être en mesure d’affronter, à l’avenir, une autre pandémie.

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 09:14
Appel intersyndical et interassociatif- Plus jamais ça! Préparons le jour d'après - signez la pétition correspondant à l'appel de 16 associations et syndicats
 
 

#PlusJamaisCa : l’appel à signer et faire signer massivement

 
 

Mobilisation 7 avril 2020

 
 

Face à l’urgence sanitaire, des mesures de rupture sont nécessaires. A la suite de la tribune «  Plus jamais ça, préparons le jour d’après  », 16 organisations proposent 7 mesures essentielles pour répondre à l’urgence sanitaire et engager sans attendre des politiques publiques afin ne plus jamais revivre ça.

 
 

4 mesures d’urgence

  1. L’ arrêt immédiat des activités non indispensables pour faire face à l’épidémie.
  2. Les réquisitions des établissements médicaux privés et des entreprises afin de produire dans l’urgence masques, respirateurs et tout le matériel nécessaire pour sauver des vies.
  3. La suspension immédiate des versements de dividendes, rachats d’actions et bonus aux PDG.
  4. La décision de ne pas utiliser les 750 milliards d’euros de la BCE pour alimenter les marchés financiers mais uniquement pour financer les besoins sociaux et écologiques des populations.

Dès maintenant et à long terme

 
Il ne s’agit pas ensuite de relancer une économie profondément insoutenable écologiquement et socialement ! Nous demandons que s’engagent sans plus attendre des politiques publiques de long terme pour ne plus jamais revivre ça :

  1. Un plan de développement de tous les services publics, en France et dans le monde.
  2. Une fiscalité bien plus juste et redistributive, un impôt sur les grandes fortunes, une taxe sur les transactions financières renforcée et une véritable lutte contre l’évasion fiscale.
  3. Un plan de réorientation et de relocalisation solidaire de l’agriculture, de l’industrie et des services, pour les rendre plus justes socialement, en mesure de satisfaire les besoins essentiels des populations et de répondre à la crise écologique.

16 organisations : Action Non-Violente COP 21, Alternatiba, Attac France, CCFD Terre Solidaire, Confédération paysanne, CGT, Convergence nationale des Services Publics, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fondation Copernic, Greenpeace France, les Amis de la Terre France, Oxfam France, Reclaim Finance, l’Unef, l’Union syndicale Solidaires, 350.org s’unissent pour porter une exigence forte de justice sociale, fiscale et climatique.

Mobilisons-nous dès maintenant et donnons-nous rendez-vous le «  jour d’après  » pour réinvestir les lieux publics pour reconstruire ensemble un futur, écologique, social, féministe et démocratique, en rupture avec les politiques menées.

 
 
 
Vendredi, 27 Mars, 2020 - L'Humanité

Appel. "Plus jamais ça ! Préparons le jour d'après"

18 responsables d'organisations syndicales, associatives et environnementales parmi lesquels Philippe Martinez (CGT), Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam), signent une tribune commune publiée, vendredi 27 mars.

 

Ces organisations lancent vendredi, sur le site de franceinfo un appel "à toutes les forces progressistes et humanistes [...] pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral".

Le texte de l'appel :
En mettant le pilotage de nos sociétés dans les mains des forces économiques, le néolibéralisme a réduit à peau de chagrin la capacité de nos États à répondre à des crises comme celle du Covid. La crise du coronavirus qui touche toute la planète révèle les profondes carences des politiques néolibérales. Elle est une étincelle sur un baril de poudre qui était prêt à exploser. Emmanuel Macron, dans ses dernières allocutions, appelle à des "décisions de rupture" et à placer "des services (…) en dehors des lois du marché". Nos organisations, conscientes de l’urgence sociale et écologique et donnant l'alerte depuis des années, n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politiques, pour répondre aux besoins immédiats et se donner l'opportunité historique d'une remise à plat du système, en France et dans le monde.

Dès à présent, toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé des populations celle des personnels de la santé et des soignant·e·s parmi lesquels une grande majorité de femmes, doivent être mises en œuvre, et ceci doit largement prévaloir sur les considérations économiques. Il s'agit de pallier en urgence à la baisse continue, depuis de trop nombreuses années, des moyens alloués à tous les établissements de santé, dont les hôpitaux publics et les Ehpad. De disposer du matériel, des lits et des personnels qui manquent : réouverture de lits, revalorisation des salaires et embauche massive, mise à disposition de tenues de protection efficaces et de tests, achat du matériel nécessaire, réquisition des établissements médicaux privés et des entreprises qui peuvent produire les biens essentiels à la santé, annulation des dettes des hôpitaux pour restaurer leurs marges de manœuvre budgétaires... Pour freiner la pandémie, le monde du travail doit être mobilisé uniquement pour la production de biens et de services répondant aux besoins essentiels de la population, les autres doivent être sans délai stoppées. La protection de la santé et de la sécurité des personnels doivent être assurées et le droit de retrait des salarié·e·s respecté.
Des mesures au nom de la justice sociale nécessaires

La réponse financière de l’État doit être d'abord orientée vers tou·te·s les salarié·e·s qui en ont besoin, quel que soit le secteur d'activité, et discutée avec les syndicats et représentant·e·s du personnel, au lieu de gonfler les salaires des dirigeant·e·s ou de servir des intérêts particuliers. Pour éviter une très grave crise sociale qui toucherait de plein fouet chômeurs·euses et travailleurs·euses, il faut interdire tous les licenciements dans la période. Les politiques néolibérales ont affaibli considérablement les droits sociaux et le gouvernement ne doit pas profiter de cette crise pour aller encore plus loin, ainsi que le fait craindre le texte de loi d’urgence sanitaire.

Selon que l’on est plus ou moins pauvre, déjà malade ou non, plus ou moins âgé, les conditions de confinement, les risques de contagion, la possibilité d’être bien soigné ne sont pas les mêmes. Des mesures supplémentaires au nom de la justice sociale sont donc nécessaires : réquisition des logements vacants pour les sans-abris et les très mal logés, y compris les demandeurs·euses d’asile en attente de réponse, rétablissement intégral des aides au logement, moratoire sur les factures impayées d'énergie, d'eau, de téléphone et d'internet pour les plus démunis. Des moyens d’urgence doivent être débloqués pour protéger les femmes et enfants victimes de violences familiales.

Les moyens dégagés par le gouvernement pour aider les entreprises doivent être dirigés en priorité vers les entreprises réellement en difficulté et notamment les indépendants, autoentrepreneurs, TPE et PME, dont les trésoreries sont les plus faibles. Et pour éviter que les salarié·e·s soient la variable d’ajustement, le versement des dividendes et le rachat d’actions dans les entreprises, qui ont atteint des niveaux record récemment, doivent être immédiatement suspendus et encadrés à moyen terme.

Des mesures fortes peuvent permettre, avant qu’il ne soit trop tard, de désarmer les marchés financiers : contrôle des capitaux et interdiction des opérations les plus spéculatives, taxe sur les transactions financières… De même sont nécessaires un contrôle social des banques, un encadrement beaucoup plus strict de leurs pratiques ou encore une séparation de leurs activités de dépôt et d’affaires.
Des aides de la BCE conditionnées à la reconversion sociale et écologique

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé une nouvelle injection de 750 milliards d’euros sur les marchés financiers. Ce qui risque d’être à nouveau inefficace. La BCE et les banques publiques doivent prêter directement et dès à présent aux États et collectivités locales pour financer leurs déficits, en appliquant les taux d’intérêt actuels proches de zéro, ce qui limitera la spéculation sur les dettes publiques. Celles-ci vont fortement augmenter à la suite de la "crise du coronavirus". Elles ne doivent pas être à l’origine de spéculations sur les marchés financiers et de futures politiques d’austérité budgétaire, comme ce fut le cas après 2008.

Une réelle remise à plat des règles fiscales internationales afin de lutter efficacement contre l'évasion fiscale est nécessaire et les plus aisés devront être mis davantage à contribution, via une fiscalité du patrimoine et des revenus, ambitieuse et progressive.

Par ces interventions massives dans l’économie, l’occasion nous est donnée de réorienter très profondément les systèmes productifs, agricoles, industriels et de services, pour les rendre plus justes socialement, en mesure de satisfaire les besoins essentiels des populations et axés sur le rétablissement des grands équilibres écologiques. Les aides de la Banque centrale et celles aux entreprises doivent être conditionnées à leur reconversion sociale et écologique : maintien de l'emploi, réduction des écarts de salaire, mise en place d'un plan contraignant de respect des accords de Paris... Car l'enjeu n'est pas la relance d'une économie profondément insoutenable. Il s’agit de soutenir les investissements et la création massive d’emplois dans la transition écologique et énergétique, de désinvestir des activités les plus polluantes et climaticides, d’opérer un vaste partage des richesses et de mener des politiques bien plus ambitieuses de formation et de reconversion professionnelles pour éviter que les travailleurs·euses et les populations précaires n’en fassent les frais. De même, des soutiens financiers massifs devront être réorientés vers les services publics, dont la crise du coronavirus révèle de façon cruelle leur état désastreux : santé publique, éducation et recherche publique, services aux personnes dépendantes…

La "crise du coronavirus" révèle notre vulnérabilité face à des chaînes de production mondialisée et un commerce international en flux tendu, qui nous empêchent de disposer en cas de choc de biens de première nécessité : masques, médicaments indispensables, etc. Des crises comme celle-ci se reproduiront. La relocalisation des activités, dans l’industrie, dans l’agriculture et les services, doit permettre d’instaurer une meilleure autonomie face aux marchés internationaux, de reprendre le contrôle sur les modes de production et d'enclencher une transition écologique et sociale des activités.

La relocalisation n’est pas synonyme de repli sur soi et d’un nationalisme égoïste. Nous avons besoin d’une régulation internationale refondée sur la coopération et la réponse à la crise écologique, dans le cadre d'instances multilatérales et démocratiques, en rupture avec la mondialisation néolibérale et les tentatives hégémoniques des États les plus puissants. De ce point de vue, la "crise du coronavirus" dévoile à quel point la solidarité internationale et la coopération sont en panne : les pays européens ont été incapables de conduire une stratégie commune face à la pandémie. Au sein de l’Union européenne doit être mis en place à cet effet un budget européen bien plus conséquent que celui annoncé, pour aider les régions les plus touchées sur son territoire comme ailleurs dans le monde, dans les pays dont les systèmes de santé sont les plus vulnérables, notamment en Afrique.

Tout en respectant le plus strictement possible les mesures de confinement, les mobilisations citoyennes doivent dès à présent déployer des solidarités locales avec les plus touché·e·s, empêcher la tentation de ce gouvernement d’imposer des mesures de régression sociale et pousser les pouvoirs publics à une réponse démocratique, sociale et écologique à la crise.

Plus jamais ça ! Lorsque la fin de la pandémie le permettra, nous nous donnons rendez-vous pour réinvestir les lieux publics et construire notre "jour d’après". Nous en appelons à toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement à toute la société, pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral.

Voir aussi : Ordonnances, aides au patronat, chômage partiel, prime de 1 000 euros… Ce que Philippe Martinez compte bien dire à Emmanuel Macron

La liste des signataires :

Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France
Aurélie Trouvé, porte-parole d'Attac France
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT
Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
Benoit Teste, secrétaire général de la FSU
Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France
Eric Beynel, porte-parole de l'Union syndicale Solidaires
Clémence Dubois, responsable France de 350.org
Pauline Boyer, porte-parole d'Action Non-Violente COP21
Léa Vavasseur, porte-parole d'Alternatiba
Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente du CCFD-Terre Solidaire
Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Logement
Lisa Badet, vice-présidente de la FIDL, Le syndicat lycéen
Jeanette Habel, co-présidente de la Fondation Copernic
Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature
Mélanie Luce, présidente de l'UNEF
Héloïse Moreau, présidente de l'UNL

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