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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 07:18
Samuel Paty, un enseignant apprécié, attaché à l’autre et au dialogue - Nadège Dubessay et Alexandra Chaignon, L'Humanité, 19 octobre 2020
Samuel Paty, un enseignant apprécié, attaché à l’autre et au dialogue
Lundi 19 Octobre 2020

Un professeur discret mais investi. À l’écoute de ses élèves et adepte du débat. Samuel Paty n’avait qu’un objectif en tête : encourager ses élèves et les pousser à l’esprit critique.

 

De l’avis de tous, il était positif, très souriant, un prof à l’écoute et adepte du dialogue. Un collègue réservé, mais « attaché à l’autre, à l’humain », qui encourageait toujours ses élèves. Samuel Paty avait d’ailleurs mal vécu le confinement. Car pour l’enseignant d’histoire-­géographie, transmettre passait avant tout par le face-à-face. Par cette envie tenace de faire travailler l’esprit critique de ses élèves. « Toujours dans le respect et l’intelligence », témoigne un parent d’élève du collège du Bois-d’Aulne, là où enseignait Samuel Paty.

« Liberté, égalité, fraternité »

Depuis son assassinat tragique, les messages ne cessent d’affluer. Car ce père de famille de 47 ans, petit, lunettes scotchées sur le nez, cheveux bruns toujours coupés court et portant bien la chemise, était surtout connu pour son investissement auprès de ses élèves. « Il était à fond dans son métier » qu’il « aimait vraiment beaucoup », se souvient Martial pour l’AFP. « Il voulait vraiment nous apprendre des choses. De temps en temps, on faisait des débats, on parlait. » C’est ainsi que défilent sur les réseaux sociaux des images d’une exposition de dessins préparée par l’enseignant avec ses élèves l’année dernière, sur le thème « Liberté, égalité, fraternité ». Logique. Pour celui qui aimait le débat.

Logique aussi pour celui qui, chaque année, montrait les caricatures de Mahomet dans le cadre du programme de l’enseignement moral et civique (EMC) afin d’aborder la liberté d’expression de la presse. Un sujet « sensible », estime Martial, qui avait assisté au même cours trois ans auparavant. Et cette année particulièrement. Car cette fois, le père d’une élève publie un message sur les réseaux sociaux ainsi qu’une vidéo dans laquelle il qualifie le professeur de « voyou » et appelle à son renvoi. Dans la foulée, il porte plainte contre Samuel Paty.

« Monsieur Paty n’était pas dans son assiette »

La suite, terrible, on la connaît. Les vacances scolaires de la Toussaint débutaient tout juste. Vers 17 heures, ce vendredi 16 octobre, on le retrouve décapité dans une rue proche du collège. Et ce qu’observe Myriam, pour l’AFP, l’une de ses élèves, c’est qu’après le message lancé par ce parent d’élève, « monsieur Paty n’était pas dans son assiette ». Un autre parent en est convaincu, il explique à l’AFP : « Il n’a pas fait ça pour créer des polémiques ou pour manquer de respect aux petits ou pour faire de la discrimination. » Son fils, qui entamait sa deuxième année de cours avec Samuel Paty, lui a dit : « Il était supergentil, ce monsieur. »

L'émotion après l'attentat de Conflans : « C’était juste un prof qui faisait son boulot »
Lundi 19 Octobre 2020

Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie au collège du Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, a été décapité vendredi soir parce qu’il avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. Dans cette ville moyenne des Yvelines, c’est le choc et l’incompréhension.

 

« Je suis traumatisée, choquée. Jamais je n’aurais pensé qu’un acte comme celui-ci pourrait arriver, surtout ici. » Élève en classe de 3 e au collège du Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), Sarah* ne s’en remet pas. Les yeux rougis, elle est venue, samedi, avec plusieurs copines et copains, rendre hommage à son ancien prof d’histoire, Samuel Paty, sauvagement assassiné la veille dans une rue proche du collège, pour avoir, selon les premiers éléments de l’enquête, montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. Un choc dans cet établissement scolaire réputé calme, posé au cœur d’un des quartiers pavillonnaires de cette ville de 35 000 habitants du nord-ouest parisien. « C‘est un collège moyen, situé dans un quartier ni favorisé ni défavorisé », comme le décrit un professeur d’une cinquantaine d’années, qui enseigne dans un autre collège de la ville. « Jamais on n’aurait pu imaginer ça. Ça veut dire que ça peut arriver partout… », souffle-t-il, submergé par l’émotion.

 

Devant le bâtiment, massivement sécurisé par un cordon de CRS, élèves, parents, professeurs, mais aussi de nombreux anonymes, déposent, dans un va-et-vient incessant, des fleurs, des messages d’adieu, d’appel à la tolérance, au respect de la laïcité. Quelques affichettes proclament « je suis enseignant ». À 15 h 30, une minute de silence est décrétée. Soudain, plus un mot, plus un bruit. Seuls des sanglots accompagnent ce moment de recueillement intense.

Le choc, la peur et l’incompréhension

« Un ami qui l’a eu avant-hier m’a dit qu’il avait l’air heureux, il rigolait avec eux », rapporte avec tristesse Maëlin, en 4 e, visiblement très touchée. « Vendredi soir, poursuit-elle, on a eu un message du collège, nous informant que le prof était mort, qu’on pouvait venir, et qu’on pouvait avoir un soutien psychologique. Je pense que je vais sans doute en avoir besoin. » Dorine, jeune collégienne de 6 e, parle, elle, de « la peur » qu’elle a ressentie. « S’il avait fallu retourner au collège lundi, je n’aurais pas pu, j’aurais eu peur d’y aller », avoue la jeune fille. À ses côtés, sa mère confirme : « Hier soir, elle a entendu des sirènes, c’était sans doute Emmanuel Macron qui arrivait sur place, elle était paniquée… »

Icon Quote Il nous avait parlé des caricatures de Mahomet. Il nous avait dit, avant de les montrer que, si on ne voulait pas les voir, on pouvait sortir. (...) Il essayait de nous expliquer pourquoi il y a eu des attentats en France.

Une ancienne élève de Samuel Paty

Mais là, devant ce collège sans histoire, c’est surtout l’incompréhension qui domine. Sarah se souvient d’un professeur « apprécié » : « Je l’ai eu l’année dernière. Il nous avait parlé des caricatures de Mahomet. Il nous avait dit, avant de les montrer que, si on ne voulait pas les voir, on pouvait sortir. Il ne forçait personne. Il essayait de nous expliquer pourquoi il y a eu des attentats en France. » « Il faisait ça tous les ans, renchérit Maëlin. C’était au programme de l’enseignement moral et civique. On parlait de la liberté d’expression par rapport à l’attentat de Charlie Hebdo. »

Cette année, cependant, ce sujet a pris une ampleur inattendue : un père d’élève a posté sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il qualifie l’enseignant de « voyou » qui « ne doit plus rester dans l’Éducation nationale » et invite d’autres parents d’élèves à se mobiliser. Un signalement était d’ailleurs parvenu jusqu’à Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, première association de parents d’élèves. « On avait été alerté par des parents d’élèves qu’une vidéo circulait sur les réseaux sociaux, confirme le militant. Par crainte d’un trouble à l’ordre public, on avait averti le maire, qui m’a répondu que tous les moyens avaient été pris. »

« Avec les réseaux sociaux, on savait très vite qui c’était, la victime »

Les élèves aussi ont vu monté « la pression ». « Quand j’ai vu sur les réseaux les mots ‘prof’, ‘Bois d’Aulne’, ‘caricatures’, je savais direct qui c’était, le prof. Je me suis dit, c’est monsieur Paty. C’était le seul qui faisait un cours où il parlait de l’islam, où il montrait des caricatures », raconte Lisa, 13 ans, en classe de 4e. « Jusqu’à cette année, il ne s’était jamais rien passé », précise Sarah. « Certains élèves se sont sentis discriminés. Leurs parents s’en sont mêlés. J’ai vu les discussions sur Snapchat. Ça parlait beaucoup de ça dans les couloirs. Je trouvais cela inadmissible. C’était juste un prof qui faisait son boulot, qui parlait juste de liberté d’expression », déplore Lisa « Même si le sujet peut paraître choquant pour certains, ce n’était pas une raison pour faire du mal à ce prof », lâche Ilies*.

Icon Quote Ma fille pleure beaucoup. On parle beaucoup avec elle, mais on a du mal à trouver les mots. 

Un parent d'élève

La suite ne va pas être facile. « Ma fille pleure beaucoup. On parle beaucoup avec elle, mais on a du mal à trouver les mots », reconnaît un père d’élève. Pour tenter de protéger ses deux garçons, collégiens tous les deux, un autre parent leur a « interdit de se prononcer sur les réseaux sociaux. Je ne leur interdis pas d’y aller. J’estime juste qu’ils ne sont pas matures pour comprendre la différence entre musulmans et islamistes radicaux. » La mère de la jeune Dorine, elle, lui a interdit le visionnage des images. « Trop de violence. D’autant que deux de ses copines ont vu des images du corps. »

Devant le collège, beaucoup de professeurs s’interrogent sur « l’après » et l’onde de choc provoquée par cet attentat. « Une minute de silence ne suffira pas. Même si les enfants parlent pendant les vacances, ça va ressurgir à la rentrée », répètent-ils. Une professeur d’arts plastiques d’un autre collège, le hashtag « #jesuisprof » épinglé au revers de sa veste, les larmes aux yeux, se désespère : « Notre rôle, en tant que prof, c’est d’aider les élèves à développer leur esprit critique. Apporter du débat, de la divergence. Là, c’est un tournant. On a blessé toute une génération d’élèves. Sans parler des profs. »

*Les prénoms ont été modifiés

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 07:08
Un rapport édifiant. Aides publiques pendant la crise : voici ce qu'en font les entreprises du CAC40 (Cyprien Boganda, L'Humanité - 13 octobre 2020)
Un rapport édifiant. Aides publiques pendant la crise : voici ce qu'en font les entreprises du CAC40
Mardi 13 Octobre 2020

Un tiers des sociétés du CAC 40 ont versé des dividendes alors que des milliers de leurs salariés étaient rémunérés sur fonds publics via le chômage partiel… D'autres ont supprimé des postes malgré tout l'argent public reçu. Un rapport démontre à quoi ont servi les aides versées par l'État pendant la crise. Décryptage.

 

Depuis mars, le gouvernement a ouvert en grand les vannes des aides publiques, crise économique oblige. Jusqu’ici, il était compliqué d’avoir une vision d’ensemble de l’utilisation de cette manne. L’Observatoire des multinationales tente de lever un coin du voile avec un rapport, publié ce lundi, qui fournit quelques chiffres chocs. Un tiers des entreprises du CAC 40 ont distribué des dividendes pendant la période, pour un montant total de 30,3 milliards d’euros. Huit firmes ont même augmenté les dividendes versés par rapport à l’année dernière. Un tiers du CAC 40 a versé des dividendes alors que des milliers de leurs salariés étaient rémunérés sur fonds publics via le chômage partiel…

300 milliards d’euros de prêts garantis par l’État

Dans son rapport, l’Observatoire des multinationales commence par rappeler par quels canaux la manne publique a été distribuée : « Près de 300 milliards d’euros de prêts garantis par l’État, plan d’urgence à 110 milliards d’euros dont 7 milliards d’euros pour Air France et 5 milliards pour Renault, plan tourisme, plan automobile, plan aéronautique, relocalisation industrielle, baisses d’impôts, 100 milliards pour le plan de relance, chômage partiel pour 31 milliards, reports ou annulations de charge sociales et fiscales (76  milliards)… Les sommes annoncées sont d’une ampleur inédite. »

Certaines aides ont pris des formes indirectes, et sont passées largement sous les radars médiatiques : c’est le cas des plans de rachats massifs d’obligations d’entreprises par la Banque centrale européenne (BCE). Grands bénéficiaires : Total, Sanofi, Schneider Electric ou Air Liquide. Ce soutien discret permet à certaines multinationales – comme Total – de claironner qu’elles n’ont jamais bénéficié de l’aide des pouvoirs publics français…

À quoi a servi tout cet argent ? Le gouvernement n’a jamais formellement empêché aux grandes entreprises de continuer à distribuer des dividendes. Comme on pouvait s’y attendre, il a donc fallu s’en remettre à la « générosité » de leur direction. « Seul un petit tiers du CAC 40 (treize firmes) a annulé ou suspendu le versement des dividendes initialement prévus, écrit l’observatoire. Il s’agit essentiellement des grandes banques (BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale), qui y ont été indirectement obligées pour pouvoir avoir accès au refinancement bancaire via la BCE, ainsi que de grands groupes ayant un urgent besoin d’aides publiques pour survivre à la période (Airbus, PSA, Renault, Safran). » À l’inverse, huit groupes ont augmenté le montant de leurs dividendes : Teleperformance (+ 26,3 %), Vivendi (+ 20 %), Schneider Electric (+ 8,5 %), Danone (+ 8,2 %), Dassault Systèmes (+ 7,7 %), Total (+ 4,7 %), Sanofi (+ 2,6 %), Air Liquide (+ 1,9 %).

Près de 60 000 suppressions d’emplois

Sur le plan social, le bilan est tout aussi édifiant. Selon les données récoltées par l’Observatoire des multinationales, les boîtes du CAC 40 ont déjà annoncé près de 60 000 suppressions d’emplois, dont le quart en France. S’il est impossible de dresser la liste ici, on peut néanmoins citer quelques cas : 15 000 chez Renault, 7 500 chez Air France, 1 700 chez Sanofi, 2 000 chez Valeo, etc. « Si les annonces de plans sociaux au sein des poids lourds du CAC 40 font grand bruit, il ne faut pas oublier que leurs salariés ne sont pas forcément les plus exposés, note l’observatoire. Ceux de leurs fournisseurs et sous-traitants subissent de plein fouet à la fois les conséquences directes de la crise et celles des ’’plans d’économies’’ mis en œuvre par les grands groupes. »

Pour ses auteurs, le rapport de l’Observatoire des multinationales apporte de l’eau au moulin de tous ceux qui réclament des contreparties aux aides publiques. « Nos données appellent deux exigences, résume l’économiste Maxime Combes. La première, c’est un débat général sur les conditions sociales et environnementales au versement de l’argent public à des entreprises privées. La seconde, c’est un besoin urgent de transparence sur l’utilisation de ces fonds. Dans notre rapport, nous avons tenté de faire un tableau récapitulant l’ensemble des aides publiques, pour chaque grande entreprise. Certaines colonnes sont remplies de points d’interrogation : on est incapable, par exemple, d’avoir des informations sur le montant des reports de cotisations sociales consentis aux entreprises. C’est ahurissant, au regard des sommes en jeu ! »

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 07:00
Précarité. La pauvreté, un phénomène massif négligé par les autorités - L'Humanité, 16 octobre
Précarité. La pauvreté, un phénomène massif négligé par les autorités
Vendredi 16 Octobre 2020

Près d’un million de personnes supplémentaires pourraient passer sous le seuil de pauvreté d’ici à la fin de l’année. Le premier ministre doit annoncer des mesures samedi, mais le chef de l’État a d’ores et déjà rejeté toute augmentation ou élargissement des minima sociaux.

 

Cela fait des semaines que les associations de lutte contre la précarité tirent la sonnette d’alarme quant aux conséquences de la crise sanitaire et économique engendrée par l’épidémie de Covid-19. « Nous sommes aujourd’hui face à une aggravation, un basculement et un ancrage d’une frange de la population dans la grande précarité », résumait récemment le collectif d’associations Alerte, alors que se déroule, ce samedi, la Journée mondiale du refus de la misère. Une réalité que le président de la République ne nie pas. Lors de son intervention télévisée mercredi soir, Emmanuel Macron a reconnu que cette crise est « inégalitaire » et frappe d’abord « les plus précaires ». Sauf que la réponse apportée n’est pas à la hauteur et se résume, une fois encore, à une aumône, le chef de l’État ayant rejeté l’idée d’augmenter et d’étendre le RSA.

Si on n’est pas encore face à un tsunami, la vague est bel et bien déjà là. Premier signe de cette dégradation, l’augmentation de la demande d’aide alimentaire, en augmentation, depuis la période du confinement . « Entre mars et fin août, la croissance a été de 20 à 25 %, note Laurence Champier, directrice fédérale du réseau des banques alimentaires. Rien que sur les Bouches-du-Rhône, on est passé de 65 000 à 95 000 tonnes distribuées par semaine, soit 90 000 repas supplémentaires servis par rapport à l’année dernière à la même période. » En Seine-Saint-Denis, le Secours populaire a vu le nombre de bénéficiaires de colis alimentaire croître de 75 % par rapport à 2019. Début septembre, le ministre de la Santé et des Solidarités estimait à plus de 8 millions le nombre de Français qui auraient besoin d’aide alimentaire, contre 5,5 l’an dernier.

La croissance du nombre d’inscrits au RSA est un autre indicateur du basculement d’une partie croissante de la population dans la pauvreté. Aucun territoire n’est épargné, de la rurale Corrèze, où la hausse atteint 16,7 %, jusqu’à la capitale, où le nombre d’allocataires est passé, en août, à 68 000, contre 61 000 en 2019. La semaine dernière, l’Association des départements de France (ADF) a sonné l’alarme. Elle a calculé que pour les départements, qui assument le règlement de cette allocation, le coût du RSA a, en moyenne, augmenté, en août, de 9,2 % par rapport à 2019. L’ADF demande un réinvestissement de l’État qui, à force de désengagements, ne rembourse plus que 66 % des dépenses de RSA. Les associations plaident, elles, pour une recentralisation du RSA, pour garantir son financement et limiter la tendance de certains à faire des économies en sanctionnant les bénéficiaires.

La crise survient dans un contexte déjà dégradé pour les plus pauvres

Le profil, aussi, des personnes qui basculent dans la misère, a lui aussi évolué. « Nous voyons apparaître des catégories que nous ne connaissions pas. Ce sont des gens qui avaient tout juste la tête hors de l’eau et qui, quand un accident collectif survient, plongent dans la précarité », explique Véronique Fayet, présidente du Secours catholique. Parmi eux, tous ceux, en intérim ou emploi précaire, dont les contrats n’ont pas été renouvelés, ceux qui n’ont pas travaillé assez longtemps pour avoir droit au chômage, où ceux dont le niveau d’allocation est insuffisant pour subvenir aux besoins du ménage. Il y a aussi ceux qui travaillent à temps partiel. « Une partie de la classe moyenne est aussi affectée : les autoentrepreneurs, les commerçants ou les indépendants », ajoute Florent Gueguen, président de la Fédération des associations de solidarité. La crise survient dans un contexte déjà dégradé pour les plus pauvres. « Début 2020, une étude de l’Observatoire français de la conjoncture économique notait déjà que, depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, les 2 % les plus riches avaient vu leur pouvoir d’achat augmenter, mais les 20 % les plus pauvres en avaient perdu, en raison du gel et la désindexation de certains minima sociaux comme l’APL ou le RSA », note Véronique Fayet. Non seulement le taux de pauvreté a augmenté ces dernières années, mais une étude de l’Insee (Institut national de la statistique) montrait jeudi qu’il était de plus en plus difficile d’en sortir : 70 % des personnes pauvres en 2016 l’étaient encore l’année suivante, contre 63 % entre 2008 et 2009.

Plus précaires avant la crise, les jeunes sont les plus touchés. Faute d’accès au RSA, les 18-25 ans sont affectés de plein fouet par la moindre baisse de revenus. Jamais les associations n’en ont vu autant pousser leurs portes. « Nous aidons actuellement 3 000 étudiants, contre 100 à 150 en 2019. Beaucoup ont perdu leur petit boulot et n’ont plus aucune ressource pour payer leurs études », observe Philippe Portmann, à la tête du Secours populaire en Seine-Saint-Denis. Il cite l’exemple d’un étudiant qui survivait en donnant des cours et a perdu quatre de ses cinq élèves. « Il se retrouve avec 200 euros de revenu alors que son loyer est à 250 euros. »

Pendant le confinement, les 20 % les plus pauvres se sont endettés
 

Et l’avenir n’est pas radieux. « L’annonce que la crise va faire entre 800 000 et 1 million de chômeurs nous inquiète. Ceux-là, on va les voir arriver en janvier », remarque Laurence Champier. Même inquiétude au Secours populaire. « Nous n’avons aucune visibilité sur la croissance à venir parce qu’on ne voit pas encore arriver les salariés licenciés. Mais on sait qu’ils vont venir et qu’il y aura encore plus de demandes quand leurs allocations chômage prendront fin », renchérit Philippe Portmann. Malgré les 100 millions d’euros débloqués pour soutenir les associations, personne ne sait comment faire face à cette hausse. « L’État délègue l’aide alimentaire aux associations. Il faut qu’il nous donne les moyens d’agir », avertit Laurence Champier.

Autre source d’inquiétude à plus long terme, les conséquences des baisses de revenus sur la capacité des ménages à payer leurs loyers. « Le printemps prochain sera une période à risque, quand la trêve hivernale prendra fin », prévient Louis du Merle, responsable du pôle juridique de l’Agence nationale d’information sur le logement. Et derrière, à long terme, pointe le risque de l’endettement. Mi-octobre, une étude du Conseil d’analyse économique révélait que, alors que les 20 % les plus riches avaient accumulé 70 % de l’épargne réalisée pendant le confinement, les 20 % les plus pauvres s’étant, eux, endettés. Elle concluait qu’un « soutien beaucoup plus franc aux ménages les plus modestes va très rapidement s’avérer nécessaire ».

Malgré ce constat, l’exécutif ne semble toujours pas vouloir mettre la main à la poche, et se limite à des mesurettes. Dans son allocution du 14 octobre, le président Macron a promis le versement d’une « aide exceptionnelle » de 150 euros par personne et 100 euros de plus par enfant pour tous les allocataires du RSA et des APL. Comme en juin dernier. « Pour les familles avec enfants, cela peut être assez substantiel, mais pour les autres, 150 euros, c’est vraiment l’aumône », estime Véronique Fayet. En dehors de ce geste, l’effort pour les plus fragiles a été minimal. « Ni le plan de relance, qui consacre moins de 1 % de ses 100 milliards aux plus précaires, ni le projet de loi de finances ne prennent en compte ce problème », observe Florent Gueguen.

Le gouvernement est donc resté sourd aux appels pour une revalorisation de 100 euros du RSA. Il refuse aussi son extension aux moins de 25 ans. « Nos fondamentaux, c’est la lutte contre la pauvreté par le retour à l’activité et le travail. Plus on augmente de manière unilatérale tous nos minima sociaux (…), plus on rend difficile le retour à l’activité », a justifié Emmanuel Macron dans son allocution. Dans ces conditions, les associations n’attendent pas grand-chose de l’acte 2 du plan de lutte contre la pauvreté qui doit être présenté ce samedi. « Nous sommes en colère parce que le gouvernement passe à côté de cette crise sociale. Il ne change pas de dogme. Leur seule réponse se résume à l’aide aux entreprises et le soutien au retour à l’emploi. C’est une approche inadaptée face à une crise de longue durée et à la perspective d’un chômage de masse », s’agace Véronique Fayet. Et elle met en garde : « Nous avons en face de nous des gens qui vivent avec 500 euros par mois et qui se sentent humiliés que leurs vies, leurs souffrances, ne soient pas prises en compte. Politiquement, c’est dangereux. Une société qui laisse croître les inégalités ne peut pas être une société apaisée. »

Rsa : les départements livrés à eux-mêmes

Si trois départements – le Calvados, la Manche et l’Orne – ont obtenu gain de cause en juin devant le tribunal administratif sur le défaut de compensation des hausses de RSA entre 2013 et 2017 par l’État, le désengagement de ce dernier en la matière demeure bien entier. « Les conséquences sociales de cette crise sanitaire sont extrêmement fortes, témoigne le président PCF du Val-de-Marne, Christian Favier. Nous comptons plus de 10 % d’allocataires du RSA supplémentaires depuis un an et, depuis cinq mois, ce sont 15 % de plus. » Mais, alors que le RSA est une allocation dont le montant et les modalités d’attribution sont fixés nationalement, le financement ne suit pas. « Aujourd’hui, l’État n’en prend en charge que 50 %, poursuit Favier. Ainsi, depuis le mois de juin, c’est le département qui assume à 100 % le RSA pour tous les allocataires du Val-de-Marne. » Pire, la collectivité est prise en étau : « Les dépenses sociales augmentent : le RSA n’est pas la seule ; pour faire face à la pandémie, par exemple, nous avons engagé 20 millions d’euros. Nos recettes, par contre, notamment les droits de mutation sur les transactions immobilières, se sont effondrées. »  Or, constate-t-il, dans « le plan de relance doté de plus de 100 milliards, les aides aux entreprises sont extrêmement conséquentes, mais il n’y a rien d’équivalent pour les collectivités ».

« Il n’y a pas d’accès aux soins pour tous » : l'alerte de Médecins du monde
Vendredi 16 Octobre 2020 - L'Humanité

À l’occasion de son 20e rapport sur l’accès aux droits et à la santé, Médecins du monde alerte sur des inégalités qui s’accroissent dangereusement.

Vingt ans que l’association tire la sonnette d’alarme. À l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, Médecins du monde (MDM) publie son rapport sur l’accès aux droits et aux soins en France. Élaboré à partir des remontées de terrain, il donne à voir les inégalités et les difficultés rencontrées pour bénéficier de soins. 23 048 personnes se sont rendues dans les centres de MDM en 2019. Parmi elles, 98 % vivent en dessous du seuil de pauvreté et 97 % sont d’origine étrangère. Autre chiffre qui provoque l’inquiétude : 12,3 % sont des mineurs. « Aujourd’hui, il n’y a pas d’accès aux soins pour tous. Dans la précarité, il y a des besoins prioritaires comme se nourrir. La santé passe donc au second plan », souligne Philippe de Botton, président de l’organisation.

Premier problème pointé du doigt : la proportion des personnes sans domicile a augmenté d’environ 11 % en dix ans. « Le logement est un facteur de santé. Nombreux sont ceux qui vivent dans des squats ou dans la rue. Sans eau, ni électricité, explique Katell Olivier, coordinatrice régionale de la délégation des Pays de la Loire. Pour le Covid, par exemple, c’est bien beau de tester les gens, mais s’ils sont remis dans la rue, c’est inutile. Et concernant les nouveau-nés, quel est le suivi médical pour ceux qui n’ont pas d’adresse ? »

30 % des personnes accueillies sont exclues de tout dispositif

Autre constat : environ 80 % des personnes accueillies n’ont pas de couverture maladie effective, alors qu’elles y ont droit. Et près de 30 % restent exclues de tout dispositif. « Nous demandons l‘abrogation du délai de carence : les demandeurs d’asile doivent attendre trois mois avant d’avoir accès à une couverture santé de base », dénonce Delphine Visentin, coordinatrice de programme à Marseille. Aussi, lors de leur arrivée aux centres de MDM, la moitié des personnes présentent un retard de soins, et 60 % nécessitent une intervention urgente.

« Visiblement, les inégalités ne sont plus la priorité. Nous avons l’impression de nous heurter à un mur. »

« Il y a un profond décalage entre ce que nous voyons sur le terrain et la perception qu’en a le gouvernement depuis une dizaine d’années », déplore Philippe de Botton. L’association pointe aussi un manque d’ambition des pouvoirs publics : « Visiblement, les inégalités ne sont plus la priorité. Nous avons l’impression de nous heurter à un mur. » La crise sanitaire rend la situation d’autant plus préoccupante. Le risque pour l’organisation est de recevoir une demande bien supérieure à ses capacités d’accueil. « Le forfait urgences, qui entrera en vigueur début 2021, qui prévoit le paiement de 18 euros pour toute personne allant se faire soigner dans ces services, ne va pas arranger les choses. » Un nouvel obstacle pour l’accès aux soins des plus précaires.

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 06:48
Comment la France est devenue vice-championne du monde de l’engraissage de milliardaires - Clothilde Mathieu, L'Humanité, 15 octobre 2020
Comment la France est devenue vice-championne du monde de l’engraissage de milliardaires 
Jeudi 15 Octobre 2020 - L'Humanité

Emmanuel Macron voulait plus de milliardaires en France... et les réformes payent ! Dans l’Hexagone, les plus riches s'enrichissent toujours plus et toujours plus vite. Sans contribuer à l’économie. « Un pognon de dingue » que révèlent deux rapports sur la fiscalité du capital en France et les milliardaires dans le monde. Démonstration.

 

La France : un eldorado pour les plus riches. En dix ans, la fortune des milliardaires français a tout simplement quintuplé. D’après le rapport annuel UBS-PwC, ceux-ci ont vu leur fortune augmenter de 439 % en dix ans, soit la deuxième meilleure performance mondiale (voir infographie) ! Les avoirs de Bernard Arnault, le champion de nos milliardaires nationaux, sont ainsi passés de 14,5 à 88 milliards d’euros entre 2010 et 2020, ceux des Bettencourt, mère puis fille, de 10 à 66 milliards. Enfin la palme revient à François Pinault, qui n’émargeait qu’à 943 millions d’euros en 2009 et qui est aujourd’hui à la tête de pas moins de 44 milliards d’euros ! Des montants qui devraient inciter les gouvernements à soumettre les riches, qui dépassent de beaucoup le petit cercle des milliardaires, à davantage de solidarité nationale.

 

Dividendes : + 60 % engrangés en 2018

Or, c’est tout le contraire qui se produit : la fiscalité des riches est de plus en plus « favorable ». Après Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron a immédiatement enfilé son costume de président des riches, avec la transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en simple impôt sur la fortune immobilière (IFI) et la création d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU ou flat tax) de 30 % sur les revenus du capital. Une politique fiscale cousue main pour les premiers de cordée, visant à alléger leur fiscalité de 5 milliards d’euros pour faire ruisseler ces richesses dans l’économie réelle et favoriser in fine la croissance et l’emploi.

Résultat, en seulement un an, les versements aux actionnaires ont augmenté de 9 milliards pour atteindre 23,2 milliards en 2018, en hausse de 60 %, dont les deux tiers versés à seulement 0,1 % des foyers fiscaux. Ainsi, 1 500 foyers ont enregistré une hausse de plus de 1 million d’euros de leurs dividendes, entre 2017 et 2018. Et la tendance devrait se poursuivre, explique le rapport du comité d’évaluation de la réforme de la fiscalité du capital, chapoté par France Stratégie. Puisque, en 2019, l’augmentation devrait être de l’ordre de 3 milliards d’euros.

Non, ça ne « ruisselle » pas

Or, explique l’économiste Thomas Piketty, cette augmentation des fortunes ne serait en rien dû à « de la création de richesses nouvelles », mais le résultat « de comportements d’optimisation fiscale » des hauts cadres ayant, au travers de la réforme du capital, trouvé un moyen d’échapper à l’impôt sur le revenu.

En revanche, l’organisme rattaché aux services du premier ministre botte en touche pour chiffrer l’effet des réformes fiscales sur l’investissement dans les PME. Mais, dans leur avis, les rapporteurs relèvent toutefois « qu’aucune étude empirique n’a pu, jusqu’à présent, mettre en évidence d’effets marqués à court-moyen terme sur l’investissement des entreprises ». L’étude dit en revanche avoir assez de recul pour affirmer que l’augmentation de la taxation des capitaux sous le gouvernement Hollande n’avait pas eu d’effet significatif sur l’investissement. Un sacré désaveu pour la politique de l’offre.

Dans le rapport de France Stratégie, une enquête réalisée auprès des grandes banques et des gérants de grands portefeuilles montre également qu’un tiers d’entre eux disent constater un moindre investissement dans les PME. C’est pourtant l’excuse maintes fois rabâchée pour alléger la fiscalité des riches, qui en réalité sont bien les seuls à en profiter.

Dividendes. Macron fait le bonheur des ultra-riches
Vendredi 9 Octobre 2020 - L'HUMANITE

La fiscalité mise en place depuis 2017 a fait exploser les revenus du capital des 0,1 % les plus riches.

Voilà une étude qui pourrait hâter la disparition de France Stratégie au profit du nouvellement créé commissariat au Plan, confié à François Bayrou, sans doute plus fidèle au pouvoir macronien. L’organisme placé auprès du premier ministre pour « évaluer, anticiper, débattre et proposer » les politiques publiques a publié ce jeudi un rapport qui démontre, s’il fallait encore une preuve, que la politique fiscale mise en place par Emmanuel Macron depuis le début de son quinquennat est au service des foyers fiscaux les plus riches, qui en ont bien profité.

Examiné dans le rapport publié ce jeudi, l’effet miroir entre les réformes fiscales de 2013 (« barémisation » des prélèvements sur les revenus du capital, instaurant une plus grande progressivité de l’impôt) et de 2017 (fin de l’ISF et mise en place du prélèvement forfaitaire unique – PFU –, ou flat tax, capant les prélèvements sur les revenus du capital) fait particulièrement mal au pouvoir en place. La note démontre qu’à la forte baisse de distribution de dividendes (de 22 milliards en 2012 à 13 milliards en 2013) sous Hollande a succédé une explosion de ces versements sous Macron : + 14 milliards d’euros en 2017, + 23 milliards en 2018. Or, deux tiers de ces dividendes ont été captés par les 0,1 % des plus riches et un tiers par les 0,01 % d’ultra-riches. Avant 2017, ces plus aisés étaient certes déjà bien servis en revenus financiers, mais dans une moindre proportion : la moitié des dividendes étaient concentrés sur les 0,1 % et un « petit » quart sur les 0,01 %.

« Plusieurs éléments laissent clairement penser que la forte hausse des dividendes reçus par les ménages en 2018 est en partie causée par la réforme du PFU, même si cet effet causal n’est pas encore scientifiquement et formellement établi », indique France Stratégie. Autre élément à charge contre l’actuelle politique fiscale, le rapport « n’observe aucun effet significatif » de la flat tax « sur l’investissement de ces entreprises », tout comme aucun effet négatif significatif n’avait été établi sur l’investissement après la réforme de 2013. La transformation de l’impôt sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI), laissant ainsi de côté les revenus du capital financier, ainsi que la création de la flat tax, reposait pourtant sur cet argument d’investissement des plus riches dans l’économie réelle et son effet induit, le fameux ruissellement. « Les levées de fonds de capital-investissement auprès des investisseurs particuliers plafonnent depuis 2016, après une forte progression de 2010 à 2016 », note ainsi froidement France Stratégie.

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 05:37

Rien ne colle dans la version officielle donnée par le gouvernement sur la cession Suez-Veolia. Les nouveaux éléments collectés par Mediapart montrent, en dépit des démentis, que l’Élysée s’est directement impliqué dans le dossier. Et que les cartes, comme le dénoncent les salariés de Suez, « étaient truquées dès le début ». Révélations.

La première réplique à l’invraisemblable opération de cession de Suez à Veolia n’a pas tardé. Dés le 9 octobre, le tribunal judiciaire de Paris a donné un coup d’arrêt à cette vente. Saisi par le comité social d’entreprise de Suez en référé après le refus d’Engie de répondre à ses demandes d’information, le tribunal a ordonné la suspension de toute l’opération de cession de Suez à son concurrent.

« Une procédure d’information-consultation doit être menée loyalement sur la base d’informations suffisamment précises pour assurer aux élus la bonne compréhension du projet », rappelle le tribunal. Or Engie comme Veolia se sont refusés à respecter la loi sur l’information-consultation des salariés, condamnant les représentants du CSE de Suez à aller chercher dans la presse les informations sur ce qu’il pourrait advenir aux salariés du groupe. Estimant que les deux groupes les ont placés devant « le fait accompli », le tribunal juge que cette situation constitue un « trouble manifestement illicite » et a « ordonné la suspension de l’opération résultant de l’offre de Veolia », tant que les salariés de Suez n’auront pas été informés (l’ordonnance de référé est ici).

À ce stade, cette décision de justice est de portée assez limitée. Prévenus des risques de voir l’opération bloquée – l’audience s’est tenue le 29 septembre –, Engie et Veolia ont agi de façon à rendre la vente irréversible. Selon nos informations, les titres Suez détenus par Engie ont été livrés dès le 5 octobre, à l’issue du conseil d’administration actant la cession. En retour, le virement de 3,38 milliards d’euros de Veolia a été reçu dans la matinée du 6 octobre. Une célérité rarement vue, qui tend à accréditer que tout avait été préparé longtemps à l’avance : habituellement, il faut au moins de 48 heures, voire de 72 heures avant d’exécuter ce type d’opération, compte tenu de son ampleur. Nous avons cherché à comprendre cet empressement auprès d’Engie, qui ne nous a pas répondu (voir Boîte noire et onglet Prolonger).

« Depuis le début, on a tout de suite compris que les cartes étaient truquées. Comment l’État peut-il laisser le vendeur dicter ses conditions, son calendrier ? », s’énervait Carole Pregermain, secrétaire du comité de groupe France Suez et membre de l’intersyndicale (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC) de Suez vendredi. Avant de connaître l’ordonnance du tribunal de Paris, elle insistait sur la détermination des salariés de Suez à utiliser toutes les armes à leur disposition pour faire toute la lumière sur les conditions obscures de cette opération, pour s’opposer à ce projet « hostile ».

Un match truqué : c’est l’impression que semblent en retirer nombre d’observateurs. Déchaîné, Arnaud Montebourg, ancien ministre du redressement productif, dénonce un scénario à la russe« Nous sommes dans un scénario de distribution de privilèges à une petite oligarchie », tonne-t-il. À sa suite, des élus de droite comme de gauche dénoncent cette opération « insensée ».

Quel est l’intérêt de l’État à soutenir un projet qui ne peut aboutir qu’à la destruction d’un groupe industriel, à des pertes sociales immenses, à la mise à sac de positions internationales et à la création d’un monopole privé ? Tout au long de ce processus, officiellement lancé le 31 août, l’État n’a été capable d’articuler un seul argument convaincant pour défendre cette opération.

Mais aucune mise en garde, aucun avertissement n’est parvenu à arrêter ou même à retarder ce projet. Le PDG de Veolia, Antoine Frérot, qui a obtenu le feu vert de l’Élysée lors d’une entrevue avec Emmanuel Macron dès le 2 juin, selon nos informations, a réussi à orchestrer son attaque éclair contre son concurrent, avec l’appui constant et déterminé du président d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu. En face, le ministère des finances, censé incarner l’État actionnaire, a tenté de donner le change.

La mise en scène de l’impuissance de l’État actionnaire

« Ce qui s’est passé au conseil d’Engie du 5 octobre aurait dû normalement déclencher un séisme, une réaction immédiate de l’État actionnaire : l’État ne peut pas accepter d’être mis en minorité de cette façon sur une question aussi importante. Il aurait pu demander une annulation de la décision du conseil, exiger un conseil extraordinaire et la démission de Jean-Pierre Clamadieu. Or il n’a rien fait », constate un connaisseur de longue date du fonctionnement de l’État.

Il n’a non seulement rien fait mais il a en plus justifié son impuissance, et sa défaite. Dans un entretien au Figaro, le ministre des finances, Bruno Le Maire, revient sur le camouflet subi par l’État : « Ce vote résulte de l’arithmétique : l’État a trois voix sur treize au conseil d’administration d’Engie. Il a exprimé son choix, la majorité du conseil en a exprimé un autre. Cela est déjà arrivé dans d’autres occasions. »

« Bruno Le Maire est en train de reprendre la jurisprudence Lagardère : incompétent plutôt que malhonnête [cette ligne de défense avait été adoptée par Arnaud Lagardère au moment du délit d’initiés chez EADS – ndlr] », ironise un connaisseur du dossier. « Sa décision de demander aux administrateurs de l’État de voter contre le projet d’Engie visait sans aucun doute à le protéger politiquement et judiciairement. Mais la vente de Suez est en train de faire scandale d’État et je doute que cela suffise à le protéger », explique un autre.

Depuis le début de cette affaire, les interrogations sur les réelles convictions de Bruno Le Maire se multiplient. Était-il vraiment hostile au projet tel qu’il a été conçu par Veolia ? A-t-il vraiment cherché à l’amender ou à trouver des solutions alternatives ? A-t-il perdu tous ses arbitrages face à plus puissant que lui au sein de l’État ? Ou a-t-il seulement cherché à donner le change afin de préserver son avenir politique ?

Personne ne paraît avoir la réponse. La décision du tribunal, cependant, place le ministère des finances dans une position embarrassante. Celui-ci ne pouvait pas ignorer l’existence d’un référé heure à heure déposé dès le 22 septembre par le CSE de Suez et l’audience au tribunal du 29 septembre. Alors que les procédures d’information-consultation des salariés sont parfaitement connues, le ministère des finances ne pouvait ignorer qu’Engie et Veolia ne se conformaient pas à la loi. Si comme le ministre des finances, Bruno Le Maire, l’a affirmé, « il demandait d’éviter toute précipitation », pourquoi n’a-t-il pas souligné ce non-respect de la loi pour demander un report du vote ? C’était un excellent argument.

À ce stade, la direction de Veolia est incapable de donner les moindres garanties sociales. « Il ne s’agit que de déclarations d’intention sans indication de durée et sans aucune valeur juridique », avertit le président du conseil de Suez, Philippe Varin, dans une lettre adressée le 5 octobre au ministre des finances, dont Mediapart a eu connaissance (voir page 2).

Contrat bloqué après le veto de l’État

Étrange situation où le premier actionnaire d’un groupe, qui nomme le président, n’est pas capable de se faire entendre. D’autant plus étrange qu’Engie est une entreprise stratégique, qui travaille avec des tarifs régulés : plus de 40 % de son résultat d’exploitation est lié à ses activités de stockage et de réseau, infrastructures publiques en situation de monopole, dont les tarifs – très protecteurs – sont fixés par la commission de régulation de l’énergie (CRE).

Quand l’État a décidé de se faire entendre chez Engie, il le peut. Il l’a fait pas plus tard que le 2 octobre, comme l’a révélé La Lettre A, et nous confirmons leurs informations. Ce jour-là, le conseil d’Engie doit approuver la signature d’un contrat Nextdecade Rio Grande LNG, qui doit permettre au groupe d’importer du gaz américain. Mais les représentants de l’État au conseil du groupe sont contre ce projet, car il s’agit de l’importation de gaz de schiste. Jean-Pierre Clamadieu a beau insister, expliquer que son projet est finalement très écologique car il permet d’exploiter du gaz de schiste qui serait sinon torché (brûlé), ce qui limite les émissions de CO2, que la signature du contrat est fixée, rien n’ébranle l’opposition du commissaire du gouvernement et des administrateurs de l’État. Face à cette opposition, Jean-Pierre Clamadieu a fini par retirer le sujet du conseil.

Mais pourquoi les représentants de l’État ont-ils pu bloquer ce sujet mais semblent-ils avoir été impuissants à se faire écouter et à emporter la décision sur la cession de la vente de Suez, sujet aux implications autrement plus importantes que celles du gaz de schiste, même si le signal envoyé aurait été très négatif ?

La mort programmée d’une solution alternative

Vendredi 2 octobre, Philippe Varin et Bertrand Camus, directeur général de Suez, sont reçus par le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. Il leur demande de présenter une offre alternative crédible dans les meilleurs délais, avant lundi soir. Le porte-parole du gouvernement, démentant nos informations, a pourtant affirmé que « le secrétaire général de l’Élysée n’est pas intervenu […] sur ce dossier »…

La veille, le fonds Ardian a publiquement déclaré son intérêt pour Suez et s’est engagé à monter une solution de reprise de l’ensemble du groupe. Mais il demande « six semaines » pour bâtir son projet. Cette proposition est accueillie favorablement par l’ensemble du conseil de Suez et par l’ensemble des organisations syndicales du groupe. Elle a le mérite de résoudre tous les problèmes : elle maintient l’intégrité du groupe, préserve les emplois et offre même la garantie d’un traitement égalitaire et équitable à tous les autres actionnaires minoritaires, en dehors d’Engie.

Cette offre, semble-t-il, n’aurait pas plu à Jean-Pierre Clamadieu. Selon nos informations, ce dernier aurait appelé la dirigeante d’Ardian, Dominique Senequier, pour lui indiquer que « si elle déposait une offre, celle-ci serait perçue comme inamicale ». Interrogé sur ces faits, le groupe Engie n’a pas répondu à nos questions mais semble les avoir réfutées auprès du Monde. Le ministère des finances, interrogé, ne nous a pas répondu.

Il reste cependant une trace écrite de cet épisode dans la lettre de Philippe Varin adressée à Bruno Le Maire. « Le conseil d’administration de Suez a soutenu unanimement le projet porté par Ardian et ses partenaires dont les salariés actionnaires du groupe Suez. Monsieur Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d’administration d’Engie, a évoqué le caractère “inamical” que cette offre revêtirait à l’égard d’Engie. »

 

En quoi disposer une autre offre aurait été inamical à l’égard d’Engie ? Jean-Pierre Clamadieu a-t-il parlé en son nom seulement ? Le ministère des finances a-t-il réagi par la suite ? Autant de questions que nous avons posées et qui n’ont obtenu aucune réponse.

Une chose est sûre : alors que le fonds Ardian est réellement disposé à déposer une offre le dimanche soir, il a publié un communiqué le lundi après-midi pour annoncer son retrait.

« L’intransigeance de Jean-Pierre Clamadieu tout au long de cette procédure interpelle. Jamais il ne se serait montré aussi inflexible, jamais il n’aurait défié à ce point le ministère des finances, s’il n’avait pas eu des assurances au plus haut sommet de l’État », analyse ce même connaisseur du fonctionnement de l’État.

Un conseil parfaitement orchestré.

Dans la matinée du 5 octobre, le ministre des finances fait savoir publiquement qu’il a donné ordre aux administrateurs représentant l’État au conseil d’Engie de voter contre la cession de Suez à Veolia. Cette décision jette un certain trouble au sein du groupe. On s’est beaucoup téléphoné, semble-t-il, cet après-midi-là.

Le conseil d’administration prévu à 18 heures est repoussé à 19 heures. Officiellement, le ministère des finances a demandé ce report afin de tenter de rallier à sa cause d’autres administrateurs, d’éviter un camouflet cuisant.

Durant cette heure, selon nos informations – ni Engie ni la CFDT n’ont répondu à nos questions sur ce sujet –, les administrateurs représentants de la CFDT, Alain Beullier et Christophe Aubert, ainsi que le responsable CFDT du groupe, José Belo, sont en réunion avec Jean-Pierre Clamadieu. Que se sont-ils dit ? Le secret de ces conversations restera sans doute entier.

« Alexis Kohler a téléphoné aux représentants de la CFDT pour leur demander de ne pas participer au vote », nous avait-on informés. Cette information a été démentie par le porte-parole du gouvernement et par Laurent Berger une fois qu’elle a été publiée. Interrogée expressément sur le sujet avant la parution de notre article, la CFDT nous avait expliqué « ne pas être au courant ». Malgré ces démentis, nous maintenons nos informations.

Favorables au projet de cession de Suez, les administrateurs de la CFDT s’apprêtaient à voter pour. Jusqu’à ce que Laurent Berger intervienne. À la suite de la position de la fédération Énergie de la CFDT, qu’il soutient, le secrétaire de la confédération donne consigne aux administrateurs de la CFDT le lundi 5 octobre de voter contre ou de s’abstenir lors du vote sur la vente de Suez, « jugeant qu’il fallait prendre du temps et pas se précipiter ». Ce que le porte-parole de la confédération nous a confirmé le 6 octobre.

Mais les administrateurs de la CFDT ne respecteront pas cette consigne. Au moment du vote, Jean-Pierre Clamadieu intervient, comme s'il connaissait déjà la suite. Il demande publiquement « à ce que toutes les personnes qui comptent ne pas participer au vote sortent de la salle ».Et les deux administrateurs de la CFDT sortent. Cette sortie permet d'éviter toute ambiguïté: s'ils étaient restés dans la salle, leurs positions auraient pu être analysées comme des abstentions et décomptées comme des votes contre. Nous avons demandé à Engie et à la CFDT de nous expliquer. Il n’y a pas eu de réponse.

Le résultat est là. Les représentants de l’État sont les seuls, avec le représentant de la CGT, à voter contre la cession de Suez. Quatre contre sept : la défaite de l’État semble cuisante.

Les explications embarrassées de la CFDT

Sans le vouloir, la CFDT se retrouve partie prenante au cœur d’une affaire d’État. Dans un premier temps, Laurent Berger a soutenu la position qu’il avait officiellement prise d’opposition à ce projet, « qui n’offrait aucune garantie ». Puis l’affaire s’enflammant et prenant une vilaine tournure politique, le secrétaire confédéral a changé de ligne de défense : démentant nos informations, il a repris les explications données par la CFDT d’Engie : « Les administrateurs de la CFDT n’ont pas pris position parce que le dossier ne le leur permettait pas. » Curieusement, deux jours plus tôt, quand ils s’apprêtaient à voter favorablement pour la cession, ils estimaient alors avoir suffisamment d’éléments.

L’attitude des représentants de la CFDT intrigue les connaisseurs du monde syndical. Car, habituellement, ceux-ci ont pour habitude de respecter à la lettre les consignes de la confédération. À plusieurs reprises dans le passé, notamment sur des sujets aussi sensibles que la rémunération des dirigeants, ces mêmes administrateurs ont voté selon les instructions de leur syndicat, tout en déclarant qu’ils auraient voté autrement s’ils avaient eu une liberté de vote. Pourquoi, cette fois-ci, se sont-ils sentis libérés de toute obligation ?

« Une honte ! » Lorsqu’ils ont appris la sortie des représentants de la CFDT du conseil, les délégués de la CFDT Suez ont vécu cela comme une trahison. Depuis, Laurent Berger essaie de recoudre à petits points l’unité syndicale. « Je suis bien conscient que le conseil d’administration d’Engie met la CFDT de Suez dans une situation difficile », a-t-il écrit au représentant de la CFDT de Suez. « Nous n’avons pas pu y faire prévaloir une position conforme au communiqué interfédéral CFDT de vendredi et à mon tweet de samedi. C’est regrettable parce que c’est par l’action combinée et cohérente de toute la CFDT que nous pourrons peser », poursuit-il, avant d’affirmer qu’il reste convaincu que « tout cela ne devait pas se faire dans la précipitation » (l’intégralité du message de Laurent Berger est ici).

« Cela n’a pas cassé l’intersyndicale de Suez. Au contraire, nous sommes plus déterminés et mobilisés que jamais », explique Carole Pregermain, secrétaire du comité de groupe France Suez. À la suite des échanges entre Antoine Frérot et Philippe Varin, la direction et les salariés de Suez ont compris que Veolia n’avait rien à leur offrir, si ce n’est le démantèlement de leur groupe. Ce qui est très loin de la « solution amicale » prônée par Bruno Le Maire. La seule concession qui ait été offerte aux gens de Suez est que le fonds Ardian pourrait peut-être prendre la place du fonds Meridian pour porter les activités d’eau du groupe en France.

Excédé par les mises en cause, le représentant CFDT d’Engie, José Belo renvoie désormais la balle à l’État. « Si l’État avait vraiment voulu bloquer cette opération, Macron n’avait qu’à appeler Clamadieu pour tout arrêter », a-t-il expliqué.

C’est effectivement là où se situe la responsabilité dans toute cette affaire : à l’Élysée. Malgré toutes les mises en garde venues de tous côtés, l’exécutif s’est obstiné à mener coûte que coûte, une opération à la hussarde qui risque de n’aboutir qu’à la destruction d’un groupe français, et à la mise à mal du second. Pour quel bénéfice ?

Sentant que l’affaire s’envenime, au point de créer des divisions jusque dans les rangs de la majorité, l’entourage présidentiel tente d’écarter Emmanuel Macron, dans l’espoir de le préserver. Mais les mèches politiques, judiciaires, sociales sont désormais allumées. Tous les ingrédients sont réunis pour faire un scandale d’État.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

 

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 15:02
Le gouvernement doit geler immédiatement les crédits consacrés dans le projet de budget 2021 au renouvellement des armes nucléaires !
Le gouvernement doit geler immédiatement les crédits consacrés dans le projet de budget 2021 au renouvellement des armes nucléaires !
Le gouvernement doit geler immédiatement les crédits consacrés dans le projet de budget 2021 au renouvellement des armes nucléaires et les affecter à la santé et aux besoins sociaux!
Demandons des moyens pour les hôpitaux et en particulier le service public hospitalier : recrutements, équipements, revalorisation des salaires pour de meilleurs soins pour les malades et faire face à la crise sanitaire.
Réaffirmons une nouvelle fois notre solidarité avec les personnels de santé.
En période de pandémie, alors que les hôpitaux publics sont en état d'urgence, Il est déraisonnable de poursuivre les programmes consacrés au renouvellement des armes nucléaires avec l’objectif d’y consacrer 7 milliards d’euros par an.
Alors que le 7 juillet 2017 à l'ONU 122 Etats ont adopté un Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, que ce Traité qui a été signé par 86 états, et ratifié par 46 va bientôt entrer en vigueur (après 50 ratifications).
Roland Nivet, Mouvement de la Paix
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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 13:51
Attentat. Un professeur d'histoire décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet - L'Humanité, 17 octobre 2020
Attentat. Un professeur d'histoire décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet
Samedi 17 Octobre 2020 - L'Humanité
  • Un professeur d'histoire-géographie a été décapité en fin d'après-midi ce vendredi 16 octobre à Conflans-Saint-Honorine (Yvelines). 
  • Son agresseur présumé a été tué par balle par la police dans la ville voisine d'Eragny (Val-d'Oise).
  • L'identité de l'assaillant a été confirmée par les enquêteurs, selon une source judiciaire. Il s'agit d'un jeune Russe tchétchène de 18 ans né à Moscou.  
  • Neuf personnes ont été placées en garde à vue dans la nuit de vendredi à samedi.
  • Le parquet antiterroriste a été saisi pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste criminelle". 
  • Cette attaque survient trois semaines après celle devant les anciens locaux de Charlie Hebdo à Paris, en plein procès des attaques de janvier 2015, qui avaient décimé la rédaction de l'hebdomadaire satirique.
  • L’Elysée a annoncé qu’un « hommage national » serait rendu à l’enseignant mercredi, en coordination avec la famille.
  • Des rassemblements en hommage se tiendront dimanche à Paris et dans plusieurs grandes villes également.
 

Où en est l'enquête ?

Suite au meurtre d'un enseignant ce vendredi à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le Parquet national antiterroriste (PNAT) a annoncé être saisi de l’enquête, ouverte pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». La sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police judiciaire et la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont été saisies.

Neuf personnes, dont un mineur, ont été placées en garde à vue, a appris franceinfo samedi de source judiciaire. Les parents, un grand-parent et le petit frère de l'assaillant auraient été interpellés à Evreux (Eure). Un parent d'élève qui avait posté une vidéo sur Facebook, appelant notamment à l'éviction de l'enseignant, ferait également partie des gardés à vue. Les autres seraient des membres de l'entourage non familial de l'assaillant. Toutefois, selon Europe 1, "Selon les tous derniers éléments de l’enquête, le père de l'élève à l'origine de la vidéo ne dit pas la vérité dans son message. En réalité, sa fille ne se trouvait pas dans la classe le jour où l'enseignant à montré la caricature aux élèves, et n'a même jamais eu cours avec la victime, ayant un autre professeur d'histoire. Peut-être avait-elle entendu parler de l’épisode des caricatures et l’a-t-elle raconté chez elle"

Que s'est-il passé ?

Les faits se sont déroulés vers 17 heures, près du collège du Bois d'Aulne de Conflans-Sainte-Honorine. La police municipale de Conflans-Sainte-Honorine a prévenu la police nationale après avoir découvert une personne décapitée. Les policiers de la brigade anticriminalité (BAC) de la ville se sont rendus sur place. Ils ont découvert la victime et, 200 mètres plus loin, ont tenté d'interpeller quelques instants plus tard un homme armé d'un couteau qui les menaçait. Il aurait tiré sur les policiers avec un pistolet air soft (pistolet à bille air comprimé qui n'est pas létal), selon les informations de FranceInfo. Selon l'AFP, "l'agresseur du professeur d'histoire a crié "Allah Akbar" avant d'être tué par les forces de l'ordre". Les policiers ont fait feu à dix reprises et ont abattu l'assaillant dans la ville voisine d’Eragny (Val-d’Oise).

Ce que l'on sait de la victime

Il s'agit de Samuel P., enseignant d'histoire-géographie de 47 ans, père d'un enfant. Il était en poste dans le collège du Bois d'Aulne de Conflans-Sainte-Honorine depuis plusieurs années.

"L'enseignant avait montré récemment à ses élèves des caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression", ajoute l'AFP.  Le chapitre est notamment au programme de 4e, il évoque les attentats de janvier 2015, et rappelle tant la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, que la loi de 1881 sur la liberté de la presse. 

Le père d'un élève de 13 ans qui se trouvait dans la classe du professeur ce jour-là a expliqué sur France Inter que le professeur avait demandé aux élèves musulmans de sortir, avant de montrer les caricatures. "Apparemment, il n'a pas fait ça méchamment. Mon fils m'a dit qu'il avait fait ça pour préserver les enfants, pour ne pas les vexer. Il leur a dit : 'Je vais montrer une image. Je vous conseille de sortir pour ne pas être vexés, pour ne pas être choqués'", a insisté le père de famille. Il estime que l'enseignant "n'a pas voulu être condescendant ou manquer de respect."  

"Dès le 7 octobre au soir, le père d'une des élèves publiait sur son compte Facebook un récit des faits faisant état de la diffusion d'une image du prophète nu et appelait à la mobilisation contre le professeur", a expliqué le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard ce samedi. La principale du collège a fait état d'"appels menaçants" à la suite de ce cours, poursuit le procureur.

Le père de l'élève s'est ensuite rendu au commissariat de Conflans-Sainte-Honorine, accompagné de sa fille, pour porter plainte pour "diffusion d'image pornographique". Le professeur avait, peu après, porté plainte à son tour pour diffamation.

Samia, élève en classe de 5e, étudiait avec ce professeur depuis la rentrée l’histoire des religions monothéistes – conformément aux programmes scolaires de l’éducation nationale. Sujet sur lequel « il ne portait jamais de jugement », témoigne-t-elle auprès du Monde.

Ce que l'on sait de l'assaillant

Un document d’identité a été retrouvé sur l’homme abattu par la police. L'identité de l'assaillant a été confirmée par les enquêteurs. Il est né à Moscou en 2002 et était d'origine tchétchène. Il bénéficiait du statut de réfugié et était inconnu des services de renseignement. Il habitait à Evreux et possédait un titre de séjour délivré le 4 mars dernier.

Les enquêteurs s'intéressent à un message posté sur Twitter par un compte désormais fermé et qui montre notamment une photo de la tête de la victime. Ils cherchent à savoir si elle a été postée par l'agresseur ou une autre personne. Sous cette photo, un message menace Emmanuel Macron, "le dirigeant des infidèles", et son auteur assure vouloir venger celui "qui a osé rabaisser Muhammad".

"La République doit se tenir unie et ferme"

Emmanuel Macron s'est rendu à Conflans-Sainte-Honorine avec le premier ministre Jean Castex et le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Le chef de l'État est passé auparavant par la cellule de crise mise en place au ministère de l'Intérieur. Gérald Darmanin rentre lui précipitamment à Paris d'un déplacement au Maroc. Sur place, Emmanuel Macron s'est exprimé avec gravité,  évoquant "un attentat terroriste islamiste", et appelant "à faire bloc, car nous sommes des citoyens unis par les mêmes valeurs, une histoire, un destin (...) Ils ne passeront pas". 

"C'est la République qui est attaquée" avec "l'assassinat ignoble de l'un de ses serviteurs", a réagi Jean-Michel Blanquer, sur Twitter. "Notre unité et notre fermeté sont les seules réponses face à la monstruosité du terrorisme islamiste. Nous ferons face", a ajouté le ministre.

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 05:29

 

En refusant d’augmenter les minima sociaux, le président poursuit une logique qui n’a pas varié depuis le début de son quinquennat.

Selon Emmanuel Macron, le gouvernement doit rester sur ses « fondamentaux » : « la lutte contre la pauvreté par l’activité et le travail ». « Je préfère cette aide exceptionnelle massive plutôt qu’une augmentation des minima sociaux », a-t-il également ajouté lors de son interview, mercredi soir. Les plus précaires devront donc se contenter du versement d’une aide ponctuelle de 150 euros, qui pourra être augmentée de 100 euros par enfant à charge. Hors de question, ensuite, de revaloriser les minima sociaux, ce qui serait assimilé à de « l’assistanat ».

Cette déclaration cadre parfaitement avec la logique de la politique du président de la République, déjà exprimée par le passé : le « pognon de dingue » dépensé pour aider les plus précaires, le travail que l’on peut, selon lui, trouver en traversant la rue… Dès le début de son quinquennat, en juillet 2017, Emmanuel Macron a énoncé ses principes en matière d’aide aux plus précaires : « Protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’État, de ses mécanismes de vérification et de contrôle », avait-il déclaré devant le Congrès à Versailles.

La crise historique que nous traversons n’a donc rien changé pour Emmanuel Macron. Il poursuit dans ce sens, avec quasiment les mêmes mots. Tout juste l’habille-t-il de quelques autres tirés du registre compassionnel : « Les plus précaires, qui tombent dans la pauvreté, on doit avoir une réponse », a-t-il déclaré le 14 octobre, sans pour autant, à partir du constat de la réalité sociale du pays, changer de logique. La crise sanitaire, les deux mois de confinement du printemps ont durablement impacté l’activité économique, provoqué une récession à un niveau jamais vu depuis presque un siècle. La France risque de compter, d’ici la fin de l’année 2020, un million de pauvres supplémentaires, autant de chômeurs en plus. Au moment où les entreprises réduisent leur activité dans des proportions sans précédent, où les plans sociaux se multiplient, comment le président de la République compte-t-il lutter contre la pauvreté « par l’activité et le travail » ? Les entreprises, elles, bénéficient de l’assistance de l’État sans vérification ni contrôle. Elle s’élève à 10 milliards d’euros de réductions fiscales dans le plan de relance.

 

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 05:27

 

La pêche reste un secteur économique important. Mais coincée entre gros armements, règles européennes, Brexit et stigmatisation écologiste, elle est en crise… Ou en transition?

*Olivier Penhoat est politiste, fonctionnaire territorial

Àl’instar du monde agricole, dans la seconde moitié du XXe siècle la France avait réussi à bâtir un secteur de pêche artisanal rentable et diversifié en termes de pratiques, d’espèces ciblées, de zones de pêche. La flotte française a rapidement réalisé sa modernisation après-guerre, puis a pleinement bénéficié de la politique commune de la pêche au travers d’un accès privilégié à des quotas dans toute la zone économique exclusive communautaire. Les producteurs disposaient d’une relative autonomie à l’égard des entreprises de transformation, faisant vivre des territoires littoraux. Cette dynamique s’est retournée dans le courant des années 1990. La pression exercée sur la ressource par des flottilles trop nombreuses et trop puissantes a rendu inexorable une restructuration du secteur, avec la mise à la casse de nombreux navires (un tiers des navires ont disparu depuis 1995) et un renforcement progressif des mesures de régulation de l’activité et de gestion des stocks[1]. La mémoire de ces épisodes, au-delà du mouvement de l’hiver 1993-1994, est encore vive. Elle a généré dans le secteur une crainte exacerbée de la disparition dans un contexte où les défis auxquels les activités font face sont lourds et inédits.

LA DÉSTABILISATION ÉCONOMIQUE DU MODÈLE ARTISANAL

La disparition progressive des aides communautaires en faveur des navires[2]a entraîné un vieillissement généralisé d’une flottille désormais hors d’âge, avec des outils qui atteignent en moyenne 30 ans[3]. Ces navires sont accidentogènes, les conditions de travail à leur bord sont pénibles et ils sont très dépendants des énergies fossiles, de sorte que chaque épisode de tension sur les prix du pétrole affecte directement leur rentabilité dans la mesure où le système de vente dominant, en criée, ne prend pas bien en compte les coûts de production. Le rétablissement progressif des stocks et la réduction de la flotte offrent, en dehors de ces épisodes, des conditions de rentabilité satisfaisantes, mais les retards pris dans le renouvellement de la flotte à l’issue de deux décennies de restructuration en réduisent significativement le bénéfice (coûts de maintenance et pertes liées à l’immobilisation). Les premiers touchés sont les patrons artisans indépendants de navires de 10 à 24 m, dont les capacités d’investissement individuelles sont limitées et qui n’ont pas de partenaires capitalistiques. D’autant qu’un nouveau navire coûte plusieurs millions d’euros et que l’entrée dans la filière, qui se fait par l’acquisition d’un navire d’occasion, suscite un endettement important liée à la monétisation par les cédants des antériorités de pêche associées au navire[4]. Au travers de la figure du patron artisan et des flottilles concernées, c’est le modèle type national de la pêche française qui est bousculé. Le secteur peine à recruter, à retenir ses marins et ses patrons, et son renouvellement à long terme n’est pas garanti.

UNE IMAGE TERNIE…

Une part de ces difficultés a également pour origine une image qui s’est beaucoup dégradée dans l’opinion publique : à l’image de l’aventurier téméraire et libre a succédé le sentiment que les pêcheurs dégradaient profondément l’environnement. Les débats autour de la pêche de grands fonds ont montré combien cette image n’était plus l’apanage des pêcheries ciblant ou capturant accidentellement d’emblématiques mammifères marins[5].

 

Les associations environnementales sont maintenant très influentes dans la définition des politiques de la pêche. Outre l’extension des aires marines protégées, elles promeuvent un agenda complet de gestion des pêches : objectifs de gestion des stocks, élimination des « subventions néfastes » et promotion d’une petite pêche côtière très loin du modèle artisanal hexagonal[6].

… MALGRÉ UNE CONSOMMATION CROISSANTE ET SOUTENUE

.À ce stade, toutefois, la bataille de l’image n’a pas complètement bouleversé les pratiques de consommation des Français. Le marché national des produits de la mer est un atout important du secteur. Avec 33 kg par an et par habitant, la France est un des premiers marchés au monde. Comme celui de l’Europe, il est fortement déficitaire, à hauteur des deux tiers. Avec le Brexit, la part des importations assurée par des pays en dehors de l’espace européen (UE et AELE [7] ) deviendra majoritaire. Dans un contexte mondial de demande croissante – la demande en produits de la mer a doublé en cinquante ans – , cette demande, sur le plan national ou à l’exportation, devrait rester dynamique, sous réserve de s’adapter aux nouvelles pratiques des consommateurs. Les produits, qui bénéficient d’une image positive en raison de leur qualité alimentaire devraient jouer dans les prochaines décennies un rôle majeur dans l’équation alimentaire mondiale du fait du meilleur bilan environnemental de la protéine animale issue de la mer[8]. Pour l’Europe, et la France en particulier, l’équation, dans un contexte de Brexit, sera complexe avec la nécessité de sécuriser des apports qui ont toutes les chances d’être de plus en plus disputés.

LE RÔLE DÉCISIF DE L’EUROPE POUR L’AVENIR DU SECTEUR

La situation économique de la pêche artisanale française n’est pas insoluble. Une dynamique positive, dans les régions comme au plan national, est à l’œuvre, avec des initiatives porteuses d’espoir. Mais durant les prochains mois les yeux du secteur seront d’abord braqués sur Bruxelles, où une série de dossiers majeurs doivent être arbitrés.

 

Zones économiques exclusives des pays limitrophes à la mer du Nord.

Les enjeux pour la pêche de la sortie du Royaume-Uni de l’UE ont été abondamment soulignés : la dépendance de nos pêcheurs à ses zones de pêche et la dépendance symétrique de ses opérateurs au marché communautaire. Au-delà du degré d’ouverture des eaux britanniques et des conditions d’accès à celles-ci, les enjeux du retrait britannique quant à la gestion de la ressource ont été moins soulignés. Or, dans la mesure où la plupart des stocks chevauchent les deux zones économiques exclusives, il est tout aussi impératif de fixer un cadre commun, avec des objectifs de gestion et des instances de gouvernance s’inscrivant dans la durée. L’ampleur des questions à traiter d’ici à la fin de la période de transition, qui court jusqu’au 31 décembre 2020 et pendant laquelle les règles communautaires continuent à s’appliquer, rend un tel accord très difficile. Surtout, le secteur britannique qui a beaucoup appuyé le mouvement du « Leave » pousse en faveur d’une dérégulation, alors que pour l’UE la convergence du cadre futur avec les règles de la politique commune des pêches (PCP) est une condition de survie de celle-ci.

Dans le même temps, l’Union doit adopter son premier budget pour la période 2021-2027 et, pour ce qui concerne la pêche, celui du fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP). Or ce débat ne s’est pas ouvert sur des perspectives rassurantes : budget global et du FEAMP en baisse; réduction des aides aux navires comme au reste de la filière, avec de nouvelles interdictions et l’élimination de certaines catégories de subventions ; nouvelles priorités maritimes… Les négociations viennent de s’ouvrir entre le Parlement et le Conseil; il serait souhaitable que le budget garantisse des moyens permettant le renouvellement de la flotte, en particulier sa transition énergétique, et conforte la mise en œuvre de la PCP (contrôles, évaluation des stocks aujourd’hui lacunaires). Le prochain FEAMP doit permettre à la filière dans son ensemble de réaliser sa transition environnementale en s’adaptant au Brexit. Les défis ne sont pas minces.

En définitive, la négociation du prochain FEAMP n’est que le prologue du débat qui va s’ouvrir rapidement sur la politique commune des pêches, dont une révision est attendue pour 2023. Il y a certainement beaucoup à faire pour améliorer les modalités de gestion en prenant davantage en compte les relations entre espèces dans une approche écosystémique. Dans un contexte de bouleversement environnemental, les dispositifs devront aussi gagner en agilité, et certains instruments qui ont montré leurs limites, comme les règles de jauge qui freinent l’adaptation de la flotte, doivent être réformés. Si l’UE confirme sa préférence libre-échangiste et maintient un tel degré d’ouverture de son marché, elle doit mettre ses opérateurs dans des conditions de concurrence équitable, et ne pas réduire unilatéralement ses instruments d’intervention propres, notamment de marché, dans un contexte international bien moins stable qu’il y a une décennie.

Enfin, il est maintenant clair que le changement climatique et les pollutions de l’eau ont tout autant d’impacts sur les stocks que la pression de pêche. Notre avenir alimentaire, et celui de la pêche, sont également en jeu dans ces combats qui se jouent à terre.

1.

La notion de stock provient du vocabulaire de gestion de la pêche. Il s’agit de la partie exploitable de la population d’une espèce dans une zone donnée. Le stock ne comprend ni les œufs, ni les larves, ni les juvéniles n’ayant pas atteint une taille suffisante pour être capturés. Il peut y avoir plusieurs stocks pour une même espèce : si des sous-groupes d’une même espèce vivent dans des zones différentes et qu’ils n’ont pas ou peu d’échanges entre eux, on dit qu’ils appartiennent à des stocks différents. Ainsi, les langoustines de mer Celtique et les langoustines du golfe de Gascogne, qui n’ont aucun échange, sont étudiées séparément : bien que de la même espèce, on considère qu’elles appartiennent à deux stocks distincts -https://wwz.ifremer.fr/peche/Le-role-de-lIfremer/Expertise/Diagnostics/Notions-de-base/Definitio n-d-un-stock [consulté le 2 mars 2020].

2.

Les aides à la construction ont été supprimées il y a une quinzaine d’années. Le soutien sur fonds publics à toute augmentation de la capacité de pêche des navires (jauge, puissance) comme aux équipements qui facilitent la recherche du poisson est strictement prohibé. Le fonds européen pour les affaires maritimes (FEAMP), mis en œuvre à compter de 2014, restreint encore les leviers d’intervention, notamment en ce qui concerne l’amélioration énergétique d’une flotte pourtant vieillissante et extrêmement énergivore. Le FEAMP 2014-2020 aura ainsi réussi l’exploit d’être le fonds européen qui aura le moins contribué aux objectifs climatiques de l’UE.

3.

En 2018, l’âge moyen des navires atteint 29 ans en Bretagne, selon l’Ifremer (Système d’informations halieutiques, 2019), « Région Bretagne. 2018. Activité des navires de pêche » : https://archimer.ifremer.fr/doc/00608/72054/

4.

Il s’agit là du corollaire du modèle national de gestion des licences, d’autorisations de pêche et des quotas, qui est public et collectif, et alloué sur des bases annuelles à l’instar des quotas communautaires. Pour éviter les ruptures et assurer un minimum de visibilité aux entreprises de pêche, les organisations professionnelles et les services de l’État privilégient comme critère de répartition les antériorités de pêche « attachées » au navire, c’est-à-dire les pratiques avérées, historiques, d’accès à tel ou tel stock.

5.

De la chasse à la baleine, sur laquelle Greenpeace a bâti sa renommée, à l’interdiction des filets maillants dérivants pour protéger les dauphins.

6.

Plutôt que la nature capitalistique des entreprises,
la définition privilégie un critère de taille (navires
inférieurs à 12 m) réalisant des marées à la journée
et proscrit l’utilisation des arts traînants (chaluts,
dragues) au profit des arts dormants (filets, lignes,
casiers et pièges…), perçus comme moins
impactants pour les fonds. Cette définition est
contestée par le secteur, qui pointe la pollution
des eaux côtières et leur encombrement, l’intérêt
de diversifier les zones de pêche, d’exploiter des
quotas disponibles dans des zones plus lointaines
et souligne que les besoins d’appâtement de
nombreux engins dormants sont assurés par des
pêches préalables au chalut.

7.

Association européenne de libre-échange.
Parmi les États de cet espace économique,
les approvisionnements en provenance de la Norvège
et de l’Islande représentent près de 1 Md€ en 2018
(FranceAgrimer, les Filières pêche et aquaculture en
France. Chiffres-clés, avril 2019). 

8.

Sébastien Abis, « Le futur alimentaire de la planète
passera forcément par la mer », l’Opinion, 5 mars
2020 : 
https://www.lopinion.fr/edition/economie/futuralimentaire-planete-passera-forcement-mer-213186

 

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 14:58
Assassiner un enseignant ! Une balafre dans la République - par Patrick Le Hyaric

Rien, strictement rien, absolument rien ne saurait justifier la mise à mort d’un Homme. Un homme qui plus est enseignant, éducateur, passeur d’Histoire et de Géographie, deux matières indispensables pour éclairer le monde et s’éclairer soi-même. L’assassinat d’un enseignant à la sortie de son collège parce qu’il y explique l’Histoire et y défend la liberté d’expression est une victoire de la haine fascisante. Tuer un enseignant c’est tuer le projet d’ouvrir les enfants au monde, et tuer la possibilité de bâtir le leur dès demain.

La douleur est immense et le chagrin sans fond face à cet acte ignoble. Les mots manquent quand les questions s’accumulent dans nos têtes. Elles se résument à quelques adverbes : qui, comment, pourquoi ? On peine à aller plus loin, subjugués par l’atrocité du crime et la stupidité du mobile. Nos pensées sont toutes dirigées vers les proches de ce professeur, sa famille, les enseignants et les parents d’élèves de ce collège, à l’ensemble du corps enseignant et à tous les fonctionnaires d’une Education nationale frappée au cœur.

Les caricatures de Mahomet font désormais partie de notre histoire. En leur nom et contre la liberté de dessiner et de penser, des assassins fanatiques ont décimé la rédaction de Charlie-Hebdo et cherché à répandre la terreur, en France comme ailleurs. Elles doivent pouvoir être montrées, non pour ce qu’elles expriment, mais comme document nécessaire à la compréhension des temps présents. Cette mise à distance est la condition absolue d’une société fondée sur la raison.

La loi du Talion n’a pas sa place dans une société démocratique régie par l’État de droit. Au « œil pour œil, dent pour dent » et à la vengeance, le progrès humain a substitué la justice et l’art du débat. C’est un acquis à valeur universelle sur lequel s’appuient toutes les forces de progrès à travers le monde, en butte face à la dictature ou au fanatisme, et parfois face aux deux. C’est le remède contre le lent mais décidé glissement obscurantiste des sociétés.

La transmission du savoir, tâche des plus nobles confiée aux corps enseignant, doit être absolument sanctifiée et l’éducation nationale renforcée, protégée et aidée dans ses missions dont celle, fondamentale, de forger l’esprit critique et civique des futurs citoyens, quelles que soient leurs croyances ou origines. C’est une évidence qu’il convient de rappeler.

Pour l’heure, l’enquête se dirige vers un Tchétchène né à Moscou en 2002. Cette barbarie ne semble donc pas concerner des français de confession musulmane qu’il faudra protéger des récupérations racistes qui n’ont déjà pas manqué de surgir.

Cet abject assassinat appelle au combat pour renforcer considérablement les fondements d’une République sociale, laïque et démocratique fidèle à ses principes de liberté, d’égalité et de fraternité, à retrouver dans la société la force du débat civilisé. C’est la condition pour recoudre l’unité de la nation. Cette tâche, ardue mais essentielle, est la condition indépassable d’une sécularisation apaisée pour dépasser, ensemble et solidairement, ces terribles épreuves.

Patrick Le Hyaric

Directeur de l’Humanité

17/10/2020

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